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(Onze heures trente-deux minutes)
Le Modérateur : Alors,
bonjour à tous. Bienvenue à ce point de presse du Parti québécois concernant la
fin du financement pour l'Association internationale des études québécoises.
Prendra la parole lors de ce point de presse le député de Jean-Talon et porte-parole
du Parti québécois en matière de relations internationales et de francophonie, M.
Pascal Paradis, ainsi que Mme Nathalie Watteyne, vice-présidente aux affaires
académiques de l'Association internationale des études québécoises, ainsi que M.
Alain G. Gagnon, vice-président de l'AIEQ entre 1997 et 2003.
M. Paradis : Merci. Bonjour à
toutes et à tous. Je suis entouré aujourd'hui de Mme Nathalie Watteyne, qui est
vice-présidente aux affaires académiques de l'Association internationale des
études québécoises, l'AIEQ, de M. Alain Gagnon, qui est vice-président... qui a
été vice-président de l'AIEQ entre 1997 et 2003, de M. Martin Paquette, qui est
vice-président aux affaires administratives et à la trésorerie de l'AIEQ,
professeur titulaire à l'Université Laval, de M. Robert Laliberté, qui est
ex-directeur général de l'AIEQ, et de Mme Chantal Houdet, qui est aussi...
ex-directrice générale de l'AIEQ, de Mme Suzie Beaulieu, qui est ex-agente de
communication à l'AIEQ, et de Mme Mathilde Rajotte, qui est membre de l'AIEQ.
Donc, une partie de l'équipe de l'Association internationale d'études
québécoises qui est avec moi aujourd'hui pour dénoncer la fin du financement
par le ministère des Relations internationales et de la Francophonie, de la
mission essentielle de cette organisation qui, depuis plus de 30 ans,
contribue au rayonnement scientifique, culturel, académique du Québec, du
savoir relativement au Québec, partout dans le monde, qui a permis notamment à
des grands auteurs québécois de faire des missions à l'étranger, missions et
activités de l'AIEQ, de l'Association internationale des études québécoises,
qui ont permis notamment d'inscrire le Québec, d'inscrire la littérature
québécoise... la culture québécoise dans le programme scolaire de nombreux pays
du monde. Pourtant, le ministre Christopher Skeete a décidé de couper les
vivres de l'organisation dans une décision insensée dernièrement, alors que
lui-même, alors qu'il recevait la secrétaire générale de l'Organisation
internationale de la Francophonie ici, à Québec, le 16 mars
dernier, a dit que son gouvernement réitérait son engagement à promouvoir, je
le cite : «À promouvoir la langue française autant sur son territoire que
dans le monde.» C'est encore une fois le gouvernement de la CAQ qui dit une
chose, mais qui fait son contraire, ce qui est malheureusement devenu la marque
de commerce de ce gouvernement.
En matière de relations internationales,
le gouvernement de la CAQ a malheureusement une vision réductrice de la place
du Québec dans le monde. Alors qu'il se dit autonomiste, qu'il se dit
nationaliste, il est en complète contradiction avec son discours sur
l'importance de propulser la langue française, la culture québécoise, le savoir
québécois à travers le monde pour favoriser non seulement sa survie, mais, en
fait, son épanouissement, sa prospérité. Nous, au Parti québécois, en tout cas,
on a une vision complètement opposée à la place du Québec dans le monde. Nous
l'avons déjà annoncé, nous refusons de voir le Québec se replier sur lui-même.
Nous refusons qu'on démantèle un réseau de plus de 1 000 personnes — et
les gens de l'AIEQ vont vous en parler tout à l'heure — qui est très
actif ailleurs dans le monde et qu'on ne peut remplacer. Il n'y a pas
d'officine gouvernementale, il n'y a pas d'institution qui peut jouer, à aussi
peu de frais, le rôle essentiel que joue... que joue l'AIEQ actuellement. Donc,
nous, on refuse qu'on démantèle ce réseau. Nous avons une vision ambitieuse au
Parti québécois pour les relations internationales du Québec, qui inclut la
diplomatie d'influence, la diplomatie culturelle, la diplomatie scientifique,
qui s'ajoutent au commerce international et à la diplomatie politique entre
pays. Donc, pour nous, la coopération internationale fait partie des outils de
prospérité pour le Québec à l'étranger et au Québec.
