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(Treize heures dix-huit minutes)
Le Modérateur : Alors,
bonjour. Bienvenue à cette conférence de presse du Commissaire à la langue
française, Benoît Dubreuil. Il nous présentera aujourd'hui son rapport annuel 2025-2026.
Il est accompagné d'Éric Poirier, commissaire adjoint, et de Marilou Jetté,
professionnelle de recherche. M. Dubreuil, je vous laisse la parole.
M. Dubreuil (Benoît) : Merci beaucoup.
Bonjour, tout le monde. Alors, je suis heureux de vous présenter aujourd'hui le
rapport annuel 2025-2026 du Commissaire à la langue française. Le rapport
comprend d'abord les informations statutaires sur l'organisation et les
éléments de reddition de comptes prescrits par la loi. On y trouve également
une troisième évaluation du déploiement de Francisation Québec, portant cette
fois sur la progression et la réussite des participants aux cours de français
gouvernementaux. On y trouve aussi un premier suivi des recommandations que
nous avons formulées à l'intention du gouvernement depuis la création de notre
organisation.
Le rapport annuel commence par un chapitre
particulier qui s'intitule Regard vers l'avenir et c'est principalement sur ce chapitre
que je souhaite attirer votre attention aujourd'hui. Il y a maintenant trois
ans que j'ai été nommé commissaire à la langue française. Cet automne, j'aurais
donc fait la moitié de mon mandat de sept ans. C'est un jalon qui va coïncider
avec la fin de la 43e législature, alors il s'agit pour moi d'un moment
charnière. Et pour cette raison, bien, je souhaitais faire le point. Le poste
de commissaire à la langue française a été créé dans un contexte... dans le
contexte de la révision de la charte, qui a introduit un grand nombre de
changements. Cette révision a représenté un premier exercice par le
gouvernement du Québec depuis très longtemps, de relancer la politique
linguistique.
La charte revue contient des innovations
importantes, notamment de nouveaux droits linguistiques, un nouveau concept,
celui de français langue commune, des dispositions concernant l'exemplarité de
l'État, des mesures pour limiter la croissance de l'anglais dans l'enseignement
collégial, des nouvelles institutions, Francisation Québec, le ministère de la
Langue française, le Commissaire à la langue française et plusieurs autres
ajustements. Malgré ces innovations, l'un des principaux constats qui ressort
de nos travaux, c'est que la charte, telle qu'elle se présente aujourd'hui, ne
suffira pas à stabiliser la situation du français, au Québec. La logique de la
charte, c'est de créer des espaces dans lesquels l'usage du français est
obligatoire. Cette approche, qui était pertinente en 1977, l'est encore
aujourd'hui. C'est d'ailleurs pour ça que le Québec, par ses méthodes, a su
inspirer d'autres sociétés qui faisaient face à des problèmes similaires.
L'enjeu, aujourd'hui, est que ce type de
politique linguistique finit par se heurter à des limites. Il permet
d'augmenter le nombre de personnes qui connaissent la langue, il nous assure
qu'elle sera utilisée au moins dans certains contextes. Par contre, il ne nous
donne pas l'assurance que les gens vont avoir envie de la parler dans toutes
les situations où ils ne sont pas obligés de le faire. Aujourd'hui, on sait que
le recul de l'usage du français est lié à des transformations économiques qui
amènent une intégration de plus en plus grande des entreprises et des
organisations à l'échelle canadienne ou internationale. Elle découle de
dynamiques migratoires qui font qu'une partie des nouveaux arrivants adoptent
principalement l'anglais dans leur vie de tous les jours. Il est lié à des
changements culturels qui font en sorte qu'une part non négligeable des jeunes
Québécois vivent leur vie culturelle dans un univers principalement anglophone.
Il faut continuer de veiller à la mise en œuvre efficace de la charte.
Cependant, comme d'autres pays ou d'autres régions qui font face à des défis
similaires, il faut mettre de l'avant une politique linguistique de deuxième
génération qui renforce l'usage du français en allant au-delà des outils
traditionnels.
