Conférence de presse de M. Benoit Charette, député de Deux-Montagnes
Le point sur son avenir politique
Version finale
Tuesday, June 21, 2011, 11 h
Salle Evelyn-Dumas (1.30),
édifice Pamphile-Le May
(Dix heures cinquante-cinq minutes)
M. Charette: Bien, en fait, le communiqué a été diffusé à travers CNW, là. C'est possible pour vous d'y accéder aisément. Pardon?
M. Plouffe (Robert): Votre texte à vous est sur CNW?
M. Charette: Oui, également, également. Donc, vous me permettrez de faire la lecture suivante. Dans un premier temps, merci de vous être déplacés. Donc, après 17 années d'engagement soutenu et sincère au sein du Parti québécois, d'abord comme simple militant, puis comme membre d'exécutif local et régional, ensuite comme président de circonscription et ultimement comme député depuis la dernière élection, j'annonce aujourd'hui que je cesse mon association avec le Parti québécois et que je me retire conséquemment du caucus de l'opposition officielle. Cette décision est effective dès à présent.
Bien que cette annonce survienne alors que le Parti québécois vit un épisode de turbulence, elle n'est en rien attribuable aux événements des dernières semaines, elle est plutôt le fruit d'une longue réflexion. Chez les militants et les députés du Parti québécois, on retrouve des individus pour qui gouverner la province de Québec n'est, d'aucune façon, souhaitable et envisageable. Leur implication et leur mobilisation, et ce, très louable, se résument à faire du Québec un pays. Bien que je sois aussi souverainiste que ces derniers - et je ne laisserai d'ailleurs personne affirmer le contraire - mon engagement politique ne se résume pas et ne s'est jamais limité à travailler à la cause souverainiste. Les défis qui confrontent le Québec au quotidien sont colossaux. Travailler à y répondre est, pour moi, un défi particulièrement stimulant.
Aussi, un parti politique aspirant prendre le pouvoir ne peut faire la sourde oreille relativement aux préoccupations et aux priorités de la population. Il doit, au contraire, demeurer sensible à sa réalité. Le Parti québécois a adopté un programme de gouvernement en avril dernier. Plusieurs éléments de ce programme semblent répondre aux préoccupations d'une majorité de Québécois et de Québécoises. Cependant, il n'est d'aucune façon en phase avec la population lorsqu'il refuse de lever l'hypothèque référendaire, pour un premier mandat à tout le moins. De cette manière, il compromet non seulement son élection, mais il met également en péril des initiatives novatrices qui profiteraient à l'ensemble de la population. J'irais jusqu'à dire qu'il compromet le projet souverainiste qu'il porte. La décision de quatre de mes collègues de quitter le caucus du Parti québécois m'a passablement embêté, car je ne souhaitais d'aucune façon être associé à leur démarche. Je ne partage pas, en effet, les principales conclusions auxquelles ils sont arrivés. Je le dis en toute franchise, bien que j'aie encore aujourd'hui le plus grand des respects pour ces personnes.
Mis à part les questions d'éthique et cette volonté de faire de la politique autrement, dont on pourra toujours discuter à un autre moment, ces démissions semblent plutôt liées à la place que réserve le Parti québécois à la souveraineté, aux efforts consentis pour à la réaliser, à la personnalité de Pauline Marois et aux chances de cette dernière de remporter les prochaines élections avec un entourage contre lequel on semble avoir de nombreuses doléances. Humblement, je pense qu'ils ont fait les mauvais constats et posé le mauvais diagnostic. Imputer les déboires actuels et le manque d'enthousiasme à l'endroit du Parti québécois à Pauline Marois relève d'une mauvaise analyse. Voilà plus de 15 ans que l'électorat québécois a commencé à prendre ses distances du parti formant présentement l'opposition officielle. En effet, depuis l'élection de 1994, le Parti québécois génère toujours moins d'appuis élection après élection. Si l'on considère l'élection de 2008, la dernière en date, cela représente plus de 600 000 votes de moins par rapport à l'élection de 1994, alors que le nombre d'électeurs inscrits pour la même période a, lui, augmenté de plus de 840 000 personnes. Le manque d'enthousiasme que l'on constate aujourd'hui n'est pas le fruit de la conjoncture, Pauline Marois n'y est strictement pour rien. Elle est, au contraire, celle à qui l'on doit la remontée du Parti québécois aux dernières élections. Elle est d'ailleurs la seule chef depuis 1994 à avoir permis au Parti québécois d'engranger plus de votes qu'à l'élection précédente et, du coup, de sauver le parti, dont plusieurs avaient évoqué la fin après la déconfiture de 2007. Il est vrai que, depuis la dernière élection, le Parti québécois performe plutôt bien dans les sondages. Je ne parviens pas, cependant, à me convaincre que cet appui est le fruit d'une sincère adhésion au programme du Parti québécois et à son projet souverainiste. Je crois plutôt que cet appui résulte davantage d'une profonde lassitude à l'égard du gouvernement libéral et que l'alternative naturelle devient le Parti québécois, simple principe d'alternance.
Certains diront que l'appui à la souveraineté s'est maintenu de façon constante à plus de 40 % depuis le dernier référendum, mais la question à poser est plutôt: Quel est le pourcentage de la population pour qui la réalisation de la souveraineté est une priorité? Je serais, pour ma part, surpris que ce pourcentage excède véritablement les 20 %. Lorsque j'entends des collègues et d'ex-collègues dire qu'il faut accélérer le pas vers le référendum, je ne peux que penser qu'ils compromettent le projet même de souveraineté. Un troisième échec référendaire serait fatal à la cause souverainiste, et le peuple québécois ne semble manifestement pas prêt et désireux à vivre ce troisième référendum. Un changement de direction au Parti québécois ne modifierait strictement rien à cette réalité. Un nouveau chef serait confronté à ce même manque d'appétit de l'électorat constaté depuis plusieurs années pour la question nationale. Un parti peut, en toute légitimité, porter un projet mais ne peut d'aucune façon être désincarné des priorités de la population s'il aspire à prendre le pouvoir.
Fort de ces constats, je suis arrivé à la conclusion, il y a plusieurs mois, que le Parti québécois devrait s'engager à ne pas tenir de référendum lors d'un premier mandat sous sa gouverne afin de ne pas compromettre ses chances de remporter les prochaines élections, et ainsi lui permettre de mousser son option fondamentale avec les outils et les moyens dont dispose un gouvernement. J'ai sondé plusieurs collègues depuis, en ai discuté à travers différentes instances du parti, en caucus, auprès de la direction du parti. Ces différents coups de sonde m'ont permis de réaliser que l'ADN même du parti l'empêche de s'engager formellement à ne pas tenir de référendum lors d'un mandat déterminé. On m'a systématiquement répondu que jamais le Parti québécois n'avait pris pareil engagement depuis sa fondation. J'en conviens, mais je crois que le parti ne peut pas poser meilleur geste afin de démontrer à la population qu'il est à son écoute.
C'est mon incapacité à réformer le parti sur cette base qui m'amène aujourd'hui à le quitter sans amertume aucune. Lorsqu'un individu ne se sent plus à l'aise dans un groupe, c'est à lui de le quitter. Qu'on me comprenne bien, je suis et demeure souverainiste. Je suis également convaincu que deux seules options légitimes s'offrent aux Québécois et aux Québécoises, soit la souveraineté ou encore le fédéralisme renouvelé. Le statu quo n'est pas une option, quoi qu'en dise Jean Charest.
