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(Quinze heures quarante-neuf minutes)
Mme Poulet : Alors, bonjour,
tout le monde. Je suis accompagnée de Martin Boire, directeur de la Corporation
de développement communautaire de l'agglomération de Longueuil, la CDC, et de Mme
Aurélie Condrain-Morel, directrice générale du Centre d'action bénévole de
Saint-Hubert, deux représentants d'organismes qui sont situés dans ma
circonscription.
Ils sont présents aujourd'hui... ils
étaient présents aujourd'hui dans les tribunes au salon rouge pour appuyer ma
déclaration de députée qui dénonçait les impacts du sous-financement des
organismes de première ligne. Dans quelques minutes, je vais leur céder la
parole, ils vous expliqueront concrètement les conséquences sur le terrain de
ce manque de financement. Sachez que, dans ma circonscription, j'ai plus d'une
centaine d'organismes communautaires qui oeuvrent auprès de la collectivité. Je
peux vous affirmer que chaque jour, de petits miracles s'accomplissent. Au cœur
de ces organismes-là, il y a des hommes, mais majoritairement des femmes, qui
se donnent corps et âme pour offrir des services essentiels, des services de
base aux plus vulnérables. Le gouvernement ne peut prétendre prôner l'équité
salariale tout en sous-finançant un secteur composé majoritairement de femmes.
Dans le contexte économique que nous
vivons, vous le savez, le profil des personnes qui demandent de l'aide a
changé. Parmi les bénéficiaires des banques alimentaires et des services de
soutien, on retrouve désormais des familles dont les deux parents travaillent,
des personnes aînées dont les économies ne suffisent plus, ainsi que des
personnes seules pour qui il devient impossible de tout payer. Ce sont des gens
de la classe moyenne qui glissent, et on ne peut ignorer ce signal. Combien de
fois l'on m'a dit que les besoins augmentent, que la liste d'attente s'allonge?
Malheureusement, les ressources, elles,
stagnent. Le sous-financement du gouvernement a des impacts réels partout au
Québec. Premièrement, comme je l'ai mentionné, les organismes n'arrivent plus à
répondre à la demande. De nombreuses personnes avec des grands besoins ne
peuvent plus compter sur le filet social québécois. Les conséquences sociales
et financières sont importantes parce que l'on ne répond pas aux besoins de
base de notre population. Le coût pour l'État devient ainsi un enjeu.
Deuxièmement, les employés du secteur
communautaire qui sont qualifiés et expérimentés ne bénéficient pas d'une
rémunération ni d'avantages à la hauteur de leur engagement et à la hauteur de
leurs compétences. Le roulement de personnel est très élevé parce que les
conditions offertes sont inadéquates. Si l'on vous dit que l'épuisement est réel,
eh bien, il est réel. Je l'ai constaté dans ma circonscription. Je me
questionne et ils se questionnent. Est-ce que le gouvernement du Québec est en
train de dire à ces gens qui sont à bout de souffle que leur travail n'est pas
si important? Le communautaire, c'est la première ligne invisible du Québec. Si
l'on veut un État efficace, on doit investir là où on... on prévient les
crises, pas seulement où on les gère.
Or, le financement de nos organismes est
une question de justice sociale et un investissement collectif. C'est un choix
de gestion responsable. C'est donc un choix économique intelligent, en
intervenant tôt, car chaque dollar investi en prévention évite des coûts
beaucoup plus élevés en santé, en justice et en services sociaux. Les personnes
qui ont des besoins, qui reçoivent du soutien rapidement ont plus de chances de
s'en sortir par le fait même qu'ils ont besoin... qu'ils vont avoir moins
besoin du soutien de l'État québécois.
Je demande donc au gouvernement de la CAQ
d'annoncer, dès son prochain budget, un réinvestissement significatif dans le
secteur communautaire. Parce qu'en 2026, au Québec, personne ne devrait être
laissé pour compte.
