Cette transcription a été réalisée à l’aide d’un logiciel de reconnaissance vocale. Elle pourrait donc contenir des erreurs.
(Neuf heures trente-deux minutes)
M. St-Pierre Plamondon : Bien,
écoutez, je commence à me dire que je suis content de vous revoir. Je sens de l'intérêt,
de la bonne humeur et un intérêt renouvelé pour la politique québécoise. Et
pour cause, il s'est passé plusieurs choses, donc c'était important pour moi de
prendre le temps, après ces deux jours, là, de revenir sur la démission du
premier ministre du Québec, François Legault.
J'ai pris du temps, donc c'est un peu
atypique ce que je viens de faire, mais j'ai pris du temps pour deux raisons.
La première, c'est le respect envers l'engagement politique d'un homme qui a
donné 25 ans de service public à la politique québécoise. La deuxième, c'est
qu'on est devant la fin d'une ère politique, et on ne peut pas seulement se
concentrer sur l'individu, la personne, mais il faut aussi être capable de
tirer certains constats ou certaines idées qui vont façonner le prochain cycle
politique, si bel et bien on est devant la fin d'une ère politique. Donc, je
trouvais que, par respect, mais aussi pour arriver avec un peu de recul, sans
être hors sujet, c'était une meilleure idée, là, de... de prendre son temps. Je
ne me voyais pas, là, 1 h après la démission de François Legault, donner
une entrevue sur où en est le caquisme. Donc voilà, là, les raisons du délai.
Et je veux recommencer. Je veux... je
veux, comme premier point, réitérer ce que j'ai mis par écrit sur la carrière
de François Legault. Il a donné 25 ans de sa vie à la politique, mais
huit, près de huit ans comme premier ministre. C'est un rôle exigeant qui l'a
amené dans des circonstances aussi un peu hors du commun, là. Toute la période
de la pandémie requiert un effort extraordinaire. Lors de son annonce, il
parlait des sacrifices en politique. Il a parlé aussi du prix à payer pour ses
enfants. Je veux simplement souligner qu'on peut être en désaccord profond avec
les orientations d'un gouvernement, mais l'essentiel, c'est de souligner la
contribution à la démocratie et au service public. Et c'est exigeant. Et j'en
sais quelque chose. En fait, j'en... c'est encore bien plus exigeant, là, pour
un premier ministre en pandémie. Et je veux mettre l'emphase là-dessus. On peut
avoir des désaccords sur la gestion de la pandémie, et j'ai été très vocal sur
la gouvernance par décret, avec laquelle j'avais un désaccord, j'ai été très
vocal sur les aides aux entreprises pour lesquelles on n'avait pas beaucoup
de... de réponses, le manque de transparence, des fois, mais je veux dire quand
même formellement que personne au Québec ne peut dire que François Legault n'a
pas tout donné durant cette période-là pour faire le... le mieux pour le
Québec, tôt le matin, tard le soir... C'est un effort tellement grand. Si on
pense à l'héritage, là, ou à ce qu'on va retenir de ce... cette période-là,
c'est un effort tellement grand qu'on peut même se poser la question :
Est-ce que ce gouvernement-là ne s'est pas trouvé un peu hypothéqué après la
pandémie? Est-ce que ça n'a pas nui à la gestion courante des choses, tellement
l'effort était surhumain durant cette période-là, tellement les paramètres
aussi étaient hors du commun? Donc, important, puis c'était pour ça que j'ai
mis simplement par écrit, là, le message principal : c'est que
l'engagement politique est exigeant, mais il est nécessaire, et même quand on a
des... désaccords vraiment profonds avec quelqu'un qui donne à la politique,
notre goût de la démocratie doit prévaloir et doit nous amener d'abord et avant
tout à dire : C'est une contribution importante et ça doit être reconnu.
Après avoir... salué l'homme, la personne
et sa contribution, c'est aussi important de nommer qu'il s'agit... de la fin
d'une ère politique. Le caquiste, tel que mené par François Legault, parce que
la CAQ, c'est bien... bel et bien la chose de François Legault, le caquisme est
bâti, a été bâti sur un certain nombre d'idées, de prémisses. Et je pense que,
sans pour autant faire l'analyse de... des bons coups et des mauvais coups de
François Legault, il y a quelques constats à faire. Et... Et je me limiterai à
deux constats qui, je pense, structurent notre avenir, des constats qui ne
portent pas sur François Legault lui-même, mais sur la philosophie politique
qu'il a voulu amener au Québec.
Et ces deux points sont les suivants.
D'une part, le fait que la CAQ s'est fait élire en 2018 avec comme objectif
d'évacuer de la politique québécoise notre relation avec le fédéral. Donc, on proposait
de mettre sur la glace cette question-là. Et, le constat, après ces années,
c'est que rarement on aura parlé autant du fédéral que sous François Legault,
qui s'en est plaint tout le long de son mandat. Deuxième constat, que je veux
faire, deuxième discussion ou réflexion que je pense qu'il doit... qu'on doit
faire au terme de cette ère politique, c'est que la CAQ s'est fait élire avec
une série de promesses qui étaient un peu trop belles pour être vraies, un beau
marketing politique. Et... et je pense qu'il y a un bilan à faire de ça
également en préparation des élections de 2026 et pour la suite des choses.
Et, dans les deux cas, je... je veux faire
ce constat-là à nouveau, pas sur François Legault, mais dans l'espoir qu'on
évolue, on apprenne quelque chose là-dedans. La devise du Québec, c'est Je
me souviens. Ce n'est pas Le jour de la marmotte, notre devise. Sur
nos plaques d'immatriculation, c'est bel et bien Je me souviens, dans le
sens de se souvenir d'éléments politiques pour ne pas refaire les mêmes choses
si certains éléments ne nous ont pas plu. Donc, on n'est pas condamnés à
refaire les mêmes erreurs constamment. Et la doctrine de la CAQ était à
plusieurs égards une doctrine qui a déjà existé, une répétition de ce qui a
déjà été essayé au Québec, et, malheureusement, avec exactement le même
résultat. Et, pour comprendre on en est où en 2026, bien, remontons dans le
temps.
