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(Onze heures trente minutes)
La Modératrice
: Alors,
bonjour. Bienvenue à cette conférence de presse du Parti libéral du Québec, qui
consiste à dénoncer la dégradation de la réputation du Québec à l'international
par la CAQ.
Donc, on va débuter avec la députée de
Notre-Dame-de-Grâce, Désirée McGraw, qui sera ensuite suivie de Mme Michèle
Asselin, la directrice générale des organismes de coopération internationale,
ensuite du directeur général d'Ingénieurs sans frontières Québec, Pierre-Luc
Huot, et le directeur des affaires juridiques d'Avocats sans frontières, M.
Moussa Bienvenu Haba.
Mme McGraw : Merci, alors,
tout d'abord, je tiens à saluer la présence des organismes québécois en matière
de coopération internationale qui sont présents avec nous aujourd'hui ici, à
l'Assemblée nationale, et vraiment, par leur travail, leur constance et leur
engagement, ils font vraiment rayonner le Québec bien au-delà de nos
frontières, et ce, depuis des décennies.
Mais aujourd'hui, la situation est grave.
On sait que la coopération internationale, c'est quelque chose qui se... c'est
relationnel, ça se bâtit à long terme et c'est vraiment basé sur un principe
fondamental, soit celui du respect de la parole donnée. Mais en ce qui a trait
à un programme important, Québec sans frontières, c'est un outil important de
l'engagement du Québec en matière de coopération internationale, mais en
décembre dernier, le gouvernement de la CAQ a pris la décision de suspendre une
partie du financement alors que des ententes étaient déjà signées. C'est du
jamais vu, non seulement en matière de relations internationales, mais c'est un
très mauvais précédent pour tout engagement gouvernemental. Suspendre de façon
improvisée, sans consultation dans des sommes déjà allouées dans Québec sans
frontières, et le Programme de coopération climatique internationale fragilise
l'engagement international du Québec. Québec sans frontières et le Programme
climatique... Coopération climatique internationale, ce ne sont pas juste
des... programmes accessoires, ce sont des programmes qui soutiennent la
relève, l'expertise québécoise et le rayonnement du Québec à l'international.
Leur couper l'herbe sur... sous le pied, c'est vraiment grave.
Mais ce qui est plus... le plus dérangeant
pour nous, c'est que le gouvernement avait déjà agi ainsi, alors que des
engagements avaient déjà été entrepris. Cette décision de la CAQ crée de
l'incertitude pour des organismes québécois concernés, mais aussi l'incertitude
pour des partenaires, nos partenaires, à l'international. Et lorsqu'on remet en
question un financement en cours de route, on fragilise des projets déjà en place,
on fragilise aussi des emplois, de l'expertise développée ici, au Québec. Et,
surtout, on envoie un très mauvais signal à l'étranger. Le Québec doit être un
partenaire fiable, crédible et prévisible. Avec cette décision, la CAQ abîme la
relation de confiance. Elle affaiblit la réputation du Québec sur la scène
internationale. Et il faut se poser la question très clairement, si ce
gouvernement caquiste est prêt à rompre ses engagements en matière de
coopération internationale, qu'est ce qui nous dit qu'il ne fera pas la même
chose dans d'autres secteurs comme les relations commerciales? Au moment même
où le Québec doit renforcer ces liens, ces partenariats à l'international et
diversifier nos partenariats et nos marchés, le gouvernement choisit de créer de
l'incertitude inutile. Alors, ce que le... le CAQ fait en ce moment avec Québec
sans frontières et le Programme de coopération climatique internationale, c'est
vraiment de nuire au Québec.
Mme Asselin (Michèle) :
Bonjour, je suis Michèle Asselin de l'AQOCI et je suis accompagné d'une dizaine
d'organismes, permettez-moi de les nommer. Alors, il y a le Comité de
solidarité de Trois-Rivières, la Fondation Paul Gérin-Lajoie, Ingénieurs sans
frontières Québec, le Centre international de solidarité ouvrière, le CISO, le
CECI, Santé Monde, avocats sans frontières et Oxfam Québec. Alors donc, nous ne
sommes qu'une délégation de plus de 70 organismes actifs à travers tout le
Québec, présents dans 14 régions du Québec, présents et actifs dans
91 pays à travers le monde. Nous avons établi des partenariats solides,
certains depuis des dizaines d'années, et le programme Québec sans frontières
est un levier important de nos actions, et on appuie des dizaines de
collectivités.
On a reçu le budget provincial pour la prochaine
année, et on a constaté qu'il y allait avoir encore des coupures au budget
global du MRIF. Est-ce que ces coupures vont compromettre l'avenir de la
solidarité internationale au Québec? Nous avons des ententes, une entente de
quatre ans qui nous a permis d'établir des partenariats solides avec des
partenaires et nous demandons à l'ensemble des parlementaires québécois de
prendre acte de l'importance de maintenir ce programme et de maintenir les
versements qui sont dus pour 2025‑2026, qui sont la troisième année de quatre
de ce programme.
