Point de presse de M. Pascal Paradis, porte-parole du troisième groupe d’opposition en matière de justice, et M. Alex Boissonneault, porte-parole du troisième groupe d’opposition en matière d’immigration, d’intégration et de francisation
Version préliminaire
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Le mardi 10 février 2026, 10 h 30
Salle Bernard-Lalonde (1.131),
hôtel du Parlement
10 h 32 (version non révisée)
(Dix heures trente-cinq minutes)
M. Boissonneault : Bonjour,
tout le monde! Bonjour. Vous êtes peut-être un peu surpris, ça devait être Joël
Arseneau, finalement, c'est moi, parce qu'il y a une discussion. On a…
Une voix : ...
M. Boissonneault : Bien,
c'est... je vous laisse ça, M. Lacroix.
On a une discussion, évidemment ces temps-ci
sur l'immigration et sur le PEQ. Évidemment, ça fait couler beaucoup d'encre, il
y a beaucoup d'informations qui circulent, puis on juge important au Parti
québécois d'avoir un discours cohérent, responsable sur la question et peut-être
de poser certaines questions aussi.
Il y a des maires, des mairesses
notamment, qui sont sortis sur la place publique pour demander des clauses de
droit, qui des clauses grand-père pour l'ensemble des personnes qui auraient pu
appliquer sur le PEQ avant sa suspension. Et évidemment, nous, on a des
questions là-dedans parce que, pour défendre le bien commun, parce que c'est un…
c'est l'objectif qu'on a. On n'est pas là pour défendre un lobby, pour défendre
seulement une organisation ou les entreprises, on veut défendre l'ensemble de
la population, on aimerait savoir ce que les maires et mairesses ont en tête
lorsqu'ils parlent de «droits acquis», lorsqu'ils parlent de donner cette
possibilité-là aux gens d'appuyer sur le PEQ comme ça aurait pu être le cas
avant la suspension… la suspension en 2025. Et est-ce qu'ils ont un chiffre en
tête? Est-ce qu'ils ont une idée de l'impact que ça pourrait avoir sur leurs
concitoyens et concitoyennes? Parce qu'évidemment, il y a un impact aussi
accepté des gens sur le territoire. Qu'est-ce que ça veut dire pour le
logement? Qu'est-ce que ça veut dire pour les organismes qui donnent des
services, par exemple, aux populations plus marginalisées sur le territoire? Qu'est-ce
que ça veut dire pour les services de santé, les services d'éducation? Il faut
quand même avoir une vue d'ensemble et un tableau général. Je pense que c'est
important.
La position du Parti québécois est claire
depuis 2024, nous, on avait dit qu'il y aurait des clauses de droits acquis, pas
tout le monde, pas tout le monde, mais aux gens qui dépendent des programmes
québécois, c'est-à-dire le Programme des travailleurs étrangers temporaires. Il
y a des attentes qui ont été créées, et ça, il faut quand même y répondre. Sauf
que nous, ce qu'on a dit, c'est que les gens qui se trouvent sur le territoire
devraient être les personnes qui sont… qui ont accès à la résidence permanente
en priorité donc pour favoriser, entre autres, les régions et les secteurs d'emploi
où il y a une pénurie de main-d'œuvre. Ça a été la position du Parti québécois
dès le départ. On avait dit aussi qu'on voulait un moratoire sur l'immigration
économique permanente pour pouvoir en arriver à cette possibilité-là de
permanentiser les gens le plus qui se trouvent sur le territoire, qui sont
intégrés, qui parlent français. On l'a déjà dit.
Et je veux juste rappeler en terminant
très rapidement que, si on est dans cette situation là actuelle, je l'ai déjà
dit et je vais le redire parce que c'est important, on est en train de réparer
un gâchis qui a été causé par ce gouvernement, puis plus précisément par Christine
Fréchette lorsqu'elle était ministre de l'Immigration qu'elle a permis l'application
en continu au programme du PEC en dehors des seuils, sans qu'il n'y ait de plafond,
ce qui a causé une explosion du nombre de demandeurs dans ce programme-là et du
nombre d'immigrants temporaires sur le territoire.
Donc là, ce qu'on essaie de faire, c'est
de répondre aux attentes qui ont été créées avec cette situation-là, d'être le
plus juste possible.
