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Conférence de presse de M. Jean-François Roberge, ministre de la Langue française

Version finale

Cette transcription a été réalisée à l’aide d’un logiciel de reconnaissance vocale. Elle pourrait donc contenir des erreurs.

Le mercredi 6 mai 2026, 11 h 15

Salle Evelyn-Dumas (1.30), édifice Pamphile-Le May

(Onze heures trente-sept minutes)

Le Modérateur : Bonjour, bienvenue à cette conférence de presse du ministre reponsable de la Langue française, Jean-François Roberge, qui a présenté plus tôt aujourd'hui le projet de loi n° 2 permettant au Parlement du Québec de préserver le principe de la souveraineté parlementaire à l'égard de la Charte de la langue française et de la Loi sur la langue officielle et commune du Québec le français. Le titre est quasiment plus long que le projet de loi lui-même. M. Roberge, je vous laisse la parole.

M. Roberge : Merci beaucoup. Merci d'être là. Donc, je suis très fier de déposer, au nom du gouvernement, un projet de loi pour protéger notre langue française. Camille Laurin, le père de notre charte, le père de la loi 101, disait : La langue est le fondement même d'un peuple, ce à quoi il se reconnaît, il est reconnu, qui s'enracine dans son être et lui permet d'exprimer son identité. Voyez-vous qu'on est dans le fondamental. La langue française est minoritaire en Amérique du Nord, minoritaire au Canada, majoritaire, mais fragile au Québec. Comme gouvernement, on a la responsabilité de protéger la langue, mais on a plus d'ambition que ça. On ne veut pas survivre en français, on ne veut pas la survie de la langue française, on veut le rayonnement, la langue française, on veut la vitalité de la langue française.

Le projet de loi vise justement, pour atteindre cet objectif-là, à reconduire les clauses de souveraineté parlementaire qui sont prévues à l'article 214 de la Charte de la langue française et à l'article 217 de la Loi sur la langue officielle et commune du Québec le français. On parle d'une reconduction pour cinq ans, donc jusqu'au printemps 2031. C'est un geste d'affirmation nationale qui est important. Cette intervention-là permettra de soutenir la défense de nos lois linguistiques devant les tribunaux, de renforcer le Parlement du Québec. C'est un geste et une démarche qu'on peut qualifier de fièrement autonomistes.

Il appartient au Québec et au Québec seulement de fixer les balises légales et réglementaires qui coordonnent et assurent l'aménagement linguistique sur le territoire québécois. C'est le fondement même et c'est le mandat même de mon ministère, le ministère de la Langue française. L'objectif, c'est d'assurer aux générations futures et actuelles le droit de vivre, mais pas seulement de vivre, de s'épanouir puis de rêver grand en français. L'histoire nous a montré qu'on doit être proactifs pour défendre la langue et défendre nos lois linguistiques. Donc, la clause dérogatoire, la clause de souveraineté parlementaire, c'est un outil légitime qui est à la disposition des élus, à la disposition du gouvernement, mais pas seulement du gouvernement, de tous les élus, puis on ne va pas s'empêcher de l'utiliser, ça fait partie même des chartes. Donc, les gens qui nous disent : Vous vous attaquez à la charte, non, on utilise la charte. C'est comme si, dans un coffre à outils, il y avait un marteau, puis, à chaque fois qu'on prenait le marteau, les gens disaient : Bien, voyons donc, pourquoi vous prenez ça? C'est dans le coffre à outils. On ne s'empêchera pas d'utiliser tous les outils dont on dispose.        Mais il y a des formations politiques à l'Assemblée nationale qui ne semblent pas s'assumer, et tous les groupes parlementaires doivent s'exprimer clairement, de manière cohérente, pour qu'on connaisse bien leur position à la fois sur la langue, mais aussi sur l'utilisation de cet outil légitime qui a été utilisé par tous les gouvernements, péquistes, libéraux et de la Coalition avenir Québec au fil des décennies, il faut le rappeler. Puis, là-dessus, je ne suis pas les libéraux, je ne les comprends pas, je ne comprends pas M. Charles Milliard. Encore ce matin, je regardais son point de presse. Il nous disait : Je suis en faveur de la Constitution, mais pas question de l'adopter. Charles Milliard nous a dit : Je suis en faveur de la laïcité, mais je suis contre la loi n° 21, je suis contre la loi n° 9 qui renforce la laïcité puis je suis contre la clause dérogatoire, la clause de souveraineté parlementaire qui défend la laïcité. Il nous a dit ça sans rire, là. Il nous a dit : Je suis contre le multiculturalisme, je suis pour l'interculturalisme, mais je suis contre la Loi sur l'intégration à la nation québécoise. Alors, méfiez-vous si M. Milliard vous appuie, vous êtes dans le trouble, vous êtes dans le trouble.

