Point de presse de M. Amir Khadir, député de Mercier

Le jeudi 23 avril 2009

 

 

(Dix heures deux minutes)

M. Khadir: Alors, bonjour. Québec solidaire, ce matin, a le plaisir d'annoncer le dépôt en Chambre, cet après-midi, d'une pétition qui a été alimentée par une coalition de groupes environnementaux qui s'opposent à la construction d'un barrage sur une des dernières grandes rivières du Québec, soit La Romaine, qui va être déposée donc en Chambre. Plus de 5 000 opposants au projet de construction de ce barrage qui ont apposé leur signature, en moins de six semaines, pour qu'au moment où on célèbre le Jour de la Terre - c'était hier, et c'est d'ailleurs hier que le président Obama aussi le soulignait - les Québécois manifestent leur désaccord vis-à-vis d'un développement énergétique qui malheureusement est largement dépassé.

En fait, au moment où on se parle, il est triste de constater que M. Obama, lui, il a le loisir d'aller en Iowa souligner le Jour de la Terre par la célébration de vastes chantiers de nouvelle énergie renouvelable, c'est-à-dire la production d'énergie éolienne, et l'ironie du sort, c'est que ce soit justement dans Iowa, un État américain qui a bénéficié de l'implantation du projet de production énergétique éolienne de Siemens, compagnie qui s'intéressait au Québec il y a deux ans. Nous l'avions annoncé en conférence de presse en mars 2007. Siemens avait un projet de développement éolien pour le Québec, qui a été rejeté par le gouvernement libéral parce que les firmes d'ingénierie au Québec, malheureusement, sont accros aux barrages hydroélectriques, et Hydro-Québec encore une fois manque son rendez-vous à l'histoire.
Donc, aujourd'hui, on est forcés, plutôt que d'aller célébrer de nouveaux chantiers, comme M. Obama l'a fait, on est forcés de se réunir ici, de déposer une pétition en Chambre pour protester contre une erreur historique qui est de continuer les développements énergétiques qui correspondent à des modèles passés, des modèles qui sont maintenant dépassés. Parce que, rappelons-le, le développement hydroélectrique n'est pas une énergie qui est considérée comme propre. D'ailleurs, le gouvernement des États-Unis, qui va investir près de 200 milliards de dollars dans le développement d'alternatives énergétiques, considère que l'hydroélectricité n'est pas une énergie propre dont il voudrait favoriser l'achat.
Donc, j'ai invité ce matin à participer en conférence de presse avec moi des gens d'Alliance Romaine. Il s'agit donc de Mme Valérie Roussel et de Scott Ross, d'Alliance Romaine, à qui je passe la parole.

