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(Onze heures trente-sept minutes)
Le Modérateur
:
Bonjour,
bienvenue à cette conférence de presse du ministre reponsable de la Langue
française, Jean-François Roberge, qui a présenté plus tôt aujourd'hui le projet
de loi n° 2 permettant au Parlement du Québec de
préserver le principe de la souveraineté parlementaire à l'égard de la Charte
de la langue française et de la Loi sur la langue officielle et commune du
Québec le français. Le titre est quasiment plus long que le projet de loi
lui-même. M. Roberge, je vous laisse la parole.
M. Roberge : Merci beaucoup.
Merci d'être là. Donc, je suis très fier de déposer, au nom du gouvernement, un
projet de loi pour protéger notre langue française. Camille Laurin, le père de
notre charte, le père de la loi 101, disait : La langue est le
fondement même d'un peuple, ce à quoi il se reconnaît, il est reconnu, qui
s'enracine dans son être et lui permet d'exprimer son identité. Voyez-vous
qu'on est dans le fondamental. La langue française est minoritaire en Amérique
du Nord, minoritaire au Canada, majoritaire, mais fragile au Québec. Comme
gouvernement, on a la responsabilité de protéger la langue, mais on a plus
d'ambition que ça. On ne veut pas survivre en français, on ne veut pas la
survie de la langue française, on veut le rayonnement, la langue française, on
veut la vitalité de la langue française.
Le projet de loi vise justement, pour
atteindre cet objectif-là, à reconduire les clauses de souveraineté
parlementaire qui sont prévues à l'article 214 de la Charte de la langue
française et à l'article 217 de la Loi sur la langue officielle et commune
du Québec le français. On parle d'une reconduction pour cinq ans, donc jusqu'au
printemps 2031. C'est un geste d'affirmation nationale qui est important.
Cette intervention-là permettra de soutenir la défense de nos lois
linguistiques devant les tribunaux, de renforcer le Parlement du Québec. C'est
un geste et une démarche qu'on peut qualifier de fièrement autonomistes.
Il appartient au Québec et au Québec
seulement de fixer les balises légales et réglementaires qui coordonnent et
assurent l'aménagement linguistique sur le territoire québécois. C'est le fondement
même et c'est le mandat même de mon ministère, le ministère de la Langue
française. L'objectif, c'est d'assurer aux générations futures et actuelles le
droit de vivre, mais pas seulement de vivre, de s'épanouir puis de rêver grand
en français. L'histoire nous a montré qu'on doit être proactifs pour défendre
la langue et défendre nos lois linguistiques. Donc, la clause dérogatoire, la
clause de souveraineté parlementaire, c'est un outil légitime qui est à la
disposition des élus, à la disposition du gouvernement, mais pas seulement du
gouvernement, de tous les élus, puis on ne va pas s'empêcher de l'utiliser, ça
fait partie même des chartes. Donc, les gens qui nous disent : Vous vous
attaquez à la charte, non, on utilise la charte. C'est comme si, dans un coffre
à outils, il y avait un marteau, puis, à chaque fois qu'on prenait le marteau,
les gens disaient : Bien, voyons donc, pourquoi vous prenez ça? C'est dans
le coffre à outils. On ne s'empêchera pas d'utiliser tous les outils dont on
dispose. Mais il y a des formations politiques à l'Assemblée nationale
qui ne semblent pas s'assumer, et tous les groupes parlementaires doivent
s'exprimer clairement, de manière cohérente, pour qu'on connaisse bien leur
position à la fois sur la langue, mais aussi sur l'utilisation de cet outil
légitime qui a été utilisé par tous les gouvernements, péquistes, libéraux et
de la Coalition avenir Québec au fil des décennies, il faut le rappeler. Puis,
là-dessus, je ne suis pas les libéraux, je ne les comprends pas, je ne
comprends pas M. Charles Milliard. Encore ce matin, je regardais son point
de presse. Il nous disait : Je suis en faveur de la Constitution, mais pas
question de l'adopter. Charles Milliard nous a dit : Je suis en faveur de
la laïcité, mais je suis contre la loi n° 21, je suis
contre la loi n° 9 qui renforce la laïcité puis je
suis contre la clause dérogatoire, la clause de souveraineté parlementaire qui
défend la laïcité. Il nous a dit ça sans rire, là. Il nous a dit : Je suis
contre le multiculturalisme, je suis pour l'interculturalisme, mais je suis
contre la Loi sur l'intégration à la nation québécoise. Alors, méfiez-vous si
M. Milliard vous appuie, vous êtes dans le trouble, vous êtes dans le
trouble.
