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Point de presse de M. Gérard Deltell, leader parlementaire du deuxième groupe d'opposition

Version finale

Le jeudi 11 octobre 2012, 11 h 45

Salle Bernard-Lalonde (1.131), hôtel du Parlement

(Onze heures quarante-cinq minutes)

M. Deltell: Bonjour, mesdames messieurs, merci bien d'être présents à cet impromptu - c'est le cas de le dire - impromptu de presse.
Alors, je suis très inquiet, après la lecture du quotidien Le Soleil, ce matin, d'apprendre l'axe que veut donner à l'éducation l'actuel gouvernement du Parti québécois. Je pense qu'on avait vraiment passé à une autre étape, au Québec, de voir des politiciens vouloir donner un agenda politique à l'éducation. Et ce que l'on croit comprendre, quand on lit Le Soleil de ce matin, c'est exactement ce que veut faire la ministre Marie Malavoy.
C'est dommage et c'est inquiétant sur trois facteurs. Tout d'abord, le recul concernant l'enseignement anglais intensif. Je vais vous rappeler que c'était moi, personnellement, quand j'étais chef de l'Action démocratique, qui avait initié le débat, il y a bientôt trois ans, comme quoi ça serait une riche idée d'avoir l'enseignement intensif de l'anglais, parce que nous estimons que l'anglais, c'est la langue-outil du XXIe siècle, et, si on veut que nos enfants soient équipés pour faire face aux défis du XXIe siècle, il faut l'apprentissage de l'anglais.
Il faut cesser, au Québec, de voir l'anglais comme étant la langue de lord Durham ou la langue des plaines d'Abraham. C'est la langue-outil du XXIe siècle. Et on peut apprendre l'anglais comme on peut aimer et apprendre le français. L'un n'empêche pas l'autre, l'un n'est pas contre l'autre, mais l'un accompagne l'autre dans les défis du XXIe siècle. Et de voir que le gouvernement veut faire marche arrière sur l'enseignement intensif de l'anglais au niveau primaire, c'est désolant et c'est un recul pour le Québec.
Deuxièmement, ce qui m'a particulièrement... ce qui nous a particulièrement choqués dans l'article de ce matin, c'est les propos de Mme Malavoy concernant le fait qu'elle identifie l'anglais comme étant une langue étrangère. Dois-je rappeler à Mme Malavoy que la communauté anglophone est au Québec depuis bientôt 250 ans, que, dans ma circonscription de Chauveau, à Tewkesbury, dans le nord de Québec, ici donc à Québec, vous avez 98 % de francophones? Il y a une communauté anglophone qui est établie depuis 1820, des anglophones qui sont là depuis sept générations ici, dans la région de Québec. Je m'excuse, ce n'est pas des étrangers, ces gens-là. Ce sont des Québécois comme vous et moi, et de parler d'une langue étrangère, c'est insultant pour cette minorité, mais cette belle et forte minorité que sont les Québécois de langue anglaise, et nous devons les aimer et les respecter, et surtout ne pas les traiter d'étrangers comme la ministre de l'Éducation le fait ce matin.
Et, troisièmement, c'est l'enseignement de l'histoire. Je ne vous cacherai pas qu'ayant moi-même une formation en histoire et ayant en d'autres temps souhaité être professeur d'histoire, je trouve ça très désolant de voir que la ministre veut donner un axe politique à l'enseignement de l'histoire, parce que c'est exactement ce dont il est question aujourd'hui. Mme la ministre Malavoy dit qu'actuellement, pour elle, à sa lecture partisane qu'elle peut faire de l'instruction qu'on fait de l'histoire au Québec, elle dit qu'on noie le poisson.
Désolé, mais ce n'est pas à des politiciens à aller dans le fin détail de l'enseignement de l'histoire du Québec. Laissons les professionnels le faire. Et de vouloir donner une teinte partisane à ça, c'est inquiétant, c'est désolant et c'est surtout inquiétant, parce que ça, ça veut dire que l'on veut instrumentaliser l'éducation au profit d'une cause politique, et c'est la pire chose qu'on puisse faire en matière d'instruction et d'éducation. Il faut laisser les professionnels agir.
Bien entendu, on donne les axes majeurs, on se comprend. Le ministre est là pour ça. Mais, dans le fin détail de l'enseignement que l'on doit faire, on doit laisser les professionnels et surtout pas avoir une intervention de nature politique telle qu'elle est définie aujourd'hui par Mme Malavoy dans une entrevue au Soleil. C'est désolant et c'est inquiétant.

