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Point de presse de M. Pascal Paradis, porte-parole du troisième groupe d’opposition en matière de relations internationales, de francophonie, d’ingérence étrangère et de commerce extérieur

Version finale

Cette transcription a été réalisée à l’aide d’un logiciel de reconnaissance vocale. Elle pourrait donc contenir des erreurs.

Le mercredi 27 mai 2026, 11 h 30

Hall principal de l'hôtel du Parlement, hôtel du Parlement

(Onze heures trente-deux minutes)

Le Modérateur : Alors, bonjour à tous. Bienvenue à ce point de presse du Parti québécois concernant la fin du financement pour l'Association internationale des études québécoises. Prendra la parole lors de ce point de presse le député de Jean-Talon et porte-parole du Parti québécois en matière de relations internationales et de francophonie, M. Pascal Paradis, ainsi que Mme Nathalie Watteyne, vice-présidente aux affaires académiques de l'Association internationale des études québécoises, ainsi que M. Alain G. Gagnon, vice-président de l'AIEQ entre 1997 et 2003.

M. Paradis : Merci. Bonjour à toutes et à tous. Je suis entouré aujourd'hui de Mme Nathalie Watteyne, qui est vice-présidente aux affaires académiques de l'Association internationale des études québécoises, l'AIEQ, de M. Alain Gagnon, qui est vice-président... qui a été vice-président de l'AIEQ entre 1997 et 2003, de M. Martin Paquette, qui est vice-président aux affaires administratives et à la trésorerie de l'AIEQ, professeur titulaire à l'Université Laval, de M. Robert Laliberté, qui est ex-directeur général de l'AIEQ, et de Mme Chantal Houdet, qui est aussi... ex-directrice générale de l'AIEQ, de Mme Suzie Beaulieu, qui est ex-agente de communication à l'AIEQ, et de Mme Mathilde Rajotte, qui est membre de l'AIEQ. Donc, une partie de l'équipe de l'Association internationale d'études québécoises qui est avec moi aujourd'hui pour dénoncer la fin du financement par le ministère des Relations internationales et de la Francophonie, de la mission essentielle de cette organisation qui, depuis plus de 30 ans, contribue au rayonnement scientifique, culturel, académique du Québec, du savoir relativement au Québec, partout dans le monde, qui a permis notamment à des grands auteurs québécois de faire des missions à l'étranger, missions et activités de l'AIEQ, de l'Association internationale des études québécoises, qui ont permis notamment d'inscrire le Québec, d'inscrire la littérature québécoise... la culture québécoise dans le programme scolaire de nombreux pays du monde. Pourtant, le ministre Christopher Skeete a décidé de couper les vivres de l'organisation dans une décision insensée dernièrement, alors que lui-même, alors qu'il recevait la secrétaire générale de l'Organisation internationale de la Francophonie ici, à Québec, le 16 mars dernier, a dit que son gouvernement réitérait son engagement à promouvoir, je le cite : «À promouvoir la langue française autant sur son territoire que dans le monde.» C'est encore une fois le gouvernement de la CAQ qui dit une chose, mais qui fait son contraire, ce qui est malheureusement devenu la marque de commerce de ce gouvernement.

En matière de relations internationales, le gouvernement de la CAQ a malheureusement une vision réductrice de la place du Québec dans le monde. Alors qu'il se dit autonomiste, qu'il se dit nationaliste, il est en complète contradiction avec son discours sur l'importance de propulser la langue française, la culture québécoise, le savoir québécois à travers le monde pour favoriser non seulement sa survie, mais, en fait, son épanouissement, sa prospérité. Nous, au Parti québécois, en tout cas, on a une vision complètement opposée à la place du Québec dans le monde. Nous l'avons déjà annoncé, nous refusons de voir le Québec se replier sur lui-même. Nous refusons qu'on démantèle un réseau de plus de 1 000 personnes — et les gens de l'AIEQ vont vous en parler tout à l'heure — qui est très actif ailleurs dans le monde et qu'on ne peut remplacer. Il n'y a pas d'officine gouvernementale, il n'y a pas d'institution qui peut jouer, à aussi peu de frais, le rôle essentiel que joue... que joue l'AIEQ actuellement. Donc, nous, on refuse qu'on démantèle ce réseau. Nous avons une vision ambitieuse au Parti québécois pour les relations internationales du Québec, qui inclut la diplomatie d'influence, la diplomatie culturelle, la diplomatie scientifique, qui s'ajoutent au commerce international et à la diplomatie politique entre pays. Donc, pour nous, la coopération internationale fait partie des outils de prospérité pour le Québec à l'étranger et au Québec.

