Cette transcription a été réalisée à l’aide d’un logiciel de reconnaissance vocale. Elle pourrait donc contenir des erreurs.
(Onze heures une minute)
La Modératrice
: Alors,
bonjour. Bienvenue à cette conférence de presse du Protecteur du citoyen,
Marc-André Dowd, qui a publié son deuxième rapport de suivi des appels à l'action
de la Commission d'enquête sur les relations entre les autochtones et certains
services publics. Donc, prendront la parole le Protecteur du citoyen, M. Dowd,
ainsi que... en fait, sont disponibles, je devrais dire, Assunta Gallo, la vice-protectrice,
et Marie-Claude Ladouceur, directrice des mandats spéciaux. La conférence de
presse sera suivie d'une période de questions. Vous pouvez y aller.
M. Dowd (Marc-André) : Merci
de votre présence aujourd'hui. La publication de ce rapport s'inscrit dans
notre mandat de suivi de la mise en œuvre des appels à l'action de la CERP. Il
s'agit de notre deuxième rapport de suivi d'envergure, que nous avons choisi d'axer,
parmi les services publics visés par la CERP, sur les services de protection de
la jeunesse. Nous réalisons ce mandat en coconstruction avec un cercle
consultatif composé de représentants d'organisations des Premières Nations et
des Inuits, et dont l'apport a été central tout au long du processus.
Je veux d'ailleurs débuter par remercier
les membres du cercle consultatif autochtone et souligner leur engagement. Leurs
réflexions et leurs expertises ont vraiment fait toute la différence. C'est d'ailleurs
grâce au cercle que mon équipe a pu rencontrer autant de personnes du terrain,
et elle a pu avoir des échanges qui nous ont permis de mieux comprendre les
réalités vécues, toute la complexité des situations et d'aller beaucoup plus
loin dans l'analyse présentée dans ce rapport.
Le point de vue de celles et ceux qui
travaillent directement auprès des enfants, des jeunes et de leurs familles a
été essentiel pour ancrer notre travail dans des expériences concrètes,
humaines et actuelles. Pourquoi avoir choisi ce thème? Il s'agit d'une priorité
que nous avons identifiée avec le cercle consultatif. Nous sommes profondément
préoccupés par la surreprésentation des enfants des Premières Nations et Inuits
en protection de la jeunesse et par les nombreuses répercussions sur la vie des
enfants, des familles et des communautés.
De plus, dans notre premier rapport de
suivi, la protection de la jeunesse était le secteur pour lequel le moins d'appels
à l'action étaient en voie d'être réalisés. Nous avons donc ciblé les 13 appels
à l'action qui touchent la trajectoire des enfants et des jeunes dans les
services. Le mandat de suivi de la CERP, combiné à l'indépendance du Protecteur
du citoyen, nous place dans une position privilégiée pour entendre les
différentes réalités et perspectives. D'une part, nous travaillons en coconstruction
avec la volonté de reconnaître et soutenir le droit à l'autodétermination des
peuples autochtones. D'autre part, nous avons développé au fil des années une
connaissance approfondie des services publics, notamment grâce à la coopération
solide qui s'est développée avec les organisations de l'État.
Dans le cadre de notre démarche, nous
avons mis en place des groupes de discussion pour bien saisir les enjeux sur le
terrain. Nous avons d'ailleurs choisi de faire place dans le rapport à
plusieurs extraits de ces échanges. Entendre la voix des Premières Nations et
des Inuits est crucial et, comme vous le constaterez, c'est un enjeu bien
présent dans les relations avec les services de protection de la jeunesse. Nous
avons examiné les étapes de la trajectoire des enfants et des jeunes dans les
services, en tenant compte, autant que possible, de la diversité des réalités
des Premières Nations et des Inuits, ainsi que du contexte de transformation
des pratiques au sein des organismes œuvrant en protection de la jeunesse à la
suite des récents changements législatifs.