Puis Québec solidaire, bien, c'est la même
chose. C'est nocif. C'est du multiculturalisme caché dans les deux cas, tant
qu'à moi, QS, PLQ, même combat dans cette... dans cette arène. J'ai hâte qu'ils
s'assument. Si vraiment, ils sont contre la langue française puis ils sont
contre tous les outils, toutes les barrières de la langue française, bien,
qu'ils le disent. Puis, s'ils sont pour, bien, qu'ils nous aident à adopter ce
projet de loi là, qui est raisonnable, qui est responsable puis qu'on défende
ensemble non seulement la langue, mais notre autonomie puis notre capacité à
gérer notre Québec puis à défendre nos valeurs. Et je pense qu'il y a des
questions qui sont posées qui sont importantes, je ne peux pas y répondre pour
les autres formations politiques, mais pour la Coalition avenir Québec, c'est très
clair. On fera tout ce qu'il faut pour défendre notre langue. Merci.
Le Modérateur : Merci,
M. Roberge, on va commencer la période des questions avec Thomas Laberge, La
Presse canadienne.
Journaliste
: Oui,
bonjour, M. Roberge. Vous attaquez beaucoup les libéraux, vous les avez
attaqués tantôt en scrum, vous avez même dit «méfiez-vous». Quels seraient les
risques, pour le français, si les libéraux prenaient le pouvoir aux prochaines
élections?
M. Roberge : Bien, on ne
les connaît même pas. On ne connaît même pas l'ampleur des risques.
M. Milliard nous dit : Je suis pour la langue, mais je suis contre la
Charte de la langue française. Je suis pour la clause dérogatoire, mais
seulement si avant je me suis attaqué, dit-il, à la Charte de la langue
française. Il faudrait qu'il réponde, là. Qu'est-ce... quel morceau il veut
arracher? Quelle brique qu'il veut défaire de notre... de notre construction
législative pour défendre la langue? Est-ce qu'il est contre le fait que
maintenant, avec la loi 96, la Charte de la langue française s'applique
aussi aux entreprises de 25 à 49 employés? Parce que c'est ça, la Charte
de la langue française puis la loi 96. Est-ce qu'il est contre l'affichage
en français? Est-ce qu'il est contre le droit d'être... de travailler en
français? Est-ce qu'il est contre ce qu'on a fait pour que le français s'impose
au niveau collégial? Pourquoi? Pourquoi il veut défendre la langue, sans
défendre la charte, tout en s'attaquant à la loi 96? Il n'est pas
suivable.
Journaliste : Mais est-ce que
donc, selon vous, ça serait synonyme de déclin du français?
M. Roberge : Bien, je
m'excuse, malheureusement, je dois dire, le déclin du français, il est
commencé, au Québec. On travaille pour inverser la courbe, on pose des gestes
qui vont être payants à moyen terme et à long terme. Ce qu'on a fait pour les
cégeps, c'est extraordinaire, ça va être payant sur des années, mais sur des
décennies. Ce qu'on a fait sur le droit de travailler en français, c'est encore
tout nouveau. La loi 96, c'est encore tout nouveau en termes de mise en
œuvre. Ce qu'on veut faire sur la formation générale et la formation aux
adultes, ça va être payant à long terme, mais je suis obligé de vous dire
qu'entre 2001 et 2021, les données des recensements, bien, il y a eu un déclin
de la langue française. Donc, est ce que le PLQ est là pour accélérer le déclin
ou inverser le déclin? Bien, c'est à eux à répondre, là, à un moment donné. Il
allume le feu, il faut qu'il l'éteigne.
Journaliste : Donc, vous avez
ouvert la porte, là, à la question du déclin du français. Ça fait quatre ans
que votre loi 96 est adoptée, est-ce que vous êtes capables d'en mesurer
les impacts? Est-ce que vous avez été capable de freiner ce déclin, selon vous?
