Assemblée nationale du Québec - Retour à l'accueil

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17e législature, 4e session
(2 décembre 1930 au 4 avril 1931)

Par Christian Blais

Le Québec, le Canada et le monde

« Tout l’monde parle de l’R-100 », chantait Mary Travers, dite La Bolduc, en 1930. Petits et grands sont fascinés par ce dirigefable britannique qui, le premier, avait traversé l’Atlantique. Le 31 juillet 1930, il survole Québec pour parvenir, le lendemain, à l’aéroport de Saint-Hubert1. Une foule de 40 000 personnes l’attend et, deux semaines durant, plus de 500 000 visiteurs iront voir le fascinant aérostat2.

M’as t’changer d’nom mon Jean
Pis m ’as t’appeller l’R-100
Ti-Rouge l ’R-100, Ti-Gus l’R-100, Ti-Pit l’R-100
Moi j ’trouve ça du bon sens
C ’est les culottes l’R-100, les pyjamas l’R-100
Brassi ères l’R-100, jarretières l’R-100
Tout l ’monde parle de l’R-1003

 

Un autre sujet occupe la scène : la crise économique. Dans les villes surtout, le chômage va en croissance4. Chez les syndiqués québécois, on estime le taux de chômage à 20 %, en juin 19315. À Montréal, où la situation est pire qu’ailleurs avec 30 000 sans-travail, la Société Saint-Vincent-de-Paul reçoit une large part des 100 000 $ alloués par l’administration municipale pour venir en aide aux plus démunis6. L’avenir s’annonce sombre.

Même les grands trusts de la finance sont en difficulté; les capitaux américains, moteur de l’industrialisation canadienne, se font rares; l’industrie des pâtes et papiers est en crise depuis 1928; la demande mondiale pour les ressources forestières et minières du Québec est en forte décroissance; les exportations de blé de l’Ouest qui transite par les ports de Montréal et de Québec périclitent; le prix des denrées agricoles s’effondre. Seuls les secteurs de l’hydroélectricité et de l’exportation des métaux précieux s’en tirent mieux que les autres7.

C’est dans ce contexte de misère que les élections fédérales sont déclenchées. Le premier ministre libéral William Lyon Mackenzie King espère être reconduit pour un troisième mandat. Rien n’est acquis. Les esprits s’échauffent. « Il y a du chômage et l’opposition [conservatrice de Richard Bedford Bennett] se sert de ce fait comme un levier puissant », souligne le lieutenant-gouverneur du Québec, George Henry Carroll :

Comme les gouvernements s’attribuent la prospérité du pays, ils ne doivent pas être surpris si le malaise économique leur est attribué, et cependant, rien n’est plus injuste. Les gouvernements ne doivent rien faire pour entraver l’essor économique; au contraire, ils doivent le favoriser; mais il n’est pas raisonnable de dire qu’un gouvernement peut, contre toutes les lois économiques, faire la prospérité ou la défaire8.

 

En effet, le poids des différents paliers de gouvernement dans l’économie reste faible : en 1928, les administrations fédérale et provinciale « n’assurent que 9,3 % de la dépense nationale brute et plus de la moitié du montant est payée par les municipalités9 ». En un mot, les gouvernements sont peu et mal outillés pour faire face à la crise qui perdure.

Le principe du libéralisme économique prévaut. Le développement repose d’abord et surtout sur l’entreprise privée. Le rôle de l’État, en corollaire, est subsidiaire en matière économique : il se limite à légiférer pour accorder des exemptions de taxes, à voter des subsides pour encourager l’industrie, et à faciliter l’investissement de capitaux étrangers en n’exigeant que de faibles redevances contre l’exploitation des ressources sur les terres de la couronne. Or, ces politiques – favorisant l’expansion économique à long terme – s’avèrent inefficaces pour sortir le pays du marasme dans lequel il est plongé depuis 192910.

Aux électeurs, Bennett promet un train de mesures sociales pour résorber la crise. La population lui fera confiance. Le 28 juillet 1930, les conservateurs remportent le scrutin. Ils font élire 137 députés à la Chambre des communes, reléguant King, avec 91 députés libéraux, dans l’opposition.

Les conservateurs fédéraux, qui étaient boudés au Québec depuis la conscription de 1917, font élire 24 représentants sur 65, dont 16 francophones. Parmi le nombre figure Arthur Sauvé, naguère chef de l’opposition conservatrice à l’Assemblée législative de Québec de 1916 à 1929. Il sera nommé ministre des Postes dans le cabinet Bennett. Cela dit, même si le Québec n’avait pas envoyé autant de conservateurs à Ottawa depuis 1891, l’historien Marc La Terreur nuance la portée de ce résultat : « […] ce succès ne signifiait nullement que le Québec avait été converti au conservatisme : la province était toujours hostile à ce parti, mais elle avait réagi contre les conditions économiques qui prévalaient par une sorte de vote de protestation11. »

Le nouveau premier ministre canadien propose un vaste programme de travaux publics pour s’attaquer au chômage. Car, bien que le chômage soit une question qui relève des provinces, il demeure que c’est le fédéral qui dispose des plus importantes ressources financières. Le gouvernement libéral de Taschereau s’entend donc avec le gouvernement conservateur de Bennett pour que les municipalités du Québec puissent profiter des offres d’Ottawa. C’est pour légiférer en cette matière que l’ouverture de la 4e session de la 17e Législature du Parlement québécois est devancée au 2 décembre 1930.

 

Les parlementaires

Soixante-dix députés libéraux, 11 conservateurs et un député ouvrier, telle est la composition de la Chambre basse en 1930-1931. Trois comtés libéraux restent vacants tout au long de la session : celui de Montcalm, causé par la mort du député ministre Joseph-Léonide Perron, et ceux de Dorchester et de Lévis, les deux députés ayant été nommés au Conseil législatif. Puis, le 7 janvier 1931, le député libéral de Brome, Carlton James Oliver, meurt en fonction, ce qui va réduire d’autant la majorité ministérielle.

La composition de l’Assemblée législative s’est également transformée à la suite des quatre élections partielles tenues en octobre et en novembre 1930, dans les circonscriptions de Huntingdon, de Maskinongé, de Bellechasse et de Deux-Montagnes. Les députés libéraux de Huntingdon, Andrew Philps, et de Maskinongé, Joseph-William Gagnon, sont décédés en fonction; Antonin Galipeault, ministre des Travaux publics et du Travail et député de Bellechasse, a démissionné pour être nommé juge à la Cour du banc du roi; et Arthur Sauvé a également démissionné comme député de Deux-Montagnes pour être élu sur la scène fédérale.

Quatre nouvelles figures font ainsi leur entrée sur le parquet du Salon vert. Certaines sont plus familières. Robert Taschereau, le fils du premier ministre, et Paul Sauvé, le fils de l’ancien chef de l’opposition, sont élus respectivement dans Bellechasse et dans Deux-Montagnes12. Contrairement à ce que rapporte la presse, ce n’est pas la première fois, depuis 1867, qu’un premier ministre en fonction « a l’insigne honneur de présenter son fils à l’Orateur de la Chambre pour siéger près de lui13 « : le premier ministre Pierre-Joseph-Olivier Chauveau avait fait de même pour son fils, Alexandre, en 187214.

Arthur Sauvé, pour sa part, est revenu à l’hôtel du Parlement pour assister à l’intronisation de son fils, sur un fauteuil spécial placé à la gauche de l’Orateur Télesphore-Damien Bouchard. Le premier ministre Taschereau accueille son vieil adversaire « avec une visible cordialité15 », rapporte Le Devoir. Le journaliste du Droit, quant à lui, parvient à croquer cette conversation entre les deux hommes, après la séance :

L’honorable M. Taschereau (s’adressant à l’honorable M. Sauvé) - « J’espère que le fils va nous ménager plus que son père… »

L’honorable M. Sauvé - « Il faut tenir compte des provocations. Si le fils est provoqué, il fera comme le père. »

L’honorable M. Taschereau - « Bien alors, nous allons asseoir nos fils l’un à côté de l’autre. »16

 

Dans Maskinongé, le libéral Louis-Joseph Thisdel est élu, mais la surprise provient du résultat dans Huntingdon où le conservateur Martin Beattie Fisher est parvenu à défaire le candidat libéral Gordon Scott qui, quelques semaines avant le scrutin, avait été nommé trésorier dans le cabinet Taschereau. Cette victoire conservatrice va contribuer à revigorer les ardeurs de l’opposition à l’Assemblée, d’autant que c’était la première fois, depuis 1867, qu’un ministre était défait lors d’une élection partielle.

Plusieurs changements sont survenus au Conseil exécutif. D’abord, le cabinet ministériel s’est rajeuni avec la nomination d’Adélard Godbout, 38 ans, comme ministre de l’Agriculture. Il succède à Joseph-Léonide Perron, décédé en fonction le 20 novembre 1930.

Perron n’aura occupé ce ministère que sept mois durant. Contrairement à Joseph-Édouard Caron, ministre de l’Agriculture de 1920 à 1929, Perron ne voyait pas le ministère de l’Agriculture « seulement comme un encouragement à une meilleure gestion17 ». Après avoir réalisé que l’agriculture était dans le marasme, il avait appelé des réformes énergiques. Homme d’action, Perron ambitionnait même de remplacer Taschereau comme premier ministre18; cette rumeur, du moins, courait depuis son élection dans Montcalm en 192919.

Godbout se voit confier le mandat de poursuivre le programme de son prédécesseur, Joseph-Léonide Perron. Professeur à l’École d’agriculture de Sainte-Anne-de-la-Pocatière de 1918 à 1930, communicateur de talent et seul au Conseil exécutif à ne pas être avocat de formation, le nouveau ministre de l’Agriculture, Godbout, est respecté de tous, même de ses adversaires conservateurs et de la presse. Lui qui considérait l’agriculture comme un élément dynamique de l’économie québécoise – et non pas comme un facteur de conservation de la race canadienne-française – est cependant freiné dans ses actions par la crise économique20.

D’autres ministres, de bonne réputation, prennent du galon21. Joseph-Édouard Perrault, ministre de la Voirie depuis 1929, devient, en plus, ministre des Mines. Pour dire juste, il retrouve ce portefeuille puisqu’il avait été ministre de la Colonisation, des Mines et des Pêcheries de 1920 à 1929. Hector Laferté lui succède à ce poste, en 1929. Le 4 avril 1930, ce ministère devient celui de la Colonisation, de la Chasse et des Pêcheries, dont Laferté demeure titulaire, et le ministère des Mines devient alors un ministère distinct. Enfin, Joseph-Napoléon Francoeur est assermenté ministre des Travaux publics et du Travail. Héritant du délicat dossier du chômage, la crise économique lui donne beaucoup de pain sur la planche.

Enfin, le trésorier Andrew Ross McMaster, en poste depuis le 12 septembre 1929, avait dû démissionner pour cause de maladie22. Le premier ministre Taschereau, n’ayant pas réussi à faire élire le nouveau trésorier Gordon Wallace Scott, se fait assermenter lui-même comme trésorier le 27 novembre 1930. Que le premier ministre en fonction dirige également le département du Trésor n’est pas une première. Avant Taschereau, Charles-Eugène Boucher de Boucherville, Louis-Olivier Taillon (à deux reprises), Félix-Gabriel Marchand et Simon-Napoléon Parent ont fait pareillement23. Les journaux signalent aussi que le premier ministre Taschereau est le huitième Canadien français à occuper ce poste qui, traditionnellement, était réservé à un député anglophone, Écossais de préférence24.

Du nouveau au Conseil législatif. Le président de la Chambre haute, Adélard Turgeon, meurt le 14 novembre 1930. Jacob Nicol, propriétaire des quotidiens Le Soleil de Québec et La Tribune de Sherbrooke et ancien ministre du cabinet Taschereau de 1921 à 1929, est choisi pour lui succéder. Et, pour consolation, le candidat libéral défait et ex-trésorier Gordon Wallace Scott est nommé conseiller législatif pour la division de Victoria et devient ministre sans portefeuille. Également, les anciens députés libéraux Alfred-Valère Roy et Charles-Ernest Ouellet accèdent à la Chambre haute, le premier pour la division de La Durantaye et, le second, pour La Vallière. La répartition des allégeances demeure la même : 22 libéraux contre deux conservateurs. Mais, au cours de la session, le libéral Édouard Ouellet, de la division de Rigaud, meurt en fonction.

La salle du Conseil législatif compte un nouvel élément depuis l’inauguration, le 10 octobre 1930, de la toile intitulée Le Conseil souverain, œuvre de Charles Huot. Cette représentation historique a été complétée par Paul Bédard et par Henri Bélisle, puisque Huot est décédé le 27 janvier 193025. Cette toile remplace L’arrivée de Champlain à Québec, d’Henri Beau, installée au Salon rouge depuis 1903. Jugée inappropriée à cause des libertés que l’artiste avait prises avec l’histoire, cette huile avait été retirée en 1929, puis cédée au Musée du Québec.

 

Taschereau et le Parti libéral

Louis-Alexandre Taschereau est un homme qui a la réputation d’être un bourreau de travail. En 1930, après 10 années passées comme premier ministre du Québec, cette réputation ne s’est jamais ternie. À l’occasion de son 64e anniversaire, ses collègues saluent ses qualités qui font de lui « un véritable chef d’État » et ses adversaires reconnaissent toujours et encore son amour du travail. (5 mars 1931)

Taschereau travaille la semaine à Québec et, tous les mardis, il va à son bureau à Montréal. L’occasion venue, Taschereau sait prendre ses distances du tourbillon de la vie publique : « À toutes les saisons de l’année, il prend un repos bien mérité et un vrai repos, car il se réfugie dans le bois, à l’abri de toute correspondance et de tous journaux26. » Amateur de pêche au saumon et de golf, il est un père et un grand-père qui attache beaucoup d’importance au bonheur au foyer.