Puis Québec solidaire, bien, c'est la même chose. C'est nocif. C'est du multiculturalisme caché dans les deux cas, tant qu'à moi, QS, PLQ, même combat dans cette... dans cette arène. J'ai hâte qu'ils s'assument. Si vraiment, ils sont contre la langue française puis ils sont contre tous les outils, toutes les barrières de la langue française, bien, qu'ils le disent. Puis, s'ils sont pour, bien, qu'ils nous aident à adopter ce projet de loi là, qui est raisonnable, qui est responsable puis qu'on défende ensemble non seulement la langue, mais notre autonomie puis notre capacité à gérer notre Québec puis à défendre nos valeurs. Et je pense qu'il y a des questions qui sont posées qui sont importantes, je ne peux pas y répondre pour les autres formations politiques, mais pour la Coalition avenir Québec, c'est très clair. On fera tout ce qu'il faut pour défendre notre langue. Merci.

Le Modérateur : Merci, M. Roberge, on va commencer la période des questions avec Thomas Laberge, La Presse canadienne.

Journaliste : Oui, bonjour, M. Roberge. Vous attaquez beaucoup les libéraux, vous les avez attaqués tantôt en scrum, vous avez même dit «méfiez-vous». Quels seraient les risques, pour le français, si les libéraux prenaient le pouvoir aux prochaines élections?

M. Roberge : Bien, on ne les connaît même pas. On ne connaît même pas l'ampleur des risques. M. Milliard nous dit : Je suis pour la langue, mais je suis contre la Charte de la langue française. Je suis pour la clause dérogatoire, mais seulement si avant je me suis attaqué, dit-il, à la Charte de la langue française. Il faudrait qu'il réponde, là. Qu'est-ce... quel morceau il veut arracher? Quelle brique qu'il veut défaire de notre... de notre construction législative pour défendre la langue? Est-ce qu'il est contre le fait que maintenant, avec la loi 96, la Charte de la langue française s'applique aussi aux entreprises de 25 à 49 employés? Parce que c'est ça, la Charte de la langue française puis la loi 96. Est-ce qu'il est contre l'affichage en français? Est-ce qu'il est contre le droit d'être... de travailler en français? Est-ce qu'il est contre ce qu'on a fait pour que le français s'impose au niveau collégial? Pourquoi? Pourquoi il veut défendre la langue, sans défendre la charte, tout en s'attaquant à la loi 96? Il n'est pas suivable.

Journaliste : Mais est-ce que donc, selon vous, ça serait synonyme de déclin du français?

M. Roberge : Bien, je m'excuse, malheureusement, je dois dire, le déclin du français, il est commencé, au Québec. On travaille pour inverser la courbe, on pose des gestes qui vont être payants à moyen terme et à long terme. Ce qu'on a fait pour les cégeps, c'est extraordinaire, ça va être payant sur des années, mais sur des décennies. Ce qu'on a fait sur le droit de travailler en français, c'est encore tout nouveau. La loi 96, c'est encore tout nouveau en termes de mise en œuvre. Ce qu'on veut faire sur la formation générale et la formation aux adultes, ça va être payant à long terme, mais je suis obligé de vous dire qu'entre 2001 et 2021, les données des recensements, bien, il y a eu un déclin de la langue française. Donc, est ce que le PLQ est là pour accélérer le déclin ou inverser le déclin? Bien, c'est à eux à répondre, là, à un moment donné. Il allume le feu, il faut qu'il l'éteigne.

