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Point de presse de Mme Sylvie Roy, porte-parole du deuxième groupe d'opposition en matière de sécurité publique

Le jeudi 9 février 2012, 13 h 30

Salle Bernard-Lalonde (1.131), Hôtel du Parlement

(Treize heures trente-deux minutes)

Mme Roy: Je suis ici pour dénoncer deux mauvaises décisions du ministre Dutil. Premièrement, hier, de demander aux policiers d'enquêter sur les sources vers les journalistes. Franchement, je pense qu'il devrait se concentrer sur les fuites qui vont vers le crime organisé bien plus que les fuites qui vont vers les journalistes.
Maintenant, aujourd'hui, c'est encore pire. Il nous dit qu'il a fait cette enquête-là parce que le DPCP lui a demandé, le Directeur des poursuites pénales et criminelles. Est-ce qu'on a besoin d'un ministre de la Sécurité publique ou seulement un directeur des poursuites pénales au Québec? C'est qui qui dirige? Parce que laisser les clés de la voiture à son directeur, franchement, le ministre doit prendre ses décisions lui-même, et je crois que faire ce qu'il a fait, demander d'enquêter sur les sources des journaux, c'est parce qu'il en a assez.
On voit que toutes les révélations des journalistes font que le gouvernement bouge. Sans ça, on n'aurait rien, on n'aurait pas de commission d'enquête. C'est quoi, cette histoire-là? Les journalistes ont souvent eu des sources, elles sont protégées. Faites juste regarder Poirier qui, depuis 30 ans, fait son journalisme avec des sources policières. Je pense qu'ils sont dans un état de panique parce que les journalistes les poussent à bouger puis savent des choses, et que ça les oblige à réagir devant l'opinion publique. Je pense que c'est une manoeuvre d'intimidation face aux journalistes.

M. Duchesne (Pierre): Mais, Mme Roy, s'il y a des fuites, il peut en avoir à l'endroit des journalistes, mais il peut y en avoir à l'endroit, comme vous dites, du crime organisé, il peut y en avoir à l'endroit...

Mme Roy: Ça, c'est bien plus grave.

M. Duchesne (Pierre): Alors, est-ce que cette enquête-là ne va pas servir à déterminer aussi la façon dont la fuite s'est faite?

Mme Roy: Bien, c'est-à-dire, ce n'est pas les fuites... ce n'est pas les personnes qui parlent aux journalistes qu'il faut enquêter, c'est les personnes qui parlent au crime organisé. C'est ces fuites-là, et c'est la Sûreté du Québec qui enquête là-dessus. Il ne faut pas aller sur ce que l'on appelle un enjeu collatéral, pour moi. Puis moi, je... si vous regardez depuis deux ans, là, depuis le temps que je réclame la commission d'enquête, il a toujours fallu que je m'appuie sur des journalistes qui étaient sérieux, dont les sources n'ont pas été démenties. Je pense que les journalistes qui ont travaillé pour faire des révélations - parce que ça touche surtout le journalisme d'enquête, j'espère que ce n'est pas La Tribune, là,  - mais ces journalistes-là sont sérieux, ont poussé le gouvernement à agir, puis encore la semaine dernière, à cause de révélations de journalistes, on est obligés d'intervenir. C'est toujours géré à la petite semaine. Il y a de la frustration au niveau des policiers, et puis ils ont de la difficulté à faire leur travail, et puis, là, on fait une manoeuvre encore pour les intimider.

M. Chouinard (Tommy): Mais je veux comprendre. Vous dites... Que reprochez-vous exactement au ministre Dutil quant à la recommandation qui lui a été faite par le DPCP? Lui dit: Je ne fais que répondre à la demande du DPCP. Mais, vous, ça...

Mme Roy: Bien, c'est ça. À quoi ça sert, un ministre de la Sécurité publique qui dit: Bien, je ne commande pas les enquêtes, j'en demande... puis qui passe son temps à dire ça, puis là il dit: Bien, puisque le DPCP m'en demande une, je vais en demander une. Voyons donc! Est-ce qu'il y a un pilote à bord? Est-ce qu'il y a un capitaine à bord? Est-ce que le ministre, là, il est redevable puis imputable de ses décisions ou c'est le DPCP qui mène le ministère?