M. Roberge : Je pense
que ça va être payant au cours des prochaines années. Comme je vous dis,
lorsqu'on forme des gens en français, on en forme beaucoup plus, maintenant, au
collégial, notamment en français. On a des ententes que la ministre de
l'Enseignement supérieur est en train de faire avec les universités anglophones
pour que les universités anglophones deviennent des moteurs de francisation.
C'est quand même incroyable de transformer McGill et Concordia en moteurs de
francisation, ça va être payant à long terme. Mon père, qui est décédé
aujourd'hui, me disait : Tu sais, le vrai courage, là, c'est de planter un
pépin de pomme puis d'entretenir l'arbrisseau en sachant que c'est quelqu'un
d'autre que toi qui va cueillir les pommes. C'est ça qu'on fait pour la langue
française.
Le
Modérateur : Sébastien Desrosiers, Radio-Canada.
Journaliste : Bonjour,
M. Roberge. En fait, vous dites que Charles Milliard doit préciser quelle
brique il veut enlever à l'édifice, mais il l'a déjà fait à quelques reprises.
En fait, on sait qu'il veut enlever au moins deux éléments de la loi 96,
soit l'obligation pour les immigrants d'apprendre ou de communiquer en français
avec l'État après... six mois après leur arrivée, et les obligations pour les
entreprises de 25 à 49 employés. Donc, pour ces deux éléments-là,
particulièrement, quels sont les risques s'ils sont enlevés de la loi 96,
selon vous?
M. Roberge : Bien,
d'abord, je veux vous remercier de l'avoir dit correctement, parce que
M. Milliard dit : Je vais enlever la disposition qui force les gens à
parler français après six mois. C'est faux, et il le sait, puis il continue à
le répéter. On s'attend à mieux de ça de quelqu'un qui espère être premier
ministre, tandis que vous, vous avez dit : Le Québec, le gouvernement
québécois, dit : Je vais communiquer en français avec tous les nouveaux
arrivants six mois après leur arrivée. Vous avez fait cette nuance qu'il ne
fait pas, peut-être la fera-t-il un jour. Moi, j'ai espoir. De faire un recul
sur les milieux de travail, c'est terrible, c'est toxique, c'est nocif. S'il
s'en prend à cette section-là de notre Charte de la langue française, c'est
très grave, parce qu'on sait très, très bien que le français au travail est en
recul. Nous, on a fait une avancée formidable en disant : La Charte de la
langue française va s'appliquer, maintenant, aux entreprises de moins de
50 employés, de 25 à 49 employés. S'il veut reculer là-dessus, c'est des
centaines de milliers d'emplois qui vont... qui vont se bilinguiser, qui vont
s'angliciser. Puis, quand on anglicise un milieu de travail, ça sort du milieu
de travail. On envoie un message aux nouveaux arrivants, aux allophones, que le
français, ce n'est pas important. Alors, si M. Milliard veut nous dire :
Le français, ce n'est pas important au travail, mais moi, je vais défendre la
langue française, il va falloir qu'il se réconcilie avec lui-même.
Journaliste : Mais la raison
pour laquelle vous déposez le projet de loi aujourd'hui, là, est-ce que c'est
simplement pour embêter les libéraux? Parce que la disposition de dérogation
arrivait à échéance seulement l'an prochain. Donc, c'était quoi, l'urgence de
la renouveler aujourd'hui?
M. Roberge : Bien, je pense
que c'est important d'étendre la protection sur cinq ans. Sur cinq ans, là, ça
veut dire jusqu'en 2031. Il ne faut pas se priver de cette opportunité-là. On
peut faire beaucoup de choses en quelques semaines. Puis ça, on pourrait faire
le processus un, deux, trois. Il ne faut pas s'empêcher de le faire.
Puis, oui, il y a aussi l'idée de
clarifier la posture de Québec solidaire, mais surtout des libéraux, qu'ils s'assument
dans leurs postures. Puis je pense que le dépôt du projet de loi va les forcer
à faire une réflexion interne puis à savoir c'est quoi, leur identité. Est-ce
que c'est l'identité québécoise, avec l'intégration nationale, ou si ce sont
des multiculturalistes déguisés en partis au Québec?
Journaliste : Merci.
