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15e législature, 2e session
(11 janvier 1921 au 19 mars 1921)

Par Chantal Charron

Le Québec, le Canada et le monde en 1921

L’année 1920 est riche en événements qui amorcent un tournant décisif de l’Occident vers la modernité. Le monde sort de la Grande Guerre en bonne partie reconfiguré, et le XXe siècle annonce définitivement ses couleurs.

À Québec, c’est d’abord un célèbre fait divers qui fait les manchettes et captive l’opinion publique. Les semaines qui suivent la fin de la session de 1919-1920 sont chargées pour le député et Orateur Joseph-Napoléon Francoeur : il agit à titre d’avocat de la défense lors du procès de Marie-Anne Houde, lequel se tient du 13 au 21 avril 1920 devant la Cour du banc du roi du district judiciaire de Québec. C’est Arthur Fitzpatrick, le fils du lieutenant-gouverneur, qui assume la fonction de procureur de la couronne. Le procès est présidé par l’ancien procureur général de la province sous le gouvernement Flynn, le juge Louis-Philippe Pelletier. Au terme de ce procès, la seconde épouse de Télesphore Gagnon est déclarée coupable du meurtre de la petite Aurore Gagnon, à qui elle a fait subir pendant des mois de multiples abus physiques. Condamnée à être « pendue jusqu’à ce que mort s’en suive », Marie-Anne Houde verra cependant sa peine commuée en réclusion à perpétuité après qu’elle eut accouché de jumeaux à la prison de Québec. Elle est alors transférée au pénitencier de Kingston, en Ontario. Le martyre de la petite Aurore s’ancre dès lors dans l’imaginaire collectif des Canadiens français : le 17 janvier 1921, moins d’un an après la mort de la fillette, la pièce La petite Aurore, l’enfant martyre  prend l’affiche au théâtre Alcazar de Montréal et sera jouée en tournée pendant trente ans. Le drame sera par la suite immortalisé au cinéma en 1952, puis à nouveau en 20051.

Le paysage politique change passablement à l’aube de cette nouvelle décennie. D’abord, la capitale a un nouveau maire depuis le 16 février 1920, en la personne de Joseph-Octave Samson. Le premier ministre canadien Robert Borden, dont la santé est chancelante, annonce le 1er juillet qu’il quitte la vie politique. Son successeur, Arthur Meighen, est assermenté le 10 juillet à Ottawa; la veille, Louis-Alexandre Taschereau avait également prêté serment, immédiatement après que sir Lomer Gouin eut annoncé sa démission comme premier ministre du Québec.

De l’autre côté de l’Atlantique, le 10 janvier 1920 marque l’entrée en vigueur du traité de Versailles, qui impose à l’Allemagne de sévères clauses territoriales, militaires et économiques. La situation est humiliante pour les vaincus de la Grande Guerre, qui considèrent le traité comme un Diktat2. Un mois plus tard, un nouveau parti politique voit le jour à Munich: il s’agit du Parti ouvrier allemand, qui devient par la suite le Parti national-socialiste des travailleurs allemands, mieux connu aujourd’hui sous le nom de Parti nazi. La fin de la Première Guerre mondiale porte en elle les germes de la Seconde.

En juin 1920, le monde assiste au démembrement de l’Empire ottoman, vieux de plus de six siècles. Pour la Turquie et tout le Moyen-Orient, dont le Liban et la Palestine, le paysage politique du monde contemporain avec ses guerres et ses conflits prend déjà forme. L’Empire britannique subit aussi les contrecoups de l’après-guerre : le 1er août, dans la péninsule indienne, le Mahatma Gandhi entame son combat contre la domination coloniale au moyen d’une campagne de désobéissance civile. Le 8 septembre, le Parti du Congrès adopte son programme de lutte non violente qui conduira l’Inde vers son indépendance, en 1947. Les 20 et 21 février 1921, l’Iran est bouleversé par le coup d’État militaire de Reza Khan, qui parvient à écarter du pouvoir Ahmad Shah Qadjar.

La crainte du bolchevisme est toujours aussi présente dans les pays capitalistes. Tandis que de janvier à septembre 1920 les États-Unis sont en proie à la « Terreur rouge3 », les anarchistes italiens Nicola Sacco et Bartolomeo Vanzetti sont arrêtés le 5 mai. Ils sont soupçonnés d’être les auteurs du braquage de South Braintree, en banlieue de Boston, au cours duquel deux convoyeurs ont été tués. Faussement accusés du crime au terme d’un procès controversé, ils sont condamnés à mort en juillet 1921.

La démocratie nord-américaine effectue quelques pas de plus vers le suffrage universel: le 26 février 1920, les Amérindiens du Canada obtiennent le droit de vote; six mois plus tard jour pour jour, les États-Unis accordent aux femmes ce même droit, qu’elles pourront exercer lors de l’élection présidentielle du 2 novembre. C’est le républicain Warren G. Harding qui remplacera Thomas Woodrow Wilson à la Maison-Blanche lors de l’investiture du 20 janvier 1921.

Le 21 juin 1920, le révérend père jésuite Joseph-Papin Archambault, de l’École sociale populaire, présente la première session des Semaines sociales du Canada à la salle Saint-Sulpice de Montréal. Ces sessions, qui visent à trouver des solutions aux problèmes sociaux de l’époque, s’inspirent de la doctrine sociale de l’Église4. Les problèmes qu’espère endiguer ce mouvement ne sont d’ailleurs pas étrangers aux transformations profondes qui s’opèrent dans la province et que révèle hors de tout doute le recensement de 1921 : de rural qu’il a toujours été, le Québec est devenu majoritairement urbain avec 56 % de sa population répertoriées dans les villes5. L’urbanisation amène cependant son lot de problèmes – comme la pauvreté et la criminalité – auxquels les autorités ne sont pas prêtes à faire face. Et ce qui n’arrange en rien les choses, l’économie se porte plutôt mal depuis la dernière année. Les prix sont à la baisse et le chômage à la hausse. Cependant, dit-on à l’époque, le Québec souffrirait moins de cette dépression que les autres provinces6.

La technologie des nouveaux médias connaît d’importants développements : le 20 mai, une première émission radiophonique musicale est diffusée en direct de l’immeuble Marconi, situé à Montréal, par la station XWA qui, le 20 novembre, deviendra le poste CFCF7. Le 25 janvier 1921, le premier service téléphonique pancanadien est inauguré. La première conversation a lieu ce jour-là à midi, dure trois minutes, et se déroule entre un abonné d’Ottawa et un abonné de Vancouver.

Le 19 novembre, l’ancien premier ministre Lomer Gouin devient le premier président honoraire de l’Université de Montréal. Il avait également été nommé directeur politique du journal La Presse au courant du mois d’août, fonction qu’il occupe jusqu’en décembre 1920. Deux nouveaux quotidiens font leur apparition cette année-là : le 19 juin, le journal populiste Le Matin est publié pour la première fois à Montréal. Il prendra plus tard le nom de Petit Journal.À Trois-Rivières, le 30 octobre, le journal Le Nouvelliste est fondé par l’homme d’affaires Joseph-Herman Fortier. Ce même automne, l’abbé Lionel Groulx succède à Omer Héroux à la direction du périodique nationaliste L’Action française.En janvier 1921, Groulx y résume ses idées :

Notre doctrine, elle peut tenir tout entière dans cette brève formule : nous voulons reconstituer la plénitude de notre vie française. Nous voulons retrouver, ressaisir, dans son intégrité, le type ethnique qu’avait laissé ici la France et qu’avaient modelé cent cinquante ans d’histoire. Nous voulons refaire l’inventaire des forces morales et sociales qui, en lui, se préparaient alors à l’épanouissement8.

 

D’autres faits retiennent également notre attention, notamment la création officielle, le 1er avril 1920, du 22e Régiment de la Force permanente de la Milice active du Canada. Ce bataillon de Canadiens français sera logé à la garnison de la Citadelle de Québec, qu’aucune troupe de langue française n’avait occupé depuis 1759. Le premier commandant de ce régiment, qui compte 900 personnes, est le lieutenant-colonel Henri Chassé9. Le 2 mai, l’heure avancée entre en vigueur dans la plupart des villes de la province de Québec, tandis que le 22 août, un incendie ravage la structure tubulaire du pont Victoria qui relie Montréal à sa rive sud. Le fermeture du pont pendant une semaine remet à l’ordre du jour la question concernant la construction d’une seconde structure permettant d’enjamber le Saint-Laurent entre Montréal et Longueuil10.

Quelques personnalités illustres décèdent en 1920 : Louis-Amable Jetté, lieutenant-gouverneur du Québec de 1898 à 1908, s’éteint le 5 mai et, le 27 juin, l’écrivain Adolphe-Basile Routhier, parolier du Ô Canada, succombe à son tour. Simon-Napoléon Parent, ancien premier ministre (1900-1905) et maire de Québec (1894-1906), rend l’âme le 7 septembre, tandis que le désormais célèbre Alphonse Desjardins, fondateur des caisses populaires, meurt le 31 octobre. En Europe, le grand sociologue allemand Max Weber, l’un des fondateurs de sa discipline, décède à Munich le 14 juin.

Le 22 décembre 1920, au plafond de la salle de l’Assemblée législative, on inaugure l’œuvre intitulée Je me souviens, réalisée par le peintre Charles Huot. Au moment où s’ouvre la nouvelle session dans cette salle embellie, le Québec, comme le reste du monde, aspire à se tourner vers l’avenir.

 

Les parlementaires

Le 11 janvier 1921, la deuxième session de la 15e Législature débute sous le signe de la nouveauté, puisque la Chambre accueille un nouveau premier ministre en la personne de Louis-Alexandre Taschereau. L’événement ne s’était pas produit depuis l’accession au pouvoir de Lomer Gouin, en 1905. Trois députés élus en octobre y font leur première rentrée parlementaire: Édouard Hamel, un notaire de Pont-Rouge, qui est élu sans opposition, occupe le siège du député de Portneuf laissé vacant par le départ de sir Lomer Gouin; le cultivateur et marchand général Nérée Morin, élu député de Kamouraska à la suite de la démission d’Adolphe Stein le 15 mars, lequel est élu à la Chambre des communes lors de l’élection partielle du 31 mars; et le notaire Léonide-Nestor-Arthur Ricard, de Shawinigan-Falls, qui devient député de Saint-Maurice en remplacement de Georges-Isidore Delisle, décédé en cours de mandat le 26 mars.

Les ministres du cabinet Taschereau sont assermentés le 10 juillet 1920. Un seul nouveau visage fait son entrée au Conseil exécutif : le conseiller législatif de la division de Montarville et avocat de la Beauharnois Light, Heat and Power, Joseph-Léonide Perron qui, en plus, devient ministre d’État sans portefeuille. Le premier ministre Taschereau conserve quant à lui son titre de procureur général de la province. Tous les ministres nommés à la session précédente par Lomer Gouin demeurent en fonction11.

Très peu de changements sont à signaler à la Chambre basse : les libéraux occupent toujours 74 sièges, les conservateurs, cinq, et les ouvriers, deux. Le député libéral Joseph-Napoléon Francoeur (Lotbinière) agit à titre d’Orateur de l’Assemblée pour une deuxième session consécutive, tandis que son collègue Adrien Beaudry (Verchères) assume encore une fois la charge d’Orateur suppléant.

Les conservateurs se font tout aussi rares du côté de la Chambre haute où ils occupent seulement deux sièges sur les 24 existants : Jean Girouard dans la division de Lorimier, et Thomas Chapais dans celle des Laurentides; les autres sont détenus par des libéraux. C’est d’ailleurs le conseiller de la division de La Vallière, le libéral Adélard Turgeon, en poste depuis 1909, qui continue à y tenir le rôle d’Orateur du Conseil législatif. Un nouveau venu ne passe cependant pas inaperçu : l’ancien premier ministre Lomer Gouin est nommé conseiller législatif de la division de Salaberry le 22 juillet 1920. Cette division n’était plus représentée par un conseiller depuis le décès du libéral Alphonse Racine, le 30 mai 1918. Quant au libéral Georges-Aimé Simard, il démissionne de son poste de conseiller de la division de Repentigny le 1er mars 1921, pour accéder à la présidence de la nouvelle Commission des liqueurs. Le siège de Repentigny va demeurer vacant jusqu’au retour de Simard le 12 novembre 1923. Le poste de lieutenant-gouverneur est toujours détenu par Charles Fitzpatrick, oncle et ancien associé de Louis-Alexandre Taschereau dans le cabinet d’avocats qu’ils partageaient avec l’ancien premier ministre Simon-Napoléon Parent.