Donc, nous demandons au ministre
Christopher Skeete de revenir sur sa décision mal avisée. Et, s'il ne le fait
pas, le Parti québécois lui, s'assurera que la... que la culture québécoise,
qui est la... que le savoir scientifique québécois continue de rayonner à
travers le monde, à travers l'AIEQ. Là-dessus, je passe la parole à
Mme Nathalie Watteyne.
Mme Watteyne (Nathalie) : Merci,
M. le député. Chers amis de l'AIEQ, journalistes et parlementaires,
permettez-moi de m'adresser à vous en tant que présidente du comité
scientifique de l'AIEQ, cette année composé de professeurs bénévoles italiens,
japonais, canadiens et québécois. Depuis 1997, l'AIEQ contribue au rayonnement
des études sur le Québec, sur le plan scientifique aussi bien que culturel,
dans une quarantaine de pays. Son conseil d'administration est formé de
32 professeurs bénévoles, d'universités québécoises, canadiennes et
d'autres pays. L'association pratique une diplomatie d'influence et participe à
l'organisation de colloques, de tournées dans des milieux universitaires et
culturels, au Québec comme à l'étranger. Elle œuvre aussi bien dans les salons
du livre, les bibliothèques, à l'Acfas et d'autres associations dans le monde
qui s'intéressent au Québec.
Voici un exemple de ce qu'elle a fait pour
moi, qui suis écrivaine et spécialiste d'Anne Hébert. Autour de 2016, à
l'occasion du centenaire de naissance de cette grande autrice, j'ai été très
sollicitée. On peut être fiers, vraiment, que cette œuvre soit enseignée un peu
partout dans le monde. Invitée dans des colloques ou des classes en Roumanie,
aux États-Unis, en Europe, au Japon et en Corée, j'ai dû me rendre aussi en
Inde pour une tournée de conférences dans trois universités. Ces conférences
furent orchestrées par Chantal Audet et Suzie Beaulieu de l'AIEQ, qui étaient
alors à la permanence de l'association. La tournée aura coûté seulement
3 000 $, mais elle a généré plusieurs retombées encore à ce jour.
Traduction de Kamouraska en tamoul, participation de chercheurs indiens
au colloque du centenaire en juin 2016, congrès de... en Inde en 2018, et dans
ce dernier colloque, 45 étudiantes et étudiants indiens ont fait une
communication sur la littérature québécoise. Du jamais vu! Voilà la magie de
l'AIEQ.
Depuis lors, encore aujourd'hui, des
étudiants sont devenus des professeurs de littérature francophone et
québécoise, comme par exemple Nao Sasaki au Japon. Une autre association en Corée
du Sud organise chaque année un colloque où le Québec est à l'honneur. C'est le
cas aussi de l'ACQS aux États-Unis ou de la ITF en Inde, des associations de
professeurs dans ces pays respectifs. La force de ce réseau de 500 membres
adhérents et de 500 membres sympathisants réside sur sa base bénévole et
ces comités scientifiques indépendants. Tel est le réseau que le ministre
Skeete a voulu démanteler le 13 avril dernier, pour récupérer une somme
annuelle de 250 000 $, pourtant promise jusqu'au printemps 2027.
Les effets qu'entraînerait la fin du
financement par le MRIF paraissent terribles. Comment expliquer que le ministre
Jean-François Roberge nous a octroyé, il y a quelques mois, la somme de près de
40 000 $ pour mettre à jour l'outil pédagogique Le Québec,
connais-tu? Une méthode d'apprentissage du français avec un contenu québécois
destiné aux enseignements... aux enseignants, pardon, de France... de français
langue étrangère? Très récemment, j'étais au Maroc, 100 professeurs ont
été initiés à cet outil qui permet l'enseignement du français, mais avec du
contenu québécois plutôt que français. Une pétition ayant recueilli à ce jour
1 715 signatures dénonce cette coupure abrupte et dépourvue de
logique apparente. Dans les quotidiens, des articles de journalistes et
plusieurs lettres ouvertes de personnalités publiques québécoises, mais aussi
d'acteurs d'autres pays... tout cela ne semble pas avoir atteint le ministre
Skeete. Voir à cet effet le cahier de presse que nous vous soumettons
aujourd'hui.
