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Point de presse de M. Joël Arseneau, chef du troisième groupe d’opposition

Version finale

Le mardi 15 mars 2022, 9 h 30

Salle Bernard-Lalonde (1.131), hôtel du Parlement

(Neuf heures trente et une minutes)

La Modératrice : Alors, ce matin, M. Joël Arseneau, notre chef parlementaire et porte-parole en matière de santé. Il sera suivi du chef du Parti québécois, M. Paul St-Pierre Plamondon. Ils prendront ensuite les questions.

M. Arseneau : Alors, bonjour, tout le monde, content de vous rencontrer après ces deux semaines de travail en circonscription. Écoutez, ça fait quand même deux ans, on a souligné le deuxième anniversaire de la pandémie, un triste anniversaire, et on a évidemment une pensée toute spéciale aujourd'hui pour les Québécois qui ont perdu un être cher, pour les familles qui ont été lourdement éprouvées pendant la durée de la pandémie.

Ça fait également deux ans que le gouvernement gouverne par décrets au moyen de l'urgence sanitaire, ce n'est pas rien, deux ans où les règles habituelles de reddition de comptes ici, à l'Assemblée nationale, sont suspendues et, pour l'essentiel, sans débat. Par tous les moyens possibles, le gouvernement essaie de nous faire croire qu'il a encore besoin de ces moyens extraordinaires pour gérer le Québec. On insiste depuis des mois pour dire qu'il y a une différence entre la gestion de la pandémie par décrets et l'imposition ou l'application de mesures sanitaires pour protéger les Québécois.

Alors, évidemment, on réitère que le gouvernement doit mettre fin à l'urgence sanitaire. On s'attend au dépôt d'un projet de loi qui va permettre la transition de façon extrêmement rapide. Des voix s'élèvent également, encore en fin de semaine dernière, pour dire qu'il y avait abus de pouvoir de la part du gouvernement. Donc, je pense que le rendez-vous est important cette semaine.

Par ailleurs, on aura également le retour de l'ensemble des députés au salon bleu de l'Assemblée nationale. Donc, c'est un signe de plus d'un certain retour à la normalité, donc, et un signal que le gouvernement doit céder les pouvoirs exorbitants et extraordinaires qu'il s'est octroyés lui-même. Je pense que cette semaine sera déterminante.

Je vous laisse en compagnie de mon chef, Paul St-Pierre Plamondon.

M. St-Pierre Plamondon (Paul) : Merci, Joël. Bonjour, tout le monde. Très heureux de tenter cette expérience de «hot room». C'est spécial.

Journaliste : ...

M. St-Pierre Plamondon (Paul) : Exactement. En effet, je ne m'en vanterai pas avant, on s'en reparle après. Écoutez, je veux revenir en premier lieu sur la nouvelle de ce matin, à savoir qu'on est rendus à 17,4 milliards de dollars en contrats octroyés sans appel d'offres par le gouvernement de la CAQ. On constate que, même avant la pandémie, la CAQ aimait ça, les contrats sans appel d'offres, était déjà rendue à 4,5 milliards de dollars octroyés sans appel d'offres. C'est beaucoup plus que la moyenne des gouvernements précédents. C'était autour de 1,8 milliard de dollars à l'époque. Donc, un constat est indéniable, c'est dangereux pour nos finances publiques.

Et la CAQ aime ça contourner les règles et les institutions. On l'a vu avec les commissions parlementaires, on le voit avec des règles de base pour prévenir la corruption, comme les appels d'offres. Et, comme le disait Joël, il n'y en a pas, de justification pour une gouvernance par décrets puis des contrats sans appel d'offres à ce stade-ci. On a déjà des indications précises et factuelles que des contrats ont été octroyés à des entreprises fantômes, des contrats ont été octroyés, puis, clairement, il y a un aspect bidon dans la piètre qualité de la livraison. Ça donne lieu à une culture du favoritisme où on sait que le gouvernement a appelé des amis, dans au moins un cas.

Donc, tout ça, là, on peut parler de Jean Charest très longtemps puis de son époque sombre de gouvernance, mais il faudrait ouvrir les yeux sur ce qui se passe en ce moment : 17 milliards de dollars pour lesquels on n'a aucun mécanisme pour vérifier si on a obtenu une valeur, un rapport qualité-prix qui a du bon sens. Donc, ce qui m'inquiète énormément, c'est la dilapidation des fonds publics. Et on parle beaucoup de pandémie et de quand est-ce qu'on va pouvoir enlever les masques. Moi, ce que je vous dis, ce matin, c'est que les masques vont véritablement tomber quand on va découvrir la portée de ces contrats-là et les problématiques qui sont déjà révélées par les journalistes quant à l'absence de rapport qualité-prix ou, potentiellement, du favoritisme par le gouvernement. C'est cette journée-là que les masques vont véritablement tomber.

