Cette transcription a été réalisée à l’aide d’un logiciel de reconnaissance vocale. Elle pourrait donc contenir des erreurs.
(Dix heures trente-deux minutes)
M. Arseneau : Alors, bonjour,
tout le monde. Avant de laisser la parole à mon chef, j'aimerais quand même
exprimer nos inquiétudes par rapport au déploiement du Dossier santé numérique
d'ici quelques jours. Hier, on a vu la première ministre prendre fait et cause
pour le déploiement, ce qui pose la question à savoir qui est responsable du
déploiement, parce que Santé Québec continue de dire qu'il est le seul maître à
bord et décidera de tout, notamment à savoir si le Dossier santé numérique,
lorsqu'il devra se déployer dans l'ensemble du Québec, sera confié à la firme
américaine Epic Systems. Mais, à plus court terme, à l'heure actuelle, ce qu'on
a entendu de la part de la première ministre, c'est qu'il pourrait y avoir des
bogues informatiques et elle semble dire que c'est pas très important, alors
que nous, la préoccupation qu'on a ce n'est pas les bogues informatiques, c'est
les traitements et les suivis oncologiques, et ça, elle semble l'ignorer
complètement, comme si le fait que ça fonctionne ou que ça ne fonctionne pas,
ou que ça fonctionne tout croche, ça n'avait pas d'impact.
Lorsqu'on a parlé de SAAQclic,
souvenez-vous, là, pendant un mois, c'était le Québec qui était viré à l'envers
parce qu'on avait des difficultés à obtenir des plaques d'immatriculation ou
des permis de conduire. Là, il est question de la santé des gens dans deux
CISSS et CIUSSS à... Centre-du-Québec et sur l'île de Montréal. Et tous les
gens de terrain nous disent que ça va avoir des conséquences majeures. On sait
déjà qu'il va y avoir un délestage de 20 à 50 %. On nous dit que ça va
durer à peu près deux semaines. Lorsque le contrat a été donné à Epic Systems,
il y a plusieurs reportages qui ont été faits sur l'implantation d'un programme
comme celui-là, par exemple en Grande-Bretagne, par exemple en Finlande. Et,
dans certains cas, ça a pris deux ans avant qu'on puisse rétablir le système.
En Finlande, deux ans après l'implantation du système. Les médecins disaient :
Ça n'a pas amélioré d'aucune façon les soins aux usagers. Alors, on a beaucoup
de craintes.
Puis, le dernier élément, c'est sur la
suite des choses. À plusieurs reprises, j'ai posé la question à Sonia Bélanger :
Qu'adviendra-t-il pour le déploiement de ce système-là qui devait coûter 265 millions de
dollars? On est rendus à plus de 400 millions. Certains disent 600 millions.
On sait qu'il y avait une note d'information dont on a copie qui disait 3 milliards de
dollars, c'était 2021. Et aujourd'hui, on nous dit : Bien, probablement
que la décision est déjà prise puis on va aller vers un autre système, autre
chose, parce qu'on n'a pas la capacité informatique pour porter un système
comme celui-là dans l'ensemble des... du réseau du gouvernement du Québec.
Donc, encore une fois, après le scandale,
SAAQclic de 2023 et après la commission Gallant, on a un gouvernement qui
fonctionne à vue et avec un programme dont les dépassements de coûts sont déjà
avérés et avec une solution qu'on risque d'abandonner, avec des conséquences où
ce qu'on promettait n'arrivera pas, c'est-à-dire que le dossier santé de chaque
individu puisse être disponible en tout temps à travers le réseau, lorsqu'on en
a besoin, lorsque le système de santé doit prendre en charge un patient. Donc,
beaucoup, beaucoup d'inquiétudes face à l'entêtement du gouvernement dans ce
dossier-là.
M. St-Pierre Plamondon : Merci,
Joël. Donc, bien, content de vous retrouver aussi nombreux. Ce matin, je publie
une lettre à la première ministre Christine Fréchette. J'ai pris la plume parce
que je pense qu'il y a de réelles raisons de s'inquiéter des orientations
récentes de la CAQ en matière de défense du Québec, de nationalisme.
