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(Quinze heures trente-deux minutes)
La Modératrice : Bonjour.
Alors, bienvenue à ce point de presse du Parti libéral du Québec pour réclamer
le maintien de l'enveloppe protégée consacrée à l'achat de livres dans les
écoles. Donc, on va commencer avec la porte-parole du Parti libéral en matière
d'éducation, Madwa-Nika Cadet. On aura ensuite la directrice générale de l'Association
des libraires du Québec, Gabrielle Simard, ensuite le directeur général de l'Association
des distributeurs de livres, Benoit Prieur, ensuite le président de l'Union des
écrivaines et des écrivains québécois, Pierre-Yves Villeneuve, et on va terminer
avec la responsable sociopolitique de l'Association des professeurs de français
du Québec, Claudine Grenier.
Mme Cadet : Merci. Bonjour à
tous. Je me trouve ici devant vous à titre de porte-parole libérale en matière
de culture, de langue française et en matière d'éducation afin de demander
quelque chose de très clair à la ministre de l'Éducation, Sonia LeBel, soit le
fait de protéger la mesure pour l'achat de livres dans nos écoles.
D'abord, sur la réforme proposée par Mme
LeBel de consolider les mesures budgétaires, hein? Parce qu'on en a beaucoup
entendu parler. Celle-ci, elle était attendue par le milieu. Il y en avait
trop, ce qui créait de la microgestion et une lourdeur bureaucratique. Partant
de ce principe, à la place, j'aurais fait pareil. Mais, on le sait, les
exceptions, c'est ce qui confirme la règle. Alors, c'est ce que nous lui
demandons aujourd'hui, une exception à cette consolidation pour protéger
l'achat de livres, comme elle a accepté de le faire pour l'aide alimentaire, parce
que nous avons des craintes de voir une baisse significative de l'achat de
livres avec un impact sur la réussite éducative de nos jeunes.
Et ces craintes sont fondées. L'an
dernier, à cause des compressions budgétaires, même si la mesure était toujours
protégée, nos libraires indépendants ont constaté que l'équivalent de
250 000 livres jeunesse ne se sont pas vendus. Imaginez, là, nos
jeunes ont perdu la chance de lire 250 000 livres. Toute la chaîne du
livre, déjà fragile, est... en a écopé. Mais c'est surtout la réussite
éducative de nos jeunes qui en a pris pour son rhume.
La ministre LeBel, elle réplique depuis
plusieurs jours de ne pas s'inquiéter. Elle nous dit : Regardez, les
budgets sont protégés. Même là, il y a quelques minutes, donc, je viens de lui
poser la question en période des questions, puis elle m'a répondu la même
chose : Les budgets sont protégés, donc laissons au terrain la possibilité
de prendre ces décisions. Mais si les compressions ont mené à des pertes aussi
importantes à l'échelle du Québec l'année passée, alors que la mesure était
protégée, c'est irréaliste de s'attendre à ce que la dilution de la mesure ne
crée pas exactement les mêmes effets.
Il n'est pas de gaieté de cœur, là. Nos
72 centres de services scolaires, moi aussi, j'ai confiance qu'ils ont les
meilleures intentions du monde de permettre la lecture à nos jeunes. Je pense
que tout le monde s'entend sur cet objectif-ci puis sur cet... cet objectif-ci,
qui est noble. Mais, malgré les plus belles intentions du monde, parce qu'il y
aura inévitablement des arbitrages à faire, si on a une mesure qui est diluée à
l'intérieur d'une enveloppe qui est fusionnée, bien, il n'y a aucune garantie.
Or, la lecture, ça ne devrait jamais être optionnel. Je le répète, une minute de
lecture par jour, c'est 8 000 mots par année, 20 minutes de
lecture par jour, c'est 1 800 000 mots par année. La lecture,
c'est la base.
Je sais que Mme LeBel, c'est une femme
rigoureuse, pragmatique, qui aime les consensus. Nous lui offrons aujourd'hui une
solution concrète, efficace et qui est demandée par le milieu. J'ai derrière
moi donc les différents acteurs de la chaîne du livre et des acteurs du milieu
de l'éducation aussi. Pour sa part, Mme Fréchette, elle a affirmé qu'elle ne
voulait pas toucher aux services aux élèves dans son mandat. Bien, c'est son
premier test.
Alors, Mme Fréchette, Mme LeBel, au nom de
la langue, au nom de la culture et, bien sûr, au nom de nos jeunes, le Parti
libéral du Québec vous demande formellement de reculer et de protéger la mesure
sur l'achat de livres dans nos écoles.
Mme Simard (Gabrielle) : Merci
beaucoup. Donc, merci déjà pour... pour l'opportunité, pour le soutien que vous
apportez au milieu du livre, au milieu de l'éducation. Je serai brève. En fait,
c'est qu'en ce moment, ce qu'on constate, c'est que le système des enveloppes
protégées fonctionne bien. Oui, il est imparfait, comme beaucoup d'autres
systèmes, oui, il pourra gagner à être amélioré. Du côté des libraires, en tout
cas, il n'y a pas d'objection à ce qu'on simplifie les processus. Par contre,
bien qu'il soit imparfait, il garantissait quand même deux choses essentielles.
La première, c'est que dans les écoles, on a des livres pour les élèves. Et la
deuxième chose, c'est que ça permet d'avoir un réseau de librairies
indépendantes qui fait rayonner la culture et la littérature à travers tout le
Québec.
Avec la réforme de la ministre LeBel, on
vient complètement changer les règles du jeu. C'est dommageable non seulement
pour les élèves, bien sûr, mais également pour les libraires qui travaillent
fort pour la culture partout dans la province, qui perdent toute prévisibilité.
