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Point de presse de M. André Fortin, porte-parole de l’opposition officielle en matière de finances publiques, M. Monsef Derraji, porte-parole de l’opposition officielle en matière de PME et d’innovation, et M. Carlos J. Leitão, porte-parole de l’opposition officielle en matière d’économie

Version finale

Le mercredi 28 octobre 2020, 8 h 40

Hall principal de l'hôtel du Parlement, hôtel du Parlement

(Huit heures cinquante-quatre minutes)

M. Leitão : Très bien. Alors, merci. Bonjour, tout le monde. Je serais bref.

Hier, en période de questions, j'avais soulevé certains enjeux en ce qui concerne l'état de l'économie du Québec et la réponse du gouvernement à cette situation-là, alors, rapidement, pour rappeler un peu à tout le monde que l'économie se détériore au Québec. Même s'il y avait eu une espèce d'embellie cet été, on remarque qu'il y a à nouveau une décélération. Probablement qu'au quatrième trimestre on va retomber en récession. L'année 2021, de l'avis même du ministre des Finances, sera une année extrêmement lente et difficile.

Donc, dans cette situation-là, il y a encore un grand nombre de secteurs de l'économie, et mon collègue va en parler, qui sont en situation d'urgence. Il y a encore nécessité de mieux positionner, de mieux raffiner les programmes que le gouvernement du Québec met en place pour soutenir de très grands pans de l'économie, qui emploient des dizaines de milliers de Québécois, et pour qui l'avenir est de plus en plus sombre, de plus en plus compliqué.

Comme je l'avais dit déjà ici, je pense, la semaine dernière, si on veut trouver une lettre de l'alphabet pour décrire la situation économique dans laquelle nous sommes plongés maintenant, c'est la lettre k, c'est-à-dire une petite partie de l'économie qui est, elle… oui, qui monte vers le haut, mais une très grande partie de l'économie qui, elle, baisse, diminue, c'est l'économie de proximité, ce sont les commerces de proximité. Ce sont le coeur de nos villes et villages, et pour lesquels le gouvernement, jusqu'à maintenant, n'a pas vraiment de réponse et ne semble pas intéressé à fournir une réponse.

Voilà, j'arrête ici. Merci.

M. Derraji : Merci, mon collègue Carlos. Dans la même logique, je vais être très bref.

Moi, je pense qu'il y a un manque de leadership au niveau économique au Québec présentement, des programmes qui ne marchent pas, des attentes toujours à ce que le fédéral vienne en aide… et non pas le Québec. Je tiens juste à rappeler la série de plusieurs secteurs économiques en détresse : les cabanes à sucre, les camps de jour, les compagnies d'événementiel, les écoles de danse, les restaurants et les bars, les gyms, les hôtels, les auberges. La liste, elle est longue. On rajoute sur ça les problèmes d'Internet que nous avons eu hier. Comment on peut favoriser une politique du télétravail si plusieurs régions souffrent encore de l'absence d'Internet?

J'ajoute un autre point. Même pour le loyer commercial, en date d'aujourd'hui, des entreprises dans des zones rouges n'ont pas encore reçu de remboursement. C'est inacceptable. Le gouvernement était au courant que la deuxièmement vague s'en venait. Il n'a pas mis des programmes pour venir en aide à nos PME. Donc, il y a une paperasse énorme. Vous avez vu ça sur toutes les tribunes hier, de longues listes, des rapports à ne pas en finir. Et malheureusement le loyer commercial…

En fait, le seul programme que le ministre de l'Économie disait qu'il va être responsable sur sa mise en place depuis le mois de juin ne marche pas. Deuxième programme, le PACME, le fameux PACME, qu'on nous dit souvent que c'était pour venir en aide en termes de liquidités, le programme… la caisse a été utilisée au bout de pas même une semaine, le programme était dû pour trois mois.

Donc, quand je vous dis qu'il y a un manque de leadership, ça se résume par des programmes qui ne répondent pas aux besoins de nos PME, de plus en plus, une détresse psychologique au niveau des nos entrepreneurs. Merci.

M. Fortin : Merci. Bien, vous le savez, là, on est rendus au huitième mois de cette pandémie. Le gouvernement a eu plusieurs mois, plusieurs opportunités pour mettre en place l'aide nécessaire pour les entreprises du Québec. Il y a plusieurs entreprises, mon collègue, M. Derraji, y a fait référence, des entreprises de proximité, qui ont très peu de revenus en ce moment, et, pour toutes ces entreprises-là, le gouvernement a choisi de déléguer ses responsabilités au gouvernement fédéral.