10 h 37 (version non révisée)
M. Boissonneault : ...le plus
responsable possible, mais devant un gâchis qui a été causé par ce
gouvernement.
M. Paradis : Par ailleurs, j'arrive
tout juste des consultations particulières sur le projet de loi n° 9 relatif à
la laïcité et le Barreau du Québec, ce matin, est arrivé avec une proposition
étonnante dans la mesure où l'ordre professionnel propose une loi qui encadrerait
l'exercice de la clause de souveraineté parlementaire, aussi appelé clause
nonobstant ou clause dérogatoire. Le Barreau propose huit conditions très
strictes, qui aurait pour effet, en quelque sorte, de menotter le gouvernement
dans l'exercice de la clause de souveraineté parlementaire et l'argumentaire
repose sur la préservation de l'État de droit. Le Barreau indique que pour lui,
il y a des... il y a un recul de l'État de droit.
Or, ce qui est surprenant, c'est que le
mémoire du Barreau ne fait aucune mention d'un des principaux reculs dans l'histoire
du Canada en matière d'État de droit, c'est-à-dire l'imposition de la
Constitution de 1982 à l'encontre de la volonté du Québec pendant que le
premier ministre du Québec dormait dans sa chambre d'hôtel, ce qui a été nommé
par les historiens «La nuit des longs couteaux», ici. Et, en quelque sorte, ce
type d'argumentaire qui vise à légitimiser ce coup de force du gouvernement
fédéral et à limiter à l'extrême l'utilisation du prix de consolation pour
cette imposition de la Constitution, c'est-à-dire la clause de souveraineté
parlementaire, ça nous apparaît inquiétant.
On parle aussi beaucoup du dialogue entre
le judiciaire et le législatif. Donc le législatif, il faut le rappeler, c'est
des députés qui sont l'expression de la démocratie, c'est-à-dire que nous
sommes élus par la volonté du peuple québécois et quand on parle de dialogue et
qu'on dit que ça doit nécessairement toujours se terminer par des juges nommés
par le gouvernement fédéral qui ont le dernier mot, ça aussi on pense que ça
peut signifier un recul pour la démocratie. Donc, ce dialogue ne peut pas
toujours se terminer par les juges qui ont le dernier mot. Alors proposition,
donc, qui nous laisse perplexes, on va l'étudier plus en détail. Mais voilà,
perplexes.
Journaliste : ...est-ce que le
barreau ne propose pas que les juges aient le dernier mot et même leur
proposition dit que le gouvernement a le dernier mot, ils demandent entres
autres de demander l'avis à la cour d'appel, un avis qui est non restrictif. Si
par limitation ou cadenassé, pour reprendre vos mots, vous voulez dire d'avoir
une... plus qu'une majorité simple à l'Assemblée nationale pour imposer la
clause nonobstant, est-ce que c'est ça pour vous qui va trop loin?
M. Paradis : Bien, écoutez...
D'abord, un, il y a déjà un processus démocratique, ici en cette assemblée. Il
y a des consultations particulières aujourd'hui sur le projet de loi 9, sur d'autres
projets de loi actuellement, avec lesquels, d'ailleurs, nous ne sommes pas d'accord,
nous avons exprimé des réserves, projet de loi 1, projet de loi 2, projets de
loi 3, etc., et le débat a cours, notamment par certains des rédacteurs du
Mémoire du Barreau du Québec, qui contestent vigoureusement l'utilisation de la
clause de souveraineté parlementaire et c'est sain en démocratie. Mais donc,
là, il y a des consultations particulières, il va y avoir des débats à l'Assemblée
nationale. Je le mentionne parce qu'il y a déjà un exercice démocratique, mais
là, il y a certains qui semblent dire : Ce n'est pas suffisant ça ou ça n'a
pas la légitimité requise. De telle sorte que, quand on utilise la clause de
souveraineté parlementaire, là, maintenant, il faudrait «un encadrement
normatif rigoureux, une obligation pour le législateur d'exposer publiquement
de manière claire et intelligible les raisons justifiant le recours — ça,
je pense qu'on l'a déjà — reddition de comptes renforcés,
consultation obligatoire de la société civile, garantie de périodes
incompressible de débats parlementaires, vote à majorité qualifiée, renvoi
automatique en Cour d'appel du Québec». Nos tribunaux, qui déjà peinent à
donner une voix aux citoyens parce qu'il y a des problèmes d'accès à la justice,
donc là, à chaque fois, renvoi automatique en Cour d'appel du Québec.
