Point de presse de Mme Michelle Setlakwe, porte-parole de l’opposition officielle en matière d’enseignement supérieur, et M. André Albert Morin, porte-parole de l’opposition officielle en matière d’immigration, de francisation et d’intégration
Version préliminaire
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Le mercredi 11 février 2026, 11 h 30
Hall principal de l'hôtel du Parlement,
hôtel du Parlement
11 h 31 (version non révisée)
(Onze heures quarante minutes)
La Modératrice : Bonjour.
Alors, bienvenue à cette conférence de presse de l'opposition officielle qui
tient à joindre sa voix aux associations étudiantes qui réclament une clause de
droits acquis au PEQ.
Donc, on va débuter avec les porte-parole
en matière d'immigration, de francisation, André Albert Morin, ensuite ça sera Michelle
Setlakwe, la porte-parole de l'opposition en matière d'enseignement supérieur,
et on pourra entendre Jeanne De Roover, de l'Association générale étudiante de
l'UQTR, ainsi qu'Imane Chafi, de l'Association étudiante des cycles supérieurs
de Polytechnique, et s'ensuivra une période de questions. Merci.
M. Morin : Merci. Bonjour.
Alors, nous allons encore une fois vous parler du PEQ. Je suis avec ma collègue
Michelle. On était à Montréal samedi, tous les deux, parce qu'on en a encore
parlé parce qu'il faut continuer à dénoncer cette injustice. On a parlé du PEQ
— Travailleurs, mais il y a le PEQ étudiants. Il y a plusieurs étudiants,
étudiantes avec nous aujourd'hui qui vont vous livrer des témoignages
percutants.
Et il y a une chose qui est claire. Au
Québec, là, dans nos valeurs, bien, la parole donnée, là, on respecte ça. Puis,
quand le gouvernement du Québec invite des étudiants à venir ici étudier, faire
de la recherche puis qu'ils leur proposent un programme et que des gens
prennent des décisions, compte tenu de ça, bien, il faut le respecter. Et c'est
pour ça que, dans ces cas-là, il faut absolument leur donner une clause de
droits acquis.
Et d'ailleurs la ministre en question est
totalement isolé. Alors, ce matin, il essayait de rétropédaler. Mais, quand il
nous parlait du temps du 12 avril, c'est beaucoup trop long. Il y a des gens
qui vivent des drames. On a un premier ministre au Québec, il est supposé être
aux commandes, bien, qu'il prenne des décisions puis qui les prennent
rapidement, dans l'intérêt de l'ensemble de la population, sans plus tarder. Je
cède la parole à ma collègue Michelle.
Mme Setlakwe : Merci, André.
Mais, très rapidement, le volet Enseignement supérieur est important, il faut
le mettre de l'avant. Ce matin en période de questions, je m'adressais encore
une fois à la ministre de l'Enseignement supérieur. Rappelons-nous que, depuis
sept ans, la CAQ a nui au réseau, à l'écosystème d'enseignement supérieur
avec différentes mesures, le projet de loi qui encadre les étudiants
internationaux, les quotas, les coupures, et là le PEQ aussi nuit au réseau.
Et donc on a avec nous des exemples
concrets, là, parce qu'on le dit, mais là on a des exemples concrets. Les
étudiants ont choisi le Québec, ils étudient ici, travaillent ici, parlent le
français, mais là ils se demandent aujourd'hui... ils attendent de savoir s'il
y a un... s'ils ont un avenir ici, au Québec. Alors, quoi de plus important,
percutant que d'entendre des témoignages de deux personnes, Jeanne et Imane,
qui vont nous parler de leur parcours et à quel point elles sont impactées et
inquiètes?
Et, pour moi, je rejoins ce que... ce que
mon collègue André disait, c'est... c'est injuste, inéquitable. Et la parole,
notre parole, la parole du Québec est importante et, ici, on renie la parole,
et je n'en suis vraiment, vraiment pas fière. Encore une fois, je m'adresse à
la CAQ, à la ministre de l'Enseignement supérieur. Sa voix doit être entendue
pour défendre le réseau et, surtout, défendre les étudiants.
Mme De Roover (Jeanne) : Bonjour.