Les deux principaux partis politiques représentés à l'Assemblée nationale ont failli, au cours des trois dernières décennies, à faire triompher leur option respective. Ce constat est indéniable. Devant cet échec et ne se sentant pas à même de clore la question dans l'immédiat, la population québécoise, j'en suis maintenant convaincu, demande manifestement une trêve, et je souscris dorénavant pleinement à cette idée. Cette trêve est d'autant plus souhaitable que le Québec est confronté à des défis d'une importance capitale pour son avenir. L'idée de rassembler des individus sur une base différente que celle de la question nationale me plaît particulièrement.
Ceci m'amène à aborder de front la question de la Coalition pour l'avenir du Québec et de François Legault. Il est évident que la coalition qu'il a fondée aux côtés de Charles Sirois est aujourd'hui bien réelle et qu'elle suscite beaucoup d'intérêt chez plusieurs. J'ai d'ailleurs levé, au cours de la dernière année et demi, plusieurs drapeaux auprès des dirigeants de ma formation politique afin de prévenir mes collègues de la naissance de cette nouvelle force politique. Je me suis par la suite rendu compte que je me battais contre des idées qui sont les miennes à bien des égards.
Bien que je juge aujourd'hui souhaitable la présence d'un joueur sur l'échiquier politique désireux de penser la politique différemment, ma réflexion ne n'amène pas pour autant à joindre les rangs de cette coalition. Plusieurs ont manifesté le souhait de voir la coalition se transformer en parti politique, je n'en suis personnellement pas là. Si je songe à mon avenir politique depuis plusieurs mois maintenant et si j'ai sérieusement envisagé de démissionner de mon poste de député en mars dernier, j'ai aujourd'hui convenu de poursuivre - pour le moment, à tout le moins - le mandat que m'ont confié les électeurs et les électrices de la circonscription de Deux-Montagnes. Cette motivation nouvelle, je l'ai trouvée auprès de mes concitoyennes et concitoyens, toujours plus nombreux à m'encourager à explorer cette voie qui permettrait de fédérer les forces vives du Québec sur une nouvelle base.
En terminant, l'annonce de mon retrait du caucus du Parti québécois est le fruit d'une longue réflexion, je l'ai mentionné plus tôt. Dire que cette réflexion fut facile serait mentir. Elle a été ponctuée de nombreuses nuits blanches, on ne renonce pas à 17 ans d'implication politique sans peine. En quittant le Parti québécois, je quitte une chef pour qui j'ai le plus grand respect et une affection sincère, des collègues également d'un dévouement peu commun et de nombreux militants d'un engagement qui fut longtemps ma principale source d'inspiration. J'ai cependant réalisé que c'est le respect inouï que je voue à tous ces individus qui maintenait mon adhésion au Parti québécois bien plus que la démarche vers la souveraineté que ce dernier propose. Si je fais cette annonce aujourd'hui, c'est que le caucus du Parti québécois se réunira demain, et je souhaitais mettre cartes sur table. Par respect pour les membres de ce caucus, je n'aurais pas été capable de m'y présenter alors que ma décision est bien prise. Merci.
Le Modérateur (M. Robert Dutrisac): Robert Plouffe.
M. Plouffe (Robert): M. Charette, vous êtes assez difficile à saisir. Vous avez signé une lettre récemment à M. Parizeau, vous faisiez partie du groupe des 12 ou 13. Et, lorsque vous vous êtes fait élire sous la bannière du Parti québécois la dernière fois, c'était pour réaliser la souveraineté. Alors, avez-vous menti à M. Parizeau? Avez-vous menti à vos électeurs qui vous ont élu, M. Charette?
M. Charette: Absolument pas. Absolument pas. Pour ce qui est de la lettre signée à M. Parizeau, j'avoue d'emblée, ce n'est pas mon initiative personnelle. On a demandé, dans les faits, à tous les députés nés après 1968 de la signer. Ceci dit, je j'ai signée en toute connaissance de cause, on ne m'a pas contraint de le faire, je l'assume entièrement. Mais, en même temps, à partir du moment où on fait partie d'un groupe, une certaine solidarité s'impose. Donc, ne l'ayant pas encore quitté à ce moment, j'ai signé la lettre. Et vous imaginez bien que, si j'avais été le seul de ces députés nés après 1968 à ne pas la signer, toute la tension se serait portée sur moi, et je n'étais pas encore prêt à annoncer quelque décision que ce soit à ce moment-là.
M. Plouffe (Robert): Et pour ce qui est de vos électeurs qui vous ont élu à...
M. Charette: En fait, je dois vous avouer, c'est le fruit d'une longue réflexion, c'est ce que je mentionnais tout à l'heure. Plusieurs de mes électeurs et électrices ont été consultés au cours des dernières semaines, des derniers mois. Je souhaitais savoir si la position qui se développait chez moi était partagée, et il appert qu'il semble que c'est le cas. J'ai mentionné en conclusion d'allocution que je ne m'engage pas, à ce moment-ci, à compléter mon mandat. Il y a une réflexion qui doit se poursuivre à ce niveau-là, et c'est ce que j'entends faire cet été. Tout au long de l'été, je consulterai des citoyens et citoyennes pour voir si la position qui est maintenant la mienne, si elle est partagée. Et, à partir du moment où j'ai un avis contraire, je songerai effectivement, sérieusement, à quitter mon poste de député de la circonscription de Deux-Montagnes. Si, au contraire, je semble voir un appétit de ce côté, j'envisagerai toutes les options, les options qui se présenteront au cours de la prochaine année très certainement.
M. Plouffe (Robert): ...de cet appétit, si vous le permettez, à vous entendre, on a l'impression d'entendre M. François Legault. Alors, voulez-vous me dire si vous avez parlé à M. Legault ou à son entourage au cours des derniers jours, dernières semaines? Est-ce que M. Legault n'a pas l'intention, justement, de recruter un prospect comme vous qui serait très intéressant pour son parti?
M. Charette: En toute franchise toujours, il y a quelques semaines de ça... Parce que, oui, dans les faits, au cours des derniers mois, il y a eu une ou deux rencontres avec M. Legault, mais davantage des rencontres d'amitié. Ma relation avec M. Legault n'est pas un secret. Je suis beaucoup en politique suite à l'inspiration qu'il a pu créer chez moi, il y a une dizaine d'années de ça. Mais, indépendamment de ça, oui, il y a eu rencontres, mais des rencontres d'amitié.
Ce qui fut convenu, par contre, avec M. Legault, il y a quelques semaines de ça, c'est de couper les contacts justement pour ne pas engendrer quelque conflit de loyauté que ce soit et ne pas me donner l'impression - fort désagréable, au demeurant - d'être ambivalent ou de jouer sur deux niveaux différents. Donc, je vous assure qu'il n'y a pas eu de contacts avec lui, mais, pour être franc de nouveau, oui, au cours de la fin de semaine, j'ai envoyé un courriel à un de ses collaborateurs non pas pour lui annoncer que je me joins à la coalition en question, mais, à tout le moins, pour lui annoncer que j'avais cheminé au niveau de ma réflexion et que je quittais le Parti québécois aujourd'hui, donc mardi.