Je cède maintenant la parole à M. Martin
Boire, directeur de la CDC de l'agglomération de Longueuil, qui représente plus
de 120 organismes du territoire.
M. Boire (Martin) : Bien,
d'abord, merci, Mme Poulet, de me donner l'opportunité de présenter un peu ce
que ça représente aujourd'hui, en 2026, travailler dans le communautaire. Pour
les prochaines minutes, le témoignage que je vais vous livrer, bien, ça va être
un témoignage qui touche directement les travailleuses du communautaire. Puis,
petite parenthèse, je vais surtout parler de femmes, parce que 80 % des
gens qui travaillent dans le communautaire, ce sont des femmes.
Alors, travailler dans le communautaire,
bien, si vous êtes une intervenante, le salaire moyen : 25 $ de
l'heure. Ce n'est pas beaucoup. Plus de la moitié des groupes communautaires
n'offrent pas d'assurance collective ni de régime de retraite. Ça, comme l'a
dit Mme Poulet tout à l'heure, bien, ça crée un taux de roulement qui est élevé
dans le communautaire. Près d'un employé sur trois quitte chaque année le
milieu communautaire. Tu sais, quand on travaille dans le communautaire, on
travaille avec des populations vulnérables, en situation de pauvreté. Tisser
des liens de confiance, ça prend du temps. À chaque fois qu'il y a une
intervenante qui quitte le milieu communautaire, c'est des liens de confiance
qui sont à recréer. C'est aussi beaucoup de pression sur les épaules des
directions, parce que, dans les organismes communautaires, on n'a pas de
département de ressources humaines. Alors, c'est les directions qui doivent
procéder à tout le processus de sélection. Ça a aussi un impact direct sur les
travailleuses. Pas d'assurance collective, ça veut dire que, si vous tombez
malade, si vous tombez en épuisement professionnel, bien, vous ne pouvez pas
vous permettre d'être malade longtemps, parce qu'à 25 $ de l'heure, quand
on tombe sur l'assurance maladie, on a peine à payer son loyer, on a peine à
payer son épicerie. Puis finalement, sans régime de retraite, bien, c'est les
femmes qui se sont vouées toute leur vie pour le filet social, puis, à leur
retraite, elles deviennent les prochaines utilisatrices des banques
alimentaires. Je trouve ça profondément inacceptable que ce soit notre façon de
remercier toutes ces femmes à travers le Québec qui tiennent le filet social à
bout de bras.
Dans l'agglomération de Longueuil, il y a
des impacts du sous-financement encore plus catastrophique. Déjà, il y a deux
organismes communautaires qui étaient importants sur notre territoire qui ont
fermé leurs portes définitivement. Il y en a un troisième qui a annoncé qu'au
31 mars, si rien n'était fait, il allait lui aussi fermer ses portes.
Concrètement, le communautaire, bien, le
communautaire est à boutte, le communautaire est fatigué. C'est pour ça qu'à
travers le Québec, des centaines d'organismes communautaires se dotent de
mandats de grève pour se faire entendre, pour visibiliser l'importance de
l'action communautaire autonome au Québec. Du 23 mars au 2 avril,
partout au Québec, des groupes communautaires fermeront leurs portes et feront
entendre leurs besoins. Le 2 avril, on invite l'ensemble de la population
à être à nos côtés devant l'Assemblée nationale pour qu'on puisse témoigner de
tout l'amour qu'on porte à l'action communautaire du Québec, puis que les
députés de l'Assemblée nationale prennent pleinement conscience de l'important
de notre rôle.
Aurélie va maintenant vous faire un petit
témoignage de, pour une direction, qu'est-ce que ça représente, ce
sous-financement.
Mme Condrain-Morel (Aurélie) : Merci,
Martin. Merci, Mme Poulet, de nous permettre d'être ici aujourd'hui pour présenter
un peu ce qu'il en est.