Journaliste
: Si je me
permets, M. Roberge — François Carabin, Le Devoir — là-dessus,
justement, est-ce que vous ne sacrifiez pas une année d'application de la
disposition de dérogation en disant : On la renouvelle dès aujourd'hui, on
se rend jusqu'en 2031, alors que vous pourriez vous rendre jusqu'en 2032, si on
attendait l'année prochaine, là, la date d'échéance de la disposition de
dérogation? Est-ce que vous ne sacrifiez pas une année pour des gains
politiques à court terme?
M. Roberge : Bien... Non, il
n'y a aucun sacrifice, parce que ça peut être renouvelé à la fois en 2031 ou en
2032, là, donc il n'y a pas de... il n'y a aucun avantage à attendre.
Journaliste : OK. Mais donc,
je veux dire, quelle place dans votre réflexion a eu ce... cette volonté de
clarifier la posture de Québec solidaire et du Parti libéral?
M. Roberge : La priorité, là,
en ce moment, là, c'est de renforcer la protection de la langue française,
d'accord? C'est ce qui me... C'est ce qui me guide. Moi, j'en avais parlé au
moment où c'était François Legault qui était chef de ma formation politique,
donc bien avant que Charles Milliard s'enfarge dans ses lacets. Donc, on avait
cette préoccupation-là de renouveler la clause le plus rapidement possible, cet
hiver ou ce printemps. On a vu ensuite M. Milliard tergiverser, on s'est
dit : Bien, voici pour lui une occasion de clarifier sa pensée.
Journaliste : OK.
Craignez-vous que M. Milliard pose un geste législatif pour retirer la
disposition de dérogation de la loi 96? Est-ce que c'est ce que vous avez
compris de ce qu'il a dit ce matin?
M. Roberge : Bien,honnêtement,
je pense que, quand les Québécois vont voir le vrai visage du Parti libéral du
Québec, ils vont se rendre compte qu'ils ne peuvent pas gouverner le Québec.
Journaliste : Mais est-ce
qu'il... c'est possible de retirer la disposition? Législativement, là, comment
on procède?
M. Roberge : Ce serait
possible, ce serait possible pour un gouvernement d'adopter une loi pour
retirer la protection qu'on veut faire en ce moment. C'est un peu comme un
parapluie, on peut l'ouvrir, on peut le fermer.
Journaliste : OK. Merci.
Le Modérateur : Jean-François
Poudrier, Noovo.
Journaliste : Oui.Donc,
vous utilisez la clause dérogatoire de façon préventive. C'est déjà... déjà
sous... enquêté par la Cour suprême, en fait, qui va prendre une décision
là-dessus. Utiliser de façon préventive la... le renouvellement de la clause,
est-ce que vous n'avez pas l'impression que c'est une surutilisation de la
clause de dérogation?
M. Roberge : Je ne crois pas.
Ça fait partie de notre arsenal législatif. Comme je l'ai dit tout à l'heure,
dans la charte, tant québécoise que canadienne, il y a cette mesure de
souveraineté parlementaire, cette clause dérogatoire, ça fait partie de la loi.
Donc, c'est normal, pour un Parlement, pour une nation, d'utiliser les outils
qui sont à sa disposition pour protéger ses lois fondamentales. Moi, je
jugerais sévèrement quelqu'un qui ne le ferait pas. Je dirais : Ça serait
quoi, ton prétexte pour ne pas te protéger?, alors que, tu sais, il y a un
bouclier qui est là, il y a une flèche qui s'en vient, bien, prends le bouclier
puis protège-toi, là, à un moment donné.
Journaliste : Bien,
justement, du côté de Québec solidaire, bon, demain, on veut déposer un projet
de loi pour encadrer l'utilisation de la clause dérogatoire. Qu'est-ce que vous
pensez de ça, que Québec solidaire veut encadrer ça?
M. Roberge : Bien, je ne sais
pas, là. Québec solidaire et le Parti libéral se sont parlé. La dernière fois
qu'il y avait eu des discussions comme ça, c'était entre QS puis le PQ, qui ont
raté leur fusion. Peut-être qu'ils vont fusionner...
Journaliste
: Mais vous
voyez... comme eux, vous ne voyez pas de dérive autoritaire. C'est un peu ce
qu'ils disent par rapport à l'utilisation de cette clause-là.