Il y a 15 ans, lorsque François
Legault décide de fonder la CAQ pour donner, proposer un autre chemin pour le
Québec, celui de la troisième voie, et il le fait après 10 ans
d'implication au Parti québécois, où il nous explique à tous les jours la
nécessité absolue de devenir un pays et l'urgence de le faire, qu'est-ce qu'il
nous dit à cette époque-là, il y a 15 ans? Il dit que c'est possible de
mettre en veilleuse la question de l'indépendance du Québec pour s'occuper du
pays réel, à peu près le même discours que Philippe Couillard, qui nous parlait
des... des vraies affaires, donc un discours quand même assez calqué sur ce que
le parti... le Parti libéral puis le fédéralisme prônaient. Il nous disait
également qu'on pourra faire... on pourrait faire des gains significatifs dans
le Canada, et la condition de ces gains-là, c'était de cesser de se diviser. Si
on demeurait... Si on devenait tous unis puis qu'on cessait de se diviser, les
gains dans le Canada viendraient. Et donc ça allait permettre de mettre sur la
glace la question de l'avenir du Québec. Ça, c'est la proposition de départ de
la CAQ, et elle se fait élire en 2018, donc, avec un nouveau projet pour les
nationalistes qui fait 21 demandes au fédéral. Et cette philosophie de
faire des demandes au fédéral, elle a marqué la campagne de 2018, mais elle a
aussi marqué la campagne de 2022, parce qu'en 2022 François Legault nous
dit : J'ai besoin d'un mandat fort pour obtenir les pleins pouvoirs en
immigration, c'est une question de survie de la nation. Donc, le fédéral,
ironiquement, se trouve être au cœur de l'action caquiste, alors qu'on
prétendait évacuer ces questions-là.
Et quel est le bilan de cette troisième
voie là, au terme de presque huit ans de caquisme? Et, en passant, François
Legault a ses défauts, là, mais on ne peut pas l'accuser de ne pas avoir
essayé, là, de ne pas... de ne pas s'être plaint de Justin Trudeau, de ne pas
avoir refait la demande quatre fois, de ne pas avoir démontré de l'impatience
vis-à-vis ces frustrations-là. Contrairement à Philippe Couillard et à Jean
Charest, là, qui étaient dans le nuage et le subterfuge, là, il a essayé. Quel
est le bilan? Que des échecs, c'est... c'est très triste, en fait, mais refus
catégorique de nous... de nous donner les pouvoirs en immigration, qui était
une question de survie de la nation, mais aussi refus de nous céder tous les
pouvoirs et les budgets en matière de culture, désengagement du financement de
la santé. Rappelez-vous, la CAQ avait même mis les 6 milliards de
transfert dans son cadre budgétaire tellement qu'elle était convaincue de faire
ce gain-là. Elle a obtenu 1 milliard sur six, de sorte qu'il nous manque 5 milliards de
dollars dans le système de santé. Ça a fait une différence. Ignorance de
plusieurs des positions unanimes de l'Assemblée nationale, là, à chaque fois
qu'on faisait une motion, ce n'était pas suivi par Ottawa, financement de la contestation
de la loi 21 sur la laïcité, refus du fédéral de mettre en place un
rapport d'impôt unique, refus d'appliquer totalement la loi 101, là, à
toutes les entreprises de juridiction fédérale, il y a eu un gain mais partiel,
puis des ingérences historiques également, un endettement généré par le fédéral
qu'on n'a jamais vu. Mais prenez la liste des 21 demandes, et,
malheureusement, le constat, c'est l'échec total de la troisième voie. Et ça,
il faut être capable de le nommer si on veut une réflexion sur la suite des
choses. Si François Legault voulait démontrer la nécessité de mettre en
veilleuse le débat de la souveraineté, bien, il aura finalement démontré la
nécessité de ce débat-là, le fait que ce débat sur la souveraineté est bel et
bien une question de survie de la nation. C'est la seule déduction logique de
ces demandes qui ont toutes été refusées.
Donc, il n'y a pas de troisième voie
possible dans le Canada. C'est soit le statu quo, avec le déclin qui vient
avec, ou c'est l'indépendance. C'est le legs, ce sera ça, l'héritage de
François Legault, d'avoir essayé, alors que son bagage politique l'amenait à
comprendre très bien les risques et les limites des demandes auprès du fédéral.
Et c'est un héritage en soi qui peut avoir une valeur pour la suite des choses.
Si ça nous permet d'en tirer des conclusions et d'évoluer, c'est un passage qui
peut devenir positif, mais encore faut-il ne pas se confiner à l'aveuglement
volontaire par rapport à ces échecs-là et les conséquences sur la société
québécoise.
Donc, c'était mon premier point :
l'échec de la troisième voie. Et je souligne que ce n'est pas la première fois
de l'histoire du Québec qu'on a cette tentative-là, puis c'est toujours le même
résultat. Donc, j'espère qu'on va se souvenir. Je me souviens.
Et le deuxième point, c'est sur la
responsabilité conjointe. Le deuxième apprentissage ou constat, c'est qu'en
2018 la CAQ promettait non seulement, par magie, la fin de... de l'abus de
pouvoir du fédéral, mais elle promettait toutes sortes de choses, là. L'attente
aux urgences allait devenir en 90 minutes, on allait tous avoir un médecin
de famille par personne, le troisième lien allait se faire puis ça allait
écouter seulement 4 milliards, écoutez, là, il y avait une place en
garderie pour tous les enfants. C'était trop beau pour être vrai. Et... et le
marketing politique, il y en aura toujours, mais on est dû pour un changement.
Et le changement, c'est d'arriver avec des papiers préparés, une réflexion qui
est faite et qui est fondée sur une recherche approfondie avant de s'avancer
sur une promesse qui a été préparée sur un coin de table ou n'a pas été
réfléchie réellement. Et la dernière session de la CAQ, là, on sentait que
plusieurs projets de loi, là, n'avaient pas fait l'objet d'une préparation
adéquate et que ça avait des conséquences ensuite sur la société québécoise.
Donc, parmi les objectifs qu'on doit se
donner, il me semble, collectivement, c'est la rigueur avant de promettre des
choses et de faire des communications politiques. Et c'est le changement que je
veux absolument incarner, particulièrement lorsqu'il s'agit de fonds publics.
