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Point de presse de M. Gabriel Nadeau-Dubois, leader parlementaire du deuxième groupe d’opposition, et Mme Christine Labrie, porte-parole du deuxième groupe d’opposition en matière d’éducation

Version finale

Le jeudi 18 février 2021, 8 h 20

Hall principal de l'hôtel du Parlement, hôtel du Parlement

(Huit heures vingt-neuf minutes)

La Modératrice : Bon matin. Bienvenue à ce point de presse de Québec solidaire. Prendront la parole tout d'abord Christine Labrie, députée de Sherbrooke, suivie de Gabriel Nadeau-Dubois, porte-parole de Québec solidaire. Vous pourrez poser vos questions par la suite.

Mme Labrie : Je vais vous reparler à nouveau de la pénurie de services de garde, ce matin, parce que c'est grave, ce qu'on traverse en ce moment.

Moi, je fais partie d'une génération qui a grandi en ayant la conviction qu'au Québec c'était possible pour les femmes de fonder une famille et de poursuivre des études, d'avoir une carrière, d'avoir une vie professionnelle riche, de faire les deux en même temps, et c'est malheureusement de moins en moins vrai à cause de décennies de négligence des différents gouvernements qui n'ont pas suffisamment développé le réseau de services de garde, qui ont laissé les conditions de travail des éducatrices se dégrader. Et j'inclus la CAQ là-dedans, parce que ça fait quand même deux ans qu'ils sont au pouvoir puis ils ont laissé les conditions des éducatrices se dégrader.

Et à cause de ça, on se retrouve avec une pénurie d'une ampleur telle qu'en ce moment il y a des dizaines de milliers de parents, essentiellement des femmes qui ne peuvent pas travailler comme elles le souhaitent parce qu'elles n'ont pas de place en service de garde. On parle de femmes principalement parce que, malheureusement, l'équité salariale, on a travaillé là-dessus, mais on ne l'a jamais atteint au Québec. Donc, dans la majorité des familles, c'est encore la femme qui gagne le salaire le moins élevé. Et la famille, même si elle est progressiste, même si elle aspire à l'égalité, elle fait le choix rationnel de garder à la maison la personne qui a le salaire le moins élevé quand elle n'a pas de place en service de garde.

Donc, ce sont les femmes qui subissent ça de plein fouet, ce sont elles qui perdent leur indépendance économique, qui font des concessions sur leur parcours professionnel. On parle d'infirmières, d'éducatrices spécialisées, d'enseignantes, d'agricultrices, d'ingénieures, de médecins. On parle d'entrepreneures qui avaient fondé une entreprise, qui vont difficilement pouvoir poursuivre leurs activités. C'est extrêmement grave, ce qu'on vit en ce moment. Et un des problèmes qu'on a, c'est que le gouvernement ne semble pas prendre suffisamment au sérieux l'ampleur de la crise. On est devant un potentiel recul de plusieurs décennies dans les conditions économiques des femmes en ce moment.

Je trouve que la CAQ banalise le problème. Ils ont annoncé la tenue d'un livre blanc dans les prochains mois. Ça va être long. Pendant ce temps-là, on a des dizaines de milliers de femmes, essentiellement, qui ne peuvent pas continuer de travailler. On a besoin d'elles, on a besoin d'elles pour la relance économique. Elles ont aussi besoin de travailler.

Alors, je vais demander au gouvernement deux choses très, très, très simples, qui relèvent de la transparence sur l'ampleur de cette crise-là. Vous l'avez vu depuis des mois, on vit une crise avec la pandémie, on a besoin d'être informés sur l'état des lieux aussi souvent que possible. On a besoin de savoir ce qui se passe, de mesurer les progrès faits, de mesurer l'impact des mesures prises par le gouvernement. Alors, je demande deux choses à la CAQ dans une motion aujourd'hui : de s'engager à rendre publics dès aujourd'hui les taux de couverture actuels, qui tiennent compte des fermetures de places des derniers mois et des taux de couverture anticipés pour 2022. Ce sont des cartes qui n'ont pas été mises à jour depuis 2019. Le portrait a totalement changé. Et je vais leur demander de rendre compte mensuellement, à partir de maintenant, du nombre d'enfants en attente d'une place, du nombre de places fermées, du nombre de places créées, et ça, dans chacune des régions du Québec. Parce qu'on a besoin d'avoir accès à un portrait détaillé, on a besoin de savoir si les mesures qu'ils mettent en place fonctionnent et on a besoin qu'ils ressentent aussi la pression de voir cette situation-là évoluer et d'agir, parce que c'est extrêmement grave ce qu'il se passe pour les conditions économiques des femmes en ce moment. Je vous remercie.

