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Point de presse de Mme Dominique Anglade, cheffe de l’opposition officielle, Mme Isabelle Melançon, porte-parole de l’opposition officielle en matière d’emploi, et M. Saul Polo, porte-parole de l’opposition officielle en matière d’immigration

Version finale

Le mardi 31 mai 2022, 11 h

Salle Bernard-Lalonde (1.131), hôtel du Parlement

(Onze heures deux minutes)

Mme Anglade : Alors, bonjour. Aujourd'hui, je suis accompagnée de mes collègues, Isabelle Melançon et Saul Polo. Bien, en fait, aujourd'hui, j'ai envie, un peu, de vous parler de comment je me suis sentie en fin de semaine par rapport à ce qui s'est passé, notamment, avec le congrès de la CAQ. Moi, ce que je vois, là, présentement, c'est que les gens ont de la misère à joindre les deux bouts. On a une crise de l'inflation qui est importante, qui touche tout le monde. On a une crise du logement qui est vraiment sérieuse, puis le 1er juillet s'en vient rapidement. La crise de la main-d'oeuvre, là, si vous ne m'avez pas entendue 100 fois, vous ne m'avez pas entendue une fois en parler, au salon bleu, puis des impacts que ça a. Puis encore hier, il y avait des topos là-dessus, puis évidemment on a tout ça sous fond de crise climatique.

Puis pendant ce temps-là, ce que François Legault fait, c'est d'essayer tout le temps de diviser les Québécois. Puis j'aimerais juste faire un rappel de choses qu'il a dites puis qu'il a faites dans les derniers mois, qui démontrent à quel point il veut continuer à aller sur cette voie de la division. Je vous rappellerais que, lors de la dernière campagne électorale, il a invité les Québécois à voter conservateur parce que c'était dangereux, dangereux de voter autrement. Puis ça, c'était pour sauver, là, son tunnel caquiste sous le fleuve. C'était pour ça qu'il faisait ça. Je vous rappellerais également qu'il nous avait dit à un moment donné, en Chambre, que pour être Québécois, en fait, il faut vraiment être caquiste. Il nous a aussi dit, après avoir supporté le projet de Dawson, que, finalement, on n'avait pas besoin d'aller de l'avant avec ça pour diviser les francos puis les anglos. Il a fait une bataille avec la juge en chef par rapport à ses propres juridictions. Puis, en plus, il est allé nous dire que les nouveaux arrivants, dans les dernières semaines, là, c'était eux qui faisaient en sorte que ça tirait le salaire des Québécois vers le bas. Chaque fois, il met en opposition les gens, chaque fois, il divise.

Puis cette fin de semaine, plutôt que de parler des crises qui touchent les gens, là, vraiment, là, ce qui affecte profondément des gens, il est allé en inventer une autre, crise. Il est allé nous dire que, s'il y a une femme, aujourd'hui, qui travaille au Québec depuis deux ans puis qu'elle aimerait ramener son conjoint puis son fils, là, ça, là, c'est une attaque à la survie du Québec. Ça, là, cette semaine, là, c'était n'importe quoi, ce qu'on a entendu. C'était n'importe quoi. Puis ce que j'ai vu, très franchement, là, je ne comprends pas dans quelle direction il s'en va. En fait, il nous amène où, François Legault? Il nous amène où? Ce que j'ai vu, c'était le ministre souverainiste, là, qui veut faire absolument une bataille avec Ottawa. C'est ça que j'ai vu.

Puis on fait de la politique pour des causes qui nous interpellent, qui viennent nous chercher. Bien, moi, je ne veux pas d'un Québec où on se divise. Je ne veux pas d'un Québec où il y a eux puis il y a nous. Moi, je veux d'un Québec où on se rassemble, puis c'est pour ça que je fais de la politique. Puis ça, les propos qui ont été tenus pendant la fin de semaine, ils sont vraiment venus me chercher. Cette pensée unique qu'on doit avoir au Québec, là, celle-là, elle divise les Québécois.

Vous allez me permettre de passer la parole à Isabelle Melançon, parce qu'il y a quelques enjeux de main-d'oeuvre qu'on aimerait également soulever.

