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(Dix heures trois minutes)
Le Président: A l'ordre, mesdames et messieurs!
Un moment de recueillement. Veuillez vous asseoir.
M. Levesque (Bonaventure): M. le Président...
Le Président: M. le leader parlementaire de l'Opposition
officielle.
M. Levesque (Bonaventure): ... avant que nous entamions les
affaires du jour, je voudrais attirer votre attention et cela, avec tout
le respect que je dois, encore une fois, à la présidence et aux
décisions prises par cette dernière sur le débat
qui se poursuit actuellement et sur l'orientation que ce débat a prise
relativement à la pertinence du débat. On se rappellera que, dans
votre décision d'hier, au sujet du partage du temps, l'argumentation que
vous avez utilisée se basait surtout sur le fait que vous ne pouviez pas
prévoir l'opinion de chacun relativement à une réponse
à la question et que le débat portait non pas sur les options qui
pouvaient être épousées par l'un ou l'autre des opinants,
mais sur la question précise.
Or, hier, nous n'avons pas voulu interrompre le débat, vu que
c'était la première journée et que nous voulions
manifester un respect tout particulier pour les opinants, mais je pense
aujourd'hui, au tout début de cette journée, et comme nous ne
sommes qu'à la deuxième journée d'un débat qui
pourrait durer trois semaines, je me demande s'il n'y aurait pas lieu, sans
être d'une rigueur réellement intolérable, du moins que
l'on s'en tienne à la pertinence générale du débat
qui se situe autour d'une question qui est l'objet même de la motion du
gouvernement.
Si nous ne prenons pas cette voie, M. le Président, je devrai
revenir à la charge d'une façon ou d'une autre. Or une
façon, évidemment, c'est d'interrompre continuellement et
demander aux opinants de s'en tenir à la pertinence du débat ou,
encore, de faire appel, M. le Président, à vous directement, en
vous demandant de reconsidérer votre décision vu qu'il n'est pas
question de pertinence du débat, de débat sur la question qui
fait l'objet de la motion du gouvernement, mais que c'est un débat entre
les tenants du oui et les tenants du non.
Je pense que cette demande est logique et j'en profite, M. le
Président, plutôt que de vous adresser une lettre relativement
à une question de privilège, pour m'élever contre un
article qui a paru ce matin dans le Devoir et je ne sais pas... On sait
maintenant que les auteurs ne signent plus. Alors, je ne sais plus à qui
m'en prendre. Mais je dois cependant protester, M. le Président, lorsque
je vois ceci. En parlant de votre humble serviteur, on dit: "II devait
cependant ajouter qu'une proposition de compromis soumise par les
libéraux leur allouait onze heures de débat." M. le
Président, c'est exactement le contraire. C'est justement ces onze
heures que nous avons refusées, mais, si je suis intervenu hier, c'est
simplement pour souligner qu'après avoir refusé les onze heures,
avec votre décision, nous nous retrouvions encore plus bas,
c'est-à-dire à dix heures et quelques minutes. C'est la
véritable signification de mon intervention et je proteste contre ceci.
J'espère que je journal Le Devoir voudra bien corriger cette impression.
Nous n'avons pas accepté les onze heures. Nous n'acceptons qu'une chose,
M. le Président, c'est d'être de bons parlementaires et de se
plier à la décision de la présidence. Cependant, je pense
que, ce matin, il était simplement dans l'ordre que je puisse rappeler
à la présidence la décision que la présidence a
rendue hier et il est important, je pense bien, ou bien qu'on respecte dans son
intégralité, dans son intégrité la décision
de la présidence avec ses conséquences ou bien que la
présidence veuille bien reconsidérer la décision qu'elle a
rendue hier.
Le Président: M. le leader parlementaire du
gouvernement.
M. Charron: M. le Président, brièvement, je
voudrais, avant que vous n'endossiez totalement le conseil tendancieux que
vient de vous donner le leader de l'Opposition officielle, vous faire remarquer
ceci. Si j'ai bien compris l'argumentation des trois premiers intervenants dans
le camp libéral, leur stratégie s'en tient à
dénoncer comme malhonnête, frauduleuse, autrement dit ne
révélant pas les vraies intentions du gouvernement, le projet de
question tel que déposé et tel que discuté actuellement.
Comment peuvent-ils donc aligner à la fois toute cette énergie
à dire que la question ne révèle pas les vraies intentions
du gouvernement et s'élever contre le fait qu'un opinant du
côté gouvernemental voudrait effectivement appuyer le texte de la
question en démontrant, derrière les mots qui y figurent,
derrière "nouvelle entente", derrière "association
économique", derrière "souveraineté", derrière
"mandat de négocier", ce qu'est la véritable intention du
gouvernement? Qu'un député gouvernemental qui appuie le texte de
la question en vienne à dire ce que chaque mot à nos yeux
signifie, pourquoi nous les avons mis dans la question, m'apparaît tout
à fait normal et légitime quand le débat porte sur le
libellé de la question. (10 h 10)
Une Voix: Très bien.
M. Charron: Quels pouvoirs aurions-nous, du côté
gouvernemental, si on entrait dans la stratégie libérale et que
notre seul pouvoir d'intervention était de nous lever et dire: M. le
Président, je vous jure que le texte de la question est conforme aux
intentions gouvernementales, et ne jamais plus rien ajouter? Il faut
décrire les intentions gouvernementales. Elles sont écrites.
Nous
soutenons, à rencontre de nos amis, que le libellé de la
question révèle les intentions gouvernementales. C'est ce
à quoi les députés ministériels, tout au long du
débat, vont s'appliquer. C'est pourquoi votre règle, quant
à la pertinence, ne doit pas être d'une
sévérité que cette Assemblée ne connaît
même pas pour des projets moins importants. Merci, M. le
Président.
Le Président: M. le leader parlementaire de l'Opposition
officielle.
M. Levesque (Bonaventure): M. le Président, vous venez
d'avoir un exemple de la façon dont on va interpréter, du
côté ministériel, ce que vous avez toujours appelé
avec justesse l'importance de respecter la pertinence du débat. M. le
Président, vous voyez que ces gens-là non seulement voudraient
corriger un peu leur tir, apporter un peu de collaboration à la
présidence pour vous aider dans votre travail, qui est extrêmement
difficile et délicat, mais persistent à dire que le débat
va se situer sur les intentions qui, finalement, vont se traduire par un oui ou
un non. C'est cela justement le fond de l'argumentation que nous avons
présentée au cours des séances qui ont
précédé votre décision, séances des leaders
de chacun des partis que vous avez vous-même convoquées. Nous vous
avons dit, à ce moment-là nous le répétons
une dernière fois, je l'espère, M. le Président que
ce débat risque d'être un débat entre les tenants du oui et
les tenants du non. Si c'est le cas, nous voulons avoir ce qui sous-tend la loi
92, c'est-à-dire l'égalité des chances entre les options.
C'est ça que nous avons demandé.
Quant à vous, M. le Président, vous avez choisi; c'est
votre droit et je pense qu'en droit je ne peux pas vous en faire grief. Vous
avez dit: La motion a comme objet de considérer la question qui sera
posée. Est-ce la bonne question? Est-elle présentée d'une
façon à répondre aux voeux de la population du
Québec? Est-ce qu'elle est suffisamment claire, etc.? Ce sont ces genres
de questions qui doivent être étudiées. C'est ça qui
fait la pertinence du débat. Si nous nous en tenons à la
pertinence du débat d'une façon générale, à
ce moment-là, votre argumentation peut se défendre. Si, par
contre, on suit la voie indiquée par le leader parlementaire du
gouvernement, nous aurons un débat entre les tenants du oui et les
tenants du non. Je trouve infiniment regrettable qu'il en soit ainsi, mais
c'est surtout infiniment injuste, profondément injuste si on laisse le
débat se continuer dans ce sens, dans le sens voulu par le gouvernement
et cela, sans donner l'égalité des chances entre les tenants du
oui et les tenants du non.
M. Charron: M. le Président, j'ai horreur de ce genre de
débat, mais je ne laisserai pas le dernier mot au leader de
l'Opposition. Le débat qui est en cours porte et la pertinence du
débat doit donc en tenir compte sur ce fait: est-ce que le
libellé de la question qui a été proposée
reflète ou non les intentions gouvernementales? L'Opposition a
présenté un amendement qui, à son dire, refléte-
rait mieux les intentions gouvernementales qui sont soumises à la
population. Nous soutenons de ce côté que le libellé
présenté dans la motion du premier ministre comporte les
intentions gouvernementales. Il ne s'agit donc pas, dans ce débat, de
savoir si les citoyens doivent voter oui ou non, mais si les intentions
gouvernementales sont contenues dans le libellé tel que proposé
par le premier ministre; c'est encore ce droit que nous avons d'expliquer si
nous le croyons ou si nous ne le croyons pas. L'Opposition ne le croit pas et
préfère se rattacher à l'amendement du chef de
l'Opposition; c'est son droit. Nous, de ce côté, nous croyons que
la proposition du premier ministre reflète nos intentions et nous allons
faire nos interventions en ce sens que la question est pertinente à la
position du gouvernement. En ce sens, vous devez avoir une tolérance
quant aux interventions des députés.
Le Président: M. le député de Richmond.
M. Brochu: M. le Président, j'aimerais également
joindre ma voix à celle de mes collègues puisque j'ai
participé aussi à ces délibérations des leaders que
vous avez vous même convoquées. On sait qu'on n'en est pas venu
à une entente complète sur la question de la répartition
du temps dans un premier temps. Cependant, vous avez, à ce moment, comme
c'est votre responsabilité, pris la décision de répartir
les enveloppes de temps en prenant bien soin, compte tenu des circonstances, de
mentionner que vous ne pouviez pas vous en tenir à un corridor
très strict de la pertinence quant à la lettre du
règlement parce que cela devenait impossible de mener un débat en
se fixant un corridor aussi étroit que personne, de toute façon,
ne serait en mesure de respecter puisqu'à sa face même la motion
appelle à des considérations qui sont beaucoup plus vastes que
celles du strict règlement comme tel.
Il m'apparaît donc, M. le Président, qu'il devient
impensable de vivre à l'intérieur d'un corridor aussi strict
qu'on voudrait nous fixer, et ce serait contraire même à l'esprit
des discussions qu'on a eues de ce côté. De plus, M. le
Président, il ne m'apparaît pas acceptable, après un jour
de débat, de faire appel à la pertinence alors que tous les
orateurs et j'ai suivi les discours du premier au dernier tant le
chef de l'Opposition que le premier ministre, que le chef de l'Union Nationale,
que le député de Rouyn-Noranda et les autres opinants ont
largement dépassé le cadre de la stricte lettre de notre
règlement. Cela voulait dire, je pense, par la force des choses, un
consentement unanime pour vivre à l'intérieur d'un corridor
beaucoup plus large parce que, dans un débat comme celui que nous
entamons actuellement, il devient pratiquement impossible, et pour vous et pour
les parlementaires, qui que ce soit, de faire les différences et de
dissocier le fond et la forme dans un débat aussi large et aussi
impliquant que celui-là.
M. le Président, votre décision est rendue quant aux
enveloppes et, en même temps, elle est
rendue aussi quant au corridor de la pertinence. En ce qui me concerne,
je vous demande de rester dans les lignes qui ont été
tracées de ce côté, même si je trouve
également que notre formation politique aurait aimé avoir
davantage de temps que les autres formations. C'est normal, mais j'accepte
l'entente qui a été prise et je la respecte. Je vous reconnais le
droit de prendre la décision que vous avez prise et d'avoir fixé
le corridor comme vous l'avez fait. Je pense que c'est pour le mieux, M. le
Président.