M. Journet (Paul): M. Deltell, sur l'anglais, si on oublie l'adjectif «étrangère», est-ce que Mme Malavoy ne fait pas que répéter ses engagements électoraux et reprendre les préoccupations d'acteurs du milieu, entre autres de syndicats, qui disent: L'objectif est louable, mais l'échéancier est trop serré. Ça va être difficile à faire, et peut-être que certains élèves vont en écoper.

M. Deltell: O.K. Votre question est tout à fait pertinente, puis je vous invite à revoir les interventions que j'ai pu faire en d'autres temps à cet effet-là. Parce que, oui, c'est vrai qu'il y a trois ans c'était nous qui avions initié ça, mais j'en avais parlé un peu partout au Québec, puis j'avais fait la tournée là-dessus, et j'avais été attentif aux propos. Et c'est pour ça que la proposition que la Coalition avenir Québec a faite lors de la dernière campagne électorale, c'était de donner l'autonomie aux écoles pour pouvoir savoir qu'est-ce qui est bon dans leur milieu puis, justement, comprendre le fait que ce n'est peut-être pas pour tous les enfants, mais tous les enfants doivent avoir accès à cette instruction intensive de l'anglais pour, justement, les outiller correctement.
Mais on comprend qu'il y en a qui peuvent avoir plus de difficulté, que, dans certaines écoles, par exemple, dans l'Outaouais... Dans l'Outaouais, bien des enfants sont déjà bilingues. Alors donc, est-ce qu'on doit avoir le même enseignement intensif de l'anglais dans l'Outaouais qu'on peut l'avoir ici, à Québec, par exemple? Bien sûr que non. Et c'est pour ça que la coalition proposait une approche qui est beaucoup plus modulée, c'est-à-dire laissons les écoles autonomes dans leur décision et dans leur approche. Mais l'axe... Mais, sur l'axe, attention... sur l'axe d'avoir l'anglais, l'enseignement de l'anglais intensif, oui, nous sommes en faveur de ça.
Mais ce qu'on comprend par le propos de Mme Malavoy dans l'article du Soleil d'aujourd'hui, c'est ce qui fondamentalement les anime, les gens du Parti québécois, dans cette approche-là: c'est l'étranger, c'est la langue étrangère. Et Mme Malavoy est une dame cultivée, ce n'est pas... elle ne l'a pas échappé comme ça, là. Madame est consciente du poids des mots qu'elle emploie, et c'est ça qui, moi, m'inquiète et qui me déçoit, qui me désole. Et je le dis respectueusement pour Mme Malavoy, là. Attention, là. C'est une dame raffinée, c'est une dame cultivée, là, c'est une dame qui a de hautes études et tout ça, là. Et de voir qu'elle emploie ce mot-là, moi, je trouve ça malheureux et inquiétant.

Mme Thibeault (Josée): Sur la question de l'histoire, est-ce que... Il y a quand même des lacunes. Beaucoup de gens disent que l'histoire nationale - on peut l'appeler comme ça - plutôt que de... ce n'est pas nécessaire de faire la promotion de la souveraineté, mais on peut peut-être avoir de meilleurs cours d'histoire nationale, en tout cas. Je ne sais pas si ça a changé beaucoup, mais ça n'a jamais été très, très fort dans les écoles du Québec.

M. Deltell: L'histoire tout court n'a jamais été assez forte au Québec, quant à moi. Là, je vous le dis tout de suite, là, je vous parle en... j'ai un préjugé favorable, parce que, moi, j'ai étudié en histoire puis, il y a 30 ans, je rêvais d'être professeur d'histoire. Bon. Comme j'ai toujours dit, ma classe n'était pas une classe de 30 élèves, elle était de 500 000 personnes quand j'étais journaliste, là, mais, bon. Bien, alors, je vous le dis: Moi, c'est quelque chose qui me tient personnellement à coeur, puis j'y crois fondamentalement.
Mais je vous dirais là-dessus que l'enseignement de l'histoire a malheureusement été négligé au cours des dernières années au Québec, et on le sait, mais ce n'est pas en y donnant... en lui donnant, pardon, une couleur partisane qu'on va rehausser la qualité de l'enseignement de l'histoire. C'est exactement le contraire.
Puis, encore une fois, ça me déçoit de voir Mme Malavoy, qui est une dame de culture, sombrer dans une telle faille, et ça, c'est malheureux, et ça, c'est inquiétant. Et bien entendu que la qualité de l'histoire... que l'histoire doit être... une histoire de qualité doit être mieux enseignée. Ça, on est tous d'accord là-dessus. Et il y a souvent eu des colloques là-dessus. Mais de vouloir dire qu'on noie le poisson, c'est donner une couleur politique partisane à l'enseignement de l'histoire, et nous ne devons pas faire ça au Québec.

