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Version finale

39e législature, 1re session
(13 janvier 2009 au 22 février 2011)

Le jeudi 2 avril 2009 - Vol. 41 N° 15

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Table des matières

Affaires du jour

Présence de M. Pierre Michel Auger, ex-parlementaire de l'Assemblée nationale

Affaires courantes

Affaires du jour

Ajournement

Journal des débats

(Dix heures trois minutes)

Le Vice-Président (M. Chagnon): Chers collègues, bon jeudi matin. On va prendre quelques secondes de réflexion.

Je vous remercie. Assoyez-vous, s'il vous plaît.

Affaires du jour

Affaires prioritaires

Reprise du débat sur le discours
d'ouverture et sur les motions de censure

Nous sommes aux affaires du jour, et, comme affaire prioritaire, à l'article 2 du feuilleton, l'Assemblée reprend le débat, ajourné le 1er avril 2009, sur le discours d'ouverture de la session prononcé par M. le premier ministre le 10 mars dernier et sur les motions de censure présentées par Mme la chef de l'opposition officielle, Mme la députée de Lotbinière, M. le député de Mercier, M. le député d'Ungava, M. le député de Marie-Victorin, M. le député de Richelieu, M. le député de Lac-Saint-Jean, M. le député de Borduas, Mme la députée d'Iberville, M. le député de Verchères, M. le député de Bourget. Et, avant de donner la parole au prochain intervenant, je vous informe que 23 h 16 min 42 s ont été utilisées dans le cadre de ce débat. Il reste donc un total de 1 h 43 min 18 s qui sont réparties comme suit: 20 min 47 s au groupe parlementaire formant le gouvernement, 22 min 43 s au groupe parlementaire formant l'opposition officielle et 60 minutes au représentant du gouvernement pour sa réplique.

Et je cède maintenant la parole à un prochain intervenant. Et je vous vois bien, Mme la députée de Taillon. Je vous cède la parole immédiatement, Mme la députée de Taillon. À vous, donc.

Mme Marie Malavoy

Mme Malavoy: Merci, M. le Président. Je suis tellement près de vous qu'il se peut que vous ne me voyiez pas bien quand je me lève.

Le Vice-Président (M. Chagnon): J'avais été bien informé. Mais j'avais été bien informé un petit peu avant.

Mme Malavoy: Ah! Bien, écoutez, M. le Président, vous venez de l'indiquer, nous sommes presque au terme de cette réplique au discours inaugural, et je dois vous dire que j'avais extrêmement hâte que mon tour arrive. Parce que, d'abord, la coutume veut que l'on commence par remercier les gens qui nous ont permis de les représenter à l'Assemblée nationale, et, moi, entre le 8 décembre et aujourd'hui, je n'avais pas encore eu l'occasion de dire aux gens du comté de Taillon à quel point je suis fière de les représenter. Et je dois vous dire, M. le Président, que je les représente déjà pour une troisième fois. En deux ans et demi, j'ai eu l'honneur, je ne sais pas si je devrais dire «le plaisir», mais d'avoir trois élections, une partielle, deux complémentaires. Donc, je suis réélue dans le comté de Taillon pour une troisième fois et j'en suis ravie. Je vous avoue que, s'il y avait quelques années de tranquillité, j'en serais également très heureuse, je pense que ça me permettrait de représenter les gens de mon comté en toute quiétude, sans avoir à gagner ma place.

Mais je sais aussi que représenter les gens de son comté, dans le fond, c'est tout simplement être attentif à ce que les gens vivent. Ce que les gens vivent dans le comté de Taillon n'est pas différent de ce que les gens vivent dans l'ensemble du Québec. Et je voudrais illustrer ça par trois exemples qui sont des dossiers d'actualité dans mon comté mais qui sont également des dossiers d'actualité au Québec. Et en même temps il y a des choses qui sont heureuses, il y a des choses qui sont beaucoup plus inquiétantes, mais Taillon n'échappe pas à la règle.

Par exemple, si je vous parle de la situation économique actuelle et de ce... non seulement de ce danger de pertes d'emploi, mais de ces pertes d'emploi réelles, eh bien, ça a déjà touché le comté de Taillon. Il y a dans Taillon une entreprise qui pourtant a beaucoup d'essor, et beaucoup de notoriété, et beaucoup de compétence, qui s'appelle Pratt & Whitney, qui a des installations très importantes dans mon comté. Et nous avons déjà malheureusement dû assister à des pertes d'emploi, dans les 600 pertes d'emploi simplement pour le comté de Taillon.

J'ai rencontré les travailleurs, les représentants des travailleurs, j'ai discuté également avec un représentant de la direction de cette entreprise, et je vois bien que nous subissons, nous aussi, le contrecoup d'une crise qui nous dépasse. Mais je sais fort bien que, pour les familles qui, d'ici quelques semaines, vont voir que l'un des leurs est en chômage, ce sera un coup dur, et je voudrais leur dire que non seulement je suis sensible à ce qu'ils vivent, mais aussi je vais essayer, dans la mesure de mes moyens comme députée, de faire que la transition vers un nouvel emploi puisse se faire dans la meilleure harmonie possible.

Autre question, là encore, qui est honnêtement désastreuse, au Québec, et dans Taillon, et sur la Rive-Sud également, c'est la question du taux de décrochage scolaire. Je sais que certains aiment mieux parler de persévérance. C'est vrai que, quand on a un plan d'action, parler de persévérance, c'est comme plus positif, plus stimulant, mais honnêtement, moi, je parle encore de décrochage. Savez-vous pourquoi, M. le Président? Parce que je crois que nous devons avoir en pleine figure ce drame national. Il ne faut pas se raconter d'histoires...

Le Vice-Président (M. Chagnon): Une seconde. Je m'excuse de vous interrompre, Mme la députée de Taillon. Je sais que nous sommes très nombreux ici, mais est-ce qu'on pourrait avoir un bruit de fond un petit peu plus bas pour que je puisse bien entendre Mme la députée de Taillon? Merci.

Mme Malavoy: Merci, M. le Président. Je prenais ça pour des murmures d'approbation, mais peut-être que c'étaient des murmures de distraction.

Je parlais donc du décrochage scolaire, parce que c'est un défi majeur. Plusieurs écoles de mon comté, plusieurs écoles de Longueuil ont des taux de décrochage inouïs, particulièrement chez les garçons. Et c'est un fait que, si on n'arrive pas à corriger ce problème à la source, on s'en va vers une catastrophe d'ici quelques années, d'abord parce que ces jeunes qui décrochent, même si plusieurs raccrochent plus tard, vivent un drame en pleine période de leur vie où ils sont en train d'acquérir leur identité, en train de formuler leurs premiers rêves, leurs premières ambitions, et là il y a quelque chose qui se casse. J'en ai rencontré, en campagne électorale, qui avaient décroché et qui me disaient... je pense à un en particulier qui me disait, 10 ans après: Maintenant, j'ai une femme, maintenant j'ai un enfant et maintenant je voudrais raccrocher, mais je ne sais pas comment. Il faut que je perde mon emploi, il faut que je quitte mon emploi et il faut que je trouve le moyen de raccrocher, et j'ai charge de famille. Et je pense à cet homme quand je pense au décrochage scolaire. Vous et moi et chacun dans nos comtés, quand nous pensons à ce problème, nous pensons à des personnes qui le vivent réellement. Je crois que c'est donc certainement un fléau à combattre.

n (10 h 10) n

Autre défi dans le comté de Taillon et qui est un défi pour l'ensemble du Québec, je vais le dire en des mots un peu généraux, mais protéger la planète, protéger la planète terre. Ça commence partout où nous sommes, ça commence dans tous les comtés que nous représentons. Et nous les connaissons, les défis, ils ont un nom. Ce n'est pas simplement des grandes ambitions ou des grands slogans pour une marche dans les rues.

Chez moi, par exemple, ce défi-là, il a un nom, il s'appelle l'île Charron. Et je sais, M. le Président, que, comme vous n'êtes pas très loin de cet endroit, vous le connaissez bien. L'île Charron, c'est un petit espace qui en toute logique devrait être ajouté au parc des Îles-de-Boucherville, en toute logique. Quand quelqu'un se promène sur l'île Charron, quand quelqu'un ou encore les chevreuils parce qu'il y en a beaucoup à cet endroit-là, franchement on ne fait pas de différence entre l'île Charron et les îles de Boucherville. Or, vous savez qu'on a réussi à stopper pour le moment un développement immobilier qui aurait honnêtement massacré les lieux, mais la partie n'est pas gagnée pour autant parce que l'île Charron n'est pas encore rattachée aux îles de Boucherville.

Donc, je vous mentionne ces questions-là pour vous indiquer que, comme députée, je vais m'en préoccuper. Mais je crois que, si on s'occupe, dans Taillon, de décrochage scolaire, d'environnement et de permettre aux gens de retrouver un emploi, on le fait pour son coin de pays, mais on le fait aussi pour l'ensemble du Québec.

Dans le discours inaugural, je vais vous le résumer rapidement, je cherchais et je me prenais même des notes, je me prenais des notes, je cherchais des réponses à ces défis-là. Je vous résume ce que j'ai trouvé: peu de choses véritablement nouvelles, peu de vision à long terme et peu de moyens. Je vous explique en quelques instants ce que ça veut dire.

Peu de nouveau. J'ai pris des notes, et franchement les mots que j'ai vus, ce sont des mots généraux. Je n'ai pas trouvé d'idées. Vous savez quand un discours inaugural vous amène sur des pistes nouvelles et que vous retenez deux, trois éléments marquants? Malheureusement, je ne les ai pas trouvés.

Je n'ai pas trouvé non plus de vision globale. Par exemple, permettez-moi de citer un élément de notre plateforme électorale. Nous disons, au Parti québécois, et je le cite, qu'il fallait «un plan [...] national de lutte au décrochage [scolaire pour] donner au milieu de l'éducation et aux communautés les moyens de se concerter et de se mobiliser». Un plan national, M. le Président, ça veut dire qu'on commence à la petite enfance et qu'on va jusqu'aux études universitaires, pour ceux et celles qui s'y rendent, ça veut dire qu'on met tout le monde à contribution. Je n'ai pas trouvé, jusqu'ici, de plan national.

Autre question que je cherchais. Je cherchais que nous ayons des moyens de faire des choses, des moyens. Or, bien entendu, je fais ma réplique au discours inaugural après que nous ayons eu le discours sur le budget, donc ça m'a confirmé ce que je pressentais en écoutant ce discours inaugural: il n'y a pas beaucoup de moyens.

Permettez-moi de citer de nouveau notre plateforme électorale dans un secteur qui est de ma responsabilité. Nous disions: Réinvestir 400 millions de dollars dans l'enseignement postsecondaire. Nous nous engagions à cela. Ça touche les cégeps et les universités, ça touche, entre autres, le cégep Édouard-Montpetit, qui est dans le comté de Taillon. Malheureusement, nous avons peu de moyens.

Alors, moi, je m'apprête à représenter pour ce mandat les citoyens et les citoyennes du comté de Taillon. Je crois que j'identifie assez bien quels sont les défis à relever chez nous. Je pense que je peux dire aux gens que je vais les représenter de la meilleure façon possible, à la fois en étant une députée sur place qui les rencontre, qui participe aux activités, qui les félicite à l'occasion, qui les appuie à d'autres occasions, à la fois comme étant également une parlementaire, parce que je pense qu'en ces lieux on travaille pour que l'encadrement de notre vie collective devienne meilleur. Je veux que les gens de Taillon donc soient certains de mon appui.

Mais je me permets de dire toutefois que ce discours inaugural ne nous a pas vraiment élevés et amenés dans des directions très prometteuses. J'espère qu'on va réussir néanmoins dans ce mandat à faire des choses pour les gens du Québec et je vais m'employer à faire des choses particulièrement pour les gens du comté de Taillon. Merci, M. le Président.

Le Vice-Président (M. Chagnon): Merci, Mme la députée du comté de Taillon. J'inviterais maintenant à prendre la parole Mme la députée d'Anjou et ministre responsable... ministre déléguée, devrais-je dire, aux Services sociaux, n'est-ce pas?

Mme Thériault: C'est bien ça. Merci.

Le Vice-Président (M. Chagnon): Alors, Mme la ministre.

Mme Lise Thériault

Mme Thériault: Merci, M. le Président. M. le Président, vous allez me permettre tout d'abord de vous féliciter pour votre poste. Vous allez me permettre également de féliciter les deux autres vice-présidents et le président pour ces nominations. Nous savons tous que c'est un travail très exigeant, ce que vous faites. Évidemment, contrôler les débats des députés et faire respecter les droits de chacun d'entre nous ici, on comprend que des fois ça brasse un peu, c'est normal, c'est la démocratie. Donc, j'ai beaucoup d'admiration pour ce que vous faites, tous les présidents qui animez nos débats avec beaucoup de rigueur.

Le Vice-Président (M. Chagnon): Et je leur transmettrai vos remerciements et félicitations.