Depuis la création de notre organisation,
nous avons formulé plusieurs recommandations en ce sens. Ces recommandations
visent, notamment, la prise en compte des enjeux linguistiques dans les
décisions économiques structurantes, la prise en charge, par des écoles, des
collèges, des universités, des enjeux réels qui contribuent au recul du
français, la révision de nos politiques d'intégration et de francisation pour
assurer une véritable intégration en français, la révision de nos politiques
culturelles pour tenir compte du nouveau monde dans lequel nous vivons. Ces
recommandations interpellent des ministères et des organismes qui n'étaient pas
habitués de porter une attention à la question linguistique. C'est normal,
c'est dans la nature des gouvernements de compartimenter les dossiers. Ainsi,
on a fait de la langue française la responsabilité de l'Office québécois de la
langue française ou du ministère de la Langue française, comme si le reste de
l'État pouvait continuer sans avoir à se préoccuper des objectifs ambitieux
inscrits dans la charte. Aujourd'hui, alors que prend fin la 43 ᵉ
législature, alors que les partis politiques réfléchissent aux projets qu'ils
souhaitent présenter aux électeurs, alors que les citoyens débattent des
orientations qu'ils aimeraient voir mettre en œuvre au cours des prochaines
années, je vous dis que des changements demeurent nécessaires. Pour stabiliser
la situation du français, il faut que quelques millions de personnes, au
Québec, lui accordent une place un peu plus importante dans leur vie :
dans les cours d'école, dans les parcs, autour de la machine à café, dans leurs
visioconférences, dans leurs listes d'écoute et dans leurs fils d'actualité en
ligne. Pour faire bouger les aiguilles, il faut une mobilisation du
gouvernement et de la société qui sort des paramètres classiques. La politique
linguistique ne peut pas se limiter à un processus administratif mis en œuvre
par l'OQLF. Elle ne peut pas se présenter comme un ensemble de petits projets
qui s'insèrent, de manière accessoire, dans les activités des organisations et
qui rejoignent, chacun, quelques dizaines ou quelques centaines de personnes.
Il faut des politiques publiques qui vont modifier, de façon significative, les
contextes dans lesquels interagissent une grande quantité de personnes. Toutes
les recommandations que nous avons formulées jusqu'à ce jour visent précisément
ce type de changement.
Le regard vers l'avenir que nous publions
aujourd'hui interpelle le gouvernement, mais aussi les municipalités, les
entreprises, les écoles, les collèges, les universités et tous les milieux
associatifs. Donc, j'invite tout le monde à en prendre connaissance. Je vous
remercie et je suis disponible pour répondre à vos questions.
Le Modérateur : Alors, merci.
On va effectivement passer à la période des questions, en commençant avec Hugo
Pilon-Larose, La Presse.
Journaliste
: Oui,
bonjour. Donc, vous revendiquez la... une nouvelle politique linguistique
robuste, là, dans le fond, qui, à vos yeux, doit être mise en place... en place
par les prochains gouvernements. Pour poursuivre cet effort-là, d'inverser le
déclin du français, en couvrant les différents rapports que vous avez soumis au
cours des dernières années, incluant ceux de la semaine dernière, où on
regarde, entre autres, les notions d'exemplarité de l'État, on réalise que la
dernière grande réforme, là, la loi n° 96, est mal
appliquée, au final. Donc, ce qu'on a mis en place, ce que le gouvernement a
mis en place, et soit des fois... il y a des trous dans le filet, là. Donc, on
ne fait même pas ce qu'on a... ce qu'on a dit qu'on allait faire. À quoi bon
faire une nouvelle politique? On n'est pas capable de faire la dernière qu'on a
mise en place.
M. Dubreuil (Benoît) : Oui.
Bien, c'est-à-dire que... La semaine dernière, justement, on a fait une
évaluation d'un élément, là, de la... de la Charte de la langue française, de
la mise en oeuvre justement, par sept grands organismes, des dispositions
concernant l'exemplarité de l'État. Donc, évidemment, il y a plusieurs autres
dispositions dans la Charte de la langue française qui, en ce moment, sont...
sont appliquées. Il y a des choses qu'on n'a pas encore vérifiées, peut-être
qu'on va avoir des surprises quand on va regarder des choses de manière un peu
plus attentive, mais je vous dirais que la mise en oeuvre... quand même, il y a
beaucoup de choses qui a... qui a changé.
Ce qui manque, ce qui manque, c'est la
mobilisation de tous les ministères, particulièrement de ceux qui sont moins
habitués d'être interpelés, ceux qui ont tendance à dire : Bien, le
français, ce n'est pas trop mon truc, ou moi, je fais ça... Par exemple, le
ministère de l'Éducation, c'est un bon exemple. Nous, on enseigne le français,
nous, on a des examens de français, donc c'est bon, on est correct, on fait
notre travail. Ça, ça ne suffit pas. C'est là que, si on veut atteindre les
objectifs de la charte, il faut cette mobilisation des différents ministères,
au-delà des thèmes classiques, si je puis dire, comme les règles d'accès à
l'école française, l'utilisation du français dans les différents... sur... dans
les... dans le commerce, etc.
