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Point de presse de M. Etienne Grandmont, porte-parole du deuxième groupe d’opposition responsable de la région de la Capitale-Nationale, et M. Guillaume Cliche-Rivard, porte-parole du deuxième groupe d’opposition en matière de services sociaux

Version finale

Cette transcription a été réalisée à l’aide d’un logiciel de reconnaissance vocale. Elle pourrait donc contenir des erreurs.

Thursday, February 26, 2026, 12 h 30

Hall principal de l'hôtel du Parlement, hôtel du Parlement

(Douze heures trente minutes)

La Modératrice : Alors, bonjour, tout le monde. Bienvenue à ce point de presse de Québec solidaire. Prendront la parole aujourd'hui les députés solidaires Etienne Grandmont et Guillaume Cliche-Rivard, Mary-Lee Plante, coordonnatrice du RAIIQ, Audrey Couture-Bédard, directrice de l'Archipel d'entraide, et Stéphanie Lampron, directrice générale de la YMCA... YWCA.

M. Grandmont : Merci... Bonjour, tout le monde. Merci, d'abord, à nos invités qui sont présents aujourd'hui pour un point de presse très important. Il porte sur l'itinérance, particulièrement dans la région de la capitale nationale. On a donc des représentants, des représentantes de différents groupes qui travaillent à Québec et qui ont un message important à livrer ici aujourd'hui, à l'Assemblée nationale

Il y a un rapport qui a été fait par le Regroupement d'aide aux... le Regroupement d'aide aux itinérants et itinérantes de Québec, le RAIIQ, sur l'utilisation des ressources d'hébergement d'urgence. Et vous allez le voir, le constat est implacable, ça déborde de partout, ça craque. Et, évidemment, ajouter des ressources, ajouter des lits ne changera rien à la situation tant qu'on ne s'attaquera pas aux racines du problème puis tant qu'on n'investira pas massivement dans du logement de transition pour sortir les gens de l'itinérance.

Il y a aussi un élément important qu'on veut mettre dans la balance aujourd'hui, c'est que, notamment, il y a des élections qui s'en viennent en octobre prochain. Il y a aussi une course à la chefferie qui s'en vient et qui verra son terme le 12 avril prochain. On voudrait, on le sait, là, tout le monde ici est bien d'accord... on le sait, que cet enjeu-là, l'itinérance, on ne résoudra jamais ce problème-là tant qu'au top de la pyramide décisionnelle, au gouvernement... C'est-à-dire que le prochain ou la prochaine première ministre, tant que cette personne-là ne prendre pour ce dossier-là à bras-le-corps, on n'arrivera jamais à rien. Ça prend une mobilisation multiministérielle, et c'est comme ça qu'on y arrivera.

Donc, d'abord, on demande à ce que Bernard Drainville et Christine Fréchette s'engagent sur cet enjeu-là, qui est primordial, c'est une crise humanitaire, puis, d'autre part aussi, on veut s'assurer que, pour être capable de bien faire le travail en prévision de la prochaine saison froide, notamment, le dénombrement... le rapport sur le dénombrement qui a été fait en avril dernier, son rapport puisse être livré avant la fin de la présente session parlementaire. On a une confirmation du MSSS qu'il le serait seulement après la prochaine élection, en décembre. Et ça, c'est honteux, de garder secret ce rapport-là, qui sert tout le monde pour suivre l'évolution de l'itinérance au Québec. Je vais passer maintenant la parole à Mary-Lee Plante, qui est du RAIIQ.

Mme Plante (Mary-Lee) : Oui, bonjour, Mary-Lee Plante, à la coordination du RAIIQ, le Regroupement pour l'aide aux itinérants et itinérantes de Québec. Le RAIIQ porte la voix de 48 organismes communautaires de la capitale nationale oeuvrant auprès des personnes en situation d'itinérance ou à risque de l'être. Depuis des années, nous tirons la sonnette d'alarme pour prévenir l'aggravation de la situation, mais nos avertissements n'ont pas été pris à la hauteur de l'urgence. Nous espérons qu'en nous adressant directement à vous ici, aujourd'hui, face à l'ampleur de la crise actuelle, notre appel sera enfin entendu.

Nous sommes ici afin de vous rappeler une réalité urgente : les politiques d'austérité ne sont pas abstraites, elles ont des conséquences humaines directes. Elles aggravent la crise de l'itinérance et complexifient l'accompagnement des personnes les plus vulnérables. Pendant ce temps, le milieu communautaire tient à bout de bras des problématiques sociales qui le dépassent, mais il ne pourra pas soutenir seul cette pression indéfiniment sans action gouvernementale forte, en amont comme en aval, des enjeux liés à l'itinérance.

Lorsqu'on parle d'itinérance, on parle souvent de la situation à Montréal, mais notre bilan sur l'utilisation des ressources d'hébergement d'urgence à Québec démontre clairement que la crise est tout aussi critique qu'ailleurs. Dans les dernières années, sur le territoire de la capitale nationale, nous la voyons de plus en plus se manifester, s'ancrer et se complexifier sur l'ensemble du territoire, passant par les quartiers centraux, les banlieues et les régions, de Portneuf à Charlevoix.

Les données et les constats qui se dégagent de notre bilan sont parlants. Depuis 10 ans, à Québec, le nombre de places disponibles a plus que doublé, passant de 132 à 318. Malgré cette hausse marquée de la capacité d'accueil, les organismes fonctionnent à pleine capacité tout au long de l'année. Ils doivent refuser des personnes à chaque jour. En moyenne 18 refus dans les services pour femmes, 31 chez les hommes et deux chez les jeunes.

Il est essentiel de préciser que cette augmentation du nombre de places s'explique en grande partie par la mise en place de services de répit dans les dernières années, des espaces où les personnes peuvent être accueillies temporairement sans toutefois avoir accès à un lit pour dormir ou accès à de l'accompagnement global visant une réelle sortie de rue. En 2025 seulement, l'ensemble de ces ressources ont enregistré près de 140 500 passages et un total de 18 645 refus. Ces chiffres permettent de refléter la pression continue vécue sur le terrain. Malheureusement, ces chiffres ne représentent que la pointe de l'iceberg. Ils reflètent l'itinérance visible, celle qui franchit les portes des ressources. Nous savons que l'étendue des besoins est beaucoup plus vaste et préoccupante. Nous le répétons, le milieu communautaire lance des signaux d'alarme depuis des années.

Le 13 septembre 2023, l'Assemblée nationale du Québec a adopté à l'unanimité une motion reconnaissant qu'il y a une crise de l'itinérance au Québec. Pourtant, nous attendons encore des mesures concrètes, sérieuses, à la hauteur de la crise. La situation actuelle n'est donc pas une surprise, elle était prévisible. Aujourd'hui, le constat est clair, nous avons atteint un point de rupture.