C'est... ce sont des conditions extrêmement
contraignantes et où on semble dire, bien, que le processus actuel n'a pas la
légitimité suffisante. Nous pensons que le débat démocratique est déjà très
vigoureux sur les dispositions dont ont parle.
Journaliste : Est-ce qu'il ne
faut pas s'inquiéter, par exemple, de la suspension de certains droits
fondamentaux qui sont là pour... ça ne semblait pas protéger les minorités.
M. Paradis : C'est
intéressant, dans une étude du professeur Guillaume Rousseau en 2016, il
analyse l'utilisation... l'utilisation de la clause de souveraineté
parlementaire et il note que dans 78 %...
10 h 42 (version non révisée)
M. Paradis : ...des cas, ce
sont des mesures qui sont relatives à l'identité nationale québécoise et au
progrès social. Et ce qu'il mentionne, en réalité, c'est que la clause de
souveraineté parlementaire a permis au Québec d'affirmer son caractère distinct
face à une jurisprudence et face à un gouvernement fédéral qui a une autre
vision du vivre-ensemble. On le rappelle, la Constitution du Canada, dans son
préambule, dans la première phrase, ça dit que la Constitution du Canada
reconnaît la suprématie de Dieu. Et il y a un autre article, qui est l'article
27, qui mentionne que la charte doit être interprétée avec un prisme
multiculturaliste, et donc les juges nommés par le gouvernement fédéral, bien
sûr, ont cette interprétation.
Donc, cette vision que c'est toujours une
suspension des droits est compensée par une autre vision, qui est celle que c'est
l'affirmation de droits collectifs, droits collectifs qui sont reconnus, d'ailleurs,
ailleurs dans le monde, comme parfaitement légitimes. On parle peu, par
exemple, de la jurisprudence de la Cour européenne de justice, qui interprète
des dispositions similaires avec la nôtre, mais qui a jugé parfaitement légales
les limitations, par exemple, au port de signes religieux, en vertu de la
laïcité. Donc, il y a deux visions différentes du vivre-ensemble, et la clause
de souveraineté parlementaire permet l'affirmation de la distinctivité
québécoise.
Journaliste : Est-ce que le
Barreau ne fait pas de la politique ici? Est-ce qu'ils n'excèdent pas leur
mandat, qui est de protéger le public contre les avocats véreux, puis, bon, je
veux dire, les problèmes de... dans la profession? Je sais que c'est votre ordre
professionnel, là, c'est peut-être délicat pour vous de vous prononcer.
M. Paradis : La protection...
la protection du public fait partie du mandat du Barreau du Québec, mais je
pense que le Barreau du Québec peut légitimement se prononcer sur les sujets
dont on parle actuellement. Il le fait sur la base de la protection de l'État
de droit. Ce que nous disons, c'est qu'il faut faire attention aux
qualificatifs qu'on utilise. Quand le Barreau du Québec parle de dérives
autoritaires, il faut faire attention. Là, ici, c'est... Vous savez d'où j'arrive,
là, j'ai travaillé 25 ans dans des pays où les dérives autoritaires, l'autoritarisme,
ce sont des mots qui ont... qui ont un sens. J'invite le gouvernement du Québec
à porter une grande attention à ce que le Barreau du Québec lui dit, mais j'invite
aussi toutes les institutions, y compris le Barreau du Québec, à faire
attention au sens des mots, et tout... tout en ayant une voix légitime.
Journaliste
: Et si
Antoine posait la même question à monsieur... si Antoine posait la même
question à M. Boissonneault, à savoir est-ce que le Barreau fait de la
politique, est-ce qu'il répondrait la même chose? Est-ce qu'il aurait plus de
liberté dans sa réponse?
M. Paradis : Bien, la réponse,
c'est... la réponse, c'est la mienne.
Des voix : ...
M. Paradis : Bien, veux-tu...
M. Boissonneault : Bien,
voulez-vous finir le sujet? Moi, c'est plus ça, là
Journaliste
: Bien,
allez-y, si vous avez...
M. Boissonneault : Non, c'est
ça, j'ai un expert avec moi pour ces questions-là.
Journaliste : Mais adopter
par bâillon une loi qui prévoit l'utilisation de la clause dérogatoire, ça, est-ce
que vous êtes d'accord avec ça? Parce que c'est une des limites que veut poser
le Barreau, si j'ai bien compris.