Notre analyse porte sur l'éventail des
services offerts, de la prévention jusqu'après la majorité, en incluant la
réadaptation. Notre démarche repose sur une conviction simple mais exigeante, un
changement durable nécessite une compréhension fine des trajectoires vécues par
les enfants et leurs familles, ainsi que la reconnaissance pleine et entière de
l'expertise des communautés, ce qui passe inévitablement par la création de
liens de confiance entre toutes les parties impliquées dans la vie des familles.
Notre rapport fait état de progrès
réalisés depuis la publication du rapport de la CERP en 2019. Des modifications
majeures à la Loi sur la protection de la jeunesse et à la loi au niveau
fédéral, ainsi que des orientations ministérielles favorisent une meilleure
prise en compte des réalités et des droits des enfants. Les avancées reposent aussi
sur l'engagement soutenu des Premières Nations et des Inuits à faire
reconnaître leurs droits et à développer des services en réponse aux besoins de
leurs enfants et de leurs familles. La volonté croissante de collaboration de
la part de gestionnaires et de professionnels du réseau de la santé et des
services sociaux participe également au progrès.
Avec l'entrée en vigueur de la Loi
fédérale sur les services à l'enfance aux jeunes et à la famille des Premières
Nations, des Inuits et des métis, plusieurs nations ont amorcé une réflexion en
profondeur sur l'ensemble des services à la jeunesse. Elles se sont ainsi
engagées dans l'élaboration de leur propre loi visant la protection de leurs
enfants. S'appuyant sur des processus consultatifs communautaires, elles
travaillent à l'élaboration de lois reflétant leurs valeurs et leurs façons de
faire. Elles donnent forme collectivement, pas à pas, à leur vision de
l'autonomie gouvernementale en matière de services à l'enfance et à la famille.
En ce qui concerne les communautés qui
sont toujours sous la Loi sur la protection de la jeunesse, des initiatives
porteuses émanent des communautés... des communautés des Premières Nations et
des Inuits et des centres d'amitié autochtones. Ces initiatives rappellent l'importance
de reconnaître et de soutenir leur expertise. Une collaboration fondée sur un
rapport d'égal à égal permet à ces initiatives de se multiplier. Par exemple,
au Nunavik, Nunavik... a initié... je vais l'appeler NIP, a initié la mise sur
pied des groupes de travail chargés de revoir le continuum de services enfance,
famille, jeunesse, afin qu'il soit plus aligné avec les valeurs, les réalités
et les besoins des familles inuites. Les différents comités réunissent le
personnel de NIP, des DPJ et des services communautaires qui collaborent
étroitement pour harmoniser leurs pratiques et soutenir plus efficacement les
familles.
Malgré les progrès, le rapport met en
lumière la persistance d'enjeux graves, parfois similaires à ceux déjà dénoncés
lors de la CERP. Le Protecteur du citoyen est préoccupé par des situations qui
portent atteinte aux droits fondamentaux des enfants des Premières Nations et
Inuits, et qui sont incompatibles avec le cadre législatif actuel. Par exemple,
des jeunes placés en centre de réadaptation sont privés pendant de longues
périodes d'un accès à l'enseignement en raison de barrières linguistiques. Des
enfants sont placés loin de leur famille et de leur communauté sans maintien
des liens pendant des mois, affectant la continuité culturelle. Enfin, des
enfants ne reçoivent pas les services auxquels ils ont droit en raison d'enjeux
d'arrimage de compétences entre les gouvernements.
Ces réalités démontrent que la
transformation des façons de faire du réseau de la santé et des services
sociaux est loin d'être achevée. Les modifications législatives constituent des
leviers déterminants pour les changements urgents à apporter pour assurer le
bien-être des enfants et des jeunes, oui, mais ils doivent se concrétiser à
toutes les étapes de l'intervention.