Donc, effectivement, hein, le
communautaire, on est à boutte. Martin, tu le disais bien. Moi, ça fait
15 ans que je suis dans le milieu communautaire à Saint-Hubert puis je
n'ai jamais vu ça, là, la démobilisation des travailleurs et travailleuses à ce
niveau-là. Les services qu'on offre, à titre d'exemple, à l'organisme comme au
CAB, le CAB de Saint-Hubert, on offre des services auprès des aînés. Bien, ces
services-là, ça permet de désengorger le système de santé, ça permet aux aînés
de rester plus longtemps dans leur domicile, de vivre en meilleure santé. C'est
de l'aide qu'on fait direct pour l'État, hein? Ces aînés-là, ils reçoivent des
services de nous puis, bien, ils n'engorgent pas les CHSLD, les résidences, les
hôpitaux.
À titre indicatif, quand je suis arrivée
au Centre d'action bénévole à Saint-Hubert, on livrait plus ou moins 9 000 repas
de popote roulante aux aînés de l'arrondissement. Neuf ans plus tard, c'est 30 000 repas
qu'on livre, plus de 30 repas. L'aide n'a pas accroît de la même manière.
Même chose avec les transports, l'accompagnement transport médical. À chaque
semaine, on doit refuser des demandes de transport, faute d'aide, faute de
bénévoles et de soutien pour les faire. Mais ces aînés-là, la population
augmente, la population vieillit, ont besoin de ces services-là. Les besoins
augmentent. Donc à toutes les semaines, je pourrais offrir un nouveau service
pour répondre à la demande pour ces aînés-là, mais je n'ai pas le financement
adéquat pour le faire.
L'équipe aussi a augmenté. On est passés
de cinq employés à neuf employés dans les dernières années pour être capables
de répondre adéquatement aux besoins de... des aînés. Depuis deux ans, il y a
énormément de roulement de personnel. Martin en parlait des conditions de
travail, le fonds de retraite, les régimes de retraite, les assurances
collectives, c'est… souvent dans les organismes, c'est peu ou pas, donc ça ne
permet pas d'avoir du personnel adéquat, tout le temps formé, qui veulent rester
aux conditions qu'on offre. Ça nous demande aux directions beaucoup de temps de
gestion. À titre d'exemple, ça m'a pris un an à combler un poste de cuisinier
chez nous au CAB, au CAB de Saint-Hubert, donc c'est toujours en roulement.
Pendant ce temps-là, bien, les travaux… le travail ne se fait pas, c'est nous
qui le faisons, le soutien qu'on peut, on fait de la rétention comme on peut,
les affichages, la dotation, c'est toujours demandant.
Puis, comme Martin parlait, le
communautaire, c'est principalement des métiers de femmes, et puis je me
demande souvent on parle beaucoup de vocation, mais pourquoi la vocation c'est
important? Dans les métiers typiquement féminins, on parle de la vocation des
enseignantes, la vocation des infirmières, la vocation dans le milieu
communautaire. Pourquoi on ne parle pas de la vocation chez les pompiers? Parce
qu'on s'imagine que dans le milieu communautaire, on est capable d'endurer des
conditions moins intéressantes parce qu'on a la vocation au fond de nous. Mais
ça, je suis un peu tannée, hein? Les les conditions se dégradent. À titre
informatif, mon rehaussement de mon financement, cet automne, par le ministère,
ça a été 1 000,95 $. C'est bien cute, là, mais qu'est-ce que je peux
faire avec 1000,95 $
pour mon équipe entière, mes services, mes besoins? Avec l'inflation qui
augmente, peu de choses. Pendant que tout coûte plus cher, bien, les organismes
continuent de s'appauvrir. Merci.
Mme Poulet : Merci à vous
deux. M. Boire, Mme Condrain-Morel, merci à vous deux de s'être déplacé ici, à
Québec, pour livrer votre important message. Alors, voilà, merci beaucoup de
votre attention.
(Fin à 15 h 59)