On ne peut pas distribuer des centaines de millions de dollars tous azimuts à
toutes sortes de compagnies dont on sait très peu de choses sur la base d'une
préparation qui n'est pas adéquate. C'est une question de confiance de la
population envers la capacité d'un gouvernement de gérer les fonds publics.
Donc, c'est ce que le Parti québécois va travailler à faire.
Donc, si vous me demandez, puis je présume
que ce sera votre question, quelle sera les prochains... quels seront les
prochains mois du... du Parti québécois dans ces circonstances assez inusitées,
où il y a plus de premier ministre? Continuer dans des publications qui sont
parfois longues, des textes qui sont parfois... des sorties qui sont parfois
très fouillées, mais continuer dans une philosophie d'être rigoureux, continuer
dans un projet de société qui amène véritablement du changement, celui de
devenir un pays et donc se débarrasser des échecs, malheureusement, qu'aura
connu la CAQ dans sa doctrine de troisième voie et se concentrer sur la qualité
des gens et de l'équipe, la qualité des propositions. En d'autres mots, arriver
avec le meilleur, la meilleure proposition puis le meilleur travail possible en
2026, pendant que les autres partis, vraisemblablement, auront des péripéties,
là, devant eux. Donc, c'est les objectifs. L'année 2026 sera une année de
changement. Et tant qu'à avoir un changement souhaitons que ce changement-là
soit véritable et amène un changement de philosophie politique au bénéfice des
Québécois.
Journaliste : M. Plamondon
Bonne année! Bon, je comprends, là, vous nous avez fait un peu le... le
discours que vous tenez depuis que vous êtes en politique, mais on dit souvent
que la politique, ça s'apparente à la stratégie militaire et au sport. Donc,
aujourd'hui, vous êtes le général le plus expérimenté et le plus vieux à
l'Assemblée nationale. Est-ce que votre stratégie, vous allez être obligé de la
changer parce que vous allez avoir des adversaires que vous ne connaissez pas à
l'élection d'octobre, là? Vous ne... Votre jeu d'échecs vient de changer de
couleur, là.
M. St-Pierre Plamondon : Non,
pas du tout. On n'est pas en politique pour faire de la tactique en fonction de
quel adversaire serait potentiellement là, surtout qu'on ne le sait pas pour
l'instant, on est en politique dans la recherche de l'intérêt public, un
exercice qui n'est pas toujours simple, donc ça ne veut pas dire qu'on a
toujours raison à 100 %. Mais pour moi et pour les gens qui m'entourent,
la politique sert à la recherche de l'intérêt public, à améliorer la société.
Donc, non, il n'y aura aucun changement, ni de stratégie ni de style.
Journaliste : ...de ne pas
savoir qui va être à la tête de la CAQ ou à la tête du Parti libéral du Québec?
Vous avez deux certitudes : Éric Duhaime, Ruba Ghazal. Pour ce qui est du
reste, c'est une carte blanche.
M. St-Pierre Plamondon : Oui,
vous avez raison, mais ça ne change rien. Je fais de la politique pour faire la
meilleure offre politique possible avec les meilleures personnes puis les
propositions les plus solides possibles. C'est là-dessus qu'on se concentre. Et
il y a quand même une situation intéressante là-dedans pour le Parti québécois,
à savoir pendant qu'il y a un parti qui s'occupe de brownies puis d'enquêtes de
l'UPAC, puis l'autre partie qui s'occupe de ce qui est vraisemblablement ce qui
va arriver, là, c'est une désorganisation assez importante du gouvernement dans
une course à la chefferie pendant qu'il n'y a pas de premier ministre, pendant
que ces partis-là font ça, nous, on travaille, et ça ne paraît pas, mais vous
allez voir ce printemps des candidatures et des propositions qui ont été
travaillées avec sérieux. Ça aura une valeur, ça.
Journaliste : ...ce que le
collègue demande, là. Le danger pour vous, c'est que les Québécois ne veulent
pas vraiment du changement. Ils ont peut-être juste encore le goût de voter
pour la fameuse troisième voie, mais une autre face que celle de Legault. C'est
ça, le danger, pour vous.
M. St-Pierre Plamondon : La
politique, c'est un chemin des mille dangers, là, des mille et un dangers. Je
veux dire...
Journaliste : ...la
tectonique politique, pour vous, ce n'est plus du tout la même. La troisième
voie peut conserver... Ils vont juste croire quelqu'un d'autre plus jeune.
M. St-Pierre Plamondon : Ah!
non. Moi, j'ai confiance en l'intelligence de la population. Ils ont essayé de
bonne foi la troisième voie. Et c'est le sens de mon intervention, là. Il y a
deux choses à retenir de l'ère caquiste qui vient de se terminer, c'est que la
troisième voie, en demande dans le Canada, nous amène dans un déclin accéléré
qu'on n'avait même jamais imaginé. Puis... Puis la troisième voie comme
marketing politique, qui offre des choses qui, en fait, sont des promesses trop
belles pour être vraies, ça déçoit.
Journaliste : ...
M. St-Pierre Plamondon : Bien,
parce qu'on va faire une offre politique qui corrige ces problèmes-là et qui
amène donc un véritable changement. Donc...
Journaliste : Selon votre
constat, M. St-Pierre Plamondon, donc, si je vous suis, là, l'échec et le
départ de François Legault, l'échec de la troisième loi... voie, ça peut servir
l'indépendance?
M. St-Pierre Plamondon : Ah!
forcément. Parce que le sens de Je me souviens, c'est que notre histoire
a un sens et nous permet de prendre la bonne direction, de s'améliorer. Donc,
c'est... On aura frappé un mur dans les gains dans le Canada, là... on faisait
souvent la bague... la blague, les gros gains, là, il n'y en a pas eu. Et... Et
je suis totalement confiant que la population va en tirer des conclusions. On ne
recommencera pas à frapper le même mur constamment les yeux fermés, là. Ça...
Ça n'a aucun sens.
Journaliste : C'est ça, son
legs, autrement dit : c'est d'avoir prouvé la nécessité de l'indépendance.