M. Plouffe (Robert): Donc, vous êtes disponible pour lui.
M. Charette: C'est-à-dire je ne me mets pas disponible pour lui, en ce sens qu'il est conscient, j'imagine, comme nous devons tous être conscients, que nous parlons d'une coalition. Que cette coalition se transforme en parti politique, c'est déjà une chose, mais ça représente des défis colossaux. Donc, à ce moment-ci, je ne me sens pas prêt de m'engager au sein de la coalition.
Ce que je peux dire, par contre, une idée, effectivement, qui me plaît parmi les idées qu'ils ont énoncées, c'est celle de cette trêve référendaire, c'est celle de permettre, pour un temps déterminé, de fédérer toutes les forces vives. On a au Québec actuellement des problèmes colossaux, que ce soit au niveau des finances publiques. On ne le dit pas assez à mon sens, mais nous sommes en présence d'un gouvernement qui n'aura jamais autant endetté le Québec que le gouvernement actuel. Donc, ce sont des problèmes colossaux, et, à mon sens, il faut cesser d'affronter ces réalités, ces problèmes avec une base et une ligne purement partisanes, à savoir souverainistes versus fédéralistes. Donc, je suis intéressé par cette idée, mais ce n'est qu'un élément d'un éventuel programme, et il est beaucoup trop tôt pour justement juger la valeur de ce programme dans son entier.
Le Modérateur (M. Robert Dutrisac): Taïeb Moalla.
M. Moalla (Taïeb): M. Charette, bonjour. Les motifs que vous invoquez me semblent un peu nébuleux si vous me permettez. Vous évoquez une sorte de précipitation, là, vers le référendum, mais ce n'est pas comme s'il y avait un référendum en octobre 2011, là. Même au cours du congrès auquel vous étiez présent, on n'a jamais donné vraiment de date. Est-ce que vous pouvez expliquer un peu mieux pourquoi, aujourd'hui, vous partez?
M. Charette: En fait, au Parti québécois, on ne peut pas le nier, l'essence même du programme, c'est la question référendaire. Donc, bien qu'il y ait d'autres éléments qui peuvent être intéressants à d'autres égards, le référendum, au Parti québécois, ou l'accession à la souveraineté demeurera toujours l'élément capital de cette formation politique, et c'est à ce niveau-là précisément que le malaise se vit de façon de plus en plus intense chez moi, de façon bien, bien personnelle, depuis quelques semaines, sinon quelques mois maintenant.
Ce que j'aurais souhaité - et je vais tenter de l'obtenir - c'est un engagement formel de la part du parti pour que, lors du prochain mandat, il n'y ait pas de référendum. Et, sans nier ma ferveur ou mes fibres souverainistes, je voyais plutôt à travers cette absence de référendum la possibilité de faire des gains pour les Québécois, pour tous les Québécois justement, qu'ils soient souverainistes et fédéralistes, parce que je suis convaincu qu'à travers la plateforme du Parti québécois il y a des éléments qui transcendent volontiers la question nationale, mais pour qui le référendum ou l'engagement de ne pas l'exclure peut poser un sérieux problème. Donc, c'est cet élément fort de la plateforme électorale du Parti québécois qui, chez moi, pose problème.
Et, comme je vous dis, la décision, elle est prise sans amertume aucune, et je suis d'avis, lorsqu'un individu ne se retrouve plus dans un groupe, que c'est à cet individu de le quitter. Donc, je n'ai aucun ressentiment à l'endroit de mes collègues, au contraire, et, je vous le dis sincèrement, ce sont ces mêmes collègues qui ont probablement fait en sorte, sans qu'ils soient toujours informés de mes tiraillements, mais ce sont sans doute ces mêmes collègues qui ont fait en sorte que j'ai étiré ou que j'ai renoncé à démissionner plus tôt par affection pour eux. Mais je comprends que les motivations, à ce moment-là, n'étaient plus les bonnes.
M. Moalla (Taïeb): Il y a à peine 10 jours, dans la fameuse lettre des 12 jeunes députés, vous disiez: Pour notre part, nous avons choisi la politique et le Parti québécois, car la souveraineté est au coeur de notre engagement, puis vous demandiez à M. Parizeau de vous faire confiance. Finalement, est-ce qu'il avait raison de ne pas vous faire confiance, M. Parizeau?
M. Charette: En fait, l'esprit de la lettre... Il y a eu différentes interprétations, hein, il ne faut pas se le cacher. Il y a eu différentes interprétations, mais l'esprit de la lettre me convient encore aujourd'hui. C'était, en quelque sorte, un appel à M. Parizeau pour lui dire: Écoutez, il y a plusieurs façons de faire la souveraineté. Vous avez eu une approche il y a quelques années, et il y a possibilité de retenir une approche différente. C'était l'essentiel du message. Mais, comme je l'ai expliqué à votre collègue il y a quelques instants, les malaises que je pouvais exprimer, peut-être pas à travers la lettre ou les propos eux-mêmes... Mais est-ce que c'était le bon moment d'envoyer telle lettre? Est-ce que c'était la bonne approche? C'était bien, bien difficile pour moi de ne pas la signer. Je n'étais pas prêt à recevoir l'attention que j'ai aujourd'hui, attention que je ne cherche pas, au demeurant. Mais j'aurais eu cette attention à ce moment, et la réflexion n'était pas complétée, tout simplement.
M. Moalla (Taïeb): Ma dernière question. Je comprends que vous parlez en votre nom personnel seulement, mais, à votre connaissance, ce malaise-là, ces tiraillements-là que vous évoquez, est-ce qu'ils sont en partie partagés par certains de vos ex-collègues?
M. Charette: Moi, là, le... Bien, vous aurez constaté à travers mes propos que je ne rejoins pas du tout, justement, les quatre autres députés démissionnaires. On m'a demandé, il y a quelques instants, est-ce que je serai de la rencontre que tiendra ce soir mon ancien collègue, mon collègue député Pierre Curzi. Assurément que non. Malgré tout le respect que j'ai pour lui, je ne partage pas les raisons qui furent les siennes et celles des autres collègues démissionnaires. Donc, il n'y a pas de lien à établir. Et, dans les faits, c'est une annonce qui, malheureusement, met dans l'embarras le parti, j'en suis excessivement désolé, sincèrement. J'aurais évité cet embarras... Parce que je ne souhaite aucun mal à cette formation dans laquelle j'ai milité depuis 17 ans, mais, en même temps, c'est le contexte actuel qui vient amplifier la nouvelle d'aujourd'hui. Ce que je regrette, et je ne pouvais pas le savoir... Cette idée de démissionner date de plusieurs mois. Si j'avais su, il y a quelques semaines, la crise qui s'en venait, bien honnêtement, j'aurais démissionné bien avant pour éviter cette association avec les quatre autres collègues démissionnaires. Il n'y a pas de lien, il n'y a tout simplement aucun lien.
M. Moalla (Taïeb): Mais je parlais d'autres éventuels collègues qui seraient aujourd'hui même encore au Parti québécois.
M. Charette: Je ne pourrais pas vous dire. Ce que je vous dis, c'est que je n'ai pas eu d'appui clair, je n'ai pas senti que le parti était prêt à s'engager dans la voie que j'aurais souhaitée. Mais je ne suis pas allé plus loin dans mes démarches, et ces échanges se sont faits de façon - et à chacune des fois - totalement amicale, sans ressentiment aucun. Et on peut garder des liens d'amitié sans toujours partager les mêmes points de vue. Donc, non, je n'ai pas fait quelque tentative que ce soit. Et celles et ceux qui me connaissent savent fort bien que je ne suis pas de nature à créer quelque putsch que ce soit. Donc, désolé de l'embarras que je crée au niveau du Parti québécois, mais ça reflète réellement, mais réellement l'état d'esprit dans lequel je me retrouve après cette longue réflexion.
