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(Quatorze heures quatre minutes)
Le Président: A l'ordre, mesdames et messieurs!
Un moment de recueillement. Veuillez vous asseoir.
Conseil du référendum
Je voudrais, dès maintenant, donner lecture d'une lettre qui m'a
été signifiée ce matin: "Montréal, le 4 mars 1980.
M. le Président, j'ai l'honneur de vous aviser qu'en date d'aujourd'hui,
j'ai désigné les juges de la Cour provinciale devant composer le
Conseil du référendum comme suit: M. le juge en chef Allan B.
Gold, président; M. le juge en chef associé, Georges
Chassé; M. le juge en chef adjoint, Gaston Rondeau. Je vous saurais
gré d'aviser les personnes intéressées. Agréez, M.
le Président, mes salutations les plus distinguées. Votre tout
dévoué, Allan B. Gold, juge en chef de la Cour provinciale, qui
m'indique qu'une copie de cet original a également été
adressée à Me Jacques Lachapelle, directeur général
des greffes; à Me Pierre-F. Côté, directeur
général des élections et à Me Pierre-O. Boucher,
directeur général du financement des partis politiques.
Je voudrais également déposer, compte tenu des changements
qui sont maintenant connus à l'Assemblée nationale, le nouveau
diagramme de l'Assemblée nationale. Je pense qu'il n'est pas
nécessaire d'énumérer tous les changements qui ont
été faits; il s'agira tout simplement de déposer le
nouveau diagramme et de reconnaître notamment le nouveau chef de l'Union
Nationale à son nouveau fauteuil.
Affaires courantes. Déclarations ministérielles.
Dépôt de documents. M. le ministre des Finances.
DÉPÔT DE DOCUMENTS
Décret concernant les règlements de la
caisse et mandat spécial
M. Parizeau: M. le Président, en vertu de l'article 13 de
la charte de la Caisse de dépôt et de placement du Québec,
je dépose les décrets 406-80 et 407-80 qui concernent les
règlements de la caisse. De plus, en vertu de l'article 42 de la Loi de
l'administration financière, je dépose le mandat spécial
qui fut autorisé par le lieutenant-gouverneur au cours de
l'intersession.
Le Président: Documents déposés.
Dépôt de rapports de commissions élues.
Dépôt de rapports du greffier en loi sur les projets de loi
privés.
Présentation de projets de loi au nom du gouvernement.
Présentation de projets de loi au nom des
députés.
Période de questions orales.
M. le député de Portneuf.
QUESTIONS ORALES DES DÉPUTÉS
Grève des professionnels du
gouvernement
M. Pagé: M. le Président, lorsque nous nous sommes
quittés, le 21 décembre dernier, le gouvernement, sous la
présidence de M. René Lévesque s'est engagé
à accélérer le processus de négociation dans les
secteurs public et parapublic. Or, voici, M. le Président, qu'entre le
21 décembre et le 3 mars, la population du Québec a quand
même eu à souffrir de nombreux conflits. C'est ainsi que 14 500
000 jours/école/élèves ont été perdus dans
les réseaux primaire et secondaire, 1 100 000
jours/école/étudiants au niveau des CEGEP, M. le
Président, et ce, depuis le 1er janvier 1980. Cette année, c'est
près de 16 000 000 de jours/école/étudiants perdus au
Québec en deux mois seulement, avec notre gouvernement, ses promesses et
ses engagements.
M. le Président, aujourd'hui, c'est un autre volet des
grèves qui se multiplient et qui arrivent et c'est 8000 professionnels
du gouvernement du Québec qui sont en grève qui viennent ainsi
perturber les services que les consommateurs, le public, les contribuables
québécois sont en droit d'attendre.
Ma question s'adresse effectivement... Elle s'en vient, la question. Le
préambule a peut-être été un peu long, mais il
témoigne de la réalité, parce qu'il y en a des
grèves au Québec. Si vous aviez été dans votre
bureau de comté hier, vous auriez constaté que les gens en ont
soupé du gouvernement, de ses grèves et de son
administration.
Aujourd'hui, M. le Président, c'est le Syndicat de professionnels
du gouvernement du Québec et j'aimerais demander au ministre de la
Fonction publique ce qu'il attend pour agir dans le dossier des professionnels
du gouvernement du Québec qui traîne, d'ailleurs, depuis le mois
de mars 1979. Cela va faire un an que ça traîne, un an que vous
êtes préoccupés particulièrement par le
référendum et la constitution, mais les grèves durent
pendant ce temps-là. Qu'est-ce que vous, personnellement, avez fait dans
ce dossier et qu'est-ce que vous attendez faire à compter d'aujourd'hui?
C'est là le sens de ma question, M. le Président.
Le Président: M. le ministre de la Fonction publique, je
m'excuse de devoir vous interrompre, mais on m'informe qu'il y a une panne au
niveau de l'enregistrement des débats et comme nos règlements
prévoient que les débats doivent être enregistrés,
on va suspendre pendant quelques minutes.
M. le ministre de la Fonction publique, on m'informe que la panne a
été réparée. Vous pouvez maintenant répondre
à la question.
M. Gratton: Question de règlement, M. le
Président.
Le Président: M. le député de Gatineau.
M. Gratton: Est-ce que vous nous donnez l'assurance, M. le
Président, que la question qu'a
posée mon collègue de Portneuf a bel et bien
été enregistrée?
(14 h 10)
Le Président: M. le ministre de la Fonction publique.
M. Gendron: M. le Président, je voudrais quand même
rappeler au député de Portneuf qu'au moment où on se
parle, effectivement, nous devons faire face aujourd'hui à une
grève des professionnels. Que je sache, c'est la deuxième
journée de grève du Syndicat de professionnels du gouvernement du
Québec et au moment même où on se parle, la plupart des
contrats des groupes en négociation avec le gouvernement du
Québec actuel ont été renouvelés. Alors, c'est loin
de la situation qu'on a connue sous l'ancien régime. Ceci étant
dit, il y a une question précise. Qu'est-ce que le ministre de la
Fonction publique a fait personnellement pour que le Syndicat de professionnels
du gouvernement du Québec puisse avoir un contrat renouvelé. Je
pense qu'on a fait tout ce qui était normal quant à nous. D'une
façon très concrète, on a intensifié les rencontres
de négociation jusqu'à ce que le syndicat nous fasse part qu'il
n'était plus intéressé à nous rencontrer si on
n'avait pas quelque chose de neuf à offrir sur un point majeur qui,
comme la plupart le savent, est la question de la carrière, le plan de
carrière des professionnels. On avait eu des discussions avec les
professionnels leur indiquant que quant à nous, on était toujours
disponible pour aller discuter, faire des négociations intensives
à la condition qu'ils acceptent de négocier, une fois pour
toutes, le point majeur dans le conflit actuel qui est la carrière. Ils
n'ont pas fait ce choix. On nous a indiqué qu'ils n'étaient pas
intéressés pour le moment à discuter du point majeur tant
que nous n'aurions pas finalisé les quelque 20 clauses où
demeurent encore des choses à discuter et à changer.
Concrètement, jeudi prochain, il y a une séance de
négociation de convoquée et à ce moment-là, au nom
du gouvernement, le ministre de la Fonction publique et son équipe
seront en mesure de faire un dépôt sur le point majeur qui
s'appelle la carrière. Cela permettrait, je pense, de reprendre les
négociations et cette fois, de les continuer de façon intensive,
en acceptant le fait que nous sommes ouverts et d'accord pour faire toute la
lumière et la discussion sur les points qui demeurent en litige,
à la condition qu'on puisse parler du point majeur de cette
négociation. La période de délestage est
terminée.
Je tiens quand même à informer la population du
Québec et les membres de l'Assemblée nationale, qu'autour du 14
décembre, nous avions convenu qu'il restait une dizaine de points
majeurs et en janvier, aux séances de négociation, le syndicat
est revenu avec 38 points de négociation. Je pense que cela peut
être son droit en termes de stratégie de rouvrir 38 points, mais
cette négociation-ci a deux points fondamentaux, la question de la
carrière et la question de la sécurité d'emploi. Jeudi
prochain, nous serons en mesure, très concrètement, de faire de
nouvelles propositions sur ces deux points-là.
Le Président: M. le député de Portneuf.
M. Pagé: M. le Président, en additionnelle, je
prends acte de l'admission du ministre qu'avec une grève aujourd'hui il
s'attend de les rencontrer dans deux jours, même si la situation est
perturbée aujourd'hui mardi. Jeudi on les rencontrera et jeudi on
négociera.
J'aimerais demander au ministre, M. le Président, parce que c'est
vrai, quoi qu'en dise le ministre de la Justice, ils sont en grève
aujourd'hui et il dit: On va négocier dans deux jours. Dans deux jours,
la population du Québec va souffrir ces problèmes-là.
En additionnelle, M. le Président, est-ce que le gouvernement a
présenté à tous les salariés de la Fonction
publique et particulièrement au Syndicat de professionnels du
gouvernement du Québec les mêmes conditions de travail soumises
aux salariés du secteur de l'enseignement, entre autres, en ce qui
concerne la sécurité d'emploi et la possibilité, pour un
travailleur, d'être affecté à un même emploi, mais en
dehors d'un rayon de 50 kilomètres, etc., parce que cela semble
être un des points importants en litige dans le moment. Est-ce que le
ministre pourrait profiter de ma question pour donner l'assurance et à
la population et aux travailleurs syndiqués qu'il leur sera offert les
mêmes conditions qui ont été préalablement offertes
au secteur de l'enseignement.
Le Président: M. le ministre de la Fonction publique.
M. Gendron: Je tiendrais d'abord, M. le Président,
à rectifier. Ce n'est pas nous qui avons fixé une séance
de négociation jeudi prochain, c'est-à-dire dans deux jours. Nous
sommes prêts à négocier 24 heures sur 24, n'importe quel
temps.
M. Pagé: Convoquez les aujourd'hui, c'est votre
responsabilité et c'est votre job.
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît!
M. Gendron: Quant à l'autre partie de votre question, M.
le député de Portneuf, effectivement, la sécurité
d'emploi demeure une question importante de discussion. Quant à nous,
nous avons fait un dépôt qui tient compte des discussions qu'on a
eu ailleurs et aux autres tables de négociation et c'est ce que j'ai
indiqué tantôt, que cela nous fera plaisir de communiquer jeudi
prochain à la table de négociation, parce que c'est là que
se fait véritablement une négociation et non ici à
l'Assemblée nationale, la nouvelle proposition ou les nouvelles
discussions qu'on veut avoir sur les deux points majeurs, la carrière et
la sécurité d'emploi.
Le Président: M. le député de Laurier.
Grève des cols bleus de Montréal
M. Marchand: M. le Président, ma question s'adresse au
ministre du Travail. Vous me permettrez un court préambule afin
d'expliquer que 5450 cols bleus sont en grève à la ville de
Montréal depuis 22 jours et que la circulation est perturbée
à un point tel que les accidents se produisent à un rythme sans
précédent. Le ministre lui-même, si vous me permettez, M.
le Président, de le citer, a dit: "II suffirait d'une tempête de
neige moyenne pour transformer les inconvénients dus à la
grève en une situation d'urgence."
Alors, je voudrais demander au ministre, M. le Président
puisqu'il lançait, dimanche, un ultimatum aux deux parties quel
était le délai de cet ultimatum. Est-ce que les parties ont
répondu à votre ultimatum, M. le ministre, et quelles sont les
intentions du ministre, si les parties n'ont pas répondu, pour
régler ce problème extrêmement grave pour les citoyens de
Montréal?
Le Président: Le ministre du Travail et de la
Main-d'oeuvre.
M. Johnson: M. le Président, effectivement, dimanche
dernier, j'ai offert aux représentants de la ville de Montréal,
ainsi qu'aux représentants du local 301 du Syndicat canadien de la
fonction publique représentant les cols bleus de Montréal, une
formule de médiation et d'arbitrage dans le conflit, essentiellement
à partir de la préoccupation que m'inspirent les conditions
climatiques à l'égard de la population montréalaise.
J'avais donné aux représentants syndicaux et aux
représentants du maire Drapeau jusqu'à hier soir pour me faire
parvenir leur réponse; ce qui a été fait, dans le cas de
la ville, hier soir, aux soins de mon sous-ministre à Montréal et
ce qui a été fait par le syndicat, aujourd'hui. Etant
donné qu'ils avaient une instance à consulter, nous avons
accordé un délai additionnel de quelques heures.
La réponse du maire est prétendument oui alors qu'elle est
assortie de cinq conditions, qui, à toutes fins utiles, font que M. le
maire de Montréal répond non à l'offre de médiation
et d'arbitrage en se référant au principe d'arbitrage qu'on
connaît dans le code et non pas à la médiation
arbitrale.
Du côté du syndicat, c'est la même chose. Quant
à l'arbitrage, il s'y refuse également. Je regrette que les
parties aient refusé cette formule qui était juste,
équitable et qui faisait montre d'un souci, je pense, de ce qui est en
train d'arriver aux citoyens et aux citoyennes de Montréal. Devant ceci,
j'ai donc, en plus de déplorer le fait que ni les représentants
de la ville de Montréal, ni les représentants du syndicat ne font
autre chose que de la rhétorique quand ils parlent des citoyens de
Montréal. Je vais donc nommer, à compter de maintenant, M.
Raymond Désilets, directeur général du travail au
ministère du Travail comme médiateur dans ce dossier, avec le
mandat, d'une part, de parvenir, à très court terme, à
rapprocher les parties et, d'autre part, s'il n'y parvient pas, de
déposer une recommandation. Au moment où M. Désilets
déposera sa recommandation, j'espère que du côté de
la ville de Montréal comme du syndicat des cols bleus, on
démontrera, concrètement, cette fois, qu'on se préoccupe
du sort des citoyens de Montréal.
Le Président: M. le député de
Saint-Louis.
M. Blank: Au ministre du Travail, une question
supplémentaire. Je sais qu'il a annoncé la nomination d'un
médiateur, mais la météo annonce une tempête
à Montréal pour demain. Cette grève a déjà
causé au moins un mort. Est-ce que le ministre a d'autres idées
que celle du médiateur? Est-ce qu'il peut faire quelque chose d'urgent
pour essayer d'éviter la catastrophe à Montréal demain si
on a la tempête que la météo prévoit?
Le Président: Le ministre du Travail.
M. Johnson: Je voudrais simplement dire que je ne suis pas
personnellement branché avec l'Au-delà pour les conditions de
température. Alcide Ouellet semble être celui qui décide de
ça. Le député de Gatineau dit que c'est de juridiction
fédérale, je ne lui ai pas fait dire. Ceci dit, je pense que,
blague à part, c'est bien évident que le député de
Saint-Louis évoque le fait qu'il pourrait y avoir une tempête
demain. Pour le moment, il n'y en a pas. J'ai nommé le médiateur
cet après-midi. Au moment où nous nous parlons, les parties
devraient recevoir le télégramme que je leur ai adressé
avant d'arriver en cette Chambre, vers à peu près 13 h 45.
J'espère que les séances de médiation commenceront dans
les plus brefs délais et j'espère que les représentants et
les conseillers du maire Drapeau, de même que les gens de la structure
syndicale feront montre d'une collaboration concrète pour les
citoyens.
Le Président: M. le député. (14 h 20)
M. Caron: M. le Président, je demanderais au ministre,
avec la bonne volonté qu'il semble vouloir donner dans la solution de ce
conflit, s'il y a une date limite. C'est bien beau dire que les gens vont se
rencontrer. Mais est-ce qu'il va limiter le temps de son conciliateur pour
revenir ou les forcer à retourner au travail et à négocier
durant le travail?
Le Président: M. le ministre du Travail et de la
Main-d'Oeuvre.
M. Johnson: Encore une fois, le député-maire de
Verdun sait très bien que le Code du travail ne m'autorise pas et
n'autorise ni le ministre du Travail, ni ses fonctionnaires, ni ses
conciliateurs, ni les médiateurs ni qui que ce soit à forcer un
retour au travail. C'est pour cela qu'on a proposé la médiation
arbitrale aux parties, que le maire de Montréal, en disant oui mais en
assortissant cela de conditions telles que cela était impossible et que
le syndicat, en disant non, ont refusé. On leur
proposait, sur une base volontaire, d'accepter qu'ils soient en
médiation et en arbitrage, donc, qu'ils mettent fin au conflit. Ils ont
refusé.
Le Code du travail dit qu'ils ont droit, en ce moment, d'exercer leur
droit de grève. C'est à eux de se conduire d'une façon
solide et raisonnable dans le cadre de la médiation. La médiation
commence dès cet après-midi, ou ce soir, avec la nomination du
médiateur. Je présume qu'il y aura des rencontres à
compter de très tôt demain matin sans doute, sur les objets en
litige. J'espère que le syndicat mettra rapidement fin à sa
grève, surtout sur la base du dépôt d'un rapport et que du
côté des autorités de la ville de Montréal, on devra
peut-être infléchir certaines des attitudes un peu raides qu'il y
a eu jusqu'à maintenant.
Le Président: M. le député de
Nicolet-Yamaska.
Le cas Nigel Hamer
M. Fontaine: Merci, M. le Président. Ma question s'adresse
à l'honorable ministre de la Justice et concerne les
révélations qui ont été faites dernièrement
à l'enquête Keable concernant le présumé
sixième terroriste qui aurait participé à
l'enlèvement et à la séquestration de M. Cross.
Etant donné les révélations qui ont
été faites principalement par Mlle Carole Devault, indicatrice de
police, et également par M. André Chartrand qui a
déclaré à la commission Keable le mercredi, 20
février dernier, qu'il avait personnellement la conviction que Nigel
Hamer avait participé à l'enlèvement de James Cross et
qu'il devait être traduit devant les tribunaux; étant donné
également qu'il y a eu d'autres déclarations qui ont
été faites par le capitaine Julien Giguère qui disait que
certaines mesures auraient pu être prises, je demande aujourd'hui au
ministre de la Justice, au nom de la population du Québec, s'il est en
mesure de déclarer aujourd'hui, devant cette Chambre, s'il entend ou non
porter des accusations contre ce présumé sixième
terroriste de la cellule Libération.
Le Président: M. le ministre de la Justice.
M. Bédard: M. le Président, tel que je l'ai
déjà indiqué en Chambre, l'évaluation du cas auquel
réfère le député de Nicolet-Yamaska, par les
responsables de cette question au ministère a toujours été
à l'effet que les preuves étaient insuffisantes pour justifier la
prise de poursuite criminelle contre M. Hamer.
Suite à plusieurs témoignages qui ont été
rendus à la commission Keable à laquelle a
référé le député de Nicolet-Yamaska, une
réévaluation du dossier se fait présentement par les
officiers du ministère de la Justice et s'il y a lieu, les
décisions seront prises en conséquence. Mais je ne commencerai
sûrement pas une habitude d'annoncer la prise de plainte contre quelque
individu que ce soit.
Le Président: M. le député de
Nicolet-Yamaska.
M. Fontaine: M. le Président, cela fait longtemps que le
ministre fait des réévaluations du dossier. Est-ce que le
ministre pourrait nous dire dans quel délai il entend donner une
réponse définitive, soit affirmative ou négative,
concernant ce dossier?
Et deuxièmement, après avoir déclaré avoir
ordre de publier le rapport Duchesne, lequel semble contenir des renseignements
concernant ladite personne, M. Hamer, le ministre peut-il nous dire s'il entend
rendre public ce rapport avant le référendum ou
désire-t-il encore une fois cacher le tout à la population?
Le Président: M. le ministre de la Justice.
M. Bédard: M. le Président, je laisserai de
côté le préambule du député de
Nicolet-Yamaska qui affirme n'importe quoi, n'importe comment, n'importe
où, pour essayer de répondre, non pas au député de
Nicolet-Yamaska, mais surtout à la population qui s'interroge, mais
d'une façon plus positive que ne le fait le député de
Nicolet-Yamaska.
Premièrement, M. le Président, il n'y a pas eu plusieurs
réévaluations concernant M. Hamer. J'ai bien dit et je le
redis que suite aux déclarations qui ont été faites
à l'enquête Keable, une réévaluation se fait
à l'heure actuelle au niveau du ministère de la Justice et les
décisions seront prises en conséquence, comme c'est le cas pour
toutes les plaintes concernant des citoyens. S'il y a lieu, la décision
sera prise dans un délai raisonnable.
Pour ce qui est de la cueillette d'informations sur la crise d'octobre
qui avait été faite par Me Duchesne, j'ai été
informé que ce dernier, ayant également suivi de près les
travaux de la commission Keable et de la commission McDonald,
présenterait sous peu un rapport final qui, d'une façon
générale, conclurait sur l'ensemble des renseignements qu'il a pu
recueillir tout au cours de son enquête. Quand ce rapport final nous sera
remis, nous procéderons avec célérité, parce que
j'ai toujours dit et je le redis que cette enquête déboucherait
sur un rapport public et ce sera fait tel que je l'ai dit.
Le Président: M. le député de
Nicolet-Yamaska.
M. Fontaine: M. le Président, tout le monde semble
être au courant du dossier, sauf le ministre de la Justice. Je demande au
ministre de la Justice dans quel délai je lui demande de
s'engager publiquement il va, premièrement, se décider
quant aux poursuites à prendre et, deuxièmement, dans quel
délai cela va se faire, quant au dépôt du rapport
Duchesne.
Une Voix: Très bien.
Le Président: M. le ministre de la Justice.
M. Bédard: M. le Président, le député
de Nicolet-Yamaska continue d'agir d'une façon irresponsable. Il doit
très bien savoir que lorsqu'il s'agit de l'évaluation d'un
dossier aux fins de savoir s'il y a une plainte à porter ou pas, cette
évaluation se fait avec tout le sérieux nécessaire, parce
qu'il s'agit de la liberté d'un citoyen, quel qu'il soit je
voudrais bien vous le rappeler et que, cette évaluation
étant faite, à ce moment-là, il n'y a jamais de
délai irraisonnable avant que des plaintes soient portées, s'il y
a lieu. Nous aurons la même attitude concernant le dossier auquel
réfère le député de Nicolet-Yamaska. Cette
décision sera prise dans des délais raisonnables, concernant une
bonne administration de la justice et non pas selon les diktats du
député de Nicolet-Yamaska.
Le Président: M. le député d'Outremont.
Les comptes économiques
M. Raynauld: M. le Président, ma question s'adresse au
ministre d'Etat au Développement économique. Je voudrais lui
demander, en premier lieu, s'il a pris connaissance de la conférence de
presse de son collègue, le ministre des Finances, à propos des
comptes économiques. Je vais lui demander s'il a retenu que le ministre
des Finances avait accepté et reconnu l'exactitude des faits dans ce
domaine en concluant que nous étions d'accord, en gros, sur le
diagnostic pour ce qui concerne les impôts que nous payons au
gouvernement fédéral et les dépenses
fédérales au Québec.
Je voudrais donc lui demander si, compte tenu de ces déclarations
de son collègue, le ministre des Finances, il maintient encore que le
Québec aurait perdu $18 milliards, de 1961 à 1977, lorsque ces
milliards sont en dollars constants et qu'ils représentent un
critère per capita.
Le Président: M. le ministre d'Etat au
Développement économique.
M. Landry: Mon collègue des Finances complétera la
réponse. Nos sources sont les mêmes; elles viennent de Statistique
Canada et notre analyse est en parfaite harmonie. Cependant, à la toute
fin de sa question, le député d'Outremont nous ramène aux
premières leçons qu'il donnait aux étudiants de sciences
économiques, alors qu'il n'était pas professeur et
député libéral. J'en sais quelque chose, parce que la
plupart de mes conseillers économiques ont été
formés par le député d'Outremont, autrefois professeur, et
il leur a toujours enseigné que, pour évaluer l'impact d'une
dépense, dans une période de temps donnée, il n'y avait
qu'une seule méthode cohérente, c'était celle des dollars
constants. Je pense que c'est quand il était professeur qu'il disait
vrai et non pas depuis qu'il est député libéral.
D'ailleurs, M. le Président, il n'est pas besoin d'avoir recours
aux disciplines universitaires les plus sophistiquées; l'homme de la rue
qui s'étant fait voler $10, il y a vingt ans, sait très bien que,
si on ne lui remet que $10 aujourd'hui, on le vole encore. (14 h 30)
Ma démonstration sur les comptes économiques... Le
député d'Outremont n'aimerait pas personnellement se faire faire
des choses comme cela, parce qu'il sait très bien que les dollars d'il y
a vingt ans et ceux d'aujourd'hui n'ont pas la même valeur. Notre
démonstration sur les comptes économiques, qui ne juge pas d'un
an, deux ans ou trois ans... Sans avoir recours à la conférence
de presse de mon collègue des Finances, j'ai émis moi-même
un communiqué et fait une conférence de presse; j'ai
répondu aux questions des journalistes. Je cite ce texte: "Pour
l'ensemble de la période 1961 à 1978, l'administration
fédérale a dépensé au Québec $635 000 000 de
moins que la somme de ses recettes fiscales perçues au Québec et
la part québécoise de ses déficits ou excédents
budgétaires." Alors, dollars constants ou dollars courants, sur la
période je vous assure que les citoyens du Québec, c'est
sur la période qu'ils vont juger l'administration
fédérale, pas sur un an, deux ans ou trois ans nous
perdons en dollars courants et nous perdons en dollars constants, $5,7
milliards.
Quant aux $16 milliards, une étude de l'OPDQ publiée il y
a un an et demi vous n'êtes pas très rapides sur l'analyse
économique, cela vous a pris un an et demi pour que votre chef
réduise votre analyse à des injures personnelles cette
analyse statistique vous avez toujours prétendu que le
fédéralisme était répartiteur
démontre qu'à ne pas répartir, à dépenser
moins au Québec per capita que dans les autres provinces et la moyenne
canadienne, on a perdu une Baie James, c'est-à-dire $15 milliards en
quinze ans. Quand vous m'avez donné la réplique, l'an dernier,
c'était une réaction sommaire. Je suppose que vous n'aviez eu que
six mois pour y penser. Vous avez dit: Ce ne sont pas $15 milliards, ce sont $7
milliards. Prenons un chiffre entre les deux. Perdre une demi-Baie James ou
deux tiers de Baie James, c'est une catastrophe.
Le Président: M. le ministre des Finances, je comprends
que votre nom a été mentionné, mais je ne pense pas que ce
soit une raison suffisante pour prolonger la réponse à ce moment,
sauf si le député d'Outremont soulève une question; alors,
vous pourrez toujours y répondre.
M. le député d'Outremont.
M. Raynauld: M. le Président, sûrement que le
ministre des Finances aura l'occasion de se prononcer également
là-dessus. Je voudrais d'abord demander au ministre d'Etat au
Développement économique qui ne semble pas tout à fait
clair dans ses analyses, s'il reconnaît que le gouvernement du
Québec vole les citoyens lorsqu'il emprunte $100 en 1961 et qu'il lui
remet les mêmes $100 au bout de vingt ans. Est-ce que le gouvernement du
Québec vole, oui ou non, les citoyens lorsqu'il rembourse le même
montant au bout de vingt ans. C'est la première question.
Le Président: M. le ministre d'Etat au
Développement économique.
M. Raynauld: M. le Président, ma question était
à deux volets.
M. Landry: On va quitter la science économique.
Le Président: Un instant! M. le ministre d'Etat au
Développement économique, on va permettre un second volet, M. le
député d'Outremont, avant...
M. Charron: Sur une question de règlement. Vous ne trouvez
pas que ce serait mieux de permettre au ministre d'Etat de répondre tout
de suite, plutôt que les deux volets se rabattent sur la face du
député d'Outremont?
Le Président: M. le député d'Outremont.
M. Raynauld: Je voudrais demander également au ministre
d'Etat au Développement économique s'il a compris que les dollars
constants, même si c'est une technique valable en soi, s'appliquent
à n'importe quoi. Ce que j'ai enseigné avant, c'était que
cela s'appliquait à des changements dans les taux de croissance du
produit national brut ou produit intérieur brut, mais que cela ne
s'appliquait pas à l'addition des comptes une année après
l'autre, comme si c'étaient des stocks, alors que tout ceci mesure
seulement le niveau d'activités d'une année sur l'autre. Par
conséquent, les dollars constants ne s'appliquent pas dans ce cas.
Le Président: M. le ministre d'Etat au
Développement économique.
M. Landry: Sur la première partie de la question, je pense
qu'elle ne relève pas de la science économique, mais de la
sémantique la plus élémentaire. Même pas le Grand
Robert, le Petit Robert suffit pour savoir qu'on n'appelle pas voleur celui qui
paie des intérêts sur la somme qu'il a prise et qui remet la
somme, comme le fait le gouvernement du Québec. Celui qui fait cela, on
ne l'appelle pas voleur, on l'appelle débiteur. C'est une
opération commerciale courante. Cela, ce n'est pas dans le Code
pénal, c'est dans le Code civil, pour ajouter un peu de droit à
travers tout ça.
Quant à la façon...
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît!
M. Landry: Quant à la façon d'utiliser les dollars
courants et les dollars constants, il me semble qu'il tombe sous le sens que,
si l'on veut évaluer la valeur d'un élément de patrimoine,
actif ou passif, à travers les âges, il faut absolument avoir une
unité de référence fixe n'importe qui sait
ça pour la valeur de sa maison, pour les emprunts qu'il fait ou
pour les créances qu'il a. Pour rattacher la deuxième question
à la première, si le gouvernement du Canada voulait nous payer
l'intérêt sur les $16 milliards de manque à
dépenser, on paierait notre dette nationale au complet dans l'espace
d'une semaine, à peu près. N'est-ce pas, M. le ministre des
Finances?
Le Président: Dernière question, M. le
député d'Outremont.
M. Raynauld: M. le Président, je voudrais demander au
ministre des Finances étant donné qu'on ne s'entendra
jamais avec ce ministre, puisqu'il a vu les chiffres je voudrais lui
demander si c'est bien exact que, de 1972 à 1978, le Québec a
gagné près de $11 milliards de plus qu'il n'a reçu en
dépenses fédérales, qu'il n'a payées au
gouvernement fédéral? Est-ce que ça, c'est vrai ou si ce
n'est pas vrai, $11 milliards, quand on ajoute l'année 1978,
l'année 1978, à elle seule, ayant rapporté au
Québec $3 600 000 000?
Une Voix: $3 milliards.
Le Président: M. le ministre.
M. Raynauld: $3 600 000 000. Est-ce que c'est vrai,
indépendamment des dollars constants et des dettes et de toutes les
histoires qu'on va corriger, qu'on va ajouter, est-ce que ça, c'est
vrai, oui ou non, $3 600 000 000?
M. Parizeau: Je remercie le député d'Outremont de
m'adresser une question; ça me permettra de répondre ce à
quoi je ne pouvais pas répondre tout à l'heure. Puisque nous nous
étions levés tous les deux ensemble, M. le Président, vous
avez donné la parole au député d'Outremont.
Bon! Ce que j'ai dit dans le papier que j'ai présenté,
c'est qu'au fond on s'entend sur la série des chiffres, parce qu'on
utilise les mêmes sources. Curieux? J'ai été
étonné de voir que, dans son document publié pour le Parti
libéral, le député d'Outremont reconnaît ce que nous
soutenons, pas nous seulement du gouvernement du Parti québécois,
mais les libéraux, quand ils étaient au pouvoir et l'Union
Nationale, quand ils étaient au pouvoir, c'est que de 1961 à 1973
inclusivement, le Québec a toujours payé plus d'impôt
à Ottawa qu'il n'a reçu de dépenses,
péréquation comprise. Enfin, on reconnaît... C'est la
première fois, je pense, dans le débat récent que
parce que le gouvernement fédéral, lui, ne l'a jamais reconnu,
ça nos amis d'en face reconnaissent que, pendant treize ans, on a
toujours envoyé plus d'impôt qu'on ne recevait de dépenses.
La première chose c'est un acquis considérable
c'est la première fois, M. le Président, à ma
connaissance, depuis trois ans que nos amis d'en face acceptent ça.
Deuxièmement, j'ai, d'autre part, souligné, bien
sûr, que, depuis qu'il y a des subventions au pétrole, depuis
quelques années, on reçoit passablement de subventions
additionnelles et, là-dessus on s'entend tous, la loi est là.
J'ai, d'autre part, souligné, premièrement, que ces subventions,
d'a-
près nos gens d'Ottawa, doivent disparaître. Bien oui! le
Parti libéral, comme le Parti conservateur, a toujours soutenu que
c'était une mesure temporaire. Donc, on y gagne à l'heure
actuelle. Mais, de la part du gouvernement fédéral, on nous dit:
C'est temporaire. Remarquez bien, M. le Président, que si le budget
Crosbie avait passé, on nous lavait, en une nuit, l'équivalent de
ces subventions.
Nous verrons ce que le prochain gouvernement nous réserve. Bon!
Troisièmement, M. le Président... (14 h 40)
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît!
M. Parizeau: Troisièmement, nous nous entendons sur le
fait que le Québec devenant souverain, il prendrait à sa charge
une partie du déficit fédéral; forcément le
fédéral, à l'heure actuelle, a un déficit de $12
milliards, ça veut dire que dans toutes les provinces, il dépense
plus que ce qu'il ramasse d'impôts, nécessairement, ce qui fait un
déficit énorme; M. de La Palice aurait pu nous affirmer ça
sans histoire.
Cela veut donc dire que si on devient souverain, on
récupère nos impôts d'Ottawa, d'une part et on assume une
partie du déficit fédéral, d'autre part. Vous dire que
j'aime ça, serait exagéré! Mais, enfin, qu'est-ce que vous
voulez qu'on y fasse? On le réduira, on enlèvera les doubles
emplois, les chevauchements, on enlèvera un peu du gras qu'il y a
là-dedans, mais il faudra bien assumer une partie du déficit; on
n'y peut rien.
Ce sur quoi il ne faut pas essayer de m'op-poser au ministre du
Développement économique, c'est que, moi, après que j'ai
sérié ces trois problèmes, lui, les additionne, selon la
technique bien connue du député d'Outremont, en dollars constants
et il constate que de 1961 jusqu'à maintenant, on s'est fait avoir comme
des enfants de choeur.
Le Président: Une brève question au
député d'Outremont.
M. Raynauld: Une très courte question additionnelle, M. le
Président. M. le ministre des Finances est un ministre très
occupé, je ne sais pas s'il a le temps de regarder les chiffres avant de
faire les affirmations qu'il a faites. Par exemple, en 1979, sait-il que les
économies que l'on a faites à cause de la politique du
pétrole sont de $2 100 000 000 et que le budget Crosbie prévoyait
environ $600 millions? $2 milliards par rapport à $600 millions, est-ce
qu'il reconnaît ça et aller dire qu'on se serait fait laver
pendant la nuit? C'est absolument faux.