M. St-Pierre Plamondon : Bien,
c'est que je confère à François Legault une sincérité dans les demandes au
fédéral puis dans la défense du Québec. Il n'y a personne au Québec qui est
sérieux qui va dire : Il n'a pas essayé puis il n'était pas sincère. Ce
qu'on ne peut pas dire des régimes du Parti libéral du Québec. Le Parti libéral
du Québec était souvent en train de dénigrer les Québécois dans certaines
demandes pourtant légitimes et démocratiques. La CAQ de François Legault
essayait, là, dès la pandémie, souvenez-vous, là, le... c'était... le diable
est aux vaches avec Justin Trudeau. Il n'écoutait pas aucune des demandes. La
plupart des points de presse portaient sur Justin Trudeau et le manque de
collaboration du fédéral. Ça a duré toutes les huit années en fait. Donc, oui,
c'est un legs parce qu'on peut retenir quelque chose de cette tentative-là et
ça amène ailleurs. C'est pour ça que je vous dis que c'est la fin d'une ère
politique, ça, il n'y a aucun doute, c'était la chose de François Legault, la
CAQ, et qu'il y a un nouveau cycle politique qui s'en vient. Et ce nouveau
cycle politique doit tenir compte de la période précédente, arriver avec des
conclusions intelligentes sur ce qui vient de se passer au Québec.
Journaliste : ...est-ce
qu'elle peut survivre, cette troisième loi là... voie... troisième voie?
M. St-Pierre Plamondon : Je...
Ça prend une... une élection générale pour répondre à votre question.
Journaliste : ...à votre
avis, là, est-ce que les gens ont encore de l'appétit pour cette troisième voie
là? Est-ce que ça peut survivre à François Legault?
M. St-Pierre Plamondon : Je
n'en ai aucune idée, honnêtement.
Journaliste : ...la façon
dont vous parlez...
Journaliste : Oui, vous en
parlez au passé, donc, pour vous, on dirait que vous déclarez que c'est
terminé, la CAQ...
M. St-Pierre Plamondon : Ah!
bien, c'est-à-dire que l'ère politique de la CAQ, telle que... avec les
caractéristiques que je viens de vous présenter... C'est parce que la CAQ n'est
pas un parti comme le Parti québécois, là, qui a une vie démocratique autonome
avec des militants.
Journaliste : ...vous étiez
proches de l'effondrement, là.
M. St-Pierre Plamondon : Non,
je comprends. Sauf que justement, on ne peut pas nier que pendant... ce creux
historique, le financement du Parti québécois puis le... le coeur des militants
était toujours là. L'organisation a une vie organique que la CAQ n'a pas.
Journaliste : ...on verra le
résultat neuf mois. Mais, en 2022, les gens ne vous ont pas suivis. Vous avez
été au bord de l'anéantissement, là. Vous avez presque été le dernier chef du
Parti québécois. C'est... C'est arrivé. Et là vous...
M. St-Pierre Plamondon : Et
je suis là!
Journaliste : Oui, bien,
c'est ça. Mais là, est-ce que vous pouvez dire que la CAQ ne sera pas là, que
la troisième voie...
M. St-Pierre Plamondon : Mais
ce n'est pas ça que j'ai dit. Je vous dis que je ne le sais pas, puis que ça
prend une élection générale pour répondre à votre question. C'est parce...
C'est parce qu'aussitôt qu'on demande à un chef politique de sortir sa boule de
cristal et là de... de faire des prédictions, surtout sur les autres partis...
Journaliste : ...depuis
tantôt. Et... et de la façon dont vous vous exprimez, c'est comme si la CAQ,
après François Legault, peu importe celui qui va lui succéder, c'est terminé.
Vous ne parlez que d'échecs, comme s'il y avait, mettons, à part, là, la
gestion de la pandémie... comme si François Legault n'avait eu que des échecs
pendant ses années au pouvoir. Ça ne paraît pas un peu exagéré?
M. St-Pierre Plamondon : Ah!
ce n'est pas ça que j'ai dit. Non. Il n'y a que des échecs dans les demandes au
Canada, et ça invalide la doctrine principale ou fondamentale de la CAQ qui
prétendait sortir... mettre sur la glace ces questions-là puis en sortir. Ce
n'est pas ça qui est arrivé. Mais il n'y a pas que des échecs de la CAQ en
général, là. Entendons-nous. Sauf qu'il y a un certain nombre de constats qui
m'amènent à penser, en effet, que c'est la fin d'une ère politique, c'est la
fin d'une séquence qui aura été tentée avec certaines conséquences et certains
résultats ou absence de résultats qui doivent être...
Journaliste : ...Christine Fréchette
ou un Simon Jolin-Barrette ne pourrait pas poursuivre cette ère politique là?
M. St-Pierre Plamondon : Ah!
mais, je veux dire, ils sont bienvenus de le faire, mais je veux dire, tout se
peut en...
Journaliste
: ...
M. St-Pierre Plamondon : Mais
non, mais là vous êtes tellement enthousiastes ce matin, je ne suis pas capable
de répondre.
Journaliste
: ...
M. St-Pierre Plamondon : Tout
peut arriver en politique, là. Je vous dis que notre action politique du Parti
québécois n'est pas en fonction de variables dans les autres partis qu'on ne
contrôle même pas de toute façon, mais qu'indéniablement il y a des constats à
tirer de l'époque François Legault. Et cette ère-là vient de prendre fin, il
n'y a aucun doute.
Donc, ensuite, oui, il y a une course, il
y a des gens qui vont lever la main puis il y a une bataille électorale, tu
sais, une vraie rencontre électorale qui a lieu en 2026. On ne peut pas
présumer de rien, mais je ne pense pas qu'on peut nier que c'est la fin d'une
ère politique.
Journaliste : ...c'est
suffisant pour faire la démonstration que la troisième voie ne fonctionne pas?
Est-ce que ça n'aurait pas pris encore un peu plus de temps pour continuer
d'essayer?
M. St-Pierre Plamondon : Toujours
foncer dans le même mur. Puis là, au lieu de Justin Trudeau, c'est Mark Carney
qui démontre le même mépris pour nos demandes. L'histoire de...
Journaliste
: ...