M. Dutrisac (Robert): M. Charette, je vais me permettre une question. Est-ce que vous avez discuté de... partagé vos réflexions ou vos états d'âme avec Pauline Marois?
M. Charette: Oui, sur cette question. Et je dois vous avouer que ça s'est fait relativement récemment, il y a deux ou trois semaines. Vous devinez bien, lorsque vous êtes député, vous ne vous présentez pas devant votre chef, peu importe qui il est, avec une idée qui transforme passablement l'esprit d'un parti politique sans avoir validé des appuis. Autrement, cette idée n'ira pas bien, bien loin. Donc, j'y suis allé tout en admettant que je n'avais pas ces appuis, et c'est la raison pour laquelle j'y suis allé très, très tardivement dans ma démarche. Mais je peux vous assurer, sans nommer aucun nom, que cette démarche s'est amorcée aussitôt que l'automne dernier. Parce que, bon, vous savez un petit peu comment fonctionne le Parti québécois, pour qu'un programme soit amendé, il y a les instances locales à travers les congrès de circonscriptions, congrès régionaux, ensuite congrès national. Donc, n'ayant pas eu les appuis préalables, c'était bien, bien difficile pour moi de demander à la chef elle-même de prendre position sur le sujet. Et, lorsque la question lui a été posée, en toute franchise elle m'a bien mentionné - et je comprends ses raisons - elle m'a bien, bien mentionné que c'était impossible pour elle d'aller dans cette direction-là.
M. Dutrisac (Robert): Maintenant, Mme Marois, considérant son parcours, ou ses idées, ou sa stratégie, n'est certainement pas celle à lancer un référendum à court terme dans le contexte actuel. Vous dites que vous êtes souverainiste, mais vous excluez le fait qu'on puisse tenir un référendum si on n'était sûr de le remporter.
M. Charette: Oui, tout à fait. Et la prémisse à la base de cette réflexion, elle est simple, pour ne pas dire bête, je peux vouloir, comme homme politique ou comme formation politique, réaliser la souveraineté, mais l'étape préalable, c'est l'adhésion de la population, et cette adhésion, actuellement, je ne la sens pas. Je ne pense pas que les électeurs et électrices de ma circonscription soient différents de celles et ceux des autres circonscriptions, mais, à travers ma circonscription, cette ferveur, je ne la sens pas. Donc, je suis souverainiste, oui, mais l'élément nécessaire me permettant de réaliser cette souveraineté, ça s'appelle l'appui populaire, et, actuellement, je ne le sens pas.
Mais, en même temps, ce que je dis ou ce que j'aurais souhaité à travers la démarche, c'est un mandat entier où on mousserait l'élément ou le projet souverainiste, de sorte qu'à l'élection suivante on puisse en faire un enjeu électoral clairement. Et, bien honnêtement, j'ai eu ce petit espoir dans la foulée du congrès d'avril dernier. Des dirigeants du parti, aux journalistes, ont mentionné qu'ils travaillaient dans l'horizon de 2020. Je ne sais pas si vous vous souvenez de ces déclarations, on nous a laissé entendre, là, que c'était l'horizon qui était probable. Bien, le calcul se fait facilement. Si on travaille dans un horizon de 2020, nous sommes aujourd'hui en 2011, il y a forcément un mandat dans l'intervalle sans référendum. Donc, je souhaitais qu'il y ait engagement formel dans ce sens-là pour enlever cette épée de Damoclès qui, il faut l'avouer, va empêcher des gens, pour différentes raisons, de se porter vers le Parti québécois et renoncer, du coup, à des éléments drôlement intéressants de la plateforme qui a été adoptée en avril dernier. C'est un travail colossal qui a été réalisé dans les instances militantes au cours de la dernière année.
Le Modérateur (M. Robert Dutrisac): Jean-Marc Salvet.
M. Salvet (Jean-Marc): M. Charette, bonjour. Quel est l'avenir du Parti québécois aujourd'hui?
M. Charette: J'ai eu beaucoup de conversations depuis hier, depuis que cette rumeur ou, à tout le moins, l'idée d'une démission, aujourd'hui, allait venir. Ce que j'ai dit à mes collègues - et j'ai eu de belles conversations, j'insiste pour le dire - je suis heureux, honoré d'avoir eu le privilège de travailler avec eux au cours des deux dernières années et demi, bientôt trois ans, et certains m'ont dit: Benoît, tu menaces le parti, tu risques de créer sa perte. À ces gens-là et à vous, je dis: C'est me prêter un pouvoir que je n'ai pas. Ce n'est pas moi qui vais menacer, effectivement, l'existence même du parti, et, ultimement, ultimement, c'est la population qui décide du sort d'une formation politique bien plus que ses élus.
M. Salvet (Jean-Marc): Si vous permettez, je repose ma question: Mais quel est l'avenir que, vous, vous voyez aujourd'hui pour le Parti québécois?
M. Charette: Moi, je vous dis aussi en toute franchise: Au cours des dernières années, il m'est arrivé d'être agacé par des interventions de personnes qu'on a qualifiées affectueusement de belles-mères. Et la promesse que je me suis faite et que je vous fais, c'est de ne jamais jouer ce rôle-là. À partir du moment où ma décision est prise de quitter le Parti québécois, ce n'est pas moi qui vais statuer sur l'avenir du parti. Je peux dire, par contre, que le Parti québécois, pour l'histoire du Québec, a joué un rôle clé. Je ne suis pas à même de dire qu'il ne jouera plus ou qu'il n'est plus amené à jouer un rôle aussi important, mais ce sera à la population, ultimement, de trancher à ce niveau-là.
M. Salvet (Jean-Marc): Une dernière question très rapide si vous permettez: Le jour où M. Legault déclarera officiellement qu'il forme un parti politique, vous y songerez également, vous, sérieusement, à ce moment-là?
M. Charette: Je ne l'exclus pas. Et, je vais vous avouer encore une fois, ce qui a beaucoup contribué à la conclusion de ma réflexion au cours des dernières journées, c'est une question qui m'a été posée par une collègue que j'apprécie particulièrement, elle m'a dit: Benoit, dis-moi, dis-moi que tu ne joindras pas les rangs de la coalition lorsqu'elle se transformera en parti politique, si elle se transforme en parti politique. J'ai dit à cette collègue: Je ne suis même pas en mesure de dire oui ou non, et c'est déjà ce doute-là qui me dit que je ne peux plus continuer à ce moment-ci à être ambivalent sur mes convictions, et ce, en grande partie en tout respect pour mes collègues. Il y a une rencontre, que je devine importante, demain pour le caucus. Si je suis ambivalent, je n'oserais pas m'y présenter. Maintenant que la décision est prise, il n'y a pas intérêt, naturellement, à la reporter. Et on m'a dit: Benoit, songe au moment, est-ce que tu ne pourrais pas annoncer plutôt vers la fin de l'été, avant la reprise des travaux parlementaires? J'ai dit: J'y ai pensé, mais c'est aussi beaucoup par souci de ne pas nuire indûment au Parti québécois. Imaginez un seul instant, s'il y a une certaine accalmie qui se dessine au cours des prochaines semaines, des prochains mois et qu'à la veille de la rentrée parlementaire j'y vais de cette démission, je suis conscient que je risque de réactiver un petit peu la machine à rumeurs et, là, compromettre le parti. Donc, je suis conscient d'une chose, il n'y a pas de bon moment pour annoncer une décision de cette nature-là, mais j'ai tenté d'éviter, au mieux de ma connaissance et de mes capacités, de compromettre de façon méchante et irréfléchie justement l'avenir du Parti québécois, pour lequel je me suis investi et pour lequel j'ai encore beaucoup de respect.