M. Roberge : Quand Haroun
Bouazzi dit quelque chose, j'en prends, puis j'en laisse.
Le Modérateur
: ...Le Devoir.
Journaliste
: Bien, là-dessus,
est-ce que vous observez un certain virage de Québec solidaire? Il y a certains
virages nationalistes, mais eux, est-ce qu'ils prennent un virage antinationaliste?
M. Roberge : Bien, Québec
solidaire sont très multiculturalistes, antilaïcité, antilangue française,
antimodèle québécois d'intégration à la nation québécoise. Donc, je suis moins
surpris, je vous dirais, je n'ai pas d'attente envers QS pour défendre la
nation québécoise. Le dernier chef de QS avait dit : Moi, les champs de
compétence du Québec, ça ne m'intéresse pas. Donc, si les champs de compétence
ne t'intéressent pas, si tu n'es pas capable de dire que le multiculturalisme,
c'est toxique pour le Québec, bien là, j'ai peu d'attentes envers QS. Ils n'ont
jamais voté en faveur d'une loi qui protège la langue, la laïcité, notre modèle
d'intégration. Non. Les libéraux, eux, prétendent pouvoir le faire, puis ils ne
le font pas, donc, puis eux prétendent pouvoir sortir de l'île de Montréal.
Mais j'ai hâte, j'ai hâte de voir ce que M. Milliard répond aux gens de
Saguenay, de Gatineau, de Saint-Hyacinthe, de Sherbrooke, de Val-d'Or, comment
il va leur expliquer que c'est bien important de s'attaquer à la Charte de la
langue française, puis ce n'est vraiment pas bon d'utiliser la clause
dérogatoire pour défendre la Charte de langue française.
Journaliste
: Mais,
justement, là-dessus, il y a un débat, là, au sein des juristes puis peut-être
au sein de la classe politique également, à savoir si la législation qui a été
adoptée sous le gouvernement Legault nécessitait vraiment une disposition de
dérogation. Peut-être qu'elle est légale dans le fond, peut-être qu'on pourrait
plaider en cour différentes interprétations, notamment de la spécificité du
Québec, blablabla, puis que la disposition de dérogation n'était peut être...
le bouclier n'était peut être pas nécessaire. Est-ce que vous, vous êtes
certain qu'il y avait des articles qui contrevenaient à la charte, notamment
canadienne, des droits et libertés et qu'il fallait absolument utiliser le
bouclier ou c'est une façon... Parce qu'aussi vous l'étendez pratiquement tout
le projet de loi, là, le bouclier, alors qu'il y a des articles là-dedans qui, manifestement,
ne posaient aucun problème devant la loi, là.
M. Roberge : Je pense que ça
n'appartient pas aux juges de décider c'est quoi, l'aménagement linguistique
puis le vivre-ensemble au Québec, à la base, ça appartient aux parlementaires
québécois, aux gens qui représentent la démocratie québécoise. Et donc je pense
que, pour ces dossiers-là précis, c'est normal qu'on utilise la clause de
souveraineté parlementaire pour dire : Écoutez, on a fait les arbitrages,
puis ça appartient aux parlementaires de faire ça. Mais vous questionnez sur
plein d'autres choses, mais sur l'aménagement linguistique, sur savoir si on a
le droit de travailler en français pour savoir si on doit franciser nos
entreprises de moyenne taille, pour savoir si on doit avoir un affichage qui
est différent quand on circule à Montréal versus à Toronto, moi, je pense que
ça appartient tout simplement aux parlementaires, ça relève des Québécois,
puis, en ce sens-là, c'est pleinement justifié d'utiliser la clause de souveraineté
parlementaire.
Journaliste
: Puis,
rapidement, la réaction de la branche nationaliste de la CAQ qui... La première
ministre Christine Fréchette a décidé d'en faire le projet de loi n° 1, c'est quoi, le message que ça envoie à ceux plus
campés dans le camp nationaliste de la CAQ?
