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Point de presse de M. David Birnbaum, porte-parole de l’opposition officielle en matière de santé mentale, M. Vincent Marissal, porte-parole du deuxième groupe d’opposition en matière de santé, et Mme Véronique Hivon, porte-parole du troisième groupe d’opposition en matière de soins de fin de vie

Version finale

Le jeudi 5 mai 2022, 13 h 30

Hall principal de l'hôtel du Parlement, hôtel du Parlement

(Treize heures trente-huit minutes)

La Modératrice : Bonjour à tous et à toutes. Bienvenue à ce point de presse concernant la Commission spéciale sur l'évolution de la Loi concernant les soins de fin de vie. Alors, prendront la parole, lors de ce point de presse, Mme Véronique Hivon, députée de Joliette, pour le Parti québécois, Mme Sandra Demontigny, atteinte d'une forme précoce et héréditaire de la maladie d'Alzheimer, le Dr Georges L'Espérance, président de l'Association québécoise pour le droit de mourir dans la dignité, M. David Birnbaum, député de D'Arcy-McGee, pour le Parti libéral du Québec, et finalement Vincent Marissal, député de Rosemont, pour Québec solidaire. On va commencer avec les prises de parole, dans l'ordre que je viens d'énoncer, et on prendra vos questions par la suite. Je cède la parole à Mme Hivon.

Mme Hivon : Merci beaucoup. Bonjour, tout le monde. Comme vous voyez, je suis bien accompagnée aujourd'hui. Donc, salutations à mes collègues, à Mme Demontigny et à Dr L'Espérance.

Si on est réunis ici aujourd'hui, c'est pour rappeler l'importance du travail qu'on a fait au cours de la dernière année, qui a mené, donc, en décembre dernier, à cet important rapport de la commission spéciale sur l'évolution de la loi sur les soins de fin de vie, un travail complètement transpartisan, une extraordinaire démarche, comme la première qui avait mené à la loi sur les soins de fin de vie, qu'on a faite de manière totalement transpartisane, avec 11 recommandations unanimes, consensuelles.

Et donc aujourd'hui c'est vraiment le temps de montrer à nouveau que le Québec sait écouter sa population, que le Québec sait être précurseur, que le Québec sait avoir des réponses aux besoins des personnes qui sont souffrantes, aux besoins des personnes qui vivent des maladies graves et qui anticipent leur fin de vie d'une manière qui est remplie d'angoisse et de détresse.

Alors, c'est dans cette optique-là qu'on a mené ces travaux-là qui ont conduit à une recommandation centrale, qui est celle de permettre une demande anticipée d'aide médicale à mourir pour les personnes atteintes de maladies neurocognitives dégénératives, comme la maladie d'Alzheimer.

Donc, aujourd'hui, tout simplement, ce qu'on veut envoyer comme message au gouvernement, c'est qu'on lui tend la main. On lui tend la main pour qu'on puisse travailler de manière tout à fait collaborative, en mettant toutes les énergies qui sont nécessaires, pour adopter, avant la fin de la présente législature, un projet de loi qui va venir mettre vraiment concrètement dans la loi les recommandations, qui sont très fouillées, du rapport, dont, évidemment, de manière centrale, la demande anticipée d'aide médicale à mourir. Et, si on fait ça, ce n'est pas pour nous, ce n'est pas pour les élus de l'Assemblée nationale, c'est pour des gens qui sont concernés, qui le demandent, pour la population du Québec qui souhaite voir arriver ce changement.

Et je cède donc la parole à une personne qui est directement touchée par cet enjeu, Mme Sandra Demontigny.

Mme Demontigny (Sandra) :Bonjour. Je me sens émue de vous parler aujourd'hui. J'ai le pleur facile, O.K., vous m'excuserez. Donc, mon nom, c'est Sandra Demontigny. Je suis atteinte de la maladie d'Alzheimer sous sa forme génétique. Je suis maintenant au stade modéré de la maladie. J'ai eu mon diagnostic en 2018, et puis, avec les années qui passent, bien, ça évolue, c'est sûr.