Je veux revenir également, rapidement, sur la question du français et revenir au nationalisme qu'on peut qualifier d'homéopathique de la CAQ. Je suis très surpris de la sortie de Sonia LeBel, qui semble complètement étonnée de voir que le gouvernement fédéral ne collaborera pas sur l'application de la loi 101 aux entreprises à charte fédérale. Elle se comporte comme si elle ne l'avait pas vu venir et elle ne prend pas la responsabilité de ce que la CAQ a mis de l'avant, à savoir que la CAQ nous a promis des gains dans le Canada, nous a promis de démontrer que ça fonctionnait, le Canada, au niveau notamment de la langue. Et le constat d'échec, il est cuisant. Et ce n'est pas parce que Mme LeBel va taper du pied en disant : Ce n'est pas correct faire ça, que ça va changer quoi que ce soit. Il faut en tirer les conclusions.

Et, si vraiment Mme LeBel a à coeur l'avenir de la langue française, au lieu de taper du pied auprès d'un gouvernement fédéral qui n'a aucune écoute pour la CAQ — on se souviendra qu'ils ont indiqué de voter conservateur lors des dernières élections — pourquoi ne tape-t-elle pas du pied puis ne parle-t-elle pas avec plus de conviction dans son propre Conseil des ministres par rapport à la question de la loi 101 au cégep, qui, de l'avis de tous les experts et de plus en plus de cégeps, devrait s'appliquer, là, partout au Québec? Pourquoi cette décision-là n'est-elle pas prise par la CAQ? Ça, c'est la vraie question qui, je crois, devrait être posée à Sonia LeBel.

La Modératrice : On va prendre des questions. Une question, une sous-question.

M. Lachance (Nicolas) : Êtes-vous étonné de voir que cette année, en 2022, là, depuis janvier 2022, 68 % de l'argent contractuel, qui a été mis dans les contrats, a été octroyé de gré à gré? Donc, 68 % de l'ensemble des sommes dépensées dans des contrats, c'est des gré à gré encore en début 2022, alors que... Bon, c'est vrai que la pandémie est encore là, mais est-ce que ça justifie que plus de la moitié de l'argent public soit dépensé de gré à gré?

M. St-Pierre Plamondon (Paul) : 68 % des contrats qui sont sans appel d'offres, ce n'est pas étonnant, c'est épeurant. 17 milliards de dollars, c'est beaucoup, beaucoup d'argent. Et ce qu'on voit, c'est que... Évidemment, les gens comprennent qu'on octroie des contrats sans appel d'offres, lorsque c'est du matériel médical urgent, mais ce qu'on voit, en fait, c'est que c'est dans tous les domaines. Des ministères qui ne sont absolument pas en situation d'urgence en ont profité pour octroyer des contrats suivant des critères qu'on ne connaît pas.

Et revenons à la logique de l'appel d'offres. C'est pour éviter le favoritisme, éviter ce qu'on a découvert à la commission Charbonneau, c'est-à-dire des cotes, des extra, des amis. C'est pour ça qu'on a des appels d'offres. Ils doivent être améliorés, ces appels d'offres là, je pense qu'il y a une réforme qui est nécessaire. Mais, plutôt que de réformer le processus d'appel d'offres, le gouvernement fait simplement un contournement d'une règle fondamentale.

Et allez voir, moi, je suis allé voir ce matin, là, je consultais la liste, parce qu'on nous dit qu'ils ont été transparents, essayez de trouver dans cette liste-là une quelconque information sur combien de compagnies ont été considérées, pourquoi on a choisi une telle compagnie et quel rapport qualité-prix on obtient entre la marchandise ou le service, d'une part, et le prix payé, d'autre part. Ça ressemble étrangement à la divulgation caviardée, c'est-à-dire, le gouvernement nous dit : Bonne chance pour trouver puis comprendre quoi que ce soit sur comment on a dépensé 17 milliards de dollars sans appel d'offres.

Donc, quand je vous dis que les masques vont tomber bientôt, c'est qu'on va découvrir la portée et les conséquences de cette manie-là qu'a le gouvernement, pour le deux tiers des contrats, à contourner les règles qui préviennent la corruption, qui garantissent l'éthique.

