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(Onze heures sept minutes)
Le Modérateur : Bonjour!
Bienvenue à cette conférence de presse de la Vérificatrice générale du Québec,
Christine Roy, qui dépose aujourd'hui son rapport annuel 2025-2026. Elle
est accompagnée de Caroline Rivard, d'Alain Fortin et de Martin St-Louis, tous
vérificateurs et vérificatrices généraux adjoints. Alors, Mme Roy, je vous
laisse la parole.
Mme Roy (Christine) : Alors, mesdames,
messieurs, bonjour! C'est avec plaisir que je vous présente aujourd'hui mon
tout premier rapport en tant que Vérificatrice générale.
Mon rapport présente les résultats de
trois audits de performance réalisés par mes équipes. Le premier a porté sur l'aide
financière relative à la filière batterie, le deuxième sur la récupération
fiscale dans le secteur de la construction et le troisième sur les services
publics d'emploi offert aux individus.
Commençons par l'audit sur l'aide
financière relative à la filière batterie. En octobre 2020, le gouvernement du
Québec a annoncé la Stratégie québécoise de développement de la filière
batterie. Notre audit portait sur la manière dont Investissement Québec et le
ministère de l'Économie, de l'Innovation et de l'Énergie gèrent l'aide
financière relative à cette filière.
Tout d'abord, le développement de la
filière batterie repose sur une approche peu planifiée. Or, le développement de
cette filière implique la création d'une chaîne de valeur peu présente au Québec
et nécessite un savoir-faire important, ce qui comporte une part de risque à
considérer. Dans ce contexte, il devrait y avoir une planification rigoureuse.
Toutefois, certains éléments essentiels comme des objectifs, des échéanciers,
des cibles ou des précisions quant à l'ordonnancement des interventions ont été
omis. Dans les faits, les demandes d'aide financière ont été analysées à la
pièce. Dans ces circonstances, il était difficile pour les différents
intervenants d'évaluer la pertinence des demandes d'aide financière et d'assurer
la cohérence et la complémentarité des interventions. De plus, les dossiers
d'aides financières que nous avons sélectionnés ne démontrent pas que tous les
risques importants ont été suffisamment considérés lors de l'analyse des
demandes d'aide financière. Soulignons qu'à l'automne 2025 l'aide
autorisée pour les dossiers que nous avons sélectionnés s'élevait à plus de
2 milliards de dollars et qu'elle avait été versée en quasi-totalité.
Dans les faits, malgré la présence
d'analyses dans chacun des dossiers, des risques importants n'ont pas été
adéquatement identifiés ou documentés, et ce, pour l'ensemble des dossiers que
nous avons sélectionnés. Ces risques ont trait au montage financier, à la
capacité de production et aux échéanciers, à la capacité d'approvisionnement et
à l'évaluation de la situation financière des entreprises concernées par les
demandes d'aide. Même s'il n'est pas possible d'établir dans quelle mesure la
considération de ces risques aurait influencé sur la décision d'autoriser les
aides financières, des travaux plus structurés permettraient d'obtenir une
meilleure assurance que les risques importants... ont été relevés et évalués
avant de prendre une décision éclairée ou de préciser les mesures d'atténuation
de ces risques. Or, il n'existe pas de processus structuré de vérification
diligente.
Enfin, les conditions fixées lors de
l'octroi des aides financières et les risques détectés ne font pas l'objet d'un
suivi suffisamment rigoureux.
En ce qui concerne maintenant l'audit sur
la récupération fiscale dans le secteur de la construction. Le
budget 2026-2027 du gouvernement du Québec évalue les pertes fiscales dans
ce secteur à 1,3 milliard de dollars en 2022, ce qui représente plus
du tiers de l'ensemble des pertes fiscales du gouvernement pour cette même
année.
Au cours des 20 dernières années,
Revenu Québec a graduellement mis en œuvre des actions spécifiques pour le
secteur de la construction afin d'accroître l'efficacité et la récupération des
sommes dues. Elle s'est notamment dotée d'équipes spécialisées dans ce secteur
qui réalise des activités de vérification et de recouvrement. Cependant, le
suivi des résultats de ces actions ne permet pas d'évaluer adéquatement leur
performance. Par ailleurs, Revenu Québec n'a pas l'assurance que son processus
de vérification fiscale des dossiers du secteur de la construction permet de
gérer efficacement les risques, principalement ceux liés à la sous déclaration.
Or, la valeur des avis de cotisation
découlant des avis... des activités de vérification de ces équipes spécialisées
dans le secteur de la construction a diminué de 31 % de 2020 à 2025.