Depuis qu’il siège à l’Assemblée législative comme premier ministre, Taschereau s’est habitué à la relative stabilité économique et politique qui a modelé le Québec depuis l’après-guerre. Sauf que l’ordre des choses est en train de changer. Naturellement enclin à relever les nouveaux défis que pose la crise économique, il reste convaincu que la crise n’est que temporaire et qu’elle va se résorber d’elle-même. « Sachons endurer et courber la tête, dit-il, comme des hommes devant l’adversité pour ensuite reprendre la tâche dès qu’il se produira une accalmie. » (10 mars 1931)

La crise dans l’industrie des pâtes et papiers est celle qui préoccupe de prime abord le premier ministre. Non sans raison : il y a que le Québec de 1930 produit 53 % de la production canadienne de papier journal. Bernard Vigod, le biographe de Taschereau, écrit que, par sens du devoir public, il s’engage personnellement à gérer cette crise, durant les années 1930; « cette situation, poursuit Vigod, deviendrait la préoccupation la plus lourde et la plus frustrante de Taschereau27 ».

Tourné vers l’avenir, le gouvernement Taschereau continue à vouloir moderniser les voies de communication qui sillonnent le Québec28. L’objectif est de faciliter la circulation automobile29. Car, à la précédente session parlementaire – alors que Joseph-Édouard Perrault était encore ministre de la Voirie –, l’importance du tourisme dans l’économie québécoise avait été chiffrée comme jamais auparavant30. Le gouvernement prend conscience que le tourisme automobile est une industrie en croissance et qu’il fallait, en conséquence, doter la province d’un bon réseau routier pour attirer les Américains. Bien entendu, la crise a pour effet de diminuer le nombre de touristes; en revanche, la prohibition aux États-Unis est un autre facteur qui incite les États-uniens à s’offrir du bon temps dans la province31.

En 1930-1931, la politique libérale axée sur l’amélioration des infrastructures se traduit par la construction de ponts. Le gouvernement annonce la mise en chantier prochaine d’un pont entre Caughnawaga et la ville de Lasalle (futur pont Mercier), entre Sorel et Saint-Joseph-de-Sorel, entre Pierreville et Saint-François-du-Lac, entre Yamaska-Est et Yamaska-Ouest, entre Belœil et Saint-Hilaire, entre Chicoutimi et Sainte-Anne, et entre l’île d’Orléans et Beaupré. (Bill 232 relatif à la construction de certains ponts dans la province)

Dans un autre registre, un nouvel élément tracasse le caucus libéral : l’opposition conservatrice est revivifiée par ses deux victoires aux élections partielles et leur chef, Camillien Houde, a le vent dans les voiles. Sa victoire à la mairie de Montréal est perçue comme un signe que la métropole boude toujours le premier ministre; d’autant que l’allégeance politique de la mairie de Montréal a toujours été une grande préoccupation pour le gouvernement Taschereau32. La victoire des conservateurs au fédéral n’augure rien de bon non plus.

Houde est la bête noire de Taschereau. Le premier ministre le méprise, le traite de « nullité », de « vulgaire », de « coquin », de « rien du tout »33. Il souhaite ternir la réputation de son adversaire et, pour ce faire, il charge le journaliste Olivar Asselin de s’attaquer au houdisme. Asselin avait pourtant soutenu la candidature de Houde aux élections municipales de 1930, et les contemporains se souviennent que le journaliste avait été condamné à 15 jours de prison pour avoir frappé Alexandre Taschereau au visage après la séance du 18 mai 190934. Toujours est-il qu’Asselin est nommé rédacteur en chef du très libéral Canada, à l’automne 1930, et qu’il trempe désormais sa plume dans le vitriol pour s’en prendre à la politique et au style de Houde. À un point tel que Houde le poursuivra pour diffamation.

Au-delà de la politique partisane, les mots d’ordre qui guident le Parti libéral, au début du XXe siècle, sont la stabilité, la pondération et les progrès proportionnés à l’exploitation des ressources de la province. Les libéraux sont toujours convaincus du bien-fondé de leurs orientations politiques, économiques et sociales, mais, en coulisse, les plus jeunes députés reprochent au premier ministre de pécher par ses convictions traditionalistes. Il demeure que le leadership de Taschereau est solidement établi.

 

Camillien Houde et le Parti conservateur

D’abord commis à la Banque d’Hochelaga, en 1912, puis inspecteur adjoint et gérant de la succursale de 1916 à 1919, Camillien Houde devient représentant à Montréal pour la biscuiterie J. Dufresne de Joliette. Il fait ensuite un stage à la compagnie La Sauvegarde pour devenir agent d’assurance. Parti au bas de l’échelle, ce fils de meunier aura su se tailler une place au soleil. « Ce qui m’a permis de réussir, c’est de la confiance en moi-même, un peu d’études, un peu d’application, pas mal de courage et beaucoup de bonne volonté », avouait-il devant un groupe de jeunes conservateurs en 193135. Alors âgé de 42 ans, Houde est dans la force de l’âge et au sommet de sa gloire.

Député de Montréal-Sainte-Marie36, maire de Montréal et chef de l’opposition à l’Assemblée législative, Houde est plus populaire que jamais. Avec sa « corpulence débonnaire et joyeuse […], avec des yeux pétillants, d’une malice sans cesse en éveil », Houde se pose en contraste avec un Taschereau à la « démarche digne et imposante37 ». Le Guide, en 1931, compare les deux hommes : « On aime à entendre le piquant M. Houde qui manie l’ironie avec une facilité qui déconcerte l’aristocrate M. L.-A. Taschereau. On est […] fatigué des discours plats de M. Taschereau, de sa voix sans timbre et de son manque d’éloquence […]38. »

Houde incarne l’antilibéralisme qui prend forme avec le début de la crise économique. Il prend le parti des chômeurs, des gagne-petit, des ouvriers et des cultivateurs. Avouant qu’il a lui-même été naguère en butte à des embarras financiers, il affirme « mieux comprendre l’ouvrier et ses misères ». (9 décembre 1930) En retour, ses adversaires le perçoivent comme un « démagogue », un « incendiaire », un « hâbleur ». Populiste pour les uns, il est un homme du peuple pour les autres.

Les conservateurs, qui forment l’opposition officielle à Québec depuis 1897, ont foi en l’avenir. Cette confiance repose en grande partie sur la réélection de Houde à la mairie de Montréal, le 7 avril 1930, lui qui était parvenu à faire élire la majorité de ses échevins, contrairement à son premier mandat en 1928. Cette présence de Houde à la mairie de Montréal et la mainmise qu’il a sur le patronage municipal, croit-on, pourront servir de tremplin sur la scène politique provinciale.

Comme maire de la métropole, Houde doit cependant composer avec la misère au quotidien. Pour trouver du travail aux chômeurs, il institue une commission industrielle du chômage et, pour proposer des secours aux indigents, il met sur pied une commission consultative du chômage39. Rien n’y fait. Montréal traversera, jusqu’à la fin de la grande dépression en 1939, un triste chapitre de son histoire.

Vient ensuite l’élection des conservateurs à Ottawa. Le vent est en train de tourner, semble-t-il. Et pourtant, Houde avait refusé d’appuyer la campagne électorale de Bennett parce qu’il croyait ne rien y gagner. En 1931, il comprend qu’il a maintenant tout à espérer d’un rapprochement avec le premier ministre canadien. Bennett, pour sa part, accepte de passer l’éponge sur l’attitude du chef conservateur lors de ces élections. Une entente se dessine : « Les conservateurs fédéraux aideront Camillien Houde aux prochaines élections40. »

Sachant que ces élections générales seront déclenchées fort probablement à la suite de la session parlementaire de 1930-1931, les conservateurs renforcent leurs assises électorales en ouvrant une permanence dans les villes de Québec et de Montréal41. Et, qui plus est, la nouvelle unité d’action avec les conservateurs fédéraux permettra de disposer de comités d’organisation dans les autres régions du Québec42.

En attendant le scrutin, Houde cherche à mieux rejoindre la population par l’entremise de journaux :

Nous sommes obligés de tenir des assemblées continuellement afin de rester en contact avec le peuple parce que nous n’avons pas de journaux. Il est des journaux qui sont toujours disposés à nous rendre justice dans leurs comptes rendus, mais combien d’autres ne cherchent qu’à défigurer tout ce que nous disons? Si les chefs du parti ne réussissent pas à avoir leurs journaux, si les journaux bleus continuent à émarger aux Comptes publics à Québec, vous ne pouvez espérer prendre le pouvoir43.

 

Deux nouveaux journaux d’allégeance conservatrice sont fondés : Le Journal, à Québec, (propriété du Parti conservateur), en 1929, et L’Illustration, à Montréal, (propriété d’Arthur Berthiaume et de Camillien Houde), en 1930. Cette faculté de contrôler ou de fonder des journaux laisse voir que l’argent ne faisait pas défaut pour les hautes instances du parti44. Au reste, Houde en avait assez de la politique éditoriale de la Gazette, du Star, de L’Événement et même de La Patrie, bleus à Ottawa et rouges à Québec. Il cherchait aussi à prendre ses distances du Goglu, du Miroir et du Chameau, dirigés par l’antisémite Adrien Arcand, des feuilles qui avaient appuyé sa campagne municipale en 193045.

À titre de chef du Parti conservateur, Houde défend le programme adopté par les congressistes qui l’avaient porté unanimement à leur tête le 10 juillet 1929. Ce programme prévoyait des allocations familiales pour les familles nombreuses, la refonte de la loi des accidents du travail de manière à y insérer une assurance collective, un salaire minimum pour les hommes, l’interdiction du travail le dimanche, des pensions pour les veuves et les orphelins, un inventaire et une exploitation méthodique des ressources naturelles ainsi qu’une aide accrue à l’agriculture et à la colonisation.

À l’Assemblée législative, c’est Maurice Duplessis qui, par ses arguments, parvient à porter les coups les plus efficaces contre les politiques libérales. Lui qui avait dû s’absenter lors de la précédente session pour cause de maladie est, dit-on, le député qui remporte « le succès le plus éclatant » au cours de la session de 1930-193146. Travailleur acharné, il joue le rôle de leader de l’opposition – sans en avoir le titre officiellement –, car Houde, affairé par l’administration municipale, est très souvent retenu à Montréal.

Duplessis n’est pas du même bois que son chef. S’il adoptera un style plus populiste dans les années qui suivront, le député de Trois-Rivières est pour l’heure un politicien qui, dans la joute parlementaire, respecte la tradition de gentilhommerie britannique. Qualifié de « prince de l’amabilité47 », son argumentaire est percutant, mais ses manières sont posées, gardant toujours « la dignité qui convient à des hommes publics soucieux de leur rôle48 ». Taschereau le félicite de faire connaître l’opinion de l’opposition avec « sa modération habituelle ». (11 décembre 1930)

Duplessis n’a pas, non plus, la plus grande admiration envers son chef. Lors de la nomination de Houde à la tête du parti, il aurait affirmé à ses proches : « Vous allez voir Houde monter jusqu’au sommet de la colline, mais rendu là, il va descendre sur l’autre pente49. » Cela dit, jamais Duplessis ne conteste Houde publiquement; au contraire, il met toute son énergie au service de son parti.

Le caucus conservateur peut également compter sur Aldéric Blain, député de Montréal-Dorion, et sur Aimé Guertin, député de Hull, pour défendre les positions de l’opposition avec ardeur. Le nouveau député de Deux-Montagnes, Paul Sauvé, le « benjamin de la Chambre », se fait également remarquer par son talent et son étoffe.

Une seule ombre au tableau : William Tremblay, député ouvrier dans Maisonneuve. Très proche des conservateurs, il avait toujours regretté que Houde n’ait pas renoncé à la mairie de Montréal afin de se consacrer entièrement aux affaires provinciales. À l’automne de 1930, Tremblay rompt avec le chef de l’opposition. Il prend le parti de critiquer vertement et publiquement l’administration du maire de Montréal50. Sur le parquet de la Chambre, Tremblay continue néanmoins de voter avec les conservateurs et ne manque pas une seule occasion de dénoncer le gouvernement Taschereau.

 

Le discours du trône

Le 2 décembre 1930, dans une atmosphère glaciale, le lieutenant-gouverneur Henry George Carroll arrive à l’hôtel du Parlement dans sa carriole traînée par deux chevaux et escorté par un détachement de cavalerie. On entend tonner les 21 coups de canon, puis le Dieu sauve le roi est entonné par la fanfare du Royal 22e Régiment. « Nos coutumes parlementaires ont de l’âge, certes. Quoique vieillottes, elles ne manquent pas de grandeur. Si désuètes ou guindées qu’elles soient, elles conservent toujours la dignité du lieu », commente le courriériste du Canada51.

En secret, le lieutenant-gouverneur partage d’office le malaise que suscite l’archaïsme de l’ouverture des sessions parlementaires. En ce jour solennel, Carroll écrit dans son journal personnel : « Cet après-midi, à trois heures, je lirai le discours du trône et ouvrirai la session du Parlement. Il me faudra me chamarrer et me mettre sur la tête une espèce de tricorne. Dans cent ans, l’on rira de ces choses et l’on aura raison, car c’est une vraie offense à la dignité de l’homme de se pavaner avec des costumes de cette nature52. »

Carroll est plus critique encore sur la pertinence de ses fonctions : « Malgré qu’il soit dit que les lieutenants-gouverneurs représentent le roi, je prends tout cela avec un grain de sel et je crois qu’avec notre régime démocratique, ces vestiges de la monarchie ne devraient pas exister sur cette terre d’Amérique53. » Rien ne transparaît cependant; Carroll observe les devoirs de sa charge dans la dignité.