Pourquoi la décision de mettre fin à la
libre circulation des travaux universitaires, des contenus culturels,
médiatiques et scientifiques en français qui ont pour objet d'étude le Québec?
Pourquoi mettre ainsi en péril des bourses d'études, la participation de jeunes
universitaires à des colloques aussi bien au Québec qu'à l'étranger, ou encore
des tournées d'écrivaines et écrivains québécois dans l'espace francophone? La
première ministre Fréchette, maintes fois interpelée depuis la décision aussi
absurde qu'arbitraire du ministre Skeete, reste silencieuse. C'est inacceptable
aux yeux de ceux et celles qui ont plusieurs fois dénoncé sur la place publique
la destruction d'un réseau qui a fait ses preuves et n'a cessé de croître.
Nous comptons sur vous, M. Paradis,
et sur tous les parlementaires de toutes les formations politiques de
l'Assemblée nationale, afin que soit préservé un réseau international
structuré, construit sur 30 ans avec des comités indépendants et dont la
neutralité académique est indispensable à sa crédibilité. Nous comptons sur
vous pour poursuivre notre mission qui consiste en la valorisation de notre
identité au sein de la francophonie, la diffusion de connaissances sur le
Québec et le rayonnement de nos contenus scientifiques et culturels à
l'international. Merci beaucoup.
M. Gagnon (Alain-G.) : Merci
beaucoup. Merci beaucoup, Pascal. Merci beaucoup, Nathalie. Je suis très
heureux d'être ici aujourd'hui pour dénoncer ce qui est en train de se passer.
J'ai été parmi les premiers vice-présidents de l'Association internationale
d'études québécoises en 1997 et je me suis beaucoup investi au cours des années
au sein de cette association-là.
Mon identité première, elle est
naturellement québécoise, mais elle est aussi québéciste. Et comme universitaire,
j'ai investi 44 années de... 44 dernières années pour développer une
littérature sur le Québec avec des collègues au niveau international. Et l'AIEQ
a été maître d'oeuvre dans ce... dans ce travail-là, en ce qui nous a permis
d'identifier des collaborateurs à la fois en Chine, au Japon, au Maroc, dans
l'ensemble... en fait, sur l'ensemble des continents.
Et je dois avouer qu'au lendemain du
référendum de 1995 il faut se rappeler que nous avions besoin d'une voix forte
sur la scène internationale. Nous avions besoin de présenter le Québec comme
étant une nation qui aspirait à se prononcer sur un ensemble d'enjeux de
liberté universitaire, liberté académique, mais la liberté d'un peuple. Et
l'AIEQ a été pour moi extraordinairement importante dans ce sens-là. Il y a eu,
il faut le dire, dès le début, une opposition majeure qui a été apportée par
les ambassades canadiennes qui n'ont pas voulu que l'AIEQ s'impose. Et l'AIEQ a
persisté. Les centres de recherche sont nés et les instituts ont été développés,
et les universitaires ont... se sont présentés. On a eu plein de postdoctorants
qui ont travaillé sur le Québec, qui sont venus visiter le Québec. Donc, il y a
eu un effort très important au niveau de la diplomatie culturelle, la
diplomatie à la fois scientifique, identitaire. Le Québec s'est imposé comme
presque une grande nation. Ce n'est pas tous les jours qu'une petite nation est
regardée par les autres comme étant une grande nation. L'AIEQ, c'est sa grande
réalisation, d'avoir permis à des milliers d'universitaires de comprendre le
Québec comme un acteur clé, un sujet politique, pas simplement un objet de
société, un sujet politique, un acteur véritable qui mérite d'être reconnu.
