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(Quinze heures quarante et une minutes)
Mme Bélanger : Bonjour à tous
et à toutes. Merci aux collègues du ministère de la Santé et des Services
sociaux, et à mes collègues députés, et au ministre de la Justice d'être avec
moi aujourd'hui. C'est une journée importante.
Alors, très heureuse d'être avec vous
aujourd'hui pour l'annonce du dépôt du projet de loi visant principalement à
mieux accompagner les personnes dont l'état mental pourrait représenter un
risque pour leur propre sécurité ou celle d'autrui. Avant de poursuivre, je
voudrais mentionner que ce projet de loi, c'est un projet de loi qui est
clinique, mais qui est aussi juridique. Il y a plusieurs personnes qui y ont
collaboré. Et je veux aussi, d'entrée de jeu, faire une mise en garde en ce qui
concerne des situations dont on a beaucoup entendu parler dans l'espace public
ces dernières semaines. Les enjeux en matière de santé mentale sont complexes,
et nous devons être vigilants afin de ne pas faire d'amalgames ou tirer des
conclusions prématurées. Derrière chaque histoire, il y a des personnes et des
familles qui lancent un appel à l'aide.
Je tiens à remercier les équipes du
ministère de la Santé et des Services sociaux et du ministère de la Justice,
qui ont réfléchi à la façon de moderniser une loi qui datait de plus de
25 ans pour assurer une meilleure prise en charge de personnes aux prises
avec des troubles de santé mentale. C'est un exercice qui faisait appel à une
grande sensibilité, afin de trouver un équilibre entre la protection de ces personnes
et celle d'autrui, et le respect des droits fondamentaux. Je veux aussi
remercier l'Institut québécois de réforme du droit et de la justice, que nous
avions mandaté pour analyser, avec une grande rigueur et en toute indépendance,
les enjeux et les pistes d'amélioration. Leur rapport final a été déposé en
décembre dernier, et, naturellement, j'ai pris beaucoup de temps pour examiner
attentivement l'ensemble du rapport ainsi que les recommandations.
J'en profite aussi pour saluer les équipes
du réseau de la santé et des services sociaux, les intervenants de première
ligne, les équipes soignantes, les services de police, le milieu communautaire,
les proches aidants et les familles, ainsi que tous les experts et expertes qui
ont partagé avec nous leurs précieuses expériences issues de leur réalité.
Leurs contributions ont nourri ce projet de loi afin qu'il soit bien aligné sur
les besoins des personnes en situation de vulnérabilité, en préconisant une
approche préventive et bienveillante. Je tiens, finalement, à saluer le travail
de l'ex-ministre des Services sociaux, M. Lionel Carmant, qui a fait avancer ce
dossier au cours de son mandat. Le projet de loi repose, par ailleurs, sur une
mobilisation et une collaboration accrue des acteurs des milieux de la santé,
des services sociaux, de la justice et de la sécurité publique.
Nous voulons intervenir plus tôt afin
d'éviter des crimes et des drames, réduire les mesures coercitives et, lors
d'une hospitalisation, mieux accompagner les personnes, ainsi que leurs
proches, afin d'éviter, autant que possible, le phénomène des portes
tournantes. Le premier changement que nous proposons, c'est de donner aux
intervenants la possibilité d'agir plus tôt, avant que la situation ne devienne
irréparable. Nous introduisons le concept de compromission, qui permet d'agir
dès qu'on constate un risque de détérioration de l'état de la personne qui
pourrait compromettre la sécurité de la personne ou celle des autres. C'est une
approche plus préventive, qui nous permettra d'intervenir avant qu'il ne soit
trop tard. J'insiste sur le fait que c'est une modification cruciale et
déterminante pour la suite de la trajectoire d'intervention.
Pour mieux intervenir auprès des personnes
en situation de détresse psychologique, le projet de loi propose ensuite de
réviser et faciliter leur parcours de garde en établissements de santé et de
services sociaux, que plusieurs jugent lourd et complexe, en simplifiant,
notamment, plusieurs démarches. Par ailleurs, les médecins et les infirmières
praticiennes spécialisées ne seraient plus tenus de demander une autorisation
judiciaire afin que la personne soit soumise à une évaluation psychiatrique. En
vertu du projet de loi, on procéderait ensuite à l'unification de compétences
en matière d'intégrité de la personne devant un même tribunal, une mesure que
je laisserai à... mon collègue vous expliquer.
Autre changement important, l'introduction
de directives psychiatriques anticipées. Alors, dorénavant, une personne
majeure apte à consentir et présentant un trouble mental susceptible
d'entraîner une inaptitude temporaire à consentir aux soins pourra exprimer à
l'avance ses volontés pour des soins qui pourraient être requis par son état
mental. C'est une avancée significative qui reconnaît pleinement l'autodétermination
et les choix des personnes confrontées à des enjeux de santé mentale.
Parmi les modifications apportées à la
loi, on prévoit aussi de nouvelles obligations à l'égard des établissements de
santé et de services sociaux afin que les personnes soignées soient mieux
accompagnées, qu'elle puisse quitter l'hôpital de manière sécuritaire et
qu'elles comprennent bien leurs droits et leurs recours. L'objectif est
d'uniformiser les bonnes pratiques et de prévenir les situations à risque.
Enfin, un dernier élément sur lequel
j'aimerais insister, c'est le déploiement d'un processus d'action concertée
dans chaque région et la mise en place d'une entente-cadre nationale entre les
différents intervenants concernés par l'application de la loi, ce qui permettra
d'éviter les ruptures de services entre les différents secteurs et facilitera
la communication. Concrètement, on veut faciliter la collaboration, la
coordination des actions et l'échange de renseignements entre les
professionnels et intervenants de la santé et des services sociaux, les
policiers ainsi que les proches et les familles. Tout ça dans le but d'assurer
la continuité des services et d'offrir un accompagnement mieux adapté aux
personnes en situation de vulnérabilité.