Le Président: Avant de vous céder la parole, M. le
ministre d'Etat au Développement économique, j'aimerais attirer
votre attention sur l'article 120 de notre règlement dont il faut
s'inspirer, je crois, par analogie, pour la règle de la pertinence.
L'article 120 du règlement dit: "Le débat sur toute motion de
deuxième lecture même si je comprends bien que ce n'est pas
un débat de deuxième lecture, je crois qu'il faut s'inspirer de
cet article par analogie doit être restreint à la
portée, à l'à-propos, aux principes fondamentaux et
à la valeur intrinsèque du projet de loi ou à toute autre
méthode d'atteindre ces fins." Présentement, c'est un
débat portant sur la question et il y a trois questions. Au moment
où on se parle, il y a trois questions qui sont soumises à
l'Assemblée nationale. Bien sûr, le débat doit porter sur
les questions et, pour qu'il soit pertinent, les intervenants doivent
s'attacher à parler des questions soumises à l'Assemblée
nationale.
D'autre part, vous comprenez bien, M. le leader parlementaire de
l'Opposition officielle, que là-dessus, je vous réfère de
mémoire à la cinquième édition de Beauchesne qui
dit que la règle de la pertinence est extrêmement difficile
à appliquer pour la présidence et qu'en cas de difficulté,
on doit toujours donner le doute aux députés, aux intervenants.
Vous imaginez que la frontière est ténue, la ligne de
démarcation n'est pas toujours facile à établir dans un
débat semblable entre ce qui est pertinent et ce qui ne l'est pas.
Je fais appel à votre collaboration à tous pour rester
pertinents, en vous rappelant toutefois que la règle de la pertinence
doit s'appliquer plus rigoureusement quand il s'agit d'un débat
illimité. Quand il s'agit d'un débat limité par une loi, a
fortiori, on doit l'appliquer avec moins de rigueur parce que lorsque la
présidence applique la règle de la pertinence avec rigueur, c'est
pour empêcher la prolongation indéfinie d'un débat. En
l'occurrence, le problème ne se pose pas puisque le débat est
limité par la loi. (10 h 20)
M. le ministre d'Etat au Développement économique.
Motion privilégiée relative à la
question
devant faire l'objet d'une consultation
populaire sur une nouvelle entente
avec le Canada
Reprise du débat M. Bernard Landry
M. Landry: M. le Président, ça tombe bien que le
député de Bonaventure ait prodigué, ce matin, sur la
pertinence, ses conseils aussi fraternels que paternels, et beaucoup plus
dictés, c'est bien sûr, par son scrupule réglementaire que
par la peur d'un débat sur le fond des choses. Cela tombe bien parce
que, précisément, ce matin, nous abordons le volet
économique de la question. La question est lourdement chargée,
sur le plan économique, par les mots "entente", "négociation",
"association", "monnaie". L'économie et l'activité
économique, c'est l'univers de la négociation; c'est l'univers
des ententes entre les peuples égaux et c'est au coeur même du
débat, quelles que soient les interprétations de procédure
qu'on puisse faire, que nous allons nous attaquer ce matin.
Une des plus profondes motivations pour les Québécois de
toutes conditions de répondre à une question sur leur destin
national, c'est précisément la modification, la motivation
économique. L'activité économique conditionne la vie de
tous les jours, des gens de toutes les couches de la société;
elle détermine la prospérité plus grande ou moins grande,
elle détermine des possibilités de développement social,
de développement culturel, et c'est pour cette raison que la question
soumise par le gouvernement s'attache à cette réalité
essentielle tournant d'abord autour du thème de négociation.
Quand on parle de négociation, il faut savoir ce que nous avons
à négocier. Il fut une époque trop longue où les
Québécois ont pensé qu'ils n'avaient que peu de choses
à négocier. Encore naguère, le départ d'un camion
blindé de Montréal à Toronto chargé de n'importe
quoi pouvait avoir un impact sur l'opinion publique québécoise;
on n'avait pas encore compris vraiment ce que nous avions à
négocier. Il faut voir ce qu'est l'économie du Québec en
termes de discussions avec les autres partenaires économiques que nous
pouvons avoir, ceux du Canada au premier chef et ceux des autres pays du monde.
Il est temps, au début de ce débat, que nous
éclaircissions, avec l'Opposition et même avec les tenants du non
de tous horizons, une question fondamentale sur laquelle, honnêtement,
nous devons réclamer l'accord de tous les Québécois parce
que c'est une vérité objective et cette vérité
objective est que l'économie du Québec est présentement
une des économies les plus fortes de l'Occident en dépit du
handicap fédéral et qu'elle a des possibilités
pratiquement illimitées.
Le portrait robot des économies performantes de l'avenir a
été dressé sans que le Québec soit nommé,
mais tout le monde aurait pu le reconnaître, par un récipiendaire
du prix Nobel en 1976 qui disait que les pays qui ont l'avenir
économique pour eux sont ceux qui ont une population jeune et instruite,
ceux qui ont des richesses naturelles et ceux qui se spécialisent dans
des échanges internationaux. Le Québec, c'est ça! 44% des
Québécois et des Québécoises ont moins de 20 ans;
la jeunesse est une maladie qui se guérit par le simple
écoulement du temps, mais, pour l'instant, on profite de cet
avantage.
Le niveau de scolarisation, qui a fait des pas
de géant au cours de la période contemporaine au niveau
primaire, dépasse même celui de nos puissants voisins du Sud, une
des plus grandes puissances économiques de l'histoire de
l'humanité. Jeunes scolarisés, scolarisés dans les bonnes
spécialités; avec un peu plus du quart de la population du
Canada, on a 33% et davantage des étudiants en sciences de
l'administration, en gestion, en marketing, en comptabilité; de ce
tiers, un sur deux est une file, ce qui est également le signe d'une
révolution profonde.
Si on a pu en arriver où on en est dans le domaine
économique, en utilisant uniquement 49% de l'intelligence
québécoise, qu'est-ce que ce sera quand on aura les 51% que les
femmes vont ajouter! Et aussi, quoi qu'en disent souvent des patrons pas
tous, mais certains patrons réactionnaires une population
québécoise habituée depuis longtemps, et souvent dans
l'exploitation et l'humiliation, mais habituée depuis longtemps au
travail et à la productivité, et c'est chez nous l'implantation
des firmes multinationales qui nous donne un excellent exemple de comparaison.
Je vais en citer simplement deux: GM à Sainte-Thérèse, bon
an, mal an, sur toutes les installations de production de GM dans le monde, au
premier rang ou au deuxième rang pour la productivité des
travailleurs et travailleuses québécois à
Sainte-Thérèse; IBM à Bromont, même
phénomène je prends des multinationales parce qu'on peut
comparer, mais c'est aussi vrai dans les PME bon an, mal an, premier,
deuxième pour la productivité de toutes les installations d'IBM
dans le monde. La richesse humaine donc, ce que nous sommes, ce qui est
l'élément clé de notre pouvoir de négociation avec
les autres peuples, et les Canadiens au premier chef.
Mais, indépendamment de nous, en raison des circonstances
historiques, le patrimoine physique, nous n'y sommes pour rien, cela a
été notre lot parmi les peuples de la terre que d'avoir à
notre disposition, pour notre développement, le fantastique territoire
québécois, avec ce qu'il recèle de richesses dont on ne
retrouve pas l'équivalent, ni chez nos concurrents, ni chez nos
partenaires commerciaux. D'abord, une dotation minérale imcomparable: le
fer, 21 millions de tonnes exportées au cours de la dernière
période, un des grands exportateurs mondiaux; l'or, trois nouvelles
mines d'or la saison dernière en Abitibi, probablement huit ou dix
à la saison qui vient quand on sait ce qui se passe sur le cours
des métaux dans le monde entier, par l'épuisement dans les autres
pays le cuivre, l'amiante, les métaux plus rares, le lithium, le
columbium, le magnésium; dans les déchets des mines de l'amiante
qui polluent les collines grises, qui polluent les paysages des Cantons de
l'Est, dans nos déchets, on a trouvé l'équivalent des
réserves mondiales de magnésium. Si ce n'est pas avoir la
richesse qui nous sort par les oreilles, je ne sais pas ce que c'est!
Ces ressources, il est vrai, sont épuisables. Mais cette dotation
minérale est à nous pour encore plusieurs siècles, c'est
hors de tout doute. Mais nous avons aussi des ressources qui ne
s'épuiseront jamais et qui font partie de notre puissance de
négociation. Je pense à la puissante agriculture
québécoise, maintenant protégée dans son
territoire. Nous avons été longtemps en état de survivance
et d'agriculture marginale et c'est sur les terres que s'est forgée
notre volonté nouvelle d'aujourd'hui. Mais les terres, ce n'est plus la
marginalité; c'est maintenant un des grands contributeurs au produit
national brut du Québec, autant au niveau primaire que dans les
exploitations de transformation agro-alimentaire. Et à chaque printemps,
ça repousse, à moins d'être d'un pessimisme qu'on ne
pourrait retrouver que sur les banquettes d'en face. Donc, richesse
renouvelable.
Le domaine forestier québécois. Déjà, nous
sommes les plus grands producteurs de papier journal au monde: 12 500 000
cunits en 1979. Il n'y avait pas un arbre de moins dans la forêt,
après qu'on eût fait la récolte, qu'avant le commencement,
parce que cela aussi repousse, figurez-vous. Cela repousse quand c'est bien
administré et c'est bien administré maintenant par les travaux
sylvi-coles. Donc, forêt, richesse renouvelable qui, aujourd'hui,
alimente sans danger de rupture d'approvisionnement pâtes et papiers et
scieries.
Mais demain tous les experts le disent par
épuisement des hydrocarbures fossiles dans le monde de l'huile, comme on
le dit, la forêt sera le début de la chaîne
pétrochimique et énergétique par l'alcool de bois, le
méthanol c'est bien simple qui sera le grand fournisseur
de matières organiques pour une des industries clés qui font la
prospérité des nations modernes contemporaines. Même aux
Etats-Unis et au Brésil, on a commencé à utilisr
directement cet alcool à des fins énergétiques dans les
carburateurs comme vous le savez avec le gasoil. C'est un
élément de négociation, surtout quand nos partenaires,
eux, sont aux hydrocarbures fossiles comme le pétrole, qui sera
épuisé dans cinq ou huit ans pour ce qui est des sources
conventionnelles.
Mais je n'ai rien dit encore. C'est une banalité, mais une
banalité qu'avant de se pencher sur cette question
référendaire tout Québécois et toute
Québécoise doivent considérer. C'est le fabuleux potentiel
énergétique. En pleine crise occidentale de l'énergie, en
pleine crise mondiale, une crise qui n'est pas finie, malheureusement, Mme la
Présidente cela commence nous avons déjà une
autonomie énergétique de 51,6%. L'Ontario a 19%. C'est un des
partenaires avec qui on va négocier. La France a 22%. L'Allemagne, 45%.
Le Japon, une des grandes puissances mondiales qui a fait un rattrapage
économique prodigieux, a 13% d'autonomie. On en a 51,6%. (10 h 30)
II ne faut jamais que quiconque en face aille dire à un Japonais
qu'il a peur des conséquences économiques de l'association et de
la souveraineté parce qu'il va faire rigoler de lui, les Japonais qui
n'ont aucune de ces richesses naturelles, sauf des poissons souvent
pollués au mercure, et qui
sont devenus une des grandes puissances économiques mondiales.