M. St-Pierre Plamondon : Non,
mais... juste terminer. Sujet important, la Chine. Juste terminer. L'histoire
du Québec... remontez à La Fontaine, allez voir Bourassa, allez voir
Johnson puis l'Union nationale sous Maurice Duplessis, l'histoire du Québec, à
plusieurs reprises, nous indique qu'on a essayé, dans un régime colonial, de
faire valoir notre différence et notre démocratie. Et ça a toujours été pas mal
les mêmes conclusions au fil de ces cycles-là. C'est ce qui a amené René
Lévesque à sortir du gouvernement Lesage et du gouvernement libéral pour fonder
un parti pour qu'on en sorte, de cette équation-là. Donc, tu sais, il n'y a
rien de neuf dans l'histoire du Québec. C'est pour ça que je parlais du Jour de
la marmotte.
Journaliste
: ...
Journaliste : Peut-être,
finir sur le dossier, Alain? Est-ce que les députés souverainistes qui ont
suivi François Legault à la CAQ sont bloqués, qui sont toujours bloqués du
Parti québécois?
M. St-Pierre Plamondon : Bien,
je... Il n'y a même pas de discussion. Il n'y a même pas de réflexion
là-dessus, là.
Journaliste : ...a dit
ici : Non, on ne les veut pas, les anciens caquistes.
M. St-Pierre Plamondon : Oui,
ce que j'ai dit aussi à RDI.
Journaliste : Puis, vous ne
les voulez toujours pas?
M. St-Pierre Plamondon : Il
n'y a rien qui a changé.
Journaliste : ...plus
service, là, un prochain chef caquiste plus fédéraliste ou plus nationaliste?
M. St-Pierre Plamondon : Respectueusement,
là, je ne suis tellement pas là-dedans. Je me concentre sur la qualité des gens
qu'on va mettre de l'avant devant une société qui a ses défis, là. Je veux
dire, on ne peut plus avec sérieux dire «ça va bien aller» avec l'arc-en-ciel,
là, voyant l'état du système de santé, l'état de la santé physique et mentale
de la population, la perte de confiance envers nos institutions, les problèmes
financiers qu'on a, le gaspillage. Je me concentre en ce moment uniquement sur
la qualité des gens et des réponses qu'on aura à donner. Et ce qui se passe
dans les autres partis, pour être très honnête, je n'ai pas de réflexion
là-dessus. Je n'en ai pas.
Journaliste : Puis, est-ce
que vous êtes toujours prêts à des élections hâtives au printemps?
M. St-Pierre Plamondon : Bien
sûr, bien sûr.
Journaliste
: Est-ce
que vous en voulez toujours?
M. St-Pierre Plamondon : Oui,
dans le sens que dans...
Journaliste : ...du Québec
d'aller rapidement en élection avec un nouveau chef?
M. St-Pierre Plamondon : Si
le Québec est pour être paralysé parce qu'on n'a plus de premier ministre puis
que tout le monde dans le gouvernement se concentre sur des considérations
partisanes et non pas sur la gestion de l'État, oui, c'est dans l'intérêt du
Québec d'aller toutes... tous devant l'électorat puis dire : Bon, on fait
quoi? Pouvez-vous faire un choix, s'il vous plaît?
Rappelez-vous aussi que, dans la dernière année,
la CAQ a sorti de son chapeau plusieurs propositions, projets de loi qui ne
correspondaient pas à un engagement ni même une discussion électorale. Donc,
c'est sain et nécessaire d'aller devant l'électorat et dire : C'est vous
qui décidez, là, donc voici ce que nous, on vous propose. Voici les autres
offres. Faites un choix. Donc, évidemment que s'il y a moyen de tenir, de
manière anticipée, une élection générale, nous, on pense que dans les... devant
le degré de désorganisation qui s'en vient et les difficultés de légitimité que
j'avais déjà nommées, là... Ça avait créé un peu de controverse, mais j'avais
dit : À mon avis, là, il y a... il y a des projets de loi en ce moment
pour lesquels le gouvernement n'a plus la légitimité parce qu'il n'en a pas parlé
durant les élections. Pour toutes ces raisons-là...
Journaliste : ...est -que
vous en refaites une demande formelle?
M. St-Pierre Plamondon : Bien,
c'est-à-dire que ma position n'a pas changé, c'est la même position qu'en
décembre, je pense, c'était lors...
Journaliste : ...le premier
ministre s'en va...
M. St-Pierre Plamondon : Donc,
le contexte...
Journaliste
: ...
M. St-Pierre Plamondon : Non.
Le contexte renforce la demande que j'ai déjà faite. Et la question à savoir :
Est-ce que nous autres, on est prêts à ça? La réponse, c'est évidemment... évidemment
oui.
Journaliste : ...M St-Pierre
Plamondon, parce que ça vous avantage, au fond, parce que vous êtes mieux
préparés que vos adversaires caquistes et libéraux.
M. St-Pierre Plamondon : Pas
que. Pas que, là. J'essaie d'entrevoir qu'est-ce qui nous attend dans la
prochaine session. Est-ce que c'est une prorogation ou est-ce que c'est un
gouvernement qui est amputé de ses ministres parce que tout le monde est en
train d'organiser une course à la chefferie? J'essaie de visualiser ce qui nous
attend comme État et non pas comme parti politique.
Journaliste : ...à la
CAQ : Allez en élection. Pas de chef...
M. St-Pierre Plamondon : ...mais
dans... dans l'intervalle, ça soulève... Il n'y a pas de scénario dans le cadre
duquel il n'y aura pas un degré de désorganisation et de délaissement de
certaines... certains dossiers au profit de la partisanerie, là, c'est certain
que c'est ça qui s'en vient, par la force des choses.
Journaliste : ...du
Parlement... Craignez-vous une paralysie du gouvernement, du Parlement dans les
prochaines semaines, que tout... que ça bloque?
M. St-Pierre Plamondon : Bien,
je... il me manque certains éléments, là, c'est-à-dire combien de ministres se
lancent à la chefferie de la CAQ me semble une variable importante. Est-ce
qu'il y a une intention de proroger? Parce que ça s'est déjà vu, là, lorsqu'il
y a des transitions. Puis, si ce n'est pas le cas, bien, comment on fait pour
bien s'occuper des choses de l'État quand, en fait, tout le monde a les yeux
rivés sur un... J'ai fait deux courses à la chefferie dans ma ville, là, je
sais c'est quoi, puis c'est... ça demande beaucoup, beaucoup de gaz.