 

Le Parti libéral de Louis-Alexandre Taschereau

Tous les matins à son étude, Alexandre Taschereau devançait la sténographe et le saute-ruisseau. Il s’enfermait deux heures plus tard dans son bureau de ministre, travaillait quinze heures par jour, et se rendait à Montréal une fois par semaine. Sur ses allées et venues, le garçon d’ascenseur pouvait régler sa montre12.

 

Né à Québec en 1867, Louis-Alexandre Taschereau est issu d’une grande famille bourgeoise13. Neveu de Mgr Elzéar-Alexandre Taschereau, qui fut cardinal et archevêque de Québec de 1870 à 1898, il est le fils de l’avocat Jean-Thomas Taschereau, juge à la Cour suprême; par sa mère, il est également le petit-fils de René-Édouard Caron, qui fut lieutenant-gouverneur de 1873 à 1876. Admis au Barreau de la province de Québec en 1889, il est élu pour la première fois député libéral de Montmorency en 1900. De 1907 à 1919, il occupe le poste de ministre des Travaux publics et du Travail, puis celui de procureur général de la province jusqu’à sa nomination comme premier ministre.

La désignation de Louis-Alexandre Taschereau comme successeur de Lomer Gouin est unanimement approuvée par les libéraux; non seulement il partage « les vues de Gouin, [mais] il est depuis longtemps le ministre le plus prestigieux et le plus compétent du cabinet14 ». Il s’engage d’ailleurs à « "continuer la politique inaugurée et sagement poursuivie" par son prédécesseur : expansion économique; concorde entre les races et les classes, à l’intérieur de la province15 ».

Le nouveau premier ministre entré en fonction le 9 juillet doit aussi composer avec un nouvel homologue à Ottawa; en effet, dès le lendemain, le conservateur Arthur Meighen est assermenté à titre de premier ministre du Canada. Or, les relations sont tendues entre les conservateurs fédéraux et les libéraux provinciaux, surtout depuis la crise de la conscription. Meighen entreprend une campagne de séduction dans plusieurs villes de la province, prononçant des discours à travers lesquels il tend la main aux Canadiens français et au successeur de Gouin. Mais alors qu’ils se trouvent au pied de la statue de sir George-Étienne Cartier à Québec, Taschereau sert un avertissement à Meighen : « Qu’on ne tente pas de porter atteinte à nos lois, à notre système scolaire, à tout ce qui constitue notre caractère distinctif16! » Dans son adresse en réponse au discours du trône qu’il prononce le 13 janvier 1921, soit deux jours après l’ouverture de la session, le chef libéral annonce d’emblée « la revendication énergique et complète de notre autonomie provinciale » comme étant l’une des « trois idées maîtresses » qui président « à toutes [les] initiatives et à tous [les] efforts » de son gouvernement :

Pour que notre province prospère, il faut qu’elle puisse se mouvoir dans la sphère de ses attributions, sans entraves et sans ces empiétements arbitraires qui brisent l’unité nationale et ébranlent les assises de la Confédération. Le pacte fédératif doit être pleinement respecté dans l’esprit et dans la lettre. Les circonstances m’invitent à ajouter qu’un impérialisme outré, d’où qu’il vienne, de près ou de loin, ne trouvera pas droit de cité chez nous. Nous sommes un jeune pays à peine sorti du berceau, et nous avons besoin de toutes nos forces pour nous développer. Il est des problèmes qu’il incombe à d’autres de résoudre, les nôtres ont les premiers titres à notre attention.

 

Une seconde idée, selon lui, tout aussi fondamentale, consiste à « demeurer fidèles aux traditions du libéralisme » :

[N]ous voulons que Québec reste la terre où sont respectées toutes les libertés, toutes les croyances et toutes les races. Le dernier reproche que nous voudrions mériter serait d’avoir, dans un de nos actes législatifs ou administratifs, porté la moindre atteinte aux convictions honnêtes et légitimes du plus humble de nos concitoyens.

 

En cela, il lui apparaît essentiel d’en inclure une troisième :

[N]ous voulons que l’idée libérale inspire et dirige toute la politique de notre gouvernement. Je crois aux vieux partis politiques et à leurs fortes lignes de démarcation. Sans cette démarcation qui indique des convictions bien tranchées, le régime constitutionnel devient un jeu de bascule qui paralyse les meilleurs efforts, les initiatives les plus heureuses. Le Parti libéral a fait notre province ce qu’elle est. Il a ses traditions et ses espérances. Pour continuer à réaliser son œuvre, il ne lui faut ni renoncer aux unes, ni abdiquer les autres. Les libéraux qui ont élevé notre province à ses hautes destinées furent des libéraux tout court; nous resterons des libéraux tout court. (13 janvier)

 

Ce qui n’exclut pas qu’au sein même du parti les grands ténors que sont les ministres Louis-Athanase David (Terrebonne), Joseph-Édouard Caron (Îles-de-la-Madeleine), Joseph-Édouard Perrault (Arthabaska) et Walter George Mitchell (Richmond) soient parfois confrontés à des députés aux personnalités tout aussi affirmées, comme Henry Miles (Montréal-Saint-Laurent), Andrew Philps (Huntingdon), Peter Bercovitch (Montréal-Saint-Louis), Bernard-Augustin Conroy (Montréal-Saint-Anne) et Joseph-Henri Lemay (Sherbrooke), pour ne nommer que ceux-là. Les projets proposés suscitent régulièrement des discussions, et les désaccords font surface à de nombreuses reprises en Chambre, notamment en ce qui a trait à la création de la Commission des liqueurs et à la loi de l’Assistance publique. Bien que les différends soient exprimés avec une certaine réserve, le journaliste Louis Dupire n’est pas dupe : « On sent, écrit-il dans Le Devoir, que le bloc du gouvernement est derrière son apparence de cohésion et de solidité, travaillé par des lézardes17. »

 

Arthur Sauvé et les conservateurs

Toujours très minoritaires sur le parquet du salon vert – 5 députés contre 74 libéraux –, les conservateurs ont cependant la chance d’être dirigés par un chef qui sait faire preuve d’une grande détermination et qui, à lui seul, est en mesure d’assurer l’opposition. De son côté, le député anglophone Charles Allan Smart (Westmount) semble afficher une réelle assurance bien qu’il s’exprime la plupart du temps en anglais; l’historien Robert Rumilly trace un portrait peu flatteur des talents oratoires de Charles Ernest Gault (Montréal-Saint-Georges), qui parle « avec une voix éteinte » et « refuse toujours à la Chambre le plaisir de l’entendre », ainsi que des députés ruraux Pierre-Joseph Dufresne (Joliette) et Joseph-Olier Renaud père (Laval), dont il dira qu’ils étaient « facilement empêtrés dans les barbelés de la syntaxe [et] n’étaient pas des foudres d’éloquence18 ».

Tout au long de sa carrière de chef de l’opposition à l’Assemblée législative, Sauvé déplore que « la seule province française du Canada fût conduite, au point de vue industriel et financier, par des hommes d’une autre race, étrangers aux traditions et aux aspirations françaises », ce qui n’aura pas pour effet de le rapprocher des conservateurs anglais19. Certains de leurs journaux, même de longue tradition conservatrice comme le Chronicle de Québec, ne manqueront pas de le rabrouer à l’occasion. De toute façon, Sauvé préfère conserver ses distances par rapport à ces derniers, qu’il juge « trop impérialistes et trop subordonnés aux intérêts financiers20 ».

Dans les journaux anglophones, dont la Gazette et le Chronicle, les tories ont en général évité de s’opposer au gouvernement Gouin, défenseur de ces mêmes intérêts. À l’été 1920, en réponse à un discours du nouveau premier ministre du Canada, le conservateur Arthur Meighen, Sauvé aurait écrit dans La Minerve : « La province de Québec est conservatrice, mais pas tory21. » L’historien Rumilly impute aux conservateurs de langue anglaise le fait que Sauvé quitte La Minerve à peine quelques jours après avoir fait paraître son article invoquant que ce sont ces derniers qui tiennent en main « l’organisation ministérielle à Montréal22 ».

En outre, Sauvé explique que la prospérité dont jouit le Québec est redevable non pas à « l’application du libéralisme doctrinaire, ni [à celle] de la démagogie libérale, mais [à] la mentalité conservatrice de notre province », que le clergé « a réussi à faire maintenir […] sous un gouvernement libéral ». Et c’est « parce qu’elle a su garder intactes ses plus saines traditions » soutient-il, que « ses conditions sociales et économiques sont meilleures et plus rassurantes qu’ailleurs ». Ces progrès sont davantage attribuables au « développement industriel de nos villes et [à] l’augmentation de production agricole due à l’initiative, au patriotique esprit de travail de nos cultivateurs et de leurs familles, comme aussi aux avantages extraordinaires qu’offraient les marchés local et mondial » qu’au gouvernement libéral, qui préfère abandonner les ressources naturelles de la province aux mains de capitalistes « étrangers » (13 janvier).

D’autant plus que pour le chef conservateur, le discours qui prétend que « [l]e Canadien français ne peut rien faire, [qu’]il est trop pauvre pour qu’on lui demande de grosses entreprises financières » relève d’« une conception fausse et dangereuse ». C’est donc toujours dans le but de mieux répondre « à la conservation de nos traditions, de notre mission, de nos aspirations » qu’il propose depuis 1916 la nationalisation de certaines industries, et préconise « la coopération sous la protection et l’encouragement de l’État », plutôt que de laisser les banques continuer à drainer l’argent des épargnants et des « déposants de nos campagnes »:

Je ne suis pas un étatiste ni un communiste, déclare-t-il, car je prétends aussi qu’un gouvernement ne doit pas s’avancer ni rien entreprendre au-delà de ce qui est nécessaire pour réprimer les abus et écarter les dangers […] Je suis encore partisan de la doctrine chrétienne si brillamment définie par Mgr Paquet: "L’autorité de l’État, et c’est son honneur, imite la divine providence dont la sollicitude s’étend à chacune des créatures autant qu’à leur ensemble. Elle jouit d’un droit de tutelle et d’assistance sur la communauté sociale prise en bloc, et aussi sur les diverses parties qui la composent. Les pouvoirs publics existent non pour l’avantage personnel des chefs ou de quelques favoris, mais pour le salut commun, le bien de la masse et le bien des groupes dont elle est formée. Ce bien n’est pas à l’abri des abus de la liberté. Il y a donc des conflits possibles, et des situations sociales telles qu’elles appellent et justifient l’intervention politique. Il y a des droits que la loi doit protéger, des intérêts qu’elle doit sauvegarder." (13 janvier)

 

En cela, le conservateur Arthur Sauvé se démarque de l’idéologie libérale du « laisser-faire », tout en faisant la promotion d’un programme étrangement similaire à celui proposé par le gouvernement Taschereau à travers sa loi de l’Assistance publique :

L’école libérale-conservatrice que nous avons suivie, nous, dans cette province, a orienté et gardé les esprits entre les écueils opposés de l’école libérale et de l’école socialiste, et elle a soutenu intégralement, en dépit des sarcasmes et des injures de la horde démagogique et libertaire, la vraie, la saine, la juste théorie sociale de l’État. Chaque fois que l’étranger vient nous faire un compliment ici, il rend hommage non pas au gouvernement du jour, mais à la population restée fidèle à son clergé qui dirige non seulement les âmes, mais aussi nos maisons d’éducation et toutes nos œuvres sociales. (13 janvier)

 

Ces ouvriers qui n’en sont plus?

Les deux députés du Parti ouvrier qui ont été élus aux élections générales de l’été 1919 siègent toujours à l’Assemblée législative. Mais bien qu’Adélard Laurendeau (Maisonneuve) et Aurèle Lacombe (Montréal-Dorion) se soient rangés du côté du Parti libéral peu de temps après leur entrée au Parlement, ils continuent d’assurer la défense des leurs quand l’occasion se présente. Leur position ambiguë fait cependant l’objet de discussions dans les journaux, qui prêtent une oreille attentive à leurs interventions en Chambre.

Dans son édition du 18 mars 1921, L’Action catholique mentionne que M. Lacombe « fait l’éloge du gouvernement qui, dit-il, a su accorder aux ouvriers une législation qui sans être parfaite n’est pas moins bonne », et que M. Laurendeau fait de même en disant que le gouvernement « s’est toujours occupé des ouvriers ». Le journal rapporte également les propos du chef de l’opposition, qui dit « que le discours de M. Lacombe est celui d’un partisan qui ne veut pas faire de peine à son patron et que ce patron est le gouvernement23 ».

