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Conférence de presse de M. Marc-André Dowd, protecteur du citoyen

Version finale

Cette transcription a été réalisée à l’aide d’un logiciel de reconnaissance vocale. Elle pourrait donc contenir des erreurs.

Thursday, June 4, 2026, 11 h

Salle Evelyn-Dumas (1.30), édifice Pamphile-Le May

(Onze heures une minute)

La Modératrice : Alors, bonjour. Bienvenue à cette conférence de presse du Protecteur du citoyen, Marc-André Dowd, qui a publié son deuxième rapport de suivi des appels à l'action de la Commission d'enquête sur les relations entre les autochtones et certains services publics. Donc, prendront la parole le Protecteur du citoyen, M. Dowd, ainsi que... en fait, sont disponibles, je devrais dire, Assunta Gallo, la vice-protectrice, et Marie-Claude Ladouceur, directrice des mandats spéciaux. La conférence de presse sera suivie d'une période de questions. Vous pouvez y aller.

M. Dowd (Marc-André) : Merci de votre présence aujourd'hui. La publication de ce rapport s'inscrit dans notre mandat de suivi de la mise en œuvre des appels à l'action de la CERP. Il s'agit de notre deuxième rapport de suivi d'envergure, que nous avons choisi d'axer, parmi les services publics visés par la CERP, sur les services de protection de la jeunesse. Nous réalisons ce mandat en coconstruction avec un cercle consultatif composé de représentants d'organisations des Premières Nations et des Inuits, et dont l'apport a été central tout au long du processus.

Je veux d'ailleurs débuter par remercier les membres du cercle consultatif autochtone et souligner leur engagement. Leurs réflexions et leurs expertises ont vraiment fait toute la différence. C'est d'ailleurs grâce au cercle que mon équipe a pu rencontrer autant de personnes du terrain, et elle a pu avoir des échanges qui nous ont permis de mieux comprendre les réalités vécues, toute la complexité des situations et d'aller beaucoup plus loin dans l'analyse présentée dans ce rapport.

Le point de vue de celles et ceux qui travaillent directement auprès des enfants, des jeunes et de leurs familles a été essentiel pour ancrer notre travail dans des expériences concrètes, humaines et actuelles. Pourquoi avoir choisi ce thème? Il s'agit d'une priorité que nous avons identifiée avec le cercle consultatif. Nous sommes profondément préoccupés par la surreprésentation des enfants des Premières Nations et Inuits en protection de la jeunesse et par les nombreuses répercussions sur la vie des enfants, des familles et des communautés.

De plus, dans notre premier rapport de suivi, la protection de la jeunesse était le secteur pour lequel le moins d'appels à l'action étaient en voie d'être réalisés. Nous avons donc ciblé les 13 appels à l'action qui touchent la trajectoire des enfants et des jeunes dans les services. Le mandat de suivi de la CERP, combiné à l'indépendance du Protecteur du citoyen, nous place dans une position privilégiée pour entendre les différentes réalités et perspectives. D'une part, nous travaillons en coconstruction avec la volonté de reconnaître et soutenir le droit à l'autodétermination des peuples autochtones. D'autre part, nous avons développé au fil des années une connaissance approfondie des services publics, notamment grâce à la coopération solide qui s'est développée avec les organisations de l'État.

Dans le cadre de notre démarche, nous avons mis en place des groupes de discussion pour bien saisir les enjeux sur le terrain. Nous avons d'ailleurs choisi de faire place dans le rapport à plusieurs extraits de ces échanges. Entendre la voix des Premières Nations et des Inuits est crucial et, comme vous le constaterez, c'est un enjeu bien présent dans les relations avec les services de protection de la jeunesse. Nous avons examiné les étapes de la trajectoire des enfants et des jeunes dans les services, en tenant compte, autant que possible, de la diversité des réalités des Premières Nations et des Inuits, ainsi que du contexte de transformation des pratiques au sein des organismes œuvrant en protection de la jeunesse à la suite des récents changements législatifs.

Notre analyse porte sur l'éventail des services offerts, de la prévention jusqu'après la majorité, en incluant la réadaptation. Notre démarche repose sur une conviction simple mais exigeante, un changement durable nécessite une compréhension fine des trajectoires vécues par les enfants et leurs familles, ainsi que la reconnaissance pleine et entière de l'expertise des communautés, ce qui passe inévitablement par la création de liens de confiance entre toutes les parties impliquées dans la vie des familles.