M. Bossé (Olivier) : Mais est-ce qu'on va avoir besoin d'une deuxième la commission Charbonneau pour ce 17 milliards là?

M. St-Pierre Plamondon (Paul) : Je l'ignore. En fait, je ne le souhaite absolument pas, mais je pense qu'il faut s'ouvrir les yeux comme société. Pourquoi le gouvernement étire la sauce à ce point?

M. Bossé (Olivier) : ...le lien avec Jean Charest, là, quand même.

M. St-Pierre Plamondon (Paul) : Oui, c'est ça. Il faut ouvrir les yeux sur maintenant. Et moi, je pose la question : Qu'est ce que la CAQ a à cacher? Pourquoi la CAQ maintient-elle la gouvernance par décrets puis l'absence d'appel d'offres, alors que tout ce qu'elle avait à faire, au cours des derniers mois, c'est tout simplement ne pas renouveler l'état d'urgence? Puis adapter, là, les quelques éléments, là, ça aurait pris 48 heures. Qu'est-ce que la CAQ cherche à faire lorsqu'elle maintient artificiellement la gouvernance par décrets et l'octroi de contrats sans appel d'offres? Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple? Qu'est-ce que ça veut dire, 17 milliards de dollars sans appel d'offres, pour nos finances publiques, pour ce qu'on va découvrir? Moi, je suis très inquiet.

M. Lachance (Nicolas) : Le gouvernement promet une reddition de comptes, mais c'est quel genre de reddition de comptes que vous aimeriez avoir? Ça ressemblerait à quoi?

M. St-Pierre Plamondon (Paul) : Bien, c'est le rapport d'évènement dont on a besoin, c'est-à-dire quelles compagnies ont été considérées…

M. Lachance (Nicolas) : Il y en a, là, c'est à l'infini pratiquement, là, c'est énorme, le nombre de contrats qu'il y a eu.

M. St-Pierre Plamondon (Paul) : Bien, ça va avec la responsabilité...

M. Lachance (Nicolas) : ...devrait faire ça? Comment le faire?

M. St-Pierre Plamondon (Paul) : Le gouvernement, parce que, sinon, c'est la Vérificatrice générale qui va le faire.

M. Lacroix (Louis) : Mais est-ce que vous demandez à la vérificatrice de le faire? Parce qu'on peut demander des mandats.

M. St-Pierre Plamondon (Paul) : On l'a déjà demandé. Vous vous souviendrez, quand on a eu la révélation comme quoi il y avait des compagnies bidon à l'étranger, on a déjà demandé l'implication de la Vérificatrice générale. Ça relève de sa décision. Mais en termes de...

M. Lacroix (Louis) : Est-ce que vous l'avez fait formellement avec une lettre envoyée à la vérificatrice pour lui demander de se pencher là-dessus?

M. St-Pierre Plamondon (Paul) : Je vais revenir à comment on avait fait la demande. Oui, hein, c'est le cas? On l'avait faite par écrit.

Donc, je pense que le gouvernement a l'obligation, dans la loi, si on respecte l'esprit de la loi... Évidemment, on peut être de mauvaise fois, puis envoyer juste un chiffre puis un autre contrat, puis dire : Arrangez-vous, faites une demande d'accès à l'information puis vous aurez peut-être l'information caviardée dans 60 jours. Ça, c'est de la mauvaise foi. Si le gouvernement est véritablement transparent, il va nous fournir quelles compagnies ont été considérées, quels services ou quel matériel ont été obtenus, pour quel prix, de manière à ce que des journalistes, par exemple, puissent regarder s'il y a un problème de rapport qualité-prix lorsque, par exemple, on engage une compagnie du Mexique qui est spécialisée dans les appels téléphoniques pour du matériel médical. Quand on a des révélations comme celle-là, là, je pense qu'il faut peser sur le lumineux rouge et réaliser qu'il y a potentiellement un problème important sur le plan du rapport qualité-prix obtenu.

M. Robillard (Alexandre) : Qu'est-ce que la CAQ aurait à gagner en favorisant certaines entreprises plus que d'autres, selon vous?