M. Nadeau-Dubois : Merci beaucoup, Christine, très important, ce que tu dis aujourd'hui.

Je veux terminer la semaine comme je l'ai commencée en vous parlant de Pharma-Québec. Lundi, Québec solidaire a demandé la tenue d'une commission parlementaire pour discuter de l'enjeu crucial de l'autosuffisance médicale du Québec et de la pertinence de créer une société d'État pour s'en occuper, c'est-à-dire Pharma-Québec.

Mardi, on a déposé une motion pour que le gouvernement du Québec reconnaisse que ça doit être un chantier prioritaire pour la relance de l'économie. Je parle, bien sûr, de l'enjeu de l'autosuffisance médicale. La motion a été adoptée, c'est un pas dans la bonne direction. Mais le jour même, en point de presse, le premier ministre a eu un discours pour le moins confus. Il nous a dit : Oui, c'est important, l'autosuffisance médicale. C'est vrai qu'on n'aurait pas dû privatiser nos capacités de production de vaccins. Mais ce n'est pas réaliste, Pharma-Québec, parce que ça coûte trop cher. J'ai été surpris quand j'ai entendu le premier ministre dire ça.

Le 22 mai dernier, mon collègue solidaire de Jean-Lesage, Sol Zanetti, posait la question à la ministre de la Santé, Danielle McCann : Qu'est-ce que vous faites pour préparer la vaccination au Québec? Êtes-vous en train de faire un plan pour qu'on produise des vaccins au Québec? Voici la réponse que lui a donné la ministre McCann, à l'époque ministre de la Santé : «Bon, M. le Président, je veux être claire, là, on a une capacité de production de vaccins sur le territoire québécois. Alors, on en a, des compagnies pharmaceutiques, qui sont bien en mesure de produire un vaccin à forte échelle, quand on va en trouver un, si on en trouve un, mais il y a des chances qu'on en trouve un évidemment. Alors, on est bonne position, sur le territoire québécois, pour faire en sorte que notre population ait accès à des vaccins. Et les considérations budgétaires dont parle le collègue — mon ami Sol — ne seront pas une embûche pour le gouvernement québécois. M. le Président, le budget n'est pas une embûche, nous allons investir ce qu'il faut, M. le Président.»

Mme McCann était ministre de la Santé, puis elle le disait clairement : On est capable, au Québec, de produire nos vaccins, puis on va mettre l'argent. Neuf mois plus tard, où en est-on? Bien, neuf mois plus tard, on est plus vulnérable que jamais. Le gouvernement du Québec en est réduit à mendier des doses de vaccin au gouvernement fédéral, à se mettre à genoux devant Justin Trudeau : S'il vous plaît, Justin, s'il vous plaît, donne-nous des vaccins.

Moi, je pense que le Québec est meilleur que ça. À Québec solidaire, on pense que le Québec est meilleur que ça. Ma question, ce matin, c'est : Si Pharma-Québec, ça coûte trop cher, c'est quoi, le plan de la CAQ pour assurer l'autosuffisance médicale du Québec? Si Pharma-Québec, ce n'est pas réaliste, c'est quoi, le plan de François Legault? Je pense que le premier ministre doit avoir l'humilité de reconnaître que la proposition de Québec solidaire est pertinente et qu'elle mérite d'être discutée. Il doit avoir l'humilité de reconnaître qu'on a besoin d'une commission parlementaire pour aller au fond de cet enjeu-là. C'est ce qu'on lui demande à nouveau ce matin.

La Modératrice : On va prendre vos questions. Une question, une sous-question.

Mme Gamache (Valérie) : Bien, tout d'abord, peut-être, sur le français, quand on regarde la possibilité du gouvernement de peut-être contingenter les places dans les cégeps anglophones, est-ce que c'est une voie que vous trouvez la bonne pour améliorer le sort du français au Québec?