Revenu Québec ne s'assure pas non plus que son processus d'opposition contribue
adéquatement à la performance de la récupération fiscale. Notamment, les agents
traitent des dossiers qui pourraient être réglés autrement. De plus, pour tous
les secteurs confondus, les agents revoient la cotisation à la baisse en
moyenne pour près d'un dossier sur deux. Et les raisons pour lesquelles les
sommes dues sont revues à la baisse ne sont pas analysées. Enfin, en cas de
défaut de paiement d'un avis de cotisation, le dossier se retrouve en
recouvrement. Or, il faut en moyenne 608 jours pour attribuer un dossier
de recouvrement à une des équipes spécialisées dans le secteur de la
construction. De plus, ces équipes utilisent peu les moyens à leur disposition
pour maximiser les sommes recouvrées.
Au sujet du troisième audit qui a porté
sur les services publics d'emplois offerts aux individus. Chaque année, près de
1 milliard de dollars sont investis dans ces services offerts aux
personnes qui souhaitent intégrer le marché du travail ou qui souhaitent s'y
maintenir. La grande majorité de ces investissements va aux services spécialisés
offerts aux individus dans le but de réduire le chômage, l'exclusion sociale et
la pauvreté, soit plus de 80 % des sommes versées en 2024-2025.
Cependant, depuis 2022-2023, les résultats
d'intégration en emploi que le ministère de l'Emploi et de la Solidarité
sociale publie sont à la baisse et le ministère n'atteint pas les cibles qu'il
s'est fixées. Les résultats de 2024-2025 sont les plus bas enregistrés au cours
des six dernières années. À cela s'ajoute le fait que les méthodes de calcul du
ministère pour évaluer ses résultats présentent des lacunes. De plus, les plans
d'action annuels de ces services publics d'emplois n'indiquent pas ce qui
devrait être réellement mis en œuvre pour améliorer la situation. Enfin, le
ministère ne s'assure pas de maintenir une offre de service public d'emploi qui
répond de manière efficiente aux besoins des clientèles visées afin de
maximiser l'intégration et le maintien en emploi de ses clientèles.
Je suis maintenant prête à répondre à vos
questions sur ce rapport.
Le Modérateur : Merci,
Mme Roy. On va effectivement passer à la période des questions, en
commençant avec Alain Laforest, TVA.
Journaliste : Bonjour,
Mme Roy. Bienvenue pour votre premier rapport. Êtes-vous capable de me
résumer? Quelles sont les principales critiques que vous avez à l'endroit de la
filière batterie?
Mme Roy (Christine) : Bien,
tout d'abord, dans le fond, l'implantation d'une filière batterie au Québec
dans une industrie qui est peu présente, c'était assez complexe. Donc, ce qu'on
se serait attendu, c'est qu'il y ait une planification plus rigoureuse du
déploiement de la filière batterie. Or, on a vu une approche qui était peu
planifiée. Ensuite, on a sélectionné un certain nombre de dossiers, et,
lorsqu'on a examiné le tout, bien, on s'est rendu compte que les analyses qui
supportaient l'autorisation de ces aides-là ne permettaient pas de s'assurer
qu'on avait identifié tous les risques importants. Donc, dans certains cas, ce
n'était pas suffisamment documenté, parfois pas suffisamment analysé, et il y a
certains risques qui n'ont donc pas été identifiés. Et enfin, bien, on se
serait attendu à un suivi adéquat de ces risques-là et également de certaines
conditions qui peuvent être mises dans les ententes, là, conditions qui doivent
être respectées avant le versement d'une aide.
Journaliste : C'était trop
vite.
Mme Roy (Christine) : Ah!
oui, excusez-moi.
Journaliste
: Est-ce
que... Non, mais est-ce que c'était trop vite?
Mme Roy (Christine) : Ah!
dans le fond, je ne suis pas en mesure de dire si c'était trop vite, mais ce
qu'on a été capables de voir, c'est qu'il manquait un programme de vérification
pour faire des vérifications diligentes, ce qui fait que les vérifications
diligentes n'ont pas été faites de façon complète de notre point de vue. Tous
les risques n'ont pas été suffisamment analysés, donc ça aurait sûrement pu
aider à faire les analyses.
Journaliste : Et, vous
croyez, à la lumière des données qu'on a, là, sur le 2,2 milliards, il y a
deux entreprises qui fonctionnent bien, les autres, on peut dire qu'ils sont
sur respirateur artificiel? Le gouvernement du Québec a perdu combien de
millions de dollars actuellement?