Donc, nous demandons au ministre Christopher Skeete de revenir sur sa décision mal avisée. Et, s'il ne le fait pas, le Parti québécois lui, s'assurera que la... que la culture québécoise, qui est la... que le savoir scientifique québécois continue de rayonner à travers le monde, à travers l'AIEQ. Là-dessus, je passe la parole à Mme Nathalie Watteyne.

Mme Watteyne (Nathalie) : Merci, M. le député. Chers amis de l'AIEQ, journalistes et parlementaires, permettez-moi de m'adresser à vous en tant que présidente du comité scientifique de l'AIEQ, cette année composé de professeurs bénévoles italiens, japonais, canadiens et québécois. Depuis 1997, l'AIEQ contribue au rayonnement des études sur le Québec, sur le plan scientifique aussi bien que culturel, dans une quarantaine de pays. Son conseil d'administration est formé de 32 professeurs bénévoles, d'universités québécoises, canadiennes et d'autres pays. L'association pratique une diplomatie d'influence et participe à l'organisation de colloques, de tournées dans des milieux universitaires et culturels, au Québec comme à l'étranger. Elle œuvre aussi bien dans les salons du livre, les bibliothèques, à l'Acfas et d'autres associations dans le monde qui s'intéressent au Québec.

Voici un exemple de ce qu'elle a fait pour moi, qui suis écrivaine et spécialiste d'Anne Hébert. Autour de 2016, à l'occasion du centenaire de naissance de cette grande autrice, j'ai été très sollicitée. On peut être fiers, vraiment, que cette œuvre soit enseignée un peu partout dans le monde. Invitée dans des colloques ou des classes en Roumanie, aux États-Unis, en Europe, au Japon et en Corée, j'ai dû me rendre aussi en Inde pour une tournée de conférences dans trois universités. Ces conférences furent orchestrées par Chantal Audet et Suzie Beaulieu de l'AIEQ, qui étaient alors à la permanence de l'association. La tournée aura coûté seulement 3 000 $, mais elle a généré plusieurs retombées encore à ce jour. Traduction de Kamouraska en tamoul, participation de chercheurs indiens au colloque du centenaire en juin 2016, congrès de... en Inde en 2018, et dans ce dernier colloque, 45 étudiantes et étudiants indiens ont fait une communication sur la littérature québécoise. Du jamais vu! Voilà la magie de l'AIEQ.

Depuis lors, encore aujourd'hui, des étudiants sont devenus des professeurs de littérature francophone et québécoise, comme par exemple Nao Sasaki au Japon. Une autre association en Corée du Sud organise chaque année un colloque où le Québec est à l'honneur. C'est le cas aussi de l'ACQS aux États-Unis ou de la ITF en Inde, des associations de professeurs dans ces pays respectifs. La force de ce réseau de 500 membres adhérents et de 500 membres sympathisants réside sur sa base bénévole et ces comités scientifiques indépendants. Tel est le réseau que le ministre Skeete a voulu démanteler le 13 avril dernier, pour récupérer une somme annuelle de 250 000 $, pourtant promise jusqu'au printemps 2027.