Je suis émue parce que je trouve ça beau d'entendre Mme Hivon qui dit que notre société est rendue là puis que les gens parlent pour avoir accès à l'aide médicale à mourir anticipée. Quand on regarde, entre autres, dans le rapport, à quel point le pourcentage de gens qui sont en faveur de l'aide médicale à mourir anticipée… c'est au-dessus de 80 %, là, si je ne m'abuse, c'est beaucoup. Puis c'est aussi beaucoup de personnes qui sont en attente. Je fais partie de ceux-là. On ne sait pas vraiment dans combien de temps que ma maladie va évoluer. On s'attend à ce qu'il me reste à peu près deux à trois années de vie acceptables.

L'aide médicale à mourir anticipée, ce que c'est, dans le fond, c'est d'être capable de partir en sérénité. Si moi, je savais, aujourd'hui, que je peux faire une demande anticipée et puis qu'au moment où je l'aurai choisi je pourrai dire : O.K., c'est maintenant, c'est clair que je dormirais mieux la nuit, alors qu'en ce moment j'essaie de... Moi, je ne peux pas retenir ma maladie, même si je voudrais, là, ce n'est pas possible. Mais il y a un compteur qui est là, puis je le sais que je ne suis pas toute seule, au Québec, qui le vit, et puis de savoir que, oui, c'est disponible, alors que, quand on lit le rapport, on voit que c'est une recommandation très, très forte, d'aller de l'avant vers les directives anticipées… Donc, je demande aussi que les élus puissent donner le dernier petit coup de pouce qu'il faut pour être capables de passer cette recommandation-là, qui est les directives anticipées.

Moi, je suis porte-parole de l'association québécoise mourir dans la dignité, et puis j'ai une page Facebook qui est très active, et beaucoup de gens m'écrivent et m'interpellent par rapport à l'aide médicale à mourir, et je suis en mesure de vous dire que le besoin est vraiment là. Puis je pense que, comme civilisation, comme population, on est rendus là, d'être capables de se donner la possibilité de vieillir en santé et en dignité. Voilà.

Mme Hivon : Dr L'Espérance.

M. L'Espérance (Georges) : Merci beaucoup. Merci au comité transpartisan. Je suis Georges L'Espérance, président de l'Association québécoise pour le droit de mourir dans la dignité.

Écoutez, je pense que Sandra a à peu près tout dit dans son allocution d'émotion. 80 % des patients... des personnes au Québec sont en accord avec les demandes anticipées d'aide médicale à mourir pour les maladies neurodégénératives cognitives. Tous les critères de la loi doivent être respectés, bien évidemment, telle qu'elle est maintenant. Il faut aller de l'avant.

Le rapport transpartisan qui a été déposé par Mme Hivon et ses collègues est remarquable d'adéquation, remarquable de concision. Les recommandations sont formidables. Je ne suis pas un législateur, mais il me semble qu'on peut prendre les recommandations et les transférer, ou les transmettre, ou les traduire en un projet de loi qui serait déjà une grande avancée. Et, encore une fois, comme avec le projet de loi n° 2 initialement, au Québec, on pourra montrer une voie très progressiste pour aider tous les gens qui vont souffrir de maladies neurodégénératives cognitives et leur permettre d'avoir des mois ou quelques années supplémentaires, comme Mme Demontigny vient de le dire.

Voilà. Je pense que Sandra a tout dit. Je laisse la parole aux autres. Merci.

M. Birnbaum : Bonjour, tout le monde. J'ai eu l'honneur de servir comme vice-président de cette Commission spéciale sur l'évolution de la Loi concernant les soins de fin de vie et l'honneur de témoigner la solidarité, le progrès, la conscientisation de notre population québécoise de poursuivre ce débat de façon responsable, sérieuse et compatissante. Nous avons fait le travail, et là, au nom de Sandra, au nom des gens qui sont au cœur de l'enjeu que nous avons examiné avec soin, avec détail, il faut agir.