Mme Roy (Christine) : Bien,
tout d'abord, vous avez un tableau dans notre rapport, là, qui mentionne l'état
de situation des entreprises en date du 30 septembre, donc, sur les... il
faut savoir que nous, on a pris un échantillon de dossiers, on n'a pas pris
tous les dossiers, là. Sur les 11 entreprises qu'on a pris, dans le fond,
il y en a cinq dont les projets étaient toujours en cours, quatre qui étaient
sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers, puis
deux dont les projets avaient été suspendus ou abandonnés. Ce qu'on mentionne,
c'est que présentement, vous savez, à la dépense des états financiers, on a
comptabilisé pour 700 millions. Ce 700 millions-là, ce n'est pas
juste des pertes, là, des provisions pour pertes, c'est... il peut y avoir des
subventions qui ont été données, puis une subvention, nécessairement, ça va à
la dépense, mais il y a une partie qui est gardée là pour des pertes. Donc, si
on pense qu'un placement a perdu de la valeur, on va prendre une provision pour
pertes. Donc, il y a certaines de ces pertes-là qui peuvent s'être
cristallisées, là. Donc, le ministère parle, dans la réponse qui est en annexe
à notre rapport, de 375 millions, ça, c'est les pertes qui... on n'a
aucune expectative de recouvrement, là, dans le fond, ils ont... Le placement a
été radié des livres, donc c'est... c'est... sont cristallisées, comme on
pourrait dire. Mais, dans le fond, il y a aussi d'autres pertes, qui sont
comptabilisées sur d'autres dossiers, qui pourraient encore fluctuer avec le
temps, là, selon l'évolution de la situation de ces entreprises-là.
Le Modérateur
: Merci.
Nicolas Lachance, Le Journal de Québec.
Journaliste : Est-ce que vous
êtes capable de nous quantifier le nombre de décrets concernant les
1,9 milliard, là, qui ont été octroyés après octobre 2024?
Mme Roy (Christine) : Ah!
je n'ai pas cette information-là. On n'a pas regardé ça.
Journaliste : Vous n'avez pas
regardé ça. Donc... OK. Passe donc à d'autres questions, je reviendrai. Je
voulais renchérir là-dessus...
Mme Roy (Christine) : Mais
les décrets sont publics.
Journaliste : Les décrets
sont publics, mais vous n'en avez pas fait la liste.
Mme Roy (Christine) :
Non.
Journaliste
: Mais vous
vous êtes basé sur ces décrets-là.
Mme Roy (Christine) : Bien,
en fait, on a vu qu'il y avait des décrets, là, mais on n'a pas fait de
chronologie. Je n'ai pas cette information.
Le Modérateur : Charles
Lecavalier, La Presse.
Journaliste
: Oui,
bonjour. Est-ce que vous avez l'impression que c'est lié à la politisation de
cette filière-là, c'est-à-dire à l'implication des politiciens dans la prise de
décision au-delà des critères normals?
Mme Roy (Christine) : Bien,
moi, mon rôle comme auditeur législatif, c'est de regarder le processus
administratif. Donc, dans quelle mesure Investissement Québec et le ministère
ont déployé adéquatement la batterie, la filière batterie. Donc, dans ce
contexte-là, j'ai vu que l'approche n'était pas suffisamment planifiée puis que
les analyses auraient dû être plus rigoureuses et les suivis mieux encadrés
aussi.
Journaliste : Mais est-ce que
vous avez trouvé, dans votre étude, qu'il y a eu des... disons, des mécanismes
qui ont été court-circuités en raison de la volonté du gouvernement
d'installer... d'instaurer cette filière-là?
Mme Roy (Christine) : Ça,
ça ne faisait pas partie de notre audit, donc ça... c'est mes lacunes... toutes
les lacunes que j'ai trouvées sont dans mon rapport. Mais nous, ce qu'on a
procédé comme travaux, c'est vraiment de regarder si le processus administratif
s'est adéquatement déroulé.
Le Modérateur : Merci. Louis
Lacroix, Cogeco.
Journaliste
: Bonjour,
mesdames, messieurs. Je vais poser la question autrement, mais, selon votre
connaissance des dossiers, là, après avoir fait les audits sur les
11 entreprises, qui décidait d'accorder ou pas une aide financière.
Mme Roy (Christine) : Bien,
en fait, vous allez voir dans notre rapport, là, qu'il y a un tableau, là, où
il y a tout le mécanisme d'autorisation selon le véhicule financier. Donc, il y
a tout un processus à suivre, mais, sur le 2,2 milliards, l'autorisation
finale pour 2 milliards a été donnée par décret. C'est dans le
tableau 1 de notre apport.
Journaliste
: Donc, par
décret, ça veut dire le Conseil des ministres.
Mme Roy (Christine) : Oui,
c'est l'autorisation ultime, après les autres étapes, là, qui sont à une
figure, là, figure... je crois que c'est 1, de notre rapport. Figure 2,
pardon.
Journaliste
: Pendant
toutes ces annonces-là, on a beaucoup entendu, puis vous y faites référence à
un moment donné, dans le rapport, là, à ce qu'un ancien ministre appelait des
prêts pardonnables. Qu'est-ce que vous pensez de cette forme de prêt là?