M. Paradis : Bien, bon, le
bâillon, ça fait partie du Règlement de l'Assemblée nationale, ça fait partie
de la procédure dont on s'est doté. Mais vous m'avez entendu parler, à
plusieurs reprises, de l'utilisation de ce bâillon, notamment par le
gouvernement de la CAQ, dans des cas où ce n'était pas justifié, où il n'y
avait pas d'urgence, où il n'y avait pas de blocage des partis d'opposition.
Donc, je dirais que, de manière générale, le bâillon, ce n'est pas l'idéal
démocratique qu'on s'est fixé, surtout lorsque les... les fameuses conditions d'urgence
ne font pas... ne sont pas au rendez-vous.
Cela étant dit, ici, il s'agit de juger de
la Constitution du Canada, qui prévoit cette clause de souveraineté
parlementaire, qui permet de faire en sorte que ce ne sont pas toujours les
juges qui ont le dernier mot. Et là il ne faut pas... il ne faut pas voir ça
comme étant toujours l'exercice de la... de la tyrannie de la majorité, mais
nous sommes des élus démocratiquement choisis par le peuple québécois, et, je
le réitère, ce sont souvent des dispositions qui visent à affirmer la
distinctivité du Québec dans un pays où, maintenant, la Constitution s'interprète
selon le prisme fixé par le gouvernement fédéral.
Journaliste
: Sur un
autre sujet, vous avez probablement...
M. Boissonneault : M. Laforest.
Journaliste : ...les attaques
répétées de M. Drainville à l'endroit de Mme Fréchette et M. Roberge. Est-ce
que vous croyez que, d'ici l'élection, là, le gouvernement va reculer sur le PEQ?
M. Boissonneault : Écoutez,
moi, je vais leur laisser mener leurs débats. Ce qu'on ne peut...
Journaliste : Est-ce que vous
souhaitez qu'il recule sur le PEQ?
M. Boissonneault : Nous... Ça
appartient au gouvernement de savoir comment ils vont sortir de leur propre
gâchis. Là, ils essaient de réparer les pots cassés, les pots qu'ils ont cassés
eux-mêmes. Puis vous m'avez entendu au salon rouge, aussi, poser la question au
ministre Roberge : Est-ce que vous êtes conscient que la candidate que
vous appuyez est celle qui a permis cette perte de contrôle là du... du
programme du PEQ? Donc, évidemment, ils vont avoir leur réponse...
10 h 47 (version non révisée)
M. Boissonneault : ...Alors,
laissez ça au gouvernement. Une chose est certaine, c'est que ça a des
conséquences, tout ça, puis, moi, je pense qu'on doit absolument discuter de la
question de façon responsable et cohérente. Je pense que le Parti québécois l'a
toujours fait ces dernières années. Nous, on a une proposition depuis 2024 qui
dit qu'on va... on va faire un moratoire sur l'immigration économique
permanente de façon à ce qu'on puisse permettre de permanentiser en favorisant
les régions, les entreprises où il y a une pénurie de main-d'œuvre, les gens
qui se trouvent déjà sur le territoire et qui sont déjà intégrés.
Journaliste : C'est combien
de personnes? L'avez-vous évalué?
M. Boissonneault : C'est
plusieurs dizaines de milliers de personnes. Mais ça, ça fait partie des
questions aussi qu'on doit... que l'on doit... auxquelles on doit répondre, parce
qu'effectivement, il y a beaucoup de monde qui sont concernés. Mais il y a des
attentes qui ont été créées par ce gouvernement-là, puis on doit être juste aussi
dans la réponse qu'on fait. Et il y a... Quand le programme a été suspendu en
2025, nous, ce qu'on constate au Parti québécois, c'est que, lorsqu'on parle de
clause de droits acquis, par exemple, c'est de s'assurer que, pour les
travailleurs qui dépendent du Québec, les travailleurs temporaires, par
exemple, qui étaient ici, qui pouvaient avoir accès au PEQ et qui dépendent du
Québec, il pourrait y avoir des clauses de droits acquis. Ce qu'on a dit, et
notre chef, Paul St-Pierre Plamondon, l'a dit plusieurs fois aussi, il va y
avoir des clauses grand-père, il va y avoir des clauses de droits acquis, mais
pas à tout le monde.