Dans les débats de l’Assemblée, les députés Lacombe et Laurendeau demeurent discrets. Ce dernier approuve le projet relatif au droit de grève dans les services municipaux, disant « qu’il est le résultat des démarches qui ont été faites par les ouvriers auprès du gouvernement » (9 mars). Il se prononce aussi en faveur du projet du député Peter Bercovitch visant à limiter l’augmentation des loyers car, dit-il, « [l]es ouvriers souffrent beaucoup de [cette] augmentation »; mais s’il approuve le principe du bill, il doute cependant de l’efficacité « du remède » proposé par le député de Montréal-Saint-Louis, et « croit que le gouvernement doit faire quelque chose contre les propriétaires profiteurs » (15 mars).

 

Le discours du trône

Après avoir exprimé les regrets que cause à tous le départ de Lomer Gouin, le lieutenant-gouverneur Charles Fitzpatrick livre à la Chambre le traditionnel discours inaugural. Il annonce d’abord les projets relatifs à l’agriculture, notamment l’établissement de fermes de démonstration et l’attribution au ministère de la Colonisation du soin de concéder des terres aux colons, de même qu’un projet visant à séparer le domaine colonisable du domaine forestier.

Il enchaîne avec les projets que son gouvernement compte mettre à exécution en ce qui concerne la législation ouvrière car, dit-il, « [l]’ouvrier de nos villes reste le digne émule de nos agriculteurs et de nos colons » (11 janvier). Il présente le projet qui aura pour but de créer un conseil d’arbitrage destiné à prévenir la grève dans les services essentiels, comme la police et les pompiers, et poursuit avec celui qui concerne la création d’un système d’assurance collective destiné aux fonctionnaires civils. Il aborde aussi très brièvement la future loi de l’assistance publique et la nouvelle charte de Montréal.

Le lieutenant-gouverneur se montre davantage explicite quand vient le moment de présenter la loi visant à restreindre la vente des liqueurs alcooliques, qu’il justifie par l’échec de la loi de la prohibition de 1919, dont « la violation continuelle […] menace de compromettre l’ordre et le respect de l’autorité. […] Mon gouvernement, poursuit-il, se propose d’abroger le système actuel pour lui en substituer un nouveau qui, tout en respectant la liberté individuelle, remédiera aux abus que notre population déplore amèrement ». La nouvelle loi, de poursuivre Fitzpatrick, mettra « le gouvernement en état d’exercer un contrôle absolu et immédiat » (11 janvier).

Il termine en annonçant que le gouvernement compte poursuivre son travail à l’égard de l’instruction publique, notamment en octroyant un million de dollars à l’Université McGill, de même qu’un million de dollars à l’Université Laval. Il ajoute que « ces octrois ne doivent pas se faire au détriment de l’enseignement primaire, secondaire et agricole, et que son zèle s’exercera dans chacune de ces sphères ».

L’adresse en réponse au discours du trône est présentée le lendemain par Édouard Hamel, le nouveau député du comté de Portneuf. Il est secondé par le député libéral de Pontiac, Wallace Reginald McDonald. Hamel commence son adresse par un hommage à son prédécesseur du comté de Portneuf : « Le programme que sir Lomer Gouin s’était tracé en 1905, les promesses qu’il faisait alors à l’électorat, il les a remplies à la lettre. Après 15 années d’efforts et de travail, il laisse le magnifique héritage d’une province agrandie, enrichie, d’une province plus instruite et confiante en l’avenir. » Il poursuit en tenant des propos élogieux à l’endroit du nouveau premier ministre : « Sa belle intelligence, son esprit clairvoyant, la droiture de son caractère, ses connaissances profondes et variées des hommes et des choses, sa grande puissance de travail, voilà nos garanties les plus sûres d’une direction sage et éclairée dans la période difficile de rajustement que nous vivons. » (12 janvier)

Le discours qu’il livre par la suite vient sans surprise appuyer celui du chef de l’État : il met au premier rang l’agriculture et la colonisation « pour traverser la crise économique universelle que les périodes de transition comme la nôtre amènent fatalement ». Puis il condamne sans ménagement les infractions commises à la loi de la prohibition, confiant que le gouvernement viendra à bout « des profiteurs d’un commerce illicite dont l’occupation journalière est d’avilir et de rapetisser », en prenant le contrôle de la vente de l’alcool sans toutefois compromettre la liberté des citoyens.

Il vante également les investissements prévus dans l’instruction publique, les écoles techniques et les universités qui contribueront, d’une part, à la formation de « nombreuses compétences qui puisse tirer de ce riche patrimoine tout le profit possible » et, d’autre part, à celle d’une « classe supérieure capable de diriger chez nous de grandes entreprises et des industries ». Il loue ensuite la volonté de ce gouvernement de chercher « à prévenir tout ce qui peut nuire à la bonne entente entre les éléments de notre société », car « [p]révenir les grèves, c’est prévenir les ferments les plus puissants des idées subversives » et « [p]lus que jamais, il importe à un gouvernement de prêter une oreille attentive aux besoins nouveaux des classes ouvrières ». « La législation ouvrière, dit-il, dans l’époque troublée que nous vivons, est devenue la partie la plus importante de la constitution d’un pays ».

À la reprise du débat le 13 janvier, c’est le chef de l’opposition qui prend la parole. Il met en doute les accomplissements passés du gouvernement libéral de Lomer Gouin et qualifie de « farce » la loi de prohibition de 1919. Il s’interroge également sur la validité des projets que songe à entreprendre le nouveau gouvernement, de même que sur ceux qu’il laisse en suspens; à ce chapitre, la réforme de l’administration de la justice demeure incontestablement le cheval de bataille préféré d’Arthur Sauvé.

Taschereau entre finalement en scène, avouant qu’il a « beaucoup hésité à recueillir le lourd héritage qui [lui] était offert », mais que maintenant que cette charge lui est échue, il « l’accepte et […] promet d’y apporter la meilleure de [s]es énergies ». Puis il expose les trois idées maîtresses qui présideront à toutes les initiatives et à tous les efforts de son gouvernement : « l’autonomie provinciale, l’adhésion à une ligne de parti bien définie, et la fidélité aux traditions du libéralisme. »

Le nouveau premier ministre termine son allocution en exprimant les souhaits de son gouvernement :

Nous entendons gouverner avec prudence, mais aussi avec vigueur, confiants que nous sommes dans les abondantes ressources de la province, dans l’esprit d’ordre et de progrès de notre population, dans la stabilité de nos finances et de nos institutions, dans la coopération étroite et bienveillante qui existe, chez nous, entre toutes les classes et toutes les races. Nous voulons développer notre industrie forestière tout en conservant la forêt, tirer des forces hydrauliques de nos nombreuses chutes d’eau, coloniser et cultiver nos vastes territoires, instruire notre population, et garder intacts tous les éléments de force qui nous ont rendus maîtres de nos destinées. Pour réaliser ce vaste programme, bien digne du grand Parti libéral, je sais pouvoir compter sur la collaboration éclairée et infatigable de mes collègues qui ont eux-mêmes conçu et inspiré cette politique, et sur l’esprit averti et le dévouement de toute notre députation.

 

Le succès ne dépend pas de l’effort d’un homme ou de quelques hommes; il repose sur la participation active de tous. Que chacun fasse sincèrement et généreusement sa part, et notre province, grande par ses ressources, saine par sa population, unie par sa tolérance, morale et progressive par l’esprit qui l’anime, marchera fermement et rapidement vers les glorieuses destinées qui l’attendent. (13 janvier)

 

Les finances publiques : « Le gouvernement a un surplus! Mais… » 

Le 27 janvier 1921, le trésorier Walter Mitchell présente son discours sur le budget. Ce sera son dernier à l’Assemblée législative, puisqu’il démissionne le 8 novembre et sera élu député à la Chambre des communes lors des élections générales du 6 décembre 1921. Avant de dévoiler ses prévisions budgétaires, Mitchell se penche sur les conditions économiques mondiales qui ont prévalu à leur élaboration :

Actuellement, notre pays, comme tant d’autres, traverse une période de rétablissement. L’ère de la hausse des prix et des cours surfaits, qui est la conséquence ordinaire des grandes guerres, prend fin graduellement. Les prix sont tombés de 15 %, et selon l’avis de nos principaux banquiers et financiers, ils n’ont pas atteint le plus bas degré de l’échelle. Il n’y a rien en cela d’inattendu ou d’anormal; c’est un effet de la loi naturelle du rendement et de la demande, comme des conditions économiques en général. On ne saurait y arriver au moyen d’une législation ou d’une fixation des prix. La hausse des prix tient à la règle de la production et de la demande. Et c’est aussi la même règle qui déterminera la baisse.

 

Conséquemment, poursuit-il, « [l]es banques ont tiré les cordons de leurs bourses et limité leur crédit [et les] négociants qui disposaient de fonds de commerce considérables se sont vus forcés de vendre à perte en bien des cas, pour faire face au nouvel état de choses ». À cela, il ajoute que la « concurrence étrangère dans le commerce » s’est également remise de la partie, après avoir été au service de la production du matériel de guerre entre 1914 et 1918 : « le fabricant étranger, dit-il, envahit nos marchés et lutte vivement contre nos propres fabricants. »

Estimant que la province est placée dans une situation « certainement sérieuse », il considère que « le seul moyen pour nous de lutter avec succès dans cette guerre industrielle se trouve dans une sage coopération du capitalisme et du travailleur; un plus grand perfectionnement de notre main-d’œuvre; une plus grande production agricole; un développement plus général de nos ressources naturelles, et l’observance d’une plus judicieuse économie ». Pour ce faire, il propose le développement des ressources naturelles de la province, l’augmentation du rendement des terres et l’amélioration des méthodes agricoles. Comment? En renversant la tendance qui prévaut depuis quelques années chez les jeunes, et qui consiste à « déserter les districts agricoles pour les cités et les villes ».

Puis Mitchell enchaîne en dévoilant un surplus de 951 910.50 $ pour l’année fiscale ayant pris fin le 30 juin 1920, et une augmentation de 1 001 500 $ de la dette consolidée par rapport à juin 1919, laquelle se chiffre maintenant à 40 708 113.55 $. Pour l’année budgétaire 1921-1922, le trésorier de la province estime les revenus ordinaires à 13 010 743,18 $ et les dépenses ordinaires à 12 806 787.93 $, ce qui correspond à un surplus de 203 955.25 $. Mitchell prévoit affecter 20.19 % du budget au remboursement de la dette publique, 12.84 % à l’instruction publique, 10.28 % à l’administration de la justice, 7.31 % aux asiles d’aliénés et 6.88 % à l’agriculture, 6.6 % au gouvernement civil, 6.49 % à la voirie, et 5.33 % à la colonisation, aux mines et aux pêcheries. En comparaison avec le dernier budget produit par l’administration Gouin, on constate que les crédits alloués à l’agriculture et à la colonisation ont cependant quelque peu diminué, et que ceux affectés au remboursement de la dette ont quant à eux grimpé.

La critique du nouveau budget formulée par le chef de l’opposition conservatrice consiste à dénoncer le surplus dont se vante le gouvernement, et qu’il puise à même les taxes « imposées sur le peuple », tout en continuant d’emprunter et en ne remboursant pas ses dettes. Les doléances d’Arthur Sauvé sont nombreuses :

Le gouvernement emprunte et il a un surplus, mais il ne paye pas ses comptes à échéance […] Le gouvernement a un surplus! Mais il fait crever de faim ses employés qui réclament une augmentation de salaire [et] a des employés de vingt ans de service qui gagnent $1,000 par année […] Le gouvernement a un surplus! Mais il refuse de l’argent au ministre de l’Agriculture [et] ne fait rien pour établir un crédit agricole en vue d’aider les cultivateurs, il fait payer une partie du salaire de ses agronomes par les conseils de comté et l’autre partie par le gouvernement fédéral, refuse d’augmenter les subventions aux cercles agricoles, aux sociétés d’agriculture [et] refuse d’accorder au ministre de l’Agriculture l’argent dont il avait et aurait besoin pour aider les établissements de conserves alimentaires à se développer […] Le gouvernement a un surplus! Mais il refuse de réorganiser efficacement la police provinciale, de payer à ses officiers un juste salaire [et] d’accorder aux jurés une indemnité raisonnable […] Le gouvernement a un surplus! Mais il augmente les obligations des municipalités pour l’entretien des aliénés, [leur] a fait payer […] les salaires de ses inspecteurs ou ingénieurs qu’il [leur] impose […] pour la confection et l’entretien des chemins, refuse de modifier sa loi d’entretien pour les grandes routes [et] de payer les salaires que demandent les colons pour travailler dans les chemins de colonisation […] Le gouvernement a un surplus! Mais il ne daigne pas s’occuper du rachat des rentes seigneuriales […] (3 février)

Louis-Athanase David ne s’en offusque pas dans sa réplique : aux chiffres, l’homme préfère de toute évidence les mots, ceux qui s’élèvent et lui permettent de voir apparaître la province qui, « dans toute son immense beauté, […] offre à l’énergie d’un jeune peuple tout ce qu’il faut pour aiguiser son appétit de puissance et de grandeur » (3 février).

