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(Onze heures quarante-six minutes)
M. Jolin-Barrette : Bonjour à
tous! Nous sommes malheureusement arrivés aujourd'hui à un point de rupture
pour le projet de loi un. Le projet de loi constitutionnelle de 2025 sur le
Québec ne pourra vraisemblablement pas être adopté. Avec le temps qu'il reste à
la session parlementaire, il aurait fallu avoir le consentement des oppositions
pour procéder à l'adoption du projet de loi. Ce que j'ai demandé à de... à
maintes reprises, mais que les oppositions ont toujours refusé.
Certains m'ont questionné au cours des
derniers jours en me disant : Pourquoi continuez-vous de siéger, alors que
c'est pourtant clair que les oppositions ne laisseraient pas passer la
Constitution? À cela, je répondrais : Tenter de protéger nos valeurs et ce
que... ce qui fait du Québec une nation distincte, ce n'est jamais une perte de
temps, tenter de renforcer l'autonomie du Québec ici et à l'international, ce n'est
jamais une perte de temps, tenter de rassembler les Québécois et les
Québécoises autour d'un symbole d'affirmation nationale, ce n'est jamais une
perte de temps, tenter d'outiller le Québec sur le plan juridique et
constitutionnel dans la fédération canadienne, ce n'est jamais une perte de
temps.
Pour toutes ces raisons, je devais tout
tenter pour arriver à l'adoption d'une constitution québécoise. Je le devais
aux équipes de nombreux juristes qui ont travaillé durement pour en arriver au
dépôt de ce projet de loi. Je le devais aux collègues engagés de la partie
gouvernementale et des oppositions qui ont siégé pendant de longues heures en
commission parlementaire, en consultations, en étude détaillée, et qui ont pris
cet exercice au sérieux. Mais surtout, je le devais aux Québécois et aux
Québécoises, qui méritent d'avoir une constitution dans laquelle ils peuvent se
reconnaître. Je le répète, c'est une anomalie qu'un État comme le Québec n'ait
pas encore de constitution codifiée, et tout le monde le reconnaît.
Et, s'il y a une chose dont je suis fier,
c'est que le projet de loi un a permis de ramener les enjeux constitutionnels à
l'avant-plan, de ramener le sujet dans les discussions. Cela faisait des
décennies qu'il n'y avait pas eu de débat sur les enjeux constitutionnels au
Québec, on se contentait du statu quo, et aujourd'hui, les quatre partis
représentés à l'Assemblée nationale s'engagent à présenter une Constitution. Si
notre projet est parvenu à sortir le Québec de l'immobilisme et de l'inertie
constitutionnelle dans laquelle il se trouvait depuis trop longtemps, c'est un
gain en soi. Je vous remercie.
Journaliste : ...Jolin-Barrette,
vous êtes un parlementaire hyperactif, là, vous avez déposé, je pense, plus d'une
quinzaine de projets de loi depuis le début de la législature, mais ne pas
avoir réussi à adopter...
M. Jolin-Barrette : Plus de
40 projets de loi depuis 2012.
Journaliste : Bon. Ne pas
avoir réussi à adopter cette constitution, qui est un peu votre joyau, là,
est-ce que... à quel point ça va être une tâche sur votre bilan législatif?
M. Jolin-Barrette : Bien,
moi, je suis très fier, écoutez, d'avoir amené le projet de loi de constitution
du Québec le plus loin possible, que ça n'a jamais été appelé. Il y a des
projets de constitution qui avaient été réfléchis, que ce soit par l'Union
nationale, le Parti libéral du Québec, le Parti québécois, l'ADQ, même Québec
solidaire aussi, et on a déposé le projet de constitution le plus complet pour
la nation québécoise, pour l'État québécois et que les Québécois et les
Québécoises puissent avoir une constitution qui va défendre leurs droits,
défendre leurs droits individuels, défendre leurs droits collectifs, et qui va
surtout permettre d'avoir des outils juridiques pour la nation québécoise à
l'intérieur du Canada.