Hier, Jean Boulet nous disait que l'obtention
de nouveaux pouvoirs pour le Québec n'était plus à l'agenda du gouvernement. Je
le cite : «Dans l'immédiat, on n'a pas cette réflexion-là. Ma priorité, ce
sont les ententes administratives.» La réaction du gouvernement Fréchette,
donc, face aux ingérences d'Ottawa, démontre un changement de cap, plutôt, en
fait, un recul, parce qu'on abandonne la doctrine de la CAQ depuis 2015 pour se
coller à la doctrine du Parti libéral du Québec, c'est-à-dire ne pas faire de
demande à Ottawa, et lorsqu'Ottawa abuse de son pouvoir et empiète sur nos
champs décisionnels, faire semblant que ce n'est pas grave puis dire que tout
va bien. C'est un changement substantiel par rapport à la doctrine qui a été
défendue par ce parti-là, la CAQ, pendant maintenant une décennie.
Rappelons que défendre les champs de
compétence du Québec, c'est le service minimum dans l'histoire de ce Parlement.
C'est le plus petit dénominateur commun de tous les partis, à savoir que
lorsque c'est au Québec de faire ses lois puis d'exercer sa compétence, on
refuse que le fédéral abuse de son pouvoir de dépenser, pose des conditions.
Donc, c'est un enjeu qui soulève une... la
question de la réorientation de la CAQ récemment. Et nous, au Parti québécois,
on lui demande tout simplement de rectifier le tir et de faire un énoncé précis
des nouveaux pouvoirs qu'elle souhaite obtenir pour le Québec, un... un
engagement clair pour en faire une demande claire au gouvernement Carney. Je vous
rappelle que tous les membres de ce gouvernement, y compris Christine
Fréchette, pas plus tard qu'il y a quelques mois, nous expliquaient que les
pleins pouvoirs en culture et en immigration, c'était essentiel pour la survie
de la nation québécoise, c'était une question de louisianisation. Quelle est la
cohérence en ce moment, donc, après huit ans de caquisme? On ne peut pas se
permettre la continuité d'un leadership et d'un manque de vision qui a mené aux
dérives financières, aux dérives juridiques, aux dérives migratoires
orchestrées par le fédéral, qui ont mené au pire déclin du français.
Et, lorsque, ce matin, j'apprends que la
première loi de Mme Fréchette, ce sera la clause dérogatoire sur la protection
du français, bien, la clause dérogatoire n'est pas un geste... C'est un geste
de statu quo, là. On essaie de nous présenter ce qui est automatique et ce qui
n'a jamais fait l'objet de grandes annonces des gouvernements, là... À chaque
décennie, tous les gouvernements utilisent la clause dérogatoire. En faire la
loi fondamentale, la loi numéro 1 de cette séquence politique démontre
qu'il n'y a pas beaucoup de cartes dans son jeu, là, qu'il n'y a pas de gestes
structurants par rapport à ces questions-là, comme le français, mais que
pendant ce temps-là, on minimise d'une certaine manière des empiétements de la
part du fédéral.
Donc, je termine en disant qu'on aurait
tort de penser que c'est une nouvelle session et que c'est un nouveau parti. La
CAQ est le même parti, c'est un parti qui est en fin de régime, et ce n'est pas
une nouvelle session. C'est une session qui a été suspendue à des fins
partisanes pendant que des questions très sérieuses se posent en matière de
santé. Et nous, donc, on va faire notre travail, poser les questions sur tout
ce qui ne fonctionne pas au Québec en ce moment. Mais je suis surpris qu'un
geste aussi normal et banal que le renouvellement d'une clause dérogatoire, qui
était dû pour 2027 en passant... Donc, on est dans la pure tactique cosmétique
pour essayer de piéger les libéraux, de ce que je comprends, là. Disons qu'on
reste un peu sur notre appétit par rapport à toutes les urgences.
Journaliste : ...M. Paul
St-Pierre Plamondon, parce que, oui, on peut comprendre que si vous formez le
pouvoir, cette clause de protection là...
M. St-Pierre Plamondon : Va
de soi, là.
Journaliste : ...va de soi.
Mais... vous qui gagnez. Est-ce qu'elle va de soi?
M. St-Pierre Plamondon : Mais
elle est toujours... L'utilisation d'une clause dérogatoire va de soi.
Journaliste : ...garanti que
si vous ne formez pas le gouvernement, et que la CAQ ne forme pas le
gouvernement, la clause de souveraineté parlementaire sera mise en application
en 2027 à son échéance?
