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(Onze heures trente-deux minutes)
M. Lafrenière : Alors, bonjour,
«hello», «kwe», «shé:kon», «wachiya», «ullaakkut»! Heureux d'être avec vous ce
matin. Ma collègue ministre responsable de la Condition féminine, merci, ministre
de la Justice, mon adjointe parlementaire, députée de Lotbinière-Frontenac, Isabelle,
très content d'être avec toi ce matin, représentants des médias. J'aimerais
commencer par remercier toutes les équipes qui ont travaillé très fort pour ce
qu'on vous présente ce matin, les équipes, nos équipes. Vous allez comprendre
que c'est nous qui est devant vous ce matin, mais il y a un très grand travail
qui a été réalisé.
Ce matin, nous avons déposé le projet de
loi n° 4. Je veux saluer la présence de deux femmes importantes, qui
est avec nous ce matin. Je parle de Rachel Renaud et Nancy Boucher, qui est
avec nous ce matin. Très content de les avoir eues avec nous pour ce dépôt de
rapport qui est... ce dépôt de projet de loi, pardon, qui est très
significatif. Et, parlant de significatif, le fait que nous soyons les quatre
devant vous ce matin, ça représente beaucoup, ça démontre tout le travail qui a
été fait en amont. Ça fait longtemps, que ma collègue de la Condition féminine
travaille sur ce dossier-là, dossier qui est extrêmement important. Lorsque
notre première ministre a pris cet engagement d'aller de l'avant, parce qu'on
se rappellera, pendant le projet de loi n° 13, on a entendu les groupes
qui nous ont dit qu'on devait aller plus loin, qu'il y avait encore une autre
étape, j'avais rencontré Nancy Boucher à ce moment-là puis je lui avais promis
qu'on avancerait. Je pensais que c'était pour être pendant l'été, mais on a
réussi à devancer, parce que tout le monde a travaillé très fort, puis c'est
pour ça, qu'on peut vous présenter quelque chose ce matin.
Notre intention était, ensemble, de
déposer ce projet de loi là parce que c'est très significatif. Parce que, oui, il
y a un volet policier, que vous allez entendre dans le projet de loi, mais il y
a un volet extrêmement important aussi de la condition féminine, volet féminin,
et on voulait le déposer ensemble. Malheureusement, ça a été impossible. L'opposition
officielle s'est opposée officiellement, alors on n'a pas pu le faire. Mais,
vous savez, ça fait consensus présentement au Québec. Il faut avancer, il faut
avancer dans ce dossier-là. Et moi, j'ai espoir qu'avec les différentes
oppositions on va y arriver. C'est ce que les gens s'attendent de nous.
Le projet de loi n° 4 ce matin. C'est
donc directement inspiré de la loi de Clare. On a aussi pris le temps de
regarder ce qui se faisait dans d'autres provinces qui ont emboîté le pas, entre
autres du côté de l'Ontario, où ils ont fait un projet de loi, l'ont retiré. Je
vous dirais, c'est une des choses qu'on a regardées très attentivement, à
savoir pourquoi ça avait été retiré. Vous allez comprendre dans quelques
instants.
On se rappellera que Clare Wood a été
assassinée en 2008 au Royaume-Uni par un ex-partenaire dont elle ne connaissait
pas les antécédents de violence. Notre projet de loi vise donc à permettre la
communication de renseignements sur les antécédents en matière de violence
conjugale. Que ce soit parce que vous débutez une nouvelle relation ou que
votre partenaire actuel représente des drapeaux rouges qui vous font craindre
pour votre sécurité, vous pourrez faire une demande. L'objectif est bien
simple, c'est de permettre à une personne de prendre une décision éclairée
quant à sa relation, sans toutefois lui imposer un choix.
Comment ça va fonctionner? Alors,
concrètement, ça va être assez simple. Les gens vont pouvoir aller sur un site
Web de la Sûreté du Québec pour faire une demande. Le projet de loi prévoit que
toute personne de plus de 14 ans qui craint pour sa sécurité ou celle de
son enfant puisse faire une demande. Elle peut aussi consentir à ce qu'une
personne fasse la demande en son nom, exemple un parent ou un ami. Ça va se
faire, comme je vous disais, sur un formulaire qui sera en ligne.
Ce qu'on veut s'assurer, c'est que vous
soyez à Tasiujaq, à Chibougamau, Val-d'Or, Montréal et Longueuil, ça va être le
même service. Et tantôt, je vous disais qu'on a regardé ce qui s'est fait en
Ontario. C'est exactement le problème qu'ils ont vécu. Ils avaient laissé à
chacun des services policiers la latitude d'établir un système. Ça donnait un
système qui était inégal. Alors, ils ont décidé de retirer. La prochaine
mouture va être ce qu'on vous présente ce matin, c'est-à-dire uniforme partout
au Québec. Les gens vont pouvoir savoir qu'ils peuvent faire la demande, peu
importe où ils sont. Puis ce n'est pas le code postal qui va déterminer si la
demande est recevable ou non. Ça, c'est important pour nous.
Les policiers sont déjà autorisés à
communiquer certains renseignements lors d'une intervention qui serait en
contexte d'urgence. Et ça, quand on a fait le projet de loi n° 13, je
l'avais déjà mentionné, si y a urgence d'agir, les policiers ont déjà le droit
de le faire, de transmettre de l'information.
C'est la Sûreté du Québec qui se chargera
de mener les recherches d'antécédents avec la collaboration de tous les
services policiers au Québec. Les résultats seront par la suite transmis à un
organisme oeuvrant en violence conjugale qui pourra rencontrer la personne
demanderesse afin qu'elle puisse le recevoir.
Je vais vous rassurer, les Premières
Nations, les Inuits vont avoir une approche qui va être qui va être... qui va
être adaptée. Alors, quand on parle de sécurisation culturelle, on va
travailler avec les différents organismes qui travaillent déjà auprès des
Premières Nations. Et ça, ça va se refléter dans les organismes qu'on va
choisir.
Ces organismes seront désignés par la
ministre responsable de la Condition féminine et avec consultation du ministre
de la Sécurité intérieure. Cette façon de faire permettra aussi d'offrir un
accompagnement humain et adapté à chacune des personnes pour les orienter. Le
but n'est pas de transmettre l'information d'un coup, en disant à la
personne : Mais là prends ta décision et bonne chance. On veut vraiment
les accompagner. Puis je reviens à ce que je vous disais tantôt, c'est pour ça
qu'on le travaille ensemble, puis on va continuer de le travailler ensemble, parce
qu'il y a le volet pour rechercher l'information, c'est vrai, mais, par la
suite, pour informer ces personnes-là en situation de danger, ça va prendre
beaucoup de délicatesse, ça va prendre des personnes qui connaissent ces
réalités-là. Et c'est pour ça que ça va se faire de cette façon-là.
Je le rappelle, le but premier est de
permettre de prendre de décisions éclairées puis de ne pas laisser les
personnes seules.
Il y a aussi un autre volet pour les
ordonnances de remise en liberté. Le projet de loi prévoit aussi la
modification sur la Loi sur le système correctionnel du Québec. Vous le savez,
on l'a fait dans le PL 13. Aujourd'hui, on rajoute un autre volet, on
viendra permettre la communication à une victime des conditions rattachées à un
suivi imposé dans le cadre d'une ordonnance de mise en liberté, une ordonnance
de probation avec surveillance ou une peine d'emprisonnement avec sursis. On
pourrait aussi informer la victime de la zone de résidence de la personne
contrevenante. Ça s'inscrit aussi dans... comme je vous disais, dans la suite
du PL... projet de loi n° 13 qu'on a déposé. On a entendu les groupes
puis aujourd'hui on vient rajouter ce volet-là.