 

Les faits marquants de la session

Le programme législatif de la session s’annonce chargé, et le nouveau premier ministre s’impose dès son arrivée. Taschereau, qui est déjà rompu à la politique, dirige une équipe également aguerrie dont la composition est restée intacte, du moins en ce qui concerne les éléments les plus influents. La conjoncture joue en sa faveur. Le moment est venu de mettre en œuvre des mesures d’envergure qui non seulement apporteront enfin des solutions à des problèmes majeurs, mais qui lui serviront aussi à asseoir son leadership.

Le 13 janvier, l’Assemblée législative reçoit la visite du gouverneur général du Canada Victor Cavendish, et de son épouse, respectivement duc et duchesse de Devonshire. Taschereau en profite pour vanter les mérites de sa province :

Votre Excellence constatera aujourd’hui que Québec, au milieu de la crise économique et sociale qui sévit partout, possède dans sa classe agricole la meilleure promesse de stabilité et, dans sa classe ouvrière, le plus sûr rempart contre les théories subversives du bolchevisme. C’est dans cette province, où de profondes racines rattachent l’individu au sol, que le bel arbre de la Confédération canadienne, qui étend ses branches vigoureuses sur neuf provinces, trouvera sa plus grande puissance pour résister aux vents de tempête qui menacent de renverser tout l’édifice social.

 

Lors de cette première session, le gouvernement Taschereau présente devant l’Assemblée législative un total de 222 projets de loi. De ce nombre, 192 reçoivent la sanction du lieutenant-gouverneur Fitzpatrick. Certains d’entre eux se veulent particulièrement audacieux, et font entrer le gouvernement Taschereau dans l’histoire avant même qu’il ne soit officiellement porté au pouvoir par la population. Pour l’historien Robert Rumilly, « la session, prorogée le 19 mars, avait été l’une des plus fécondes, peut-être la plus féconde depuis la Confédération », et « jamais tant de mesures importantes n’avaient empli une seule session24 »; avec une distance de quelques décennies, les historiens Paul-André Linteau, René Durocher et Jean-Claude Robert diront cependant que « la récession économique des années 1921-1922 vient […] ralentir les efforts du gouvernement, qui entend rester fidèle au principe sacré de l’équilibre budgétaire25 ». N’empêche, l’honorable Honoré Mercier fils dira, le 2 mars, que « [c]ette session fera époque dans nos annales parlementaires […] ».

 

Le bill 47 et la Commission des liqueurs

Le 10 février 1921, le journaliste du Devoir, Louis Dupire, écrit :

Pour le Mercredi des cendres, nous avons eu une séance grasse : le premier débat véritable depuis 1919. Il fallait pour secouer l’apathie de la Chambre un bill comme celui du contrôle des liqueurs qui remue une foule d’intérêts, met en jeu d’importants principes26.

 

À compter de la fin du mois de janvier et pour un peu plus de sept semaines, la question des « liqueurs alcooliques » occupe une part considérable des débats. La loi de prohibition, promulguée par le gouvernement de Lomer Gouin à la suite du référendum du printemps 1919, s’avère un échec lamentable. À tel point que le nouveau cabinet Taschereau décide de prendre lui-même les choses en main en s’investissant du pouvoir d’émettre des licences et en s’appropriant le contrôle de l’importation et de la vente d’alcool dans la province de Québec. Pour ce faire, il envisage la création d’une nouvelle commission composée de cinq membres, à laquelle sera confiée la direction absolue du commerce des liqueurs alcooliques (26 janvier).

L’idée provient du juge Henry George Carroll, ancien solliciteur général du cabinet Laurier qui, chargé par Taschereau de mener une enquête sur la question, présente à ce dernier le modèle de la régie suédoise. Taschereau trouve intéressante l’idée de concilier morale et intérêt dans une régie des liqueurs alcooliques qui serait la première du genre à être inaugurée en Amérique27.

À la séance du 26 janvier, le trésorier Walter Mitchell, député de Richmond, expose les tenants et aboutissants du nouveau projet de loi (bill 47), même si ce n’est « pas la coutume de donner d’explications sur un bill à sa première lecture ». Il veut profiter de l’occasion pour expliquer aux détenteurs de licence, les nouvelles mesures que le gouvernement entend mettre en place le 1er mai. Cela permettra à ceux dont le commerce sera aboli de donner leur avis d’abandon de loyer pour le 1er février, comme l’exige la loi. Car la Commission des licences de Montréal sera démantelée dès l’entrée en vigueur du bill 47 et, dès le 30 avril, les décisions qu’elle a rendues ne seront plus effectives ni renouvelées. Seuls les vendeurs licenciés par la nouvelle Commission des liqueurs seront autorisés à vendre de la bière, peu importe la sorte et le pourcentage d’alcool qu’elle contient.

La seconde lecture est proposée le 9 février. Mitchell dresse d’abord un bilan de la loi de prohibition de 1919, qui est loin d’avoir produit les résultats escomptés. Il justifie de la sorte la volonté du gouvernement d’obtenir la mainmise totale sur le commerce des boissons alcooliques. Or, ce qui intéresse d’abord le chef de l’opposition, ce sont les raisons de ce cuisant échec : « Pourquoi, dit-il, a-t-il été impossible de faire respecter la loi? » D’ailleurs, Sauvé n’en démordra pas tant que durera la session; pour lui, les nombreuses infractions à la loi de 1919 sont d’abord imputables à la corruption de certains élus du parti au pouvoir. Il ira même jusqu’à réclamer que soit instituée une commission royale d’enquête sur ce qu’il considère être un scandale; ce que lui refusera le premier ministre Taschereau. Les libéraux ne voient pas les choses du même œil. Les gens ne voulaient pas de cette loi, invoquent-ils, et ce, particulièrement dans les grandes villes. C’est pourquoi elle s’est avérée inapplicable, malgré toute la volonté dont a fait preuve le gouvernement pour veiller à ce qu’elle soit respectée :

L’honorable M. Mitchell (Richmond): Quand vous avez une ville à 800,000 âmes, dont les trois quarts sont contre une loi les empêchant de faire une chose qu’elles ont le droit de faire, il est impossible, malgré toutes les polices, malgré tous les détectives, tous les effectifs dont dispose le gouvernement, malgré toutes les mesures restrictives que l’on pouvait inventer, avec tous les tribunaux de la terre, de faire respecter les lois établies pour la réglementation de la vente des spiritueux et de mettre cette loi en vigueur, surtout quand il a à combattre l’appât du gain, les vendeurs, les vendeurs autorisés, les marchands en gros, les "bootleggers", les gens vendant des liqueurs à droite et à gauche, dans toutes les parties de la province, dans les provinces voisines et aux États-Unis, et cela, malgré l’étroite surveillance exercée par les agents douaniers du Canada et par ceux des États-Unis […] (9 février)

 

Il n’y a pas qu’au Québec que cette loi ait connu des ratés. Le trésorier raconte que « [l]a veille de Noël dernier, à Hamilton, Ontario, il y avait une foule telle à la porte des dispensaires où l’on vendait des liqueurs alcooliques aux prétendus malades qu’il fallut un policier pour mesurer le trafic. Tous portaient des prescriptions de médecins » (9 février). Le même genre de phénomène s’est produit au Québec, alors qu’il a été découvert qu’un médecin était allé jusqu’à émettre plus de 4 000 prescriptions d’alcool pour usage thérapeutique. « Pourquoi le gouvernement n’a-t-il pas poursuivi les médecins qui violaient la loi? », demande alors le député conservateur de Westmount, Charles Allan Smart. Mitchell lui répond qu’il serait très difficile de les retracer.

Ce qui dérange plus que tout dans cette loi est en réalité sa dimension étatique. C’est ce qui agace au plus haut point ceux qui s’y opposent, qu’ils fassent partie de l’élite politique ou de la tribune de la presse. Le député Smart parle de « monopole d’État » plutôt que de « contrôle du gouvernement » (9 février). À l’époque, le concept de nationalisation est volontiers associé à celui de socialisme, profondément étranger à la tradition québécoise. Mais c’est à l’Association des marchands détaillants du Canada (section de la province de Québec) que la loi provoque les réactions les plus vives : dans un article intitulé « Contre les monopoles d’État, où allons-nous? », l’Association « protest[e] et assimil[e] le projet "aux mesures de la Russie bolcheviste, de la Russie teinte de sang livrée aux hordes sanguinaires"28 ». Piquée au vif, l’entreprise privée dénonce le projet de prise en charge par l’État d’un commerce aussi lucratif que celui des liqueurs alcooliques. Dans Le Devoir, Georges Pelletier jette de l’huile sur le feu :

L’État s’avise, cette fois-ci, de s’emparer du commerce des liqueurs alcooliques; quoi et qui donc l’empêcheront, dans quelques mois, dans quelques années, de monopoliser, par exemple, le commerce du bois, du charbon, du papier, sous prétexte qu’il s’y commet des abus29?

 

Le projet de loi est finalement sanctionné le 25 février, et entre en vigueur le 1er mai 1921. Outre l’ancien conseiller législatif Georges Simard à la présidence et l’ex-juge Henry George Carroll à la vice-présidence, le haut personnel de la nouvelle Commission des liqueurs se compose des membres suivants : le vice-gérant de la Banque de Montréal, Sir William Stavert, l’homme d’affaires montréalais Adolphe-L. Caron, et l’ancien maire de Québec  Napoléon Drouin. Le secrétaire est Lucien Giguère, qui a naguère occupé cette fonction auprès de sir Wilfrid Laurier, tandis que l’avocat de la Commission est D.R. Murphy, un ancien associé de Lomer Gouin.

 

L’administration de la justice et l’affaire Blanche Garneau

Le 28 juillet 1920, le corps de Blanche Garneau est découvert au parc Victoria, à Québec. La jeune femme de 22 ans a été droguée, violée, puis assassinée. Omniprésente dans les journaux puisque les auteurs de ce crime sordide demeurent introuvables, « l’affaire Blanche Garneau » provoque des remous jusqu’à l’Assemblée législative. Des rumeurs insinuent que le gouvernement Taschereau tente de dissimuler certains faits qui incrimineraient des fils de parlementaires30.

Une semaine après le début de la session, le chef de l’opposition demande que soit déposée copie de toute correspondance entre le gouvernement et les substituts du procureur général ou toute autre personne à Québec, au sujet de l’affaire concernant la mort de Blanche Garneau. Arthur Sauvé est convaincu que le travail effectué par les policiers dans le cadre de l’enquête on discovery, menée par le juge Philippe-Auguste Choquette, s’est avéré inefficace. Considérant que la Chambre a droit à des éclaircissements, il désire savoir « où on est rendu dans cette affaire et si on a lieu d’espérer que l’on aura bientôt les coupables de ce meurtre horrible et si enfin justice se fera » (18 janvier).

Le 1er février, le chef de l’opposition demande à nouveau que soit déposée une copie de toutes les correspondances, documents et plaintes, cette fois concernant l’administration de la justice dans la province pour les années 1918, 1919 et 1920. « De partout dans la province, les gens se disent généralement insatisfaits de l’administration de la justice », de dire Sauvé :

On a fait de nombreux commentaires dans le public au sujet de certaines causes, de certaines arrestations sensationnelles qui n’ont pas eu de suite, de certains mandats, de certaines demandes de mandat devant les tribunaux de police et d’arrestation qui n’ont pas eu de résultat. Des meurtres ont été commis. Des vols très considérables ont été commis à Montréal et ailleurs, et la justice n’a pas cru devoir, en certains cas, continuer son intervention pour trouver et arrêter les coupables. Des coupables se sont sauvés et n’ont pas été rejoints. On a demandé au procureur général d’intervenir et on n’a pas obtenu de résultat. Il y a eu des protestations. Un journal qui est très sympathique au gouvernement aujourd’hui reprochait à la justice sa lenteur dans l’affaire du crime du Parc Victoria.