M. Nadeau-Dubois : On n'a pas vu, toujours, la proposition du gouvernement sur cette question-là, donc c'est difficile pour moi de dire si c'est la bonne solution, puisque je ne l'ai pas encore vue. Nous, on n'est pas fermés à des mesures de contingentement, mais il y a une chose qui est certaine, l'enjeu fondamental, c'est celui du financement. Les cégeps francophones, particulièrement en région, sont sous-financés au Québec. Il faut un réinvestissement majeur dans les cégeps francophones. La meilleure manière d'encourager les jeunes Québécois, les jeunes Québécoises à étudier au cégep en français, c'est de rendre nos cégeps francophones attrayants, et pour ça, ça prend de l'argent.

Mme Côté (Claudie) : Sur le tramway, M. Nadeau-Dubois, bon, visiblement, là, rien ne va plus entre le gouvernement et le maire de Québec, Régis Labeaume. Ce matin, Dominique Anglade qualifiait l'attitude du gouvernement, particulièrement de François Legault, de paternaliste. Vous, vous qualifiez l'attitude du gouvernement comment dans ce dossier-là?

M. Nadeau-Dubois : Je trouve ça un peu arrogant de la part du gouvernement d'être aussi sourd à toute une région qui, depuis des années, se mobilise pour un vrai projet de transport collectif digne d'une capitale moderne comme Québec. Je trouve que le gouvernement manque tellement d'ambition. J'ai l'impression que, pour la CAQ, Québec, c'est une petite bourgade folklorique, là, puis qui n'a pas vraiment besoin de ça, un vrai réseau de transport structurant. Ça manque d'ambition. Je pense que Québec, c'est une grande ville, et Québec mérite un grand réseau de transport en commun.

M. Bergeron (Patrice) : ...le caucus caquiste se met les deux mains dans le tracé, là, ce n'est pas quelque chose d'électoraliste, ça? On dit : On va dessiner ça comme nous autres, là... pour que ça nous serve bien dans nos comtés, là. Il n'y a pas quelque chose de partisan là-dedans?

M. Nadeau-Dubois : C'est une bonne question, ça. Quand je parle d'arrogance, c'est de ça dont je parle. Au lieu de dessiner des lignes sur une carte, le rôle du gouvernement du Québec, c'est de mettre l'argent sur la table et de donner le go à un projet qui est réclamé depuis des années par toute la région, puis pas juste les écolos qui votent pour Québec solidaire. Le milieu économique au complet à Québec est pour ce projet-là.

Donc, à un moment donné, la CAQ doit choisir son camp, soit ils écoutent les citoyens et citoyennes de la région de Québec, le milieu économique de Québec, la société civile de Québec, soit ils écoutent les radios-poubelles. C'est un ou l'autre.

M. Pilon-Larose (Hugo) : Et à Montréal, en ce moment, est-ce que le gouvernement joue son rôle en annonçant de façon successive de nouvelles phases du REM, alors que la phase 1 n'est même pas encore en activité?

M. Nadeau-Dubois : Ça fait des beaux articles dans les journaux que d'annoncer que, dans 10, 15 ans, il y aura des REM partout dans la région de Montréal. De un, on est loin de la coupe aux lèvres. Puis, de deux, moi, ce que je constate, c'est que la CAQ est prête à développer du transport collectif seulement quand ça ne leur coûte pas grand-chose puis qu'ils sous-traitent les projets à des acteurs privés, dans le cas du REM, la Caisse de dépôt et placement du Québec.

Le modèle du REM, c'est un modèle de PPP, et c'est révélateur que ce soient ces projets-là qui aillent vite, alors que les projets de transport en commun publics, comme le tramway de Québec, sont constamment noyés dans les délais administratifs. C'est révélateur de leur faible engagement, au fond, envers le transport collectif. En anglais, on dit souvent, «money talks», l'argent parle. Moi, ce que je constate, c'est que c'est juste quand ça ne coûte pas trop cher à Eric Girard que les projets de transport en commun avancent.

M. Bergeron (Patrice) : Est-ce qu'il n'y a pas des questions à se poser concernant les ententes qui seraient éventuellement signées avec le gouvernement, par exemple? Parce que, pour le REM actuel, le gouvernement doit verser des redevances d'au-dessus de 400 millions en montants, là, pour 20 ou 50 ans à la Caisse de dépôt pour que la Caisse de dépôt puisse faire de l'argent sur le projet. Est-ce que, si on dit : On va développer une ligne vers Châteauguay, une ligne... est-ce qu'il n'y a pas, avant, une idée de ce que la caisse va demander au gouvernement du Québec pour...