Je crois que c'est important de nous rappeler à la fois de la complexité, mais de l'importance des questions devant nous. Mais les Québécoises et Québécois comprennent aussi et ils nous accordent la responsabilité d'agir de façon responsable, ponctuelle, mais vite aussi.

Il faut souligner que notre travail s'est fait de façon assez transparente, rigoureuse, responsable et efficace. Notre commission, au cours de plus de 200 heures de délibération, a entendu quelque 74 experts, groupes et individus, analysé quelque 75 mémoires, réalisé un questionnaire public qui a reçu quelque 3 500 réponses. Notre commission a tenu un total de 85 rencontres, dont 46 de notre comité directeur avec Véronique, Vincent et Nancy Guillemette. Le travail a été fait, et le consensus est clair.

Je me permets de vous lire notre première recommandation, qui est au cœur de l'enjeu devant nous, qui doit être assujettie à un projet de loi dans un court délai qu'il nous reste. La recommandation : «La Commission recommande qu'une personne majeure et apte puisse faire une demande anticipée d'aide médicale à mourir à la suite de l'obtention d'un diagnostic de maladie grave et incurable conduisant à l'inaptitude.» En connaissance de cause. Nous ne sommes pas en train de proposer des gestes qui ne sont pas réfléchis, responsables et réalistes. Et cette recommandation, entre autres, faisait sujet d'un consensus assez, assez large.

Donc, j'ose espérer que le gouvernement va comprendre qu'on est en train de tendre la main. La possibilité réelle est devant nous afin qu'un projet de loi à la guise de ce rapport soit adopté d'ici l'ajournement, le 10 juin, et voilà ce qu'on souhaite au nom de Sandra, au nom de toutes les Québécoises et tous les Québécois. Merci.

M. Marissal : Merci, David. Dr L'Espérance, Véronique, Sandra, merci d'être là, merci d'avoir fait la route pour être avec nous aujourd'hui, c'est important.

Tout à l'heure, quand je suis arrivé dans la salle de rencontre avec Véronique et puis David, j'ai eu un petit sourire de fierté parce que j'ai vu qu'on avait, sans se consulter, apporté, tous les trois, notre document, le rapport. Je ne dors pas avec, mais j'en suis très fier. J'en suis très fier. C'est quelque chose, dans mes quatre ans ici, que j'ai fait avec énormément de fierté. David l'a dit : On a travaillé des heures et des heures. Mais Véronique l'a dit aussi : Ce n'est pas pour nous, on n'a pas fait ça pour nous. Bon, peut-être qu'un jour, malheureusement, le malheur frappant, nous en aurions besoin. Mais ce rapport, il est complet. Il ne fait que 11 recommandations, qui seraient liées, vraisemblablement, par un nombre assez limité d'articles dans un nouveau projet de loi.

Mais, si formidable soit-il, ce rapport, puis je le dis en toute humilité, c'est un bon rapport, c'est un excellent rapport, il est incomplet tant qu'il n'y aura pas, dans la suite, un projet de loi. Et c'est pour ça qu'on est ici aujourd'hui, parce que le temps presse. Vous le savez, là, vous couvrez la politique ici, vous regardez le calendrier comme nous, j'imagine, il reste quatre semaines, dont deux intensives. Faites le nombre de jours, là, ça fait 15, 16 journées peut-être, en souhaitant qu'il n'y ait pas de bâillon puis qu'on ne sera pas 17, 18 journées, mais, mettons, 16 journées, là, on va régler ça pour ça. Il n'y a pas beaucoup de sable dans le sablier, mais il en reste. On est capables de le faire, mais on ne peut pas travailler dans le vide, ça nous prend un projet de loi. Et il y a tout là-dedans pour un projet de loi. Puis, au-delà de ce qu'il y a là-dedans, il y a surtout la volonté, la volonté de la population du Québec d'aller plus loin, de faire l'étape suivante, qui est celle, justement, qu'on a définie dans la première recommandation. Alors, c'est faisable.