Journaliste : Le gouvernement
doit déposer un projet de loi, là, pour étendre la loi 101 à la formation
professionnelle et à la formation aux adultes. Il y a eu différents chiffres
qui ont été dits, peut-être que vous avez un éclairage à nous offrir. M.
Roberge parlait que ça concernerait 27 000 étudiants, Mme Fréchette,
dans son discours inaugural, parlait de 10 000. Avez-vous un chiffre?
M. Dubreuil (Benoît) : On a
eu des discussions avec le ministère de l'Éducation pour essayer de voir
quelles données existaient. Donc, nous, on a très hâte, là, à la commission
parlementaire. Enfin, on... on comprend le contexte aussi, là, on est en
session intensive, donc on va voir, là, qu'est-ce qui va se passer, mais on a
hâte de prendre connaissance du projet de loi, puis on espère avoir quelque
chose à dire. La question des données est une question cruciale. On est en
train de les analyser de notre côté, là, pour essayer de comprendre qu'est-ce
qu'on sait et qu'est-ce qu'on ne sait pas.
Journaliste : OK. Peut-être
une dernière question sur Francisation Québec. On comprend qu'il y a... il y a
pratiquement une majorité de... de... je ne sais pas si on les appelle des
étudiants, mais de personnes qui font des cours de francisation en français...
à Francisation Québec, donc ils le font à temps partiel, et qui, au moment de
quitter ce réseau-là, n'ont pas des connaissances linguistiques qui leur
permettent de participer pleinement à la société en français. Si on ne change
pas ou si on... par exemple, on ne met pas en place un nouveau système de
prêts, que vous suggérez, est-ce qu'on est en train de dépenser beaucoup
d'argent pour peu d'effet?
M. Dubreuil (Benoît) : Il y a
une partie de ça, certainement. C'est-à-dire, si on veut que l'argent qu'on a
investi en francisation ait de l'efficacité, donc que ce ne soit pas de
l'argent qu'on gaspille, il faut s'assurer que les gens qui apprennent le
français, un, atteignent des niveaux qui leur permettent de faire des choses
avec puis, deux, bien, que les gens sont effectivement dans des contextes où
ils peuvent l'utiliser. Donc... Parce qu'évidemment une langue, ça s'apprend,
mais ça s'oublie aussi. Bon, il y en a, des langues que j'ai commencé à
apprendre puis aujourd'hui je m'en rappelle plus. Pourquoi? Parce que c'est des
compétences qui doivent être maintenues actives.
Donc, il faut travailler, avoir des
formations plus intensives, avoir plus de participation de la part des gens,
notamment, qui, en ce moment, participent peu, notamment les gens qui sont nés
au Canada ou encore les immigrants qui sont ici depuis longtemps et qui n'ont
pas encore appris le français. Puis il faut renforcer le volet participation
sociale. Donc, il faut avoir plusieurs activités, plusieurs offres avec des
jumelages, avec du mentorat, avec des activités sociales où on met les gens qui
apprennent le français en contact avec des gens qui sont d'abord des
francophones qui utilisent le français dans leur langue... dans leur vie
quotidienne. Donc, il y a une grande mobilisation à faire pour ça. Je pense
que, dans les régions partout au Québec, il y a plein de gens qui parlent
français, qui ont... qui ont du temps, qu'on peut mobiliser. Donc, il faut
faire des activités où on regroupe les gens. Oui.
Le Modérateur : On peut
passer à Sébastien Desrosiers, Radio-Canada.
Journaliste
: Bonjour,
M. Dubreuil. Donc, vous avez parlé des recommandations que vous avez faites
depuis trois ans. En fait, il y en a eu 31. La moitié d'entre elles...
moins de la moitié d'entre elles ont été appliquées par le gouvernement. Vous
êtes déçu de ça?
M. Dubreuil (Benoît) : Non,
c'est-à-dire que... Bien, c'est sûr que j'aurais aimé évidemment ça... certains
dossiers, évidemment, qu'il y ait comme une mise en action plus rapide du
gouvernement. Cela dit, je vous dirais qu'on était aussi conscients qu'on...
qu'on... qu'on prenait les choses d'une manière, d'un point de vue qui était
peut-être un peu inattendu pour certaines personnes. Donc, par exemple, le
ministère de l'Économie, on a eu beaucoup de discussions avec eux, des
discussions extrêmement intéressantes, mais ils ont... ce n'est pas une
discussion avec laquelle ils étaient familiers, c'est-à-dire ils n'ont pas eu
cette réflexion-là dans les 10 dernières années, dans les
20 dernières années, parce qu'il n'y a personne qui leur avait amené ces
préoccupations-là.