Mme Thériault: Merci. Merci, M. le Président. M. le Président, tout d'abord, vous allez me permettre de féliciter tous mes collègues qui ont été élus. Je pense que c'est important ici de souligner qu'évidemment il y a les nouveaux venus qui, pour la plupart d'entre eux, c'était la première expérience électorale. Il y a également les députés qui siègent depuis deux élections, trois élections, quatre élections, cinq élections, et ainsi de suite. Mais j'aimerais avoir une pensée particulière pour les députés. Et, dans ma formation politique, il y en a plusieurs qui avaient été élus en 2003, qui ont perdu en 2007 et qui ont gagné en 2008. Donc, évidemment, je pense que ça demande beaucoup de courage de passer le test de la population, se présenter à une campagne électorale. On est tous animés par nos idées; évidemment, les idéaux et les valeurs qui nous guident dans notre chemin politique. Donc, une campagne électorale, je pense que c'est une bonne occasion de pouvoir faire valoir nos points de vue à la population.

Vous allez également me permettre de remercier les électeurs du beau comté d'Anjou. Vous savez, le comté d'Anjou, on parle d'un peu plus de 45 000 électeurs, c'est un comté de ville. Je reviendrai sur le comté, mais mes premiers remerciements iront à ceux qui ont exprimé leur droit de vote, à ceux qui croient en la démocratie et à ceux qui ont décidé de me confier un quatrième mandat, M. le Président.

M. le Président, vous savez, des élections, ça ne se fait pas tout seul, hein? Évidemment, quand on fait de la politique, on peut pouvoir... on doit compter sur le support de notre famille, des membres de notre famille. Donc, vous allez me permettre d'avoir une pensée particulière pour mon conjoint, Gérard, qui m'accompagne dans cette belle aventure depuis maintenant sept ans. Vous allez me permettre d'avoir une pensée particulière aussi pour mon fils, Gabriel, qui vit très bien avec une mère qui est politicienne, alors qu'on sait que ça demande très souvent des concessions mais que les enfants ont quand même aussi besoin de notre attention.

Vous allez me permettre de remercier mes organisateurs, particulièrement mon conjoint, Gérard, évidemment, qui... c'était la première campagne officielle dans laquelle il oeuvrait au niveau des organisateurs; André Baril, Mona Lisa Borrega, qui est ma présidente d'association, et particulièrement Gaétan Loiseau aussi. Donc, nous, on avait une direction à plusieurs dans notre comté.

Vous allez me permettre de remercier les bénévoles aussi. Je pense que les bénévoles sont un maillon important de notre démocratie, autant les membres de mon association, de mon exécutif, que les bénévoles qui ont donné beaucoup de temps parce qu'ils croient réellement en la cause qu'on défend, aux valeurs que nous défendons, aux idéaux que nous partageons. Donc, évidemment, je veux remercier les bénévoles qui ont donné du temps sans compter, très souvent, parce qu'ils veulent réellement défendre les idées que nous défendons, nous aussi.

M. le Président, il y a également mon équipe au bureau de comté. Je pense, c'est important de rappeler l'équipe sur qui on peut s'appuyer, parce que, très souvent lorsqu'on est en session ici, évidemment c'est plus difficile de rencontrer nos commettants, les gens qui viennent dans nos bureaux, et l'équipe du bureau de comté est réellement une équipe formidable. Donc, vous allez me permettre de remercier Lise, Brigitte et Teresa, qui ont fait la campagne, et Martin, le nouveau venu qui s'est joint à notre équipe, de les féliciter pour le travail qu'ils ont fait mais aussi de les remercier d'être là, d'être là à l'écoute de la population.

n (10 h 20) n

Parce que le comté est très souvent la portion... ou le rôle, si vous voulez, du député qu'on ne voit jamais. Donc, évidemment, les gens voient les débats ici, voient les périodes de questions, c'est ce qui anime très souvent les bulletins d'information, mais je dirais que la portion du comté, elle est réellement méconnue. Les gens ne peuvent pas s'imaginer le travail que nous avons à faire, surtout au niveau de nos concitoyens qui sont les plus démunis. Vous savez, souvent le bureau de comté, c'est le dernier recours, hein? Donc, les gens viennent nous voir, ils ont besoin de notre aide. Moi, je dis souvent que les citoyens passent un peu à la confesse lorsqu'ils viennent dans nos bureaux. Et on essaie, plus souvent qu'autrement, de remettre la pâte à dents dans le tube quand elle est sortie. Mais évidemment je pense que le rôle que nous avons à jouer est un rôle qui est très, très, très important. Je reviendrai un petit peu plus tard également sur le rôle du député.

Je voudrais faire un petit peu d'histoire sur le comté d'Anjou, M. le Président. Vous savez, Anjou, c'est un comté qui a été créé en 1972. C'est un comté qui a eu six députés en un peu plus de 30 ans. Je suis très fière de signifier ici que je suis la première femme élue du comté d'Anjou et, M. le Président, croyez-le, je suis la première à avoir passé le test de quatre élections consécutives et de les avoir remportées, M. le Président. Vous savez, M. le Président, le 15 avril prochain, j'aurai le plaisir de célébrer mon septième anniversaire d'élection: sept ans, quatre campagnes, c'est beaucoup de travail dans le comté. Évidemment, il n'y a pas personne qui pensait qu'on aurait un gouvernement minoritaire lors de l'élection de 2007. Ceci étant dit, la population a parlé et... comme la population a parlé aussi lors de l'élection du mois de décembre. Donc, je peux vous dire que je suis très fière de représenter les citoyens du comté d'Anjou.

Anjou... Qu'est-ce qu'est le comté d'Anjou? Évidemment, tout le monde connaît les célèbres Galeries d'Anjou, hein, tout le monde connaît. On se souviendra des publicités de Marie-Josée Taillefer, qui faisait la promotion des Galeries d'Anjou. Anjou, c'est également la Place Versailles, M. le Président, parce que les gens ont tendance à associer Anjou à l'ancienne ville d'Anjou ou l'arrondissement, maintenant, d'Anjou, mais il y a également une portion de Montréal. Je dirais que, depuis l'élection de 2006, la modification à la carte électorale a fait, pour pouvoir rééquilibrer la quantité d'électeurs dans les comtés, que maintenant j'ai le plaisir de représenter également les gens de ce qu'on appelle le secteur Louis-Riel, où est la Place Versailles évidemment, puisque ce n'est pas les Galeries d'Anjou.

Qu'est-ce qu'on retrouve à Anjou, M. le Président? On retrouve également deux autoroutes qui coupent le comté en quatre littéralement: l'autoroute 25, l'autoroute 40. Qu'est-ce qu'on a à Anjou? On a également le deuxième plus grand parc industriel sur l'île de Montréal. Qu'est-ce qu'on a à Anjou? On a également un golf à la ville, dans le parc industriel, très beau golf. Si jamais le coeur vous en dit, M. le Président, je vous inviterai avec beaucoup de plaisir à venir jouer au golf. Et il y a un lac. Il y a un nouveau développement qui s'appelle Anjou-sur-le-lac. Vous voyez, on pense que, parce qu'on est à Montréal, parce qu'on est en ville, qu'il n'y a pas de...

Le Vice-Président (M. Chagnon): Est-ce qu'on peut aller à la pêche?

Mme Thériault: Malheureusement, non, M. le Président, il n'y a pas de pêche, mais c'est un super de beau développement. Mais, si jamais le coeur vous en dit, je vais à la pêche, donc vous pourrez m'inviter aussi. Je vais faire un échange avec vous: moi, je vous invite à jouer au golf, vous m'invitez pour aller pour la pêche. Ça me fera plaisir.

Donc, Anjou, M. le Président, au-delà de ce que je viens de vous dire, Anjou, c'est un comté que j'adore. Anjou, sa richesse, c'est d'abord et avant tout les gens qui y vivent, les gens qui y travaillent. C'est un comté de ville, évidemment, donc on va retrouver une mixité au niveau des différentes cultures. Et c'est un comté où, je vous dirais, c'est probablement un des comtés sur l'île de Montréal où la moyenne d'âge... où la proportion de personnes qui y vivent, en haut de 55 ans, est très élevée, pas loin de 50 %, M. le Président. Mais il y a également beaucoup de jeunes familles. Moi, je dois dire qu'on a une belle mixité et que j'ai le plaisir de représenter les gens du comté d'Anjou ici, à l'Assemblée nationale. Je suis très fière, je suis fière d'être leur représentante, je suis fière de pouvoir défendre leurs intérêts avec beaucoup de conviction et d'être aussi leur porte-parole.

Parce que, quand on est député, on a plusieurs rôles à assumer: il y a le rôle dans nos comtés, on a notre rôle de législateur et on a aussi notre rôle de représentation. On a un rôle où on est une espèce d'intermédiaire entre la machine gouvernementale et les différents problèmes ou solutions ou situations difficiles qui peuvent se vivre dans un comté. Donc, on est l'interface ou le négociateur ou le facilitateur, mais on est également d'abord et avant tout les représentants. Et ça, je pense que c'est important de ne pas oublier qu'on est les représentants de nos concitoyens dans nos comtés, et donc c'est pour ça que c'est important d'être très présents dans le comté.

Vous savez, moi, Anjou, j'y vis, j'y ai élevé ma famille. Donc, je fais mes commissions à Anjou, je vais au nettoyeur à Anjou, au restaurant à Anjou, je ne vais pas juste dans Anjou, mais beaucoup de mes activités sont faites dans Anjou parce que je considère que c'est important d'avoir le pouls sur le terrain, de vivre avec ces gens. Et évidemment, bien, quand tu fais ton épicerie puis tu as un de tes citoyens qui te parle: Mme la députée, l'autre fois, il est arrivé telle ou telle affaire, moi, je trouve que c'est intéressant, parce qu'on vit avec nos gens puis on reste branchés sur ce qui se passe dans notre terrain, M. le Président. Je pense que c'est ce qui nous permet réellement d'avoir une meilleure sensibilité, une meilleure réalité, une meilleure compréhension des dossiers et des enjeux locaux.

Vous savez, depuis maintenant sept ans, je vous l'ai dit tout à l'heure, presque sept ans, j'ai le plaisir de siéger à l'Assemblée nationale, et j'ai été députée de l'opposition, comme mes collègues là-bas, puisque j'ai été élue sur une élection partielle, j'ai été membre de commissions, vice-présidente de commission, présidente de commission. C'est la deuxième fois que j'ai le plaisir d'être ministre, également. Et le rôle de député, c'est réellement le plus beau des rôles, parce que c'est d'abord et avant tout parce que nous sommes députés que nous pouvons siéger au Conseil des ministres, c'est parce que nous sommes députés que nous pouvons siéger aux commissions, entendre les recommandations, les demandes des groupes et de la population. Et je crois sincèrement que toutes les fonctions que j'ai occupées dans cette Assemblée me permettent d'avoir une bonne vue d'ensemble et de voir aussi les deux côtés de la médaille.

Vous savez, évidemment, le Parlement, c'est l'endroit où on va s'exprimer en toute liberté, c'est l'endroit pour dire ce qu'on pense, évidemment, défendre nos convictions, défendre ce que nous croyons comme idées, ce qui est bon pour la population. Mais, M. le Président, moi, je dois dire que, lorsqu'on est au Parlement, je comprends que nous avons tous des lignes de parti, tous des motivations, que nous avons, qui font que des fois les débats sont un peu emballés, vivants, mais je crois sincèrement que nous sommes tous animés, peu importe la formation politique, nous sommes tous animés par le désir sincère de faire changer les choses et de faire avancer les choses.

Des fois, c'est des moyens différents, M. le Président, c'est bien évident. Mais je ne pense pas que nous possédons tous la science infuse et qu'il n'y a qu'une idée qui est bonne. Au contraire, on est dans un lieu pour pouvoir faire des débats et échanger sur les idées. Vous savez, M. le Président, dans mes fonctions et même lorsque j'étais députée de l'opposition, moi, je ne suis pas une députée qui est très, très démagogique, comme on dirait, ou qui va faire de la petite politique ? même si c'est des termes qui sont antiparlementaires, je me permets de les employer parce que je ne les affecte pas à aucun député ? et la raison pour laquelle je dis ça, M. le Président, c'est parce que je pense que c'est important de rappeler à tous les députés, surtout les nouveaux députés, que ce n'est pas parce qu'on ne partage pas la même opinion qu'on doit avoir le «crois ou meurs». Je pense qu'on a aussi le devoir de faire la différence dans les propos et dans les idées qui sont débattues ici.

Vous savez, M. le Président, cette élection-ci, la Trente-neuvième Législature, nous a permis d'avoir quatre partis politiques de représentés à l'Assemblée nationale. Moi, personnellement, je considère que c'est excellent parce que ça nous permet de voir les visions différentes, des pensées différentes. Ça permet réellement de voir des points de vue que des fois on n'aurait pas pensés.

Vous savez, lorsque j'étais députée de l'opposition et qu'on siégeait sur les commissions, j'ai toujours pensé qu'évidemment... quand tu es dans l'opposition, on peut s'opposer pour s'opposer, mais je crois aussi qu'on a un devoir de député. Tant qu'à faire un projet de loi, même si on s'y oppose, on doit le bonifier. On doit absolument le bonifier, M. le Président, plutôt que de tenir la ligne: Bien, non, parce que ce n'est pas ça qu'on veut. Partant du principe que le projet de loi finira par être adopté, il est de notre devoir, en tant que législateurs, de bonifier ces projets de loi là.