M. St-Pierre Plamondon : Si
la CAQ est en... désormais en réflexion sur le renouvellement de cette
clause-là, c'est que, là, il y a des remises en question inimaginables, à la
CAQ, puis c'est bel et bien devenu le Parti libéral du Québec. La clause
dérogatoire n'est pas un événement en politique québécoise dans les dernières
décennies.
Journaliste : ...selon vous,
là. Vous êtes sûrs de ça, là?
M. St-Pierre Plamondon : Bien,
je veux dire...
Journaliste : ...a dit ici.
M. St-Pierre Plamondon : Je
leur souhaite bonne chance aux élections s'ils veulent abolir la protection du
français.
Journaliste : ...
M. St-Pierre Plamondon : Bien,
justement, posez-leur la question. Puis, s'ils vous le... s'ils ne vous le
disent pas... Mais... Mais moi, je vous parle de la CAQ ce matin. Que ce
soit...
Journaliste : ...
M. St-Pierre Plamondon : Bien,
moi, les libéraux, posez-leur la question.
Journaliste : ...gouvernement
actuellement. À moins que vous pensiez, que vous nous dites aujourd'hui :
On forme le prochain gouvernement, là.
M. St-Pierre Plamondon : Ce
n'est pas ça que j'ai dit. Je dis... Je dis que je ne peux pas répondre.
Journaliste : ...est-ce que
c'est un geste de protection?
M. St-Pierre Plamondon : Je
dis que je ne peux pas répondre pour les libéraux. Mais bonne chance pour un
parti qui s'engage dans la prochaine élection en disant : La protection du
français, dans un contexte de déclin du français, on va l'abolir. Bonne chance
avec ça.
Mais je reviens à la CAQ. Ce n'est...
C'est... C'est le statu quo, le service minimum, cette clause dérogatoire, elle
va de soi. Et elle était due en 2027. Donc, on ne peut pas non plus s'empêcher
de voir ce que la CAQ a toujours fait, c'est-à-dire des gestes cosmétiques, des
communications politiques pour masquer les difficultés et le déclin qu'a généré
huit ans de caquisme au Québec. Donc, il faut juste le mettre dans son
contexte.
Journaliste : ...tergiversé,
là, sur 96, l'utilisation de la clause, M. Bérubé est sorti...
publiquement pour dire qu'il y avait des risques pour ces lois-là, qu'il
fallait, bon, agir, tout ça. Là, la CAQ le fait puis ça ne fait pas?
M. St-Pierre Plamondon : Je
vous dis que c'est le... la... Le premier geste du gouvernement, c'est de
reconduire quelque chose qui existe déjà dans un contexte de déclin du
français. Et c'est un geste, donc, cosmétique, qui va de soi. Et un geste qui
parle du vide qu'il y a dans l'agenda du gouvernement, là, parce que ta loi n° 1... Ce n'est pas une nouvelle session, je le réitère,
là, c'est une session qui a été interrompue pour des fins partisanes, mais une
nouvelle première ministre veut s'inscrire en termes de gouvernance. Elle nous
offre littéralement le statu quo. Et, c'est mon rôle, comme chef du Parti
québécois, de rappeler que ce statu quo, c'est l'oeuvre de la CAQ après huit
ans, donc 12 ans de CAQ. Imaginez un instant, là, 12 ans de CAQ au
lieu de huit ans. Ce que je vous dis, c'est que ce sera les mêmes déclins, et
ce n'est pas des gestes qui vont de soi et qui confirment le statu quo, qui
vont changer quoi que ce soit aux dynamiques actuelles.
Journaliste : Qu'est-ce que
ça vous dit sur l'optimisme de Mme Fréchette de former le prochain
gouvernement? Parce qu'on la renouvelle maintenant, alors qu'on pourrait le
faire en 2027, si on est réélus.
M. St-Pierre Plamondon : C'est
ça, un peu mon point. Mais dans quel cas... Tant mieux si tout le monde est
motivé puis chacun donne... ne ménage aucun effort en ce qui est quelques
semaines de travaux parlementaires qui ont des saveurs de campagne électorale,
là, on ne se le cachera pas, mais juste un point, parce que la question est
intéressante. Je réitère que la CAQ, ce qu'elle a fait en 2018 puis en 2022
pour prendre le pouvoir, c'est de promettre des choses qu'elle n'avait pas
faites durant son mandat, là. Je me souviens très bien de l'élection 2022, et
qui se sont avérées être des promesses qui n'ont pas été tenues par la suite.