Au Salon rouge, le lieutenant-gouverneur lit le discours du trône, qualifié de « pièce préélectorale » par Omer Héroux du Devoir citant lui-même la Gazette54. D’entrée de jeu, Carroll fait état du marasme économique mondial et du chômage. Le gouvernement annonce qu’il fera face à la situation en collaborant avec Ottawa.

Ce discours a aussi « une couleur toute particulière » du fait que le mot « social » revient plusieurs fois sur les lèvres du lieutenant-gouverneur55. Deux commissions royales d’enquête sont à l’œuvre pour résoudre des problèmes d’ordre social, rappelle Carroll : la première chargée d’étudier la condition juridique de la femme mariée, et la seconde, pour étudier la question des pensions de vieillesse. Créée en avril 1930, cette dernière commission sur les assurances sociales est présidée par Édouard Montpetit, directeur de l’École des sciences sociales de l’Université de Montréal et considéré, pour lors, comme le plus important économiste du Canada français.

Il est question ensuite des cultivateurs et des ouvriers. Aux premiers, on promet d’offrir des octrois pour le chaulage et le drainage des terres, d’aider à la généralisation des engrais chimiques et d’indemniser les propriétaires d’animaux atteints de tuberculose. Aux seconds, on se rend à leur désir de créer un ministère du Travail distinct de celui des Travaux publics et on annonce que l’on amendera la loi des accidents du travail pour y appliquer un système d’assurance collective. « Le discours du trône est un véritable arbre de Noël pour le cultivateur et l’ouvrier », de conclure L’Événement56.

Le débat sur l’adresse en réponse au discours du trône est d’une remarquable brièveté.

Le 3 décembre 1930, le député de Maskinongé, Louis-Joseph Thisdel, propose, et celui de Brome, Carlton James Oliver, seconde la motion d’adresse en réponse au discours du trône, sans négliger de louanger les œuvres du gouvernement libéral.

Le 9 décembre 1930, c’est au tour du chef de l’opposition de prendre la parole, « tantôt avec modération, employant l’ironie, tantôt avec vigueur, élevant la voix et frappant fermement sur son pupitre57 ». Après avoir réglé ses comptes avec ceux de ses adversaires qui s’en sont pris à sa réputation, Houde tient surtout à démontrer que les réformes présentées par le gouvernement figurent toutes et déjà dans le programme conservateur58.

« [S]ans élever la voix, sans efforts et sans gestes59 », le premier ministre répond aux attaques du chef de l’opposition en faisant le bilan positif de ses politiques en matière d’agriculture, d’économie et, dans la mêlée, met la population en garde contre ceux qui usent de démagogie pour servir leurs fins électorales.

Les quelques autres députés qui interviennent parlent à propos du résultat des élections partielles, de la colonisation, de l’immigration aux États-Unis, du nouveau ministre de l’Agriculture, de la question des écoles juives, du chômage et de l’administration de Montréal.

L’adresse est adoptée le 11 décembre 1930.

 

Les finances publiques

Le discours sur le budget est mis au point par le conseiller législatif Gordon Wallace Scott – qui fut trésorier avant d’être défait dans la partielle de Huntingdon60. Le 21 janvier 1931, le premier ministre et trésorier prononce ce discours. Le bilan de l’exercice financier du Québec ne peut faire abstraction de la dépression qui, dit-il, exerce « une influence désastreuse sur notre vie commerciale et industrielle ».

Taschereau commence par faire un retour sur l’année financière terminée le 30 juin 1930. Les revenus ordinaires ont excédé les dépenses ordinaires de 4 210 230 $, alors que le surplus estimé par son prédécesseur, Andrew Ross McMaster, était de 1 221 951 $. L’augmentation des recettes, explique-t-il, provient des profits de la Commission des liqueurs, des droits prélevés sur les successions ainsi que des revenus provenant de la loi des véhicules automobiles et de la taxe sur l’essence. Quant à la dette consolidée, Taschereau note qu’elle se situe à la hauteur de 54 millions de dollars et, donc, qu’au cours des 10 dernières années, cette dette a augmenté de moins de 5 millions de dollars.

Pour l’année financière courante se terminant le 30 juin 1931, Taschereau prévoit une sensible augmentation des recettes. Le gouvernement entend redistribuer une plus large part des millions versés au Trésor pour soulager la population et pour pourvoir aux besoins des différents ministères. Plus tôt, Taschereau avait déjà donné des indices de cette nouvelle orientation économique, disant : « N’attendez pas que je vous annonce un gros surplus. Non, c’est fini. Lorsque j’aurai l’honneur de prononcer le discours du budget, je n’annoncerai qu’un surplus minime. » (15 janvier 1931)

Il passe ensuite aux prévisions de 1931-1932. Il rappelle que les périodes de dépression économique, par le passé, « ont toujours été remplacées par des périodes de prix plus élevés, de conditions plus favorables en matière d’emploi et, comme conséquence, de prospérité ». Sur cette note positive, il estime les recettes ordinaires à 38 895 286 $ et les dépenses ordinaires à 38 736 499 $, ce qui donne un surplus de 158 796 $. C’est le département de la Voirie et des Mines qui obtient la plus grande part du budget avec 24 % des dépenses allouées. Au second rang, 12,5 % du montant global servira à éponger la dette publique. L’Instruction publique et l’Agriculture obtiennent toutes deux 9 % des sommes annoncées et une moyenne de 6 % est destinée à l’Administration de la justice, au Gouvernement civil et aux Travaux publics.

Taschereau termine son discours en réitérant sa confiance en l’industrie pour sortir la province du marasme :

Ajouterai-je que, à mon avis, une des conditions essentielles du rétablissement de notre équilibre industriel et financier est une coopération étroite et sympathique entre le patron et l’ouvrier. Il faut que chacun y mette du sien et veuille se plier aux nouvelles conditions économiques.

Les facilités du transport moderne ont singulièrement modifié l’état de choses du passé : nous avons aujourd’hui, dans le domaine du commerce et de l’industrie, à lutter contre le monde entier. Le pouvons-nous, si le prix de revient de nos produits est plus élevé que celui de l’étranger? Comment le patron peut-il créer de nouvelles industries ou développer la sienne, s’il n’y voit un profit?

 

Et, cependant, c’est l’industrie qui nourrit l’ouvrier et le rend prospère. À lui de coopérer avec son patron par son travail, son efficacité, son esprit d’économie et, au besoin, par quelques sacrifices.

 

Du 27 janvier au 10 février 1931, les députés de l’opposition décortiquent le budget et enchaînent les discours pour critiquer la gestion du gouvernement libéral. Par une solide analyse des Comptes publics, Charles Ernest Gault, député conservateur de Montréal-Saint-Georges, fait état des travers dans les pratiques comptables du gouvernement. Il note que la balance des surplus annoncés, année après année, repose sur des emprunts temporaires. Après avoir dénoncé ces surplus fictifs, il pose un jugement de valeur sur la provenance des recettes versées dans les coffres de la province : « Les taxes sur les automobiles, la gazoline, et les liqueurs ont rapporté environ $18,000,000, soit 40 % du revenu total du gouvernement. Le gouvernement navigue sur une mer de liqueurs et de gazoline. » (27 janvier 1931)

Le débat prend une nouvelle tangente avec les discours des députés libéraux de Saint-Maurice et de Berthier, Joseph-Auguste Frigon et Cléophas Bastien. Fiers représentants de petites villes industrielles, ils encouragent le gouvernement à continuer sa politique favorisant le capital étranger. Frigon y va de ce commentaire : « Dans mon propre patelin de Shawinigan Falls, où en serait-on si le capital américain n’avait pas collaboré avec nous? C’est à l’argent américain que nous devons le merveilleux essor de la région, et j’ajouterais que si certains de ces capitalistes sont américains, ils engagent néanmoins des ouvriers canadiens de préférence à tous les autres. » (28 janvier 1931) Bastien intervient dans le même sens, disant que toutes les municipalités « sont anxieuses de recevoir d’autres usines » qui procurent de l’emploi à la population. (3 février 1931)

En réponse, Paul Sauvé, dans son « maiden speech », reprend les arguments de son père :

Le chef de l’opposition de 1923, après que le premier ministre eut déclaré que des moulins à papier surgiraient un peu partout dans la province et même aux portes de Québec, mettait ses concitoyens en garde contre cette politique de production irrationnelle, qui peut faire rapidement des millionnaires, mais qui détruit en même temps le principal actif de notre héritage national et expose un grand nombre de familles à la ruine en les groupant dans des centres industriels que l’on proclame « villes prospères » et qui, cependant, ne pourraient bien être que des ruines après quelques années, tant il est vrai que comme le disait le député de Portneuf (M. Gauthier) : « C’est la grande cheminée qui fait fumer la petite », mais qu’aussi, si la grande cheminée s’écroule, ce sont toutes les petites cheminées qui sont englouties sous la grande. (3 février 1931)

 

Duplessis renchérit :

Le gouvernement est encore responsable de la crise du chômage pour avoir fait miroiter aux yeux de notre population rurale nos merveilleux développements industriels. On a tellement chanté la prospérité des industries de papier ou de pouvoir électrique que de jeunes agriculteurs se sont empressés de quitter la campagne pour aller gagner à la ville les salaires très élevés. […]

Nous souffrons de surcapitalisation, de surproduction, de surdéveloppement. Le gouvernement doit prendre sa part de responsabilité. Une autre cause de la crise du chômage, c’est que le gouvernement n’a rien fait pour empêcher la surcapitalisation. Et je tiens à être bien compris sur ce point. Nous sommes en faveur du capital étranger, nous sommes prêts à l’aider, le protéger, à lui assurer le plein et entier exercice de ses droits; nous sommes prêts à l’aider à s’établir, nous reconnaissons sa nécessité, mais il y a une différence entre le capital qui contribue au développement de la province et le capital ventriloque. (5 février 1931)

 

Taschereau répond aux arguments de ses adversaires en faisant une mise au point de l’analyse de Gault et, par la suite, en articulant sa pensée autour de la question du capital étranger : « Il serait sans doute préférable d’avoir du capital canadien pour développer le Canada, dit-il. Mais il est impossible de trouver dans un jeune pays l’argent nécessaire à cette fin et il vaut infiniment mieux inviter le capital étranger à faire ce développement au bénéfice immédiat et ultime de notre population que de laisser nos ressources inactives. » Sur ce, le 10 février 1931, le budget est adopté.

 

Les faits marquants de la session

Les débats sont plus durs et plus âpres que ceux de la précédente session. « Les libéraux qui l’an dernier considéraient le chef de l’opposition comme un adversaire fort désagréable, mais peu dangereux, ont changé d’avis depuis la dernière élection fédérale », rapporte Alexis Gagnon du Devoir61. Le journaliste remarque par ailleurs que Houde a abandonné sa « fougue non bridée » et s’est avisé à respecter davantage les règlements de la Chambre, c’est-à-dire qu’il s’est mieux adapté « aux nécessités de la vie parlementaire »62. Les libéraux ne partagent pas cet avis :

Les membres de l’opposition sont des gentilshommes, comme corps, mais l’opposition emploie des méthodes que je dénonce de toutes mes forces. Et je veux protester contre la manière d’agir de l’opposition, surtout depuis qu’elle a un nouveau chef. On n’emploie plus de procédés de gentlemen. (Amédée Caron, député des Îles-de-la-Madeleine, 3 février 1931)

 

L’opposition est plus agressive, certes. Durant les travaux de la session, les conservateurs accusent les libéraux d’avoir perdu le Labrador en 1927 et critiquent l’administration de l’assistant du procureur général, Charles Lanctôt. Pour leur part, les libéraux préparent le terrain pour les prochaines élections. Non seulement concentrent-ils leurs attaques contre le chef de l’opposition et maire de Montréal, mais, également, nombre de mesures législatives sont adoptées pour satisfaire la population. Au total, sur les 226 projets de loi présentés à l’Assemblée, 181 reçoivent la sanction royale.

 

Mesures pour lutter contre le chômage

Le chômage était considéré jusqu’alors comme un problème individuel. La famille ou la paroisse constituait le seul soutien en cas de besoin. Hormis la loi de l’assistance publique destinée aux indigents et aux malades – adoptée par le gouvernement Taschereau en 1921 –, il n’existe pas de véritable système étatique de sécurité sociale63.

Une crise sociale se dessine. Pour venir en aide aux chômeurs, le cabinet Bennett adopte par décret, le 26 septembre 1930, un crédit de 20 millions de dollars destiné à l’exécution de travaux publics. Dans les médias, Houde presse Taschereau d’accepter ces millions64, mais, d’office, le premier ministre est contre les modalités que propose le fédéral. Or, devant la triste situation des sans-travail, Taschereau comprend qu’il vaut mieux collaborer avec Bennett.

Le 22 octobre 1930, une convention est conclue entre les autorités fédérales et le ministre des Travaux publics et du Travail, Joseph-Napoléon Francoeur. Pour entériner cette entente qui permettra au Québec de disposer des 2 850 000 $ offerts par Ottawa, le bill 2 de l’aide aux chômeurs est présenté à l’Assemblée législative. Le ministre explique :

Les municipalités sont appelées à payer 50 % du coût des travaux qu’elles vont entreprendre; le fédéral paiera le quart, et le provincial, le quart. Dans le cas des municipalités qui sont trop pauvres, incapables de payer leur part, le gouvernement fédéral paiera 40 %, le provincial 40 % et, de cette façon, les municipalités ne seraient appelées à payer que 20 % au lieu de 50 %. Dans certains cas, l’aide aux municipalités pourra être complète, c’est-à-dire que ces municipalités trop pauvres ne paieront rien. (11 décembre 1930)

 

Le Conseil législatif apporte des amendements au projet de loi pour permettre aux municipalités, Montréal entre autres, de contracter des emprunts par simple résolution (sans référendum) pour faire des travaux publics et, qui plus est, pour permettre aux fabriques et aux corporations scolaires de faire des travaux aux écoles ou aux églises en vertu de la loi.