M. St-Pierre Plamondon (Paul) : Bien, c'est-à-dire que je ne le sais pas, moi, pourquoi un sous-ministre a appelé son ami pour un contrat de 21 millions de dollars, là. Ça, c'était une révélation qu'on a eue il y a quelques semaines. Je ne sais pas exactement quel agenda... Moi, ce que je sais, c'est que les partis d'opposition ont le devoir de protéger le trésor public puis de demander des comptes. Puis, quand il y en a pour 17 milliards de dollars de contrats pour lesquels on n'a aucune manière de savoir comment les décisions sont prises, quelle valeur est obtenue, c'est très dangereux, puis on a le droit à cette reddition de comptes là.

M. Robillard (Alexandre) : ...dans le passé, on a fait le lien avec les contributions politiques. Et donc, là, vous, qu'est-ce que... Pourquoi ça vous inquiète, là, cette apparence de...

M. St-Pierre Plamondon (Paul) : J'espère qu'on ne se retrouvera pas à nouveau là, là. Je sais où est-ce que vous vous en allez.

M. Robillard (Alexandre) : Bien, moi, je vous pose des questions, là. C'est vous qui... vous allez où vous voulez, mais...

M. St-Pierre Plamondon (Paul) : Oui, oui. Je n'ai pas de réponse factuelle pour vous ce matin de ce qu'on va trouver quand on va faire l'examen de ces 17 milliards de contrats sans appel d'offres. Ce que je vous dis, c'est qu'un gouvernement qui s'accroche à ce point-là, depuis des mois, à la gouvernance par décrets pour donner des contrats sans appel d'offres, c'est très inquiétant quand on sait qu'il y a des contrats envoyés à des amis puis des contrats envoyés à des compagnies bidon.

M. Robillard (Alexandre) : ...ce que vous dites, c'est que plus il s'accroche, plus il soulève des doutes sur ses motivations.

M. St-Pierre Plamondon (Paul) : Bien oui, puis là on ne peut pas exclure les élections là-dedans. Plus il s'accroche, plus les délais pour que les journalistes et les oppositions fassent une évaluation réelle, précise de comment ces 17 milliards de dollars là ont été dépensés dans la réalité... plus le temps manque, là.

M. Robillard (Alexandre) : Mais est-ce que, plus il s'accroche, plus il crée la perception qu'il a un gain à tirer de la situation?

M. St-Pierre Plamondon (Paul) : Plus il s'accroche, plus il crée la perception fondée qu'ils ont quelque chose à cacher, qu'ils ont une raison de gouverner en contournant les règles. Parce que ce n'est absolument pas nécessaire, depuis des mois, d'y aller de gré à gré, là. L'appel d'offres n'est pas un empêchement à gérer la pandémie.

M. Lachance (Nicolas) : Mais la ligne est mince parce qu'il y a quand même une situation d'urgence. Par exemple, si on prend le 105 millions de gré à gré à Cossette pour de la publicité, tu sais, pour la COVID, concernant la COVID, est-ce qu'on aurait dû aller en appel d'offres? C'est quand même 105 millions, là, c'est beaucoup d'argent public...

M. St-Pierre Plamondon (Paul) : C'est beaucoup d'argent.

M. Lachance (Nicolas) : ...à une seule entreprise de communication. Est-ce qu'on aurait dû aller en appel d'offres là-dessus?

M. St-Pierre Plamondon (Paul) : Bien, à tout le moins, à ce stade-ci, on aurait le droit de savoir est-ce que d'autres compagnies ont été considérées puis quel était le prix demandé par les autres compagnies.

M. Lachance (Nicolas) : ...décret d'urgence, il n'y en a pas, là.

M. St-Pierre Plamondon (Paul) : Mais c'est ça. Mais c'est là que la reddition de comptes qui est prévue dans la loi, avec un rapport complet, devient absolument nécessaire. Parce qu'évidemment que, quand tu détiens 17 milliards de dollars que tu peux donner à qui tu veux dans la société québécoise, c'est tentant de faire plaisir.

M. Lacroix (Louis) : Mais, en citant tout à l'heure, là, M. Charest, le passé de M. Charest puis la commission Charbonneau... À cette époque-là, il y avait des soupçons de collusion et de favoritisme. Est-ce que vous avez les mêmes soupçons en ce moment à l'égard de la situation des contrats sans appel d'offres?

M. St-Pierre Plamondon (Paul) : Je suis inquiet. Je suis inquiet parce que la commission Charbonneau nous disait qu'il fallait réformer le processus d'appel d'offres. Moi, je faisais partie du comité de suivi sur les recommandations de la commission Charbonneau et je me souviens très bien qu'une des recommandations c'était d'améliorer le processus d'appel d'offres pour mieux protéger les deniers publics. Qu'est-ce que la CAQ a fait? Aucune réforme, mais elle a enlevé le garde-fou complètement. 68 % des contrats octroyés sans appel d'offres, de gré à gré, à qui on veut, sans reddition de comptes. Si les lumineux rouges n'allument pas, en ce moment, il va être trop tard, là.