Notre rapport fait état de progrès réalisés depuis la publication du rapport de la CERP en 2019. Des modifications majeures à la Loi sur la protection de la jeunesse et à la loi au niveau fédéral, ainsi que des orientations ministérielles favorisent une meilleure prise en compte des réalités et des droits des enfants. Les avancées reposent aussi sur l'engagement soutenu des Premières Nations et des Inuits à faire reconnaître leurs droits et à développer des services en réponse aux besoins de leurs enfants et de leurs familles. La volonté croissante de collaboration de la part de gestionnaires et de professionnels du réseau de la santé et des services sociaux participe également au progrès.

Avec l'entrée en vigueur de la Loi fédérale sur les services à l'enfance aux jeunes et à la famille des Premières Nations, des Inuits et des métis, plusieurs nations ont amorcé une réflexion en profondeur sur l'ensemble des services à la jeunesse. Elles se sont ainsi engagées dans l'élaboration de leur propre loi visant la protection de leurs enfants. S'appuyant sur des processus consultatifs communautaires, elles travaillent à l'élaboration de lois reflétant leurs valeurs et leurs façons de faire. Elles donnent forme collectivement, pas à pas, à leur vision de l'autonomie gouvernementale en matière de services à l'enfance et à la famille.

En ce qui concerne les communautés qui sont toujours sous la Loi sur la protection de la jeunesse, des initiatives porteuses émanent des communautés... des communautés des Premières Nations et des Inuits et des centres d'amitié autochtones. Ces initiatives rappellent l'importance de reconnaître et de soutenir leur expertise. Une collaboration fondée sur un rapport d'égal à égal permet à ces initiatives de se multiplier. Par exemple, au Nunavik, Nunavik... a initié... je vais l'appeler NIP, a initié la mise sur pied des groupes de travail chargés de revoir le continuum de services enfance, famille, jeunesse, afin qu'il soit plus aligné avec les valeurs, les réalités et les besoins des familles inuites. Les différents comités réunissent le personnel de NIP, des DPJ et des services communautaires qui collaborent étroitement pour harmoniser leurs pratiques et soutenir plus efficacement les familles.

Malgré les progrès, le rapport met en lumière la persistance d'enjeux graves, parfois similaires à ceux déjà dénoncés lors de la CERP. Le Protecteur du citoyen est préoccupé par des situations qui portent atteinte aux droits fondamentaux des enfants des Premières Nations et Inuits, et qui sont incompatibles avec le cadre législatif actuel. Par exemple, des jeunes placés en centre de réadaptation sont privés pendant de longues périodes d'un accès à l'enseignement en raison de barrières linguistiques. Des enfants sont placés loin de leur famille et de leur communauté sans maintien des liens pendant des mois, affectant la continuité culturelle. Enfin, des enfants ne reçoivent pas les services auxquels ils ont droit en raison d'enjeux d'arrimage de compétences entre les gouvernements.

Ces réalités démontrent que la transformation des façons de faire du réseau de la santé et des services sociaux est loin d'être achevée. Les modifications législatives constituent des leviers déterminants pour les changements urgents à apporter pour assurer le bien-être des enfants et des jeunes, oui, mais ils doivent se concrétiser à toutes les étapes de l'intervention.

L'enjeu n'est pas simple. Malgré l'intention affirmée dans la Loi sur la protection de la jeunesse d'intégrer plus adéquatement les réalités culturelles des Premières Nations et des Inuits, la mise en œuvre concrète... continue de se buter à des écarts profonds de perception, une sous-estimation et une compréhension insuffisantes des traumas sociohistoriques ainsi qu'une méconnaissance, voire parfois un non-respect des gouvernances et des expertises autochtones. Pour en sortir, la seule voie durable passe par la collaboration sincère et la coconstruction d'égal à égal au service du mieux... du mieux-être des enfants et des familles.

Par exemple, on constate des divergences d'interprétation de l'obligation légale d'apporter aide, conseil ou assistance aux parents d'enfants faisant l'objet de mesures de protection. Cela s'explique en partie par une prise en compte insuffisante du contexte propre aux Premières Nations et aux Inuits, notamment des réalités socioéconomiques et des effets très concrets de l'éloignement sur la disponibilité et l'accessibilité de certains services. Trop souvent, l'absence d'accompagnement approprié met les parents dans une posture de découragement ou encore d'échec, non pas par manque de volonté, mais parce que le soutien offert ne reflète pas leurs réalités distinctes et parfois complexes.

