Point de presse de Mme Jennifer Maccarone, porte-parole de l’opposition officielle pour la communauté 2SLGBTQIA+, et M. Enrico Ciccone, Porte-parole de l’opposition officielle en matière de solidarité sociale et d’action communautaire
Version préliminaire
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Wednesday, March 25, 2026, 11 h 30
Hall principal de l'hôtel du Parlement,
hôtel du Parlement
11 h 28 (version non révisée)
(Onze heures trente et une minutes)
La Modératrice : Alors,
bonjour. Bienvenue à ce point de presse suivant la pétition de près de 20 000
signataires pour soutenir les organismes communautaires. Donc, on va ouvrir le
point de presse avec la députée de Westmount-Saint-Louis, Jennifer Maccarone,
qui sera suivie par le député de Marquette et porte-parole de l'opposition
officielle en matière de solidarité sociale et d'action communautaire, Enrico
Ciccone. Ensuite, on aura trois intervenants du milieu, donc on aura Rafaël
Provost, directeur général d'Ensemble pour le respect de la diversité, ensuite
Emmanuelle Parent, directrice générale du Centre pour l'intelligence
émotionnelle en ligne, et, pour terminer, on aura Mathieu Gélinas, co-porte-parole
du mouvement Le communautaire à boutte et directeur général du Centre d'action
bénévole Trait d'Union. Voilà.
Mme Maccarone : Alors,
bonjour, tout le monde. C'est sûr, on est rassemblés aujourd'hui car j'ai eu le
privilège de déposer une pétition en chambre, pas une fois, mais trois fois,
avec près de 20 000 signatures. Ça démontre la mobilisation nationale pour une
cause qui devrait unir tous les Québécois et Québécoises. C'était né d'un cri
de coeur d'un organisme local dans le comté de Westmount—Saint-Louis. Alors, je
suis très fière de cette mobilisation.
Et ce que ça nous démontre, avoir autant
de signataires, c'est qu'il y a des milliers de Québécois qui ont perdu
confiance dans le gouvernement de la CAQ après sept budgets déficitaires. On
comprend maintenant que le gouvernement ne reconnaît pas nos organismes
communautaires, comme ils sont le bras droit et le bras gauche du gouvernement
pour tous les Québécois, parce que, derrière chaque organisme, on a des
familles soutenues, on a des enfants, on a des personnes qui se retrouvent en
situation de vulnérabilité, qui se retrouvent avec un filet de sécurité. Si
rien ne change, ce qu'on peut constater après ce cri de coeur, c'est qu'il y a
des milliers d'organismes communautaires qui vont devoir soit fermer leurs
portes, réduire leurs services.
Alors, il est plus que temps de
reconnaître les organismes communautaires comme un besoin pour les Québécois,
comme un investissement. Merci. Enrico.
M. Ciccone :Merci beaucoup, Jennifer. Bienvenue à nos partenaires. Puis
j'utilise le mot «partenaire» parce que c'est comme ça qu'il faut avoir l'action
communautaire. Il faut arrêter de voir tout ce qui est l'action communautaire
comme étant une dépense. Ma collègue l'a dit, c'est un investissement, pas
juste un investissement au niveau économique, mais en même temps un
investissement sur le terrain aussi. Je pense à l'itinérance, je pense à la
santé mentale, le soutien aux aînés. Le communautaire fait un excellent travail
à ce niveau-là, ce qui fait en sorte qu'on va libérer un peu, mettre un peu
plus de légèreté sur la première ligne. Alors, c'est important de le faire.
Aujourd'hui, on est ici pour entendre les
groupes. Ici, je vois qu'il y a des visages connus, je suis content de les voir
parmi nous. Mais, en même temps, le message qu'il faut retenir aujourd'hui, là :
le communautaire n'est pas une dépense, mais bien un investissement. 1 $
investi au communautaire va nous rapporter 12 $ sur cinq ans. Alors,
voilà. Et je passe la parole à Raphaël.
M. Provost (Rafaël) : Merci.
Il y a trois mois, moi aussi, à bout du manque de soutien et du manque de
moyens...