Les effets qu'entraînerait la fin du financement par le MRIF paraissent terribles. Comment expliquer que le ministre Jean-François Roberge nous a octroyé, il y a quelques mois, la somme de près de 40 000 $ pour mettre à jour l'outil pédagogique Le Québec, connais-tu? Une méthode d'apprentissage du français avec un contenu québécois destiné aux enseignements... aux enseignants, pardon, de France... de français langue étrangère? Très récemment, j'étais au Maroc, 100 professeurs ont été initiés à cet outil qui permet l'enseignement du français, mais avec du contenu québécois plutôt que français. Une pétition ayant recueilli à ce jour 1 715 signatures dénonce cette coupure abrupte et dépourvue de logique apparente. Dans les quotidiens, des articles de journalistes et plusieurs lettres ouvertes de personnalités publiques québécoises, mais aussi d'acteurs d'autres pays... tout cela ne semble pas avoir atteint le ministre Skeete. Voir à cet effet le cahier de presse que nous vous soumettons aujourd'hui.

Pourquoi la décision de mettre fin à la libre circulation des travaux universitaires, des contenus culturels, médiatiques et scientifiques en français qui ont pour objet d'étude le Québec? Pourquoi mettre ainsi en péril des bourses d'études, la participation de jeunes universitaires à des colloques aussi bien au Québec qu'à l'étranger, ou encore des tournées d'écrivaines et écrivains québécois dans l'espace francophone? La première ministre Fréchette, maintes fois interpelée depuis la décision aussi absurde qu'arbitraire du ministre Skeete, reste silencieuse. C'est inacceptable aux yeux de ceux et celles qui ont plusieurs fois dénoncé sur la place publique la destruction d'un réseau qui a fait ses preuves et n'a cessé de croître.

Nous comptons sur vous, M. Paradis, et sur tous les parlementaires de toutes les formations politiques de l'Assemblée nationale, afin que soit préservé un réseau international structuré, construit sur 30 ans avec des comités indépendants et dont la neutralité académique est indispensable à sa crédibilité. Nous comptons sur vous pour poursuivre notre mission qui consiste en la valorisation de notre identité au sein de la francophonie, la diffusion de connaissances sur le Québec et le rayonnement de nos contenus scientifiques et culturels à l'international. Merci beaucoup.

M. Gagnon (Alain-G.) : Merci beaucoup. Merci beaucoup, Pascal. Merci beaucoup, Nathalie. Je suis très heureux d'être ici aujourd'hui pour dénoncer ce qui est en train de se passer. J'ai été parmi les premiers vice-présidents de l'Association internationale d'études québécoises en 1997 et je me suis beaucoup investi au cours des années au sein de cette association-là.

Mon identité première, elle est naturellement québécoise, mais elle est aussi québéciste. Et comme universitaire, j'ai investi 44 années de... 44 dernières années pour développer une littérature sur le Québec avec des collègues au niveau international. Et l'AIEQ a été maître d'oeuvre dans ce... dans ce travail-là, en ce qui nous a permis d'identifier des collaborateurs à la fois en Chine, au Japon, au Maroc, dans l'ensemble... en fait, sur l'ensemble des continents.

Et je dois avouer qu'au lendemain du référendum de 1995 il faut se rappeler que nous avions besoin d'une voix forte sur la scène internationale. Nous avions besoin de présenter le Québec comme étant une nation qui aspirait à se prononcer sur un ensemble d'enjeux de liberté universitaire, liberté académique, mais la liberté d'un peuple. Et l'AIEQ a été pour moi extraordinairement importante dans ce sens-là. Il y a eu, il faut le dire, dès le début, une opposition majeure qui a été apportée par les ambassades canadiennes qui n'ont pas voulu que l'AIEQ s'impose. Et l'AIEQ a persisté. Les centres de recherche sont nés et les instituts ont été développés, et les universitaires ont... se sont présentés. On a eu plein de postdoctorants qui ont travaillé sur le Québec, qui sont venus visiter le Québec. Donc, il y a eu un effort très important au niveau de la diplomatie culturelle, la diplomatie à la fois scientifique, identitaire. Le Québec s'est imposé comme presque une grande nation. Ce n'est pas tous les jours qu'une petite nation est regardée par les autres comme étant une grande nation. L'AIEQ, c'est sa grande réalisation, d'avoir permis à des milliers d'universitaires de comprendre le Québec comme un acteur clé, un sujet politique, pas simplement un objet de société, un sujet politique, un acteur véritable qui mérite d'être reconnu.

