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Point de presse de Mme Isabelle Poulet, députée de Laporte

Version finale

Cette transcription a été réalisée à l’aide d’un logiciel de reconnaissance vocale. Elle pourrait donc contenir des erreurs.

Tuesday, February 24, 2026, 15 h 50

Hall principal de l'hôtel du Parlement, hôtel du Parlement

(Quinze heures quarante-neuf minutes)

Mme Poulet : Alors, bonjour, tout le monde. Je suis accompagnée de Martin Boire, directeur de la Corporation de développement communautaire de l'agglomération de Longueuil, la CDC, et de Mme Aurélie Condrain-Morel, directrice générale du Centre d'action bénévole de Saint-Hubert, deux représentants d'organismes qui sont situés dans ma circonscription.

Ils sont présents aujourd'hui... ils étaient présents aujourd'hui dans les tribunes au salon rouge pour appuyer ma déclaration de députée qui dénonçait les impacts du sous-financement des organismes de première ligne. Dans quelques minutes, je vais leur céder la parole, ils vous expliqueront concrètement les conséquences sur le terrain de ce manque de financement.     Sachez que, dans ma circonscription, j'ai plus d'une centaine d'organismes communautaires qui oeuvrent auprès de la collectivité. Je peux vous affirmer que chaque jour, de petits miracles s'accomplissent. Au cœur de ces organismes-là, il y a des hommes, mais majoritairement des femmes, qui se donnent corps et âme pour offrir des services essentiels, des services de base aux plus vulnérables. Le gouvernement ne peut prétendre prôner l'équité salariale tout en sous-finançant un secteur composé majoritairement de femmes.

Dans le contexte économique que nous vivons, vous le savez, le profil des personnes qui demandent de l'aide a changé. Parmi les bénéficiaires des banques alimentaires et des services de soutien, on retrouve désormais des familles dont les deux parents travaillent, des personnes aînées dont les économies ne suffisent plus, ainsi que des personnes seules pour qui il devient impossible de tout payer. Ce sont des gens de la classe moyenne qui glissent, et on ne peut ignorer ce signal. Combien de fois l'on m'a dit que les besoins augmentent, que la liste d'attente s'allonge?

Malheureusement, les ressources, elles, stagnent. Le sous-financement du gouvernement a des impacts réels partout au Québec. Premièrement, comme je l'ai mentionné, les organismes n'arrivent plus à répondre à la demande. De nombreuses personnes avec des grands besoins ne peuvent plus compter sur le filet social québécois. Les conséquences sociales et financières sont importantes parce que l'on ne répond pas aux besoins de base de notre population. Le coût pour l'État devient ainsi un enjeu.

Deuxièmement, les employés du secteur communautaire qui sont qualifiés et expérimentés ne bénéficient pas d'une rémunération ni d'avantages à la hauteur de leur engagement et à la hauteur de leurs compétences. Le roulement de personnel est très élevé parce que les conditions offertes sont inadéquates. Si l'on vous dit que l'épuisement est réel, eh bien, il est réel. Je l'ai constaté dans ma circonscription. Je me questionne et ils se questionnent. Est-ce que le gouvernement du Québec est en train de dire à ces gens qui sont à bout de souffle que leur travail n'est pas si important? Le communautaire, c'est la première ligne invisible du Québec. Si l'on veut un État efficace, on doit investir là où on... on prévient les crises, pas seulement où on les gère.

Or, le financement de nos organismes est une question de justice sociale et un investissement collectif. C'est un choix de gestion responsable. C'est donc un choix économique intelligent, en intervenant tôt, car chaque dollar investi en prévention évite des coûts beaucoup plus élevés en santé, en justice et en services sociaux. Les personnes qui ont des besoins, qui reçoivent du soutien rapidement ont plus de chances de s'en sortir par le fait même qu'ils ont besoin... qu'ils vont avoir moins besoin du soutien de l'État québécois.