Je veux juste terminer en faisant une
petite mise en garde. Ce qu'on ne veut pas créer non plus c'est un faux
sentiment de sécurité. C'est vrai que les gens ne vont pas faire une demande,
vont pouvoir vérifier s'il y a des antécédents. Puis, quand je parle
d'antécédents, je veux vous rassurer, ce n'est pas juste un accès au plumitif
pour voir quelles... quelles sont les poursuites qui auront été faites devant
une personne, les différents services policiers vont mettre à contribution ce
qu'ils ont comme base de données. Mais, comme je vous dis, je ne veux pas créer
un faux sentiment de sécurité. Donc, ce n'est pas parce que la personne n'a pas
d'antécédents que les policiers vont répondre en disant qu'ils n'ont absolument
rien dans leur banque, que ça fait en sorte que la personne n'a pas de drapeau
rouge ou ne constitue pas un danger. Ce qu'on vous présente aujourd'hui, c'est
une maille de plus, un filet qu'on a mis en place.
Je veux saluer le travail de mes
collègues, de mon collègue de la Justice, qui en a fait beaucoup au cours des
dernières années pour la sécurité pour les femmes, entre autres en matière de
violences conjugales, violences sexuelles. Et ce qu'on fait ce matin, c'est un
ajout, c'est une maille de plus à ce filet-là de sécurité. Les gens
l'attendaient. On le présente aujourd'hui. Et moi, j'ai espoir qu'avec notre
équipe, avec les oppositions à qui je tends la main, on va y arriver dans le
temps qui nous est imparti. C'est ce que les gens veulent au Québec. Et ça, il
y a un consensus. Alors, merci d'être avec nous. Et je laisserais la parole à
ma collègue.
Mme Biron : Merci, Ian. Bien,
salutations à tous. Salutations à mes collègues. Salutations à Mme Renaud,
Mme Boucher. Je veux faire une salutation spéciale aux gens du Secrétariat
de la condition féminine qui ont travaillé très fort sur ce dossier-là. Quand
j'étais, pendant la première période du mandat, ministre responsable de la
Condition féminine, on avait commencé à travailler en 2024 sur ce projet-là. Il
y a eu un remaniement. J'avais travaillé avec Simon, j'avais travaillé avec
François Bonnardel, qui était à ce moment-là à la Sécurité publique. On
avançait doucement, on cherchait des moyens. On a été remaniés pas mal tous, et
là on a... on a continué notre travail. Et Ian a repris ce dossier-là, compte
tenu de la situation actuelle où on est rendus presque à 10 féminicides,
on est... on est en train de dépasser le nombre de féminicides comparé à
l'année dernière. C'est très troublant. C'est un peu épeurant aussi, parce
qu'on trouve... on en fait beaucoup, puis on a l'impression que ça n'arrête
jamais.
Alors, on a repris ce dossier-là puis on a
quand même confiance que les partis d'opposition vont embarquer pour qu'on
puisse l'adopter. Alors, j'ai une certaine fierté de me retrouver ici avec les
gens du Secrétariat de la Condition féminine et mon collègue... mes deux collègues,
et Isabelle aussi, pour faire avancer ce dossier-là.
Je vous rappelle que depuis 2019, depuis
que la CAQ est au pouvoir, notre gouvernement a investi
1,3 milliard de dollars dans la lutte contre ce fléau-là. Alors,
c'est complexe, la violence conjugale et la violence sexuelle. On a déposé la
Stratégie gouvernementale intégrée pour contrer la violence sexuelle, la
violence conjugale et Rebâtir la confiance, 2022 jusqu'à 2027.
Alors, ce projet de loi là, c'est un
nouveau mécanisme, un outil de prévention. Puis Ian l'a bien dit, ce n'est pas
une finalité en soi, la loi de Clare, mais c'est un outil supplémentaire pour
essayer de protéger davantage de femmes. Alors, on parle beaucoup de la famille
de Mme Renaud, mais c'est pour l'ensemble des femmes du Québec.
Je vous rappelle que ça s'ajoute à
plusieurs mesures. Je vous en nomme quelques-unes. Les bracelets
antirapprochement, il y en a 1 500 qui ont été ordonnés depuis le
déploiement progressif en décembre 2021. Je pense aussi aux cellules
d'intervention rapide qui ont permis de desservir... qui permettent de
desservir l'ensemble des régions de Québec depuis 2023. Il y a eu le
déclenchement de 700 cellules de crise, et j'insiste sur ce nombre-là,
parce qu'on ne saura jamais combien de vies on a sauvées. On ne saura... il y
a... il n'y a pas de registre des femmes qu'on a sauvées grâce à ces
mesures-là, mais quand on voit que 700 cellules de crise ont été
déclenchées au fil du temps, ça veut dire que les femmes dénoncent et qu'il y a
des actions et que... probablement que, sur ces 700 là, on en a sauvé
plusieurs, voire la majorité.
Je pense aussi aux maisons d'hébergement,
on en a bonifié, les maisons de première étape puis les maisons de deuxième
étape. On a livré 21 maisons de deuxième étape. Et ça, c'est nous, la CAQ,
qui avons mis ça en place, les maisons de deuxième étape. Ça permet aux femmes
de passer un peu plus de temps à l'intérieur de ces maisons-là et de mieux
prendre leur envol pour ne pas qu'elles retournent dans des milieux toxiques.
Quand moi, j'ai quitté la première fois, le... la condition féminine, on en
avait livré 17, et là je reviens, on en a livré 21, et on devrait en livrer une
douzaine de plus d'ici la fin du mandat.
Et je vous rappelle que, dans le dernier
budget 2026-2027, 91 millions de dollars sur cinq ans ont été
ajoutés pour rehausser le soutien aux maisons d'aide, d'hébergement et
d'urgence et aux maisons de deuxième étape. Et une bonne partie de ces
sommes-là va servir également à financer les maisons... le fonctionnement des
maisons dans le suivi et l'accueil, la divulgation des informations aux femmes
qui auront fait appel à nos services avec la loi n° 4.
Je... Ce projet de loi là, donc, se
retrouve... On doit tendre la main aux partis d'opposition, parce qu'à ce
moment-ci de la session parlementaire, on a besoin du consentement de tout le
monde. Alors, je suis confiante, parce que je pense que combattre la violence
conjugale et la violence sexuelle, c'est un combat de tous. Ce n'est plus une
question partisane, surtout à ce moment-ci. Alors, je nous souhaite la
collaboration de l'ensemble de l'Assemblée nationale sur ce projet. Merci.
Simon.
M. Jolin-Barrette : Oui.
Alors, bonjour tout le monde. Très heureux de vous retrouver et d'être avec mes
collègues, Isabelle, Ian, Martine, pour cette annonce. Le fait que nous soyons
tous réunis aujourd'hui pour faire ensemble l'annonce du dépôt du projet de loi
Gabie Renaud témoigne de l'importance de cette mesure.