Journaliste : Mais comment
vous allez y arriver? Vous êtes le parti qui propose les seuils d'immigration
les plus bas. Comment vous allez y arriver si vous savez à peu près que c'est
des dizaines de milliers de personnes?
M. Boissonneault : C'est...
Les chiffres qu'on a, c'est à peu près 30 000 à 40 000 personnes.
Mais il faut voir aussi les gens qui vont appliquer sur le programme. Il y a
des gens qui ont quitté aussi. Ce qu'on dit, c'est qu'il va falloir sur
plusieurs années, pouvoir permettre aux gens qui se trouvent déjà sur le
territoire d'être permanentisés. Ça ne veut pas dire d'ouvrir à tout le monde
non plus, parce que, là, il faut bien comprendre, puis, ça aussi, ça fait
partie des questions qu'on pose, entre autres, aux maires et mairesses... L'accès
au PEQ, c'était un français intermédiaire, essentiellement, des gens qui avaient
un permis de travail pendant deux ans. Ça, ça pouvait être les gens qui étaient
ici en vertu du PTET, donc, du programme québécois, mais aussi en vertu du PMI,
du programme fédéral, qui avaient un permis de travail, par exemple, fédéral. Ça
veut dire qu'il y avait des demandeurs d'asile aussi qui pouvaient l'avoir, il
y avait des étudiants aussi qui pouvaient avoir accès au PEQ. Ça ouvrait la
porte à des dizaines de milliers de personnes, à tout le moins. Donc, c'est là
qu'il va falloir... qu'il faut intervenir.
Journaliste : ...
M. Boissonneault : Non. Non,
parce que, nous, ce qu'on dit, c'est qu'on veut respecter les droits, la
possibilité pour les gens qui étaient ici sur le territoire lorsque le
programme a été suspendu en 2025, de pouvoir poursuivre leur processus...
Journaliste : En tout
respect, M. Boissonneault...
M. Boissonneault : Oui?
Journaliste : ...c'est la
même chose que dit le gouvernement. Ils veulent les permanentisés sur plusieurs
années. Le problème, c'est que le gouvernement fédéral menace de leur enlever
leur permis de travail avant qu'ils puissent accéder au PSTQ. Donc, ceux qui
réclament une clause grand-père, ils veulent, au fond, que toutes ces personnes-là...
M. Boissonneault : Le
PSTQ est sur invitation, M. Desrosiers, si je ne m'abuse. Le PEQ, c'était
la possibilité d'appliquer pour à peu près tout le monde. C'est là qu'il y a
une grosse différence. C'est ce qui fait aussi que les demandes ont explosé une
fois que le PEQ a été... qu'il pouvait y avoir une implication en continu sans
regard des seuils permanents. C'est ce qui fait qu'il y a eu une augmentation
aussi importante du nombre de personnes dans le programme puis du nombre de
temporaires sur le territoire. C'est complexe tout ça.
C'est pour ça aussi que ce matin que je
posais la question aux maires et mairesses à savoir : Est-ce que vous avez
en tête un chiffre? Est-ce que vous savez ce que ça veut dire? Qu'est-ce que
vous voulez permettre comme droits acquis, puis quelles conséquences il
pourrait y avoir pour vos concitoyens, concitoyennes en termes de service, par
exemple, ou de logement?
Journaliste : Sur un autre
sujet.
Vous avez probablement vu et lu les
différents reportages sur les millions de dollars en subventions qu'evenko et
Live nation reçoivent pour des événements qui sont principalement en anglais. Est-ce
que vous partagez au Parti québécois la colère des plus petits festivals qui
regardent ça en se demandant pourquoi ça ne scandalise pas davantage les gens?
M. Boissonneault : Moi,
je peux vous dire qu'il y a des interrogations, là, il va falloir qu'on ait un
plan clair par rapport à ça, mais on se pose de sérieuses questions à savoir
pourquoi des compagnies comme celles-là peuvent recevoir autant d'argent. Je
sais que, moi, il y a des gens en circonscription qui m'en ont parlé, qui m'ont
dit dans un festival, par exemple en région, ça peut avoir des conséquences. Lorsqu'on
veut faire des spectacles aussi, pour l'offre culturelle en région. Nous, ce
qui est important, ce qu'on veut faire au Parti québécois, c'est de s'assurer
que les gens puissent consommer de la culture, en priorité la culture
québécoise, évidemment, mais pouvoir voir des spectacles, aller dans des
festivals. Donc, c'est ce qu'on va garder en tête. Le bien commun, encore une
fois, s'assurer que les gens en aient pour leur argent.