Vous savez, les gens, je l'ai dit tout à l'heure, on voit souvent la période de questions comme étant essentiellement le travail d'un député ou d'un ministre, alors que ce n'est pas ça dans la réalité. Dans la période de questions, on va avoir des débats aussi très vigoureux, et les gens seraient très surpris de voir la franche camaraderie que nous pouvons avoir entre les différentes formations politiques, autant au niveau du travail de commission que dans nos relations interparlementaires également, parce que souvent on va dans d'autres pays en compagnie des députés qui siègent dans les autres formations politiques.

n (10 h 30) n

Et pourquoi je dis ça, M. le Président, c'est parce que je veux tout simplement que les nouveaux députés... Moi, je me souviens. Quand je suis arrivée ici, je trouvais ça très, très difficile, après une campagne partielle qui avait duré presque trois mois, où, là, c'était la guerre, là... Écoutez, en campagne électorale, c'est la guerre, puis là l'adversaire, c'est réellement: C'est moi qui vais gagner, ce n'est pas l'autre, hein? Ça fait que pas besoin de vous dire que tous les coups ou presque étaient permis en campagne électorale. Et, quand on arrive ici, bien, là, tu te dis: Là, il faut que je réapprenne à apprécier mes collègues de l'autre côté de la Chambre. Et j'ai trouvé ça particulier un peu. Moi, j'avais beaucoup de difficultés à comprendre que mes collègues pouvaient faire l'accolade à un député de l'autre formation politique. Sincèrement, M. le Président, j'ai eu un choc. Et je le partage en toute candeur, parce qu'il y a des nouveaux députés, de l'autre côté, qui ont appris, eux aussi, à ne pas aimer l'autre formation politique. Mais, dans le fond, on est tous des députés animés par nos convictions, par nos valeurs, pour défendre les intérêts de nos concitoyens. Et je rappellerais tout simplement que derrière les politiciens il y a aussi des humains.

Donc, voici pour mon petit conseil. Je sais que le député de Saint-Maurice partage cette idée-là, puisqu'il est un politicien avec beaucoup d'expérience qui a assumé aussi des fonctions, vos fonctions, évidemment, M. le Président.

Vous allez me permettre, M. le Président, puisque je vois que le temps file et que vous comprenez que le discours inaugural est réellement la meilleure occasion pour parler à ses citoyens, ses commettants, les gens du comté, le comté, mais on doit quand même garder une portion sur le discours inaugural, donc vous allez me permettre d'y revenir. Et je pense que c'est important de rappeler que nous avons eu une élection parce qu'il y avait des temps économiques difficiles qui approchaient. Évidemment, la population a parlé, il y a présentement un gouvernement libéral qui a une priorité: l'économie et l'emploi, M. le Président.

Évidemment, je dois vous dire que, dans mes fonctions de ministre déléguée aux Services sociaux, je considère qu'on ne doit pas parler d'économie à tout prix, M. le Président. Je voudrais vous rappeler que, moi et ma formation politique, nous sommes animés également par une valeur de justice sociale et d'équité et je considère que l'économie au service de la justice sociale prend tout son sens dans les temps difficiles que nous passons et que nous vivons, évidemment.

Vous savez, M. le Président, cette crise financière et la pression qui est exercée sur nos finances publiques, je pense qu'il est important de souligner le fait que nous avons décidé de continuer de réinvestir en santé et en éducation. C'est un choix politique que nous assumons pleinement, M. le Président. Je pense qu'on n'a pas besoin de rappeler à la population, lorsqu'on coupe dans les budgets, qu'on est pris pendant plusieurs années à vivre avec les conséquences de ça, et, moi, c'est un choix avec lequel je suis tout à fait à l'aise et que je peux très bien défendre.

M. le Président, à mon avis, le discours inaugural était un discours d'espoir, était un discours qui prenait tout son sens où ce qu'on voulait. Et ce que le premier ministre a démontré, c'est qu'il y avait des gestes à poser. Il y en a qui ont été posés depuis le 8 décembre. Et c'est important pour les citoyens du Québec de savoir qu'ils sont entendus par leur gouvernement mais qu'on va également les supporter. La priorité à l'emploi, je considère que c'est important, la priorité à l'économie aussi. Le Québec tire son épingle du jeu mieux que les autres provinces, et évidemment nous allons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour que le Québec puisse sortir et être prêt lorsque la crise sera passée, et de limiter les dégâts, comme on dit, M. le Président. Je pense que, si les gens peuvent conserver leur emploi, c'est ce qui est le plus important.

M. le Président, vous savez, c'est une occasion pour nous, comme députés et comme ministres, de pouvoir s'exprimer librement sur nos idées. Je crois sincèrement que les répliques au discours inaugural permettent aux députés d'exprimer très clairement, très sincèrement, leur point de vue. Par contre, il ne faut jamais oublier qu'à une médaille il y a toujours deux côtés, M. le Président, et que ce n'est pas parce qu'on n'est pas du même côté de la Chambre qu'on n'entend pas non plus ce que les autres ont à dire. Moi, je pense sincèrement qu'on a le devoir de contribuer, peu importe la formation politique, à améliorer le sort de nos concitoyens, à améliorer le Québec, puisque nous sommes au service du Québec et de ses citoyens. Et je considère que le premier ministre a livré un excellent discours inaugural, ce qui est partagé par mes collègues, ici. Je sais que, de l'autre côté, ça ne l'est pas, mais, quoi qu'il en soit, je considère que la population est capable de juger aussi et de faire la part des choses. M. le Président, vous allez me permettre de vous souhaiter un excellent mandat, et au plaisir de travailler avec vous. Merci.

Le Vice-Président (M. Chagnon): Je vous remercie beaucoup, Mme la ministre. J'inviterais maintenant, je pense, probablement comme dernier intervenant de ce débat de 24 heures, M. le député de Saint-Maurice. M. le député de Saint-Maurice, c'est à vous la parole.

M. Claude Pinard

M. Pinard: Alors, merci beaucoup, M. le Président. C'est avec énormément d'émotion, vous le comprendrez, que je me lève, ce matin, dans cette Chambre, pour prononcer mon premier discours de la Trente-neuvième Législature.

Tout d'abord, permettez-moi de vous féliciter, comme l'a si bien fait la députée d'Anjou, Mme la ministre, ainsi que vos collègues vice-présidents, ainsi qu'également, M. le Président, M. le député de Richmond, d'avoir accepté la responsabilité qui vous a été inculquée par les 125 collègues ici, en cette Assemblée. Je vous souhaite un mandat des plus paisibles et très fructueux.

Je voudrais également féliciter les 125 collègues qui ont été... les 124 autres collègues qui ont été élus en cette Assemblée. Représenter les citoyens après une épreuve électorale est véritablement un signe d'appréciation de l'électorat, que l'électorat nous fait, et le rôle que nous avons à jouer le lendemain de l'élection est de bel et bien représenter ces électeurs mais également tous les citoyens et citoyennes de chacun de nos comtés.

Permettez, M. le Président, que je souligne l'élection dans ma région... d'abord, la réélection de Mme la ministre des Transports ainsi que la réélection également de Mme la députée de Champlain, mais également l'élection de trois nouveaux députés dans la région, soit le député de Maskinongé, Mme la députée de Trois-Rivières ainsi que M. le député de Nicolet. Je suis persuadé que tous et chacun vont travailler d'arrache-pied pour faire en sorte que la région de la Mauricie se sorte du marasme économique dans lequel la Mauricie est malheureusement plongée.

M. le Président, il serait malvenu, je pense, de ne pas remercier tous ces citoyens et citoyennes du comté de Saint-Maurice qui m'ont accordé leur confiance pour ce quatrième mandat. Je veux tout simplement leur dire que je suis très ému. J'ai reçu de votre part une marque de confiance à nulle autre pareille. Vous m'avez confié les destinées du comté de 1994 à 2007 ? j'ai eu un laps de vacances qui a duré 20 mois ? et vous avez préféré, lors de la campagne du 8 décembre 2008, non pas de faire confiance à une candidature proposée par le gouvernement, mais bel et bien de revenir à ce député qui s'est toujours donné 100 % à votre service. Et je tiens à vous assurer aujourd'hui de ma présence dans le comté, de mon travail, de mon soutien à toutes les autorités scolaires, municipales des différentes municipalités et assurer également tous les groupements sociaux, les groupements économiques que je ferai tout en mon pouvoir pour relever le défi immense qui nous est dressé dans la situation économique actuelle.

n (10 h 40) n

Permettez également que je félicite aussi tous les candidats qui se sont présentés dans le comté de Saint-Maurice. C'est comme ça que nous allons maintenir une démocratie forte, par la présence active sur le terrain d'idées différentes et de débats intéressants qui font avancer la société québécoise.

Vous allez me permettre aussi, M. le Président, de remercier l'exécutif du comté de Saint-Maurice, ma table électorale, ainsi que les centaines de bénévoles qui ont parcouru le comté, qui ont sillonné le comté de l'est à l'ouest, du nord au sud, et qui ont permis ma réélection. Merci infiniment.

Et, en terminant, M. le Président, non pas parce que ces gens sont loin de moi, mais parce que ces gens sont peut-être plus près de moi, je voudrais remercier Monique, mon épouse, ainsi que mes deux enfants, Marc et Julie, mon fils, mon petit-fils Liam et ma mère qui est toujours vivante, de leur support absolument indéfectible. Si nous n'avions pas une famille qui accepte de vivre l'éloignement, qui accepte quelquefois d'être au deuxième, troisième rang, bien, nous ne pourrions poursuivre ce travail que nous faisons ici, à Québec, et dans le comté, travail que tous les députés adorent. Alors, voilà, M. le Président, pour les remerciements.

Mais je voudrais expliquer à la population pourquoi qu'aujourd'hui on se lève en cette Chambre et qu'on peut discuter, on peut faire des remerciements, on peut discuter un peu de tout aujourd'hui, c'est: par jurisprudence, par habitude, par coutume, il est convenu que, lors de la réplique au discours inaugural, chacun des députés peut traiter de la matière qu'il veut et de la façon qu'il le veut en autant que ses propos sont toujours conformes à notre règlement et à notre jurisprudence.

Mais, vous savez, M. le Président, il y a eu une élection dernièrement. Et je vais vous avouer bien franchement que, s'il y en avait un ici, en cette Chambre, qui ne croyait absolument pas qu'il était pour y avoir un déclenchement électoral, c'est bien celui qui vous parle. Nous venions tout juste de sortir d'une campagne fédérale, et les citoyens, et la population en général, massivement, ne désiraient absolument pas vivre une seconde campagne électorale. Mais le premier ministre, qui est un fin stratège, il faut l'avouer, a regardé ça et il s'est dit: Si j'y vais immédiatement, il n'y a pas de crise économique encore, mais, si j'attends, il y aura la Caisse de dépôt, il y aura les augmentations de tarifs, il y aura Hydro-Québec qui s'en vient pour le 1er avril, il y aura un malaise, des fermetures massives d'usines, il y aura des pertes d'emploi extraordinaires. On parle maintenant d'une soixantaine de mille de pertes d'emploi, et je pense qu'on est bien en deçà de la réalité qui va nous toucher.

Alors, en fin stratège, il a déclenché une élection, et, oui, j'ai décidé d'appliquer parce que la situation dans le comté de Saint-Maurice est pénible. On a parlé de quoi pendant cette campagne électorale? Strictement d'emploi et d'économie. La situation en Mauricie, en décembre: 5 000 pertes d'emploi qu'on pouvait recenser, de 2003 à 2007. Nous avions, seulement dans le manufacturier, une perte de 3 800 emplois. Dans le secteur forestier, du 1er avril 2005 au 15 février 2008, 22 entreprises, 22 usines ont fermé leurs portes. Pertes d'emploi de 1 488 dans le secteur forestier, et là malheureusement mes chiffres datent de décembre. C'est peu dire. Seulement dans la région de Trois-Rivières métropolitain, dans la dernière année, 5 200 emplois ont été perdus. Réduction, M. le Président, de 6 500 personnes sur le marché du travail.

Plus précisément pour les gens de mon comté, dans le comté de Saint-Maurice et Shawinigan, qui, je voudrais rappeler, a été une des villes industrielles par excellence, non pas au Québec mais à travers le Canada, dans les décennies cinquante, soixante, soixante-dix, qui avait vu, durant les années quatre-vingt à 2000, des fermetures de CIL, DuPont, BFGoodrich, Carbure Shawinigan, Carborundum, Wabasso, Gulf Oil, etc., une ville qui était de 38 000 citoyens et qui aujourd'hui serait d'environ 17 000 citoyens n'eût été des fusions municipales, bien, la situation aujourd'hui: la Bandag est fermée, la Belgo est fermée, 550 emplois, Arbec vient de fermer, Bateaux Doral, pertes d'emplois massives, Commonwealth Plywood à l'agonie, Laurentides Abitibi, qui est sur respirateur artificiel ? vous n'avez qu'à consulter L'Argus de ce matin ? et l'Alcan, qui est une fermeture prématurée possible depuis que l'entente de continuité qui donnait une sécurité à la communauté du centre de la Mauricie, bien, depuis que cette entente de continuité là est devenue caduque. Mais par contre on n'a quand même pas annulé le prêt de 400 millions remboursable dans 30 ans sans intérêt. M. le Président, la situation est tout simplement catastrophique.