Journaliste : ...que les
ministres... que les ministres demeurent ministres pendant la course, est-ce
que c'est envisageable?
M. St-Pierre Plamondon : Bien
là, on a des problèmes d'éthique, je pense ici, là. Donc, si la Commissaire à
l'éthique réitère le principe qu'on ne peut pas s'occuper de dossiers importants
de l'État tout en faisant campagne parce que ça donne lieu à un conflit
d'intérêts potentiel, où est-ce que nos gestes comme ministre sont en fonction
de notre élection, là...
Des voix : ...
Journaliste
: Mais
prenons-le de l'autre...
Journaliste : ...qui auront
une charge pendant la course, là, les gens qui se présentent doivent quitter
leurs postes de...
M. St-Pierre Plamondon : D'où
la question que je vous pose : Combien seront-ils à devoir...
Journaliste
: ...
M. St-Pierre Plamondon :
Bien, je veux bien, mais... respectueusement, ce n'est pas parce qu'on balance
quelqu'un dans un dossier puis on dit : Demain matin, tu es ministre, que
ça va bien se passer, là. Il y a un prix dans le fonctionnement de l'État dans
cette histoire-là, dépendamment du nombre de personnes qui décident de se
consacrer à cette activité partisane nécessaire mais qui a quand même des
conséquences, là.
Journaliste
: Juste
pour être clair, donc, à partir du moment où un successeur à François Legault
est nommé, vous souhaitez des élections générales?
M. St-Pierre Plamondon : Je
pense qu'en effet c'est souhaitable. Je veux dire, je suis confortable aussi
avec un scrutin en octobre, là, mais je maintiens la position que j'avais en
décembre, à savoir que, devant le nombre de changements, le nombre de projets
de loi qui n'ont pas été discutés et devant une situation qui a
substantiellement changé, ça serait bien de donner une voix à la population
d'abord et avant tout.
Journaliste : Parce que
pourquoi la CAQ ne profiterait pas des mois qui lui restent au pouvoir pour
compléter les différents travaux qu'ils ont amorcés? On pense aux médecins,
plein... plein d'autres engagements, la Constitution, la laïcité.
M. St-Pierre Plamondon : Écoutez,
voyons combien de personnes vont se consacrer désormais à l'activité partisane
nécessaire qu'est la chefferie et voyons l'impact, mais c'est sûr que ça a un
impact. Puis ensuite, comme je vous dis, la question qui a été posée
c'est : Êtes-vous prêts? Évidemment qu'on l'est, puis on pense que la
population devrait avoir...
Journaliste : ...est-ce que
le Québec a frappé un mur?
M. St-Pierre Plamondon : Dans
quel sens?
Journaliste : Avec ce que M.
Carney vient d'annoncer, là, est-ce que le Québec y trouve son compte ou c'est
l'Ontario, les provinces...
M. St-Pierre Plamondon : Bien,
les premiers... les premiers à réagir, c'est... les premiers à réagir, c'est
l'Ontario, puis on peut comprendre. C'est-à-dire que, sans être consultés, ils
se retrouvent avec leur industrie automobile qui fait face désormais à une
nouvelle concurrence chinoise. Et on en comprend du premier ministre Ford qu'il
n'y a pas que le Québec qui passe dans le... l'absence de consultation, là,
avant que le fédéral agisse.
Et je veux réitérer ma position sur la
Chine. Je suis assez inquiet de ce qui se passe. Je considère qu'à quelques
mois d'une négociation cruciale avec notre principal partenaire commercial, les
États-Unis, avec qui... au Québec, nous avons 75 % de nos exportations
dirigées vers les États-Unis, alors que la Chine constitue 3 % de nos exportations.
De voir le gouvernement du Canada bâtir une alliance avec une dictature
totalitaire et une dictature qui a démontré des gestes d'ingérence étrangère et
d'espionnage industriel sur le territoire canadien, et il y a plus qu'un cas,
puis là je ne parle même pas de la Fondation Trudeau puis de toutes sortes
d'histoires politiques... Il y a un contexte qui a amené les États-Unis à
nommer dans leurs documents officiels une volonté de protéger la sécurité
régionale de l'Amérique du Nord, l'intérêt national, et de s'affranchir le plus
possible, en termes d'autonomie, de certains pays, dont la Chine. Donc, de
poser ce geste-là à trois mois de nos négociations avec les Américains... Même
si on augmente nos exportations d'un point de pourcentage, là, puis là on parle
d'huile de canola, je pense, ou de grains de...
Journaliste
: ...
M. St-Pierre Plamondon : Tu
sais, je... On va attendre les détails, puis là on parle de d'autres ententes
puis fortifier toujours la relation. Je suis assez inquiet de ce qu'on est en
train de faire parce que notre partenaire naturel depuis des siècles, c'est les
États-Unis. On fait partie de la même équipe géopolitique sur le plan
géographique et nous avons des enjeux de sécurité et d'ingérence étrangère qui
sont indéniables.
Journaliste : ...Canada, là.
Vous, vous dites : On continue à faire des affaires avec lui, là...
M. St-Pierre Plamondon : Il
n'y a aucun scénario...
Journaliste : ...le
51e État?
M. St-Pierre Plamondon : Moi,
je travaille pour les entreprises québécoises. Il n'y a aucun scénario où nos
entreprises québécoises cesseront de faire affaire avec notre principal
partenaire, qui est les États-Unis. Et, de se jeter les... dans les bras du
régime communiste totalitaire chinois pour augmenter légèrement nos
exportations de canola à quelques mois d'une négociation cruciale avec les
États-Unis, dans le cadre duquel nos entreprises peuvent faire face à toutes
sortes d'autres mesures... Moi, je travaille pour le Québec et les entreprises
québécoises. Et je trouve qu'en termes de géopolitique, on est en train de
poser un geste pour lequel, évidemment, le Québec n'a jamais été consulté, mais
qui peut avoir des impacts très importants. Parce que les Américains peuvent
regarder ça et dire : Bien là, on avait déjà des enjeux de sécurité et
d'ingérence étrangère, là vous êtes en train de former une alliance avec un...
un pays pour lequel nous, on... on a vraiment des réserves importantes qui ont
été dites publiquement. Donc, ça peut avoir énormément d'impact dans les
prochains mois.