Nos 34 délégations au Bureau du
Québec à l'international, moi, j'ai travaillé beaucoup avec eux, ils m'ont aidé
beaucoup pour être présent, pour présenter mes points de vue. Mais ce n'est pas
avec eux qu'on travaille directement. On travaille directement avec les
associations d'études québécoises dans chacun de ces pays-là, 40 pays
auxquels nous sommes associés. Alors donc, nos délégations, elles sont
essentielles, nos bureaux, ils sont essentiels. Mais on sait qu'il y a, au sein
de la CAQ, par exemple, un parti pris pour l'enjeu économique. Ils n'en ont que
pour l'économie. Oui, l'économie. Le culturel, le social, la science, le
rayonnement des idées, je pense que ça doit reprendre sa place.
Et peut-être qu'il faut aussi mentionner
qu'un travail qu'on a fait, qui s'appelle... un livre qu'on a fait,
Québec : État et société, qui est devenu un classique pour les... dans les
études québécoises à travers le pays, bien, ce livre-là a été traduit en
portugais, en catalan, en espagnol, en allemand, et il a été traduit
gracieusement. Et même le président de l'AIEQ, Ingo Kolboom, a pris le temps de
traduire ce livre-là pour les lecteurs allemands. Donc, un engagement sans
coûts, sans frais, mais avec des retombées extraordinairement importantes.
Peut-être le mot de la fin parce que je
sais que le temps nous est compté. L'AIEQ, pour moi, c'est le fer de lance de
la diplomatie culturelle et scientifique du Québec. Ce regroupement, dont la
crédibilité est avérée et dont la voix porte, est aujourd'hui menacé de
disparaître. Il est temps de se ressaisir en réaffirmant sa mission au cœur de
laquelle s'inscrivent la liberté universitaire, la liberté d'expression. Quand
le gouvernement affirme que la défense des intérêts du Québec est sa priorité,
ce n'est pas en coupant les vivres de l'AIEQ qu'il fait avancer... qu'il en
fait la preuve.
Enfin, je voudrais remercier les cinq
anciens ministres des Relations internationales du Québec pour avoir cosigné
une déclaration publique dénonçant le geste que le gouvernement du Québec
s'apprête à poser. Cette sortie transpartisane les honore. Il est encore temps
de corriger le tir et de revoir cette décision dont les conséquences seront
lourdes. Et je vous invite tous... Et je sais que maintenant, comme président
sortant de la société royale, on a fait la Déclaration de Trois-Rivières,
appuyée par l'ACFAS, appuyée par nombre d'instituts de recherche sur le Québec,
même sur le Canada, qui nous épaulent et qui veulent sauver l'AIEQ. Je vous
invite à joindre le combat. Merci à tous.
M. Paradis : Alors... merci
beaucoup, Nathalie et Alain, pour cet appel très senti. J'ai beaucoup aimé
entendre ces exemples qui montrent à quel point l'Association internationale
d'études québécoises contribue à ce que le Québec existe partout dans le monde.
Le Québec est lu dans différentes langues ailleurs dans le monde en raison du
travail de l'AIEQ. On parle du Québec dans plusieurs espaces scientifiques,
culturels, partout dans le monde à cause de la contribution de l'AIEQ. Et sans
l'Association internationale d'études québécoises, la présence du Québec dans ces
espaces sera fragilisée ou même sera inexistante. Alors, pour favoriser la
diffusion internationale de la culture québécoise, des savoirs sur le Québec,
pour contribuer à cette économie, oui, c'est une économie, des échanges
scientifiques, culturels, pour que cette diplomatie d'influence continue à
exister comme elle le fait actuellement et qu'elle prospère, nous demandons de
nouveau au ministre Skeete de revenir sur cette décision mal avisée et de
rétablir le financement de l'Association internationale d'études québécoises.
Merci à toutes et à tous.
Le Modérateur : Merci. C'est
ce qui met fin à ce point de presse.
M. Paradis : Merci.
(Fin à 11 h 48)