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(Douze heures cinquante-huit minutes)
La Modératrice : ...conjointement
avec la députée de Rimouski et M. Jérôme Blanchet-Gravel, auteur et
éditeur. Les prises de parole se feront dans l'ordre suivant : Maïté
Blanchette Vézina, députée de Rimouski, M. Jérôme Blanchet-Gravel, auteur
et éditeur. Nous prendrons ensuite vos questions. Mme Blanchette Vézina, à vous
la parole.
Mme Blanchette Vézina : Merci.
Merci. Aujourd'hui, c'est discours d'ouverture de la première ministre. On
reprend les travaux parlementaires, j'ai envie de vous dire enfin. Et j'espère
sincèrement que le gouvernement verra l'importance de s'attaquer aux enjeux
concrets et réels pour les Québécois, les enjeux quotidiens du... des
Québécois, dont celui, prioritaire : le coût de la vie. La première
ministre a mentionné qu'elle souhaitait rembourser, d'une façon obscure, là, la
taxe sur l'essence pour les Québécois. On lui rappelle qu'elle peut simplement
abolir la taxe carbone. Ça fera déjà un bon coup de main pour l'ensemble des
Québécois pour le coût de la vie. On peut parler aussi de l'importance d'ajouter
du privé en santé, un des grands enjeux partout au Québec, dans les régions,
mais aussi dans les centres-villes. L'accès à la santé, c'est une grande
difficulté, et on se doit de trouver des solutions de la part du gouvernement.
Et on est convaincus, du côté du Parti conservateur, que le privé en santé, c'est
une bonne solution. D'ailleurs, la CAQ présentait, dans son ancien programme,
lors de l'élection de 2022, le privé en santé comme étant une solution. Exploitation
de nos ressources naturelles, on a besoin de créer de la richesse au Québec et
bien sûr qu'elle respecte, donc, son engagement de relancer le débat sur l'exploitation
du gaz. Le monde a changé. Il est important que le Québec soit souverain et se
donne des leviers économiques pour avancer. Et c'est... ça va passer par l'exploitation
des ressources naturelles.
Mais aujourd'hui, je suis, on vous l'a dit,
avec M. Jérôme Blanchet-Gravel, qui est auteur et éditeur. Je souhaite
mentionner qu'on va déposer une motion, une motion importante, parce qu'il s'est
passé des choses qui sont inquiétantes, dans les derniers jours, les dernières
semaines, concernant la liberté d'expression, la volonté affichée de certains
groupes de vouloir museler les idées qui ne sont pas celles qui sont prônées
par la gauche. Donc, la motion qu'on va déposer, elle est pour dénoncer et
condamner toute tentative de museler la liberté d'expression, notamment celle
qui est exercée sous couvert d'un militantisme... idéologique, pardon. Alors,
on veut, bien sûr, rappeler à tous les partis politiques que le débat d'idées,
il est sain, il est important dans une démocratie, et de vouloir faire du
boycott, par exemple, d'une librairie ou de d'autres commerces parce qu'elles
font de la place à la liberté d'expression, au débat d'idées, pour nous, c'est
inacceptable.
Alors, je céderais la parole à M. Blanchet-Gravel,
qui va pouvoir vous parler de ce qu'il constate lui-même également.
M. Blanchet-Gravel (Jérôme) : Effectivement,
la liberté d'expression se porte extrêmement mal au Québec, comme en témoigne
la tentative d'annulation du livre Destination autonomie d'Éric Duhaime,
un livre pourtant déjà salué par des personnalités de divers horizons.