M. Nadeau-Dubois : Bien, c'est le gros problème du modèle du REM. Je viens de dire : Quand ça ne coûte pas trop cher... En fait, c'est un peu plus compliqué que ça. On pense que ça ne coûtera pas cher, mais les attentes de rendement de la Caisse de dépôt sont tellement irréalistes qu'il pourrait y avoir un retour du refoulé, et qu'en pensant refiler la facture à la caisse, finalement, ce sont les Québécois, Québécoises qui se ramassent avec la facture. Parce que des rendements aussi importants que ceux que la caisse attend du REM, il n'y a à peu près pas de projets de transport collectif dans le monde qui en génèrent.

M. Lacroix (Louis) : Juste par curiosité, M. Nadeau-Dubois, quand vous parlez des radios-poubelles, vous faites référence à quoi, à qui? Vous avez dit : Les radios-poubelles...

M. Nadeau-Dubois : Oui. Bien, il y a dans la région de Québec, depuis de nombreuses années, un climat médiatique...

M. Lacroix (Louis) : Oui, mais c'est qui, les radios-poubelles, là?

M. Nadeau-Dubois : ...et une convergence de plusieurs voix médiatiques qui sont très claires dans leur opposition féroce et dogmatique au projet de tramway. Moi, je me rappelle de députés de la CAQ dans l'opposition qui allaient sur ces tribunes parler en long et en large contre le tramway.

M. Lacroix (Louis) : Ma question, ce n'est pas ça. Ma question, c'est : Vous faites référence à quelles tribunes? C'est qui les tribunes?

M. Nadeau-Dubois : Bien, je...

M. Lacroix (Louis) : C'est qui les radios-poubelles?

M. Nadeau-Dubois : Bien, je pense que...

M. Lacroix (Louis) : ...les nommer?

M. Nadeau-Dubois : Bien, d'abord, je ferais une nuance, là. Il y a, sur certaines... il y a de la diversité médiatique à Québec plus que jamais. Il y a eu une diversification médiatique dans les dernières années, puis ça, d'ailleurs, il faut le saluer. Je pense qu'il y a des gens qui tombent dans la catégorie radio-poubelle dans les gens qui prennent encore la... bien...

M. Lacroix (Louis) : Bien, c'est qui?

M. Nadeau-Dubois : Je pense qu'à Radio X il y a des discours qu'on peut mettre dans la catégorie des radios-poubelles.

M. Lacroix (Louis) : Et les autres, c'est qui?

M. Nadeau-Dubois : Vous voulez que je fasse une liste des stations? Pour moi, ce n'est pas une liste de stations...

M. Lacroix (Louis) : Les radios-poubelles, moi, je veux savoir qui sont les radios-poubelles.

M. Nadeau-Dubois : Bien, moi, je pense qu'à CHOI Radio X il y a des discours de radio-poubelle. Je vous donne un exemple.

M. Lacroix (Louis) : C'est une radio-poubelle, là.

M. Nadeau-Dubois : Bien, ça en est une bonne. Moi, j'ai déjà entendu des discours au 93,3. Ça ne fait pas du 93,3 une radio-poubelle, par contre, parce qu'il y a une diversité d'opinions sur plusieurs de ces antennes-là, mais je vous donne un exemple où je pense qu'il y a des discours qui se mettent dans la catégorie des radios-poubelles, puis c'est CHOI Radio X.

M. Lacroix (Louis) : C'est difficile de dire qu'ils ne veulent pas du tramway, alors qu'au contraire ils disent : On va le dessiner nous-mêmes. On y tient tellement, là, que c'est nous qui allons le faire.

M. Nadeau-Dubois : Le gouvernement de François Legault ne manque jamais d'originalité pour créer des délais. Ça ne m'étonnerait pas que ce soit encore une de ces stratégies-là.

M. Larin (Vincent) : À propos d'autre chose que le tramway, M. Nadeau-Dubois...

Journaliste : Ah! bien là...

M. Nadeau-Dubois : Oh!

Des voix : ...