Je m'appelle Jeanne De Roover, je suis diplômée d'un baccalauréat en
enseignement du français au secondaire, que j'ai obtenu en Belgique, et
actuellement je suis à la maîtrise...
11 h 36 (version non révisée)
Mme De Roover (Jeanne) : ...Belgique,
et actuellement, je suis à la maîtrise en éducation à l'UQTR. Au début de l'année
2024, j'ai tout quitté pour le Québec. J'ai laissé ma famille, mes amis, mon
emploi d'enseignante et mes repères pour venir contribuer au système d'éducation
québécois. J'ai même renoncé à un permis de travail que j'avais obtenu au
Québec pour privilégier la poursuite de mes études, car on m'avait promis que
le diplôme québécois était la voie privilégiée pour obtenir la résidence
permanente via le PEQ. Et cette promesse, elle n'a pas été faite qu'à moi.
Comme des milliers d'étudiants, je me sens trahie, inconsidérée. Le ministre
Jean-François Roberge ne semble voir que des statistiques, mais derrière mon
numéro, derrière nos numéros, il y a des sacrifices réels. J'ai investi toutes
mes économies pour obtenir un diplôme qui n'est même pas reconnu dans mon
propre pays...
Une voix : ...
Mme De Roover (Jeanne) : J'ai
fait cela en connaissance de cause, parce que mon projet de vie est ici, au
Québec. En changeant les règles en cours de route, le gouvernement ne fait pas
que de supprimer un programme, il supprime des projets de vie. J'ai le
sentiment qu'on nous voit comme des chiffres, comme des numéros. Pourtant, nous
sommes des humains, des voisins, des collègues, des amis, des étudiants.
Inviter des gens à bâtir leur futur au Québec, leur promettre un avenir, leur
retirer cette chance une fois qu'ils ont tout sacrifié et qu'ils ont réussi à s'intégrer
est un manque de considération. Il en va de même pour le refus de la clause de
droits acquis. Pour ma part, je voulais poursuivre au doctorat, continuer mes
recherches sur l'enseignement du français afin d'aider les écoles québécoises,
mais aujourd'hui, l'instabilité me paralyse. Comment puis-je poursuivre alors
que le gouvernement semble me voir comme un problème à régler plutôt que comme
une Québécoise en devenir. Comment puis-je continuer à m'investir sans savoir
si tous mes efforts contribueront à mon pays d'accueil ou s'ils seront vains?
Bien que le programme de sélection des travailleurs qualifiés semble être une
alternative, il ne correspond pas aux attentes de celles et ceux qui, comme
moi, sont arrivés il y a plusieurs années. M. le ministre Roberge, j'espère
sincèrement que vous reviendrez sur le refus de la clause de droits acquis, j'espère
que vous laisserez à celles et ceux qui ont tout sacrifié la chance de faire
partie du Québec. Je vous remercie de m'avoir entendu, mais j'espère surtout
être écouté.
Mme Chafi (Imane) : Jeanne,
je voudrais commencer par te dire : Merci beaucoup. Et personnellement,
moi, je suis présidente de l'association aux cycles supérieurs, je pense que tu
serais incroyable au doctorat. Donc, je veux vraiment que tu saches qu'on veut
que tu restes.
Bonjour, mon nom est Imane Chafi. Comme je
l'ai dit, je suis présidente de l'association aux cycles supérieurs de
Polytechnique Montréal. Au nom de l'AÉCSP, je souhaite porter la voix de
plusieurs étudiants et étudiantes qui sont directement touchés, comme Jeanne,
par l'abolition du programme de l'expérience étudiante et l'expérience
québécoise. Un étudiant français à la maîtrise professionnelle témoigne d'un
sentiment de démotivation. Je le cite : «Je comptais travailler au Québec après
mes études, mais lorsque j'ai appris que le PEQ ne sera plus en vigueur, j'ai
reconsidéré le choix. Le retrait du PEQ est démotivant. Je comptais beaucoup
sur lui pour m'aider à m'installer au Québec après mes études.»