Je le disais d'entrée de jeu, les enjeux
psychosociaux et de santé mentale sont complexes, sensibles et profondément
humains. Nous devons donc demeurer attentifs, ouverts et prêts à faire évoluer
nos outils et nos interventions et à les ajuster à la lumière des résultats de
recherche et de l'expertise des professionnels qui accompagnent ces personnes
et leurs proches. Le but est de bâtir un cadre durable, sécuritaire, juste et
équilibré pour protéger adéquatement les personnes en situation de
vulnérabilité ainsi que le public lorsque requis. Alors, nous le faisons avec
conviction, afin d'améliorer véritablement la vie des personnes et des familles
qui en ont de besoin. Merci.
M. Jolin-Barrette : Alors,
bonjour à toutes et à tous. Mme la ministre de la Santé, Mme la députée de
Marie-Victorin, Mme Landry, sous-ministre adjointe au ministère de la Santé, Dr
Mathieu Dufour, merci d'être présents.
Le projet de loi que notre gouvernement
dépose aujourd'hui le fruit d'une réflexion menée ces dernières années sur la
meilleure manière dont notre société peut concilier efficacement la protection
des personnes en détresse psychologique et celle de la population. Tout comme
ma collègue à la Santé, j'aimerais remercier tous les intervenants, tant du
milieu de la santé que du milieu de la justice, qui ont alimenté la réflexion
et le débat autour de cet enjeu très sensible. Il y a beaucoup de travail
aujourd'hui dans ce projet de loi que nous déposons.
Les enjeux de santé mentale doivent être
traités avec sérieux, compassion et humanité. Au cours des dernières années,
des gestes irréparables ont été commis par des personnes souffrant de troubles
mentaux. Ces drames ont chamboulé les Québécoises et les Québécois. Ils nous
ont amenés à questionner les limites de la loi P-38. Le projet de loi que
nous présentons aujourd'hui tient compte des subtilités nécessaires et propose
une avancée majeure dans la manière de prendre soin des personnes aux prises
avec des troubles de santé mentale pouvant représenter un danger pour
elles-mêmes ou autrui.
Selon des experts, le nombre de verdicts
de non-responsabilité criminelle est plus élevé au Québec qu'ailleurs au
Canada. Selon ces mêmes experts, si une intervention et des soins avaient pu
être imposés et réalisés avant que la personne souffrant d'un trouble mental ne
soit en crise, certaines infractions auraient pu être évitées. Malheureusement,
la loi actuelle au Québec ne le permet pas, contrairement à d'autres États
fédérés au Canada. En effet, la loi P-38 ne permet une intervention que si
le danger pour la sécurité de la personne ou celle d'autrui est grave et
immédiat. Le projet de loi propose de modifier ce critère en intégrant un
risque de compromission pour permettre une intervention en amont, soit avant
que la personne ne soit en crise, qu'elle manifeste de la violence et que
finalement, elle représente un danger immédiat pour elle-même ou pour la
population.
La famille ou les proches sont souvent
ceux qui constatent un changement dans l'état mental de la personne et les
signes précurseurs d'une crise. Malheureusement, ils se retrouvent trop souvent
laissés à eux-mêmes. Pensons aux parents qui remarquent un changement de
comportement chez leur fils ou leur fille qui souffre de bipolarité, par
exemple, et qui, lorsqu'ils demandent de l'aide aux psychiatres ou des
autorités, se font répondre : Désolé, on ne peut rien faire à ce stade-ci,
le comportement de votre enfant ne met personne en danger dans l'immédiat et
légalement, nous ne pouvons le garder pour lui prodiguer des soins, ce n'est pas
normal que l'on doive attendre que le pire soit sur le point d'arriver pour
intervenir. C'est précisément ce que nous voulons corriger. Le projet de loi
que nous proposons vise justement à mieux accompagner les personnes souffrant
de troubles mentaux, faciliter les interventions auprès d'elles et, ultimement,
tenter d'éviter que des drames ne surviennent.
Si nous avons appris quelque chose au
cours des dernières années, c'est que le partage d'information est crucial. Et,
dans le processus actuel, il n'est pas optimal. Nous... nous attaquons donc
aussi à ce problème avec le projet de loi. Nous assurons que tous les
intervenants impliqués, les intervenants de première ligne, les policiers, le
personnel soignant et les acteurs du milieu de la justice puissent mieux
communiquer entre eux.
La personne qui souffre d'un trouble
mental a des besoins spécifiques, une réalité bien à elle, et ne répond pas
nécessairement de la même façon qu'une autre à une intervention. Tout ça doit
être documenté et connu par toute la chaîne d'intervention, ce qui va permettre
une réponse cohérente auprès de la personne qui a besoin d'aide, et surtout on
évite les ruptures de services qui peuvent gravement fragiliser leur état.
Nous savons qu'intervenir en amont, avant
que le danger ne se matérialise, peut véritablement changer une vie. Ici, c'est
vrai pour... tant pour la personne qui souffre d'un trouble mental que pour son
entourage, qui ne devrait pas vivre dans la peur qu'un malheur ne survienne.
Un autre aspect important dont ma collègue
parlait plus tôt et sur lequel je souhaite revenir est le souhait de rendre les
démarches judiciaires simples. Un meilleur accompagnement des personnes
souffrant de troubles mentaux passe nécessairement par un parcours judiciaire
adapté à leurs besoins, ce qui n'était pas le cas en ce moment.