M. Roberge : Ça me fait
toujours rire lorsque vous divisez la Coalition avenir Québec, tout le temps,
en deux camps, comme s'il y avait une tension permanente. J'étais là en 2012,
quand on a fondé la Coalition avenir Québec. Puis les analystes disaient :
Ça va durer deux semaines, les gens vont se déchirer. Mais non, je suis
nationaliste et je veux créer de la richesse. Je suis nationaliste et je veux
des finances publiques saines. Je suis nationaliste, et je veux réduire la
paperasse, et je veux créer de l'emploi. Pourquoi il faudrait opposer
l'économie et la fierté? Les Québécois sont en faveur de ça, hein, de la
prospérité puis de la fierté, puis défendre nos champs de compétence. Ce n'est
pas un déchirement, c'est juste normal.
Ce qui est bizarre, c'est de dire aux
Québécois, comme le fait le Parti libéral : Bien, nous, on est Canadiens
avant tout, puis on ne défendra pas notre langue, mais faites-nous confiance
pour gérer l'économie. C'est bizarre comme posture. Puis ce qui est bizarre de
l'autre bord, c'est le Parti québécois qui fait des tests de pureté pour savoir
qui est le plus québécois. Notre situation, là, ce n'est pas une situation de
tension continue dans un parti. C'est juste une position normale et équilibrée
quand on vit dans la seule nation francophone d'Amérique, on veut défendre
notre identité, puis on veut être assez riches pour faire nos choix.
Le Modérateur
: Avant
qu'on passe en anglais, M. Roberge, je voulais juste vous entendre sur les
propos de la députée conservatrice, Maïté Blanchette-Vézina, qui disait, ce
matin, craindre des dérives «dignes des États-Unis». Avec votre projet de loi
redessinant la carte électorale, elle dit : «Ce n'est pas aux élus de
l'Assemblée nationale de tracer les contours des comtés». Et elle craint, donc,
«des dérives où on contrôle le vote et on contrôle l'Assemblée». Qu'est-ce que
vous répondez à craintes-là, de la part de Mme Blanchette-Vézina?
M. Roberge : Je vais
réserver mes commentaires pour demain, par rapport à la question. C'est déposé
au feuilleton, donc demain, on discutera de la carte électorale, mais c'est une
position qui est consensuelle et réfléchie, mais sur les explications puis les
réponses, je vais garder ça pour demain.
Le Modérateur
: Très
bien, on va commencer en anglais avec Phil Authier, The Gazette.
Journaliste :
Good day, minister. Your… it's a bit…
it's pretty normal to present a bill, but your decision to make the bill, to
make your approach so political, attacking Mr. Milliard, attacking the
liberals. Are you that concerned… is the CAQ that concerned with the… with
where the liberals are in the polls that you are just hitting hard?
M. Roberge :
I think we have… we got to do what we
got to do. French language will always be in danger in Québec, in North
America. So, it's normal that the only government of a French nation in North
America use all his tools to protect our French language, our identity, and
without attacking, in any way, the anglophone community in Québec, they will
keep their their institutions, they will keep their right to send their kids to
school. And there's not, in any way, there's no attack to the Anglophone
community, which we will respect the right. But we have to move forward,
protecting the French language.
Journaliste :
But my point is you're attacking the
liberals. Why are you hitting the liberals so hard?
M. Roberge :
Because they pretend. They pretend that
they want to protect French, but they don't do it. They attack us when we do
this. Mr. Milliard said, this morning, that he approved the Constitution
project, but he will vote against it. He said that he approved the laicity
project, but liberals voted against it. He said that it's important to protect
French, but he engaged the Liberal Party to attack the charter, the Bill 101.
So, who's the real Charles Milliard? Who are the real liberals? It's really
important for the Quebeckers to know they are dealing with what kind of party.
He can't say something in French and something else in English. He has to be
honest.
Le Modérateur :
Cathy Senay, CBC.
Journaliste :
Mr. Roberge, you used the the word
«toxic» many times…
M. Roberge :
Yes.
Journaliste :
…during your press conference. Don't
your fear to look aggressive.
M. Roberge :
Well, definition of toxic is something
that can hurt something. Toxic water can hurt you if you drink it. I think the
liberals' politics are toxic to our French language bills. In fact, Mr. Charles
Milliard said if he's the premier, he will attack the Bill 101. He will retire
some some huge part of this law. He will said: If you have from 25 to 49
employees, Bill 101 won't apply to you anymore. This is huge and this is toxic.