Un constat central se dégage. La qualité des relations entre les acteurs impliqués est déterminante. Là où des relations de confiance ont été construites entre le réseau et les communautés, les services sont plus alignés sur l'intérêt des enfants des Premières Nations et des Inuits.

Dans cette optique, certaines DPJ ont développé des offres de services différenciées afin d'impliquer les communautés de manière systématique dans les interventions, ce qui est essentiel au respect du cadre légal. Par exemple, sur la Côte-Nord, le programme de vérification complémentaire terrain à l'étape de la réception du signalement permet de favoriser la collaboration et la concertation entre le DPJ et les dispensateurs de services de proximité d'une communauté autochtone dès le début de l'intervention. Cette pratique permet de mobiliser la famille, les services de première ligne afin de limiter l'implication du DPJ.

Toutefois, ces relations restent... reposent encore largement sur l'engagement des personnes clés plutôt que sur des mécanismes durables. Or, le respect des lois, des guides et des orientations ne peut dépendre uniquement des individus.

Au terme de notre rapport, nous formulons six recommandations au ministère de la Santé et des Services sociaux, à Santé Québec et à la directrice nationale de la protection de la jeunesse. Nos recommandations visent à renforcer la cohérence des pratiques, à soutenir concrètement les approches portées par les communautés et à assurer le respect des droits des enfants des Premières Nations et des Inuits. Nous sommes convaincus que des relations fondées sur la collaboration, le respect du droit à l'autodétermination des communautés des Premières Nations et des Inuits, ainsi que la reconnaissance des droits et du bien-être de leurs enfants, constituent des leviers essentiels de transformation. C'est pourquoi nous invitons l'ensemble des acteurs concernés à s'engager collectivement dans cette démarche.

Je vous remercie de votre attention. Nous allons maintenant répondre à vos questions.

La Modératrice : Merci beaucoup. On va commencer la période de questions avec Caroline Plante de La Presse canadienne.

Journaliste : Bonjour, M. Dowd. Bonjour à vous. Je me demandais, avez-vous des chiffres? Est-ce que, par exemple, il y a une augmentation du nombre d'enfants issus des Premières Nations qui ont... qui sont confiés à la DPJ?

M. Dowd (Marc-André) : En fait, le rapport repose vraiment sur une appréciation qualitative, hein, c'est à la suite de groupes de discussion puis de... je dirais, quand même très étendus, là, on a rencontré plus de 110 personnes provenant de 15 communautés au moins, donc avec des centres d'amitié autochtones, et tout. Donc, c'est vraiment une approche qualitative qui est axée sur les témoignages. En ce qui concerne les statistiques de prise en charge des enfants autochtones, je ne sais pas si on a de l'information ou...

Mme Ladouceur (Marie-Claude) : On n'a pas de.. En fait, c'est qu'on n'a pas été documenter ce qui avait déjà été documenté. Comme M. Dowd vient de le mentionner, l'approche qu'on a prise en était une, vraiment, d'aller chercher la voix des intervenants sur le terrain pour savoir comment les choses s'organisent ou non entre les différents intervenants du réseau et Premières Nations et Inuits. Donc, sur la surreprésentation, c'est fort documenté, mais ce n'est pas quelque chose que nous, on a documenté davantage.

Journaliste : On n'a pas le nombre d'enfants...

Mme Ladouceur (Marie-Claude) : Non.

M. Dowd (Marc-André) : Exact.

Journaliste : ...qui sont confiés à la DPJ. Tout comme on n'a pas le nombre de placements dans les familles autochtones? Ça, ça aurait été intéressant de voir. Est-ce que... est-ce qu'il y a plus ou moins d'enfants qui sont... qui sont placés dans les familles autochtones?

M. Dowd (Marc-André) : Vous avez certaines... vous avez certaines statistiques dans le rapport, quand même, là, il y a un tableau, notamment sur le nombre d'enfants en centre de réadaptation, mais ça ne fait pas d'analyse : est-ce qu'il y en a plus ou moins? Vous avez aussi... il y a des chiffres, de mémoire, sur le nombre d'enfants au Nunavik, sur les deux cotes, qui sont placés à l'extérieur de leurs communautés. Alors, il y a certaines... Il y a quand même certaines données quantitatives dans le rapport, mais on ne l'a vraiment pas abordé dans l'optique de faire une évaluation statistique.