L'ouvrage est publié aux éditions Libre Média, un média indépendant que je
dirige en tant que rédacteur en chef. C'est en quelque sorte la goutte qui fait
déborder le vase, et ça survient quelques jours d'ailleurs après l'annulation
d'une projection, celle du documentaire Génération trans de Jean-Pierre
Roy, au Cinéma Cartier, ici, dans la capitale nationale sous la pression et la
menace des mêmes groupes. À titre d'éditeur de l'ouvrage, mais également à
titre de citoyen préoccupé par l'emprise grandissante de la pensée unique, il
me paraissait essentiel d'être ici aujourd'hui pour appuyer le PCQ dans sa
démarche, pour appuyer sa motion.
Au Québec, vous savez, nous avons grandi
dans le mythe d'une société parfaite, d'un modèle parfait, dans le mythe d'une
démocratie immaculée. En réalité, nous vivons dans un monde conformiste ou des
militants wokes s'emploient quotidiennement à museler tous ceux et celles avec
lesquels ils ne sont pas d'accord. Le résultat, c'est un climat de peur,
d'intimidation et de censure qui rappelle de facto les régimes autoritaires.
Chaque mois, dans mon travail, je me surprends à expliquer à des collègues étrangers
ce qu'est devenu le Québec en matière de liberté de pensée.
Les médias subventionnés, c'est-à-dire les
médias traditionnels, contribuent eux aussi au verrouillage du débat public,
souvent en excluant, marginalisant ou discréditant les voix qui s'écartent du
consensus dominant. Le financement public des médias est devenu un problème
majeur pour toute société qui prétend sérieusement défendre le pluralisme. Je
salue les efforts constants et sincères du Parti conservateur du Québec pour
rétablir un véritable climat de liberté intellectuelle au Québec. Je salue
l'engagement de la députée Maïté Blanchette Vézina, la ténacité d'Éric Duhaime
dans ce dossier et l'ouverture que ce parti manifeste envers la nouvelle
génération de médias indépendants. Je salue aussi l'intervention de Paul
St-Pierre Plamondon, le chef du Parti québécois, qui a défendu la librairie La
Liberté et, à travers elle, l'idée d'une démocratie en santé. J'invite les
Québécois à soutenir les commerces et entreprises qui résistent courageusement
à la culture de l'annulation, comme le fait de manière exemplaire la librairie
La Liberté. Il est grand temps pour le Québec de renouer avec la liberté de
pensée. Merci.
Mme Blanchette Vézina :
Merci. Est-ce qu'il y a des questions?
Journaliste : Oui, bonjour.
Est-ce que c'est possible de connaître le libellé de votre motion puis
qu'est-ce qu'elle stipule et demande exactement?
Mme Blanchette Vézina : Oui.
Voulez-vous que je... On peut vous la transmettre, mais je peux vous la lire :
«Que l'Assemblée nationale rappelle que la
liberté d'expression constitue un pilier fondamental de notre démocratie;
«Qu'elle constate la montée d'un climat
d'intolérance alimentée par certains courants idéologiques radicaux visant à
faire taire les opinions divergentes;
«Qu'elle réaffirme que les institutions et
commerces culturels, dont les librairies indépendantes, sont des lieux
essentiels d'échanges, de débats et de... pluralité des idées, pardon, et
qu'elle souligne l'importance de protéger la diversité des opinions dans
l'espace public québécois;
«Qu'elle dénonce toute forme
d'intimidation, de discrimination ou de pression indue de la part
d'institutions publiques incluant l'appel au boycott visant des entreprises,
des institutions ou des individus en raison des idées qu'ils permettent de
diffuser;
«Qu'elle réaffirme que le débat d'idées
doit se faire dans le respect des individus, sans discrimination et sans
recours à la censure ou à la coercition telle qu'encadrée par la Charte des
droits et libertés de la personne et les lois en vigueur; et finalement
«Qu'elle condamne clairement toute
tentative de museler la liberté d'expression, notamment celle exercée sous
couvert de militantisme idéologique.»
Journaliste : Je note que,
dans votre motion, vous précisez... vous ne faites pas allusion aux wokes ou
aux discours de gauche, comme vous y avez fait allusion dans votre discours.