Le gouvernement doit reprendre le leadership et l'imputabilité qui lui revient en matière d'itinérance et investir de façon structurante, prévisible et récurrente dans l'ensemble du continuum de la prévention à la sortie de rue. Et ces actions ne peuvent pas se limiter seulement au financement des ressources en itinérance et la mise en place de mesures d'urgence, elles doivent aussi s'attaquer aux causes profondes des enjeux liés à l'itinérance, la crise du logement, la crise des surdoses, l'accès aux soins, les autres fractures sociales qui alimentent l'exclusion, la... voyons, la désaffiliation.

Le milieu communautaire refuse de continuer à payer le prix de l'inaction et de tenir le filet social à bout de bras. Combien faudra-t-il encore de personnes qui basculent en situation d'itinérance? Combien d'entre elles devrons-nous continuer à refuser à nos portes afin que le gouvernement se saisisse sérieusement de cet enjeu et en fasse une priorité? La crise de l'itinérance n'est plus à prouver, l'urgence d'agir non plus. Merci.

Mme Couture-Bédard (Audrey) : Bonjour, je m'appelle Audrey Couture-Bédard, je suis directrice de L'Archipel d'entraide. Je viens vous parler au nom du Comité des ressources d'hébergement d'urgence du RAIIQ. On ne peut plus parler aujourd'hui de profil type de la personne en situation d'itinérance. Les personnes qui se présentent chez nous vivent des réalités multiples où les enjeux de santé mentale, d'exclusion sociale, d'insuffisance de revenus, de perte d'autonomie, de consommation et de judiciarisation s'entrecroisent et s'aggravent mutuellement. On a même rencontré, dans la dernière année, des personnes avec des maladies chroniques ou en fin de vie qui ne pouvaient pas recevoir leurs soins faute d'avoir un logement ou un endroit sécurisé pour poursuivre un protocole de traitement ou recevoir des soins palliatifs. Je ne sais pas ce que ça vous dit, je vous laisse y réfléchir.

La vie dans la rue hypothèque rapidement et prématurément la santé globale des personnes, et ce, à long terme. Imaginez-vous seulement passer une journée à moins 40 en hiver, ensuite imaginez que c'est votre quotidien. C'est impossible de s'organiser dans ces situations-là. Cette réalité transforme des difficultés ponctuelles, comme une perte d'emploi, en situations qui perdurent et qui deviennent de plus en plus difficiles à surmonter. Ces personnes ont par la suite besoin de beaucoup de ressources pour survivre à cette crise et retrouver une condition de vie minimale et juste un peu de sécurité.

À Québec, le communautaire a mis en place des services de répit au seuil d'accessibilité, dans l'espoir d'offrir un accueil et un accompagnement adaptés à ces personnes les plus défavorisées et fragilisées. Mais ces espaces sont maintenant aussi sollicités par les personnes pour qui les services habituels d'hébergement d'urgence auraient été plus appropriés, mais qui sont malheureusement à pleine capacité. Les répits deviennent alors, malheureusement, et à l'encontre de leur mission, des lieux de débordement. Notre bilan démontre qu'à Québec il y a près de la moitié des visites dans les ressources d'urgence qui se font maintenant dans les répits. Ce n'était pas ce qui était souhaité à la base.

Donc, je vous interpelle aujourd'hui, députés et futurs députés, ministres et futurs ministres, parce qu'il n'y a pas un seul ministère qui n'est pas concerné de loin ou de près par cette crise. Vous ne pouvez plus vous désengager. Les ressources d'urgence ne peuvent plus maintenir ce rythme en palliant à des politiques défaillantes. Prenez vos responsabilités. On vous demande des engagements clairs et conséquents demain. Merci.

Mme Lampron (Stéphanie) : Bonjour, Stéphanie Lampron, directrice générale de la YWCA Québec. Alors, je prends aujourd'hui la parole au nom de la Y, bien sûr, mais aussi pour illustrer ce que plusieurs organismes dans la capitale nationale vivent. On veut porter le même message, on a une même voix.

La Y a comme mission la sécurité et le bien-être des femmes et des filles, et ça, tous les jours. Ça se passe sur le terrain. Ce n'est pas juste une théorie. Dans les 10 dernières années, nous avons accompagné plus de 3 000 femmes juste à la Y. À l'échelle régionale, c'est 10 fois plus de femmes qui ont demandé de l'aide chaque année. Ces chiffres racontent une réalité que nous... que nous ne pouvons plus taire.

Dans l'ensemble des ressources d'hébergement d'urgence pour femmes de la région, le taux d'occupation dépasse toujours le 100 %. Il a même atteint 120 %. La pression est immense. Nous refusons de plus en plus de femmes par manque de place, jusqu'à 34 par jour parfois. Pourquoi? Bien, d'abord, les besoins explosent, de plus en plus de demandes de femmes qui frappent à notre porte. Ensuite, les places se bloquent parce que les femmes que nous accueillons ne trouvent nulle part où aller, donc elles restent, et ces situations qui étaient autrefois temporaires, bien, deviennent chroniques. Chaque jour qu'une femme reste, faute de logement accessible, c'est à une autre femme qu'on doit dire non, une femme qui se retrouve avec le choix de choisir entre la violence de la rue ou la violence d'un conjoint.

Et, comme si ce n'était pas suffisant, un troisième phénomène vient accentuer cette pression, c'est les femmes qu'on a réussi à stabiliser en logement qui reviennent parce que rattrapées par la précarité ou par un système qui ne les a pas soutenues assez longtemps. Cette réalité frappe toutes les femmes, mais particulièrement les femmes racisées, autochtones, immigrantes et les personnes LGBTQIA+. La situation est critique pour toutes les femmes, mais particulièrement pour celles-là.

Le communautaire tient le filet social à bout de bras. Nous accompagnons, stabilisant, réparant. Mais nous ne pouvons pas être la seule réponse, ni en amont pour prévenir les ruptures, ni en aval pour prévenir une sortie de... pour permettre, excusez, une sortie durable. Nous avons besoin d'un investissement global et coordonné, de la prévention jusqu'à la sortie de rue, pas juste des mesures ponctuelles, une vision, une vraie vision. Nous sommes là pour compléter l'action de l'État, pas pour la remplacer. Et rappelons-nous qu'une société ne se juge pas à sa capacité à gérer la crise, elle se juge à sa volonté de la prévenir. Merci.

M. Cliche-Rivard : Merci, tout le monde. Merci, Étienne. Merci à ceux et celles qui sont venus témoigner aujourd'hui. Écoutez, la crise de l'itinérance, on le dit souvent, là, ce n'est pas une fatalité, là, ce n'est pas quelque chose qui est arrivé puis qu'on ne peut pas... qu'on ne peut pas gérer. Le gouvernement du Québec doit s'en occuper puis doit aussi arrêter d'envoyer la balle sur les différents acteurs. On a vu, malheureusement, la ministre Bélanger, là, souvent renvoyer ça dans la cour des municipalités, parler du communautaire, parler de la Santé publique. C'est la responsabilité formelle et claire du gouvernement du Québec, mais aussi avec les acteurs, actrices du milieu du terrain, mais on doit prendre du leadership, on doit prendre la responsabilité. Et, à Québec solidaire, on est très clairs là-dessus, que la ministre doit prendre toutes ses responsabilités en matière de services sociaux.