Avec l'enseignement supérieur, c'est un
peu la même chose aussi. On a eu beaucoup de discussions intéressantes, mais ce
n'est pas un thème pour eux. Il n'y a personne qui leur a dit : Écoutez,
c'est important, je veux que vous travailliez là-dessus, puis on va essayer
d'atteindre des cibles.
Donc, il y a peut-être un élément où on
arrivait avec des éléments très, très nouveaux, puis, au gouvernement, bien, je
ne sais pas si vous êtes familiers, mais, tu sais, des fois, les éléments
nouveaux, ça prend quand même un certain temps à être absorbé.
Donc, c'est pour ça qu'on trouve qu'en ce
moment le moment, il est quand même intéressant parce que là il y a comme une
transition, il va y avoir des élections, il va y avoir un nouveau gouvernement,
peu importe... peu importe lequel. Et puis on souhaite justement que les
préoccupations qu'on amène servent un peu de base aussi de discussion pour que
les gens arrivent avec un projet qui est ambitieux, mais qui est aussi quand
même fondé sur la réalité démographique, sociolinguistique, économique du
Québec actuel.
Journaliste : Mais d'ailleurs
plus tôt vous avez parlé du ministère de l'Éducation en disant : Il faut
qu'il en fasse plus que simplement enseigner le français. Qu'est-ce que vous
reprochez au juste au ministère de l'Éducation?
M. Dubreuil (Benoît) : Bien,
écoutez, je vous dirais, il y a trois enjeux, là, dans le domaine de
l'éducation qui, en ce moment, font... crée des difficultés pour l'usage du
français. Le premier, je vous dirais, enjeu, c'est qu'il y a plusieurs milieux
au Québec, j'en ai souvent parlé, mais on peut penser à l'ouest de Montréal, on
peut parler... penser à une partie de la couronne, à Chomedey, à Brossard, à
Vaudreuil, une partie de Gatineau, où les enfants arrivent à l'école, ils ont
déjà une connaissance de l'anglais, on parle de l'école française, donc
l'anglais s'impose comme langue habituelle entre les enfants. Ce n'est pas
surprenant. C'est ce qui se passe dans tous les pays, dans toutes les sociétés
qui sont confrontées à des situations sociolinguistiques similaires. Donc,
comment le ministère de l'Éducation peut-il prendre conscience de ça, aller
chercher les pratiques qui existent ailleurs pour renforcer ce que j'ai appelé
l'usage oral spontané, créer des activités plaisantes où les jeunes sont...
peuvent pratiquer le registre... le registre informel, OK, socialiser en
français avec des gens qui sont des locuteurs francodominants? Je veux dire, il
y a des méthodologies, il y a des gens qui s'intéressent à ça, il y a des
chercheurs, il y a des pays qui travaillent là-dessus. Ils font une prise en
charge de cet enjeu-là.
L'autre enjeu aussi, j'en ai parlé cet
automne dans le rapport sur... qu'on a déposé sur l'intégration, c'est la
question des relations interinterculturelles. Il y a une division qui tend à
s'installer, dans une certaine mesure, dans la société québécoise, où il y a
des jeunes qui ne se reconnaissent pas entièrement dans la culture québécoise,
qui se disent : Bien, ça, c'est... Moi, je ne me reconnais pas là-dedans,
ce n'est pas moi. Donc, comment on crée des rapprochements entre les jeunes de
différentes origines pour atténuer cette idée-là que la culture québécoise
n'appartient qu'aux Québs. Ça, il y a un rôle de l'éducation. Puis il y a plein
de belles interventions aussi dans des écoles qui existent, mais à chaque fois
qu'il y a une belle intervention, quand on fouille un peu, on s'aperçoit que
c'est un enseignant qui a pris ça sur ses épaules puis qui a décidé d'en
faire... d'en faire une priorité. Il faut que ça soit une priorité qui est
d'ordre institutionnel.
Journaliste : Si je peux me
permettre, vous plaidez pour, donc, une... je veux juste reprendre vos mots
comme il faut, une politique linguistique de deuxième génération pour rehausser
l'usage du français, selon ma compréhension, dans des endroits où les gens ne
sont pas obligés de l'utiliser comme à la maison. Qu'est-ce qui se passerait si
cette politique-là n'est pas... n'est pas appliquée, n'est pas élaborée?
M. Dubreuil (Benoît) : C'est
ça. Bien, je peux faire un brin d'histoire des politiques linguistiques, OK?