Journaliste : OK. Puis pouvez-vous élaborer sur ce que vous avez dit concernant l'amélioration des relations, qui repose beaucoup sur des individus et non pas sur des mécanismes durables...

M. Dowd (Marc-André) : Oui. Alors, il faut... il faut dire qu'il y a quand même eu des avancées depuis 2019, là. Je pense que c'est important depuis le rapport de la commission Viens. C'est important de le reconnaître. Il y a eu des changements législatifs majeurs de la Loi sur la protection de la jeunesse, la loi fédérale. Il y a eu un conflit de juridiction qui... qui s'est soldé par une décision de la Cour suprême du Canada, qui est venue régler des questions d'interprétation légales.

Puis le cadre légal actuel favorise vraiment une meilleure prise en compte de l'intérêt de l'enfant autochtone. Il y a des orientations ministérielles qui vont dans le bon sens aussi. Il y a un guide, ça, on le nomme comme étant une réalisation intéressante, un guide sur l'intérêt de l'enfant autochtone, qui a été réalisé par le ministère de la Santé, en consultation avec des représentants puis des intervenants des Premières Nations et des Inuits. Donc, ça, c'est des éléments qui sont positifs.

Après ça, on va noter, puis j'arrive à votre question, on va noter que, dans certains milieux, les collaborations se sont améliorées, donc il y a vraiment... collabore mieux. On donne l'exemple de la Côte-Nord, j'en ai parlé dans mon intervention, mais il y a d'autres exemples dans notre rapport aussi. Mais ce qu'on... le constat qu'on fait, c'est que c'est vraiment lié aux personnes qui sont en place, des personnes qui y croient, qui s'engagent, qui vont développer une relation, ils vont apprendre à connaître leurs interlocuteurs, les intervenants, intervenantes des Premières Nations, des Inuits, ça se passe bien, mais si la personne accède à un autre poste ou quitte la région, ça tombe, tu sais. Alors, on se dit, la concertation, la collaboration, ça ne peut pas reposer uniquement sur les bonnes relations. Il faut établir des mécanismes de concertation, il faut établir des mécanismes de collaboration qui sont plus formels, qui font en sorte que, même si un individu, un intervenant quitte, bien, le prochain, il sait ce qu'il a à faire, puis il va rencontrer ces intervenants et ça va bien se passer. Donc, c'est... entre autres, nos deux premières recommandations abordent cet aspect-là, là, de formaliser les mécanismes de collaboration.

Journaliste : On parle d'améliorer des processus, mais on ne parle pas nécessairement d'augmenter les budgets, là, dans le réseau.

M. Dowd (Marc-André) : En fait, la question des budgets, pas dans le cadre de cette recommandation-là, mais la question des ressources, elle est indissociable, parce que vous allez avoir... tout au long du rapport, on aborde la question de la prévention, par exemple. Le meilleur moyen de... le moyen qui serait le plus efficace pour diminuer la surreprésentation des enfants des Premières Nations dans le système de protection de la jeunesse, ce serait d'investir plus en prévention dans les communautés, sur des services, par exemple, en dépendance, sur des services de soutien. Donc, ça, il y a des besoins immenses qui ont été... qui ont été notés, des besoins sur des services en intervention de crise, des besoins sur des services en soutien auprès des parents. Quand un enfant vient d'être placé, quand la décision a été prise de retirer un enfant de sa famille, c'est très important d'intervenir rapidement auprès de la famille de façon soutenue pour l'aider à, comme, mettre en place les mécanismes, ce qu'elle a à faire pour ravoir son enfant. Parce que, sinon, il y a vraiment des risques qu'elle se démobilise, qu'elle se mette en échec.       Donc, ça, cette nécessité d'intervenir de façon soutenue lors d'un placement d'enfants, on documente aussi la nécessité d'intervenir plus pour préparer le passage à l'âge adulte. Hein, quand un enfant va atteindre ses 18 ans et que la protection de la jeunesse va se retirer, il faut trouver une façon de mieux accompagner les jeunes vers le passage à la transition à l'âge adulte, et là il y a des besoins aussi là-dessus.