Mme Melançon : Merci, Dominique. Tout d'abord, sur la pénurie de main-d'oeuvre, je tiens à souligner le travail qui a été fait par Alain Laforest, avec un topo à TVA qui a été fait. Non, mais c'est important de le faire parce que, très honnêtement, il faut mettre en lumière des problématiques qui sont tout à fait quotidiennes pour nos entrepreneurs. Et ce qu'on a vu dans le topo, c'est malheureux, mais c'est exactement ce que vivent nos entrepreneurs au quotidien, c'est-à-dire qu'ils ne sont pas capables d'aller recruter, ils doivent se délocaliser ailleurs qu'au Québec. Et puis, bien, malheureusement, qu'est-ce que ça amène? Ça va amener des pertes d'emplois au Québec.

Donc, la pénurie de main-d'oeuvre va faire fermer des entreprises au Québec. On a donc des entrepreneurs qui ne peuvent pas aller au bout de leurs rêves, au bout de leurs ambitions. On a des travailleurs qui sont à bout de souffle parce qu'ils doivent prendre du travail supplémentaire à leur charge. Ça se fait, là, faire du temps supplémentaire sur une courte durée, mais à long terme, ce n'est pas très, très bon ni pour la santé physique ni pour la santé mentale. Puis au bout de ça, bien, il y a les consommateurs québécois qui vont payer plus cher, qui vont avoir moins de services. Je pense aussi aux gens qui sont malades, actuellement, puis qui ont de la difficulté, à cause la pénurie de main-d'oeuvre, d'avoir une infirmière, d'avoir des soins tels qu'on peut les espérer au Québec.

Alors, tout ça mis ensemble, ça nous amène à repenser, comme le disait Dominique tout à l'heure, que François Legault a voulu créer, ni plus ni moins, un écran de fumée en fin de semaine : On va parler de ce qui divise les Québécois, hein, on va diviser le Québec au lieu de parler de pénurie de main-d'oeuvre, au lieu de parler de la crise du logement, dont je pourrais vous parler à Verdun. À Verdun, là, c'est dans un mois, le 1er juillet. Dans un mois, là, vous allez voir, je vais avoir du monde à Verdun, là, qui vont être dans le trouble. J'ai du monde à Verdun qui sont dans le trouble, actuellement, parce qu'ils ne sont pas capables d'arriver à la fin du mois avec l'inflation. Puis j'ai du monde à Verdun qui, malheureusement, n'auront pas de service à cause de la pénurie de main-d'œuvre. C'est à ça qu'il faut s'attaquer et non pas à diviser les Québécois comme le fait François Legault. Merci.

M. Laforest (Alain) : Mme Anglade, est-ce que l'UPAC est une police politique?

Mme Anglade : Bien, quand on est rendus à arrêter des gens le jour d'un budget, quand on est rendus à poser ce genre de gestes là, qui ne sont pas anodins, là, oui, je pense qu'on peut répondre oui à la question. Puis surtout l'UPAC... des faux documents, des entraves dans les enquêtes, de la fuite de documents également, c'est vraiment... c'est extrêmement problématique, tout ce qu'on a lu par rapport à l'UPAC. Puis quand je regarde, je me dis, là... je me mets à la place des Québécois puis je me dis : Ils regardent ça, là, comment voulez-vous qu'ils aient confiance dans cette institution-là?

M. Laforest (Alain) : Qu'est-ce que vous attendez pour réintégrer Guy Ouellette dans votre caucus?

Mme Anglade : Les raisons pour lesquelles Guy Ouellette n'est plus dans le caucus n'ont rien à voir avec ce qui se passe avec l'UPAC. Donc, il n'y a pas de changement.

M. Robillard (Alexandre) : M. Ouellette, il a été président d'une commission parlementaire qui était chargée de faire la reddition de comptes de l'UPAC, alors qu'il avait lui-même été interrogé concernant ses activités de financement politique dans son comté de Chomedey, en 2014. Est-ce qu'il n'y avait pas un problème, à la base, qu'il soit à cette position-là pour représenter le gouvernement dont vous faisiez partie?

Mme Anglade : Écoutez, moi, je pense que le problème aujourd'hui, là — je vais revenir à la charge avec le problème aujourd'hui — le problème aujourd'hui, c'est l'UPAC. Le problème aujourd'hui, c'est les actions qu'ils ont posées. Le problème aujourd'hui, c'est le fait qu'on confirme des faux documents, des fuites. C'est surtout ça, l'enjeu duquel on doit parler aujourd'hui.

M. Robillard (Alexandre) : Et est-ce que la police est malade, au Québec? Est-ce qu'on est rendus à l'étape d'une nouvelle commission Poitras pour essayer de crever l'abcès de pratiques déviantes?