M. Chouinard (Tommy): Mais est-ce exceptionnel qu'une telle demande soit faite par le DPCP auprès du ministre?

Mme Roy: Je n'ai jamais vu ça. Mais c'est sûr que le DPCP, ce n'est pas une institution qui est très, très ancienne, là, mais je n'ai jamais vu ça. Et puis c'est quand on...

M. Robitaille (Antoine): Le premier ministre a dit que ça faisait trois fois cette année, en 18 mois, que...

Mme Roy: Bien, c'est... Quand un ministre, publiquement, demande une enquête... Voyons! On demande une enquête - pensez-y, là - publiquement puis on dit qu'on va vous mettre sous écoute électronique, vous. Voyons! Ça ne tient pas la route, ça. C'est parce qu'on veut faire de la politique, c'est parce qu'on veut faire de la diversion. Je n'ai jamais vu, là... bon, je vais vous demander une enquête sur le crime organisé de telle place puis je vais les mettre sur écoute électronique, parce que c'est...

M. Robitaille (Antoine): Que réclamez-vous, vous?

Mme Roy: Bien, qu'ils laissent les policiers travailler puis qu'ils ne mêlent pas la politique au monde policier.

M. Chouinard (Tommy): Quand vous dites que le ministre Dutil fait de la politique en posant ce geste-là...

Mme Roy: En rendant publique une demande d'enquête, oui. Voyons! On annonce... on prend les journaux, on prend tous les médias électroniques et écrits, puis on annonce qu'on va enquêter sur quelqu'un, puis on annonce d'avance qu'on va les mettre sur écoute électronique. À quoi ça sert, ça? Ce n'est pas à faire une enquête, c'est à faire de l'intimidation.

M. Caron (Régys): Autrement dit, un chef de police, il n'a pas besoin d'avoir une permission du ministre pour faire enquête. C'est sa job de faire enquête.

Mme Roy: C'est ça. Puis, si on l'annonce, c'est parce qu'on veut faire d'autres choses. Voyons! Puis on ne rend pas ça publique, une enquête. Depuis quand... Il passe son temps à dire: Je ne veux pas nuire aux enquêtes, puis là il dit: Je veux que vous enquêtiez sur les sources aux journalistes puis je veux que vous les mettiez sur écoute électronique. C'est...

M. Robitaille (Antoine): Est-ce que ce n'est pas paradoxal de la part du ministre de la Sécurité publique qui nous a dit pendant combien de mois qu'il ne devait pas se mêler...

Mme Roy: Des enquêtes.

M. Robitaille (Antoine): ...des enquêtes?

Mme Roy: Bien, c'est pour ça. C'est pour ça que je vous dis qu'un tel revirement de situation, c'est pour des fins politiques. C'est ça qui me fait dire que cette sortie-là est une sortie politique. On se sert encore des policiers pour répondre à l'inaction du ministre.

Journaliste: Sur un autre sujet. La...

Journaliste: Avant, est-ce qu'il y a d'autres questions...

Journaliste: Ah, oui! Bien, vas-y.

M. Caron (Régys): Bien, est-ce que ça n'indique pas - puis là je demande votre interprétation - que le gouvernement et/ou la police sont à la remorque de quelque chose là-dedans? Autrement dit, on sent que les enquêtes... On s'est souvent plaint que les enquêtes sur la corruption n'avançaient pas puis soudainement on voit des déclarations d'un ministre qui demande une enquête, alors qu'enquête il doit y avoir. On a l'impression... Est-ce qu'on n'a pas... vous n'avez pas l'impression que le gouvernement est à la remorque de quelque chose là-dedans?

Mme Roy: Bien, ils ont certainement peur de quelque chose qui pourrait survenir puis... ou bien... C'est pour ça que j'appelle ça de l'intimidation, de dire qu'on va mettre les journalistes sur écoute électronique, puis les sources ne voudront plus parler, là. Il y a certainement de l'intimidation là-dedans. Ou encore, bien, c'est une diversion, dans un deuxième aspect. Mais finalement, dans les deux cas de figure, on fait de la politique avec l'utilisation des forces policières, puis ça, les policiers, là, ils en ont ras-le-bol, je peux vous le dire.

M. Duchesne (Pierre): Attendez-vous des résultats - pardon - de l'Unité anticorruption? On attend toujours. Ça fait un bout de temps que ça existe.

Mme Roy: J'attends toujours. J'attends toujours. Sauf que les policiers sont assez excédés d'avoir à répondre à des pressions politiques, parce que c'est une pression politique que de trouver des détenus, de trouver des... puis qu'il n'y ait pas de résultats.

