(Quinze heures vingt-trois minutes)
M.
Bonnardel
: Écoutez,
merci d’être là. Le premier constat : l’industrie minière au Québec ne se
sent plus la bienvenue au Québec. Vous le savez, les chiffres sont inquiétants,
quand on parle que, pour la première fois en 10 ans, les investissements ont
diminué en 2013, que les dépenses d’exploration ont baissé de 28 % au
Québec, comparativement à 15 % partout ailleurs au Canada.
Et, au printemps dernier, vous savez, j’ai
demandé une demande d’accès à l’information sur un projet de grappe minière qui
pourrait prendre forme dans les prochaines semaines, sinon les prochains mois.
Si vous obtenez le document, on pourra vous en donner des copies, ce projet est
déjà en retard. Et, quand j’ai reçu ce document, bien, vous comprendrez que tous
les projets d’investissement, de mise en valeur — il y en avait à peu
près 32 — avaient été caviardés, avec aussi tout ce qui est les
minéraux, donc, qui pourraient être transformés.
J’ai fait des recherches, ça a pris des
mois, et j’ai réussi à obtenir ce document avec les bonnes informations. Donc,
on parlait d’à peu près 40 milliards d’investissement dans ce document,
sur une période d’une décennie. Et le boulot qu’on a fait, bien, c’est de
ressortir, un, ces projets d’exploration et de mise en valeur, et de regarder
si, vraiment, dans les 15 derniers mois, est-ce que tous ces projets
pouvaient être mis en place dans les conditions que je vous disais, deux
facteurs importants au Québec présentement : le facteur mondial de la
baisse du prix des métaux et le facteur PQ, le facteur Martine Ouellet, qui est
extrêmement inquiétant pour le Québec depuis les 15 derniers mois.
Donc, je demande à la ministre des
Ressources naturelles de nous déposer le vrai portrait de la situation des
investissements miniers au Québec. C’est la semaine où il y a un congrès
présentement à Québec. Je pense que ces investisseurs ont besoin d’être
rassurés, que la confiance revienne au Québec en termes d’industrie minière.
Vous le savez, les redevances ont baissé de près de 150 millions entre
l’année record de 2012 et l’année 2013. Donc, j’ose croire que la première
ministre prend acte de cette situation et puisse donner des réponses à ces
questions.
M. Journet (Paul)
:
Est-ce que… préciser les documents, là? Je ne suis pas sûr de bien avoir
compris tous les chiffres dont vous nous parlez, là. C’est quoi la hauteur des
projets qui ont été reportés ou suspendus? Et quels liens peut-on faire avec le
gouvernement?
M.
Bonnardel
:
Premièrement, dans les 32 projets ou à peu près, on peut en calculer à peu
près huit qui sont complètement abandonnés ou suspendus. Ça, c’est...
M. Journet (Paul)
:
C’est de l’exploration ou de l’exploitation?
M.
Bonnardel
:
Les deux.
M. Journet (Paul)
:
C’est les deux mélangés?
M.
Bonnardel
:
Les deux, mais c’est des projets de mise en valeur, des projets d’investissement,
quand... Puis là j’ai sorti les communiqués de presse de ces projets pour qu’on
comprenne que, oui, je vous disais tantôt, c’est bien important, il y a le
facteur mondial, ça, j’en suis extrêmement conscient, mais il y a le facteur
PQ, là, il y a le facteur Martine Ouellet qui est inquiétant pour les
investisseurs miniers. Je vous l’ai répété au printemps dernier, je vous le
répète encore, j’ai rencontré des dizaines d’investisseurs qui doivent lever du
cash partout dans le monde, que ce soit à Tokyo, à Hong Kong, à Calgary, à
Toronto, Chicago; ces investisseurs ne peuvent plus lever de l’argent au
Québec. Et cette situation a assez duré, cette confiance qui n’est plus
là, doit cesser.