En parallèle, le 29 octobre 1930, le gouvernement du Québec avait créé une commission du chômage pour examiner les demandes d’aide des municipalités « et recommander, au ministère des Travaux publics et du Travail, la distribution des fonds65 ». Composé d’hommes d’affaires66 non rémunérés, cet organisme s’était assuré, par ailleurs, que certaines municipalités puissent commencer des travaux urgents avant les premières neiges de 1930, et donc, avant l’ouverture de la session parlementaire. Le gouvernement ayant autorisé ces travaux par ordres en conseil, le ministre Francoeur présente le bill 15 pour les ratifier.

Le ministre explique comment le comité de chômage a organisé ses opérations :

C’est alors que dès leur première réunion, ils ont proposé et résolu de faire rédiger un questionnaire pour envoyer à toutes les municipalités de la province. On y demandait le nombre des véritables chômeurs, la liste des travaux à faire, etc.

Plus de 800 municipalités ont répondu à ce questionnaire fait dans le but de permettre au comité de se rendre plus vite compte des besoins des municipalités et de leur venir en aide le plus tôt possible. Le comité, sur réception du questionnaire rempli, a consulté le ministre des Affaires municipales, et selon les renseignements obtenus, il a accepté et rejeté les demandes en toute justice pour tout le monde. (29 janvier 1931)

 

Notons qu’en 1931 la Commission du chômage sera remplacée par le Service du chômage, qui relèvera d’Ivan Vallée, sous-ministre des Travaux publics67.

 

Les lois ouvrières

Tel que promis dans le discours du trône, le gouvernement crée un ministère du Travail distinct de celui des Travaux publics. Joseph-Napoléon Francoeur, ministre des Travaux publics et du Travail, parraine le projet de loi. Après avoir rappelé que ce ministère avait été institué en 1905, il explique que les progrès de l’industrie et la multiplication des questions ouvrières ont rendu cette réorganisation nécessaire. L’opposition a pour seul commentaire que le Parti libéral adopte, en la matière, le programme des conservateurs et, par conséquent, appuie cette mesure qu’elle réclamait depuis plus d’une décennie.

L’amélioration de la loi sur les accidents du travail est une autre mesure destinée à satisfaire le milieu ouvrier. Durant le débat sur le bill 46 des accidents du travail, Taschereau n’est pas peu fier de rappeler que c’est lui – alors qu’il était ministre des Travaux publics et du Travail – qui a fait adopter, en 1909, la première loi canadienne pour la réparation des accidents du travail et « la première loi, sur le continent américain, qui établissait la responsabilité patronale sans faute de l’ouvrier »68. (19 mars 1931)

Fidèle à l’idée qu’il vaut toujours mieux « avancer prudemment » pour ne pas nuire à l’industrie, le gouvernement Taschereau avait amendé cette loi en 1928. La faiblesse de la loi de 1909 résidait dans le fait que l’ouvrier accidenté devait parfois payer des frais juridiques pour faire valoir ses droits. La loi de 1928 venait appliquer le « principe de la responsabilité patronale dans tout accident survenu par le fait ou à l’occasion du travail69 ». Dorénavant aussi, tous les frais médicaux, les frais d’hospitalisation, les frais de médecin et les frais de transport seraient à la charge du patron, et ce, pour que l’ouvrier puisse retirer sa pleine indemnité. Était également prévue une rente à l’invalide, à la veuve et aux orphelins. En lieu et place des tribunaux, surtout, une commission des accidents du travail avait été établie pour assurer une justice rapide à l’ouvrier.

Les syndicats ouvriers exigeaient davantage. Ils demandaient au gouvernement de calquer la loi d’Ontario qu’ils jugeaient plus avancée. En résumé, la loi de 1931 introduit une assurance collective gérée par la Commission des accidents du travail et constituée des contributions imposées aux employeurs. Plus généreuse que la loi ontarienne, elle permet même à l’ouvrier de choisir son médecin70. Cette dernière clause sera retirée à la session parlementaire suivante, au grand déplaisir des ouvriers.

 

L’administration municipale de Montréal

Les libéraux tirent à boulets rouges contre Houde. À l’Assemblée législative, Taschereau donne le ton, durant l’adresse, en critiquant à la fois les visées et la gestion du maire de Montréal : « Le chef de l’opposition a affirmé qu’il sera au pouvoir bientôt. Le pouvoir! Quel attrait il a pour le chef de l’opposition! C’est son unique ambition. J’aime ma province et je souhaite de tout mon cœur qu’elle ne soit jamais gouvernée comme Montréal l’est aujourd’hui. » (9 décembre 1930)

L’administration de Montréal sera le thème récurrent de la session. Taschereau s’en prend d’abord au maire Houde en parrainant le bill 38 concernant la construction de tunnels sous le canal Lachine. Le premier ministre entend hâter la construction de ces infrastructures, continuant ainsi la campagne du Canada qui accusait le maire de ne rien faire. La mesure prévoit aussi que les plans et devis devront être approuvés par le ministre de la Voirie, ce qui heurte d’autant le chef de l’opposition. Houde affirme que Taschereau veut mettre Montréal sous la tutelle du gouvernement.

Au passage, les libéraux font état du différend qui oppose Houde à Joseph Allan Bray – député conservateur de Montréal-Saint-Henri (1923-1927), organisateur du Parti conservateur dans la région de Montréal en 1930 et président du comité exécutif de Montréal. En Chambre, Houde confirme que Bray et lui ne s’accordent pas sur cette question des tunnels. Ceci donnera lieu à plusieurs conjectures sur la politique municipale montréalaise, étant donné que c’était la première fois que le maire de Montréal s’opposait publiquement à Bray71.

Les hostilités reprennent de plus belle lors de l’étude du bill 100 modifiant la charte de Montréal. Craignant que le gouvernement n’y ajoute de nouvelles clauses visant à saper l’autonomie de Montréal, Houde retire ce projet de loi. En réplique, Anatole Plante, député libéral de Montréal-Mercier, au nom des échevins minoritaires de Montréal, demande que le bill soit renvoyé à nouveau au comité permanent des bills privés pour l’étudier. Houde dénonce ce jeu politique :

La vérité, c’est que le député de Montréal-Mercier ne représente pas les idées de ses électeurs, mais simplement les idées du premier ministre et de son cabinet. La vérité, c’est qu’on a changé de régime à Montréal. Ce qui trouble la conscience des dirigeants du Québec, c’est que leurs amis à Montréal ont été battus en avril de l’année dernière et qu’ils ont été remplacés par mes propres amis. Montréal a chassé les amis du gouvernement et il y a des bleus! (11 mars 1931)

 

Les libéraux parviennent à renvoyer le bill 100 au comité permanent des bills privés, mais Houde persiste en le retirant une seconde fois.

D’un autre côté, Taschereau ne veut pas ternir sa réputation et passer pour celui qui cherche à sabrer l’autonomie municipale de la métropole. Au sujet du bill 82 constituant en corporation la Commission métropolitaine de Montréal, il s’oppose aux amendements du Conseil législatif qui réduisaient le contrôle du conseil municipal sur cette Commission. Houde qualifie ce geste de mise en scène, mais concourt naturellement avec le premier ministre.

À la fin de la session, Taschereau s’en prend de nouveau à l’administration montréalaise en modifiant la loi électorale de Québec. Les résolutions du bill 38 donnent de nouveaux pouvoirs fau gouvernement « au cas de refus ou de négligence des autorités municipales de Montréal » de se conformer aux dispositions de la loi. En clair, le gouvernement obtient de nommer un officier électoral pour préparer les listes de votation pour Montréal. L’opposition dénonce ce qu’elle considère comme un nouvel instrument d’élection pour le Parti libéral.

Sinon, çà et là durant la session, les ministériels insistent sur le fait que le chômage est un problème plus sérieux à Montréal que partout ailleurs au Québec. On parle aussi de la prostitution et des maisons de jeux qui s’y multiplient. Fidèle à l’idéologie conservatrice, le maire de Montréal fait lui aussi l’apologie de la vie dans les campagnes :

Ce n’est pas à Montréal ou d’autres villes que la race subsistera, mais sur la terre, au foyer des ancêtres, là où les familles nombreuses s’épanouissent à l’aise dans une atmosphère morale et physique saine, loin de la contamination stérilisante des villes. […] Il faut faire cesser l’afflux de nos ruraux vers nos villes, ce qui ne fait de bien ni à la race ni aux villes. […] Ces ruraux viennent augmenter le nombre des chômeurs et y trouver, dans la misère, le chemin du crime et du malheur. (18 mars 1931)

 

La radiodiffusion

À Montréal, c’est en avril 1922 que CKAC et CFCF ont obtenu leur licence de diffusion72 et en avril 1926 qu’a été créé le poste CHRC à Québec. Dès 1925, la radio suit la campagne électorale de William Lyon Mackenzie King et, à la fin des années vingt, bien des hommes politiques comprennent que la radio est un merveilleux instrument pour rejoindre leurs électeurs.

Houde est reconnu comme étant le premier politicien à maîtriser ce mode de communication. Sa victoire à la mairie de Montréal, en 1928, il la doit en partie aux discours qu’il prononce, avec « sa voix chaude », sur les ondes de CKAC73. Même chose pour sa réélection dans Montréal-Sainte-Marie74. Le gouvernement Taschereau n’est pas en reste avec la loi sur la radiodiffusion, adoptée en 1929, avec pour objet de louer du temps d’antenne à CKAC pour diffuser L’Heure provinciale75. En 1931, même si seulement 27,8 % des ménages québécois possèdent un récepteur radio, « soit 37,5 % dans les villes et aussi peu que 8,4 % dans les zones rurales76 », le gouvernement libéral entend légiférer de nouveau en la matière, et trois fois plutôt qu’une.

Une nouvelle loi de la radiodiffusion est présentée par Honoré Mercier fils, puisque l’application de cette loi avait été, à l’origine, confiée au ministre des Terres et Forêts. Le bill 9 fait passer les sommes allouées à la diffusion de l’émission L’Heure provinciale de 15 000 $ à 30 000 $. L’opposition est d’accord pour subventionner ce programme, mais presse le gouvernement de faire en sorte que la population de toute la province – de la ville de Québec en particulier – puisse mieux la capter.

Dans le bill 231 concernant la responsabilité civile en matière de radiodiffusion, il est question de censure. Taschereau avait annoncé ses couleurs, durant son discours sur l’adresse en réponse au discours du trône : « Je me demande si nous ne serons pas obligés d’avoir une censure pour la radio comme il existe une censure pour la presse, afin d’empêcher nos populations d’entendre les calomnies qui se répandent par la radio et faire taire ceux qui parlent à travers le microphone à nos paysans et sèment le mensonge, l’injure et la calomnie, sans que l’on puisse les en empêcher. » Comme de juste, le projet de loi que parraine le premier ministre « a pour but de forcer un propriétaire de poste émetteur à voir à ce que les émissions de son poste soient saines et lui donne aussi le pouvoir d’interrompre la conversation ou le discours s’il juge que l’orateur diffame son prochain ou lui lance des injures ou enfreint la loi. » Il pourra donc y avoir libelle à la radio comme il existe des procédures semblables contre le libelle dans la presse écrite. Paul Sauvé, député conservateur de Deux-Montagnes, résume le propos de l’opposition, disant qu’il est clair que les intentions du gouvernement sont « d’empêcher les conservateurs de parler et que la vérité ne soit dite à la radio ». (25 mars 1931)

Enfin, le bill 63 concernant la radio s’inscrit dans la démarche entreprise par le gouvernement du Québec (de même que par le gouvernement de l’Ontario) pour obtenir la reconnaissance exclusive des droits provinciaux en matière de radiodiffusion. Car, en 1929, dans le rapport de la Commission royale sur la radiodiffusion (commission Aird, créée le 6 décembre 1928), John Aird avait recommandé qu’une société d’État soit créée pour exploiter un système de radiodiffusion pancanadien. Selon Ottawa, la radiophonie est un service d’État relevant de sa juridiction et, pour confirmer ses vues, cette cause est portée en Cour suprême77. Taschereau entend défendre ce principe au nom de l’autonomie provinciale.

Le principal argument avancé par le gouvernement du Québec est que la radio sert à des fins éducatives, culturelles et même hygiéniques, toutes des matières de compétence provinciale. L’Heure provinciale en est le meilleur exemple. Cette émission dirigée par Édouard Montpetit et animée par Henri Létondal, de 1929 à 1939, a un caractère pédagogique. Par ses causeries de vulgarisation scientifique, sa programmation théâtrale et sa programmation musicale, une culture savante est proposée aux auditeurs.

Taschereau cherche aussi à combattre les influences culturelles américaines :

Nous voulons garder le contrôle de la radio afin de donner une meilleure musique et qui sera conforme à notre population. Québec est jalouse de son autonomie et du respect de ses traditions; nous avons le droit de réglementer nos propres programmes et contrebalancer l’influence des programmes de jazz américains. Et Son Éminence le cardinal [Raymond-Marie] Rouleau exprimait, il y a seulement quelques semaines, le besoin d’orienter la radio dans ce sens et protestait contre ce jazz qui nous envahit. (27 mars 1931)

 

L’opposition conservatrice soutient plutôt que la radio est un domaine exclusivement de juridiction fédérale. Les conservateurs croient, de plus, qu’il ne convient pas de légiférer sur la radiodiffusion tant que le plus haut tribunal ne se sera prononcé.

Finalement, la cause portée en Cour suprême est appelée au Comité judiciaire du Conseil privé. Dans son jugement, rendu en 1932, la compétence fédérale sur la radiocommunication est confirmée. L’année même, la Commission canadienne de radiodiffusion (CCR) est instituée par le gouvernement fédéral et, en 1936, la Loi sur la radiodiffusion canadienne remplacera la CCR par la Société Radio-Canada78.