Journaliste : Le Canada se
tire dans le pied, autrement dit. C'est ce vous nous dites?
Journaliste : ...est-ce que
Mme Joly a raison de dire que la Chine, en l'état actuel des choses, est...
reste un partenaire plus stable et prévisible que les États-Unis? Est-ce que ce
n'est pas un constat objectivement vérifiable : la Chine est un partenaire
plus stable et prévisible que les États-Unis?
M. St-Pierre Plamondon : Ah!
il est...
Journaliste : ...politique
publique... ça, là.
M. St-Pierre Plamondon : C'est
un raisonnement qui, respectueusement, respectueusement pour Mme Joly... c'est
un... un raisonnement qui est très faible. Il est en effet prévisible. C'est un
régime qui n'a aucun respect, ni pour les droits de la personne, ni pour les
règles de droit international, ni pour notre démocratie à l'interne. Et c'est
documenté. Donc, en effet, c'est prévisible.
Journaliste : ...
M. St-Pierre Plamondon : Bien,
les...
Journaliste : ...
M. St-Pierre Plamondon : Clairement.
Je veux dire, c'est notre partenaire historique. Et on peut critiquer un
gouvernement ou un autre, mais on ne peut pas comparer le régime totalitaire
communiste de la Chine avec quand même une... une démocratie américaine qui a
des tribunaux, une constitution, des contre-pouvoirs et une culture très, très
profondément ancrée sur les droits de la personne. Donc là, je pense qu'un peu
comme à pareille date l'an dernier, là, quand tout le monde appelait à une
renégociation le plus rapidement possible puis tout le monde s'énervait en
disant : Là, il faut absolument montrer nos muscles face à Donald Trump,
François Legault... Doug Ford, ils avaient tous déclaré qu'ils feraient la
guerre à Donald Trump. Je suis très critique et je partage l'inquiétude par
rapport à ce qui se passe aux États-Unis, mais quand même, le régime communiste
chinois, c'est un... c'est un tout autre univers, là. Et... et...
Des voix : ...
Le Modérateur : On va prendre
deux dernières questions.
Journaliste : ...comprendre
qu'un Québec indépendant...
M. St-Pierre Plamondon : Pour
les fins des négociations avec les États-Unis, définitivement.
Journaliste : ...comprendre
qu'un Québec indépendant romprait tout lien diplomatique avec la Chine?
M. St-Pierre Plamondon : Non.
On peut poursuivre certains accords. Mais est-ce qu'un Québec indépendant, à
trois mois de la négociation avec notre partenaire principal, aurait cherché
des alliances avec ce que les États-Unis considèrent un risque sérieux à la
sécurité nationale et à l'autonomie économique de notre région? Je pense que
c'est un geste très, très risqué par rapport à nos intérêts avec notre
partenaire principal. Je rappelle qu'on a 3 % de... de nos exportations
qui vont en Chine et 75 % qui sont avec les États-Unis. C'est... C'est
surprenant pour le moins.
Journaliste : ...un régime
comme celui-là, c'est problématique seulement dans le cadre d'une...
renégociation commerciale avec un allié?
M. St-Pierre Plamondon : Non,
non, c'est... c'est problématique pour des raisons qui sont documentées puis
qui constituent normalement la position du Canada depuis des années, à
savoir : droits de la personne, espionnage industriel, ingérence dans
notre démocratie et posture assez antidémocratique et impérialiste. Donc, tous
ces facteurs-là n'ont pas changé parce que Donald Trump nous donne du fil à
retordre dans le cadre de nos négociations, là. Donc, il faut savoir à qui on
s'adresse. Et il faut savoir prendre un pas de recul et se dire : Quelle
est l'histoire longue du Québec à travers les changements de gouvernement aux
États-Unis? Où sont nos intérêts? Et nos intérêts ont toujours été à travers
notre espace géopolitique qu'est l'Amérique du Nord, ça inclut le Mexique,
ça... Mais... Prenons un peu de recul, là : est-ce que vraiment la Chine
travaille pour nous? Est-ce que vraiment la Chine s'est améliorée? Je veux
dire, il y a... il y a des questions au moins à poser avant de partir tous
azimuts dans ça.
Journaliste : Le Québec
occupe une grande partie quand même de territoires nordiques. Les... Donald
Trump menace de s'emparer du Groenland. Est-ce que ça, ça vous inquiète dans
l'optique d'un Québec indépendant?
M.
St-Pierre
Plamondon : Donald Trump et les États-Unis ne prendront jamais
le Groenland de force, je n'y crois pas un instant. Puis j'espère me tromper, tu
sais, évidemment, l'erreur est possible en politique, mais rappelons que le
Groenland et le Danemark... J'ai eu la chance de vivre au Danemark plus d'un
an. Le Danemark est une démocratie, est un allié historique des États-Unis, de
l'OTAN et de l'Occident. Et le Danemark, faisant partie de l'OTAN, a comme
allié tous les pays européens. D'ailleurs, vous avez vu, là, les pays
scandinaves, certains pays, envoyer des gens au Groenland. Donc, j'ai entendu
des raccourcis entre le Venezuela et le Groenland dans l'espace public, puis, à
part sourciller, le Groenland et le Venezuela n'ont pas grand-chose en commun.
Le Venezuela est un pays, un régime vraiment totalitaire et oppressif qui collaborait
ouvertement avec la Chine et la Russie sur le territoire des Amériques. Il n'y
a rien de neuf, là, remontez à la baie des Cochons, la crise à Cuba, et faites
l'historique des interventions américaines, il n'y a rien en commun, puis pas
que j'approuve, là, mais il n'y a rien en commun entre ça et le Danemark,
l'Union européenne, l'OTAN puis des démocraties qui ont toujours été les alliés
historiques, là.