Je vous donne un exemple. Actuellement,
les demandes en matière de garde relèvent de la compétence de la Cour du
Québec, et l'autorisation judiciaire de soins, de la Cour supérieure. C'est
loin d'être l'idéal. Nous en convenons tous. Cela ne facilite pas la tâche
quand vient le temps de prendre des décisions rapides, à la fois dans l'intérêt
de la personne pour son bien-être ou pour celui d'autrui.
Désormais, avec le projet de loi, les
recours en cette matière seront entendus devant le même tribunal administratif,
ce qui permettra un traitement spécialisé rapide et plus cohérent à la Division
de l'intégrité de la personne au Tribunal administratif du Québec.
Plus précisément, ce qui changerait, c'est
que les demandes de garde en établissement et les demandes d'autorisation de
soins seraient instruites auprès d'un seul et même décideur, au sein d'une
section spécialisée du Tribunal administratif du Québec. L'avantage du tribunal
administratif est la spécialisation des membres qui entendent déjà des causes
en santé mentale à la Commission d'examen des troubles mentaux, la CETM. De
plus, les audiences du Tribunal administratif du Québec peuvent facilement être
retenues en visioconférence, ce qui évite un transport vers le tribunal.
Et, pour assurer que les personnes soient
adéquatement accompagnées, nous garantissons l'accès gratuit à l'aide juridique
pour toutes les personnes visées par une demande d'autorisation de soins ou de
garde en établissement. Nous mettons ainsi fin à la fragmentation actuelle des
services qui nuit autant à la personne concernée qu'à la société.
Ces améliorations, en plus de tous les
points cités par ma collègue de la Santé, nous permettront de sortir d'une
posture de réaction et de tendre vers une vision préventive.
Pour finir, je tiens à remercier ma
collègue, qui a travaillé ardemment dans les derniers mois pour faire aboutir
ce projet de loi, projet de loi qui représente sans contredit une avancée pour
le Québec. Vous me permettrez également de remercier la collègue de
Marie-Victorin, qui a contribué grandement à ce projet de loi, ainsi que le
député de Taillon.
Les enjeux de santé mentale sont souvent
méconnus et mécompris, si bien que les gens sont souvent craintifs et inquiets
lorsqu'il en est question, et les personnes souffrant de troubles de santé
mentale s'en retrouvent malheureusement stigmatisées. Soyez assurés que ce sont
des enjeux que le gouvernement prend très au sérieux. Le projet de loi
permettra assurément de mieux intervenir auprès des personnes qui souffrent
d'un trouble de santé mentale, de mieux prévenir les risques que des gestes
dangereux soient posés et, nous l'espérons, ultimement rassurer leurs familles
et la population.
Alors, je vais céder la parole à la
députée de Marie-Victorin.
Mme Dorismond : Merci
beaucoup. Bonjour, tout le monde, et salutations à mes deux collègues et à Mme
Landry et M. Dufour... Dr Dufour, excusez.
Donc, je suis vraiment heureuse d'être ici
aujourd'hui. C'est un projet tellement attendu auprès des partenaires et
surtout sur le terrain et la concertation entre les différents intervenants des
milieux de santé, de la sécurité publique et de la justice, parce que la
réalité, c'est qu'aucun secteur, aucun secteur ne peut vraiment agir seul face
à des situations complexes sur les enjeux en santé mentale. Ni le réseau de la
santé, ni les services sociaux, ni le milieu communautaire, ni le corps
policier ne peut agir seul afin de répondre adéquatement à toutes les
situations qu'on connaît.
Ce projet de loi prévoit notamment un
processus d'action concertée qui s'inspire des modèles existants. Et
concrètement, ça veut dire quoi? Ça veut dire mieux de se parler, mieux se
comprendre et mieux agir ensemble. Ça veut dire d'agir en amont. Ça veut dire
agir de façon préventive. Donc, les intervenants auront des mécanismes clairs,
structurants, qui vont coordonner leurs actions, partager l'information et
intervenir au bon moment auprès de la bonne personne. Ça veut dire aussi éviter
les ruptures de service. On met la personne au cœur de nos interventions, avec
un accompagnement cohérent, continu et surtout humain. Ce modèle de
collaboration améliorera la prise en charge la prévention des crises... réduire
les méfaits, les situations d'urgence et d'assurer une meilleure continuité de
soins et de services de façon sécuritaire, et de soins de qualité. Nous donnons
aux intervenants des leviers pour intervenir de manière plus rapide, plus
efficace lorsque c'est nécessaire. On se donne les moyens aussi de mieux
soigner les personnes vulnérables et marginalisées et on assure leur sécurité
et celle d'autrui.
Je tiens aussi à souligner le travail
remarquable des partenaires sur le terrain, de tous les professionnels de la
santé qui appliquent déjà cette concertation au quotidien. Bien, ce projet de
loi, il vient reconnaître ces pratiques, les améliorations qui ont été
demandées depuis plusieurs années, et leur donne un cadre plus structuré et
durable. Donc, je suis vraiment fière d'être ici aujourd'hui pour vous annoncer
ce projet de loi. Merci.
La Modératrice : Merci à vous
tous. On va commencer la période de questions avec Pierre-Antoine Gosselin, de
TVA.
Journaliste : Bonjour à vous
tous. Il y avait quand même une différence et un manque à gagner peut-être par
rapport à d'autres provinces, je pense à l'Ontario, notamment. Pourquoi le
Québec, il a fallu attendre en 2026 pour arriver avec une modernisation de
cette loi-là, contrairement à d'autres provinces qui l'ont fait bien avant?