 

Femmes et société

Trois mesures législatives touchent les Québécoises à la session de 1930-1931. Les débats concernent les droits civils de la femme, le suffrage féminin et l’admission des femmes à la pratique du droit79.

La commission d’enquête sur les droits civils de la femme avait été créée par le gouvernement Taschereau le 14 août 1929. Présidée par le juge Charles-Ernest Dorion, assisté par l’avocat Ferdinand Roy et les notaires Joseph Sirois et Victor Morin, cette commission devait étudier la condition juridique de la femme80. Aux audiences, des mémoires avaient été présentés par la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste (Marie Gérin-Lajoie), par l’Association des femmes propriétaires, par l’Alliance canadienne pour le vote des femmes (Idola Saint-Jean), la Ligue des droits de la femme (Thérèse Casgrain) et par le Conseil local des femmes de Montréal81. Cette première commission d’enquête sur la situation de la femme déposera deux rapports pour ensuite être mandatée afin de préparer, en vertu de ses recommandations, un troisième rapport dans lequel figurent quelques amendements, somme toute mineurs, au Code civil.

Le bill 52 modifiant le Code civil et le Code de procédure civile, relativement aux droits civils de la femme, est présenté par le premier ministre. Sans trop de conviction, il explique la portée de ce projet de loi « très controversé », mais ne s’engage pas à voter en faveur. Pour lui, le régime de la communauté de biens « est peut-être une plus grande protection pour la femme qu’elle ne le croit ». Il en fait une question libre, mais encourage les parlementaires à redouter tout changement qui modifierait trop « nos lois françaises, fruits de l’expérience des siècles ». (18 février 1931)

En l’occurrence, la femme pourra réclamer des aliments du légataire universel ou à titre universel de son mari; la femme séparée de son mari pourra jouir des mêmes droits que si elle était veuve en ce qui concerne l’administration de ses biens; la femme, séparée de biens par son contrat de mariage, conservera l’entière administration de ses biens meubles et immeubles, la libre jouissance de ses revenus et le droit d’aliéner, sans autorisation, ses biens meubles; la femme, même celle mariée en communauté de biens, conservera le produit de son travail82. En ce dernier cas, Taschereau précise :

Il existe cependant une clause conservatoire afin d’empêcher une femme de mal administrer ses gains […]: « En cas d’abus par la femme des pouvoirs qui lui sont ainsi conférés dans l’intérêt du ménage, notamment en cas de dissipation, d’imprudence ou de mauvaise gestion, le mari pourra en faire prononcer le retrait, soit en tout, soit en partie, sur requête dûment signifiée par un juge de la Cour supérieure du district où est le domicile des époux. En cas d’urgence, le juge peut enjoindre provisoirement de surseoir à tout acte que la femme se propose de passer avec un tiers. Les jugements rendus en vertu des dispositions ci-dessus sont exécutoires nonobstant appel […]. »

 

Le bill est sanctionné le 11 mars 1931. Plusieurs mesures réclamées par les mouvements féministes, depuis 1914, avaient dorénavant force de loi. Tout bien pesé cependant, Thérèse Casgrain, dans ses mémoires publiés en 1971, finira par conclure que « le rapport Dorion, tout en apportant quelques modifications au Code civil, n’allait pas très loin83 ».

L’Assemblée législative se penche également sur le bill 203 modifiant la loi électorale de Québec relativement au droit de vote des femmes et à leur éligibilité. Parrainé par Irénée Vautrin, député libéral de Montréal-Saint-Jacques, son discours est écouté attentivement par 39 féministes parmi lesquelles figurent Idola Saint-Jean et Thérèse Casgrain. Alors que Vautrin fait état du nombre constant de députés qui se sont ralliés au principe du suffrage féminin, Amédée Caron, député libéral des Îles-de-la-Madeleine, s’y oppose, disant que les femmes ont obtenu ce qu’elles voulaient avec les améliorations apportées au Code civil : donc, « le motif principal pour lequel elles voulaient voter est disparu », pense-t-il. (25 mars 1931) Caron propose de renvoyer la discussion à six mois et Martin Beattie Fisher, député conservateur de Huntingdon, prend la parole :

La loi de la province de Québec, dans la mesure où le droit de vote est concerné, classe les femmes dans la même catégorie que les personnes à l’esprit fragile, les personnes déclarées coupables d’une infraction, les personnes qui ne sont pas des sujets britanniques, les personnes âgées de moins de 21 ans, les communistes et les bolchéviques, etc., qui n’ont pas le droit de voter et qui critiquent l’existence d’une telle condition. Est-ce que c’est juste? Pourquoi considérer les femmes ainsi? Allons-nous laisser les femmes de la province dans cette position dégradante? Ou allons-nous les en sortir et les placer au même niveau que leurs sœurs des autres provinces du dominion? (25 mars 1931)

 

Rien n’y fait. La motion de Caron est adoptée par un vote de 47 à 21, ce qui a pour effet de tuer le projet de loi.

Le lendemain, c’est au tour du bill 207 modifiant la loi du Barreau relativement à l’admission des femmes à l’étude et à la pratique du droit d’être lu une seconde fois. Pour une deuxième session consécutive, Oscar Drouin, député libéral de Québec-Est, défend la mesure, arguant que les législateurs n’ont « pas le droit d’interdire une profession à la femme qui désire gagner sa vie dans une carrière pour laquelle elle a du goût et des aptitudes ». (26 mars 1931) En 1931, – alors que 20 % environ de la population active est constituée de femmes84 –, Drouin ajoute que le conseil supérieur du Barreau de la province de Québec, présidé par le bâtonnier Louis Saint-Laurent, avait adopté une résolution déclarant qu’il n’avait aucune objection contre cette mesure.

Une fois encore, Caron propose de renvoyer l’étude du bill en discussion à six mois. Le secrétaire de la province, Athanase David, intervient pour convaincre ses collègues du bien-fondé de l’admission des femmes au Barreau. Il livre un solide discours :

Nos couvents eux-mêmes ont compris que la culture de la femme ne devait pas être ce qu’elle était il y a 25 ans, et les filles sont beaucoup plus instruites aujourd’hui qu’il y a 25 ou 30 ans. […] Les collèges et les universités admettent des femmes parmi leurs étudiants, et on peut dire que généralement elles y brillent plus que la plupart de leurs confrères masculins. […]

Soyons logiques. Nous acceptons sans réserve le principe qu’une femme doive travailler pour gagner sa vie et puis nous lui imposons des restrictions quant à l’étendue du choix de ses occupations, lui fermant les portes de certaines professions. Puisqu’on permet aux femmes de travailler, puisque la situation les force à travailler, doit-on leur permettre de faire seulement un travail ordinaire et non un travail au diapason de leur intelligence? (26 mars 1931)

 

Par un vote de 34 à 32, le bill est renvoyé. Le courriériste Abel Vineberg écrit qu’après un décompte serré de la part du greffier de la Chambre, on a pu entendre un soupir de soulagement d’un côté, et ressentir un sentiment de résignation, de l’autre85.

 

Les écoles juives

En ce début de crise économique, un vent d’antisémitisme souffle sur l’Occident et, au Québec, la création d’une commission scolaire juive à Montréal, en 1930, avait causé bien des remous. Depuis lors, dans la feuille antisémite Le Goglu d’Adrien Arcand, les caricatures se suivent et se ressemblent. On y voit, entre autres, le premier ministre Taschereau et le ministre David « exécutant des manœuvres périlleuses sur le trapèze au-dessus de l’abîme du bill des écoles juives86 ».

La loi concernant l’éducation des enfants juifs de Montréal prévoyait la possibilité de négocier une entente avec la commission scolaire protestante. Des pourparlers donnent les résultats escomptés par Taschereau. Il n’y aura pas d’écoles juives distinctes de créées à Montréal. La loi passée devient caduque87.

À la demande de Mgr Rouleau, le secrétaire de la province propose le bill 32 concernant l’éducation de certains enfants dans Montréal et Outremont88. « Les protestants de la ville de Montréal et d’Outremont, dit-il, ont agréé par contrats devant notaire, et pour une période de 15 années, de continuer à donner l’instruction aux enfants juifs, comme dans le passé, moyennant certaines conditions financières. » (31 mars 1931) Les taxes scolaires payées par les propriétaires juifs devront être payées au Bureau central des écoles protestantes de Montréal et, au surplus, des candidats juifs pourront être nommés membres du personnel enseignant89.

Le député de confession judaïque de Montréal-Saint-Louis, Peter Bercovitch, s’insurge contre la nouvelle loi qui ampute la commission scolaire juive de ses prérogatives. En fait, il ne reste à la commission scolaire juive que la seule responsabilité de surveiller l’exécution des contrats passés et, face à cette nouvelle situation, cette organisation finira par se saborder d’elle-même.

À Bercovitch qui réclame le droit de donner « une éducation appropriée » aux enfants juifs, Houde répond que rien ne doit entraver la survivance des Canadiens français et base son argumentaire sur le fait que le « pacte de la Confédération prévoit qu’il existe deux majorités et deux minorités, pas plus, et que les chrétiens contrôlent les écoles ». (1er avril 1931)

Le projet de loi est sanctionné le 4 avril 1931. Si le gouvernement libéral fait volte-face, il n’en demeure pas moins que Taschereau dénoncera chaque fois l’antisémitisme; l’historien Bernard Vigod signale en même temps que le premier ministre paraît intimidé par la croissance de ce phénomène90.

 

La Russie et le bolchevisme

Le 2 décembre 1930, en même temps que se déroule l’ouverture de la session parlementaire, 300 chômeurs manifestent dans la basse-ville de Québec. Le correspondant de La Presse note que cette manifestation « prend de l’importance du fait que l’on a arboré le drapeau rouge, chose qui ne s’était pas encore vue à Québec91 ». En 1930, avec la grande dépression en arrière-plan, on remarque que les idées communistes se propagent au Québec, à Montréal plus particulièrement.

En URSS, le premier plan quinquennal de Joseph Staline, entré en vigueur en octobre 1928, a de nombreuses incidences négatives dans les pays capitalistes. La planification et la collectivisation des campagnes et l’étatisation des industries permettent un rapide développement de l’économie soviétique. L’URSS écoule ensuite ses cultures et ses produits manufacturés à des prix plus bas qu’en aucun autre pays. Sur les marchés canadiens, ce « dumping » affecte les prix du blé, du bois, du charbon, de l’amiante, du fer et des fourrures.

Une campagne antisoviétique est en branle. Au Parlement de Québec, le conseiller législatif Frank Carrell, dans une motion, demande à Ottawa de frapper les produits russes d’un embargo92. Le 26 février 1931, au Salon vert, Athanase David fait de même en demandant que le gouvernement fédéral « prohibe l’importation en Canada des produits russes ».

La motion dénonce également la propagande bolchevique au Canada, celle-ci étant « de nature à nuire à l’esprit d’ordre et de respect des lois civiles et religieuses ». Le secrétaire de la province brosse un tableau des terribles conditions de vie des ouvriers soviétiques et parle des exécutions en masse. La Russie est un « foyer d’athéisme », insiste-t-il, en citant Mgr Gauthier, évêque de Montréal, qui affirmait que le communisme était « le grand danger de l’heure ». Le débat est ajourné.

Il se trouve qu’Ottawa avait déjà l’intention d’agir93. Le 27 février 1931, le gouvernement Bennett prohibe, par arrêté ministériel, l’importation des produits russes au Canada. À l’Assemblée législative, les conservateurs en font leurs choux gras et proposent un amendement à la motion de David pour que ce dernier remercie plutôt le gouvernement du Canada. Cette proposition est rejetée, mais David doit néanmoins modifier le libellé de sa motion. Il ne manque pas de prendre une partie du crédit : « Que cette Chambre a appris avec plaisir que le gouvernement du Canada avait, par arrêté pris le 27 février 1931, prohibé l’importation au Canada des produits russes qui font concurrence à ceux de notre pays et réalisé ainsi le vœu exprimé dans une motion que le secrétaire de la province a, le 30 janvier 1931, déposée sur le bureau de cette Chambre au nom du gouvernement du Québec. » (10 mars 1931)

 

L’agriculture

Pour le chef des conservateurs, il est clair que l’agriculture est « l’industrie de base » de la province, alors que pour le chef des libéraux, si « Québec est une province agricole, c’est aussi une province industrielle qui a un bel avenir ». (18 et 19 mars 1931). Il n’en demeure pas moins qu’à l’époque, le ministère de l’Agriculture est considéré comme l’un des plus importants94.

La situation de l’agriculture n’est pas des plus reluisantes. Les agriculteurs figurent en tête de liste des faillites et, en 1930, le rapport du ministère de l’Agriculture montre que Montréal importe, de l’extérieur du Québec, quantité d’œufs, de bœufs, de chevaux, de fruits et de légumes. L’opposition conservatrice a bien des reproches à adresser au gouvernement à cet égard95.

Même si le ministre de l’Agriculture, Adélard Godbout affirme encore que « le chômage n’est pas très considérable dans les campagnes » (11 décembre 1930), il conserve malgré tout la confiance de la Chambre pour donner une nouvelle impulsion à son ministère. Le ministre met d’abord l’accent sur la fertilité des terres. Il présente le bill 244 pour indemniser les cultivateurs de certaines pertes et pour aider à l’achat d’engrais chimiques et de chaux. C’est le seul projet de loi qu’il présente. Godbout est peu présent à l’Assemblée, passant le plus clair de son temps à peaufiner son programme agricole96.