Et là vous me dites qu'il me reste seulement qu'une minute. Vous savez, j'aurais un discours pour une couple d'heures. Mais je peux vous dire, par exemple, que le discours...

Le Vice-Président (M. Chagnon): S'il y a consentement, on peut faire à peu près n'importe quoi.

M. Pinard: Ça me ferait plaisir. Vous savez, je l'ai toujours demandé en commission parlementaire, qu'on extensionne le temps.

Mais le discours inaugural du premier ministre, malheureusement c'est un discours, pour nous, du comté de Saint-Maurice et de la région de la Mauricie, c'est un discours qui est vide de sens et de mesures. Il y a une absence de vision, absence de solutions, absence de mesures concrètes pour assurer la relance économique de notre région. Ah! il n'y a aucun signal aux régions dans ce discours, il n'y a aucun signal que le Québec va nous supporter. Il n'y a aucun signal pour les investisseurs, aucune aide aux travailleurs.

Alors, M. le Président, nous avons devant nous malheureusement un gouvernement qui est déjà usé, un gouvernement qui n'osera pas aller en élection parce qu'il serait battu. Alors, je m'excuse, M. le Président, d'avoir...

Le Vice-Président (M. Chagnon): Je vous remercie beaucoup, M. le député de Saint-Maurice. Et, tel que le prévoit notre règlement, nous avons terminé cette partie de débat, débat sur le discours d'ouverture, qui doit durer 24 heures. Alors, cette partie du débat là est terminée.

Nous allons maintenant passer à une autre partie de ce même débat, c'est-à-dire le droit de réplique du gouvernement, qui peut être d'une durée de une heure. Alors, j'inviterais Mme la députée de Bonaventure et vice-première ministre à nous faire part de sa réplique. Alors, Mme la députée de Bonaventure.

(Applaudissements)

Mme Nathalie Normandeau (réplique)

Mme Normandeau: On se calme! On se calme! M. le Président, je vous remercie de votre attention. Vous me voyez honorée et privilégiée de m'adresser à vous dans le cadre de cette réplique à la réplique formulée par l'opposition officielle au discours inaugural. Très heureuse de le faire parce que vous savez qu'un discours inaugural, c'est un moment important dans la vie d'un gouvernement. En fait, c'est un moment tellement important, M. le Président, que c'est une occasion privilégiée pour le premier ministre, pour tous les membres de son équipe d'annoncer à l'ensemble de nos citoyens nos grandes priorités, notre vision sur une multitude de questions. Mais surtout, M. le Président, donc, c'est une occasion de rassembler les Québécois autour d'enjeux qui nous permettront assurément, M. le Président, d'améliorer le sort de nos municipalités, de nos villes, de nos communautés.

n (10 h 50) n

Alors, M. le Président, vous avez eu l'occasion d'entendre plusieurs de mes collègues. C'est aussi une belle occasion pour nous de remercier tous ceux et celles qui ont contribué au fait que nous soyons ici, aujourd'hui, à l'Assemblée nationale. J'ai le grand privilège de représenter les électeurs du comté de Bonaventure depuis maintenant 10 ans, depuis 1998. J'en étais à ma quatrième campagne électorale à la dernière élection générale. Et ce qui me fascine, c'est, M. le Président, après 10 ans, d'avoir cette confiance qui est inébranlable de la part des électeurs, en fait plus de 60 % du suffrage dans le dernier score ou résultat pour le comté de Bonaventure. Alors, je pense que c'est un résultat qui parle de lui-même et c'est une belle marque de confiance qui nous donne l'énergie pour poursuivre le travail, et qui nous conforte dans nos convictions personnelles, et qui fait en sorte qu'on se dit souvent: Mais je suis au bon endroit, je suis là où je dois être pour faire avancer la cause de ma région et la cause de mon comté. Parce qu'on a tous une cause à défendre ici, comme parlementaires.

Alors, M. le Président, je me réjouis également de voir arriver dans cette Assemblée des nouveaux visages, mais en particulier 18 nouveaux collègues députés qui font maintenant partie de la grande famille libérale, de la grande famille du côté ministériel. Et j'ai une petite victoire personnelle que je partage avec vous, c'est le fait d'avoir à mes côtés deux nouveaux collègues, le nouveau collègue dans le comté de Gaspé, M. le Président, qui fait un travail absolument extraordinaire. Depuis qu'il est arrivé, écoutez, il fait plus... mon dieu! plus de 12 heures de travail par jour, puis encore plus, M. le Président. Et c'est l'ancien maire de Percé... je ne veux pas nommer son nom, mais c'est le député de Gaspé. Et j'aimerais, M. le Président, lui dire à quel point je suis heureuse de l'avoir à nos côtés, à mes côtés dans Bonaventure.

Il y a également un autre collègue qui se joint à nous, les Îles-de-la-Madeleine, M. le Président. Nous avons souhaité avoir un collègue des Îles-de-la-Madeleine du côté ministériel; c'est chose faite. Alors, notre collègue a une longue expérience dans le domaine de la santé, qu'il met à contribution tous les jours au sein de notre famille parlementaire, et j'aimerais également lui dire, également dire à tous les Madelinots et Madeliniennes à quel point ils ont fait un bon choix, tout comme mon collègue de Gaspé.

Évidement, c'est des gens, deux hommes de conviction qui vraiment ne manquent pas une occasion de défendre leurs dossiers et de faire avancer la cause des citoyens qu'ils représentent, et, dans ce sens, M. le Président, j'aimerais donc leur dire bienvenue dans cette famille extraordinaire que nous sommes. Parce que, depuis 10 ans maintenant que je suis à l'Assemblée nationale, ce qui m'a toujours fascinée dans notre équipe, c'est notre capacité à pouvoir échanger dans le respect, évidemment, à faire part de nos divergences, mais en même temps, M. le Président, en ayant cette capacité, cette force de trouver des points de convergence, des intérêts communs. Pourquoi, M. le Président, on y arrive comme équipe? Parce que nous partageons les mêmes valeurs, les valeurs libérales de justice sociale, d'inclusion, M. le Président, des valeurs de démocratie qui sont chères à notre formation politique et qui nous permettent, M. le Président, d'annoncer une vision aux Québécois qui est en lien direct avec des valeurs fondamentales qui ont forgé notre société ici, au Québec.

Alors, M. le Président, je suis très heureuse de voir également non seulement des nouveaux visages, mais des collègues qui ont pris une pause, une pause et qui font un retour à l'Assemblée nationale. Je vois, entre autres, mon collègue de Rouyn-Noranda, qui est ici, M. le Président. Je vois notre collègue de la Beauce, qui, lui, a pris une plus longue pause que certains mais qui fait un retour aux sources. Alors, on est très, très heureux de les accueillir tous.

Alors, j'ai eu l'occasion de dire que le discours inaugural, c'est un moment très important dans la vie d'un gouvernement. En fait, c'est un moment qui permet de marquer le pas, le rythme des actions qui seront déployées dans le cadre du présent mandat. On est très, très heureux, M. le Président, d'avoir obtenu la confiance de l'ensemble de l'électorat. Évidemment, notre premier ministre souhaitait avoir les deux mains sur le volant, c'est ce qu'il a obtenu, et notre responsabilité, à nous, aujourd'hui, c'est de s'assurer, dans le fond, de rencontrer et de répondre aux nombreux besoins formulés par les citoyennes et les citoyens du Québec.

J'ai eu l'occasion, dans le cadre de mes périodes de garde, d'écouter le discours formulé par les députés de l'opposition. Sincèrement, M. le Président, je me suis demandé à chaque fois où étaient les députés du Parti québécois lorsque le premier ministre a livré son discours inaugural. Où étaient-ils? J'ai l'impression, M. le Président, que nous n'étions pas dans la même pièce au moment où le discours inaugural a été livré par le premier ministre parce que ce que j'ai entendu me désole. On comprend qu'il y a un exercice partisan qui doit être déployé du côté de l'opposition officielle, mais sincèrement on se serait attendu à certaines admissions, certains aveux qui vraiment, M. le Président, nous confortent dans les choix que nous avons faits.

Et j'ai eu l'occasion de répliquer le jour même où la chef de l'opposition officielle a livré ses commentaires sur le discours inaugural, et ce qui nous a sidérés, fascinés, et absolument, M. le Président, là, c'était presque surréaliste, c'est qu'en 55 minutes de discours la chef de l'opposition officielle a relevé un exploit de ne faire aucune proposition concrète, aucune proposition, M. le Président, pour répondre et faire face aux effets du ralentissement économique.

Les gens qui nous écoutent, M. le Président, sont conscients qu'une opposition, c'est aussi là pour critiquer, mais c'est surtout là, M. le Président, pour proposer des solutions, pour travailler en collaboration avec le gouvernement. Parce qu'après avoir vécu une période de cohabitation dans un contexte de gouvernement minoritaire nous souhaitons maintenant, M. le Président, déployer une dynamique ici de collaboration. Et cet appel à la collaboration, cette main tendue qu'a posée le premier ministre à l'endroit de la chef de l'opposition officielle malheureusement est restée lettre morte, est restée lettre morte. Et c'est désolant parce que, dans un contexte de ralentissement économique, et le premier ministre l'a rappelé à juste titre dans son discours inaugural, nous avons plus que jamais l'obligation, l'obligation d'être solidaires. Et le premier ministre disait ceci, et vous me permettrez de le citer: «Plus que jamais, nous, Québécois, sommes responsables les uns des autres.» Il ajoutait: «Ce qui déterminera notre réussite, c'est notre capacité de travailler ensemble.» Et cet appel, M. le Président, à travailler ensemble, bien il doit d'abord et avant tout se concrétiser, se matérialiser ici, dans cette enceinte qu'est l'Assemblée nationale.

Et je pense que tous les Québécois qui ont un jugement à poser, un jugement à poser sur la valeur de notre travail ici, bien, s'attendent minimalement à ce que nous développions des nouvelles collaborations, des ententes qui nous permettent de faire progresser le Québec et toutes les régions du Québec dans son ensemble. Nous sommes confrontés à un contexte économique exceptionnel, tout le monde s'entend là-dessus. Mais, dans ce contexte-là, M. le Président, je pense que le climat commande aussi que nous développions entre nous une collaboration exceptionnelle.

Sincèrement, on a pris l'habitude, dans un contexte de gouvernement minoritaire, de travailler en toute transparence avec les députés de l'Assemblée nationale, avec les oppositions, et nous souhaitons également, M. le Président, toujours dans un contexte de très grande transparence, poursuivre le travail de construction et de collaboration avec nos députés d'opposition. Plusieurs de mes collègues ont eu l'occasion de référer au cynisme de la population à l'endroit des politiciens, mais je pense que nous avons une première responsabilité à poser, c'est celle de démontrer un minimum, donc, de respect entre nous et de collaboration.

M. le Président, une campagne électorale, c'est un moment important qui nous permet, qui permet à la population de porter des jugements, souvent très sévères, à l'endroit du travail que nous faisons, mais je pense que notre responsabilité première, c'est, nous-mêmes, de montrer une direction, hein, c'est, nous-mêmes, de conduire les citoyens peut-être sur un sentier qui n'a peut-être pas été emprunté dans le passé. Mais ce qui pourrait être intéressant, M. le Président, c'est développer des nouvelles formules, des formules originales, plus originales, de collaboration.

Enfin, ceci étant, M. le Président, on verra au fil des jours qui s'écouleront, mais, jusqu'à maintenant, c'est extrêmement décevant de voir l'attitude des députés du Parti québécois.

Et ce qui m'a aussi fascinée, puis je partage ça, M. le Président, c'est les nouveaux députés, nos nouveaux collègues du Parti québécois qui arrivent ici, à l'Assemblée. Et, je me permets de vous dire, en 10 ans d'expérience ici, à l'Assemblée nationale, ce qui m'a surprise, c'est de voir une espèce d'arrogance, là, dans les propos véhiculés par certains députés, nouveaux visages au Parti québécois. Et je me disais: Mais, mon Dieu! pourquoi tant d'arrogance à l'endroit du gouvernement, alors que nos collègues, dans le fond, sont autant stimulés que nous, le fait d'être ici, sont honorés d'avoir été choisis par leurs électeurs? Et j'étais un peu... Vraiment, je trouvais ça un peu désolant, parce que, je me dis, dans ces conditions-là, M. le Président, il faut apprendre à se connaître, il faut s'apprivoiser, il faut vraiment apprendre à travailler ensemble. Enfin. C'est mon éditorial du jour, comme je dis souvent, M. le Président, mais c'est un éditorial que je souhaitais vous transmettre.

n (11 heures) n

Le discours inaugural a annoncé la vision du gouvernement, du premier ministre en particulier, M. le Président, dans le cadre de ce prochain mandat. Et le titre du discours inaugural s'intitulait L'occasion de se démarquer, et on sait que l'histoire du Québec est une histoire qui a, au fil des années, mis en valeur tout le potentiel de notre population, tout le potentiel de nos bâtisseurs, de nos créateurs. Nous sommes une société distincte qui a réussi, au fil de son histoire, à se démarquer, où tous les projecteurs ont été tournés sur nous souvent... bien, souvent pour les bonnes raisons, d'autres raisons moins intéressantes, mais ce qui est clair, M. le Président, c'est que cette occasion de se démarquer, on a eu l'occasion de la matérialiser il n'y a pas si longtemps, lorsque nous avons ici accueilli en cette Chambre le président de la République française, M. Nicolas Sarkozy.