Alors, oui, il y a des besoins. La question des ressources, on ne peut pas dire : Il n'y a pas d'enjeux de ressources, il y a des enjeux de ressources. Et notre recommandation 6 aborde cette question-là.

Journaliste : Avez-vous chiffré les besoins?

M. Dowd (Marc-André) : Non, on n'a pas chiffré les besoins, puis je pense que ce n'est pas notre rôle non plus. Je pense que les besoins... si on lit notre par rapport, on voit bien la nature des besoins, mais je pense que le gouvernement est beaucoup mieux placé que nous pour pouvoir chiffrer la nature de ces besoins-là.

Journaliste : Je vais me permettre quelques questions puis vous pourrez regarder la caméra quand même. Vous avez parlé de la loi fédérale C-92, là, qui permet une autonomie pour les Premières Nations qui souhaitent un peu s'affranchir de la DPJ. Est-ce que vous avez, de par vos travaux, examiné un peu ce modèle-là? Puis est-ce que vous avez constaté qu'il y a effectivement eu des améliorations dans les communautés où on s'est doté de la loi fédérale?

M. Dowd (Marc-André) : Oui, mais, en fait, c'est vraiment l'idée derrière ça. C'est que le droit à l'autodétermination, qui est reconnu par la décision de la Cour suprême à laquelle vous faites référence, part aussi avec l'idée de base, qui nous a animés et qui devrait animer tout le monde dans le réseau de la santé et des services sociaux, à l'effet que les personnes les mieux placées pour prendre soin de leurs enfants, pour décider quelles sont les mesures qui sont dans leurs intérêts, ce sont les communautés des Premières Nations et des Inuits. Et là il y a une gamme de modèles différents.

Ça va de... Les plus achevées... Je vais prendre, par exemple, Obedjiwan, qui a adopté et qui met en œuvre sa propre loi sur les services aux enfants et aux familles. Et, à ce moment-là, le DPJ se retire purement et simplement dans ce modèle-là. Mais à ce moment-là, nous, ce qu'on voit, c'est que le rôle du réseau de la santé et des services sociaux, dans un contexte comme ça, c'est d'accompagner la communauté, de lui offrir le soutien pour développer son modèle, de faire en sorte, par exemple, que, s'il y a des services spécialisés qui ne sont pas disponibles sur la communauté, bien, que le réseau de la santé puisse continuer à donner ces services-là pour les enfants qui ont droit à ces services-là. Mais ce qu'il faut se rendre compte, c'est qu'on ne peut pas imposer un modèle unique. Chaque communauté est différente, chaque communauté a ses propres besoins, chaque communauté a son rythme aussi.

Alors, il y a des communautés qui vont être encore aujourd'hui sous la Loi sur la protection de la jeunesse, et l'idée, à ce moment-là, ce qu'on souhaite, c'est de faire en sorte que le réseau de la santé et des services sociaux, les directions de la protection de la jeunesse, adaptent leurs interventions pour travailler d'égal à égal, en partenariat, en collaboration avec les intervenants sociaux des Premières Nations qui donnent les services sur les communautés.

Journaliste : Mais est-ce que vous avez constaté des améliorations dans les communautés ou c'est... D'abord, est-ce que vous avez pu les les consulter ou constater? Puis est-ce que vous avez effectivement constaté des améliorations dans la surreprésentation, par exemple des enfants? Est-ce qu'il y a eu des effets positifs, là, concrètement, dans les communautés où on s'est affranchi de la DPJ?

M. Dowd (Marc-André) : Bien, en fait, la façon dont il faut le voir, c'est qu'on n'a pas fait une analyse d'impact ou une analyse d'évaluation. C'est important de le dire. Mais, à la base, quand on regarde ce qui est visé par, par exemple, la loi fédérale puis les modifications à la Loi sur la protection de la jeunesse aussi, tous les billets ou tous les obstacles qu'on peut rencontrer puis qui expliquent la surreprésentation des enfants des Premières Nations, dans un modèle où c'est la communauté qui donne ses propres services, bien, la personne qui donne les services, elle connaît les besoins de l'enfant, elle connaît les besoins de la famille parce qu'elle est dans la communauté, il n'y a pas de biais ou de préjugé dans la façon de donner les services, parce que la personne appartient à cette communauté-là, alors donc, nécessairement, il y déjà des améliorations marquées.