Mme Bélanger : Bien, écoutez,
vous savez, ça fait plus de 25 ans, effectivement, là, qu'on avait cette
loi, et il y a environ sept, huit ans, le ministère de la Santé et des Services
sociaux, à l'époque, avait décidé de revoir le cadre de référence de la loi
pour s'assurer d'améliorer, justement, là, les différents enjeux, défis. Il y a
eu beaucoup de formations données à cette époque-là au réseau de la santé et
des services sociaux. Il y a eu des améliorations dans la prise en charge, dans
l'accompagnement de la clientèle, mais, de toute évidence, ça n'a pas suffi
suffisamment, juste d'améliorer le cadre de référence, à améliorer la situation
réelle sur le terrain. Et c'est pour ça qu'aujourd'hui on dépose un projet de
loi.
Il faut dire que, depuis 2023, mon
collègue, Lionel Carmant, avait quand même enclenché des travaux et demandé à
l'Institut québécois de la justice de faire une analyse et un rapport de la
situation. Donc, ça a pris un certain temps parce qu'ils ont rencontré des
centaines de partenaires, ils ont étudié différents mémoires, ils ont regardé
quelles étaient les bonnes... les bonnes pratiques aussi. Alors, il y a eu
toute une mobilisation. On a donc rencontré plusieurs acteurs, des groupes. Il
fallait s'assurer d'avoir un consensus aussi. Ce n'était pas toujours le cas il
y a quelques années. On est maintenant à une nouvelle étape pour faire évoluer
la loi.
Journaliste : Ma deuxième et
dernière question : Je parlais avec un organisme, notamment en matière
d'itinérance, qui nous disait : C'est bien beau, là, alléger le parcours,
notamment, on n'est pas contre nécessairement aussi enlever la notion
d'immédiateté, là, au niveau du danger, mais encore faut-il des ressources. Là,
ce que je comprends, c'est que vous ajoutez des ressources, mais ça ne pleut
pas, les ressources, en tant que telles. Comment vous allez vous assurer qu'il
y en a suffisamment selon vos objectifs?
Mme Bélanger : Bien, écoutez,
on a quand même réservé un budget dans le nouveau budget, c'est plus de
100 millions de dollars, là, qui est prévu. Donc, dans ce
100 millions, il y a du financement pour former les personnes, il y aura
du financement pour le volet de l'unification des tribunaux. Et puis c'était un
besoin qui était important. Je le dis, ça fait consensus actuellement avec les
professionnels de la santé, avec l'association des psychiatres, avec plusieurs
groupes de proches aidants, avec des usagers aussi, eux-mêmes, qui ont vécu la
P-38 et qui nous ont raconté comment cela avait sauvé leur vie. Alors, on a eu
beaucoup de témoignages. Ça fait qu'on est rendus à un moment... à un moment où
il faut renforcer la santé mentale au Québec, de façon générale. Alors, je suis
confiante qu'avec les budgets il y aura nécessairement ouverture de postes, et
puis, bon, on pourra avoir les ressources nécessaires, là, pour continuer
d'oeuvrer dans ce domaine-là.
Puis n'oublions pas que les services
policiers, pour eux, ils accueillent très favorablement ce projet de loi, parce
qu'ils étaient un peu démunis eux aussi, face à ces situations humaines, qui
sont extrêmement difficiles. Alors, je pense que le fait de mettre ensemble
tous les acteurs va aider aussi à avoir les ressources nécessaires.
La Modératrice
:
Sébastien Desrosiers, Radio-Canada.
Journaliste : Bonjour. Dans
les deux cas ou les... même, les trois cas, vous avez fait référence à des
événements qui se sont passés ces dernières années, dont, j'imagine, le meurtre
de la sergente Maureen Breau. Comment cette loi-là permettrait, vous croyez,
d'éviter des drames comme ceux-là?
Mme Bélanger : Bien, en fait,
je veux éviter de personnaliser, mais je comprends très bien la question. Puis
c'est vrai que la tragédie avec la sergente Maureen Breau a marqué vraiment
l'ensemble du Québec, et puis dans cette situation-là, justement, la personne
était suivie en santé mentale, donc. Et, aujourd'hui, ce qu'on vous dit avec le
dépôt de cette loi, c'est qu'on veut éviter des drames et des tragédies en
ayant une meilleure prise en charge des personnes, notamment, qui sont déjà
suivies en santé mentale. Alors, aujourd'hui, la différence, si on applique,
éventuellement, ce qui est prévu dans le parcours de garde en établissement,
bien, on pourra agir précocement. Puis on revoit et on introduit.... en fait,
on revoit le concept de dangerosité pour y introduire le concept de
compromission. Donc, le concept de compromission nous permet d'agir plus
précocement, c'est-à-dire, à partir du moment où il y a un risque réel pour la
personne ou pour autrui, on pourra procéder. Mon collègue en a parlé dans son
allocution, on n'attendra pas que le risque survienne. Alors donc, ça, c'est
une très, très grande différence.
L'autre chose aussi, il ne faut pas
oublier... vous avez vu, là, tantôt, on a mentionné... une fois que les
personnes sont sous P-38, et qu'ils sont hospitalisés contre leur gré, et puis,
selon les évaluations, lorsqu'ils reçoivent leur congé, l'objectif, ça va être
aussi de renforcer l'accompagnement de ces personnes lorsqu'ils sortent du
milieu hospitalier, donc, notamment, avec les différents partenaires. Alors,
ça, c'est vraiment important pour éviter, là, donc, le mécanisme, là, de portes
tournantes, où, souvent, malheureusement, les gens se... se retrouvaient sans
un véritable suivi.
Journaliste : Vous avez fait
aussi allusion, Mme Bélanger, au rapport déposé en décembre par l'Institut de
réforme du droit et de la justice, qui concluait qu'un assouplissement du
critère de dangerosité pouvait représenter une atteinte grave aux droits et
libertés. Est-ce que vous avez pris compte de cette conclusion-là des experts à
qui vous avez donné un mandat, et pourquoi...
Mme Bélanger : Je vais y
aller puis je vais laisser la parole à mon collègue ministre de la Justice.