M. Bergeron (Patrice): M. Deltell, dans le fond, vous voulez réaliser le rêve de Pierre Elliott Trudeau, faire des parfaits petits bilingues canadiens.

M. Deltell: Pardon?

M. Bergeron (Patrice): Vous voulez réaliser le rêve de Pierre Elliott Trudeau, faire des parfaits petits bilingues canadiens.

M. Deltell: Moi, ce que je veux, tout ce que je veux... moi, ce que je veux, c'est le meilleur pour mes citoyens, et...

M. Bergeron (Patrice): ...rêve de Trudeau...

M. Deltell: Je ne sais pas si ça correspond au rêve de Trudeau. Je vais vous laisser vous-même cette analyse-là, ça vous appartient. Ce que je sais, par exemple...

M. Bergeron (Patrice): Mais vous connaissez Pierre Elliott Trudeau puis ce qu'il voulait faire?

M. Deltell: Oui, oui, je vous connais pas mal, oui. Mais, moi, ce que je peux vous dire là-dessus, par exemple, l'idée, ce n'est pas tant de faire des petits Pierre Trudeau, mais c'est d'équiper les enfants du Québec pour faire face aux défis du XXIe siècle. Et ce n'est pas vrai que, si on doit voir l'anglais comme étant une langue des plaines d'Abraham, ou la langue de lord Durham, ou la langue de celui qui a conquis le Québec en... il y a 250 ans, ça, c'est une attitude qui, malheureusement, freine l'élan. Et, si on veut équiper et outiller correctement nos enfants face aux défis du XXIe siècle, oui, ça prend une connaissance de l'anglais. Je ne dis pas que c'est la langue de l'avenir, mais c'est la langue-outil du XXIe siècle, absolument.
Mais l'un n'empêche pas l'autre. Et c'est ça qu'il faut comprendre. On peut aimer et défendre le Québec, et, d'abord, l'enseigner correctement, et l'écrire, et le parler correctement, tout en étant équipés pour faire face aux défis du XXIe siècle avec l'anglais. Il n'y a pas de honte, il n'y a pas de gêne à ça. Au contraire, c'est un élément supplémentaire.

Mme Thibeault (Josée): Êtes-vous surpris de lire ça dans Le Soleil, compte tenu du fait que c'était un des engagements électoraux qui était... qui ont été déclinés pendant la campagne électorale?

M. Deltell: Oui, puis il faut rappeler aussi qu'il y a deux personnes sur trois qui n'ont pas voté pour ce programme électoral là et que le gouvernement minoritaire doit être conscient de ça. Mais, au-delà de ça, comme je vous disais tout à l'heure, le mot employé par Mme Malavoy, de la langue étrangère, traduit malheureusement le réflexe, le fond de commerce qu'ils ont dans cette réflexion-là qui est malheureux et qui n'est surtout pas bon.

M. Lavallée (Hugo): Est-ce que ce n'est pas légitime de vouloir parler de la souveraineté à l'école? Parce que, quand même, ça fait partie de l'histoire, c'est un mouvement qui a animé le débat politique. Quand Mme Malavoy dit: «noyé le poisson», vous, vous voyez vraiment qu'elle veut ramener une sorte d'instruction partisane, mais on peut parler de la souveraineté comme mouvement historique.

M. Deltell: Bien, c'est ça. Et j'espère qu'on va parler de la souveraineté, comme j'espère aussi qu'on va parler des différentes étapes de l'évolution, que ce soit l'époque de la Nouvelle-France, que ce soit la Conquête, que ce soit le rapport Durham, que ce soit l'Acte constitutionnel de 1867, l'Acte constitutionnel de 1982, bien entendu. Il faut enseigner l'histoire, bien entendu. Ça va de soi.

M. Lavallée (Hugo): Ce n'est pas ça que Mme Marois veut faire?

M. Deltell: Ce que Mme Malavoy dit, malheureusement, c'est qu'elle dit qu'on n'a parle pas assez, puis il faut en parler davantage. Un instant, là.

Le Modérateur: Paul Journet.

M. Journet (Paul): Donc, juste pour résumer, si vous permettez, M. Deltell, on a l'impression que, sur les grandes orientations du programme du Parti québécois, il n'y a pas de grand désaccord. En fait, là, vous faites une conférence de presse pour réagir à deux bouts de citation dans le texte qui vous semblaient complètement déplacés: celui de la langue étrangère puis celui de noyer le poisson. C'est ça qui vous dérange dans les propos de la ministre, ce n'est pas les orientations déjà annoncées, déjà connues, là.