Alors, le fait d'avoir essayé, le fait
d'avoir constamment travaillé là-dessus en commission, auparavant, aussi, pour
la rédaction du projet de loi, qui a pris des années, bien, j'en suis très
fier, puis je suis très fier de travailler pour l'intérêt collectif des
Québécois, pour le service public et pour faire en sorte que le Québec soit
plus fort, qu'il ait davantage d'autonomie et, pour ça, ça me rend extrêmement
fier d'avoir contribué à ça.
Journaliste
:
Reconnaissez-vous des torts dans cet échec?
M. Jolin-Barrette : Moi, je
pense qu'on a tout fait pour faire en sorte d'amener le projet de loi le plus
loin possible. Alors, pour moi, c'est évident que c'est une avancée constitutionnelle
majeure qu'on a faite. Écoutez, avant que je sois saisi des dossiers de nature
constitutionnelle, on n'en parlait pas, c'était le statu quo, c'était l'hiver
constitutionnel du Québec depuis des dizaines d'années. On a ramené, en 2022,
l'aspect constitutionnel avec la loi n° 96, en
inscrivant, noir sur blanc, dans la Loi constitutionnelle de 1867, que les
Québécois et Québécoises forment une nation. On n'a pas attendu après personne,
maintenant, pour définir qui on est et pour définir aussi qu'on a le droit
d'exister. On attendait toujours, avant, après tout le monde, après le reste du
Canada, après les autres gouvernements.
Et surtout, aujourd'hui, là, aujourd'hui,
le Québec existe, il a une existence constitutionnelle. Nous-mêmes, nous nous
reconnaissons dans la Loi constitutionnelle de 1867, et le projet de loi n° 1 était la poursuite de ce qu'on a fait avec n° 21...
Journaliste
: Mais
êtes-vous déçu? Est-ce que vous reconnaissez votre tort?
M. Jolin-Barrette : ...la
poursuite de ce qu'on a fait avec n° 96, la poursuite
de ce qu'on a fait avec les différentes législations. Alors, je suis très fier
de travailler pour les Québécois. Puis, vous savez, mon engagement politique,
il est pour la nation québécoise, puis il va le demeurer.
Journaliste : Mais êtes-vous
déçu, M. Jolin-Barrette, que... Parce que vous avez beaucoup travaillé
là-dessus, vous avez pensé longtemps que vous seriez capable de le faire
adopter. Est-ce que c'est une déception, le cul-de-sac dans lequel on arrive?
M. Jolin-Barrette : Moi, vous
savez, je suis optimiste puis j'ai toujours confiance, j'ai confiance dans la
nation québécoise, parce que...
Journaliste : Mais là il ne
peut plus y avoir confiance, ça finit demain, là, c'est fini, là.
M. Jolin-Barrette : L'Assemblée,
la législature, elle est terminée, mais la nation québécoise, son existence
puis le fait qu'elle devienne plus forte, qu'elle ait davantage d'outils, bien
c'est un pas dans l'histoire de la nation québécoise. Alors, écoutez, pour moi
de contribuer et d'avoir contribué à ça, j'en suis extrêmement fier.
Et, vous savez, on a mis au jeu un texte
qui est sérieux, et que, si ce n'était pas du temps et de la partisanerie, en
lien avec la fin de la session, ce texte-là aurait été adopté, parce qu'il n'y
a rien dans le texte, absolument rien dans le texte qui est problématique,
surtout, suite aux consultations. On a entendu les gens, on a apporté les
amendements nécessaires, j'ai déjà déposé des amendements. Alors, il n'y a
rien, dans le texte, sur la laïcité, la langue française, l'égalité entre les
hommes et les femmes, qu'on vient consacrer qu'au Québec c'est une valeur
collective, une valeur primordiale, et que les textes de loi doivent
s'interpréter en fonction de l'égalité entre les hommes et les femmes, et que,
s'il y a un conflit avec le droit à la liberté de religion, si un homme, dans
le cadre de services publics, refuse de se faire servir par une femme pour des
raisons religieuses, bien, le texte de la Constitution disait qu'on n'accepte
pas ça au Québec.