Pourquoi? Pourquoi c'est important? Le
travail qu'on fait a un impact sur la réputation internationale du Québec,
parce que nous sommes un joueur clé pour témoigner que nous sommes un acteur
fiable et responsable. Nos partenaires du Sud ont été fortement ébranlés par
cette décision, et ça risque de détériorer des relations diplomatiques plus
larges au niveau de la coopération. Je dirais que, quand on rompt ses
engagements, on perd la confiance de nos partenaires.
Or, Québec sans Frontières, c'est un
investissement stratégique. Ça permet la présence de nos organismes dans les
pays du Sud, mais on parlait tout à l'heure du programme de coopération
climatique, qui permet aussi d'appuyer des entreprises, des petites et moyennes
entreprises québécoises en énergies renouvelables, de développer des marchés,
d'appuyer des communautés avec lesquelles on travaille. Si on ne travaillait
pas ensemble, on ne pourrait pas faire ce développement-là. Et nous, on est
prêts à en faire davantage.
Aussi, tous nos programmes... le programme
Québec sans frontières un permis et permet encore une formation de la relève,
des compétences interculturelles, des... une génération sensibilisée aux enjeux
mondiaux et des compétences professionnelles qui sont un bénéfice pour le
Québec. Québec sans frontières, ce n'est pas une dépense, c'est un
investissement dans notre avenir collectif.
Nous, on appelle à l'action l'ensemble des
parlementaires québécois, l'ensemble des élus. Il faut s'unir pour développer
et défendre la vision, les valeurs de la solidarité internationale, des valeurs
que nous partageons toutes et tous, particulièrement dans un monde en
changement, en bouleversement, changements climatiques, augmentation des
conflits dans le monde, grands défis au niveau de la migration, on voit des
reculs, au niveau de la famine, au niveau des droits des enfants, etc. On doit
être unis. C'est une valeur québécoise profonde, et une façon de concrétiser
ses valeurs, ses engagements, c'est certainement de maintenir le programme
Québec sans frontières et même de le développer davantage. Et je passe la
parole à un collègue.
M. Huot (Pierre-Luc) : Merci,
Michèle. Bonjour, tout le monde. Je tiens à remercier Mme la députée pour cette
opportunité de prise de parole. En fait, mon objectif, c'est de présenter
concrètement les retombées du programme Québec sans frontières pour les
communautés, les partenaires internationaux et la population québécoise à
travers une des organisations financées par le programme Québec sans
frontières, Ingénieurs sans frontières Québec.
Donc, appuyée par l'expertise québécoise
en ingénierie, notre organisation met en œuvre des projets durables visant à
améliorer les conditions de vie des populations vulnérabilisées, notamment les
enfants, les femmes, les personnes touchées, très touchées par les changements
climatiques. La convention d'aide financière, signée le 30 septembre 2024,
sous le gouvernement de la CAQ, d'un montant de 800 000 $ canadiens
pour 2024 à 2028, permettait la réalisation de trois projets. D'abord, au
Bénin, nos actions visent l'entretien et la réparation d'environ 40 % des
concentrateurs d'oxygène du pays tout entier. Depuis 2020, ISFQ et ses
partenaires interviennent dans l'accès à l'oxygénothérapie comme soins de santé
primaires dans six hôpitaux de référence du pays, desservant 74 % de la
population béninoise. Avant notre intervention en 2020, un concentrateur
d'oxygène avait une durée de vie de six à 12 mois. Aujourd'hui, 93 %
des concentrateurs introduits en 2020 sont toujours en excellente condition
d'utilisation et 7 000 usagers annuels continuent d'avoir accès à ce
soin lors d'accouchements, pour les enfants prématurés, lors de maladies
respiratoires comme le paludisme.
On intervient aussi au Togo. Nous visons
la construction de six nouvelles salles de classe, quatre blocs sanitaires, une
bibliothèque, une salle informatique, un magasin scolaire, des bureaux
administratifs dans un collège situé à Bafilo qui accueille actuellement...
qui, en fait, dépasse sa capacité d'accueil. Ces nouvelles infrastructures
éducatives... bénéficieront, pardon, directement à 1 656 enfants âgés
de 10 à 17 ans afin d'offrir un environnement d'apprentissage adéquat.
Bolivie. Nous mettons en place 32 systèmes
de captation, stockage et distribution d'eau potable pour 1 240 personnes
autochtones situées en région rurale... former plus de 100 femmes aux
techniques agroécologiques résilientes aux changements climatiques et
développer 20 hectares de nouvelles terres agroforestières pour soutenir
la sécurité alimentaire et l'économie locale.
Finalement, à travers ces trois projets,
25 volontaires québécois et québécoises sont appelés à vivre une initiation à
la coopération internationale avec des stages terrain de plusieurs mois, des
opportunités offrant à notre jeunesse une expérience enrichissante à la fois
sur les plans culturel et professionnel. Tout cela est rendu possible grâce au
programme Québec sans frontières. Imaginez ce que peuvent accomplir les 28 organisations
soutenues. Nous faisons tous beaucoup, avec très peu de moyens.