Dans... dans ce que vous connaissez comme façon de fonctionner des différentes
entités publiques, par exemple, qui peuvent prêter de l'argent ou qui peuvent
faire des... de l'aide financière, etc., qu'est-ce que vous pensez de cette
pratique des prêts pardonnables?
Mme Roy (Christine) : Bien,
en fait, ça, c'est une décision... c'est une décision gouvernementale de donner
des prêts pardonnables, hein, il faut savoir que le fonds de développement est
là pour le développement économique du Québec. Donc, nous, notre rôle comme
auditeur législatif, ce n'est pas de remettre en question les décisions, c'est
de s'assurer, un coup que ces décisions-là sont prises, qu'ils sont bien
déployés. Donc, nous, ce n'est pas à nous à... c'est aux élus, là, je pense, à
prendre ces décisions-là, de savoir est-ce qu'on doit accorder des aides. Parce
qu'un prêt pardonnable, il y a une partie de ce prêt-là qui peut finalement ne
pas être remboursé, mais c'est un choix qu'on fait d'aider puis c'est un choix
qui appartient aux élus, là.
Journaliste
: Mais
est-ce que c'est une pratique qui est répandue, ça, de ce que vous connaissez
des façons de fonctionner des entités publiques?
Mme Roy (Christine) : Bien,
je vous dirais qu'il n'y a pas beaucoup d'entités publiques qui font des prêts
à des entreprises en démarrage pour le développement économique, là. Donc,
c'est quand même assez bien...
Journaliste
: ...un peu
partout au Canada.
Mme Roy (Christine) : Ah!
oui, dans... dans ce sens-là, mais je n'ai pas fait de travaux à cet égard-là.
Je pensais que vous parliez au Québec, mais en fait, au Canada, on n'a pas
regardé ça. Je ne suis pas en mesure de répondre à votre question.
Journaliste
: Je vais
me permettre quelques questions, si vous me permettez, Mme Roy, puis vous
pourrez continuer à regarder devant vous, là, mais en lien avec les
autorisations, vous dites que... c'est quoi, 91 %, je pense que des
projets qui ont été autorisés par décret. Est-ce que c'est une façon normale de
fonctionner?
Mme Roy (Christine) : Bien,
en fait, c'est déjà prévu, là, dans les programmes que... Par exemple, je vous
donne un exemple, là, le programme Essor pour le... du Fonds de développement
économique, qui existe déjà, bien, il va jusqu'à 10 millions, là. Donc,
c'est sûr que, si on accorde des sommes plus élevées, bien, ça doit passer par
d'autres mécanismes, puis c'est déjà prévu que le gouvernement peut confier au
Fonds de développement économique des mandats. Donc, dans ce temps-là, ça passe
par le mécanisme d'un décret.
Journaliste
: OK. Dans
sa réponse à votre rapport, le ministère de l'Économie vous reproche d'avoir
fait une sélection tronquée, là, des organismes... des investissements dans la
filière batterie. Il dit... bon, il répond qu'il s'agit d'une sélection qui
limite grandement les conclusions pouvant être tirées de l'exercice. Qu'est-ce
que vous répondez au ministère de l'Économie?
Mme Roy (Christine) : Bien,
je pense que vous connaissez notre institution. Nous, notre travail est
toujours basé sur des faits avec une... des preuves qui sont solides, qui sont
robustes puis qui est... qui sont... Nos travaux sont faits avec une très
grande rigueur. Donc, nous, on n'est pas en accord avec cette conclusion-là.
D'ailleurs, dans le fond, ce que le
ministère mentionne, c'est qu'il y a sept entreprises qu'on n'a pas prises,
mais en fait, ces sept entreprises-là... C'est sûr qu'on fait toujours des
échantillons, là, dans nos dossiers, ils représentent 400 millions d'aide
autorisée sur... donc, on aurait été à 2,6 milliards au lieu de
2,2 milliards, ce qui couvre... notre sélection couvre 85 % de ce
montant-là. Et, au niveau des versements, il y a eu juste 60 millions dans
ces sept entreprises-là, donc on couvre 97 %. Puis il faut savoir aussi
qu'à partir du moment où on trouve des lacunes dans chacun des 29 dossiers
d'aide, bien, on n'a pas besoin de faire plus de dossiers pour être capables de
dire que le processus ne fonctionne pas comme il devrait puis qu'il y a des
améliorations à apporter. Ce n'est pas nécessaire, donc.
La Modératrice
: Merci.
Valérie Gamache, Radio-Canada.
Journaliste
: Bien,
bonjour. Je veux juste continuer sur la notion de décret. Selon vous, là, et ne
serait-ce que pour la confiance des Québécois, est-ce que le gouvernement
devrait limiter, mais le plus possible à l'avenir d'autoriser des aides
financières par décret?