Deuxième affirmation qu'il a faite: Est-ce qu'il est exact qu'en
1978, suivant les comptes économiques, même si on avait tenu
compte du déficit du budget fédéral dont la part du
Québec aurait été d'à peu près 20%,
étant donné les impôts qu'on paie, plus exactement 22%,
admet-il que cette part du déficit aurait été d'environ $2
milliards en 1978, alors que les gains que nous avons faits ont
été de $3 600 000 000? Par conséquent, nous gagnons encore
en 1978. Aller dire qu'on se fait laver est un mensonge à mon avis.
Le Président: M. le ministre des Finances.
M. Parizeau: M. le Président, je ne sais pas si c'est moi
qui suis trop occupé pour regarder les chiffres ou si c'est le
député d'Outremont qui n'écoute pas. Ce que je lui ai dit,
c'est que le budget Crosbie nous aurait enlevé en une nuit
l'équivalent des subventions sur le pétrole. Les subventions sont
je cite la brochure de M. Raynauld, page 46 pour 1979, de $642
000 000; quel était le montant prévu des $0.18 de M. Crosbie sur
l'essence? $620 000 000. Ai-je raison, M. le Président.
M. Raynauld: Question de privilège, M. le
Président.
Le Président: M. le député d'Outremont.
M. Raynauld: M. le Président, c'est que je pense que la
population a droit de savoir que les subventions à l'importation ne sont
qu'un des trois éléments dans la politique du pétrole et
que, au total en 1979, les gains du Québec étaient de plus de $2
milliards; donc, quand on parle de réduire de $600 millions, c'est une
partie de la vérité.
Le Président: M. le député d'Outremont,
c'était une divergence d'opinions beaucoup plus qu'une question de
privilège.
M. le ministre des Finances.
M. Parizeau: Non, M. le Président, ce n'était pas
une question de privilège, c'était une interruption.
J'en étais à la première colonne du tableau
étant donné que j'ai le tableau du député
d'Outremont devant moi la première colonne s'intitule
"subventions"; s'il ne veut pas poser d'autres questions de privilège,
je vais maintenant passer à la deuxième et à la
troisième colonne; j'imagine qu'il sait qu'il y a trois colonnes dans
son tableau, n'est-ce pas?
Il y a deux autres éléments qui interviennent quant
à la situation du pétrole; d'abord, les versements de
péréquation additionnels que le gouvernement
fédéral nous fait parvenir, parce que, effectivement, on a
décidé dans la formule de 1967 d'incorporer les recettes des
provinces au titre du pétrole dans la formule de
péréquation. Cela veut donc dire que depuis cinq ans, depuis la
crise arabe, nous avons tiré au titre de la péréquation
$300 millions de plus. Le député d'Outremont pourrait
peut-être signaler, cependant, que quand on veut examiner toute la
péréquation, on annulerait le plus clair de cet effet si le
gouvernement fédéral tenait compte de ce que les provinces
pas seulement le Québec demandent depuis des années,
c'est-à-dire d'incorporer toutes les taxes locales dans le calcul de la
péréquation. A ce moment-là, on parlerait de taxes
municipales, au lieu de parler de pétrole et ça reviendrait au
même.
Donc, c'est un choix qui a été fait par le
fédéral de choisir une source et de l'incorporer dans la
péréquation, c'est-à-dire le pétrole et de refuser
le plus clair des sources de taxation locale. C'est un choix qu'il a fait.
C'est son problème; ce n'est pas le mien. Il reste néanmoins que
si c'était sur les taxes locales, on reviendrait aux calculs dont mon
collègue parlait tout à l'heure, mais ce serait les mêmes
montants.
A la troisième colonne, on nous dit: Vous avez sauvé de
l'argent au Québec, parce que vous avez utilisé une partie de
votre pétrole venant de l'Ouest, plutôt que des mauvais Arabes. Il
coûte moins cher. C'est vrai, M. le Président. C'est tout à
fait conforme à ce que je disais tout à l'heure, sauf qu'encore
une fois, on est en face de gouvernements à Ottawa, conservateur comme
libéral qui nous disent: Profitez-en pendant que ça passe; on va
terminer ça bientôt. Alors, je dis: Profitons-en pendant que
ça passe, parce que bientôt, ça sera terminé.
M. Raynauld: Dites-le. Le Président: A l'ordre!
M. Parizeau: Mais M. le Président, je viens d'entendre le
député d'Outremont dire: Dites-le. Mais on ne disait rien d'autre
que ça il y a à peu près cinq minutes.
Le Président: M. le député de Gouin.
M. Tremblay: Maintenant que tout le monde est mêlé,
on va passer à d'autre chose, M. le Président.
Pétition demandant de convoquer
une commission parlementaire sur le
libellé
de la question référendaire
J'avais une question pour le premier ministre, mais comme c'est une
question qui concerne l'ensemble du gouvernement, je la poserais au leader du
gouvernement. Le leader du gouvernement, comme nous tous, a sans doute pris
connaissance d'une pétition qui est publiée dans les journaux
j'ai l'édition du journal Le Devoir du 3 mars et qui a
été adressée au gouvernement. J'en ai reçu une
copie. Je pense que tous les députés en ont reçu une
copie. Elle est signée par 590 personnes et porte sur la question
référendaire. Ce groupe de citoyens exprime des griefs sur trois
points, c'est-à-dire: 1) l'absence de clarté de la question, 2)
la limitation de leurs droits d'expression et d'association pendant la campagne
référendaire et encore 3) une demande pour se faire entendre dans
le cadre d'une commission parlementaire.
Je voudrais demander au leader du gouvernement s'il a reçu cette
pétition, soit par la poste ou comme nous l'avons reçue, par les
journaux. S'il l'a reçue, est-ce qu'il aurait objection à en
faire dépôt à cette Assemblée et je lui demanderais
aussi s'il l'a reçue s'il entend ou si le gouvernement
entend donner suite à cette pétition des citoyens. A ceux qui
font des quolibets, M. le Président, je pense que sur une question de
griefs de la part des citoyens, on ne fait pas de quolibets.
Le Président: M. le leader parlementaire du
gouvernement.
M. Charron: M. le Président, je n'ai pas reçu cette
demande officiellement, sauf que, comme n'importe quel lecteur de journaux,
j'ai eu l'occasion de tomber dessus. J'attendais de savoir je n'ai pas
été capable de le deviner à travers l'intervention du
député de Gouin si un membre de l'Assemblée se
faisait aussi signataire de cette demande, s'y joignait et la formulait
aujourd'hui sur le parquet même de l'Assemblée.
M. Tremblay: Une question additionnelle, M. le
Président.
Le Président: M. le député de Gouin.
M. Tremblay: Nos règlements prévoient qu'il peut y
avoir des dépôts de pétitions par le truchement des
députés. La Charte des droits de la personne permet à
toute personne, à l'article 21, de faire des dépôts de
pétitions. Comme une pétition est adressée au
gouvernement, je pense qu'il serait dans l'ordre, si le gouvernement la
reçoit, de la déposer devant cette assemblée. Mais ma
question additionnelle, c'est: Comme il y a une demande de procédure
parlementaire dans cette pétition, à savoir de convoquer une
assemblée parlementaire pour entendre les citoyens sur le libellé
de la question, et comme la Commission des droits et des libertés de la
personne même a déjà manifesté des réticences
quant aux droits et libertés d'expression et d'association dans le cadre
de la loi 92, est-ce que le leader du gouvernement songe à convoquer une
assemblée parlementaire pour répondre aux griefs formulés
dans la pétition des signataires?
Le Président: M. le leader parlementaire du
gouvernement.
M. Charron: M. le Président, encore une fois, je ne sais
pas si le député de Gouin fait la demande au nom de ce groupe de
citoyens qui se sont joints là-dessus, s'il épouse les griefs que
les citoyens disent avoir à l'égard d'une décision qui
découle de la loi 92, la clarté de la question ou son sujet, le
sujet de la question sera amplement débattu à partir de quelques
minutes pendant 35 heures. La formation des comités a été
décidée par une loi de cette Assemblée, il y a
déjà deux ans, et rien ne peut permettre de la transformer
maintenant.
Quant à la commission parlementaire elle-même, que ces
citoyens réclament, je crois... Puisque le député fait
allusion lui-même à la Commission des droits de la personne, je
lui rappellerai le témoignage de la Commission des droits de la personne
lors de l'étude de la loi 92
sur la consultation populaire. Celle-ci est venue nous demander d'une
manière très expresse, que le temps du débat, vu
l'importance des députés à l'intérieur de cette...
Les droits et les devoirs des députés qui découlent de
cette loi quant à la fixation des comités du oui et des
comités du non, c'est la Commission des droits de la personne qui a
réclamé que le temps du débat soit plus large que celui
que le gouvernement prévoyait au départ, débat que nous
allons commencer dans quelques instants. Nous avons donné suite à
cette demande. Le projet original du gouvernement, dans la version
première du projet de loi, était de limiter à 20 heures le
débat sur la question. A la suite des représentations de la
Commission des droits de la personne, et avec l'appui, je pense, de tous les
partis d'Opposition à l'époque, nous avons convenu
d'étendre jusqu'à 35 heures. C'est donc un débat de 35
heures qui permettra à chacun des députés, comme la
Commission des droits de la personne l'a demandé, de pouvoir intervenir
au nom de ses concitoyens. Il me semble qu'en conséquence toute
commission parlementaire serait superflue.
Le Président: Fin de la période des questions.
M. Levesque (Bonaventure): Une question de privilège, M.
le Président.
Le Président: M. le leader parlementaire de l'Opposition
officielle.
M. Levesque (Bonaventure): Simplement pour dissiper tout
malentendu qui pourrait être créé par ce que vient de dire
le leader parlementaire du gouvernement. S'il y a eu un consentement pour que
nous puissions augmenter le nombre d'heures pour ce débat, à la
suite des représentations de la Commission des droits et libertés
de la personne, il ne faudrait pas conclure par là et c'est
justement ce que je veux que l'on évite que c'est simplement le
nombre d'heures qui faisait l'objet du consentement et que cela pourrait
comprendre la part du lion que réclame présentement le
gouvernement dans ces 35 heures. Il n'y avait rien, dans le consentement qui a
été donné à la commission, pour laisser entendre
que ces messieurs pourraient se servir allègrement à même
ces 35 heures.
Le Président: Alors, fin de la période des
questions.
Les affaires du jour.
M. le leader parlementaire du gouvernement.
M. Charron: Comme convenu, M. le Président, et comme le
règlement l'oblige, je vous prie d'appeler l'article 1 du
feuilleton.
Motion privilégiée relative à la
question
devant faire l'objet d'une
consultation populaire sur
une nouvelle entente avec le Canada
Le Président: J'appelle maintenant la motion
privilégiée en vertu de l'article 8 de la Loi sur la consultation
populaire: "Que les versions française et anglaise de la question devant
faire l'objet d'une consultation populaire et être inscrite sur le
bulletin de vote conformément aux articles 8, 9 et 20 de la Loi sur la
consultation populaire soient les suivantes: "Le gouvernement du Québec
a fait connaître sa proposition d'en arriver, avec le reste du Canada,
à une nouvelle entente fondée sur le principe de
l'égalité des peuples; cette entente permettrait au Québec
d'acquérir le pouvoir exclusif de faire ses lois, de percevoir ses
impôts et d'établir ses relations extérieures ce qui
est la souveraineté et en même temps de maintenir avec le
Canada une association économique comportant l'utilisation de la
même monnaie; "tout changement de statut politique résultant de
ces négociations sera soumis à la population par
référendum; "en conséquence, accordez-vous au gouvernement
du Québec le mandat de négocier l'entente proposée entre
le Québec et le Canada? "Oui. Non."
Et maintenant, la version anglaise: "The Government of Québec has
made public its proposal to negotiate a new agreement with the rest of Canada,
based on the equality of nations; "this agreement would enable Québec to
acquire the exclusive power to make its laws, levy its taxes and establish
relations abroad in other words, sovereignty and at the same
time, to maintain with Canada an economic association including a common
currency; "any change in political status resulting from these negotiations
will be submitted to the people through a referendum; "on these terms, do you
give the Government of Québec the mandate to negotiate the proposed
agreement between Québec and Canada? "Yes. No. "
Décision du président sur la
répartition du temps alloué aux formations politiques
Maintenant, avant d'amorcer le débat, je voudrais,
conformément à l'article 10 de notre règlement, indiquer
que j'ai tenu, hier, une réunion avec les leaders parlementaires des
partis reconnus, de même qu'avec les autres membres de l'Assemblée
nationale qui siègent, disons-le entre guillemets, comme
indépendants, en vue d'organiser le débat limité à
35 heures qui commence aujourd'hui, qui a pour fin d'examiner la question qui
fera l'objet d'une consultation populaire.
Lors de cette réunion, il n'y a pas eu accord total sur le
partage du temps, ce qui m'a obligé à établir d'office les
règles qui seront en vigueur au cours de ce débat.
Je crois qu'il est important d'évoquer brièvement les
principes qui m'ont guidé dans l'élaboration de ces
règles.
Pour comprendre tout le sens de mes propos, je dois rappeler que, durant
les prochaines 35 heures, se déroulera un débat qui portera
essentiellement sur un seul objet, l'examen du choix d'une
question. Ce débat a lieu entre députés seulement
et se déroule selon nos règles de procédure. Plus
tard...
M. Levesque (Bonaventure): M. le Président, je m'excuse,
avant que vous ne rendiez votre décision, parce que vous venez
d'annoncer que ce serait d'office que vous rendriez cette décision.
Comme toutes les discussions qui ont précédé cette
décision ont été tenues à huis clos ou à peu
près, ne serait-il pas normal que chacune des formations, celles qui
veulent s'en prévaloir ou celles qui veulent le faire, pourraient faire
valoir publiquement les arguments qui ont motivé notre prise de
position?
M. Charron: M. le Président, sur la même question,
j'aime bien l'expression du député de Bonaventure qui dit que
cela a eu lieu à huis clos ou à peu près. Effectivement,
l'à peu près veut probablement dire que le fait qu'à
partir de l'Opposition officielle et avec notre contribution également,
à la suite de l'entretien que nous avons eu avec vous, l'explication
publique des positions respectives de l'Opposition officielle et de la
nôtre sur ce sujet, telles qu'elles avaient été
exprimées, ont été largement diffusées et qu'en
conséquence, je vous laisse, bien sûr, le soin de vous rendre ou
non à la demande du député de Bonaventure, mais je ne m'y
associe pas.
Par contre, si vous obtempérez à l'effet que vous voulez
permettre à chacun des partis de réexprimer la thèse qu'il
a défendue auprès de vous et qui devait demeurer à huis
clos, bien sûr, je réclamerai, au nom du parti ministériel,
l'occasion de le réexpliquer.
M. Levesque (Bonaventure): M. le Président, simplement une
précision que je voudrais apporter à la suite des propos tenus
par le leader parlementaire du gouvernement. Je crois qu'au cours de la
séance d'hier qui a été convoquée par
vous-même, j'ai eu l'occasion de faire valoir certains nouveaux arguments
et je ne pense pas qu'ils aient été communiqués à
l'extérieur. Je me demande si vous ne jugerez pas à propos de
permettre brièvement, parce que je ne voudrais en aucune façon
toucher à l'horaire sacré, pensé par le gouvernement,
désiré par le gouvernement, je pense que dans deux ou trois
minutes je pourrais résumer notre position.
Le Président: M. le leader parlementaire de l'Union
Nationale.
M. Brochu: Si vous permettez, sur cette question, en vertu des
règles qui existent à la Chambre et en vertu des
règlements qui nous régissent, vous avez, comme il se doit,
convoqué une réunion des leaders parlementaires, où on
avait l'occasion de donner tous les arguments, tant du côté
libéral que j'ai pu le faire du côté de l'Union Nationale,
pour et contre les propositions qui nous étaient alors soumises. Je
pense que c'était l'endroit pour le faire.
Etant donné qu'il n'y a pas eu accord complet, mais un accord
majoritaire sur cette question, je pense qu'il devient de votre rôle, de
faire la proposition que vous vous apprêtez à faire actuellement
et, en ce qui me concerne, je l'accepte. Je m'opposerais au fait de rouvrir
toute l'enveloppe des discussions que nous avons eues ensemble, avec vous, M.
le Président, à votre demande et sous votre convocation formelle
et officielle.
Etant donné que cette étape a été franchie
sans un accord complet, à 100%, je pense que chacun doit prendre la
responsabilité des engagements qu'il a pris et, face à la
population, au cours des discussions que nous aurons, faire valoir, s'il y a
lieu, les couleurs et les raisons pour lesquelles il y a eu opposition, lors de
ces rencontres. (15 heures)
M. Levesque (Bonaventure): M. le Président, seulement un
autre mot.
Le Président: M. le leader parlementaire de l'Opposition
officielle.
M. Levesque (Bonaventure): Au cas où
j'espère que ça ne sera pas le cas vous seriez
tenté, M. le Président, de refuser les quelques minutes ou les
quelques secondes qu'on vous demande, je compte cependant qu'au cours de
l'énoncé de votre décision, si telle était votre
décision, vous évoquerez au moins les arguments que nous vous
avons soumis.
Le Président: Très bien, M. le leader parlementaire
de l'Opposition officielle. Je peux vous signaler qu'il y a eu auparavant trois
conférences des leaders et, à la dernière, j'avais
invité le député de Rouyn-Noranda, le député
de Gouin de même que le député de Pointe-Claire pour que
tout le monde participe à ces conférences des leaders pour
l'ultime conférence d'hier. Je craindrais aujourd'hui, en permettant un
débat à la suite de trois conférences des leaders
parlementaires alors que le président est appelé à rendre
une décision, ce serait, je pense, à moins que je ne m'abuse, un
précédent, mais surtout, je craindrais de brimer passablement le
chef de l'Union Nationale qui devrait interrompre son discours peut-être
en plein milieu pour reprendre après l'heure du repas.
M. Levesque (Bonaventure): M. le Président, ne vous
inquiétez pas, vous aurez notre consentement s'il manque quelques
minutes que vous m'auriez accordées.
Le Président: J'aborde fondamentalement les arguments que
vous avez fait valoir, je crois. Je continue donc.
Plus tard, après l'adoption d'une question par l'Assemblée
nationale, aura lieu un autre débat qui, lui, portera sur le choix d'une
réponse. Il se déroulera en dehors de cette Assemblée et
entre deux camps qui ne comprendront pas uniquement des députés.
Ce débat ne sera pas régi par nos règles de
procédure parlementaire, mais par une loi-cadre spéciale, la Loi
sur la consultation populaire
dite loi 92. Cette loi a prévu qu'alors il y aura
égalité des chances quant à la possibilité de faire
valoir l'une ou l'autre des deux réponses possibles à cette
question que l'Assemblée nationale aura déjà choisie.
Avant d'aller plus loin, je dois apporter immédiatement une
précision qui s'impose.
On a allégué que le partage du temps, lors du débat
en vue du choix de la question, devait être établi en fonction de
ce qui se passera en dehors de cette Assemblée, lorsque viendra le
débat sur la réponse à cette question.
Si je reprends cette allégation, c'est qu'on l'a avancée
publiquement et qu'en même temps on a fait publiquement appel à
mon sens de l'impartialité pour l'appliquer.
Suivant l'expression qui a été utilisée, le partage
du temps devrait se faire selon la règle de l'égalité
entre les deux camps, c'est-à-dire qu'un nombre égal d'heures
devrait être attribué à chacun des deux camps qui seront en
présence lors du référendum.
C'est là une hypothèse que je n'ai pu retenir pour les
motifs qui vont suivre.
Le choix d'une question est une chose, le choix d'une réponse en
est une autre.
Il y aura ici un débat de 35 heures pour choisir, pour
déterminer une question. Au cours de ce débat, tout
député pourra proposer un amendement à la question
formulée par le premier ministre, jusqu'à la toute fin de ce
débat. Le président ne pourra pas savoir d'office si la question
sera adoptée telle quelle ou telle que modifiée. Le
président ne pourra savoir d'office quels seront les
députés en faveur ou contre la question telle que
proposée, en faveur ou contre les motions d'amendement proposées
en cours de route. Comment alors le président peut-il, pour un
débat sur la formulation d'une question dont il ne connaît pas
l'issue, appliquer des règles de partage du temps fondé sur les
réponses qu'on apportera à cette question lors d'un autre
débat qui aura lieu en dehors d'ici et qui, lui, n'appartiendra pas
exclusivement aux députés?
S'il était régulier que le président partage le
temps de façon égale entre deux camps, encore faudrait-il qu'il
établisse ce partage en fonction de ce qui se passera ici, en cette
Assemblée, au cours du présent débat sur la question, et
non sur ce qui se passera à l'extérieur pour le choix d'une
réponse. Il faudrait alors qu'il partage entre le camp qui est en faveur
de la formulation de la question proposée et celui qui est contre.
On peut en effet très bien imaginer que des députés
pourraient être satisfaits de la question qu'on entend soumettre à
la population et se placer dans le camp des non lorsqu'il s'agira de la
réponse à apporter et vice versa. Il y a davantage: le
débat référendaire qui suivra celui que nous tiendrons
pendant les 35 prochaines heures appartient à toute la population et non
pas seulement aux membres de cette Assemblée. Les citoyens, en dehors de
cette Chambre, qui trouveront bonne ou mauvaise la question telle
qu'adoptée ici, ne seront pas nécessairement les mêmes qui
appuieront le "oui" ou le "non" comme réponse.
Prenons un exemple très clair pour illustrer ma
démonstration. Disons que la question que nous aurions à examiner
pendant 35 heures serait la suivante et j'ai
délibérément pris un sujet ou plutôt un objet qui
n'est pas de la compétence de notre Assemblée, mais prenons-le
comme exemple: Etes-vous pour ou contre la peine capitale? Il pourrait alors
très bien arriver que dans cette Assemblée, les
députés soient unanimes pour dire, au cours de ces 35 heures,
qu'ils approuvent la question, que cette question est vraiment celle qu'il faut
soumettre à la population. Par ailleurs, il pourrait arriver
qu'après l'adoption unanime de la question, des députés se
divisent ensuite en deux camps égaux ou inégaux, l'un en faveur
de la peine capitale et l'autre contre.
Comment, dans une telle circonstance et c'est une circonstance
similaire aujourd'hui le président pourrait-il justifier le
principe qu'il faut partager le temps lors de la discussion de la question en
parts égales entre ceux qui prendront telle et telle option lorsque
viendra le référendum?
Il m'apparaît à tout le moins dangereux de mettre de
côté nos règles normales de procédure en vue
d'introduire ici un nouveau système de partage du temps fondé sur
un principe qui ne peut être applicable que dans un autre débat
lequel poursuivra un objectif différent et ne comptera pas
nécessairement les mêmes participants dans les mêmes
camps.
La Loi sur la consultation populaire a établi des règles
précises et spéciales quant au débat sur les options. Elle
a, entre autres, consacré le principe de l'égalité des
chances chez les partisans de chacune des options.
La même loi a cependant voulu que ce soit l'Assemblée
nationale, selon ses règles habituelles, qui examine et choisisse la
question à soumettre au référendum.
Les règles normales et habituelles qui régissent les
délibérations de notre Assemblée n'ont pas comme premier
objectif de donner une égalité de chances entre une option ou une
autre, de donner une égalité de chances entre une formation
politique ou une autre, mais de donner individuellement à chaque
député, tous égaux en principe, une chance égale de
participer aux débats qui s'y déroulent.
Ceci est un principe fondamental que l'on retrouve consacré dans
presque tous les Parlements à travers le monde.
Ainsi, sur 56 Parlements qui ont fait l'objet d'une étude en 1977
par l'Union interparlementaire, seulement neuf d'entre eux répartissent
le temps de parole entre les groupes politiques, mais là encore, ils le
font proportionnellement à la représentation de ces groupes au
Parlement, ce qui est encore très loin de la formule proposée de
partage égal du temps entre deux options.
Le premier principe que j'ai voulu appliquer dans la répartition
du temps de parole, c'est donc celui consacré depuis des temps
immémoriaux quant aux droits individuels qu'a chacun des
membres d'un Parlement de se faire entendre sur toute question
importante.
Ce droit fondamental est consacré non seulement par la coutume,
mais aussi par notre règlement et même par la loi 92, dont
l'article 9 met l'accent sur les droits individuels des députés
en spécifiant que chacun d'eux, au cours de ce débat, pourra
intervenir autant de fois qu'il le désirera et que chacun d'eux pourra
proposer une motion d'amendement. Autant cette loi met l'accent sur
l'importance des groupes et de leur égalité lors de la
consultation populaire, autant elle laisse libre cours aux droits individuels
des députés lors du débat sur le choix d'une question.
Comme le prévoient le règlement et la loi 92, la question
est proposée par le premier ministre sous la forme d'une motion de
fond.
Selon les règles normales de procédure qui nous
régissent et je me réfère ici à l'article 94
de notre règlement une motion de fond donne un droit de parole
d'une heure au premier ministre, au leader parlementaire du gouvernement et aux
chefs des partis reconnus, et vingt minutes à chacun des
députés.
Ces droits individuels accordés aux députés en
temps ordinaire ne peuvent être maintenus intégralement à
l'occasion du débat sur la question référendaire parce que
la loi a limité celui-ci à une durée maximale de 35
heures. Il aurait fallu d'un peu plus de 38 heures de débat je
crois que c'est précisément 38 heures et 20 minutes qu'il aurait
fallu pour satisfaire totalement ces droits. (15 h 10)
Nous sommes donc placés vis-à-vis d'un débat
restreint quant à sa durée et le règlement invite alors le
président à trancher la question du partage du temps en
restreignant au besoin les droits individuels des députés.
Notre règlement a prévu deux types de débats
restreints.
Il y a un premier type de débats, soit ceux dont la durée
est restreinte à quelques heures seulement, parfois quelques minutes.
C'est le cas des débats sur les motions d'ajournement, sur le rapport
des commissions qui ont étudié les crédits, sur
l'étude d'un budget supplémentaire et le plus connu des cas, le
débat sur la motion de suspension de l'application des règles de
procédure à l'occasion d'une loi d'urgence. Dans ces cas, la
durée du débat est à ce point restreinte qu'il n'y a de
possibilité de respecter intégralement j'ai envie de le
dire aucun des droits individuels des députés. La
conférence des leaders parlementaires a, dans ces circonstances,
établi une coutume, à savoir que le partage du temps permettra au
moins à chaque formation politique de faire valoir un peu son point de
vue sans égard aux droits individuels qu'il est impossible de
protéger.
Le règlement prévoit un autre type de débats
restreints, mais différents de ceux que je viens
d'énumérer, en ce sens qu'on peut y consacrer un nombre d'heures
suffisamment important pour respecter, dans une large mesure, le droit indivi-
duel qu'ont les députés de s'exprimer. C'est le cas, notamment,
du débat sur le message inaugural et du débat sur le discours du
budget.
Lors de ces débats que je viens d'énumérer,
débats restreints, mais d'une durée respective de 20 heures et de
15 heures, le président ne partage jamais le temps entre les formations
politiques pour la simple raison qu'il y a possibilité de faire primer
le droit individuel des députés de s'exprimer. A plus forte
raison, dans un débat de 35 heures comme celui que nous amorçons
aujourd'hui, il y a possibilité de faire prévaloir ce droit
individuel des députés sur tout autre principe qui aurait pour
effet de restreindre ce droit chez une partie importante de la
députation.
Comme je me devais d'intervenir d'office pour établir le partage
du temps, j'ai donc entrepris un cheminement qui aurait comme point de
départ, selon toute la philosophie de notre système
parlementaire, le droit individuel de tous les députés d'avoir
sensiblement une chance égale de participer au débat sur le choix
de la question sans tenir compte et c'est juste de l'option que
pourra prendre chacun des parlementaires lorsque viendra le temps pour eux
d'exprimer leur choix.
Dans mon cheminement, j'ai voulu d'abord assurer pleinement les droits
individuels de chacun des députés qui ne sont pas du
côté ministériel.
Ainsi, lors du débat sur la question, tous les
députés qui ne sont pas du côté ministériel
auront individuellement tout le droit de parole que leur accorde le
règlement sur une motion de fond comme si le débat n'était
pas limité, une heure au chef de l'Opposition officielle et au chef de
l'Union Nationale et vingt minutes aux autres députés plus dix
minutes additionnelles au député de Rouyn-Noranda.
Les députés ministériels auraient eu droit au
même traitement. Cependant, comme j'avais un déficit de trois
heures à la suite de mon calcul, j'ai demandé au leader
parlementaire du gouvernement de faire assumer ce déficit par l'ensemble
de la députation ministérielle en faisant valoir qu'une
restriction dans leurs droits individuels serait pondérée par la
force du nombre que constitue toute majorité parlementaire.
Cela signifie que le premier ministre aura un droit théorique
d'une heure de parole et de vingt minutes comme réplique, le leader
parlementaire du gouvernement d'une heure et chacun des députés
ministériels d'environ seize minutes.
Un autre principe m'a également guidé dans le partage du
temps, c'est celui du respect de certains droits collectifs pourvu qu'ils ne
briment pas les droits individuels.
C'est pourquoi, après m'être assuré que les droits
individuels des députés seraient respectés, j'ai
transformé la totalité de ces droits individuels en droits
collectifs que j'attribue à chaque formation politique. Voici
comment:
Le chef de l'Opposition officielle a un droit de parole d'une heure et
chacun des députés de cette Opposition a un droit de vingt
minutes. Cela fait au
total 640 minutes pour les 30 membres de l'Opposition officielle.
J'accorde donc cette enveloppe globale de 640 minutes à l'ensemble de
l'Opposition officielle qui la répartira à son gré entre
ses membres, donc dix heures et quarante minutes pour l'Opposition
officielle.
Sur la même base de calcul, une enveloppe de 140 minutes, soit
deux heures et vingt minutes, accordée à l'Union Nationale.
Le député de Rouyn-Noranda, en tant que chef élu
d'un parti politique et élu à ce titre, aura 30 minutes; le
député de Gouin disposera de vingt minutes comme celui de
Pointe-Claire et celui de Lotbinière.
Quant au parti ministériel, il aura ce qui reste de l'enveloppe
globale, soit 1230 minutes pour vingt heures et trente minutes.
Le principal avantage d'une enveloppe globale attribuée à
chaque formation politique sera le suivant: Si un député
n'utilise pas son droit de parole ou ne l'utilise pas en entier, le temps qui
lui était dévolu et qu'il n'a pas utilisé, au lieu
d'être périmé, retournera à sa formation politique
qui pourra l'employer comme elle l'entendra.
En résumé, j'ai voulu, dans un calcul que je crois le plus
impartial possible, m'assurer que tous les droits individuels des
députés seraient théoriquement garantis, mais que les
différentes formations politiques en feraient elles-mêmes
l'agencement.
Ceci dit, quant au partage du temps, je dois énoncer une autre
règle qui aura cours durant ce débat. Un député
pourra intervenir aussi souvent qu'il le voudra, mais son droit maximum de
parole pour chacune de ses interventions sera limité à 20
minutes, sauf pour le premier ministre, le leader du gouvernement, le chef de
l'Opposition officielle et le chef de l'Union Nationale qui ont droit à
une heure.
Permettez-moi d'ajouter que ce ne fut pas une tâche facile que
d'établir d'autorité un partage du temps pour un débat
aussi important. Je puis vous assurer que j'ai tenté de le faire en
toute impartialité en m'appuyant sur la coutume et notre
règlement et dans le respect de nos grandes traditions
parlementaires.
En terminant, je précise qu'à la séance
d'aujourd'hui, conformément à la tradition et au règlement
et sans que j'aie le droit de présumer des conclusions des intervenants,
nous entendrons d'abord le premier ministre, ensuite le chef de l'Opposition
officielle, le nouveau chef de l'Union Nationale et, M. le député
de Rouyn-Noranda.
Par la suite, autant que faire se peut, j'appliquerai le principe de
l'alternance entre les deux côtés de la Chambre. Je vous
remercie.
M. le leader parlementaire de l'Opposition officielle.
M. Levesque (Bonaventure): M. le Président, vous
connaissez le respect que nous avons pour la présidence et pour le
règlement qui doit inspirer ses décisions. Je voudrais, si vous
me le permettez, cependant, regretter que nous soyons devant une situation
où l'égalité a été mise de
côté.
Deuxièmement, M. le Président, je voudrais vous rappeler
que le consensus qui était recherché à un moment
donné durant nos rencontres nous donnait, même avec l'accord du
gouvernement, plus de temps que la décision que vous venez de rendre.
J'étais retourné au caucus avec la dernière proposition
qui donnait à notre formation politique onze heures sur 35 et je vois
que votre décision la ramène à dix heures et quarante. Je
tiens à le souligner respectueusement.
Troisièmement, M. le Président, si je m'en tiens à
votre argumentation et aux conclusions contenues dans votre décision, je
crains que vous soyez obligé, comme président, d'être
relativement sévère quant à la pertinence du débat.
D'après ce que j'ai compris de votre décision, le débat
devra se situer autour de la question et non autour des réponses
possibles qui lui seront données.
Merci, M. le Président.
Le Président: Je voudrais seulement ajouter un
détail en ce qui concerne les onze heures. Je crois qu'au moment de
cette conférence qui, malheureusement, a donné lieu à des
fuites par la suite, nous avions établi des principes et fait des
calculs rapides de temps. C'est probablement lié à des erreurs de
calcul de temps, mais c'était uniquement l'élaboration des
principes.
M. Charron: C'est exact, M. le Président. Je me permets de
le rajouter, la proposition que vous nous aviez soumise, sur laquelle nous nous
étions quittés la semaine dernière, était
exactement celle que vous venez de rappeler, c'est-à-dire le temps
intégral de chaque député de l'Opposition respecté,
y compris celui que le règlement prévoit pour le chef de
l'Opposition. C'était à nous que vous demandiez, comme votre
décision vient de le répéter, d'assumer le déficit
et d'assumer sur le plan individuel une limitation de nos droits à cause
de la pondération que vous avez vous-même soulignée. Je
crois donc que vous n'avez en rien modifié votre proposition de la
semaine dernière.
J'ajoute, sur le dernier point soulevé par le
député de Bonaventure, que la pertinence du débat sur un
débat de cette importance et, j'imagine, autant suivi par les citoyens
du Québec, doit être, à mon avis, à tout le moins
similaire à celle que cette Assemblée connaît depuis votre
présidence, par exemple sur un débat de deuxième lecture.