Est-ce que c'est délibéré puis c'est aussi pour vous assurer que, bien, ça
concerne tout le monde? Finalement, une forme de censure promue par des gens de
droite serait tout aussi inacceptable à vos yeux?
Mme Blanchette Vézina : Bien,
on prône la liberté d'expression au sens large. On aurait pu, oui, par
partisanerie, disons, vouloir mettre le singe sur l'épaule uniquement du
wokisme, mais je pense que la liberté d'expression mérite qu'on s'élève
au-dessus de la mêlée, qu'on regarde cet enjeu comme étant un enjeu de
démocratie et qu'on se doit donc tous, tous les partis représentés à
l'Assemblée nationale, de démontrer l'importance que cette liberté d'expression
là... la liberté d'expression elle a, à gauche comme à droite.
Journaliste : Sur un autre
sujet...
Mme Blanchette Vézina : Mais
soyons clairs, là, ce qui s'est passé la semaine dernière, pour la... la
librairie La Liberté, pour le cinéma Cartier, c'était clairement des groupes de
gauche qui tentaient d'atteindre aux idées de droite ou aux personnes de
droite. Parce que rappelons que Destination autonomie, c'est un livre
sur l'autonomie du Québec, une idée qui fait consensus au sein de la société
québécoise. Et, ce qui a été... ce qui a été tenté de la part de certains
groupes de gauche militants, c'est de museler quelqu'un, donc s'attaquer
directement à Éric Duhaime et à son propos. Et c'est ça qu'on vient dénoncer
également, là, c'est de s'attaquer aux personnes. Je pense qu'on devrait
pouvoir avoir un débat d'idées au Québec. Et c'est sain dans une démocratie. On
devrait éviter de tenter de museler des gens comme... comme certains groupes de
gauche l'ont fait la semaine dernière.
Journaliste : Très bien. Sur
un autre sujet, vous vous êtes exprimée au cours des derniers jours sur l'idée
d'un conservatisme progressiste. Est-ce que c'est possible de savoir qu'est-ce
que vous voulez dire par là?
Mme Blanchette Vézina : Bien,
en fait, je pense qu'on peut avoir des idées qui sont conservatrices d'un point
de vue fiscal. Et j'en suis. Je pense qu'il est important de revoir le modèle
québécois. On a atteint un seuil critique dans nos services, dans comment
l'État providence fonctionne. Alors, on doit revoir ces idées d'un point de vue
conservateur, plus d'un point de vue économique. Mais on peut aussi avoir des
idées progressistes d'un point de vue d'égalité hommes-femmes, comme pour l'avortement,
par exemple, ne pas remettre cette question-là en cause. Je pense que les gens
parfois peuvent faire un amalgame, idées de droite, donc des gens qui sont très
proreligieux, un peu comme ça se fait aux États-Unis. Au Parti conservateur, on
ne remet pas en cause la question de la place du libre-choix des femmes, mais
on a une position affirmée sur le conservatisme économique par contre.
Journaliste : Très bien.
Merci.
Mme Blanchette Vézina : Merci.
Journaliste : Bonjour. Je
suis désolé, j'ai manqué le point de presse, mais j'avais une question par
rapport à la rentrée parlementaire justement. Concernant le projet de
constitution que votre parti soutient, seriez-vous... favorable à ce que le
gouvernement utilise la procédure parlementaire d'exception, le fameux bâillon,
pour qu'il soit adopté d'ici la fin de la session parlementaire, si c'est
nécessaire?
Mme Blanchette Vézina : On a
répété qu'on est en faveur de la Constitution. Par contre, d'accélérer
l'adoption d'une loi aussi importante, je ne pense pas que c'est la bonne façon
de procéder, surtout qu'il y a déjà des gens qui se soulèvent en disant que le
processus a été déjà fait trop rapidement. Ceci étant dit, on rappelle que
c'est important pour le Québec, là. Donc, nous, on souhaite s'élever au-dessus
de la mêlée, encore une fois, pour appuyer cette volonté du gouvernement
d'adopter une constitution qui pourra être modifiée par un gouvernement
ultérieurement, là.