Maintenant, les conventions d'aide
financière sont revues à la baisse unilatéralement par le gouvernement actuel.
Donc, ma question : À quoi devons-nous renoncer? Aux soins de santé, à
l'accès à l'eau potable, à l'éducation ou aux opportunités offertes à nos
jeunes Québécoises et Québécois? Peu importe le choix, nous sommes contraints à
ne pas respecter nos engagements avec nos partenaires d'ici et d'ailleurs.
C'est ce qui est le plus difficile à accepter : la perte de confiance et
la perte de crédibilité. Je vous remercie.
M. Bienvenu Haba (Moussa) : Bonjour,
tout le monde. J'aimerais commencer par remercier Mme la députée pour
l'opportunité qui nous est offerte. Je m'exprime au nom d'Avocats sans frontières
Canada.
Québec sans frontières est un programme
qui, en réalité, est un investissement stratégique pour la coopération
internationale, qui a des impacts sur les Québécois et Québécoises. Dans les
pays où ce programme nous a permis d'intervenir, notamment au Guatemala, au
Honduras et en Colombie, c'est des milliers de personnes en situation de
vulnérabilité, en particulier des femmes, des filles et des enfants, qui ont pu
obtenir justice pour des violations graves de droits humains qu'elles ont subies,
notamment des violences basées sur le genre, la traite des personnes, des
atteintes à leurs droits environnementaux. Uniquement en Colombie, ce sont 800 personnes
qui ont ainsi été accompagnées grâce à Québec sans frontières.
Aussi, ce programme a permis à des jeunes
stagiaires en droit d'obtenir une formation qualifiée, contribuant ainsi à une
relève générationnelle des défenseurs des droits humains dans ces pays, qui est
garante du renforcement de l'État de droit, de la démocratie et du respect des
droits humains dans ces pays-là.
Les impacts des coupures, au-delà de leur
aspect dangereux sur la survie de notre programmation... il est important de
relever l'impact réputationnel que cela a sur nos organisations et sur le
Québec. Aujourd'hui, que vaut notre parole sur la scène internationale?
Il est aussi important de rappeler que le
programme Québec sans frontières est mutuellement bénéfique, tant pour les
personnes en situation de vulnérabilité dans les pays où nous intervenons, mais
aussi pour les Québécois et les Québécoises.
D'abord, il est important que, grâce à ce
programme, nous appuyions tous les aspects en matière d'économie, mais aussi du
savoir-faire du Québec, que nous faisons rayonner. Nos bureaux ici, au Québec,
nous avons plus de 40 personnes qui travaillent pour Avocats sans
frontières Canada, mais aussi nous investissons beaucoup dans la formation de
la relève générationnelle. Je parle de jeunes stagiaires, je parle de
coopérants volontaires, de jeunes juristes qui vont à l'étranger dans le cadre
de nos projets. Je parle également des comités universitaires. Avocats sans
frontières intervient également dans les enjeux de droit ici, au Québec, en
plus de promouvoir l'expertise des juristes québécois aguerris à l'étranger.
Il est aussi important d'évoquer la
participation à l'émulation d'une vie citoyenne importante au sein de la
jeunesse. Pour ce faire, grâce notamment à Québec sans frontières et d'autres
financements, nous avons pu faire bénéficier plus de 1 000 élèves
d'écoles secondaires et collégiales de nos formations sur les droits humains.
Il est aussi important de préciser que
Québec sans frontières est un levier important de stabilité pour le Québec.
C'est un élément clé de la contribution du Québec au renforcement de l'État de
droit dans le monde. Dans un contexte actuel que nous vivons, qui est marqué
par l'érosion de l'État de droit, caractérisé notamment par l'affaiblissement
de la coopération internationale mais aussi par la montée en puissance des
régimes autoritaires, avec bien sûr des conséquences que nous vivons
directement, qui résultent notamment de décisions unilatérales et autoritaires,
de la multiplication de crises et de conflits, il est important que le
gouvernement de Québec continue à jouer ce rôle important en appuyant les
efforts de renforcement de l'État de droit dans ces pays-là, seuls gages
véritables de stabilité. La priorité pour les investissements commerciaux ne
peut être réelle et durable, et surtout garantie, que si l'état de droit dans
ces pays-là est renforcé.
Pour finir, le programme Québec sans
frontières est un investissement mutuellement bénéfique qui a des impacts
concrets, comme je l'ai dit, sur les personnes en situation de vulnérabilité
dans les pays où nous intervenons mais aussi sur la vie quotidienne des
Québécois et Québécoises. Et c'est ce qui justifie notre action commune
aujourd'hui dans le cadre de l'AQOCI et qui recommande donc explicitement aux
différents élus de l'Assemblée nationale de Québec de le maintenir et
éventuellement le bonifier. Je vous remercie.
La Modératrice : S'il n'y a
pas de question, ça va mettre fin à la conférence de presse. Merci.
(Fin à 11 h 47)