M. Chouinard (Tommy): Qu'est-ce qui vous dit que les policiers sont excédés?

Mme Roy: Bien, je discute avec des policiers, moi aussi. Je ne sais pas si je vais être sur écoute électronique, là, mais je discute aussi avec des policiers puis je le sais. Mais je suis assez responsable pour ne pas mettre des enquêtes en péril, là. Mais...

M. Chouinard (Tommy): Sur un autre sujet, l'ancienne députée libérale fédérale Marlene Jennings a finalement décliné la proposition de M. Legault, elle ne se présentera pas sous la bannière caquiste aux prochaines élections. Déçue?

Mme Roy: En souhaitant que M. Legault gagne ses élections puis continue son combat contre l'immobilisme au Québec, je pense qu'elle a dit qu'elle était plus intéressée par la politique fédérale que provinciale. Je ne partage vraiment pas son avis, mais, non... Il y a tellement de monde qui sont approchés. 1 200 C.V., c'est tout un défi à régler.

M. Chouinard (Tommy): Mais, en termes de grosses pointures, là, ce refus-là, qu'est-ce que ça dit sur le pouvoir d'attraction de la CAQ?

Mme Roy: J'entends souvent ça avant les élections, les «grosses pointures», là, puis, après les élections, on regarde les performances de ces personnes-là, puis ce n'est souvent pas la même chose que ce qu'on avait imaginé, là. Moi, je pense qu'il y a beaucoup de légendes urbaines sur les grosses pointures. Je pense que...
Si on regarde le monde en politique qui fonctionne puis qui vont bien, souvent, elles étaient des pures inconnues avant de rentrer en politique puis elles... C'est une école, faire de la politique, là, puis elles l'apprennent sur le tas.

M. Robitaille (Antoine): Vous pensez à vous, là, ou...

Mme Roy: Non, non.

M. Chouinard (Tommy): Les grosses pointures qui se sont plantées, vous pensez à qui?

Mme Roy: Vous souvenez-vous de M. Arcand? Le ministre... Il est maintenant rendu ministre de l'Environnement, mais, au début, il avait commencé en faisant une déclaration très navrante sur Mario Dumont. Puis il a fallu qu'il fasse ses classes avant de pouvoir gravir les échelons. On l'annonçait comme un...

M. Chouinard (Tommy): Mme Roy, est-ce que vous vous êtes trouvé un comté?

Mme Roy: Non, je n'ai pas encore trouvé de comté. On discute de ça, là, on a regardé ça, on va voir.

M. Robitaille (Antoine): Janvier Grondin, il ne se représente pas...

Mme Roy: Bien, Janvier Grondin, c'est Beauce-Sud. Beauce-Sud, ça prend un Beauceron pour être en Beauce. C'est un microclimat, là, ça prend un Beauceron.

Journaliste: Ce n'est pas Beauce-Nord, M. Grondin?

Mme Roy: Excusez, Beauce-Nord. Mais, Beauce-Sud, Beauce-Nord, ça prend un Beauceron, ce n'est pas compliqué.

M. Robitaille (Antoine): ...

M. Chouinard (Tommy): À Trois-Rivières, est-ce que ça prend une Trifluvienne?

Mme Roy: Bien, à Trois-Rivières, oui, le monde sont assez attachés à ce que... Dans les régions, généralement, il faut que ça soit quelqu'un de la place. C'est mieux, mais ce n'est pas obligatoire.

M. Chouinard (Tommy): Mais vous n'êtes pas de la place...

Mme Roy: De Trois-Rivières? Bien, oui, je suis une fille de Trois-Rivières, moi. Mais... J'ai vécu là, j'ai fait mon école primaire, secondaire, collégiale. J'ai pratiqué le droit, donc...

M. Chouinard (Tommy): ...ça serait quand même intéressant.

Mme Roy: On va en discuter, on va regarder ça. C'est parce qu'eux autres, les candidatures sont toutes regardées aussi, région par région. Puis on va se rendre à cette région-là, ou à mes régions, là, puis on va en discuter.

M. Chouinard (Tommy): ...d'être tombé dans le mille un petit peu, là?

Mme Roy: Non.

M. Chouinard (Tommy): Non?

Mme Roy: Non. Ce ne sera pas le comté de M. Bergman, ça, je vous le dis tout de suite.