Puis, rappelez-vous, j'ai demandé notamment à ce qu'on poursuive les compagnies bidon pour rapatrier l'argent, il y a un an, quand on a appris que des centaines de millions de dollars avaient été donnés à des compagnies bidon. Qu'est-ce qu'a fait la CAQ? Zéro. Zéro. Donc, c'est très inquiétant, comme gouvernance, comme transparence, comme absence de transparence.

M. Poinlane (Pascal) : Mais, à vos yeux, une fois que l'urgence sanitaire va être levée, est-ce qu'il n'y a plus de problème, puis on va retourner aux règles de base, donc ça va être terminé, le problème, ou vous pensez qu'il va y avoir un effet, puis on a pris un mauvais pli à quelque part?

M. St-Pierre Plamondon (Paul) : Bien, il y avait déjà un mauvais pli puisque la CAQ utilisait trois fois plus les contrats sans appel d'offres en moyenne, avant la pandémie, que les gouvernements précédents. Donc, il y a quelque chose, dans la gouvernance de la CAQ, où on aime simplifier les choses en contournant les règles et les institutions. On l'a vu souvent au cours des dernières années. Ça avait lieu avant la pandémie.

Moi, ce que je vous dis, c'est : Quand 17 milliards de dollars ont été octroyés dans des contrats de gré à gré pour lesquels on n'a aucune information, là, ce n'est pas respectueux des payeurs de taxes. C'est vraiment une insulte à l'intelligence des citoyens, qui ont droit, parce qu'ils travaillent pour cet argent-là, d'avoir des mécanismes qui garantissent qu'on a un bon rapport qualité-prix. Puis là la CAQ s'accroche à cette manière de gouverner là depuis des mois, et c'est très inquiétant.

Mme Lévesque (Fanny) : Sur l'urgence sanitaire, là, puis de façon plus large, est-ce que vous êtes d'accord avec ce principe-là? De ce qu'on en sait jusqu'à présent, c'est qu'on va mettre des mesures de transition pour être capable de réactiver tout le processus de crise sans avoir recours à l'état d'urgence sanitaire. Ça, pour vous, ça fait du sens ou... C'est quoi, vos attentes spécifiquement liées à la pandémie?

M. Arseneau :  Bien, si on exclut la question des contrats, parce qu'on a tout à fait... Il n'y a pas d'urgence à acquérir, par exemple, du matériel. Si on n'a pas fait les provisions en termes d'inventaire, par exemple, on a un foutu problème.

Donc, on parle essentiellement des mesures sanitaires. On parlait du port du masque, par exemple, on parlait des conditions de travail du personnel de la santé. Et là on nous dit : Bien, est-ce que les partis d'opposition ne sont pas d'accord avec le fait qu'on conserve des primes pour s'assurer qu'on puisse soutenir le réseau? Pas plus tard que vendredi dernier, on annonçait l'abolition des primes, là, un peu partout dans l'appareil, dans le réseau de la santé. Alors, il faut que le gouvernement soit cohérent. Il faut qu'il dépose un projet de loi qui nous permettrait, justement, de réagir de façon rapide, si besoin est, mais pour une période de transition.

Mais j'ose espérer que le gouvernement ne va pas faire l'économie du débat sur la révision, par exemple, de la Loi sur la santé publique et sur la question de l'état d'urgence sanitaire, puis de la reddition de comptes, puis du débat qu'on doit avoir à l'Assemblée nationale.

Donc, moi, en fait, ce à quoi je m'attends, c'est que le projet de loi soit déposé — demain, je pense, qu'on a annoncé — et qu'il soit le plus simple possible, en quelques articles, avec des mécanismes, justement, qui permettent d'utiliser au minimum des pouvoirs, disons, extraordinaires ou qui contournent, là, les règles habituelles de gouvernance.

Mme Lévesque (Fanny) : Est-ce que vous allez demander, par exemple, des espèces de garde-fous? Par exemple, si on arrive à une sixième vague puis qu'on se donne la possibilité de réactiver, si on le veut ou si on le souhaite, le passeport vaccinal, des mesures comme ça qui ont été quand même controversées au cours des derniers mois, donc, est-ce que vous allez exiger des critères précis pour...