Ce nouvel outil que nous mettons à la
disposition des personnes victimes ou à risque de le devenir s'ajoute à
beaucoup d'autres que nous avons élaborés au cours des dernières années. Au
cours des huit dernières années, nous avons consacré beaucoup d'efforts pour
mieux accompagner et mieux soutenir les personnes victimes de violences
sexuelles et de violence conjugale. Pensons aux nombreuses réformes qui visent
à ce que les personnes victimes n'aient plus l'impression de faire un parcours
du combattant lorsqu'elles passent à travers le processus judiciaire. À
commencer par la création du tribunal spécialisé que nous terminons bientôt de
déployer, et grâce auquel près de 49 000 personnes victimes ont pu
être mieux accompagnées.
Le tribunal spécialisé a aussi permis la
formation de plus de 12 000 intervenants qui oeuvrent auprès des
personnes victimes durant leur parcours judiciaire, le réaménagement des
espaces destinés aux personnes victimes dans les palais pour faire des endroits
sécurisants et chaleureux, le déploiement des mesures d'aide aux témoignages,
comme l'aménagement des salles permettant de témoigner à distance, l'ajout de
paravents en salle d'audience ou encore des chiens d'assistance. Il faut être
fier de cette innovation qui est une première mondiale et qui intéresse divers
États dans le reste du Canada et à l'international.
Parlons aussi de l'interdiction de
recourir aux mythes et stéréotypes pour décrédibiliser une personne victime
lors des procès civils, ou encore l'ajout de la violence familiale dans les
facteurs désormais à considérer dans la détermination de l'intérêt de l'enfant
en cas de conflit sur la garde, par exemple. Pensons également à la réforme de
l'IVAC, qui était réclamée depuis plus de 30 ans, et qui nous permet
aujourd'hui de soutenir deux fois plus de personnes victimes. Sans oublier
l'aide financière d'urgence qui permet une personne victime qui craint pour sa
sécurité ou celle de ses enfants de quitter un milieu dangereux et d'être
localisée rapidement. Ou encore la ligne Rebâtir, via laquelle nous offrons
4 heures de consultation juridique gratuites à toutes les victimes de
violence conjugale ou sexuelles, peu importe leurs revenus. Depuis 2021, ce sont
plus de 100 000 consultations qui ont été offertes.
Au cours des dernières années, grâce à
l'engagement, au dévouement de tous les intervenants, les policiers, la
magistrature, les organismes, les procureurs, les avocats, les personnels de
justice, nous avons tenté de créer un filet de sécurité, une bulle de
protection autour des personnes victimes en instaurant un continuum de
services. Comme gouvernement, c'est notre devoir de nous doter de tous les
outils possibles pour tenter de prévenir la violence conjugale et l'empêcher.
Si cette nouvelle loi que nous proposons aujourd'hui permet d'éviter ne
serait-ce qu'un drame, ce sera un gain.
Aujourd'hui, alors que le Québec tout
entier est ébranlé, choqué devant les trop nombreux féminicides survenus depuis
le début de l'année et au cours des dernières années, nous devons poursuivre
nos efforts. J'appelle maintenant à la collaboration de tous pour que nous
puissions adopter ce projet de loi rapidement et ainsi mettre ce nouvel outil à
la disposition des Québécoises.
Je vous remercie pour votre attention et
je cède la parole à Mme Isabelle Lecours, députée de Lotbinière-Frontenac
et adjointe du ministre de la Sécurité intérieure.
Mme Lecours
(Lotbinière-Frontenac) : Merci. Bonjour à tous. Bonjour, chers
collègues. Je vous remercie beaucoup pour tout le travail que vous avez fait
dans le domaine de la violence conjugale et sexuelle.
Donc, bien, comme mes collègues viennent
de l'expliquer, ce projet de loi est un outil de prévention qui vient s'ajouter
à plusieurs autres, qu'on a mis en place au cours des dernières années pour
lutter contre la violence entre les partenaires intimes. Je veux faire un lien
avec la loi 13, adoptée le mois dernier. Avec la loi, les conditions de
remise en liberté d'une personne suspectée de violence conjugale peuvent
maintenant être partagées aux victimes par les policiers, par exemple un
interdit de contact. On donne une voix plus forte aux victimes qui ont
maintenant la possibilité de prendre la parole devant la Commission québécoise
des libérations conditionnelles lors des auditions de leur agresseur. Ce n'est
pas une obligation, mais c'est important de leur offrir pour permettre
d'humaniser le processus.
Une autre mesure importante consiste à
pouvoir transmettre les coordonnées d'un suspect de violence conjugale à des
organismes d'aide pour qu'on puisse briser le cycle de la violence.
Ce que mes collègues le ministre
Lafrenière, la ministre Biron et le ministre Jolin-Barrette déposent
aujourd'hui, c'est la suite logique de ce travail. C'est un outil
supplémentaire pour nous permettre d'agir en amont, pour éviter des tragédies,
et je suis fière d'apporter ma contribution à ce projet. Si je suis impliquée
dans ce dossier, c'est parce qu'il me touche personnellement. J'ai vécu de la
violence conjugale. Mon ex-conjoint n'avait pas d'antécédents à ce que je
sache. Une telle loi n'aurait peut-être pas pu prévenir ce qui m'est arrivé,
mais elle pourra certainement aider d'autres femmes. Ce projet de loi, c'est
une solution concrète pour que toute personne puisse faire des choix éclairés
pour qu'elle puisse protéger... se protéger et protéger ses enfants. C'est pour
elles que notre gouvernement agit aujourd'hui.
Je veux terminer, un message qui me tient
à coeur. Les hommes font partie de la solution. La violence conjugale, c'est un
problème qui nous concerne tous, et la prévention, ça passe par
l'accompagnement des hommes qui en ont besoin. Parce qu'une société plus
sécuritaire pour les femmes, les enfants, c'est une société meilleure pour tout
le monde. Merci.
Le Modérateur : Merci
beaucoup. On va maintenant passer à la période de questions, que je vais
diriger. Si vous avez des questions, manifestez-vous. Il y a déjà des
journalistes qui l'ont fait. On va commencer d'ailleurs avec Fanny Lévesque, de
La Presse.
Journaliste : Bonjour à vous
tous. J'avais une question au niveau des régions. Parce que vous l'avez
mentionné, là, peu importe où la personne se trouve au Québec, elle aura un
suivi, mais, puisqu'on confie le mandat ou la responsabilité à un organisme de
faire le suivi, de divulguer le contenu du rapport qui lui sera transmis par la
police, vous savez que, l'accès à des organismes de violence conjugale en
région, il y a beaucoup de disparités. Donc, comment vous allez vous assurer
que les femmes qui n'ont pas d'organisation, si elles sont dans une communauté
isolée ou qu'elles sont dans un village en Gaspésie où il n'y a pas de... le
prochain organisme est à 1 heure de route, comment vous allez vous
organiser que ces femmes-là aient un suivi qui est équitable?
Mme Biron : Bien, on a
différentes idées sur comment on va déployer sur le terrain, parce que,
d'abord, l'information qui va venir des policiers, elle va être factuelle, et
c'est le transfert vers les différents organismes, puis c'est là, où l'analyse
de ces informations factuelles là va se faire. Alors, oui, ça va prendre des
organismes qui sont déployés sur le terrain pour pouvoir rencontrer le
partenaire intime visé, pour lui transmettre l'information ainsi que l'analyse
et s'assurer qu'il y a le suivi nécessaire. Alors, oui, on va choisir des
organisations qui sont bien déployées dans l'ensemble des régions
administratives, mais il y a d'autres éléments de solution que je vais laisser
Ian y aller là-dessus.