L'enjeu n'est pas simple. Malgré
l'intention affirmée dans la Loi sur la protection de la jeunesse d'intégrer
plus adéquatement les réalités culturelles des Premières Nations et des Inuits,
la mise en œuvre concrète... continue de se buter à des écarts profonds de
perception, une sous-estimation et une compréhension insuffisantes des traumas
sociohistoriques ainsi qu'une méconnaissance, voire parfois un non-respect des
gouvernances et des expertises autochtones. Pour en sortir, la seule voie
durable passe par la collaboration sincère et la coconstruction d'égal à égal
au service du mieux... du mieux-être des enfants et des familles.
Par exemple, on constate des divergences
d'interprétation de l'obligation légale d'apporter aide, conseil ou assistance
aux parents d'enfants faisant l'objet de mesures de protection. Cela s'explique
en partie par une prise en compte insuffisante du contexte propre aux Premières
Nations et aux Inuits, notamment des réalités socioéconomiques et des effets
très concrets de l'éloignement sur la disponibilité et l'accessibilité de
certains services. Trop souvent, l'absence d'accompagnement approprié met les
parents dans une posture de découragement ou encore d'échec, non pas par manque
de volonté, mais parce que le soutien offert ne reflète pas leurs réalités
distinctes et parfois complexes.
Un constat central se dégage. La qualité
des relations entre les acteurs impliqués est déterminante. Là où des relations
de confiance ont été construites entre le réseau et les communautés, les
services sont plus alignés sur l'intérêt des enfants des Premières Nations et
des Inuits.
Dans cette optique, certaines DPJ ont
développé des offres de services différenciées afin d'impliquer les communautés
de manière systématique dans les interventions, ce qui est essentiel au respect
du cadre légal. Par exemple, sur la Côte-Nord, le programme de vérification
complémentaire terrain à l'étape de la réception du signalement permet de
favoriser la collaboration et la concertation entre le DPJ et les dispensateurs
de services de proximité d'une communauté autochtone dès le début de
l'intervention. Cette pratique permet de mobiliser la famille, les services de
première ligne afin de limiter l'implication du DPJ.
Toutefois, ces relations restent...
reposent encore largement sur l'engagement des personnes clés plutôt que sur
des mécanismes durables. Or, le respect des lois, des guides et des
orientations ne peut dépendre uniquement des individus.
Au terme de notre rapport, nous formulons
six recommandations au ministère de la Santé et des Services sociaux, à Santé
Québec et à la directrice nationale de la protection de la jeunesse. Nos
recommandations visent à renforcer la cohérence des pratiques, à soutenir concrètement
les approches portées par les communautés et à assurer le respect des droits
des enfants des Premières Nations et des Inuits. Nous sommes convaincus que des
relations fondées sur la collaboration, le respect du droit à
l'autodétermination des communautés des Premières Nations et des Inuits, ainsi
que la reconnaissance des droits et du bien-être de leurs enfants, constituent
des leviers essentiels de transformation. C'est pourquoi nous invitons
l'ensemble des acteurs concernés à s'engager collectivement dans cette
démarche.
Je vous remercie de votre attention. Nous
allons maintenant répondre à vos questions.
La Modératrice
: Merci
beaucoup. On va commencer la période de questions avec Caroline Plante de La
Presse canadienne.
Journaliste
: Bonjour,
M. Dowd. Bonjour à vous. Je me demandais, avez-vous des chiffres? Est-ce que,
par exemple, il y a une augmentation du nombre d'enfants issus des Premières
Nations qui ont... qui sont confiés à la DPJ?
M. Dowd (Marc-André) : En
fait, le rapport repose vraiment sur une appréciation qualitative, hein, c'est
à la suite de groupes de discussion puis de... je dirais, quand même très
étendus, là, on a rencontré plus de 110 personnes provenant de
15 communautés au moins, donc avec des centres d'amitié autochtones, et
tout. Donc, c'est vraiment une approche qualitative qui est axée sur les
témoignages. En ce qui concerne les statistiques de prise en charge des enfants
autochtones, je ne sais pas si on a de l'information ou...