Les gens d'en face auraient intérêt, comme tout
Québécois d'ailleurs, à prendre connaissance d'une
déclaration du directeur de l'Alberta Oil Sands Technology, qui
connaît l'énergie. Elle est dedans jusqu'aux oreilles, pas pour
longtemps, par ailleurs. Voici ce qu'il dit. Avant de voter sur la question
telle que soumise avec son contenu économique, chaque
Québécois doit lire la phrase suivante: En fait, le Québec
est plus riche que l'Alberta. Rendez-vous compte que vous avez des richesses
inépuisables. Quand il ne restera plus une seule goutte de
pétrole dans le sous-sol albertain, il coulera encore de l'eau dans vos
rivières pour produire à toute époque 65 000
mégawatts. C'est de l'or massif, dit cet Albertain. Ce qui fait
et je ne m'étendrai pas là-dessus qu'on devrait en arriver
à un consensus dans cette Chambre. Si on n'arrive pas à un
consensus sur le libellé de la question, arrivons au moins au consensus
suivant: qu'il est ridicule et absurde de craindre pour l'avenir
économique du Québec dans un contexte de
souveraineté-association ou dans quelque contexte où le
Québec aura la liberté d'exploiter son potentiel. J'aimerais au
cours du débat entendre les gens d'en face confirmer cela pour que la
population vote en toute sérénité sur son destin
politique. L'époque de la Brink's est terminée. Je pense qu'on
n'a pas à approfondir davantage là-dessus. Si donc nous avons ce
potentiel, comment se fait-il et que l'on nous explique cela, c'est pour
cette raison qu'on veut négocier, c'est pour cette raison que c'est dans
la question qu'on ait toujours eu plus de chômage que la moyenne
canadienne? Comment se fait-il qu'on se soit tapé à peu
près à toutes les périodes deux fois plus de chômage
en pourcentage qu'en Ontario? La réponse, on la retrouve dans l'histoire
du fédéralisme économique canadien. On la retrouve dans la
"national policy". On sait que le réseau ferroviaire a eu 12% en milles
au Québec alors qu'on était déjà, à cette
époque, peut-être près de 35% ou 40% de la population. On
sait que le fédéralisme canadien s'est inspiré d'un
aphorisme copié aux Etats-Unis: "What is good for GM is good for United
States"... Ici, on a dit: "What is good for Ontario is good for Canada". Cela
n'était pas exact, mais c'était très bon pour l'Ontario.
Le premier membre de la phrase était vrai. Ils ont 90% de l'industrie de
l'automobile, Mme la Présidente. Mais enlevez aux Etats-Unis, les plus
puissants de l'histoire, leur industrie automobile; qu'ils fassent comme nous,
qu'ils achètent toutes leurs bagnoles et tous leurs camions, il va y
avoir un taux de chômage qui sera à peu près le double du
nôtre. N'importe quel pays occidental, à l'époque où
on vit, privé de la production automobile c'est de cela que nous
a privés le fédéralisme économique canadien
est un pays qui surnage, mais qui n'atteint jamais la vraie
prospérité.
Le gouvernement du Canada n'est pas en mesure, par la constitution
même, d'être discriminatoire, avec le résultat qu'on a
étudié soigneusement sa politique économique, depuis des
an- nées, pour se rendre compte que la plupart des fois où le
gouvernement du Canada est intervenu pour ajuster la conjoncture, il l'a fait
parce que l'Ontario était malade. En d'autres termes, quand l'Ontario
était malade surchauffe ou quoi que ce soit le gouvernement
du Canada concoctait un remède de cheval qu'il injectait à
l'ensemble de l'économie. Résultat net: après l'absorption
du remède, l'Ontario était guéri et le Québec, qui
n'était pas malade avant, avait attrapé la maladie. C'est cela
donner des remèdes de cheval.
Quand on s'est occupé de nos affaires sur le plan
économique, qu'est-ce qui est arrivé? Il est arrivé
qu'avec Hydro-Québec, une des plus puissantes compagnies du monde, on
crée 16 000 emplois permanents et 12 000 sur les chantiers. Atomic
Energy of Canada et Pétrocan, les deux ensemble, quand on donne nos
impôts à des fins énergétiques ailleurs, ont
créé 4600 emplois en Ontario, 230 au Québec. La SGF, qui
nous appartient, dont on s'occupe avec SIDBEC, a créé 13 500
emplois au Québec. La CDC c'est fédéral, avec nos
taxes 14 000 emplois au total, 1000 au Québec, un
quatorzième. C'est cela la négociation.
Je termine en disant que si l'économie est l'univers de la
négociation, la gestion économique n'est pas compatible avec la
naïveté. S'il y a un domaine où les choses sont
rigoureuses... Même quand on négocie avec les Français, nos
cousins, ce n'est pas parce qu'ils sont nos cousins qu'ils nous font des
cadeaux. Personne ne fait de cadeaux. Tu veux aller à l'épicerie
et payer ta livre de beurre $10, on va te la vendre $10. L'économie,
c'est le royaume de la négociation. L'économie, c'est le
contraire de la naïveté. Aller proposer sur le plan
économique, comme c'est fait dans le livre beige, de continuer le
système précédent en disant qu'il a bien arbitré,
ce qui est une absurdité à sa face même, aller demander de
le continuer pour un siècle encore, c'est de la naïveté.
Nous avons ce patrimoine québécois que j'ai décrit. Il
nous appartient, à nous Québécois d'aujourd'hui. Il
appartient aux Québécois de demain. Il appartient à nos
enfants. Si notre nation, qui a eu par accident historique la gestion de ce
patrimoine, allait en laisser l'arbitrage à l'autre nation majoritaire,
ce serait, d'une part, une lâcheté, un déshonneur.
Je ne voudrais pas personnellement que mon fils me reproche, quand il
aura mon âge, de ne pas avoir fait la bataille et d'avoir fait qu'un des
potentiels économiques des plus importants du monde ait sombré
dans la médiocrité parce que nous n'aurions pas eu le courage
d'aller nous asseoir à la table pour négocier la puissance qui
est la nôtre dans ses tenants économiques, dans ses tenants
politiques, dans ses tenants comptables et dans ses tenants de
dignité.
Des Voix: Bravo!
M. Marcoux: Mme la Présidente...
La Vice-Présidente: Je ne sais plus s'il faudra compter
les applaudissements dans le temps de l'intervenant ou dans celui du
suivant.
M. le député de Rimouski.
M. Alain Marcoux
M. Marcoux: Mme la Présidente, j'ai aujourd'hui le
sentiment et la conscience de participer au plus important débat de
l'Assemblée nationale du Québec depuis son existence. Ce
débat va nous permettre de vivre le plus vaste dialogue qu'aura jamais
connu le peuple québécois sur son avenir. Voilà ce que
j'ai ressenti dans les rencontres avec la population des 23
municipalités de Rimouski durant les deux derniers mois.
En ce qui me concerne, ce dialogue avec mes concitoyens sur la
souveraineté-association se poursuit depuis treize ans sans
relâche. Cela n'a pas toujours été facile surtout
après les échecs de 1970 et 1973. Mais le motif pour lequel j'ai
persévéré est simple: j'ai toujours ressenti que ceux qui
ne partageaient pas toutes mes opinions souhaitaient que je ne lâche pas
mon travail de persuasion. J'ai toujours ressenti qu'ils considéraient
que notre projet était important pour l'avenir du Québec. Alors,
comment cesser de travailler à un projet quand ceux-là même
qui ne partagent pas votre point de vue souhaitent que vous ne lâchiez
pas?
Mais, maintenant, pourquoi faut-il donner au gouvernement du
Québec le droit de négocier une nouvelle entente avec le reste du
Canada? Personnellement, d'aussi loin que je me souvienne, au-delà de
l'appartenance à un peuple distinct, ce sont d'abord des raisons
économiques qui m'ont convaincu que le Québec se
développerait mieux s'il contrôlait l'ensemble de ses impôts
et des autres clés de son développement économique.
Il y a une douzaine d'années, je me souviens qu'au Québec
le fédéral a coupé de $10 millions les subventions aux
agriculteurs qui produisaient trop de lait. Au même moment, dans l'Ouest,
le fédéral a donné $100 millions en subventions à
ceux qui produisaient trop de blé pour qu'ils se lancent dans le boeuf,
le porc, le poulet; deux poids, deux mesures. Ce fait révolta mon
père qui était agriculteur. On a dit non aux agriculteurs.
Je me souviens de Mirabel dont le Québec voulait faire un
pôle de développement commercial et industriel au coeur du
Québec plutôt qu'à la frontière de l'Ontario. On a
dit non au gouvernement du Québec, premier responsable de notre
aménagement. Je me souviens du Canadien national. Nous n'étions
pas censés avoir la compétence pour participer à sa haute
direction. On a dit non à nos administrateurs, non à nos
universitaires, non à nos compétences. (10 h 40)
Je me souviens que le gouvernement du Québec parlait
déjà des dédoublements des ministères et des
programmes: Rapports d'impôt à Québec, rapports
d'impôt à Ottawa sous Duplessis, développement des centres
de main-d'oeuvre à Québec et à Ottawa sous Lesage,
allocations familiales à Québec et à Ottawa sous Johnson.
On a dit non aux gouvernements québécois qui voulaient rapatrier
ces pouvoirs et mettre fin à ces dédoublements qui surtaxaient
les Québécois.
Mais, M. le Président, ce ne sont pas seulement les injustices du
fédéralisme qui m'ont conduit, comme bien d'autres, à
vouloir une nouvelle entente sur la base de l'égalité des
peuples. C'est qu'au même moment et en même temps de profonds
changements se passaient au Québec, surtout au plan économique,
à la fois au niveau des gouvernements et à la fois au niveau des
individus. D'abord, au niveau des gouvernements. Les gouvernements successifs
de MM. Lesage, Johnson, Bourassa se rendaient compte, d'une part, comment le
développement économique se faisait en dehors de nous et
particulièrement dans l'intérêt des autres; d'autre part,
comment individuellement les Québécois ne pourraient avoir le
contrôle du développement économique. Qu'ont-ils fait
alors? Les gouvernements successifs du Québec ont nationalisé les
compagnies d'électricité, ont créé la Caisse de
dépôt et placement, la Société
générale de financement, SIDBEC, REXFOR pour le
développement forestier, SOQUIA pour le développement
agro-alimentaire, la Société de développement industriel,
la Société nationale de l'amiante, pour nommer les plus
importants. Cette première étape nous a donné plusieurs
instruments de développement économique que nous
améliorons continuellement et qui ont déjà obtenu de
grands succès.
Mais depuis quelques années, un changement bien plus important,
cependant. Les Québécois n'ont plus peur de se lancer en affaires
et d'investir pour transformer leurs ressources sur place ici. Des individus,
des petits groupes, chacun dans leur milieu osent innover et bâtir des
entreprises. Je pourrais en donner plusieurs exemples: Les Caisses d'entraide
économique, Provigo, la Car-tonnerie de Cabano, Bombardier. Nous avons
plus que jamais des compétences. En somme, ce qu'il est facile de noter,
c'est que les deux se font en même temps; la montée de notre
volonté de contrôler notre développement économique
et la montée de notre volonté de devenir un pays dont nous
pourrons assumer l'ensemble du développement. Nous constatons,
toutefois, qu'il y a encore de profonds blocages qui empêchent notre
développement économique.
Mme la Présidente, je voudrais soulever quelques faits qui vont
vous montrer comment la région de l'Est du Québec est
particulièrement pénalisée par le régime actuel.