M. Lafrenière : Oui. Bien,
merci, Martine. Oui, puis c'est pour ça, qu'on disait à quel point c'est
important de travailler ensemble. Vous comprenez que d'analyser l'information,
de la transmettre après ça à un organisme qui va rencontrer la personne à
risque, c'est extrêmement important. Je vous parlais tantôt des Premières
Nations et Inuits. Entre autres, on veut travailler avec des centres d'amitié
autochtones, avec les différentes organisations dans les communautés. Mais, si,
s'il y a une région dans laquelle... pour laquelle on n'avait pas d'organisme
encore pour peu importe la raison, il y a deux volets importants. Un,
lorsque les policiers vont faire l'analyse et on voit qu'il y a une notion
d'urgence, donc un grave danger imminent, les policiers n'attendront pas que le
processus soit terminé, ils vont pouvoir agir rapidement pour protéger le
partenaire intime. Deuxièmement, si on avait une région à découvert, une des
choses qu'on regarde présentement, c'est d'avoir une équipe qui pourrait être
mobile, qui pourrait se déplacer pour aller transmettre l'information et, par
la suite, de s'assurer qu'il y a un lien qui est fait avec les organismes qui
sont sur place pour donner un service. Parce qu'il faut bien comprendre qu'à
partir du moment que les partenaires intimes vont recevoir de l'information, ce
n'est pas une finalité, par la suite il y a beaucoup de mesures à mettre en
place, il y a du suivi à faire avec elles. Alors, pour s'assurer qu'il n'y ait
pas de zone de découverture, ce qu'on regarde, c'est d'avoir une équipe qui
serait mobile aussi, mais c'est... C'est pour ça, qu'on travaille ensemble et
que c'est tellement important d'avoir des bons organismes sur le terrain qui
connaissent bien ces réalités-là.
Mme Biron : ...on pense
notamment aux cellules d'intervention rapide qui... qui déclenchent,
d'ailleurs, les cellules... les cellules de crise. Elles sont... Ces
cellules-là, elles sont déployées dans les 17 régions, et c'est... C'est
des gens de tous les milieux qui font partie de ces cellules-là. Il y a des
policiers, il y a des psychologues, il y a des groupes de femmes, etc. Alors,
il y aura moyen d'organiser pour s'assurer qu'on ne soit pas à découvert, mais
c'est certain, que les informations qu'on va transmettre à ces femmes-là, c'est
des informations importantes, personnelles, sensibles souvent. Alors, il faut
s'assurer que ça se fasse bien puis ça va se faire en personne.
Le Modérateur : Patrick
Bellerose, Journal de Québec.
Journaliste : ...j'avais une
deuxième question, M. Lacroix.
Le Modérateur : Oui, je sais,
mais je voulais juste prévenir Patrick, que c'est lui après.
Journaliste : OK. Je voulais
juste reprendre, Mme Biron, ce que vous avez dit, là. Je cherche exactement ce
que vous avez dit, mais, essentiellement, vous avez dit : C'est un peu
épeurant. On a fait beaucoup déjà puis on a l'impression que ça n'arrête
jamais. Avez-vous l'impression que le problème des féminicides est... Est-ce
qu'on va arriver un jour à enrayer ce problème-là?
Mme Biron : Je ne le sais
pas. Je ne suis pas capable de répondre à ça. Je sais une chose, par exemple,
c'est qu'à chaque fois qu'il y a un féminicide, la première chose que je fais,
c'est que je prends le téléphone, j'appelle le secrétariat de la condition féminine
et je leur demande : Est-ce que vous pourriez faire des recherches pour
savoir si cette femme-là a fait appel à nos services? Puis les services, quand
même, avec toute la nomenclature, là, je ne répéterai pas tout ce qu'on a fait,
mais tu sais, on a quand même investi de façon très importante, puis les
groupes de femmes vont vous le dire, on est là, on travaille en partenariat
avec les groupes de femmes.
Mais, dans les 10 féminicides, là,
actuellement... puis, bon, les rapports du coroner vont sortir avec des données
beaucoup plus précises, là, mais sur le coup, c'est non. Alors, c'est complexe,
la violence conjugale, ce n'est pas... tu sais, ce n'est pas blanc et noir,
puis on ne peut pas tout régler. Alors, si les 10 femmes qui sont décédées,
depuis l'année 2026, depuis le début de l'année, il n'y en a aucune qui a
fait appel à nos services, c'est parce que c'est un problème qui est important,
qui est complexe, puis que c'est un peu épeurant. Parce qu'on le travaille, on
travaille fort pour... pour l'enrayer, mais, comme je disais dans mon... ma
présentation, le nombre de vies qu'on a sauvées, ça, je ne le sais pas non
plus, mais ça, je suis à peu près certaine qu'on en a sauvé des centaines et
des centaines avec tout ce qu'on a mis en place depuis nos maisons
d'hébergement, on voit que les femmes sortent du milieu toxique beaucoup plus
jeunes, on... les statistiques montraient que les femmes sortaient des milieux
violents assez âgées. Bien là, on voit que chez les jeunes, il y a un effort
qui se fait. On voit aussi qu'entre elles, les femmes, là, elles ont un
support, là. Et les gens sont informés. Alors, si elles voient qu'une jeune
fille est dans un milieu complexe ou difficile, la... il y a un peu de pression
qui se fait pour qu'elle sorte de ce milieu-là, mais elles sortent plus jeunes.
Ce qui veut dire qu'on atteint quand même certains objectifs. Mais oui, c'est
épeurant de voir que ce qui se passe.
Le Modérateur
: Patrick
Bellerose.
Journaliste
: ...M.
Lafrenière, pourquoi ne pas avoir inclus les parents ou la famille parmi les
gens qui peuvent faire d'emblée une demande de consultation? Là, je comprends
qu'on va pouvoir le faire avec l'accord de la personne à risque, et que Mme
Biron disait : Parfois, bien, ces femmes-là, malheureusement, ne font même
pas de demande, de démarche, parce qu'elles sont prises dans une spirale de
violence, là. Pourquoi ne pas permettre à la famille de faire une demande sans
le consentement de la personne à risque?
M. Lafrenière : Oui, merci.
Merci beaucoup pour la question. Puis, lorsqu'un parent va faire une demande
pour un enfant, puis c'est là qu'il y a une technicalité importante, il faut
que l'enfant âgé de plus de 14 ans soit en relation avec un adulte. Vous
comprenez pourquoi? Parce que sinon, les antécédents, on pourrait faire les
recherches, mais il n'y aura pas vraiment d'antécédent comme ce n'est pas le
même registre. Alors, si un enfant était en relation avec un adulte, là, à ce
moment-là, il y aurait une possibilité d'avoir accès à ce... à cette
vérification-là d'antécédents. Mais vous comprenez la notion?
Journaliste
: Oui, oui,
je comprends la distinction, mais ma question porte plutôt sur deux personnes
adultes. Donc, si, par exemple, ma fille est en couple avec un homme que je
soupçonne être violent, est-ce que moi, je pourrais faire une demande sans son
consentement? Je comprends que ce n'est pas le cas. Je vous demande pourquoi la
famille ne peut pas faire une demande de consultation.