Mme Ladouceur (Marie-Claude) :
On n'a pas de.. En fait, c'est qu'on n'a pas été documenter ce qui avait déjà
été documenté. Comme M. Dowd vient de le mentionner, l'approche qu'on a prise
en était une, vraiment, d'aller chercher la voix des intervenants sur le
terrain pour savoir comment les choses s'organisent ou non entre les différents
intervenants du réseau et Premières Nations et Inuits. Donc, sur la
surreprésentation, c'est fort documenté, mais ce n'est pas quelque chose que
nous, on a documenté davantage.
Journaliste
: On n'a
pas le nombre d'enfants...
Mme Ladouceur (Marie-Claude) :
Non.
M. Dowd (Marc-André) : Exact.
Journaliste
: ...qui
sont confiés à la DPJ. Tout comme on n'a pas le nombre de placements dans les
familles autochtones? Ça, ça aurait été intéressant de voir. Est-ce que...
est-ce qu'il y a plus ou moins d'enfants qui sont... qui sont placés dans les
familles autochtones?
M. Dowd (Marc-André) : Vous
avez certaines... vous avez certaines statistiques dans le rapport, quand même,
là, il y a un tableau, notamment sur le nombre d'enfants en centre de
réadaptation, mais ça ne fait pas d'analyse : est-ce qu'il y en a plus ou
moins? Vous avez aussi... il y a des chiffres, de mémoire, sur le nombre
d'enfants au Nunavik, sur les deux cotes, qui sont placés à l'extérieur de
leurs communautés. Alors, il y a certaines... Il y a quand même certaines
données quantitatives dans le rapport, mais on ne l'a vraiment pas abordé dans
l'optique de faire une évaluation statistique.
Journaliste
: OK. Puis
pouvez-vous élaborer sur ce que vous avez dit concernant l'amélioration des
relations, qui repose beaucoup sur des individus et non pas sur des mécanismes
durables...
M. Dowd (Marc-André) : Oui.
Alors, il faut... il faut dire qu'il y a quand même eu des avancées depuis 2019,
là. Je pense que c'est important depuis le rapport de la commission Viens.
C'est important de le reconnaître. Il y a eu des changements législatifs
majeurs de la Loi sur la protection de la jeunesse, la loi fédérale. Il y a eu
un conflit de juridiction qui... qui s'est soldé par une décision de la Cour
suprême du Canada, qui est venue régler des questions d'interprétation légales.
Puis le cadre légal actuel favorise
vraiment une meilleure prise en compte de l'intérêt de l'enfant autochtone. Il
y a des orientations ministérielles qui vont dans le bon sens aussi. Il y a un
guide, ça, on le nomme comme étant une réalisation intéressante, un guide sur
l'intérêt de l'enfant autochtone, qui a été réalisé par le ministère de la
Santé, en consultation avec des représentants puis des intervenants des
Premières Nations et des Inuits. Donc, ça, c'est des éléments qui sont
positifs.
Après ça, on va noter, puis j'arrive à
votre question, on va noter que, dans certains milieux, les collaborations se
sont améliorées, donc il y a vraiment... collabore mieux. On donne l'exemple de
la Côte-Nord, j'en ai parlé dans mon intervention, mais il y a d'autres
exemples dans notre rapport aussi. Mais ce qu'on... le constat qu'on fait,
c'est que c'est vraiment lié aux personnes qui sont en place, des personnes qui
y croient, qui s'engagent, qui vont développer une relation, ils vont apprendre
à connaître leurs interlocuteurs, les intervenants, intervenantes des Premières
Nations, des Inuits, ça se passe bien, mais si la personne accède à un autre
poste ou quitte la région, ça tombe, tu sais. Alors, on se dit, la
concertation, la collaboration, ça ne peut pas reposer uniquement sur les
bonnes relations. Il faut établir des mécanismes de concertation, il faut
établir des mécanismes de collaboration qui sont plus formels, qui font en
sorte que, même si un individu, un intervenant quitte, bien, le prochain, il
sait ce qu'il a à faire, puis il va rencontrer ces intervenants et ça va bien
se passer. Donc, c'est... entre autres, nos deux premières recommandations
abordent cet aspect-là, là, de formaliser les mécanismes de collaboration.