On parle de la crise, mais il faut qu'on travaille en prévention, il faut qu'on arrête de causer des situations qui vont amener les gens vers l'itinérance. Il faut qu'on arrête de refuser de contrôler de manière réelle les loyers. Ça n'a pas de bon sens, ces temps-ci, les hausses de loyer que les gens absorbent, c'est du 10, 15, 20, 30 %. C'est du monde qui ne sont plus capables de payer leur loyer qui tombent en situation d'itinérance. C'est devenu le premier facteur marquant des causes d'itinérance aujourd'hui. Il faut évidemment qu'on ait un filet social qui fonctionne. Il faut qu'il y ait des chèques qui permettent de payer des loyers, pour les gens qui sont sur l'aide sociale, qui permettent de rester en appartement, qu'ils ne tombent pas dans la pauvreté. On voit les banques alimentaires, les hausses exploser, on voit les loyers exploser aussi. Il faut qu'on mette fin à ça.

Et, à chaque année, le gouvernement se félicite d'avoir sorti x nombre de personnes de la rue, mais on en rajoute deux, trois, quatre fois plus en arrière. Alors, il faut qu'on arrête de tirer dans la chaloupe, là. La chaloupe, on essaie de la vider, on essaie de sortir les gens de situations d'itinérance, mais si, à chaque année, il y en a davantage qui s'ajoutent, bien, on ne s'en sortira jamais. Alors, il faut stopper les facteurs qui mènent les gens vers cette vulnérabilité-là puis il faut aussi qu'on ait davantage d'options en sortie de crise. Les intervenants l'ont dit très clairement, là, l'objectif, ce n'est pas d'avoir 200, 400, 500, 800 lits d'urgence, là. L'urgence, ça sauve des vies. Le logement social, communautaire, ça en reconstruit. C'est avec ça qu'on va se permettre de sortir de la crise, forte, évidemment.

Alors, que le gouvernement prenne ses responsabilités puis qu'on aille plus vite, plus vite, plus loin ensemble, puis qu'on se permette tous et toutes d'avoir un toit au-dessus de la tête. On est au Québec, en 2026, personne ne devrait dormir dehors. Et je termine sur une statistique du Bureau du coroner : Il y a 109 personnes qui sont décédées, 109 Québécois, Québécoises décédés en situation d'itinérance l'année dernière. C'est 109 vies qu'on a perdues. C'est inacceptable, et le gouvernement du Québec doit faire mieux. Merci.

La Modératrice : Merci, tout le monde. Je vais ouvrir la période de questions. On va commencer par une question, une sous-question, ensuite on prendra d'autres tours de parole. Juste nommer à qui vous adressez votre question.

Journaliste : Oui, bonjour. Stéphanie Martin, Journal de Québec. D'abord, Mme du RAIIQ, juste une petite précision. Vous avez parlé du nombre de refus, des chiffres en bas de 100, là. C'est par jour, ça?

Mme Plante (Mary-Lee) : Par jour, oui.

Journaliste : À Québec?

Mme Plante (Mary-Lee) : Quand j'ai fait la ventilation, là, à Québec, en moyenne, 18 refus par jour dans les services pour femmes, 31 chez les hommes et deux chez les jeunes. C'est un total de 18 645 pour l'année 2025.

Journaliste : ...

Mme Plante (Mary-Lee) : Oui, en moyenne 52 refus, 52 demandes non répondues.

Journaliste : M. Grandmont, ce n'est pas la première fois qu'un cri du cœur comme ça est lancé. J'ai mémoire du maire de Québec qui a demandé au premier ministre, il a interpelé le premier ministre personnellement, pour lui demander de prendre cet enjeu-là et de l'inscrire dans ses priorités. Ça fait déjà plusieurs mois de ça. Est-ce que... est-ce que le gouvernement, depuis, a entendu ces appels-là? Et est-ce qu'il reste de l'espoir pour qu'il l'entende? Étant donné la situation politique dans laquelle le Québec se trouve actuellement.

M. Grandmont : Bien, la situation politique dans laquelle on est actuellement, François Legault a démissionné de son poste, là. C'est pour ça qu'aujourd'hui j'ai commencé mon intervention en parlant du... ou du, ou de la prochaine première ministre, Christine Fréchette ou Bernard Drainville. C'est eux qui assumeront ce rôle de premier ou de première ministre d'ici la prochaine élection générale, en octobre. Il y a beaucoup de travail à faire d'ici octobre pour... sur la... sur l'enjeu de l'itinérance, puis là-dessus, là, votre question est très claire. Vous avez commencé en parlant du maire Marchand qui avait interpellé le premier ministre. C'est effectivement le bon échelon qui doit être visé quand on parle d'itinérance, parce que c'est un enjeu qui, on l'a dit tantôt, touche à peu près tous les ministères. Tous les ministères sont concernés de près ou de loin par l'enjeu de l'itinérance. Ils ont tous quelque chose à faire. Malheureusement, le travail se fait tout le temps en silo. Puis, quand les organismes font des représentations, bien souvent on les renvoie vers la Solidarité... les services sociaux, ça finit toujours par aboutir, là. Donc, c'est le… c'est le bout de l'entonnoir et ça finit tout le temps par aboutir, là. La seule réponse qu'ils peuvent… qui semble pouvoir être donnée, c'est : On va vous donner des ressources d'hébergement d'urgence supplémentaires. Bien, on donne un chèque, puis on va avoir davantage de lits, mais on ne règle pas le problème à la source. On ne règle pas le problème à la fin aussi pour sortir les gens de l'itinérance. Donc, évidemment, le ou la première ministre doit être conscient puis décider de prendre cet enjeu-là à bras-le-corps, d'en faire un enjeu prioritaire et de mobiliser l'ensemble de ses ministères qui ont un lien avec l'enjeu de l'itinérance pour que ça se mette enfin à travailler dans le bon sens.

Journaliste : Mais c'est un échec de la Coalition avenir Québec, là, un gouvernement qui est là depuis huit ans, là, maintenant.

M. Grandmont : Tout à fait. Je pourrais laisser mon… mon collègue, terminer. On a vu, entre les deux derniers dénombrements qu'on a eus, c'était entre 2022 et 2024, si ma mémoire est bonne, on était passé de 5 000, à peu près personne en situation d'itinérance visible, à deux ans plus tard, le double. Et là on sait que le prochain dénombrement, si on se fie à ce que les organismes voient sur le terrain, la situation est encore pire, et c'est pour ça qu'on est inquiets aussi que le dénombrement ne soit pas livré comme il était prévu avant la fin de la session parlementaire actuelle, et qu'on le repousserait à décembre après les élections. Peut-être parce que c'est un peu gênant ce qu'on y trouve, encore une fois, une preuve de l'échec de la CAQ. Mais nous, on a besoin d'avoir ce rapport-là pour être capable de montrer que la situation en pire et qu'il y a des actions concrètes à mettre en place encore.