Dieu sait que, autant de ce côté je suis le premier
à l'admettre et, de l'autre côté aussi, on a
profité d'une largeur de sujet à partir d'une intervention en
deuxième lecture, et je serais le premier surpris de voir nos amis
demander un règlement plus sévère sur un sujet aussi
important que celui que nous abordons. (15 h 20)
Le Président: M. le leader parlementaire de
l'Opposition.
M. Levesque (Bonaventure): M. le Président, simplement
pour répliquer très brièvement, encore
une fois, le temps ne nous le permettant pas, évidemment, et
voulant respecter l'horaire que nous avons tenté de respecter, je
voudrais simplement rappeler au leader parlementaire du gouvernement que,
lorsque j'ai parlé de la pertinence du débat, je n'ai fait que
m'inspirer de l'argumentation que l'on retrouve dans la décision de la
présidence.
Le président dit que le débat actuel, ce n'est pas un
débat sur le oui et le non. C'est un débat pour voir si la
question est correcte, si les gens vont être contents d'avoir une telle
question. C'est cela que le président vient de dire.
La pertinence du débat! On va parler de la question et on va
laisser faire...
M. Lavoie: La population!
M. Levesque (Bonaventure): ... la campagne pour après,
est-ce cela?
M. Charron: Puis-je, avec...
M. Levesque (Bonaventure): Autrement, c'est 50-50, M. le
Président! C'est 50-50, si c'est le oui et le non!
M. Charron: Puis-je, pour un moment, demander au leader de
l'Opposition d'abandonner cette défense partisane de sa position, celle
qu'il a eue depuis le début, et de reconnaître que la pertinence
du débat il serait d'abord le premier, j'en suis convaincu,
à le savoir sur la question, une question qui comporte, par
exemple, l'expression de nouvelle entente, qui comporte l'expression
d'association économique, qui comporte l'expression de
souveraineté, qui comporte l'expression de référendum et
qui comporte l'expression de mandat de négocier, tout en étant
pertinente au travail que nous devons faire sur le libellé de la
question, nous permet d'évoquer?
Je suis convaincu, M. le Président vous pourrez
vous-même le noter dès l'intervention du chef de l'Opposition cet
après-midi que nos amis ne se gêneront pas d'évoquer
eux-mêmes ce qu'ils estiment être la nouvelle entente, ce qu'ils
estiment être l'association économique, ce qu'ils estiment
être le référendum.
M. Levesque (Bonaventure): Qu'il donne l'exemple, qu'il s'en
tienne à la pertinence du débat, M. le Président.
M. Lavoie: II est en dehors pas mal!
M. Charron: En conséquence, M. le Président...
M. Levesque (Bonaventure): II est complètement en
dehors!
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît!
M. Charron: ... je demande donc à votre présidence
d'appliquer les mêmes règles que celles que vit l'Assemblée
à chacun de ses débats.
Le Président: M. le premier ministre. M. René
Lévesque
M. Lévesque (Taillon): M. le Président, c'est avec
une certaine émotion, on le comprendra, une émotion au fond de
laquelle je ressens surtout une grande fierté, que j'ai l'honneur
d'ouvrir ce débat à l'Assemblée nationale, car jamais,
probablement, notre Parlement n'a mérité de s'appeler national
comme en ce moment et pendant les jours qui viennent. J'espère que
toutes les astuces parlementaires du député de Bonaventure, qui
vient de nous évoquer le spectre de ces points de règlement, ne
nous empêcheront pas, dans un contexte comme celui-là,
d'évoquer l'ensemble de la question parce qu'il ne s'agit pas seulement
de la question qui sera posée au référendum, il s'agit
très spécifiquement de la question du Québec
lui-même.
En dépit de la confiance que nous ressentons, nous tous ici et
nous tous partout au Québec, qui proposons le oui au
référendum, je dois avouer cependant que c'est quand même
une fierté un peu inquiète que nous ressentons. Nous n'avons pas
l'habitude de rendez-vous comme celui du référendum, c'est la
première fois de toute notre histoire que se présente une telle
occasion de décider par nous-mêmes, collectivement, de ce que nous
voulons être et de la direction que nous voulons prendre pour
l'avenir.
Il y a des gens hélas c'est leur droit, mais je dis
hélas quand même qui semblent bien décidés
à tout faire pour que cette occasion soit ratée, des gens qui
vont, par exemple, sans crainte de se contredire, tâcher de faire croire
à la fois que cette étape est insignifiante et en même
temps qu'elle est trop redoutable. C'est pourquoi la fierté que nous
ressentons déjà ne sera vraiment sans mélange qu'au soir
de ce jour où, après avoir étudié tous ensemble non
pas seulement la question qui est posée justement, mais jusqu'en ses
moindres replis la question du Québec lui-même, de son
évolution, de la situation que cette évolution nous a faite, de
nos aspirations et de nos perspectives et qu'alors tous ensemble, nous nous
serons prononcés.
Nous aurons alors posé un geste qui, de toute façon et
quoi qu'il advienne, demeurera historique puisqu'en soi, le
référendum va constituer le premier exercice par le peuple
québécois de ce droit fondamental de tous les peuples qui est
celui d'orienter eux-mêmes leur destin et qu'on appelle couramment le
droit à l'autodétermination.
C'est donc en soi une étape cruciale dans le développement
du Québec. Et ce qui nous inspire surtout confiance, quant à nous
qui proposons la question au référendum, c'est que cette
étape vient à son heure. L'idée n'est pas nouvelle; il y a
plusieurs personnalités qui avaient déjà
évoqué l'hypothèse du référendum pour les
choix politiques les plus importants. Jusqu'à présent, cela ne
s'était pas concrétisé, les temps n'étaient pas
mûrs. Mais, au fond, on savait bien qu'il fallait que ça vienne un
jour, comme on sait qu'un jour, un fruit doit être cueilli si on ne veut
pas qu'il
pourrisse sur la branche, comme on sait qu'un jour, chacun doit assumer
aussi sa maturité avec les responsabilités qui
l'accompagnent.
C'est ce que nous avons d'ailleurs tâché d'exprimer
à la toute première page du livre blanc que le gouvernement
publiait il y a quelques mois. Dans l'histoire des peuples, comme dans la vie
des individus, surviennent des moments décisifs. Ces moments
décisifs sont rares, heureusement, pourrait-on dire, car ils
s'accompagnent presque toujours d'une certaine angoisse. Même quand le
chemin nouveau qui s'offre au carrefour est bien plus prometteur que l'ancien,
d'instinct, on est d'ordinaire porté à en exagérer les
embûches et, naturellement, la peur du changement fait chercher des
attraits inédits aux vieux sentiers sans horizon. Pour réussir,
il faut surmonter cette crainte.
Nous voici tous, Québécois et Québécoises,
arrivés à un moment décisif. Après des
années de discussions, de crises constitutionnelles, d'enquêtes et
de rapports, le temps est venu de choisir librement, démocratiquement,
le chemin de notre avenir. Quand vient le moment d'orienter ainsi et d'engager
son destin collectif, un peuple doit réfléchir mûrement.
Nous, Québécois, d'où venons-nous? Où en
sommes-nous et quelles sont nos chances de grandir et de nous épanouir?
Autant de questions qu'on doit se poser pour éclairer le vote.
D'abord, d'où venons-nous? Nous venons de bientôt 400 ans
d'histoire, de ténacité et de continuité. Après nos
concitoyens autochtones, nous sommes le peuple le plus profondément
enraciné en Amérique du Nord. Nous le savons, cela n'a pas
été facile de durer comme ça. Ils étaient une
poignée, il y a 220 ans, qui avaient quand même une égale
promesse de plénitude nationale que tous les autres, toutes ces autres
colonies que la vieille Europe avait implantées, qui étaient des
Espagnols, des Portugais, des Hollandais et, bien sûr, des Anglo-Saxons,
et qui tous, en cours de route, plus ou moins malaisément, sont
arrivés à cette plénitude nationale.
Mais, il y a 220 ans, la poignée que nous étions a
été conquise et décapitée, coupée des
centres de décision et, pendant longtemps, repliée sur ce qu'on a
appelé la survivance. Et puis, peu à peu, en maintenant
farouchement notre identité, en y ajoutant de génération
en génération le nombre suffisant, en récupérant
laborieusement un à un des droits et des instruments collectifs, nous
sommes devenus finalement ce que nous étions destinés à
devenir, un peuple qui, comme les autres, mérite de compter, quand ce ne
serait que pour être digne de tous ceux et toutes celles qui nous ont
permis de nous rendre jusque là, un peuple qui a non seulement le droit
mais, désormais, le devoir de s'affirmer et de prendre en main
l'essentiel de ses affaires, parce qu'il nous est arrivé quelque chose
d'extraordinaire il y a moins d'un demi-siècle, quelque chose
d'extraordinaire et aussi de parfaitement naturel.
Chez nous comme ailleurs, il y a eu l'accélération de
l'histoire; tous ceux qui peuvent regarder en arrière, se retrouver
disons il y a 35 ou 40 ans, ont la nette impression quasiment de retourner dans
un autre monde. A ce moment-là, c'était une société
plus simple, moins tourmentée, moins compliquée aussi. Même
si c'était la guerre qui nous rejoignait de loin, c'était une
société qui était à la fois solidement
installée dans des structures traditionnelles, avec toute une armature
sociale et mentale aussi, mais en même temps une société
qui était très peu sûre d'elle-même, qui était
encore résignée à dépendre indéfiniment des
autres et, comme on disait, à être née pour un petit pain.
(15 h 30)
Et puis, brusquement, on l'a constaté brusquement, mais
cela venait sûrement de loin, on ne l'avait pas vu venir il y a eu
une sorte de printemps, un printemps tardif, mais irrésistible aussi, un
peu comme nos rivières, quand la glace finit par sauter et qu'on sent le
renouveau qui monte de partout.
Comme ailleurs, je crois bien que cela a commencé par les
poètes et c'est vrai partout dans le monde par les
artistes, par les écrivains. Nous autres, les Québécois
qui vivions à peu près exclusivement du vieux gagné que
nos ancêtres avaient apporté et qu'ils nous avaient transmis,
sommes devenus comme jamais des créateurs, des exportateurs capables de
rayonner ailleurs dans le monde par la chanson, par l'écriture de plus
en plus, par le cinéma quelquefois, par la peinture très souvent,
et tout le reste qui nous a fait modestement, mais quand même autant
sinon plus que n'importe quelle autre communauté humaine de six millions
de gens, une sorte de véritable renaissance culturelle, et aussi notre
pensée sociale s'est mise à s'affirmer comme jamais.
Elle est devenue féconde au point de se trouver assez souvent
à l'avant-garde non seulement du Canada, mais du continent tout entier.
Les allocations familiales étaient là dans le paysage sans avoir
été changées depuis 1945 ou à peu près.
C'est dans les années soixante et c'est du Québec que, pour la
première fois, on a eu l'idée et ensuite le projet précis
de les adapter à l'évolution des familles et de leurs besoins
dans le monde contemporain.
Les pensions de vieillesse n'avaient guère bougé non plus.
C'est au Québec encore qu'a été conçu le
supplément qui s'appelle le régime des rentes et dont
l'instrument financier est la Caisse de dépôt et que, maintenant,
tout le reste du Canada a adopté. Tout récemment, c'est au
Québec qu'on a mis sur pied, finalement, un nouveau régime
d'assurance automobile plus humain, plus civilisé et au moins aussi
efficace que tous les autres qui l'avaient précédé. C'est
au Québec qu'avec les moyens du bord et ceux que le régime veut
bien nous laisser, on fait présentement un bout de chemin nouveau dans
la direction du revenu minimum garanti pour nos travailleurs.
On a vu également le même genre de transformation du
côté de la capacité de compétence et d'invention
dans le domaine politique et administratif. C'est au Québec d'abord sur
tout le continent, je crois, que, par étapes dont la dernière
est
la loi no 2 sur le financement des partis, on a mis fin peu à peu
au cours d'une quinzaine d'années au mariage coulissier et malsain des
intérêts et des groupes de pression privés avec le
trésor public. C'est au Québec aussi, depuis une vingtaine
d'années, qu'on a développé une compétence et de
plus en plus de rigueur administrative et budgétaire, avec des erreurs
de parcours, il y en a partout et il y en aura toujours mais une
compétence et une rigueur qui peuvent se comparer avantageusement avec,
je crois, ce qui se fait n'importe où ailleurs.
C'est vrai aussi dans le domaine économique et c'est
peut-être plus spectaculaire que tout le reste, parce que c'est là
que nous avions accumulé et c'est là qu'on nous avait
soigneusement injecté les plus solides complexes
d'infériorité. Je me souviens encore le
député de Bonaventure doit s'en souvenir aussi puisqu'il
était là des années soixante, alors que, dans des
circonstances quasi référendaires, on discutait de la reprise en
main de l'électricité. Combien de gens il y avait qui
s'acharnaient à nous dire qu'on ne serait pas capable, qui s'acharnaient
à répéter que construire nos barrages nous-mêmes,
unifier et administrer nous-mêmes un grand réseau de distribution,
c'était au-delà de nos forces. Pourtant, aujourd'hui,
Hydro-Québec est non seulement en quelque sorte un navire amiral pour
l'économie du Québec, mais se situe à coup sûr
à la pointe mondialement de toutes les entreprises du secteur.
Quant à SOQUEM dans le domaine minier, pour prendre seulement un
autre exemple, sauf erreur, elle récupérera cette année,
en une seule année, le total de tous les fonds que l'Etat lui a
avancés depuis sa création. En même temps,
parallèlement, partout dans nos régions, on a vu surgir et on
voit surgir de plus en plus nombreuses des entreprises nouvelles ou des
entreprises en pleine expansion.
En termes de compétence, d'efficience, d'initiative et d'audace,
on assiste ces années-ci à une véritable
métamorphose. Comme beaucoup d'autres, je suis allé voir cela un
peu partout, en Abitibi-Témiscamingue, au Saguenay-Lac-Saint-Jean, dans
la Beauce, bien sûr, en Estrie, dans les Bois-Francs, et c'est vrai aussi
on en a la preuve tous les jours dans les régions
métropolitaines, où c'est moins facile à percevoir parce
que, évidemment, on se connaît moins, mais là
également, c'est bien réel. On le voit à mesure que les
projets passent sous nos yeux. Alors, aujourd'hui, où en
sommes-nous?
C'est de là que nous venons. Avec tout cela, où en
sommes-nous aujourd'hui? Nous en sommes au point très simplement
où, dans aucun des grands secteurs de la vie en société,
sans nous prendre pour d'autres, il nous est interdit désormais de nous
prendre pour moins que ce que nous sommes. Il est interdit de penser que nous
ne serions pas aussi capables que quiconque de prendre nos affaires en main et
très certainement mieux équipés pour le faire que
n'importe qui d'autre quand justement il s'agit de nos affaires.
Nous sommes maintenant dans le peloton de tête des pays qu'on dit
avancés. Nos ressources humaines sont de plus en plus compétentes
et inventives. Grâce à une solide tradition d'épargne, nous
avons accumulé tous les capitaux requis pour assurer nous-mêmes
l'essentiel de notre développement. Nos ressources naturelles, qui sont
encore inexplorées dans une foule de coins du territoire, nous
garantissent une base physique parmi les plus riches et les plus
diversifiées au monde. A condition de l'entretenir avec soin, nous avons
la fortune à perpétuité dans l'un des plus vastes de tous
les domaines forestiers. Sur le plan de l'énergie, où on parle
sans cesse actuellement et trop souvent pour nous redonner des complexes, du
pétrole de l'Alberta, d'ici quelques brèves années, nous
produirons au Québec 25 000 mégawatts
d'électricité. Au moyen de centrales thermiques conventionnelles,
auxquelles d'autres ont dû se river depuis longtemps, il faudrait chaque
jour 700 000 barils de pétrole pour obtenir le même rendement; ce
qui représente déjà, en attendant la suite, la
moitié de la production annuelle de l'Alberta.
Or, tout cela n'est pas le fruit du hasard et, en particulier, tout ce
renouveau et cette fécondité des 25, 30 dernières
années, ce n'est pas non plus lié au régime politique dans
lequel nous vivons. Il faut dire, en fait, que c'est plutôt le contraire
qui s'est produit. Si nous faisons aujourd'hui partie des pays hautement
développés et que, parmi 150 autres dans le monde, cela nous
donne le 14e rang en ce qui concerne le niveau de vie, c'est grâce
d'abord et avant tout à nos efforts ici au Québec, grâce
à nos ressources, grâce aux capacités que nous avons su
développer que nous sommes arrivés jusque là. S'il n'y
avait pas eu en même temps les entraves, les complications et les trop
fréquentes iniquités du régime fédéral tel
qu'il est, nous y serions parvenus plus rapidement, moins difficilement, et
nous serions rendus aujourd'hui pas mal plus loin.
C'est pourquoi nous disons maintenant qu'au lieu de ce régime qui
est dépassé, dont tout le monde admet que tel quel il est
dépassé, à commencer par nos amis d'en face dans leur
livre beige et dans divers autres documents qui ont émané de leur
réflexion, et sans renier pour autant une longue tradition de
coexistence qui a créé tout un réseau d'échanges,
nous nous devons d'arriver avec nos voisins et partenaires du reste du Canada
à une nouvelle entente d'égal à égal,
c'est-à-dire la seule voie qui puisse être l'aboutissement normal
de notre évolution, la seule qui puisse répondre aux exigences du
présent et la seule surtout qui puisse nous assurer dans l'avenir un
progrès continu et sans cesse plus vivifiant.
D'ailleurs, ce serait aussi corriger enfin un malentendu qui dure depuis
le début, c'est-à-dire depuis 113 ans. Dès le
départ, en effet, les délégués de ce qu'on appelait
le Haut-Canada, l'Ontario, et les autres provinces anglaises ou colonies
à l'époque, voulaient d'abord et avant tout un Parlement central,
supranational, le plus fort possible, assez fort, avec assez de pouvoirs
centralisés pour
présider au développement d'un nouveau pays, un pays qui
serait essentiellement anglophone, mais de tradition britannique, au nord des
Etats-Unis, alors que, pour leur part, les Québécois, au
même moment, ce qu'ils désiraient par-dessus tout, c'était
à tout le moins un gouvernement provincial aussi responsable, aussi
autonome que possible, un gouvernement qui puisse devenir, jusqu'à un
certain point, leur vrai gouvernement, celui dans lequel ils seraient toujours
sûrs de se reconnaître. (15 h 40)
Mais c'est bien sûr, on le sait, la première conception qui
a surtout prévalu et qui, ensuite, s'est trouvée et se trouve
encore à l'arrière-plan de toutes les tensions qu'on a
vécues dans la dualité canadienne, comme on se plaît
à l'appeler maintenant et qui, maintenant aussi, se trouve au coeur de
la crise institutionnelle, constitutionnelle qui nous accompagne et qui n'a
cessé de s'aggraver depuis quelque chose comme 40 ans.
Même le chef actuel du Parti libéral admettait d'ailleurs
l'existence de ce malentendu à la source dans son document qu'il avait
intitulé "Choisir le Québec et le Canada", où certains de
ses diagnostics se rapprochaient remarquablement de ceux que nous avons
nous-mêmes établis, peu importe qu'évidemment cela ne l'ait
pas amené aux mêmes conclusions. Notre conclusion, en effet, c'est
qu'il faut maintenant enchaîner en pratique et non plus seulement en
paroles sur cette longue et tenace continuité des revendications
québécoises, des revendications autour desquelles, constamment,
nostalgiquement, on tournait; on n'osait pas aller jusqu'au bout de sa
pensée mais, constamment, se trouvait la notion absolument centrale
d'égalité entre deux peuples.
C'est à cela, au fond, que visait, pas si confusément que
cela, M. Duplessis quand il parlait de ramener chez nous notre butin. M.
Godbout lui-même je vais en surprendre plusieurs, on lui a fait
tellement une mauvaise réputation historiquement ne proposait-il
pas en 1948 et en toutes lettres la tenue d'un référendum pour en
arriver je cite tenons-nous bien, "à une entente
d'égal à égal entre le Québec et le Canada". Il y a
32 ans de cela.
Je passe par-dessus le "maître chez nous" de M. Lesage et du
gouvernement des années soixante, "l'égalité ou
indépendance" de Daniel Johnson et du gouvernement de la fin des
années soixante, la "souveraineté culturelle" de M. Bourassa dans
les années soixante-dix. Je me contenterai d'évoquer un peu plus
longuement l'affirmation très concrète de la commission
Laurendeau-Dunton ça remonte à 1963, il y a 17 ans
une affirmation dont personne depuis lors n'a égalé ni la
vigueur, ni la clairvoyance.
Ce qu'écrivaient dans ce rapport préliminaire André
Laurendeau, Davidson Dunton et leurs collègues, c'était entre
autres ceci: Les principaux protagonistes du drame, qu'ils en soient pleinement
conscients ou non, sont le Québec français et le Canada anglais.
Il ne s'agit plus du conflit traditionnel entre une majorité et une
minorité; c'est plutôt un conflit entre deux majorités. Le
groupe majoritaire au Canada et le groupe majoritaire au Québec. Cela
revient à dire que le Québec francophone s'est longtemps
comporté un peu comme s'il acceptait de n'être qu'une
minorité ethnique privilégiée. Aujourd'hui, le
Québec se regarderait lui-même comme une société
presque autonome et s'attendrait à être reconnu comme tel. Cette
attitude se rattache à un espoir traditionnel au Canada français,
celui d'être l'égal comme partenaire du Canada anglais.
Les Canadiens de langue anglaise, en général, doivent en
venir à reconnaître l'existence au Canada d'une
société francophone vigoureuse. Il faut donc qu'ils acceptent
comme nécessaire à la survivance même du Canada une
association réelle comme il n'en peut exister qu'entre partenaires
égaux. Ils doivent être prêts à discuter franchement
et sans préjugés les conséquences pratiques d'une telle
association.
Il y a 17 ans que cela a été écrit et, quatre ans
plus tard, en 1967, voici encore l'affirmation qu'on trouvait dans le rapport
final: "Le principe d'égalité prime pour nous toutes les
considérations historiques ou juridiques." Or, de toutes les
recommandations de ce rapport, aujourd'hui, après treize ans, seules,
tant bien que mal, et avec une volonté si souvent vacillante, celles
touchant à une certaine égalité linguistique ont
été mises en vigueur.
Mais c'est aux oubliettes qu'on a renvoyé la question
fondamentale de l'égalité politique, la seule entre deux
communautés nationales qui puisse soustendre et étayer toutes les
autres formes d'égalité dont on peut parler.
La démarche qui nous mène au référendum,
celle que nous y proposons, est donc non seulement fidèle à
l'aspiration la plus profonde et la plus constante des Québécois,
mais c'est également la seule qui puisse enfin nous sortir du cercle
vicieux dans lequel notre crise de régime s'est enlisée. Il n'y a
guère que des autruches politiques ou des gens très naïfs ou
très présomptueux qui pourraient refuser de voir que les
échecs répétés de tous les gouvernements qui ont
cherché une solution dans le rafistolage du régime et aussi que
l'écart concret et qui va d'ailleurs en s'élargissant entre la
réalité du Québec et celle du Canada anglais nous
mènent forcément à la conclusion suivante, c'est que seule
l'expression majoritaire, massivement majoritaire autant que possible, d'une
volonté de changement dans l'égalité par l'ensemble des
Québécois, nous permettra jamais d'amorcer le processus
indispensable.
Il faut bien penser qu'en face de nous, au Canada anglais, il existe
aussi un sentiment national très fort. Ce sentiment national s'est
exprimé d'une façon particulièrement frappante par des
silences tonitruants et par des sympathies du bout des lèvres et
foncièrement embarrassés lors de la publication, par le Parti
libéral provincial, de son livre beige. Au-delà des
diversités d'intérêts des provinces et des
régionalismes plus ou moins agressifs, selon les circonstances, il
existe chez les Canadiens anglais une unité d'aspirations là
aussi face aux questions fondamentales qui se
posent et qu'on ne peut pas ignorer. C'est cette unité
d'aspirations qui a répondu au député d'Argenteuil et
à ses collègues, récemment, qu'elle voulait un
gouvernement central fort et que le panprovincialisme du projet libéral
québécois risquerait de mener plutôt à une certaine
désintégration. Le gouvernement québécois respecte
cette réalité nationale canadienne anglaise et ne prétend
pas lui imposer quelque système politique que ce soit. Nous ne
reprocherons pas aux Canadiens des autres provinces d'être
attachés au régime fédéral essentiellement tel
qu'il est, d'y voir des avantages évidents et cela, l'histoire
prouve qu'ils ont eu raison de les voir et de chercher à
conformer ce régime toujours davantage à leurs aspirations
propres.
Mais comme ce système a justement fonctionné et
cela tout le monde en convient d'abord et avant tout à l'avantage
de la majorité canadienne-anglaise, en particulier de l'Ontario, et que
de plus le Québec s'y trouve de plus en plus minoritaire, il n'est que
normal de rechercher de nouvelles formes de coopération en proposant une
solution de rechange qui tâche de respecter les besoins en même
temps que la plus centrale des aspirations des deux parties. C'est dans cette
perspective et avec cet espoir que nous entretenons depuis plus qu'une douzaine
d'années que, le 20 décembre de l'année dernière,
pour l'information et la réflexion de l'Assemblée nationale et
tous nos concitoyens aussi qui le voudraient, je rendais public le texte de la
question que nous avions décidé de proposer au
référendum. Soit dit en passant, les convictions que nous avions
déjà quant à la clarté, à la franchise et
à l'honnêteté foncières de cette question, ces
convictions n'ont fait que se renforcer depuis et je n'hésite pas
à dire parce que nous avons de claires indications à ce propos
qu'une solide majorité de Québécois semble bien être
du même avis.
Quant à la légalité stricte du texte à
propos de laquelle d'aucuns se sont évertués à couper en
quatre tous les cheveux qui leur tombaient sous la main, aux opinions verbales
et très nombreuses et très concordantes que nous avions
dès le départ, s'ajoute maintenant l'opinion claire et sans
ambage du bataillon de juristes qui ont la responsabilité permanente de
conseiller les gouvernements du Québec en cette matière, les
juristes du ministère de la Justice. (15 h 50)
Cela dit, qu'est-ce qu'elle dit, cette question? D'abord, elle pose le
principe sur lequel tout le reste s'appuie, le principe de
l'égalité fondamentale des deux peuples qui composent le Canada
actuel. Ce principe, son application est la règle universelle du monde
civilisé. Sur ce plan des droits et des intérêts
fondamentaux, de l'exercice de ces droits non pas des droits et des
intérêts dans les nuages et de la gestion de ces
intérêts, c'est d'égal à égal que tous les
peuples qui se respectent doivent établir leurs relations. La question
proposée précise ensuite l'entente nouvelle par laquelle, et par
laquelle seulement, ce principe pourra s'appliquer et vivre, encore une fois,
sa réalité, vivre non plus dans l'abstrait, dans
l'académique, en fait, dans les nuages vaporeux de la
velléité comme, malheureusement, c'est le cas dans le livre beige
du Parti libéral provincial.
En fait, la seule façon dont on puisse espérer que
ça se concrétise dans un nouvel équilibre et
voilà combien d'années les événements s'acharnent
à nous le confirmer c'est, d'une part, par la
récupération au Québec du pouvoir exclusif de faire nos
lois sans que d'autres viennent leur marcher sur les pieds; de lever et
d'employer chez nous tous nos impôts, tous les revenus publics que nous
payons justement pour notre développement et, d'autre part, afin de
maintenir un espace économique commun dont personne, ni d'un
côté ni de l'autre, n'aurait avantage à se priver par le
maintien, la continuité d'une association économique qui
comporterait notamment l'utilisation conjointe de la même monnaie.
Le mandat que demande le gouvernement, c'est celui d'aller
négocier une nouvelle entente qui réponde à cette double
exigence, ni plus ni moins. Ce qu'on demande, toutefois, ce n'est pas non plus
un chèque en blanc. On ne demande pas aux citoyens d'approuver davance,
quel qu'il soit, l'aboutissement de cette démarche. Nous nous engageons
à ne pas prétendre effectuer de changement définitif du
statut politique avant d'avoir consulté à nouveau la population
parce que nous sommes conscients du fait qu'aucun changement politique
sérieux ne pourrait être envisagé, et sûrement pas
réalisé, sans l'adhésion formelle et soutenue de la
majorité des citoyens.
C'est d'ailleurs la raison pour laquelle je l'ai dit à
maintes reprises, et je tiens à le répéter le
gouvernement va respecter, quel qu'il soit, jusqu'à la fin de son
mandat, la décision majoritaire qui sortira du référendum,
sans prétendre d'aucune façon passer outre à la
volonté collective. Il serait éminemment souhaitable qu'on ait la
même garantie de la part de ceux qui se préparent à
défendre l'option négative pendant la campagne qui s'amorce. Il
serait bon que de telles garanties de respect démocratique de la
volonté des citoyens soient données tout de suite, dès
maintenant, avant que l'intensité du débat n'envahisse toute la
scène.
Sur ce, il faut se demander brutalement ce que serait la portée
du oui et du non, ce que l'un ou l'autre annoncerait comme avenir
prévisible. Je pense que beaucoup de Québécois ils
sont chaque jour plus nombreux, sauf erreur ont déjà pris
conscience de ce que signifierait une réponse négative. Elle
consacrerait à nouveau, et pour longtemps, le lien de dépendance
du Québec par rapport à la majorité anglo-canadienne. Elle
consacrerait à nouveau, et pour longtemps, le statut
d'inégalité du peuple québécois et, pis encore, une
situation de plus en plus minoritaire au sein de l'ensemble
fédéral. Ce serait la continuation, sinon la perpétuation
des conflits interminables, des culs-de-sac fédéraux-provinciaux,
des chevauchements innombrables dans lesquels se dilue la
responsabilité, et dans une stérilité sans cesse
croissante se gaspillent tant d'énergie, de ressources et de
temps.
Ce serait aussi la permanence de politiques fédérales qui,
trop systématiquement, créent surtout de l'emploi et du
développement ailleurs et prétendent compenser chez nous par
l'entretien du sous-emploi et du sous-développement relatif. On me
permettra, à ce propos je pense que c'est un pensez-y bien pour
quiconque de citer un extrait d'une étude qui a été
commandée en 1977 par le premier ministre d'alors, au
fédéral, le nouveau premier ministre, sur les interventions
d'Ottawa au Québec.
Les conclusions de cette étude, qui porte sur les
activités de cent ministères et agences fédérales
durant la période 1967-1976, sont terriblement claires. "Le gouvernement
fédéral, y lit-on il s'agit d'un document, comme on le
sait, qui ne devait pas être publié, mais comme il arrive de plus
en plus à notre époque, qui a connu une fuite qui nous a permis
à tous de savoir ce qu'il y avait dedans crée souvent des
conflits avec Québec en intervenant sans connaître les bases
constitutionnelles ou même les conséquences probables de ses
actions."
Un peu plus loin. "Les ministères fédéraux,
souvent, ne consultent pas Québec même lorsque les programmes sont
d'un intérêt particulier pour lui." Encore. "Il apparaît
évident qu'il y a peu d'instances où le ministère ou
l'agence fédérale était conscient des effets de ces
activités sur la population du Québec ou sur les
priorités, les politiques ou les programmes québécois."
Enfin, ce dernier extrait. "Il est même rare qu'on ait tenté de
prévoir les effets de ces activités avant qu'elles ne soient
entreprises."
Comment imaginer, dans un contexte où c'est enraciné comme
façon de voir les choses, que le non puisse être autre chose que
la justification à l'avance du blocage constitutionnel, qu'il puisse
annoncer autre chose que l'arrêt du mouvement historique dans lequel,
veut veut pas, nous sommes engagés parce que c'est le mouvement
même de la vie? Bref, le non au référendum est
peut-être québécois, comme le dit assez tristement le
calembour dont accouchait ces jours derniers le congrès du Parti
libéral provincial, mais ce serait du Québécois
replié, désuet, tassé frileusement sur la peur de
s'assumer et l'incapacité de faire face à l'avenir. Pour bien des
lunes, ce serait l'impossibilité de faire prendre vraiment au
sérieux, par quelque interlocuteur que ce soit, même quelque chose
qui a autant peur d'affirmer le Québec, qui semble même avoir
autant honte de nos aspirations les plus légitimes, les plus
répétées, les plus enracinées que ce livre beige
auquel nos amis d'en face viennent de se résigner officiellement.
Face à cet appel à l'immobilisme et à la
stagnation, le oui, c'est l'assurance, enfin, d'un déblocage, c'est
l'ouverture à un changement qui s'inscrit dans la continuité du
développement et de la maturation de tout un peuple, c'est la claire
proclamation d'une volonté d'égalité et
d'égalité vécue ailleurs que seulement sur le papier,
c'est la condition d'une certitude définitive pour la
sécurité culturelle avec des chances de plein
épanouissement de cette culture, de l'identité qu'elle a
forgé au cours des générations et du développement
de tout ce potentiel proprement illimité pour lequel, comme toutes les
sociétés, c'est sur nous-mêmes d'abord que nous devrons
compter. Ce oui, c'est en même temps un meilleur équilibre et un
partage plus équitable dans le "partnership" économique avec le
reste du Canada, il permettrait d'éliminer des facteurs qui ont
entravé notre développement sur bien des plans, et en particulier
sur le plan économique, voilà ce que peut amorcer, et très
vite, une réponse positive car voilà ce que contient en
perspectives la question qui est proposée. C'est la promesse qu'elle
renferme et que toutes les déformations qu'on va tenter de lui faire
subir ne pourront pas effacer.
Encore une fois il faut le répéter c'est une
promesse qui est également féconde, qui peut être
décontractante et décomplexante pour les deux parties. Le oui au
référendum je ne devrais pas avoir le besoin de le dire
n'a pas pour effet ni pour but d'abolir le Canada. On ne devrait pas
avoir besoin de le dire, mais je crois pourtant qu'il faut le dire puisque dans
la présen-tion d'une motion de blâme de son parti, ici même,
le 11 octobre dernier, le chef de l'Opposition officielle et futur
président du comité du non, faisait étalage de ses sombres
certitudes quant à la fin du Canada, rien de moins. (16 heures) "Depuis
dix ans, disait-il, on fait tout ce qu'on peut humainement faire pour
discréditer l'ensemble canadien et préparer son
écroulement dans les esprits et ensuite dans les structures". Plus loin,
il ajoutait: "Le Canada, sans régime fédéral, va cesser
d'exister". Tout en respectant le choix des Québécois qui
désirent sincèrement continuer à faire partie d'un
système fédéral, et même du système
fédéral tel qu'il existe actuellement quoique cela ce soit
plus difficile à comprendre on accepte difficilement qu'ils
prétendent du même souffle que la remise en question de la place
du Québec dans cet ensemble mène à nier l'existence
même du Canada ou à l'empêcher de continuer avec le
régime qui fait son affaire.