11 h 33 (version non révisée)
M. Provost (Rafaël) : ...j'ai écrit
à une collègue : On part-tu une pétition pour aider à élever la voix du
communautaire?
Et aujourd'hui, je ne m'adresse pas
seulement aux élus, je m'adresse à toutes celles et ceux qui ou qui aspirent à
avoir du leadership au Québec, parce qu'en ce moment on sonne l'alarme. Le
milieu communautaire tient notre filet social à bout de bras et ce filet est en
train de s'user, ses mailles humaines s'effritent, pas par manque de cœur, pas
par manque d'idées, pas par manque d'engagement, mais par manque de moyens.
Il y a trois mois, on a lancé cette
pétition, on a tassé nos egos et on a décidé de travailler en équipe avec Le
communautaire à boutte. 19 000 voix se sont élevées avec nous et qui
disent la même chose que nous : On ne peut pas continuer à faire plus avec
moins.
Comme fier mais inquiet directeur général
d'Ensemble pour le respect de la diversité, on constate la haine partout, ce
manque de dialogue. Nous-mêmes on doit faire des choix : refuser des
écoles, reporter des interventions., cette importante sensibilisation, laisser
des jeunes attendre, fragiliser nos équipes. Et ça, ça n'a rien de normal.
Choisir qui aider et qui laisser tomber, ce n'est pas du tout le Québec que je
nous souhaite.
Le communautaire, ce n'est pas un luxe
pour une partie de la société, c'est un pilier pour tout le monde qui la
compose. C'est souvent le dernier espace où le dialogue existe encore, dans un
climat où tout se polarise. Ces dialogues réparent et créent des ponts
durables. Et aujourd'hui, il faut le dire clairement, financer le
communautaire, c'est financer notre capacité à rester une société tissée serrée
et qui sait se parler.
Il y a quelque chose de profondément beau,
par contre, dans tout ce qui s'est passé dans les derniers mois, même
fragilisé, le communautaire continue d'agir et d'y croire. Pourquoi? Parce qu'il
repose sur quelque chose de plus grand que des budgets, il repose sur la
solidarité, sur la volonté de faire mieux, sur l'humilité, et sur le courage de
ses convictions, et surtout sur des gens qui lèvent leurs manches et qui
avancent ensemble. Alors, imaginons un instant que ce milieu... qu'est-ce que
ce milieu pourrait faire s'il était soutenu à la hauteur de ce qu'il représente
vraiment?
Le vrai leadership aujourd'hui, ce n'est
pas de gérer en réactivité à court terme, c'est d'avoir le courage d'investir
là où la société se tient. Parce qu'au fond la question n'est pas : Est-ce
qu'on peut se permettre d'en faire plus? La vraie question est : Est-ce qu'on
peut se permettre de ne pas le faire? Aujourd'hui, 19 000 personnes
ont répondu à notre appel. Maintenant, on me dit même que c'est 20 000 personnes.
Maintenant, c'est au tour du Québec de nous écouter avec cœur mais surtout
courage. Merci.
Mme Parent (Emmanuelle) : Oui.
Bonjour! Donc, Emmanuelle Parent, directrice générale du Centre pour l'intelligence
émotionnelle en ligne, spécialiste de parler avec vos enfants et ados des
écrans.
Je vais vous donner un cas très concret
pour humaniser ce qu'on vit au communautaire. C'est moi, il y a deux semaines,
complètement tremblante, qui s'assoit devant une employée qui est compétente,
formée, pertinente, qui doit lui dire : On n'a pas la structure financière,
assez de solidité, on est trop dans une précarité et on ne peut pas prévoir ton
poste pour plus longtemps que du projet par projet, qui est le financement qu'on
a souvent avec le gouvernement. Un genre de rupture de ce n'est pas toi, c'est
moi, sauf que ce n'est pas moi qui prends cette décision-là, c'est bien les
structures financières qui me sont offertes par le gouvernement.