M. Deltell: Bien, attention, de ce que je crois comprendre de ce que Mme la ministre a affirmé, c'est qu'ils veulent mettre de l'arrière l'anglais en première année, ne veulent plus enseigner l'anglais en première année, ce qui est une erreur, et aussi de ne plus amener l'anglais intensif pour les enfants d'âge primaire, cinquième ou sixième année, tel que le gouvernement précédent s'était engagé à le faire. Et donc ça, pour nous, ce n'est pas une bonne chose, c'est un pas en arrière.
Je vous rappellerai que, lorsque nous l'avons proposé, il y a trois ans, quelques mois plus tard le premier ministre Charest en avait fait l'annonce lors du discours inaugural, il en avait une politique d'État. Alors, ce n'est pas parce que c'était un autre parti politique qui avait proposé quelque chose qu'il disait que ce n'était pas bon. Au contraire, le premier ministre s'était inspiré d'une bonne idée d'un adversaire pour la mettre de l'avant. Ça, c'est ce qui s'appelle faire de la politique constructive et intelligente, et c'est tant mieux. On l'avait applaudi d'ailleurs à ce moment-là.
Mais, nous, ce qu'on dit, c'est que malheureusement, dans le cas présent, le Parti québécois veut faire un pas en arrière sur l'avenir du Québec.

Le Modérateur: In English.

Mme Bryan-Baynes (Elysia): Do you think we're being a little bit touchy with regards to her language that she used?

M. Deltell: Well, I think that she made many mistakes in this interview. First of all, when she said that she wants to get back, to erase the teaching of English in primary school from grade 1 and also the intensive teaching, I think it's the wrong decision. It's quite important to be... to equip our children with the tool of the English language to face the reality and to face the challenges of the 21st century, but unfortunately the PQ government wants to erase that proposition, wants to put aside this tool which is quite important for the future of our children.
Secondly, when she used the word «étrangère»... and I would say «alien»?

Mme Bryan-Baynes (Elysia): Yes.

M. Deltell: «Alien language»? Is that the right sentence?

Mme Bryan-Baynes (Elysia): Yes.

M. Deltell: So, when I read, this morning, Mme Malavoy using the word «alien language»...

Une voix: Foreign language.

M. Deltell: Foreign? Foreign? Foreign? OK, foreign. Thank you because I need that precision. When she used the word «foreign language», it's a real sad situation. And she's all wrong when she says that because the English speaking community is established here for nearly 250 years. In my own riding, in Québec city some people are there for the seventh generation in a row. So they're as Québécois... They are not foreigners; they are as Québécois as I am, as you are. And they are not foreigners. They are everything but foreigners. But when Mme Marois uses the word «foreign language», well that's all wrong.
And thirdly, when she wants to put more importance and focus on the sovereignty movement in the history class, that's all wrong. It's like using a political tool in our schools for children, and that's everything... but that's... The worst thing that you can do in schools is saying: Politicians using their political agenda in the school.

Mme Bryan-Baynes (Elysia): Someone said that there's already political agenda in the schools and that there needs to be more talk about Québec's national history. Does it need to...

M. Deltell: Well, I think there are plenty of things that we can do to have better instruction for history. You know, it's a perpetual debate. Not only here, but in Canada, in the United States, in France too. I read some articles, a few months ago, in the newspaper... not newspaper, but the news magazine L'Express about the teaching of the history in France. And, you know, you're talking about guys who know exactly why it is important to teach well history, in France. So, it's a perpetual debate.
But it's sad to see a Cabinet Minister, a senior one, and a very serious one - you know, Mme Malavoy is a very serious person - saying things like that, it's all wrong, and it's sad. It's sad to see that she wants to use the tool... she wants to use the schools as a political tool to put focus and to put on the agenda the sovereignty question.

Mme Bryan-Baynes (Elysia): I think there are some very real constraints to putting English in first grade that have nothing to do with ideology, just the fact of having enough people to be able to teach it. So, is that really a problem?

M. Deltell: Well, yes, it's quite important because we all recognize that the language of the 21st century, is the English language. And we have to recognize that. And, you know, in this province we have seen for so many years people saying that, you know, the English language is the language of the «plaines d'Abraham» fight, of the lord Durham report, and all that stuff. But that's over, you know. We have to get... to put aside that and to look forward and to act forward.

Mme Bryan-Baynes (Elysia): But what I mean is, there are some difficulties in implementing the plan to have English being taught in an earlier age.

M. Deltell: Yes. We do recognize that it's quite a challenge to do so. And so this is why we have, in the last election, in our platform, at the Coalition avenir Québec, a modulate proposition to give more autonomy to local schools, saying: O.K., do what... do about that, get this target, but you have the liberty to choose the way to achieve that goal.
But it's quite important to offer to every child in this province the opportunity to learn English quite well, because the English language is the language, the tool language of the 21st century.

(Fin à 12 heures)

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