Pourquoi, en 1977, y a-t-il neuf fois moins de fonctionnaires
fédéraux dans l'Est du Québec que de fonctionnaires
provinciaux, et deux fois moins, si on exclut les enseignants et les affaires
sociales? Est-ce que le fédéral serait plus efficace? Non. C'est
que pour 27% de la population du Canada, le Québec a seulement 16% des
fonctionnaires fédéraux. Ils sont ailleurs, les fonctionnaires.
Pourquoi le fédéral, dans ses dépenses d'immobilisation,
investit-il sept fois moins que le gouvernement du Québec dans notre
région? Pourquoi seulement $11 mil-
lions au lieu de $77 millions par année durant les
dernières années? Combien de chômeurs de plus cela
représente-t-il? Pourquoi le fédéral achète-t-il de
$200 millions à $300 millions de moins en biens et services au
Québec, ce qui représente, pour notre région, de $10
millions à $15 millions de moins par année? Combien de
chômeurs de plus cela représente-t-il?
Mais il n'y a pas seulement les dépenses créatrices
d'emplois du gouvernement fédéral où notre région
est laissée pour compte. C'est la même chose et même pire
pour les politiques de création d'emplois. Le MEER est, en fait, un
mirage au Québec. De 1969 à 1978, en neuf ans, le
ministère de l'Expansion économique régionale d'Ottawa a
dépensé, à l'Ile-du-Prince-Edouard, $190 par personne. Au
Nouveau-Brunswick, $97 par personne. A Terre-Neuve, $91 par personne. En
Nouvelle-Ecosse, $49 par personne, et au Québec $17 par personne. Douze
fois moins qu'à l'Ile-du-Prince-Edouard.
Combien de chômeurs de plus par année, par cette absence
d'investissements? Combien de chômeurs de plus au Québec à
la suite du retard du MEER à investir sa part déjà promise
dans la mine de sel des Iles-de-la-Madeleine? Pourquoi le fédéral
a-t-il investi $89 millions, en 1978, seulement dans des centres de recherche
océanographique à Terre-Neuve, en Colombie-Britannique, en
Nouvelle-Ecosse, et seulement $1 200 000 au Centre d'océanographie de
Rimouski? $1 200 000 à Rimouski, $89 millions dans les autres provinces;
c'est cela, le fédéralisme, actuellement. Combien de chercheurs
québécois sont en chômage parce que le
fédéral n'investit à peu près rien dans la
recherche scientifique au Québec?
Là, je veux donner un exemple encore plus juteux. Pourquoi les
industries papetières de notre région doivent-elles payer un
tarif ferroviaire de 40% plus élevé que si elles étaient
en Ontario? Cabano sait ce que je veux dire. La tonne de production partie de
Cabano pour aller au Minnesota, aux Etats-Unis, dans le Middle West, et
véhiculée seulement par transport du Canada, coûte $60 la
tonne. Si cette tonne de Cabano prend le camion pour se rendre dans le Maine,
aux Etats-Unis, et voyage du Maine jusqu'au Minnesota, ce transport coûte
$20 de moins.
J'ai un autre exemple plus près d'ici, dans le domaine du papier,
également. La tonne de papier que produit la Domtar, à Donnacona,
au Québec, pour l'envoyer à New York, aux Etats-Unis, environ 540
milles de chemin de fer, coûte $30.80 de transport. Curieusement, la
même tonne de papier produite par la même compagnie à
Toronto, en Ontario, et qu'il faut expédier à Chicago, soit
environ 493 milles plus loin, à peu près la même distance,
au lieu de $30, coûte $14 la tonne. C'est cela l'économie
canadienne, c'est cela le fédéralisme rentable, c'est comme cela
qu'on développe l'industrie ontarienne.
Dans notre région aussi, comme dans tout le reste du
Québec, il y a plus que jamais une volonté de la population de
s'impliquer dans son propre développement. Il y a un démarrage de
l'esprit d'entrepreneurship dans la petite et moyenne entreprise,
propriété individuelle ou collective, et une présence
accrue du coopératisme. Il y a une jonction à faire entre la
volonté du Québec de contrôler son développement et
la volonté de notre région de développer ses
ressources.
Que dit le livre beige de M. Ryan? Il nous propose de laisser au
fédéral le contrôle de l'économie. C'est lui qui
doit avoir l'autorité sur les leviers économiques. Le
député d'Outremont affirme que dans le cadre keynésien,
face à une économie souffrant de chômage chronique, $100
d'assurance-chômage, cela crée autant de demandes que $100
versés en salaires. C'est cité au texte. Si $100
d'assurance-chômage égalent $100 de salaires, qu'on donne les
salaires au Québec et le chômage à l'Ontario. On verra bien
si c'est la même chose. En somme, le chômage et la
péréquation, c'est parfait pour le Québec. Les emplois et
l'industrie, c'est parfait pour l'Ontario. Il faut sérieusement
être coupé du dynamisme de la société
québécoise, surtout depuis 20 ans, pour croire que les
Québécois veulent seulement un peu plus de pouvoirs dans le
domaine culturel et dans le domaine social. Il faut sérieusement
être coupé de révolution du Québec pour ne pas voir
que les Québécois veulent récupérer les
contrôles de leurs pouvoirs économiques, pouvoirs que le livre
beige voudrait laisser aux autres, que ce soit le contingentement des
exportations, que ce soient les programmes d'aide à l'industrie.
Croyez-le ou non, malgré la faillite actuelle, le livre beige
veut laisser au fédéral la responsabilité du
développement économique régional, un secteur où
l'échec fédéral est le plus flagrant. Non merci! Mais
voilà pourquoi, au contraire, il est si urgent et important de
négocier une nouvelle entente avec le reste du Canada qui nous assure un
statut d'égalité, qui nous assure la récupération
de tous les moyens essentiels à notre développement, moyens qui
nous échappent actuellement, surtout dans le secteur économique.
Déjà, plusieurs citoyens et citoyennes du comté de
Rimouski, hommes d'affaires, femmes au foyer, personnes retraitées,
syndicalistes, étudiants adultes, professionnels, forestiers,
religieuses, infirmières, enseignants, conseillers municipaux ont
publiquement indiqué leur désir, leur décision de dire
oui. Ces personnes sont de différentes allégeance politiques. (10
h 50)
En terminant, je voudrais simplement reprendre à mon compte le
rappel à la solidarité de tous les Québécois. Ces
citoyens et citoyennes ont lancé un appel pour situer ce dialogue
au-dessus des partisaneries politiques, pour enfin débloquer la
situation et provoquer une nouvelle entente. Comme l'écrit l'une d'entre
elles, Mme Micheline Fortin-Côté, femme au foyer et
conseillère municipale: "Enfin, trouvez-moi un inconvénient
à dire oui!" Moi, je n'en ai pas encore entendu en cette Chambre. Merci,
Mme la Présidente.
La Vice-Présidente: M. le député de
Saint-Laurent.
M. Claude Forget
M. Forget: Mme la Présidente, je ne suivrai pas les traces
du ministre d'Etat au Développement économique dans son effort
pour faire intervenir le méthanol et le nombre d'arbres plantés
au Québec dans sa politique de reboisement comme un
élément pertinent à un débat sur la question
référendaire. La thèse qu'il a défendue est de
toute manière irrémédiablement compromise lorsqu'il
s'embarque sur ce terrain sans aucune espèce de
crédibilité parmi nos concitoyens en voulant nous faire croire
que le développement économique du Québec a
été retardé par notre appartenance au Canada. Tout le
monde sait très bien, et c'est d'ailleurs le grand obstacle que nos
adversaires doivent surmonter, que c'est au contraire cette participation
à l'économie canadienne qui a été un facteur
déterminant du sens et de la nature du développement
économique que nous avons connu. Les arguments qu'on nous apporte sont
tout simplement risibles.
On va chercher des arguments comme le nombre de milles de chemin de fer
qui ont été construits au Canada et on fait mine de s'indigner
qu'il n'y ait que 11% des chemins de fer qui ont été construits
au Québec. On semble n'avoir même pas pris la peine de se rendre
compte que le réseau routier du Québec qui est pourtant
complètement de compétence provinciale ne
représente lui aussi que 11% du total du réseau routier canadien.
Il y a à cela une raison fort simple, c'est qu'on construit les routes,
comme les chemins de fer, en fonction du genre de développement humain
qu'on retrouve sur un territoire et non pas pour satisfaire à une norme
per capita uniforme.
On ne semble pas avoir remarqué, on connaît si peu
même la géographie de l'autre côté, qu'on ne semble
pas avoir remarqué que le fleuve Saint-Laurent ne se rend pas jusqu'aux
Rocheuses et que ce fleuve a constitué pendant toute notre histoire un
moyen important de communication entre Québécois. Devant des
arguments si malhonnêtes, qu'on pourrait reprendre de la même
façon vis-à-vis toutes les affirmations qu'a faites le ministre
d'Etat, il est bien évident que nos adversaires ont fort à faire
pour injecter un peu de sérieux dans le débat et dans leur
prétention de démontrer que le Canada a appauvri le
Québec; c'est tout le contraire qui est vrai.
Pour ce qui est des tentatives qu'on fait de l'autre côté
pour se substituer aux forces économiques et aux forces du marché
nord-américain dans lequel le Québec, qu'il le veuille ou pas,
doit s'insérer, permettez-moi de soulever des doutes sérieux sur
la compétence de l'équipe d'en face pour même en juger. On
retrouvait dans les journaux, il y a quelques jours, l'entrefilet suivant, que
je lis: "Le Centre de recherche sur l'amiante de l'Université de
Sherbrooke a décidé d'interrompre, pour une période
indéfinie, ses travaux en vue de l'extraction de magnésium
métallique à partir des résidus d'amiante". Ce n'est qu'un
entrefilet.
Ce qu'on oublie de dire, c'est que le lancement de ces études
avait fait l'objet de conférences de presse et de manchettes et ce qu'on
oublie de dire aussi, c'est que l'usine où devait se faire cette
extraction est déjà construite. Voilà un bel exemple de la
compétence économique des gens d'en face. Lorsqu'ils auront une
meilleure performance, ils pourront venir nous faire part de leurs conclusions
quant à l'histoire économique du Québec et du Canada.
Mme la Présidente, à titre de citoyens de cette province
de Québec un mot qu'on n'entend pas souvent maintenant ne
serions-nous pas autorisés à espérer, et, à titre
de législateurs, de membres de cette Assemblée nationale, ne
devrions-nous pas nous sentir tenus de faire en sorte que ce
référendum nous permette enfin de fermer un chapitre de notre
histoire et de tourner la page? Hélas! il devient de plus en plus
probable que nous ne pourrons pas nous entendre, non seulement sur la
réponse à donner à la question, mais même sur le
sens de cette question. Il en résultera, quel que soit le
résultat du référendum, que ce référendum
risque bien d'être insuffisant pour mettre fin à un débat
qui n'en finit plus de durer.
Pourtant, ce référendum, s'il n'était pas
vicié par l'ambiguïté de la question posée,
constituerait normalement une étape irréversible puisqu'il porte
sur une question si fondamentale pour l'avenir d'un pays. Il est, par
contraste, facile de changer une décision gouvernementale, on n'a
qu'à changer le gouvernement. Mais ce genre de recours n'est pas
disponible lorsqu'il s'agit d'effacer les conséquences d'un
référendum fortement majoritaire et sans ambiguïté.