Mme Roy (Christine) : Mais
ça, c'est une décision qui appartient aux élus. Moi, ça ne fait pas partie de
mon rôle de regarder cet aspect-là. Puis on n'a pas remis en question cette
autorisation-là non plus. Nous, ce qu'on dit, c'est qu'à partir du moment où il
y a des décisions de prise, bien, est-ce qu'ils s'en sont déployés
correctement? Puis aussi, est-ce que toutes les informations ont été cherchées
avant de prendre ces décisions-là de façon suffisante? Est-ce que toutes les
analyses ont été faites pour prendre des décisions éclairées? Puis, si on
décide d'aller de l'avant quand même, bien, qu'on puisse mettre en place des
mesures de mitigation, des mesures d'atténuation. Puis on a relevé des lacunes
à cet égard-là.
Journaliste : Si on revient
sur la notion de la perte nette, là, de la perte dans les coffres du
gouvernement, il y a ce chiffre de 375 millions. Vous, est-ce que vous
avez une idée, une évaluation personnelle des pertes que ça peut représenter?
Selon ce que... les chiffres que vous avez eus en main, est-ce que vous avez un
ordre, ne serait-ce qu'un ordre d'idée?
Mme Roy (Christine) : Bien,
en fait, le 700 millions qui est passé à la dépense en date du
31 mars, mes équipes sont en train de vérifier ce chiffre-là, mais c'est
un chiffre qui est là, là, donc. Mais à savoir, est-ce que ce montant-là, dans
le futur, pour évaluer... Vous savez, on ne fait... on ne fait jamais de
prévisions, là, on parle toujours basé sur des faits. Donc, je ne suis pas en
mesure de vous répondre. Mais, oui, le montant de 375 millions, c'est des
sommes qui ont été radiées, oui, il y a d'autres provisions qui font partie de
700 millions qui pourraient éventuellement entraîner des... des pertes qui
se cristallisent, là.
Journaliste : Donc,
inévitablement, le montant sera plus élevé.
Mme Roy (Christine) : Bien,
ce sera l'avenir qui nous le dira.
Le Modérateur : Merci.
Nicolas Lachance avait...
Journaliste : Oui, je
prendrais ma... ma relance. Dans le rapport, vous parlez de projets toujours en
cours, je vais le citer, là, pour être dans les... qui... «dont aucun document
ne démontre qu'un suivi adéquat des risques a été effectué avant mai 2025».
Vous ne pouvez pas nommer le projet, mais, bref, est-ce que ce projet-là est
toujours à risque? Et, bien là, on parlait de 700 millions, est-ce que
qu'avec les projets qui sont toujours en cours il y aurait d'autres pertes qui
pourraient être ajoutées à ça ou d'autres réserves qui pourraient être ajoutées
à ça? Donc, est-ce qu'on est... est-ce qu'on a atteint la limite de la mauvaise
gestion dans ce dossier-là?
Mme Roy (Christine) : Bien,
en fait, dans le fond, votre question, là, dans le fond...
Journaliste : Nemaska
Lithium.
Mme Roy (Christine) : Je
n'infirmerai pas ou je ne confirmerai pas de quelle entreprise on parle, mais
votre question, c'est à savoir est-ce qu'il pourrait y avoir d'autres pertes.
Bien, comme je viens de dire, ça va dépendre de l'évolution des... de la
situation de chacune de ces entreprises-là qui sont encore en cours de
développement. Il y en a qui ont eu effectivement des... des augmentations de
coûts importants. Donc, c'est, encore là, l'avenir qui va nous dire s'il y a
des pertes additionnelles, là, qui vont... qui vont devoir être prises ou pas.
Journaliste : Mais, si je
lis, là, ce qui est écrit dans le rapport, d'abord, est-ce que vous êtes toujours
inquiet en ce qui a trait à ce... à ce projet-là?
Mme Roy (Christine) : Bien,
moi, je... je tiens à ce qu'il y ait des correctifs pour apporter plus de
rigueur dans la gestion de la filière batterie, parce que c'est beaucoup
d'argent public, puis on a quand même un but stratégique en arrière de ça qu'on
veut atteindre. Donc, de façon à atteindre nos objectifs, bien, c'est important
de planifier adéquatement, c'est important que les analyses soient faites en
profondeur puis qu'on fasse un suivi adéquat. Puis c'est pour ça qu'on a fait
quatre recommandations, et les entités ont adhéré. Donc, j'espère voir des
améliorations lorsqu'on va faire notre suivi.
Le Modérateur : Merci. Thomas
Laberge, La Presse canadienne.
Journaliste : OK. Juste pour
revenir, là, sur les montants. En date d'aujourd'hui, là, c'est... le montant,
c'est 375,2, là. C'est ça qu'on peut... À la date d'aujourd'hui.