Le message, aujourd'hui, c'est ça. Puis on a la responsabilité collective de le faire, on le doit à des gens comme Sandra et à tous les autres, toutes les autres qui attendent ça de nous, et on est capables de le faire.

La Modératrice : Merci. On va prendre vos questions.

Mme Plante (Caroline) : Bonjour à vous tous.

M. Marissal : Bonjour.

Mme Plante (Caroline) : Donc, je crois comprendre que votre intention, cet après-midi, c'est de mettre de la pression sur le ministre, sur le gouvernement, d'accentuer la pression. Et, peut-être, en complément, comment est-ce que vous envisagez, vous voyez la suite des choses? Il nous reste très peu de temps. Le ministre Dubé a déjà trois projets de loi en cours. Comment ça va se passer?

M. Marissal : La réponse courte à votre question… puis je vais laisser Véronique, parce que c'est Véronique qui a initié ça puis à tout seigneur, tout honneur, là. Puis la réponse courte à votre pression, c'est : Est-ce qu'on veut mettre de la pression? Oui, assurément.

Le sésame ici, en cette Assemblée, c'est : Avec le consentement, on peut tout faire. Mais il ne reste pas beaucoup de temps, je l'ai dit. Puis, si on ajourne, c'est foutu, ça va prendre probablement un an avant... parce qu'il va falloir qu'on ait les élections, il va falloir former un nouveau gouvernement, il va falloir redéposer des projets de loi. On n'a pas à perdre cette année-là. Le travail, il a été fait, il faut juste le finir maintenant.

Alors, oui, on met de la pression sur le gouvernement, en rappelant que le travail a été fait de façon collégiale, transpartisane. Ce n'est pas un gain politique pour Québec solidaire, pour le PQ ou pour les libéraux, c'est pour la population qu'on l'a fait.

Mme Plante (Caroline) : Est-ce qu'il y a quelqu'un d'autre qui veut ajouter quelque chose sur la suite des choses et comment on pourrait procéder? Vous dites qu'il reste très peu de temps. Alors, comment est-ce que c'est possible d'adopter un tel projet de loi? Et est-ce que c'est souhaitable d'adopter un projet de loi aussi délicat, aussi sensible rapidement?

M. Birnbaum : Je crois que Véronique en élaborerait. Qu'on soit clairs, les...

(Interruption) Pardon. Les dispositions... Bon, notre réalité...

M. Marissal : Ça achève.

M. Birnbaum : Oui, ça achève, ça achève.

Qu'on soit clairs, nous ne sommes aucunement en train de proposer une économie des gestes démocratiques. L'examen nécessaire, ça se fait, ça se fait. Il faut… plusieurs choses à la fois. C'est un projet de loi sur un sujet très profond et complexe, mais circoncis aussi, circoncis aussi. Le Québec a dépensé beaucoup de temps sur ce débat déjà, les étapes à franchir en bonne et due forme pour assurer une adoption d'un projet de loi éclairé, et responsable, et faisable. C'est au gouvernement de chercher les façons de le faire, et vous avez les trois autres formations qui indiquent leur plan de collaborer le plus qu'ils peuvent afin de réaliser le résultat qu'on souhaite aujourd'hui.

Mme Hivon : Très concrètement, là, il peut... ce qu'on veut, c'est qu'il soit déposé dans les prochains jours, ce qui nous laisse un mois. Nous, on offre toute notre collaboration pour siéger le jour, la nuit. Cet enjeu-là est trop important, le travail qui a été fait avec l'équipe qui est toute encore en place. Il y a une synergie, il y a un momentum. Donc, on ne cédera pas, on ne lésinera pas sur la rigueur. On va évidemment faire tout un travail en profondeur, mais avec des gens qui ont déjà baigné là-dedans, travaillé là-dedans depuis plus d'un an, avec des recommandations qui sont claires. On pense qu'on peut y arriver, mais il est vraiment minuit moins une, et c'est pour ça qu'aujourd'hui c'est important que ce message-là soit entendu et que le projet de loi soit déposé maintenant.