Il ne faut pas oublier, et je crois que dans les introductions assez
nombreuses qu'il y avait au livre beige du Parti libéral provincial,
c'est très clairement rappelé, sur quel fondement ce
régime est établi. C'est au premier chef on parle d'abord
d'un certain éloignement de l'Angleterre, d'une certaine expansion de
plus en plus inquiétante de la puissance américaine et on ajoute
ceci afin de créer un espace économique à toutes
les colonies de l'Amérique du Nord que fut l'Amérique du
Nord britannique conçu le projet de fédération
canadienne adopté en 1967. Les colonies voulaient renforcer leur
économie respective en accroissant le commerce intérieur et en se
dotant d'une solide infrastructure en matière de transport,
d'institutions financières, d'administration publique. Elles voulaient
mettre en valeur les territoires de l'Ouest canadien, garder au Canada
et accroître la population des diverses colonies, permettre aux
colonies de se développer davantage et de manière autonome par
rapport aux contrôles extérieurs. C'est ce qui a été
le fondement de l'expérience canadienne.
Or, nous proposons justement le maintien de l'espace économique
canadien qui a été le fondement de cette réalité et
nous en maintenons le maintien à peu près tel qu'il existe. Nous
voulons conserver intact l'actuel marché commun. Il nous apparaît
évident qu'une telle proposition correspond à l'avantage de tous,
des Québécois mais aussi des Canadiens des autres provinces, et
sérieusement.
En Ontario seulement, il y a 200 000 emplois et davantage qui
dépendent du marché québécois. J'ai remarqué
d'ailleurs que dans les textes de nos amis d'en face, on parle toujours des
avantages que le Québec peut retirer, en oubliant que ce sont des vases
communicants. On parle uniquement des avantages que le Québec peut
retirer, par exemple, de ses ventes au reste du Canada. Il ne faut pas oublier
que cela joue des deux côtés. Le marché
québécois représente à lui seul, pour ceux qui
l'ignoreraient, 25% de toutes les exportations des autres provinces.
Donc, c'est nécessairement du donnant donnant. Le bon sens le dit
mais il y en a parfois qui l'oublient. En proposant de conserver cet ensemble
économique et tout ce qu'on peut y réaliser ensemble, d'y
maintenir la libre circulation des personnes, des produits, des capitaux, d'un
même dollar, sans douane ni autres embarras, est-ce qu'on ne s'en irait
pas très précisément dans une direction qui est en plein
dans le courant le plus universel des relations égalitaires entre les
peuples, c'est-à-dire la souveraineté, pour nous la fin de la
dépendance intérieure, et quel que soit le nom qu'elle porte,
pacte, conseil, communauté, association, à des douzaines
d'exemplaires à travers le monde civilisé d'aujourd'hui,
l'interdépendance en même temps, l'interdépendance
librement acceptée et d'autant plus stimulante?
En terminant, on me permettra de souligner aussi que, pour
réussir à briser le cercle vicieux dans lequel nous sommes
enfermés aux points de vue institutionnel, politique, constitutionnel
peu importent les adjectifs qu'on veut employer et si on peut
parvenir à rompre sans hostilité ce front commun que toute
majorité essaie toujours de maintenir autour d'un statu quo qui lui est
profitable et à ce point de vue, il faut bien comprendre que
c'est normal pour la plupart des porte-parole du Canada anglais de s'accrocher
mordicus à ce statu quo pour l'essentiel si on veut rompre ce
front commun, le rompre sans hostilité, que toute majorité, celle
du Canada anglais comme les autres dans le monde essaie toujours de maintenir
quand ça lui est profitable, il faut que le référendum
soit aussi pour les Québécois l'occasion de plus qu'un minimum
vital de solidarité collective.
I know, this is something which in many cases is more difficult to
accept among English-speaking Quebecers, this measure of solidarity which is
normally called for by an event such as a referendum or plebiscite on the
national future. And I know, I think, very realistically that many and probably
most of our English-speaking fellow citizens will find it impossible to answer
this call I just made because they feel and so much of the past and so
much also of the present is there to explain that an unbreakable
belonging, more to the English Canadian majority, than to the Québec
society, majority French. Not only is it understandable but it is something we
must and we shall respect but may I say that we shall also respect, at least as
much, the exceptional courage and to us the clearmindedness or all those for
whom the referendum, on the contrary, and without breaking any ties will
represent a chance to express positively, eloquently a priority for their
attachment to Québec but also to a better and more fruitful and
eventually, friendlier relationship between all of us, both here in
Québec, and betwenn Québec and Canada.
Cette solidarité, c'est évident que c'est rare dans
l'histoire d'une société pour qu'on puisse en parler. Cela arrive
à peu près deux ou trois fois par siècle, je pense, dans
le meilleur des contextes, à certains moments, que tout le monde
reconnaît d'instinct quand son instinct n'a pas été
émoussé. Or, depuis le début de l'année surtout, on
l'a vu s'amorcer peu à peu un peu partout au Québec. J'ai pu le
constater dans plusieurs régions au cours des tournées que nous
avons eu à faire, une solidarité qui essaie de s'affirmer
au-delà des affrontements il y aura toujours des affrontements
dans n'importe quelle société, il y aura toujours des
problèmes, des intérêts qui se cognent, qui s'entrechoquent
et même, ce qui est encore plus extraordinaire, une
solidarité qui cherche à passer par-dessus et au-delà des
compartiments partisans.
Là-dessus, je dois dire avec une certaine tristesse que j'ai
entendu pendant la fin de semaine un morceau de congrès des
libéraux provinciaux. J'ai entendu le député de
Bonaventure raconter avec son brio qui parfois déguise admirablement ses
intentions que c'est peut-être parce que nous avions honte de notre parti
si nous tâchions nous-mêmes, afin de rejoindre cette soif de
solidarité qui se dessine, de nous conduire aussi exclusivement que
possible comme des Québécois et rien de plus, mais rien de moins.
Je dirai simplement au député de Bonaventure qu'il n'est pas
question d'avoir honte d'un parti qui a réussi en treize années
de croissance aussi difficiles et pleines de sacrifices tout le long du chemin,
qui a réussi une croissance sur un terrain politique encombré,
comme on le sait, par les vieux partis et qui, depuis trois ans et demi, a
tâché de fournir au Québec un gouvernement aussi convenable
que possible, de remplir tous ses engagements et qui va continuer de le faire
jusqu'à la fin du mandat actuel du gouvernement.
Mais devant cet engagement, entre autres, qui est non-partisan de
nature, quant à nous, parce qu'il est tellement lourd de
conséquences pour toute la collectivité, cet engagement que
constitue le référendum, quant à nous, en tout cas,
nous
allons persister jusqu'au bout à oublier un peu ce que Mercier
tout là-bas au siècle dernier appelait déjà nos
luttes fratricides. Je suis profondément convaincu que ceux qui l'auront
fait, y compris au fond d'eux-mêmes certains de nos amis d'en face seront
fiers comme jamais au soir du référendum lorsqu'une solide
majorité de la population aura dit oui, oui au Québec, oui
à sa maturité présente, oui à toutes ses chances
d'un avenir libre et responsable. Merci, M. le Président. (16 h 10)
Le Président: M. le chef de l'Opposition officielle.
M. Claude Ryan
M. Ryan: M. le Président, j'ai écouté avec
beaucoup d'intérêt le discours du premier ministre. J'ai
trouvé que l'exposé était moins agressif que de coutume,
que les qualificatifs sombres et péjoratifs étaient moins
nombreux; il y en avait quelques-uns au passage qui étaient plutôt
acceptables si l'on se fie aux normes habituelles.
Evidemment, il y a bien des choses qu'a dites le premier ministre
auxquelles on peut souscrire. Je le remercie d'avoir souscrit à
certaines affirmations qui ont été faites de notre
côté au cours des derniers mois. Pour une fois, j'ai
été cité sans avoir des raisons de me plaindre à
part cela! J'ai été cité de manière à peu
près exacte sans que le contexte en souffre; j'en suis très
heureux. Mais je pourrais dire quelque chose au premier ministre sur chacun des
points qu'il a soulevés. Quand il nous parle, par exemple, des apports
originaux du Québec à la vie sociale, politique et
économique du pays, du continent, je lui dirais que, d'abord, ce sont
autant de choses qui ont pu se faire à l'intérieur du
régime politique sous lequel nous vivons actuellement, même si
parfois je lui concéderais que nous avons éprouvé des
difficultés peut-être plus grandes à les
réaliser.
Je signale au passage que le premier ministre, s'il avait voulu faire un
bilan le moindrement complet, le moindrement objectif, aurait pu signaler bien
des initiatives qui ont émané du gouvernement
fédéral et qui étaient aussi des initiatives originales,
soit sur le plan du progrès social, soit sur le plan du progrès
économique. On pense aux programmes de péréquation qui ont
été établis au Canada, indépendamment de la
province qui en profite actuellement ou qui en profitera dans 50 ans; nous ne
savons pas ce qui arrivera dans 50 ans. Le principe même de la mise en
commun des chances économiques et sociales qui incarne l'idée de
péréquation et l'incarnation plus récente qu'a connue
cette même idée au titre des paiements de compensation
pétroliers, autant de réalisations originales du
fédéralisme canadien dont on ne trouve aucune mention, inutile de
le souligner, dans le livre blanc du gouvernement ni non plus dans le discours
du premier ministre aujourd'hui. Mais quand même c'est de bonne guerre.
Je pense que chacun a son interprétation de la réalité,
son interprétation de l'histoire. Nous autres, nous mettons davantage
l'accent sur les valeurs qu'on trouve à l'actif de l'histoire du dernier
siècle.
Nos amis d'en face mettent plutôt l'accent sur le passif. Nos
concitoyens jugeront en toute liberté, le moment venu.
Je suis plutôt reconnaissant au premier ministre de la
manière digne dont il a parlé du livre beige de notre parti.
Franchement, j'ai écouté ce qui a été dit
tantôt; dans l'ensemble, c'est très acceptable. Je voudrais
seulement dire une chose. Chaque fois que le premier ministre sera tenté
de voir dans ce document une prise de position frileuse par des personnes qui
auraient si j'ai bien compris presque honte de se
considérer comme des Québécois, je voudrais l'inviter
à être prudent. Je voudrais l'inviter à veiller à ne
pas insulter gratuitement 3000 personnes qui sont venues de toutes les parties
du Québec à notre congrès de fin de semaine, qui ont
travaillé conscieusement à préparer ce congrès
pendant des semaines, qui ont délibéré en toute
liberté dans un climat de sérieux, de
sérénité et de travail constructif comme on n'en voit pas
trop souvent dans la vie des partis politiques. Je veux rendre hommage à
toutes ces personnes, des milliers et des milliers de personnes qui ont
contribué à mettre au point la position constitutionnelle de
notre parti. Je veux assurer mes concitoyens que cette position tient compte de
la réalité propre du Québec, mais considère aussi
qu'il est parfaitement possible pour le Québec de se développer
suivant son génie propre tout en continuant à faire partie de
l'ensemble politique fédéral canadien.
Le premier ministre évoquait tantôt les soucis
économiques qui furent à l'origine de la fédération
canadienne. Cette citation venait de nous, par conséquent, elle
résumait l'histoire d'une manière passablement objective. Il y a
seulement un élément qui manquait dans le discours du premier
ministre: Pour que cette union économique canadienne porte ses fruits
à travers les 112 années que nous avons connues, il a fallu
qu'elle soit chapeautée et encadrée par une union politique et
sans l'autorité politique qui encadrait cette union économique,
il y a longtemps que l'union économique se serait effondrée.
C'est là l'une des grandes illusions de la pensée de nos amis
d'en face de s'imaginer que nous pourrons préserver intégralement
l'espace économique canadien si nous n'avons pas une autorité
politique d'envergure correspondante, tenant son pouvoir directement de la
légitimité que peut seul conférer le vote populaire pour
l'encadrer, l'orienter et lui imposer au besoin certains sacrifices et
certaines contraintes.
Nous aurons l'occasion au cours des semaines à venir d'aborder
amplement le fond du problème. J'avais compris, M. le Président,
que le débat que nous inaugurons aujourd'hui, j'avais surtout cru le
comprendre à la lumière des explications qui ont
précédé votre décision, devait porter surtout sur
la question. On n'a pas entendu grand-chose sur la question dans le discours du
premier ministre, pratiquement rien, aucune explication. On va examiner la
question ensemble. Il me semble que c'est le sens du débat que nous
entreprenons aujourd'hui.
Je voudrais tout d'abord, M. le Président, vous présenter
des observations groupées autour de trois têtes de chapitre
principales. D'abord, pourquoi nous sommes méfiants à l'endroit
de nos amis d'en face dans tout ce qui touche l'opération
référendaire? Deuxièmement, je procéderai à
l'analyse la plus objective possible de la question et, troisièmement,
je vous dirai comment nous allons voter et, finalement, je dirai à
quelles conditions je serais prêt à prendre l'engagement que me
demandait de prendre le premier ministre tantôt en ce qui touche le
résultat du référendum.
D'abord, si nous voulons comprendre le sens de l'opération
référendaire, il faut bien comprendre ce que veulent nos amis
d'en face, c'est-à-dire les personnes qui forment le gouvernement actuel
et qui incarnent la direction du Parti québécois lequel domine,
légitimement pour l'instant, le gouvernement que nous avons. Il n'a pas
été facile au cours des années de suivre la pensée
du Parti québécois et de son chef car l'expression de cette
pensée a continuellement varié suivant les besoins de l'heure et
les circonstances du moment. D'un ministre à l'autre, d'une
déclaration du premier ministre à l'autre, les accents n'ont
cessé de changer et les explications se sont multipliées, mais
elles contribuaient plus souvent qu'autrement à accroître la
confusion au lieu de la dissiper. Au temps où le Parti
québécois siégeait dans l'Opposition, on aimait se
reporter aux résolutions des congrès généraux du
parti et au programme officiel de celui-ci comme normes suprêmes de la
volonté et des desseins du Parti québécois.
Mais, à combien de reprises, dès cette époque, on a
constaté un fossé profond, un divorce manifeste entre le
programme du Parti québécois et les comportements
électoraux et politiques du premier ministre et des principaux
porte-parole du parti. Ainsi, le programme, édition 1973, du Parti
québécois faisait suite au congrès tenu en 1972. A propos
de référendum, il nous disait ceci: Un gouvernement du Parti
québécois s'engageait à ce moment-là à
mettre immédiatement en branle le processus de l'accession à la
souveraineté dès qu'il aurait été porté au
pouvoir et que la souveraineté aurait été proclamée
par une loi adoptée à l'Assemblée nationale. On disait
ensuite qu'on ferait adopter par référendum, pour
concrétiser cette indépendance, une constitution qui aurait
été élaborée avec la participation des citoyens au
niveau des comtés, par des délégués réunis
en assemblée constituante.
Or, à l'élection qui suivit il n'y a pas eu des
mois et des années qui se sont passés entre les deux
à l'automne de 1973, cela a bien commencé, le Parti
québécois se présentait plutôt sous son vrai jour
mais, tout à coup, à une semaine du jour des élections, on
a pu lire dans les journaux, sous la signature du Parti
québécois, le message publicitaire suivant on s'en
souviendra, il est reproduit intégralement dans l'histoire que Vera
Murray a écrite du Parti québécois: "Aujourd'hui, je vote
pour la seule équipe prête à former un vrai gouvernement.
En 1975, par référendum, je déciderai de l'avenir du
Québec." (16 h 20)
Ce n'était pas du tout dans le programme du Parti
québécois. C'était un tout autre programme comme
celui-là. Pour des fins électorales on a trouvé ce
stratagème en vue d'inspirer confiance aux électeurs et si le
premier ministre est surpris je pourrai lui passer tantôt cet
extrait.
Deuxième exemple. Lorsque s'engage la campagne électorale
de 1976, le Parti québécois prétend s'appuyer sur le
programme qu'a défini son congrès de l'année
précédente, de 1975 ou 1974, je ne me souviens pas exactement,
c'est la version 1975 qui était la dernière avant la tenue du
congrès et dans ce programme on disait, on maintenait le dessein de
mettre en branle le processus d'accession à la souveraineté
dès qu'un gouvernement du Parti québécois aurait
été élu et on ajoutait ceci: "Dans le cas où il
faudrait procéder unilatéralement, un gouvernement du Parti
québécois s'engage à assumer méthodiquement
l'exercice de tous les pouvoirs d'un Etat souverain en s'assurant au
préalable de l'appui des Québécois par voie de
référendum". C'était bien clair, le
référendum devrait servir de recours pour le cas où des
obstacles surgiraient dans l'application de la décision qui aurait
été prise à l'occasion de l'élection.
On regarde ce qui s'est passé dans la campagne électorale
de 1976, vous vous en souvenez, messieurs d'en face, parce que vous en
fûtes les auteurs, ne parlons pas des calomnies, la campagne de salissage
qui fut faite contre le gouvernement de l'époque, les insinuations de
toutes sortes. Je regarde ces annonces, cela m'avait frappé parce que
j'étais directeur d'un journal moi-même, à ce moment, et
nous étions heureux de publier ces annonces comme celles des partis
adverses d'ailleurs. Il y en a une ici, pas un traitre mot, M. le
Président, sur toute la question de l'indépendance, de la
souveraineté politique, le référendum, rien de cela. On
parlait des soins de santé gratuits, du développement de
l'habitation, du nouveau régime d'assurance automobile, relance de
l'agriculture, toutes des bonnes choses. On camouflait l'autre volet. Le
premier ministre a été interrogé à la
télévision, à la radio et par les journalistes à
l'occasion de conférences de presse. Il a été
obligé de préciser un petit peu ce qu'il envisageait de faire de
ce côté.
Il a dit, il s'en souvient sans doute autant que moi: On réglera
cela à l'occasion d'un référendum. On ne parle pas de cela
dans cette campagne-ci. Nous ferons un référendum sur
l'indépendance après l'élection et ce, je vois le
député de Joliette-Montcalm qui fait des signes de tête
négatifs. J'ai un paquet de citations pour le lui rappeler. Il y a des
citations bien claires du premier ministre et le premier ministre s'en souvient
lui-même et je ne les citerai pas hors contexte à part cela. Je
vous le garantis. Encore une fois, on camoufle la volonté
véritable. Tout cela sous des dehors de l'honnêteté la plus
cristalline.
Troisième exemple: On s'était aperçu que l'affaire
n'était pas claire. Là on est au pouvoir. On est mieux
placé pour comprendre toutes les implications de ce qu'on va faire. On
fait un congrès régulier, je présume, du parti en 1977,
à
peu près huit mois après la prise du pouvoir. Là,
qu'est-ce qu'on décide? Il reste encore des éléments de
limpidité. On décide qu'un gouvernement du Parti
québécois cela me fait rire c'est: un gouvernement
du Parti québécois s'engage à déjà,
la confiance est pas mal amochée après ce qu'on a vu; enfin, cela
continue s'assurer par voie de référendum et au moment
qu'il jugera opportun, à l'intérieur d'un premier mandat, de
l'appui des Québécois sur la souveraineté du
Québec. Il n'était pas question d'autre chose à ce moment.
Il n'était pas question de mêler les cartes. C'était un
référendum sur la souveraineté du Québec.
Le premier ministre se rappelle d'ailleurs que, quelques mois plus
tôt, il était allé à New York faire un discours
célèbre devant l'Economic Club. J'avais l'honneur de
l'accompagner à titre de journaliste à ce moment. Il nous disait
dans ce discours historique: L'indépendance du Québec est donc
devenue aussi naturelle, aussi normale, je dirais presque aussi
inévitable que ne l'était l'indépendance américaine
il y a 200 ans.
Pour moi, ce qui importe, la question qui importe, ce n'est pas de
savoir si le Québec deviendra ou non indépendant ni même de
savoir quand, mais de connaître comment les Québécois
assumeront la pleine maîtrise de leur vie politique. Je pense que c'est
une des déclarations les plus véridiques qu'a jamais faites le
chef du Parti québécois. Ce qui l'intéressait,
c'était surtout comment. On en a eu la preuve amplement depuis ce temps,
et ça continue.
Plus loin, comme gage de bonne foi devant cet aréopage d'hommes
d'affaires éminents des Etats-Unis: "La garantie d'un
référendum est comme base de notre engagement de ne jamais
bousculer les Québécois dans des changements constitutionnels
fondamentaux qu'ils n'auraient pas clairement acceptés au
préalable. Nous avons donné à nos concitoyens l'assurance
de tenir, sur la question de l'indépendance, un référendum
qui permettra à tous les Québécois en âge de
voter..."
Le 10 octobre 1978, virage important. On nous dit: II y aura deux
éléments liés indissolublement dans le
référendum; les deux volets devront se réaliser sans
rupture et concurremment, et le tout se fera par négociation. C'est un
nouveau virage parce que, jusqu'à maintenant, on distinguait clairement
les étapes, on respectait l'ABC, la logique la plus
élémentaire; on reconnaissait que l'affirmation de la
souveraineté était un préalable absolument indispensable
pour tenter de négocier une nouvelle forme d'association
économique entre deux Etats souverains. On se rendait compte de l'ABC de
toute logique, que pour créer une association économique entre
deux Etats souverains, comme le dit votre programme dernière
édition, il faut que les deux Etats soient souverains. C'est la logique
la plus élémentaire, c'est l'évidence. Ce sont ces
évidences logiques qui échappent à l'entendement,
malheureusement, quand on est pris avec les considérations du pouvoir.
Cela reste clair pour tout le monde.
Je pourrais citer les explications laborieuses que le premier ministre
devait fournir à ses militants au lendemain de cette intervention du 10
octobre 1978 dans cette Chambre. Pour faire suite à la confusion
qu'avaient engendrée dans un grand nombre d'esprits les propos qu'il
avait tenus à cette occasion, il avait envoyé aux militants une
lettre très intéressante où il s'efforçait de leur
dire les choses comme il les voyait. C'était bien clair qu'un oui
signifiait une décision collective en faveur de l'indépendance et
du projet d'association. Vous allez voir, tantôt, que ce rappel sera
utile pour juger de la question qu'on nous pose aujourd'hui. Le premier
ministre disait bien clairement: L'indépendance, ceci n'est pas sujet
à négociation. On négociera les modalités du
transfert des pouvoirs, les modalités du transfert des impôts,
très bien. Mais, il avait la fierté de dire franchement,
je lui en avais été reconnaissant dès cette époque
que l'indépendance est un concept trop précieux, trop
noble, quand on vise cet objectif même moi, je le respecte,
malgré que je ne souscrive pas à l'objectif, quand il est
présenté franchement et loyalement ce n'est pas
négociable. L'association économique, très bien, c'est une
chose qu'on voudra négocier, il n'y a pas de problème.
Après cela arrive le congrès de juin 1979. C'est assez
proche de ce qu'avait dit le premier ministre: "Le gouvernement du Parti
québécois regardez la différence d'expression
s'engage, dès que les Québécois lui en auront donné
le mandat par voie de référendum, d'abord à exiger le
rapatriement de tous les pouvoirs inhérents à un Etat souverain
exiger deuxièmement, à proposer au Canada de
réaliser une association d'Etats souverains entre les deux Etats qui
seront devenus, à compter de ce moment-là, du moins en logique,
du moins en position fondamentale, deux Etats politiquement distincts".
Dernier exemple de ces "zigzagages" regrettables, l'idée
même d'un deuxième référendum qui a
été inscrite dans le projet de question du gouvernement. Le
premier ministre était bien catégorique là-dessus. Nous
étions allés à une même émission, un soir, M.
le premier ministre, nous avons été traités de la
même manière par l'animateur. J'étais bien content de
constater que le premier ministre avait répondu à l'animateur
à peu près aussi durement que moi, à un moment
donné. On lui a dit tous les deux de nous laisser au moins parler. Le
premier ministre disait, ce soir-là: "De plus, il serait humiliant de
demander, dans un deuxième référendum, si le mandat
confié correspond bien à celui qu'a obtenu le gouvernement
puisque la question posée au référendum n'aura aucun
ambiguïté, exposant clairement l'intention du gouvernement." (16 h
30)
Cela continuait; il y en a une autre dans la Presse du 27 octobre: "Si
les oui l'emportent au référendum et si le gouvernement
réussit ensuite à négocier une association
économique avec le reste du Canada, la souveraineté du
Québec pourrait être proclamée sans qu'il soit besoin de
consulter à nouveau les citoyens. N'importe qui a le droit de changer
d'idée, mais quand on change d'idée trop souvent, on nous
permettra de douter de la stabi-
lité de la dernière opinion qu'il vient d'exprimer.
Conclusions de ce survol rapide. Le dessein profond et premier du Parti
québécois n'a pas changé au cours des années; j'en
rends hommage à nos amis, leur dessein profond n'a pas changé,
c'est l'indépendance politique du Québec, c'est-à-dire la
rupture du lien fédéral canadien avec l'accession du
Québec au rang d'Etat souverain, c'est-à-dire d'Etat
indépendant. La documentation est claire et abondante là-dessus.
Une autre chose qui n'a pas changé dans leur position, c'est que
l'objectif de l'indépendance est indispensable, est le fondement de
tout, est le principe premier, c'est une chose essentielle, indispensable
tandis que l'association économique est un objectif souhaitable et
désirable.
Conséquence logique de tout ceci: la réalisation du
dessein du Parti québécois passe obligatoirement par la
destruction du lien fédéral canadien et la destruction du lien
fédéral canadien, ne nous y trompons point, est la rupture du
pays politique appelé le Canada que nous avons connu depuis 1867. Cette
réalisation postule deux pays indépendants et
séparés et la preuve nous en est fournie par les auteurs du livre
blanc publié le 1er novembre dernier: S'il y a association, elle se fera
par traité, comme on procède entre deux Etats indépendants
sur le plan international.
Deuxième conclusion de ce survol: Plus le Parti
québécois réalise que le peuple québécois ne
veut pas de son projet fondamental, plus il tente, par toutes sortes de moyens,
de camoufler cette option, de l'envelopper de toutes sortes de
revêtements qui la rendront plus attrayante et plus digestible, qui
permettront de la faire avaler. Selon les besoins de la cause, on joue
tantôt sur la corde de l'indépendance, tantôt sur la corde
de l'association, tantôt sur le mandat de réaliser, tantôt
sur le mandat de négocier. On parle tantôt de négociations.
Je cite, entre guillemets, cet extrait du message du premier ministre à
cette Chambre le 10 octobre 1978: de négociations avec nos amis du reste
du Canada; ensuite, le premier ministre s'en va à Chicoutimi, devant un
auditoire péquiste, et là, il est rendu qu'il a besoin d'un oui
"pour mettre le Canada anglais à genoux".
On parle tantôt d'une grande échéance historique,
d'un rendez-vous extrêmement important, d'un moment décisif, d'une
décision collective extrêmement grave. On parle tantôt d'une
consultation qui n'engage à rien d'autre qu'à négocier,
tout devant être soumis éventuellement à l'approbation ou
la ratification du peuple québécois. On parle tantôt d'un
mandat pour débarrasser le Québec du lien fédéral,
pour le sortir du carcan fédéral et tantôt d'un simple
mandat de déblocage, un oui à une volonté de changement
que le Parti québécois exprimerait en commun avec à peu
près tout ce qu'il y a de québécois chez nous. L'option
fondamentale du Parti québécois est sincère et
respectable; j'espère que nous conserverons ce ton pour discuter de nos
options respectives. J'ai toujours parlé de l'option de
l'indépendance avec respect, même si je n'y ai jamais souscrit; je
le répète aujourd'hui sans aucune hésitation, mais la
pré- sentation qu'on en fait depuis des années confine trop
souvent à l'imposture, à la duplicité et à la
fraude.
Je voudrais vous citer ici, à titre de témoignage, cette
opinion qu'émettait une personne qui a été un proche
conseiller du premier ministre le premier ministre l'a reconnu M.
Daniel Latou-che, ancien conseiller du premier ministre en matière
constitutionnelle à part ça; il était supposé
être un conseiller très proche du premier ministre. Voici ce qu'il
disait au Journal de Montréal le 1er avril 1978: "Tout ce qui touche
à ce pseudo référendum est en train de tourner à la
loterie. Il s'agira de savoir, après la consultation populaire, lequel
des observateurs ou des experts aura prévu la bonne question. "D'ores et
déjà, le Parti québécois a perdu le
référendum sur une question comme: Etes-vous en faveur de la
séparation du Québec du reste du Canada? La stratégie du
PQ consiste maintenant à ne pas perdre; c'est-à-dire que le
gouvernement doit chercher à amasser la majorité dans
différentes options, comme l'indépendance totale, la
souveraineté sans association, la souveraineté-association, ainsi
de suite. "L'invité a déploré, d'autre part, que les
grandes espérances du 15 novembre aient sombré dans les
dédales de la stratégie du jeu du chat et de la souris je
regrette que le ministre des Affaires intergouvernementales ne soit pas ici
pour entendre ce rappel et que le grand projet collectif ait
été ainsi dilué." On aurait pu ajouter ici le
témoignage du député de Chauveau, le témoignage du
député de Sainte-Marie et bien d'autres, mais je pense que, pour
cette partie-ci, la démonstration est faite. Vous comprendrez, M. le
Président, que nous éprouvions quelque hésitation avant
d'embarquer dans le grand rêve non partisan, dans le grand rêve
largement oecuménique que nous propose le premier ministre.
La question déposée devant l'Assemblée nationale le
20 décembre dernier est tout à fait dans la veine de cette
pédagogie péquiste qui consiste à faire
l'indépendance à petits pas, à tenter de nous la faire
avaler peu à peu, sans que nous nous en apercevions et sans que jamais
on nous le dise franchement. On nous avait promis une question claire et
simple, on nous avait promis une question franche, on nous avait promis une
question qui inviterait les citoyens à se prononcer sur le contenu
essentiel de l'option péquiste, on nous avait promis aussi, ou du moins
laissé entrevoir, à plusieurs reprises, une question
honnête et qui ferait justice à tout le monde.
Or, que faut-il penser de la question qui est censée fournir
l'élément central du débat que nous inaugurons
aujourd'hui? C'est d'abord une question dont le libellé favorise
arbitrairement et injustement le gouvernement et la thèse du Parti
québécois. Pour garder cet interminable préambule, j'ai
pris la peine d'avoir la coupure de la Presse; je la porte dans mon
porte-monnaie depuis ce temps; bien sûr que je suis capable de la lire;
c'est une question uniquement de l'option du Parti québécois.
Dans les autres, c'est comme si ça n'exis-
tait pas. Il y a dans cette Chambre, à ma connaissance, des
partis qui ont quand même recueilli, aux dernières
élections générales, 60% des suffrages, 59% bien
comptés; aux sept élections partielles tenues au cours des 18
derniers mois, notre parti à lui seul est allé chercher
près de 65% des suffrages. Mais là-dedans, dans cette aventure
nationale, aventure de solidarité, vulgaires pequins, nous n'existons
même pas. C'est le gouvernement tout seul, avec ses 70 sièges
obtenus par accident il y a trois ans et demi.
Deuxièmement, une question qui évite soigneusement de
distinguer les éléments essentiels qu'on veut soumettre au
jugement des électeurs. Dans un de ses tout premiers programmes
politiques, M. le Président, je crois que c'était celui de 1971
mon voisin, le député de Bonaventure, pourra-t-il le
retracer pendant... et de toute manière je vais vous le citer
correctement, n'ayez pas d'inquiétude le Parti
québécois disait ceci, c'est très intéressant.
C'est la première fois qu'on a parlé de référendum
dans l'histoire du Parti québécois, je l'ai ici.
Une Voix: Ils ont tellement de programmes.
M. Ryan: J'aime bien un programme qui évolue
d'année en année. Je ne vous critique pas là-dessus, je
vous critique de ne pas l'avoir respecté en temps d'élection;
vous preniez des raccourcis qui apparaissent un peu gros avec le recul du
temps. Je ne peux pas vous dire que j'entends prendre des libertés avec
notre propre programme pour le prochain congrès, mais c'est normal qu'un
parti réforme son programme à mesure qu'il avance, pourvu que ce
soit démocratique. Mais ce que je vous reproche, c'est de l'avoir fait
dans les officines de ceux qui voulaient gagner les élections, que ce ne
soit pas passé, avant d'être fait, par les instances
suprêmes de votre parti quand c'était sur des choses aussi
fondamentales.
Je ne veux pas prendre trop de temps parce que j'en ai long à
dire, M. le Président. Dans ce programme de 1971, on parlait pour la
première fois de référendum. C'était une initiative
devant porter sur des choses qu'on voudrait soumettre à l'approbation
populaire une fois faite l'indépendance. A ce moment-là, on la
faisait beaucoup plus vite que maintenant. Regardez ce qu'on disait, c'est
très intéressant: (16 h 40) "Les référendums
devront offrir au peuple québécois des options claires et
distinctes, de formulation non ambiguë. Les questions devront être
scindées suivant la spécificité des projets soumis de
façon à permettre l'expression de choix véritables", ce
à quoi je souscris entièrement. Même si cela remonte
à neuf ans, je trouve cela très bien. Qu'est-ce qu'on nous soumet
avec la question dont j'ai fait étalage tantôt et qui semble
être disparue de ma vue pour l'instant? Je ne sais pas où elle
est.
Des Voix: Ah, ah!
M. Ryan: D'abord, la question du référendum,
Gérard. La grande, grande chose.
M. Levesque (Bonaventure): Ah oui! ah oui!
M. Ryan: Dans une seule et même question, M. le
Président... C'est incroyable. Un peu d'analyse logique comme on en
faisait au niveau secondaire et collégial ferait beaucoup de bien au
premier ministre et à ses collègues. D'abord, le principe de
l'égalité des peuples, une question sur laquelle on pourrait
m'inviter à me prononcer. Je n'ai pas d'objection. Je répondrais
oui à cela tout de suite.
Une Voix: Ah!
M. Ryan: Oui, et cela fait longtemps à part cela que je
pratique cela. Je ne connais pas d'autre pratique dans mon comportement.
Deuxièmement, la souveraineté politique du Québec. C'est
un point du programme du Parti québécois. Pas d'objection.
Troisièmement, le projet d'association économique, une autre
chose pas mal différente déjà. Quatrièmement, la
négociation d'une nouvelle entente fondée sur ces trois
éléments et, cinquièmement, l'idée d'un
deuxième-référendum. Cinq idées différentes,
cinq choix...