Ils ont aussi eu plusieurs mois… Le gouvernement a également eu plusieurs mois pour considérer l'aspect plus stratégique de la relance économique, les pans de l'économie… les pans industriels qui sont plus importants encore… qui seront plus importants lors de la relance économique, les secteurs stratégiques au Québec.

Et ce qu'on a entendu hier de la part du premier ministre, c'était une conférence de presse organisée sur un coin de table, qui reprenait essentiellement les priorités qui avaient été établies par le gouvernement libéral en 2016. Tout ce qui a été mis sur la table, c'étaient des enjeux qui étaient déjà considérés comme stratégiques, et on n'a entendu aucune référence à ses propres priorités : le Projet Saint-Laurent, les nouveaux barrages, la vente d'électricité à l'Ontario. Alors, si le gouvernement veut s'inspirer des idées du Parti libéral, j'espère qu'il pourra le faire également dans les idées qu'on a mises de l'avant lors de la pandémie, la vingtaine d'initiatives, d'idées qui ont été mises de l'avant.

Et, puisqu'on s'apprête à entendre une annonce en matière de santé mentale, nous, on n'acceptera rien de moins qu'un programme d'accès universel à la psychothérapie. Il y a tellement de Québécois en ce moment qui ont besoin… qui ont des besoins en matière de santé mentale. À chaque jour, la liste s'allonge. On entend parler des jeunes, des personnes aînées, des gens qui sont seuls, des policiers, des travailleurs de la santé, des agriculteurs, des entrepreneurs. Le programme doit être universel. Un programme à deux vitesses ne peut pas fonctionner aujourd'hui pour les besoins actuels des Québécois.

La Modératrice : On est prêts à prendre vos questions rapidement.

M. Laforest (Alain) : M. Fortin, votre collègue Harold LeBel et votre collègue Arseneau ont dit que c'est du grand n'importe quoi, là, le code de couleurs. Entre autres, dans le Bas-Saint-Laurent, là, il y a des entreprises qui sont... des restaurateurs qui sont ouverts, sauf que le message, c'est : Restez chez vous. Ils n'ont pas de clients. Ils sont sur le bord de la fermeture. Est-ce que vous trouvez, vous aussi, que c'est un peu n'importe quoi au niveau du message?

M. Fortin : Bien, c'est le message du gouvernement qui est vraiment inadéquat, qui est vraiment n'importe quoi en ce moment. Le premier ministre se présente ici devant vous à tous les jours et le message qu'il dit aux Québécois c'est : Allez travailler puis retournez chez vous, allez travailler, allez à l'école et retournez chez vous. Mais, en même temps, tous les commerces sont ouverts. On peut aller se faire masser, on peut aller... on peut avoir accès à toutes sortes de loisirs, d'activités. Alors, le message, il n'est pas cohérent à ce niveau-là. Si le message du gouvernement, c'est : Allez à l'école, allez au travail et retournez chez vous, bien, il me semble que ça devrait être plus simple, disons, à suivre pour tout le monde.

Mme Prince (Véronique) : M. Fortin, j'aimerais vous entendre sur la santé mentale. C'est quoi, vos attentes pour ce qui peut être annoncé aujourd'hui en matière de santé mentale?

M. Fortin : Bien, on a besoin d'un programme de psychothérapie à accès universel pour tout le monde. Les besoins sont trop grands en ce moment pour les simples mesures à gauche et à droite, là. On est rendus au huitième mois de la pandémie. L'impact sur la santé mentale, il est de plus en plus grand. On demande des efforts supplémentaires aux gens. On leur demande un effort et, lorsque cette période-là est terminée, on leur demande de recommencer. Ça pèse lourd sur l'aspect mental des gens. Alors, pour ça, d'avoir des listes d'attente, là, qui, en ce moment, sont six mois, un an, deux ans, dans certains cas, avant de commencer à avoir des services, la seule façon d'en arriver à réduire ces services-là, et de réduire ces délais-là, et de rendre les services accessibles pour tous, c'est d'avoir un programme universel remboursé par la Régie de l'assurance maladie du Québec, accessible à tous.

M. Bergeron (Patrice) : M. Leitão, concernant, là, ce que vous avez dit tout à l'heure sur la récession, est-ce que vous pourriez expliquer davantage les indices qui vous permettent de croire que, là, on va retomber en récession, comme vous l'avez dit?