Journaliste
: On parle
d'améliorer des processus, mais on ne parle pas nécessairement d'augmenter les
budgets, là, dans le réseau.
M. Dowd (Marc-André) : En
fait, la question des budgets, pas dans le cadre de cette recommandation-là,
mais la question des ressources, elle est indissociable, parce que vous allez
avoir... tout au long du rapport, on aborde la question de la prévention, par
exemple. Le meilleur moyen de... le moyen qui serait le plus efficace pour
diminuer la surreprésentation des enfants des Premières Nations dans le système
de protection de la jeunesse, ce serait d'investir plus en prévention dans les
communautés, sur des services, par exemple, en dépendance, sur des services de
soutien. Donc, ça, il y a des besoins immenses qui ont été... qui ont été notés,
des besoins sur des services en intervention de crise, des besoins sur des
services en soutien auprès des parents. Quand un enfant vient d'être placé,
quand la décision a été prise de retirer un enfant de sa famille, c'est très
important d'intervenir rapidement auprès de la famille de façon soutenue pour
l'aider à, comme, mettre en place les mécanismes, ce qu'elle a à faire pour
ravoir son enfant. Parce que, sinon, il y a vraiment des risques qu'elle se
démobilise, qu'elle se mette en échec. Donc, ça, cette nécessité
d'intervenir de façon soutenue lors d'un placement d'enfants, on documente
aussi la nécessité d'intervenir plus pour préparer le passage à l'âge adulte.
Hein, quand un enfant va atteindre ses 18 ans et que la protection de la
jeunesse va se retirer, il faut trouver une façon de mieux accompagner les
jeunes vers le passage à la transition à l'âge adulte, et là il y a des besoins
aussi là-dessus.
Alors, oui, il y a des besoins. La
question des ressources, on ne peut pas dire : Il n'y a pas d'enjeux de
ressources, il y a des enjeux de ressources. Et notre recommandation 6
aborde cette question-là.
Journaliste
: Avez-vous
chiffré les besoins?
M. Dowd (Marc-André) : Non,
on n'a pas chiffré les besoins, puis je pense que ce n'est pas notre rôle non
plus. Je pense que les besoins... si on lit notre par rapport, on voit bien la
nature des besoins, mais je pense que le gouvernement est beaucoup mieux placé
que nous pour pouvoir chiffrer la nature de ces besoins-là.
Journaliste : Je vais me
permettre quelques questions puis vous pourrez regarder la caméra quand même.
Vous avez parlé de la loi fédérale C-92, là, qui permet une autonomie pour
les Premières Nations qui souhaitent un peu s'affranchir de la DPJ. Est-ce que
vous avez, de par vos travaux, examiné un peu ce modèle-là? Puis est-ce que
vous avez constaté qu'il y a effectivement eu des améliorations dans les
communautés où on s'est doté de la loi fédérale?
M. Dowd (Marc-André) : Oui,
mais, en fait, c'est vraiment l'idée derrière ça. C'est que le droit à
l'autodétermination, qui est reconnu par la décision de la Cour suprême à
laquelle vous faites référence, part aussi avec l'idée de base, qui nous a
animés et qui devrait animer tout le monde dans le réseau de la santé et des
services sociaux, à l'effet que les personnes les mieux placées pour prendre
soin de leurs enfants, pour décider quelles sont les mesures qui sont dans
leurs intérêts, ce sont les communautés des Premières Nations et des Inuits. Et
là il y a une gamme de modèles différents.