Je demande donc au gouvernement de la CAQ d'annoncer, dès son prochain budget, un réinvestissement significatif dans le secteur communautaire. Parce qu'en 2026, au Québec, personne ne devrait être laissé pour compte.

Je cède maintenant la parole à M. Martin Boire, directeur de la CDC de l'agglomération de Longueuil, qui représente plus de 120 organismes du territoire.

M. Boire (Martin) : Bien, d'abord, merci, Mme Poulet, de me donner l'opportunité de présenter un peu ce que ça représente aujourd'hui, en 2026, travailler dans le communautaire. Pour les prochaines minutes, le témoignage que je vais vous livrer, bien, ça va être un témoignage qui touche directement les travailleuses du communautaire. Puis, petite parenthèse, je vais surtout parler de femmes, parce que 80 % des gens qui travaillent dans le communautaire, ce sont des femmes.

Alors, travailler dans le communautaire, bien, si vous êtes une intervenante, le salaire moyen : 25 $ de l'heure. Ce n'est pas beaucoup. Plus de la moitié des groupes communautaires n'offrent pas d'assurance collective ni de régime de retraite. Ça, comme l'a dit Mme Poulet tout à l'heure, bien, ça crée un taux de roulement qui est élevé dans le communautaire. Près d'un employé sur trois quitte chaque année le milieu communautaire. Tu sais, quand on travaille dans le communautaire, on travaille avec des populations vulnérables, en situation de pauvreté. Tisser des liens de confiance, ça prend du temps. À chaque fois qu'il y a une intervenante qui quitte le milieu communautaire, c'est des liens de confiance qui sont à recréer. C'est aussi beaucoup de pression sur les épaules des directions, parce que, dans les organismes communautaires, on n'a pas de département de ressources humaines. Alors, c'est les directions qui doivent procéder à tout le processus de sélection. Ça a aussi un impact direct sur les travailleuses. Pas d'assurance collective, ça veut dire que, si vous tombez malade, si vous tombez en épuisement professionnel, bien, vous ne pouvez pas vous permettre d'être malade longtemps, parce qu'à 25 $ de l'heure, quand on tombe sur l'assurance maladie, on a peine à payer son loyer, on a peine à payer son épicerie. Puis finalement, sans régime de retraite, bien, c'est les femmes qui se sont vouées toute leur vie pour le filet social, puis, à leur retraite, elles deviennent les prochaines utilisatrices des banques alimentaires. Je trouve ça profondément inacceptable que ce soit notre façon de remercier toutes ces femmes à travers le Québec qui tiennent le filet social à bout de bras.

Dans l'agglomération de Longueuil, il y a des impacts du sous-financement encore plus catastrophique. Déjà, il y a deux organismes communautaires qui étaient importants sur notre territoire qui ont fermé leurs portes définitivement. Il y en a un troisième qui a annoncé qu'au 31 mars, si rien n'était fait, il allait lui aussi fermer ses portes.

Concrètement, le communautaire, bien, le communautaire est à boutte, le communautaire est fatigué. C'est pour ça qu'à travers le Québec, des centaines d'organismes communautaires se dotent de mandats de grève pour se faire entendre, pour visibiliser l'importance de l'action communautaire autonome au Québec. Du 23 mars au 2 avril, partout au Québec, des groupes communautaires fermeront leurs portes et feront entendre leurs besoins. Le 2 avril, on invite l'ensemble de la population à être à nos côtés devant l'Assemblée nationale pour qu'on puisse témoigner de tout l'amour qu'on porte à l'action communautaire du Québec, puis que les députés de l'Assemblée nationale prennent pleinement conscience de l'important de notre rôle.

Aurélie va maintenant vous faire un petit témoignage de, pour une direction, qu'est-ce que ça représente, ce sous-financement.

Mme Condrain-Morel (Aurélie) : Merci, Martin. Merci, Mme Poulet, de nous permettre d'être ici aujourd'hui pour présenter un peu ce qu'il en est.