M. Cliche-Rivard : J'ajouterai juste rapidement que ça fait longtemps que la crise, elle a dépassé Montréal, là. Ce gouvernement-là devrait être bien au courant, là. Québec, Chicoutimi, Gatineau, «name it», là. Donc, ce gouvernement-là ne peut plus faire la sourde oreille partout, dans toutes les régions du Québec, là, l'itinérance frappe, il y a des campements qui s'installent partout, puis les municipalités, les régions, les CIUSSS sont laissés… sont laissés pour eux même, puis le communautaire ramasse ce qu'il est capable de ramasser par en arrière, mais il n'y a pas de réponses coordonnées. Ce gouvernement- là, là, qui se devait d'être aussi un gouvernement des régions, a complètement échoué là aussi. Ça fait longtemps que la crise dépasse Montréal. Il devrait le reconnaître.

Journaliste : J'en ai juste une petite dernière. Est-ce que vous avez chiffré l'enveloppe globale, dont on a parlé, qui serait nécessaire pour endiguer la crise et commencer à trouver des solutions?

M. Cliche-Rivard : Il y a… il y a… il y a plusieurs éléments là-dedans. La prévention va toujours nous coûter moins cher. On le sait, là, puis il y a des études qui ont été faites récemment, que ça coûte 70 000 $ par année minimum par personne qui se retrouve dans la rue. Ça coûterait beaucoup moins cher que ça en prévention. Il y a des initiatives incroyables, par exemple, des banques d'aide au loyer, là, pour en nommer juste une, qui permettent de garder du monde en logement à coût de 2 000 $, 3 000 $, qui s'assure qu'une dette soit payée au propriétaire, puis qu'il y a des gens qui ne se retrouvent pas dans la rue.

Évidemment, il manque de financement puis de ça, malheureusement, on a perdu des financements fédéraux l'année dernière. Le PRCC, qui est un programme qui envoyait plusieurs millions de dollars au Québec, a été complètement coupé. On a demandé au gouvernement du Québec d'aller faire sa part puis de remplir ces initiatives-là qui visaient à aller spécifiquement rencontrer les populations qui sont un petit peu dans le deuxième, troisième rang, là, dans la marginalisation et qui sont encore… où ailleurs, le gouvernement n'a pas voulu répondre.

Dernièrement, à la fin 2025, on a sollicité et réclamé, parce que le communautaire l'a réclamé, le renouvellement du Plan d'action interministériel en itinérance, qui, lui, est chiffré, mais on l'a reconduit sans spécificité à la toute fin de l'année passée, puis là on a des demandes. Je vais revenir à mes demandes budgétaires quand on va arriver avec le budget, mais il y a des demandes claires pour répondre aux besoins, et véritablement, en ce moment, on ne répond pas à la demande.

Le message est clair par contre, la question, ce n'est pas de pelleter 100 millions de plus chaque année. La question, là, puis ce que le communautaire demande, ce que le milieu demande, ce n'est pas qu'à chaque année, il y ait encore plus de lits puis encore plus de places. Qu'on frappe 2 000 lits, 3 000 lits, 5 000 lits, 10 000 lits, ce n'est pas ça l'objectif à la grandeur du Québec, c'est que ça cesse, c'est qu'on arrête d'éviter du monde, c'est qu'on arrête de les empêcher de faire ceux qui ne sont pas capables de payer leur loyer, c'est d'arrêter l'explosion de la file aux banques alimentaires, c'est d'arrêter de faire en sorte que des gens sont obligés de s'entasser à six dans un appart pour être capables de payer un loyer. Si on faisait ça, là, l'itinérance, ça coûterait beaucoup moins cher au Québec, puis le gouvernement le sait.

Journaliste : Bonjour... Le Soleil. Peut-être, Mme Plante, j'aimerais vous entendre un peu au nom du regroupement, là. Vous nous avez présenté les chiffres que vous avez pour l'année 2025. Est-ce que vous avez une idée de comment ça se compare avec les années précédentes, là? On sait que le phénomène augmente. Avez-vous une comparaison...

Mme Plante (Mary-Lee) : Oui, absolument. On a le bilan exhaustif, là, qui fait 33, 34 pages, je pense, qui va être public à partir de 13 h sur notre site Web. Parce qu'on a vraiment la ventilation, là. On le voit, le nombre de refus par mois, on a toutes les graphiques, on a l'évolution aussi des 10 dernières années. Donc, on sait bien, puis on voit que ça ne fait que s'exacerber, malheureusement.

Journaliste : Est-ce que, 2025, c'est la pire année dans les années que vous avez?

Mme Plante (Mary-Lee) : La pire année, ça dépend sous quel sens. Tu sais, ce qu'on remarque beaucoup, c'est la complexification des... Tu sais, il y a les chiffres qui sont parlants, puis oui, on voit une hausse constante, mais ce qu'on voit vraiment, là, sur le terrain, c'est la complexification des situations des personnes. Mes deux collègues, là, qui ont... qui ont parlé après moi l'ont bien explicité, ce qui se passe dans les ressources, que les personnes arrivent à la porte des ressources avec des situations beaucoup plus complexes, et que c'est difficile, après ça, de les accompagner dans une trajectoire de service, dans une trajectoire de sortie de rue parce qu'on est dans un goulot d'étranglement de l'urgence à l'accès au logement. Donc, 2025 ne se démarque pas positivement, malheureusement. Mais voilà, tu sais, on invite à aller au-delà des chiffres aussi, même s'ils sont parlants, là, mais dans les situations qui sont rencontrées sur le terrain, qui sont très criantes.

Journaliste : Puis j'aimerais peut-être vous entendre, là. M. Grandmont parlait du rapport du dénombrement. Pour les organismes en itinérance, c'est quoi, le... tu sais, c'est quoi, l'apport de ces données-là? Puis quel impact ça pourrait avoir, que le rapport soit diffusé plus tard, là, dans l'année? Pour vous, est-ce que ça change quelque chose?

Mme Plante (Mary-Lee) : Bien, c'est sûr que c'est des données qui sont... qui sont pertinentes pour nous à voir. C'est sûr que c'est... c'est un exercice qu'on critique quand même dans le milieu, parce que c'est une photo, à un moment donné, de l'itinérance visible. Donc, il y a toute l'itinérance qui est cachée. Toutes les dynamiques qui sont sous-jacentes, on ne va pas documenter ça, mais ça permet quand même de suivre l'évolution en termes de nombre, de voir justement l'étalement, tu sais, on parle des quartiers centraux, mais de voir que ça se passe dans d'autres régions aussi. Mais cet exercice-là ne... ne se fait pas partout, dans tous les secteurs, dans toutes les régions, donc. Mais c'est un outil qui est... qi est important justement pour suivre l'évolution, suivre le nombre. Ça vient aussi valider ce qui est senti, ce qui est vécu sur le terrain, notamment dans l'urgence. Ça fait que c'est sûr que nous, on attend impatiemment, là, ces données-là depuis... depuis le dénombrement.