Donc, c'est un peu aussi... On est en phase préélectorale et chaque geste doit
être interprété comme faisant partie d'une campagne qui est, à mon avis, de
l'avis de tout le monde, déjà commencée.
Journaliste : ...votre
publicité qui est un appel aux nationalistes, là, de... de la CAQ après la
victoire de Mme Fréchette, il n'y avait pas de mention de souveraineté ou
de référendum. Moi, j'aimerais ça savoir : Est-ce que les nationalistes
qui ne sont pas souverainistes ont une place au Parti québécois?
M. St-Pierre Plamondon : Bien,
c'est-à-dire que je les invite définitivement à voter pour nous, parce que huit
ans de caquisme a déjà été assez douloureux pour le Québec. Douze ans de
caquisme va reconduire les mêmes problèmes, et le Parti libéral, on me posait
la question sur la position du Parti libéral, mais observez-les bien, là, ce
n'est pas un parti qui s'intéresse à plusieurs enjeux fondamentaux pour
l'avenir du Québec. Donc, moi, j'ai toujours dit que je faisais campagne, pour
tout le monde, en ouvrant la porte à tous, et je m'attends à ce que des Bleus
qui ont déjà voté PQ par le passé, qui ont déjà voté oui à un référendum se
disent...
Journaliste : ...pas
souverainistes, est-ce que... qu'est-ce que vous pouvez faire pour les... pour
les convaincre?
M. St-Pierre Plamondon : Je
pense que simplement de bien définir ce qui se passe en ce moment, c'est-à-dire
que la CAQ a choisi le camp rouge de... du caquisme au lieu du camp bleu, ça a
des conséquences. Et regardez bien ma lettre de ce matin.
Des voix : ...
M. St-Pierre Plamondon :
Je veux juste y aller...
Journaliste : ...est-ce qu'il
faut absolument être souverainiste?
M. St-Pierre Plamondon : Je
veux juste y aller sur la lettre de ce matin. Elle met devant un véritable test
Christine Fréchette. Je veux dire, c'est trop facile d'exercer une clause
dérogatoire et dire que c'est un grand moment de politique puis c'est la loi n° 1. On fait ça depuis des décennies, puis il n'y a jamais
un parti qui fait une grosse histoire avec une clause dérogatoire. Par contre,
dans ma lettre, je lui pose des questions et je lui dis : OK, est-ce que
vous reniez l'héritage de la CAQ depuis 2015, ou est-ce que vous faites des
demandes à Ottawa sur ce que votre formation politique dit... est une question
de survie de la nation? Quand on aura la réponse à cette lettre-là, on va avoir
une discussion très intéressante sur la place des Bleus.
Journaliste : ...est-ce
que... est-ce qu'il faut être souverainiste pour voter pour le Parti québécois?
M. St-Pierre Plamondon : Bien,
j'espère les convaincre, mais si jamais je ne les ai pas encore, si jamais je
ne les ai pas encore tout à fait convaincus, ils sont bienvenus, ils sont
bienvenus au Parti québécois.
Journaliste : Vous avez déjà
dit quand même : Un vote pour le PQ, c'est un vote pour le référendum.
M. St-Pierre Plamondon : Oui,
mais j'ai toujours eu... À chaque sondage, vous me posez la question :
Pourquoi il y a une proportion de ceux qui choisissent le PQ qui ne sont pas
convaincus de l'indépendance? Puis je vous ai toujours répondu : Bien,
quand même, on a leur écoute, puis il y a quelque chose qu'on fait qui est
bien, puis je me suis toujours réjoui de ça, là.
Journaliste : ...convaincre
de voter pour le PQ, ce n'est pas pareil s'ils choisissent d'eux-mêmes. Mais
vous, est-ce que vous voulez convaincre les nationalistes qui ne sont pas des
souverainistes de voter pour le Parti québécois?
M. St-Pierre Plamondon : Moi,
je veux convaincre tous les Québécois de voter Parti québécois. Et il y aura,
parmi ces Québécois, des gens qui se disent : Je ne suis pas certain, mais
j'aime ce que je vois en termes de qualité de la formation politique puis de
propositions, donc ce sera un gouvernement du Parti québécois. Et il y aura
d'autres questions qui se posent par la suite. C'est sûr que ça va avoir lieu.
Journaliste : Au-delà
d'essayer de faire trébucher Charles Milliard puis le Parti libéral avec le
renouvellement de la clause, vous ne pensez pas que c'est une manière aussi
d'essayer de garder des nationalismes auprès d'elle?