Le Modérateur (M. Robert Dutrisac): Geneviève Chacon.
Mme Chacon (Geneviève): Vous disiez tout à l'heure à Robert - Geneviève Chacon, Radio-Canada - vous disiez à Robert tout à l'heure que vous aviez parlé avec Mme Marois il y a deux, trois semaines. À quel moment vous lui avez annoncé votre décision ferme?
M. Charette: On parle d'une relation privilégiée que j'ai eue longtemps avec Mme Marois, ponctuée de respect. Le détail ou la nature de mes échanges, je vais les garder privés justement pour ce respect que j'ai pour elle. Ce que je peux vous dire, par contre, c'est qu'il y a eu, oui, ce contact-là il y a quelques semaines, deux ou trois semaines, pour y aller d'une dernière, ultime tentative pour faire valoir mon point de vue. Mais, pour ce qui est de l'annonce de mon départ définitif, ça s'est fait hier après-midi. Mais déjà elle était informée depuis quelque temps, donc, que j'étais ambivalent quant à mon avenir politique. Mais, pour ce qui est de l'échange que j'ai eu avec elle, je vais garder ça pour moi, tout simplement.
Mme Chacon (Geneviève): Très bien. Donc, vous dites que l'annonce, quand même, a eu lieu hier après-midi, cette annonce définitive, finale.
M. Charette: Effectivement. Effectivement.
Mme Chacon (Geneviève): Puis mon autre question, c'est: Éventuellement, si la coalition de François Legault, sous un autre nom, devenait un parti politique, est-ce que vous pourriez porter ces couleurs-là à l'Assemblée nationale comme député?
M. Charette: C'est excessivement théorique, excessivement théorique. Il y a des étapes préalables à la formation d'un parti politique, des étapes qui sont d'une infinie complexité, une réflexion supplémentaire, forcément, qui devra se mener si je suis encore député, hein, j'insiste, si je suis encore député à ce moment-là. Donc, ça, c'est impossible pour moi à ce moment-ci de spéculer sur quelle sera ma suite ou même celle de cette coalition, qui n'est pas un parti, parti qui n'a pas de nom. Donc, vous devinez bien les étapes qui sont à venir, et elles ne sont pas simples.
Mme Chacon (Geneviève): Merci.
Le Modérateur (M. Robert Dutrisac): Tommy Chouinard.
M. Chouinard (Tommy): Bonjour, M. Charette.
M. Charette: Bonjour.
M. Chouinard (Tommy): Votre décision est surtout liée au fait que Mme Marois, donc, a refusé de s'engager à ne pas tenir un référendum dans un premier mandat. Je veux bien comprendre. Quand vous dites qu'un engagement comme celui-là - le programme dit au moment jugé approprié - ça, ça aurait compromis vos chances de réélection?
M. Charette: Certainement. Certainement, en ce sens que la population... Et ça, c'est mon interprétation, hein, j'en fais réellement, mais réellement le fruit d'une réflexion personnelle, mais, effectivement, je suis porté à croire que ça compromet non seulement la réélection du Parti québécois, mais, du coup, les idées qu'il porte, dont le projet souverainiste. Donc, ça, c'est la conclusion à laquelle je suis arrivé, effectivement.
M. Chouinard (Tommy): Je veux revenir à la rencontre avec Mme Marois. Quand vous lui avez proposé clairement cet engagement de ne pas tenir un référendum dans un premier mandat, que vous a-t-elle répondu exactement, elle vous a dit: Écoute, le programme actuel dit au moment jugé approprié, on verra, ou elle vous a dit: Non, non, moi, c'est sûr, je veux tenir un référendum dans un premier mandat? Comment ça s'est passé?
M. Charette: La nature de la conversation, par respect pour elle, encore une fois je vais me limiter à très, très peu de détails, mais ce fut une conversation relativement brève, je peux le dire, extrêmement amicale, très sereine, et je n'ai pas insisté parce que je savais qu'au niveau des étapes préalables je n'avais pas non plus réussi à convaincre une adhésion... ou une majorité de personnes qui auraient pu supporter l'idée, tout simplement. Donc, ce ne fut pas un long échange de réflexions communes ou quoi que ce soit, ce fut bref, mais, j'insiste pour dire, très amical et aussi très agréable. Je ne me suis fait d'aucune façon insistant à ce moment-là.
M. Chouinard (Tommy): Mais pourquoi, selon vous, il y a des gens qui trouvent que le programme du PQ qui parle d'un référendum au moment jugé approprié, ça, ce n'est pas assez musclé, ça ne veut pas dire qu'il va y avoir un référendum, puis, vous, vous dites: On s'en va directement vers un référendum, là?
M. Charette: C'est-à-dire on ne s'en va pas directement vers un référendum, mais on ne l'exclut pas, ce qui est déjà une contrainte en soi. J'ai employé tout à l'heure l'expression «épée de Damoclès», je pense qu'elle est appropriée, et cette épée de Damoclès peut constituer un frein au niveau de l'adhésion de l'électorat à l'égard du Parti québécois. Et je suis aussi souverainiste que celles et ceux qui souhaiteraient que la souveraineté se fasse demain, ma ferveur, elle est aussi grande, mais je pense qu'il faut, au préalable, une adhésion de la population et que cette adhésion-là, elle n'est pas perceptible à ce moment-ci. Et, compte tenu de cet état de fait là, moi, je me suis dit: Bien, on a peut-être une fenêtre qui permet de fédérer les forces vives sur une autre base, donc, le temps d'un instant, dire: On met de côté justement l'hypothèque référendaire, et ça permettrait certainement, je pense, à des fédéralistes de voter pour le Parti québécois parce qu'ils se retrouvent dans d'autres aspects du programme, qui demeure innovateur à bien, bien des égards. Mais, actuellement, l'hypothèque n'étant pas levée, le doute peut être légitime.
Et, je vous dirais, cette stratégie de gouvernance souverainiste, j'y ai adhéré de façon très, très, très sincère. Mais, avec la réflexion que j'ai conduite, je me suis dit: À cette stratégie, il manque une étape. Il manque une étape, c'est justement l'engagement de ne pas tenir un référendum. Vous vous doutez bien qu'en campagne électorale, si cette épée de Damoclès là, elle est présente et qu'on demande, par exemple, au gouvernement fédéral une complicité pour négocier des pouvoirs supplémentaires pour le Québec, je me mets dans la peau du gouvernement fédéral... bien que je me retrouve très, très peu dans le gouvernement fédéral actuel, mais, comme parti en cause dans une négociation, je pense, de façon légitime, que je pourrais douter des intentions d'un parti qui dit: Oui, oui, je veux bien négocier, mais, dans les faits, à tout moment, je peux déclencher un référendum. Je ne pense pas que ça crée les conditions gagnantes pour une véritable négociation de bonne foi, en quelque sorte. Donc, c'est aussi dans cette perspective que j'ai cheminé au niveau de ma réflexion.