Le premier ministre défend les intérêts des cultivateurs en présentant le bill 240. Le gouvernement du Québec annonce qu’il paiera 1 % de l’intérêt de 5 % pour les agriculteurs qui ont emprunté des sommes d’argent en vertu des dispositions de la loi du prêt agricole canadien. Taschereau adresse également une demande au gouvernement fédéral – et plus particulièrement à Arthur Sauvé – pour que la loi de faillite soit amendée, la jugeant préjudiciable à la classe agricole. Plusieurs agriculteurs s’étaient endettés, en temps de prospérité, pour moderniser leur ferme. Taschereau explique alors que la plupart des fermiers n’ont pas d’argent liquide pour rembourser leur créancier et, en conséquence, plusieurs déclarent faillite, bien que leur bilan financier montre souvent que leur actif est supérieur à leur passif.

 

Assemblée politique contradictoire et politique partisane

Alors que les assemblées contradictoires perdent en popularité dans les autres provinces canadiennes, au Québec, la coutume se perpétue. Sur la place publique, l’occasion est toujours belle pour attaquer l’adversaire. « Nous sommes ici pour donner et pour accepter les coups », de résumer le premier ministre. (4 avril 1931) Les mœurs politiques sont ce qu’elles sont.

En règle générale, les députés respectent leurs vis-à-vis. Mais Houde fait figure d’exception. Il est l’ennemi à abattre pour les libéraux. Au point même que les organisateurs du Parti libéral avaient tenté de l’empêcher de prononcer un discours pendant un rassemblement prévu à l’aréna de Québec, le 16 novembre 1930. Plus de 300 fiers-à-bras avaient été engagés pour semer la pagaille ce soir-là. Thomas Maher, organisateur conservateur, avait été mis au courant du vil projet. Avec le concours du futur député Pierre Bertrand, 1 200 employés du port de Québec avaient été recrutés pour donner une leçon de vie aux hommes de main des libéraux. Et, comme de fait, les indésirables n’ont pas eu le temps de manifester bien longtemps avant d’être expulsés manu militari, ce qui permit à Houde de prononcer un discours enflammé97. À l’Assemblée législative, celui-ci ne se gênera pas pour faire un pied de nez à ses adversaires : il propose de déposer sur la table du greffier le plan d’organisation de cette émeute « pour l’édification des députés qui pourraient avoir besoin de leçons sur la façon de disperser une assemblée ». (9 décembre 1930)

Pour continuer la lutte politique, les journaux – les organes des partis comme on disait alors – sont des tribunes par excellence. Olivar Asselin, dépassant les bornes de l’éthique journalistique, n’y va pas de main morte au Canada pour détruire la réputation de Houde. Habilement, les conservateurs frappent un grand coup toutefois. À la séance du 29 janvier, Joseph-Olier Renaud interrompt son discours pour lire cette lettre signée par cinq artisans de ce quotidien :

Nous regrettons infiniment d’avoir à vous aviser que nous quitterons Le Canada le 4 février prochain.

Nous le faisons, forcés par le dégoût et le mépris que suscite en nous la politique suivie par notre journal depuis surtout quelque temps. Libres nous avons toujours été, et libres nous voulons rester. C’est pourquoi nous avons décidé de transporter nos pénates ailleurs où vous entendrez parler de nous fort probablement.

Vous ne vous étonnerez pas de ce que nous vous présentons directement notre démission. Nous ne voulons pas déchoir en la soumettant à ce prétentieux individu, ni chair, ni poisson, ni rouge, ni bleu, qui a pour nom Olivar Asselin.

 

Tous les cinq démissionnaires joignent l’équipe de L’Illustration, le nouvel organe houdiste de Montréal. C’est la première fois, peut-on lire dans Le Devoir, qu’une opposition s’emparait du personnel d’un journal ministériel, et ce, à la veille des élections98.

Bon gré mal gré, la bataille politique est élevée au rang de « sport favori » par d’aucuns. C’est du moins l’avis de Joseph-Olier Renaud, député conservateur de Laval :

N’est-il pas vrai qu’une bonne bataille ne nuit pas à l’amitié de nos hommes publics? Pourquoi pas laisser le peuple se battre à son aise? On veut empêcher aussi les assemblées contradictoires. Mais y a-t-il quelque chose de plus beau, de plus canayen que de se rencontrer face à face, de se dire ses vérités? (Rires) N’est-il pas vrai qu’après ça, les orateurs se serrent la main et que tout le monde s’en va prendre un coup en famille? (27 mars 1931)

 

Ce ne sont pas tous les députés qui endossent ces propos. Oscar Drouin, jeune député libéral de Québec-Est, est de ceux qui croient qu’il faille proscrire les assemblées contradictoires. Dans une résolution, il souhaite « faire disparaître un système qui a donné lieu à des scènes de désordres dans le passé », mais il a conscience que son opinion ne fait pas l’unanimité. Le jeune député Paul Sauvé, pour sa part, prêche en faveur de ces assemblées :

On ne devrait pas priver la population de nos campagnes de ces assemblées qu’elle recherche. Ce serait enlever à la population de notre province une chose à laquelle elle tient. On a l’habitude de tenir des réunions contradictoires, le dimanche, dans les régions rurales de la province, et les habitants sont les seuls qui sont en mesure de faire cesser cette pratique. […] Les réunions contradictoires vont exister tant et aussi longtemps qu’il y aura des élections dans les circonscriptions canadiennes-françaises. Les réunions contradictoires vont disparaître lorsque les gens vont s’en désintéresser. (30 mars 1931)

 

Le débat est ajourné et n’a pas de suite.

Chose certaine, le passage de Houde à l’Assemblée législative transformera – pour les décennies à venir – l’atmosphère des travaux législatifs. Duplessis deviendra de plus en plus mordant et, bientôt, la gentilhommerie, qui caractérisait les échanges depuis le XIXe siècle, ne sera plus qu’un vague souvenir pour les anciens tribuns.

Sur une note positive, au-delà de la dynamique partisane qui prévaut, Aldéric Blain, député conservateur de Montréal-Dorion, explique, au fond, que les partis « concourent au même but, par des chemins divergents : le plus grand bien de la province de Québec ». (3 février 1931)

 

Le plus long discours

Aimé Guertin, député conservateur de Hull, détient le record du discours le plus long prononcé à l’Assemblée législative. Il parle durant huit heures dans la nuit du 1er au 2 avril 1931.

La troisième séance du mercredi 1er avril avait débuté à 8 h 55. Tard en soirée, les parlementaires étudiaient le détail des crédits du département de la Colonisation. Guertin entre en scène à 23 h 45 au sujet d’un crédit de 200 000 $ destiné aux chemins de colonisation et à l’aide à la colonisation. Devant lui, Hector Laferté, ministre de la Colonisation, de la Chasse et des Pêcheries, souffre d’une extinction de voix, mais lui répond de son mieux.

La session tire à sa fin et, justement, Guertin prononce un discours-fleuve pour dénoncer la méthode du gouvernement qui consiste, selon lui, à « faire voter le budget à la dernière minute, apparemment pour empêcher la députation d’obtenir les renseignements auxquels elle a droit99 ». Considérant le ministère de la Colonisation comme l’un des plus importants de l’administration provinciale, il a le devoir et le droit, dit-il, de s’enquérir comment ces subsides seront dépensés.

Pour appuyer sa démarche, le député de Hull fait la lecture de plusieurs traités de droit parlementaire et fait l’historique des luttes constitutionnelles menées au Canada, de 1791 à 1841, pour obtenir le privilège de contrôler les dépenses du gouvernement. Dans cet esprit, il demande où, quand et comment le ministre de la Colonisation compte dépenser chaque sou de l’item à l’étude. Puisque le ministre se trouve dans l’impossibilité de répondre dans le détail, Guertin poursuit son discours.

Les heures passent. « Des députés dorment, le premier ministre bâille et s’étire, on jase dans les coins », note le courriériste du Devoir100. Celui du Soleil complète le tableau : « Des députés charitables eurent pitié de lui [Guertin] et firent aligner sur son pupitre une rangée de verres d’eau. D’autres lui firent tenir un paquet de gomme à mâcher. Sans aucune honte, le député de Hull, qui a pour le "Chiclet" une prédilection toute spéciale, en engloutit quelques palettes et continua de mâcher de la gomme et des mots101. »

Houde prend la relève à 1 h 45 et, peu après, Guertin continue le débat pour parler sans interruption pendant cinq heures et demie. Le Devoir dresse un nouveau portrait de la situation :

Les députés ministériels, qui avaient trompé leur ennui par des balades dans les corridors et des stations dans les antichambres jusqu’à trois heures, s’étaient renfoncés dans leurs fauteuils d’où ils n’avaient plus le courage de bouger. Le ministre, fatigué, s’épongeait la face, dans la morne attente de la fin qui n’arrivait plus. Le président, compatissant, fit venir une collation où ministériels et oppositionnistes fraternisèrent autour des sandwiches. Quant au premier ministre, il était parti. Quatre ministres étaient restés à ce marathon oratoire: MM. Godbout, Mercier, David et Laferté. Ils écoutaient, mornes et épuisés, les députés qui les uns après les autres effaçaient tous les records d’endurance et de longueur discursive. Les députés se succédaient à la présidence du comité, ce qui valait à chaque nouvel arrivant des considérations nouvelles et un nouvel exposé de la situation102.

 

À 5 h 30, Houde parle à nouveau et, à peine 15 minutes plus tard, Guertin reprend son débat jusqu’au lever du jour. « Messieurs les députés s’éveillèrent du sommeil de la nuit, montrant des têtes ébouriffées et des faces barbues », rapporte Le Soleil103. À 7 h 15, Guertin termine son propos, mais Houde poursuit la discussion jusqu’à l’adoption du crédit et l’ajournement de la séance à 9 h 45.

Il s’agit bien du discours le plus long, mais non pas de la séance la plus longue. Le 27 juin 1879, une séance avait duré 25 heures.

 

De choses et d’autres…

Les débats de l’Assemblée législative font état d’un passé révolu pour la région de Sept-Îles à Blanc-Sablon. En ce premier tiers du XXe siècle, on n’y trouve pratiquement pas de chemins. Le transport des provisions et du courrier se fait par cabotage l’été, tandis que l’hiver les « attelages de chiens esquimaux constituent le seul moyen de locomotion ». (15 janvier 1931) Or, durant la période estivale, les pêcheurs de morue se plaignent des chiens errants qui viennent manger leurs poissons séchés près de leur demeure ou sur les quais. Avec le bill 8, ces bêtes devront être tenues en captivité, sous peine d’amende.

Il est question des progrès de l’automobile. « Il y a 15 ans, il y avait 600 autos environ dans la province; maintenant, nous avons 178,000 autos dans la province, sans compter plus de 100,000 autos de tourisme qui parcourent nos routes », indique Joseph-Édouard Perrault, le ministre des Mines et de la Voirie. (15 janvier 1931) En vertu de la loi des bons chemins, plusieurs municipalités se sont endettées pour effectuer des travaux de voirie. Le gouvernement libéral leur vient en aide. Le bill 18 modifiant la loi sur la voirie réduit de 2 % à 1 % l’intérêt que les municipalités paient au provincial pour l’amortissement du capital emprunté. (14 janvier 1931) Houde accuse alors Taschereau « de ruiner les municipalités pour enrichir des entrepreneurs amis du gouvernement ». (15 janvier 1931)

Un autre projet de loi concerne les élections municipales. Taschereau rappelle que le vote doit se faire au scrutin secret dans les villes et les villages, mais que certaines municipalités ne disposent pas des moyens nécessaires pour imprimer des bulletins de vote. « La tendance des municipalités est de substituer le bulletin secret au vote ouvert », rapporte le premier ministre. Le bill 57 modifie alors le Code municipal afin de permettre à ces dernières de confectionner des bulletins de vote à leur convenance, avec l’autorisation du ministère des Affaires municipales.

Il y a aussi le bill 31 prohibant les enseignes lumineuses servant à annoncer les liqueurs alcooliques dans les villes et les villages. « À lire les annonces lumineuses, on aurait pu juger par là que Québec était devenue le paradis terrestre des buveurs », de commenter le premier ministre. (26 mars 1931) Cette mesure avait été réclamée par des membres du clergé catholique et protestant.

Pour terminer, Taschereau a l’occasion de se prononcer sur la « Charte de la liberté » des cultivateurs de l’Ouest canadien qui préconisaient la création d’un commonwealth des provinces des Prairies104. Taschereau prêche en faveur du maintien du pacte confédératif de 1867 :

Dans les jours difficiles que nous avons vécus, certaines provinces plus que d’autres ont été particulièrement atteintes. On y a entendu le cri de sécession. J’aime à croire que ce cri était isolé et n’était que celui de quelques malheureux. Mais, de grâce, et c’est là le vœu que je formule, qu’on ne l’entende plus. Ce cri est antipatriotique, antinational et anticanadien.

Soixante-trois ans de progrès et de développement ont fait des provinces canadiennes un pays grand et prospère. […] S’il m’est permis de parler pour ma province, je dirai qu’elle est profondément attachée et à notre régime et au lien britannique, et qu’elle entend y rester. (21 janvier 1931)

 

Les bons mots de la session

Il y a d’abord Duplessis qui fait rire les députés et le public dans les tribunes lorsqu’il affirme que « pendant que l’opposition pense, le gouvernement dépense ». (4 février 1931) Paul Sauvé est, pour sa part, objet de raillerie lorsqu’il demande à la Chambre d’adopter une résolution touchant la question du lait. On lui apporte alors un verre de lait, au grand amusement de tous. Sauvé, qui refuse de le boire par crainte de s’empoisonner, dit-il, l’offre à William Tremblay. On rit encore lorsque celui-ci « le renverse d’une taloche » et, de rapporter Le Soleil, « le contenu se répand sur le complet de M. Renaud qui se met à éponger son pantalon taché à grands coups de mouchoir105 ».

