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Point de presse de M. Haroun Bouazzi, porte-parole du deuxième groupe d’opposition en matière de justice

Version finale

Cette transcription a été réalisée à l’aide d’un logiciel de reconnaissance vocale. Elle pourrait donc contenir des erreurs.

Thursday, May 7, 2026, 11 h 33

Salle Bernard-Lalonde (1.131), hôtel du Parlement

(Onze heures trente-trois minutes)

M. Bouazzi :Bien, bonjour. Je suis vraiment spécialement content aujourd'hui de déposer un projet de loi.

D'abord, permettez-moi de prendre quelques instants pour rappeler c'est quoi, les droits qui sont enchâssés dans la charte québécoise des droits et libertés. La charte québécoise des droits et libertés, c'est le droit syndical, le droit de manifester, le droit à la libre expression, le droit aux journalistes de pouvoir faire leur travail, le droit à l'égalité des femmes, des hommes, des personnes entre les deux, des personnes racisées, des vieux, des jeunes, des personnes avec un handicap. Bref, ce n'est pas pour rien qu'ils sont fondamentaux. Ce n'est pas pour rien aussi qu'il y a toutes sortes de pactes et de traités internationaux qui protègent les droits fondamentaux, des pactes d'ailleurs auxquels le Québec a adhéré. J'en nommerai quelques-uns. Le Pacte international relatif aux droits civils et politiques que le Québec a ratifié en 1976, la Convention internationale sur l'élimination de toute forme de discrimination raciale en 1978, la Convention relative à l'élimination de la discrimination à l'égard des femmes en 1981, et j'en passe, il y en a vraiment beaucoup.

Malheureusement, il y a une brèche dans la Charte québécoise des droits et libertés, et cette brèche, c'est la clause dérogatoire. Et on assiste depuis maintenant un peu moins d'une dizaine d'années, à une banalisation de l'utilisation de la clause des droits... de la... de la clause de dérogation, qui permet de déroger à tous les droits fondamentaux que j'ai cités avant. Elle a été utilisée au Québec pour la loi 21, 96, 84, 94, ainsi que, plus récemment, pour le projet de loi n° 9. Le Québec... les autres provinces ne font pas exception. L'Alberta, la Saskatchewan l'ont utilisée récemment contre les droits des personnes trans, l'Ontario, l'Alberta contre les droits des travailleuses et travailleurs.

Donc, ce n'est pas pour rien qu'on s'inquiète, et ce n'est pas pour rien que la société civile s'inquiète aussi. Le Barreau du Québec, il y a quelques semaines, quelques mois, a déposé un mémoire en ce sens lorsqu'il est venu pour commenter le projet de loi neuf. La Ligue des droits et libertés a démarré, depuis maintenant plusieurs mois, une campagne qui demande l'encadrement de la clause dérogatoire. Et, pas plus tard que lundi dernier, la Fédération des femmes de Québec a fait une sortie qui, au nom du droit à l'égalité des femmes et aux droits des femmes, ont demandé aussi un encadrement de la clause.

Donc, je dépose aujourd'hui un projet de loi qui vient justement protéger nos droits fondamentaux et encadrer l'utilisation de la clause qui se trouve dans la Charte québécoise des droits et libertés. Le projet de loi ne touche en aucun cas à ce qu'on est capables de faire avec la clause fédérale. Donc, ce projet de loi là, il propose un certain nombre de choses. Premièrement, limiter les usages de la disposition au seul moment où il y a un péril sérieux et objectif qui menace la population du Québec. On peut imaginer si on est dans un état de guerre, si le Québec participe à une guerre ou s'il y a des attaques terroristes à grande échelle, mais aussi pour protéger la langue française et les langues des Premières Nations et des Inuits.

Il faut comprendre que, même s'il y a ces cas-là, on propose qu'on ne puisse jamais déroger à l'article 1 de la charte qui est le droit à la vie et le droit à l'intégrité physique, bref, le droit à ne pas se faire torturer ou tuer. Ce qui est... malheureusement aujourd'hui, on peut y déroger, hein, bon.

Deuxième pilier, favoriser un dialogue démocratique avec le contre-pouvoir judiciaire. Cet échange-là avec le contre-pouvoir judiciaire n'est pas contraignant, mais il nous permet d'avoir une réelle idée de ce que pense le contre-pouvoir judiciaire, de l'utilisation de la clause et de conséquences de cette utilisation, mais aussi un échange constructif avec la société civile. Et enfin, on exige le seuil des deux tiers pour l'utilisation de la clause plus l'accord de deux groupes qui sont représentés au Parlement.

Il faut comprendre qu'historiquement le Québec a été précurseur sur les questions des droits de la personne. Nous avons été, bien avant le fédéral, en 1975, les premiers à introduire une charte des droits et libertés québécoise, alors que celle du fédéral est arrivée en 1982. En 1977, nous avons été la première législature de toute l'Amérique du Nord à introduire la question de la discrimination sur la base de l'orientation sexuelle comme étant un motif de discrimination. Nous avons montré la voie à plusieurs égards. Aujourd'hui, quand on voit l'affaissement de la démocratie, quand on voit le risque qui entoure les droits fondamentaux et l'État de droit, l'effritement de l'État de droit ici, au Québec, ailleurs au Canada, mais bien sûr encore pire ailleurs dans le monde, nous avons une occasion historique de montrer la voie et d'adopter le plus vite possible un encadrement sérieux de la clause pour garantir un véritable État de droit et améliorer notre situation en matière de démocratie. Merci beaucoup.

(Fin à 11 h 39)

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