Journaliste : Puis M. Grandmont peut-être. Pourquoi vous... Là, vous disiez : C'est... Ce serait honteux du gouvernement de repousser ça. Pourquoi? Pourquoi vous pensez que ça prend autant de temps cette fois-ci?

M. Grandmont : Bien, je veux dire, ils vont sûrement... ils vont sûrement nous... nous sortir des raisons techniques : c'est difficile, la méthodologie, ou je ne sais pas. Tu sais, questionnez-les, je suis persuadé qu'ils vont vous trouver... ils vont avoir trouvé des bonnes réponses. Mais, pour vrai, les chiffres, ils les ont, OK. Après ça, on peut bien raffiner le calcul, voir... qu'est-ce qu'on peut extraire comme données, faire des croisements, des trucs comme ça, mais au moins avoir les chiffres disponibles, ça, ce serait quelque chose d'important pour les groupes pour être capables de prévoir la prochaine saison. Si c'est si compliqué que ça de le sortir, c'est probablement parce qu'il y a quelque chose à cacher. Moi, je pense que ce n'est que des prétextes qui seront utilisés pour ne pas sortir ça.

Ce qu'on entend, c'est que les chiffres sont accablants, puis c'est confirmé aussi, parce que les organismes sur le terrain nous disent aussi : Ça augmente, on voit de plus en plus de gens. J'ai souvent en mémoire ce qu'Éric dit. À chaque fois qu'il y a une fin de... une fin d'hiver, Éric nous rappelle combien il a vu tellement de nouveaux visages consulter, venir dans sa ressource. Pour moi, c'est extrêmement parlant, là. Ça fait que le nombre de personnes en situation d'itinérance augmente année après année. On veut avoir le rapport pour être capables de le confirmer puis être capables de challenger le gouvernement, puis le gouvernement lui-même aussi de pouvoir commencer à prendre acte de ça puis agir positivement sur cet enjeu-là.

M. Cliche-Rivard : Juste très rapidement. Au final, ce dénombrement-là, partiellement, ça va être le bulletin du gouvernement, là. On arrive... Et, ce bulletin-là, c'est E pour échec parce que ça explose. Donc, ce n'est pas surprenant trop, trop qu'on veut que le bulletin sorte après l'élection. C'est déplorable, ceci dit, parce que le bulletin va faire mal. On le voit à l'explosion sur le terrain. On le voit, la réalité. Donc, poser la question, c'est y répondre. Pourquoi est-ce qu'ils ont avantage à sortir ça après l'élection? Je pense que tout le monde aura compris. Malheureusement on ne peut pas perdre ce temps-là, les organismes ne peuvent pas perdre ce temps-là. Puis le monde qui sont dans la rue, c'est eux qui sont impactés, là. Ce n'est pas Étienne, moi. Oui, véritablement, les gens du communautaire, mais c'est le monde de la rue, là, qui sont impactés. On ne peut pas attendre, les gens ne peuvent pas attendre. Puis ça prend les données à jour qui vont permettre de cibler, partiellement du moins, le mieux possible l'action qui va être... qui va être entreprise.

Journaliste : Marie-Pierre Mercier, Radio-Canada. Donc, la situation actuelle, selon vous, c'est la responsabilité exclusive du gouvernement du Québec?

M. Cliche-Rivard : Elle n'est certainement pas exclusive, mais la coordination de l'ensemble de ces acteurs-là qui concerne solidarité sociale, services sociaux, logement, habitation et municipalités, évidemment, il y a que le gouvernement du Québec qui peut faire ça. Je veux dire, de dire que c'est responsabilités ville... La ville n'a aucun pouvoir d'action sur... sur l'aide sociale, aucun pouvoir d'action sur les réglementations sur le logement, ou en tout cas, très peu, dépendamment des zones puis dépendamment des cadres législatifs. Donc, oui, la responsabilité principale, elle est au gouvernement du Québec, en coordination, évidemment, avec le terrain, en coordination avec les acteurs municipaux, en coordination aussi avec la santé publique, mais le leadership...

Une voix : ...

M. Cliche-Rivard : ...fédéral qui doit envoyer l'argent, évidemment. Ça, c'est quelque chose qu'on a critiqué fortement. Je vous ai parlé tantôt des fonds qui ont été coupés, mais très certainement, la... pour moi, la responsabilité finale, elle est dans les mains du premier ministre, mais aussi de la ministre des Services sociaux.

Journaliste : On... J'entends déjà certaines personnes au gouvernement dire : Ça déborde de partout, en éducation, en santé. Là, vous me parlez qu'il faut mettre de l'argent en itinérance, mais on s'entend que là, auprès de la population, ce n'est peut-être pas ce qui est le plus sexy. Ce n'est pas là que... peut-être que les gens sont moins préoccupés par ça. Pourquoi c'est si important de faire de cet enjeu-là une priorité, au... peut-être, je ne sais pas, au détriment ou... des autres... des autres grands soucis dans notre société?

M. Grandmont : Oui. Bien souvent on va poser la question sur... du combien, hein, combien ça va coûter puis combien... Les missions de l'État sont toutes importantes, en santé et en éducation, les infrastructures, évidemment, puis tout ça, puis on est bien d'accord de ça, là, tu sais. Sauf que, là, ce qu'on vient de dire aujourd'hui, ce n'est pas tant une question de combien, une question de comment. C'est plutôt une question de comment le gouvernement va décider, enfin, avec à sa tête le premier ou la première ministre, décider de prendre cet enjeu-là et de coordonner les actions.

Parce que, pour l'instant, il y a des choses qui se font un peu partout, de toute façon, de manière décoordonnée, c'est beaucoup pelleter dans la cour des services sociaux, alors qu'il y a des choses qui pourraient être faites autrement, des choix qui pourraient être pris autrement.

Journaliste : Comme?

M. Grandmont : Bien... et qui pourraient être... je vais laisser... mon collègue Guillaume aller vraiment sur le comme... sur le... sur des... sur des exemples précis, mais, je veux dire, ne serait-ce que travailler à... Je vais le laisser. J'ai dit que je laisserais parler, mais je pense que c'est vraiment plus une question de comment on organise l'action gouvernementale autour de cet enjeu-là. Je pense que c'est vraiment plus comme ça qu'on va arriver à des solutions pertinentes. Je te laisserai compléter.

M. Cliche-Rivard : Bien, il y a plusieurs éléments. Un de ces éléments-là, c'est... c'est d'aller véritablement en coordination avec ce qui se passe puis de s'assurer que l'argent est là en prévention. Parce que, je l'ai dit tantôt, là, c'est... la prévention, c'est la clé. Si on continue de faire des trous immenses dans la chaloupe, on ne s'en sortira pas. Puis les Québécois et Québécoises vont payer encore plus cher. Ça fait que c'est l'ensemble du message que moi, j'ai compris aussi du milieu, c'est que ces... les gens ne veulent pas monter à 400 lits, 500 lits, 600 lits. La question, ce n'est pas que le nombre de refus doit baisser, c'est le nombre de demandes qui doit baisser, finalement. Et, à chaque fois qu'on a une personne de plus qui se retrouve en situation d'itinérance, ça va coûter encore plus cher pour les Québécois et Québécoises.