M. Arseneau : Oui, bien, ce que j'allais dire... Les balises, les indicateurs, les critères, on les a demandés depuis deux ans...

Mme Lévesque (Fanny) : Vous ne les avez pas eus.

M. Arseneau : Et on ne les a pas eus. Alors, il est clair que, si le gouvernement aujourd'hui dépose un projet de loi et qu'il veut la collaboration des oppositions, il va falloir qu'il nous donne un certain nombre de balises pour qu'on puisse débattre ensemble de ce qui est urgent, pour la société québécoise, à mettre en place. Sinon, l'exercice est complètement factice et inutile.

Mme Lévesque (Fanny) : Vous, M. Arseneau, allez-vous vous représenter aux prochaines élections?

M. St-Pierre Plamondon (Paul) : On a une annonce.

M. Arseneau : Écoutez, j'imagine que vous faites référence au fait que ma collègue députée de Gaspé a annoncé qu'elle serait de retour, qu'elle va briguer un second mandat. Moi, je prévois une annonce d'ici la fin du mois.

Journaliste : Pour dire quoi?

M. St-Pierre Plamondon (Paul) : Juste revenir là-dessus, je veux juste spécifier qu'il y a les fonds publics, prévention de la corruption, prévention de mauvais contrats à des compagnies bidon ou mauvais rapport qualité-prix, mais, pour la suite des choses, il y a aussi la qualité des décisions. Quand des décisions qui affectent la société québécoise et qui affectent, potentiellement, la cohésion entre les Québécois, là, ne sont pas débattues, sont prises en catimini par une cellule de crise où la majorité des gens sont des experts en communication, là, ça, on ne veut plus jamais retourner là-dedans. Dorénavant, là, s'il y a d'autres situations sur le plan sanitaire, les décisions importantes doivent absolument être débattues, et nous, on ne fera aucun compromis là-dessus. C'est le ton qu'on a adopté dès la rentrée, en janvier, puis on va maintenir ce cap-là. Il n'y en a pas, d'excuse pour ne pas débattre de décisions importantes, surtout quand on apprend des choses comme, par exemple, là, pour le couvre-feu ou ce qu'on nous a suggéré, là, par rapport au fait que la Santé publique était derrière ça. Quand on vérifie, on gratte, comme ça a été souvent le cas, on se rend compte que ce n'est pas tout à fait ça. On ne nous a pas dit tout à fait la vérité, là, on a joué avec la vérité.

Mme Lévesque (Fanny) : Vous allez exiger que ce soit inscrit dans le projet de loi, qu'il y ait cet espace-là de débat pour les prochaines vagues ou pour les prochaines crises?

M. St-Pierre Plamondon (Paul) : Oui, bien... Ou, si ce n'est pas dans le projet de loi, de réduire les pouvoirs spéciaux du gouvernement pour que la normalité ait lieu. La normalité, c'est de débattre, donc c'est de ne pas tout retirer les pouvoirs de l'Assemblée nationale pour les donner à une cellule de crise en communication. Puis ça, c'est la normalité. Donc, c'est vraiment de limiter les champs d'action du gouvernement à ce qui est absolument nécessaire, tout en garantissant que les deniers publics sont bien dépensés mais également que toutes les voix au Québec sont entendues avant de prendre des décisions importantes, pas seulement les intérêts électoraux de la CAQ.

M. Robillard (Alexandre) : ...pensez-vous qu'on s'en va vers une sixième vague?

M. St-Pierre Plamondon (Paul) : Ça, c'est vraiment aux scientifiques de nous le dire, mais je pense qu'il faut éviter certaines erreurs du passé et regarder attentivement ce qui se passe ailleurs.

Journaliste : ...

M. St-Pierre Plamondon (Paul) : À nouveau, là, ça, c'est la Santé publique qui va nous dire. Mais une erreur qu'on a faite par le passé, c'est de décider de ces questions-là avant même d'avoir des données fiables. Souvenez-vous, le 7 décembre dernier, quand on a annoncé 20 personnes à Noël, c'était impossible d'avoir des données épidémiologiques fiables pour prendre cette décision-là. Ça a cassé le moral des gens. Donc, si on a des décisions à prendre pour la suite, dans un contexte d'incertitude, attendons d'avoir des données fiables avant de prendre des décisions. Et le reste, ça relève de la Santé publique.

La Modératrice : Une dernière en français, s'il vous plaît.