Mme Anglade : Bien, ce qui est clair, c'est qu'à l'intérieur de l'UPAC, il y a vraiment des enjeux, et que tu ne peux pas être assis dans ton salon aujourd'hui puis regarder ça puis penser que... tu sais, avoir confiance dans cette institution-là.

M. Robillard (Alexandre) : Est-ce qu'on doit, comme, mettre la clé dans la porte de l'UPAC?

Mme Anglade : C'est à eux de répondre. Ils ont vraiment besoin de faire la démonstration de leur pertinence.

M. Lacroix (Louis) : Mais est-ce que le Québec serait mieux servi, compte tenu de ce qu'on apprend sur l'UPAC... des résultats aussi, là, quand on regarde le bilan de l'UPAC jusqu'à maintenant, là, ce n'est pas...

Mme Anglade : Qui est très faible, pour ne pas dire nul.

M. Lacroix (Louis) : C'est très faible. Est-ce que le Québec ne serait pas mieux servi par une autre instance pour enquêter sur des histoires de corruption qu'avec l'UPAC?

Mme Anglade : Il pourrait très bien être mieux desservi différemment. En fait, je vois mal comment il peut être plus mal desservi aujourd'hui. C'est comme ça que je vous répondrais.

M. Lacroix (Louis) : Donc, dans ce cas-là, on fait quoi? Est-ce qu'on change l'institution?

Mme Anglade : Bien, comme je vous le dis, moi, j'ai de la misère à voir la pertinence de l'institution, et c'est à eux de faire la démonstration de leur pertinence. Mais, moi, j'ai beaucoup de difficulté à voir la pertinence de l'institution aujourd'hui étant donné ce que l'on a sur la table.

M. Bergeron (Patrice) : C'est un gouvernement de votre formation politique qui a mis l'UPAC en place. Est-ce que c'était un geste qui était pertinent et qui ne l'est plus aujourd'hui? Comment vous faites la lecture dans cette période de temps là?

Mme Anglade : On a des informations qui ont été divulguées depuis ce temps-là, qui ont été partagées, puis, évidemment, lorsqu'on regarde ces informations-là, on ne peut que constater qu'il y a... c'est échec sur échec, là, c'est ça, la réalité. C'est échec sur échec, et donc il faut que... comme je l'ai dit tout à l'heure, il faut qu'ils fassent la démonstration de la pertinence.

M. Bergeron (Patrice) : C'est une erreur du gouvernement de l'époque d'avoir créé l'UPAC?

Mme Anglade : Je pense qu'on peut juger a posteriori, mais, fondamentalement, aujourd'hui, on a des informations qu'on n'avait pas à l'époque. Aujourd'hui, force est de constater que ça ne répond pas à ce que les citoyens aimeraient voir de la part de cette institution.

M. Lachance (Nicolas) : Est-ce que c'était la bonne chose de la part de votre gouvernement, au lendemain de l'arrestation de Mme Normandeau, de renouveler le mandat de M. Lafrenière?

Mme Anglade : Avec les informations qu'il y avait. Aujourd'hui, c'est différent. Aujourd'hui... Ce que je constate aujourd'hui, là, c'est que l'UPAC n'a pas été capable de faire la démonstration de sa pertinence. Il y a eu des documents qui ont été coulés. Il y a eu énormément de problèmes qui ont été à l'intérieur de cette institution-là. Puis, encore une fois, je pense que c'est la perte de confiance de l'institution.

M. Lachance (Nicolas) : Est-ce que votre gouvernent s'est senti obligé de le renouveler, son mandat?

Mme Anglade : Il n'y a pas aucune obligation de renouveler quoi que ce soit. 

M. Lacroix (Louis) : Est-ce qu'il y a une pression, par exemple? La question est très pertinente. Est-ce qu'il y avait une pression sur le gouvernement libéral pour renouveler M. Lafrenière étant donné tout ce qui s'était passé, l'arrestation de Nathalie Normandeau, etc.? Est-ce qu'il y avait une pression sur votre gouvernement à ce moment-là? Vous étiez vice-première ministre.

Mme Anglade : Non, je n'avais pas de pression, il n'y avait pas de pression sur le gouvernement. La question, maintenant, est de savoir, avec les informations qu'on a aujourd'hui, c'est la pertinence de l'UPAC dont il est question aujourd'hui.

M. Robillard (Alexandre) : Mais vous, vous étiez à la table du Conseil des ministres, donc vous avez appuyé la nomination de monsieur...

Mme Anglade : Ça fait partie d'une discussion de Conseil des ministres, effectivement. Mais au bout du compte, il y a des informations qu'on a aujourd'hui qu'on n'avait pas à l'époque, on s'entend là-dessus.