M. Scott (Christopher): Merci. Bonjour, tout le monde. Moi, je suis Christopher Scott, le porte-parole d'Alliance Romaine, et Mme Roussel, qui est avec moi, est une de nos sympathisantes qui a aidé avec la récolte de pétition ici, à Québec. Notre récolte de pétition a été un processus très intense, de courte durée, étant donné l'échéancier de la situation. Nous savons que Mme Beauchamp risque de se prononcer sur le projet de La Romaine d'ici quelques jours, et, en faisant cette récolte de pétition, nous voulions montrer à quel point que Mme la ministre est en décalage avec la volonté, avec le bon sens et les sentiments d'un grand nombre de ses concitoyens.
Alliance Romaine, pour souligner, est un très petit groupe. Nous ne bénéficions d'aucune subvention gouvernementale. On est vraiment un groupe qui s'est fondé il y a un an approximativement, en janvier 2008, des gens, dans certains cas, des scientifiques, des gens qui étudient en sciences de l'environnement, des gens qui sont des amateurs de plein air, des gens de milieux différents qui se sont rendu compte progressivement que non seulement il s'agit de harnacher une rivière qui est une rivière à saumon, qui a son embouchure dans un parc national, qui est une rivière fougueuse et belle, mais que, de plus en plus, toutes les grandes rivières au Québec risquent d'être harnachées bientôt.
Alors, comme d'autres gens l'ont souligné avant nous, il ne s'agit pas seulement de protéger une rivière, il s'agit de prendre acte du fait que les rivières vierges au Québec sont elles-mêmes une espèce en voie de disparition. Alors, les valeurs écologiques, les espèces... les pêcheries, qui dépendent de nos rivières intactes, sont de plus en plus menacées. Évidemment, les valeurs récréatives, les valeurs esthétiques, les valeurs humaines qui gravitent autour de ces rivières sont aussi menacées.
En récoltant les pétitions, nous avons été nous-mêmes surpris à quel point que les gens à qui nous allions parler dans les écoles, dans les universités, dans les magasins de plein air, dans d'autres places, dans les petites communautés sur la Côte-Nord - il y a des sympathisants qui ont su récolter des signatures, même à Kuujjuaq, mais aussi dans les grands centres, Québec et Montréal - à quel point les gens étaient déjà au fait de la situation. Souvent, j'ai abordé les gens et je parlais de La Romaine, les gens savaient déjà de quoi il s'agissait. Les gens avaient suivi le débat avec grand intérêt. Il y avait une émotion palpable quand je suis allé parler aux gens. Et, les gens, ils sont pressés, quasiment ils se ruaient sur nous pour signer.
Alors, si, avec huit, neuf, 10, 12 personnes qui récoltaient activement des signatures... dans un mois et demi, si on a réussi à récolter 5 500 signatures, c'est parce qu'une grande partie du travail a déjà été faite pour nous, parce que les citoyens avaient amorcé leur propre réflexion et se rendaient compte que, si on n'agit pas aujourd'hui pour défendre une des dernières grandes rivières au Québec, il ne restera bientôt aucune rivière à harnacher. On aurait pu très bien ramasser, avec un peu plus de temps, 10 000 signatures ou 20 000 signatures, mais, avec l'échéancier parlementaire, on voulait déposer nos signatures maintenant pour que la ministre soit obligée de prendre acte du désaccord d'un grand nombre de ses citoyens. Et nous pensons que les générations futures, on ne le dit pas assez souvent: Les Québécois de l'avenir nous remercieront, dans quelques années, d'avoir pris l'étape... d'avoir pris la mesure qu'on a faite aujourd'hui.
Et nous espérons évidemment qu'à travers le dépôt de cette pétition, qui va être une condition nécessaire mais non suffisante de notre lutte politique... que le dépôt de cette pétition nous permettra de continuer le combat et de faire en sorte de contribuer à un momentum politique qui va demander et qui va obtenir l'arrêt de ce projet sur La Romaine, mais qui va nous permettre, en tant que société, à se poser des questions sur comment est-ce que nous faisons l'énergie et comment nous pouvons faire pour diversifier notre production d'énergie, comment nous pouvons faire pour assurer un sain développement durable qui respecte les écosystèmes, qui respecte les pêcheries, qui sont importantes pour l'économie régionale, et qui respecte les autres valeurs écotouristiques et autres sur lesquelles toute saine société sera bâtie.
Alors, aujourd'hui, avec le dépôt de cette pétition, c'est un premier pas, ce n'est pas le dernier pas. Nous ne baisserons pas les bras en tant qu'Alliance Romaine. Nous allons continuer nos activités, mais nous pensons que cet acte, ce dépôt de pétition nous permet, nous crédibilise, nous permet de montrer que nous représentons une grande partie de la population, et que c'est un appel, un appel de coeur, un cri de coeur pour que les gens, les Québécois qui ne sont pas d'accord avec ce projet se prononcent activement, se rallient à notre cause et se mettent à manifester, à se prononcer là-dessus avec nous au cours des prochaines semaines. Alors. je vous remercie beaucoup.

M. Khadir: Un mot avant de passer à la période des questions. Les populations autochtones, au Québec depuis toujours, ont rarement été consultées dans le développement de projets économiques, de projets d'infrastructures, de projets de barrages. On sait toutes les difficultés vécues par ces communautés au cours des 50 dernières années, notamment dans la construction des barrages hydroélectriques dans les différentes régions du Québec.
Encore une fois, pour ce qui est de La Romaine, les communautés ont été mises devant un projet, on leur a présenté un projet qui semblait inéluctable, déjà décidé, et on les a forcées à négocier des ententes, qu'ils ont bien sûr acceptées. On les comprend, ces communautés espèrent un peu de prospérité économique pour leurs membres, dont les territoires leur appartiennent. Cependant, ce qu'on sait, c'est qu'ils n'ont pas été consultés... elles n'ont pas été consultées au départ du projet, qu'elles n'ont pas surtout voulu de ces projets, et que ces communautés seraient les dernières à rejeter des projets qui soient plus respectueux de leur environnement, de leur milieu de vie et qui les intègrent dès le départ dans la conception même de ces projets, de ces finalités, de ces retombées.
J'aimerais inviter Valérie Roussel de dire quelques mots aussi sur cet aspect des choses, en ce qui a trait de son contact, de son expérience avec les communautés autochtones.

Mme Roussel (Valérie): Souvent, chez autochtones, la terre, la forêt, les rivières, c'est un tout, c'est quelque chose de très beau, de fondamentalement lié à l'humain et qu'on doit respecter.
Ces traditions-là vont souvent à l'encontre de la manière dont les projets se déroulent, et les autochtones n'ont pas toujours la possibilité de prendre la parole à ce propos. Puis, les discussions, ce qu'on en sait, c'est qu'elles se sont déroulées à huis clos et que les résultats et les ententes lors de ces discussions n'ont pas été publiées. Donc, certaines communautés n'auraient pas été consultées, et les résultats, qui bien sûr sont davantage discutés avec les leaders politiques des communautés, les chefs de bande n'auraient pas nécessairement retourné à la base. Donc, quand on parle avec les gens des communautés, on se rend compte qu'ils ne sont pas nécessairement en faveur du projet et qu'ils ne sont pas très bien renseignés. Alors, voilà!

M. Khadir: Merci beaucoup. Alors, rendez-vous cet après-midi, après 14 heures, avec le dépôt de cette pétition pour s'opposer à la construction du complexe hydroélectrique sur la rivière Romaine. Merci.

(Fin à 10 h 13)