M. Carabin (François) : Mme Hivon, vous pouvez rester au lutrin, encore là-dessus, désolé de rester dans la poutine parlementaire, mais le règlement de l'Assemblée nationale dit qu'il faut qu'un projet de loi soit déposé avant le 15 mai pour qu'il soit adopté dans la présente législature. Est-ce qu'il y a moyen pour vous de contourner ce règlement-là si jamais le projet de loi est déposé, disons, le 24 mai?

Mme Hivon : Oui, bien, premièrement, on n'est pas rendus au 15 mai, donc il y a plusieurs journées. Moi, j'ai plein d'espoir qu'il va être déposé avant le 15 mai, première des choses.

Et, deuxième des choses, par consentement, on peut tout faire, et on l'a déjà fait. Je vous donne un exemple. Pour la levée de la prescription pour les agressions sexuelles, pour les poursuites de personnes qui ont été victimes d'agression sexuelle, un peu comme ça, on avait réussi à s'entendre. Là, évidemment, il va falloir faire un travail rigoureux, là, on ne lésinera pas sur la qualité du travail. Mais on pense qu'en un mois, en travaillant de longues heures, on est capables d'y arriver.

M. Carabin (François) : M. Marissal l'a dit plus tôt, c'est un travail que vous avez fait de façon transpartisane. Des élus de la CAQ étaient représentés à la commission, puis, au bilan, le premier ministre s'est engagé à déposer un projet de loi. Comment ça vous fait réagir de voir qu'aujourd'hui il n'y ait toujours pas de texte législatif et que le gouvernement ne soit pas représenté avec vous aujourd'hui?

Mme Hivon : O.K. Je vais laisser Vincent puis David répondre s'ils veulent. Mais, sur le fait que Mme Guillemette n'est pas là, en fait, Mme Guillemette, pour des raisons qui lui appartiennent, ne pouvait pas être là, mais elle est informée et elle est solidaire de la démarche d'aujourd'hui. Puis, pour le reste...

M. Marissal :

M. Birnbaum : Mais j'ai été juste... Merci, Vincent. Juste pour insister à nouveau que notre demande est crédible et réaliste. Vous pouvez entendre par ça qu'on prend pour acquis qu'il y a du travail d'élaboré sur un projet de loi. On insiste sur la crédibilité, le réalisme derrière notre proposition aujourd'hui.

M. Marissal : Mais c'est sûr que le temps se fait de plus en plus court. Je l'ai dit, regardez le calendrier, on parle presque en nombre d'heures d'ici la fin de la session. Donc, ça va nous prendre un texte législatif sur lequel travailler. Est-ce qu'il est prêt, est-ce qu'il chemine, est-ce qu'on peut le déposer rapidement? Ensuite, on prendra les mesures pour qu'on soit capables de l'adopter rapidement. Mais ce que j'ai dit tout à l'heure, et je me répète : On a le temps de le faire. Ce n'est pas idéal. On aurait souhaité l'avoir bien avant ça.

Moi, je siège sur la Commission santé et services sociaux, puis il y a eu, à un moment donné, là, une espèce de délai, là, pendant six ou sept semaines, on n'a pas siégé du tout, et il y avait déjà pourtant deux ou trois projets de loi, trois, à ce moment-là, déjà, qui étaient dans le pipeline législatif.

Vous savez, gouverner, c'est choisir; choisir, c'est prioriser. Je ne peux pas m'empêcher de trouver ça un peu dommage, puis je suis sûr que je ne suis pas le seul, qu'on arrive là, comme ça, en fin de session, puis qu'on n'a toujours pas ce texte législatif.