Il y a aussi une question de cohabitation. Moi, beaucoup de gens me parlent dans les quartiers que la cohabitation est devenue difficile. On les comprend, ils ont raison. Mais ils sont tous à me dire que ce n'est pas normal qu'une personne se retrouve à la rue. Moi, j'entends une solidarité inouïe des Québécois et Québécoises, qui condamnent l'inaction gouvernementale, qui ne critiquent pas la personne qui se retrouve là, laissée face à elle-même. Mais en investissant aussi en sortie de crise, on va améliorer cette cohabitation-là aussi puis ça va être important. Puis ça, les Québécois et Québécoises nous en parlent un petit peu partout au Québec. Donc, ce sont deux champs d'action, là où on pourrait faire directement davantage, beaucoup mieux, beaucoup plus rapidement.

M. Richard (Steve) : Steve Richard, président du conseil d'administration du RAIIQ. Simplement, quand on parle de financement, c'est important aussi d'avoir en tête que... On parle souvent de montants, puis là on va nous... on va se faire répondre, par exemple, par la ministre : Bien, on a donné... on a sorti 2 milliards dans la dernière année, par exemple. Mais, vous savez, les montants, c'est une chose, la manière dont l'argent descend, les modes d'attribution, la complexité, aussi, des... de l'attribution des financements, souvent, en mode réaction, en mode d'urgence fait en sorte que ça complexifie pour nous autres la capacité d'optimiser, de pérenniser, d'avoir de la prévisibilité.

Vous savez, on nous demande comme organisme d'agir de manière responsable avec les fonds publics, et on travaille fort pour le faire, et on le fait, on travaille bien, je pense, dans ce sens-là, mais bien certain que, quand on reçoit des fonds, quelques mois après le début de la mise en place du programme, alors qu'on ne doit pas accumuler de surplus à l'intérieur de nos organisations, je vous donne ça comme exemple, et il y en a d'autres, ça ne rend pas les choses faciles, et ça ne nous permet pas d'optimiser ces sommes-là. Donc, oui, il y a la question du montant, et il y a des organismes qui ont besoin de plus d'argent aujourd'hui, maintenant, mais il y a aussi des organismes qui s'appauvrissent parce que les modalités d'attribution ne tiennent pas compte des réalités du milieu. Alors, je pense que c'est un élément important dont on ne parle peut-être pas assez souvent, puis qui fait partie de notre quotidien. Merci.

Journaliste : Peut-être, dernière question, vous parliez, madame, du... oui, que... j'ai... en tout cas, comment je comprends ce que vous dites, c'est sans ressources, ça empêche les gens de sortir de la rue. Si elles ont... si les femmes, les hommes n'ont pas d'endroit où se réfugier, ça fait en sorte que c'est un cercle vicieux, finalement, on n'est jamais capables de les sortir, puis, en plus, il y a d'autres personnes qui se retrouvent à la rue. Pouvez-vous développer un petit peu là-dessus? Quelle est la réalité que vous voyez?

Mme Lampron (Stéphanie) : Bien, en fait, on place... tu sais, on... comment je pourrais dire ça... présentement, il y a une crise du logement, on le sait, puis je pense que le logement est un outil très important dans la solution à l'itinérance, mais «pas que». Puis, souvent, tu sais, moi, ce que j'observe avec les femmes, c'est qu'il y a des femmes, entre autres, qui, pour différentes raisons, ont besoin d'alternatives sécuritaires qui ne sont pas nécessairement un logement.

Ça fait que, oui, le logement est important, là, il faut... tu sais, il faut adresser la crise du logement, mais, au-delà de ça, il faut trouver des solutions alternatives, tu sais. Je vous donne un exemple concret. Il y a deux ou trois ans déjà, nous, on a mis sur pied la première maison de chambres non mixte à Québec, et ça fonctionne, sauf que c'est 14 places. Ce n'est pas suffisant, mais tu sais, ça répond vraiment à un besoin pour des femmes qui, pour plein de raisons, ne sont pas prêtes à aller en logement présentement ou n'y ont pas accès, pour différentes raisons.

Journaliste : Sentez-vous que le gouvernement est à l'écoute, justement, des solutions qui fonctionnent, comme celle-là?

Mme Lampron (Stéphanie) : Oui et non. Oui, quand il y a des appels de projets, mais c'est sûr que ça reste toujours des projets. Puis, comme Steve le disait si bien, tu sais, c'est toujours un peu inattendu, on n'a pas beaucoup de temps pour se... Tu sais, je regarde juste, mettons, Maisons Canada. Quand ils ont fait l'appel de projets, je sais pas si on l'appelle comme ça, on avait, quoi, deux semaines, trois semaines pour... Mais, tu sais, je veux dire, ce n'est pas réaliste, puis on n'a pas le temps de se concerter puis de réfléchir à un projet, tu sais, qui va être porteur.

Journaliste : Excusez-moi. Félix-Antoine Audet, Noovo Info. Peut-être, Mme Plante, en commençant. Évidemment, là, on parle de l'itinérance en général au Québec, mais vous êtes des organismes de Québec, avec des données de Québec, et peut-être, M. Grandmont, vous aurez quelque chose à ajouter, mais est-ce qu'il y a une spécificité, quelque chose de particulier à la réalité de l'itinérance à Québec versus le reste de la province?

Mme Plante (Mary-Lee) : Bien, j'aurais le goût de dire que chaque territoire, chaque région a ses spécificités, en fonction de comment le tissu... le tissu social se déploie, les organismes communautaires qui sont présents sur le territoire, l'accès aux services, l'accès aux ressources. Nous, on n'a pas ce comparatif-là de Québec versus les autres. Tu sais, on sait qu'il y a différents enjeux. Souvent, c'est les mêmes enjeux et les mêmes dynamiques, mais ça se vit différemment, encore une fois, en fonction des ressources qu'on a.

Bien, juste un exemple. Tu sais, dans la grande région de Québec, je le nommais tantôt, il y a les quartiers centraux, après ça, il y a les quartiers un peu plus périphériques, il y a les banlieues. Après ça, il y a les MRC qui sont aux alentours. Puis l'itinérance est présente partout, mais elle se manifeste, elle se vit de manière différente, aussi, que tu sois au centre-ville de Québec, ou à Baie-Saint-Paul, ou dans le bois, à Beauport, ou... Donc, on... c'est ça, c'est difficile à dire. On s'est vraiment concentrés sur la lecture territoriale régionale, mais c'est là qu'on voit justement, qu'il y a toute... Tu sais, c'est un écosystème, hein, tout est interdépendant en fonction de l'accès aux ressources, les ressources de proximité, aussi, que... Tu sais, c'est ça, ça fait que le logement, l'OMHQ, les postures politiques, aussi, des différentes municipalités. Tu sais, c'est...