Donc, la stratégie, elle est bonne et elle se démarque clairement des anciens programmes du Parti québécois. Et, comme je vous dis, j'y ai adhéré, j'ai été séduit, en fait, dès le départ, mais, avec réflexion, je me dis: Elle est bonne, mais il manque une étape. C'est-à-dire il y a un mandat où, si négociations il doit y avoir, ça se fera sans menace de référendum, et, à ce moment-là, l'autre parti pourra juger crédibles mes intentions et pourra penser que le Parti québécois ne cherche pas ou ne provoque pas, en quelque sorte, l'élément déclencheur qui pourrait enflammer quelque ferveur que ce soit.
M. Chouinard (Tommy): Maintenant, est-ce que, du côté du plan de M. Legault, on vous a fait savoir qu'il ne fallait pas faire de mouvement prématuré, c'est-à-dire annoncer dès maintenant l'idée de joindre les rangs de la coalition? Est-ce qu'on vous a dit: On veut prendre notre temps, prends ton temps, toi aussi...
M. Charette: Alors, comme je vous le dis, c'est le fruit d'une démarche personnelle. Je n'ai pas eu de contacts avec François Legault au cours des dernières semaines, pour ne pas dire des derniers mois, et, à travers un ami commun, je n'ai fait qu'informer que je quittais aujourd'hui. Et c'est ma décision, et non pas la leur. Donc, ils n'ont pas intervenu d'aucune façon sur le moment, c'est une démarche personnelle. Ils savent fort bien... Malgré l'amitié que je voue... amitié sincère que je voue à François Legault, François sait très, très bien qu'il n'y a aucun engagement de ma part de me mouiller davantage à ses côtés. Ce que je lui dis, comme j'aurais pu dire à d'autres: Je vais t'écouter et voir un petit peu ce qui va se manifester au cours des prochaines semaines et des prochains mois, et, si, ultimement, il y a parti politique, si, ultimement , il y a d'autres éléments d'intérêt commun, là j'aurai à y réfléchir encore plus sérieusement. Mais, je vous dis, la seule idée d'une trêve référendaire, ce n'est pas du tout suffisant pour m'amener à me joindre à une coalition politique. C'est certainement un élément auquel je crois, qui est important, mais ce ne serait pas suffisant, justement, pour dire: Bien, avec ce seul engagement là, j'y vais à visière levée. Je n'en suis pas là.
Le Modérateur (M. Robert Dutrisac): M. Noreau.
M. Noreau (Pierre-Paul): M. Charette, Pierre-Paul Noreau, Le Soleil. Vous avez parlé de défis colossaux à relever, hein? C'est ça qui est votre préoccupation, il faut faire ça d'abord et avant tout. Quand vous avez parlé du programme du Parti québécois et que vous avez parlé du programme de la coalition, vous avez dit à la fois: Les deux sont d'excellents programmes. Il y en a-tu un qui est meilleur que l'autre pour répondre à ces défis colossaux là?
M. Charette: Le programme de la coalition, je ne pense pas l'avoir dit parce qu'à ma connaissance il n'existe pas de programme politique. Il y a certainement des idées qui ont été échangées au cours des dernières semaines. Si j'ai bien compris la démarche, on veut soumettre ces idées à une consultation à l'automne. Mais je ne pense pas que la coalition, à ce moment-ci, parle de programme politique. Je peux me tromper. Mais je peux vous dire que, dans le programme du Parti québécois, il y a de très bons éléments, effectivement, qui peuvent certainement être retenus par plus d'une formation politique et qui pourraient certainement répondre, et de belle façon, à bon nombre de préoccupations des Québécoises et des Québécois. Je n'ai aucun, aucun problème à le dire. J'ai contribué, humblement, c'est vrai, mais tout de même contribué à l'élaboration de ce programme-là, donc je ne renie pas un pan... bien au contraire, ce qui fut adopté lors du congrès d'avril dernier.
M. Noreau (Pierre-Paul): Dans les idées de la coalition de M. Legault, est-ce que ce que vous avez entendu de ces idées-là répond aux défis colossaux?
M. Charette:
Bien honnêtement, je vais voir comment ces idées-là vont cheminer, très, très certainement, mais je ne me suis pas attardé à davantage au niveau de ma réflexion. Et, comme je vous dis, il y a tellement d'étapes subséquentes à venir. Est-ce que, justement, des formations politiques existantes, il y a des éléments qui seront récupérés? Est-ce qu'il y a déjà des points de ressemblance? À ce moment-ci, c'est difficile. Il y a des idées qui ont été évoquées, et, à ma connaissance, elles ne constituent pas une plateforme électorale ou un programme politique.
Le Modérateur (M. Robert Dutrisac): Louis.
M. Lacroix (Louis): Et êtes-vous à l'aise avec ces idées-là? Ce ne sont pas des idées, de prime abord, qui vous rebutent, les idées de monsieur... de la coalition, en fait?
M. Charette: Ce que je peux vous dire, il n'y a pas d'idées que j'ai entendues... Et je ne n'ai pas fait la nomenclature de toutes les idées échangées à travers la coalition, actuellement il n'y a pas d'éléments, là, qui me rebutent au point de vous dire: Déjà, aujourd'hui, c'est non. Il n'y en a pas, de ces idées-là. Donc, ça me laisse la porte à une réflexion plus longue pour la suite des choses, tout simplement.
M. Lacroix (Louis): Donc, vous êtes capable de vivre avec les idées de la coalition?
M. Charette: Ah! bien là, être capable de vivre et être rebuté au point de dire non, il y a une marge quand même assez importante. Actuellement, la seule conclusion à laquelle je suis arrivé, il n'y a pas d'idées qui me permettent de dire: Il y a une allergie ou une incompatibilité viscérale avec ce qui sera sans doute développé au cours des prochains mois. Mais ce que j'entends n'est pas encore suffisant pour me dire ou de vous dire aujourd'hui d'emblée: Je serai aux côtés de cette coalition ou candidat pour cette nouvelle formation politique. Pour ce qui est de l'avenir ou mon avenir politique comme tel, vous savez fort bien, il n'y a pas de candidats indépendants qui ont de chances véritables d'être élus à une élection générale ou même partielle. Donc, moi, ce que je dis aujourd'hui, c'est que mon avenir politique, il est sur la table, ni plus ni moins. J'aurai à prendre une décision. Il y a peu d'options qui s'offrent à moi: démissionner avant la fin du mandat - ce que je ne suis pas prêt de faire aujourd'hui parce que j'entends retourner, d'ailleurs, dès cet après-midi devant les électeurs et les électrices pour sonder leur pouls, ce que je ferai tout au long de l'été - ça, c'est une position; finir mon mandat comme député indépendant parce que j'aurai conclu, à ce moment-là, qu'il me reste du travail à faire, mais, en même temps, je ne me sens pas prêt de joindre une autre formation politique; ou ultimement, effectivement, peut-être rallier les rangs d'une nouvelle formation politique qui n'existe pas aujourd'hui. Ce sont trois options bien, bien réelles, mais, en même temps, très différentes par la même occasion.