Avais-tu quelque chose à dire là-dessus?
C'est bon.
Journaliste : Parce que même
dans votre région, il y a des festivals où la programmation est presque entièrement
en anglais, là, tu sais, Rock La Cauze, par exemple, ou... Bon, bien, est-ce
que, si le Parti québécois est élu, il y aura des critères de contenu
francophone?
M. Boissonneault : Je ne
vais pas m'avancer outre mesure sur ce dossier-là. C'est ma collègue, Catherine
Gentilcore, qui est au fait des chiffres, là, exactement ce que ça veut dire. C'est
sûr que, nous, au Parti québécois, on a un préjugé évidemment favorable à la
culture québécoise puis à la consommation de culture québécoise. Ça ne veut pas
dire qu'on va fermer nos portes à des groupes étrangers qui viennent ici, ou
des festivals où les gens vont chanter en anglais. Ce n'est pas ça du tout. Puis
c'est de voir qu'est-ce que ça veut dire en termes de fiscalité, par exemple,
puis dans le coup de pouce qui pourrait être donné aux entreprises. Puis vous
nous avez entendus aussi lorsqu'on parle d'entreprises, que, nous, on n'est pas
dans les subventions, là. On est à la limite dans la réduction du fardeau
fiscal, donc, on change un peu de perspective à ce niveau-là. Mais je vais
quand même laisser pour le détail ma collègue Catherine Gentilcore en parler.
Journaliste
: Mini
précision, M. Boissoneault, sur... Vous interpelez les maires et mairesses.
Qu'est-ce qui serait une réponse satisfaisante...
10 h 52 (version non révisée)
Journaliste : …sous quelle
forme vous espérez qu'il vous réponde, là, que…
M. Boissonneault : Bien. Je
veux juste qu'on soit… qu'on soit sur la même page, à savoir qu'est-ce qu'ils
ont en tête comme chiffres, qu'est-ce qu'ils ont en tête aussi comme
conséquences pour la population. Parce que je pense qu'il est important de
rappeler, là, que l'immigration a des conséquences sur les services sont donnés
sur le terrain. Sur le logement par exemple, il y a des experts qui sont sortis
là-dessus, il y a des banques qui sont sorties là-dessus pour dire qu'il y a un
effet sur le logement. Donc, il faut quand même être… il faut quand même le
faire pour le bien commun. Donc, si on a cette discussion-là, s'il doit y avoir
des conséquences, par exemple, sur l'immigration permanente ou s'ils demandent
des conséquences comme celles-là, mais il faut savoir de quoi on parle. Puis là,
j'ai l'impression… C'est un sujet complexe…
Journaliste
: Mais vous
ne l'avez pas ce portrait-là.
M. Boissonneault : …puis j'ai
l'impression…
Journaliste
: …
M. Boissonneault : Nous…
Journaliste
: Il y en a
qui sont déjà sur le territoire, ça veut dire l'impact qu'ils ont sur le
service public, on le connaît, la croissance démographique, c'est ça. Ce n'est pas
l'inverse plutôt que devriez avoir, c'est-à-dire le portrait que ça pourrait
donner s'ils ne sont pas là?
M. Boissonneault : Les gens
qui sont ici consomment des biens et des services même s'ils sont dans leurs
logements. Ils vont avoir besoin d'aller à l'école aussi pour leurs enfants, de
se loger, de se nourrir. Il va y avoir quand même un impact collectif. Il y a
des gens aussi qui ont de la difficulté en ce moment à se trouver un logement.
Il faut quand même penser aussi au parc qui est utilisé à l'heure actuelle. Le
dernier chiffre que j'avais par rapport notamment à l'immigration temporaire
des gens qui venaient ici, à peu près 92 % se tournent vers le logement
locatif, ce qui est tout à fait compréhensible. Évidemment, ça… Évidemment,
ça...
Des voix : ...
Journaliste : Parlant de
consommation… parlant de consommation, le prix de l'essence… finalement, l'abolition
du prix plancher, est-ce que c'était… est-ce que c'était une bonne idée? Est-ce
que ça valait la peine?