M. Lavoie: La monnaie.
M. Ryan: On va revenir à ce point-là tantôt,
M. le député de Laval. Ne soyez pas pressé. M. le
Président, écoutez ceci. On demande un oui unique et global
à cinq choses différentes. J'ai déjà fait cela pour
deux choses. Cela m'a forcé, mais d'habitude, c'est une à la
fois. Vous le demandez pour cinq choses différentes en même temps.
Un fédéraliste pourrait être tenté et
même, il n'aurait aucune difficulté de répondre oui
au principe de l'égalité des deux peuples qui ont fondé ce
pays qui lui donne sa personnalité propre. Il pourrait être
tenté également sans aucune difficulté de répondre
oui au principe de la négociation d'une nouvelle entente afin que nos
institutions politiques tiennent davantage compte des réalités
d'aujourd'hui. Il n'a pas d'objection à dire oui au principe de la
ratification populaire de nouveaux arrangements découlant d'ententes qui
auraient été faites par voie de négociation. Il n'y a pas
de difficulté du tout là-dessus. Mais on vous a bien inscrit au
coeur de cette espèce de monstre à cinq têtes qu'est la
question du Parti québécois, les éléments auxquels
nous ne souscrivons pas, auxquels nous ne voulons pas souscrire, auxquels nous
ne pouvons pas souscrire. C'est pour cette raison que votre question est
vicieuse, malhonnête et inacceptable dans sa formulation actuelle.
Le troisième point, c'est une question qui met sur le même
pied les deux volets centraux de l'option péquiste, alors qu'on sait
très bien que ces deux volets n'ont pas la même importance, ni
dans l'esprit du Parti québécois ni dans l'esprit de tout
observateur objectif. C'est évident que l'ob-
jectif de l'indépendance politique n'est pas du tout de
même nature et de même niveau que l'objectif de l'association
économique. Le moins qu'on puisse faire si on veut être logique,
droit, simple et limpide, c'est de demander aux gens: Le premier objectif,
qu'en pensez-vous et le deuxième objectif, qu'en pensez-vous? On ne
mêle pas les cartes comme cela. Il n'y a personne qui va accepter de se
faire manipuler de cette manière.
Le quatrième point, c'est une question qui présente une
description incomplète et biaisée de chacun des deux volets de
l'option péquiste. On fait valoir dans la question, qui touche le volet
de la souveraineté, le pouvoir exclusif de faire ses lois pour le
Québec, de percevoir ses impôts, d'établir ses relations
extérieures. On ne dit et ne laisse entendre nulle part qu'un oui
à ces trois éléments entraîne logiquement et
fatalement la rupture du lien fédéral canadien, le renoncement
à notre droit de propriété sur le sol canadien et les
ressources immenses qu'on y trouve dans toutes ses parties, que cela signifie
également l'abandon des programmes de péréquation,
l'égalisation des chances dont nous avons parlé tantôt,
l'abandon de tous les avantages et le refus des défis qui accompagnent
l'adhésion au projet canadien ou l'appartenance à ce pays.
A propos de l'association économique qui est une fraude
monumentale, on vous dit en même temps de maintenir avec le Canada une
association économique comportant l'utilisation de la même
monnaie. Les sondages vous ont révélé, messieurs, que le
Québécois était sensible aux dangers qui risquaient de
peser sur son dollar. Vous vous êtes dit: On va lui donner une police
d'assurance sur son dollar. On ne parle de rien d'autre, par exemple.
L'association économique, pour que vous ayez une association
monétaire, vous allez convenir avec moi que cela va vous prendre une
association économique pas mal plus élaborée et pas mal
plus élaborée même que vous n'avez eu la franchise de
l'admettre jusqu'à maintenant. Cela prendra une coordination des
politiques fiscales et bien des politiques économiques aussi. Là,
vous avez ressorti l'élément que les sondages payés
à même les frais des contribuables vous indiquaient: On va leur
garder leur dollar. Vous ne le savez même pas à part cela...
M. Levesque (Bonaventure): C'est vrai.
M. Ryan: ... si vous allez le garder. Vous ne savez même
pas ce que l'autre va répondre.
C'est une question délibérément ambiguë et
trompeuse. Avant le référendum, nous avons entendu le refrain
tantôt, aux partisans de l'indépendance, on fera valoir qu'un oui
au référendum sera un oui à ce pays après lequel il
soupire qui est la continuation logique de tout ce que nous avons
été dans notre histoire. A ceux qui ne veulent pas de
l'indépendance, on fera valoir l'argument du "bargaining power", du
besoin de changements dans ce pays, du mandat de déblocage, de la
volonté de modification qui habite l'esprit de nos concitoyens du
Québec. A nos concitoyens, je dis:
Lisez la question attentivement; sortez votre crayon, décortiquez
les cinq éléments que j'ai mentionnés tantôt et vous
allez voir que c'est ce qu'on appelle en anglais "a loaded question", une
question chargée d'implications et non pas une question simple et
limpide, pas du tout; c'est tout le contraire d'une question simple et limpide.
Après le référendum, si le public a répondu oui, on
dira, comme on l'a fait au soir de l'élection du 15 novembre 1976
on commençait déjà à parler de pays ce
soir-là, on n'était plus dans le Québec, mais
c'était déjà un pays, on pensait que cela était
fait au peuple du Québec qu'il a dit oui à un pays
souverain et indépendant. On prendra les refrains qu'on entendait devant
l'Economic Club au début de 1977 et on dira au reste du pays ceci
je serais très heureux que le premier ministre me contredise sur ce
point-là s'il me réplique aujourd'hui: "Le peuple du
Québec a choisi la voie de la souveraineté; il désire une
association économique avec vous; venez vous asseoir à table pour
que nous discutions comment va s'effectuer le transfert des pouvoirs en vue de
réaliser l'indépendance et pour que nous discutions de la
possibilité et des conditions éventuelles d'une association
économique." Si j'ai mal lu vos desseins, vous allez être
obligés d'effacer bien des pages que vous avez écrites au cours
des dix dernières années.
A ceux qui auront voté oui sans penser qu'ils s'embarquaient
aussi profondément, on dira qu'il est trop tard, que le peuple s'est
prononcé, qu'une décision historique et irréversible a
été prise, etc. Evidemment, c'était seulement le principe,
mais après cela, les modalités vont débouler; ne vous
inquiétez pas.
M. le Président, j'ai recensé pour mon information des
questions qui ont été posées dans des
référendums tenus ailleurs. L'ancien ministre de la
Réforme parlementaire était allé faire un voyage en
Angleterre, pas seulement un, plusieurs, parce que cela lui a pris du temps
à tout comprendre ce qui s'était passé en Angleterre. Il y
en a des parties qui ne sont pas passées dans vos projets encore
d'ailleurs. On a étudié l'expérience britannique nous
autres. On a été obligé d'y aller aux frais des
contribuables. Il y avait de très bonnes études qui nous
résumaient tout cela. D'ailleurs, ceux qui ont fait le
référendum sont venus nous voir ici.
J'en ai une série et je ne veux pas m'attarder là-dessus
parce que j'ai autre chose à dire. J'ai à peu près une
dizaine de référendums qui ont été tenus ailleurs.
Partout, la question est toujours directe. Prenez, en 1933, en Australie
occidentale, il y avait un Etat qui voulait se retirer de la
fédération australienne. On demande aux citoyens ceci,
écoutez bien: Etes-vous d'accord pour que l'Etat d'Australie occidentale
se retire du Commonwealth fédéral établi en vertu du
Commonwealth of Australia Constitution? C'est clair. Une autre, même
Mackenzie King... Je pense que le premier ministre est en train de
dépasser Mackenzie King. Aidé du ministre des Affaires
intergouvernementales, il n'aura pas de misère à faire mieux que
Mackenzie King. Mackenzie King disait ceci dans
son référendum de 1942 il l'a appelé
plébiscite, c'était sa manière d'essayer de tromper le
public lui aussi: "Consentez-vous à libérer le gouvernement de
toute obligation résultant d'engagements intérieurs, restreignant
les méthodes de mobilisation pour le service militaire?" (16 h 50)
C'était tellement clair que le Québec a compris qu'il
devait voter non. Le Québec a voté non à ce
moment-là et ce n'était pas un geste de démission que de
voter non. Il y a des fois où voter non dans la vie, ça a un
geste d'affirmation. On a voté non à 75%.
Au Danemark les Danois sont des êtres spéciaux
quand on a posé le problème de l'adhésion du
Danemark aux communautés européennes en octobre 1972, il n'y eut
pas de question sur le bulletin de vote. Il y avait seulement un oui ou un non.
Faisons confiance à l'intelligence des gens. Il y avait un petit billet
séparé qui accompagnait le bulletin de vote dans lequel on
disait: Le vote porte sur le projet de loi relatif à l'adhésion
du Danemark aux communautés européennes. Celui qui est en faveur
du projet de loi l'indique par un X à côté du oui, celui
qui est en faveur du non, évidemment, un X à côté du
non. Même le général De Gaulle, pour lequel vous avez tant
d'admiration de l'autre côté nous avons une admiration
convenable pour lui; il y a des points... Nous n'avons pas besoin d'idoles
étrangères pour tracer notre chemin; nous ne sommes jamais
allés chercher de bénédiction dans aucun pays
étranger et je n'irai jamais.
Le général De Gaulle était subtil dans ses
référendums. Il s'est fait prendre la deuxième fois et il
a été obligé de partir. Vous vous en souvenez comme moi.
Au moins, il demandait franchement: Approuvez-vous le projet de loi? C'est vrai
que le projet de loi était aussi compliqué que le
préambule que nous avons ici. Cela ne fait rien, il s'est fait dire non
une fois, très bien.
En Irlande: Approuvez-vous le projet d'amendement à la
constitution contenue dans le projet de loi de 1971 visant le troisième
amendement? En Norvège, en 1972: La Norvège devrait-elle devenir
membre de la Communauté économique européenne? Le
Royaume-Uni: Pensez-vous que le Royaume-Uni devrait rester dans la
Communauté européenne, oui ou non? C'est clair. A Terre-Neuve en
1948, d'abord on met trois options sur le bulletin: Un gouvernement de
commission, confédération avec le Canada, gouvernement
responsable. Ensuite, il y en a une des trois qui a été
éliminée, on est revenu avec un deuxième
référendum, un mois plus tard, il en restait deux, on en a choisi
une. Cela a été réglé, cela a été
clair.
Je vous dis: Faites donc la même chose. Etudiez donc le dossier au
complet. Faites donc la même chose que tous les gouvernements
intelligents et responsables ont fait en matière de
référendum. Nous allons nous comprendre très bien. Je vous
le dis bien simplement. J'aimerais pouvoir dire oui au moins au texte de la
question. Ensuite, on peut répondre oui ou non le jour du vote mais si,
au moins, nous avions pu sortir de cette Assemblée en nous étant
entendus sur un texte de base que nous considérions ensemble comme
honnête. J'entendais le premier ministre dire l'autre jour ce sont
des journalistes qui m'ont rapporté cela, si je l'ai mal cité, il
me rectifiera qu'il avait fait des sondages internes du Parti
québécois qui auraient révélé qu'à
peu près 61% des gens trouvaient que la question était
honnête. J'aurais honte, être premier ministre, que 39% trouvent
qu'elle est malhonnête.
Notre réponse à la question, M. le Président, je
pense que je vous dois de vous le dire brièvement, je n'ai pas
abusé du temps de cette Chambre au sujet du contenu même du grand
débat référendaire, nous dirons non évidemment au
libellé de la question pour les nombreuses raisons que je viens
d'invoquer. Nous déplorons profondément qu'il n'ait eu aucune
consultation avec les partis d'Opposition, aucune tentative du gouvernement en
vue d'établir un accord entre les partis sur un texte qui eut pu faire
l'objet d'une acceptation commune de la part des différents partis comme
nous serions entrés dans l'expérience référendaire
avec une sorte de consensus de fond important en vue des jours qui devront
suivre le référendum, rien de cela.
Nous dirons également non sur le fond pour les raisons suivantes:
A moins que la question ne soit modifiée profondément, un oui au
référendum serait un oui à chacun des cinq
éléments contenus dans la question et donc un oui à
l'indépendance, à la souveraineté politique du
Québec, à la rupture du lien fédéral canadien et
à un projet d'association économique qui, dans la meilleure des
hypothèses, demeurerait hautement hypothétique y compris la
pseudo-assurance d'une monnaie commune qu'on a inscrite sur le bulletin
seulement pour rassurer les gens alors qu'on ne sait absolument pas comment
tout cela ira après.
Notre option à nous est fondamentalement différente. Le
Québec est notre patrie. Nous en sommes fiers. Nous y appartenons autant
que vous tous et nous n'avons de leçon de fierté ou de
patriotisme à recevoir de personne. Nous y sommes attachés
d'abord et avant tout, moi personnellement, M. le Président, j'ai fait
toute ma carrière au Québec depuis 1944, j'ai milité dans
tous les secteurs possibles d'activités, je n'ai de leçon de
patriotisme à recevoir de personne, pas plus de certaines
sociétés qui sont devenues des succursales pures et simples du
Parti québécois. Nous voulons que le Québec soit
français et libre. Nous voulons que le Québec soit
français et libre, mais dans un sens clair et net. Dans un sens qui se
concillie avec son adhésion à un ensemble politique plus large.
Nous attachons une suprême importance au gouvernement du Québec,
aux institutions sociales, culturelles, politiques et économiques du
Québec. Nous voulons qu'elles puissent s'épanouir et se
développer librement.
Je pense que notre parti a accompli plus que tout autre et ici je ne
veux pas minimiser l'apport du Parti québécois. Nous avons
peut-être accompli plus pour une raison bien simple, c'est que nous avons
été beaucoup plus longtemps au pou-
voir et nous avons accompli plus peut-être que tout autre pour
permettre cet épanouissement de nos institutions, mais le Canada est en
même temps notre pays. Nous sommes attachés au sol canadien. Ce
n'est pas notre faute, nous y sommes attachés viscéralement,
profondément, historiquement. Ce n'est pas par un réflexe de
coeur, c'est parce que nous trouvons... On nous a attachés aux richesses
naturelles de ce pays autant au pétrole de l'Alberta qu'au gaz des
grands territoires du Nord-Ouest, qu'au pétrole qu'on pourra trouver sur
les côtes de l'Atlantique, qu'aux ressources que nous avons dans notre
propre sol. Nous sommes attachés à tout cela. Nous sommes
attachés aux institutions politiques du Canada, pas dans toutes leurs
modalités pratiques dont plusieurs demandent à être
révisées, mais dans le fondement qui les sous-tend,
c'est-à-dire, dans le principe fédéral. Nous sommes
attachés au rôle que le Canada a joué dans les affaires
mondiales depuis une quarantaine d'années. Nous voulons que ce
rôle continue de s'exercer et aille s'amplifiant.
Nous croyons que la formule fédérale de gouvernement
permet très bien à notre peuple de continuer d'exister en ayant
le Québec comme patrie et le Canada comme pays et c'est l'option que
nous défendons avec le plus de franchise, le plus
d'honnêteté possible, sans bavure, sans cachette, sans tenter de
la farder ou de la revêtir de quelque attrait que ce soit. Tous les
changements raisonnables compatibles avec les justes aspirations du
Québec et le maintien de l'intégrité politique et
économique du Canada sont des objectifs pour nous. Nous en avons
défini un grand nombre. Nous ne prétendons pas à la
perfection. Nous améliorerons encore le programme que nous avons mis au
point en fin de semaine.
Entre notre option et celle du gouvernement, il existe une opposition
profonde et irréductible au niveau des principes. C'est pourquoi il est
impensable, M. le Président, qu'une personne sérieusement
informée de toutes les implications de son geste puise se
considérer en même temps comme fédéraliste et
envisager de dire oui à une question qui implique tôt ou tard, qui
implique dans son principe, dans son contenu objectif la rupture et l'abandon
du lien fédéral canadien. C'est impossible. Il y a des gens qui
vont le faire. Il y en a quelques-uns qui vont le faire. Ils ont droit de
manquer à la logique, mais je vous dis ici d'un point de vue logique, je
n'entends imposer de canons à personne, mais je vous dis d'un point de
vue de logique: II m'apparaît impensable qu'une personne puisse
être en même temps favorable au maintien du principe
fédéral et dire oui à une proposition qui l'invite
à favoriser la rupture du principe fédéral.
On dira aux gens: Vous n'appuirez pas l'indépendance. Nous avons
besoin de vous. Nous comprenons, mais nous avons besoin de vous parce qu'il
nous faut un oui aux changements et au déblocage. Là-dessus, je
propose à nos concitoyens une réponse très simple: Au
référendum, votez suivant votre conscience et vos convictions
dûment éclairées par l'étude consciencieuse de la
question et des implications du choix que le gouvernement vous invite à
faire. Oubliez les calculs opportunistes, les stratèges en Chambre et en
caucus et en gouvernement qui veulent vous faire entrer dans des
opérations de fausses mathématiques. Dites franchement: Etes-vous
pour ceci ou contre cela? Allez-y suivant vos convictions profondes. Si vos
convictions vont dans le sens de la souveraineté politique que veut
réaliser le Parti québécois, je vous dis en toute
simplicité: Votez oui, au référendum, vous serez plus
heureux comme cela. Vous rendrez plus service à la cause de la
démocratie. Si vos préférences et vos convictions vont
dans le sens de l'option fédéraliste, vous devez voter non au
référendum; le gouvernement lui-même ne nous donne pas
d'autre choix. ( 17 heures)
On nous a invités à faire une aventure
référendaire non partisane. J'admets l'explication qu'on nous
donnait tantôt, que ce n'est pas à cause de l'impopularité
du Parti québécois qu'on a invité ses membres à ne
pas trop en parler, à parler plutôt de la nation en
général, le fameux rêve unanimiste, typique du romantisme
fumeux et nationaliste du début du siècle, impossible dans une
démocratie ouverte et libérale, cet unanimisme, chose
dépassée et fumeuse.
Prenons votre proposition à sa face même. Si vous voulez
cela, comment expliquer que l'option définie dans le projet de question
reflète uniquement le programme d'un parti qui est au pouvoir,
actuellement, avec 41% des voix et ne tienne aucunement compte des
préférences et des convictions des autres partis qui
représentent, dans cette Chambre, 59% des votes déposés le
15 novembre 1976 et 65% des votes déposés aux sept
élections complémentaires tenues depuis 18 mois? Comment
expliquer que la question ait été conçue par le seul parti
au pouvoir dans un mépris souverain des partis d'Opposition, sans aucune
espèce de consultation, sans aucune espèce de prémonition
ou de préavertissement, sans aucune espèce de tentative, depuis
la divulgation de la question, pour essayer de voir si des compromis auraient
été possibles ou si des rapprochements pourraient être
envisagés? Comment expliquer que le gouvernement ait refusé
à deux reprises la suggestion faite par la Commission des droits de la
personne voulant que la question soit adoptée par les deux tiers des
membres de l'Assemblée nationale, règle à laquelle sont
assujetties, d'ailleurs, d'autres décisions beaucoup moins importantes
que celle-là? Comment expliquer qu'on ait dépensé des
milliers et des milliers de dollars en provenance des fonds publics pour des
sondages préparatoires et manipulatoires où l'option du
gouvernement et du Parti québécois était
grossièrement et injustement favorisée dans l'équilibre et
dans la formulation des questions?
Je pourrais continuer, mais j'en ai dit assez pour conclure que toute
cette opération a été conduite par vous, messieurs du
gouvernement, dans un esprit de partisanerie déplorable. Quand
je vous vois, sur la place publique, aujourd'hui, sortir votre manteau
de vertu, le manteau de la nation au-dessus de toute partisanerie, je vous
dirai bien simplement que vous me faites rire.
La vraie absence de partisanerie au cours de la campagne
référendaire, M. le Président, logera dans le camp du non
parce qu'on y trouvera réunis tous les autres partis politiques du
Québec, fédéraux et provinciaux, qui sont
représentés soit dans cette Assemblée, soit dans la
Chambre des communes du Canada, et le Parti québécois sera seul
de son côté. Comment peut-il prétendre sérieusement
parler au nom de toute la nation dans de telles conditions?
Mr Chairman, the Parti québécois invites us to conduct the
operation of the referendum in a spirit of non-partisanship. We should rise
above party différences, they tell us. The Premier has been particularly
eloquent in stressing this theme. But what have they been doing for the past
three and a half years? In all things related to the referendum they have
behaved and acted in a way which was extremely partisan. They have ignored the
views and wishes of the Opposition, they have done absolutely nothing to try
and work out the kind of consensus which should have allowed us to go into this
very important test with a measure of understanding, at least on the
formulation of the question, which would have rendered the entire experience
much more pleasant to all of us and much more constructive in the best interest
of Québec.
M. le Président, si nous voulons que l'opération du
référendum prenne tout son sens, il faut envisager un
redressement de la situation de la part du gouvernement. Nous sommes
prêts à faire notre bout de chemin pour collaborer.
Je voudrais, dans cet esprit, inviter le gouvernement à envisager
les mesures suivantes. Il faudrait que le gouvernement accepte de simplifier
considérablement le long et lourd préambule actuel de
manière qu'il évoque brièvement, sobrement, objectivement,
honnêtement le projet d'un nouveau régime politique décrit
dans le livre blanc. Vous avez dépensé assez d'argent public pour
publier le livre blanc, ce n'est pas nécessaire de recommencer sur le
bulletin de vote, les Québécois sont plus intelligents que
ça!
Deuxièmement, il faudrait que le gouvernement accepte de
reformuler la question de manière qu'elle traite distinctement des deux
aspects essentiels du projet péquiste, qu'elle ne traite que d'un aspect
à la fois et qu'elle permette aux électeurs de se prononcer
directement sur le fond des choses et non pas simplement sur la forme
extérieure. Je propose, en conséquence, que la question qu'on
nous a soumise le 21 décembre soit amendée de manière
à se lire comme suit:
Motion d'amendement "Que la motion soit amendée en
remplaçant les quatre derniers alinéas par ce qui suit: Le
gouvernement du Québec a fait connaître dans son livre blanc son
projet d'un nouveau régime politique pour le Québec, en
conséquence, première- ment, pensez-vous que le Québec
devrait devenir un Etat souverain, oui ou non?" Pas d'ambiguïté,
pas de niaisage, pas de fafinage, oui ou non? "Deuxièmement, dans
l'affirmative, pensez-vous qu'un Québec souverain devrait rechercher par
voie de négociation une association économique avec le reste du
Canada?" Cette formulation est claire et nette, elle respecte l'objectif de la
négociation tout en distinguant nettement et suivant les
exégèses que nous ont servis autrement les porte-parole,
eux-mêmes, du gouvernement et du Parti québécois ce qui est
matière à négociations et ce qui ne l'est pas. Si elle
était acceptée, elle permettrait enfin aux
Québécois, après trois ans et demi d'attente, de se
prononcer sur le fond du problème. Si les Québécois disent
oui à une question comme celle-là, le gouvernement aura
automatiquement le mandat de négocier, il aura même le mandat
d'agir, à ce moment-là.
Je vous dis une chose, M. le premier ministre: Si vous me
présentez une question claire et honnête comme celle-là,
moi-même, j'accepterai le verdict du peuple, je l'accepterai. C'est
clair, ça? Mais je vous avertis d'avance que si la question demeure
emberlificotée comme elle l'est actuellement, je crois que nous allons
gagner le référendum quand même. Je vous fais une
prédiction: Je crois que les résultats du
référendum seront assez voisins de ce qu'ont été
les résultats des dernières élections
complémentaires. Nous serons obligés de reprendre toute
l'opération aux élections générales qui suivront.
Vous ne vous attendez pas sérieusement, messieurs du gouvernement,
à ce que le Parti libéral, après s'être donné
le mal de mettre sur pied un programme comme il l'a fait, à la suite
d'un référendum aussi ambigu et équivoque, aille mettre de
côté son programme pour optempérer aux exhortations de M.
Untel ou de Mme Unetelle qui siège de l'autre côté des
banquettes dans cette Assemblée nationale, nous sommes plus matures que
cela, nous présenterions notre propre programme aux électeurs,
à l'élection générale qui suivrait, et si nous
gagnions l'élection, il est évident que nous aurions reçu
un mandat de réaliser notre programme à nous. Je vous invite
à ne pas engager le Québec dans cette voie confuse, tortueuse,
chargée d'implications qui pourraient être coûteuses et
pénibles. Engagez le Québec dans la voie de la clarté, de
la limpidité, de la transparence que vous avez annoncée, nous
nous rencontrerons à mi-chemin dans la formulation de la question et
quel que soit le parti qui l'emporte au référendum, nous serons
bons sportifs des deux côtés pour le plus grand
intérêt et le plus grand bien du Québec.
Le Président: La motion d'amendement étant
recevable, le débat se poursuit. Je cède la parole
immédiatement au chef de l'Union Nationale.
M. le chef de l'Union Nationale. (17 h 10)
M. Michel Le Moignan
M. Le Moignan: M. le Président, le débat
référendaire est maintenant lancé et le premier ministre
vient de procéder à la mise au jeu. Ce moment
longuement attendu revêt indéniablement un caractère
historique pour chacun de nous et cela pour deux raisons: d'une part, c'est la
première fois que le peuple québécois est appelé
à vivre l'expérience référendaire sur une question
qui se rapporte à son avenir constitutionnel selon des règles
adoptées par notre propre Assemblée nationale. D'autre part,
c'est également la première fois depuis la naissance du Canada en
1867 qu'un gouvernement du Québec demande à chaque
Québécois et à chaque Québécoise ayant le
droit de vote de se prononcer pour ou contre la négociation d'une option
politique qui exclut dans son essence même le fédéralisme
comme mode de gouvernement.
Voilà qui constitue sûrement un événement
unique dans notre histoire nationale. Alors que se dressent devant nous, jour
après jour, des exemples plus pathétiques les uns que les autres
de peuples entiers dont les droits les plus élémentaires sont
bafoués ouvertement, voici que nous, Québécois, peuple
majoritairement francophone au sein d'un pays, le Canada, qui compte trois fois
plus d'habitants que nous, parlant une autre langue que la nôtre et
étant de culture différente, voici que nous,
Québécois, déciderons d'ici quelques mois, et en toute
liberté, si oui ou non nous embarquons sur une voie qui nous conduit
à petits pas mais inexorablement à l'indépendance
politique du Québec, par conséquent à la brisure du lien
fédéral qui nous unit présentement à l'ensemble
canadien.
Rares sont les pays au monde, rares sont les régimes politiques
qui offrent aux leurs une si grande liberté d'action. Oui, nous sommes
libres de choisir notre avenir. Le débat d'aujourd'hui, la campagne
référendaire, le scrutin référendaire en sont tous
l'expression la plus vivante, l'expression la plus complète. Le droit
à l'autodétermination, c'est-à-dire le droit de choisir
son avenir librement et sans influence extérieure, non seulement nous
l'avons, mais encore nous l'exerçons et j'ose dire qu'il est juste et
bon qu'il en soit ainsi.
S'il y a un parti en cette Chambre qui a été clair
à ce sujet, c'est certainement l'Union Nationale, alors qu'elle
présentait, le 4 mai 1978, une motion qui se lisait comme suit: "Que les
membres de cette Assemblée réitèrent sans équivoque
et avec fermeté leur adhésion au principe selon lequel seuls les
Québécois sont habilités à décider de leur
avenir constitutionnel, selon les dispositions et les règles que cette
Assemblée jugera bon d'adopter". On s'en souvient très bien, le
résultat de ce scrutin, ce vote, pour: 66; contre: 2; abstentions:
17.
Ironie du sort, M. le Président, cette liberté
fondamentale que nous reconnaissons tous en cette Chambre, nous
l'exerçons à l'intérieur d'un régime
fédéral, que le gouvernement du Parti québécois
nous demande maintenant d'abandonner, sous prétexte qu'il est soit
illusoire, soit impossible de le renouveler de façon qu'il
réponde mieux à la fois aux besoins du Québec et à
ceux du reste du Canada.
Quel est le choix que nous soumet le gouver- nement du Parti
québécois par voie de référendum? En somme,
à quoi au juste dirons-nous oui ou non au jour J 1980?
La proposition soumise par le premier ministre stipule que les
Québécois devront décider s'ils accordent au gouvernement
du Parti québécois le mandat de négocier une nouvelle
entente Québec-Canada basée sur la théorie de la
souveraineté-association avec la garantie que tout changement de statut
politique résultant de ces négociations sera soumis à la
population par référendum.
Pour comprendre la portée réelle de la proposition
gouvernementale, il faut absolument situer le débat dans le contexte du
livre blanc sur la souveraineté-association où nous retrouvons
écrites noir sur blanc les véritables intentions du gouvernement
du Parti québécois. Ce gouvernement nous demande de lui dire, oui
ou non, si nous lui accordons le mandat de négocier la
souveraineté-association. Mais quelle est la signification réelle
de ce mandat? Le gouvernement nous fournit la réponse à cette
question fondamentale à la page 84 du livre blanc sur la
souveraineté-association et permettez-moi, Mme la Présidente, de
vous citer le passage suivant: "Un vote affirmatif des Québécois
sera donc, dans les faits, un mandat confié au gouvernement du
Québec de réaliser, par le moyen de négociations, cette
nouvelle entente. Par son vote, le peuple québécois aura
clairement fondé la négociation sur le principe de l'accession en
droit comme en fait du Québec au statut d'Etat souverain et de
l'association avec le Canada. La souveraineté ne va pas sans
l'association: elles sont indissociables. Certes, l'objectif ne sera pas
atteint du jour au lendemain, mais un résultat positif lors du
référendum permettra au Québec de s'engager sur la voie
qui y conduit".
Mme la Présidente, est-ce possible de trouver un texte aussi
clair et aussi explicite? Oui, il est clair, dans l'esprit du gouvernement, que
le mandat de négocier n'est qu'un moyen pour mieux permettre la
réalisation de l'objectif visé, à savoir
l'indépendance politique du Québec et une association
économique avec le reste du Canada. Mme la Présidente, ne vous
méprenez pas. Avant de faire votre choix, pensez aux conséquences
qu'il comporte. Pensez également à l'utilisation que pourra en
faire le mandataire. Lorsque vous direz oui au mandat de négocier, peu
importe la question qui vous motivera, en même temps, que ce soit
consciemment ou inconsciemment, vous direz oui à la
souveraineté-association, vous direz oui à la réalisation
progressive d'un objectif qui vous engage sur la voie aventureuse de
l'indépendance politique.
Cet extrait que je viens de vous donner du livre blanc avant de dire
oui, il faut y penser. Il faut se demander aussi ce que les
Québécois veulent. Hier, j'ai posé une question en Chambre
au premier ministre et j'ai même fait allusion au courage et aux
convictions de mon bon ami, le député de Deux-Montagnes. J'ai
mentionné hier aussi un petit point sur lequel je voudrais revenir
aujourd'hui. Quand le premier ministre, au cours
d'une interview accordée récemment à un
hebdomadaire français Le Point a confirmé que "mandat de
négocier" et "souveraineté-association" étaient
indissociables. En d'autres mots, en acceptant l'un, on accepte l'autre. A la
question: "Pourquoi demandez-vous au peuple québécois la simple
permission de négocier avec Ottawa? Ne serait-il pas plus honnête
de lui demander s'il est ou non pour l'indépendance?" Le premier
ministre a répondu ce qui suit et les deux premières phrases
motivent un peu les intentions du gouvernement. (17 h 20)
Voici ce que le premier ministre a répondu: "On aurait pu, bien
sûr, poser aux gens une question suffisamment brutale pour être
sûrs de perdre, mais nous ne sommes pas complètement idiots."
Alors, Mme la Présidente, ce mot "brutal", est-ce qu'il signifie une
question trop honnête, une question trop directe? Et même si le mot
"brutal" signifiait le courage de ses convictions, si on a ce
courage-là, est-ce que par le fait même on devient idiot? C'est la
question que je me pose à la suite de cette réponse.
Le premier ministre poursuit: "D'autre part, il aurait été
profondément antidémocratique de nous croire investis d'un
chèque en blanc pour négocier la souveraineté du
Québec sans demander son avis à une population qui nous a d'abord
élus pour gouverner le pays. La question que nous posons définit
clairement le statut auquel nous voulons aboutir: la souveraineté
politique et l'association économique avec le Canada. Nous demandons
donc aux Québécois la permission de négocier ce statut
avec le gouvernement fédéral." Je termine cette citation: "Quand
ces négociations avec Ottawa seront terminées, nous organiserons
un deuxième référendum pour demander à la
population de se prononcer sur le résultat obtenu. Tout cela est
parfaitement clair et démocratique. Un sondage vient d'ailleurs de
montrer que 20% seulement des Québécois trouvaient cette
procédure peu honnête." Maintenant, je me demande s'il s'agit d'un
sondage interne et j'aimerais également savoir quand on pourra rendre ce
sondage public. Il serait peut-être intéressant d'en
connaître l'échantillonnage.
Le premier ministre admet lui-même qu'une question directe portant
sur la souveraineté-association est vouée d'avance à
l'échec. Conscient de la réticence, pour ne pas dire du refus
d'une vaste majorité de Québécois d'adhérer
à la thèse de la souveraineté-association, les
stratèges gouvernementaux ont eu recours à l'arme péquiste
par excellence et vous le devinez, c'est l'étapisme. Avant tout, il faut
éviter d'être trop brutal, au dire même de notre premier
ministre. Mais si vous êtes parmi ceux qui ne croient pas à la
souveraineté-association, si vous faites partie de cette majorité
silencieuse qui veut obtenir plus de pouvoirs pour le Québec tout en
préservant le lien fédéral qui nous unit au reste du
Canada, ne désespérez pas. Sachez que, dans sa stratégie
référendaire, le gouvernement du Parti québécois a
pensé pour vous. En qualifiant candidement la
souveraineté-association d'expression contemporaine de la
continuité québécoise, ce qui, en passant, n'a jamais
été prouvé, le gouvernement du Parti
québécois vous dit toutes sortes de belles choses. Ici, je
caricature à peine.
Au cours de cette période historique, il n'y a plus d'unionistes
il y en a quelques-uns autour de moi il n'y a plus de
créditistes, il n'y a plus de libéraux quelques-uns en
plus mais la grande trouvaille, ce n'est pas cela: il n'y a même
plus de péquistes au Québec. C'est la trouvaille. Il n'y a que
des Québécois enfin désireux de prendre en charge leur
propre avenir. C'est cela qui est beau, c'est cela qui est touchant. On est
au-dessus de toutes les formations politiques. Cela n'existe plus à
partir du 4 mars 1980 et les Québécois vont certainement
être touchés par les propos que nous leur servons. Comme c'est
beau!