M. Lafrenière : De façon
réglementaire, une des choses qu'on va regarder, puis c'est pour ça qu'on va
consulter puis on va travailler avec les différents groupes, c'est voir qui
pourrait être autorisé à faire une demande, justement. Exemple, est-ce que ça
pourrait être un professionnel? Est-ce que ça pourrait être différents corps de
métier? On va le regarder. Mais vous comprenez, lorsque vous amenez une
personne adulte, qu'un autre adulte fasse une demande sans le consentement, ça,
pour l'instant, on ne va pas là, puis c'est ce qu'on va regarder dans nos
consultations. Parce que, oui, il y a des effets pervers quand même.
Journaliste
:
...possibilité. Pourquoi vous jugez important d'inclure les interventions qui
sont faites au domicile d'une personne dans le type d'information qui peut être
transmise, pas seulement les condamnations?
M. Lafrenière : Parce que
malheureusement, derrière tous ces cas-là, puis toutes ces... statistiques,
pardon, Isabelle, tantôt, parlait de cette complexité des dossiers de violence
conjugale. Il y a plusieurs répétitions où il n'y a pas de plainte, où les
policiers se déplacent, puis il n'y a pas de plainte au criminel. Alors, c'est
pour ça que ça fait partie de l'ensemble des données qui vont être analysées
par les policiers avant de répondre à la... à la personne qui en a fait la
demande, donc le partenaire intime. Mais il arrive plusieurs cas où il n'y a
pas de plainte, puis on veut s'assurer de le couvrir.
Ce que ma collègue Isabelle disait aussi
tout à l'heure, puis c'est important de le rappeler, dans le projet de loi
n° 13, on n'en a pas parlé énormément par la suite, mais ce qu'on a donné
comme pouvoirs, c'est qu'un policier qui se déplace à un endroit, exemple, pour
une plainte de bruit ou un appel x, y, qui arrive sur place, qui se rend
compte, non, il n'y a pas de plainte au criminel, mais qu'on a un conjoint ou
une relation qui pourrait être toxique, le policier peut référer cet homme-là à
un organisme qui vient en aide aux hommes violents sans son consentement.
Et ça, a priori, on se demandait quel résultat
ça donnerait. On a fait un projet pilote sur la Rive-Sud de Montréal. Et moi,
je vous dis, parce que tantôt Isabelle disait que les hommes font partie de la
solution, je suis très heureux de vous dire que 75 % des hommes qui ont
été référés ont accepté l'aide. Et ça, c'est une statistique qui est
rassurante. Oui, cette situation-là nous préoccupe, c'est pour ça qu'on doit
agir, mais de savoir que, dans 75 % des cas, les hommes ont accepté la
référence et ont accepté l'aide qui était offerte par un organisme. Puis moi,
ça me rassure, quand on dit agir en amont, agir avant même qu'il arrive quoi
que ce soit, mais ça, c'est un autre exemple important. Ça fait que les
collègues l'ont dit, depuis tantôt on vous le dit, c'est un filet de sécurité,
on en rajoute, on rajoute plusieurs mailles. Dans le PL 13, on l'a fait et
on le refait encore aujourd'hui avec ce qu'on vous propose.
Le Modérateur : Sébastien
Desrosiers, Le Soleil... Le Soleil...
Mme Biron : ...il y a un
élément, parce que la loi de Clare comme telle, là, britannique, elle repose
sur deux piliers : le droit de savoir et le droit de demander. Et, dans le
projet de loi, il est prévu que les policiers pourront indiquer à la partenaire
intime des informations pertinentes pour pouvoir faire une demande,
c'est-à-dire son nom, son nom véritable ainsi que sa date de naissance
notamment, qui va lui permettre d'avoir l'information nécessaire et pertinente
pour aller au bout de sa recherche.
Le Modérateur : Sébastien
Desrosiers, Radio-Canada, bien sûr.
M. Lafrenière : Il est revenu
à Radio-Canada.
Journaliste : Selon ma
compréhension, donc la loi permettrait à une femme, par exemple, qui partage un
souper avec un homme pour la première fois qu'elle rencontre, qu'elle considère
entrer en relation avec lui un jour, mais une situation où, bon, ce n'est pas
encore le cas, cette personne-là pourrait faire une demande. Est-ce que c'est
souhaitable pour vous que ce genre de situation là se produise?
M. Lafrenière : Ce qu'on veut
faire dans ce qu'on présente aujourd'hui, c'est de mettre le moins de blocage à
l'entrée de la demande. Cependant, je peux vous dire... tu sais, ce que ça va
être, on va le travailler ensemble, mais je peux vous dire ce que ce n'est pas.
Une entreprise qui déciderait de prendre ses candidats dans une banque de
candidats potentiels de conjoints, vous comprenez, sans donner d'exemples trop
concrets, là, mais qui déciderait de faire évaluer tous les hommes qu'elle mettrait
à disposition sur un site Web, ou quoi que ce soit, avec un sceau
d'approbation, ça, c'est non. Puis, on a prévu de façon réglementaire, des
amendes qui sont salées pour ça. Ça fait que je vous dis ce que ce n'est pas.
Dans la définition de partenaire intime,
on est allé très large, on veut s'assurer que les gens puissent faire la
demande, de ne pas mettre de blocage à l'entrée. Alors, c'est la réponse que
j'ai à vous donner. Oui, on veut... on veut que le maximum de personnes ait
accès à cette information-là.
Et je veux juste terminer, au niveau bien
technique, là, on ne remettra pas au partenaire intime une liste d'antécédents.
Ce n'est pas comme ça que ça va fonctionner. Alors, avec l'organisme qui va
être impliqué, on va pouvoir guider la personne en lui disant qu'il y a un
risque, la nature du risque, mais on ne fait pas... on ne remet pas un
plumitif, on ne remet pas une copie de tout ça en disant «voici ce qui est
arrivé», on guide la personne. Et il faut que ce soit relié... et c'est là que
la sensibilité va être importante avec les organismes et la Sûreté du Québec,
entre autres, il faut que ce soit relié à une situation de partenariat intime.
Alors, ce n'est pas tous les antécédents qui vont figurer là-dedans.
Journaliste : Mais parce
qu'il y a toujours des considérations légales, puis ma question est peut-être
pour M. Jolin-Barrette, quand il est question de partage de renseignements
personnels, comment vous pouvez assurer que cette loi-là va respecter les
chartes et qu'elle ne fera pas l'objet de recours?
M. Jolin-Barrette : Oui, dans
le cadre du projet de loi, vous allez voir, dans les articles un peu plus loin,
là, il y a des exonérations pour contrevenir à la Loi sur l'accès. Donc,
normalement, les renseignements auraient été visés, mais on fait une exception
dans ce cadre-là. C'est une exception consciente que nous faisons justement
pour autoriser ce type de... de partage d'information là. Donc, on en est
conscients, mais on considère que le fait de pouvoir informer des partenaires
intimes des antécédents ou de type de renseignements que les policiers
détiennent, ça justifie cette contravention aux normes de la Loi sur les
renseignements personnels.
Une voix : ...
M. Jolin-Barrette : Oui, avec
le critère de nécessité.
Le Modérateur : Laurence
Royer, Noovo info.
Journaliste : Bonjour. Bon,
on le sait, les organismes communautaires sont déjà surchargés. Comment
s'assurer que toutes les demandes vont être traitées par les organismes, bien
traitées? Est-ce qu'il y a du financement supplémentaire, des ressources
supplémentaires qui vont être déployées?