Mais on a... on a lu attentivement, naturellement, ce rapport-là, qui a été
étudié minutieusement, de notre côté, par les intervenants du ministère. On a
tenu compte de l'ensemble des recommandations pour écrire ce projet de loi.
Cependant, ici, on parle d'un équilibre entre les droits de la personne, mais
aussi les droits de la société civile. Alors, ça, c'est très important, puis
c'est pour ça qu'on va de l'avant. Puis je vais laisser la parole à mon
collègue.
M. Jolin-Barrette : Bien,
effectivement, on en a pris compte, on en a tenu compte dans la rédaction du
projet de loi. Cependant, ce qu'on fait, c'est qu'on tasse le curseur. Vous
savez, peut-être, au Canada, là, vous avez la Colombie-Britannique, qui est à
l'extrême, complètement, vous avez d'autres États fédérés au Canada qui ont des
paramètres. Donc, on revient sur la moyenne des paramètres pour encadrer les
gens qui sont en situation de dangerosité. Vous savez, le fait de ne rien
faire, ça n'aurait pas été de rendre service aux gens qui sont atteints d'un
trouble mental, qui se retrouvent en situation de crise, ça n'aurait pas été de
rendre service à leurs familles non plus, qui les soutiennent. Alors, il y
avait nécessité d'agir et de revoir les critères.
Alors, on s'est inspirés de certaines
recommandations de l'IQRDJ dans leur rapport, des différents groupes aussi,
mais le gouvernement a la responsabilité de s'assurer de moderniser le régime,
qui n'a pas été fait, comme ma collègue le disait, depuis 25 ans, mais
aussi de s'assurer que ça fonctionne et que ça enlève de la pression aussi sur
les différents services. Parce que, vous savez, tout le monde se retrouve dans
une situation un peu frustrante. Avant le parcours de garde, il fallait
demander l'autorisation pour évaluer la personne. Si la personne est à
l'hôpital, déjà elle est transportée, elle se retrouve... Il y a une raison
pourquoi elle est à l'hôpital. Donc désormais, on donne davantage d'autonomie à
la fois aux médecins, mais à la fois aux infirmières spécialisées. Puis ça, je
pense que c'est un élément qui est important de souligner dans le projet de
loi.
Et justement, on évite aussi les
va-et-vient à la cour. Avant de demander... Avant, on était obligé de demander
l'autorisation à la cour pour pouvoir garder la personne pour pouvoir lui faire
subir les évaluations, les évaluations psychiatriques. Alors, on vient changer
ça. On vient simplifier le parcours au bénéfice de tous.
Journaliste : Merci.
La Modératrice : Louis
Lacroix, Cogeco.
Journaliste : Bonjour. Je
comprends que vous ne voulez pas personnaliser le dossier, là, mais vous avez
parlé vous-même de Maureen Breau, le premier ministre en a parlé également.
Juste pour essayer de comprendre ce que ça change, si la loi que vous présentez
aujourd'hui s'était appliquée à ce moment-là, est-ce que la personne qui a tué
la policière aurait été en liberté?
Mme Bélanger : Bon. Écoutez,
difficile de revenir, là, sur une situation du passé, mais disons que le risque
aurait été beaucoup plus amoindri. C'est-à-dire que la personne qui a tué la
sergente Breau était déjà suivie en santé mentale, donc, et là, la loi qu'on
dépose aujourd'hui, c'est une loi qui mise sur prévenir justement que les
personnes se détériorent à ce point qu'elles deviennent dangereuses pour
elles-mêmes puis, dans ce contexte-là de la sergente Breau, dangereuse pour
autrui. Donc, il y aurait... On aurait pu intervenir certainement parce que la
personne était connue.
Alors, l'autre chose, c'est toute la
notion de confidentialité qui est quand même extrêmement importante. Mais on
permet, avec cette loi-là, les plans d'action concertés. C'est bien ça? Donc,
le plan d'action concerté qui permet aux intervenants d'être ensemble et de
pouvoir échanger de façon transparente l'information qu'ils ont, c'est-à-dire
un intervenant, un policier, un représentant d'un organisme communautaire, une
infirmière, donc, qui sont et qui ont donc la possibilité de pouvoir, donc,
échanger de façon... en toute transparence, toujours dans le respect de la
confidentialité des personnes, mais de pouvoir avoir... d'aller plus long...
plus loin dans l'histoire clinique, dans les services qui ont été reçus, puis
qu'est-ce qu'on fait pour se mobiliser tout le monde pour aider cette personne.
Alors, c'est... l'objectif est vraiment d'accompagner la personne aussi.
M. Jolin-Barrette : Puis
peut-être en supplément, M. Lacroix, Mme la députée de Marie-Victorin.
Journaliste : Est-ce... Oui,
allez-y, je vous en prie.
Mme Dorismond : En commission
de la santé et des services sociaux, l'ancien ministre de la Sécurité publique,
François Bonnardel, avait fait un dépôt, projet de loi, suite au décès de la
policière, qui faisait en sorte que maintenant les services policiers pouvaient
avoir des renseignements pour des cas dangereux comme monsieur. Donc, c'est
déjà en place pour prévenir des cas... de dangerosité.
Journaliste : Donc, ça
s'ajoute à ce qui avait déjà été présenté.
Mme Dorismond : Parfait.
Journaliste : Mais, pour
continuer un peu dans la même veine, mais de façon plus générale, est-ce que
vous avez une idée du nombre de personnes supplémentaires qu'on va aider avec
cette modification à la loi? Je ne sais pas si vous comprenez ce que je veux
dire, là. La loi que vous présentez, combien de personnes ça va aider de plus
par rapport à la version actuelle de la loi, c'est-à-dire celle qui s'applique
maintenant?
Mme Bélanger : Oui. C'est une
excellente question, mais je ne peux pas vous donner...