Journaliste : ...c'est la
mainmise des Russes et des Chinois dans ce secteur-là.
M. St-Pierre Plamondon : Donc,
les Danois ont déjà...
Journaliste : Puis,
énormément de pétrole, de gaz naturel, de minéraux critiques.
M.
St-Pierre
Plamondon : Exact. Exact.
Journaliste : Est-ce que...
Puis, vous dites non alors que Donald Trump ne cesse de dire : On va
prendre le Groenland.
Journaliste : Par tous les
moyens.
Journaliste : Par tous les
moyens, là. Il évoque même le militaire. Alors, je ne vois pas...
M. St-Pierre Plamondon : Je...
je réitère ma position : les États-Unis ne prendront pas de force le
Groenland. Est-ce qu'ils ont des tactiques de négociation pour voir où ils
peuvent se rendre? J'ai quand même certains liens, là, avec l'Europe et je suis
convaincu que c'est l'Union européenne au complet qui va réagir dans ce
dossier-là.
Journaliste :
Shifting away from Denmark, back to...
back to the reality here. The fact that François Legault is no longer there, no
longer premier, and, you know, polls consistently have showed that Quebeckers wanted him gone, the fact that he
is gone now, does that not help… hurt your cause? You've lost your main
adversary, the one that you were… you were able to campaign against in the next
election. Does it not hurt the PQ?
M. St-Pierre
Plamondon :
I
doubt it, because what we're talking about is the failure of the third voice,
and that failure is a consequence of a political philosophy and of the results
after eight years of that government. So, you can change the person, but the
facts are the same, the environment is the same. I'm not saying that polls will
not shift or they will not move, they are always moving, and I said on several
occasions that we might go down and then up, and many things can happen before
the general elections, but I think the conclusions about whether the CAQ has
achieved what it promised remain the same, whether François Legault is there or
not.
Journaliste :
But, you know, Quebeckers are known for being ambiguous on many of these questions of
sovereignty and federalism.
M. St-Pierre
Plamondon : I'm aware of that.
Journaliste
: And… and they like… many of them like to sit on the fence, which is
what has been the appeal of the CAQ has been for years, right?
M. St-Pierre
Plamondon : Yes.
Journaliste
: Not having to decide. So, doesn't that endanger your cause? Because
Quebeckers now, theoretically,
if you have, for example, a Christine Fréchette or a credible new CAQ leader
and you have a credible new liberal leader, isn't that… isn't… isn't the entire
game being shuffled just right under your nose?
M. St-Pierre
Plamondon :
It's
an interesting question, because your question is fundamental, it's about are
we going to draw conclusions based on reality, or are we going to keep on
telling ourselves stories that we know are not true because we just tested it?
So, it's a fundamental question. It's a very interesting question. So, it's a
great time to be interested in politics.
Journaliste :
U.S. Ambassador Mr. Hoekstra has been
saying he was listening to what was being said about the U.S. in Canada from
the premiers, prime ministers. So, ears are out about what there is to say
about the U.S. Is there anything you'd like to say about U.S. stance towards
Québec?
M. St-Pierre
Plamondon :
Well,
basically what I already said, that an independent Québec would have a very
different stance on China because our priority would be to serve our regional
economic and security interests way before trying that kind of tactics, because
it is a tactic, to go to a country that has been interfering with our democracy,
that has been doing industrial espionage, to go there and say : OK, we're
going to build an alliance in the current context where we're… we need to find
a deal, strike a deal with the US in the upcoming months... Our approach would
be the total opposite, because from… from our standpoint, we serve Québec, and
Québec is served if we're safe and if our democracy is… preserves its
integrity. In which case, going to a totalitarian communist regime that the US
has identified as a threat to security and to the national… American economy, I
just don't get it. I don't understand what we're doing right now, and we would
have not done that. We have historical allies, and there has been period where
we don't agree on certain things, but we need to take a step back and
think : What is our common interest and our regional interest in the
current context?
Journaliste :
…to offer on electric vehicles to
Québec's economy, which has been geared toward this kind of industry? Whatever
China has to offer is of no interest for a PQ government, eventual?
M. St-Pierre
Plamondon :
I
think it would be a mistake to continue in a relationship where the commercial
balance between Québec and China or between Canada and China is totally
unbalanced, totally in favor of China already. And we need to understand that,
if you're dealing with a totalitarian and anti-democratic regime, they will ask
many conditions for access to certain parts of their markets. And, the rules of
international law, because everybody's talking about international law and the
importance of rules with regards to Venezuela, let's remind ourselves that
certain players that are not democracies do not follow any of those rules for
the past decades. So, at some point, we need to take notice and to be coherent
in the sense that we have regional interest. If 75% of our trade is with the
US, we have common interests, and, even if we disagree on certain point, we
should be able to serve our common interest first and foremost, before anything
else. And I don't think that's what the Carney government is doing right now.
And I'm pretty worried about what's going on.
Journaliste :
Just to finish on what I was asking,
the fact that you're not… you're not saying today… you're saying that the CAQ's
option, its third way, has been a failure, but you don't… you're not able to
say today whether you think the CAQ is dead in the… for the next election.
M. St-Pierre
Plamondon :
Of
course, because in politics so many thing can happen… things can happen. I
mean, to foresee the future is impossible. And I said on several occasions that
I expected the polls of the Parti québécois to move, and it could be a move
downwards, and at… it didn't change any of our game plan and our work. So, I
said that a year ago, six months ago. I'm saying it again today. But I think
it's undeniable that we just witnessed the end of an era in Québec. That era is
not only about François Legault, even though François
Legault is the larger part of the CAQ, it's about a
political philosophy, and we need to take into account that those premises,
those ideas turned out to be… unfortunately, turned out to be a failure in
terms of demands to the federal and in terms of promises that were so bright
and so good to be true, promises that were not based on serious work, on a
rigorous evaluation of what you're promising. And, seven years later, we're…
we're here… we are with a disappointment in the population, I think we can say
that.
Le Modérateur
:
Merci beaucoup.
Journaliste
: Donc, la
CAQ, c'est un cul-de-sac?
M. St-Pierre Plamondon : Je
n'ai pas dit ça, là, mais...
(Fin à 10 h 16)