Ça fait que c'est très complexe. Quand on parlait de coordination puis de leadership aussi, c'est de coordonner tout ça puis s'assurer qu'on a des visions qui sont cohérentes. Mais je pense que c'est important aussi de mentionner... Qu'est-ce qui fonctionne dans une région ne fonctionne pas nécessairement dans une autre région, puis ça, on le voit souvent aussi, le ministère qui voit un programme qui fonctionne bien à Montréal, puis on vient le copier-coller à Québec, avec un investissement, puis OK, puis ça marche, mais il y a plein d'éléments à prendre en considération. Puis le milieu communautaire est la première ligne puis a l'expertise terrain de savoir qu'est-ce qui fonctionne avec les gens qu'on accompagne au quotidien. Ça fait que c'est important, justement, de prendre le temps... quand il y a du financement, de prendre le temps de le réfléchir en concertation, de pouvoir vraiment avoir des solutions qui sont porteuses, puis qui répondent vraiment aux besoins spécifiques des besoins... des réalités des personnes au moment où ils en ont besoin.

Journaliste : Évidemment, là, aujourd'hui, vous interpelez surtout au niveau provincial, vous avez parlé que ce n'est pas nécessairement la ville. Mais je veux quand même vous demander, puisque vous représentez les organismes de Québec : Est-ce que vous pensez que, du côté de la ville de Québec, de la mairie, on en fait assez ou pas assez pour aider? Évidemment, je comprends que, pour vous, l'enjeu principal est au provincial, mais le municipal, est-ce qu'on a l'impression qu'il y a du soutien?

Mme Plante (Mary-Lee) : On collabore avec la ville de Québec sur différents aspects. On a plein de comités, plein d'espaces de concertation. On sent que la ville de Québec est mobilisée et veut faire son bout de chemin. On n'est pas toujours d'accord sur certains enjeux, on est capables de se rallier sur d'autres, mais il y a vraiment un travail qui est fait étroitement avec le milieu. Nous, notre message, aujourd'hui, c'était vraiment d'interpeler, de faire appel à l'imputabilité, la responsabilité du gouvernement provincial. Mais on sait que le Québec aussi manque de ressources pour être capable de vraiment faire face à la crise puis de déployer des mesures qui favorisent... qui favorisent une bonne mixité sociale, une cohabitation harmonieuse.

Ça fait que, définitivement, la ville a ses responsabilités, a son petit carré de sable qui lui appartient, mais, encore une fois, c'est tout un écosystème, puis on manque tous et toutes de leviers, puis on est confrontés à ça. Donc, de là notre cri du cœur aussi au gouvernement, là, provincial aujourd'hui.

M. Grandmont : Je vais compléter là-dessus. Vous savez, on l'a dit, là, mon collègue l'a dit tantôt, c'est une responsabilité qui est... qui est multiple, en fait, là, les organismes communautaires, les municipalités, le gouvernement du Québec, le gouvernement fédéral. Tu sais, dans l'écosystème, actuellement, ce qu'on voit, c'est que beaucoup des responsabilités, beaucoup du travail qui doit être fait sur l'enjeu d'itinérance a été pelleté par le gouvernement du Québec et par le gouvernement fédéral dans la cour des villes et des organismes communautaires.

Et, évidemment, les villes se sentent obligées d'agir parce qu'elles se font interpeler à tous les conseils de ville, à tous les conseils de quartier. C'est vécu comme un enjeu de cohabitation. Les organismes communautaires, c'est leur mission, je veux dire, évidemment, qu'ils sont là-dedans, puis je les félicite pour leur travail, mais je les félicite aussi d'être capables aussi, à un moment donné, de dire : Wo! là, il faut protéger notre monde aussi, tu sais.   Puis une anecdote, je veux dire... il y a des gens qui nous disent aussi que certains des employés du milieu communautaire vont... du milieu de l'itinérance vont dans les banques alimentaires aussi parce que les salaires... on n'est pas capables d'offrir pour garder ce monde-là puis leur... tu sais, reconnaître leur travail n'est pas à la hauteur, n'est pas suffisant.

Ça fait que, dans l'ensemble des joueurs qui ont un rôle à jouer, là, qui doivent agir sur l'enjeu de l'itinérance, il y en a un... bien, deux, en fait, avec le fédéral qui ne donne plus assez d'argent, mais il y en a un qui ne joue pas son rôle du tout. C'est un dernier de classe. Le gouvernement du Québec ne fait rien... pas assez sur cet enjeu-là. Il en fait, mais c'est vraiment le minimum, puis c'est tout le temps une réaction d'urgence. Quand la température commence à baisser à moins 10, là, on commence à sortir des chèques pour des ressources d'urgence, mais c'est un plasteur sur une plaie qui est ouverte. C'est une fracture ouverte qu'on a en ce moment, puis ce joueur-là ne fait pas sa job, d'où notre présence ici aujourd'hui pour interpeler en plus haut lieu le ou la prochaine première ministre du Québec.

Journaliste : Juste faire du pouce là-dessus. On s'en va en... On se sent déjà, quasiment, en campagne électorale. Là, vous interpelez le gouvernement en place, mais est-ce que vous interpelez aussi, bon, les autres partis qui pourraient devenir au pouvoir dans la prochaine année?

M. Grandmont : Bien, j'espère que c'est un enjeu qui est... qui est partagé par les autres groupes. Tu sais, symboliquement, là, on a dit... Je ne me souviens plus, Mary-Lee, c'était quand, la date du... C'est en 2023, qu'on a adopté une motion...

Une voix : 13 septembre.

M. Grandmont : 13 septembre 2023, on a adopté une motion à l'unanimité qui reconnaissait la crise de l'itinérance. Donc, en théorie, tout le monde est bien d'accord sur le fait que c'est une crise d'itinérance. Maintenant, ce qu'on voit, je ne peux pas dire pour les autres, ils n'ont pas... Ils n'ont pas, tu sais, le pouvoir, on n'a pas vu qu'est-ce qu'ils font, là. Moi, j'ai tendance à ne pas croire ce que les gens disent, mais plutôt à apprécier ce que les gens font, bon. Bien, cette motion-là, elle a été adoptée à l'unanimité. La CAQ faisait partie de ce groupe qui a adopté cette motion-là. Et, malheureusement, force est de constater que, depuis 2023, à tout le moins, là, ils n'ont pas fait leur job encore assez. Donc, trois ans, presque trois ans à ne pas faire assez dans le domaine de l'itinérance.

J'enjoins évidemment les autres formations politiques à pousser dans le même sens que nous autres, évidemment, parce que c'est plus large que juste Québec solidaire puis la CAQ, cette affaire-là. C'est un enjeu, une crise humanitaire qui traverse le Québec, qui touche tout le monde, tout le monde doit être solidaire de ça et mettre l'épaule à la roue.

M. Cliche-Rivard : Je vais quand même juste rajouter un élément puis...

Des voix : ...