À Duplessis qui demande une augmentation des octrois accordés par le gouvernement à l’Hospice des Dominicains de Trois-Rivières, Taschereau rétorque qu’il faut se rappeler que cette communauté « a fait vœu de pauvreté ». (13 février 1931)

Au final, le fils du premier ministre met le président de l’Assemblée dans l’embarras en se trompant dans la manière consacrée pour faire mourir un projet de loi au Feuilleton. Au lieu d’amender la discussion en retranchant le mot « maintenant » et en y ajoutant les mots « dans six mois », Robert Taschereau y va de cette motion : « M. l’Orateur, j’ai l’honneur de proposer que vous ne quittiez pas le fauteuil maintenant, mais dans six mois. » L’honorable T.-D. Bouchard « proteste aussitôt avec véhémence, invitant le député de Bellechasse à s’en tenir à la formule régulière ». (24 mars 1931)

 

Critique des sources

Par Christian Blais

La Tribune de la presse

George Léveillé, du Soleil, est président de la Tribune, assisté par Damase Potvin, de La Presse, à titre de secrétaire-trésorier106. Les autres membres connus de cette institution sont : Edmond Chassé, de L’Événement; Alexis Gagnon, du Devoir; Joseph-Amédée Gagnon, du Quotidien; J.-Alfred Hardy, de La Patrie; Irénée Masson, du Soleil; Henri St-Pierre, du Montreal Daily Star; et Abel Vineberg, de The Gazette107. On compte aussi Dominique Laberge, courriériste parlementaire au Canada, jusqu’à sa démission effective au 4 février 1931.

Au début de la nouvelle session, les courriéristes parlementaires tiennent à remercier l’ancien ministre des Travaux publics, Antonin Galipeault, pour les travaux de rénovation qui ont été effectués à la galerie de presse :

Les journalistes n’ont pas été oubliés cette année. […] Les murs et le plafond ont été recouverts de plâtre et peinturés: le système d’éclairage est parfait, et un grand tapis « rouge », s’il vous plaît, a été placé dans l’appartement.

Chaque correspondant a à sa disposition un pupitre absolument neuf et les grandes tables où un journaliste était bien mal à l’aise pour faire son travail ont été enlevées pour retourner aux « archives »108.

 

Comme à chaque année, les courriéristes parlementaires promettent à leurs lecteurs de couvrir la session de manière à fournir « le plus d’information possible109 ». Edmond Chassé, le doyen de la Tribune, adresse ce message aux députés :

Les armes (plume et crayons) à la main, nous les attendons à l’œuvre, prêts à noter toutes leurs paroles et à croquer tous leurs gestes. Nous accomplirons notre modeste tâche avec impartialité et avec enthousiasme, bien que nous ayons vu, depuis notre première session dans la tribune de la presse, en 1907, bien des combats et bien des géants110!

 

Les comptes rendus des débats

Faute de Hansard, les députés rappellent aux journalistes que leur devoir est « de rapporter ce qui se passe ici, soit à la droite de la Chambre, soit à la gauche ». Le député ouvrier William Tremblay va plus loin encore :

Je dis aux journalistes qui sont tolérés ici que leurs journaux ont droit de dire ce qu’ils veulent, de critiquer ou de louanger dans leur colonne éditoriale. Mais un journaliste, à qui nous accordons le privilège d’être dans la galerie de la presse, n’a pas le droit d’ignorer le discours de l’un pour ne parler que du discours de l’autre qui n’a souvent aucune valeur. Les journalistes qui jouissent du privilège de prendre les discours en Chambre doivent rapporter loyalement, fidèlement, nos actes et paroles. (27 janvier 1931)

 

Tremblay reproche à certains journalistes de ne pas reproduire tous ses discours. Il s’avère que le député est plutôt injuste, puisque les quotidiens, au contraire, publient des résumés substantiels de ses nombreuses interventions.

Le ministre des Travaux publics et du Travail, Joseph-Napoléon Francoeur, rend hommage aux journalistes qui, quant à lui, font plus que leur devoir :

Quant aux journalistes, ce sont eux qui, à quelque parti qu’ils appartiennent, rapportent, que dis-je, refont très bien les discours de beaucoup de députés qui se sont imaginés en prononcer. Dans bien des cas, les députés devraient leur être reconnaissants de réécrire leurs discours, qui, autrement, pourraient nuire à la crédibilité politique de ceux qui les prononcent. (29 janvier 1931)

 

Tremblay réclame un journal des débats ou, tout au moins, un nouveau système pour permettre aux journalistes de travailler autrement :

Puisqu’il n’y a pas de Hansard, pourquoi ne pas utiliser les cadeaux de la science et installer un système de radio en Chambre, de sorte que les journalistes pourraient rester assis bien tranquillement dans leur chambre où ils pourraient écouter les discours et les débats des députés de la Chambre à la radio et prendre leurs notes là, sans avoir besoin de passer des heures assis sur un tabouret dans l’étroite tribune sise dans l’enceinte parlementaire et les clavigraphier de suite? Ce serait là du progrès. Ceci soulagerait les journalistes d’avoir à s’asseoir dans leur tribune et d’écouter les discours d’une manière inconfortable. (20 mars 1931)

 

Le journaliste du Soleil n’est pas du même avis : « Pour notre part, nous avouons que l’idée ne nous sourit pas. Pour rien au monde, nous ne voudrions être privés du spectacle amusant qu’offre le débit d’un discours par le député de Maisonneuve ou le nerveux député de Hull ou l’irascible chef de l’opposition111! »

Dans l’ensemble, les parlementaires n’adressent aucun reproche aux courriéristes en ce qui concerne leurs comptes rendus. Seul Aimé Guertin, député conservateur de Hull, affirme que ses propos n’ont pas été fidèlement reproduits par Le Soleil au moment où il questionnait Godbout sur les crédits du ministère de l’Agriculture :

Le Soleil publie aujourd’hui des saletés à mon sujet. […] Ce n’est pas la première fois, et ce journal semble s’acharner particulièrement à quelques membres de l’opposition. Cette feuille est prise de rage cette année. […] Et quant au rédacteur qui rédige ces comptes rendus injurieux contre ma personne, je ne le tiens pas responsable; je sais qu’il est payé pour faire ce qu’il fait. Ce reporter serait peut-être mis à la porte s’il n’accomplissait pas la sale besogne qu’il accomplit. Qu’il me soit cependant permis de lui faire remarquer qu’il y a un privilège inviolable en cette Chambre. J’espère qu’il mentionnera ma rectification, car je lui sais assez de sens de justice pour le faire. (27 mars 1931)

 

Le Soleil réplique dans son édition du lendemain :

Nous n’avons rien à reprendre à notre article d’hier, si ce n’est l’orthographe d’un mot que le « typo » a malencontreusement changé. Nous avions écrit: « institution », il nous a fait dire: « instituteur ». À part cela, nous rapportions le sens des paroles de M. Guertin et nous n’en voulons comme preuve que la manifestation spontanée de la Chambre qui cria « C’est vrai »! à plusieurs reprises, hier soir, au moment où M. Guertin lisait les passages de l’article qui l’a si fort piqué112.

 

Il demeure que les comptes rendus des débats constituent une source fiable pour suivre les travaux de l’Assemblée législative. La majeure partie des discours sont publiés sous forme de verbatim ou de résumés. Seuls quelques aspects des échanges, jugés accessoires par les journalistes, sont laissés pour compte, faute d’espace dans les pages des journaux. D’autant qu’avec la crise du papier, les journaux publient des éditions moins considérables113. À ce compte, on comprend que le discours-fleuve de Guertin n’a pas été reproduit dans son intégralité.

 

La couverture du plus long discours

Durant la nuit du 1er au 2 avril 1931, les journalistes veillent au grain. Ils sont dans leur tribune depuis la première séance du mercredi, qui a débuté à 11 h 20, et demeurent sur place jusqu’à la fin de la séance du jeudi, qui se termine vers minuit.

Quant au discours de Guertin, le courriériste du Droit avoue que les « journalistes ont à peine suffi à la tâche ». À tour de rôle, ils assistent à ce discours-fleuve en faisant « des quarts, tout comme les gardiens de nuit »114. Dans Le Devoir, on écrit que les « journalistes grillaient cigarettes sur cigarettes, alternaient les sandwiches avec les tasses de café, dans l’attente de l’incident possible115 ». Visage tiré, à 5 heures, ils sont encore au poste pour taper « sur la machine les quelques impressions que les circonstances pouvaient leur inspirer ».

Dans les débats reconstitués, le discours de Guertin est résumé très succinctement, les journalistes se contentant de rapporter les faits saillants et les principaux sujets de discussion, sans entrer dans les détails.

 

Notes de l’introduction historique et de la critique des sources

1. Jean-Marie Lebel, Québec 1608-2008 : Les chroniques de la capitale, Québec, PUL, 2008.

2. Bilan du siècle, Université de Sherbrooke, http://www.bilan.usherbrooke.ca

3. « Toujours l’R-100 », Mary Travers, Starr New Process, Montréal, 1930.

4. Le recensement de 1931 montre que 63,1 % de la population canadienne est urbaine. Jacques Lacoursière, Histoire populaire du Québec, tome 4, Sillery, Septentrion, 1997, p. 190.

5. Jean-Guy Genest, Vie et œuvre d’Adélard Godbout, Québec (Ph. D. histoire, Université Laval), 1977, p. 137. Selon l’historien John Thompson, le taux de chômage au Canada est de 12,9 % en 1930. Paul-André Linteau, René Durocher, Jean-Claude Robert et François Ricard, Histoire du Québec contemporain : Le Québec depuis 1930, tome 2, Montréal, Boréal Express, 1989, p. 79.

6. Robert Lévesque et Robert Migner, Les boss politiques à Montréal. Camillien et les années vingt suivi de Camillien au goulag. Cartographie du houdisme. Montréal, Les Éditions des Brûlés, 1978, p. 120.

7. Bernard Vigod, Taschereau, Sillery, Septentrion, 1996, p. 221; Robert Rumilly, Histoire de la province de Québec : La dépression, tome XXXII, Montréal, Fides, 1959, p. 149.

8. Journal personnel du lieutenant-gouverneur Henry George Carroll, vol. I (28 mars 1929 au 30 octobre 1930), p. 117. Fonds Henry George Carroll, 1888-1939, Archives de l’Assemblée nationale du Québec, P22.

9. P.-A. Linteau, R. Durocher, J.-C. Robert et F. Ricard, Histoire du Québec contemporain…, p. 43-44.

10. Ibid., p. 44.

11. Marc La Terreur, Les tribulations des conservateurs au Québec de Bennett à Diefenbaker, Québec, Presse de l’Université Laval, 1973, p. 25.

12. Les conservateurs ne présentent pas de candidat dans la circonscription de Bellechasse. Un candidat libéral indépendant, J.-N. Nadeau, se présente contre Taschereau fils. Des libéraux du comté étaient outrés du fait que Taschereau père y avait parachuté son fils. R. Lévesque et R. Migner, Les boss politiques à Montréal…, p. 123.

13. « Le bill du chômage est le premier introduit », Le Soleil, 3 décembre 1930, p. 21. Le chroniqueur ajoute : « Chez le premier ministre comme chez l’ancien chef de l’opposition, l’intention de rester impassibles et stoïques comme Zénon était évidente, mais, malgré tout, on sentait, sous l’apparence rigide et compassée, le sentiment paternel tirer les traits, mettre comme un trémolo dans la voix du premier ministre et un léger tremblement dans la main tendue de M. Sauvé. »

14. Martin Pâquet, « Un geste auguste dans le temple de la loi « : L’ordo des cérémonies d’ouverture des sessions parlementaire au Québec, 1792-1997, Revue Anthropologie et sociétés, vol. 23, no 1 (1999), p. 119.

15. « Le discours du trône », Le Devoir, 3 décembre 1930, p. 1. Ajoutons que le journaliste croit voir les yeux d’Arthur Sauvé « se mouiller et des larmes de joie perler à ses yeux ».

16. « La principale des mesures est adoptée », Le Droit, 9 décembre 1930, p. 1.

17. J.-G. Genest, Vie et œuvre d’Adélard Godbout…, p. 207.

18. R. Rumilly, Histoire de la province de Québec…, p. 47.

19. Perron est élu député libéral dans Gaspé à l’élection partielle du 17 février 1910. Ne s’est pas représenté en 1912. Élu sans opposition dans Verchères à l’élection partielle du 16 octobre 1912. Nommé conseiller législatif de la division de Montarville le 13 avril 1916. Assermenté ministre sans portefeuille dans le cabinet Taschereau le 9 juillet 1920. Nommé leader du gouvernement au Conseil législatif le 27 septembre 1921. Ministre de la Voirie dans le même cabinet du 27 septembre 1921 au 24 avril 1929. Démissionna de son poste de conseiller législatif le 16 novembre 1929 et fut élu à l’Assemblée législative dans Montcalm à l’élection partielle du 16 novembre 1929. Ministre de l’Agriculture dans le cabinet Taschereau du 24 avril 1929 au 20 novembre 1930. Voir aussi : R. Lévesque et R. Migner, Les boss politiques à Montréal…, p. 100.

20. B. Vigod, Taschereau…, p. 209; J.-G. Genest, Vie et œuvre d’Adélard Godbout…, p. 207.

21. R. Rumilly, Histoire de la province de Québec…, p. 218.

22. Après son rétablissement, à compter du 18 mars 1931, McMaster reviendra siéger à titre de député de Compton seulement. Il ne se représentera pas aux élections générales qui suivront.

23. Plus tard, les premiers ministres Jean Lesage, Jean-Jacques Bertrand et Robert Bourassa seront également ministres des Finances.