Mme Biron : ...budget 2026-2027,
il y a 91 millions de dollars supplémentaires pour le fonctionnement
des maisons d'hébergement. Alors, il y a une partie qui va servir à ça. Il y a
un financement aussi qui est prévu pour mettre en place l'application de ce
projet de loi là. Et je vous dirais que j'ai participé à une rencontre avec la
première ministre et les maisons d'hébergement la semaine dernière, et on a
discuté de l'application de la loi de Clare, et on a parlé des moyens
nécessaires. Alors, il y a quand même un travail qui se fait pour s'assurer que
les choses se fassent bien et que les organismes désignés aient les outils en
main pour être capables de bien faire leur travail.
Journaliste : Pour ce qui est
de l'adoption de ce projet de loi là, le temps joue un peu contre vous. C'est
quoi, les obstacles, là, que vous prévoyez, ou comment il va falloir faire, là,
pour mener ça à terme, là rapidement?
M. Lafrenière : On a déjà
entendu les oppositions qui nous ont dit qu'ils voulaient la même chose, c'est
un consensus qu'on a au Québec. Je suis sûr qu'on va y arriver avec l'aide des
oppositions.
Le Modérateur
:
Marie-Michèle Sioui, Le Devoir.
Journaliste : Oui. Bonjour.
Je veux revenir vraiment à la base, là, mais vous avez dit : On ne remet
pas un plumitif, etc. Donc, qu'est-ce qui va être remis aux victimes? Est-ce
qu'il peut y avoir des infractions pénales? Est-ce que... Je veux... Tu sais, précisément,
là, à quoi les personnes qui font une demande vont avoir droit, quel genre
d'information?
M. Lafrenière : Premièrement,
beaucoup d'informations. Mais ce que je voulais vous rassurer, c'est qu'on ne
vient pas donner juste un accès au plumitif, parce que vous savez que toute
personne peut se rendre dans un palais de justice et aller chercher le
plumitif. Ce n'est pas ça, qu'on vous offre aujourd'hui, mais on va le
travailler avec la Sûreté du Québec. Et vous comprenez que, lorsqu'ils vont
faire leurs recherches, ils vont être guidés par, justement, cette notion de
partenariat intime. Alors, est-ce que... Puis là on pourrait partir dans
plusieurs exemples. Est-ce qu'un vol il y a de ça 20 ans pourrait se
retrouver dans l'information... on va donner? Est-ce qu'un crime à caractère...
j'étais pour vous dire plus économique, mais impliquant des femmes à répétition
pourrait se retrouver là-dedans? Les policiers vont chercher l'information dans
leur banque de données, il y en a plusieurs.
Et, tout à l'heure, la question
était : Est-ce qu'on ne va pas contrevenir à d'autres protections qui
existent dans les autres juridictions canadiennes où la loi de Clare a été mise
en place? Il n'y a pas eu cet enjeu-là. Alors, fort à parier qu'on est à la même
place ensemble aujourd'hui dans ce qu'on vous propose, mais... plusieurs
informations. Mais on ne remet pas un dossier à la personne en disant :
Voici les antécédents. Donc, on va partager avec elle, avec cette personne-là,
ce partenaire intime, ce qu'on a comme données qui pourraient l'aider à prendre
une décision qui est réfléchie.
Journaliste : OK, mais donc,
dit autrement, ce n'est pas nécessairement des infractions liées à la violence
conjugale, ça peut être lié à autre chose, mais ça peut demeurer pertinent pour
la personne de le savoir. C'est ça?
M. Lafrenière : Il faut que ce
soit pertinent avec une relation intime.
Journaliste : OK. Puis, Mme
Biron, je vais vous donner l'occasion de clarifier quelque chose que vous avez
dit. Vous n'aimerez pas ma question, mais je vais vous donner l'occasion de
clarifier. Vous avez dit : On a commencé à travailler là-dessus
en 2024, ont suivi deux remaniements, et là on se retrouve avec
deux semaines et demie de travaux parlementaires puis il faut se dépêcher.
Autrement dit, est-ce que ce projet de loi là a souffert de la politique?
Est-ce qu'on est à la dernière minute parce que, deux fois, on a rebrassé
les cartes au Conseil des ministres?
Mme Biron : Non, c'est un long
processus, quand même, de travailler. Il faut quand même faire des
consultations, il faut travailler avec la police. Puis, bon, ce projet de loi
là, il est vraiment à trois têtes, là, parce que Justice, on en a parlé un
peu, sur les renseignements personnels, mais c'est impossible de faire ce
projet de loi là sans la police. Alors, ça prenait l'apport de la police, ça
prenait aussi le... les groupes de femmes, puis de notre côté. Alors, il y
avait quand même plusieurs briques à mettre pour bâtir l'édifice.
Alors, on a commencé là-dessus. Puis là,
quand il arrive un nouveau ministre, bien, tu... tu sais, tu prends tes
budgets, puis tu t'organises, puis là tu fais ton travail. Alors, les choses
avancent, continuent d'avancer, peut-être un peu plus tranquillement, puis
là... bien, finalement, la situation en condition féminine, la situation des
féminicides empirait, alors on cherchait des outils pour continuer à avancer,
pour donner de nouveaux outils de prévention pour les femmes. Alors, on a
continué à travailler sur ce projet-là. Ian l'a pris sous son bras, travaillé
avec les policiers. Moi, je reviens, puis on l'a retravaillé avec la
Condition... La Condition féminine a toujours été là-dessus.
Journaliste : Bien,
rassurez-nous, il n'était pas prêt puis installé sur une tablette depuis
deux ans, là.
Mme Biron : Non, non, non.
J'en étais vraiment aux discussions préliminaires quand je suis partie.
Journaliste
: OK.
M. Lafrenière : Et, si je peux
me permettre, c'est un continuum aussi, hein? Ce qui a été fait à l'époque avec
Justice, avec Condition féminine nous a permis... Parce qu'en
trois semaines, oui, les équipes ont travaillé très fort, mais, sans ce
travail-là, on ne serait pas arrivés avec ce qu'on vous présente aujourd'hui.
Alors, travail important. Dans le continuum, on a fait le PL n° 13, on a
avancé à plusieurs niveaux. On pensait continuer avec plusieurs autres
consultations, mais, voyant le consensus qui se dégage, on est capables,
aujourd'hui, de vous déposer un projet de loi, sachant qu'il y a un consensus.
Journaliste : Merci.
Le Modérateur : Thomas
Laberge, La Presse canadienne.
Journaliste : ...précision
avant de déposer ma question, pour être certain que je comprenne bien. Il y a
des amendes si jamais les informations qui ont été données à la personne qui
serait considérée à risque... si jamais cette personne divulgue ces
informations-là parce que c'est confidentiel. C'est bien ce que je comprends?
M. Lafrenière : ...si on prend
un cas d'espèce, si la personne, le partenaire intime recevait de l'information
et décidait, sur un média social, exemple, de mettre cette information-là, oui,
il y a une amende.
Journaliste : Mais la...
la... Prenons un cas plus... plus clair, là. Une femme qui pense que son
conjoint est... a des antécédents de violence fait la demande, on lui a
dit : Oui, il a des antécédents. Si cette femme-là décide de confronter
son conjoint, son conjoint pourrait la dénoncer puis elle serait... elle
pourrait avoir une amende liée à ça.