M. Laforest (Alain) : Mais à l'époque, ça aurait mal paru, là, de ne pas avoir renouvelé le mandat de Robert Lafrenière, alors qu'on venait d'arrêter Nathalie Normandeau.

Mme Anglade : On a posé les gestes au meilleur de nos connaissances, mais aujourd'hui, encore une fois, lorsque vous regardez ce qui se passe, lorsque vous regardez ce qui est divulgué, lorsque vous dites que des gens, qui sont dans les institutions du Québec, qui préparent des faux documents, qui causent des fuites, qui font des entraves à des enquêtes, qu'ils enquêtent sur eux-mêmes, je pense qu'encore une fois on ne peut pas dire que les gens ont confiance en cette institution.

M. Lachance (Nicolas) : Est-ce que M. Lafrenière était le choix du gouvernement à cette époque-là, avant les événements concernant Nathalie Normandeau?

Mme Anglade : Ah! Là, ce que je peux vous dire, c'est que ça a été le choix du gouvernement à ce moment-là, avec les informations qu'il avait à l'époque.

M. Duval (Alexandre) : Vous êtes quand même revenue sur le fait qu'il y avait eu une arrestation le jour du dépôt d'un budget. Est-ce que ce n'était pas là déjà un indice, à l'époque, qui aurait dû vous faire sourciller un petit peu?

Mme Anglade : On peut baser plein de choses sur des indices qui nous font sourciller, là. On peut baser plein de choses là-dessus, mais je pense que les informations qui sont divulguées aujourd'hui confirment un certain nombre de choses, encore une fois.

M. Duval (Alexandre) : ...pas que ça avait créé des soupçons chez vous?

Mme Anglade : Bien, c'est sûr, que ça soulève des questions. Évidemment que ça soulève des questions, mais tu ne peux pas te baser sur des soupçons, tu dois te baser sur des faits. Puis encore une fois, aujourd'hui, ça a été la démonstration qu'il y a des décisions clairement politiques qui ont été prises et des comportements qui sont totalement inacceptables de la part de cette organisation-là.

M. Robillard (Alexandre) : Qu'est-ce que le gouvernement doit faire, à la lumière de ce qu'on a appris hier?

Mme Anglade : De juger de la pertinence de cette organisation puis de voir de quelle manière les intérêts des Québécois devraient être desservis. Parce que présentement, là, comme je le disais tout à l'heure, j'ai de la misère à voir la pertinence de maintenir l'organisation telle qu'elle est.

M. Lachance (Nicolas) : Ça évoquait des soupçons. Vous avez dit : Ça évoquait des soupçons à l'époque. Qu'est-ce qui évoquait des... C'est quoi, les soupçons qui étaient évoqués?

Mme Anglade : C'est sûr qu'à partir du moment où tu fais une intervention le jour d'un budget, tu sais, tu peux te poser des questions. Mais encore une fois, tu ne peux pas te baser là-dessus, tu te bases sur des faits.

Mme Lévesque (Fanny) : Quel sort on doit réserver à M. Lafrenière, à votre avis? Est-ce qu'il doit... Bien, en fait, est-ce que l'enquête... En fait, s'ils démontrent qu'il est vraiment l'auteur de fuites orchestrées, est-ce qu'il doit être traduit en justice?

Mme Anglade : Bien, la justice doit se faire, c'est clair. Je veux dire, s'il y a eu des comportements aussi inacceptables... justice doit être rendue. 

M. Robillard (Alexandre) : Mais les soupçons, là, justement, parce qu'effectivement, là, ça mérite peut-être des précisions de leur part, mais ces soupçons-là, ils étaient de quelle nature?

Mme Anglade : Je vous ai simplement dit : Ça... question sur si c'est politique de faire une arrestation le jour d'un budget. On ne peut pas dissocier les deux. On ne peut pas dire : Ça arrive... Tu sais, est-ce que ça arrive par hasard ou pas, tu peux te poser la question, mais à la fin de la journée, ce sur quoi tu dois te baser, c'est des faits, c'est ce qui se passe. Puis là, ce qu'on constate, c'est qu'il y a beaucoup de choses qui se sont passées à l'intérieur de l'UPAC qui étaient de nature à protéger les gens à l'intérieur de l'institution, qui étaient de divulguer de l'information, qui n'avaient pas d'affaire à créer des fuites, qui n'avaient pas d'affaire à être divulguées. C'est de faire des... de poser ces gestes-là qui nuisent à la confiance de la population envers cette institution. Puis on fait le bilan au bout de 11 ans, bien, le bilan, il est quoi? Posez la question.