Pour tous ceux et celles qui étaient présents dans cette enceinte, ça été un moment absolument magique, extraordinaire qui a révélé la grandeur d'une institution comme celle de l'Assemblée nationale, qui a révélé la grandeur de notre démocratie et qui également permettait aux citoyens du Québec, dans le fond, de tabler sur des nouveaux espoirs en termes de collaboration entre la France et le Québec, une histoire riche évidemment par des liens d'identité et de culture qui font en sorte que nous avons, comme on dit si souvent ici, M. le Président, les liens tissés serré entre nos amis français et les Québécois, une langue aussi absolument extraordinaire qui nous permet de nous démarquer partout sur la planète. Alors, M. le Président, il y a de ces moments donc qui marquent l'histoire de la vie d'un gouvernement, qui marquent l'histoire de l'Assemblée nationale.

Mais, si M. Sarkozy était ici avec nous, à l'Assemblée nationale, c'est qu'il y a un homme qui y a cru, et cet homme, M. le Président, c'est le premier ministre du Québec. Il y a cru, il y a mis toute l'énergie pour convaincre M. Sarkozy, dans le cadre des Fêtes du 400e anniversaire du Québec, de fouler le sol québécois et de venir s'adresser à nous ici, dans cette enceinte. Et je pense que nous devons saluer ces convictions qui l'animent parce qu'au-delà de ce rêve qu'il a concrétisé de voir donc... Parce qu'il y a une symbolique forte qui était rattachée à la présence du président de la République française. Au-delà de cette symbolique, M. le Président, le premier ministre a imaginé, écoutez, des rêves absolument fantastiques, des nouveaux espoirs pour les Québécois en développant de nouvelles alliances avec, bien sûr, nos amis français, avec également les autres législatures au pays, mais avec aussi tout le continent européen. Et, grâce, M. le Président, à son leadership, grâce à sa vision, nous sommes, M. le Président, en train de développer des corridors de collaboration absolument porteurs et extraordinaires pour tout le Québec.

Et, lorsque j'entends les députés de l'opposition dire que c'est un discours sans vision, on se trompe, M. le Président, on se trompe, mais on se fourvoie allégrement parce qu'il n'y a pas aucun parti politique en cette enceinte, ni le Parti québécois, ni l'ADQ, ni Québec solidaire, M. le Président, qui présente une vision aussi large et aussi porteuse d'espoir pour l'ensemble de la population québécoise, une vision qui est tout à fait cohérente avec les rêves que formulent les jeunes Québécois qu'on rencontre tous les jours dans nos comtés, qui, eux, M. le Président, souvent parlent trois langues, ont parcouru la planète à l'âge de 18 ans, de 20 ans. Mais ce pour quoi on fait ce qu'on fait, M. le Président, c'est précisément pour eux, pour leur permettre justement d'enrichir leurs connaissances, pour leur permettre de s'ouvrir à d'autres cultures. Et c'est précisément ce que proposent, ce qu'ont proposé, ce que continuent de proposer notre gouvernement et le premier ministre, M. le Président. Et, moi, je suis très, très fière de faire partie d'une équipe avec, à sa tête, un premier ministre, M. le Président, qui, par ses convictions, va réussir à porter l'État québécois dans des dimensions qui, jusque-là, étaient inespérées.

Et on parle beaucoup de mondialisation, mais la mondialisation, M. le Président, implique que, comme société, on en fasse partie, qu'on puisse y contribuer. Et on sait que la mondialisation, M. le Président, parfois a ses effets pervers, ses effets négatifs, mais elle offre de formidables opportunités pour un État comme le Québec, et, dans ce sens-là, notre premier ministre a vu juste, M. le Président. Il est animé vraiment d'une ambition, et je vous fais le pari, M. le Président, en ce 2 avril, que, dans cinq ans, dans 10 ans, on nous dira: Heureusement que le premier ministre avait vu juste, heureusement que le Parti libéral du Québec a déployé les bons efforts au bon moment pour arriver là où on sera dans cinq ans ou 10 ans. Parce que ce que nous proposons comme équipe et ce que propose le premier ministre, c'est un nouveau projet de société pour le Québec.

Dans le fond, M. le Président, si j'avais à vous demander, là, si j'avais à vous suggérer de vous fermer les yeux pendant quelques secondes ? merci ? bon, et vous imaginer... Vous voyez le Québec, M. le Président, hein? Quelle est votre vision du Québec dans 10 ans, dans 15 ans, dans 20 ans, hein? Ce qu'on veut, M. le Président, c'est un Québec qui parle français, c'est un Québec qui aura réussi à se démarquer, à devenir une terre de référence pour le développement des énergies renouvelables. On souhaite, M. le Président, être une terre d'accueil pour les gens qui auront des ambitions pour leurs familles, pour leurs carrières professionnelles. Alors, M. le Président, c'est toutes de ces ambitions que notre équipe est nourrie, mais on est portés, d'abord et avant tout, par un premier ministre qui a des convictions qui sont profondes. Parce qu'au-delà de la gestion quotidienne, hein... Parce qu'au gouvernement on a des priorités, puis, dans chacun de nos ministères, on gère, M. le Président, on propose... mais, au-delà de ça, les Québécois s'attendent à ce que, dans un climat, dans un contexte plus difficile, dans l'adversité, qu'on ait une équipe, donc, qui se tienne debout, qui ait le courage de ses convictions et qui pose les bons gestes au bon moment.

Et, en parlant de bon geste au bon moment, M. le Président, nous sommes allés en campagne électorale précisément pour faire face au ralentissement économique qui se dessinait à l'horizon. Parce que, du côté de l'opposition, on se questionne encore du pourquoi on est allés en élection. Bien, on va le redire, M. le Président, on va le réitérer, le premier ministre, donc, a décidé de convier l'ensemble des électeurs en campagne électorale pour qu'on puisse justement se préparer à faire face au ralentissement qui, lui, était annoncé. Et notre équipe a fait preuve de clairvoyance, de prudence, M. le Président, en annonçant plusieurs mesures, il y a de ça presque deux ans, un an et demi assurément, pour faire face justement aux signaux qui nous étaient déjà, donc, signifiés sur le plan économique, alors, M. le Président, on a fait preuve, donc, de planification et on s'est assurés, dans le fond, de déployer les bonnes actions pour se préparer à cette tempête économique, comme nous le rappelle souvent le premier ministre.

Et le geste le plus flamboyant que nous ayons posé et qui donne des résultats extraordinaires dans toutes les régions du Québec, c'est le plan québécois pour renouveler les infrastructures publiques, 42 milliards de dollars, M. le Président, qui seront investis sur cinq ans. La bonne nouvelle pour nos collègues de l'opposition, c'est qu'on n'a pas concrètement, dans les communautés, à créer de l'emploi, à stimuler l'entrepreneurship, à offrir de nouvelles opportunités pour des travailleurs qui, malheureusement, auraient perdu leur emploi. C'est un plan qui va nous permettre d'améliorer, donc, la qualité de vie de nos écoles, de nos enfants dans nos écoles, de nos malades qu'on soigne dans nos hôpitaux. C'est un plan qui va nous permettre, M. le Président, d'améliorer les services aux citoyens. 42 milliards de dollars, M. le Président, dans le cadre d'un vaste plan qui, lui, va se déployer sur cinq ans, mais encadré par une loi qui, elle, va se déployer pour les 15 prochaines années. Tout ça grâce à qui, M. le Président? Grâce au premier ministre, mais aussi grâce au leadership exercé par notre collègue des Finances.

Nous sommes, M. le Président, la première législation, le premier gouvernement dans l'histoire du Québec, donc, à annoncer un déploiement aussi important à long terme. Et d'ailleurs vous aurez remarqué que tous les gestes... enfin, plusieurs gestes que nous posons se font, M. le Président, sur une période de cinq ans, de sept ans, pour qu'on puisse justement annoncer de la prévisibilité, de la stabilité dans les investissements que nous faisons comme gouvernement.

42 milliards de dollars, M. le Président, c'est des centaines de milliers d'emplois que nous allons réussir à créer. Et je peux vous témoigner moi-même de la différence d'un pareil chantier dans mon comté, qui est le comté de Bonaventure, et, durant la campagne électorale, il y a un camionneur forestier ? j'ouvre une parenthèse ? un camionneur forestier, M. Gérard Aubut, qui, malheureusement, a perdu son emploi en forêt mais qui me disait: Grâce à tout ce que vous faites sur le réseau routier ? grâce également au leadership de notre collègue des Transports ? grâce à tout ce que vous faites en matière d'amélioration du réseau routier, bien j'ai réussi à me trouver un emploi comme camionneur sur les chantiers entourant la rénovation, la reconstruction de la route 132, qui est l'artère principale en Gaspésie. Alors, M. le Président, c'est un exemple très concret des nouvelles opportunités qu'on crée pour des travailleurs qui, malheureusement, auraient perdu leur emploi. Et ça, c'est fondamental parce que, grâce à ce plan qui a été annoncé, on a réussi à créer une espèce de rempart au Québec, hein, on a... C'est comme si on avait ceinturé la province, M. le Président, d'un rempart pour faire face justement aux effets du ralentissement, et ça a donné de bons résultats.

n (11 h 10) n

Et ce n'est pas nous qui le disons, dans La Presse Affaires du 28 mars 2009 on peut y lire, M. le Président: Le Québec limite les dégâts. Et vous me permettrez de livrer un certain nombre des citations de cet article fort instructeur sur... en fait, qui pose un regard objectif sur les gestes que nous avons déployés. Alors, ce qu'on dit, M. le Président, c'est que «les dépenses publiques en infrastructures et la baisse du déficit commercial ont permis au produit intérieur brut [du Québec] de reculer de seulement 1,4 % d'octobre à décembre, une fois les chiffres annualisés». Évidemment, on parle d'octobre à décembre 2008.

On ajoute également: «Ces données s'avèrent meilleures que la baisse pancanadienne [qui, elle, était] de 3,4 % ? donc, c'est 2 % de moins à l'échelle canadienne versus... de plus, pardon, que par rapport au Québec, qui était de 1,4 % ? et que les prévisions du Mouvement Desjardins, qui tablait sur un recul de 3 %.»

Et d'ajouter: «Ce qui limite les dégâts, c'est surtout ? surtout ? l'augmentation des dépenses de construction non résidentielle ? incluant les infrastructures ? de 29 % par les gouvernements et la baisse de 1,3 milliard du déficit commercial...»

Alors, M. le Président, on ajoute que, «pour l'ensemble de 2008, l'Institut de la statistique du Québec estime que le PIB québécois a gagné 1 %, soit le double de la croissance canadienne».

Alors, on doit être, M. le Président, très, très fier de ça parce que ça, c'est des faits incontestables, livrés objectivement par, donc, des commentateurs de la scène financière à l'échelle provinciale. Et c'est intéressant parce que tous ces choix-là, M. le Président, nous confortent dans la direction que nous avons annoncée. Et le premier ministre nous le rappelait lors de son discours inaugural: Uniquement pour l'année 2009-2010, si vous cumulez l'ensemble des investissements en infrastructures ? routières, aqueducs, eau potable, écoles, hôpitaux ? plus le développement dans le secteur énergétique, c'est 14 milliards de dollars, M. le Président, qui seront investis uniquement pour 2009-2010. Saviez-vous que, sur les 10 plus grands projets d'infrastructures au Canada, trois se retrouvent au Québec? Et le premier, le premier sur la liste, là, en tête des priorités, c'est le développement de La Romaine. Ça, c'est au Québec, M. le Président, et ce choix du développement des filières énergétiques, M. le Président, pousse déjà et va continuer de pousser le Québec à l'avant-scène sur le continent nord-américain, mais également sur la planète.

Et, comme équipe, M. le Président ? et M. le premier ministre nous le rappelait à juste titre ? nous avons fait le choix des énergies renouvelables grâce à un gouvernement libéral, il y a 40 ans, qui, lui aussi, a fait preuve de vision. Imaginez, l'énergie, sur la planète, c'est, avec l'eau, devenu les deux enjeux les plus importants sur la planète, source de litiges, source de conflits. Mais nous sommes assis, M. le Président, ici, au Québec, sur un potentiel hydroélectrique, donc d'énergie verte, absolument fulgurant. Avec l'énergie éolienne qui va s'ajouter, avec un potentiel de puissance installée de 4 000 mégawatts, on fera partie des trois plus grands États en Amérique du Nord donc qui auront le plus grand nombre de mégawatts installés sur leur territoire.