Ça va de... Les plus achevées... Je vais
prendre, par exemple, Obedjiwan, qui a adopté et qui met en œuvre sa propre loi
sur les services aux enfants et aux familles. Et, à ce moment-là, le DPJ se
retire purement et simplement dans ce modèle-là. Mais à ce moment-là, nous, ce
qu'on voit, c'est que le rôle du réseau de la santé et des services sociaux,
dans un contexte comme ça, c'est d'accompagner la communauté, de lui offrir le
soutien pour développer son modèle, de faire en sorte, par exemple, que, s'il y
a des services spécialisés qui ne sont pas disponibles sur la communauté, bien,
que le réseau de la santé puisse continuer à donner ces services-là pour les
enfants qui ont droit à ces services-là. Mais ce qu'il faut se rendre compte,
c'est qu'on ne peut pas imposer un modèle unique. Chaque communauté est
différente, chaque communauté a ses propres besoins, chaque communauté a son
rythme aussi.
Alors, il y a des communautés qui vont
être encore aujourd'hui sous la Loi sur la protection de la jeunesse, et
l'idée, à ce moment-là, ce qu'on souhaite, c'est de faire en sorte que le
réseau de la santé et des services sociaux, les directions de la protection de
la jeunesse, adaptent leurs interventions pour travailler d'égal à égal, en partenariat,
en collaboration avec les intervenants sociaux des Premières Nations qui
donnent les services sur les communautés.
Journaliste : Mais est-ce que
vous avez constaté des améliorations dans les communautés ou c'est... D'abord,
est-ce que vous avez pu les les consulter ou constater? Puis est-ce que vous
avez effectivement constaté des améliorations dans la surreprésentation, par
exemple des enfants? Est-ce qu'il y a eu des effets positifs, là, concrètement,
dans les communautés où on s'est affranchi de la DPJ?
M. Dowd (Marc-André) : Bien,
en fait, la façon dont il faut le voir, c'est qu'on n'a pas fait une analyse
d'impact ou une analyse d'évaluation. C'est important de le dire. Mais, à la
base, quand on regarde ce qui est visé par, par exemple, la loi fédérale puis
les modifications à la Loi sur la protection de la jeunesse aussi, tous les
billets ou tous les obstacles qu'on peut rencontrer puis qui expliquent la
surreprésentation des enfants des Premières Nations, dans un modèle où c'est la
communauté qui donne ses propres services, bien, la personne qui donne les
services, elle connaît les besoins de l'enfant, elle connaît les besoins de la
famille parce qu'elle est dans la communauté, il n'y a pas de biais ou de
préjugé dans la façon de donner les services, parce que la personne appartient
à cette communauté-là, alors donc, nécessairement, il y déjà des améliorations
marquées.
Maintenant, ce sont des modèles qui sont
quand même assez jeunes, qui doivent se développer dans le temps. Il va y avoir
des ajustements. Puis, encore une fois, ça ne veut pas dire que c'est le réseau
de la... il faut résister au fait que le réseau de la santé et des services
sociaux dise : Bien, c'est parfait, ils ont pris en charge, donc on ne
donne plus de services ou donc on se retire. C'est des... C'est des systèmes
qui vont devoir être soutenus. Puis le rôle du réseau de la santé et des
services sociaux, c'est d'aider au développement de ces modèles-là dans les
communautés.
Journaliste : Mais est-ce que
vous... Parce que, là, vous dites que les biais et obstacles que vous avez
notés n'existent... plus de par le modèle qui est mis en place par une
communauté qui le choisit. Donc, est-ce que vous encouragez la mise en place de
ce modèle-là de façon plus étendue dans les communautés? Est-ce que ça
viendrait résoudre une fois pour toutes les enjeux que vous soulevez?