M. Lachance (Nicolas) : Vous avez des soupçons si ce n'était pas un geste politique, mais malgré tout, au Conseil des ministres, vous avez décidé de renommer M. Lafrenière, c'est ce qu'on comprend.

16  499 Mme Anglade : Bien, ce que je vous dis, c'est que ça soulève des questions, ça soulève... il y a effectivement des questions qui sont soulevées, mais au bout du compte, tu prends la décision avec les informations que tu as.

M. Laforest (Alain) : Faites-vous confiance au BEI aujourd'hui?

Mme Anglade : Bien, j'ai confiance en mes institutions. J'ai confiance en nos institutions. Par contre, ce que je vous dirais... Sauf l'UPAC parce que, justement, ça nuit à la question de la confiance. On ne peut pas avoir confiance en l'UPAC aujourd'hui avec les informations qui sont divulguées, impossible.

M. Robillard (Alexandre) : O.K. Puis...

Des voix : ...

M. Bossé (Olivier) : Est-ce que l'immigration francophone, Mme Anglade... l'immigration non francophone nuit au français au Québec, fait reculer le français au Québec? 

Mme Anglade : Pardon? Est-ce que c'est...

M. Bossé (Olivier) : Est-ce que l'immigration non francophone fait reculer le français au Québec?

Mme Anglade : Moi, je pense que c'est vraiment un faux débat, la manière dont ça a été amené par François Legault, et je pense...

M. Lacroix (Louis) : Mais, je pense, la question porte plus sur... 

Mme Anglade : Vous pensez que la question porte plus sur...

M. Lacroix (Louis) : Bien, c'est parce que, là, lui, il vous pose la question, puis moi aussi, ça m'intéresse, la réponse. Est-ce que, nonobstant ce qui s'est passé en fin de semaine, est-ce que l'immigration non francophone nuit au français au Québec?

Mme Anglade : Bien, je vais passer... D'ailleurs, là-dessus, là, c'est parfait parce que je vais pouvoir passer la parole à Saul Paulo. Je suis sûr que tu aurais une intervention à faire par rapport à ça.

M. Polo : Bien, je fais partie de l'immigration non francophone. Est-ce que je nuis au Québec? Je parle à mon garçon en espagnol à la maison. Ça, ça se reflète dans les statistiques, comme beaucoup de familles immigrantes, qui décident de conserver leur langue d'origine, qui n'est pas le français, mais qui, au jour le jour, l'immigration devient... est de plus en plus francophone, on le voit à travers les années, se francise de plus en plus et adopte le français dans l'espace public et au sein des institutions. Ça, c'est le faux débat que François Legault cherche à créer. Il cherche à mettre en opposition l'immigration contre le fait français, contre la majorité francophone, alors que l'immigration d'aujourd'hui le démontre. Elle adopte le français dans l'espace public, elle participe dans ses institutions en français, elle contribue à l'essor du Québec et n'est pas une menace pour la nation, n'est pas une menace pour le français. Au contraire, l'immigration, aujourd'hui, les personnes d'origine immigrante refusent d'accepter de se faire étiqueter comme étant une menace pour le Québec et une menace pour l'avenir du français à l'intérieur du Québec.

M. Laforest (Alain) : M. Polo, vous pensez quoi de la situation du français actuellement? Est-ce que vous croyez que Montréal, c'est un peu le début de la Louisiane ou pas du tout?

M. Polo : Je pense que, comme parti, je suis fier d'être à côté de ma cheffe et de ma collègue pour dire que nous reconnaissons qu'il y a des enjeux au niveau du français. Nous avons présenté 27 mesures pour consolider le français au Québec, et particulièrement à Montréal. Nous reconnaissons qu'on peut toujours en faire plus au niveau du français, que ce soit au niveau de la francisation, que ce soit au niveau de son essor, que ce soit au niveau de sa valorisation. Est-ce que l'immigration devient de plus en plus francophone à travers les années? Les statistiques le démontrent. Maintenant, si on utilise la langue parlée à la maison pour démontrer qu'il y a un recul du français sur l'île de Montréal ou dans la grande région de Montréal, je m'oppose totalement à ça. J'en fais partie, je parle l'espagnol à la maison avec mon garçon, qui est né au Québec et j'en suis fier. Il y a beaucoup de familles de Québécois qui sont fiers d'adopter, d'utiliser leur langue d'origine à la maison, mais qui utilisent et valorisent et sont fiers de parler le français dans l'espace public.