L'eau, M. le Président, on est assis sur des réservoirs d'eau douce faramineux. Et je me tourne vers ma collègue de l'Environnement et du Développement durable, qui assume également un leadership fantastique en matière de lutte aux changements climatiques, elle était d'ailleurs, hier, réunie avec le milieu municipal québécois pour accompagner les municipalités à réduire leurs émissions de GES.

M. le Président, nous sommes également le premier gouvernement à avoir adopté une loi sur le développement durable, mais en cohérence avec les choix que nous avons faits. Mais nous continuons de poser des gestes justement qui permettent au Québec et aux citoyens également du Québec d'être fiers de vivre là où nous vivons, parce que les valeurs liées à la protection de l'environnement, au développement durable, on le sait, on le sait, ce sont des valeurs qui tiennent à coeur à l'ensemble de la population québécoise et, de plus en plus, M. le Président, à la jeune génération. Et on a fait des pas de géant au Québec depuis quelques années en ces matières, mais il faut poursuivre, dans le fond. Et pourquoi pas devenir la référence, en Amérique du Nord et un peu partout sur la planète, dans les gestes que nous posons pour améliorer justement l'état de la planète?

Nous avons fait, M. le Président, le choix de la justice sociale, et c'est important. Parce que nos priorités sont tournées vers l'économie, l'emploi, l'éducation, mais la justice sociale, dans un contexte économique comme nous vivons, c'est fondamental. La justice sociale, M. le Président, pour l'équipe libérale, c'est quoi concrètement? C'est créer de la richesse pour mieux la répartir, hein? C'est de s'assurer, dans le fond, que les personnes les plus vulnérables aient accès à un minimum de ressources pour leur permettre d'assumer leurs responsabilités. C'est, par exemple, plus d'investissements dans le logement, hein? Depuis 2003, c'est 2,5 milliards de dollars que nous avons investis en matière d'habitation communautaire, en matière de construction de logements sociaux. Encore une fois, c'est un record que nous avons établi comme gouvernement dans toute l'histoire du Québec. Et sciemment, M. le Président, j'ai fait le choix du mot «investir» et non pas «dépenser» parce que c'est vraiment un investissement que nous réalisons dans le domaine de l'habitation et du logement social.

Pourquoi? Parce que c'est une question de dignité, c'est une question de dignité. Et je rappelle souvent, en matière de logement, qu'il y a des évidences qui nous frappent, mais dont il est nécessaire de se rappeler, hein? Se loger, c'est aussi important que de se nourrir et de se vêtir. Et la responsabilité première ? et c'est notre conviction ? du gouvernement, c'est de s'assurer que l'ensemble des citoyens aient accès à un toit et un logis de qualité. Et ça, je peux vous dire, M. le Président, lorsqu'on réussit à soulager une famille en la sécurisant sur la qualité du logement à laquelle elle a accès, mais ça nous conforte drôlement dans les choix qu'on fait et ça donne surtout un sens à ce que nous faisons comme membres du gouvernement.

Nous avons fait également, comme gouvernement, M. le Président, le choix de l'égalité des chances avec notre système d'éducation, et ça aussi, c'est une valeur qui est fondamentale pour les citoyens que nous représentons, le choix de l'égalité des chances. Ça veut donc, M. le Président, dire concrètement un réinvestissement dans le secteur de l'éducation. Ça veut dire aussi de supporter nos enseignants, nos professeurs. Ça veut dire aussi de s'assurer, M. le Président, qu'on ait des jeunes qui poursuivent leur formation.

Et, à cet égard, vous avez peut-être été témoin d'une annonce importante qu'a faite le premier ministre pas plus tard que vendredi dernier, une stratégie tournée vers la jeunesse québécoise, et le titre du communiqué parle de lui-même, hein, et la citation vient du premier ministre: L'avenir appartient à la jeunesse québécoise. Je pense qu'on n'a jamais si bien dit: 2 milliards de dollars au cours des cinq prochaines années pour nous permettre de supporter, de mieux supporter les rêves et les ambitions de nos jeunes, dont 50 millions avec la fondation Chagnon qui seront consacrés à la persévérance scolaire.

Comme société ? puis notre collègue de l'Éducation nous le rappelle souvent ? nous n'avons pas le luxe, nous n'avons pas le luxe, M. le Président, de se priver de la contribution de tous les talents de chacun de nos jeunes, en particulier de nos jeunes garçons. Et notre collègue nous rappelle souvent que la persévérance scolaire, ce n'est pas uniquement l'affaire du gouvernement, hein, c'est l'affaire de toute une communauté, c'est l'affaire, d'abord et avant tout, de la famille, des parents, c'est l'affaire des élus.

Pour avoir été moi-même mairesse dans le passé, je me dis: Oui, la communauté a une responsabilité à l'endroit de ses jeunes, puis de ses jeunes garçons. Lorsqu'on se promène dans son village à 3 heures, l'après-midi, puis on voit un jeune garçon traîner dans les rues, M. le Président, il faudrait avoir minimalement le réflexe de se questionner pourquoi ce jeune-là se retrouve dans la rue à 3 heures, l'après-midi, plutôt que d'être sur les bancs d'école. Et je pense qu'on a la responsabilité également d'appuyer sur le bouton rouge pour dire: Un instant, là, un instant! Il faut absolument se mobiliser pour permettre à ce jeune-là, à ce jeune garçon, à cette jeune fille... dans le fond, de lui indiquer une direction, de l'accompagner pour lui permettre, M. le Président, de se réaliser comme être humain. Parce que c'est d'abord ça avant tout, hein, l'aspiration d'un jeune, les aspirations d'un jeune ? on a tous été jeunes dans notre vie ? c'est vraiment d'être accompagné, et de pouvoir réaliser, dans le fond, ses rêves comme jeune, et de pouvoir prendre sa place, et de contribuer concrètement au développement de sa communauté et de la société québécoise.

Nous avons également fait, comme équipe, le choix de célébrer notre culture, M. le Président. Écoutez, lorsqu'on parle de culture au Québec, on réfère à notre identité, on réfère à notre langue, on réfère à tout le potentiel de créativité qui existe au Québec. C'est absolument extraordinaire, cet été on va célébrer le 475e anniversaire de la ville de Gaspé. Saviez-vous, M. le Président, que le Cirque du Soleil a commencé dans la ville de Gaspé, il y a de ça maintenant, chers collègues, 25... 25 ans? Le Cirque du Soleil, avant de se retrouver aux États-Unis, a démarré ses opérations à Gaspé. N'est-ce pas extraordinaire? Donc, le Québec est une terre fertile pour tous les créateurs québécois, pour tous les artistes, et notre gouvernement les accompagne de façon massive depuis 2003.

Célébrer notre culture, M. le Président, ça veut aussi dire reconnaître l'égalité entre les hommes et les femmes, et c'est le choix également que le premier ministre a fait, que notre équipe a fait parce que ça fait aussi partie des valeurs fondamentales qui nous lient comme députés ici, au sein de la famille libérale, qui lient également les Québécois entre eux. Et c'est important de rappeler que, grâce au geste qu'a posé le premier ministre, de s'assurer d'avoir un Conseil des ministres paritaire, 50 % d'hommes, 50 % de femmes, mais, M. le Président, nous avons opéré une révolution, je pense qu'on peut le dire comme ça. Et à ma gauche siège ma collègue responsable du Conseil du trésor qui me rappelait, il y a quelques minutes, ça fait 23 ans maintenant qu'elle est députée de Saint-François. Écoutez, 23 ans, M. le Président...

Une voix: Comme le président.

n(11 h 20)n

Mme Normandeau: Comme vous, M. le Président, 23 ans. Mais imaginez, on peut, là... On peut peut-être prendre quelques instants puis s'imaginer, il y a 23 ans, à l'Assemblée nationale, le nombre de femmes qui siégeaient ici, hein, alors le nombre de femmes qui siégeaient au Conseil des ministres... Et on a fait des progrès, mais on aspire tous à ce qu'on ait un jour 50 % de femmes ici, à l'Assemblée nationale, tout comme on a 50 % de femmes au Conseil des ministres. Et on a des femmes comme notre collègue de Saint-François, présidente du Conseil du trésor, qui est une pionnière, est une pionnière d'une certaine façon parce qu'elle a assumé des responsabilités importantes au sein du Parti libéral du Québec. Et je tiens à lui rendre un certain hommage, parce que je ne lui ai jamais dit, mais j'ai beaucoup d'admiration pour elle, M. le Président, et l'occasion m'est donnée aujourd'hui pour le réitérer. Comme femme, parce que, comme femme, on a des modèles sur lesquels on peut s'appuyer, qui nous inspirent au quotidien et qui, dans les moments plus difficiles, vraiment nous donnent l'énergie nécessaire pour continuer.

Et cette décision prise par le premier ministre nous permet aujourd'hui, M. le Président, dans nos conseils d'administration de sociétés d'État, d'avoir des conseils d'administration qui sont composés à 44 % de femmes. On est passé de conseils d'administration de sociétés d'État où on avait 27 %, à peu près, en moyenne, de femmes... et là, grâce à l'obligation que nous avons imposée à nos sociétés d'État, il y a maintenant plus de femmes qui siègent au sein des conseils d'administration de nos sociétés d'État. C'est absolument extraordinaire parce que ça fait aussi partie de notre valeur de donner la possibilité aux femmes du Québec de prendre leur place et de pouvoir apporter leur contribution.

Le premier ministre nous dit souvent: Ne vous laissez jamais dire que vous êtes au Conseil des ministres parce que vous êtes des femmes. Vous êtes au Conseil des ministres et vous êtes ici, dans cette enceinte, parce que vous êtes d'abord et avant tout compétentes. Et ça, j'ai eu l'occasion de le dire à plusieurs reprises, puis je le dis avec conviction parce que, oui, M. le Président, nous sommes ici femmes, mais parce que nous sommes d'abord et avant tout compétentes.

Notre gouvernement a également fait le choix, M. le Président, de l'ouverture, et ça, c'est intéressant parce que le choix de l'ouverture réfère à notre capacité d'accueillir chez nous bien sûr nos personnes immigrantes, mais c'est aussi le choix d'ouverture qui se matérialise à travers notre capacité de s'ouvrir sur les autres, de s'ouvrir à notre voisin et de s'ouvrir à tous ceux et celles qui nous entourent.

Et, lorsque j'entends les députés du Parti québécois, bien c'est désolant parce qu'on a tendance malheureusement, M. le Président, dans les gestes que pose le Parti québécois, dans les discours qu'on tient, dans les discours, dans les messages que livre souvent la chef de l'opposition officielle, à diviser, M. le Président, plutôt qu'à opter vers des actions d'inclusion. Et ça, c'est extrêmement désolant dans un contexte où le Québec a plus que jamais besoin de l'ensemble des citoyens. On a besoin, M. le Président, de tabler sur la contribution de l'ensemble des citoyennes et citoyens du Québec, et, en écoutant tous les députés du Parti québécois, il n'y en a pas un, pas un qui n'a pas référé à l'obsession évidemment dont on entend... évidemment qui a été martelée ici, à l'Assemblée nationale, depuis nombre d'années: c'est la fameuse obsession de l'indépendance et de la souveraineté du Québec.

Et ce qui est désolant, M. le Président, dans des circonstances comme celles-là, c'est qu'on a l'impression que, si on ne partage pas l'option, hein, bien c'est que finalement on n'est pas des citoyens à part entière. C'est l'impression que ça laisse lorsqu'on écoute les discours formulés par les députés de l'opposition officielle. Et je trouve ça désolant, M. le Président, parce que, dans un contexte où on doit choisir l'inclusion, on doit tabler justement sur le rapprochement entre les citoyens ou dans un contexte de ralentissement économique, nous devons nous assurer de développer une solidarité renouvelée non seulement entre les citoyens, mais également entre les régions du Québec, entre nos aînés et nos jeunes, entre les générations, entre les premières nations, les Inuits et le gouvernement du Québec. Nous sommes plus que jamais, M. le Président, nous sommes plus que jamais confrontés à des défis d'inclusion pour qu'on puisse justement préparer le Québec à faire face aux défis du XXIe siècle.

Alors, M. le Président, je terminerais mon intervention vraiment en vous réitérant notre très grande fierté et ma très grande fierté de faire partie d'une équipe comme la nôtre. Les gens qui nous écoutent doivent comprendre que notre équipe est déterminée à continuer les actions qu'on a entreprises. Dans l'adversité, M. le Président, se révèlent les vrais leaders, et on l'a vu avec le premier ministre, qui, contre vents et marées, M. le Président, a décidé de poser des gestes, des gestes courageux pour qu'on puisse justement faire face, faire face aux défis qui nous attendent.

Alors, en terminant, vous me permettrez de vous réitérer ma très grande satisfaction de me retrouver ici à nouveau comme députée de Bonaventure, parce que nous sommes tous d'abord et avant tout des députés et fiers de l'être, M. le Président. En terminant, je souhaiterais remercier toute mon équipe qui m'a entourée, qui font un travail absolument, là, fantastique. Si je réussis comme je le fais, c'est parce que j'ai des gens de confiance qui sont là pour m'épauler. Et, M. le Président, j'aimerais vous dire à quel point j'ai été honorée de livrer cette réplique à la réplique de l'opposition officielle à ce discours inaugural. Je vous remercie.