Mme Roy (Christine) : Ça,
c'est le montant radié. Donc, il faut savoir... Là, je vais faire un petit peu
de comptabilité, puis je ne vais pas vous perdre, là, mais il faut savoir qu'en
comptabilité, lorsqu'on a vraiment plus aucune expectative, on va retirer le
placement des livres, mais, entre temps, il peut y avoir d'autres placements
qui... dont la valeur fluctue. Puis on prend... on peut prendre des provisions
pour pertes, c'est-à-dire que ça peut encore changer, mais on fait une
estimation des pertes dans ces projets-là. Puis il y a une partie de ce... cet
estimé-là qui est dans le 700 millions dont on parle. Donc, le
375 millions est inclus dans le 700 millions dont on parle, mais il y
a aussi d'autres provisions pour des pertes possibles.
Journaliste : Non, mais...
Le Modérateur
:
...là-dessus, Mme Roy, on parle des... Quand le ministère parle de
375 millions, il parle des 16 projets de la filière batterie, donc
encore plus que tous les projets que vous avez analysés, ou je me trompe?
Mme Roy (Christine) : Bien,
en fait, je ne me rappelle plus si... Mais on l'a vérifié, là, le
375 millions, il est adéquat. Donc, ça représente vraiment les pertes
radiées en date de mars. Mais, comme je vous dis, nous, on peut avoir vu qu'il
y a des provisions sur certains autres dossiers ui sont inclus dans le
700 millions, puis là il faut faire attention, le 700 millions dont
je parle, ce n'est pas le même 700 millions qui est vis-à-vis la ligne du
tableau 2, entreprises placées sous la protection de la loi, là, c'est
deux choses différentes. Donc... parce que, dans le fond, dans les entreprises,
là, qui sont placées sous la protection de la Loi sur les arrangements, vous
avez une petite note 1, là, qui dit que, dans certains cas, on a des
recours, là, pour récupérer des sommes. Donc, ce n'est pas nécessairement juste
ces entreprises-là.
Le Modérateur : Merci. Mes
excuses, Thomas.
Journaliste
: Par
rapport aux critères sur la sélection des entreprises que vous avez prises,
c'est vraiment en termes d'ampleur qu'elles avaient dans la filière batterie,
en termes de sommes qui ont été investies par le gouvernement, c'est vraiment
ça qui a...
Mme Roy (Christine) : Bien,
en effet, nous, dans le fond, on sélectionne en fonction de divers critères,
dont l'importance également. Puis, à partir du moment où on a une couverture
qui est suffisante, bien, effectivement, on va de l'avant, là, puis notre
sélection est basée, comme je vous le dis, sur différents critères, mais sur...
Journaliste
: C'est
quoi les autres critères, par exemple?
Mme Roy (Christine) : Bien,
par... Je vais juste vous donner un exemple, mais je ne commente jamais, je ne
donne jamais les détails de nos méthodologies, là. Mais, par exemple, on
voulait avoir un dossier par chacun... véhicule financier, là, tu sais, on
voulait voir un dossier d'Investissement Québec, un dossier du FDE ou un
dossier du... etc., pour voir si les pratiques... excusez-moi, étaient
différentes d'une entité à l'autre. Donc, ça, c'est un exemple, mais, oui, on
s'est assurés de prendre les montants importants.
Le Modérateur : Merci.
Laurence Royer, Noovo.
Journaliste
: Oui, vous
avez quand même... vous nommez de nombreuses lacunes au processus
administratif, là, dans ce rapport-là. Est-ce que c'est un rapport qui vous
inquiète ou quelle lecture vous faites, là, de ce rapport-là?
Mme Roy (Christine) : Bien,
dans le fond, je dirais que c'est la fréquence puis l'importance de certains
risques qui n'étaient pas suffisamment documentés ou analysés, là, qui... qui
nous a... qui nous soulèvent... puis qui soulèvent à mes équipes des
préoccupations. Donc, on s'attend à davantage de rigueur puis on s'attend à ce
qu'il y ait des correctifs d'apportés.
Journaliste
: Puis, de
manière plus générale, la question a été posée, mais de manière plus générale,
vous... vous avez pensé quoi des réponses, là, que vous avez reçues, notamment
d'Investissement Québec, du ministère de l'Économie? Est-ce que vous avez
l'impression qu'on a remis un peu votre travail en question?
Mme Roy (Christine) : Bien,
ce qu'on a fait, c'est qu'on a tenu à rectifier les faits. Pour nous, il y a
des commentaires qui n'étaient pas fondés. Donc, on a pris le temps de... comme
on le fait, là, quand ça arrive, ce n'est pas fréquent, mais quand ça arrive,
on rectifie les faits. Donc, on a publié une réaction à la suite des
commentaires des entités audités, parce que nos travaux sont toujours faits
avec rigueur puis appuyés sur des faits puis une preuve robuste. Donc, ça peut
arriver que les entités aient un autre point de vue, mais, nous, c'est notre
rapport, c'est nous qui décident du contenu. C'est pour ça qu'on est
indépendants. Donc, on a dit ce qu'on avait à dire.