Car par le référendum, le peuple lui-même, la source de
toute légitimité en démocratie, s'est prononcé. Une
fois le résultat acquis, dans un sens ou dans l'autre, normalement,
quelque chose d'irréversible, d'irrévocable et de
définitif s'est produit, pourvu bien sûr que ce résultat
ait pour tous la même signification.
Dans de telles circonstances, on pourrait s'attendre que l'opinion
publique, à l'exception peut-être de quelques
irréductibles, se rallierait progressivement à la thèse
majoritaire, de sorte qu'il y aurait plus tard, s'il y avait un nouveau test de
la volonté populaire, une convergence de l'opinion et des
volontés de tous. Ceci serait un atout important pour le Québec,
non seulement pour panser nos divisions intérieures, mais aussi dans nos
relations avec nos partenaires canadiens.
Le gouvernement péquiste, en se réfugiant dans une
question politicienne inspirée par la tactique partisane et par
l'opportunisme des sondages, risque de priver le Québec de cette
occasion historique qu'il lui avait pourtant promise. Il peut encore bloquer
par sa majorité à l'Assemblée nationale l'effort de
clarté et de transparence que nous l'invitons à faire. Mais il ne
peut pas, grâce au ciel, empêcher nos concitoyens de se prononcer
sur le fond de la question, c'est-à-dire pour ou contre
l'indépendance du Québec, en écartant de leur esprit un
libellé trompeur. C'est ce que nous les implorons de faire afin de
sauvegarder cette
chance du Québec de franchir, dans notre évolution
historique, une étape décisive.
L'ambiguïté de la question, Mme la Présidente, et par
conséquent peut-être aussi du résultat du
référendum, n'est que le premier des fardeaux que le Parti
québécois fait assumer au Québec. Dans la
définition de son objectif, l'indépendance avec, si possible, un
traité de libre-échange, le Parti québécois ne
s'est pas mis à l'écoute du Québec; il n'a
écouté que ses propres conceptions de notre avenir, sans
s'inquiéter de donner ainsi la première place à une
opinion tout à fait minoritaire. Dans le choix de cet objectif et dans
l'option qu'il a faite pour un certain style de débat et certaines
méthodes du débat référendaire et je pense
en particulier à cette préférence pour le monopole des
deux comités-parapluies qu'il a imposés à tous le
Parti québécois a imposé une polarisation largement
artificielle et, par conséquent, d'autant plus contraignante. (11
heures)
Sur une telle base, le référendum, à moins d'un
miracle, va forcer le Québec à donner le spectacle de sa
division.
Je sais parfaitement que l'unanimité est une chimère et
qu'il faut accepter dans un régime de liberté et de
démocratie une bonne mesure de division et même de chicane.
Cependant, il n'était pas du tout inévitable de mettre de
côté toute possibilité d'une certaine entente, toute
recherche d'un commun dénominateur. Le gouvernement du Parti
québécois s'est-il arrêté un seul instant pour
considérer la possibilité d'associer le plus grand nombre
possible de Québécois pour définir et négocier une
place meilleure pour le Québec dans le cadre d'un régime
fédéral rénové? A-t-il cherché à
vérifier combien de fédéralistes accepteraient
éventuellement d'appuyer l'indépendance en cas d'échec
d'un effort loyal largement défini et largement appuyé? A-t-il
cherché à vérifier, d'autre part, combien
d'indépendantistes accepteraient de se rallier à une pareille
solution à l'intérieur du cadre fédéral si elle
réussissait? Non. Il n'a rien recherché de tout cela, mais s'est
satisfait, au nom de la normalité et de l'inévitabilité
historique, de l'indépendance dont pourtant 80% des
Québécois ont déjà dit à plusieurs reprises
qu'ils ne voulaient pas, à braquer indépendantistes contre
fédéralistes.
J'aimerais, au bénéfice du député de Vanier
qui l'a cité hier, le référer à un article que le
chef de l'Opposition officielle publiait avant même de devenir ce qu'il
est maintenant, député d'Argenteuil et chef du Parti
libéral. Il trouvera dans cet article du 28 septembre 1977 cinq
critères qu'il suggérait à l'époque au gouvernement
d'utiliser pour définir la question référendaire. Il
disait, je le cite: "Si le gouvernement veut être sérieux en
relation avec le référendum, il devra veiller soigneusement
à ce que la question soumise aux électeurs donne lieu à un
consensus très large parmi les tenants des principales solutions en
présence. A cette fin, il devra satisfaire à certaines exigences
minimales que l'on pourrait énoncer ainsi. Premièrement, la
question devra être simple, directe, sans détour, concrète
et précise. Deuxièmement, la question devra inviter les
électeurs à se prononcer sur le fond, c'est-à-dire
à exprimer une préférence portant sur la substance
même de l'enjeu et non uniquement sur des questions de forme, mandat,
etc. Troisièmement, la question devra graviter autour de l'objectif qui
définit la formule mise de l'avant par le PQ, c'est-à-dire la
souveraineté-association. C'est sur ce point précis que le PQ
s'est engagé à consulter les électeurs. Toute tentative
visant à l'escamoter amoindrirait la crédibilité du
référendum. La question devra enfin être connue plusieurs
mois à l'avance et, cinquièmement, la question devra quant
à l'essentiel avoir reçu l'approbation non seulement du parti au
pouvoir, mais aussi des principaux partis d'Opposition et d'une portion
appréciable des forces qui oeuvrent à l'extérieur du
Parlement, organes de presse, syndicats et associations patronales,
universitaires et spécialistes de sciences politiques, etc.".
Mme la Présidente, je pense que l'on voit là la constance
dans une préoccupation qui a animé le chef de l'Opposition
officielle avant même qu'il occupe ses fonctions et qui est donc
totalement étrangère aux fonctions qu'il occupe, mais qui
reflète, au contraire, les préoccupations d'un très grand
nombre de nos concitoyens d'avoir une question qui soit au-delà de toute
espèce d'ambiguïté afin d'en préserver le
caractère historique et qui ne fasse pas de ce débat une occasion
artificielle de polarisation.
Cette polarisation, ce spectacle que nous donnons de nos divisions
laissera des traces entre nous et dans nos relations avec nos voisins hors
Québec. Cette polarisation est un fardeau ne l'oublions pas
que le Parti québécois a voulu, qu'il a largement
créé et qu'il a ensuite exagéré par son
comportement et ses attitudes. A quel titre se permet-il maintenant de le
déplorer et de réclamer hypocritement un débat
référendaire non partisan?
Cette polarisation, ce déchirement n'a pas seulement de mauvais
côtés, Mme la Présidente. Les options sont ainsi mieux
définies et l'ambiguïté que je dénonçais au
début peut être plus facilement dénoncée dans ce
contexte. Pour comprendre le sens du résultat
référendaire, il sera plus facile et plus clair de se demander:
qui a gagné? qui a perdu? plutôt que de relire la question, du
moins si elle demeure dans son état actuel.
Le Parti québécois, s'il devait gagner le
référendum, engage le Québec dans une confrontation et non
pas dans une négociation avec nos voisins. La thèse
gouvernementale en elle-même ne se prête absolument pas à la
négociation. L'indépendance, c'est une chose à prendre ou
à laisser. Un pays ne peut pas être plus ou moins
indépendant. Il l'est ou il ne l'est pas. En outre, à cause de la
polarisation d'un débat qui oppose irrémédiablement
fédéralistes et indépendantistes, un oui au
référendum signifierait un rejet catégorique de toute
solution fédéraliste. Par conséquent, le
gouvernement péquiste n'aurait aucune marge de manoeuvre dans ses
négociations s'il arrivait qu'il gagne le référendum. Le
choix qu'il a fait de son option et la polarisation qui en découle lui
lieraient absolument les mains. Il n'aurait pas le droit de consentir à
une solution fédéraliste même très avantageuse pour
le Québec. Le gouvernement du Québec se serait condamné
à répéter bêtement le refrain que l'on entend depuis
si longtemps: souveraineté, souveraineté. En polarisant
l'opinion, le gouvernement affaiblit son mandat, loin de le renforcer. Un vote
pour le oui place le Québec devant le dilemme suivant: la confrontation
indépendantiste ou le statu quo. Il n'y a pas de place pour un moyen
terme, et tout ce qui n'est pas l'indépendance implique la violation du
mandat référendaire que le gouvernement recherche.
Il y a une dizaine d'années, Daniel Johnson avait compris mieux
que René Lévesque la logique d'une stratégie de
confrontation. Il demandait l'égalité ou l'indépendance.
Quelle qu'ait été la faiblesse de cette position, au moins elle
ne rendait pas la négociation impossible. Pour le Parti
québécois, la stratégie de négociation se
résume à ceci: Pour forcer le Canada à négocier
l'indépendance, on menace de faire l'indépendance. Dans ce
scénario, le Québec se comporte comme le voleur qui demande
à sa victime la bourse et la vie. Si le malheureux accepte, il est mort
et volé; s'il refuse, c'est pareil.
Après tant de raffinements stratégiques, Claude Morin fait
mine de s'étonner quand les premiers ministres provinciaux l'avertissent
qu'ils préféreraient ne pas négocier. Puisqu'ils n'ont
rien à perdre dans ce contexte, ils auraient bien tort d'être les
accoucheurs de l'indépendance du Québec.
A ceux qui s'inquiètent de savoir de quelle autre façon le
Québec peut provoquer une négociation constitutionnelle, je dirai
ceci. Lever l'incertitude que le Québec entretient à
l'égard de ses propres intentions, et cela depuis que la question de
l'indépendance a été soulevée il y a une quinzaine
d'années dans l'arène politique québécoise, aura un
impact plus important que le résultat du référendum
lui-même, même s'il était majoritairement affirmatif.
Même aujourd'hui, nous, Québécois, ne pouvons pas
être absolument sûrs que nos concitoyens veulent vraiment modifier
la constitution canadienne plutôt que d'en sortir. Nous, du Parti
libéral, souhaitons qu'il en soit ainsi, mais c'est seulement
grâce à un non majoritaire à un référendum
clair que nous en acquerrons la certitude. Le Parti québécois
exagère délibérément l'importance du
référendum quant à l'attitude du Canada anglais. Le
Québec ne peut pas, par un vote des seuls Québécois,
modifier les dispositions et l'équilibre des intérêts dans
le reste du Canada. Il ne peut que signifier quels sont ses propres
dispositions et ses intérêts à lui.
Le référendum, quelle que soit son issue, va au moins
dissiper le doute sur ce que veut le Québec: un renouvellement du
fédéralisme ou l'indépendance. Si le choix se fait en
faveur du fédéralisme, on lève un obstacle réel et
persistant à des négociations significatives, négociations
qui auront lieu non seulement parce que le Québec le voudra et qu'il
pourra désormais y participer de façon constructive, mais parce
que d'autres provinces aussi le voudront. Il faut se rappeler que le
Québec ne peut pas, seul, changer la constitution canadienne même
en menaçant d'en sortir. S'il était vrai, comme les
péquistes le disent, que, par un vote des seuls Québécois,
la constitution et même l'existence du pays peuvent être remises en
question, on se demande bien pourquoi le Québec voudrait en sortir. (11
h 10)
Bref, Mme la Présidente, le gouvernement péquiste nous
invite par une question ambiguë et dans un contexte de polarisation qui
exagère nos divisions, à nous engager dans une stratégie
de confrontation envers nos partenaires canadiens. Il nous demande de
l'autoriser à négocier une option qui consiste dans la
juxtaposition d'un objectif non négociable à d'autres
éléments hautement hypothétiques. En dépit de
l'appareil référendaire utilisé, la force d'un vote
majoritaire, s'il fallait le prendre au pied de la lettre, ressemblerait
plutôt à un verdict de probation qu'à un acquittement.