Mme Côté (Claudie) : ...question sur le budget. Vous n'avez pas fait encore vos propositions concernant le budget la semaine prochaine. Est-ce que des chèques, c'est une bonne idée pour contrer l'inflation?

M. St-Pierre Plamondon (Paul) : On va revenir sur nos propositions. Ce qu'on a déjà mis sur la table, nous, c'est le gel des sociétés d'État pour un an, pour donner de l'oxygène... Pardon?

M. Arseneau : Le gel des tarifs.

M. St-Pierre Plamondon (Paul) : Le gel des sociétés d'État... Non, c'est ça, il faudrait qu'elles continuent à fonctionner. Le gel des tarifs des sociétés d'État. Nous, on est de l'école qu'il faut absolument se demander quelles politiques publiques peuvent faire baisser les prix dans certains domaines. Ce qui nous inquiète le plus, c'est de voir l'inaction du gouvernement par rapport à la bulle immobilière puis à la crise du logement. Les gens s'appauvrissent. Puis ce qu'on constate... Pour l'essence, l'inflation, nous, on propose des mesures pour baisser les prix puis on va vous revenir avec les propositions, là, prébudgétaires.

Mme Côté (Claudie) : ...ça va être un chèque, éventuellement.

M. St-Pierre Plamondon (Paul) : Je ne présume pas du plan du gouvernement. Ce que je vous dis, c'est que nous, on va arriver avec des propositions. On verra ce que le gouvernement offre. Mais je souligne que l'appauvrissement des Québécois sous la CAQ se compte en milliers de dollars et notamment parce que, vis-à-vis une bulle immobilière puis une inflation galopante, les politiques publiques qui auraient pu freiner ces dynamiques-là puis protéger les consommateurs n'ont pas été prises en temps utile. Et là l'endettement ou l'appauvrissement des familles québécoises se compte en milliers de dollars par année.

Puis c'est ça, le vrai test de la réalité pour la CAQ, là. Ils ont beau nous rappeler qu'en 2018 ils ont fait un engagement puis ils ont fini par le faire, là, si, dans la poche des Québécoises et des Québécois, il y a 2 000 $, 3 000 $, 4 000 $ de moins cette année puis qu'ils ne sont pas capables de rejoindre les deux bouts, là, on va aller au-delà des communications puis du marketing puis on va demander des comptes à la CAQ.

M. Poinlane (Pascal) : Sur l'affaire Carpentier, rapidement, c'est quoi vos attentes par rapport à la ministre Guilbault, là — je ne sais pas si vous êtes au courant du dossier — sachant que la SQ n'a plus ses opérations de recherche, sauf à Montréal, mais on a coupé dans les régions, puis ça a possiblement causé les problèmes de recherche, là?

M. Arseneau : Bien, il y a des révélations troublantes qui ont été faites, à plusieurs égards, par l'émission Enquête. Ce qu'on peut dire aujourd'hui, c'est qu'on n'est pas allés au bout de l'exercice, dans l'enquête, et d'entendre des témoins ce serait peut-être une bonne idée. Donc, il y a des éléments qui semblent avoir été écartés ou pas considérés par la coroner, là, ou le Bureau du coroner.

Mais, au-delà de ça, c'est la responsabilité ministérielle qui est en cause aujourd'hui. C'est-à-dire qu'en février 2019 on a aboli l'unité d'urgence permanente à la Sûreté du Québec. Est-ce que la ministre était au courant de l'abolition d'un service comme celui-là? En voyant les résultats auxquels on a droit, là, un an plus tard, dans une période où deux personnes, deux enfants étaient portés disparus et qui a donné lieu à des opérations, là, pour le moins difficiles et un certain cafouillage, un manque de compétence, un manque de ressources, un manque de coordination, et qu'aujourd'hui, bien, on nous dise que la Sûreté du Québec va faire le travail en temps utile… Moi, je m'attendais à ce que la ministre nous dise que ce fut une erreur de la Sûreté du Québec d'abolir une équipe d'enquête comme celle-là et qu'elle va s'assurer que l'équipe soit reconstituée et que la compétence de la Sûreté du Québec à cet égard soit reconstituée. Parce que, là, on voit qu'on est toujours à risque, selon le témoignage même de certains policiers.

Alors, la situation est grave, et l'espèce de nonchalance de la ministre dans sa réponse, pour moi, relève d'une absence de responsabilité ministérielle à l'égard de ce que la police a fait et fait maintenant.

La Modératrice : On va passer aux questions en anglais...