Et évidemment c'est l'ensemble de la chaîne du livre qui en souffre. On parle
d'une menace actuellement qui est bien réelle pour la survie de certaines
librairies, voire même de certains éditeurs.
M. Prieur (Benoit) : Merci,
merci, Mme Cadet. Alors, je suis Benoit Prieur, je suis directeur général de
l'Association des distributeurs de livres. Je me permettrais de faire un petit
retour historique sur ce qu'est les programmes d'aide aux acquisitions de
livres dans les bibliothèques scolaires. C'est un programme qui existe
maintenant depuis 2006, sans interruption, un programme qui a... qui a démontré
toute son utilité dans la relance des bibliothèques scolaires.
On se souvient qu'à l'époque, avant 2006
le réseau des bibliothèques scolaires était pratiquement anéanti, et grâce à
des réinvestissements réguliers, constants depuis 2006, on a pu relancer nos
bibliothèques, qui sont, aujourd'hui... qui sont, aujourd'hui, très utiles aux
jeunes et aux éducateurs. Les programmes d'aide ont été constants depuis 2006,
ils ont toujours été protégés, ou toujours été... ça a été des sommes toujours
dédiées, sauf à deux exceptions près, en 2010-2011 et puis en 2013-2014, et,
chaque fois, on a constaté des baisses importantes dans les achats de livres.
On a aussi constaté des baisses importantes des achats de livres cette année, à
cause du flou entourant les budgets, les budgets pour le ministère de
l'Éducation.
Donc, lorsque les règles ne sont pas
clairement émises, lorsque les règles ne sont pas dédiées ou protégées, bien,
la preuve a été faite, bien, c'est le secteur du livre qui perd des ventes,
mais c'est aussi les jeunes, les enseignants qui perdent... perdent des
occasions d'apprentissage. Merci.
M. Villeneuve (Pierre-Yves) : La
lecture est l'un des outils qui aide les élèves à accroître leur vocabulaire, à
développer leur empathie, à structurer leur esprit critique, à mieux connaître
le monde et à mieux se connaître eux-mêmes. C'est un vecteur de réussite. La
lecture devrait être une priorité, particulièrement à l'heure où les experts et
leurs... et les parents lèvent les drapeaux rouges concernant la surexposition
aux écrans, qui sont infestés par la désinformation. Prétexter la flexibilité
budgétaire pour fusionner les enveloppes d'acquisition, c'est ignorer la
réalité et les nombreux défis auxquels nous allons faire face, et
particulièrement, nos jeunes.
La littérature est une arme, et dans le
contexte actuel, le Québec n'a pas le luxe de se priver d'une mesure qui
encourage la lecture. Je ne pense pas avoir à vous rappeler le taux désastreux
de manque de littératie au Québec. Si on veut inverser la tendance, il faut que
nos jeunes soient en contact avec le livre. Ils ont besoin de diversité, de
nouveauté. Le milieu, lui, a besoin de stabilité. Quand un ministère tousse,
les écoles attrapent la grippe, mais c'est le milieu du livre qui se ramasse à
l'urgence. Avec un assouplissement aussi extrême des règles budgétaires, les
jeunes vont être privés d'œuvres qui développent leur imaginaire, leur
sensibilité, leur rapport à la langue et à l'histoire. Les écrivaines et les
écrivains pour la jeunesse, eux, vont être les premiers à être affectés
économiquement, et, à long terme, bien, c'est l'ensemble du Québec qui va subir
les conséquences de cette décision.
Mme Grenier (Claudine) : Bonjour.
Je prends la parole aujourd'hui au nom de l'Association québécoise des
professeurs de français. Quand on parle d'accès aux livres à l'école,
particulièrement au préscolaire et au primaire, on parle d'un élément essentiel
à la réussite éducative. Les bibliothèques scolaires et les bibliothèques de
classe permettent aux élèves de développer leur vocabulaire, leur
compréhension, leur imagination et leur rapport à la langue française. Pour
plusieurs enfants, l'école est aussi le principal, parfois, le seul endroit où
ils ont accès à des livres. Le nouveau programme de français met d'ailleurs de
l'avant l'importance de la lecture, de la culture et du contact fréquent avec
les œuvres culturelles. On demande aux enseignants de français d'être des
passeurs culturels, mais ils ont besoin de moyens concrets pour cela. C'est
pourquoi des mesures comme la 15103, qui soutient l'acquisition de livres pour
les bibliothèques scolaires, ou encore, l'aide accordée aux enseignants du
préscolaire et du primaire pour garnir leur bibliothèque de classe doivent
rester.
Oui, nous comprenons la volonté de réduire
le nombre d'enveloppes budgétaires et de donner plus de flexibilité au milieu,
mais certaines enveloppes avaient, justement, la fonction de protéger l'accès
aux livres et à la culture dans les écoles. Notre inquiétude aujourd'hui est
simple : sans protection claire, ces investissements risquent de devenir
variables d'une école à l'autre, et ça, c'est un manque de cohérence du
gouvernement. Merci.
Mme Cadet : Merci. Donc, je
veux remercier les différents acteurs du livre qui sont... qui sont derrière
nous aujourd'hui, et particulièrement, donc, l'Association des professeurs de
français, qui nous montre à quel point il faut absolument que la ministre
recule sur sa volonté, donc, de fusionner la mesure sur l'achat de livres avec
d'autres mesures.
S'il vous plaît, Mme la ministre, donc,
vous le voyez, il y a un consensus à l'intérieur de toute la chaîne du livre et
il y a un consensus qui se bâtit aussi dans le milieu de l'éducation. On vous
connaît, je sais que vous pouvez être à l'écoute. Ça fait qu'on sera là, donc,
pour protéger la chaîne du livre. Merci.
La Modératrice
: Alors,
c'est ce qui met fin à ce point de presse.
(Fin à 15 h 43)