Journaliste : C'est ce que je
pense aussi.
Mme Bélanger : Oui, c'est ça.
Mais je ne peux pas vous donner le nombre parce que je ne... je ne le connais
pas. Mais je ne sais pas, peut-être que notre... notre expert médecin peut y
aller sur une réponse qui ne sera peut-être pas un nombre, mais je le laisse
répondre, si vous le permettez.
M. Dufour (Mathieu) : C'est
dur à quantifier parce que ces personnes-là ne sont pas quantifiées pour le
moment, parce qu'ils n'ont pas nécessairement passé par le processus de garde
préventive, garde provisoire puis garde autorisée. Mais peut-être un nombre
qu'on peut retenir, c'est 2 200 patients qui sont actuellement sous
commission d'examen des troubles mentaux, donc qui ont été trouvés non
criminellement responsables pour cause de troubles mentaux. Je pense, un des
enjeux au Québec, c'est : on utilise beaucoup ce verdict-là, de
non-responsabilité criminelle, en fait, 6 à 7 fois plus de verdicts de NRC
au Québec par rapport aux autres provinces.
Et un des enjeux qu'on voit en clinique,
c'est que c'est pour des crimes qui sont moins sévères que les autres, que les
autres provinces. Donc, c'est une forme de judiciarisation de l'état mental
pour avoir accès à des soins, étant donné que notre LPP actuelle, là, avant les
modifications, était trop restrictive pour avoir accès aux soins. Donc, l'idée,
c'est que, si le critère est modifié et la LPP pourrait permettre à ces
patients-là d'être admis contre leur gré, de manière exceptionnelle, c'est sûr
qu'on essaie de les admettre le plus rapidement possible de manière volontaire,
mais si, de manière exceptionnelle, il faut les admettre contre leur gré, bien,
c'est de prévenir un acte de violence, donc prévenir en amont pour que,
justement, on n'ait plus besoin de judiciariser des crimes moins sévères, parce
que ces crimes-là se produiraient moins souvent si la LPP était un peu plus
appropriée pour traiter au moment opportun.
Mme Bélanger : Peut-être, je
peux compléter avec quelques chiffres. En fait, en 2023‑2024, c'est
19 c106 personnes qui ont été sous garde préventive. C'est quand même un
bon nombre de personnes. Alors donc... Puis, si j'y vais spécifiquement sur
l'année 2024, là, c'est 14 945 demandes en évaluation
psychiatrique ou pour une garde d'établissement qui ont été déposés à la Cour
du Québec. Donc, on voit, là, un peu ces personnes qui, donc, ont dû... ont pu
bénéficier de cette garde-là, mais qu'est-ce qui arrive par la suite à ces
gens-là? Ils sont passés par les gardes provisoires, gardes autorisés, certains
sont peut-être encore en garde. Alors, on va vraiment évaluer, là, toutes ces
données-là, mais ça vous donne quand même un topo général.
La Modératrice
:
Caroline Plant, LaPresse canadienne. Bonjour. Hospitaliser
de force, on parle quand même d'une atteinte à des droits fondamentaux des
personnes. Est-ce que le projet de loi pourrait ouvrir la porte à des abus
policiers ou autres?
M. Jolin-Barrette : La
réponse à cette question-là, c'est non. Vous savez, le Québec était la
juridiction la plus restrictive au Canada. Donc, on s'inspire de ce qui s'est
fait ailleurs, notamment en Ontario, et c'est très bien balisé, là. Dans le
parcours, il y a toujours la possibilité, lorsque, supposons, vous êtes
hospitalisé de force ou même lorsque le psychiatre, le médecin ou l'infirmière,
dès le début, souhaitent vous faire subir une évaluation psychiatrique... vous
pouvez toujours contester cette décision-là au Tribunal administratif du Québec
aussi.
Et, dans le cadre du projet de loi, on a
rendu l'aide juridique gratuite pour tout le monde, peu importe le revenu.
Donc, ça, c'est une avancée significative en termes d'accès à la justice. Pour
ce qui est des mécanismes, bien là, on évite aux citoyens de se retrouver comme
une balle de ping-pong à partir du moment où il est en situation à l'hôpital de
crise, de devoir aller dans un premier temps pour l'établissement de santé,
d'aller demander de pouvoir l'évaluer. On enlève une étape justement pour
s'assurer du continuum de services et, ultimement, lorsque l'établissement, il
va avoir fait les deux évaluations psychiatriques, bien, à ce moment-là, s'il y
a une garde forcée puis si le patient, comme le disait le Dr Dufour, n'a pas
été hospitalisé volontairement, bien là, à ce moment-là, c'est le tribunal qui
va statuer, puis on va avoir des décideurs qui sont spécialisés, qui vont avoir
une expertise dans ce domaine-là.
Donc, l'ensemble, l'équilibre entre les
droits de la personne, entre la sécurité publique, entre la sécurité des
familles, il est très bien maintenu, mais, comme je le disais tout à l'heure,
on déplace un peu le curseur pour assurer de la prévisibilité, de la sécurité
puis surtout aussi l'accès aux soins, parce que ce n'est pas normal que, dans
notre système, on utilise le système de justice pour accéder à des soins.
Journaliste : Comment est-ce
que le TAQ va pouvoir absorber la demande? On parle d'une nouvelle section qui
va être créée, là, mais le TAQ, là, si je comprends bien, est déjà pas mal
débordé. Comment est-ce qu'il va faire pour absorber cette demande-là?
M. Jolin-Barrette : Bien, ça
va bien au TAQ. Dans le fond, avec le budget qui a été déposé la semaine
dernière, il y a des sommes supplémentaires qui ont été ajoutées, et on va
également nommer davantage de décideurs administratifs au TAQ dans cette
nouvelle section là.