Journaliste : Donc, vous avez ouvert la porte, là, à la question du déclin du français. Ça fait quatre ans que votre loi 96 est adoptée, est-ce que vous êtes capables d'en mesurer les impacts? Est-ce que vous avez été capable de freiner ce déclin, selon vous?

M. Roberge : Je pense que ça va être payant au cours des prochaines années. Comme je vous dis, lorsqu'on forme des gens en français, on en forme beaucoup plus, maintenant, au collégial, notamment en français. On a des ententes que la ministre de l'Enseignement supérieur est en train de faire avec les universités anglophones pour que les universités anglophones deviennent des moteurs de francisation. C'est quand même incroyable de transformer McGill et Concordia en moteurs de francisation, ça va être payant à long terme. Mon père, qui est décédé aujourd'hui, me disait : Tu sais, le vrai courage, là, c'est de planter un pépin de pomme puis d'entretenir l'arbrisseau en sachant que c'est quelqu'un d'autre que toi qui va cueillir les pommes. C'est ça qu'on fait pour la langue française.

Le Modérateur : Sébastien Desrosiers, Radio-Canada.

Journaliste : Bonjour, M. Roberge. En fait, vous dites que Charles Milliard doit préciser quelle brique il veut enlever à l'édifice, mais il l'a déjà fait à quelques reprises. En fait, on sait qu'il veut enlever au moins deux éléments de la loi 96, soit l'obligation pour les immigrants d'apprendre ou de communiquer en français avec l'État après... six mois après leur arrivée, et les obligations pour les entreprises de 25 à 49 employés. Donc, pour ces deux éléments-là, particulièrement, quels sont les risques s'ils sont enlevés de la loi 96, selon vous?

M. Roberge : Bien, d'abord, je veux vous remercier de l'avoir dit correctement, parce que M. Milliard dit : Je vais enlever la disposition qui force les gens à parler français après six mois. C'est faux, et il le sait, puis il continue à le répéter. On s'attend à mieux de ça de quelqu'un qui espère être premier ministre, tandis que vous, vous avez dit : Le Québec, le gouvernement québécois, dit : Je vais communiquer en français avec tous les nouveaux arrivants six mois après leur arrivée. Vous avez fait cette nuance qu'il ne fait pas, peut-être la fera-t-il un jour. Moi, j'ai espoir. De faire un recul sur les milieux de travail, c'est terrible, c'est toxique, c'est nocif. S'il s'en prend à cette section-là de notre Charte de la langue française, c'est très grave, parce qu'on sait très, très bien que le français au travail est en recul. Nous, on a fait une avancée formidable en disant : La Charte de la langue française va s'appliquer, maintenant, aux entreprises de moins de 50 employés, de 25 à 49 employés. S'il veut reculer là-dessus, c'est des centaines de milliers d'emplois qui vont... qui vont se bilinguiser, qui vont s'angliciser. Puis, quand on anglicise un milieu de travail, ça sort du milieu de travail. On envoie un message aux nouveaux arrivants, aux allophones, que le français, ce n'est pas important. Alors, si M. Milliard veut nous dire : Le français, ce n'est pas important au travail, mais moi, je vais défendre la langue française, il va falloir qu'il se réconcilie avec lui-même.

Journaliste : Mais la raison pour laquelle vous déposez le projet de loi aujourd'hui, là, est-ce que c'est simplement pour embêter les libéraux? Parce que la disposition de dérogation arrivait à échéance seulement l'an prochain. Donc, c'était quoi, l'urgence de la renouveler aujourd'hui?

M. Roberge : Bien, je pense que c'est important d'étendre la protection sur cinq ans. Sur cinq ans, là, ça veut dire jusqu'en 2031. Il ne faut pas se priver de cette opportunité-là. On peut faire beaucoup de choses en quelques semaines. Puis ça, on pourrait faire le processus un, deux, trois. Il ne faut pas s'empêcher de le faire.

Puis, oui, il y a aussi l'idée de clarifier la posture de Québec solidaire, mais surtout des libéraux, qu'ils s'assument dans leurs postures. Puis je pense que le dépôt du projet de loi va les forcer à faire une réflexion interne puis à savoir c'est quoi, leur identité. Est-ce que c'est l'identité québécoise, avec l'intégration nationale, ou si ce sont des multiculturalistes déguisés en partis au Québec?