M. Lachance (Nicolas) : ...avant de prendre une décision, M. Arseneau?

M. Arseneau : Ah! Pas du tout. Vous savez que l'élection dans Marie-Victorin, c'est le 11 avril. Et la fin de mars, bien, viendra avant l'élection.

La Modératrice : En anglais, s'il vous plaît.

Mme Senay (Cathy) : I just would like to jump back, Mr. Arseneau, on the Carpentier sisters. You have the impression that Mrs. Guilbault is dragging her feet to, basically, make changes that would make sure that the mistakes that the SQ did won't happen again?

M. Arseneau : Yes. One sure thing is we didn't get the full story. At the time of the disappearance of the two kids, we thought that was particularly slow, that no search operations were conducted during the night. It took a while, a long time before the AMBER Alert, you know, was launched. And now we learn all sorts of troubling facts. So that's one thing. Maybe the inquiry didn't go as far as it should. So, that's one thing, I think it should continue.

But moreover, what we learned is that the reason why the operations were so confused was because a special unit, emergency unit was disbanded a year prior under the CAQ Government. And the question is : Was the Minister aware of that? Did she, you know, approve of that decision? And does she think it's a good idea today? Because we're still at risk. And if she believes that, you know, what police officers say today, that they wouldn't be anymore prepared... any better prepared to act, then she should certainly send a message to the Sûreté du Québec that something has got to be done and some kind of special unit has to be reintroduced, reinstated, so we can reassure Quebeckers that we're, you know, ready for such an operation when it happens.

Mme Senay (Cathy) : Mr. St-Pierre Plamondon, a year ago, Québec's Auditor General confirmed that she will investigate the expenses of the Legault Government during the pandemic, including contracts and the buying of equipment. So, what are you asking her today? Do you want her to speed up her examination, so we know what's happening with this $17 billion of contracts? Because she has started her investigation already, so I'm not sure what are your expectations.

M. St-Pierre Plamondon (Paul) : Of course, the Vérificatrice générale has the power to determine what's appropriate or not. So, it's not for me to tell her what to do. But...

Mme Senay (Cathy) : ...

M. St-Pierre Plamondon (Paul) : But there are objective fears about what's going on right now. And I think it's important that this institution gives us an accurate picture of what happened in due course, in a useful frame of time, a period of time. If we get that information, next November, we cannot evaluate what actually the CAQ did. And it's very hard to see through how the CAQ governs, in general. During the pandemic, transparency was a problem, how the decision making is done. They already like a lot not going to «appel d'offres», I'm sorry...

Des voix : Call for tenders.

M. St-Pierre Plamondon (Paul) : Call for tenders. I'm sorry. So, I think, for that inquiry that is a very normal step in a democracy, Vérificatrice générale is a very important institution. For that work to be useful for Québec, for our citizens, for every political party, we need to have at least some partial results, some partial evaluation of how that $17 billion were spent. It's huge amounts of money. And we cannot just go to the next election saying : We have just no idea how that was spent. We know it was not going through tenders, we know that, in some cases, it was given to some friends or to some companies that have no legitimacy, somewhere in Mexico, we know that, but otherwise will go to the elections with no information whatsoever. I think the Vérificatrice générale needs to enlighten that question that is very serious, given the large amounts that are in stake.

Mme Senay (Cathy) : ...look at every contract and speed up her investigation?

M. St-Pierre Plamondon (Paul) : Yes. And, in the event that, with the limited resources at the Vérificatrice générale, all contracts cannot be examined in detail, you could have some...

Mme Senay (Cathy) : Major ones.

M. St-Pierre Plamondon (Paul) : ...yes, major ones or just random examinations, so to have a global picture of what actually happened in due course.

M. Wood (Ian) : Do you think the Government is corrupt?

M. St-Pierre Plamondon (Paul) : No. What I think is the Government... We need to stick to the facts. The Government likes this style of governance where there is no debate and no questions asked about how the contracts were given here and there without tender. This, in itself, is a very serious problem. So, it's not for me to try to understand the intention of the Government or how good or how bad this situation is. It's for me to say : We need this information. You cannot hide from us $17 billion worth of contracts in terms of who, why and what's the value for money. If we don't get that information before the elections, we should understand that there are serious problems in terms of transparency and in terms of what we're actually going to discover once we have that information. C'est bon?

La Modératrice : C'est tout pour les questions, merci beaucoup. Bonne fin de journée.

M. St-Pierre Plamondon (Paul) : Merci.

(Fin à 10 h 4)

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