M. Duchesne (Pierre): Mme Roy, M. Legault demande 25 000 $ à ses nouveaux candidats. Vous ne trouvez pas ça un petit peu excessif comme condition, 25 000 $?

Mme Roy: Bien, c'est ça que ça coûte faire une campagne électorale, c'est ça qu'il faut ramasser, parce que c'est à peu près 50 000 $ de budget par comté. C'est notre objectif. C'est ça que ça coûte.

M. Duchesne (Pierre): Donc, qu'on demande 25 000 $ à chaque candidat puis...

Mme Roy: Mais on peut le ramasser... Je veux dire, ça ne veut pas dire 25 000 $ de leurs poches, là. Ils peuvent le ramasser avec des donateurs, là. C'est comme ça, toutes les campagnes, tous les partis. Même pire que ça, je pense que, les autres partis, il faut qu'ils donnent une part au national en plus de ramasser leur argent. Ça, c'est encore beaucoup plus exigeant.

M. Duchesne (Pierre): Normalement, c'est quand même, oui, l'importance du chef pour recruter des candidats, mais il y a un parti, il y a une structure. Ça se fait un peu de façon collégiale, là, ça dépend des partis. Là, on a un homme, M. Legault, qui, par un diktat, va décider, en épluchant les C.V., qui il choisit, et après il y aura un congrès de fondation. Vous ne trouvez pas ça un peu étonnant?

Mme Roy: Bien, c'est toujours la prérogative du chef, hein, d'accepter les candidats et, pour une investiture, c'est la même chose, là. Le chef peut décider de ne pas accepter que les candidats aillent en investiture. Aussi, il peut décider, dans tel comté, puis c'est la...

M. Robitaille (Antoine): Pas dans tous les partis, Mme Roy.

Mme Roy: Oui, c'est la prérogative de tous les chefs.

M. Robitaille (Antoine): Il y a des chefs qui se sont fait imposer des candidats qu'ils ne voulaient pas, au Parti québécois, au Bloc québécois.

Mme Roy: Si, pour négocier et asseoir son leadership, Mme Marois a besoin de faire beaucoup de compromis, c'est son problème. Mais la prérogative des partis, du chef de parti, c'est de choisir les candidats.

M. Duchesne (Pierre): Vous voulez un chef tout puissant, là.

Mme Roy: Mais il faut être réaliste, là. Pensez-vous qu'on peut se lancer dans 125 investitures d'ici, mettons... On parle... Il y en a qui nous parle de déclenchement au mois de mars. C'est impossible, là. C'est impossible. Puis faire le financement puis monter la structure. Il faut... il y a des fois qu'il faut aller plus vite, là, que le vent.

M. Chouinard (Tommy): Ça arrange les choses, au fond, que la CAQ précipite les choses de telle sorte qu'il n'y ait pas d'assemblée ou que les militants ne soient pas...

Mme Roy: Bien, là, plus les élections sont loin, plus on a le temps de s'organiser. Des élections précipitées, ce n'est pas ce qu'on souhaite, mais on s'organise au cas où il y en aurait.

M. Duchesne (Pierre): Faire payer les riches, c'est une bonne idée du PQ, ça?

Mme Roy: Bien, c'est... Vous parlez de la taxe santé, là? Écoutez, c'est toujours le credo du Parti québécois puis de la gauche, les riches doivent payer plus. Mais les riches paient déjà plus parce qu'eux paient des impôts et puis ils participent au bien commun. Ça fait que je pense qu'à un moment donné... Puis la classe qui est... Les très riches, là, pensez-vous que le 200 $, ça les dérange dans leur vie? Ça ne les dérange pas du tout. Mais la classe qui est juste en dessous, là, entre... un petit peu plus que la moyenne, là, bien, c'est toujours eux autres... C'est toujours dans leurs poches qu'on va chercher. Ça va?

M. Chouinard (Tommy): Mais en ce sens-là, la proposition du PQ serait bénéfique sur les gens que vous décrivez, pour la classe moyenne...

Mme Roy: Bien, si les riches continuent à payer plus... bien, ils paient déjà plus d'impôt. Bien, je ne vous parle pas de quelques millionnaires qu'on a au Québec, là. Je vous parle de ceux qui sont au-dessus de la classe moyenne. Je vous remercie.

(Fin à 13 h 45)

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