M. Lafrenière : Non, ce qui
est visé, quand on parle de publicité ou de rendre public, ce qu'on ne veut
pas, c'est que la personne s'en serve dans le cas que je vous ai présenté, là,
exemple, sur les médias sociaux, puis dire : M. X a des antécédents. Parce
que ce n'est pas ce qui est visé par la loi du tout. Ce qui est visé par la
loi, c'est d'aider une personne, un partenaire intime à prendre une décision
qui est éclairée. On va commencer l'étude, on va travailler avec les collègues
des oppositions. Il y a plusieurs cas comme ça qu'on veut trouver des
solutions. Mais, vous comprenez, ce qu'on ne veut pas, c'est l'effet inverse,
c'est-à-dire que ce soit utilisé à d'autres fins. Et tantôt, on me demandait :
Est-ce qu'une personne pourrait faire une demande pour un autre partenaire
intime qui n'est pas proche de lui ou d'elle? La réponse est non.
Journaliste : Oui, mais vous
comprenez mon point. Une femme qui... dont on lui apprend que son conjoint a
des antécédents de violence, pourrait vouloir, comment dire, extérioriser la
chose, en parler avec lui ou en parler par exemple à une amie, dire :
Qu'est-ce que tu en penses? Puis là, si elle fait ça, elle se met en
contravention avec la loi.
M. Lafrenière : On va faire
l'étude comme il faut, mais ce n'est pas ce qui est ciblé.
Journaliste : Mais c'est ce
qui pourrait arriver.
M. Lafrenière : Non, comme je
vous dis, ce n'est pas ce qui est ciblé. C'est pour ça qu'on va prendre le temps
de bien regarder l'article, comment il va être appliqué. Puis, vous savez,
quand on fait le processus parlementaire, c'est d'avoir la meilleure loi.
Alors, on va prendre le temps de le regarder, parce que l'objectif qui est
visé, ce n'est pas ce que vous... ce que vous dites présentement. Ce n'est pas
ce qu'on veut.
Le Modérateur
:
P-A Gosselin a une question également, TVA.
Journaliste
: Oui. M.
le ministre, Mme Renaud est en point de presse en ce moment. Elle a
ouvertement formulé le souhait que ce nom porte la loi, Gabie Renaud. Je me
doute un peu de la réponse, mais est-ce que vous pouvez quand même nous
expliquer pourquoi ce n'est pas le cas et quel est votre préjugé aussi pour la
suite?
M. Lafrenière : Oui. Merci.
Bien, cette loi, je vais dire le nom, puis je vais vous expliquer par la suite
pourquoi. Alors, Loi sur la communication de renseignements aux fins de
protection contre la violence d'un partenaire intime en modifiant diverses
dispositions législatives. Vous savez que le dossier de Mme Renaud est
encore judiciarisé. Le procès n'est pas terminé. Cependant, et mon collègue l'a
bien fait tantôt, de nommer Mme Gabie Renaud, parce que ce qui est
important, c'est que les gens qui nous écoutent comprennent de quoi on parle.
Alors, que ce soit la loi Gabie Renaud, la loi de Clare, puis on pourrait
nommer toutes les victimes de féminicide qui auraient l'avantage d'avoir l'information,
pour nous, ce qui est important, c'est qu'on n'oublie pas ces personnes-là.
Effectivement, Mme Renaud est ici aujourd'hui. C'est un moment qui est
important. Elle va être ici aussi dans quelque temps, quand on pourra adopter
ensemble le projet de loi. Alors, c'est important qu'on ne l'oublie jamais. Il
n'y a pas de préjugés quant à ce nom ou un autre nom. Moi, ce qui est
important, c'est que les gens qui nous écoutent comprennent de quoi on parle.
Effectivement, Mme Renaud représente beaucoup de victimes. Il y a beaucoup
de victimes qu'on tente de ne pas oublier dans ce qu'on vous présente, qu'on ne
veut pas oublier dans ce qu'on vous présente aujourd'hui. Alors, pour moi, que
ce soit Gabie Renaud, que ce soit la loi de Clare, l'important, c'est que les
gens comprennent de quoi on parle.
Journaliste : Donc, il n'y
aura pas de personnalisation, si on veut, de la loi une fois adoptée ou dans le
futur?
M. Lafrenière : Il y a
tellement de victimes sur lesquelles on devrait se rappeler des noms
aujourd'hui. Puis je vais vous laisser... Je vais te laisser conclure.
Mme Biron : C'est terrible ce
que... ce qu'a vécu la famille Renaud. C'est épouvantable. Mais c'est pour
toutes... c'est pour toutes les femmes du Québec. C'est un outil supplémentaire.
Je pense que le témoignage de Mme Renaud est important, et il fait école,
puis il va... il va se propager, puis ça va permettre à d'autres femmes de
peut-être faire un pas supplémentaire. Puis c'est ça, notre objectif. Ce n'est
pas tellement de nommer, de donner un nom à quelque chose ou à un autre, là, le
but ce n'est pas ça, le but c'est d'aider les femmes, d'avoir un outil
supplémentaire pour les protéger. Et c'est ça qu'on fait aujourd'hui.
Le Modérateur : Je pense que
Patrick avait une deuxième question.
Journaliste : Tantôt, les
équipes du ministère nous disaient qu'on s'attendait à avoir environ
10 000 demandes par année, demandes de consultations par année. Juste
vous entendre un peu sur comment vous avez réagi en entendant ce chiffre-là
pour la première fois.
M. Lafrenière : Oui. Merci
pour la question. Parce qu'au niveau de la volumétrie c'est effectivement
difficile pour nous d'évaluer. On se dit : Ça va être entre 6 000 et
14 000, exemple, avec un médian, peut-être 10 000. C'est pour ça
qu'au niveau budgétaire on a prévu une somme, on parle de 5,2 millions
pour la mise en place. Pourquoi? Pour avoir les ressources pour faire les
vérifications, vérifications sécuritaires qui vont devoir être faites. Mais
pour la volumétrie, ça va être difficile à établir aujourd'hui. C'est pour ça
aussi qu'il y a une... il y a un volet réglementaire qu'on se laisse dans le
projet de loi pour y être capable de s'adapter. Exemple : Est-ce qu'en
première phase on va prioriser les dossiers qui ont été référés par des professionnels,
par des gens des centres d'hébergement, par exemple, par des policiers pour
évaluer tout ça? Ça se peut, très possible. Mais c'est un grand nombre, c'est
vrai, ça va se rajouter au travail qui est déjà fait, puis on a prévu de
rajouter des effectifs pour ça.
Le Modérateur : Avant de
passer en anglais, je vais autoriser Sébastien.
Journaliste : Si c'est adopté
d'ici la fin de la session parlementaire, ça entrera en vigueur à quel moment,
selon vous? Parce qu'il y a un travail réglementaire, là, à faire, comme vous
le dites, là. Donc, l'entrée en vigueur, ça pourrait aller quand?
M. Lafrenière : Il y a un
travail pour la mise en place. Pour la date, je ne pourrais pas vous dire
aujourd'hui, mais je veux vous rassurer cependant sur un point, je l'ai dit
tout à l'heure, aujourd'hui, avant même que cette loi-là soit en place, quand
un policier de l'information qui laisse croire qu'il y a urgence réelle, et
qu'on doit agir rapidement, il peut transmettre de l'information. Puis ça, on
en a parlé quand on a étudié le projet de loi n° 13 ensemble, parce qu'il
demeurait toujours cette question-là en se disant : Si les policiers ont
de l'information puis ils n'agissent pas, non. Présentement, il y a une
possibilité de le faire. Avec ce qu'on fait là, on rajoute une étape
supplémentaire, on en rajoute une couche. Alors, ça va se faire prochainement.