Donc, effectivement, hein, le communautaire, on est à boutte. Martin, tu le disais bien. Moi, ça fait 15 ans que je suis dans le milieu communautaire à Saint-Hubert puis je n'ai jamais vu ça, là, la démobilisation des travailleurs et travailleuses à ce niveau-là. Les services qu'on offre, à titre d'exemple, à l'organisme comme au CAB, le CAB de Saint-Hubert, on offre des services auprès des aînés. Bien, ces services-là, ça permet de désengorger le système de santé, ça permet aux aînés de rester plus longtemps dans leur domicile, de vivre en meilleure santé. C'est de l'aide qu'on fait direct pour l'État, hein? Ces aînés-là, ils reçoivent des services de nous puis, bien, ils n'engorgent pas les CHSLD, les résidences, les hôpitaux.

À titre indicatif, quand je suis arrivée au Centre d'action bénévole à Saint-Hubert, on livrait plus ou moins 9 000 repas de popote roulante aux aînés de l'arrondissement. Neuf ans plus tard, c'est 30 000 repas qu'on livre, plus de 30 repas. L'aide n'a pas accroît de la même manière. Même chose avec les transports, l'accompagnement transport médical. À chaque semaine, on doit refuser des demandes de transport, faute d'aide, faute de bénévoles et de soutien pour les faire. Mais ces aînés-là, la population augmente, la population vieillit, ont besoin de ces services-là. Les besoins augmentent. Donc à toutes les semaines, je pourrais offrir un nouveau service pour répondre à la demande pour ces aînés-là, mais je n'ai pas le financement adéquat pour le faire.

L'équipe aussi a augmenté. On est passés de cinq employés à neuf employés dans les dernières années pour être capables de répondre adéquatement aux besoins de... des aînés. Depuis deux ans, il y a énormément de roulement de personnel. Martin en parlait des conditions de travail, le fonds de retraite, les régimes de retraite, les assurances collectives, c'est… souvent dans les organismes, c'est peu ou pas, donc ça ne permet pas d'avoir du personnel adéquat, tout le temps formé, qui veulent rester aux conditions qu'on offre. Ça nous demande aux directions beaucoup de temps de gestion. À titre d'exemple, ça m'a pris un an à combler un poste de cuisinier chez nous au CAB, au CAB de Saint-Hubert, donc c'est toujours en roulement. Pendant ce temps-là, bien, les travaux… le travail ne se fait pas, c'est nous qui le faisons, le soutien qu'on peut, on fait de la rétention comme on peut, les affichages, la dotation, c'est toujours demandant.

Puis, comme Martin parlait, le communautaire, c'est principalement des métiers de femmes, et puis je me demande souvent on parle beaucoup de vocation, mais pourquoi la vocation c'est important? Dans les métiers typiquement féminins, on parle de la vocation des enseignantes, la vocation des infirmières, la vocation dans le milieu communautaire. Pourquoi on ne parle pas de la vocation chez les pompiers? Parce qu'on s'imagine que dans le milieu communautaire, on est capable d'endurer des conditions moins intéressantes parce qu'on a la vocation au fond de nous. Mais ça, je suis un peu tannée, hein? Les les conditions se dégradent. À titre informatif, mon rehaussement de mon financement, cet automne, par le ministère, ça a été 1 000,95 $. C'est bien cute, là, mais qu'est-ce que je peux faire avec 1000,95 $ pour mon équipe entière, mes services, mes besoins? Avec l'inflation qui augmente, peu de choses. Pendant que tout coûte plus cher, bien, les organismes continuent de s'appauvrir. Merci.

Mme Poulet : Merci à vous deux. M. Boire, Mme Condrain-Morel, merci à vous deux de s'être déplacé ici, à Québec, pour livrer votre important message. Alors, voilà, merci beaucoup de votre attention.

(Fin à 15 h 59)

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