Cela dit, on est là pour être bons joueurs. On peut le faire. Si ça arrive, on va le faire, mais il faudrait que ça arrive.

M. Carabin (François) : Mme Demontigny, je me demandais si vous aviez parlé récemment au ministre de la Santé. Puis, si ce n'est pas le cas, avez-vous un message à lui lancer aujourd'hui?

Mme Demontigny (Sandra) :Bonne question. Non, je ne lui ai pas parlé. En fait, on ne s'est jamais parlé.

Bien, en fait, le message est un peu celui que j'ai livré tantôt et le même que... je m'en allais dire mes collègues, on travaille ensemble, mais c'est : En effet, le temps presse, puis ce n'est pas juste d'un point de vue politique, dans le sens théorique, là. Il y a des gens comme moi, puis on est plusieurs milliers de personnes, notre compte à rebours est parti, puis il n'arrête pas, puis chaque journée qu'on perd, bien, on la perd, puis elle ne reviendra plus.

Puis l'enjeu avec l'aide médicale à mourir, c'est qu'il faut être apte à consentir. Je sais que ça n'arrivera pas du jour au lendemain, que je perdrai mon inaptitude, mais honnêtement je pense qu'il n'y a pas un soir, en me couchant, que je ne dis pas : D'un coup que je la perdrais puis que, là, je ne peux plus. Ce n'est pas comme ça que ça marche, là, mais c'est comme si tout se joue là-dedans, si je perds mon inaptitude, parce que, pour moi, c'est hors de question de vivre la fin d'une maladie d'Alzheimer, je ne veux pas ça. Puis je l'ai déjà dit ouvertement en commission : C'est beaucoup plus doux, partir avec l'aide médicale à mourir, que partir par nos propres moyens.

M. Bolduc (Pierre-Alexandre) : Juste une question pour vous encore, Mme Hivon. Je veux juste être bien, bien certain d'avoir compris les nuances, là. Si ce n'est pas déposé avant le 15 mai, là, il n'y a pas de... vous pourriez refuser d'en débattre. Est-ce qu'à ce moment-là vous êtes prêts à adopter le projet qu'on va vous proposer de façon unanime?

Mme Hivon : Vous voulez dire sans modification?

M. Bolduc (Pierre-Alexandre) : ...

Mme Hivon : Bien non, on ne peut pas donner un chèque en blanc, là, ça, c'est sûr.

M. Bolduc (Pierre-Alexandre) : Donc, il faut que ce soit avant le 15 mai.

Mme Hivon : Ah! non, en fait, deux choses. Sur l'échéancier, en fait, bien sûr qu'on veut qu'il soit déposé dans les prochains jours, ne serait-ce que 15 mai, pas 15 mai, parce que chaque jour compte pour être capables de le travailler puis d'avoir le maximum de temps pour faire le meilleur travail possible. Parce que c'est sûr que, s'il est déposé trois jours avant la fin de la session, bien, on ne pourra pas adopter un projet de loi d'une telle ampleur, d'une telle sensibilité en trois jours. Donc, nous, on dit : Il faut le déposer le plus rapidement possible.

En plus, quand il est déposé avant le 15 mai, il n'y a pas de démarche exceptionnelle, il n'y a pas de consentement unanime qui doit être demandé, alors que, si c'est après le 15 mai, pour qu'il soit adopté, il faut le consentement unanime. Donc, dans ce temps-là, évidemment, je pense qu'on l'aurait, si tout le monde est de bonne foi, mais il y a moins de garanties.     Alors, pour toutes ces raisons-là, on demande vraiment au gouvernement, et surtout, je dirais, pour respecter le travail incroyable qui a été fait de manière rapide, mais rigoureuse, en embarquant la population et les experts avec nous, il faut déposer ce projet de loi là. C'est une question de respect pour les personnes qui ont mis leur confiance en nous.