Mais d'autres vous diront pour vous convaincre: Que vous soyez d'accord
ou non avec la thèse de la souveraineté-association, cela n'a pas
d'importance puisqu'en nous donnant le mandat d'aller négocier ce statut
avec le reste du Canada, vous ne vous engagez pas définitivement. C'est
ça qui est très important. Certains iront même
jusqu'à dire: C'est le seul moyen de débloquer de
véritables négociations avec Ottawa. Enfin, si ça ne
réussit pas, si vous n'êtes pas satisfaits du résultat des
négociations, lors du deuxième référendum, vous
n'aurez qu'à dire non. Il y a beaucoup de magie là-dedans:
Donnez-nous un oui au premier référendum et ensuite, après
que nous aurons réalisé nos négociations, si vous
n'êtes pas contents, vous nous direz non à ce
moment-là.
Combien de fois, Mme la Présidente, ai-je entendu ce genre
d'arguments des tenants du oui depuis que la question
référendaire est connue? Que de telles insanités soient
dites, ça peut se comprendre, tous les moyens sont bons lorsque l'on est
désespéré, mais qu'elles soient crues, voilà qui
frise le comble du ridicule. Le fait qu'il s'agisse d'un
référendum ne peut modifier, du jour au lendemain, notre
réalité politique. Cela est d'autant plus évident que nous
sommes appelés à nous prononcer sur une question partisane.
La souveraineté-association, c'est une option péquiste
rejetée jusqu'à ce jour par les deux tiers des
Québécois. On voudrait nous faire croire, en jouant sur les
cordes sensibles de la fierté et de la dignité, que,
soudainement, parce qu'il s'agit d'un référendum, les lignes de
parti, lesquelles sont fortement ancrées dans nos moeurs politiques, ne
jouent plus. Est-ce de la naïveté ou tout simplement du camouflage
pour faire oublier le caractère partisan de la question?
Je sais qu'il y a eu des chiffres, qu'il y a eu des sondages. A un
moment donné, j'ai entendu ce mot "sondage", j'ai les chiffres ici avec
moi: Un tiers des Québécois étaient prêts à
dire oui tout court à une question d'indépendance; 54% je
suis honnête, je pense bien étaient prêts à
confier au Québec un mandat de négociation. Mais, quand on
revenait avec d'autres questions, des questions plus nuancées, voici que
les chiffres commençaient également à tourner dans le sens
inverse. Il y aura beaucoup d'autres sondages
dans les semaines à venir qui vont peut-être
préciser de façon plus claire les sondages antérieurs.
On se sert également d'un deuxième
référendum comme soupage de sûreté pour convaincre
les indécis d'embarquer dans le camp du oui, en jouant subtilement sur
le caractère exploratoire du mandat de négocier. Il y a quelque
chose d'indécent, voire d'immoral dans le fait d'inciter une personne
à dire oui à une option qui lui répugne instinctivement,
en lui laissant entendre du même souffle qu'elle pourra
ultérieurement dire non à cette même option, si elle ne
désire pas aller jusqu'au bout.
L'avenir collectif d'un peuple mérite d'être traité
avec beaucoup de sérieux et beaucoup d'honnêteté. A un
moment donné, il faut avoir le courage de ses convictions, même si
cela exige qu'on soit brutal; autrement, ça n'a plus de sens, c'est de
la frime, comme dirait Yvon Deschamps. (17 h 30)
Combien de Québécois, combien de
fédéralistes sincères se laisseront berner par ce jeu de
ping-pong constitutionnel, sous prétexte qu'il n'y a pas d'autre moyen
à notre disposition pour aboutir à un nouvel arrangement
constitutionnel entre le Québec et nos partenaires canadiens, je ne le
sais pas. Ce que je sais, cependant, c'est que le parti de l'Union Nationale
dont les racines sont profondément ancrées dans la
réalité de chez nous depuis plus de 45 ans ne peut admettre qu'un
gouvernement responsable joue avec l'avenir collectif de tout un peuple avec
autant d'insouciance et de partisanerie. Nous avions pourtant averti le
gouvernement à plusieurs reprises au cours des dernières
années, mais ce fut en vain car il n'a pas voulu comprendre nos appels.
Dès le 28 octobre 1978, devant les membres de la Société
Saint-Jean-Baptiste de Québec réunis en congrès
général annuel, le chef de l'Union Nationale établissait
notre position sur la question référendaire. Un an et demi plus
tard, celle-ci demeure d'une actualité frappante et démontre que
nous avons vu juste relativement aux intentions réelles du gouvernement
du Parti québécois.
A cette occasion, le chef avait servi l'avertissement suivant au
gouvernement du Québec et c'était presque une déclaration
prophétique. Je vais vous en lire une partie textuellement il y a
déjà presque deux ans et vous allez voir que tout ce qui
est contenu dans cette déclaration s'applique intégralement
à la lettre aujourd'hui. Ecoutez bien: "Contrairement à ce qu'on
aurait pu penser il y a à peine quelques semaines, la question qui sera
soumise à la population ne portera pas sur un mandat en vue de
réaliser immédiatement la souverainté-association, mais
plutôt sur un mandat en vue de négocier cette formule encore
imprécise avec nos partenaires canadiens dans le cadre du régime
actuel. Il y a toute une différence au monde entre une question qui
demanderait aux Québécois: Etes-vous en faveur de la thèse
de la souveraineté-association, ce qui laisse entendre un choix clair en
faveur ou contre une option précise qui implique dans son essence
même une rupture avec le régime fédéral actuel, et
une question qui pourrait se lire comme suit: Etes-vous en faveur de donner au
gouvernement du Québec le mandat de négocier avec ses partenaires
canadiens un nouvel arrangement constitutionnel basé sur la notion de
souveraineté-association?
Je poursuis le texte que le chef de l'Union Nationale du temps livrait
à cette foule, à cette société: "Je
considère que le mécanisme de la consultation populaire pour
lequel nous avons voté est un outil trop sérieux et trop noble
pour que nous l'utilisions à des fins aussi partisanes. Cette nouvelle
étape dans la stratégie péquiste ne vise qu'une seule
chose: gagner à la cause du Parti québécois les partisans
du fédéralisme renouvelé en démontrant, comme l'a
si bien dit Michel Roy du quotidien Le Devoir, et je cite: par la
modération de son projet que la troisième voie passe par la
souveraineté-association". Le texte continue toujours: Si le
gouvernement Lévesque veut se servir du référendum, il
doit avoir le courage de ses convictions. Par conséquent, il doit poser
clairement aux Québécois une question qui permettra à
ceux-ci de se prononcer définitivement sur l'essence même de la
thèse péquiste, à savoir l'indépendance politique
du Québec suivie d'une association économique avec le reste du
Canada. Toute autre question sera du maquignonnage indigne d'un gouvernement
responsable qui se veut respectueux à la fois de son propre programme
politique et des intérêts réels du peuple
québécois. Pis encore, vouloir retarder l'échéance
de la véritable question pendant encore plusieurs années pour des
raisons de stratégie partisane aura un effet désastreux sur tout
le processus de révision constitutionnelle présentement en cours
et jouera, à la longue, à l'encontre des intérêts du
Québec.
Voici, Mme la Présidente, quelle était la position de
l'Union Nationale le 28 octobre 1978, et je puis vous assurer qu'elle est
encore l'opinion de l'Union Nationale en ce 4 mars 1980.
Autant l'Union Nationale a été ferme dans sa
dénonciation de la stratégie péquiste, autant elle a
été constante dans son rejet de la
souveraineté-association. Depuis que cette option occupe une place
importante sur la scène politique canadienne, nous demeurons convaincus
que la souveraineté-association n'est pas la seule voie qui s'offre aux
Québécois pour vivre d'égal à égal avec nos
compatriotes canadiens. Nous contestons l'affirmation à savoir que la
souveraineté et l'association puissent se réaliser par moyen de
négociations sans rupture et concurremment. Est-il possible de
négocier simultanément la souveraineté et l'association?
Nous ne le croyons pas. Est-il possible de prétendre que le tout puisse
se faire sans rupture? Une séparation, surtout après 113 ans de
vie commune, ça laisse des marques et ça risque de coûter
cher à tout le monde. Crier le contraire, c'est faire preuve d'un
cynisme calculateur.
Il faut également se rendre à l'évidence que la
souveraineté-association a été catégoriquement
rejetée par tous les gouvernements provinciaux et aussi par le
gouvernement fédéral comme étant
soit non négociable, soit inacceptable, soit incompatible avec
l'esprit du fédéralisme canadien, etc., etc. Affirmer que la
seule force d'un oui massif à la proposition actuelle du premier
ministre altérera complètement cette situation, c'est
méconnaître l'attachement profond de nos partenaires canadiens au
lien fédéral qui nous unit présentement. Il n'y a pas
d'ambivalence dans la doctrine constitutionnelle de l'Union Nationale. Si
ambivalence il y a eu, elle était dans l'esprit de certaines personnes
qui ont été incapables d'assumer la position adoptée
démocratiquement par les membres unionistes réunis en
congrès d'orientation.
L'Union Nationale d'aujourd'hui, comme celle d'hier, demeure
attachée à deux valeurs fondamentales qui, loin de s'opposer,
sont tout à fait complémentaires: premièrement, le respect
intégral de l'autonomie des gouvernements provinciaux dans leur
sphère de juridiction et, deuxièmement, le maintien d'un cadre
fédéral décentralisé comme outil
privilégié pour permettre aux Québécois d'atteindre
leur plein épanouissement individuel et collectif. Le Parti
québécois aime bien se présenter comme le seul
apôtre du nationalisme québécois. D'ailleurs, c'est avec
une certaine subtilité qu'il exploite la notion d'autonomie si
chère à l'Union Nationale, sachant très bien que les
Québécois demeurent attachés à celle-ci.
C'est ainsi que, sans aucune hésitation, le livre blanc fait une
équation entre le désir traditionnel d'autonomie manifesté
à maintes reprises par les Québécois et le désir du
gouvernement d'en arriver à la souveraineté ou
l'indépendance politique du Québec. C'est ainsi qu'il ose
définir le concept de souveraineté-association comme suit: Une
nouvelle entente Canada-Québec capable d'allier l'autonomie politique
avec l'interdépendance économique. (17 h 40)
Depuis quand, dans l'esprit des Québécois, autonomie
est-il synonyme d'indépendance, sinon dans le seul esprit de ceux qui
jouent indistinctement avec les mots? Comme à l'époque de
Duplessis et de Johnson, notre attachement à la formule
fédérative n'a rien d'aveugle, il tire sa raison d'être non
seulement d'un bon naturel qui vient du coeur, mais aussi et surtout d'une
évaluation réaliste des possibilités qui s'offrent au
Québec dans un contexte de négociation globale de la constitution
canadienne tel que le laisse percevoir l'évolution récente.
Nous contestons l'affirmation qu'un non à la question
référendaire est un appui au statu quo constitutionnel. C'est
faux, c'est entièrement faux! Conscients des failles nombreuses et des
chevauchements de juridiction qui caractérisent la constitution
actuelle, nous réclamons sans relâche depuis Duplessis et surtout
depuis Daniel Johnson une nouvelle constitution canadienne. D'ailleurs, c'est
Daniel Johnson lui-même qui a le plus fidèlement exprimé ce
que veut le Québec dans un mémoire soumis à la
conférence fédérale-provinciale tenue à Ottawa du 5
au 7 février 1968. Il parlait alors en sa qualité de premier
ministre du Québec. Je sais qu'au cours de ces 35 heures, on va
évo- quer très souvent le souvenir de Daniel Johnson et on va
aussi essayer d'exploiter ses textes, mais pas tous ses textes. On peut
toujours prendre des choses qui se prêtent très bien à ce
qu'on veut faire passer.
Le texte que je vous cite, il l'a prononcé à titre de
premier ministre. Je crois qu'à ce moment-là, il engageait toute
la collectivité québécoise. Voici donc ce que disait le
premier ministre Johnson. "Il ressort clairement de nos discussions de Toronto
que le Canada fait face à l'heure actuelle à deux
problèmes fondamentaux: celui de la disparité économique
entre les différentes régions du pays et celui des rapports entre
les deux peuples qui ont fondé le Canada." C'est à ce dernier
problème que nous voulons surtout nous attarder car il est à
l'origine de ce qu'on a appelé la crise majeure de l'histoire
canadienne. Le problème de la dualité culturelle existait en
1867, il était même alors l'une des causes principales de
l'inefficacité des institutions politiques de la province du Canada. Nos
ancêtres ont pensé résoudre ce problème à
l'aide de deux moyens principaux qu'on pourrait résumer en deux mots:
fédéralisme et biculturalisme. "Si, en effet, nous pouvons
retrouver dans la constitution canadienne de 1867 à la fois le principe
fédératif et la reconnaissance de deux langues officielles, il ne
fait aucun doute que cela est dû en très grande partie à la
présence au Canada, à côté de
l'élément majoritaire anglophone, d'une communauté
francophone qui formait déjà, à ce moment, une
véritable nation. Il faut bien reconnaître cependant que le
bilinguisme qu'on trouve dans l'Acte de l'Amérique du Nord britannique
est limité et que même le fédéralisme y est assez
fortement centralisé. "Il faut de plus ajouter que, durant les 100 ans
qui se sont écoulés depuis, le bilinguisme n'a fait que peu de
prog rès et que les forces centralisatrices continuent leur action
menaçante. C'est pourquoi le problème de la dualité
culturelle est réapparu au cours des dernières années avec
plus de vigueur que jamais. "Comment alors devrons-nous y faire face? Par une
nouvelle constitution qui exprime à la fois un bilinguisme authentique
et un fédéralisme décentralisé où la
coopération intergouvernementale viendra remplacer la centralisation des
pouvoirs". M. le Président, après avoir écouté
Daniel Johnson, est-ce qu'on peut réellement affirmer qu'il était
à son époque un véritable souverainiste?
Danier Johnson a également dit qu'avant de se résoudre
à l'ultime recours, au séparatisme, il préférait
tenter tout ce qui peut encore être tenté pour que la nation
canadienne-française puisse se sentir chez elle comme dans une
véritable patrie et cela dans la totalité du Canada. Elu premier
ministre du Québec sous le slogan Egalité ou Indépendance,
pendant ses deux années de pouvoir, Johnson entreprit pour la
première fois dans notre histoire, d'une manière aussi globale et
articulée, le combat de l'égalité. Ce combat qui visait
à renouveler en profondeur notre système fédéral de
manière qu'il reconnaisse spécifique-
ment l'égalité de nos deux peuples fondateurs, Johnson n'a
pu le mener à terme; II a pu à peine l'engager avant que la mort
ne vienne le terrasser.
La perte du pouvoir par l'Union Nationale un an et demi plus tard aux
mains d'un autre parti a relégué à l'arrière-plan
ce combat pour l'égalité tel que le percevait à ce
moment-là l'Union Nationale, pour céder la place à des
négociations sectorielles, des négociations à
pièces détachées, fondées beaucoup plus sur des
concepts de rentabilité que sur une volonté ferme d'en arriver
à une révision globale de la constitution canadienne. En toute
responsabilité, nous croyons qu'avant de sonner le glas du
fédéralisme comme le fait si cavalièrement le Parti
québécois, il faut livrer ce combat de l'égalité,
non pour vivre à l'extérieur mais bien pour rester à
l'intérieur du Canada.
Alors qu'il n'y a pas si longtemps le Québec était
à peu près seul à réclamer une réforme
constitutionnelle en profondeur, la situation est tout à fait
différente aujourd'hui. Il existe maintenant un consensus de tous les
gouvernements au Canada sur l'urgence de procéder à une
réforme constitutionnelle en profondeur. Les raisons peuvent
différer d'une région à l'autre; ce qui importe, c'est
qu'enfin il semble possible d'aller au fond des choses. J'ose dire que la
présence du Parti québécois à la tête du
gouvernement du Québec a provoqué chez nos partenaires canadiens
une prise de conscience de cette urgence d'agir. Il y aura au moins cet aspect
positif du passage de ce gouvernement au pouvoir.
Cette détermination de nos gouvernements de vouloir s'attaquer
aux problèmes constitutionnels est devenue, à notre avis, un
processus irréversible. Après tant d'années d'efforts, de
batailles et de discussions pour atteindre cet objectif si cher aux
Québécois et si cher à l'Union Nationale, nous n'avons pas
le droit, indépendamment de nos options politiques, d'y porter atteinte.
Il faut, au contraire, faire tout en notre pouvoir pour que cette prise de
conscience se matérialise le plus tôt possible, et cela dans un
nouveau texte constitutionnel qui répondra enfin aux besoins et aux
aspirations non seulement de l'immense majorité des
Québécois, mais aussi de nombreux Canadiens dans toutes les
régions du pays qui, à l'instar des Québécois,
réclament un régime fédéral plus moderne, plus
souple et plus juste. Pour toutes ces raisons, l'Union Nationale dira non
à la question référendaire soumise par le gouvernement.
J'exprime la position unanime de tous les députés de notre
caucus. Nous aurions également souhaité une question qui aille
dans le sens d'un fédéralisme renouvelé ou tout au moins
qui évoque cette option comme choix possible. Le gouvernement s'y refuse
et limite forcément le débat à sa seule option, la
souveraineté-association, il annonce même, avant que le
débat ne commence, qu'il n'acceptera aucun amendement sur le fond de la
question.
(17 h 50)
Motion d'amendement
Face à une si grande ouverture d'esprit, nous croyons juste et
raisonnable dans les circonstan- ces de sommer le gouvernement, enfin, d'avoir
le courage de ses convictions même si, ce faisant, il doit être
brutal. C'est pourquoi, M. le Président, je dépose la motion
d'amendement suivante qui a pour but de respecter avec le plus
d'honnêteté possible les véritables intentions du
gouvernement du Parti québécois tout en permettant à la
population québécoise de se prononcer définitivement sur
l'option qui nous est soumise.
Cette motion, M. le Président, se lit comme suit: "Dans le
troisième paragraphe, remplacer les mots "tout changement de statut
politique" par les mots "les accords de l'association économique" ainsi
que le mot "sera" par le mot "seront" et, dans le quatrième paragraphe,
remplacer les mots "négocier l'entente proposée entre le
Québec et le Canada" par les mots "le mandat de réaliser
immédiatement la souveraineté politique du Québec et de
négocier une association économique entre le Québec et le
Canada". La motion ainsi modifiée se lirait comme suit: "Le gouvernement
du Québec a fait connaître sa proposition d'en arriver avec le
reste du Canada à une nouvelle entente fondée sur le principe de
l'égalité des peuples; "cette entente permettrait au
Québec d'acquérir le pouvoir exclusif de faire ses lois, de
percevoir ses impôts et d'établir ses relations extérieures
ce qui est la souveraineté et, en même temps, de
maintenir avec le Canada une association économique comportant
l'utilisation de la même monnaie; "les accords de l'association
économique résultant de ces négociations seront soumis
à la population par référendum: "en conséquence,
accordez-vous au gouvernement du Québec le mandat de réaliser
immédiatement la souveraineté politique du Québec et de
négocier l'association économique entre le Québec et le
Canada?"
M. le Président, je conviens avec le premier ministre que cette
question est plus brutale que celle qu'il nous propose. Néanmoins, elle
a le mérite d'être très claire et très
honnête. Je vous remercie.
Des Voix: Bravo!
Le Président: M. le chef de l'Union Nationale, je vous
remercie de m'avoir fait tenir copie du texte de votre amendement avant de le
présenter à l'Assemblée.
Je déclare cet amendement recevable et, en conséquence, le
débat se poursuit avec M. le député de Rouyn-Noranda.
M. Samson: M. le Président, est-ce que je pourrais
proposer la suspension du débat? Nous arrivons à 18 heures.
M. Charron: Oui, M. le Président, en avertissant tout le
monde, toutefois, à commencer par le député de
Rouyn-Noranda, que nous allons reprendre à 20 heures
précises.
Le Président: Est-ce qu'il y a consentement?
Des Voix: Consentement.
Le Président: II y a consentement unanime. Alors,
l'Assemblée suspend ses travaux jusqu'à 20 heures.
Suspension de la séance à 17 h 54
Reprise de la séance à 20 h 04
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît!
Veuillez vous asseoir.
Conformément à ce qui avait été entendu cet
après-midi, le député de Rouyn-Noranda pourra utiliser son
droit de parole tout de suite après que j'aurai indiqué la liste
des intervenants pour la soirée. Ce sera d'abord le député
de Rouyn-Noranda, comme je viens de le dire, qui a droit à 30 minutes,
ensuite, le député de Vanier qui aura droit à 20 minutes,
le député de Verchères, 20 minutes également, le
député de Roberval, 20 minutes, le député de
Sainte-Marie et, pour terminer la soirée je pense que ce sera
suffisant M. le député de Saint-Louis.
M. le leader parlementaire du gouvernement.
M. Charron: Je veux m'excuser et ne pas confronter l'ordre que
vous venez de donner, mais les deux premiers intervenants du côté
ministériel, c'est sûr, et vous pouvez les appeler dans l'ordre
que vous avez mentionné. Je me réserve le droit de choisir le
troisième.
Le Président: C'est-à-dire qu'il pourrait y avoir
changement...
M. Charron: Plutôt que le député de
Sainte-Marie, que ce soit un autre membre de notre côté.
Le Président:... au lieu et place du député
de Sainte-Marie.
M. Charron: Oui, M. le Président.
Le Président: Très bien. En tout cas, je donne
l'ordre pour les formations politiques.
M. le député de Rouyn-Noranda, vous avez maintenant la
parole.
M. Camil Samson
M. Samson: M. le Président, nous entamons aujourd'hui un
débat pour adopter une question. C'est un débat historique en ce
sens qu'une fois la question adoptée et une fois la question soumise
à la population par voie de référendum, cela constituera
pour les Québécois une première possibilité de
statuer par eux-mêmes de ce qu'ils veulent ou ce qu'ils voudront à
l'avenir comme statut politique, économique et social. Le gouvernement
élu le 15 novembre 1976 remplit en ce sens un engagement, soit celui, si
ma mémoire est fidèle, de ne pas faire l'indépendance du
Québec sans avoir consulté la population au préalable et
sans avoir reçu son approbation.
Le gouvernement du Parti québécois ne pose la question qui
est devant nous que sur sa propre option, en demandant ainsi à la
population de l'appuyer ou de la rejeter. Le gouvernement suggère
également que cet important débat référendaire
puisse se faire ou se tenir, si on le préfère, au-dessus des
partis politiques, autrement dit au-dessus de toute espèce de
partisanerie. Ce sur quoi, M. le Président, je suis entièrement
d'accord. Jusqu'ici, cela me semble partiellement conforme, en tout cas, aux
promesses faites en novembre 1976 ainsi que conforme à un certain bon
sens. Cependant, la loi 92 qui a été sanctionnée le 23
juin 1978 est une loi qui permet l'actuel débat et qui régira
également tout le processus référendaire par la suite.
Cette loi, à mon sens, s'est révélée, depuis sa
sanction, le pire des obstacles qui empêchera d'atteindre les espoirs
gouvernementaux ou d'autres espoirs, c'est-à-dire que le débat
référendaire soit démuni de toute partisanerie
politique.
Prenons à témoin, M. le Président, le défunt
comité Pro-Canada auquel j'ai appartenu, duquel j'ai été
vice-président. A ce moment, il me semblait, et il nous semblait
à nous tous qui en faisions partie, que cela aurait pu être
l'instrument non partisan de ceux qui voulaient se regrouper autour d'une
option qui n'était pas celle du non, mais qui était celle de ne
pas vouloir accepter la séparation du Québec comme statut
politique. (20 h 10)
Ce comité aurait pu, évidemment élaborer au-dessus
de la ligne des partis des positions communes et, dans le respect et la
reconnaissance de chacune des parties composantes, cela aurait pu être
fait. Cependant, ce comité fut, selon les déclarations
mêmes de son dernier président, Me Michel Robert, torpillé
par la volonté de l'actuel chef de l'Opposition officielle qui,
semble-t-il, toujours selon les déclarations de Me Robert parce
que lorsque c'est arrivé, à la dernière réunion, je
n'ai pu assister, je dois donc me fier aux déclarations de Me Michel
Robert aurait fait passer l'intérêt de parti avant
l'intérêt de la patrie pour rechercher des intérêts
électoraux à courte vue.
Des Voix: Honte! Honte! Honte!
M. Samson: On pourrait également, M. le Président,
parler du fantôme de la Fondation ProQuébec, qui est vite devenue
un comité des Québécois pour le oui et qui
n'échappe pas facilement non plus à la stratégie
référendaire d'un gouvernement qui a également des
intérêts électoraux à courte vue.
Qui a provoqué cette situation que je considère
antidémocratique? Rien d'autre que les articles 22 et suivants de la
fameuse loi 92, qui est le carcan dans lequel les parlementaires ou les partis
politiques devront se retrouver, qu'ils le veuillent ou non. C'est
peut-être là la question qu'on aurait dû poser dans ce
temps-là, si on le voulait ou non. On a dit non, nous de l'Opposition,
et le gouvernement a dit oui à ce moment-là; cela a donné
le résultat qu'on connaît maintenant.
Dans ces articles 22 et suivants, il est dit qu'il y aura institution
des comités nationaux. Cette loi, dans son application, fait que le chef
du comité du oui pourrait être le premier ministre du
Québec et que le chef du comité du non pourrait être le
chef de l'Opposition libérale. De plus, il est de
notoriété publique que ce sont exactement ces deux personnages
qui seront les deux grands patrons de ces deux comités, de ces deux
seuls comités, M. le Président, qui pourront exister en fonction
de la question qu'on a devant nous présentement. Si la question que nous
avons devant nous présentement pouvait être amendée aux
fins de permettre aux Québécois d'avoir un choix réel
entre l'option gouvernementale, l'option du Parti libéral, l'option de
l'Union Nationale, l'option des démocrates cré-ditistes, je
dirais qu'à ce moment-là, personne ne se sentirait
encarcané. Mais ce n'est pas le cas présentement.
Qu'advient-il donc de ces belles déclarations de principe selon
lesquelles l'importance du débat exige qu'il soit élevé
au-dessus des partis politiques? Depuis la publication du livre blanc et du
livre beige, il devient clair que c'est quasi impossible d'avoir un
débat au-dessus des philosophies de parti parce qu'il me semble que cela
ne prend pas l'allure d'un référendum, mais l'allure d'une
élection entre le programme du gouvernement et le programme de
l'Opposition officielle. C'est ce que nous avons comme choix
présentement.
Je dis donc que laisser croire à la population qu'on peut
élever ce débat au-dessus de la parti-sanerie politique, c'est de
la foutaise, c'est mentir à la population. La réalité est
qu'il y a beaucoup trop d'intérêts électoraux à
courte vue. C'est obligatoire que ce soit à courte vue, c'est dans
quelques mois seulement que les élections générales sont
attendues. Ceux qui voudront dire oui seront automatiquement, qu'ils le
veuillent ou non, associés à l'indépendance, au Parti
québécois et au livre blanc. Ceux qui voudront dire non, qui ne
sont pas membres du Parti libéral, seront eux aussi associés au
Parti libéral provincial et puis, par association, au Parti
libéral fédéral; ils seront partiellement associés
au livre beige et partiellement associés à la position bien
connue, depuis toujours, de M. Trudeau, soit celle d'un Canada fort, d'un
gouvernement central fort, autrement dit, du statu quo constitutionnel avec en
plus la certitude, M. le Président, d'être associés avec le
groupe de députés libéraux fédéraux, avec la
machine électorale fédérale qui est encore pleine d'huile
les élections viennent tout juste de se passer et avec
toute la parade que cela peut apporter.
Le Parti démocrate créditiste, M. le Président, ne
veut ni de la séparation du Québec, ni du statu quo
constitutionnel. Nous ne voulons et, là-dessus, on n'est pas plus
idiot que le premier ministre, on n'est pas plus masochiste que lui nous faire
étouffer ni entre le livre blanc, ni entre le livre beige ou ce qui en
découle.
Ce que nous avons, c'est un résumé. Je n'irai pas dans
tous les détails, mais notre parti a aussi sa position
constitutionnelle; cela ne s'est pas fait dans les tout derniers jours, on n'a
pas eu un congrès dernièrement, mais cela s'est fait au mois
d'octobre dernier. Cela se retrouve dans le manifeste politique
démocrate créditiste de 1979-1980. Qu'est-ce qu'on pense?
D'abord, l'article 1 de notre credo qui est reproduit dit ceci: Le Canada est
notre pays et nous voulons le conserver; tous se doivent de participer
positivement à son développement, dans le respect des deux
peuples fondateurs et des droits de tous ses citoyens.
Etant donné que la souplesse et l'efficacité du
fédéralisme ont été démontrées dans
des circonstances et contextes très variés, le parti souscrit au
maintien d'un régime fédéral au Canada. Cependant, afin de
mieux répondre aux réalités économiques,
politiques, sociales et culturelles d'aujourd'hui, le parti reconnaît la
nécessité d'une révision constitutionnelle. Ceci
étant, le parti propose la rédaction d'une constitution
canadienne adaptée aux besoins présents impliquant une
répartition des pouvoirs incombant aux divers gouvernements et
impliquant dans ce partage que les éléments suivants
reçoivent l'importance qui leur revient. "Premièrement, le droit
et la liberté pour chaque citoyen canadien de communiquer dans la langue
officielle de son choix, français ou anglais, avec les instances des
administrations fédérales, provinciales et municipales.
"Deuxièmement, le droit et la liberté pour chaque citoyen candien
d'être jugé dans la langue officielle de son choix, le
français ou l'anglais, par les différentes instances judiciaires.
"Troisièmement, l'incorporation dans la nouvelle constitution des
libertés et des droits fondamentaux de la personne.
"Quatrièmement, une réforme et une revalorisation du Sénat
prévoyant le choix d'un certain nombre de sénateurs par le
gouvernement fédéral, alors que les autres seraient
désignés par les gouvernements provinciaux en recherchant dans la
représentation l'équilibre des deux peuples fondateurs.
"Cinquièmement, un pouvoir bien défini d"opting in" ou d'"opting
out" des programmes à juridiction partagée incluant une formule
de compensation financière équitable, utilisable selon les
programmes en cause et les choix exprimés par la province
intéressée ou le gouvernement fédéral. (20 h
20)
Par exemple, les juridictions suivantes pourraient être
fédérales: la défense nationale, les postes et les
douanes, les transports ferroviaires, les transports aériens
interprovinciaux et internationaux, la radio-télévision à
l'exception de celle de type éducatif et culturel, la monnaie nationale,
toutes les affaires extérieures sauf celles relevant exclusivement des
juridictions provinciales, le pouvoir de lever des taxes indirectes, le Code
criminel et la procédure en matière criminelle, la Cour
suprême avec une représentation équilibrée des deux
peuples fondateurs, les institutions bancaires, les travaux publics
fédéraux, le développement économique national dans
le respect des priorités des provinces, les sports et loisirs natio-
naux, le tourisme à dimension nationale et internationale.
Par exemple, les juridictions suivantes pourraient être
provinciales: le crédit, le commerce, la fiscalité directe, les
droits successoraux, les richesses naturelles, la santé et les affaires
sociales, l'éducation, les sports et les loisirs, le Code civil et
l'administration de la justice, le transport routier, le transport
aérien provincial, l'habitation et l'aménagement du territoire,
la radio-télévision éducative et culturelle, la
câblodistribution, les institutions financières, l'agriculture, le
travail, les affaires culturelles, les affaires municipales et l'urbanisme, le
tourisme, la chasse et la pêche, les travaux publics, tous les accords
internationaux concernant les matières relevant des juridictions
provinciales exclusives.
Par exemple, les juridictions et responsabilités dans les
domaines suivants pourraient être partagées: l'immigration, la
recherche scientifique, la mobilité de la main-d'oeuvre et la formation
professionnelle, l'environnement, la protection des consommateurs, le transport
par eau, l'industrie et le commerce extérieur, tous les pouvoirs non
prévus dans la constitution jusqu'à ce qu'ils soient
précisés par entente entre les parties ou par amendement à
la constitution, un mécanisme précis de révision
constitutionnelle, un tribunal constitutionnel spécifique dont le
rôle sera d'assurer le respect de la constitution.
M. le Président, il est donc clair que nous croyons à
l'utilité du régime fédéral, à la condition
que ce régime soit modifié pour garantir tous les droits dont le
Québec et les Québécois ont besoin pour s'épanouir
librement et se développer économiquement. C'est pourquoi j'ai
déjà suggéré, il y a déjà plusieurs
mois, qu'un référendum sur la constitution aurait dû
provenir du Parlement plutôt que du gouvernement.
Il y a, M. le Président, quand on regarde les programmes de tous
les partis politiques en cette Chambre, du bon sens dans tous les programmes.
Il y a des choses sur lesquelles l'ensemble des députés de cette
Chambre aurait pu faire des consensus, à partir d'une commission
parlementaire extraordinaire où là on aurait pu réellement
donner à tous les députés de cette Chambre la
possibilité de se faire entendre et d'aller étudier ensemble les
différentes propositions constitutionnelles et regarder celles qui
auraient pu faire l'objet des différents consensus. Nous croyons
fermement au besoin d'une révision constitutionnelle, mais il nous
semble que cela aurait été beaucoup plus pratique que cette
révision constitutionnelle fasse d'abord l'objet d'un consensus des
députés de cette Chambre. On aurait évité les
déchirements qui risquent de nous arriver avec l'actuel
débat.
M. le Président, je pense qu'on aurait pu, de cette façon,
être appuyés lors d'un référendum, par la suite, par
la population qui nous aurait donné un pourcentage suffisant pour qu'on
puisse aller négocier les choses sur lesquelles on aurait fait un
consensus. Bien sûr, personne, dans ce contexte, aucun gouvernement
fédéral n'aurait pu contester ni la validité, ni la
légitimité de notre référendum.
Il ne faut pas oublier qu'on fait face à un gouvernement
fédéral qui vient d'être élu avec 68% du suffrage
universel au Québec. Demain matin, il faudra avoir au moins 69% si on
veut réellement être entendu de ce gouvernement
fédéral.
Des Voix: On va l'avoir, on va l'avoir.
M. Samson: De toute façon, M. le Président, pour
les créditistes du Québec qui comprennent vraiment le sens des
réformes préconisées par le Crédit social, ce
référendum, tel qu'il nous est présenté maintenant,
a une importance mitigée, car, quel que soit le résultat,
indépendance ou statu quo, aussi longtemps qu'une réforme
financière et monétaire n'aura pas été faite, nous
ferons toujours face aux problèmes cruciaux que nous connaissons
présentement.