Et là-dessus, bien, vous allez me dire,
2,8 milliards ou à peu près d’investissement, c’est majeur, là, c’est
majeur quand on regarde ces montants sur une courte période. Est-ce que ces
projets seront complètement abandonnés? Selon certains communiqués de presse de
ces entreprises, oui. D’autres sont suspendus. Pour combien de temps? On ne le
sait pas, alors ce sera à évaluer.
Mais, au final, je demande à la ministre,
à la première ministre de rétablir ce climat de confiance. Et, s’il le faut...
Qu’elle nous dépose premièrement, si elle n’a aucune crainte, tous ces projets
d’investissement qui sont dans ce projet de grappe minière, pour nous donner
l’étendue de cette mise en place de ces investissements, ou combien d’autres de
ces projets pourraient être abandonnés
Mme Nadeau (Jessica)
: Mais,
M. Bonnardel, sur le projet de loi sur les mines, qui servait justement à
rassurer les investisseurs en leur donnant un cadre clair, vous avez voté
contre. Donc, ce n’est pas contradictoire, cette position-là?
M.
Bonnardel
:
Non, parce que, premièrement, il y avait quatre points importants du côté de
notre formation politique. Premièrement, il y a un pouvoir discrétionnaire
beaucoup trop élevé. Je pense qu’on calcule 160 articles dans ce projet de
loi. On ne peut pas donner ce pouvoir discrétionnaire à une ministre
dogmatique. J’ai toujours dit qu’il ne faut pas mettre en opposition développement
économique et environnement, et, dans ce contexte, la ministre ne me rassure
pas, ne rassure pas les parlementaires puis encore moins les investisseurs.
Mise aux enchères des claims, dépôt d’une
étude de faisabilité sur la transformation et l’étude environnementale sur tous
les projets; pour nous, ça, à la base, c’était impensable d’accepter ça. Alors,
c’est pour ça que je lui ai dit : Si vous déposez un autre projet de loi,
n’attendez pas qu’il y ait l’adoption de principe, donnez-moi un coup de
téléphone, on va s’asseoir puis on va essayer de trouver un terrain d’entente.
Mme Prince (Véronique)
:
Et il va falloir quoi, justement, dans cette prochaine mouture là, pour que
vous adoptiez le principe, que vous soyez en accord? Parce que, là, elle parle
de quatre amendements, là, qu’elle pourrait apporter.
M.
Bonnardel
:
Une ministre pragmatique, pragmatique, qui comprend la situation, une ministre
qui va être ouverte à la discussion, une ministre qui va être capable d’appeler
l’opposition et lui dire… et de leur dire : Il faut trouver une solution,
là, pour avoir un cadre réglementaire précis puis un système de redevances
concurrentiel. Dans ces conditions
Mme Prince (Véronique)
:
Donc, un changement d’attitude.
M.
Bonnardel
: Bien
oui. La ministre vous a dit, là, presque la main sur le cœur : Je viens de
me rendre compte finalement que j’étais dans un gouvernement minoritaire.
«Youhou», ça fait 15 mois que vous êtes dans un gouvernement minoritaire.
Vous étiez où? Pourquoi vous ne nous avez pas appelés? Pourquoi vous ne nous
avez pas appelés pour trouver un terrain d’entente?
Alors, je vous dis aujourd’hui que, dans
ce contexte, encore une fois, pourquoi on a caché ces informations, c’est
peut-être parce que la situation n’est pas si rose.
M. Journet (Paul)
: Le
projet de loi n° 43, avec les quatre amendements que projette de faire
Martine Ouellet, allez-vous adopter le principe et collaborer pour qu’on en fasse
l’étude détaillée?
M.
Bonnardel
:
Ce n’est pas assez, M. Journet. Tant qu’elle voudra autant de pouvoir
discrétionnaire…
M. Journet (Paul)
:
Oui, mais c’est parce que l’amendement… dans les quatre amendements qu’elle
projette de faire, il y en a un où elle renoncerait à son droit de regard sur
les schémas d’aménagement, qui est le pouvoir discrétionnaire auquel vous
faites allusion, qui fait peur aux municipalités. Elle a annoncé qu’elle
céderait là-dessus avec un amendement. Est-ce qu’avec ça vous accepteriez…
M.