Journaliste : Merci.

Journaliste : Si je me permets, M. Roberge — François Carabin, Le Devoir — là-dessus, justement, est-ce que vous ne sacrifiez pas une année d'application de la disposition de dérogation en disant : On la renouvelle dès aujourd'hui, on se rend jusqu'en 2031, alors que vous pourriez vous rendre jusqu'en 2032, si on attendait l'année prochaine, là, la date d'échéance de la disposition de dérogation? Est-ce que vous ne sacrifiez pas une année pour des gains politiques à court terme?

M. Roberge : Bien... Non, il n'y a aucun sacrifice, parce que ça peut être renouvelé à la fois en 2031 ou en 2032, là, donc il n'y a pas de... il n'y a aucun avantage à attendre.

Journaliste : OK. Mais donc, je veux dire, quelle place dans votre réflexion a eu ce... cette volonté de clarifier la posture de Québec solidaire et du Parti libéral?

M. Roberge : La priorité, là, en ce moment, là, c'est de renforcer la protection de la langue française, d'accord? C'est ce qui me... C'est ce qui me guide. Moi, j'en avais parlé au moment où c'était François Legault qui était chef de ma formation politique, donc bien avant que Charles Milliard s'enfarge dans ses lacets. Donc, on avait cette préoccupation-là de renouveler la clause le plus rapidement possible, cet hiver ou ce printemps. On a vu ensuite M. Milliard tergiverser, on s'est dit : Bien, voici pour lui une occasion de clarifier sa pensée.

Journaliste : OK. Craignez-vous que M. Milliard pose un geste législatif pour retirer la disposition de dérogation de la loi 96? Est-ce que c'est ce que vous avez compris de ce qu'il a dit ce matin?

M. Roberge : Bien,honnêtement, je pense que, quand les Québécois vont voir le vrai visage du Parti libéral du Québec, ils vont se rendre compte qu'ils ne peuvent pas gouverner le Québec.

Journaliste : Mais est-ce qu'il... c'est possible de retirer la disposition? Législativement, là, comment on procède?

M. Roberge : Ce serait possible, ce serait possible pour un gouvernement d'adopter une loi pour retirer la protection qu'on veut faire en ce moment. C'est un peu comme un parapluie, on peut l'ouvrir, on peut le fermer.

Journaliste : OK. Merci.

Le Modérateur : Jean-François Poudrier, Noovo.

Journaliste : Oui.Donc, vous utilisez la clause dérogatoire de façon préventive. C'est déjà... déjà sous... enquêté par la Cour suprême, en fait, qui va prendre une décision là-dessus. Utiliser de façon préventive la... le renouvellement de la clause, est-ce que vous n'avez pas l'impression que c'est une surutilisation de la clause de dérogation?

M. Roberge : Je ne crois pas. Ça fait partie de notre arsenal législatif. Comme je l'ai dit tout à l'heure, dans la charte, tant québécoise que canadienne, il y a cette mesure de souveraineté parlementaire, cette clause dérogatoire, ça fait partie de la loi. Donc, c'est normal, pour un Parlement, pour une nation, d'utiliser les outils qui sont à sa disposition pour protéger ses lois fondamentales. Moi, je jugerais sévèrement quelqu'un qui ne le ferait pas. Je dirais : Ça serait quoi, ton prétexte pour ne pas te protéger?, alors que, tu sais, il y a un bouclier qui est là, il y a une flèche qui s'en vient, bien, prends le bouclier puis protège-toi, là, à un moment donné.

Journaliste : Bien, justement, du côté de Québec solidaire, bon, demain, on veut déposer un projet de loi pour encadrer l'utilisation de la clause dérogatoire. Qu'est-ce que vous pensez de ça, que Québec solidaire veut encadrer ça?

M. Roberge : Bien, je ne sais pas, là. Québec solidaire et le Parti libéral se sont parlé. La dernière fois qu'il y avait eu des discussions comme ça, c'était entre QS puis le PQ, qui ont raté leur fusion. Peut-être qu'ils vont fusionner...