M. Bolduc (Pierre-Alexandre) : On a attrapé le ministre Dubé ce matin, dans le corridor, il avait l'air assez confiant. Maintenant, je reviens avec le fait que Mme Guillemette n'est pas là. Mais avez-vous eu des échanges avec la CAQ au cours des dernières heures, des derniers jours à ce sujet-là?

Mme Hivon : Oui, oui, bien sûr, on a des échanges. Donc, on a de bons échanges avec Mme Guillemette. Elle était présidente et solidaire de toute cette démarche. Donc, c'est certain qu'ils savent à quel point on y tient. Ils savent que Mme Demontigny, Dr L'Espérance sont ici aujourd'hui. Ils savent à quel point, à chaque fois qu'on fait des conférences ou qu'on aborde le sujet, c'est la première question qui arrive : Qu'est-ce qui arrive avec la demande anticipée, si je me projette, et que j'ai la maladie d'Alzheimer, et que je voudrais le demander à l'avance? Donc, ils sont bien au fait de ça, et là c'est entre leurs mains.

Nous, ce qu'on souhaite, ce n'est pas un dépôt pour un dépôt, c'est un dépôt pour qu'on puisse l'adopter, donc un dépôt en temps utile.

M. Bolduc (Pierre-Alexandre) : Je peux-tu poser des questions en anglais pour mes collègues de CBC? Ils ne sont pas là, mais… Mme Hivon, peut-être. Why are you coming together to announce this now? How urgent is it that the bill is passed?

Mme Hivon : Yes, I will start, and then David, who is pretty, pretty good in English, I think, can complete.

We're here today all together because we worked really hard on this transpartisan special commission which tabled, last December, this report, and we feel that we worked for the people of Québec, for people like Sandra Demontigny, for people who see their capacity fading away, and we recommend that this very important issue to be tackled, which is to allow people to ask in advance for medical aid in dying when circumstances are met, of course, when they have a diagnosis, and all of that. And today we come together to tell the Government that we offer them all our collaboration. We are in a situation where we want to collaborate to be able to adopt a legislation before the end of this session.

So, maybe David can complete.

M. Bolduc (Pierre-Alexandre) : …actually, I have a question... they had a... the colleagues had a question for you. As the Official Opposition, can you reiterate what you're calling on the province to do? 

M. Birnbaum : Very clearly, very clearly, in conjunction with the other parties of the Opposition that are here with us, we are calling on the Government to act on the rigorous and serious work that was done by the commission I had the privilege of serving as vice-president for, which is to act on our recommendations and to allow those who are before diagnosis of neurodegenerative diseases to make their views known… their wish about when and under strict circumstances they can avail themselves of end of life care, medical aid in dying. That's what the report calls for.

This report was done with great diligence, transparency. There was a public consultation for which 3 500 Quebeckers participated, there were deliberations with some 74 groups and individuals. We spent 85 meetings, some 200 hours, working on this consensus that became very clear, that Quebeckers are ready for this.

Now, if they're ready, as we heard from Sandra Demontigny, they are ready to make sure that their futures are taken care of in a humane, transparent and responsible way, and without delay. That means that this Government can act on the work we did, between now and the end of this legislative session, to responsibly, fairly and democratically adopt a bill that respects the recommendations we put forward.

M. Bolduc (Pierre-Alexandre) : Mme Demontigny, je peux-tu vous poser une question en anglais? C'est vous, là…

Mme Demontigny (Sandra) : «Eh boy!» Non, mais, dans mon autre vie, j'étais capable. Ah! allez-y, M. Marissal. 

M. Marissal : Non, mais…

Mme Demontigny (Sandra) : Non, non, allez-y.

M. Marissal : If I just may add on this, as the saying goes, time flies, and we are running out of time. But we are still, and I insist on that, we're still able to make it through, but, in order to do that, we need a draft bill from the Government. So, if they have actually this draft bill, it would be nice for these people, and for us, and for the rest of the population of Quebec, to table that draft bill so we can study it. But I repeat : Time is running out, but we still have time to do this, to study the draft bill and to adopt it.