M. St-Pierre Plamondon : On
est... Vous avez entièrement raison, on est totalement dans de la tactique politique,
mais c'est ça qu'on n'aimait pas de la CAQ pendant huit ans. C'est pour ça que
je vous dis, c'est la continuité de ce qu'on connaît, là, c'est quatre trente
sous pour une piasse. C'est ça que c'est. C'est...
Des voix : ...
M. St-Pierre Plamondon : Oui,
oui, c'est... c'est... c'est CAQ... c'est CAQ trente sous pour une piasse,
c'est-à-dire de la tactique politique, des communications marketing, mais pas
de cohérence, pas de vision, et un Québec en déroute. Je veux dire, on a eu
huit ans de ça. J'invite la population à réfléchir à un changement de... Parce
que moi, je trouve que c'est étonnamment en continuité avec ce qu'on connaît de
la CAQ, sauf qu'on a reculé sur l'ambition vis-à-vis d'Ottawa.
Journaliste : ...juste pour
clarifier, là, parce que là, dans le fond, ils ont laissé entendre qu'ils
voulaient que les pleins pouvoirs du Québec soient reconnus en matière de
formation de la main-d'œuvre. C'est juste qu'ils ont l'air d'avoir changé de
ton. C'est quoi, vous auriez voulu qu'ils soient plus fermes ou que... C'est-tu
un problème de forme ou... Tu sais, à la limite, si, avec ce ton-là, ils
arrivent à obtenir ce que vous réclamez, il y a-tu vraiment un problème?
M. St-Pierre Plamondon : Oui,
c'est que c'est un empiétement puis un abus de pouvoir du fédéral, lequel n'est
pas répondu par le gouvernement du Québec en disant vous ne pouvez pas faire
ça», c'est plutôt un consentement à ce genre d'empiétement en disant «on va le
négocier». Mon collègue Alex Boissonneault, j'ai fait le même commentaire hier,
ça se peut que, pour une période de deux, trois mois, le gouvernement fédéral,
parce que le gouvernement fédéral, je vous l'annonce, fait de la politique, le gouvernement
fédéral qui n'y a pas intérêt peut-être à avoir un gouvernement indépendantiste
à l'Assemblée nationale, ça se peut qu'il octroie des choses à la CAQ pour
cette période de temps là. Mais ne vous trompez pas, si on choisit d'y aller
pour 12 années de caquisme, ce qu'on a connu de mépris et de refus du
fédéral vis-à-vis des... des demandes de survie de la nation, selon la CAQ, là,
ça va continuer comme déclin, puis comme refus, et comme mépris. Le
dénominateur commun de toutes les formations politiques ici depuis longtemps,
c'est que lorsqu'un champ de compétence du Québec fait l'objet d'une... d'un
abus de pouvoir du fédéral, on dénonce puis on demande un retrait.
Des voix : ...
M. St-Pierre Plamondon : Non,
mais c'est...
Journaliste : Est-ce que
c'est difficile de...
M. St-Pierre Plamondon : Ils
veulent négocier l'abus de pouvoir. Ce n'est pas la même chose.
Journaliste : ...de définir
la CAQ actuellement? Parce que d'un côté vous dites... dans la même phrase...
M. St-Pierre Plamondon : Ah
non, je la définis avec...
Journaliste : Dans la même
phrase à peu près, vous dites : C'est le même vieux parti, mais c'est
rendu le PLQ.
M. St-Pierre Plamondon : OK.
Mais vous avez raison, vous avez entièrement raison.
Journaliste
: Donc, la
CAQ a... La CAQ est pareille, mais la CAQ a changé.
M. St-Pierre Plamondon : OK.
Bien, laissez-moi le faire en une phrase parce que...
Journaliste
:
...définir la CAQ.