Journaliste : Mais vous voyez... comme eux, vous ne voyez pas de dérive autoritaire. C'est un peu ce qu'ils disent par rapport à l'utilisation de cette clause-là.

M. Roberge : Quand Haroun Bouazzi dit quelque chose, j'en prends, puis j'en laisse.

Le Modérateur : ...Le Devoir.

Journaliste : Bien, là-dessus, est-ce que vous observez un certain virage de Québec solidaire? Il y a certains virages nationalistes, mais eux, est-ce qu'ils prennent un virage antinationaliste?

M. Roberge : Bien, Québec solidaire sont très multiculturalistes, antilaïcité, antilangue française, antimodèle québécois d'intégration à la nation québécoise. Donc, je suis moins surpris, je vous dirais, je n'ai pas d'attente envers QS pour défendre la nation québécoise. Le dernier chef de QS avait dit : Moi, les champs de compétence du Québec, ça ne m'intéresse pas. Donc, si les champs de compétence ne t'intéressent pas, si tu n'es pas capable de dire que le multiculturalisme, c'est toxique pour le Québec, bien là, j'ai peu d'attentes envers QS. Ils n'ont jamais voté en faveur d'une loi qui protège la langue, la laïcité, notre modèle d'intégration. Non. Les libéraux, eux, prétendent pouvoir le faire, puis ils ne le font pas, donc, puis eux prétendent pouvoir sortir de l'île de Montréal. Mais j'ai hâte, j'ai hâte de voir ce que M. Milliard répond aux gens de Saguenay, de Gatineau, de Saint-Hyacinthe, de Sherbrooke, de Val-d'Or, comment il va leur expliquer que c'est bien important de s'attaquer à la Charte de la langue française, puis ce n'est vraiment pas bon d'utiliser la clause dérogatoire pour défendre la Charte de langue française.

Journaliste : Mais, justement, là-dessus, il y a un débat, là, au sein des juristes puis peut-être au sein de la classe politique également, à savoir si la législation qui a été adoptée sous le gouvernement Legault nécessitait vraiment une disposition de dérogation. Peut-être qu'elle est légale dans le fond, peut-être qu'on pourrait plaider en cour différentes interprétations, notamment de la spécificité du Québec, blablabla, puis que la disposition de dérogation n'était peut être... le bouclier n'était peut être pas nécessaire. Est-ce que vous, vous êtes certain qu'il y avait des articles qui contrevenaient à la charte, notamment canadienne, des droits et libertés et qu'il fallait absolument utiliser le bouclier ou c'est une façon... Parce qu'aussi vous l'étendez pratiquement tout le projet de loi, là, le bouclier, alors qu'il y a des articles là-dedans qui, manifestement, ne posaient aucun problème devant la loi, là.

M. Roberge : Je pense que ça n'appartient pas aux juges de décider c'est quoi, l'aménagement linguistique puis le vivre-ensemble au Québec, à la base, ça appartient aux parlementaires québécois, aux gens qui représentent la démocratie québécoise. Et donc je pense que, pour ces dossiers-là précis, c'est normal qu'on utilise la clause de souveraineté parlementaire pour dire : Écoutez, on a fait les arbitrages, puis ça appartient aux parlementaires de faire ça. Mais vous questionnez sur plein d'autres choses, mais sur l'aménagement linguistique, sur savoir si on a le droit de travailler en français pour savoir si on doit franciser nos entreprises de moyenne taille, pour savoir si on doit avoir un affichage qui est différent quand on circule à Montréal versus à Toronto, moi, je pense que ça appartient tout simplement aux parlementaires, ça relève des Québécois, puis, en ce sens-là, c'est pleinement justifié d'utiliser la clause de souveraineté parlementaire.

Journaliste : Puis, rapidement, la réaction de la branche nationaliste de la CAQ qui... La première ministre Christine Fréchette a décidé d'en faire le projet de loi n° 1, c'est quoi, le message que ça envoie à ceux plus campés dans le camp nationaliste de la CAQ?