Il ne faut pas oublier que des taux d'intérêt bancaire
à 18%, ça égorge et ça fait aussi mal à un
fédéraliste qu'à un séparatiste. Il ne faut pas
oublier non plus que l'inflation, ça fait aussi mal aux
fédéralistes qu'aux séparatistes. L'endettement public
effréné, ça fait aussi mal à l'un qu'à
l'autre. Les taux de chômage élevés, ça fait encore
aussi mal aux fédéralistes qu'aux séparatistes. Les
citoyens à faible revenu et les assistés sociaux à qui
manque le strict nécessaire, quel que soit le régime,
fédéral, provincial, qu'ils soient séparés ou non,
ça ne changera rien à leur situation.
Le prix exorbitant du pétrole, M. le Président, ça
ne changera pas non plus, qu'on soit fédéraliste ou qu'on soit
séparatiste. Mais il y a une chose sur laquelle on est maintenant
obligé de compter, et ce sont des événements qui se sont
déroulés dernièrement, c'est le résultat des
élections fédérales à Ottawa, que je
considère comme un accident démocratique. Il n'y a sûrement
personne de la province de Québec qui a voulu qu'il y ait 73
députés libéraux sur 74, laissant un seul
député du Québec dans l'Opposition avec tellement peu de
majorité qu'on a même tenté de l'éliminer par un
recomptage judiciaire. Autrement dit, il n'y a plus d'opposition à
Ottawa présentement en provenance du Québec. Cela a fait que des
créditistes de tous les coins du Québec se sont adressés
à l'exécutif de notre parti en manifestant le désir de
vouloir créer un certain équilibre, un certain contrepoids
à cette situation qui n'a pas de sens présentement.
M. le Président, je vous dis en terminant que le Parti
démocrate créditiste va continuer à réclamer des
réformes financières et monétaires. C'est là notre
principale préoccupation.
Personnellement, ma position est connue depuis longtemps, elle n'a pas
changé et elle ne changera pas non plus. Je dirai non à ce
référendum, M. le Président, mais notre exécutif a
décidé que, conformément au voeu émis en cette
Chambre et à l'extérieur, ce genre de débat devrait
être au-dessus des partis politiques, parce que nous avons des griefs
depuis les élections fédérales et que nous voulons
respecter nos membres.
M. le Président, je peux vous dire une chose. Quel que soit le
résultat de ce référendum, que ce soit le oui ou que ce
soit le non, je respecterai le
résultat, je respecterai les gens qui auront voté non, je
respecterai aussi les gens qui auront voté oui. C'est dans ce contexte
que notre parti a décidé hier de déclarer pour nos membres
le vote libre. (20 h 30)
M. le Président, je dis respectueusement à cette
Assemblée que, si on veut réellement que ce débat se
tienne au-dessus de la partisanerie politique, si on veut réellement
respecter les désirs profonds de chacun des Québécois,
nous devons admettre à l'avance qu'il y a des gens qui sont
déchirés au Québec présentement. Nous devons
admettre à l'avance qu'il y a des gens qui font partie d'une même
famille qui voudront dire oui et d'autres qui voudront dire non, et d'autres
qui ne voudront pas aller voter parce que ni le oui ni le non ne fait leur
affaire.
C'est à partir de ce profond respect que notre exécutif a
eu non pas à 80%, M. le Président, mais à 100% pour nos
membres, pour nos militants dans la province de Québec, que nous
déclarons le vote libre chez les militants. Mais cela ne change pas,
comme je l'ai dit. En tant qu'individu, non pas au nom de mon parti, mais en
tant qu'individu, ma position reste la même: cela va être non.
Le Président: Merci, M. le député de
Rouyn-Noranda.
Je cède maintenant la parole à M. le député
de Vanier.
M. Jean-François Bertrand
M. Bertrand: M. le Président, il y a un séparatiste
à l'Assemblée nationale: c'est le chef libéral. Voici un
chef politique, M. le Président, qui aujourd'hui, par ses attitudes, se
met en rupture avec le passé du Québec, en rupture avec le
passé du Parti libéral et en rupture avec son propre passé
personnel. En effet, s'il y a quelque chose qui caractérise l'histoire
du Québec, c'est bien une fidélité, une continuité
de tous les chefs politiques dans la recherche de l'égalité entre
les deux nations constitutives du Canada. Aussi loin qu'on remonte dans notre
histoire, que ce soit de 1760 à 1840 par la recherche d'un gouvernement
responsable; que ce soit de 1840 à 1867 dans la lutte pour
l'égalité dans le Parlement uni du Bas et du Haut-Canada; que ce
soit de 1867 à 1980 dans la recherche de l'égalité par
l'expression toujours de plus en plus grande d'une volonté d'autonomie
du Québec à l'intérieur du système
fédéral, il y a, je crois, M. le Président, une
fidélité, une continuité à ce grand rêve
d'égalité.
Qu'on se rappelle quelques événements. 1867, on
présentait la constitution d'alors comme un pacte solennel entre deux
peuples fondateurs. Il y avait même les libéraux de Papineau
à l'époque qui avaient refusé l'entrée du
Québec dans la Confédération, sans doute parce qu'ils ne
retrouvaient pas, à l'intérieur du pacte
confédératif, suffisamment de garanties pour
l'égalité des deux peuples fondateurs.
Qu'on se rappelle Daniel Johnson, en 1965, quand il disait que le
fédéralisme de 1867 avait été un échec et
qu'il fallait le remplacer par une nouvelle alliance entre les deux nations.
Qu'on se rappelle Jean Lesage, en 1967, lorsqu'il disait qu'une nouvelle
constitution devait être trouvée et qu'on devait reconnaître
formellement la présence, au Canada, de deux nations. Qu'on se rappelle
Claude Castonguay, en 1977, qui disait: "II va bien falloir un jour se
résoudre, si on veut éviter l'éclatement de ce pays,
à reconnaître en son sein l'existence de deux
sociétés distinctes."
Qu'on se rappelle Maurice Duplessis, en 1939, lorsqu'il disait:
"J'entends que l'on sache, à Ottawa, que nous sommes maîtres chez
nous, que nous voulons rester maîtres chez nous. J'aime mieux que le
Québec soit administré par Québec et pour Québec
que par Ottawa et pour Ottawa." Qu'on se rappelle l'élection
générale de 1948 où le Parti libéral de
l'époque, par la voix d'Adélard Godbout, demandait la tenue d'un
référendum pour qu'un gouvernement libéral puisse
négocier d'égal à égal une nouvelle entente avec le
reste du Canada.
Qu'on se rappelle les deux commissions créées par le
gouvernement fédéral. La première, la Commission
Laurendeau-Dunton, en 1965, disait: "II faut que les Canadiens de langue
anglaise acceptent comme nécessaire à la survivance du Canada une
association réelle comme il n'en peut exister qu'entre partenaires
égaux. Ils doivent être prêts à discuter franchement
et sans préjugés des conséquences pratiques d'une telle
association." Qu'on se rappelle la Commission Pépin-Robarts, tout
récemment, en 1979, qui disait, à sa façon: "Ils sont de
plus en plus nombreux à ne se vouloir et à ne s'appeler que
Québécois, se définissant mieux ainsi comme
majorité et comme peuple."
Qu'on se rappelle les écrits mêmes du chef libéral
qui, lorsqu'il était éditorialiste au journal Le Devoir, en
dehors de toute finasserie partisane, pouvait, froidement et objectivement,
analyser la situation du Québec à l'intérieur du Canada.
Rappelons-nous cet éditorial, en 1971, où il rappelait
l'éloquente continuité dans les demandes du Québec pour le
rapatriement des juridictions en matière de politique sociale, disant
entre autres que M. Castonguay fut l'inspirateur et le père d'une telle
politique et qu'un rapport monumental préconisant une intégration
en profondeur de tous les régimes de sécurité du revenu en
vigueur ou à venir au Québec avait alors été
proposé. Qu'on se rappelle son jugement sur la Charte de Victoria
où il disait, entre autres, en 1971 toujours: "La Charte de Victoria,
dans son ensemble, est un document qui tente à consolider la
prépondérance du gouvernement central dans les affaires
canadiennes et à ramener le Québec au rang de province comme les
autres, sans égard à ses problèmes et à ses
urgences propres."
Qu'on se rappelle, en 1977, à l'occasion d'un colloque
intitulé "Destinée Canada", ce que le chef libéral, alors
encore éditorialiste, écrivait: "Je n'ai pas de solution magique
aux problèmes du
Canada. Je suis néanmoins d'avis qu'il faudra incorporer dans les
structures canadiennes de l'avenir une reconnaissance plus explicite et mieux
assurée du caractère distinctif du Québec si nous voulons
que le Canada se maintienne et prospère dans l'acceptation
réciproque et l'harmonie."
Voilà donc, M. le Président, ce qui est au coeur
même du débat actuel, c'est-à-dire la recherche de
l'égalité. Voilà l'objectif pour lequel nous nous battons
depuis douze ans et que le gouvernement a voulu préciser à
l'intérieur de la question qui a été déposée
au mois de décembre dernier. Tout le reste, hormis ce principe qui est
fondamental et qui est celui de la recherche de l'égalité, n'est
que de l'ordre des moyens. Que ce soit par la voie du fédéralisme
ou par la voie de la souveraineté-association, l'objectif qui est
recherché est celui de l'égalité.
Le chef libéral disait cet après-midi: Qu'on me pose la
question, qu'on me demande si je suis, oui ou non, pour l'égalité
des deux peuples et je répondrai: Oui. Nous répondons oui
à la même question, mais il avait à prouver, comme chef
libéral, que cette égalité peut s'obtenir à
l'intérieur du système fédéral; il a
escamoté le fond du problème, et il a évité de
faire la preuve que le système fédéral permettait de
réaliser cette égalité entre les deux peuples, entre les
deux nations et entre les deux sociétés qu'on reconnaît
distinctes et différentes.
Tout le livre beige, après avoir fait de l'égalité
un de ses principes directeurs, un de ses treize principes directeurs, est
incapable de quelque proposition concrète que ce soit qui pourrait
inscrire cette égalité dans les institutions politiques
canadiennes. Qu'est-ce que le livre beige propose pour changer
l'inégalité fondamentale qui existe à la Chambre des
communes? Quand on sait que nous avions pour nous représenter, nous, les
Québécois, en 1867, 65 députés, que nous en avons
aujourd'hui 75 et que nous n'en aurons encore que 75 en l'an 2000. Pendant ce
temps, le Canada anglais, lui, toujours plus égal que l'autre, a
réussi à faire passer sa députation de 116 en 1867
à 207 en 1980 et grimpera à 250 en l'an 2000.
Comment le livre beige répond-il à cette interrogation
fondamentale qui perpétue l'inégalité de la
représentation des députés du Québec et du reste du
Canada à l'intérieur de la Chambre des communes?
Comment répond-il à la question de la recherche de
l'égalité lorsque, dans sa proposition de conseil
fédéral, il institutionnalise l'inégalité et fait
en sorte que le Québec n'aurait pour le représenter que 25% de
toutes les personnes impliquées dans ce conseil fédéral?
Alors que les décisions seraient prises aux deux tiers des votants, nous
n'aurions même pas la possibilité d'exercer un droit de veto!
Voilà l'égalité politique que propose le livre beige.
Sur tout le reste, sur le reste dont mes collègues parleront
abondamment, l'économie, la culture, la politique sociale, il n'y a pas,
dans le livre beige, cette répartition des pouvoirs qui corres- pond
à la philosophie dont nous parlait anciennement l'éditorialiste
du Devoir, philosophie qui aurait eu pour effet de rapatrier ici des centres de
décision fondamentaux pour l'avenir de la collectivité
québécoise, en particulier la politique sociale sur laquelle il
était tellement éloquent dans ses prises de position en 1971,
mais sur laquelle il a retraité à l'intérieur du livre
beige. (20 h 40)
C'est pourquoi je dis que le chef du Parti libéral est en rupture
avec lui-même, en rupture avec les traditions nationalistes de sa
formation politique et en rupture avec les demandes traditionnelles du
Québec exprimées sous tous les gouvernements et sous tous les
premiers ministres qui nous ont précédés.
Dans sa proposition de question, dans sa formule d'amendement, le chef
libéral nous propose de dénaturer notre projet. On comprend mieux
dans sa proposition qu'il ait justement laissé complètement de
côté le principe essentiel de la position gouvernementale, soit
celui de l'égalité, en privilégiant au contraire un choix
centré sur les moyens plutôt que sur les objectifs, sans doute
pour faire oublier que le fédéralisme est incapable, dans son
essence même, de reproduire le principe de l'égalité
politique entre les deux nations.
Quant à nous, nous croyons que, dans la question, nous devons
retrouver cet objectif fondamental qui est celui de l'égalité,
à moins qu'on ne nous prouve le contraire et le chef
libéral ne l'a pas prouvé à moins qu'on ne nous
prouve qu'en dehors de l'accession du Québec à la
souveraineté tout en maintenant une association économique avec
le reste du Canada, cette égalité peut être obtenue
à l'intérieur du système fédéral.
Le chef libéral cherche à dénaturer un projet qui
est clair depuis le début, depuis que le mouvement
souveraineté-association a été créé en 1967
et qu'aucun congrès politique n'est venu modifier dans ses fondements
essentiels, à savoir, premièrement, la volonté des
Québécois de devenir enfin maîtres chez eux et,
deuxièmement, la volonté des Québécois de maintenir
une union économique avec leurs partenaires canadiens.
Je relisais le document Option Québec écrit à la
fin des années soixante où on parlait de ce projet exactement
dans les mêmes termes et où on disait justement, en parlant de
l'union économique, que ce serait une union canadienne, pour reprendre
les termes qui avaient été utilisés dans le volume de
l'époque. Voilà le projet exact sur lequel aucune modification
substantielle quant au fond n'est apparue, d'un congrès politique
à l'autre, depuis la fondation du Parti québécois.
Il est vrai qu'au niveau de la démarche suivie, il est vrai que
d'un congrès à l'autre et jusqu'à la formulation finale de
la question, nous avons tenté de coller à une démarche qui
soit la plus démocratique possible et qui s'éloigne le plus
possible de toute rupture, brisure ou éclatement de l'espace
économique canadien. Et un autre des grands objectifs a toujours
été d'associer la population à l'évolution du
Québec, objectif démocratique que nous avons voulu reproduire non
seulement en
1974, quand nous avons décidé d'introduire le concept
même du référendum pour faire en sorte que les
Québécois décident eux-mêmes de leur avenir, non
seulement aux élections de 1976, où nous avons formulé
solennellement l'engagement de tenir une consultation pour justement
séparer le choix électoral du choix référendaire,
mais aussi en ce moment où nous prenons l'engagement formel, puisque
nous demandons aux Québécois un mandat de négocier, de les
laisser eux-mêmes juger des résultats des négociations.
Voilà, M. le Président, qui m'apparaît tout à
fait conforme non seulement à l'esprit qui a présidé
à l'élaboration du projet de souveraineté-association,
mais à une démarche qui, dans le temps, a évolué,
mais a évolué dans le sens d'un respect des règles
démocratiques qui doivent alimenter les décisions qui seront
prises par la population.
Nous avons toujours été très clairs, contrairement
à ce que prétend le chef du Parti libéral. En 1976, il
disait que nous avions omis de parler de la souveraineté politique.
Pourrais-je lui rappeler une déclaration formulée le 12 novembre
par le premier ministre du Québec, dans un message à la
télévision, où il disait: "Comme bien d'autres,
j'espère de tout mon coeur qu'on arrivera à devenir maîtres
chez nous politiquement, économiquement, cuIturellement, comme font tous
les peuples qui veulent sortir de l'insécurité et de
l'infériorité et cela n'exclut ni l'amitié, ni les
associations d'égal à égal avec ceux qui nous entourent.
Mais si les électeurs nous font confiance le 15 novembre, nous nous
sommes engagés à ne pas le faire sans le consentement majoritaire
des Québécois par la voie éminemment démocratique
et claire d'un référendum".
N'est-ce pas le chef libéral lui-même qui,
éditorialiste à l'époque, écrivait le 12 novembre
1976, le même jour: "Le meilleur choix, abstraction faite de
l'indépendance, c'est le Parti québécois." Il fallait
faire abstraction pour l'instant d'une décision qui, de toute
façon, serait prise dans un contexte référendaire." Vous
l'aviez écrit, mais, aujourd'hui, vous avez évité de
rappeler que nous avions été clairs, francs et honnêtes en
1976, lorsque nous avions formulé cet engagement face à
l'ensemble de la population.
M. le Président, on ne peut pas nous reprocher d'avoir offert,
à l'intérieur de la question qui sera posée, une seule
option, soit la nôtre. Les autres gouvernements précédents,
libéraux, unionistes et tous les premiers ministres ont eu la chance
d'essayer de négocier l'égalité à
l'intérieur du système fédéral. Ils n'avaient pas
besoin de référendum pour le faire. Ils n'avaient qu'à
convaincre le Canada anglais que c'était nécessaire pour nous et
à réussir à obtenir des résultats. Ces
résultats n'ont pas été obtenus. Il est maintenant normal
que nous puissions proposer notre démarche.
M. le Président, dans ce contexte, puis-je rappeler certaines
déclarations du chef libéral qui nous y a poussés,
jusqu'à un certain point, lorsqu'il disait en 1967: "Le
fédéralisme peut, sans diminuer la liberté du
Québec, assurer une protection équitable aux Canadiens
français. Le climat est meilleur que jamais en 1967." "Et encore, si
aucune action décisive ne vient dans un avenir prochain, il ne faudrait
pas s'étonner que, dans l'éventualité d'un conflit
irréductible entre le Québec et le Canada, le choix des
Québécois se fasse un jour en faveur du Québec"
1967 et aussi "il ne m'apparaît pas excessif d'affirmer qu'il ne
reste probablement plus que quelques années, deux, trois ou quatre au
plus, pour trouver les éléments essentiels d'une solution
modérée." 1967, toujours, ainsi de suite, en 1971 et, plus
récemment, en 1977, il réaffirmait la nécessité
pour les Québécois de faire un choix.
M. le Président, ai-je besoin de dire que ce n'est pas notre
intention de considérer un "oui" au référendum comme un
endossement final de la souveraineté; c'est pourquoi nous allons rejeter
la proposition vicieuse d'amendement du chef libéral. C'est cependant
notre intention de considérer un oui comme l'amorce sérieuse
d'une nouvelle entente d'égal à égal entre les deux
peuples du Canada et, parce que nous privilégions la négociation
à toute autre formule qui n'aurait pour conséquence que de briser
une longue tradition de collaboration, nous prenons l'engagement solennel
d'associer le peuple du Québec à cette négociation en lui
reconnaissant le droit fondamental et éminemment démocratique de
juger lui-même du résultat des négociations et de donner
son accord à l'accession finale du Québec à sa pleine
souveraineté.
Que le chef libéral se le tienne pour dit. Nous ne ferons pas le
jeu de la rupture qui caractérise ses attitudes. Nous allons continuer
de demander aux Québécois le mandat de négocier en
même temps le transfert des pouvoirs qu'implique la souveraineté
et le maintien d'une association économique entre deux peuples
foncièrement é-gaux, après quoi nous consulterons de
nouveau la population, comme il se doit, avant qu'un changement de statut
politique pour le Québec ne devienne définitif. Or, assez
curieusement, cette démarche qui est la nôtre aujourd'hui et que
nous allons maintenir est déjà apparue, dans un passé
récent, pensable et crédible aux yeux d'un éditorialiste
qui n'avait pas besoin, à une certaine époque, de faire le jeu de
la partisanerie, mais qui avait seulement à analyser et à
commenter froidement des hypothèses d'avenir pour le Québec.
Parmi toutes les citations que nous avons retenues du passé du chef
libéral, il en est une qui était encore inconnue du public, mais
que nous avons retrouvée, heureusement, et que cet homme a
écrite.
Je relis un éditorial du 29 décembre 1976 qui se lisait de
la façon suivante: "M. Trudeau se réjouit de la victoire du Parti
québécois. Cet événement ainsi que
l'échéance du référendum obligeront, selon lui,
chaque Québécois à faire un choix net entre le
séparatisme et le fédéralisme. Cela paraît vite dit
et quelque peu imprudent." Et là, l'éditorialiste avançait
trois possibilités de question. J'arrive à la troisième
qui lui apparaissait
crédible et défendable et cela se formulait de la
façon suivante: "Combien périlleuse pour M. Trudeau pourrait se
révéler une démarche à deux paliers qui
consisterait, dans un premier temps, à demander aux
Québécois s'ils autorisent leur gouvernement à rechercher
par la négociation une nouvelle alliance avec le reste du Canada
fondée sur le principe que le Québec forme une nation distincte
ou encore sur l'objectif d'un nouveau pacte entre les deux nations et, dans un
second temps et c'est le deuxième référendum
à inviter les Québécois à se prononcer sur les
résultats obtenus et à conclure en conséquence."
Des Voix: Bravo! (20 h 50)
M. Bertrand: Le chef libéral jugeait alors cette question
honnête, pensable et crédible, claire aussi. Il ajoutait, et c'est
peut-être là l'élément de la réponse qui
explique son amendement d'aujourd'hui: "Une démarche dans ce sens aurait
de très fortes chances d'être appuyée par une solide
majorité d'électeurs. Les jeux à venir risqueraient d'en
être complètement modifiés. C'est le risque auquel M.
Trudeau s'expose en prétendant ramener à deux options rigidement
définies le choix que devront faire ces concitoyens."
C'est justement parce qu'il veut ramener le débat à cette
rigidité que le chef libéral propose aujourd'hui un amendement
dont le seul effet, à toutes fins utiles, est d'enlever l'objectif
d'égalité, de mettre les Québécois uniquement sous
la rigidité de deux options, le fédéralisme ou
l'indépendance totale immédiatement, pour éviter d'avoir
à aller sur le fond, de défendre le principe de
l'égalité à l'intérieur du système
fédéral. Je dis que notre question est claire et elle est
honnête.
Le Président: M. le député de Vanier, je
m'excuse de vous interrompre, mais même les 30 secondes... Puisqu'il n'y
a pas consentement, je me dois de vous interrompre.
Des Voix: Bravo! Bravo!
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît! M. le
député de Verchères, vous avez maintenant la parole.
M. Jean-Pierre Charbonneau
M. Charbonneau: M. le Président, depuis cet
après-midi, les tenants du non ont consacré plus de deux heures
à tenter de discréditer à la fois le
référendum, cette première consultation populaire sur
notre avenir politique, et la question posée par le gouvernement. Comme
vous avez pu vous en rendre compte, la stratégie est cousue de fil
blanc. En effet, pendant qu'à l'extérieur on consacre des
millions de dollars pour battre le oui en faisant peur aux gens, ici, au
Parlement, on prépare déjà la défaite et
l'après-référendum en tentant, dès le début,
d'atténuer la valeur et la portée du résultat positif qui
sera obtenu.
Dès le dépôt de la question au mois de dé-
cembre, plusieurs fois par la suite et longuement aujourd'hui, le chef du
mouvement négatif a déclaré que l'enjeu
référendaire était camouflé et que la question
était sinon illégale, tout au moins malhonnête et vicieuse.
Il n'y a pas 56 façons, M. le Président, de vérifier le
bien-fondé de ces attaques. Prenons la question, lisons-la,
analysons-la, voyons quels sont les mots utilisés et pourquoi ils l'ont
été.
La question commence ainsi: "Le gouvernement du Québec a fait
connaître sa proposition d'en arriver, avec le reste du Canada, à
une nouvelle entente fondée sur le principe de l'égalité
des peuples..." Une nouvelle entente, dit-on; pourquoi? Une nouvelle entente
suppose qu'une entente actuelle existe et qu'elle n'est pas satisfaisante. Une
nouvelle entente suppose qu'il y a une volonté de changement importante
et justifiée.
A ce propos, M. le Président, deux choses doivent être
dites immédiatement. D'abord, la volonté de changement est
là. Elle est largement partagée par l'ensemble des
Québécois et elle est profondément ancrée dans
notre histoire, dans notre passé. D'autre part, on ne peut pas à
la fois se dire satisfait et vouloir renouveler et changer l'ordre des choses.
Avez-vous entendu une seule fois en cette Assemblée et à
l'extérieur un tenant du non, un député pour le non,
critiquer solidement le régime actuel et nous dire pourquoi il faut
renouveler le fédéralisme? Jamais.
Tout ce qu'on entend, c'est l'apologie du régime, mais si on est
si satisfait du régime, si on le trouve si bon, pourquoi le renouveler,
pourquoi embêter les gens pour renouveler les structures d'un pays? On ne
renouvelle pas les structures d'un pays comme on renouvelle n'importe quoi. Il
faut avoir des raisons pour rechercher une nouvelle entente. La question, elle,
nous dit pourquoi. "Une nouvelle entente fondée sur le principe de
l'égalité des peuples"... M. le Président, si
l'égalité existait, on n'en parlerait pas. On a toujours voulu
l'égalité, mais on ne l'a pas encore. Si on l'avait eue, nos
gouvernements dans le passé n'auraient pas fait les batailles qu'ils ont
faites. Nos pères, nos mères, nos grands-pères et nos
grand-mères n'auraient pas fait les luttes politiques qu'ils ont faites.
Qui va prétendre, dans cette Chambre, que l'égalité existe
entre les membres du seul peuple francophone d'Amérique et du peuple
anglophone du Canada? Qui va prétendre que notre langue et notre culture
sont égales à celles des autres, traitées comme telles
partout au pays? Qui va prétendre dans cette Assemblée que nous
sommes chez nous ailleurs qu'au Québec? Même O Canada
chanté en français à Vancouver et à Toronto est
hué. Qui va prétendre que le niveau de vie moyen des Canadiens
français est égal à celui des Canadiens anglais même
à l'intérieur du Québec encore aujourd'hui? Qui va oser
dire que dans ce pays, notre pouvoir politique est égal à celui
de l'autre peuple?
L'égalité des peuples, M. le Président, oui, parce
que nous sommes plus qu'une région, parce que nous sommes plus qu'une
communauté linguistique. Nous sommes un peuple, une nation.
Nous avons droit à l'égalité, pas avec
l'Ile-du-Prince-Edouard, avec l'autre peuple au complet.
L'égalité des provinces, comme nous le propose le livre beige,
c'est dans le fond l'inégalité des peuples. Voilà la vraie
fraude: l'égalité sur papier, mais pas dans la
réalité. L'égalité, ce n'est pas une question de
nombre, c'est une question de droit. Ce n'est pas parce qu'on est 6 millions et
qu'ils sont 16 millions que l'égalité est impossible entre ces
deux peuples. Si l'égalité est bonne pour les autres, c'est aussi
bon pour nous.
Voilà pourquoi la question parle et surtout pourquoi elle
doit parler d'une nouvelle entente fondée sur
l'égalité des peuples. Mais de quel genre d'entente parle-t-on?
Est-ce que c'est le fédéralisme renouvelé, concept
nébuleux, fumeux, frauduleux, camouflant le statu quo, transmis par des
gens qui se disent continuellement satisfaits de ce statu quo? Cette entente,
dit la question noir sur blanc, permettrait au Québec d'acquérir
le pouvoir exclusif de faire ses lois, de percevoir ses impôts et
d'établir ses relations extérieures, ce qui est la
souveraineté les mots sont importants et, en même
temps, de maintenir avec le Canada une association économique comportant
l'utilisation de la même monnaie. Le texte est clair. On ne cache pas nos
couleurs. Nous voulons la maîtrise complète de nos affaires, de
toutes nos affaires. Nous voulons toute l'autonomie politique.
Samedi dernier, au congrès libéral, l'ancien ministre des
Communications, M. Denis Hardy, disait à la télévision,
pour justifier ses amendements au livre beige, qu'on ne pouvait laisser
à un autre peuple le contrôle de notre culture et des moyens de la
développer. En faisant ce commentaire, M. Hardy reconnaissait clairement
qu'à Ottawa, c'est l'autre peuple qui contrôle, qui décide
et qui dirige. Le pouvoir politique premier, M. le Président, et selon
même la constitution, est entre les mains de l'autre peuple. Voilà
la raison fondamentale du problème politique canadien, problème
qui resterait entier si on appliquait le livre beige. Le problème est
d'abord et avant tout politique. Qui contrôle les pouvoirs politiques
dans ce pays et au profit de qui? C'est ici qu'on retrouve les causes
véritables et premières de l'inégalité
perpétuée.
M. Hardy avait raison quand il disait que laisser au gouvernement
central le contrôle des communications, c'était confier notre
développement culturel à l'autre peuple. Mais si cela est vrai
pour les communications, ça l'est aussi pour les autres secteurs
d'activité. Cela ne peut pas être vrai pour les communications et
être faux pour les autres secteurs. C'est vrai pour tous les secteurs ou
c'est faux pour tous les secteurs. Cette question de pouvoirs est non seulement
le noeud du débat actuel, elle est au coeur même de toutes les
luttes autonomistes des gouvernements québécois depuis
Honoré Mercier, le premier qui a convoqué une conférence
fédérale-provinciale pour parler des problèmes de la
constitution en 1887.
La philosophie politique traditionnelle du Québec est claire:
plus de pouvoirs à Québec, le maximum possible, jamais de
marchandage! Pour une raison bien simple: le seul Parlement au monde où
les gens de notre peuple sont majoritaires, c'est ici à Québec;
le seul au monde où les gens d'ici peuvent espérer être
servis en premier lieu, c'est dans ce Parlement-ci. (21 heures)
C'est le seul où nos députés n'ont pas d'autres
intérêts à défendre et à représenter
que les nôtres. C'est le seul où nous pouvons avoir la garantie
que nos taxes, que nos impôts, que les lois que nous faisons sont
utilisés et faits d'abord et avant tout pour satisfaire nos besoins, nos
priorités, nos aspirations. Si, dans le passé, nos dirigeants
politiques n'avaient pas été convaincus que nous serons toujours
mieux servis par Québec que par Ottawa, ils n'auraient pas agi dans le
sens où ils ont agi. Ils n'auraient pas réclamé si fort
l'autonomie, même provinciale.
La question, M. le Président, parle d'acquérir, mais elle
parle aussi de maintenir. Ce n'est pas le fédéralisme qui a
donné le niveau de vie que nous avons. Ce sont d'abord nos propres
efforts, comme le disait si bien le premier ministre cet après-midi,
à l'intérieur de nos sphères restreintes de
souveraineté, mais aussi, et nous le reconnaissons, à cause de
cette existence d'une association économique. C'est cependant le
fédéralisme, la structure de décision dans l'association
qui a perpétué l'inégalité et notre
infériorité socio-économique par rapport aux Canadiens
anglais.
Les premières comparaisons à faire, c'est ici, entre
citoyens du Canada, entre Canadiens français et Canadiens anglais. Pas
entre Canadiens et des gens des pays du tiers monde. C'est le partage des
pouvoirs, des décisions qui est mauvais, M. le Président, qui
provoque l'inégalité. Ce qu'il faut changer, ce n'est pas
l'association économique, c'est la façon dont les
décisions sont prises dans l'association. Il faut maintenir
l'association économique et faire en sorte que, dorénavant, elle
fonctionne d'égal à égal. Il est faux de laisser entendre,
comme l'a laissé entendre le chef du non, que le seul lien possible
entre les deux peuples de ce pays, entre le Québec et le reste du
Canada, c'est un lien de type fédéral.
La souveraineté-association, ce n'est pas la trouvaille du
siècle du Parti québécois. Il y a plus de pays dans le
monde aujourd'hui qui vivent la souveraineté-association qu'il y en a
qui vivent le fédéralisme, tout simplement parce que, lorsqu'il y
a plus qu'un peuple dans un régime fédéral et que ces
peuples surtout ne sont pas égaux en nombre, comme c'est le cas au
Canada, le fédéralisme entraîne inévitablement
l'inégalité d'abord politique, ensuite sociale, culturelle et
économique.
La souveraineté-association, quant à elle, est
fondée, à sa base même, sur le principe de
l'égalité des partenaires, petits ou gros. Des liens avec le
Canada restent à maintenir, oui, mais d'égal à
égal. Voilà l'entente qui est proposée.
M. le Président, reste enfin la façon d'y arriver et c'est
l'objet de la dernière partie de la question. "Tout changement de statut
politique résultant de ces négociations sera soumis à la
population par
référendum. En conséquence, accordez-vous au
gouvernement du Québec le mandat de négocier l'entente
proposée entre le Québec et le Canada?" Il n'y a pas deux
façons, il n'y a pas 56 façons d'obtenir des changements, il y en
a deux: par la force et la violence ou par la négociation. On a toujours
choisi la violence auparavant. Nous, on a toujours choisi la
négociation, la démocratie, mais les négociations, pour
qu'elles aboutissent, M. le Président, doivent s'appuyer sur un rapport
de forces vigoureux, sur un véritable pouvoir de négociation
solide, sur une volonté de changement réelle et non artificielle
comme celle qui transpire du livre beige. On ne négocie pas en se
mettant à genoux dès le départ et en faisant des
concessions avant même le début des discussions. On ne
négocie pas en ajustant ses demandes sur les intérêts des
autres, sur les positions des autres. On ne fait pas un livre beige en allant
voir ce qu'en pensent les autres provinces, les représentants de l'autre
peuple, avant d'aller voir les siens.
On ne fait pas cela quand on négocie avec quelqu'un qui ne veut
pas vraiment de changement. Le Canada anglais a besoin d'un autre choc, disait
Mme la députée de Prévost, l'an dernier, en mars 1979, et
elle me citait dans l'article. Elle avait bien raison. La seule façon de
créer le choc nécessaire, la seule façon de faire avancer
les choses, dans le sens de la reconnaissance de l'existence de deux peuples et
du droit fondamental de celui-ci autant que de l'autre à
l'égalité, c'est de dire oui. Avec un non, il n'y a pas de choc.
Il n'y a rien là. Dites non, nous disent-ils, ils vont dire oui
après. Il faut être naïfs ou retors pour penser que, sans
pouvoir de négociation, en en demandant moins qu'on en a toujours
demandé, comme le proposent le chef du Parti libéral et son livre
beige, on réussira à obtenir de vrais changements, ceux qu'on a
toujours cherché à obtenir.
M. le Président, j'achève. La question est claire: Le oui
n'est pas un chèque en blanc au gouvernement. Le oui n'est pas un vote
pour une séparation que personne ne désire. Un oui est un moyen,
le seul efficace, le vrai pour débloquer des discussions
constitutionnelles qui piétinent et qui traînent en longueur
depuis 1887.