Donc, dans les années 60-70, le Québec, de pair avec d'autres sociétés
confrontées à des situations similaires, je pense notamment par exemple la
Catalogne, le pays... Pays basque, la Galicie, qui ont... qui a eu... qui ont
eu à peu près les mêmes réflexions au même moment, on peut penser au Pays de
Galles aussi, tout le monde a eu un peu la même réflexion, de dire : On va
imposer l'usage de la langue dans l'éducation, dans l'administration, et les
gens vont l'apprendre puis, une fois qu'ils vont la connaître, mais ils vont
l'utiliser. C'est avec cette vision-là qui était naïve, aujourd'hui, on sait
que c'était un peu naïf, mais à l'époque, quand on a fait la Charte de la langue
française, il n'y avait pas toute la recherche qu'il y a aujourd'hui, donc
c'était normal de penser ça. Aujourd'hui, ce qu'on voit, c'est que ce type de
politique là produit un résultat très précis. Il produit une augmentation du
bilinguisme. Mais si, en dehors des domaines où l'usage de la langue
minoritaire est obligatoire, les gens demeurent meilleurs dans l'autre langue
dominante, bien, à ce moment-là, la connaissance qu'on acquiert, elle ne se
transfert pas en usage. C'est comme ça, par exemple, si vous allez comme
regarder l'Irlande, ils ont réussi à faire en sorte que, comme, je pense, c'est
1,5 million d'Irlandais ont une assez bonne connaissance du... de
l'irlandais, donc le gaélique irlandais, puis il y a peut-être quoi,
80 000 personnes, je pense, qu'ils l'utilisent sur une base
quotidienne. Donc, ils ont atteint un niveau.
Donc, c'est la même chose un peu dans
toutes... dans toutes ces... Donc, au Québec, c'est un peu le même problème
auquel on est confronté. On a mis la scolarisation en français obligatoire, on
a généralisé la connaissance du français dans une très large mesure, mais si
vous avez des gens qui, par ailleurs, sont encore meilleurs en anglais, vivent
dans des réseaux, des environnements où ils sont constamment en contact avec de
la culture anglophone puis ils n'ont pas d'exposition ni à la culture ni de
réseau social qui favorisent d'abord l'usage du français, vous allez voir une
baisse. Donc, ce qui peut se... En fait, ce n'est pas ce qui peut se passer, ce
qui va se passer au Québec ou ce qui se passe au moment où on se parle, c'est
un écart qui va se creuser entre la connaissance et l'usage, puis un écart qui
va se creuser entre les domaines où on est capable de prescrire l'utilisation
de la langue et des domaines où on n'est pas capable de prescrire l'utilisation
de la langue. On n'atteindra pas le niveau de l'Irlande, là, à brève échéance,
mais c'est un écart qui va se creuser.
M. Poirier (Éric) : Si je peux
ajouter, tu sais, la Charte de la langue française crée des espaces dans
l'espace public où le français est obligatoire, parfois exclusivement, parfois
en concurrence avec d'autres, mais on crée des espaces, puis ensuite de ça, on
veut atteindre l'objectif de faire du français la langue commune. Mais en
dehors de ces espaces-là qui sont créés par la Charte de la langue française,
là est-ce que le français est véritablement utilisé? Donc l'idée d'une
politique de deuxième génération, c'est de combler les trous, si on veut, entre
les espaces créés par la charte de langue française pour créer un continuum,
pour que le français devienne véritablement la langue commune.
M. Dubreuil (Benoît) : En
travaillant sur les déterminants sociaux, linguistiques et démographiques et
institutionnels.
Le Modérateur
: ...La
Presse canadienne.
Journaliste
: Oui. Une
question, là, par rapport à la francisation, votre programme de prêts et
bourses, là. Je comprends que l'idée des prêts, évidemment, c'est pour éviter
que ça coûte trop cher au gouvernement, mais il n'y a pas un risque
d'encourager l'endettement d'une... on va dire une population qui est peut-être
un petit peu plus précaire aussi.
M. Dubreuil (Benoît) : Ce
n'est pas un risque qu'on peut... qu'on peut écarter. Par exemple, est-ce que
c'est le cas avec l'aide financière aux études en ce moment, qu'on a là, pour
les collèges et les universités? Quelqu'un pourrait soutenir que oui. Tu sais,
il y a des gens qui restent avec des prêts étudiants pendant très longtemps. Je
pense que, globalement, la conclusion, c'est que c'est quand même relativement un
bon système par rapport à l'autre solution, en fait, parce que les autres
solutions, c'est soit de rien faire, de rien... de ne pas donner de prêt ou
encore de financer tout sous forme de bourse, ce qui, là, fait vraiment
exploser les coûts de façon très rapide. Donc, l'enjeu, il existe, mais je
pense que c'est un compromis qui peut être acceptable.