Maintenant, ce sont des modèles qui sont quand même assez jeunes, qui doivent se développer dans le temps. Il va y avoir des ajustements. Puis, encore une fois, ça ne veut pas dire que c'est le réseau de la... il faut résister au fait que le réseau de la santé et des services sociaux dise : Bien, c'est parfait, ils ont pris en charge, donc on ne donne plus de services ou donc on se retire. C'est des... C'est des systèmes qui vont devoir être soutenus. Puis le rôle du réseau de la santé et des services sociaux, c'est d'aider au développement de ces modèles-là dans les communautés.

Journaliste : Mais est-ce que vous... Parce que, là, vous dites que les biais et obstacles que vous avez notés n'existent... plus de par le modèle qui est mis en place par une communauté qui le choisit. Donc, est-ce que vous encouragez la mise en place de ce modèle-là de façon plus étendue dans les communautés? Est-ce que ça viendrait résoudre une fois pour toutes les enjeux que vous soulevez?

M. Dowd (Marc-André) : Oui. Bien, je pense que le principe de base, c'est le respect de l'autodétermination. Alors, je pense qu'il faut revenir aux choix et aux désirs de la communauté concernée. Il faut vraiment partir de comment la communauté veut développer ses propres services, jusqu'à quel point elle veut, par exemple, se doter d'une loi ou non, ou continuer à faire affaire avec... avec la Direction de la protection de la jeunesse. Donc, on n'est pas là pour faire la promotion d'un modèle ou non, on est là pour faire la promotion du principe de l'autodétermination et de dire : Soyons à l'écoute et discutons d'égal à égal avec... avec les responsables des communautés pour voir comment on peut faire en sorte d'aider à ce que les services les plus respectueux avec le principe de continuité culturelle, non plus, soient donnés pour... pour les jeunes et les familles dans les différentes communautés. Alors, ce n'est pas l'idée de dire : Bien, à terme, ce qu'on veut, c'est que toutes les communautés aient adopté leur loi. Ce n'est pas à nous de décider ça. C'est à chaque communauté de décider ce qui est... ce qu'elles estiment être bon pour elles.

Journaliste : ...je voulais... je voulais juste clarifier. C'est-à-dire, vous êtes le Protecteur du citoyen, vous voyez ce modèle-là, pour vous... vous faites confiance à ce modèle-là, pour vous, il est novateur et prometteur pour l'avenir. C'est bien ça?

M. Dowd (Marc-André) : Je peux dire oui. La... En réponse à cette question, oui. Mais, encore une fois, il ne m'appartient pas de dire : C'est ça qu'on devrait faire partout.

La Modératrice : OK. Très bien. On... As-tu d'autres questions, Caro?

Journaliste : ...

La Modératrice : On va passer en anglais maintenant. Rachel White de CBC.

Journaliste : Oui. Bonjour. I think I'll start just with a question about the limitations. It was mentioned that, you know, it was thanks to contributions from several First Nations and Inuit, but I noticed the Cree and Naskapi communities were among those that didn't participate. Can you explain a bit about why that was?

M. Dowd (Marc-André) : Mrs. Gallo will answer the question in English.

Journaliste : OK. Thanks.

Mme Gallo (Assunta) : So, the reason that they were not included in the process, we reached out to them. And as Mr. Dowd said, we need to respect the pace in the capacity of communities to engage. And at the time when we reached out to them. Unfortunately, they were not able because they had other transition they were experiencing. So, we can get in communication with them, so they are aware of our process. However, we were not able to involve them in the same way as we did… the other communities. So, we respect the pace of every nation. So, as much and we wanted to include them, they let us know that they were not able to do so. And we're still in touch with them, so they are on board in the year and a half, follow up on our progress, and eventually we will be able to contact them and have further information.

Journaliste : OK. And in terms of those we did speak with, about these recurrent issues, what were the main points highlighted by community members? If you can summarize some of the barriers that they found in achieving some of… the course of action.

Mme Gallo (Assunta) : So, when reading the report, you'll notice that there's a lot of «citations» quotations from different members of the communities First Nations and Inuit communities. A lot of them mentioned that there are lots of improvements that have happened. So, for example, collaboration, they are better informed. They have more referrals that are given to them. What they mentioned is: Where there's improvements unfortunately, it depends on the people who are in position. So, for example, this individual who's the Director youth protection or the Director of youth program is someone who believes in the rights of the self-determination of the community, then, it will work better. But what their saying is that he can't be dependant solely on the individuals who were there, because this individual may achieve in getting another job and then certainly, we have a rupture of services.