 

Il poursuit avec la lecture d’un article paru dans le journal L’Événement31. Le premier ministre soulève alors un point d’ordre, informant le chef de l’opposition que les règles de la Chambre lui interdisent de citer un article de journal. Sauvé rétorque que « [l]e premier ministre interprète les règles à son avantage » dans le but d’imposer le silence aux membres de l’Assemblée. Il poursuit néanmoins son discours :

Notre administration de la justice nous coûte des millions, il me semble que l’on pourrait punir les coupables et nous débarrasser des politiciens qui entravent les activités de ceux qui sont chargés de faire respecter la loi. C’est là le pire scandale qui se puisse trouver. Comment peut-on espérer que le public se soumette docilement aux lois, s’efforce de les observer, quand ceux chargés de les administrer négligent leurs devoirs et ferment consciemment les yeux? […] En attendant, je crois que le gouvernement devrait instituer une enquête sur l’administration générale de la justice, sur tous ceux qui sont la cause de la mauvaise administration de la justice et du manque de protection à la société. Il y a, dans la police provinciale, des hommes qui trompent la justice, il y en a partout, et qui ne sont pas punis. Et je prétends qu’un pays où les coupables, les meurtriers et les voleurs sont assurés de l’impunité et où les officiers du gouvernement font de la fraude et permettent à leurs favoris, s’ils ont de l’argent, de faire à leur goût en dépit des lois, on n’est pas loin d’être menacé de la révolte, et je dis que c’est un pays bien près de sa ruine. (1er février)

 

Sur ce, le premier ministre lui annonce l’arrestation de deux individus dont il est persuadé qu’ils sont les auteurs du meurtre de Blanche Garneau. Il espère que leur éventuelle condamnation servira de leçon à ceux qui ont tenté d’entacher la réputation de citoyens honnêtes en les accusant à tort sur la place publique, puis termine avec un vibrant plaidoyer destiné à témoigner de son respect envers l’autonomie du pouvoir judiciaire:

[T]ant que je dirigerai l’administration de la justice en cette province, tant que j’aurai l’honneur d’être procureur général, je mettrai tout mon honneur, toute mon honnêteté, et je suivrai le système établi dans cette province. Je laisserai à l’initiative privée le droit de pouvoir faire valoir ses griefs et de faire réparer les torts qu’on fera, et je ne me permettrai pas d’intervenir pour dicter sa conduite à un magistrat. J’ai assez pratiqué le droit dans ma vie pour aimer le droit et la justice. Je peux déclarer en toute honnêteté que je tiens plus à mon titre de procureur général qu’à mon titre de premier ministre. Je préférerais que l’on pût dire de moi que j’ai été un bon procureur général plutôt qu’un bon premier ministre. (1er février)

 

L’affaire connaîtra des suites quelques mois plus tard, après que les accusés Raoul Binet et William Frederic Palmer furent innocentés au terme de leur procès. Le juge Philippe-Auguste Choquette reprendra alors son enquête32.

 

Agriculture : fermes de démonstration, industrie laitière et embargo sur le bétail

Avec son projet d’implantation de fermes de démonstration, le gouvernement Taschereau s’inscrit dans un courant qui prendra de l’expansion tout au long du XXe siècle, à savoir l’introduction de spécialistes dans des domaines restés jusque-là l’apanage de la population. Le développement des sciences et des nouvelles technologies agricoles, tout comme celui de la production à grande échelle, appellent désormais auprès du cultivateur la collaboration de l’agronome, comme l’explique le ministre de l’Agriculture :

L’honorable M. Caron (Îles-de-la-Madeleine): Nous donnerons un enseignement pratique et scientifique, et les cultivateurs réaliseront qu’ils doivent l’amélioration de leur production à la science de l’agronomie. L’enseignement de visu vaut encore mieux que l’enseignement théorique. Les officiers du ministère de l’Agriculture lui donneront une direction éclairée. Il faut que chaque cultivateur qui ira visiter la ferme de démonstration, étudier les méthodes qu’on y emploie et les résultats obtenus, puisse se dire qu’il peut en faire autant avec les mêmes méthodes […] Pour cultiver chacune d’elles, nous choisissons un cultivateur de carrière, bien disposé. Ce cultivateur continue de cultiver sa terre comme il le faisait auparavant, mais l’agronome lui donne une direction basée sur les méthodes modernes scientifiques; l’agronome lui fait, pour ainsi dire, raisonner sa culture […] Nous voulons prouver, par des démonstrations, que grâce à une culture plus pratique, le cultivateur produira davantage et obtiendra de plus beaux produits que ceux qu’il a obtenus dans le passé. (25 janvier)

 

Le chef de l’opposition émet des doutes quant à la pertinence de ce projet auquel il aurait préféré, et de loin, l’établissement d’un crédit agricole, ce que les cultivateurs verraient « d’un meilleur œil » selon lui. Bien que le ministre Caron considère qu’il s’agit là d’une suggestion intéressante, il n’envisage pas de la mettre en pratique dans un avenir rapproché. Il se fait rassurant quant aux précautions qu’entend prendre le gouvernement pour ne pas perdre l’argent prêté aux cultivateurs. Le bill 29 concernant l’établissement et le maintien de fermes de démonstration est finalement adopté le 8 février.

Le trésorier de la province propose de son côté qu’un crédit de 25 000 $ soit octroyé pour l’École d’industrie laitière de Saint-Hyacinthe, travaux de la ferme et laboratoire officiel de la province de Québec. Cette école, qui dispense notamment l’enseignement de la fabrication du beurre et du fromage et qui a été fondée en 1892, n’a toujours pas d’existence légale. En organisant des écoles moyennes d’agriculture qui auront pour but de « multiplier le nombre des agriculteurs experts », le gouvernement Taschereau compte en profiter pour créer officiellement cette école de laiterie. Ces écoles moyennes d’agriculture auront pour mandat de permettre aux fils d’agriculteurs, auxquels elles seront réservées, d’effectuer leur passage de l’école élémentaire à l’école supérieure agricole, en leur enseignant « comment cultiver la terre d’une manière scientifique et pratique ». Ils y apprendront ainsi « à aimer davantage l’agriculture et à la rendre plus payante », déclare le ministre Caron (8 mars). Le gouvernement espère ainsi que cela contribue à aider la campagne du retour à la terre. Le bill 220 est adopté le jour même par la Chambre.

Les mesures relatives à la société d’industrie laitière de la province de Québec, à l’inspection des beurreries et fromageries et à la fabrication des produits laitiers visent quant à elles à ce que le lait soit pesé sur sa valeur en gras car, selon le ministre de l’Agriculture, il est désormais reconnu que c’est la quantité de gras qui détermine la valeur du lait. Les fournisseurs de lait dans les villes devront aussi se conformer à cette nouvelle mesure puisque, toujours selon le ministre, ils doivent également être tenus de vendre du lait de qualité. Le député Henry Miles (Montréal-Saint-Laurent) se dit d’ailleurs confiant que la nouvelle loi « contribuera efficacement à assurer la prospérité de l’industrie laitière dans cette province » (24 février). Ainsi, les chiffres tirés de l’Annuaire du Canada et de l’Annuaire du Québec, que présentent dans leur synthèse les historiens Linteau, Durocher et Robert, s’avèrent éloquents: alors que les produits laitiers représentent 15.5 % du revenu agricole en 1920, ils en représentent 21.9 % en 1922. Les cultures, qui composent le revenu agricole à 71.7 % en 1920, n’en fournissent plus que 6 2% en 192233. Le Québec passe d’une agriculture centrée sur les grandes cultures comme le blé, à une agriculture plus diversifiée, où les produits laitiers occupent une place importante.

L’embargo décrété sur le bétail canadien, en 1892, par la Grande-Bretagne suscite l’indignation de l’ensemble des députés qui demandent à voir une copie de toute correspondance s’y rapportant et qui désirent « soumettre à la Chambre quelques considérations sur l’application de cette mesure contraire à nos intérêts ». L’Angleterre avait d’ailleurs promis au Canada la levée de l’embargo, une fois la guerre terminée. Les raisons invoquées par la mère patrie pour son maintien – principalement la possibilité de contamination –, le peu de reconnaissance dont elle témoigne à l’égard des sacrifices consentis par la population canadienne lors de la Grande Guerre, et les conséquences économiques préjudiciables qui en découlent pour les producteurs choquent et provoquent l’exaspération chez les élus de la province. Tandis que les membres de l’Assemblée réclament unanimement une intervention du gouvernement fédéral auprès des instances britanniques, le nouveau ministre de l’Agriculture de l’Angleterre annonce, dans un journal du 23 février, qu’il est disposé à accorder au Canada ce qu’il demande et à lever l’embargo (Sauvé, 23 février).

 

La colonisation, les terres et les forêts

La séparation du domaine forestier de celui de la colonisation devient effective au cours de la session de 1921, permettant ainsi « au lieutenant-gouverneur de mettre à la disposition du ministre de la Colonisation, Joseph-Édouard Perrault, des lots propres à la culture qui [devront] être concédés aux colons ». Des réformes relatives au bill 6 sont proposées pour assurer le succès de la colonisation, que le gouvernement estime retardée par la spéculation sur le bois à laquelle se livrent les « faux colons ». Les nouvelles dispositions de la loi stipulent que le colon devra défricher 30 % de son lot – au lieu de 15 % - avant de pouvoir obtenir ses lettres patentes, et qu’il aura la permission de couper du bois sur sa réserve pour vivre et se construire, mais ne sera pas autorisé à en vendre pour spéculer. Le ministre Perrault envisage de créer des cantons pour regrouper les colons dans des villages, de classifier les lots et de tracer des chemins. Il espère par la même occasion convaincre les jeunes qui auraient pu manifester le désir de fuir vers les villes :

En rendant la terre plus attrayante, en facilitant la tâche du défricheur, nous voulons faire comprendre à notre jeunesse rurale, principalement à celle qui peut encore répondre à l’appel de la terre, que son intérêt comme celui du pays exige qu’elle reste sur la terre pour continuer l’œuvre de ses ancêtres, et, s’il n’y a plus de place pour elle sur la terre paternelle, que les régions de colonisation l’attendent pour lui permettre de fonder un foyer durable et lui donner, sinon la richesse, au moins l’aisance, la vie calme et heureuse. (2 mars)

 

Le bill est adopté le 11 mars; mais pour Rumilly, « la séparation du domaine forestier et du domaine colonisable, annoncée comme une grande mesure, resterait une mesure sur le papier, bonne pour l’exploitation politique34 ».

 

Un référendum et une nouvelle charte pour Montréal

Encore soumise à l’autorité de la Commission administrative mise sur pied pour une période de quatre ans par le gouvernement de Lomer Gouin en 191835, la ville de Montréal réclame son autonomie avant l’heure. Le 9 mars 1921, la Chambre se forme en comité général pour étudier le bill 100 amendant et refondant la charte de la cité de Montréal.

Deux projets de charte sont à l’étude depuis la dernière session. L’un d’entre eux est préparé par une « commission de la charte » nommée par le gouvernement expressément dans ce but. L’autre, connu sous le nom de « bill alternatif », a été élaboré par des députés de la région de Montréal, puisque non seulement le premier projet ne faisait pas l’unanimité au sein même de la commission, mais, aux dires du premier ministre, une vive opposition s’est manifestée du côté du conseil de ville de Montréal, de la chambre de commerce, du maire, ainsi que de plusieurs groupes de citoyens de la métropole. C’est pourquoi le premier ministre considère qu’il revient « à la population de choisir elle-même le type de gouvernement et le régime qu’elle désire pour la cité de Montréal » (9 mars).

Le référendum aura lieu le 16 mai, soit deux mois après la fin de la session. Quarante-cinq pour cent des électeurs se prévalent de leur droit de vote, comparativement à 29 % lors du plébiscite de 1909. Le « projet B » sort victorieux, l’emportant par 42 500 voix contre 26 000. Du balcon de l’hôtel de ville, le maire Médéric Martin, « ses moustaches gauloises agitées par la brise, remercie ceux qui l’ont aidé à faire triompher le principe "du gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple"36 ».