Pour la date, je ne peux pas vous dire encore, le plus tôt possible. On doit
mettre en place... On a parlé tantôt que l'information n'était pas donnée directement
aux personnes, ça passe avec un organisme, il faut tout mettre ça en place,
mais le plus tôt sera le mieux puis on va travailler fort là-dessus.
Journaliste
:
Mais ça pourrait aller à l'automne, ça pourrait aller à l'automne...
M.
Lafrenière : Ça peut aller plus vite que ça, on verra. Le plus tôt
sera le mieux.
Mme
Biron : Moi, j'ai... je voudrais quand même... ça me fait penser...
parce que je voudrais remercier les policiers pour le travail qu'ils font en
termes de violence conjugale. Puis ça, je le remarque depuis le début du
mandat. C'est incroyable comment, dans les dernières années, les policiers
ont... se sont formé, se sont équipé, se sont outillé pour aider les femmes, et
on le note, au Secrétariat à la condition féminine, à quel point ce travail-là
a été précieux auprès des femmes.
Alors,
avec cet outil-là, c'est un allié de plus qu'on a, en fait, c'est un outil
davantage et ça confirme à quel point les policiers sont des alliés pour lutter
contre la violence conjugale.
Le
Modérateur : On va passer en anglais avec Cathy Senay, si Cathy a une
question, ou deux, ou trois.
Journaliste :
On va y aller rondement.
Le Modérateur
: Parce
qu'elle représente toute la communauté anglophone.
Journaliste :
The pressure is on me, but I'm sure
it's going to go well. OK.
Mme Biron : Are you sure?
Journaliste
: I am, I think, I think I am, I think I'm sure of that. OK. So, you
don't… you have police officers that can share information when there is an
emergency to victims, of potential victims, and you have the «plumitif». This
is a new tool. What exactly you want to accomplish today? If you have to speak
directly to victims, what do you want them to understand?
M. Lafrenière :
We're just adding one tool. We've done
a lot lately since we've been in power, with the help of Justice and
Secrétariat de la condition féminine. We've put many tools, and this is an
addition today. What it is to share criminal background of the intimate
partner, and this is important because it's going to give the intimate partner
the opportunity to take a right decision with all the knowledge about what's
the criminal background of my partner. So, this is what we're creating today.
It's an addition. Again, we want to be careful because it's not the… it's not a
confirmation that the partner's the right partner for you, we're just saying that
we're have been looking into it and we're sharing the criminal background.
Journaliste :
When… Just a precision. When you say
criminal background, that means that police officers can put in the report, 911
calls. If there was violence, the SQ can include police reports. So, what's the
main criteria? Violence, or is there something else? Like, what is… what are
the criteria actually to include this information, that it's much more than the
«plumitif»?
M. Lafrenière : It is much more because the «plumitif» is already there. So, anyone
can consult the «plumitif», although it's not that easy, to be honest, it's not
like searching on Google, but still, what we're doing today, it's one step
further than that, it's to share all the intelligence that police officers
gather about someone. So, you've been talking about 911 calls, which we call
the «carte d'appel», it could be any complaint, any police report. So, yes, all
that intelligence will be gathered, and they will decide what's going to be
shared, because it has to be a direct link between the intelligence and a
relationship.
So, I'm giving you
examples. A theft maybe 20 years ago would not be involved... would not be
included in that. Could fraud be involved in that? Why not? If we're talking about
fraud involving women or partners, in the past, it happened many times, that
might be involved… that might be shared as well.
Journaliste :
But, if there was violence with the
crime like this theft, don't you think that you can share that? Or if there was
like a fraud… well, if it includes harassment, that's psychological violence.
M. Lafrenière :
And that's the reason why I'm not
giving… I'm not telling you which crime is going to be involved, and which will
not be, it depends. And that's the reason why we're talking about
professionals. Police officers that have been used to that will be selected.
We're talking about people that are used to deal with intelligence.
Journaliste :
And you looked at what other Canadian
provinces are doing and you say: OK, we want to have a more uniformed approach,
but the organizations, sometimes community organizations that will be in charge
to take the SQ report and sit down with the potential victim or the victim, and
share this information, they are not... they don't have the same resources, they
don't have the same employees, they don't have the same expertise. So, how are
you going to make sure that this is uniformed, like, this is like a standard,
that there is a standard in Québec to do that step, to do... to go there?
M. Lafrenière : The approach, and I'll leave Martine to complete that one… but the
initial approach will be standard. And this is the opposition of Ontario. I was
referring to different agencies in this country. I was talking about Ontario.
It was a quite different approach. So, if you were contacting Peel Regional or
Orillia or another police service, the approach would have been different. This
is not what we're looking for and that's the reason why they pulled up the
plug. And, in Québec, it's going to be on the same Website with the SQ. So,
they will be receiving all the requests. But you're right about the fact that,
when we're ready to give that information to a partner and we need to involve
different organizations, absolutely, it's going to be different. On our side,
we're… one of the possibilities that we're looking into, it's having like a
mobile unit that could be helping if there is a need for a region. But I'll
leave Martine to comment on that.
Mme Biron : It's interesting, because the work of the police officers of the SQ
will be to gather factual information, and this information will be sent to
women organizations everywhere in Québec, on the territories. We'll designate
some organizations that are present, they're on the territory. And these
organizations will do the analyse of the… of the factual information and then
meet with the potential victim and send… transfer the information and do a
follow-up to be sure that the… no one is left alone in her region to… with that
kind of information. So, police work is centralized, SQ work is centralized,
and it's a factual work, but the analysis and meeting with the partner,
intimate partner will be left to the women organizations.
Journaliste
: And one last one. Thank you. OK. You want women to take action, to
make… or take their decision. But you have no idea if receiving this
information, this person will change her mind. Maybe she'll receive this
information and will not do anything about it. How… how can you reverse the
situation? Because I know for a fact a woman who calls the police, and then
three months after, she was with the same guy. I was like… so, how are you
making sure that… the women are taking a decision?
M. Lafrenière : That's a pretty good question, because we're not imposing anything.
It's not a judgment call. when they're saying that, you know what, now that you
know about it, you need to leave. We're just providing tools. This is an
addition. And it… that decision relies on the person, the partner at risk
herself. And there won't be any judgment. And that's the reason why my
colleague from Justice have been referring that there's some article in our
project stating that it's not going to be taken against the women that have
been taking a decision to stay in that relationship. It's providing tools,
providing the knowledge so that person can take the decision. Martine.
Mme Biron : …it's a probability that that kind of situation happens. I'm going
to get… tell you one statistic. It shows that it takes almost seven times
before a woman leaves a toxic relationship. So, it's not because you provide
that kind of information that the person will act now. So, that's why it's
important that the person, that the intimate partner is well accompanied. So,
it's important that women organizations are… to work with this person. But
it's a possibility that nothing happens.
Le Modérateur
: C'est
ce qui met fin à cette conférence de presse. Merci beaucoup d'avoir été là.
(Fin à 12 h 23)