Un oui est un mandat d'entreprendre une vraie négociation et une
obligation pour le gouvernement qui présente la question de revenir
faire ratifier les résultats de la négociation avant que tout
changement entre en vigueur. Un oui, c'est un vote pour une nouvelle entente
avec l'autre peuple du Canada mais d'égal à égal. Un oui,
c'est une affirmation que la souveraineté-association est une formule
politique à rechercher, sinon tout au moins à utiliser pour
obtenir de véritables changements dans la ligne directe de nos
revendications traditionnelles pour l'égalité et pour
l'autonomie.
Un oui signifie que nous ne voulons pas que des
générations de dirigeants politiques se soient battus pour rien
et qu'on se retrouve après le référendum dans une position
de faiblesse devant le Canada anglais, même pour aller négocier le
fédéralisme renouvelé. Un oui signifie que c'est
Qué- bec d'abord et avant tout, que c'est ici notre premier et
véritable chez nous. Un oui signifie que nous nous aimons, que nous
avons confiance en nous, que nous avons la maturité collective pour
vouloir faire passer l'intérêt national, l'intérêt de
notre peuple avant l'intérêt de nos partis.
Ce n'est pas parce que les députés libéraux, plus
préoccupés des prochaines élections, sont incapables que
les gens qui ont voté pour eux, eux, en sont incapables. Un oui, c'est
pour la jeunesse, c'est pour le progrès. Un oui, c'est pour l'avenir.
C'est cela, le sens de la question, c'est cela le sens du oui, M. le
Président.
Merci.
Le Vice-Président: M. le député de Roberval.
M. Robert Lamontagne
M. Lamontagne: M. le Président, c'est sans doute, comme
tous mes collègues, avec beaucoup de fierté que nous avons
l'avantage, ce soir comme au cours des jours qui suivront, d'intervenir dans ce
débat de la question référendaire pour un
référendum préconisé par le gouvernement actuel du
Québec.
Le 20 décembre dernier, alors que cette question
référendaire a été connue, plusieurs d'entre nous,
de l'Opposition, et même du parti ministériel, ont
été surpris. D'abord, on a été surpris de ce long
préambule. Lorsque, depuis tant d'années, treize ans, pour citer
les paroles du premier ministre et des autres collègues du Parti
québécois, on a une option claire, précise, il nous
était apparu à nous comme à vous, que ceci pouvait
s'exprimer rapidement et clairement.
M. le Président, je ne cache pas que, personnellement, j'ai
été surpris de constater que la question
référendaire au Québec, loin de s'inspirer des questions
référendaires qui ont prévalu dans plusieurs pays du
monde, contenait cinq éléments. Je voudrais les rappeler à
la bonne intention de ceux qui nous écoutent ce soir.
Premier élément, l'égalité des peuples. On
fait grand état de cela, je pense que tous les parlementaires sont
favorables à l'égalité des deux peuples fondateurs du
Canada. Posez la question clairement: Etes-vous favorable à
l'égalité des peuples fondateurs? Je réponds oui et
rapidement.
Deuxième élément, la souveraineté politique
du Québec. C'est là, fondamentalement, ce qui nous divise entre
nous. Nous pouvons avoir les mêmes aspirations comme
Québécois, mais jamais, quant à nous, nous ne pensons que
la souveraineté est le moyen, parce que vous parlez de moyen; quant
à nous, c'est une fin que vous préconisez, sans répondre
à l'aspiration même des Québécois.
Troisième élément, l'association économique.
M. le Président, l'association économique que nous connaissons
actuellement au Canada, c'est cela, le Canada tout entier, le Canada moderne,
c'est une véritable association économique, non pas celle que
vous décrivez dans votre livre blanc du 1er novembre dernier. En fait,
vous n'avez mê-
me pas pu décrire vous-même l'association
économique. Vous avez voulu la résumer en disant aux
Québécois: Ne soyez pas nerveux, n'ayez pas peur, nous allons
avoir le dollar canadien. Le Canada, oui, quand ça fait votre affaire,
mais pour le reste, c'est strictement pour vous. (21 h 10)
Quatrièmement, un mandat de négocier. Nous en
parlerons!
Cinquièmement, la trouvaille, évidemment, le
deuxième référendum.
Lorsqu'on se targue d'avoir les idées claires, comme vous l'avez
fait au cours des derniers mois... Je voudrais faire quelques citations
rapidement, évidemment, parce que mon temps est très court. Le
premier ministre René Lévesque, 13 novembre 1976
évidemment, vous me direz que c'était la veille des
élections et qu'on dit ce qu'on peut disait: "On a
été indépendantiste et on va le demeurer."
René Lévesque, le 16 novembre là, il
était premier ministre s'est engagé de nouveau, en son nom
et en celui de tous les autres députés, à respecter les
engagements qu'il avait pris durant la campagne tous et chacun, a-t-il
souligné et en particulier cet engagement central de
l'indépendance.
New York évidemment, tout le monde connaît le
discours du premier ministre à New York! Il a interprété,
à ce moment-là, le résultat du 15 novembre 1976 lorsqu'il
a dit, et je cite: "Le Québec a lui aussi décidé d'amorcer
le processus de son accession à l'indépendance." Il a dit cela
à New York devant toutes les caméras de télévision.
Il rappelle plus loin qu'il a donné à ses concitoyens l'assurance
de tenir un référendum sur la question de
l'indépendance.
René Lévesque, 16 mars 1977: "Notre option politique est
de sortir du régime fédéral. " René
Lévesque, 11 octobre 1978: "La souveraineté du Québec nous
paraissant indispensable, l'association, une chose éminemment
souhaitable." Le 21 décembre, après la question du 20
décembre: "Un oui au référendum. On aura dit oui, donc
très clairement indiqué qu'on veut être maîtres chez
nous, donc qu'on veut la souveraineté." Evidemment, vous direz: Quand il
dit cela, il ne parle pas en notre nom, mais le député de
Deux-Montagnes, adjoint parlementaire au fabricant de la question, au ministre
des Affaires intergouvernementales, a dit: "Une victoire du oui au
référendum québécois sera interprétée
par le Parti québécois comme une approbation du principe de la
souveraineté-association. Nous ne cachons rien, c'est
l'indépendance."
Je suis bien heureux de toutes ces citations, on a voulu en citer, tout
à l'heure. C'est cela, je pense qu'il faut parler clairement aux
Québécois. L'Union Nationale préconise le
fédéralisme renouvelé, peut-être pas par les
mêmes moyens que nous, mais avec l'objectif du renouvellement de la
constitution. Le député de Rouyn-Noranda, tout à l'heure,
a rappelé que son parti préconisait le fédéralisme
renouvelé. Un seul parti ici, à l'Assemblée nationale,
préconise l'indépendance ou la souveraineté politique du
Québec. Vous voulez, à l'occasion d'un référendum,
que les Québécois se prononcent, bien, soyez francs! Relisez avec
attention ce que votre collègue, le député de Chauveau, a
dit, le député péquiste de Chauveau. Je pense que je vais
faire circuler ce qu'il a dit: La première règle pour le Parti
québécois: dire la vérité, appeler les choses par
leur nom. Respectez l'intelligence des non; c'est la vérité qui
libère, nous dit l'Evangile. Ce qui signifie, par exemple, qu'il faudra
clairement dire à nos concitoyens que la souveraineté-association
équivaut substantiellement à l'indépendance politique. La
souveraineté-association, dit le député de Chauveau, un
député du Parti québécois, est une formulation
concrète de l'indépendance et non pas un prix de consolation pour
une indépendance qu'on jugerait impossible.
Ce qui nous distingue, ce n'est pas l'égalité des peuples,
c'est le fédéralisme ou l'indépendance et vous conviez
vous-mêmes le peuple québécois à faire ce choix.
Lorsque vous mentionnez qu'il s'agit là d'un choix historique, encore
faut-il qu'il soit décisif. C'est dans cet esprit, avec
étonnement, que nous apprenons ce soir que l'amendement proposé
par le chef de l'Opposition officielle ne sera pas adopté. Pourtant, il
s'inspire on ne peut plus de toute votre politique et du livre blanc du 1er
novembre dernier en particulier. Je cite à nouveau l'amendement du chef
du Parti libéral. Ecoutez bien.
Le gouvernement du Québec a fait connaître, dans son livre
blanc, son projet d'un nouveau régime politique pour le Québec,
en conséquence, premièrement, pensez-vous que le Québec
devrait devenir un Etat souverain? Oui? Non?
Deuxièmement, dans l'affirmative, pensez-vous qu'un Québec
souverain devrait rechercher par voie de négociation une association
économique avec le reste du Canada? Oui. Non. C'est la vraie question du
référendum.
M. le Président, vous devez vous en souvenir, en 1976, le Parti
québécois nous disait: Votez pour nous; si vous n'êtes pas
d'accord avec l'indépendance du Québec, vous voterez non au
référendum. Nous y sommes, dans quelques mois, au
référendum. Il nous dit: Maintenant que nous y sommes, votez oui
au référendum pour débloquer, pour rechercher du
"bargaining power"; si vous n'êtes pas d'accord avec nous comme
gouvernement, vous voterez contre nous aux prochaines élections. C'est
cela votre histoire, le Parti québécois. Jamais clair et toujours
vouloir remettre au lendemain!
M. le Président, qu'est-ce qu'un référendum? Vous
savez, nous autres, dans la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean, on a eu
plusieurs référendums. On a eu un référendum sur
l'eau potable, également sur des arénas, sur des
municipalisations de clubs de golf. Je ne me souviens pas il faudrait
que vous me le rappeliez, M. le Président, si vous vous en souvenez
s'il y a quelqu'un, dans une municipalité, qui est allé
à l'hôtel de ville voir le libellé de la question, à
savoir comment ce serait fait pour qu'on décide si on est pour l'eau
potable ou non. Bien non! Chacun savait qu'il
avait à décider s'il était pour ou contre la
construction d'une aréna. C'est cela le défi du
référendum.
Quand vous faites de grands discours sur l'égalité des
peuples, vous voulez encore cacher la vérité parce que vous savez
que nous sommes tous favorables à l'égalité des peuples
mais par un moyen différent. On vous a entendus au cours des derniers
mois, vous avez essayé de faire croire aux gens, dans vos petites
assemblées de 30 personnes que vous aviez... M. Parizeau, parlant devant
plus de 100 personnes à Alma imaginez, le ministre des Finances
parlant devant plus de 100 personnes à Alma est venu nous dire:
vous n'êtes pas de vrais Québécois. Je voudrais
rn'ins-pirer du député de Prévost et également du
chef de l'Opposition officielle cet après-midi pour rappeler, que cela
fasse votre affaire ou non, que nous sommes des Québécois
authentiques. Le Québec, c'est notre patrie mais le Canada, c'est notre
pays!
Lorsque vous avez le culot d'aller parler d'une hypothétique
association avec le Canada, encore faut-il que vous le respectiez. Quel est le
moyen le plus public de voir si vous respectez le Canada? Le drapeau canadien,
où est-il devant ce Parlement? Nous sommes encore dans le Canada que je
sache! Vous avez foulé trop souvent le drapeau canadien et vous allez
prétendre dire aux Québécois que vous voulez vous associer
avec le reste du Canada. Vous ne voulez pas briser le reste du Canada, vous
voulez simplement en sortir. Dites-le donc franchement!
En fait, il n'est pas tout de vanter le Québec, mais lorsque vous
vantez votre associé, encore faut-il que vous le vantiez
également. M. le Président, c'est un fait un peu curieux, je
m'étais proposé personnellement de demander un moratoire sur le
référendum. Ouais! Parce qu'hier j'ai été
particulièrement impressionné par le nombre de francophones qui
vont diriger les destinées de notre pays le Canada. C'est une des
premières fois de l'histoire où des représentants du
Québec, aussi Québécois que vous et moi, seront
appelés à diriger le pays. Vous saisissez ce moment pour dire que
nous sommes des frustrés, il faut faire peur aux Anglais, il faut leur
faire produire un choc. M. le Président...
Une Voix: ... les faire mettre à genoux.
M. Lamontagne: Les faire mettre à genoux, imaginez! Comme,
si on était indépendant, il ne faudrait pas faire affaires avec
les Anglais le lendemain. Si on était indépendant, souverain au
Québec, l'Amérique serait radicalement transformée!
M. le Président, en terminant, je voudrais tout simplement
mentionner que la voie du fédéralisme que nous
préconisons, nous des partis de l'Opposition, est tout de même
celle qui a permis au premier ministre cet après-midi de vanter ce que
nous étions maintenant. Ce n'est pas nécessairement uniquement le
fédéralisme; au contraire, je pense que les
Québécois dans l'ensemble ont été de
véritables bâtisseurs, non seulement nous mais tous ceux et celles
qui nous ont précédés. C'est ce peuple fier, fort, qui a
fait ces grandes réalisations que nous connaissons tant au point de vue
des organismes gouvernementaux qu'également, par exemple, la Baie James,
symbole de fierté et de dynamisme du Québec et des
Québécois. Pourtant, rappelez-vous, dans ce débat, que
vous avez essayé d'abaisser cette fierté. Vous vous êtes
opposés à la création de la Baie James qui, pourtant, fait
votre honneur à vous qui dirigez les destinées du
Québec.
M. le Président, lors du référendum, il y a deux
choix: la souveraineté-association, l'indépendance ou le
fédéralisme renouvelé.
Une Voix: Trois.
M. Lamontagne: On ne peut pas, M. le Président, être
un bon fédéraliste et préconiser l'indépendance,
comme on ne peut pas être un bon indépendantiste et
préconiser le fédéralisme renouvelé. C'est un choix
difficile, j'en conviens. Comme mon chef l'a dit cet après-midi, je dis
à ceux et à celles du Québec qui préconisent que le
chemin du Québec pour l'avenir, c'est l'indépendance ou la
souveraineté, votez oui au référendum. Ceux et celles, M.
le Président, qui, comme nous, croient sincèrement que, dans tout
le cadre fédéraliste de plus de cent années, nous avons pu
faire des Québécois un peuple fort, dynamique, qui aspire encore
à construire l'avenir non seulement du Québec, mais de l'ensemble
du Canada, dites non.
M. le Président, en terminant, je voudrais rappeler le
référendum non partisan, j'espère qu'on ne parlera plus de
cela que la partisa-nerie vous a inspirés carrément. Ne
pas avoir voulu la collaboration des représentants de 60% de la
population, c'est de la partisanerie politique. M. le Président, tout
cet aspect référendaire, tout ce processus
référendaire... Vous le savez mieux que nous, M. le
Président. Evidemment, vous êtes neutre ce soir, mais vous le
savez fort bien, vous avez, à un moment donné, l'oreille de vos
collègues. Vous savez fort bien comment c'est décidé!
C'est à coup de sondages, à nos frais en plus, c'est ce qui est
le plus choquant, et en plus d'officines du Parti québécois. M.
le Président, vous avez à décider d'un
référendum, ayez le courage de vos propres opinions. Quant
à nous, c'est avec fierté que nous dirons non au
référendum. Notre non, il est québécois. Le
Québec, c'est ma patrie; le Canada, mon pays.
Des Voix: Bravo!
Le Vice-Président: M. le député de
Sainte-Marie.
M. Guy Bisaillon
M. Bisaillon: M. le Président, on aurait pu souhaiter,
à l'amorce de cette discussion sur la question, que cette discussion
qu'on aura entre nous soit l'apogée, en fait, de la réflexion qui
s'est
amorcée au Québec depuis un certain nombre
d'années. Malheureusement, M. le Président, je dois vous dire que
j'ai peut-être été naïf. J'ai peut-être
été trop imprudent en faisant confiance aux appels du chef de
l'Opposition, mais je me suis rendu compte cet après-midi que ce
débat dans lequel nous nous engageons, au lieu d'être un
débat de regroupement des Québécois, sera un débat
qui va faire appel beaucoup plus à l'élec-toralisme, au
négativisme et à la partisanerie. Je vais vous expliquer
rapidement, M. le Président, ce que j'ai décelé dans les
messages d'aujourd'hui.
Le chef de l'Opposition officielle nous a dit aujourd'hui que, quant aux
leçons de fierté, il n'avait de leçon à prendre de
personne, mais je dois lui rappeler un certain nombre de choses. Depuis 1976,
un certain regroupement s'était fait auprès des
Québécois, à l'intérieur du Québec et
à l'Assemblée nationale, un regroupement qui amenait les
Québécois à dire au moins un certain nombre de choses sur
lesquelles ils s'entendaient. Depuis l'entrée du chef de l'Opposition
officielle à l'Assemblée nationale, ce type de consensus qui
était possible avant qu'il a d'ailleurs qualifié de
nationalisme fumeux; les premières années du nationalisme, ce
qu'il a qualifié de nationalisme fumeux c'était possible
avant son entrée à l'Assemblée nationale. Depuis qu'il est
arrivé ici, il a l'emballage de l'unanimité, mais le contenu va
à rencontre des intérêts du Québec. Il peut nous
traiter de retors mais, dans son discours de cet après-midi, ce qu'il a
clairement dit aux Québécois c'est: Nous voulons que vous votiez
non au référendum parce que, après une élection,
nous appliquerons notre programme politique sans jamais plus vous consulter par
la suite.
Clairement, de cette façon, cela a été
expliqué et je pourrais relever dans le texte, dans les mots mêmes
du chef de l'Opposition officielle toute la stratégie de l'Opposition
actuellement: amener les Québécois à ne pas juger le
contenu, le fond, l'objectif que les Québécois doivent
poursuivre, mais les amener à une prochaine campagne électorale
qui endosserait le programme du Parti libéral. C'est cela la
stratégie actuellement.
Si ce n'est pas retors, Mme la Présidente, je n'y comprends rien.
Si cela n'est pas utiliser les Québécois à des
intérêts personnels, je n'y comprends rien. Nous du Parti
québécois, avec des membres d'autres partis politiques je
sais que cela chatouille depuis treize ans, défendons les
mêmes idées. Bien sûr, nous avons évolué. Nous
nous sommes regroupés avec les Québécois pour partager
leurs idées, leurs opinions. Mais ce que nous faisons, nous le faisons
dans l'intérêt des Québécois. Nous ne les utilisons
pas pour une prochaine élection. Nous utilisons les modalités que
le pouvoir nous a données pour amener les Québécois
à se donner des moyens de débloquer au niveau du problème
qu'ils ont toujours affronté.
Mme la Présidente, les propres termes du chef du Parti
libéral cet après-midi sont les suivants: Nous allons dire aux
Québécois: N'appuyez pas l'indépendance, parce que nous
avons besoin de vous. Nous comprenons, mais nous avons besoin de vous, parce
qu'il nous faut un oui au changement et au déblocage. De notre
côté, nous disons que, pour obtenir un oui au changement et au
déblocage, ce n'est pas en disant non qu'on obtient un changement, qu'on
va obtenir des changements et des déblocages. C'est en disant oui.
Toute cette campagne négative, le chef de l'Opposition
libérale nous y a habitués depuis son entrée à
l'Assemblée nationale. Non à la loi no 92, non à la loi no
101 avant, non au référendum. Les Québécois
n'étaient pas prêts. Il voulait qu'on attende encore 100 ans. Non
à la Loi sur la santé et la sécurité du travail
même si les parlementaires étaient d'accord pour voter cette loi,
non au débat de 35 heures, non à l'égalité des
droits des parlementaires, non continuellement. Au-delà de tout cela,
à la toute fin de la session, le chef du Parti libéral se
lève pour en appeler à l'unanimité des gens, pour demander
que le débat référendaire se fasse au-dessus des partis
politiques, sans partisanerie ce sont ses propres termes avant la
clôture ou l'ajournement de la session.
Sous cet aspect, je suis fier de dire que je n'ai pas de leçon
à prendre du chef du Parti libéral. Dans mon comté, j'ai
regroupé des Québécois de tous les partis politiques. Il y
en a 60 qui acceptent actuellement de discuter la question du
référendum entre eux au-delà des partis politiques en
ayant mis de côté la question électorale qui va venir plus
tard. Bien sûr, ils vont se rediviser au moment de l'élection;
c'est fort probable, mais ils ont tous compris que l'intérêt des
Québécois allait dans le sens d'un oui.
La seule fois que les Québécois ont été
consultés dans leur histoire le chef du Parti libéral nous
l'a rappelé cet après-midi c'était lors du
référendum sur la conscription. Qu'est-ce qui est arrivé,
Mme la Présidente? Le chef du Parti libéral s'en est d'ailleurs
réjoui. Il a expliqué qu'on avait eu 75% de non au Québec,
ce qui voulait dire qu'un non peut être très positif. Il ne l'a
pas fait, mais on pourrait peut-être rappeler aux Québécois
que, même malgré ce non à la conscription, les
Québécois l'ont subie quand même et personne de l'autre
côté ne s'est réveillé, personne ne s'est
levé pour la contester.
Pourquoi l'ont-ils subie? Parce qu'on était dans un régime
et qu'on est toujours dans ce même régime qui fait abstraction de
ce que pensent les Québécois. Si on veut vraiment
débloquer et s on veut vraiment du changement peu importe le
changement, peu importe celui proposé par le Parti libéral
ultérieurement pour obtenir un changement, la première
chose à faire, c'est quand même de dire oui à un
changement, oui à des modifications. (21 h 30)
Mme la Présidente, les Québécois savent comment
procéder, les Québécois sont intelligents; le chef du
Parti libéral nous l'a rappelé encore une fois cet
après-midi. Je ne vois pas pourquoi les membres de l'Opposition
officielle s'inquiètent tellement d'une possible négociation avec
le gouvernement fédéral puisque eux-mêmes
ont souligné que, pour la première fois dans toute notre
histoire, 50% des membres du gouvernement fédéral sont
québécois. Qu'est-ce qu'on craint de l'autre côté de
la Chambre d'une négociation de Québécois à
Québécois? C'est peut-être la première fois qu'on a
50% de Québécois à Ottawa; profitons-en, disons oui
à une négociation.
Les Québécois vont aussi comprendre que la période
électorale, c'est après le référendum, que le
gouvernement pose actuellement la question qu'il s'était engagé
à poser aux Québécois à l'intérieur de son
mandat. Son mandat n'est pas terminé; la période
électorale sera tenue plus tard. Mme la Présidente, je suis
convaincu que les partisans du Parti libéral réunis en fin de
semaine dernière, que les députés membres du Parti
libéral dans cette Chambre ont déjà tous leurs arguments
prêts pour la prochaine campagne électorale. C'est de bonne
guerre, c'est de cette façon que cela doit se produire en
démocratie. Mais, est-ce qu'on pourrait leur demander de conserver ces
arguments pour la période électorale et de ne pas utiliser les
Québécois à une stratégie électorale? Si
nous avons fait, selon le chef de l'Opposition libérale, de la
stratégie référendaire, je pense qu'il est beaucoup plus
dangereux actuellement de faire de la stratégie électorale
à même une question aussi importante que celle qui est
posée aux Québécois.
De la même façon que le chef du Parti libéral s'est
déclaré cet après-midi favorable, a expliqué aux
gens comment il fallait être logique et comment on devenait illogique, il
leur a aussi dit que ça pouvait être logique d'être d'accord
avec l'égalité des peuples. Il était d'accord avec
ça. On pourrait dire oui à ça, a-t-il dit. On pourrait
dire oui à la négociation d'une nouvelle entente. On pourrait
dire oui aussi à l'autre aspect qui est posé dans la question du
Parti québécois, c'est-à-dire à un
référendum, à ce que cela soit soumis au peuple
québécois par référendum.
Mme la Présidente, il faut qu'il dise oui à l'ensemble de
la question parce que la négociation d'une nouvelle entente, c'est ce
que le Parti québécois explique depuis le début: la partie
souveraineté politique qu'on a justifiée et la partie association
économique. C'est cela la nouvelle entente, Mme la Présidente,
à nos yeux. Si ce n'est pas cela à vos yeux, il faudrait,
premièrement, que vous nous fassiez le portrait de ce que ce n'est pas.
Deuxièmement, il faudrait, en plus de cela, qu'on essaie de dire: Nous
sommes fédéralistes mais fédéralistes
renouvelés. Il faudrait qu'on dise en plus ce que ça coûte
aux Québécois d'être fédéralistes tels que
nous le sommes parce que toute l'histoire des partis politiques du
Québec, qui ont tous été pour l'égalité des
peuples, nous apprend qu'ils se sont toujours fait dire non au niveau du
gouvernement central. Pourquoi cela changerait-il s'il n'y a pas d'abord et
avant tout un consensus chez les Québécois et entre les
Québécois?
Mme la Présidente, malgré tous les appels à la
partisanerie qu'on fera de l'autre côté de la
Chambre, je maintiens, quant à moi, que j'ai confiance que les
Québécois pourront se regrouper au-delà des partis
politiques. Je comprends cependant que les structures des partis politiques
sont autre chose. Mais, quand on commence à dire que des structures ne
peuvent pas s'entendre entre elles, c'est parce que, déjà, on est
partisan et qu'on pense à autre chose, qu'on pense à une
élection. Je suis convaincu que les Québécois, comme
individus, les membres de partis politiques, comme individus, sauront se
regrouper pour dire oui à la question qui leur est posée. On ne
sera pas obligé, de notre côté...
Je trouve un peu aberrant ce que j'ai entendu ce soir, Mme la
Présidente. Nous avons voté à l'exécutif
j'ai entendu cela à l'unanimité que nous laisserions nos
membres libres de voter oui ou non. Mme la Présidente, je pense que,
quand les partis politiques commencent à se sentir obligés en
exécutif de voter de cette façon, c'est d'abord, un vote qui n'a
aucune signification parce que, normalement, les membres dans un parti doivent
être libres quand même de leurs orientations, mais, en dehors de
cela, quand on se sent obligé de prendre des votes comme cela, c'est
déjà parce qu'on pense que, de toute façon, les membres
à la base, les sympathisants à la base, se regroupent
au-delà de nos petites stratégies interpartis, au-delà de
nos structures électorales et de ce qu'on ambitionne de faire comme
parti, comme mouvement. Mme la Présidente, c'est un appel collectif
qu'on fait aux Québécois et la réponse sera exactement
celle que souhaite le chef du Parti libéral, ce sera un oui à un
changement, oui à des modifications majeures.
M. Ryan: Question de privilège, Mme la
Présidente.
La Vice-Présidente: M. le chef de l'Opposition
officielle.
M. Ryan: Le député de Sainte-Marie, que j'ai
écouté avec intérêt, m'a cité de travers
tantôt. J'ai évoqué des choses que disent les partisans du
Parti québécois pour promouvoir leur thèse. Ils disent:
Vous ne croyez pas notre affaire. Votez quand même pour le changement. Je
n'ai pas pris ces paroles à mon compte. Ce sont des paroles que j'ai
entendues sur vos lèvres à vous autres et que j'évoquais
au cours de mon raisonnement.
La Vice-Présidente: M. le député de
Saint-Louis.
M. Harry Blank
M. Blank: Mme la Présidente, en me préparant pour
faire un discours ce soir, j'ai rédigé quelques notes, mais avant
de discuter de ce que j'ai préparé, j'ai quelques mots à
dire sur ce que le député de Sainte-Marie a
présenté à la Chambre ce soir. Je constate qu'il a
parlé environ quinze minutes, plus ou moins, dix minutes, mais, durant
toute cette période, il a parlé de la souveraineté
une fois, il a cité une fois le mot "souveraineté". Il a
fait exactement ce qu'on reproche à cette fameuse question du
gouvernement, d'essayer de cacher la vérité, la vraie intention
de ce gouvernement, il a fait exactement la même chose. Il a parlé
durant dix à quinze minutes de toutes sortes de choses, sauf de dire la
vérité. Il a dit oui à un changement, oui à un
regroupement. Je vais le dire en anglais dans quelques minutes, peut-être
que vous comprendrez mieux que quand je parle en français. Il n'a
même pas parlé du changement, de ce qu'il veut dans ce changement.
On doit retourner au discours du premier ministre, au discours du
député de Deux-Montagnes, au discours du député de
Chauveau, on voit exactement le changement. Le changement, c'est
l'indépendance, la séparation du Québec. Dites la
vérité. Je ne parle pas des gros mots, on veut un changement. Ce
changement, c'est quoi? Ce changement, c'est de séparer le Québec
du reste du Canada.
Le ministre des Affaires culturelles va avoir sa chance de parler. Le
député de Sainte-Marie a parlé du regroupement des
Québécois. Il a dit que, depuis son entrée en Chambre, le
chef du Parti libéral dit non à tout, qu'il n'y a pas de
regroupement, que c'est lui qui a causé la division.
Mais comment pouvez-vous concilier cela avec les 75% de votes que nous,
les libéraux, avons eus depuis l'entrée du député
d'Argenteuil dans cette Chambre? Sept élections partielles l'une
après l'autre. Où est cette division? C'est exactement le
contraire. Le regroupement de tous les vrais québécois est ici.
On a un parti politique, deux, trois, quatre du même côté.
Il y a un parti là qui représente peut-être 41% de toute la
population, cela, c'était en 1976. Aujourd'hui, je ne suis pas certain
du tout de ce qu'il représente. On va voir.
La Vice-Présidente: A l'ordre, s'il vous plaît!
M. le député de Saint-Louis, c'est vous qui avez la
parole. (21 h 40)
M. Blank: It seems that the government benchers do not really
understand what we are complaining about on this side of the House. We are not
complaining about your right to seek independence, it is a perfectly legitimate
theory. You can try it if you want it and see if the population will buy it. I
personnally do not think that they will, and you yourself do not think they
will. That is why you are trying to hide your true intentions behind this
question, and I use the word "question" in italics, because I do not know what
it is. It is a statement of everything but the truth.
What you really want is the independence of Québec, the
separation, and perhaps, if you are lucky, an association with the rest of
Canada, and I say: Perhaps, if you are lucky, because if the government, if,
God forbid, they get a yes, and after insulting the rest of Canada the way they
have been doing on their campaigning, they are going to get... In English, we
have an expression, the square root. Well, we will not go any further than
that.
You cannot have a question, a dishonest, a manipulated, a fraudulent
question such as you have and give it to the population ar,d expect them to buy
it. You know, talk to the man on the street, do not sit in your ivory towers
and go to your PQ meetings where everybody is patting everybody on the shoulder
and saying: Oh! How great we are, and how great we are going to do, and all the
rest of it. Chez "Beauty's, exactly! In the county of the deputy of Mercier,
there is a fine restaurant that is called "Beauty's". I hope I get a free
sandwich as result of this plug. If you talk to the people in "Beauty's" and
talk to the people around, you will see that they have not been fooled by the
question. That is the interesting part of it. You think you pulled a fraud on
the population of Québec, you have not, far from it. They are not even
reading the question, they know what the Parti québécois stands
for, they know it stands for the independence, the sovereignty, the separation,
call it what you want. The Premier himself said that there is no difference
between sovereignty and independence, it is one and the same thing.
The other members I mentionned before said the same thing, the Member
for Chauveau, the Member for Deux-Montagnes, sovereignty, independence,
separation, it is one and the same thing. The population of Québec knows
it, and they will not vote for it, they will not go for it at all. As a matter
of fact, I think that the estimation of the Leader of the Opposition 65/35 is
conservative. By the way, the Conservatives are on our side too, that is
another political party.
You know, the Member for Sainte-Marie talked about having 60 people of
various parties in his yes group, if you want to call it that. I have a no
group, and I am proud to tell you what parties are represented: The
Libéral Party of Québec, the Libéral Party of Canada, the
Conservative Party of Canada, the Union Nationale, the Social Credit, the Civic
Action Party. The Marxist-Leninists have not joined yet, but they are probably
on the way, probably the NDP. The Marxist-Leninists have a right as anybody
else; you have a right to what, I think, is an idiotic theory, they have
theirs, but they are both theories, they are both legitimate and they are both
idiotic.
As a matter of fact, probably the Rhinoceros Party will come into the no
umbrella also; if the Rhinoceros Party saw fit to engage in a federal election,
it means that they have a reason to be within the federal structure, and they
will probably come within the Libéral Party. I may say that, in a part
of Saint-Louis, the Rhinoceros Party came second to the Libéral
candidate.
Je peux vous dire la même chose en français! Il n'y a
aucune différence. Le gros problème que les gens d'en face ne
comprennent pas, c'est que nous, de ce côté-ci de la Chambre,
voulons que la vraie question soit posée aux Québécois,
à tous les Québécois, qu'ils comprennent exactement sur
quoi ils doivent voter oui ou non. L'amendement proposé par le chef de
l'Opposition, ça serait la vraie question. Pourquoi vous, membres du
gouvernement, avez-vous peur de poser la vraie
question? Pourquoi essayez-vous de camoufler la vérité de
toutes sortes de façons, sous toutes sortes de revêtements, de
toutes les manières? Demandez-leur donc: Vous, Québécois,
voulez-vous un Etat souverain? Avez-vous peur de cela? C'est votre programme,
pourquoi ne le demandez vous pas? Si vous voulez un Etat souverain, ne le
camouflez pas par toutes sortes d'affaires. Même dans votre camouflage,
vous essayez d'inclure la monnaie commune, l'Etat souverain, etc., mais est-ce
que vous parlez d'un passeport différent? Parlez-vous d'une armée
québécoise? Parlez-vous d'un bureau de poste
québécois? Parlez-vous des timbres québécois? Non,
vous ne parlez pas de cela parce que ça vous fait mal et les gens vont
trop comprendre.
Mais en fait, c'est exactement ce que vous voulez. Vous voulez un Etat
souverain, un Etat indépendant avec un drapeau et tout ce que comprend
un pays souverain et indépendant. C'est cela. Dites la
vérité, demandez aux Québécois s'ils veulent
vraiment avoir un Etat souverain. Moi, je n'ai pas peur de le leur demander, je
connais la réponse. Vous autres aussi la connaissez, c'est la raison
pour laquelle vous avez peur.
Franchement, c'est le message que je veux passer ici ce soir, je veux
passer ce message: To vote no to the question is to vote yes for Canada et mon
non est québécois!
M. Landry: M. le Président, je demande l'ajournement du
débat.
Le Président: M. le ministre d'Etat au
Développement économique, cela vous sera gardé. Est-ce que
je dois comprendre que vous demandez l'ajournement de nos travaux, M. le leader
parlementaire du gouvernement?
M. Charron: Oui, M. le Président, à 10 heures
précises demain matin.
Le Président: Adopté? Des Voix:
Adopté.
Le Président: Adopté.
L'Assemblée ajourne ses travaux à 10 heures, demain matin,
5 mars.
Fin de la séance à 21 h 47