Puis je pense que ça, ça doit susciter des
réflexions, à l'effet que les collègues des oppositions, au lieu de regarder
l'intérêt supérieur du Québec... et de dire : C'est vrai, on en a besoin,
d'une constitution, qui va venir faire en sorte que notre droit va être
consolidé, qu'on va donner davantage d'outils au Québec à l'intérieur de la
fédération canadienne, pour défendre son autonomie, pour défendre son identité,
pour défendre ses spécificités, sa langue, sa culture, l'intégrité de son
territoire, ses ressources naturelles. Alors, moi, je suis fier d'avoir
contribué à tout ça.
Journaliste : Pourquoi ne pas
avoir utilisé le bâillon? Pourquoi ne pas avoir utilisé le bâillon?
M. Jolin-Barrette : On est
dans une situation où on arrive à la fin de la session...
Journaliste
:
Justement.
M. Jolin-Barrette : ...et ça
appartient au leader parlementaire et à la première ministre.
Journaliste
: Est-ce
que... ça vous blesse que Mme Fréchette n'ait pas fait ce choix-là? Parce que
M. Drainville l'avait promis, lui. Est-ce que Mme Fréchette porte une part de
responsabilité dans cet échec-là?
M. Jolin-Barrette : Bien,
dans un premier temps, moi, je pense que c'est un succès et une réussite d'avoir
ramené les débats constitutionnels au Québec, et surtout, de sensibiliser la
population...
Journaliste
: Oui, mais
elle n'est pas adoptée, là.
M. Jolin-Barrette : Oui, mais
c'est une avancée significative. Et on est, vous savez...
Journaliste
: M.
Drainville l'aurait adoptée sous bâillon...
M. Jolin-Barrette : ...dans
un Parlement où il y a des formations politiques, puis les oppositions ont
décidé... et je l'ai demandé à de multiples reprises aux oppositions s'ils
allaient consentir et, encore hier soir, ils ont dit non, de la part du Parti
libéral et de la part de Québec solidaire. Alors, c'est une réussite, mais
que... que voulez-vous.
Journaliste
: ...
M. Jolin-Barrette : J'ai
investi énormément de temps au bénéfice des Québécois. Puis, pour moi, je vais
être fier du travail que l'équipe gouvernementale a fait sur la Constitution
parce que ça représente des avancées significatives. Puis prenez le contenu du
projet de loi. Oui, il y a la Constitution dans la partie 1, il y a une
loi sur l'autonomie constitutionnelle dans la partie 2, pour faire en
sorte de développer les conventions constitutionnelles, de faire en sorte que
le Québec prenne sa place dans les institutions de la fédération canadienne
pour défendre la souveraineté de l'Assemblée nationale, pour défendre la
primauté du droit, l'indépendance judiciaire. Vous avez des modifications à la
Loi constitutionnelle de 1867, pour la tradition civiliste du Québec, pour le
fait que la laïcité de l'État, ça a caractérisé... ça caractérise le Québec,
pour faire également que notre modèle d'intégration se retrouve également. On a
une loi sur l'intégration nationale, c'est important de dire qu'au Québec, le
modèle d'intégration, ce n'est pas le multiculturalisme, mais aussi la création
du Conseil constitutionnel. Alors, pour... pour tout ça, moi, je pense que les
Québécois auraient été gagnants, et j'ai confiance en l'avenir.
Journaliste
: ...et on
va le retenir, on va le retenir, ce que vous dites. Il n'y a aucune part de
responsabilité du ministre actuel, du gouvernement dans l'échec de ce projet de
loi là. Ce n'est que de la partisanerie. C'est ça que vous dites aujourd'hui.
M. Jolin-Barrette : Ce que je
dis, c'est que je suis très fier d'avoir contribué à présenter le projet de loi
de constitution le plus complet possible pour les Québécois, de défendre les
valeurs, les intérêts, les droits et les libertés des Québécois. Et on se
retrouve dans une situation où on manque de temps à la fin de la session, les députés
des oppositions ont pris énormément de temps sur chacun des articles, avec des
techniques parlementaires qui ne suscitent pas l'efficacité, dirais-je. On a
siégé toute la semaine dernière jusqu'à 21 h 30, 22 h 30,
22 h 30 jeudi aussi. J'ai proposé de rallonger les heures de
commission la semaine dernière, cette semaine aussi. Alors, on est dans une
situation où je constate la situation. Mais une chose est sûre, c'est qu'on a
travaillé à donner des outils à la nation québécoise, et, pour ça, on ne s'excusera
jamais de faire en sorte de donner davantage de pouvoir.