 

Questions ouvrières et sociales

La possibilité que surviennent des grèves dans les services publics municipaux préoccupe les élus, qui craignent les conséquences de tels arrêts de travail sur la sécurité de la population. Car privés de leurs policiers et de leurs pompiers, les résidents des grandes villes sont laissés à eux-mêmes quand vient le temps de faire face à la criminalité et aux conflagrations. C’est pourquoi le ministre des Travaux publics et du Travail, Antonin Galipeault, propose de prendre en considération le bill 214 concernant les différends entre employeurs et employés des services publics municipaux. Le but de cette loi est de contribuer à améliorer considérablement la sécurité publique, sans pour autant priver les travailleurs de leur droit de grève. Ils doivent cependant avoir recours à l’arbitrage avant de déclencher un arrêt de travail; de plus, toute personne qui incitera de quelque façon que ce soit un employé à se mettre en grève, ou un employeur à déclarer une contre grève, sera trouvée coupable d’une infraction et passible d’une amende entre 50 $ et 1000 $. Le bill est adopté le 8 mars.

Le nouveau député de Saint-Maurice, Léonide-Nestor-Arthur Ricard, souhaite quant à lui discuter de la loi des accidents du travail et demande au gouvernement de quelle façon il pourrait être possible de l’améliorer pour permettre aux ouvriers d’éviter des frais lorsqu’il y a accident. Pour ce faire, il propose qu’une commission permanente d’arbitrage soit chargée de fixer le montant des dommages encourus en pareille situation. Le député de Bonaventure, Joseph-Émery Phaneuf, suggère de mettre en place des bureaux de conciliation qui auront pour tâche d’intervenir lorsque surviennent des différends entre les patrons et les ouvriers à la suite d’un accident de travail. Quant au chef de l’opposition, il s’étonne de la satisfaction exprimée par les députés Lacombe et Laurendeau, qu’il accuse de n’intervenir qu’en toute fin de session « pour faire croire aux ouvriers que leurs représentants travaillent pour eux » (17 mars). Pour le premier ministre, les faits parlent d’eux-mêmes :

Les ouvriers de notre province sont libéraux et sont avec le Parti libéral parce qu’ils comprennent que le gouvernement actuel leur a beaucoup aidé. C’est le Parti libéral qui leur a donné la législation ouvrière qu’ils réclamaient et qui a aidé le plus aux ouvriers. C’est lui qui a fait adopter la loi des accidents du travail, avant qu’on y pensât dans aucune autre province. Cette loi, nous l’avons améliorée sans cesse depuis douze ans et nous l’améliorerons encore.

 

Lors de la séance du 10 février, le député de Montréal-Saint-Louis, Peter Bercovitch, présente le bill 178 limitant l’augmentation des loyers « à 20 % par rapport au loyer de l’année précédente » :

Je sais que ce n’est pas dans les habitudes du gouvernement d’intervenir dans les droits privés des citoyens de cette province, et, personnellement, je suis le dernier à encourager une telle ingérence dans des circonstances ordinaires. Mais aujourd’hui la situation est extraordinaire et, ainsi, on doit faire quelque chose. En raison du profitage (sic) éhonté qui s’est fait sur les loyers, je crois qu’il serait à propos de passer une mesure dans le but d’arrêter les profiteurs, dans la marche trop rapide de la spéculation. Au reste, c’est une mesure qui n’affectera pas ceux qui se contentent de ne réaliser que des profits légitimes et raisonnables. Je ne veux pas entraver la liberté de qui que ce soit, mais je crois que, sur cette question des loyers, la Législature devrait faire quelque chose. (15 mars)

 

Il précise que les problèmes de chômage sont sérieux à Montréal et que les salaires ont diminué.

Dans l’intérêt public, il est nécessaire de sacrifier quelques intérêts privés, si l’on veut empêcher des troubles qui vont sans cesse se rapprochant de nos classes; il faut par tous les moyens possibles porter la guerre chez les accapareurs et chez les profiteurs de tout. Je ne veux en aucune façon porter atteinte à la liberté individuelle, mais il faut faire quelque chose […] L’intérêt public commande qu’on touche aux droits individuels dans ce cas, comme l’ont fait la France, l’Angleterre, les États-Unis, la Colombie, un certain nombre d’États au sud de la frontière et d’autres pays qui ont déjà adopté des législations dans ce sens. Dans ces pays, on s’est rendu compte qu’il fallait faire quelque chose pour contrer la cupidité des profiteurs, même si l’on devait pour cela éclipser certains droits et libertés individuels.

 

Or, « [o]n a tort de l’accuser, dit-il, de toucher aux droits de propriété, car la plupart des lois que la Législature a adoptées récemment ne respectent pas les droits privés et les libertés individuelles »; quand à la loi qu’il propose, elle « est destinée à protéger des gens qu’on exploite, [car c’est] le devoir de l’État de les protéger, si besoin est ». Ce qui s’avère le cas lorsqu’il est question d’assurer un toit à chacun :

Lorsqu’il s’agit des logements, ce n’est pas comme dans le cas des autres industries. Les propriétaires savent profiter de ce que tout le monde est obligé d’avoir un logement. C’est la chose la plus nécessaire. Même si on ne peut les contrôler, le consommateur a peu de recours. Un homme qui n’a pas les moyens de payer un vêtement pour lequel on lui demande trop cher peut continuer à porter son vieux complet quelque temps encore, il peut acheter de la nourriture moins dispendieuse et ainsi couper dans le coût de la vie, mais il ne peut se passer d’un toit pour le recouvrir, lui et sa famille. Il doit disposer de la protection nécessaire pour lui-même et sa famille et ne peut se passer de ce que le propriétaire lui offre.

 

Il ajoute cependant un bémol, convenant « que la loi naturelle de l’offre et de la demande est le meilleur remède, mais [que] la situation actuelle est exceptionnelle » et « [qu’]il ne veut pas que la loi soit permanente, mais que son effet ne dépasse pas 1925 ».

Les opposants au projet de Bercovitch invoquent principalement deux raisons : d’une part, cette mesure va nuire à la construction dans la province; d’autre part, c’est une loi qui va s’avérer injuste pour le propriétaire honnête.

Taschereau n’approuve guère le projet de son député : « J’espère que la Législature n’insérera pas dans son Code une loi qui est une intervention flagrante dans l’initiative privée [et qui] est contraire à la liberté individuelle. » Sa méfiance rejoint celle exprimée par le journaliste Georges Pelletier au moment de la présentation de son propre projet de création d’une commission des liqueurs, quelques semaines plus tôt : « Si l’on passe une législation pour limiter les droits et les profits des individus, où allons-nous nous arrêter? » Par contre, les enjeux ne sont pas les mêmes, et le bill est finalement rejeté.

 

La loi de l’Assistance publique

La session tire à sa fin lorsque le secrétaire de la province Athanase David présente un de ses plus importants projets de loi, celui de l’Assistance publique. Comme à l’habitude en pareil cas, le chef de l’opposition manifeste un certain mécontentement, allant même jusqu’à réclamer « qu’elle soit remise jusqu’à la prochaine session » (16 mars). Le vœu de Sauvé ne sera cependant pas exaucé. Fier de son projet, David est bien déterminé à ce que sa nouvelle loi soit mise en application dans les plus brefs délais. Il se montre éloquent dans les propos qu’il livre à la Chambre ce jour-là :

Dans la route qu’elle parcourt vers son but, la société laisse tomber des lambeaux d’humanité, des êtres qui défaillent sur le bord de la route; il faut nous pencher et tendre les mains vers ces humains malheureux. La solidarité veut qu’elle ne les abandonne pas, mais les recueille. Parmi ces débris, il y a les aveugles, les muets, les sourds, ceux qui ne verront jamais les purs rayons du soleil, ceux qui ne pourront jamais exprimer leurs joies et les douleurs, ceux qui n’entendront jamais les concerts harmonieux de la nature; les paralytiques, les indigents; ceux qui sont obligés de recourir à la charité pour subsister; tous ceux qui sont en dehors de la société; enfin, que d’autres misères que crée la société dans sa course vers la civilisation. La plupart de ces malheureux s’en vont, comme on sait, chercher refuge dans des hospices. (16 mars)

 

Mais l’urbanisation du Québec de l’après-guerre et la récession qui s’ensuit amènent leur lot de problèmes qui, bien qu’ils ne soient pas nouveaux, sont amplifiés par la conjoncture. Les communautés religieuses, desquelles relève la gestion du « social » dans la province, éprouvent de plus en plus de mal à suffire à la tâche, dans une province qui s’industrialise et qui s’urbanise, et dont la population atteint près de 2 400 000 habitants37. Devant l’urgence de la situation, le gouvernement Taschereau considère qu’il n’a d’autre choix que celui d’intervenir, tout en se défendant bien de céder à l’étatisme :

L’honorable M. David (Terrebonne) : Est-ce à dire cependant qu’un gouvernement doive se substituer à la charité privée ou à l’assistance aux déshérités de la nature et établir l’étatisme ou l’étatisation de la charité? Non, pour aucune considération. […] Il faut toujours laisser le champ libre à ceux qui passent leur vie à soulager les misères humaines. La charité administrative ne s’élèvera jamais aux hauteurs où ont élevé la charité chrétienne ceux et celles qui la font simplement en regardant le ciel.
Ce qu’il faut seulement, c’est la collaboration des pouvoirs publics à cette œuvre admirable de l’assistance publique. L’intervention du gouvernement est justifiée et, lorsque la société est incapable de remplir sa mission, il est du devoir du gouvernement d’intervenir. (16 mars)

 

Le financement proviendra d’une taxe prélevée annuellement dans les lieux d’amusements, une idée suggérée par le Dr Desloges, alors directeur des asiles d’aliénés, qui avait fait référence à une « taxe des pauvres » telle qu’appliquée par le système français38. « Cette taxe sera acceptée avec plaisir par le public », d’insister David qui tient à se montrer clair quand vient le moment de fournir des explications sur les raisons qui l’incitent à recourir à ce type de procédé :

Y a-t-il dans la province un seul électeur qui s’objectera, quand il va s’amuser à payer 10 % de l’argent qu’il paie, pour faire partager à ceux que nous devons aider, nos pauvres, nos déshérités, nos malades et nos indigents, un peu du bonheur qu’il va goûter en s’amusant? Des gens parient aux courses pour une valeur de treize millions dans notre province; y en a-t-il parmi ceux-là qui ne sont pas prêts à éclairer d’un peu de bonheur le foyer des malheureux? […] Il ne doit pas y avoir une seule personne qui, ayant les moyens de dépenser $1 pour aller au théâtre ou aux courses, n’a pas les moyens de donner dix sous pour aider au soutien des miséreux, qui ne peuvent passer une soirée au théâtre ou à un concert. (16 mars)

 

Le débat concernant le bill 212 « établissant le service de l’assistance publique de Québec » se poursuit en comité plénier au cours de la troisième séance qui a lieu ce jour-là. C’est le député libéral de Montréal-Sainte-Anne, Bernard-Augustin Conroy, qui s’adresse d’abord à ses collègues :

Le temps est arrivé où l’on devrait prendre sous un contrôle direct et sous le contrôle du gouvernement un ministère qui serait le ministère de la Santé publique, lequel administrerait tout ce qui a trait à l’assistance publique. Ce département aurait pour mission la prestation de l’assistance provinciale à de nobles causes, verrait à toute l’aide à accorder aux indigents et aux malades, en encourageant un mode de vie sain, par l’enseignement de métiers, par la formation industrielle; […] Dans ce département, on verrait à la saine nourriture des enfants, afin de contribuer à diminuer la mortalité infantile. […] Il est temps que l’on dépense pour les mères et les enfants et qu’on leur donne une meilleure chance de devenir de bons citoyens en santé.