Et lorsque je me retourne dans le
ministère, on me dit «votre initiative est incroyable», on s'entend pour le
dire, on aide les enfants, les personnes vulnérables. Alors, la faute à qui? Lorsque
j'ai eu des personnes au téléphone dans les ministères, on m'a dit : Bien,
Emmanuelle, l'aide... il faut qu'on ait un mais de meilleurs processus, mais le
Conseil du trésor n'a pas d'âme. J'ai... j'ai été choquée d'entendre qu'on... qu'on
n'avait pas d'âme.
Et même si je pars de cette prémisse où on
déconnecte le financement de l'aide qu'on donne sur le terrain, je m'attendrais
à un Conseil du trésor, donc, qui est rationnel, organisé, qui protège les
fonds publics mais qu'est-ce qu'on reçoit. Bien, alors, qu'est-ce qui est
organisé dans le fait qu'en janvier je me fais dire qu'on a un financement 10 mois
après le dépôt d'une... d'une demande de subvention, six mois après le début d'un
projet? Qu'est-ce qui est organisé et structuré dans le fait qu'on renouvelle
depuis six ans un projet seulement un an à la fois, où on croule sous les
papiers, sous les formulaires? Qu'est-ce qu'il y a d'organisé dans le fait qu'il
faut parfois que je remplisse un formulaire trois fois de manière complètement différente
pour avoir le même financement pour le même projet? Ça ne sert pas le public,
ça ne sert pas le gouvernement. Je suis sûre que même le Conseil du trésor
trouve que ça ne les sert pas, nous non plus. On est des alliés, tout le monde
ensemble. Ce n'est pas une fatalité que le financement des OBNL doit être
organisé de cette façon-là.
Donc, unissons-nous pour des financements
pluriannuels, pour stabiliser des postes, pour plus de transparence dans les
processus, puis tout le monde va être gagnant.
M. Gélinas (Mathieu) : Alors,
Mathieu Gélinas, co-porte-parole du mouvement Le communautaire à boutte. Cette
semaine, c'est plus de 1 735 organismes communautaires qui se sont
donné le droit...
11 h 38 (version non révisée)
M. Gélinas (Mathieu) : ...d'arrêter
pour faire de l'éducation populaire, pour faire un cri du coeur à la
population. Partout au Québec, les organismes communautaires tiennent à bout de
bras les services essentiels à la population. Ils accompagnent, soutiennent,
nourrissent, écoutent et défendent. Ils sont présents là où les besoins sont
les plus criants. Pourtant, aujourd'hui, le milieu communautaire est à boutte.
Depuis des années, les travailleuses et
les travailleurs du communautaire font face à une surcharge constante, à des
salaires insuffisants et à des conditions de travail qui ne reflètent en rien l'importance
de leur rôle. Malgré leur engagement, leur créativité et leur dévouement, il
devient de plus en plus difficile de maintenir les services, de retenir le
personnel et d'assurer une continuité auprès des populations.
Cette situation n'est pas le fruit du
hasard. Elle découle directement d'un sous-financement chronique, d'un recours
excessif à du financement à court terme et à un manque de reconnaissance du
rôle fondamental des organismes communautaires. Ce modèle fragilise les
équipes, limite les actions et met en péril la mission, même les organismes.
Nous refusons que cette réalité devienne
la norme. Nous portons des revendications claires et légitimes : des
conditions de travail décentes pour les milliers de travailleuses et
travailleurs du communautaire, un financement suffisant et récurrent à la
mission des organismes, une reconnaissance pleine et entière du rôle du
communautaire, la protection de l'autonomie des organismes et d'une fin du
financement précaire, des investissements structurants dans un modèle
communautaire comme pilier essentiel de notre société.
Le communautaire n'est pas un filet de
secours temporaire. Il est un acteur incontournable du tissu social, un moteur
de solidarité et un levier de transformation sociale. Continuer de le
sous-financer, c'est d'affaiblir l'ensemble de nos communautés.
Aujourd'hui, nous levons la voix non pas
par choix, mais par nécessité. Parce que, derrière chaque organisme, il y a des
personnes qui comptent sur nous et parce qu'il est encore temps de faire
autrement. Il est temps d'agir. On vous attend le 2 avril devant l'Assemblée
nationale. Merci.
La Modératrice : ...au point
de presse. Merci.
(Fin à 11 h 41)