M. Dowd (Marc-André) : Oui.
Bien, je pense que le principe de base, c'est le respect de
l'autodétermination. Alors, je pense qu'il faut revenir aux choix et aux désirs
de la communauté concernée. Il faut vraiment partir de comment la communauté
veut développer ses propres services, jusqu'à quel point elle veut, par
exemple, se doter d'une loi ou non, ou continuer à faire affaire avec... avec
la Direction de la protection de la jeunesse. Donc, on n'est pas là pour faire
la promotion d'un modèle ou non, on est là pour faire la promotion du principe
de l'autodétermination et de dire : Soyons à l'écoute et discutons d'égal
à égal avec... avec les responsables des communautés pour voir comment on peut
faire en sorte d'aider à ce que les services les plus respectueux avec le
principe de continuité culturelle, non plus, soient donnés pour... pour les
jeunes et les familles dans les différentes communautés. Alors, ce n'est pas
l'idée de dire : Bien, à terme, ce qu'on veut, c'est que toutes les
communautés aient adopté leur loi. Ce n'est pas à nous de décider ça. C'est à
chaque communauté de décider ce qui est... ce qu'elles estiment être bon pour
elles.
Journaliste : ...je
voulais... je voulais juste clarifier. C'est-à-dire, vous êtes le Protecteur du
citoyen, vous voyez ce modèle-là, pour vous... vous faites confiance à ce
modèle-là, pour vous, il est novateur et prometteur pour l'avenir. C'est bien
ça?
M. Dowd (Marc-André) : Je
peux dire oui. La... En réponse à cette question, oui. Mais, encore une fois,
il ne m'appartient pas de dire : C'est ça qu'on devrait faire partout.
La Modératrice : OK. Très
bien. On... As-tu d'autres questions, Caro?
Journaliste : ...
La Modératrice
: On va
passer en anglais maintenant. Rachel White de CBC.
Journaliste : Oui. Bonjour. I think I'll start just with a question about the
limitations. It was mentioned that, you know, it was thanks to contributions
from several First Nations and Inuit, but I noticed the Cree and Naskapi
communities were among those that didn't participate. Can you explain a bit
about why that was?
M. Dowd
(Marc-André) : Mrs. Gallo will answer the
question in English.
Journaliste
: OK. Thanks.
Mme Gallo
(Assunta) :
So,
the reason that they were not included in the process, we reached out to them.
And as Mr. Dowd said, we need to respect the pace in the capacity of
communities to engage. And at the time when we reached out to them. Unfortunately,
they were not able because they had other transition they were experiencing.
So, we can get in communication with them, so they are aware of our process.
However, we were not able to involve them in the same way as we did… the other
communities. So, we respect the pace of every nation. So, as much and we wanted
to include them, they let us know that they were not able to do so. And we're
still in touch with them, so they are on board in the year and a half, follow
up on our progress, and eventually we will be able to contact them and have
further information.
Journaliste
: OK. And in terms of those we did speak with, about these recurrent
issues, what were the main points highlighted by community members? If you can
summarize some of the barriers that they found in achieving some of… the course
of action.
Mme Gallo
(Assunta) : So, when reading the report,
you'll notice that there's a lot of «citations» quotations from different
members of the communities First Nations and Inuit communities. A lot of them
mentioned that there are lots of improvements that have happened. So, for example, collaboration, they are better
informed. They have more referrals that are given to them. What they mentioned
is: Where there's improvements unfortunately, it depends on the people who are
in position. So, for example, this individual who's the Director youth
protection or the Director of youth program is someone who believes in the
rights of the self-determination of the community, then, it will work better.
But what their saying is that he can't be dependant solely on the individuals
who were there, because this individual may achieve in getting another job and
then certainly, we have a rupture of services.
So, one of the things we
are hearing is: Definitely, we need structures and mechanisms in place that are
much more organized. The other thing, we are hearing is the need for
interpreters. So, for example, when a child or a youth is placed out of
community and their first language is either their mother tongue or their
second language is English, and they are placed in a French… in a French foster
home or readaptation center. They don't understand the language, they don't
understand the directives. So, they need support in terms of interpretation
services. That's another issue that's mentioned.