Journaliste : Combien?
Combien de ressources vont être ajoutées au TAQ?
M. Jolin-Barrette : On est en
discussion avec le TAQ, mais on parle d'une vingtaine de ressources...
Journaliste : OK, j'aurais
une dernière question, si vous permettez.
M. Jolin-Barrette : ...en
termes de juges administratifs.
Journaliste : OK, une
vingtaine de ressources en termes de juges. OK. Vous avez parlé de ça aussi,
c'est un dossier qui est quand même délicat, c'est sensible. Est-ce qu'on...
est-ce que vous pouvez vraiment espérer une adoption du projet de loi d'ici
juin?
Mme Bélanger : Ça, je peux y
aller peut-être, cher collègue.
M. Jolin-Barrette : Après ça,
je vais faire le leader.
Mme Bélanger : OK, d'accord.
Alors, écoutez, j'ai eu l'occasion, tantôt, de le mentionner, là, je pense
qu'il y a un fort consensus dans la société civile, du côté des professionnels.
Alors, le consensus est là. On a travaillé de façon minutieuse. Alors, on va
continuer, notamment avec l'étude du projet de loi, à faire les consultations
particulières nécessaires. Mais ce que je souhaite, c'est qu'on travaille ce
dossier-là de façon transpartisane, comme on l'a fait pour la loi sur les soins
de fin de vie et l'aide médicale à mourir, notamment avec la demande anticipée.
Alors, c'est important. C'est pour ça qu'en introduction je disais : C'est
une loi qui est profondément humaine, qui concerne les soins. Pour moi,
c'est... c'est une loi qui concerne beaucoup les soins. Alors, je pense que les
éléments sont là.
J'ai entendu les oppositions dire qu'ils
suivaient la situation de près, alors, bien, je pense qu'ils devraient se
sentir concernés tout comme nous, et je suis confiante qu'on va arriver à
travailler ensemble rapidement pour faire en sorte qu'on puisse par la suite,
mettre les différents éléments en place.
Journaliste
: ...de
manière accélérée?
Mme Bélanger : Je vais laisser
mon collègue, oui...
M. Jolin-Barrette : On
souhaite que ce soit adopté le plus rapidement possible. Donc, l'échéance de la
session parlementaire, c'est le 12 juin. Donc, ce serait vraiment dommage
pour les personnes atteintes de troubles mentaux, pour leurs familles puis pour
la population en général, que le projet de loi ne soit pas adopté d'ici le
12 juin. Alors, je comprends de ma collègue qu'elle va se rendre
disponible pour siéger à toutes les séances pour faire adopter le projet de loi.
Mme Bélanger : Certainement.
La Modératrice
:
Nicolas Lachance, Le Journal de Québec.
Journaliste : Bonjour.
Question pour le Dr Dufour. Pouvez-vous nous faire le portrait type de
quelqu'un qui est atteint de, peut-être, schizophrénie ou maladie mentale qui
serait passé à travers les mailles du filet avec la loi actuelle, qui,
aujourd'hui, pourrait être forcé d'être amené à l'hôpital?
M. Dufour (Mathieu) : Oui,
puis, si je peux me permettre, Mme, M. le ministre, bien, peut-être qu'on en a
parlé...
Journaliste
: C'est
pour nos archives, là.
M. Dufour (Mathieu) : Oui,
oui, c'est ça, puis de ne pas révéler d'informations confidentielles.
Journaliste
: Exactement.
M. Dufour (Mathieu) : Mais,
disons, je dirais, un cas typique qu'on voit en clinique qui... actuellement,
on ne peut pas utiliser la LPP, puis vous pourrez prendre, peut-être, la
vignette clinique qu'on a présentée au breffage technique juste avant... donc,
si on a un jeune patient qui a la schizophrénie, hein, souvent, ça se développe
dans la vingtaine, quand même, 1 % de la population, c'est quand même
assez commun, et disons qu'il arrête de prendre ses injections
d'antipsychotiques et là la famille commence à être inquiète, commence à
avoir... qu'il commence à avoir des symptômes de psychose, donc commence à
entendre des voix, s'isole dans son appartement, il a arrêté ses médicaments,
puis là pense qu'il se fait empoisonner, envoie des textes à sa mère, qu'il
pense là, qu'il y a les francs-maçons qui sont contre lui.
Et, présentement, c'est sûr que là, avec
la LPP actuelle, on peut quand même essayer le plus possible de l'aider de
manière volontaire. Donc, la famille peut appeler l'équipe traitante, on va
essayer de le voir à l'hôpital, on va tout essayer de manière volontaire. Mais
tant qu'il ne représente pas un danger grave et immédiat, même si les parents
ou l'équipe appellent la police, puis on essaie de l'emmener, transport forcé,
avec l'article 8 de la LPP, tant qu'il n'est pas un danger grave et
immédiat on ne peut pas l'emmener contre son gré puis on ne peut pas le garder
contre son gré à l'hôpital.
Avec la nouvelle LPP, et tous les
changements qui sont proposés, bien, on enlève le critère d'immédiateté, donc
c'est sûr que là, ça ouvre un peu les possibilités pour ce patient-là, et
surtout, le critère de dangerosité qui est précisé avec un risque de
compromission, donc une possible atteinte, actuelle et future, sur sa santé
mentale, santé physique, sa sécurité. Un patient comme je viens de vous le
décrire pourrait possiblement être emmené en transport forcé par les policiers,
avec l'aide des services d'aide dans les services de crise, là, les fameux
SASC. Et là, quand on le voit à l'hôpital, à l'urgence, moi, je suis
psychiatre, je le vois, je pourrais mettre la garde temporaire, parce que c'est
des critères qui sont très similaires. Donc, c'est ce genre de clientèle là
qu'on a vu souvent, malheureusement, même dans des enquêtes publiques de
coroners et autres, qu'on n'a pas pu prévenir un acte de violence parce qu'ils
ne rencontraient pas le danger grave et immédiat. Mais avec la LPP proposée,
ces patients-là pourraient être admis contre leur gré, de manière
exceptionnelle, et c'est ça, je dirais, le gros changement.