L'autre point peut-être que je
mentionnerais, c'est que, quand on parle d'apprentissage du français,
généralement on n'a pas besoin de dégager trois années ou quatre années ou cinq
années de notre vie pour y arriver. À mon avis, au maximum, là, une personne
qui dit moi, je me... je prends une année, puis c'est ça que je fais, puis là
je vais vraiment devenir bon puis vraiment pouvoir accéder à des emplois qui permettent
de travailler en français. La personne peut y arriver à l'intérieur d'une
année. Donc, ça reste quand même un endettement qui demeurerait limité à cause
de ça.
Journaliste
: ...ils
n'auront pas besoin de s'endetter sur toutes les années où ils feraient le...
M. Dubreuil (Benoît) : Bien,
je compare, par exemple, à l'enseignement postsecondaire, hein? Si vous faites
votre cégep, puis après ça, vous faites l'université, le bac, si vous vous
rendez à la maîtrise, bien vous pouvez accumuler une dette d'études qui va être
impressionnante. Là, on parle de francisation, c'est une année maximum. Donc,
le maximum, c'est ça, là.
Journaliste
: Merci.
Journaliste : Merci. Avant
qu'on passe en anglais, j'aurais quelques questions pour vous, M. Dubreuil.
François Carabins, Le Devoir. Juste pour revenir rapidement sur les
intentions du gouvernement de légiférer pour étendre la portée de la
loi 101. Vous me corrigerez si ce n'est pas le cas, mais je ne me souviens
pas de vous avoir entendu proposer que ce soit le cas. Est-ce que c'est parce
que, par exemple, la portée de cette mesure-là ne serait pas nécessairement
assez importante pour inverser la tendance?
M. Dubreuil (Benoît) : Alors,
c'est une excellente question. En fait, je vous dirais que c'était quand même
sur notre radar. On a des ressources, quand même, qui demeurent limitées, donc
on a dû prioriser les sujets sur lesquels on a travaillé. Si le gouvernement
n'avait pas amené la proposition, probablement qu'on aurait fini, là, par se
pencher sur la question.
En termes d'importance de l'enjeu, il y a
un peu de ça aussi, dans le sens où, nous, on a analysé les endroits où le
français reculait de la façon la plus importante depuis 20, 25 ans. Et le
recul, il est surtout chez les diplômés universitaires, donc chez les gens de
métier, le français se porte beaucoup mieux. Donc ça ne veut pas dire qu'il n'y
a pas une logique à intervenir, on sait qu'il y a un certain nombre, là,
d'élèves, en fait, qui quittent le réseau francophone pour le réseau anglophone,
pour toutes sortes de raisons qui vont à la FGA, à la formation générale des
adultes ou à la formation professionnelle. Donc, il y a un sujet, il y a un
sujet, puis on a très hâte, justement, de pouvoir en parler plus.
Journaliste
: Très
bien. Récemment, il y a une autre personne nommée par l'Assemblée nationale qui
est venue ici, dans cette même salle, la Loi sur le commissaire au bien-être et
aux droits des enfants, pour ne pas la nommer, proposer qu'il y ait des
engagements qui soient pris par tous les partis politiques sur un certain
nombre de sujets pendant la campagne électorale. À quel point, selon vous,
est-ce que l'enjeu du déclin du français est assez important pour que ça
devienne un... un sujet d'importance pendant la campagne qui s'en vient, en
octobre?
M. Dubreuil (Benoît) : Écoutez,
c'est une... c'est une bonne question. C'est sûr que nous, notre mandat, c'est
vraiment d'amener une lecture de la situation, de proposer des mesures qui sont
constructives, en cherchant, aussi, en même temps, à rester neutres, là, sur le
plan... sur le plan politique, autant que possible, de travailler, en fait,
pour l'ensemble des... des parlementaires. Écoutez, tout ce que je peux dire,
c'est que moi, j'espère qu'il va y avoir des propositions costaudes qui vont au
cœur des... qui vont au cœur des enjeux. Je pense que tous les partis
politiques ont... ont à cœur, là, l'avenir du français, qui s'inscrit dans une
perspective plus large, aussi. Il y a une réflexion économique qu'on doit...
qu'on doit faire. Quel genre d'économie on veut pour... pour l'avenir? Bien, la
question du français est indissociable de ça. La question de la cohésion
sociale, on a des discussions sur la cohésion sociale, mais comment le
français, aussi, la culture, s'inscrit là-dedans. Donc, j'espère qu'il va y
avoir des propositions ambitieuses.