C'est pourquoi il ne faut pas le prendre littéralement. La seule
manière de progresser, de trancher une question fondamentale, de faire
de cette consultation populaire le moment historique et décisif qu'il
doit être, c'est d'exprimer avec force le rejet de la thèse de
l'indépendance.
La Vice-Présidente: M. le ministre des Richesses
naturelles et de l'Energie.
M. Bérubé: Une intervention brève, Mme la
Présidente, parce que nous avons entendu de l'opinant
précédent une petite phrase très brève qui traduit
bien l'état d'esprit des gens d'en face. On nous a dit: Voyez
l'incompétence des gens de l'autre côté; ils prennent leurs
rêves pour des réalités.
Ils nous ont sorti un petit entrefilet: Ils sont obligés
d'abandonner les recherches sur le magnésium métallique, alors
que l'usine est déjà à moitié construite.
Voyez-vous les gens d'en face à quel point ils sont ridicules?
C'est complètement faux! Nous n'avons jamais arrêté
les recherches sur le magnésium métallique. En ce moment
même, mon sous-ministre est à Sherbrooke c'est l'ancien
président de l'Institut national de recherche scientifique nommé
par l'ancien gouvernement de l'époque d'ailleurs en train
d'étudier toute la mise à l'échelle industrielle du
procédé. Quant à l'usine qui est à moitié
construite, elle ne porte pas sur le magnésium métallique, mais
sur du carbonate de magnésium qui est un succès de recherche et
de développement québécois. Voilà exactement
comment ils abordent tout l'avenir du Québec.
Le Vice-Président: M. le ministre de l'Agriculture.
M. Jean Garon
M. Garon: M. le Président, je voudrais d'abord
féliciter le député de Lotbinière qui, dans son
dis-
cours de lundi, a renoué avec les grands députés du
comté de Lotbinière, comme M. Francoeur au début du
siècle, et le député René Chaloult qui a aussi
été député de Lotbinière et un grand
nationaliste. Il faut remarquer également...
M. le Président, j'espère que les interruptions des petits
députés de l'Union Nationale ne seront pas comptées dans
mon temps parce que mon temps est limité. Je voudrais dire que c'est un
acte de courage qu'on ne voit pas souvent qu'un chef de parti abandonne tous
les avantages que lui confère le titre de chef de parti en Chambre pour
suivre sa conscience et ce que lui dictait son devoir. Il faut vraiment le
reconnaître et je suis fier d'avoir comme voisin de comté le
député de Lotbinière.
Je vous dis que cela tranche, M. le Président, avec les discours
qu'on entend des gens d'en face qui essaient de nous rapetisser, de nous
ratatiner à tel point que le chef du parti de l'Opposition officielle me
rappelle un peu Séraphin Poudrier qui, dans son village, terrorisait,
ratatinait la population et la contrôlait dans le temps avec des
prêts usuraires. C'était la façon du temps de terroriser.
Aujourd'hui, je regarde le chef de l'Opposition et je trouve même qu'il
lui ressemble de plus en plus, de jour en jour.
M. le Président, les agriculteurs que j'ai rencontrés
m'ont tous dit que s'ils avaient formulé la question, ils l'auraient
formulée de cette façon. Ils m'ont dit qu'elle représente
exactement ce qu'ils souhaitent. Ils souhaitent une souveraineté dans le
domaine agricole parce que souveraineté rime aussi avec une forme
d'autosuffisance, et l'association économique où il peut y avoir
des avantages puisqu'on pourra négocier l'agriculture dans un secteur
particulier des négociations comme le mentionne le livre blanc. De la
même façon que dans tous les pays au monde, on a traité
l'agriculture d'une façon particulière comme dans le
Marché commun européen. Pourquoi? Parce que tous les agriculteurs
du monde, ceux du Québec comme d'ailleurs, et les pêcheurs
également veulent nourrir la population de leur pays, de leur patrie.
Les cultivateurs du Québec ont la même volonté, le
même courage, la même détermination de faire en sorte que
les produits qui sont consommés sur le territoire
québécois soient produits par eux. De la même façon,
les ouvriers dans les usines veulent transformer les produits agricoles en
produits alimentaires qui vont être consommés par les
consommateurs québécois.
Malheureusement, nous avons à vivre dans un régime
fédéral actuel où les politiques ont toujours
été mieux adaptées aux besoins des autres. Si on regarde
les chiffres du gouvernement fédéral lui-même, on se rend
compte que 60% seulement de l'autosuffisance alimentaire du Québec est
réalisée par des Québécois, bon an, mal an. Mais si
on regarde de 1965 à 1976, le degré d'autosuffisance au
Québec est passé de 65% à 51%, diminution
considérable, de 1965 à 1976, de 65% à 51%. Depuis 1976,
depuis le nouveau gouvernement, en adoptant des politiques en fonction des
Québécois, le taux d'autosuffisance alimentaire est passé,
en 1978, à 58%. Ce sont des chiffres qui viennent du gouvernement
fédéral. Il a fallu faire des efforts considérables dans
le domaine des céréales, du boeuf et des légumes, dans les
secteurs où le gouvernement fédéral nous a combattus,
secteurs où toutes les politiques fédérales visent
à faire produire les céréales, le boeuf et les
légumes par d'autres provinces que le Québec.
Nous sommes un peu dans la situation d'une structure à deux
têtes où pour être fédéraliste, il faut
quasiment être comme un oeuf à deux jaunes pour essayer de se
retrouver dans cet ensemble de politiques, dont la plupart ont
été pensées en fonction des besoins des autres. J'aimerais
en donner quelques exemples, M. le Président. D'abord, le "Maritime
Freight Act" dont j'ai vu l'application concrète hier. Je dis hier,
c'est lundi qu'un groupe, une délégation venant du comté
de Rivière-du-Loup était dans mon bureau. Pour être
certains de ne pas me manquer, il y avait un groupe à mon bureau de
comté et un groupe au ministère de l'Agriculture. Ils sont venus
me dire à quel point ils avaient des difficultés avec les pommes
de terre de semence. Mais pourquoi avaient-ils des difficultés avec
leurs pommes de terre de semence? Parce que le gouvernement
fédéral subventionne, par le "Maritime Freight Act", 50% du
transport dans les Maritimes et qu'il donne littéralement le
marché québécois aux gens de Maritimes dans le secteur de
la pomme de terre en même temps que 247 autres produits qui sont inclus
dans le "Maritime Freight Act". Ce qu'il y a de pire, c'est qu'avec nos
impôts, M. le Président, on paie 25% de ces subventions aux gens
des Maritimes pour venir concurrencer nos agriculteurs québécois.
Allez au JAL, Just, Auclair et Lejeune, voir les gens de cette région,
voir s'ils sont favorisés par rapport aux gens des Maritimes. Ce sont
ces gens que le gouvernement fédéral vient condamner à
avoir des difficultés à mettre en marché leurs
produits.
J'ai vu cela fait longtemps qu'on n'a pas cela M. le
Président, la communauté religieuse des Clercs de Saint-Viateur,
qui aide les producteurs de la région, travaillent ensemble... Quand on
a parlé dans le passé de la croix et de la charrue, on a
oublié la faucille fédérale dans le milieu. Des religieux
et des gens de la place qui essaient de développer l'économie
dans la région. (11 h 20)
M. le Président, dans le domaine de la recherche, en agriculture,
on a $105 millions dans le budget fédéral. C'est réparti
comment? $42 millions dans l'Ouest, $42 millions en Ontario, $21 millions pour
le Québec et les Maritimes ensemble. On paie 25% des impôts,
ça veut dire que, sur $105 millions, on a payé $26 millions
d'impôt. Cela veut dire qu'on a payé $21 millions pour la
recherche au Québec et dans les Maritimes ensemble et, en plus, on a
donné $5 millions pour la recherche dans les autres provinces. C'est
cela, le régime. Si on avait nos propres impôts, on aurait
gardé $26 millions sur $105 millions. On aurait pu payer toute la
recherche qui a été faite au Québec et dans les Maritimes
et $5 millions de ce qui a été
fait en Ontario et dans l'Ouest, et cela aurait été
adapté à nos besoins plutôt qu'aux besoins d'ailleurs.
J'aimerais, parce que le temps est limité, donner l'exemple qui
m'apparaît le pire: celui de l'aide alimentaire aux pays
sous-développés. De 1963 à 1979, le gouvernement
fédéral a versé, avec nos impôts et ceux des gens
des autres provinces, $1 750 000 000 en aide alimentaire aux pays
sous-développés; pas en aides de toutes sortes, seulement en aide
alimentaire. C'est normal qu'on le fasse; de la même façon qu'on
aide ses voisins, entre pays, il faut aider ceux qui sont moins
favorisés. Là-dessus, le Québec a dû payer à
peu près $425 millions d'impôt, à peu près le quart,
au cours de ces années entre 1963 et 1979; $425 millions, c'est la part
des impôts qu'on a payée pour l'aide alimentaire qui est
allée aux pays sous-développés. Savez-vous, sur ces $1 750
000 000 d'impôts qui ont été versés en aide
alimentaire aux pays étrangers, combien de produits ont
été achetés au Québec? Un peu plus de $75 millions.
Cela veut dire que si on avait eu les mêmes sommes, on aurait pu verser
ce même montant et il nous resterait $350 millions. Avec ces $350
millions, on aurait pu donner les produits agricoles qu'on a en surplus, comme
le font tous les pays d'ailleurs. C'est d'ailleurs ce que le
fédéral a fait, il a donné des grains de l'Ouest qu'il
avait en surplus, au lieu de donner les produits laitiers qu'on a en
surplus.
Si le Québec avait eu ces impôts, on aurait pu, au cours
des dix années, donner de la poudre de lait, c'est excellent, c'est bon
pour les enfants. Dans les pays sous-développés, c'est bien
d'aider les enfants, de penser aux enfants, ils vont aimer mieux de la poudre
de lait que du grain. On aurait pu, à ce moment-là, au cours de
dix ans, écouler tous nos surplus de poudre de lait. Nos cultivateurs
n'auraient pas eu besoin de payer des frais d'entreposage, on n'aurait pas eu
besoin d'entreposer, on aurait écoulé nos surplus au fur et
à mesure. On n'aurait pas eu besoin de payer de frais d'exportation, ce
serait parti. On aurait pu aider des pays sous-développés et
aider nos agriculteurs en même temps, tout le monde aurait
été heureux.
Le fédéral a dit: Je vais prendre l'argent dans la poche
des Québécois, je vais donner de l'aide alimentaire aux pays
étrangers avec cela et, en même temps, je vais aider l'Ouest. Et
nous, on a payé. C'est cela le changement que ça apporterait si
toutes les taxes étaient versées au Québec. Dans toute
cette question, le point important... Je me rappelle toujours que M. Duplessis,
en cette Chambre quand j'étais jeune étudiant, je venais
l'écouter disait: "Celui qui paie, c'est celui qui mène".
Cela n'a pas changé. Actuellement, on mène à 50% au
Québec, parce qu'on paie 50% de nos impôts à Québec
et 50% à Ottawa. Le reste de l'année, on va voir Ottawa et on
dit: Nous en redonnerais-tu sur les 50% qu'on t'a donnés? Tandis que
là, on pourrait avoir nos taxes à 100%.