Une voix : ...
Le Modérateur
: On va…
Journaliste
: Est-ce
que vous pouvez répondre à ma question?
M. Boissonneault : Sur le
prix de l'essence?
M. Paradis : Là, vous parlez
de... des chiffres qui démontrent qu'à Québec on continue à payer l'essence
très cher. C'est la mesure phare qui a été proposée par le gouvernement de la CAQ
qui a annoncé l'abolition du prix plancher. Est-ce que ça a démontré des
résultats? Nous, on attend encore de voir la démonstration que ça a eu les
impacts qui étaient annoncés par le gouvernement de la CAQ. Nous, on avait
proposé d'autres solutions parce que l'inéquité demeure toujours en raison de
cette décision insensée du gouvernement fédéral d'envoyer des chèques, puis d'éliminer
une taxe au fédéral, mais de ne pas compenser le Québec. Il faut s'en souvenir,
quand on parle de ce que ça coûte, le fédéralisme canadien pour le Québec, là,
ça en est un, là. Les gens, au Québec, ils le voient tous les jours ce que ça
veut dire comme différence? Est-ce que le prix plancher a donné ses résultats?
En tout cas, pas à Québec.
Journaliste : Moi, je voudrais
juste comprendre… j'aimerais juste comprendre la position, dans le fond, sur
les maires. C'est que, dans le fond, vous trouvez que les maires appuient trop
sur la pédale là-dessus? Comme par exemple c'est… c'est le maire Marchand principalement
qui est à la tête de… de ça, on va le dire, là. Dans le fond, vous trouvez qu'il
insiste trop pour les clauses de droit acquis pour le PEQ alors qu'il n'a pas
suffisamment réfléchi aux impacts?
M. Boissonneault : Tout ce qu'on
veut savoir, c'est : est-ce qu'ils sont bien conscients des chiffres que ça
implique, de l'impact que ça va avoir aussi sur le territoire, sur les
citoyens, les citoyennes? Parce qu'on ne fait pas ça juste pour les
entreprises, on ne fait pas ça juste pour des organisations et… on fait ça pour
l'ensemble de la population. Donc, il faut être bien clair sur ce que ça veut
dire quand on permet par exemple de donner des droits acquis à tout le monde.
Par exemple, est-ce qu'on doit donner des droits acquis aux gens qui ont un
permis de travail en vertu du PMI fédéral? Est-ce qu'on doit donner des droits
acquis aux demandeurs d'asile qui avait un permis de travail, qui pourraient
appliquer aussi sur le PEQ, aux étudiants? Ça fait des dizaines de milliers de
personnes. Et d'ailleurs, il y a des experts qui sont… qui se sont aussi
prononcés sur la question, qui disaient : Bien, le ministre d'Immigration
a envoyé des chiffres qui sont tout à fait avérés. J'aimerais les entendre
aussi sur les chiffres qu'ils ont en tête, à savoir qu'est-ce que ça veut dire?
Parce que moi, ce que je peux vous dire, c'est que selon les critères, les gens
qui sont qui ont permis de travail pendant deux ans, qui maîtrisent le français
intermédiaire, là, essentiellement, peuvent passer par le PEC. Ça, c'est un
potentiel, c'est un bassin de gens qui peut être très important. Donc moi, ce
que je veux… ce que j'appelle à faire, ce que je demande aux maires, c'est de
prendre un peu de recul puis voir exactement qu'est-ce que ça veut dire. Qu'est-ce
que ça veut dire pour les citoyens, qu'est-ce que ça veut dire pour les
services puis qu'est-ce que ça veut dire pour les immigrants aussi?
Des voix : ...
Le Modérateur
: On va passer
en anglais.
Journaliste : Vos
30 000, ils viennent d'où? Vos 30 000, vous, ils sont constitués de
qui?
M. Boissonneault : C'est le
calcul qu'on a fait avec les chiffres qu'on a… Écoutez, je ne pourrais pas vous
dire exactement les chiffres viennent d'où précisément, mais nous, on a vu les
gens qui étaient ici, par exemple, en 2025, lorsque le PEC a été suspendu pour
le P… le PTET, donc, le programme qui dépend du gouvernement du Québec, ce
serait à peu près le chiffre, puis c'est pour ça que même, en 2024, on avait
déjà dit qu'il y aurait un moratoire sur l'immigration économique permanente
pour qu'on puisse permanentiser les gens qui sont déjà sur le territoire et
déjà intégrés. C'était notre proposition. Donc, c'est à peu près... C'est le
chiffre qu'on a en tête, mais je reviendrai, si vous voulez, pour les sources
exactes.