Journaliste : Très bien. Je
vais me permettre une dernière petite question, là, parce qu'on vous a parlé
des recommandations, il y en a 14, donc, qui ont été soit remplies, soit jugées
satisfaisantes, sur 31. Quelles recommandations, dans celles que vous avez
faites dans ces quatre rapports-là, vous auriez aimé voir être déjà remplies, à
cette heure-ci?
M. Dubreuil (Benoît) : C'est
une question difficile, là. Si je peux, peut-être, insister sur certains points
plus particuliers. Ce n'est peut-être pas des recommandations en particulier,
mais c'est vraiment sur l'orientation générale pour tout ce qui s'appelle le
volet main-d'œuvre, que j'associe, aussi, à la discussion sur l'immigration,
sur les travailleurs temporaires et tout ça. Il faut qu'on ait une vision d'où
on veut aller, au Québec, parce que si on est capables de se projeter, de voir,
dans 5 ans, dans 10 ans, dans 15 ans, où on veut aller en termes
de main-d'œuvre, on peut rentrer la francisation là-dedans, s'assurer que les
gens s'intègrent en français, s'assurer que les gens se font des amis en
français, s'assurer que les gens s'intègrent dans leur communauté, s'enracinent
dans leur communauté. Si on n'a pas de vision en termes de main-d'œuvre, c'est
très difficile de planifier la francisation. Et un point connexe à ça, c'est la
question de la mobilisation des milieux, au niveau local et au niveau régional.
Il faut un leadership, on le voit apparaître à certains endroits, mais ce n'est
pas encore assez structuré, ça n'a pas encore assez de portée. Il faut que les
municipalités travaillent avec les chambres de commerce, avec les partenaires
sociaux, les organismes d'accueil des nouveaux arrivants, il faut qu'il y ait
une mobilisation, aussi, de tout le milieu associatif. Il faut mobiliser la
société d'accueil, aussi, tous les Québécois qui ne sont pas issus de
l'immigration et qui ont un rôle à jouer, aussi, dans l'accueil des nouveaux
arrivants. Donc, ça, là, pour moi, tout ce qu'il y a autour de ça, c'est
crucial. Puis là, je tricherais si j'en ajoutais d'autres, mais il y a la
question de l'éducation, aussi, qui me préoccupe énormément, où j'aimerais
avoir... j'aimerais voir arriver une mobilisation beaucoup plus grande.
M. Poirier (Éric) : Mais si
c'est une question difficile, c'est que la question de l'avenir du français,
c'est une question multidimensionnelle. C'est comme si vous nous demandiez quel
chapitre de la langue... quel chapitre de la Charte de la langue française est
le plus... le plus important, lequel on devrait maintenir et, donc, lesquels on
devrait trouver plus accessoires. J'aurais beaucoup de difficulté à vous
répondre, parce que ce qui fait que ça peut fonctionner, c'est justement que
c'est un tout, que c'est cohérent, que c'est pensé ensemble comme un ensemble
global, là.
Le Modérateur : Merci. Je
pense que ça fait le tour des questions en français. À ce moment-là, on va
commencer la période des questions en anglais avec...
Journaliste :
Yeah, good afternoon. Out of all the
recommendations, only five have been fully applied. I just want to know, like,
where is this gap in action? Is this a lack of action from… from the
governments?
M. Dubreuil
(Benoît) :
I
think the main explanation was that we came up with the idea that we needed a
paradigm shift, that we needed a new way to look at language policy. So, a lot
of the recommendations that we… we came up with were really targeted on
departments that were not used to think of the… that they had a role in
language policy. So, if you're kind of familiar with the way government works,
it takes a lot of pressure, it takes a lot of discussions, many reports just to
have people become, even, familiar with the issue, develop a minimum sense of
ownership, and then, when you develop this minimum sense of ownership, starting
just to think of potential policy, it's a lot of work. So, I don't… I don't
want to be overly critical of the work that has been done. I think we have
contributed to starting a paradigm shift, and we are definitely going to keep
pushing in this... in this direction. But what we hope from the next government
is kind of a vision that will be supported by whole of government, where the
ministère de la Langue française, for instance, will not be alone as...
perceived as the only department that is actually responsible for promoting the
use of French as a common language.
Journaliste
: And when it comes to the decline in French, are you worried where
Québec is headed right now?