 

Son collègue de Montréal-Laurier, Ernest Poulin, exprime cependant deux réticences par rapport à la nouvelle proposition, lesquelles traduisent bien les craintes qui persisteront au sein de la population tout au long du XXe siècle : d’abord, celle que l’intervention étatique engendre la dépendance d’un nombre grandissant d’individus qui trouveront avantageux de vivre aux crochets de l’État :

Cette mesure va contribuer à multiplier le nombre des indigents, à cause de la facilité que les familles auront de les faire hospitaliser […] [O]n ne doit pas encourager ceux qui pourraient être tentés de croire que l’État sera toujours prêt à les supporter. (16 mars)

 

Ensuite, celle que cette étatisation de l’assistance en vienne à miner l’esprit de charité, les « bonnes âmes » abandonnant leur vocation entre les mains d’instances gouvernementales anonymes :

La charité doit primer tous les autres sentiments dans nos rapports mutuels. Il (M. Poulin) craint l’étatisation des institutions de charité et que la loi ait comme résultat le recul de l’une des principales vertus des temps modernes comme de tous les temps, celle de la charité personnelle […] C’est avec ces faux principes de charité et avec ces maisons de refuge bâties à grands frais que l’on a détruit dans certains pays voisins tout dévouement et tout sacrifice personnel […] Beaucoup de nobles âmes seront toujours prêtes à aider ceux qui souffrent, mais la prise en charge complète par l’État des secours détruirait ces légions de bonnes personnes qui, jusqu’à aujourd’hui, ont toujours été prêtes à faire leur devoir, et même plus que leur devoir. (16 mars) 

 

Or, en 1921, on n’en est pas encore à entrevoir la possibilité que l’État puisse se porter garant des petites et grandes misères susceptibles de déstabiliser ses citoyens, indépendamment de leurs conditions. Poulin tient à ce que ses propos soient bien saisis :

Que le gouvernement vienne en aide, avec générosité et avec tact, à certains malades [qui] ne sont pas capables de recevoir dans les familles les soins qu’ils requièrent. Mais qu’on ne s’engage pas en principe à porter secours à toutes les municipalités qui, grandes et petites, auraient l’idée de se payer un orphelinat, un hospice, un hôpital ou un asile quelconque. (16 mars)

 

Mais que l’État semble vouloir s’approprier un champ d’action détenu jusque-là par l’Église soulève de vifs débats qui ne se limiteront pas qu’au parquet du salon vert :

L’Église catholique a toujours eu la plus grande pitié pour la souffrance humaine. Il (M. Poulin) ne croit pas qu’il y a dans la province deux évêques qui consentiraient à approuver sans restriction la création d’un pareil système d’assistance publique, non pas parce que le clergé veut se soustraire à ses obligations de charité, mais parce qu’il comprend que la charité est une chose qui ne s’administre pas comme une industrie à tant par tête. Il ne faut pas que l’on s’attache à industrialiser les vertus chrétiennes.

 

Henri Bourassa s’affichera comme un des plus farouches détracteurs de la loi de l’Assistance publique, dont le cinquième article, croit-il, permet au gouvernement « d’exercer sur les institutions subventionnées un formidable pouvoir d’inquisition39 ». L’historien Bernard L. Vigod écrira plus tard que pour le fondateur du Devoir, l’adoption de cette loi « équivaudrait […] à offrir un précédent dévastateur aux anticléricaux et aux athées qui se dédiaient à l’érosion systématique de l’autorité religieuse40 ». L’Action catholique de Québec réagira assez fortement aussi, entre autres par l’intermédiaire de Mgr L.-A. Pâquet, qui publie un essai sur « les trois étapes de l’anticléricalisme41 ». Les membres du clergé ne tarderont pas à se prononcer, eux chez qui la présentation tardive du projet de loi à la toute fin de la session n’avait servi qu’à introduire un doute. Deux représentants de l’épiscopat, Mgr Michel-Thomas Labrecque, évêque de Chicoutimi, et Mgr François-Xavier Cloutier, évêque de Trois-Rivières, se rangent derrière Bourassa. Mais tous les milieux ecclésiastiques et tous les journaux ne condamnent pas la loi42, et les discussions entre les représentants de l’État et ceux de l’Église ne surviendront que plus tard au cours de l’année. Quant à la loi de l’Assistance publique, elle reçoit la sanction royale du lieutenant-gouverneur le 19 mars 1921.

 

De choses et d’autres…

La conduite des véhicules-moteurs en état d’ivresse est encore une fois au nombre des préoccupations de l’Assemblée, qui discute d’un amendement limitant à trois mois la durée d’emprisonnement d’un conducteur trouvé fautif : « [u]ne telle pénalité est nécessaire pour la protection générale du public », d’affirmer le député de Drummond, Hector Laferté (23 février). L’honorable Walter Mitchell, trésorier de la province et ministre des Affaires municipales, croit qu’il ne faut pas trop rapidement rendre la loi plus sévère en matière d’incarcération : « [c]’est aller très loin […] que de dire qu’un homme mérite la prison dès sa première offense uniquement parce qu’il aura pris un ou deux verres de boisson. » Il ajoute que 84 chauffeurs ont perdu leur licence l’an dernier; il opte plutôt pour une augmentation du montant de l’amende à 200 $, voire à 500 $ pour une première offense. Mitchell justifie sa réticence à l’égard de l’incarcération en disant qu’il tient « trop à la liberté individuelle pour accepter une loi pareille [et qu’il] ne veu[t] pas laisser cela à l’interprétation de quelques juges […] ». L’opposition réclame de son côté que l’on définisse plus adéquatement le mot « ivresse » et ce qu’il implique en termes de consommation et de comportements observables. L’étude du bill 168 se poursuit à la toute fin de la session (le 16 mars), mais son adoption définitive demeure en suspens.

Le député Achille Bergevin43, député de Beauharnois, propose à ses collègues d’augmenter la subvention accordée au Conservatoire Lassalle de Montréal, « école d’élocution française et du bon parler français » depuis 15 ans (10 mars). Bergevin soutient que « son utilité est incontestable », et que « sa survivance s’impose à l’attention de nos gouvernants et de tous ceux qui s’intéressent à l’instruction publique et à notre avancement intellectuel et moral ». Il souligne en outre que « …le rôle que joue en notre pays le grand artiste qu’est M. Lassalle44 [est] celui de montrer aux petits Canadiens français comment parler le français comme on doit le parler » et souhaite que des succursales du Conservatoire soient implantées un peu partout en province, « pour que les fils des cultivateurs, ces nobles chevaliers du sillon », puissent également profiter de ses enseignements. Pour le député de Saint-Maurice, Léonide-Nestor-Arthur Ricard, parler un français adéquat est un gage de sa survivance : « […] nous n’avons pas le droit de laisser au gouvernement seul toute la tâche d’aider et défendre la cause du français en Amérique. »

Ouvertement francophiles, les députés anglophones Bernard-Augustin Conroy, représentant de Montréal-Sainte-Anne, et Henry Miles, représentant de Montréal-Saint-Laurent, se montrent enthousiastes face à ce projet, auquel le député Bergevin propose d’intégrer un volet bilingue : « [i]l n’y a pas assez de français dans les écoles anglaises et pas assez d’anglais dans les écoles françaises. Si cet échange existait dans l’école, il y aurait moins d’animosité, car les deux groupes du Canada se connaîtraient mieux », de dire Conroy. S’exprimant en français pour la première fois en Chambre, Miles ajoute que « c’est le devoir des Canadiens anglais d’apprendre le français à leurs enfants » et que « les citoyens de chaque province devraient pouvoir s’exprimer dans les deux langues » (10 mars). La question des subventions à accorder au Conservatoire Lassalle ne connaîtra cependant pas son dénouement au cours de cette session.

Alors que la session tire à sa fin, la Chambre se forme en comité général pour prendre en considération un projet de résolution relative au bill 228, visant à augmenter de façon substantielle le salaire annuel du président et des commissaires du Bureau de censure des vues animées. L’opposition s’enquiert tout de même des compétences du président Roussy de Sales en la matière, et le premier ministre tente de se faire rassurant : « Je ne sache pas qu’un homme ait besoin d’expérience dans les vues animées pour faire de la censure. Du moment qu’un homme a du gros bon sens, si c’est un père de famille, il est certain qu’il peut faire de la bonne censure. » L’argument suffit à convaincre l’ensemble des députés présents ce jour-là; la résolution est adoptée et portée au Conseil législatif.

 

Critique des sources

Par Chantal Charron

Les membres de la Tribune de la presse en 1921

Joseph-Amédée Gagnon, du Quotidien, est président; Jean-Marie Fortin, du Soleil, et William R. O’Farrell, du Montreal Herald, sont vice-présidents; Damase Potvin, également du Soleil, est secrétaire. Les autres membres connus de la Tribune de la presse sont Edmond Chassé de L’Événement, Alonzo Cinq-Mars de La Presse, Ernest Cinq-Mars du Globe and Mail, J.A. Davis du Quebec Chronicle, Ewart E. Donovan du Daily Telegraph, Louis Dupire du Devoir, Arthur Lalonde de La Patrie, Irénée Masson de L’Action catholique, Robert R. Parsons du Montreal Daily Star, et Abel Vineberg de la Montreal Gazette.

 

Les hebdomadaires et autres documents d’archives

En plus des grands titres connus, la reconstitution des débats pour la session 1921 s’appuie parfois sur des informations trouvées dans les chroniques parlementaires des journaux et hebdomadaires suivants : L’Abitibi, L’Action populaire, L’Autorité, La Bonne parole, La Croix, La Minerve, La Vérité, Le Bien Public, Le Bulletin des Agriculteurs, Le Canada français, Le Canadien de Thetford, Le Clairon de Saint-Hyacinthe, Le Colon, Le Courrier de Saint-Hyacinthe, Le Droit, Le Journal de Waterloo, Le Mâtin, Le Messager de Verdun, Le Monde Ouvrier, Le Nationaliste, Le Nouvelliste, Le Peuple, Le Progrès de Valleyfield, Le Progrès du Golfe, Le Progrès du Saguenay, Le Quotidien, Le Saint-Laurent, L’Avenir du Nord, L’Éclaireur, L’Écho du Saint-Maurice, L’Étoile du Nord, L’Union des Cantons-de-l’Est, Sherbrooke Daily Record, The Canadian Labor Press, The St.Maurice Valley Chronicle, The Standard, The Stanstead Journal.

 

Le hansard

Les journaux sont à l’époque l’unique source de diffusion des débats de l’Assemblée législative. Or, comme il est possible de le constater à maintes reprises, les politiciens peuvent s’avérer prompts à dénoncer l’authenticité des propos qu’ils rapportent. D’une part, il est vrai que certains des principaux quotidiens affichent clairement leur allégeance – voire leur attachement – à un parti; mais d’un autre côté, les politiciens peuvent toujours invoquer la partialité du journal qu’ils fustigent pour renier certaines de leurs affirmations, et accuser l’auteur de l’article de véhiculer des faussetés sur leur compte. L’exemple du Devoir évoqué par l’historien Robert Rumilly est éloquent: « [l]es nationalistes n’avaient jamais aimé Taschereau », dit-il, et « les entrefilets de Georges Pelletier [ainsi que] les comptes rendus de Louis Dupire trahissaient une sourde partialité45 ».

Par conséquent, la publication d’un journal officiel des débats – un hansard46 – viendrait mettre un terme à tous ces quiproquos parfois lourds de conséquences pour ceux qui en font les frais. Selon le chef de l’opposition, le fait que les journaux constituent la seule source à laquelle la population soit contrainte de puiser ses renseignements sur ce qui se passe au parlement constitue un risque pour l’exercice de la citoyenneté:

C’est une chose bien étrange, mais il y a des journaux qui, le jour où ils reçoivent le discours du trésorier, publient des éditoriaux élogieux à propos des magnifiques surplus annoncés comme toujours par l’honorable trésorier. Ces articles sont publiés avant même que les journaux n’aient eu le temps de lire le discours et avant qu’ils n’aient eu le temps d’étudier ne serait-ce que brièvement les déclarations et les chiffres donnés par le trésorier provincial. Ont-ils lu le discours du trésorier? Ont-ils parcouru les comptes publics? Ont-ils fait un examen sérieux de la situation? D’autres ne font aucun commentaire et ne publient rien du tout. Est-ce ainsi qu’un dirigeant doit comprendre son devoir? Fait-il acte de saine conscience et de civisme en privant ses lecteurs des renseignements dont ils ont besoin pour exercer, à leur tour, avec sagesse, prudence et intelligence, leur droit de citoyen? Autrefois, les journaux consacraient, des semaines durant, leurs éditoriaux à l’analyse du budget.

 

De plus, il s’agit d’une injustice pour l’homme qui a choisi d’œuvrer au service de la population :

Le jour où il accepte un mandat, il est exposé à tous les coups, à tous les soupçons et ses bonnes actions sont souvent ignorées, parce que le peuple n’est pas au fait de tout ce qui se trame. Je n’ai pas peur des coups, mais je demande justice pour moi et tous les députés. Je ne crois pas qu’à l’heure qu’il est, le peuple soit renseigné exactement.