M. Bergeron (Patrice) : Donc, il est faux de dire, M. Polo, que le Québec risque la louisianisation?

M. Polo : Bien, c'est une exagération éhontée et insultante pour tous les Québécois, pas seulement des Québécois d'origine immigrante, pour tous les Québécois. Moi et bien d'autres, une très grande majorité de Québécois issue de l'immigration non francophone, sont fiers de dire que nous sommes des Québécois. Nous adoptons le français, nous le valorisons, nous nous efforçons de bien le parler. Mais si nous choisissons, à la maison, de parler une autre langue, je refuse, et l'immigration refuse qu'on utilise ce fait-là pour dire que le français recule dans la grande région de Montréal. Ça n'appartient pas à François Legault ni au gouvernement de dire quelle langue doit être parlée à la maison et d'utiliser ça comme un épouvantail pour dire que le français recule à Montréal.

M. Laforest (Alain) : Mais quand François Legault se braque, entre autres, pour répondre aux aspirations puis aux demandes — parlons de ce qu'on a fait hier, là, Chaudière-Appalaches — d'avoir plus de monde pour combler les emplois qui ne sont pas des emplois à 70 $, 80 $ de l'heure, des emplois de manœuvre, vous trouvez que le premier ministre fait fausse route, actuellement, de ne pas aider ces industriels-là? Puis qu'est-ce qu'on devrait faire? On augmente les seuils? On fait venir plus de travailleurs temporaires?

M. Polo : Je vais inviter ma collègue à parler de la question de la main-d'oeuvre, là. Je vous ai parlé au niveau de l'immigration, mais je pense qu'elle va pouvoir contribuer au niveau de la main-d'oeuvre.

Mme Melançon : Ça va, oui?

Mme Anglade : Oui, oui, vas-y, je t'en prie.

Mme Melançon : Bien, c'est parce que je voyais...

M. Laforest (Alain) : ...regarder la caméra.

Mme Melançon : Bien sûr. Pour moi, ce qui est important, c'est qu'on puisse, justement, aller agrandir nos bassins. Ça, c'est important parce qu'actuellement on parle beaucoup de requalification, mais de la requalification, on bouge, actuellement, les travailleurs d'un emploi vers un autre. Ça ne nous donne pas plus de main-d'œuvre. Là où il y a des gens qui attendent, c'est les femmes qui sont à la maison, qui n'ont pas de places en garderie. Hein, on l'a vu, là, avec Ma place au travail, il y a plein de femmes qui ne peuvent pas retourner sur le marché du travail, actuellement, parce qu'elles n'ont pas de place en garderie, donc elles ne peuvent pas revenir au boulot, alors qu'on est en pleine pénurie de main-d'oeuvre. C'est pour ça qu'on a présenté, de notre côté, au Parti libéral du Québec, des propositions, notamment des places à 8,70 $ partout dans le réseau pour permettre, justement, à ces filles-là de revenir au travail. On peut parler aussi, bien sûr, des travailleurs expérimentés. Actuellement, là, quand je suis sur le marché avec...

M. Laforest (Alain) : Le gouvernement essaie de mettre en place tout ça, Mme Melançon. Moi, je vous dis, là, il y a des entreprises, entre autres Umano Medical, là : 17 demandes de travailleurs étrangers, il en a rentré un en un an parce que c'est trop long et c'est surtout trop long de la part d'Ottawa. C'est aussi long de faire venir un travailleur étranger que d'attendre son passeport actuellement.

Mme Melançon : Bien, ce qui n'est pas peu dire. Mais très honnêtement, vous avez raison, c'est sur l'immigration économique où on peut faire mieux, où on peut faire plus, et c'est ce sur quoi, nous, nous travaillons. Mais au lieu de diviser les gens puis de leur dire, là : Non, non, non, il faut faire attention aux autres, à ceux qui viennent d'ailleurs... Parce que c'est ça qu'il est en train de faire, le premier ministre du Québec. Je vais vous dire que, très honnêtement, avec le PEQ, avec les 18 000 dossiers, là, qui avaient été mis, là, à la poubelle, littéralement, bien, très honnêtement, là, la réputation du Québec a été entachée par le gouvernement de la CAQ. Puis au lieu d'essayer de réparer les erreurs, bien, ils en remettent une couche. Je trouve ça gênant. C'est gênant d'être Québécois, actuellement, puis d'aller voir puis d'essayer de faire une mission pour aller recruter 3 000 travailleurs. C'est ça, là, qu'il a fait comme proposition, le ministre Boulet, 3 000 travailleurs, alors qu'actuellement on a besoin de 240 000 personnes. 1,4 million de travailleurs seront demandés au Québec d'ici 2030.