Journaliste : The PEQ, there are two… you know, you have this… the foreign students program that put on hold in
October 2024 and then you have foreign workers that put on hold in 2025. Do you
find it normal that we've been discussing about the end of the PEQ since
November without having a specific number of people that are expected and that we
should put up a grand-father clause and how many they are. The Government doesn't know this number.
Minister Roberge…
10 h 57 (version non révisée)
Journaliste
:
...talking
about 400,000 people! We look bad across the world right now. It's a free for
all!
M. Boissonneault
(Arthabaska)
Well,
first things first. I think that's what I was saying. The Government right now
should come with the answers about those numbers, what is his plan. Because
right now we're trying to fix the mess that he created itself and more
precisely Christine Fréchette, when she was Minister of Immigration and when
she opened the door to a PEQ that was accessible to essentially everybody. And
we are in this situation because of this.
Now, they need to get
with the answer, they need to get as well the numbers. We don't have the means
of the Government to get those numbers to give you the precise number of what
it will mean.
Journaliste
:
...do?
Because now we look not human, like inhuman...
M. Boissonneault
(Arthabaska)
Our
position is the following. Since 2024, we presented a plan saying that we are
going to freeze the number of people coming from the economic immigrants...
permanent economic immigrants to make sure that we can... prioritize and make
permanent the people that are already on the territory, that depends on Québec,
so to be able to answer the criterias that we had until the suspension of the
PEQ in 2025, for the workers that are here, that have been invited by the
Québec Government. So, this is our answer. And, on more than one year,
obviously, inside the target number that we have of 35,000 for permanent
immigration, we're going to be able to pass that number of people that are here
in the regions and working for companies that have a tension in terms of jobs.
Journaliste
:
...40,000
people. About…
M. Boissonneault
(Arthabaska)
No. So,
this number, we're asking the question. I've seen people, I've seen experts
this weekend saying that the Minister doesn't have the good numbers, and all.
What I can say is that the... the criterias are the following. Because of the
CAQ, essentially, people with intermediate French and that have had a work
permit for two years can apply. That means the people coming from the... PTET,
we're talking about 150, 000...120,000 people. I may be like... be off a little
bit on the numbers, but you have people as well that are here with a work
permit from Canada with the PMI, Programme de mobilité internationale, we have
asylum seekers that are here as well, that I've had that permit for two years,
that could apply for the program. So, we have potentially tens of thousands of
people that could have applied.
So, that's the question that
I was asking as well to these experts : What is the exact number you have
in your mind? Because potentially you may have like tens of thousands of
people. I'm not saying that these numbers are right, but I do ask a question.
And, as you said, the Government should have those answers as well because it's
their program. And it's their mess to fix. And that's what they're trying to
do. And now we are in this situation where everybody has... are throwing
numbers and ideas, and... and have a preoccupation about this program. It's
hard to understand.
So, I'm asking the
Government to fix the problem that it created itself. And I'm asking as well...
the mayors and... the mayors too, as well : Come with an idea of what they
have in mind and the into people that could become permanent here, that could
apply to the PEQ and the consequences it would have for the citizens on the
field.
Journaliste
:
Can you
please explain the... issue with the Barreau's memoir on Bill 9?
M. Paradis :Right. So, the Québec Bar came today with a proposal to fix limits
to the use of the notwithstanding clause. We believe that the argument that we've
heard today is not considering the fact.... well, it is based on the
preservation of the rule of law, and we believe that it's not taking into
account the fact that the rule of law was not respected in 1982, when the
Constitution was imposed on Québec, and that the notwithstanding clause is the
"prix de compensation", is the...
Journaliste
:
...
M. Paradis : ...consolation prize, thank you so much, which is not enough, really
not enough, considering that this is the basic contract... founding contract of
the country. But this is part of the debate now : where lies the best
interest in the rule of law, and that arguing that judges always having the
last word is maybe not the... the ideal in democracy where you're supposed to
have a true dialog with the elected members of the National Assembly here.
Le Modérateur
:
Merci beaucoup.
M. Boissonneault :
Merci!
(Fin à 11 h 02)