24. Le Courrier de L’Islet, 24 janvier 1931, p. 1; L’Événement, 22 janvier 1931, p. 3.

25. « Charles Maillard et Ivan Neilson, respectivement directeurs des écoles des beaux-arts à Montréal et à Québec, recueillent officiellement l'honneur d'avoir terminé l'œuvre. Maillard touche le plus gros magot puisqu'il a organisé et surveillé tous les travaux; Neilson se contente d'un rôle effacé. Ceux qui ont véritablement peint l'œuvre sont deux étudiants: l'un de Québec, Paul Bédard, élève de Neilson; l'autre de Montréal, Henri Bélisle, élève de Maillard. » Robert Derome, « Charles Huot et la peinture d'histoire au Palais législatif de Québec (1883-1930) », Le Bulletin et le Bulletin annuel du Musée des beaux-arts du Canada 1963-1985, no 27, 1976. ( http://www.gallery.ca/bulletin/num27/derome5.html)

26. Journal personnel du lieutenant-gouverneur Henry George Carroll, vol. I, p. 109.

27. B. Vigod, Taschereau…, p. 211.

28. Dans le budget de 1930-1931, on indique que les dépenses allouées pour la loi des bons chemins de 1912 se chiffrent à 46 239 872.44 $.

29. P.-A. Linteau, R. Durocher, J.-C. Robert et F. Ricard, Histoire du Québec contemporain…, p. 44.

30. Séance du 21 janvier 1930.

31. Étienne Faugier, L’économie de la vitesse : impacts du système automobile dans les espaces ruraux du département du Rhone et de la région de Québec, 1919-1961, Québec-Lyon, Université Laval-Université Lyon II, (thèse en histoire en cours).

32. R. Lévesque et R. Migner, Les boss politiques à Montréal…, p. 110.

33. B. Vigod, Taschereau…, p. 219.

34. Après l’ajournement de la séance, Olivar Asselin, directeur du Nationaliste et attaché à la rédaction de La Patrie, se rendit sur le parquet de la Chambre et interpella vivement Taschereau, alors ministre des Travaux publics et du Travail. Il l’accusa d’avoir menti lorsque ce dernier prétendit dans son discours sur l’affaire de l’Abitibi que lui (M. Asselin) était chez Mme Tremblay lorsque le faux câblogramme adressé à M. Gouin est arrivé. S’avançant alors vers le ministre, M. Asselin le frappa à la bouche, la main ouverte. Le coup fit venir du sang aux lèvres de M. Taschereau. Le ministre appela alors un constable et lui ordonna d’arrêter M. Asselin. Le constable conduisit son prisonnier au sous-sol, où sont situés les quartiers de la police provinciale, et le logea dans un cachot. On demanda au procureur général que pour aucune considération on ne laissât sortir M. Asselin sous caution.

35. « M. Houde et les journaux », Le Devoir, 7 janvier 1931, p. 2.

36. Houde avait représenté cette circonscription en 1923, mais il avait été défait en 1927, puis réélu dans une partielle en 1928.

37. Le Nationaliste et le Devoir, 18 décembre 1930, p. 2.

38. « À l’Assemblée législative », Le Guide, 31 janvier 1931, p. 1.

39. R. Rumilly, Histoire de la province de Québec…, p. 73.

40. « Les conservateurs fédéraux aideront Camillien Houde aux prochaines élections », Le Nouvelliste, 23 février 1931, p. 1.

41. J.-G. Genest, Vie et œuvre d’Adélard Godbout…, p. 137.

42. « Une entente aurait été conclue entre l’hon. Bennett et Camillien Houde. Les deux organisations fusionnées », Le Nouvelliste, 7 mars 1931, p. 1.

43. « M. Houde et les journaux », Le Devoir, 7 janvier 1931, p. 2.

44. M. La Terreur, Les tribulations des conservateurs…, p. 16.

45. R. Lévesque et R. Migner, Les boss politiques à Montréal…, p. 109.

46. Ibid.

47. L’Événement, 22 janvier 1931, p. 3. Duplessis avait souhaité une belle et longue carrière politique à Robert Taschereau en ces termes : « J’espère qu’il prendra les exemples d’énergie, de courage et d’intégrité de son père distingué. » (21 janvier) Le premier ministre Taschereau avait, selon le chroniqueur parlementaire de L’Événement, été touché de cette délicatesse de Duplessis. Voir aussi : Frédéric Boily, « Le style populiste de Maurice Duplessis : le début des années 1930 », dans Xavier Gélinas et Lucia Ferretti (dir.), Duplessis, son milieu, son époque, Québec, Septentrion, 2010, p. 77-96.

48. La Parole, 22 janvier 1931, p. 8.

49. R. Rumilly, Histoire de la province de Québec…, p. 79.

50. R. Lévesque et R. Migner, Les boss politiques à Montréal…, p. 121-122.

51. « Des projets de loi importants sont annoncés », Le Canada, 3 décembre 1930, p. 1.

52. Journal personnel du lieutenant-gouverneur Henry George Carroll, vol. II (1er novembre 1930 au 17 janvier 1931), p. 213. Fonds Henry George Carroll, 1888-1939, Archives de l’Assemblée nationale du Québec, P22. Voir : Frédéric Lemieux, Christian Blais et Pierre Hamelin, L’histoire du Québec à travers ses lieutenants-gouverneurs, Québec, Publications du Québec, 2005, p. 187.

53. Journal personnel du lieutenant-gouverneur Henry George Carroll, vol. I, p. 89.

54. Omer Héroux, « Le discours du trône », Le Devoir, 3 décembre 1930, p. 1.

55. Thomas Poulin, « Le discours du trône », L’Action sociale, 3 décembre 1930, p. 1.

56. « L’hon. L.-A. Taschereau très libéral pour le cultivateur et l’ouvrier », L’Événement, 3 décembre 1930, p. 3.

57. Le Nouvelliste, 10 décembre 1930, p. 1.

58. Dans son journal, Carroll écrit : « […] je me suis amusé à lire in extenso le discours de M. Camillien Houde, chef de l’opposition. Ça n’est pas trop mal pour un homme qui n’a pas beaucoup d’instruction. Il a évidemment du talent; pas trop scrupuleux. » Journal personnel du lieutenant-gouverneur Henry George Carroll, vol. II, p. 219-220.

59. La Tribune, 11 décembre 1930, p. 3.

60. Le Nationaliste et le Devoir, 15 décembre 1931, p. 2.

61. « La reprise des travaux sessionnels », Le Devoir, 7 janvier 1931, p. 1.

62. « La législation d’avant l’appel aux électeurs », Le Devoir, 7 avril 1931, p. 1.

63. P.-A. Linteau, R. Durocher, J.-C. Robert et F. Ricard, Histoire du Québec contemporain…, p. 79 et 83.

64. R. Rumilly, Histoire de la province de Québec…, p. 55.

65. James Iain Gow, Histoire de l’administration publique québécoise, 1867-1970, Québec, PUL, 1986, p. 124. Voir aussi : R. Rumilly, Histoire de la province de Québec…, p. 75.

66. La commission du chômage est présidée par C. E. Gravel, ancien président à la Chambre de commerce de Montréal et échevin de la ville d’Outremont. Les autres membres sont : Charles Duquette, ancien maire de Montréal; J. H. Fortier, de la Cie P. T. Légaré de Québec; George Bancroft, gérant de la Banque de Montréal à Québec; M. l’abbé Jean Bergeron, président des missionnaires-colonisateurs; Omer Fleury, président du Conseil fédéré des métiers et du travail; Pierre Beaulé, président de la Confédération des travailleurs catholiques; le colonel J. H. Blue, industriel de Sherbrooke; et G. Laffoley, ancien président du Board of trade de Montréal.

67. J. I. Gow, Histoire de l’administration publique…, p. 125.

68. B. Vigod, Taschereau…, p. 123.

69. Ibid.

70. En complément, Vigod écrit : « La nouvelle loi modifie la précédente sur deux points : elle substitue la responsabilité collective des groupes industriels à la responsabilité individuelle de chaque patron; elle impose l’assurance d’État, gérée par la Commission, pour les catégories industrielles les plus nombreuses. La Commission répartira les industries en groupe, fixera les taux d’assurance, dans chaque groupe, d’après les salaires et sur tout (sic) d’après les risques, et rendra des décisions sans appel. Dans les cas où l’indemnité reste payable par l’employeur, ou par son assureur, la Commission exercera des fonctions de surveillance. » Ibid., p. 123-124.

71. The Sherbrooke Daily Record, 10 janvier 1931, p. 1.

72. Pierre Pagé, « Édouard Montpetit et Henri Letondal, les créateurs d’une radio éducative : L’Heure Provinciale (1929-1939), Fréquence/Frequency, no 3-4, Montréal, AERTC, 1995, p. 56.

73. Robert Lévesque, Labelle et Camillien. Deux figures du populisme canadien-français, Montréal, VLB éditeur, 2009, p. 195-196.

74. Pierre Pagé, Histoire de la radio au Québec. Information, éducation, culture, Montréal, Fides, 2007, p. 73.

75. L’Heure provinciale est diffusée à raison de deux émissions d’une heure par semaine, le soir à 20 heures. P. Pagé, « Édouard Montpetit… », p. 66.

76. P.-A. Linteau, R. Durocher, J.-C. Robert et F. Ricard, Histoire du Québec contemporain…, p. 173.

77. http://www.thecanadianencyclopedia.com

78. http://www.cbc.radio-canada.ca/histoire/1920-1939.shtml

79. Voir : Gilles Gallichan, Les Québécoises et le barreau. L'histoire d'une difficile conquête, 1914-1941, Sillery, Septentrion, 1999, chapitre 5.

80. Ibid., p. 77.

81. Collectif Clio, L’histoire des femmes au Québec depuis quatre siècles, Montréal, Le Jour, 1992, p. 351.

82. Rumilly précise que la femme « peut, avec l’autorisation du juge, intenter seule une action en dommages-intérêts pour injure personnelle. Enfin la femme séparée de biens est habile à tous les actes de la vie civile, sans l’autorisation maritale et judiciaire. » R. Rumilly, Histoire de la province de Québec…, p. 125. Les femmes pourront également être « témoins pour les testaments faits devant notaires ». Collectif Clio, L’histoire des femmes au Québec…, p. 354.

83. Thérèse Casgrain, Une femme chez les hommes, Montréal, Éditions du Jour, 1971, p. 94.

84. P.-A. Linteau, R. Durocher, J.-C. Robert et F. Ricard, Histoire du Québec contemporain…, p. 67.

85. The Gazette, 27 mars 1931, p. 1.

86. « L’acrobatie va bientôt commencer », Le Goglu, 7 novembre 1930, p. 1.

87. Voir : Arlette Corcos, Montréal, les Juifs et l’école, Sillery, Septentrion, 1997, 305 p.

88. R. Rumilly, Histoire de la province de Québec…, p. 79-85.

89. Débats sur les écoles juives, Débats reconstitués de l’Assemblée législative, 17e Législature, 3e et 4e sessions; 1930 et 1931.

90. B. Vigod, Taschereau…, p. 215.

91. « Les chômeurs ont manifesté à Québec drapeau rouge en tête », La Presse, 2 décembre 1930, p. 1.

92. R. Rumilly, Histoire de la province de Québec…, p. 119.

93. En août 1930, le gouvernement Bennett avait notamment limité l’immigration en provenance d’Europe. « Les seuls immigrants européens admis au pays seront les cultivateurs possédant un capital leur permettant de s'établir immédiatement sur une ferme. Les immigrants originaires des Îles Britanniques et des États-Unis continueront également de pouvoir entrer au Canada pourvu qu'ils puissent subvenir à leurs besoins. » Bilan du siècle, Université de Sherbrooke, http://www.bilan.usherbrooke.ca.

94. J.-G. Genest, Vie et œuvre d’Adélard Godbout…, p. 99.

95. P.-A. Linteau, R. Durocher, J.-C. Robert et F. Ricard, Histoire du Québec contemporain…, p. 36.

96. R. Rumilly, Histoire de la province de Québec…, p. 106.

97. R. Lévesque et R. Migner, Les boss politiques à Montréal…, p. 128.

98. Le Devoir, 30 janvier 1931, p. 1.

99. « Le député Aimé Guertin explique l’obstruction qu’il a faite à Québec », Le Droit, 7 avril 1931, p. 7.

100. Le Devoir, 2 avril 1931, p. 10.

101. Le Soleil, 2 avril 1931, p. 3.

102. Le Devoir, 2 avril 1931, p. 1.

103. Le Soleil, 2 avril 1931, p. 27.

104. R. Rumilly, Histoire de la province de Québec…, p. 96-100.

105. Le Soleil, 1er avril 1931, p. 3.

106. « George Leveillé new head of Press Gallery », The Chronicle-Telegraph, 6 décembre 1930, p. 1.

107. Jocelyn Saint-Pierre, Les membres de la Tribune de la presse : liste chronologique, 1871-1989, Québec, Bibliothèque de l’Assemblée nationale, 1990, Bibliographie et documentation, no 34.

108. « La principale des mesures est adoptée », Le Droit, 9 décembre 1930, p. 1.

109. Omer Héroux, « Le discours du trône », Le Devoir, 3 décembre 1930, p. 1.

110. Edmond Chassé, « Mesure préventive du chômage à l’ouverture de la session », L’Événement, 2 décembre 1930, p. 3.

111. Le Soleil, 21 mars 1931, p. 27.

112. Le Soleil, 28 mars 1931, p. 35.

113. En Chambre, le 28 janvier 1931, Augustin Frigon, député libéral dans Saint-Maurice, affirme : « Le commerce du papier à journal est mauvais à cause du mauvais état des affaires. Qu’on parcoure seulement les journaux et les revues. Tous et toutes ont diminué leurs pages et leurs impressions dans des proportions considérables. Il y a moins d’annonces et, partant, les journaux publient des éditions moins considérables. »

114. « L’opposition retarde la prorogation », Le Droit, 2 avril 1931, p. 1.

115. Le Devoir, 2 avril 1931, p. 1.