M. Dubreuil (Benoît) :
Yes, it depends of the days. There are
days where I'm more optimistic and days when I'm less. I... We can go back to
the to the data because we have documented, I think, pretty extensively where
were the places where the challenges were greater. We know that it's on the
labor market in different neighborhoods of Montréal and Gatineau to a certain
extent, we know in which industries, which sector, the decline is the
strongest. I think we start understanding pretty well. We know that there is a
whole issue with cultural practices, especially online, especially when it
comes to audiovisual content. We know that there's also a drop in the use of
French as in everyday life, as a general language of socialization. So, I think
we have identified pretty well.
At the same time, I want
to say that I read a lot about what is going on in countries or societies where
the process of minorization of language is much more advanced than here. So,
when I see people trying to defend the Irish language, the Welsh language, the
Basque language, I say : Oh my God, they are extremely motivated in
situations that are incredibly more difficult than our. So, it creates a part
of optimism.
Journaliste
: And just my last question, I know you mentioned that it's really
hard to pinpoint a specific recommendation, but if there's an area that you
think needs the most work, is it immigration? Is it education? What area would
that be?
M. Dubreuil
(Benoît) :
I
think it's more in terms of planning, in terms of regional planning. What we
need is a government that works with local authorities to mobilize business, to
mobilize schools, to mobilize colleges and universities, trade unions and
different associations around work plan with very specific objectives. We need
to have an understanding of where we want to go in terms of labor. So, we are
facing at the moment structural challenges in terms of labor. How are we...
What kind of economy do we want? Who is going to fill these jobs? And when we
decide that, then we can plan the learning of French by those people. We can
make sure that they integrate in their local environment. So this whole idea
that we need kind of comprehensive approach at the regional level is something
that is absolutely central.
Le Modérateur
: Merci. Le dernier mais non le moindre, Philippe Authier, la Gazette
Journaliste
: Good afternoon. Just to go back about... Tomorrow, the Government
is looking... will present an act to regulate the language of instruction in
vocational training and adult general education. I know you say you have not
studied this subject in detail. But you... Do you think this is actually a big
issue that needs to be addressed? Last week, Mr. Roberge revealed that it
would be 27,000 students, which would be transferred from the English to the
French system. How do you perceive this issue?
M. Dubreuil
(Benoît) :
Yes.
So for me, when it comes to, let's say, post mandatory education, I don't know
if the concept exists, but the number one challenge was more at the university
level. So I think we need an engagement with English speaking universities to
make sure that graduates from English speaking universities have better
knowledge of French, then to use French more on the labor markets. I think
that's where the number one challenge is. When we... When we look at where
French is going down, it is among university graduates. So that's where the
number one challenge is.
That being said, we know
that there is an issue with adult education and vocational training. We are
trying to understand what data are available, but we have read a lot about
qualitative research on the school trajectories of kids with immigration
background. And we know that there is a certain type of kids who enter French
immersion in French schools, and at some point they... they really struggle to
grasp the language. They have different issues in integrating the French school
system, and we know that many of them will then move to English education. So
there's something that we need... So there's an issue, that's an issue that
exists since a long time. I think it is a challenge that is connected with how
we have a system that works for a certain type of kids.
Journaliste :
You have also pleaded in the past for
better francization programs so that, when you actually want to teach people
more French, the teachers are there, the classrooms are there. Do you think the
Francophone system can take in, is ready to take in these 27 000 students
and can properly educate them in the... in technical courses and vocational
courses in French?
M. Dubreuil
(Benoît) :
Yes.
Well, there's a question of capacity that I cannot... I cannot answer. So, I've
heard that it could be an issue. What kind of collaboration or transition could
be proposed to address this issue? I just can't wait what the Government will
propose tomorrow. And we'll definitely look at the bill that is tabled.
Journaliste :
And I was reading an article by my
colleague, Mr. Le Devoir here, in which he says that only 48 % of
your recommendations have been implemented. Do you think the Government is not
listening to you, doesn't care, or is it a question of money?
M. Dubreuil
(Benoît) :
Well,
in a government, it's often a question of money. But, at the... in this case, I
don't think it is solely or primarily a question of money. I think it is more
about the fact that we propose to look at language policy from a perspective
that is very significantly different from the one that has existed in Québec in
over the past decades. So, we bring the language policy debate to a different
direction. And I think this could have been surprising for a number of
departments. Because departments are good at doing their own thing in their
silo, right? Government creates silo. That's how it works, that's why it is...
it is effective. When you bring horizontal issues that come... do not fit with
the way things are organized, it takes way more time to actually act on it.
Journaliste :
Thank you.
Le Modérateur : Merci. C'est
donc ce qui met fin à cette conférence de presse.
(Fin à 13 h 52)