M. Roberge : Ça me fait toujours rire lorsque vous divisez la Coalition avenir Québec, tout le temps, en deux camps, comme s'il y avait une tension permanente. J'étais là en 2012, quand on a fondé la Coalition avenir Québec. Puis les analystes disaient : Ça va durer deux semaines, les gens vont se déchirer. Mais non, je suis nationaliste et je veux créer de la richesse. Je suis nationaliste et je veux des finances publiques saines. Je suis nationaliste, et je veux réduire la paperasse, et je veux créer de l'emploi. Pourquoi il faudrait opposer l'économie et la fierté? Les Québécois sont en faveur de ça, hein, de la prospérité puis de la fierté, puis défendre nos champs de compétence. Ce n'est pas un déchirement, c'est juste normal.

Ce qui est bizarre, c'est de dire aux Québécois, comme le fait le Parti libéral : Bien, nous, on est Canadiens avant tout, puis on ne défendra pas notre langue, mais faites-nous confiance pour gérer l'économie. C'est bizarre comme posture. Puis ce qui est bizarre de l'autre bord, c'est le Parti québécois qui fait des tests de pureté pour savoir qui est le plus québécois. Notre situation, là, ce n'est pas une situation de tension continue dans un parti. C'est juste une position normale et équilibrée quand on vit dans la seule nation francophone d'Amérique, on veut défendre notre identité, puis on veut être assez riches pour faire nos choix.

Le Modérateur : Avant qu'on passe en anglais, M. Roberge, je voulais juste vous entendre sur les propos de la députée conservatrice, Maïté Blanchette-Vézina, qui disait, ce matin, craindre des dérives «dignes des États-Unis». Avec votre projet de loi redessinant la carte électorale, elle dit : «Ce n'est pas aux élus de l'Assemblée nationale de tracer les contours des comtés». Et elle craint, donc, «des dérives où on contrôle le vote et on contrôle l'Assemblée». Qu'est-ce que vous répondez à craintes-là, de la part de Mme Blanchette-Vézina?

M. Roberge : Je vais réserver mes commentaires pour demain, par rapport à la question. C'est déposé au feuilleton, donc demain, on discutera de la carte électorale, mais c'est une position qui est consensuelle et réfléchie, mais sur les explications puis les réponses, je vais garder ça pour demain.

Le Modérateur : Très bien, on va commencer en anglais avec Phil Authier, The Gazette.

Journaliste : Good day, minister. Your… it's a bit… it's pretty normal to present a bill, but your decision to make the bill, to make your approach so political, attacking Mr. Milliard, attacking the liberals. Are you that concerned…  is the CAQ that concerned with the… with where the liberals are in the polls that you are just hitting hard?

M. Roberge : I think we have… we got to do what we got to do. French language will always be in danger in Québec, in North America. So, it's normal that the only government of a French nation in North America use all his tools to protect our French language, our identity, and without attacking, in any way, the anglophone community in Québec, they will keep their their institutions, they will keep their right to send their kids to school. And there's not, in any way, there's no attack to the Anglophone community, which we will respect the right. But we have to move forward, protecting the French language.

Journaliste : But my point is you're attacking the liberals. Why are you hitting the liberals so hard?

M. Roberge : Because they pretend. They pretend that they want to protect French, but they don't do it. They attack us when we do this. Mr. Milliard said, this morning, that he approved the Constitution project, but he will vote against it. He said that he approved the laicity project, but liberals voted against it. He said that it's important to protect French, but he engaged the Liberal Party to attack the charter, the Bill 101. So, who's the real Charles Milliard? Who are the real liberals? It's really important for the Quebeckers to know they are dealing with what kind of party. He can't say something in French and something else in English. He has to be honest.

Le Modérateur : Cathy Senay, CBC.

Journaliste : Mr. Roberge, you used the the word «toxic» many times…

M. Roberge : Yes.

Journaliste : …during your press conference. Don't your fear to look aggressive.

M. Roberge : Well, definition of toxic is something that can hurt something. Toxic water can hurt you if you drink it. I think the liberals' politics are toxic to our French language bills. In fact, Mr. Charles Milliard said if he's the premier, he will attack the Bill 101. He will retire some some huge part of this law. He will said: If you have from 25 to 49 employees, Bill 101 won't apply to you anymore. This is huge and this is toxic.