On va faire des ententes, on est prêt à faire des ententes
à tour de bras, mais on va payer seulement quand ça va nous
rapporter quelque chose. On ne paiera pas de subvention aux Maritimes pour nous
faire concurrence. On ne paiera pas 25% des $60 millions à Ford, pour
s'établir en Ontario. On ne paiera pas pour l'aide alimentaire, on est
capables de le faire seuls; pour l'aide alimentaire, on n'a pas besoin
d'association. On va garder nos taxes et on va aider les pays qui en ont besoin
nous-mêmes. C'est cela, la différence.
Même sur le nombre des fonctionnaires, à Ottawa, en
agriculture, il y a 11 590 fonctionnaires; au Québec, il y en a 1568. Si
on avait payé avec notre proportion de taxes, on en aurait eu à
peu près entre 2800 et 2900, cela veut dire qu'on aurait pu en avoir
1300 de plus "gratis"! On aurait pu avoir 1300 fonctionnaires de plus en
agriculture au Québec et cela ne nous aurait pas coûté un
cent; on paie déjà des taxes à Ottawa, mais ils engagent
des gens de l'Ouest et des gens de l'Ontario.
L'association économique, qu'est-ce que cela va nous permettre?
D'abord, un point important qui a été mentionné par le
premier ministre aux agriculteurs au congrès de l'UPA. Le seul avantage
que je vois, ce sont les $2.66 qui sont versés pour subventionner les
produits laitiers aux consommateurs; c'est versé aux agriculteurs, mais,
au fond, ça profite aux consommateurs. Le premier ministre, au
congrès de l'UPA, a dit: Quand la politique laitière sera
rapatriée au Québec, en même temps que les taxes, le
gouvernement du Québec s'engage à verser ces $2.66 aux
producteurs laitiers. Je pense que c'est une garantie extraordinaire, parce que
c'est la seule véritable interrogation que les agriculteurs ont à
l'esprit quand on parle de la souveraineté-association. Nous serons
aussi dans la position de négocier tous nos produits ensemble au lieu de
négocier produit par produit.
Je vous dis que quand on arrive dans la salle des négociations et
qu'on va dire au gars de l'Alberta, en lui donnant un petit coup de coude: Tu
penseras à nous, tu penseras à ton boeuf de l'Ouest quand tu
voteras tantôt parce que 70% du boeuf qui sort de l'Alberta s'en vient
dans la province de Québec! Cela aide à réfléchir,
avant de voter, sur le partage des marchés. Les grains de l'Ouest.
L'actuelle Confédération nous oblige à acheter tous nos
grains dans l'Ouest, on est obligé, on n'a pas le choix. Ils nous les
vendent au prix qu'ils veulent, plus cher qu'aux Russes, c'est pareil, il faut
acheter! Avec notre souveraineté-association, on va dire: On est
d'accord pour passer par vous autres en premier, qu'est-ce que vous nous donnez
en retour? On va discuter de cela. On est prêt à prendre de vous
nos céréales; si vous ne voulez pas nous donner des avantages, on
va acheter des Etats-Unis. 60% des céréales commercées
dans le monde le sont par les Américains; pourquoi achèterait-on
plus cher au Canada si on ne nous donne rien en retour. S'ils nous donnent
quelque chose en retour, on verra si cela a du bon sens.
On a un pouvoir de négociation extraordinaire sur le plan
agro-alimentaire et je suis convaincu,
comme la plupart de ceux qui ont étudié la question, que
s'il y a un domaine où les gens vont profiter de la
souveraineté-association, c'est dans le domaine agro-alimentaire, dans
le domaine agricole. Là-dedans, il n'y a aucun doute, et c'est pour cela
que vous voyez que le livre beige du Parti libéral est si pauvre, il y a
une maigre page qui nous remettrait dans une situation pire que maintenant,
parce qu'il donne à Ottawa des pouvoirs qui, actuellement, appartiennent
au Québec. Je termine en disant qu'un oui à la question, ce sera
un oui pour les agriculteurs, un oui pour les pêheurs, et, comme
député de Lévis, je dirais que c'est aussi un oui pour une
marine marchande, un oui pour du cabotage fait par des Québécois
sur le fleuve Saint-Laurent, un oui pour la réparation des bateaux faite
au Québec plutôt qu'à l'étranger.
M. Shaw: M. le Président... M. Picotte: M. le
Président...
Le Vice-Président: Voici, M. le député de
Pointe-Claire. Préalablement, à la séance de ce matin, il
y a eu une entente entre la présidence de l'Assemblée nationale
et les différents partis politiques sur l'ordre des orateurs; à
ce stade-ci, je dois donner la parole au député de
Maskinongé.
M. le député de Maskinongé.
M. Yvon Picotte
M. Picotte: M. le Président, il me fait plaisir de
participer à ce débat si important et si crucial dans l'histoire
des Québécois et d'inviter chacun des citoyens du Québec
à y participer pleinement parce que, à mon avis, chaque citoyen a
le devoir d'y participer consciencieusement. Nous avons démontré,
de ce côté-ci, de la réticence; nous allons dire non.
Certains de nos collègues l'ont expliqué, mais je pense qu'il est
important de souligner que nous avons devant nous un gouvernement d'emballage
et un gouvernement de manipulation. C'est pour cela que vous allez pouvoir
constater, au fur et à mesure, et que le citoyen du Québec va
constater aussi que, dans toute cette histoire de
souveraineté-association, s'il regarde comme il doit regarder, il va
savoir que ce gouvernement veut le manipuler. On vient d'ailleurs d'en avoir un
triste exemple, il y a quelques minutes, lorsque le ministre de l'Agriculture a
pris la parole; mais j'y reviendrai tantôt, M. le Président. (11 h
30)
Un gouvernement d'emballage, donc un gouvernement de manipulation, un
gouvernement qui a trompé volontairement la population. Nous n'avons
qu'à nous référer au tout début du mandat de ce
gouvernement qui, déjà, promettait un premier
référendum en dedans de deux ans et nous en sommes rendus
à tout près de six mois, de huit mois de la fin du mandat. Ce
n'est pas pour rien que ce gouvernement a retardé son
référendum à ce moment-ci, M. le Président, c'est
pour mieux dire tantôt, le cas échéant où il aurait
un oui, aux gens du Québec: Ecoutez, vous n'avez pas le choix;
même si on ne fait pas votre affaire, vous n'avez pas le choix de nous
réélire parce que vous venez de nous donner le mandat d'aller
négocier. C'est encore tromper volontairement l'électorat du
Québec, premièrement.
Deuxièmement, on parle dans la question de l'utilisation de la
même monnaie. Pourquoi? Parce que c'est important pour les
Québécois de garder la même monnaie. C'est important. Je me
demande si le premier ministre va confier au ministre de l'Environnement la
tâche d'aller négocier cette utilisation de la même monnaie,
lui qui refuse de se lever durant le chant O Canada lors d'une joute de hockey
ici, au Colisée de Québec. J'espère que ce n'est pas lui
qui va aller négocier avec Ottawa parce que j'ai fortement l'impression
qu'il va falloir se créer une monnaie.
Encore là, un gouvernement d'emballage; on dit aux
Québécois: C'est important, la monnaie; on va vous la conserver.
On ne sait même pas d'avance ce qui va arriver, mais on l'utilise
à l'intérieur de la question. Toujours un frappe-à-l'oeil,
un trompe-l'oeil, un trompe-consommateur, un trompe-Québécois, M.
le Président.
On parle d'un second référendum, je vous l'ai dit
tantôt. Le premier ministre l'a dit le 21 décembre, la
souveraineté, c'est non négociable. Ce même premier
ministre avait dit à l'Economic Club, à New York: La
souveraineté, c'est l'indépendance politique du Québec.
Donc, les citoyens du Québec doivent savoir que, si jamais ils disent
oui au référendum, automatiquement, ils viennent de dire oui
à la souveraineté qui est non négociable et, dans l'esprit
des gens d'en face, ce sera chose faite, ce sera l'indépendance
politique d'ac-quise. Après cela, on ira négocier l'association;
si ça marche, on dira aux Québécois: Ça fonctionne
à 50%, à 10%, à 75%, ou ça ne fonctionne pas du
tout, et on n'a pas d'autre choix que de faire comme le ministre de
l'Agriculture vient de le mentionner, on n'a pas d'autre choix que de se
séparer. Là, on pourra envoyer l'aide alimentaire qu'il faut aux
pays sous-développés et là, on verra si ce sera important
d'avoir une boule de crème glacée de plus sur notre cône ou
une de moins. On se chicanera pour nous mentionner, à nous les
Québécois: Bien, mon père est plus fort que le tien. C'est
un peu l'argument que le ministre de l'Agriculture a utilisé
tantôt.
On utilise évidemment, à toutes fins utiles, le mot Canada
à l'intérieur de la question, parce que c'est important que le
mot Canada ne disparaisse pas. On veut détruire un pays, on veut
l'abattre, on veut le casser, mais il faut quand même que le mot Canada
soit là pour tâcher que les Québécois se fassent
attraper encore davantage. C'est la vraie stratégie de Doris Lussier
suivie à la lettre, M. le Président, même si le premier
ministre a dit que ce n'était pas cela; remarquez, c'est suivi à
la lettre, mot pour mot. La seule façon de faire l'indépendance
du Québec, c'est de ne pas en parler et de ne pas utiliser ce mot. C'est
ce
que les gens d'en face nous disent depuis le début.
M. le Président, le ministre de l'Agriculture a dit que tous les
agriculteurs qu'il rencontrait parlaient de l'importance de la question et
qu'elle était juste. Il est venu à Louiseville, le ministre de
l'Agriculture, il y a trois semaines, dès qu'il a mis les pieds dans la
salle où il y avait 300 agriculteurs, on lui a dit: On ne veut entendre
parler ni de la question, ni du référendum, ni de la
souveraineté-association; on veut que tu viennes nous dire comment tu
vas faire pour régler nos problèmes agricoles. C'est ce que les
agriculteurs du Québec ont dit au ministre de l'Agriculture.
Il a comparé, je ne l'appellerai pas minus, je vais l'appeler
encore ministre, mais ce serait le minus de l'Agriculture... Il est tellement
"cheap", ce ministre de l'Agriculture, qu'il a comparé le chef de
l'Opposition à Séraphin, tout en ne pensant pas qu'il pourrait
être le Todore des Pays d'en Haut qui a tout vu, qui a tout fait, en se
pétant les bretelles et en pensant qu'il a tout découvert, le
ministre de l'Agriculture. Todore Bouchonneau, comme si, M. le
Président, c'était important, à ce moment où on
discute des choses aussi importantes, de faire des comparaisons insipides comme
le ministre de l'Agriculture l'a fait. On ne s'abaissera pas à faire des
choses semblables. Il est venu dans le comté de Maskinongé et il
s'est fait dire: Parlez-nous d'agriculture. On ne veut même pas entendre
un mot sur la souveraineté-association. Quels ont été les
documents de presse le lendemain, M. le Président? Savez-vous ce qu'on a
dit? Le ministre de l'Agriculture réussit à peine à
prononcer le mot "souveraineté-association" deux ou trois fois dans deux
heures de discussion avec les agriculteurs parce que les agriculteurs ne
veulent pas entendre parler de cela. Ils veulent voir régler leurs
problèmes. Or, il a réussi le soir devant 19 personnes, 19 francs
militants du comté de Maskinongé, 19 francs militants
péquistes, à parler de souveraineté-association. Toute une
gloire! Là, il en a pété de la broue. Là, il les a
pétées ses bretelles. Là, il en a conté des
menteries. Il n'était pas devant les agriculteurs. Il pouvait parler
d'agriculture devant des militants qui ne connaissaient pas cela, M. le
Président.