M. St-Pierre Plamondon :
Donc, c'est la même CAQ qui... au cours des huit dernières années, ce sont les
mêmes personnes à une différence près, un recul sur les ambitions par rapport
aux demandes à Ottawa et à la défense de nos champs de compétence. C'est la
seule différence. Mais le reste, l'emphase sur le marketing puis les... les
mesures cosmétiques, les dossiers, comme en ce moment en Santé qui ressemblent
étrangement à SAAQclic, c'est-à-dire qu'on s'entête, puis tout le monde lève le
drapeau rouge en disant : C'est en train de coûter des centaines de
millions de dollars et ça ne servira à rien. On continue. Ce sont les mêmes
personnes. Et d'ailleurs, je rappelle qu'il y a 29 caquistes qui ont
annoncé ne pas se représenter et 32 qui ne se sont toujours pas déclarés en
date d'aujourd'hui, là. Donc, moi, je vois plus une continuité puis une fin de
régime, mais avec une petite twist rouge qu'on n'avait pas vu à la CAQ depuis
huit ans, c'est-à-dire que, désormais, quand le fédéral abuse de son pouvoir,
on prend un ton genre... un ton conciliant.
Journaliste : ...la
popularité du Parti québécois donne un rapport de force à l'avantage du
gouvernement du Québec face à Ottawa. Qu'est-ce que le gouvernement Fréchette
peut ou doit demander à Ottawa avec ce rapport de force là? Qu'est-ce qu'il
peut légitimement ou raisonnablement attendre d'Ottawa?
M. St-Pierre Plamondon : Bien,
on n'a pas à chercher, on a... Christine Fréchette peut puiser dans ses propres
documents qui lui a permis à la CAQ de se faire élire. Rappelons que Christine
Fréchette et les caquistes ne seraient pas au pouvoir si ce n'était pas de la
campagne menée par François Legault, dans le cadre duquel il promettait un
référendum sur l'immigration puis les pleins pouvoirs en immigration. Pourquoi
ne pas le demander, puisque c'est la base?
Journaliste
: ...
M. St-Pierre Plamondon : Non,
non, mais il y a ça, mais il y a le rapport d'impôt unique, les pouvoirs en
culture. C'est le ministre de la Culture qui vient de sortir pour dire :
Ce n'est pas normal qu'il n'y ait pas de Québécois à la table de négociations
sur la culture. C'est une belle demande, ça. Donc, on va voir la réponse à la
lettre, mais je veux tester si on est dans un recul des demandes historiques de
la CAQ, si on les abandonne, finalement, comme le Parti libéral du Québec le
fait tout le temps, c'est-à-dire minimiser puis mettre sous le tapis tout ce
qui ne fonctionne pas. Et ça, c'est la doctrine du Parti libéral,
historiquement, ce n'était pas la doctrine de la CAQ.
Journaliste : Parlons
d'Ottawa. Louise Arbour vient d'être nommée gouverneure générale. Il y a la
possibilité que vous preniez le pouvoir ici. Il y a l'Alberta qui a ce projet
de référendum. Avez-vous l'impression que Mark Carney va lui donner, à Louise
Arbour, un mandat d'unité nationale?
M. St-Pierre Plamondon : Oh! Je...
Je n'ai aucune information sur les intentions de Mark Carney avec la
gouverneure générale qui est la représentante du roi d'Angleterre au Canada. Ce
que je sais, c'est que Mark Carney a décidé d'ouvrir son règne avec le roi
d'Angleterre, lui-même qui est venu nous expliquer comment ça fonctionnait et
qu'ensuite... Je n'ai rien contre Louise Arbour, je sais que... une juriste
accomplie, mais, sur l'institution, je réitère que c'est un des pires
gaspillages de finances publiques, de fonds publics pour nous rappeler que nous
sommes toujours dans une gouvernance archaïque où le roi d'Angleterre aurait
quelque chose à dire sur notre démocratie, même chose pour la
lieutenante-gouverneure. Et c'est encore pire lorsque c'est... gouverneure
générale et lieutenante-gouverneure se mettent à faire de la politique et venir
nous expliquer, nous les élus, ce qu'on devrait faire et comment ça devrait
fonctionner. Tu sais, à la limite, si on demeure sobre et poli en disant :
On comprend que le roi d'Angleterre n'a peut-être pas d'affaire dans votre
Parlement, mais on est là pareil, puis on se garde une petite gêne. Non, non,
non. À chaque fois, on en profite pour nous expliquer ce qu'on n'a pas compris
sur l'orientation que doit prendre le Québec. Donc...
Journaliste : ...communiquer
en français, dans le cas de Mme...
M. St-Pierre Plamondon : Ah!
mais ça... Ah! mais...
Journaliste : ...Est-ce que,
là, ça, ce n'est pas un meilleur choix que la dernière?