M. Cliche-Rivard : Oui, avec plaisir. Moi, je ne les sens pas, les autres partis politiques, en faire une priorité, très sincèrement. Moi, je vais parler pour moi-même, je vais parler pour Québec solidaire. On a martelé et réclamé des montants additionnels à la mise à jour budgétaire, là, 5 millions en urgence. On a été tout seuls à réclamer ça. On les a eus. On a demandé aussi 500 places d'urgence additionnelles à l'automne passé. On a été tout seuls à réclamer ça. On les a eues. On s'est battus aussi, puis ce n'est pas parfait, pour une colocation possible en HLM. On s'est battus tout seuls pour avoir ça, puis on l'a eue. Donc...

Journaliste : ...

M. Cliche-Rivard : Qui en fait une priorité au quotidien, là. Puis le nombre de points de presse que j'ai faits dans ce Parlement-là, sur la question de l'itinérance, puis le nombre de fois que je suis allé pitcher là-dessus en point de presse matinal, que j'ai fait des questions là-dessus, que j'ai fait des motions là-dessus, sincèrement, je pense que la priorité, c'est nous autres qui l'avons mise de l'avant.

Sur la question du logement aussi, parce qu'on en parlait, je veux dire, mon collègue, Andrès Fontecilla, pose des questions chaque semaine sur la crise du logement. Je n'entends pas les autres formations politiques faire la même chose. Étienne, sur l'aide sociale, évidemment, sur les soins en santé mentale, sur les suivis pour une vraie prise en charge des patients vulnérables. Même chose sur la question de la lutte aux surdoses, c'est la même chose, sur l'encadrement pour qu'on réduise le deux décès par jour des crises des opioïdes, je n'entends pas les autres partis. Ça fait que je vais le dire, là : Pour nous, c'est une priorité, puis on va continuer de le faire.

Mme Couture-Bédard (Audrey) : Bien, je reviens un petit peu en arrière, mais je voulais juste dire que c'est sûr, on pense à nos travailleurs, puis c'est vrai qu'il y a des gens du communautaire qui vont dans des banques alimentaires, puis on peut juste dire, à Québec, l'OMHQ considère qu'à partir de 42 500 $, là, je crois, par année, de revenus, c'est ça, le seuil pour avoir droit, finalement, à un logement subventionné. Je peux vous garantir qu'il y a un paquet de monde dans le communautaire qui gagnent ce salaire-là et en bas. Donc, il y a une absurdité, là-dedans, ça veut dire qu'on devient dépendant des subventions au logement pour toujours, le temps qu'ils ne t'augmentent pas ton revenu. Ça fait qu'il y a comme quelque chose là-dedans, là, qui ne fonctionne pas. Parce que cet argent-là s'en va directement dans les poches de propriétaires privés qui, eux, augmentent leurs loyers sans arrêt. Mais ça, on ne peut rien faire pour ça, le communautaire. Puis c'est pour ça qu'on n'arrive pas à sortir plus de personnes non plus parce que c'est... c'est tout simplement inaccessible pour les personnes.

Journaliste : Tous les enjeux globaux que vous mentionnez aujourd'hui, là, on parle de crise du logement, crise de consommation des opioïdes, bon, on s'entend qu'évidemment le ou la prochaine première ministre ne sera en place que quelques mois. Ce n'est pas... Même s'ils peuvent avoir des... commencer des démarches, ce n'est pas des enjeux qui se régleront d'ici l'automne. Est-ce qu'il y a quelque chose... Parce qu'on parle quand même d'une crise qui est là, qui est présentement active, est-ce qu'il y a quelque chose qui peut être faire rapidement qui pourrait au moins soulager de façon temporaire la crise?

M. Cliche-Rivard : À mon humble avis, là, puis là, c'est très difficile de cibler une mesure, mais si on stoppait l'hémorragie en arrêtant de faire... qu'il y ait du monde qui perdent leur logement à tous les jours, là, si on arrêtait de permettre des hausses de loyer de 15 %, 20 %, 30 %, on aurait déjà une partie énorme en prévention, énorme. Après, je pourrais vous parler pendant des minutes et des minutes sur le reste du plan, là. Mais mettons une mesure claire, là, arrêter les hausses de loyers abusives. Ça n'a juste plus de bon sens. Et ça, c'est une poignée de spéculateurs immobiliers qui s'en mettent plein les poches. Puis c'est les Québécois et Québécoises qui finissent par payer pour ça. Ça fait que si on pouvait juste arrêter ça, là, juste ça, là, on ferait déjà un gros bout de chemin.

Journaliste : J'ai une dernière mini précision à vous demander, là. Sur les chiffres, le dévoilement des chiffres que vous avez parlé, là, du côté du MSSS, est-ce que c'est habituel de les sortir en décembre ou c'est plus tard que la norme? C'est juste pour au moins être certain que c'est quelque chose de différent, là, qu'ils les sortent...

Mme Plante (Mary-Lee) : Bien, selon mon expérience, c'est plus tard que la norme. Habituellement, là, c'est... Tu sais, puis on s'était fait dire au printemps, tout ça. Ça fait que justement, tu sais, pour que ce soit pertinent, les données, puis qu'ils restent d'actualité, là, au-delà d'un an, ça commence à tarder, là. L'itinérance, c'est un enjeu qui est en mouvance, qui se complexifie, on le voit sur le terrain. Ça fait que d'une année à l'autre, ça change, les profils changent. Ça fait que c'est important d'avoir ces données-là rapidement.

Journaliste : Merci beaucoup.

Journaliste : ...sur les répits. Vous aviez l'air de dire que les répits, ça peut être un problème. C'est quoi? C'est un plaster sur un bobo? C'est...

Mme Couture-Bédard (Audrey) : Si je peux me permettre, la façon dont on a pensé les répits, c'est peut-être plus spécifique à Québec, là, je sais qu'ailleurs on parle de haltes-chaleur, c'est vraiment des endroits d'urgence, là, pour... Mais nous, on avait dans notre idée d'accueillir les gens qui peut-être ne se sentent pas rejoints par les plus gros établissements, comme Lauberivière ou quoi que ce soit, qui pourraient aller là. Puis on dit à haut seuil... L'accessibilité, c'est qu'on fait très, très peu de refus. On accepte que les gens soient en consommation. Donc, ça atteint une autre partie de la population qui est en situation d'itinérance. Mais, quand on les empile à 120 par soir dans un même endroit, avec des ressources humaines limitées, là, on n'est plus... on n'est plus à agir, là. On n'est pas dans l'accompagnement. On est juste dans l'attente d'une autre solution. Et ce n'était pas comme ça que c'était réfléchi à la base. On voulait vraiment accompagner ces personnes-là.

Journaliste : Donc, c'est nécessaire... mais ça déborde...

Mme Couture-Bédard (Audrey) : On devient des lieux de débordement, ce n'était pas ça, ce n'était pas ça, la mission de base.

La Modératrice : Merci. Merci, tout le monde.

(Fin à 13 h 13)