Bonnardel
:
Ce n’est pas assez.
M. Journet (Paul)
:
Non?
M.
Bonnardel
:
Ce n’est pas assez. Il y a le contexte aussi d’intérêt public. Elle parle, dans
ce projet de loi, d’un contexte d’intérêt public. Donc, si l’intérêt public
n’était pas là, elle pourrait elle-même définir qu’un projet minier serait
mort. Le problème, il est là. C’est que moi, je veux mettre ce projet de loi à
l’abri d’un ou d’une ministre dogmatique.
M. Corbeil (Michel)
:
Vous êtes résigné à ce que… ne pas avoir de projet de loi, de nouveau projet de
loi avant le prochain gouvernement, dans ce cas-là. Il n’y a pas de signe de
désaveu de Mme Ouellet.
M.
Bonnardel
:
Si la ministre veut déposer un projet de loi dans deux semaines, avant le
15 novembre ou 14 novembre, je ne sais plus trop, là, pour qu’il soit
accepté d’ici à Noël, à moins qu’on fasse, un, deux, trois, c’est peu probable,
là, mais je suis ouvert. Je vous l’ai dit un peu de façon rigolote, là, mais la
ministre, là, mon numéro de téléphone, je vais le lui laisser, elle est capable
me rejoindre au cabinet du whip, qu’on trouve un terrain d’entente. Mais, si
elle reste aussi dogmatique dans ses positions, c’est impossible, on ne
trouvera pas de terrain d’entente.
Mme Biron (Martine)
: Est-ce
que c’est possible d’adopter un projet de loi sur les mines avec cette ministre-là,
avec Martine Ouellet aux Ressources naturelles?
M.
Bonnardel
:
Il y a peu de confiance de la part de l’industrie, il y a peu de confiance de
la part des porte-parole de l’opposition. Je n’ai pas vu d’ouverture. Moi, je
suis tombé en bas de ma chaise quand je l’ai vu vous dire, en plein «hot room» :
Je viens de me rendre compte que je suis dans un gouvernement minoritaire. Mme
Ouellet, ça fait la deuxième fois en 125 ans qu’il y a un gouvernement minoritaire
au Québec. J’étais là en 2007‑2008, j’ai vu M. Charest en cohabitation avec les
deux oppositions.
Bien, je demande la même chose à Mme
Ouellet puis à la première ministre : Réveillez votre ministre, là.
Dites-lui qu’on est dans un contexte minoritaire, qu’elle peut parler à
l’opposition, parce que, oui, la situation est grave dans le domaine minier.
Les entreprises, ces compagnies-là ne se sentent plus les bienvenues au Québec.
Mme Nadeau (Jessica)
:
Sur le projet de loi sur les redevances minières, vous avez demandé des
consultations. Pourquoi vous demandez des consultations alors qu’on sort à
peine d’une période de consultation sur le projet de loi sur les mines?
M.
Bonnardel
:
Bien, premièrement, ça va être des consultations qui vont être beaucoup plus
courtes. Je pense que le ministre... le leader de l’opposition et mon leader,
M. Deltell, l’ont bien mentionné. Ça peut être des consultations qui vont durer
une dizaine d’heures. Une dizaine d’organismes plus particuliers, plus
spécifiques sur la situation vont pouvoir nous donner une explication sur ce
système de redevances qui devra être adopté et faire des comparaisons avec les
autres provinces.
Mme Nadeau (Jessica)
:
Mais ça n’a pas déjà été discuté trois fois plutôt qu’une, déjà?
M.
Bonnardel
:
Pas spécifiquement sur ce sujet. Je pense que KPMG et Secor ont sorti des études,
mais on n’a pas eu le temps vraiment de comparer le système de redevances que
le gouvernement veut faire adopter aujourd’hui comparativement aux autres
provinces canadiennes, ou même à l’Australie, ou à d’autres pays, là. Alors, c’est
pour ça qu’on en demande des plus courtes. On ne demande pas de passer trois
semaines comme on... même plus que ça, comme on l’a fait la dernière fois, sur
le 43, là, plus précis, là.