Une autre étudiante explique vivre une
anxiété constante : «Après plusieurs années d'études, après avoir investi
des sommes d'argent considérables pour s'établir au Québec, je me retrouve,
aujourd'hui, dans une incertitude totale en mon avenir. J'ai respecté toutes
les règles. Aujourd'hui, je ne sais pas ce qui m'attend.» Ces témoignages sont
nombreux. Ils racontent tous la même chose : Un profond sentiment d'insécurité,
d'injustice et de découragement. À l'AÉCSP, nous déplorons la perte potentielle
de talents, aux cycles supérieurs, de personnes brillantes qui sont formées
ici, au Québec. La fin du PEQ, c'est la dissuasion des étudiants hautement
qualifiés, ils savent parler français, ils ont étudié à la maîtrise, au
doctorat. Et vous leur dites qu'ils ne sont plus les bienvenus ici? Je suis
personnellement étudiante québécoise, mais je suis aussi issue de l'immigration.
Mes parents sont venus du Maroc et ils ont pu se former et s'établir au Québec.
En investissant dans leur intégration, le Québec a investi dans l'innovation. Le
Québec, aujourd'hui, je peux, par exemple, faire un doctorat ici, en génie, et
contribuer à développer des solutions qui vont aider à ce que le Québec...
11 h 41 (version non révisée)
Mme Chafi (Imane) : ...lui-même
va devenir meilleur. Alors je vous pose la question : Pourquoi ces jeunes,
pourquoi Jeanne n'aurait pas le droit à la même chance? Osez les regarder dans
les yeux, ces chercheurs, ces étudiants, ces étudiantes brillants et leur dire
qu'ils n'ont pas leur place ici après leur avoir promis un avenir meilleur. À l'AÉCSP
nous appelons les décideurs à reconnaître l'importance du PEQ et retenir les
talents formant ici. Maintenir une excellence en recherche et innovation et
pour offrir à ces jeunes la même possibilité que celle que celles qu'ont eu
avant tant d'immigrants et d'immigrantes comme vous et moi qui ont bâti le
Québec d'aujourd'hui. Merci.
La Modératrice : Alors, on va
maintenant passer à la période de questions.
Journaliste : Jean-Fraçois
Poudrier, Noovo info. Juste une question par rapport à la course en ce moment à
la direction, on voit que les deux candidats proposent des changements par
rapport à la situation actuelle, mais les étudiants semblent encore en faire
les frais parce qu'on veut miser sur la partie économique. Est-ce que justement
ça vous inquiète du côté du Parti libéral? Et est-ce que du côté des étudiants,
par la suite, est-ce que vous sentez, encore une fois, que vous êtes un peu
sacrifié dans tout ça? Parce qu'on va garder les chiffres... des chiffres pareils
pour ce qui est du nombre de personnes admises, là.
Mme Setlakwe : Il ne
faut pas oublier que le Conseil des ministres, là, ils ont tous applaudi la
décision du ministre Roberge. Ils sont encore au pouvoir au gouvernement et ce
n'est pas parce qu'on entend la députée de Sanguinet puis le député de Lévis
parler de leurs intentions futures à partir du mois d'avril qu'il faut cesser
de s'inquiéter d'un, de ce qui se passe en ce moment, de l'impact sur le
terrain, de l'impact sur des êtres humains, mais aussi il faut se rappeler qu'en
ce moment, c'est la CAQ qui est au gouvernement et c'est leur décision qui est
encore valide. Alors, on leur demande de reculer rapidement.
M.
Morin :Et on vous l'a dit à plusieurs reprises, là, quand on a
rencontré, Michelle et moi, des dizaines et des dizaines de gens, là, en pleurs,
là. Puis vous l'avez vu ce matin, là, c'est ça que ça fait. Alors, l'immigration,
là, ce n'est pas des chiffres, c'est du vrai monde, et ces gens-là viennent ici
étudier, veulent après ça, avec leurs diplômes, contribuer à l'essor de la
population et de la société québécoise. Il parle un français impeccable. Alors,
quand M. Legault nous dit 500 000, 300 000, on veut sauver le français, bien
oui, c'est sûr qu'on veut sauver le français, mais ce que vous entendez ce
matin, là, ce sont justement des gens qui ont un français impeccable, qui sont
ici, qui veulent faire de la recherche et qui contribuent à l'essor de la société
québécoise. Donc, quand on leur a donné notre parole et qu'on est allé les
chercher, bien la moindre des choses, c'est qu'on conserve, qu'on garde la
parole donnée et qu'on leur permette de terminer. Merci.