Journaliste : OK. Mais très
clairement, donc...
Mme Blanchette Vézina : Pas
de procédure d'exception, pour notre part, non.
Journaliste : Pas de bâillon?
Mme Blanchette Vézina : Non.
Exact.
Journaliste : Parfait. Et
peut-être vos attentes de façon générale pour la prochaine... pour les
prochaines semaines? Ça va aller très vite avant la pause d'été. Est-ce qu'il y
a des gains que le Parti conservateur souhaiterait obtenir?
Mme Blanchette Vézina : On
souhaite rappeler que la première ministre s'est engagée à redonner aux
Québécois une partie de la taxe sur l'essence. C'est nébuleux. Ça va sûrement
prendre des fonctionnaires, bien sûr, qui vont appliquer un programme dans la
façon qu'elle souhaite le faire. Mais nous, ce qu'on prône, c'est qu'elle
pourrait le faire rapidement en abolissant la taxe carbone. On pense que c'est
la bonne solution et on l'encourage à le faire.
Également, en ce qui concerne
l'exploitation de nos ressources naturelles, on en a besoin, de créer de la
richesse au Québec. On veut plus d'autonomie. Et, d'un point de vue de gestion
de nos ressources, il est possible de le faire aussi avec le gaz. On en a
besoin également. C'est des solutions qui permettent de décarboner d'autres
pays si on le fait correctement, les technologies ont changé, le monde a
changé. Et elle s'est engagée, lorsqu'elle s'est présentée pour devenir cheffe
de la Coalition avenir Québec, à revoir ce débat-là, à relancer ce débat-là. On
s'attend à ce qu'il le fasse... elle le fasse dans les prochaines semaines,
puis, bien sûr, de s'attaquer aux réelles priorités des Québécois, pas
uniquement des projets de loi électoralistes.
Journaliste : Merci.
Journaliste : Peut-être juste
une petite question parce que vous vous présentez aujourd'hui au nom de la
liberté d'expression. Qu'est-ce que vous pensez de la manifestation où il y
avait un personnage de M. Boulet guillotiné?
Mme Blanchette Vézina : Ah!
j'ai dénoncé. D'ailleurs, c'est la violence avec laquelle s'est faite la
manifestation. Une manifestation, c'est pacifique, on peut tous s'exprimer.
Mais de là à couper la tête d'un ministre et d'un élu, ça envoie un message qui
est, à notre avis, violent et qui encourage à la haine. Donc, je pense qu'il y a
moyen de manifester autrement au Québec.
Journaliste : Parce que, où
est l'équilibre justement entre liberté d'expression et, comme vous dites, ce
qu'on ne peut pas... ce qu'on ne peut pas...
Mme Blanchette Vézina : La
Cour suprême l'a répété à certaines reprises, il y a certaines violences qui ne
doivent pas être... qui pourraient pouvoir faire preuve de contrainte en termes
de liberté d'expression. Et je pense qu'on a tous dénoncé à l'unanimité, là, ce
qui avait été... ce qui avait été utilisé comme recours, là, par les... par les
syndicats lors de la manifestation en fin de semaine parce que ça envoie un
message de haine envers nos élus. C'est les institutions démocratiques aussi
qui sont atteintes lorsqu'on attaque un élu comme ça, comme on le fait de cette
façon-là.
Journaliste : Merci beaucoup.
Mme Blanchette Vézina : Merci.
Journaliste : Peut-être une
petite dernière. Est-ce que vous avez une opinion sur la nomination de Louise
Arbour comme gouverneure générale du Canada?
Mme Blanchette Vézina : Je
n'ai pas d'opinion particulière à ce moment-ci. Merci.
(Fin à 13 h 11)