M. Nadeau-Dubois : Moi, je ne veux pas créer de tension.

M. Larin (Vincent) : Sur les avis publics de la Santé publique.

M. Nadeau-Dubois : Oui.

M. Larin (Vincent) : On en a un premier exemple, là, qui a été déposé comme ça sur le site du ministère de la Santé, un document très détaillé qui montre les différents scénarios que le gouvernement avait en main concernant la réouverture ou la fermeture des bars, l'été dernier, à Montréal. On va avoir beaucoup d'autres documents comme ça qui, supposément, doivent être publiés dans les prochains jours.

J'aimerais savoir, premièrement, qu'est-ce que vous en avez pensé, si vous avez pu le consulter. Puis deuxièmement, c'est qu'à la lecture de ça, on se rend compte que finalement, la Santé publique, elle prend en compte des éléments économiques, c'est-à-dire, la fermeture potentielle des bars, elle prend en compte la cohérence du message gouvernemental, elle prend beaucoup plus d'éléments en compte qu'uniquement des données scientifiques sur la santé de la population. Est-ce que c'est son rôle de faire ça?

M. Nadeau-Dubois : Bien, vous me posez une vaste question, là, mais je pense que la santé publique, ce n'est pas juste la santé physique. La santé mentale, ça fait partie de la santé publique. Les déterminants sociaux de la santé, oui, c'est important de les prendre en compte. Et moi, je m'attends des départements de Santé publique au Québec à ce qu'on ait cette vision englobante, certains diraient «holistique» de la santé. Moi, ça, ça ne me dérange pas, c'est même ce à quoi on s'attend d'un département de Santé publique, de ne pas avoir une vision strictement médicale de la santé, mais une conception sociale et collective de la santé des populations. D'ailleurs, c'est ce que la Santé publique faisait bien mieux avant les coupures sauvages des années libérales où on a pratiquement scrapé entièrement cet aspect prévention dans la santé. Donc, moi, de lire ça dans les avis de Santé publique, ça ne me dérange pas, bien au contraire.

M. Larin (Vincent) : Je ne parle pas de la santé mentale, M. Nadeau-Dubois, il est écrit noir sur blanc, par exemple, dans les avantages, désavantages qui sont exposés au gouvernement pour, par exemple, la fermeture des bars, un des désavantages qui est évoqué, c'est la survie potentielle des bars. Donc, ça, c'est un argument qui est avancé par la Santé publique au gouvernement. Est-ce que c'est vraiment son rôle de faire ça?

M. Nadeau-Dubois : Bien, vous avez posé une large question. Moi, quand je parle de déterminants sociaux de la santé, ça, ça implique des enjeux comme le logement et comme l'activité économique. Donc, oui, qu'on tienne… qu'on prenne en considération les déterminants sociaux de la santé, ce n'est pas juste important, c'est essentiel.

Là, vous posez une question différente : Est-ce que, spécifiquement, les pertes pour des entreprises en particulier, ça doit être un facteur qui entre dans la balance? Je ne dis pas qu'il faut l'évacuer, mais, en temps de pandémie, ce qui devrait primer sur les pertes économiques de certaines entreprises, c'est la lutte contre la pandémie. Donc, qu'on le considère, c'est normal. Est-ce que ça devrait prédominer? Non, et surtout ça devrait toujours passer en deuxième après la transmission du virus.

Mais ce n'est pas… Je vous fais peut-être une réponse pas pleinement satisfaisante dans la mesure où c'est des enjeux qui sont complexes. Puis lutter contre une pandémie, ce n'est pas juste une question médicale, c'est aussi une question psychosociale, et il faut en tenir compte, puis l'activité économique, c'est un déterminant social de la santé. Donc, moi, quand je dis ça, je ne dis pas : Il faut que Vincent Guzzo soit d'accord avec toutes les mesures. Ce que je dis, c'est : Prenons en considération les déterminants sociaux de la santé, puis ça, c'est deux choses différentes.

La Modératrice : Une dernière question en français.

M. Bergeron (Patrice) : Mme Labrie, vous avez entendu, donc, la conférence de presse surréaliste à laquelle on a eu droit la semaine dernière, là, M. Lacombe qui nous avoue son impuissance. Est-ce que M. Lacombe, étant donné, là, ses performances dans les dernières semaines, les derniers mois, est encore le bon homme au bon endroit pour développer le réseau des garderies?