Journaliste : Et pour les
étudiants, oui, est-ce que vous avez l'impression d'être sacrifié? Même si on
parle de peut-être... ramener le PEQ, on ne parle pas vraiment des étudiants,
on parle du volet économique, surtout, là.
Mme Chafi (Imane) : En
fait, les étudiants et l'économie sont intimement liés et beaucoup d'étudiants
sont venus ici avec la promesse du PEQ et ils n'ont pas eu par la suite, qu'on
appelle communément les orphelins du PEQ. Et donc l'idée en fait, de ne pas
leur laisser finir aussi cette partie, d'avoir la possibilité de rester au
Québec, c'est vraiment ça qui est important à revoir. Puis, nous, on trouve que
nous avoir invités, avoir écouté notre point de vue, c'est très important.
Donc, on est très contents de ça et on voudrait que ce soit aussi fait du côté
du gouvernement en ce moment, de la CAQ. Merci.
Journaliste : Bonjour. Là, juste
m'assurer, peut-être que... j'ai manqué un petit bout de la conférence de
presse, mais je voulais juste m'assurer, avez-vous demandé à parler à Christine
Fréchette et à Bernard Drainville de l'abolition du PEQ? Je regarde un peu
partout, là, et avez-vous eu l'occasion de leur parler de cette décision, bien,
en tout cas, de leur positionnement sur le PEQ?
Mme Chafi (Imane) : Bien,
en fait, hier on s'est vu... en fait, c'était pour nous occasion un peu plus
joyeuse, mais c'était l'agrandissement de Polytechnique Montréal et donc j'étais
là aussi en tant que représentante des étudiants aux cycles supérieurs et on a
pu discuter de ce point. Donc, c'était vraiment une belle façon aussi de parler
avec des représentants du... bien, de l'opposition, mais ici, à Montréal... à
Montréal, en fait, oui. Merci.
Journaliste : M. Morin
ou Mme Setlakwe, je ne sais pas qui veut répondre, mais il y a une seule
candidate qui propose le retour du PEQ dans la course à la chefferie caquiste,
c'est Mme Fréchette. Est-ce que le Parti libéral préférait voir Mme Fréchette
accéder au poste de chef et de première ministre?...
11 h 47 (version non révisée)
Journaliste : ...considérant
que ça viendrait avec le retour du PEQ.
Mme Setlakwe : Moi, je ne suis
pas ici, là, pour me prononcer, est-ce qu'on préfère une ou l'autre? Pas du
tout. Là n'est pas la question. Aujourd'hui, ce qu'on veut pour le bien de ces
étudiants, pour le bien du réseau d'enseignement supérieur, pour le bien de ces
travailleurs qui sont ici, pour le bien de notre économie et, honnêtement, pour
notre dignité... Comme Québécois, on a donné notre parole. On a des gens sur le
terrain qui contribuent, qui parlent le français. Nos entreprises attendent,
nos universités attendent, on a des personnes qui attendent, des... Donc, ce qu'on
demande ce matin... Oubliez, là, Mme Fréchette, M. Drainville, peu importe, moi,
je m'adresse à la CAQ, c'est le gouvernement qui est là en ce moment, ils sont
au pouvoir, ils ont le pouvoir d'agir. Et ce qu'on leur demande, André, et moi,
et toute notre formation politique, c'est de reculer maintenant.
Rappelons-nous que c'est depuis novembre,
cette incertitude, cette inquiétude qui est palpable. On l'a bien entendu, là,
chez une personne qui a eu le courage de nous en parler aujourd'hui, mais on le
sait, que ce sont des milliers de personnes, des centaines de personnes qui
sont ici, chez nous, là, qui côtoient nos enfants, qui sont dans nos écoles, c'est
des familles qu'on connaît, on a... Donc, il y a énormément de stress depuis le
mois de novembre. Ils attendent quoi, à la CAQ?
Journaliste : ...Mme
Setlakwe, le candidat Drainville, dans cette course, ne propose pas le retour
du PEQ, propose même une espèce de programme qui avantagerait davantage les
travailleurs. Donc, il ne parle pas des diplômés du tout. Est-ce que c'est une
proposition qui est dangereuse?