Le Vice-Président (M. Chagnon): Je vous remercie, Mme la vice-première ministre. Et j'indique évidemment que cette réplique met fin au débat sur le discours d'ouverture... ou le discours inaugural qui a été prononcé par le premier ministre le 10 mars de cette année, évidemment.

Alors, conformément à l'article 50 de notre règlement, nous allons maintenant procéder aux votes sur les motions de censure présentées dans le cadre de ce débat.

Décision de la présidence sur la
recevabilité de la motion de censure
présentée par le député de Verchères

Toutefois, avant de procéder à la mise aux voix, je voudrais rendre une décision sur la recevabilité de la motion de censure présentée par le député de Verchères. Cette motion se lit comme suit:

«Que l'Assemblée nationale blâme sévèrement le premier ministre et son gouvernement pour leur manque de vision pour l'avenir du Québec, lequel se traduit notamment par le fait que le discours inaugural était totalement silencieux quant à d'éventuelles mesures en matière de transports collectifs et par un plan de relance économique s'appuyant essentiellement sur des investissements somme toute modestes dans les infrastructures routières et ne prévoyant aucune mesure additionnelle en transports collectifs.»

Cette motion est irrecevable, puisqu'elle contient de l'argumentation, ce qui est contraire à l'article 191 de notre règlement. Par conséquent, comme le veut la tradition, je sollicite le consentement des membres de cette Assemblée pour substituer à cette motion une motion nouvelle qui, tout en respectant le contenu de la motion initiale, est rédigée de manière à retrancher l'argumentation.

Nouvelle motion de censure
du député de Verchères

Alors, tout d'abord, est-ce qu'il y a consentement pour substituer à la motion présentée par le député de Verchères une nouvelle motion conforme au règlement qui se lirait comme suit:

«Que l'Assemblée nationale blâme sévèrement le premier ministre et son gouvernement pour leur manque de vision pour l'avenir du Québec, plus particulièrement pour le silence total du discours inaugural quant à d'éventuelles mesures en matière de transports collectifs et pour un plan de relance économique s'appuyant essentiellement sur des investissements somme toute modestes dans les infrastructures routières et ne prévoyant aucune mesure additionnelle en transports collectifs.»

Est-ce qu'il y a consentement?

Des voix: Consentement.

Le Vice-Président (M. Chagnon): Consentement. Alors, je mets maintenant aux voix la motion de censure présentée par Mme la chef de l'opposition officielle. Cette motion se lit comme suit:

«Que l'Assemblée nationale blâme sévèrement le premier ministre pour son incapacité à exercer le leadership auquel s'attendent les Québécois dans le dossier des pertes historiques de la Caisse de dépôt et placement du Québec et pour son refus de permettre la comparution de la ministre des Finances, de qui relève la responsabilité de la caisse.»

Alors, je mets aux voix cette motion. Oui, M. le leader.

M. Dupuis: Je vais demander le vote nominal, mais en même temps je vais vous demander de reporter le vote après la période des questions.

Le Vice-Président (M. Chagnon): Alors, je comprends que le vote sur cette motion de censure est reporté à la période des affaires courantes. C'est ce que vous demandez? Alors...

M. Dupuis: ...motions, même chose, même demande.

Votes reportés

Le Vice-Président (M. Chagnon): D'accord. Alors, je comprends que le vote sur cette motion de censure est reporté à la périodes des affaires courantes et qu'il en sera de même pour toutes les autres motions, ce qui fait en sorte que nous reviendrons après les affaires courantes sur le vote de ce dossier-là.

Une voix: ...

Le Vice-Président (M. Chagnon): Pardon?

Une voix: ...

Le Vice-Président (M. Chagnon): Je vais finir plus tôt? Je ne pense pas. Alors, je vais demander au leader s'il a d'autre chose à mettre à l'ordre du jour.

M. Dupuis: Je vais vous demander d'appeler l'article 21.

Projet de loi n° 25

Adoption du principe

Le Vice-Président (M. Chagnon): Bien, je vous remercie, M. le leader. Alors, M. le ministre du Travail propose l'adoption du principe sur le projet de loi n° 25, Loi modifiant la Loi sur l'équité salariale. Est-ce qu'il y a des interventions? Oui? Alors, on va vous écouter, M. le député d'Argenteuil et ministre du Travail.

M. David Whissell

M. Whissell: Alors, bonjour, M. le Président. C'est un plaisir de vous retrouver, et je tiens à vous dire que c'est avec beaucoup d'émotion que je vais entamer cette étape pour l'adoption éventuelle du projet de loi n° 25, projet de loi qui viendra modifier la Loi sur l'équité salariale.

Vous savez, M. le Président, l'équité salariale, au Québec, c'est un droit fondamental que nous avons su inscrire dans notre Charte des droits et libertés. Et, pour nous, l'adoption du principe du projet de loi n° 25 et éventuellement l'adoption du projet de loi lui-même marquera, bien entendu, un pas de plus pour l'atteinte de ce droit pour le bénéfice de toutes les femmes du Québec.

n(11 h 30)n

Les modifications que nous proposons à la Loi sur l'équité salariale permettront, M. le Président, de faire davantage pour les femmes, mais également de le faire avec les entreprises. Parce que, lorsqu'on parle d'équité salariale, bien entendu, on fait référence au milieu de travail, donc aux entreprises.

Vous savez, le 8 mars dernier, c'était la Journée internationale des femmes, et on a vu, dans certains médias, la publication de sondages, et je dois vous avouer que de voir que... Dans ces sondages, la principale, la première priorité pour les femmes du Québec, c'était l'équité salariale, et, M. le Président, je dois vous avouer que, pour moi qui est ministre du Travail, ça m'a stimulé davantage de réaliser que c'était toujours d'actualité.

Également, M. le Président, on peut faire plus. Et il ne faut jamais oublier que l'équité salariale, c'est l'égalité économique des femmes que l'on vise. C'est faire en sorte que, dans notre société, il n'y ait aucune distinction entre un homme et une femme autant sur le plan économique. Et il est de notre devoir, comme parlementaires mais également comme membres de gouvernement, de nous assurer de maintenir et d'actualiser une loi aussi fondamentale que la Loi sur l'équité salariale pour justement aller toujours davantage plus loin en matière d'égalité entre les hommes et les femmes.

C'est pour cette raison, bien entendu, que j'ai déposé le projet de loi n° 25. Il faut peut-être, M. le Président, faire un bref rappel historique, se rappeler qu'en novembre 1996 ici même, dans cette pièce, tous les parlementaires avaient unanimement adopté la Loi sur l'équité salariale. C'était à partir d'un principe qui est enchâssé dans la Charte des droits et libertés et d'en faire une loi qui introduisait des mécanismes obligatoires pour les entreprises du Québec et qui permettait, par ces mécanismes, de corriger justement les iniquités sur le plan salarial pour les femmes. Ainsi on visait à réduire les écarts salariaux entre les catégories d'emploi à prédominance féminine et la catégorie d'emploi à prédominance masculine.

10 ans plus tard, M. le Président, mon prédécesseur comme ministre du Travail déposait ici même, à l'Assemblée nationale, un rapport qui faisait état de l'avancement de l'équité salariale au Québec 10 ans justement après l'adoption de cette loi. C'est un rapport qui a été déposé publiquement, et, moi, comme ministre du Travail, quand je suis arrivé en fonction, j'ai procédé à des consultations publiques justement sur les conclusions du rapport. Cette consultation s'est réalisée, M. le Président, en février 2008. C'était il y a un peu plus de un an. 45 mémoires avaient été déposés, 23 groupes ont été entendus en commission parlementaire.

Il y a eu deux positions qui se sont bien dégagées lors de ces consultations. D'une part, les organismes qui défendent le droit des femmes, les organismes qui ont les femmes à coeur, mais également les associations syndicales nous ont dit clairement que la loi n'était pas suffisamment respectée, et on pouvait facilement se rattacher au rapport qui avait été déposé qui disait clairement qu'une entreprise sur deux n'avait pas réalisé l'équité salariale. Du côté des organismes patronaux, plusieurs nous ont demandé plus de souplesse dans la loi pour être en mesure de se conformer à cette loi et de s'exercer.

En considérant les différents commentaires des groupes, M. le Président, l'an passé, j'en étais venu à la conclusion, et je l'avais clairement exprimé lors des mes remarques finales, que j'avais bien entendu le Québec en entier nous dire que la loi devait être maintenue, que la Commission de l'équité salariale devait être maintenue et que nous devions revoir les modalités de la loi actuelle pour introduire de la souplesse pour nos entreprises mais également mettre plus de rigueur pour s'assurer que toutes les entreprises assujetties respectent la loi.

M. le Président, par la suite, je me suis mis au travail. J'ai travaillé avec les groupes. On a avancé sur des pistes de solution. Puis vient l'élection. On revient en début d'année 2009, on a continué le travail avec les partenaires, regroupements de femmes, regroupements syndicaux, patronaux, et, M. le Président, j'en suis venu à la conclusion que, oui, on pouvait déposer une loi qui permettrait de bonifier et d'atteindre l'objectif qui est visé par la loi actuelle: de faire l'équité salariale pour les femmes du Québec et de le faire avec les entreprises. Parce que, dans l'approche du projet de loi, c'est justement de reconnaître qu'il faut y introduire la simplification et la souplesse que les entreprises ont de besoin pour réaliser l'exercice qu'ils ont à faire.

M. le Président, lors du dépôt du projet de loi, le 12 mars dernier, il y a quelques semaines, les réactions ont été toutes positives, toutes. Le Conseil du statut de la femme nous disait: «L'équité salariale devient un droit acquis.» Quel beau message! «Le Conseil d'intervention pour l'accès des femmes au travail et la Fédération des femmes du Québec se [réjouissaient] du dépôt du projet de loi.»«La FTQ ? la plus grande centrale syndicale au Québec ? salue le dépôt du projet de loi sur l'équité salariale.»

La CSN: «Les femmes devraient être mieux servies.» La CSQ, elle, quant à nous, nous disait: «Un pas de plus pour l'égalité des femmes.» La CSD nous disait: «Le gouvernement doit viser à faire davantage» pour les femmes et le faire avec les femmes. Exactement ce que nous faisons. Le Syndicat canadien de la fonction publique titrait: Un pas dans la bonne direction.

Mais, M. le Président, je vous disais également que nous devions le faire avec les entreprises, et, lors du dépôt du projet de loi, le Conseil québécois du commerce au détail nous disait: «Un pas vers une application souple et plus efficace de la loi.» La Fédération des chambres de commerce: Un pas dans la bonne direction. Et finalement la FCEI: Plus de souplesse que prévu.

C'est donc dire, M. le Président, que, dès le dépôt du projet de loi, nous avons bien senti que, autant du côté des femmes que des centrales syndicales, que des organismes patronaux, l'équilibre était atteint.

M. le Président, par la suite, nous devions entendre à nouveau ces groupes sur le dépôt du projet de loi. Et là-dessus, M. le Président, je tiens à remercier mes collègues autant du côté gouvernemental, et je tiens à les nommer parce qu'ils ont très bien participé aux trois jours de séances qui se sont terminées cette semaine: la députée de Hull qui était avec nous; le député de Jean-Lesage, pour qui c'était une première expérience en commission parlementaire; bien entendu, également, le député de Portneuf, pour lui aussi c'était une première expérience; et nos députés de Rouyn-Noranda et d'Arthabaska, qui ont pleinement participé à ces trois jours.

Également, je veux prendre le temps, M. le Président, parce que je pense qu'ils ont le mérite d'avoir bien participé, bien collaboré à cette démarche, l'opposition du Parti québécois. J'ai bien senti la main tendue. J'ai bien senti également que nous avions un seul objectif: adopter cette loi pour aller plus loin pour les femmes du Québec. Et, que ce soient la députée d'Hochelaga-Maisonneuve ou la députée de Marguerite-D'Youville, je tiens à les remercier pour leur ouverture et leur collaboration.

n(11 h 40)n

Ainsi, durant ces trois jours, M. le Président, 13 groupes sont venus en commission parlementaire nous exprimer leur appui au projet de loi. Également, d'autres nous ont transmis des mémoires, bien entendu, et la volonté commune est toujours là. Je tiens à vous citer quelques-uns de ces groupes, de leurs déclarations qu'ils ont faites en commission parlementaire.

Louise Chabot, de la CSQ, nous disait: «...les améliorations apportées vont faire en sorte que progresse le droit fondamental à l'égalité économique des femmes.» «Une loi qui vient maintenir le principe d'équité.»«On accueille très favorablement [...] toutes les mesures qui visent à renforcer l'affichage...» Également, M. le Président, du côté de la CSN, «le projet de loi vient faire en sorte que l'équité salariale va véritablement prendre racine...» C'était Louis Roy, vice-président de la CSN qui s'exprimait. Du côté du Conseil du statut de la femme, Christiane Pelchat déclarait: «Pour le conseil, il s'agit là d'un gain historique pour les Québécoises.» Du côté de la FTQ, M. le Président, René Roy, secrétaire-général, nous disait: «le projet de loi [...] 25 est une avancée importante pour les travailleuses du Québec, nous nous réjouissons...»«La FTQ, en conclusion, salue les efforts du gouvernement pour bonifier la Loi sur l'équité salariale.»