Mme Labrie : Je pense que, jusqu'à maintenant, la CAQ, en tant que formation politique, n'a démontré aucun intérêt pour le développement du réseau public des services de garde et pour les conditions de travail des éducatrices. Un ministre a besoin de l'appui de son gouvernement pour pouvoir avancer sur ce dossier-là, et notamment du ministre des Finances.

M. Carabin (François) : Dans vos propos d'ouverture, Mme Labrie, vous avez mentionné les impacts des politiques de la CAQ sur les mères de famille. Puis, depuis le début de la pandémie, vous parlez aussi beaucoup, au sein de votre formation politique, des impacts sur les professionnel-le-s de la santé. Est-ce que le gouvernement de la CAQ est sexiste?

Mme Labrie : Ça a été beaucoup dit que le gouvernement de la CAQ est un «boys' club». Il y a pourtant des femmes très intéressantes dans ce gouvernement-là, très compétentes, dont les réflexions ne sont certainement pas mises à profit comme elles le devraient. Ce qui est clair, c'est que la pandémie a eu des impacts majeurs sur les femmes, c'est abondamment documenté, à tous les niveaux, et on ne sent pas une volonté réelle de la CAQ de s'intéresser à ces questions-là. Ils n'ont pas pris l'habitude de faire l'analyse différenciée selon les sexes de leurs politiques. Ils ne l'ont pas fait pour leur plan de relance économique; ils ne le font pas... ils ne l'ont pas fait pour le projet de loi sur l'IVAC que j'étudie en ce moment. Ce n'est pas une habitude qu'ils ont prise. Donc, moi, ce que ça m'envoie comme message, c'est que, non, ils n'ont pas de préoccupation particulière pour les conditions des femmes.

Mme Gamache (Valérie) : Avez-vous l'impression justement qu'au sein même du Conseil des ministres ce «boys' club» là fait en sorte que le point de vue des femmes actuellement dans la pandémie n'est pas entendu?

Mme Labrie : Je pense qu'il n'est pas suffisamment entendu, non.

M. Pilon-Larose (Hugo) : La liste d'attente... Juste une dernière petite question par rapport à ça. La liste d'attente, est-ce que vous faites une adéquation entre le chiffre d'environ 50 000, 51 000 enfants sur la liste d'attente du guichet unique, et donc qu'il y aurait 50 000, 51 000 femmes qui ne peuvent pas développer leur plein potentiel au niveau professionnel, par exemple, parce qu'elles ne peuvent pas aller sur le marché du travail?

Mme Labrie : Moi, j'ai parlé de plusieurs dizaines de milliers. Évidemment, sur les 51 000, il y a là-dessus des parents qui touchent encore des prestations du RQAP, par exemple. Ça fait partie des raisons pour lesquelles on a besoin des données détaillées, et ça, le ministre refuse de nous les fournir. Si on avait la répartition des personnes sur cette liste d'attente là par tranche d'âge, par exemple, on pourrait mesurer un peu mieux combien de personnes exactement ont besoin d'une place en ce moment ou combien sont des enfants à naître, par exemple. Ce n'est pas des données que le ministre nous fournit en ce moment.

M. Pilon-Larose (Hugo) : Mais, selon vous, est-ce que la situation socioéconomique des femmes, en date d'aujourd'hui, a reculé comparativement à ce qu'elle était en 1997, lors de la création du réseau des CPE?

Mme Labrie : Par rapport à 1997, là, je ne suis pas en mesure de vous répondre exactement, mais elle a certainement reculé dans la dernière année, oui.

La Modératrice : Une dernière question…

Mme Côté (Claudie) : …la connexion Internet, parce que vous en avez souvent parlé, là, il y a une annonce qui a fuité, un peu, dans les médias, que le gouvernement s'apprête à faire. Bon, encore, là, on veut connecter via satellite. Bon, successivement, ça a toujours été un échec, là, des gouvernements. Est-ce que cette fois-ci, c'est la bonne?

M. Nadeau-Dubois : Si on ne change pas le modèle, le plan de la CAQ sera un échec comme les plans des libéraux et des péquistes ont été des échecs. Si on ne change pas notre approche, on va avoir les mêmes résultats. Il y a quelqu'un qui a déjà dit que poser les mêmes gestes et s'attendre à des résultats différents, ce n'était pas exactement une preuve d'intelligence.