Mme Nadeau (Jessica)
:
Quand le gouvernement dit... quand M. Bédard dit que c’est inutile, ces
consultations-là...
M.
Bonnardel
:
Bien, je ne pense pas que ce soit inutile. Dans le contexte où on est
aujourd’hui, si, minimalement, la ministre rassure ces investisseurs dans ses
commentaires, ce sera déjà un énorme pas de fait.
M. Journet (Paul)
:
Est-ce que vous avez compris qu’on n’aura pas besoin de passer au vote pour que
ça s’applique à partir de 2014? C’est votre compréhension?
M.
Bonnardel
:
Bien, j’ai compris que ces consultations devront être faites. Je pense que M.
Bédard vous l’a dit, l’a mentionné à la fin, qu’il allait y avoir des
consultations, qu’on pourrait, après ça, adopter le principe et discuter de ce
projet de loi, parce que, là, c’est... l’application se fait, mais jusqu’à tant
qu’on adopte ce projet de loi, là.
M. Journet (Paul)
: Mais
est-ce que j’ai bien compris, même s’il n’y a pas de vote, ça va quand même
s’appliquer en 2014?
M.
Bonnardel
:
Il va s’appliquer le 1er janvier. Si, à la fin de cette session-ci, nous
n’avions pas adopté ce projet de loi encore, ça va prendre forme le 1er janvier,
jusqu’à tant qu’on adopte officiellement cette loi.
M. Journet (Paul)
: Si
on vote contre, ça ne passe pas ou...
M.
Bonnardel
:
Ce serait battu.
M. Journet (Paul)
:
Donc, ça ne serait jamais en vigueur.
M.
Bonnardel
:
On reviendrait à l’ancien régime de redevances.
Le Modérateur
:
Dernière question.
M. Gagné (Louis) : Vous pensez
quoi des... peut-être sur un autre sujet, là, de la sortie de M. Allaire sur la
position de la CAQ vis-à-vis de la charte et sur la religion musulmane aussi?
M.
Bonnardel
:
Bien, je pense que mon chef l’a mentionné tantôt, je dénonce moi aussi les
propos que M. Allaire a faits. Je pense que, dans ces conditions, de faire un
combat spécifique sur les musulmans, il faut pas mal plus combattre les
extrémistes au Québec. C’est là-dessus qu’il faut faire ce combat.
Maintenant, je pense que la charte est importante
et, encore une fois, j’espère que le gouvernement du Parti québécois sera assez
ouvert pour discuter avec la deuxième opposition. On peut ne pas être très,
très loin pour faire adopter cette charte, et j’ose croire qu’on ne partira pas
sur un long débat en consultation générale qui pourrait durer un an, sinon
jusqu’à la prochaine élection, ce qui serait extrêmement malsain pour tous les Québécois,
surtout dans les conditions et le climat social qu’on voit présentement.
M. Gagné (Louis) : Est-ce que
les anciens partisans de l’ADQ ont raison d’être déçus? Est-ce que, d’après
vous, ils sont déçus de votre position vis-à-vis de… comme le suggère M. Allaire?
M.
Bonnardel
:
Non. Moi, écoutez, j’étais abasourdi, ce matin, de voir les commentaires de M.
Allaire. Moi, il n’y a personne de l’ancienne ADQ, feue ADQ, qui m’a appelé
pour me dire : Mon Dieu! Ça n’a pas de maudit bon sens, ce qui se passe. Je
pense que de grands premiers ministres ont mentionné que notre position de
compromis était sûrement la meilleure.
Maintenant, j’ose croire que le PQ ne
voudra pas faire que cette charte ou ces discussions continuent pendant… ad
vitam aeternam, pendant 12 mois, parce que là ça pourrait être extrêmement
dangereux. Vous avez vu, de toute façon, la situation quand on fait
Bouchard-Taylor. Alors, je pense que le Québec mérite mieux, là, puis le Québec
doit avancer économiquement, là.
Le Modérateur
: Merci.
(Fin à 15 h 34)