Alors, M. le Président, beaucoup de déclarations, je pourrais vous en citer longuement, mais pour vous dire que ces trois jours nous ont permis... et je pense que l'opposition a bien saisi que l'équilibre avait été maintenu par le dépôt du projet de loi n° 25.

Bien entendu, certains groupes nous ont proposé des amendements, nous ont fait des demandes. Et je pense qu'il est de notre devoir de bien les examiner, bien évaluer si on peut faire davantage avancer l'équité salariale avec des amendements législatifs qui pourraient être apportés éventuellement. Et je sais pertinemment que l'opposition recherchera toujours cet objectif également. Ce sera, M. le Président... pour tout amendement, ce sera la première question que nous devrons nous poser: Est-ce que cet amendement va permettre de faire encore plus que le projet de loi n° 25? Parce que jamais, M. le Président, il ne sera question de réduire l'équité salariale pour les femmes. En ce sens, permettez-moi de remercier tous ces groupes qui sont venus participer à nos travaux au cours de ces trois jours.

Nous aurons l'occasion, M. le Président, comme je le disais, de revenir, lors de l'étude article par article, sur le texte de loi en lui-même mais également sur les amendements que j'entends déposer. Sur le contenu, sur le fond du projet de loi, M. le Président, le projet de loi n° 25 énonce clairement, et je pense que c'est un des principes forts du projet de loi n° 25, que toutes les entreprises du Québec qui sont assujetties à cette loi devront, pour le 31 décembre 2010, avoir réalisé un premier exercice d'équité salariale et avoir réalisé le maintien dans leurs entreprises.

Il s'agit là de l'élément essentiel porteur du projet de loi. Et vous savez, M. le Président, le projet de loi, je pense, a le mérite également de venir encadrer le maintien de l'équité salariale. Parce qu'il faut l'admettre, et autant groupes syndicaux que groupes de défense du droit des femmes l'ont dit en commission parlementaire, la loi actuelle est plutôt floue au niveau du maintien. Et, si on veut s'assurer que les gains qui auront été faits lors d'un premier exercice soient maintenus, il faut également s'assurer que nous allons maintenir dans le temps l'équité des femmes.

Également, M. le Président, le projet de loi suspendra toute plainte possible envers une entreprise pour lui laisser le temps, d'ici le 31 décembre 2010, de réaliser leurs obligations. Et, encore là, je pense que c'est faire preuve de beaucoup de souplesse, c'est de reconnaître qu'on est parti d'un principe dans la charte à une loi qui introduisait des mécanismes, et que certaines entreprises l'ont fait, d'autres non, et qu'aujourd'hui on leur demande de le faire, de le faire avec des nouvelles règles plus souples mais avec de la rigueur, et de le faire justement d'ici le 31 décembre 2010. Par la suite, les plaintes seront possibles, et, M. le Président, dans la loi, nous avons renforcé les amendes pénales pour ceux qui ne respecteront pas justement ce principe fort, et nous avons même introduit dans la loi des pénalités pour aller encore plus loin. Bien entendu, ce qu'on souhaite tous, c'est de ne pas avoir à utiliser les amendes et les pénalités, mais dans la vie parfois il faut être capable de sévir... les gens qui ne respectent pas les lois.

Également un changement important, M. le Président, dans la loi actuelle, on disait que les entreprises de 10 salariés ou plus étaient assujetties à la loi, mais, de la façon que la loi avait été écrite, ça faisait en sorte que les entreprises, lors de l'entrée en vigueur de la loi pour la période de 1996 à 1997, qui n'avaient pas 10 employés à ce moment mais qui étaient en croissance au fil du temps, n'étaient pas assujetties à la loi, aussi surprenant que cela peut paraître.

Je vous donne un exemple: une entreprise avait cinq employés en 1996. Le fait qu'elle n'en avait que cinq, elle n'était pas assujettie. Si, en 2002 ou aujourd'hui, elle a 200 employés, elle n'est pas assujettie. Alors, on vient corriger cet oubli, et également on dit que toutes les nouvelles entreprises qui ont pu être créées depuis l'adoption de la loi en 1996 et qui ont 10 employés et plus seront assujetties à la loi. C'est le principe même de la loi, c'est qu'on vise des entreprises de 10 et plus. Il est important de rappeler, M. le Président, que des entreprises qui ont moins de 10 salariés sont assujetties à la Charte des droits et libertés, il ne faut jamais l'oublier.

Également, M. le Président, nous allons faire une évaluation rigoureuse du maintien de l'équité salariale à tous les cinq ans. La loi a introduit une périodicité obligatoire aux cinq ans et, il faut bien en convenir entre nous, c'est un maximum, parce qu'on a bien vu que certaines entreprises, dans leurs pratiques salariales, tentent d'être dans une équité salariale perpétuelle. Bravo pour elles, mais encore là il faut se mettre de la rigueur, et on dit: À tous les cinq ans, vous devrez vous exercer dans le maintien et vérifier que l'équité salariale a été maintenue dans votre entreprise.

n(11 h 50)n

Également, M. le Président, c'est important de rendre des comptes dans la vie, on rend des comptes tous à différents égards, et la loi introduit une obligation, à partir de 2011, pour les entreprises du Québec, de déclarer de façon obligatoire, à chaque année, l'état de l'avancement de l'équité salariale dans leur entreprise, et, M. le Président, on le fait, je pense, d'une façon très simple, sans tomber dans la paperasse, on le fait en utilisant des formulaires déjà existants du gouvernement, du côté du ministère du Revenu, et l'opération se fera en même temps que la déclaration au registre des entreprises du Québec, donc on vient simplifier l'opération pour les entreprises.

Mais on voudra savoir si l'équité a été faite dans l'entreprise, on voudra savoir quand sera le prochain exercice, on voudra également savoir d'autres données qui nous permettront éventuellement de connaître l'état d'avancement de l'équité salariale au Québec. Également, pour la Commission de l'équité salariale, organisme central dans la loi, ça permettra de connaître l'avancement de l'équité par des secteurs d'activité, voir où on doit investir pour informer les travailleurs de leurs droits et informer les entreprises de leurs obligations. Ça permettra également, M. le Président, à la Commission de l'équité salariale de voir où elle doit vérifier, enquêter. Et, M. le Président, je pense que c'est fondamental dans ce projet de loi, et aucun organisme, autant patronal que syndical, n'est venu remettre en question la rigueur qu'imposera justement cette reddition de comptes obligatoire annuelle pour toutes les entreprises du Québec.

Également, M. le Président, nous avons ajouté... nous proposons d'ajouter dans la loi plusieurs mesures techniques qui vont venir simplifier l'application ou l'exécution pour les entreprises. Je donne des exemples: l'utilisation de différentes méthodes d'estimation des écarts salariaux, l'utilisation de nouveaux comparateurs masculins, ce sont des exemples pour vous dire que les entreprises pourront, sans jamais remettre en cause l'équité salariale, s'exercer plus facilement.

Également, M. le Président, et je pense que c'est un élément important dans le projet de loi, et j'ai senti que j'aurais peut-être encore à convaincre un peu l'opposition sur cet aspect, c'est l'introduction dans la loi d'un comité consultatif des partenaires qui sera formé par décret ministériel et qui aura pour fonction de rapprocher les partenaires de la Commission de l'équité salariale. Jamais, M. le Président, et je regarde la députée d'Hochelaga-Maisonneuve en disant mes propos, jamais l'intention du ministre du Travail ou du gouvernement ne sera de bâillonner ou d'encadrer la Commission de l'équité salariale. Ce que nous voulons, c'est rapprocher les partenaires pour que la commission et les partenaires ne visent qu'un seul objectif: que tout le Québec réalise l'équité salariale.

Et je vais prendre le temps de dire ce que le projet de loi, M. le Président, dit à l'égard du comité consultatif:

«La commission requiert l'avis du comité consultatif:

«1° sur tout règlement qu'elle entend prendre ? elle pourra prendre le règlement, mais elle pourra consulter les partenaires;

«2° sur tout avis qu'elle entend donner au ministre de sa propre initiative;

«3° sur les outils qu'elle entend proposer pour faciliter l'atteinte ou le maintien de l'équité salariale.»

Qui est mieux placé pour aider la commission à développer des outils qui s'adressent à la fois aux femmes, à la fois aux syndicats, à la fois aux entreprises que les partenaires eux-mêmes? Et, M. le Président, en commission parlementaire, on a entendu des groupes nous dire qu'on a senti, à certains moments, depuis l'entrée en vigueur de la loi en 1996, que la Commission de l'équité salariale, à différents moments, était bien seule dans son coin. Nous, on veut que la Commission de l'équité salariale soit avec nous, partout au Québec, et qu'elle puisse travailler justement avec les entreprises, avec les regroupements de femmes et avec les grandes centrales syndicales pour faire avancer cette cause, développer des outils et réaliser, dans le fond, les objectifs.

Également, quatrièmement, la commission devra requérir l'avis du comité en question «sur les difficultés d'application de la présente loi qu'elle identifie». Il n'y a rien de mal à constater qu'il y a des difficultés d'application. Le plus grand défi, c'est de trouver les solutions quant à ces difficultés d'application. Et qui sera mieux placé pour aider la commission justement que les partenaires?

Cinquièmement et finalement, «sur toute autre question qu'elle juge pertinente de lui soumettre ou que détermine le ministre». Alors, on s'ouvre la porte pour aller encore plus loin.

Alors, M. le Président, j'ignore si mes propos auront pu convaincre de mon seul but qui est d'aider la commission, d'aider justement l'objectif qu'on atteint, on pourra peut-être en reparler en commission parlementaire, mais j'ose espérer, j'ose espérer, M. le Président, que nous ne ferons pas un long débat sur la présence ou non d'un comité des partenaires, parce que c'est fondamental de rapprocher la commission de ses partenaires.

M. le Président, je vois que le temps file et j'aimerais bien terminer peut-être avant la suspension du midi, du dîner, mais pour vous dire qu'on aura l'occasion de revenir en Chambre, je l'espère, rapidement. Et là je vais prendre le temps de m'adresser à tous les parlementaires, en particulier à celles qui seront avec moi du côté de l'opposition pour la suite de l'étude du projet de loi. Et, M. le Président, j'ai bien avisé que, dès que la loi sera adoptée, on donnera des moyens additionnels sur le plan financier à la Commission de l'équité salariale, 1,5 million de plus cette année pour faire davantage d'équité, aider les entreprises, informer les travailleuses, et, pour l'année prochaine, c'est 50 % d'augmentation budgétaire à la Commission de l'équité salariale pour, dans le fond, faire encore plus.

Et, M. le Président, si tout va bien, nous devrions adopter le principe aujourd'hui. La semaine prochaine, si nos leaders respectifs viennent à s'entendre, nous pourrons entamer le processus de l'étude article par article et, qui sait, peut-être qu'à la fin de la semaine prochaine on pourrait avoir convenu que la loi garde son équilibre, et que les amendements que j'aurai à déposer ne brisent en rien cet équilibre, et que par la suite nous pourrons revenir ici, en cette Chambre, pour pouvoir procéder à l'adoption finale du projet de loi éventuellement.

Alors, M. le Président, j'ai beaucoup parlé, peut-être plus que je pensais, mais je dois vous avouer qu'il y a des moments dans la vie où on est fier de soi, et dans mes valeurs familiales l'égalité entre les hommes et les femmes m'a été inculquée par ma mère, par ma grand-mère, et je dois vous dire franchement qu'autant ma femme, ma fille, ma mère sont des personnes à part entière qui ont les mêmes droits que moi, qui ont les mêmes droits que les hommes, et j'espère que cette loi va permettre d'aller encore plus loin justement pour l'égalité que je souhaite voir au Québec, dans notre société, envers les hommes et les femmes. Merci.

Le Vice-Président (M. Chagnon): Merci. Merci, M. le ministre. Maintenant, je pourrais inviter, puis j'inviterais Mme la députée d'Hochelaga-Maisonneuve à prendre la parole et à vous donner la réplique, mais je signale à Mme la députée qu'il reste à peine deux minutes avant la clôture de nos travaux de ce matin. Alors, si vous le préfériez, Mme la députée, je pourrais suspendre nos travaux, et vous seriez la première intervenante lorsqu'on réappellera le projet de loi n° 25. Est-ce que cela vous irait?

Une voix: ...

Le Vice-Président (M. Chagnon): Alors, je suspends les travaux jusqu'aux affaires courantes, c'est-à-dire jusqu'à 14 heures.

(Suspension de la séance à 11 h 58)

 

(Quatorze heures neuf minutes)

Le Président: Bon après-midi, chers collègues. Alors, nous allons, si vous le voulez bien, nous recueillir quelques instants.

Merci. Veuillez vous asseoir.

Présence de M. Pierre Michel Auger,
ex-parlementaire de l'Assemblée nationale

Alors, vous me permettrez de