M. Lacroix (Louis): J'aimerais que vous me refassiez un peu le... Ce que vous avez dit dans votre allocution de départ, vous parliez de l'appui à la souveraineté, on parlait de 40 %, vous l'évaluez davantage autour de 20 %. Comment vous en arrivez à ce calcul-là?
M. Charette: En fait, ce n'est pas moi qui le fais, c'est le Directeur général des élections. Il suffit d'une simple visite sur le site du Directeur général des élections et aller comptabiliser le nombre de votes obtenus par rapport au nombre total de personnes inscrites pour les élections de 1994, 1998, 2003, 2007, 2008, et on voit clairement qu'il y a une pente très, très, très descendante. On parle de plus de 600 000 votes de moins, alors que l'électorat, lui, pour la même période, a augmenté de plus de 840 000 électeurs. Donc, c'est ce qui nous permet, aujourd'hui, de façon très, très sincère, de me porter à la défense de Mme Marois, des chefs très appréciés et populaires ont été premiers ministres pendant cette période-là, ce qui ne les a pas empêchés, élection après élection, d'avoir de moins en moins d'appui.
Vous vous souvenez, la première élection à laquelle M. Bouchard participait comme chef en 1998, le Parti québécois n'a même pas eu la pluralité des votes. Au final, le Parti libéral a eu davantage de votes. Mais, compte tenu de la répartition de ces votes-là, c'est tout de même le Parti québécois qui l'a remporté. Donc, un chef, un premier ministre aussi populaire que Lucien Bouchard n'a pas réussi à freiner ce désintérêt ou ce manque d'engagement pour le Parti québécois, et cette descente graduelle, mais constante s'est poursuivie à l'élection de 2003, s'est poursuivie à l'élection de 2007, et ce qui me permet de nouveau de défendre Pauline Marois en disant - et je suis convaincu de ne pas me tromper - c'est Mme Marois qui a sauvé le Parti québécois, ce qui m'empêche encore une fois, aujourd'hui, de lui reprocher quoi que ce soit ou de m'en prendre à son leadership. Je pense que, sans Mme Marois, le Parti québécois, vraisemblablement, ne serait pas dans la position de l'opposition officielle aujourd'hui. Donc, ce n'est pas moi qui ai sorti ces chiffres-là, ce sont des statistiques bien bêtes et bien brutes que l'on retrouve aisément sur le site du Directeur général des élections.
M. Chouinard (Tommy): ...comprendre le 40-20, là, qu'est-ce qui... plutôt que le Parti québécois, là, parlait de la souveraineté...
M. Charette: Tout à fait. Tout à fait. Bien honnêtement, je l'ai mentionné tout à l'heure, le 20 %, c'est une impression, là, je n'ai pas... Et j'imagine, remarquez bien, j'imagine que de pareils sondages existent, mais je n'ai pas répertorié tous les sondages qui se sont faits au cours des dernières années. Moi, j'ai le sentiment qu'il existe effectivement un noyau dur de souverainistes qui pourrait vraisemblablement se situer autour de 40 %, mais, chez ces mêmes souverainistes là, je suis convaincu que plusieurs ne pensent pas la souveraineté possible et souhaitable dans un avenir immédiat. Et la plus belle illustration - et je dois vous avouer que ça a aussi contribué à ma réflexion - j'ai plusieurs membres, donc des personnes qui ont leur carte de membre du Parti québécois depuis plusieurs années, qui me disent depuis quelques semaines, pour ne pas dire quelques mois: On ne le sent pas pour le moment. On est encore souverainistes, oui, mais on ne le sent pas pour le moment. Et ces gens-là me disent aujourd'hui être ouverts à d'autres avenues. Peut-être pas pour toujours, mais être ouverts à d'autres avenues dans l'immédiat. Et là on ne parle pas de citoyens ou de citoyennes... Bien, enfin, ils sont normaux, nos membres, très, très certainement, mais ce sont des gens qui ont posé un engagement supplémentaire, c'est-à-dire qui, un jour, ont décidé de prendre une carte de membre d'une formation politique, donc ça représente un engagement certainement supplémentaire, certainement une réflexion encore plus poussée. Et de ces personnes - et vous seriez surpris du nombre - de ces personnes, aujourd'hui, me disent et disent sans doute à d'autres collègues: Bien, écoutez, oui à souverainiste jusqu'à ce que ce projet se réalise, mais ce n'est peut-être pas le bon moment. Ça, je me le suis fait dire à de nombreuses reprises au cours des derniers mois.
Le Modérateur (M. Robert Dutrisac): Antoine Robitaille.
M. Robitaille (Antoine): Oui. On m'a dit plus tôt que vous aviez déjà annoncé votre départ au caucus juste avant de vous présenter pour la photo avec les autres signataires de la lettre destinée à M. Parizeau. Est-ce que c'est juste?
M. Charette: En fait, la séquence exacte, honnêtement, je ne suis pas en mesure de me la remémorer, mais ce que je peux vous dire, par contre, c'est qu'au lendemain des démissions des quatre collègues j'ai effectivement pris position, c'est-à-dire pris la parole au caucus, réitérant ce que j'avais dit à d'autres à quelques reprises, que je songeais à quitter la politique, mais que ces départs m'embêtaient beaucoup. Et c'est un petit peu ce que j'ai mentionné au niveau de mon allocution, ces départs m'ont embêté parce qu'il n'y a aucun lien. Bien que je les respecte, ces quatre autres députés démissionnaires, les motivations ne sont pas les mêmes, il n'y a pas de lien. Il n'y aura pas de coalition avec eux, sur l'aspect de la souveraineté à tout le moins. Donc, oui, ça m'embêtait parce que, d'aucune façon, je veux être associé à leur démarche. Et, à ce moment-là, j'ai effectivement regretté de ne pas avoir démissionné avant. Si j'avais démissionné il y a trois mois, je vous aime beaucoup, mais je suis convaincu qu'il y aurait eu moins de monde dans la salle aujourd'hui parce que le geste aurait été beaucoup moins significatif. Et je le regrette...
Une voix: ...cette lettre.
M. Charette: Pardon?
M. Robitaille (Antoine): Pourquoi avoir signé cette lettre?
M. Charette: Comme je l'ai mentionné tout à l'heure...
Une voix: ...
M. Charette: ...il n'y a pas d'offense. On a demandé, sans contrainte, sans menace d'aucune façon, aux députés nés après 1968, donc date de fondation du Parti québécois, de la signer. Je l'ai signée parce qu'il y a des éléments auxquels j'adhérais. Et, en même temps, je ne voulais pas signifier quelque hésitation que ce soit, la décision n'ayant pas encore été annoncée. À partir du moment qu'on n'a pas quitté un groupe, il faut vivre cette solidarité. Donc, je l'ai fait par solidarité, mais sans contrainte aucune. Et, comme je mentionnais également tout à l'heure, je n'ai pas l'intention de jouer le rôle d'une belle-mère d'aucune façon. Donc, aujourd'hui, je n'ai pas l'intention de juger ou d'évaluer si cette stratégie était la bonne ou si elle est intervenue au même moment. Je laisse au Parti québécois le soin de faire l'évaluation de cette démarche-là.
Le Modérateur (M. Robert Dutrisac): Est-ce qu'il y a des questions en anglais?