Je pense qu'il faut faire preuve d'intelligence. Il faut changer de stratégie. Et nous, notre proposition, c'est d'arrêter de pelleter par millions de dollars de l'argent dans les poches des entreprises privées. Forcer la concurrence sur le marché en ajoutant un joueur public comme Réseau Québec, pour nous, ça, c'est une vraie solution, comparativement aux tentatives désespérées de la CAQ de répéter les erreurs du passé.

Une voix :

M. Nadeau-Dubois : J'ai d'énormes doutes, énormes doutes que ça va fonctionner.

La Modératrice : On va passer en anglais, s'il vous plaît.

Mme Senay (Cathy) : Hello, good morning. You have two MNAs in the Québec City region. How do you see the fact that the CAQ now wants to present its own layout for the tramway, after…

M. Nadeau-Dubois : I find that intention a little bit arrogant. The whole region has been mobilized for years around that very concrete project. And not only, you know, Québec solidaire MNAs and Québec solidaire electors, the whole economic ecosystem of the region is behind that project.

So, I don't think the role of the Government of Québec is to draw lines on a map. I think it's to put money on the table to realize a project that is asked by the region since years now.

Mme Senay (Cathy) : And you said that it's arrogant. Do you mean that…

M. Nadeau-Dubois : Yes, it's arrogant to think that…

Mme Senay (Cathy) :

M. Nadeau-Dubois : The Government of Québec… the Government of the Coalition avenir Québec always finds new ways to add further delays on that project. I think this might be one of those strategies.

Mme Fletcher (Raquel) : You have that idea about how the vaccination rollout should take place. You mentioned that in French. Can you tell us in English what you're expecting, what you want to see?

M. Nadeau-Dubois : You know, last May, my colleague Sol Zanetti asked the then Minister of Health, Mrs. McCann, what was the plan to produce vaccines here, in Québec. And Mrs. McCann, it was on May 22nd, said : Don't worry, we are going to take care of this, and money will never be an issue.

This week, Mr. Legault said precisely the opposite. He said that : Well, we have to do more in Québec, but, you know, it's not realistic what Québec solidaire is saying because it costs too much. Nine months later, we are at the same point, begging, literally begging vaccines from Mr. Trudeau.

I think and we think Québec is better than that. We are a rich society. We can have the ambition to produce our own vaccines, at least some of them, in Québec. We can do this. And it's so sad, so sad to see Mr. Legault saying publicly that : No, we're not good enough, we're too small, it costs too much.

So what we are expecting Mr. Legault to say and to recognize is that Québec solidaire has a proposition that deserves to be discussed and that the Parliamentary commission we are asking is a good way to explore that issue because we cannot tolerate the status quo.

Mme Johnson (Maya) : Good morning. There's been a lot of talk about language in the media lately, despite the absence of an actual bill here, at the National Assembly, one of the latest stories being a front-page article talking about the historic decline of French, the usage of French in free fall. Do you agree with that assessment about the status of the French language in Québec right now?

M. Nadeau-Dubois : French will always be fragile in Québec, it is fragile now, it was fragile for decades and will still be fragile. And we should always be finding new ways to protect it, and not only to protect it, but to make sure it flourishes in Québec. French in Québec is not only a language, French is an integral part of our identity, of our collective culture. We need to take care of it. So, yes, I'm worried, just like I think every Quebecker should be worried, and we will have propositions to make sure that French flourishes in Québec when Mr. Jolin-Barrette will finally, maybe one day, we never know, table his bill.

Mme Johnson (Maya) : You're not willing to share any of those propositions right now?

M. Nadeau-Dubois : I will let my colleague, Ruba Ghazal, do those announcements when the time comes.

Mme Johnson (Maya) : What do you think is taking Mr. Jolin-Barrette so long?

M. Nadeau-Dubois : It's a very good question. I don't know. I think… I don't know. I don't know. He's been talking about this for a year now. What is he doing? I don't know.

Mme Johnson (Maya) : Do you think it's because there maybe isn't an appetite for a language debate in the middle of a pandemic?

M. Nadeau-Dubois : I think we can fight the pandemic and still debate on other issues. I think we can fight the pandemic and talk about social housing. I think we can fight the pandemic and talk about the issue of day care. I don't think the pandemic should be an excuse to throw away all the other important debates in Québec.

La Modératrice : Merci beaucoup.

(Fin à 8 h 58)

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