 

C’est pourquoi Arthur Sauvé réclame le retour d’un hansard à l’Assemblée législative tout en s’étonnant que cette préoccupation ne semble guère généralisée au sein de la députation:

Mais, quelle est la position des membres de cette Chambre? Avant 1893, il y avait des débats officiels où le député pouvait faire publier un résumé de ses discours, c’est-à-dire faire connaître exactement ses opinions exprimées à la Chambre. Pour des raisons d’économie, cette publication fut abandonnée en 1893. Depuis, les paroles et les actes des membres de cette Chambre, au cours des sessions, sont livrés à la publicité par des journalistes soumis à des ordres conformes à l’esprit ou à l’intérêt de leurs patrons respectifs.

 

De l’importance d’une opposition, au moins dans les journaux…

Les revendications du chef de l’opposition ne s’arrêtent pas là. S’il reconnaît la faiblesse de son opposition en Chambre, il s’indigne par contre que les journaux n’assurent pas un contrepoids efficace au pouvoir en place, nécessaire au bon fonctionnement de la démocratie :

Les dirigeants qui se servent du peuple pour l’exploiter et pour servir leur fortune ou leurs schèmes sont les pires agents de la révolution que l’on redoute. La province, comme la société, réclame une attention plus judicieuse, plus honnête de la part de ses dirigeants. Elle mérite cette attention. Et s’il est vrai qu’une forte opposition est aussi nécessaire qu’un bon gouvernement, pourquoi la presse libre, dans une mesure raisonnable et loyale, ne prêterait-elle pas son concours à l’opposition, beaucoup trop faible, je le réalise bien tous les jours, oui trop faible pour la bonne administration de la province et pour sauvegarder convenablement ses intérêts et ceux du peuple. (3 février 1921)

 

C’est pourtant le rôle que semble assumer Le Devoir, considéré comme l’organe du clergé à Montréal au même titre que L’Action catholique à Québec et dont certains curés recommandent la lecture. Cela eut d’ailleurs pour conséquence d’accroître le retentissement des articles parus les 28 et 29 mars sous la plume d’Henri Bourassa, dans lesquels il attaque sans ménagement la loi provinciale de l’Assistance publique47.

 

Le prix des éloges?

Le chef de l’opposition se questionne aussi sur les raisons qui justifient les montants dépensés par le gouvernement en publicité dans les journaux :

Quelles sommes ont été dépensées pour des annonces dans les journaux, et même pour des articles? Pourquoi $200 au Hamilton Trades & Labor Council? Pourquoi $1,400 au Journal of Commerce? Pourquoi $4,800 d’annonces dans le Herald, de Montréal? Pourquoi $1,262.53 pour article sur la province dans le Standard? N’est-il pas vrai que le gouvernement fait payer par la province les éloges qu’il fait publier à son adresse par certains journaux? (3 février 1921)

 

Par ailleurs, Sauvé dénonce le fait que les journalistes reçoivent parfois des informations concernant certains projets de loi avant même que la Chambre ait eu le temps d’en prendre connaissance :

On me télégraphie de Montréal pour me demander qu’est-ce que ça veut dire cet article de la loi des liqueurs? Je n’en sais rien, moi, suis-je obligé de répondre; tous les journaux ont cette loi, les députés ne l’ont pas encore. Quand la Chambre va-t-elle avoir la nouvelle loi sur les licences? On nous a promis une copie, comme une faveur spéciale, pour samedi dernier, mais nous n’avons encore rien reçu. Mais apparemment, le bill a été publié dans la Gazette de Montréal ce matin-là et dans The Telegraph de Québec le soir même, et dans son intégralité, alors que la Chambre ne mérite pas la même confiance de la part du gouvernement. (3 février 1921)

 

Notes de l’introduction historique et de la critique des sources

1. Peter Gossage et Carolyne Blanchard, Aurore! Le mystère de l’enfant martyre, Les grands mystères de l’histoire canadienne, http://www.canadianmysteries.ca Consulté le 20 août 2009. Le premier film, réalisé par Jean-Yves Bigras, s’intitule La petite Aurore, l’enfant martyre; le second, Aurore, est l’œuvre du cinéaste Luc Dionne.

2. http://www.tlfq.ulaval.ca Consulté le 24 août 2009.

3. Le terme « Peur rouge » (Red Scare en anglais) est utilisé pour désigner l’épisode anticommuniste qui survient aux États-Unis dans les années qui suivent la Révolution russe de 1917. La crainte de voir le gouvernement infiltré par les communistes amène la criminalisation de cette opinion politique, de même que celle de l’opinion anarchiste.

4. Sur la doctrine sociale de l’Église, voir entre autres Joseph-Papin Archambault, La question sociale et nos devoirs de catholiques, Montréal, École sociale populaire, 1917, 112 p.

5. Annuaire statistique de Québec, Province de Québec, Canada,1922, p. 27.

6. Mason Wade, Les Canadiens français de 1760 à nos jours, Tome II (1911-1963), Ottawa, Le Cercle du livre de France, 1963, p. 284.

7. Université de Sherbrooke, Bilan du siècle, http://www.bilan.usherb.ca/bilan Consulté le 21 août 2009.

8. Lionel Groulx, L’Action française, vol. V, janvier 1921, p. 25. Ce mouvement de l’action française ne doit pas être confondu avec son homonyme dirigé à Paris par Charles Maurras. Voir Yvan Lamonde, L’histoire sociale des idées au Québec, Montréal, Fidès, 2000, 2 vol.

9. Voir le site Internet du Royal 22e Régiment : http://www.r22er.com/ Consulté le 24 août 2009.

10. Université de Sherbrooke, Bilan du siècle, http://www.bilan.usherb.ca/bilan Consulté le 24 août 2009.

11. Voir l’introduction historique des débats reconstitués de la 1ère session de la 15e législature (1919-1920).

12. Robert Rumilly, Histoire de la province de Québec : Rayonnement de Québec ,Tome XXVI, Montréal, Éditions Chantecler ltée, 1953, p. 116.

13. Selon Pierre-Georges Roy, les Taschereau, originaires de Tours (France), auraient été anoblis en 1492. L’ancêtre des Taschereau, Thomas-Jacques, arrive en Nouvelle-France en 1726. Agent des trésoriers généraux de la Marine, conseiller au Conseil supérieur, le gouverneur de Beauharnois et l’intendant Hocquart lui octroient, en 1736, la seigneurie de Sainte-Marie, en Nouvelle-Beauce. À ce sujet, voir Honorius Provost, Dictionnaire biographique du Canada. En ligne : http://www.biographi.ca/index-f.html Consulté le 25 août 2009.

14. Vincent Lemieux, Le Parti libéral du Québec. Alliances, rivalités et neutralités. Québec, Presses de l’Université Laval, 2008, p. 25.

15. R. Rumilly, Histoire de la province de Québec…, p. 22.

16. L’historien Robert Rumilly va même jusqu’à avancer que « [l]e gouvernement libéral de Québec ne négligeait aucun moyen de nuire au gouvernement conservateur d’Ottawa  [et que] les occasions de heurt ne manquaient pas ». R. Rumilly, Histoire de la province de Québec…, p. 58.

17 . Louis Dupire, Le Devoir, 10 février 1921, p. 1.

18. R. Rumilly, Histoire de la province de Québec…, p. 97-98.

19. Ibid., p. 98.

20. Ibid.

21. « M. Meighen et notre province », La Minerve, 21 août 1920, p. 1 et 4. L’article que cite Robert Rumilly, (Histoire de la province de Québec…, p. 51.) porte en réalité la signature d’Auguste Norbert. Il s’agissait du pseudonyme emprunté par Arthur Sauvé. Voir Bernard Vinet, Pseudonymes québécois, Québec, Éditions Garneau 1974, p. 185. Le chef conservateur faisait sans doute référence au fondateur de la première Minerve (1826-1899), Auguste (Augustin) Norbert Morin. Sauvé lance un journal sous le même titre en 1918, jusqu’à sa démission en 1920.

22. R. Rumilly, Histoire de la province de Québec…, p. 51.

23. L’Action catholique, 18 mars 1921, p. 1.

24. R. Rumilly, Histoire de la province de Québec…, p. 114 et p. 110.

25. Paul-André Linteau, René Durocher et Jean-Claude Robert, Histoire du Québec contemporain. De la Confédération à la crise (1867-1929), Montréal, Boréal Express, 1979, p. 584, tome 1.

26 . Louis Dupire, Le Devoir, 10 février 1921, p. 1.

27. Robert Rumilly, Histoire de la province de Québec…, p. 104.

28. "Contre le monopole d’État, où allons-nous?" publié par l’Association des marchands détaillants du Canada, bureau provincial du Québec, La Presse, 4 février 1921, p. 22. Le premier ministre Taschereau procède à la lecture de l’article à la séance du 10 février. The Herald du 11 février 1921, à la p. 7, rapporte aussi qu’après la séance, le conseiller municipal Alderman Sansregret, de Montréal, a informé le premier ministre que l’Association provinciale des détaillants n’était d’aucune façon responsable de l’annonce que celui-ci avait lue. Selon la plupart des journaux, M. Taschereau aurait précisé un peu plus tard qu’il s’agissait de La Presse. La Patrie du 11 février 1921, à la page 4, rapporte que M. Taschereau se corrigea après avoir reçu un billet et dit un mot aimable à l’égard de La Patrie. Le même journal rapporte que le premier ministre, tout au long de son discours, s’exprima tout en brandissant non pas le poing en l’air comme M. Gouin, mais le doigt que La Patrie qualifie de doigt de prestidigitateur.

29. Georges Pelletier, Le Devoir, 12 février 1921, p. 1.

30. Au sujet de l’affaire Blanche Garneau, voir Réal Bertrand, Qui a tué Blanche Garneau?, Montréal, Quinze, 1983, 230 p.

31. D’après certains journaux, il ne lit qu’un article de L’Événement que nous avons inclus dans son discours, celui du 6 novembre 1920, à la p. 9, et intitulé "La justice est lente à Québec". D’après d’autres sources, M. Sauvé entreprend la lecture d’un deuxième article avant d’être interrompu par le premier ministre.

32. Réal Bertrand, Qui a tué Blanche Garneau?..., p. 111. L’affaire connaîtra un rebondissement extraordinaire l’année suivante. Voir les débats de la seconde session de 1922.

33. P.-A. Linteau, R. Durocher et J.-C. Robert, Histoire du Québec contemporain. De la Confédération à la crise (1867-1929), Montréal, Boréal Express, 1979, tome 1, p. 433.

34. R. Rumilly, Histoire de la province de Québec…, p. 114.

35. Voir l’introduction historique des débats reconstitués de la 1ère session de la 15e législature (1919-1920).

36. R. Rumilly, Histoire de Montréal, Montréal, Fides, 1974, tome 4, p. 31.

37. Annuaire statistique de Québec, Province de Québec, Canada,1922, p. 26.

38. R. Rumilly, Histoire de la province de Québec…, p. 111 et 112.

39. Antonin Dupont, Taschereau, Montréal, Guérin, 1997,p. 77.

40. Bernard L. Vigod, Taschereau, Sillery, Septentrion, 1996, p. 119.

41. Ibid.

42. Par exemple, un journal catholique d’allégeance libérale comme Le Canada Français annonce, à la Une de son édition du 24 mars 1921, que « [c]ette mesure préconisée par le Secrétaire de la province recevra notre plus ferme appui ».

43. Le député Bergevin, élu aux élections de 1919, était de retour au Parlement après sa démission spectaculaire du Conseil législatif, à la suite du scandale Mousseau. Voir l’introduction historique des débats reconstitués de la 2e session de la 13e législature (1913-1914).

44. Il s’agit d’Eugène-Jean-Baptiste Lassalle, un comédien qui joua en France et à l’étranger pendant trente ans. C’est en 1906 qu’il vint à Montréal, puis se consacra à l’enseignement de l’élocution française. Il a créé le Conservatoire Lassalle la même année.

45. R. Rumilly, Histoire de la province de Québec…, p. 126.

46. Du nom de Luke Hansard (1752-1828), premier éditeur du journal des débats de la Chambre des communes de Grande-Bretagne à compter de 1803. C’est la raison pour laquelle les Parlements de tradition britannique attribuent le terme de « hansard » à leur journal des débats. Voir à ce sujet Gilles Gallichan, « Le Parlement « rapaillé » : la méthodologie de la reconstitution des débats », Les Cahiers des dix, no 58 (2004), p. 273-296.

47. R. Rumilly, Histoire de la province de Québec…, p. 122.