M. Leitão : Merci. Écoutez, quand on regarde les indicateurs avancés, surtout en termes d'investissements privés, investissements des entreprises, il n'y a pas de reprise d'investissements. Quand on regarde aussi les indicateurs pour le commerce international, les exportations, on voit que, là aussi, il n'y a rien qui se passe, en dehors des matières premières ou certaines matières premières. Le cuivre, etc., ça va encore relativement bien, mais le reste des exportations, les marchés sont aussi en difficulté.

Donc, avec ces choses-là, et, troisièmement, les indicateurs avancés pour la confiance des consommateurs, autant pour la demande intérieure, on voit qu'elle est en train de s'essouffler… Quand on fait des projections pour les chiffres à venir pour le marché du travail, pour l'emploi, la semaine prochaine, par exemple, le vendredi, pour l'emploi pour le mois d'octobre, on voit, tant au Canada qu'aux États-Unis, au Québec aussi, bien sûr, que le sommet de la création d'emplois, la reprise de la croissance suite au confinement du printemps, ce sommet-là commence à diminuer. Donc, à chaque mois qui passe, la question de l'emploi se décélère. Et là, pour octobre, on s'attend carrément à très peu.

Donc, tout ça nous fait dire que l'économie mondiale est en train de s'essouffler, et ce qui se répercute au Québec aussi.

M. Lavallée (Hugo) : Juste là-dessus, est-ce que c'est le bon moment, là, d'investir? Est-ce que ce serait le bon moment maintenant d'investir massivement dans la relance, alors que la deuxième vague n'est pas terminée, ou est-ce qu'il ne faut pas attendre un petit peu, là, que la vague s'essouffle pour mieux investir par la suite? C'est quoi, la meilleure stratégie?

M. Leitão : Il faut faire les deux. C'est-à-dire, on est encore en situation d'urgence pour un certain nombre de... un grand nombre de secteurs, comme mon collègue a mentionné. Tout ce qui est économie de proximité, on est encore dans l'urgence. Donc, il faut encore les soutenir. Ça coûte cher, j'en suis conscient. Mais le coût de refaire tout ça si on le laisse tomber, c'est encore plus… Il faut faire ça, c'est important. Mais en même temps il faut aussi penser à des mesures plus structurantes à moyen et à long terme pour l'économie, les secteurs stratégiques. Mais, au-delà des secteurs stratégiques, à mon avis, il faut aussi, d'ores et déjà, commencer à penser à un nouveau mode, un nouveau type de relance, une relance plus verte, une relance plus durable, et qui constituerait les bases de l'économie de l'avenir. Donc, il faut faire les deux.

M. Carabin (François) : Il y a des élections, M. Leitão, chez nos voisins du Sud dans moins de sept jours. Quels impacts pourraient avoir les différents résultats, une victoire de M. Trump ou une victoire de M. Biden, sur l'économie du Québec?

M. Leitão : Bon, écoutez, on aurait des heures et des heures de plaisir. Ça me ferait grand plaisir de discuter avec vous après ça. Ici, rapidement, c'est difficile, mais je vous dirais tout simplement que, quel que soit le résultat, il nous faudrait que quelqu'un gagne de façon claire. Je pense, ça, c'est le plus important, un ou l'autre, je préférerais l'autre, mais que quelqu'un gagne de façon claire pour qu'on puisse passer à autre chose, qu'on puisse commencer à mettre en place des mesures structurantes. Évidemment, aux États-Unis, ce qui est le plus important, c'est des mesures fédérales conséquentes pour maîtriser le virus parce que tout passe par là. Et, évidemment, jusqu'à maintenant, l'État fédéral américain, c'est un désastre total.

M. Laforest (Alain) : Est-ce que cette élection déstabilise l'économie actuellement?

M. Leitão : Est-ce que l'élection déstabilise l'économie?

M. Laforest (Alain) : ...

M. Leitão : Je ne pense pas que ça les rend nerveux, mais ça les met dans un mode d'attente. Je pense qu'il n'y a personne... Écoutez, on est à une semaine de l'élection. Donc, il n'y a pas grande décision qui va être prise cette semaine. Mais, après le 3 novembre, si, en effet, il y a quelqu'un qui gagne de façon claire et nette, là, je pense que ça peut mener à un changement de paradigme. Mais encore, aux États-Unis surtout, parce qu'on parle des États-Unis, le virus est loin d'être contrôlé. Et tant que le virus est dans l'état où il est aux États-Unis, moi, je ne vois pas comment ils peuvent avoir une reprise économique forte. Non, il faut d'abord maîtriser le virus, et ils sont très loin de ça.