Journaliste
: …remarks that you're… that
you're leaving, dropping the project and tell us why?
M.
Jolin-Barrette : Well, we decide to say at
that time because we don't have the consent of the opposition until tomorrow,
and we need their consent to adopt that bill. So that bill cannot go forward
because we don't have the… the consent of the opposition party. So we're in a
situation that we have tabled a bill for the rights of the Quebeckers, for the
rights of the nation, and we are proud to have done what we have done to take
back the subject on the table that we are in a constitutional winter for over
decades, and now we are talking about constitutional rights of the Québec
nation, and I think that's important inside Canada. And we will always fights…
fight for the rights of the Québec nation.
Journaliste
: Do you blame the opposition for obstructing?
M. Jolin-Barrette : Well, that's part of the game that they decide to… to play. I asked
them still yesterday: Will you agree to adopt that bill since the end of the
session? And clearly, they say no. So, I try hours over hours to be
constructive, to answer all their questions and to make that happen. So, for
now, for June 11th, that not happen, but future is open.
Journaliste :
How does it make you feel that it… it
didn't work out this time?
M.
Jolin-Barrette :
Well, I'm always optimistic. I will always fight for public
services, always, always fight for the fact that we need more power. And the
competency… the field of competency of Québec should be protected. Our autonomy
should be growing up inside Canada. And what we were tabled was part of bills that
already exist, that was adopted by Québec Liberal Party, by Parti québécois or
by Coalition avenir Québec. But the fundamental values that link all the Quebeckers are there. And there is nothing
in the bill that the Opposition party that are not agree with that because it's
already in our laws. So… So, I will say: We need to think about public interest
first and then think about partisan interest in that case. So, I… I will always
put my faith in the nation.
Journaliste :
And could I get you just on the ticket
resale law?
M.
Jolin-Barrette : Yes.
Journaliste
: So, that's passed.
M.
Jolin-Barrette :
Yes. Good news, good news.
Journaliste :
There you go! One win today. How do you
feel that it's going to… How will it… this change for Quebeckers who want to
buy tickets on Ticketmaster and want to attend concerts in Québec?
M.
Jolin-Barrette :
Yes, it will change a lot of things. First of all, it will change
things on the wallet and the money in the pocket of the consumers. That's
really important because right now, before that bill, people didn't know that
they were on a resale website of ticket. And now we will put more transparency
and it… it will be really more clear, and we give more information to the consumer.
And one thing is
important, is be careful when you buy some tickets. You should go on the
official website of the artist or on the place that the show is… is going on.
And we don't want some parasite, cultural parasite, in the system. And that's
what we are tackle with that bill, to give all the tools to the consumer to buy
the ticket at the… a right price, and also now, on the resale website ticket…
ticket website, you will have the obligation to write maybe there are some
tickets at less cost on another website. They will have to know that they are
really on a resale ticket website, and we reinforce the different obligation
for the consumer to... for the right to know and the right to make a good
choice. And it's really important, our cultural industry is sometimes
suffering. So, if you have the possibility to see three shows at 50 bucks, 50
bucks each, it's better than to see one at 150. And the artists and the
producer have nothing more, and that's only the cultural parasite that use
that.
Journaliste
:
Juste, rapidement, M. Simon Jolin-Barrette, la Constitution, quelle place
elle devrait occuper dans la plateforme électorale de la CAQ, selon vous?
M. Jolin-Barrette : Bien, ça,
c'est la prérogative de la première ministre.
Journaliste
: ...la
voir mise de l'avant, j'imagine?
M. Jolin-Barrette : C'est la
prérogative de la première ministre de constituer la plateforme électorale.
Des voix : Merci.
(Fin à 12 h 03)