M. Morin : Bien, en fait, je
vous dirais que je vais laisser les candidats à la chefferie de la CAQ faire leurs
programmes, mais moi, je vais revenir sur un point important. Présentement, au
Québec, on a un premier ministre, il est en poste, c'est lui qui dirige le
gouvernement. Alors, il nous a parlé, hein, à l'effet qu'il faut traiter les
gens avec humanité, bien, moi, j'en appelle à l'humanité du premier ministre,
qu'il prenne une décision tout de suite, on n'a pas besoin d'attendre au 12
avril. On est là, nous, au Parlement, pour travailler. Lui, il est là comme
premier ministre pour prendre des décisions, puis carrément, avec ce qu'on a vu
ce matin, là, c'est dans l'intérêt du Québec, qu'il en accorde une, clause de
droits acquis, travailleurs, étudiants, puis vite.
Journaliste : ...ma question
est pour vous, M. Morin. En fait, il semble acquis qu'il n'y aura pas de
décision avant le 12 avril, parce que ce que nous a dit M. Roberge, ce matin, c'est
que les fonctionnaires du ministère de l'Immigration vont travailler à un
scénario de transition qui va être présenté au vainqueur de la course à la
chefferie. Donc, quelles sont les conséquences, selon vous, d'attendre au 12
avril avant de trancher?
M. Morin : Bien, les
conséquences directes, ça va être la création d'autres drames. Je le
mentionnais, dans ma circonscription, il y a des travailleurs qui sont
repartis. Ça a un impact sur des entreprises locales. Alors, que le ministre me
dise, aujourd'hui, on va attendre au 12 avril, bien, moi, ce que je dis, c'est
qu'il veut juste gagner du temps. Puis ce n'est pas ça qu'il faut faire. On a
un premier ministre, qu'il prenne des décisions.
On voit... on a des étudiants, des
étudiantes avec tout, ce matin, on voit ce que ça fait, c'est terrible, puis,
pour les travailleurs, c'est la même chose. Ça a un impact sur l'économie. Et
le ministre, actuellement, a réussi à faire le consensus et l'unanimité contre
lui. On n'a pas besoin de temps. On le sait, ce qu'il faut. Puis, quand on
donne notre parole puis qu'on va chercher des gens à l'étranger, la moindre des
choses, c'est de respecter la parole donnée.
Journaliste : Mon autre
question est pour Jeanne, si vous permettez, parce que ce que dit le ministre
Roberge, c'est que le Programme de sélection des travailleurs qualifiés va
prioriser les étudiants, va prioriser celles qui, comme vous, sont en région, vous
êtes à Trois-Rivières, si je comprends bien, vous parlez un français
impeccable. Alors, pourquoi le PSTQ ne vous convient pas ou ne convient pas à
vos collègues de classe qui sont dans la même situation?
Mme De Roover (Jeanne) : Pour
donner mon exemple personnel, je suis dans le bassin du PSTQ depuis un an, donc,
avant d'être le PSTQ, c'était le bassin du PRTQ. Actuellement, j'ai 504 points
pour être sélectionnée, éventuellement, ce qui n'est pas suffisant puisque, si
on regarde les sélections qui se font depuis le début du PSTQ, c'est 800 points
et plus, parfois 600, mais dans les métiers... la main-d'œuvre. Donc, très peu
de chances que je sois sélectionnée. Je vais gagner des points une fois que j'aurai
ma maîtrise, effectivement, parce que... un diplôme du Québec, mais je n'en
aurai toujours pas assez pour atteindre les 800.
Donc, le PSTQ, c'est très bien pour les
personnes qui ont des années d'expérience. Moi, je construis mon expérience et
je la construis au Québec. Je pense que c'est autant valide que quelqu'un qui a
de l'expérience de plusieurs années, mais...
11 h 52 (version non révisée)
Mme De Roover (Jeanne) : ...étrangers.
Journaliste : Donc, c'est ça
qui vous fait perdre des points, c'est vos années d'expérience, est-ce que c'est
votre domaine d'étude aussi ou...