M. Bellerose (Patrick) : Le programme d'accès universel à la psychothérapie, est-ce que ça signifie subventionner l'accès au privé? Et pouvez-vous donner un petit ordre de grandeur de combien il faudrait investir en nombre de thérapies ou en sommes totales?

M. Fortin : Bien, en ce moment, il y a clairement un système à deux vitesses au Québec, là. Il y a un système où, si on a une assurance, on peut avoir accès à un psychologue et à des services de psychothérapie plutôt rapidement. Et, si on doit faire accès aux services publics, la liste d'attente, elle est plutôt longue. Ce qu'on veut, c'est un système à une vitesse où tous les Québécois peuvent avoir accès, à la même rapidité, aux services dont ils ont besoin. Alors, nous, notre estimation d'un système comme celui-là, où tous les services, c'est-à-dire jusqu'à une quinzaine de rendez-vous par année, peuvent être remboursés par la RAMQ, notre estimation, c'est que c'est un coût d'environ 300 millions de dollars.

M. Bellerose (Patrick) : Donc, on subventionnerait les gens qui iraient au privé. Ils seront accélérés...

M. Fortin : Les services seraient remboursés par la Régie de l'assurance maladie du Québec.

Mme Senay (Cathy) : It's the same question that I have for you in English… that you're asking for a universal psychotherapy program. Why are you repeating this today, that it's urgent to put that in place?

M. Fortin : We're asking more and more of Quebeckers every day, and it's weighing more and more on them. Every day, you hear of different categories of Quebeckers who are feeling the weight of the pandemic. We know that seniors, people who are living alone have felt alone for a long time and it's weighing on their mental health. We know it affects youths disproportionally. We're hearing about entrepreneurs who are facing the risk of losing their business. We're hearing about it from people in the agricultural industry. You heard, yesterday, reports about policemen and women who are struggling with it right now.

So the list goes on and on. And every day that goes by adds to the mental health issues that Quebeckers may face during the pandemic. So, a few weeks ago… and actually we asked for it months ago, but we reiterated it a few weeks ago that we wanted a publicly funded access to a psychotherapy program for all Quebeckers. So, right now, we have a two-tier system where, if you have an insurance, you can have access fairly quickly to a health care professional, and, if you're applying to the public system, it's going to take a while to get an appointment, if you can get one, before... even within six months, a year or two years.

So what we want to do is make sure that every Quebecker who needs services can have up to 15 sessions a year, that it can be reimbursed by the Régie de l'assurance maladie du Québec, and people have access to it fairly quickly.

Mme Greig (Kelly) : Yesterday, Mr. Nadeau-Dubois said there's a mental health crisis. Do you agree with that assessment right now?

M. Fortin : There's absolutely a mental health crisis. There has been a mental health crisis for some time now. The number of Quebeckers who are facing... who consider that they have mental health issues right now is on the rise. And you can't underestimate the amount of Quebeckers who, once this pandemic is all behind us, once they've managed to save their businesses, once they've managed to live through this, will realize just the impact and the weight that it had on them. So there's a mental health crisis now, but there's an even bigger one coming.

Mme Fletcher (Raquel) : Can I ask you just about the climate in the House? How do you categorize or qualify the types of exchanges that you're having with the Government when you ask your questions?

M. Fortin : I think it depends on who answers the questions. To be honest with you, I think there are some people on both sides of the House who take a very constructive approach, who want to talk about how to move things forward in Government, how to do the best they can for Quebeckers who are struggling right now.

Unfortunately, yesterday, we had a bit of a run-in with the Premier. He adopted some expressions, he adopted a tone that was completely inappropriate. He's the only Minister who answered questions yesterday, who was put in his place by the Speaker of the Assembly not once but twice. The Premier is the longest tenured member of this House. He knows exactly where the limits are, and yesterday he chose deliberately to go well over them. Honestly, I think we expect more from a Premier. And, if you look at the long list of Premiers who've come before him, whether it's Bernard Landry, whether it's Lucien Bouchard, whether it's Philippe Couillard, the tone was never quite like it was yesterday.

La Modératrice : Merci.

M. Fortin : Thank you.

(Fin à 9 h 12)