Le Modérateur
: Est-ce
qu'il y avait une précision de Nicolas Lachance?
Journaliste
: Je ne
sais pas si vous avez le droit de le dire, mais est-ce que vous avez interrogé,
par exemple, Pierre Fitzgibbon dans le cadre de ce dossier?
Mme Roy (Christine) : Pas du
tout. Parce que nous, notre travail, c'est vraiment de regarder ce que font les
entités gouvernementales, donc vraiment le processus administratif. Donc, nous,
on a travaillé...
Journaliste
: ...dossier
administratif est finalement pris en charge par le politique par décret. Ça
vient quand même directement dans le dossier administratif, là.
Mme Roy (Christine) : Mais là
ce que vous... Oui, ce que vous me parlez, c'est la décision. Nous, on ne remet
pas en question les décisions. Ça, ça appartient aux élus de décider de la part
de risque qu'ils veulent considérer, compte tenu que c'est de l'innovation, c'est
sûr que ça va nécessairement avec une part de risque. Mais nous, après ça,
c'est de regarder : Est-ce que la documentation qui a soutenu ces
décisions-là... puis est-ce que le déploiement après de ce projet-là s'est fait
de façon adéquate? Puis ça, c'est Investissement Québec et le ministère qui
sont en charge de ce déploiement-là.
Journaliste
: OK, bien,
d'abord, dans l'administratif, est-ce qu'on vous a dit qui a eu de la pression
politique?
Mme Roy (Christine) : Nous,
nos constats sont dans notre rapport. Ça fait que je vous rappelle que nos
constats, c'est que l'approche était peu planifiée puis que, dans le fond, les
analyses n'étaient pas suffisamment documentées puis il n'y avait pas de suivi
des risques. Puis ça, c'est des actions qui sont sous la gouverne
d'Investissement Québec et du MEIE.
Journaliste
: ...vous
dites que le politique a sa propre façon d'évaluer les risques, là, puis vous
ne les remettez pas en question. Vous dites : Les élus, s'ils évaluent un
risque... mais ils étaient mal équipés pour évaluer ce risque-là.
Mme Roy (Christine) : Bien,
dans le fond, le fait qu'on ait vu... qu'il y ait des analyses qui étaient
insuffisamment documentées ou des risques qui n'ont pas même été identifiés dans
les dossiers, bien, c'est possible que ces risques-là n'aient effectivement pas
été formulés sur les tribunes, là, on ne saura jamais si, par après, il y a
quelqu'un qui a soulevé ces éléments-là. Mais nous, on n'a pas vu, là,
d'indice, là, que certains risques avaient été détectés dans certains dossiers,
alors qu'il y avait quand même des risques importants.
Journaliste
: Merci. Je
vais juste me permettre une dernière petite question, Mme Roy. Dans quelle
mesure allez-vous continuer de suivre le... moi, je comprends, on comprend que
l'audit s'étirait jusqu'à l'automne 2025, environ. Est-ce que vous avez
l'intention de continuer de suivre ce dossier-là au sein du VGQ?
Mme Roy (Christine) : Bien,
nous, notre suivi, comme chaque rapport, il s'étend sur trois ans, habituellement,
là, le processus standard. Donc, ce qu'on... dans le fond, l'entité, suite à
notre rapport, va devoir produire un plan d'action qui va être envoyé à la Commission
de l'administration publique. Et nous, on va faire divers suivis au cours des
trois prochaines années pour voir si les correctifs s'implantent adéquatement.
Et là on va porter un jugement là-dessus qui va être public.
Journaliste
: Juste une
précision, parce que vous avez répondu, peut-être que j'extrapole, là :
Avez-vous senti de la part du ministère et, comme vous avez répondu, une
tentative d'intimidation ou d'affaiblissement de votre rapport?
Mme Roy (Christine) : Moi, je
n'ai pas... je n'ai pas répondu ça. Dans le fond, ce que je dis...
Journaliste
: ...dans
certains mots que vous avez dits : On a senti le besoin de répondre...
Mme Roy (Christine) : Bien
oui, c'est sûr, parce que, dans le fond, le ministère a mentionné qu'il n'était
pas d'accord avec notre échantillon, entre autres, là, et que, dans le fond, ça
pouvait fausser les conclusions. Ça fait que nous, on a senti le besoin de
mentionner, entre autres, là, parce qu'il y a différents éléments, mais que
notre échantillon était tout à fait approprié. Notre taux de couverture était
très important. Et, avec, bien, je pense, le rapport lui-même, là, avec toutes
les lacunes qu'on a trouvées, on n'avait pas besoin de faire plus de dossiers
pour savoir qu'il fallait émettre des recommandations sur le processus.