Journaliste :
And regarding the fact that the
government should have a framework, some rules to apply, before deciding that
the notwithstanding clause should be applied to a bill. Don't you think it's a
good thing to have guidelines? Because you imposed... you invoked the
notwithstanding clause on so many pieces of legislation since 2018.
M. Roberge : This is kind of funny because federalist groups say that we can't
use the notwithstanding clause, but when they say that they are talking against
the Constitution. As federalists, they should say that Quebeckers should and
could use all the tool they have instead of making a referendum. This would be,
I think, more coherent. But they don't do that, and I don't understand why they
want to attack the capacity that we have to govern ourselves.
Le Modérateur
: Merci. Dan Spector, Global.
Journaliste
: Mr. Roberge, in your mind, what is the danger to the French
language if people vote Liberal, or if people vote for the… or the West Island
Liberals, as you called them before.
M. Roberge : I said… I said that we have… we don't have a Liberal Party, we have
a Quebec's West Island Liberal Party saying that they… Mr. milliard
changed his mind. He said that he would move forward with the notwithstanding
clause and then he stepped back. Why? I think he received some phones… some
calls. But we have a Liberal Party that is committed to attack our
Bill 101. And I think that everyone in Québec should be aware of this.
Journaliste
: Mr. Milliard, he said this morning that he wants to make additions
to Bill 96 and subtractions, but he wouldn't specify exactly what. What do
you make of that? And what part of the bill do you worry for the most that he
would target?
M. Roberge : I think, I think, it's really, really important to protect this
bill, the Bill 96 and the Bill 101, of course, because Bill 96
was an improvement to Bill 101. I don't think we have to move backward.
French in Québec is declining right here, right now. So, the question we have…
we should have in mind is what we can do more and not what we should remove to
our law. I think, he simply doesn't have the right mindset.
Le Modérateur
: Merci. Olivia O'Malley, CTV.
Journaliste
: As you just said, you said, you know, what should we do more, this
is just about renewing the clause. So, when it comes to having immigrants get
into French classes, improving access to French classes in schools and student
success records, what do you plan on doing further than this, just renewing
this clause?
M. Roberge : Well, Ms. Frechette, our new Premier, says that she wants to
improve Bill 101 by saying that it will apply to «formation
professionnelle et formation générale des adultes» to be sure that newcomers
who are not part of the historic anglophone community, well, those people,
newcomers that are not part of the historic anglophone community should go to
school in French, even in «formation générale aux adultes et formation
professionnelle». I think this is a really good idea, a good improvement that
is in any way not attacking the rights of the anglophone community, but an
improvement, to be sure that at work more people will use French.
Journaliste
: And how should Anglophones feel hearing this and knowing that this
was your… Mme Fréchette's first bill as a government?
M. Roberge : Well, I think they are not concerned about this because the bill
does exist right now and by using this notwithstanding clause, we are not
moving forward or we are not implementing a new politic, we are only protecting
the politic we have right now.
Le Modérateur
:C'est ce qui met fin à...
Journaliste
: ...
Le Modérateur
: Oui,
une petite précision de Thomas Laberge.
Journaliste
: Une
petite dernière. Je ne sais pas si vous avez entendu M. Duhaime qui a dit que,
lui, s'il prenait le pouvoir, il voulait mettre la clause dérogatoire dans toutes
les lois du Québec, comme l'a fait M. Lévesque à l'époque. Vous en pensez quoi?
Est-ce que c'est un abus?
M. Roberge : Je ne me suis pas
penché sur la question. Honnêtement, je pense qu'il faut y aller au cas par
cas. Ça demeure une mesure d'exception. Je pense que, quand on est sur nos
lois, qu'on appelle nos lois fondamentales, la Loi sur la laïcité, la Loi sur
la langue française, la Loi sur l'intégration à la nation québécoise, je pense
que ça s'applique, pour les autres lois, je pense qu'il faut se poser la
question. Dire qu'on va l'appliquer d'emblée, mur à mur, sur toutes les
questions, bien, je pense que c'est à M. Duhaime à faire la démonstration, là,
de la pertinence de son idée.
Journaliste
: Merci.
Le Modérateur
: Merci.
C'est ce qui met fin à cette conférence de presse.
M. Roberge : Merci.
(Fin à 12 h 08)