Nos 34 délégations au Bureau du Québec à l'international, moi, j'ai travaillé beaucoup avec eux, ils m'ont aidé beaucoup pour être présent, pour présenter mes points de vue. Mais ce n'est pas avec eux qu'on travaille directement. On travaille directement avec les associations d'études québécoises dans chacun de ces pays-là, 40 pays auxquels nous sommes associés. Alors donc, nos délégations, elles sont essentielles, nos bureaux, ils sont essentiels. Mais on sait qu'il y a, au sein de la CAQ, par exemple, un parti pris pour l'enjeu économique. Ils n'en ont que pour l'économie. Oui, l'économie. Le culturel, le social, la science, le rayonnement des idées, je pense que ça doit reprendre sa place.

Et peut-être qu'il faut aussi mentionner qu'un travail qu'on a fait, qui s'appelle... un livre qu'on a fait, Québec : État et société, qui est devenu un classique pour les... dans les études québécoises à travers le pays, bien, ce livre-là a été traduit en portugais, en catalan, en espagnol, en allemand, et il a été traduit gracieusement. Et même le président de l'AIEQ, Ingo Kolboom, a pris le temps de traduire ce livre-là pour les lecteurs allemands. Donc, un engagement sans coûts, sans frais, mais avec des retombées extraordinairement importantes.

Peut-être le mot de la fin parce que je sais que le temps nous est compté. L'AIEQ, pour moi, c'est le fer de lance de la diplomatie culturelle et scientifique du Québec. Ce regroupement, dont la crédibilité est avérée et dont la voix porte, est aujourd'hui menacé de disparaître. Il est temps de se ressaisir en réaffirmant sa mission au cœur de laquelle s'inscrivent la liberté universitaire, la liberté d'expression. Quand le gouvernement affirme que la défense des intérêts du Québec est sa priorité, ce n'est pas en coupant les vivres de l'AIEQ qu'il fait avancer... qu'il en fait la preuve.

Enfin, je voudrais remercier les cinq anciens ministres des Relations internationales du Québec pour avoir cosigné une déclaration publique dénonçant le geste que le gouvernement du Québec s'apprête à poser. Cette sortie transpartisane les honore. Il est encore temps de corriger le tir et de revoir cette décision dont les conséquences seront lourdes. Et je vous invite tous... Et je sais que maintenant, comme président sortant de la société royale, on a fait la Déclaration de Trois-Rivières, appuyée par l'ACFAS, appuyée par nombre d'instituts de recherche sur le Québec, même sur le Canada, qui nous épaulent et qui veulent sauver l'AIEQ. Je vous invite à joindre le combat. Merci à tous.

M. Paradis : Alors... merci beaucoup, Nathalie et Alain, pour cet appel très senti. J'ai beaucoup aimé entendre ces exemples qui montrent à quel point l'Association internationale d'études québécoises contribue à ce que le Québec existe partout dans le monde. Le Québec est lu dans différentes langues ailleurs dans le monde en raison du travail de l'AIEQ. On parle du Québec dans plusieurs espaces scientifiques, culturels, partout dans le monde à cause de la contribution de l'AIEQ. Et sans l'Association internationale d'études québécoises, la présence du Québec dans ces espaces sera fragilisée ou même sera inexistante. Alors, pour favoriser la diffusion internationale de la culture québécoise, des savoirs sur le Québec, pour contribuer à cette économie, oui, c'est une économie, des échanges scientifiques, culturels, pour que cette diplomatie d'influence continue à exister comme elle le fait actuellement et qu'elle prospère, nous demandons de nouveau au ministre Skeete de revenir sur cette décision mal avisée et de rétablir le financement de l'Association internationale d'études québécoises. Merci à toutes et à tous.

Le Modérateur : Merci. C'est ce qui met fin à ce point de presse.

M. Paradis : Merci.

(Fin à 11 h 48)

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