Journaliste
: ...vous
comprenez que votre rapport dérange, la première ministre sort.
Le Modérateur
: Merci.
On va passer en anglais avec Phil Authier, The Gazette.
Journaliste
: Good morning. Are we… Can we
do some in English?
Mme Roy
(Christine) : Yes, but maybe, not talking too
fast.
Journaliste
: OK. That's fine. We know that the battery a lot of the battery
companies, even internationally, are basically start-ups, like it's a risky
business.
Mme Roy
(Christine) : Yes.
Journaliste
: Do you think the Government
took too many risks and should have been much more cautious with such large
sums of money?
Mme Roy
(Christine) : What we said is that because
it's risky, it's important to planify very rigorously and to analyze in deep to
identify all the risks. Because with that, you will be able to take informed
decision, and also monitor these risks in the future, if you decided that the
advantages are higher and you want to move forward, but you will be able to
mitigate the risks because you know them.
Journaliste
: The Government has said for several years that they are average,
they are batting average, «la moyenne, moyenne au bâton» is not too bad, but
this does not paint a very glorious picture of their average.
Mme Roy
(Christine) : What we have seen is that some
companies face some issues, but it's difficult to appreciate the performance of
the deployment of the strategy because they didn't have set any objective, any
timeline, any targets to meet. So, where we want to be and when we are now, a
difference to appreciate if we are what… where we expected.
Journaliste
: When will we know… We know the Minister, on page 39, says, the
losses are 375.2 million. When will we know the final number, how much
this all cost?
Mme Roy
(Christine) : We will know the final number in
few years, probably, because they have files under analyze. So, the strategy
continues to be deployed and for some companies will depend in the future if
they… they successfully reach our target.
Journaliste
: Thank you.
Mme Roy
(Christine) : Thank you.
Le Modérateur
:
Merci. Cathy Senay, CBC.
Journaliste
: Miss Roy, the the battery
industry was a competition. Was it worth it to plan that way for the
Government?
Mme Roy
(Christine) : We didn't examine that because
it's a decision that should be taken by elected…
Journaliste
: Well planned…
Mme Roy
(Christine) : Ah! planned. OK.
Journaliste
: ...yes, was the strategy to make sure that Québec becomes a leader
in the battery industry was well planned?
Mme Roy
(Christine) : So, we have found that the...
the industry battery is based on a largely unplanned approach, which means that
they didn't have objective, they didn't have target, they didn't have some
time... something to guide them and their decision to process in... with an
order of implantation because it's a chain of value. So, it's important to be
sure that you have the inputs to produce. So, they have a lack of planning, and
because it's risky, because it's a large public fund, and because it's
important to reach the objective, bien, it's important to... to do a
planification more rigorously.
Journaliste
: Why should people care about your first report with the battery
file, what you found out? Why should people care, Mrs. Roy?
Mme Roy
(Christine) : Because it's... because it could
be... it could be important to do a sound management of public fund. They have a
lot of public fund in the battery, so I think they have to take this with more
rigor, and also, bien, I think it's important for the government to reach its
objective. So, if you are well-informed, you will increase your chance to... to
achieve your goal.
Journaliste
: And results.
Mme Roy
(Christine) : And result.
Journaliste :
Perfect!
Le Modérateur
: Merci. Olivia O'Malley... CTV, pardon.
Journaliste :
Good morning! If there was a better...
better planning, like you said, there was a lack of planning, do you think
there would have... the government would have seen signs that some of these
companies were approaching bankruptcy, or could have seen that come in the
future?
Mme Roy
(Christine) :
Bien,
what we have seen is that the analysis was not sufficient to identify a
significant risk, so... And effectively, we have found that in some cases they
didn't have identify some important risk. For example, in one case, they
have... we have seen that a company have large problem of liquidity in a short
time, but they didn't find that, because they didn't take... take into account
some... some payment that the company should have to do. So, yes, they... they
should analyze more in deep and documented more the risk that they are present
in this company.
Journaliste :
And when it comes to two companies in
particular, Northvolt and Lion Electric, I know a lot of Quebeckers have been
following these stories. Now, that you've done and looked into it, is it worse
than... than what Quebeckers originally thought?
Mme Roy
(Christine) :
I
don't know what Quebeckers thought, and I don't discuss about a specific
entities, but I think that the ministry... the ministry and Investissement Québec should make some
improvements.
Journaliste
:
Merci.
Le Modérateur : Merci, c'est
ce qui met fin à cette conférence de presse.
Mme Roy (Christine) : Merci.
(Fin à 11 h 42)