Mme De Roover (Jeanne) : Je
suis en éducation, je pense que je fais partie des priorités. Donc, je pense qu'effectivement,
ce qui me fait perdre des points, c'est le nombre d'années d'expérience, parce
que j'ai même fait les tests de français alors que le français est la langue
officielle de mon pays, là, donc, j'ai fait quand même les tests de français, j'ai
gagné des points supplémentaires grâce à ces tests-là, mais ça reste
insuffisant.
Journaliste : Merci. Si je
peux me permettre, bien, en fait, j'aurais une autre question pour vous,
désolé, là, je reviens au micro, mais est-ce que vous considérez, à ce moment-là...
Parce que M. Roberge, depuis le début, là, quand le PSTQ a été lancé, a dit,
effectivement, comme mon collègue le disait, que les diplômés seraient
priorisés. Est-ce qu'il ment en disant ça? Considérant que, comme vous le
dites, là, vous cochez plusieurs cases, mais vous... vous n'êtes pas admissible,
là...
Mme De Roover (Jeanne) : Je
ne m'avancerai pas sur un mensonge, là, je ne sais pas exactement ce qui est...
ce qui est fait. Maintenant, dans les faits, quand on regarde les rapports des
sélections qui sont faites depuis l'ouverture du PSTQ, les pointages sont au-delà
de 800 points, généralement. Donc, je ne doute pas qu'il y ait des étudiants
qui soient sélectionnés, mais c'est peut-être des étudiants qui ont été
diplômés il y a plusieurs années et qui ont acquis de l'expérience entre temps.
Ce n'est pas, je pense, des nouveaux diplômés, mais je n'ai pas accès aux
informations très précises pour chaque sélection du PSTQ.
Journaliste :
Merci beaucoup.
Mme Setlakwe : …si vous me
permettez. Merci, merci, Jeanne. Au niveau de l'enseignement supérieur, le mal
est fait. Il y a déjà énormément de dommage qui a été fait à notre réputation à
l'international. Là, ce n'est pas moi qui le dis, là, ce sont les recteurs qui
parlent tous d'une seule et même voix : Le mal est fait. Pas juste... bon,
moi, je dis à l'international, mais parlons de la francophonie. Le premier
ministre, vous l'avez entendu, encore ce matin, parler du français. Là, on est
en train de nuire à notre attractivité. Le message s'est répandu dans la
francophonie. Vous ne voyez pas là une incohérence? Alors, je veux bien, là,
que, peut-être, le projet, le nouveau programme, va éventuellement permettre à
des gens de pouvoir s'établir ici, mais est-ce que vous êtes convaincus? Moi,
ce que j'entends, c'est plutôt : Je demeure inquiète, je demeure inquiet,
je demeure stressé, je ne le sais pas, alors qu'avant, je savais où était ma
place dans la file d'attente, si je peux dire. Mais quand on nuit à nos
universités, bien, on nuit à notre capacité, évidemment, de recrutement, mais d'innovation,
de recherche. Hier, le premier ministre était à la Polytechnique, en grande
pompe, on annonce un agrandissement, des nouveaux laboratoires, etc. Mais du
même coup, et ce qu'il réalise ce qu'il est en train de faire au niveau de ses
politiques d'immigration, alors que des cohortes au deuxième et troisième cycle,
qui sont composées majoritairement d'étudiants internationaux qui sont ici, qui
parlent le français, qui sont prêts à contribuer. Donc, je veux bien, là, les
infrastructures, moi, je salue ça, mais encore faut-il être cohérent puis s'arranger
pour garder ceux qui sont ici, en attirer d'autres. C'est une course mondiale
au talent, puis plus le temps passe, bien, il y a des cas concrets de gens qui
vont tout simplement plier bagage et aller ailleurs, en Ontario. Moi, ça m'a
été dit par, justement, les gens à la... à Polytechnique et par bien d'autres
universités, c'est ça la réalité, sur le terrain, on nuit à notre attractivité
pour le futur, puis ceux qui sont déjà ici, bien, ils regardent des plans B et
des plans C, puis ce n'est pas le Québec, le plan A. Voilà.
La Modératrice : Est-ce qu'il
y a d'autres questions? Alors, c'est ce qui met fin à la conférence de presse,
merci.
(Fin à 11 h 56)