Mme Montgomery (Angelica): I would love to have English right now if we could. Yes, let's do it right now.
M. Charette: I will do my best.
Mme Montgomery (Angelica): Mr. Charette, you say that one of the reasons why you're leaving is because there's no formal engagement to not holding a referendum in the next mandate. Why is that a bad thing? Why do you consider that to be so?
M. Charette: I think a political party has to listen to the population. And, at this moment, I don't feel the need, I don't feel the... I don't think the population is asking for a referendum, I think the population is asking for a good work on major issues, and that's why I asked this amendment to the Parti québécois's program. That's why I made this move a few weeks and few months ago.
Mme Montgomery (Angelica): And there has been talk about the independent MNA's forming a new party. Would you be interested in joining with them?
M. Charette: It's too early. As I said in French a few minutes ago, it's really too early. I don't even know and I don't know if François Legault himself knows at this moment if his coalition will become a political party. So it's really too early. But what I said in French, now that I took my decision, I'm able to think and I'm able to think without any problem of consciousness, and that's why I wanted this freedom of thinking.
Mme Montgomery (Angelica): What about the independents? What about Pierre Curzi and Jean-Martin Aussant? Would you be interested in joining with them for a new party?
M. Charette: No. No, really, but I do appreciate these colleagues, and I did appreciate working with them. These are great MNA's, I do believe that, but I don't share their point of view on this issue. So we will probably work on different issues, as we do with other deputies, MNA's . But, on this issue, if they want to go faster and further, it's not where I am standing for this moment.
Le Modérateur (M. Robert Dutrisac): Yes, Elysia.
Mme Bryan-Baynes (Elysia): Can you explain why you signed the letter to Mr. Parizeau and how that fits into your decision?
M. Charette: As I said in French, again, the party asked all MNAs who were born after 1968. I was born in 1976, so I'm one of them. And I didn't want to show any hesitation, so I signed it. But the letter is not bad. The letter is not bad, there are very good points in this letter, so I accepted to sign it. But I'm not the one who will evaluate if this strategy was good or not.
Mme Bryan-Baynes (Elysia): How much did the results of the federal election have on your decision?
M. Charette: Oh! nothing. Nothing because my... I started my thinking much more earlier than the federal election. But we have to realize that the population, the Quebeckers are maybe asking... are asking to their politicians to work maybe on a different basis. But there's no link with these elections and my decision today.
Le Modérateur (M. Robert Dutrisac): Oui, Tim.
M. Duboyce (Tim): Mr. Charette, what drew you to the conclusion that sovereignty or another sovereignty referendum does not have the popular base of support that the PQ needs to put that issue on the front burner?
M. Charette: I think, if the PQ is going straight in this direction for the moment, he will probably compromise the sovereignist project. I do think that. And I'm still a sovereignist. I said that many times, and I will repeat that, I'm still a sovereignist, but I think we have a great opportunity to realize that and work on a different level. I don't say for the coming 30 years, it might be a shorter period, but, for the moment, I don't feel any appetite for a referendum. For the moment. And if the party is talking about 2020, there will be a mandate without any referendum. So why don't take this engagement? That's what I wished. I didn't receive what I need as... appui - sorry for my English - so I just realized that it was not my place anymore, but without any regret, any animosity, with a lot of respect for this great party.
M. Duboyce (Tim): Right, but my question is: How did you come to the conclusion... Why do you think there isn't the public appetite for another referendum right away?
M. Charette: Well, I saw... It's my conclusion. I might be wrong, but I see that, with the... les appuis that the Parti québécois received election after election. even with... we are... Some people are saying that the Parti québécois is not more popular because the party has a leadership problem. It's not a question of leadership, you just have to look about the statistics. And I'm talking about the 16 or 17 last years, so it's not since the resignation of four MNAs, that started 16 years ago.
M. Duboyce (Tim): O.K.
M. Nagata (Kai): ...
M. Charette: Yesterday, as I...
Une voix: ...
Une voix: ...please.
M. Nagata (Kai): For the record: Mr. Charette, what do you think that your gesture today does to Pauline Marois?
M. Charette: I had private conversation with her yesterday. It's a woman that I really respect, I have to say that. I know that I hurt her, I can say that. And that was hurting me also, but I think, as an MNA, I have to work with my convictions also. I would lie to her if I would continue to work inside the caucus without the way of thinking I have today. So I just wanted to be honest with her, to be honest with my other colleagues also.
Le Modérateur (M. Dutrisac): Marianne?
Mme White (Marianne): Mr. Charette, you say you're still sovereignist, but, at the same time, you're saying there should not be a referendum if the PQ takes power in the next election. Do you think something could be done differently to change your mind? You said you respect Mrs. Marois, you don't think a change of her leadership would change anything to the PQ's fortunes?
M. Charette: I won't go back, I don't work like that. I took a decision, I'm quite comfortable with the decision that I took. So, now, the Parti québécois will have to take his own decisions. So I wish this party well. I don't have anything with the party, but I don't feel that this is my party anymore. So there is no animosity, but I took my decision. So the Parti québécois will have probably to take a decision also, but this will be his problem. And I won't be... What's the name of «belle-mère» in English? I don't know...
Mme White (Marianne): Mother-in-law.
M. Charette: I won't be a mother of law for the Parti québécois. If I agree or not with this or other decisions, I won't be the one who will comment every day because of the respect that I have for this party and his members also.
Mme White (Marianne): But what could have been done to keep you in the PQ? What could have Mrs. Marois done, for instance?
M. Charette: I think I tried what I can to stay inside, but I understand that, since the foundation of this party, the party never took the engagement of not holding a referendum. So I realized that I was asking too much. So it's not the fault or the problem of the Parti québécois, it's a question of me, I'm not there anymore. And I'm still a sovereignist, but what I think, you have to have the «adhesion» of the population to hold a referendum and wish winning it. I'm totally firm on that, it needs 50 % plus one. That's what it needs. But, when we are only seeking this level, you can loose it also, and I don't think the sovereignist project would be able to survive after a third lost referendum.
M. Moalla (Taïeb): Une dernière, excusez-moi. En invoquant des motifs diamétralement opposés aux quatre autres démissionnaires, croyez-vous que, par votre geste, aujourd'hui vous plantez comme un dernier clou dans le cercueil du PQ?
Des voix: ...
M. Charette: Encore une fois, ce que j'ai dit tout à l'heure, et je le pense, c'est me prêter une importance que je n'ai pas que de penser ou évoquer que mon geste aujourd'hui engendrera la fin du parti. C'est une mauvaise passe, et je suis désolé de faire l'annonce à ce moment-ci. J'aurais préféré la faire avant si j'avais su que ces turbulences-là allaient venir. Je ne pouvais pas deviner. Mais c'est me prêter une importance que je n'ai pas, et ce sera à la population... Ce n'est pas un geste... ou le geste d'un député ou de quatre députés qui va faire en sorte que le Parti québécois gagnera ou pas la prochaine élection. C'est le parti qui aura à se positionner face à un électorat qui aura, lui, à trancher. Donc, non, ce n'est pas moi, certainement pas, qui va créer ou qui souhaite créer la fin du Parti québécois, loin de là.
Journaliste: Merci.
M. Charette: Un bel été à vous. De belles vacances, si je n'ai pas le plaisir de vous revoir entre-temps.
(Fin à 11 h 55)