Journaliste : Merci. Mme
Bélanger, le réseau est sous pression. Ça va augmenter, sans doute...
peut-être, des hospitalisations, demandes de lits. Est-ce qu'on a les moyens?
Mme Bélanger : Bien, on est
en train de se donner les moyens en révisant cette loi puis en ayant un budget
nécessaire. Et ça va rendre service aux personnes ayant un trouble mental, à
leurs proches, qui vivent des situations vraiment extrêmement difficiles dans
plusieurs occasions. Puis ça va aider les intervenants aussi, parce qu'on vient
préciser les rôles, on va agir avec de la formation. Ce n'est pas facile pour
les policiers, actuellement, d'intervenir. Plusieurs m'ont raconté des
histoires comment ils se sentaient inconfortables de transporter des personnes
qui sont en situation de crise, puis c'est souvent extrêmement déchirant, c'est
des drames familiaux en dessous de ça. Alors, je pense qu'on va aider les
personnes, d'abord, qui ont un trouble mental, leurs proches, les
professionnels.
Et le fait de simplifier les processus au
niveau des tribunaux, bien, ça va aider aussi les intervenants et les médecins,
parce que le processus va être simplifié. Alors, je pense qu'on est à la bonne
place, avec de la bienveillance, la dimension humaine puis une bonne structure
d'un projet de loi qui va être aidant.
Journaliste
: Merci.
La Modératrice
: Mme
Bélanger, vous vouliez faire une courte allocution en anglais.
Mme Bélanger : Oui, bien,
peut-être pour les personnes qui parlent anglais, peut-être une courte
allocution. Je ne sais pas qui est là au niveau des médias anglophones.
So, good afternoon. After
over 25 years without major changes, there was a need to revise Bill P-38 so it
would reflect today's mental health reality in Québec. The bill aims to better
protect people, but most importantly, to improve the care given to those whose
mental health may put them or other at risk. The goal is to help people in
distress by working together, not to send them into the justice system. The
current law requires proof of immediate and serious danger before action can be
taken. This is an obstacle for professionals to act before a person's mental
health deteriorates. The reform proposes a new approach, shifting from reacting
to problems to preventing them by changing how we define risk and by
introducing the idea of harm to health or safety.
These changes would allow
people to get help earlier when signs of distress appear to prevent crisis. We
must remember that behind every case there is a person, a family and loved ones
looking for help. Our responsibility is to give workers the tools they need to
act at the right time, with care and respect. Thank you.
La Modératrice
: Olivia O'Malley, CTV.
Journaliste
: ...one of you could answer, that would be great. I believe it's one
$104 million over five years to modernize the new law. That includes social
workers and community groups to help accompany the police officers. Most of
these groups are overworked and already missing resources. So, where are you
expecting to get this help from?
M.
Jolin-Barrette : Well, we decide to invest in that
situation, because, you know, when you impose some... some responsibility over
the health system, we need that the money should be used correctly. And right
now, our system is not good for the person who has a mental issue, and with the
investment that we will make will better work. Better work also in the justice
system, because right now, and Minister Bélanger told us, the number of cases
that we have in front of the Court of Québec or in front of the Superior Court
is really big. Why? Because we need to have that authorization before to go to
see the doctor. That's not going well, because we are always taking people in
front of the court, and after that at the hospital, and we have to go back to
the court, and that's not the same jurisdiction between Superior Court and
court...
So, we will be optimizing
the money, will optimizing the services also. So, we cannot pass over that
situation, that's too important. And that is important for people who have
mental issues, for their families, and also for the population. We need to have
a secure situation.
Journaliste :
...the example of Sergeant Maureen
Breau was brought up quite a bit. And you say that by hoping... by modernizing
the law, you hope to prevent tragedies like these. So, if that was in place at
the time, do you think, or going forwards... do you think tragedies like this
could be prevented?
M.
Jolin-Barrette :
Yes, because we changed a criteria. We had a strict criteria. And
that individual who made that crime was already follow. But, right now, what
the health system and the Ministry of Miss Bélanger is going... is to do... put
some intervenors around the people with mental issue. So, we have first that,
we call that «les PAC, les processes d'action concertée». So, there are people
from police, people from justice system, from health system, the doctor, they
all talk together. So, that's new. And also, with the criteria... that we get
the criteria down, the level of the criteria, to intervene with the immediacy
that is not there anymore, which will really help to prevent these kinds of
situation.
Journaliste :
...a delicate issue when you're dealing
with people's mental health and their rights. So, I guess, is it a balancing
act of trying to help these victims and their families, and going forward, and
the people who are dealing with mental health crises?
M.
Jolin-Barrette :
Yes, of course. But what I'm talking about, families, I'm talking
also about families of people who have mental issues. Because what is more...
most frustrating, that when you love somebody, which is your sister, your
daughter, your son, you want to help him, you bring him to the hospital, you
know that he has some problem, and because you know him really, and you fight
and you work with the doctor, you work with the nurse, but because of the legal
frame, the doctor or the nurse cannot intervene, or the tribunal. So now, with
the new criteria, they will be entitled to give them some health services and
to help them. So, we just put the criteria in a different way because we were
too far from what it's needed for the people who are in mental issue and for
the society.
Journaliste :
Merci.
La Modératrice : Merci, tout
le monde.
M. Jolin-Barrette : Merci
beaucoup.
La Modératrice : C'est ce qui
met fin à la conférence de presse.
(Fin à 16 h 29)