M. Duval (Alexandre) : Mais si ça ne va pas assez vite, est-ce que M. Legault a raison de dire qu'il faudrait rapatrier nos pouvoirs en immigration pour tout faire nous-mêmes?

Mme Anglade : La réponse à ça, là, c'est qu'on est en train de faire un faux débat. Ce que François Legault, là, veut rapatrier, là...

M. Duval (Alexandre) : Mais si on n'a pas le contrôle de ce qui se passe à Ottawa, là, puis que les délais s'étirent, s'étirent, s'étirent... C'est long, on a besoin de travailleurs.

Mme Anglade : Sur le volet temporaire, on pourrait accélérer les choses. Mais le débat que fait François Legault, là, ce n'est pas sur les temporaires, c'est sur la réunification familiale. Ça, là, c'est du monde qui travaille au Québec aujourd'hui. C'est une mère, là, qui travaille, puis elle n'a pas son fils, ça fait un an qu'elle n'a pas vu son fils. Ça fait un an qu'elle n'a pas vu son fils. Puis ce que François Legault est en train de dire, c'est qu'on va limiter la réunification familiale puis faire en sorte que ces gens-là ne viennent pas rejoindre leurs familles, quand on sait pertinemment que c'est ça qui fait que les gens décident de rester quelque part. Vous irez regarder les statistiques. L'immigration qui est la mieux réussie, c'est quand on fait la réunification familiale parce que les gens restent ici, parce qu'ils se sentent bien, parce qu'ils ont retrouvé leur famille.

M. Lacroix (Louis) : Est-ce qu'il manque de coeur?

Mme Anglade : Oui, il manque de coeur. Il n'y a aucun doute dans ma tête que François Legault manque de coeur quand il parle de ça. Aucun doute dans ma tête. C'est ne pas comprendre, encore une fois — parce qu'il en a fait la démonstration en 2018, là — c'est ne pas comprendre ce que c'est que le processus d'immigration, puis c'est de mettre une emphase pour nous diviser, alors qu'il n'y a aucune raison qu'on aille là. On a de véritables enjeux, de véritables crises à régler, et lui, il s'en invente une.

M. Robillard (Alexandre) : À la lumière de ce qui a été annoncé par le premier ministre Trudeau, hier, sur les armes à feu, êtes-vous d'avis qu'il est toujours opportun pour le gouvernement du Québec de réclamer le pouvoir d'interdire les armes de poing comme vous l'aviez déclaré dans une motion unanime en février 2021?

Mme Anglade : Tout ce qu'on peut faire pour le contrôle des armes à feu est extrêmement pertinent puis, moi, je salue l'initiative du gouvernement fédéral là-dessus. On avait besoin d'action. Moi, je suis contente qu'on aille dans cette direction. On ne peut pas continuer avec le niveau de violence qu'on a aujourd'hui dans nos rues. Ça fait partie des options que nous avons sur la table, celle qui a été présentée par le fédéral, mais il y a aussi toute la question de la prévention sur laquelle je vais revenir constamment parce qu'il y a beaucoup de travail encore à faire là-dessus.

M. Robillard (Alexandre) : Le pouvoir d'interdire les armes de poing, est-ce que vous aimez ça?

Mme Anglade : Toutes les options devraient être sur la table. Mais, encore une fois, je pense que le fédéral joue son rôle aujourd'hui en proposant ce qu'il fait.

M. Laforest (Alain) : Ce n'est pas timide comme intervention de la part d'Ottawa?

Mme Anglade : Bien, c'est un premier pas dans la bonne direction. Je pense que déjà là, là, il fallait qu'il y ait des gestes qui soient posés. Est-ce que j'aurais souhaité qu'ils soient plus tôt, ces gestes-là? Oui, parce que j'en ai parlé bien avant cette semaine, mais, au moins, on s'en va dans la bonne direction.

Mme Lévesque (Fanny) : Sur le projet de loi n° 28, on arrive à la fin. Est-ce que le Parti libéral va voter contre?

Mme Anglade : Oui, on va voter contre. Certainement qu'on va voter contre. On ne va pas voter en faveur d'un projet de loi qui va prolonger l'état d'urgence au Québec.