M. St-Pierre Plamondon : Je
dois avouer d'être parfois en décalage avec certaines de vos questions, qui se
réjouissent de choses qui ne sont pas si réjouissantes que ça. Je veux dire, la
gouverneure générale, est-ce qu'il y a une pire dilapidation des fonds publics
puis un pire archaïsme? Un jour, grâce au Parti québécois, nous serons
complètement libérés de ces dépenses absurdes, et j'en fais une promesse aussi
solennelle que la foi du serment au roi.
Journaliste : ...en français,
out, en français.
M. St-Pierre Plamondon : Ce
qui veut dire bonsoir la visite en français.
Le Modérateur : ...une
dernière en français.
Journaliste : ...est-ce que
c'est quelqu'un pour qui vous avez... Non, mais est-ce que c'est quelqu'un pour
qui vous aviez de l'admiration, Mme Arbour, comme juriste?
M. St-Pierre Plamondon : Bien,
c'est ça, je ne la... je ne la connais pas, mais, tu sais, c'est quelqu'un qui
a une carrière... c'est ça, elle est connue. Mais est-ce que... Le gouverneur
général, le représentant du roi d'Angleterre, devrait-il se faire confier un
rôle politique pour expliquer aux élus puis à la population? Qu'est-ce que le
roi d'Angleterre vient faire là-dedans? À quel point est-ce qu'on peut être
archaïque? Donc, là, partez-moi pas là-dessus. Vous le savez, ce que j'en
pense. Mais...
Journaliste : ...
M. St-Pierre Plamondon : Justement,
mais c'est toujours ça. On place des sujets et des personnes dans une
institution absurde, puis ensuite on veut s'empêcher collectivement de
dire : C'est absurde et c'est un gaspillage de fonds publics, peu importe
qui on place aux portes de... au poste de gouverneur général, l'absurdité de
cette dilapidation de fonds publics et d'avoir un représentant du roi
d'Angleterre nous dire quoi faire demeure entière. Là, je veux dire, je ne peux
pas changer de position.
Journaliste : ...une
stratégie, à l'approche des élections, d'y aller avec une francophone, de ne
pas avoir de critique de la part du gouvernement fédéral à...
M. St-Pierre Plamondon : Ah!
bien c'est sûr qu'il s'adapte au contexte. Il n'y avait pas un comité,
justement, qui avait été formé? On n'avait pas appris ça? Il y a un comité...
Journaliste : ...
M. St-Pierre Plamondon : Non,
mais de... par rapport à la situation au Québec puis l'indépendantisme. Mais...
Journaliste : ...
M. St-Pierre Plamondon : Ou
une réunion? Mais... mais... mais, ce que je veux dire, c'est que... Vous
connaissez l'histoire récente du Québec et du Canada, là. Prenez pour acquis
que le gouvernement fédéral va faire de la politique dans les prochains mois et
que ce ne sera pas en faveur des indépendantistes québécois. Et je me fie au
jugement et à l'intelligence des Québécois pour distinguer ce qui sont des
manoeuvres politiques...
Journaliste : ...Jolin-Barrette
a dit ce matin que l'appui des conservateurs suffirait. Donc, pour adopter son
projet de constitution, il aurait juste besoin de l'appui des conservateurs. Ça
va... ça va légitimer le projet.
M. St-Pierre Plamondon : Donc,
vous êtes en train de me dire qu'une députée caquiste qui n'était pas contente
de ne pas être reconduite comme ministre et qui a traversé chez les
conservateurs va être le seul appui transpartisan pour cette constitution-là et
que, pour Simon Jolin-Barrette, ce serait suffisant pour avoir une constitution
légitime et pérenne, dans le contexte où on a escamoté toutes les étapes et à
peu près tout le monde est venu dire que ça ne tenait pas debout? Poser la
question, c'est y répondre, là. Ça n'a pas de sens.
Le Modérateur : On va passer
en anglais.
Journaliste : ...la
construction, très rapidement. Je ne sais pas si vous avez vu l'enquête avec
les travailleurs de la construction et les entrepreneurs qui ont toutes sortes
de façons de dévier pour donner davantage de rémunérations aux travailleurs,
dans le contexte de pénurie, qu'il y a... qu'il pourrait peut-être avoir de
l'inflation, puis d'augmenter les prix de construction. La CCQ s'intéresse à
ça. Avez-vous vu ça ou?
M. St-Pierre Plamondon : Non,
moi, je ne l'ai pas vu. Mais je peux te revenir. Je vais le creuser. Je ne l'ai
pas vu.