And also, the
understanding, although there's guides that were put forward by the Ministry of
Health and Social Services, le Guide d'intérêt sur le bien-être d'un enfant.
So, it's very promising. However, sur le terrain, when… when we see actually in
progress, not everyone has the same understanding of what it means as a
concrete example, the confidentiality. So, some people will interpret that I
have more capacity to share information, whereas other people interpret… that
have to be limited in the information I share with you. And that has a huge
impact for children and families.
A concrete example is
when we're making a referral. So, if we're making a referral to a Centre
d'amitié autochtone, and we're wanting them to provide services to the parents
and we say : They need help with parental capacity, well, «parental capacity»
is very vague. So, someone who is less comfortable in sharing information will
give a very vague term. Someone who is more comfortable in sharing information
will say: Well, they're having trouble structuring. They're having trouble with
routine. There's… and go into a bit more details why we need to address this.
So, that's… those are some elements of information of what we're hearing from
the participants themselves.
Journaliste
: It was also mentioned, like, the «lien de confiance» was mentioned
over and over. I'm curious if you can talk about, you know, establishing that,
but also reestablishing this sort of trusting relationship and… and maybe some
of the challenges that goes along with that.
Mme Gallo
(Assunta) : So, the… the establishing of a
relationship of trust comes from the… the starting point of being able to speak
with an individual and want to understand who is this individual in front of
me, with what they come from and where… what they come with. So, really having
an openness to understand their history, understanding that the history has an
impact.
So, speaking with someone
who… a parent, for example, who themselves were placed as a child, and all the
intergenerational trauma that we know, we have to be cognizant of that and be
empathic towards understanding what impact that can have on an individual. So,
that recognition has to be there as a starting point. And then building a
relationship of trust means I'm going to do what I say I'm going to do, and I'm
going to follow up and actually do it. And you have to have multiple
experiences of building that kind of relationship with the communities, and
respecting the pace, and not imposing our point of view and our perspective.
If we take, as an
example, a parent with a child who's now… who was in the northern part of
Québec and transitions to Montreal, is in a new apartment, and they have their
mattress on the floor. For them, it's a point of reference, but from our
perspective, if we don't ask them the question, we can interpret that as
they're not getting themselves organized. But it's not that they're not getting
themselves organized, it's that that's the only point of reference they have
from their own community in the northern Québec. So, it's making sure that our
points of references are not our lenses, but the lenses of First Nations and
Inuit communities.
Journaliste
: So, I just wanted to ask about… because you're talking about the
progress that's been made as well but also underlining sort of the concerning
issues about some fundamental rights, if I'm correct. So that's… that's still a
major concerning factor for...
Mme Gallo
(Assunta) : Yes. Yes. So, you're absolutely
correct. So, when Mr. Dowd was mentioning the recommendations, all our recommendations
are what we call «transversales». So, it's across all different ministries,
organizations and services as well as it requires structural changes. So,
they're not changes that… uniquely will say: Look at cultural security within
our offer of services. It's beyond that. It's making sure that it's coherent
across the board, that in the offer that we have, that we all understand the
same thing. So, the C-92 was, in effect, the federal law, the interpretation
that everybody has has to be coherent across the board, so that, in one region
to another region in Québec, it's applied the same way.
Actually, what we're
hearing from First Nations and Inuit communities, the participants that… that
we… that the team met with in discussion groups, they're saying that it's not
coherent actually, which can be explained in part... it's all very new. Mr.
Dowd made… made reference to the setting in place of a new community center,
and they're assuming… the responsibilities of youth protection is new. So, we
got… we have to give it time to be able to evaluate how the progress is going. So,
it's the same thing.
Journaliste
: Thank
you. Merci.
La Modératrice
: Est-ce
qu'il y a d'autres questions? Pas d'autre question. Bon, c'est ce qui met fin à
la conférence de presse. Merci.
M. Dowd (Marc-André) : Merci beaucoup.
(Fin à 11 h 31)