Le Modérateur : En anglais, s'il vous plaît.

M. Authier (Philip) : Mrs. Anglade, when you see these revelations on UPAC, do you think it should just be blown up and dismantled, and we start over with something new, or do you think it still has any relevancy?

Mme Anglade : I don't see the relevance right now. I think they're making the demonstration of their irrelevance. But it's more than irrelevance, it's the fact that processes were not followed, documents were leaked. Things that were done within UPAC, it's more than concerning, it's really... it's mind-boggling, and that's why people are looking at this and saying like : It doesn't make any sense right now. We can't have a full trust in this institution.

M. Authier (Philip) : But would you go so far as to have it... say it should be taken down?

Mme Anglade : It should be taken down unless they demonstrate their relevance. And again, I fail to see the relevance they demonstrate.

Mme Senay (Cathy) : On immigration, the fact that Mr. Legault is basically asking for more powers, but especially to control family reunification to make sure that these immigrants speak French, it's a question of survival. How dangerous it is to target immigrants like this?

Mme Anglade : It is dangerous in the sense that it's dividing Quebeckers and it's making a false claim. It's creating a crisis where there is no crisis. The fact that people can get reunited is a good thing because you have workers here that are waiting for their families, that have been working here sometimes for years, that haven't seen their families, and they need to... the fact that they're getting here is the right thing to do. It's just the right thing to do. So, what is he telling us? What is he going to do? Is he going to stop that? I can't believe that we would go down this path in Québec, can't believe we would go down this path. We have major crises to fix in health care, we have in manpower, we have a climate crisis. And instead of that, François Legault is creating another crisis that is not where the focus should be in Québec.

Mme Senay (Cathy) : And, Mr. Polo, how did you feel, as a non-Francophone immigrant when you heard that?

M. Polo : Well, clearly, François Legault is basically putting together a debate that has no place in Québec. All the statistics demonstrate that immigrants, through the past few decades, have adopted French in the public space way... have surpassed. And the Bill 101, the original Bill 101, has created elements of success. Now, what he's creating is basically creating a debate to generate more division and also more fights with Ottawa. The only purpose of it, for political reasons, to basically target his own base against non-Francophones or immigrant Quebeckers, and basically putting a target on them and a label on them that they are actually a menace to the Québec society.

Mme Senay (Cathy) : But he says that it's a question of survival and Québec can become the Louisiana of North America.

M. Polo : Well, I can give you my personal situation. Am I a threat to the French in Québec? I decide to speak Spanish to my son at home. I was raised in a Spanish environment at home. I adopted French. I went to «classe d'accueil» when I came to Canada, I wasn't born in Canada. I adopted French, like many other immigrants who decide to adopt French as our official language here, in Québec. But what we do and how we behave at home, like many other immigrant families, be it second or third generation, François Legault has no say about that decision.

M. Grillo (Matthew) : Mrs. Anglade, I'd just like to hear you on the gun reforms yesterday presented but the Trudeau Government. Is this enough, you think, to sort of herd the gun violence in Montréal and Laval?

Mme Anglade : Well, I think it's a step in the right direction, and we needed that. But I think there's a lot more that needs to happen in terms of prevention, and I don't think there's going to be enough that we can do right now, giving the state of affairs. There's not a day that goes by without hearing about gun violence in different areas in Québec, including Montréal, Laval, but other areas as well. So, step in the right direction, but we can do certainly more than that.

M. Grillo (Matthew) : What do you think it takes? What is needed in addition to this?

Mme Anglade : The whole question of prevention is really essential. I don't think we're investing near enough in order to support the organizations that are... community organizations. In my own riding, I had a number of meetings with organizations that don't have enough people, that cannot support the young people in the street. So, the whole question of prevention, we should be investing more.

Mme O'Malley (Olivia) : I think, roughly, $20 millions was invested yesterday into programs in Montréal-North, if I'm correct, to try and keep kids in programs and keep them off the streets and getting into violent acts. Is that enough or would you like to see, you know, maybe an actual center be developed rather than just putting money into already remaining infrastructures?

Mme Anglade : So, to your question : I don't think this is enough. I don't think this is enough, because for every dollar that you invest in police for that situation, you should be thinking about investing the same amount in prevention, which is way more than the 20 million that was announced yesterday. So, I mean, those are elements that we really need to focus on. And if you ask the people on the ground that are working with a young generation that is really looking for hope and is quite desperate, they will tell you, like : This is nowhere near enough for what needs to happen.

Thank you.

(Fin à 11 h 31)