Le Modérateur : On va passer
en anglais, on va passer en anglais.
Journaliste : ...une
ouverture de la lieutenante-gouvernance...
M. St-Pierre Plamondon : Oui,
on le fait à chaque fois.
Journaliste :
Mr. St-Pierre Plamondon, Quebeckers
should forget about the word «new» today, looking at the Fréchette Government
in the opening of the session.
M. St-Pierre
Plamondon :
We're
in the continuity of the CAQ in the sense that there is a strong emphasis on
superficial communications, a lack of rigor with the files such as the
healthcare system and reforms that are quite dangerous as we...
Journaliste
: ...
M. St-Pierre
Plamondon :
Same
old, except for one difference : they seem to be abandoning their demands
to Ottawa and the defense of the competencies of Québec government, at least
take a softer approach or a more red approach to what was the historical
position of the CAQ. And that's why, I guess, the CAQ comes with something that
clearly is aiming at Charles Milliard and the Liberal Party. They're fighting or trying to distinguish
themselves because they're so close to one another in terms of political
orientations. So, I mean, I just need to restate that the «clause dérogatoire»…
the…
Journaliste
: …
M. St-Pierre
Plamondon : …sorry for that, the
notwithstanding clause is quite a normal or standard operation here. The
Couillard government did that and all governments do that, and at… there's no
fundamental first bill that usually comes with it. It's pretty standard. So, it
tells me that... it tells me that the CAQ has a lot of time for the liberals
because their positioning is so close. And it leads me to write a letter to Christine Fréchette saying : Do I
understand that from now on you don't have any more demands to the federal
government? And, if you do have the same historical demands, now that your new
leadership is supposed to change something, can you give it a try, please, and
make the same demands : full power in culture, full power in immigration,
stop to have two tax reports? All those demands, can you try them again?
Because I'm pretty sure what the result will be, but just let us know what's
the new or the same old orientation.
Journaliste :
…the renewal of the notwithstanding
clause on Bill 96, do you think that it's… it's not a big deal, it should not
be perceived as a big deal for you?
M. St-Pierre
Plamondon :
It's
not, it's the status quo. It's the same thing that… There's no change. And it
was something to happen in 2027, it happens now, but of course it's going to
happen. So, the question should be : Why is that the first bill of a new
premier? How is that… What does it tell us? If the only thing you have, while
the health care system, the public finances, the French and the culture are all
in decline… if your first move is the status quo, what does it tell us about
what could happen if we go for 12 years of CAQ?
Journaliste
: …protection against the liberals, if they come to power? They are
protecting the Bill 96.
M. St-Pierre
Plamondon : I mean, I'm not opposing it, I
would do it like that automatically. What I'm saying is : It's the status
quo, it's not changing the decline of the French language, and it's obviously
aimed at doing politics with regards to the liberals, in which case it tells us
that the CAQ under Fréchette and the liberals are so close in terms of
political orientations, they feel the need to do some tactics instead of
dealing with urgent and very serious issues all over Québec after eight years
of CAQ, so…
Journaliste
: …about their confidence? I mean, if they're doing it now and they
could wait, it means that they don't expect to win…
M. St-Pierre Plamondon : It doesn't tell us much about confidence, it tells us about who
they are. They're masters at political communications and superficial tactics.
They've done that very… very skillfully over eight years, but it did lead us
into very poor public policies and many problems. And that's where we're trying
to distinguish ourselves with our so long documents, with so many footnotes
that sometimes it's not being read, but at least we take it with a lot of… we
have a vision that is less on political stunts and communications and more on
substance. And I think that's what we need at this point in Québec's
history : people with substance and vision, less tactics and superficial
plows.
Journaliste
: …Louise Arbour...
M. St-Pierre
Plamondon : Yes.
Journaliste
: …what is your reaction to her nomination?
M. St-Pierre
Plamondon : Well, I think… I have a very good
opinion of Louise Arbor, and I still have the same opinion with regards to the
institution that is the governor general. It's the worst waste of public funds
we can imagine. There… It's a nonsense that the King of England would have any
word to say over our politics, that is a democracy. And it should not be… I
don't know what are her reasons, but the fact that it's Louise Arbour, or it
could have been somebody else that is very famous, doesn't change anything to
the fact that that institution is illegitimate and a waste of public funds that
will end with the Parti québécois.
Le Modérateur
:
Merci beaucoup.
(Fin à 11 h 01)