So, one of the things we are hearing is: Definitely, we need structures and mechanisms in place that are much more organized. The other thing, we are hearing is the need for interpreters. So, for example, when a child or a youth is placed out of community and their first language is either their mother tongue or their second language is English, and they are placed in a French… in a French foster home or readaptation center. They don't understand the language, they don't understand the directives. So, they need support in terms of interpretation services. That's another issue that's mentioned.

And also, the understanding, although there's guides that were put forward by the Ministry of Health and Social Services, le Guide d'intérêt sur le bien-être d'un enfant. So, it's very promising. However, sur le terrain, when… when we see actually in progress, not everyone has the same understanding of what it means as a concrete example, the confidentiality. So, some people will interpret that I have more capacity to share information, whereas other people interpret… that have to be limited in the information I share with you. And that has a huge impact for children and families.

A concrete example is when we're making a referral. So, if we're making a referral to a Centre d'amitié autochtone, and we're wanting them to provide services to the parents and we say : They need help with parental capacity, well, «parental capacity» is very vague. So, someone who is less comfortable in sharing information will give a very vague term. Someone who is more comfortable in sharing information will say: Well, they're having trouble structuring. They're having trouble with routine. There's… and go into a bit more details why we need to address this. So, that's… those are some elements of information of what we're hearing from the participants themselves.

Journaliste : It was also mentioned, like, the «lien de confiance» was mentioned over and over. I'm curious if you can talk about, you know, establishing that, but also reestablishing this sort of trusting relationship and… and maybe some of the challenges that goes along with that.

Mme Gallo (Assunta) : So, the… the establishing of a relationship of trust comes from the… the starting point of being able to speak with an individual and want to understand who is this individual in front of me, with what they come from and where… what they come with. So, really having an openness to understand their history, understanding that the history has an impact.

So, speaking with someone who… a parent, for example, who themselves were placed as a child, and all the intergenerational trauma that we know, we have to be cognizant of that and be empathic towards understanding what impact that can have on an individual. So, that recognition has to be there as a starting point. And then building a relationship of trust means I'm going to do what I say I'm going to do, and I'm going to follow up and actually do it. And you have to have multiple experiences of building that kind of relationship with the communities, and respecting the pace, and not imposing our point of view and our perspective.

If we take, as an example, a parent with a child who's now… who was in the northern part of Québec and transitions to Montreal, is in a new apartment, and they have their mattress on the floor. For them, it's a point of reference, but from our perspective, if we don't ask them the question, we can interpret that as they're not getting themselves organized. But it's not that they're not getting themselves organized, it's that that's the only point of reference they have from their own community in the northern Québec. So, it's making sure that our points of references are not our lenses, but the lenses of First Nations and Inuit communities.

Journaliste : So, I just wanted to ask about… because you're talking about the progress that's been made as well but also underlining sort of the concerning issues about some fundamental rights, if I'm correct. So that's… that's still a major concerning factor for...

Mme Gallo (Assunta) : Yes. Yes. So, you're absolutely correct. So, when Mr. Dowd was mentioning the recommendations, all our recommendations are what we call «transversales». So, it's across all different ministries, organizations and services as well as it requires structural changes. So, they're not changes that… uniquely will say: Look at cultural security within our offer of services. It's beyond that. It's making sure that it's coherent across the board, that in the offer that we have, that we all understand the same thing. So, the C-92 was, in effect, the federal law, the interpretation that everybody has has to be coherent across the board, so that, in one region to another region in Québec, it's applied the same way.

Actually, what we're hearing from First Nations and Inuit communities, the participants that… that we… that the team met with in discussion groups, they're saying that it's not coherent actually, which can be explained in part... it's all very new. Mr. Dowd made… made reference to the setting in place of a new community center, and they're assuming… the responsibilities of youth protection is new. So, we got… we have to give it time to be able to evaluate how the progress is going. So, it's the same thing.

Journaliste : Thank you. Merci.

La Modératrice : Est-ce qu'il y a d'autres questions? Pas d'autre question. Bon, c'est ce qui met fin à la conférence de presse. Merci.

M. Dowd (Marc-André) : Merci beaucoup.

(Fin à 11 h 31)

Participants

  • Dowd, Marc-André

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