M. Bolduc (Pierre-Alexandre) : Merci.

M. Birnbaum : Merci, Vincent.

Mme Demontigny (Sandra) : O.K. 

M. Bolduc (Pierre-Alexandre) : Ce n'est pas grave, là. On va découper, on va prendre les bons bouts, là.

Mme Hivon : Vous pouvez enlever votre masque.

Mme Demontigny (Sandra) : Ah oui! C'est vrai…

M. Bolduc (Pierre-Alexandre) : Vous pouvez vous tromper. Il n'y a pas de souci. 

Mme Demontigny (Sandra) : Bien oui, je vais faire mon gros possible.

M. Bolduc (Pierre-Alexandre) : Je vous lis la question, Sandra. How would an expansion of the law on assisted dying affect your day-to-day life? 

Mme Demontigny (Sandra) : If the project... if the law is adopted?

M. Bolduc (Pierre-Alexandre) : Tout ce que vous nous avez expliqué tantôt, là, que vous...

Mme Demontigny (Sandra) : Moi, j'ai des... Je sais sûrement ce que j'ai dit parce que je dis souvent la même chose, mais je ne me souviens pas ce que j'ai dit exactement tantôt, ça fait que...  

M. Bolduc (Pierre-Alexandre) : …le soir…

M. L'Espérance (Georges) : ...

Mme Demontigny (Sandra) : S'il est adopté, O.K.

I will sleep better at night, that's the more important thing. When I go to sleep, every night, I'm thinking about this. The thoughts are just coming along, so I try to forget them or... It's like if I can realize, in the night, when I'm alone, that this... I speak Spanish too, so it's a bit confused in my head. «La maladie»...

Des voix : The illness.

Mme Demontigny (Sandra) : …the illness is all around me, all in me, because, in the day, I'm doing all my things. So, it's this, I will sleep better, and I will enjoy all my days a lot more, because I will be in the present time, thinking in the present time, and not being afraid of what is coming, because I don't know which speed it will come, because I can be few months and it's stable, and then, after, I can lose something that is very important. So, that's it.

M. Bolduc (Pierre-Alexandre) : Thank you very much. Avez-vous quelque chose à dire en anglais, M. L'Espérance?

M. L'Espérance (Georges) : Si vous avez une question.

M. Bolduc (Pierre-Alexandre) : Bien, écoutez, après ça, je vous laisse tranquille, là.

M. L'Espérance (Georges) : Non, il n'y a pas de problème.

M. Bolduc (Pierre-Alexandre) : Il y en avait une pour vous. How will what you're asking for today improve the quality of life of people suffering from neurodegenerative diseases?

M. L'Espérance (Georges) : Well, the main impact, I think, would be the calm and the serenity that a law project like this one will bring to those people like Sandra and all the others that we have many questions : I have a diagnosis of Alzheimer's, what can I do? May I have medical aid in dying? Yes, you may have medical aid in dying now because you're apt, but you will lose six months, one year, two years of a pretty nice life with your family, with all your… people around you.

So, that's… a project like this would bring those patients to take all the time they have with their beloved, and then go to the end of their disease, and don't have that anxiety that they will end, like, you know, all those people that are in hospices and are dying in very bad conditions, human bad conditions, even with palliative care. So, that kind of law would be very, very progressive and would be very careful for all those patients, and there will be a lot of patients. By 98 years old, the numbers are that one on two person will have Alzheimer's disease or any kind of neurodegenerative disease, which is terrible.

M. Blouin (Pierre-Alexandre) : Merci pour votre gentillesse. Merci.

M. L'Espérance (Georges) : Ça me fait plaisir.

Des voix : Merci.

La Modératrice : Bon après-midi.

(Fin à 14 h 10)