Journaliste : And regarding the fact that the government should have a framework, some rules to apply, before deciding that the notwithstanding clause should be applied to a bill. Don't you think it's a good thing to have guidelines? Because you imposed... you invoked the notwithstanding clause on so many pieces of legislation since 2018.

M. Roberge : This is kind of funny because federalist groups say that we can't use the notwithstanding clause, but when they say that they are talking against the Constitution. As federalists, they should say that Quebeckers should and could use all the tool they have instead of making a referendum. This would be, I think, more coherent. But they don't do that, and I don't understand why they want to attack the capacity that we have to govern ourselves.

Le Modérateur : Merci. Dan Spector, Global.

Journaliste : Mr. Roberge, in your mind, what is the danger to the French language if people vote Liberal, or if people vote for the… or the West Island Liberals, as you called them before.

M. Roberge : I said… I said that we have… we don't have a Liberal Party, we have a Quebec's West Island Liberal Party saying that they… Mr. milliard changed his mind. He said that he would move forward with the notwithstanding clause and then he stepped back. Why? I think he received some phones… some calls. But we have a Liberal Party that is committed to attack our Bill 101. And I think that everyone in Québec should be aware of this.

Journaliste : Mr. Milliard, he said this morning that he wants to make additions to Bill 96 and subtractions, but he wouldn't specify exactly what. What do you make of that? And what part of the bill do you worry for the most that he would target?

M. Roberge : I think, I think, it's really, really important to protect this bill, the Bill 96 and the Bill 101, of course, because Bill 96 was an improvement to Bill 101. I don't think we have to move backward. French in Québec is declining right here, right now. So, the question we have… we should have in mind is what we can do more and not what we should remove to our law. I think, he simply doesn't have the right mindset.

Le Modérateur : Merci. Olivia O'Malley, CTV.

Journaliste : As you just said, you said, you know, what should we do more, this is just about renewing the clause. So, when it comes to having immigrants get into French classes, improving access to French classes in schools and student success records, what do you plan on doing further than this, just renewing this clause?

M. Roberge : Well, Ms. Frechette, our new Premier, says that she wants to improve Bill 101 by saying that it will apply to «formation professionnelle et formation générale des adultes» to be sure that newcomers who are not part of the historic anglophone community, well, those people, newcomers that are not part of the historic anglophone community should go to school in French, even in «formation générale aux adultes et formation professionnelle». I think this is a really good idea, a good improvement that is in any way not attacking the rights of the anglophone community, but an improvement, to be sure that at work more people will use French.

Journaliste : And how should Anglophones feel hearing this and knowing that this was your… Mme Fréchette's first bill as a government?

M. Roberge : Well, I think they are not concerned about this because the bill does exist right now and by using this notwithstanding clause, we are not moving forward or we are not implementing a new politic, we are only protecting the politic we have right now.

Le Modérateur :C'est ce qui met fin à...

Journaliste : ...

Le Modérateur : Oui, une petite précision de Thomas Laberge.

Journaliste : Une petite dernière. Je ne sais pas si vous avez entendu M. Duhaime qui a dit que, lui, s'il prenait le pouvoir, il voulait mettre la clause dérogatoire dans toutes les lois du Québec, comme l'a fait M. Lévesque à l'époque. Vous en pensez quoi? Est-ce que c'est un abus?

M. Roberge : Je ne me suis pas penché sur la question. Honnêtement, je pense qu'il faut y aller au cas par cas. Ça demeure une mesure d'exception. Je pense que, quand on est sur nos lois, qu'on appelle nos lois fondamentales, la Loi sur la laïcité, la Loi sur la langue française, la Loi sur l'intégration à la nation québécoise, je pense que ça s'applique, pour les autres lois, je pense qu'il faut se poser la question. Dire qu'on va l'appliquer d'emblée, mur à mur, sur toutes les questions, bien, je pense que c'est à M. Duhaime à faire la démonstration, là, de la pertinence de son idée.

Journaliste : Merci.

Le Modérateur : Merci. C'est ce qui met fin à cette conférence de presse.

M. Roberge : Merci.

(Fin à 12 h 08)

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