On a parlé de pommes de terre. On prend ce qui fait son affaire.
Je viens d'entendre le ministre de l'Agriculture, qui a parlé de pommes
de terre. Imaginez-vous! C'est épouvantable! Les Maritimes ont vendu
plus de pommes de terre. Il n'a pas dit, par exemple, que les producteurs de
lait au Québec produisent 35% ou 40% de surplus de lait que les autres
provinces du Canada subventionnent pour faire de la poudre de lait. Il n'a pas
parlé de cela. Il a parlé des pommes de terre. J'aime mieux, M.
le Président... Pour les agriculteurs du Québec, je
n'échangerais pas les pommes de terre des Maritimes pour la production
laitière du Québec. J'aime encore mieux garder la production
laitière. C'est plus important et c'est plus subventionné
à mêmes toutes les autres provinces du Canada. Il n'a pas
mentionné cela. Non, non. On mentionne ce qui fait l'affaire.
Gouvernement d'emballage, gouvernement de tromperie, gouvernement de
péteux de broue. C'est ce qu'il y a en avant de nous, M. le
Président. On ne peut pas embarquer là-dedans.
Quant à l'aide alimentaire aux pays
sous-déve-loppés je vous l'ai dit tantôt on
aurait pu envoyer de la poudre de lait au lieu d'envoyer du grain parce que
c'est meilleur pour les enfants. Comme quand le ministre de l'Agriculture se
promenait et disait: On échangera du lait pour du pétrole dans un
Québec indépendant. Probablement qu'il a goûté
à cela dans son café et il a trouvé que c'était
aussi bon du pétrole que du lait dans le café. C'est comme cela
qu'on raisonne, échanger du pétrole pour du lait. C'est si
facile. On va jouer du coude, M. le Président.
Les gens d'en face voulaient savoir ce que c'est. Les gens d'en face, je
vais vous le dire. Ils sont comme cela à part cela. Encore ce matin,
dans le Journal de Québec, M. le Président, regardez le genre de
négociations que les gens d'en face veulent faire avec le Canada. C'est
Pierre Bourgault. Ce n'est pas un fédéraliste. C'est un ami
intime des gens d'en face. Il a trouvé la solution pour négocier.
"Les Anglais du Québec doivent nous servir d'otages." C'est de Pierre
Bourgault, à la page 13 du Journal de Québec d'aujourd'hui.
Servir d'otages, les Anglais du Québec, pour tâcher de faire la
souveraineté-association. Ce sont nos négociateurs d'en face.
C'est comme cela qu'ils veulent aller négocier. Savez-vous pourquoi on
veut négocier comme cela? C'est pour dire aux Québécois
lors du deuxième référendum: II n'y a pas moyen de
s'entendre avec ces gars-là. Ce sont des Anglais. Ils ne comprennent
rien. Vous n'avez pas d'autre choix, maintenant que vous nous avez dit de faire
l'indépendance politique du Québec, la souveraineté. On ne
peut plus s'associer parce qu'ils ne veulent rien savoir et on n'a pas d'autre
choix. On va faire l'indépendance tout court. C'est exactement l'esprit
des gens d'en face.
Je dis aux Québécois, je dis aux agriculteurs du
Québec: C'est bien important que vous relisiez le discours du ministre
de l'Agriculture. Vous allez vous rendre compte que le ministre de
l'Agriculture ne vous a pas dit comment, dans un Québec
indépendant, nous qui sommes obligés d'aller chercher à
l'extérieur du boeuf d'abattage, sauf le lait et les oignons
comme l'a dit le ministre de l'Agriculture dans une commission parlementaire
on est autosuffisant uniquement dans le lait, les oignons et les
carottes... Pour tout le reste, il faut aller le chercher à
l'extérieur. Il va falloir jouer du coude pas mal fort, M. le
Président, pour tâcher de discuter avec ces gens. Le ministre de
l'Agriculture n'a pas dit aux agriculteurs du Québec, dans un
Québec indépendant, de quelle façon on va devenir
autosuffisant dans tous ces domaines. Il l'a trompée. Il l'a
emballée. Il ne veut pas que la population du Québec sache cela.
(11 h 40)
Je dis, en terminant, que la population du Québec est trop
"mature" pour se laisser manipuler. La population du Québec est
maintenant trop
"mature" pour se laisser tromper. Les agriculteurs du Québec vont
faire exactement ce qu'ils ont fait au ministre de l'Agriculture lors de son
passage dans le comté de Maskinongé. Non, M. le ministre, vous ne
parlerez pas de souveraineté-association. Les agriculteurs du
Québec, M. le Président, vont dire, au prochain
référendum: Non, merci, parce que vous n'êtes pas capables
de nous démontrer que, dans un Québec indépendant et
séparé, on pourrait être autosuffisant et garder notre
niveau de vie comme il doit être.
M. le Président, comme les autres, mon non est
québécois. J'invite les agriculteurs du Québec à y
réfléchir sérieusement. J'invite toute la population du
Québec à regarder tout ce que le gouvernement a fait depuis le
début, gouvernement d'emballage, gouvernement de manipulation. C'est le
temps ou jamais où le peuple québécois ne se laissera pas
manipuler. Avec l'Opposition officielle, ils diront à ce gouvernement
trompeur et malhonnête: Non, merci.
Le Vice-Président: Mme la députée des
Iles-de-la-Madeleine.
Des Voix: Bravo!
Mme Denise LeBlanc-Bantey
Mme LeBlanc-Bantey: Merci, M. le Président. Ai-je besoin
de vous dire dès maintenant que, bien évidemment, je
répondrai oui à la question du gouvernement? En écoutant
certains des collègues de l'Opposition qui m'ont
précédée, je n'ai pu m'empêcher d'établir une
comparaison entre ce qu'ils affirment et ce que nous vivons depuis toujours aux
Iles-de-la-Madeleine. Ils disent qu'ils répondront non à la
question parce que, entre autres choses, l'association, nous l'aurions
déjà.
Je leur propose fortement de venir vivre sur place, chez nous, cette
association actuelle. Ils s'apercevront que les avantages de cette association,
c'est comme la débâcle des glaces au printemps. Les avantages s'en
vont toujours vers le large. Pour nos Iles, l'association a des implications
bien précises. On paie plus cher nos légumes. On paie plus cher
notre viande. On paie plus cher notre lait et il nous arrive aux
Iles-de-la-Madeleine déjà à moitié suri. C'est de
cette façon que nous vivons quotidiennement les bienfaits du
fédéralisme. Sous le système actuel, les Iles ne sont ni
plus ni moins qu'un endroit idéal pour faire du dumping.
Pourtant, les Madelinots ainsi que les nombreux Québécois
qui nous visitent chaque année laissent des millions de dollars à
l'Ile-du-Prince-Edouard, à la Nouvelle-Ecosse, au Nouveau-Brunswick, et
lorsque j'ai eu l'audace ou le culot de suggérer que les affiches
à l'extérieur de Charlottetown devraient au moins indiquer en
français les directions pour se rendre aux Iles par le tra-versier, j'ai
failli causer un incident diplomatique. Encore heureux que nous n'étions
pas sous bref.
L'association existante, c'est aussi le système de transport
aérien que nous offre EPA, s'il vous plaît, exclusivement en
anglais. L'association existante, c'est encore l'aéroport désuet
que le gouvernement central promet de rendre sécuritaire et potable
depuis quinze ans; au moins quinze ans, parce que, à l'époque, M.
Trudeau était ministre sous le gouvernement Pearson. L'association
actuelle, c'est encore ce lobby indécent qui, jusqu'à maintenant,
a réussi à bloquer les fonds d'Ottawa, perçus à
même nos impôts, pour accentuer le déblocage de la mine de
sel aux Iles-de-la-Madeleine. Dieu sait, M. le Président, que ce n'est
pas le chômage qui nous manque.
Enfin, l'association actuelle, cela veut dire que nous ne sommes pas
représentés à Ottawa. Le district électoral que
nous possédions auparavant est disparu. Même le leader
parlementaire de l'Opposition sera d'accord pour reconnaître que, sur ce
plan, nous n'avons pas été choyés. C'est cela le bilan de
la soi-disant association existant dans le fédéralisme actuel
pour les Iles-de-la-Madeleine.
Je sais bien que certains défenseurs du non seraient
tentés de nous répondre que c'est grâce au gouvernement
fédéral que nous avons l'assurance-chômage, que c'est
grâce au gouvernement fédéral que nous avons nos ports de
pêche et nos bureaux de poste. Mais, M. le Président, je pense
parler au nom de tous les Madelinots quand j'affirme solennellement qu'on
échangerait volontiers notre assurance-chômage pour un
développement économique qui nous donnerait des emplois
durables.
Pour ce qui est des ports de pêche, nos pêcheurs sont de
grands voyageurs et ils ont déjà eu l'occasion de constater par
eux-mêmes que ces installations font pitié à
côté des superports luxueux de Terre-Neuve. C'est bien beau de
reconnaître le principe de l'égalité des peuples, mais, aux
Iles-de-la-Madeleine, on ne peut s'empêcher de croire qu'actuellement un
peuple est plus égal que l'autre.
Il ne faudrait pas que j'oublie, en terminant mon allusion aux
Iles-de-la-Madeleine, de parler aussi des bureaux de poste parce qu'en
dépit de la bonne volonté des employés des bureaux de
poste il arrive que ces bureaux de poste ne servent qu'à arborer le
drapeau du Canada. A cause de notre aéroport désuet, en effet,
nous vivons des semaines complètement isolés. Pas besoin de vous
dire qu'alors le courrier se fait rare.
Le tableau que je viens de brosser se compare parfaitement, pour ne pas
dire scandaleusement, à la situation des pêches maritimes
québécoises dans le système actuel. A quelqu'un qui
regarde les pêches d'un oeil quelque peu averti, non partisan, la
réalité saute aux yeux. Comment expliquer la pauvreté de
nos pêcheurs alors que le territoire maritime du Québec est
à la fois immense et riche? Cette distorsion entre le potentiel et la
réalité est évidente. Tout le monde sait que, dans
l'industrie canadienne des pêches, le Québec constitue le maillon
faible, que Terre-Neuve et la Nouvelle-Ecosse prélèvent
au-delà de 80% des captures de l'Est du Canada, alors que le
Québec doit se contenter d'un maigre 5,6%, pour être exact.
Ce qu'il faut se demander aujourd'hui, ce n'est pas si les
pêcheries québécoises sont rachiti-ques ou maigrichonnes.
Tout le monde sait aussi qu'elles n'ont que la peau et les os. Ce qu'il faut se
demander en premier lieu, c'est: Est-ce qu'on peut espérer une
amélioration de l'état de santé des pêches dans le
régime fédéral? Dans un deuxième temps, si nous
répondons oui à la question, qu'est-ce qu'une nouvelle entente
négociée pourrait apporter au secteur des pêches?
Bien sûr, un bon gouvernement peut apporter une note plus radieuse
au bulletin de santé de nos pêches maritimes. C'est, d'ailleurs,
ce que nous avons fait depuis trois ans. Mais la meilleure
physiothérapie n'empêche pas l'estropié de boiter. Le mal
des pêcheries québécoises est trop profond, est trop grave
pour qu'on puisse espérer le guérir par des valiums. Notre
vulnérabilité vient du fait que les pouvoirs les plus
déterminants en matière de pêche sont à Ottawa. A
Ottawa, pas besoin de vous dire que ce sont les Maritimes qui comptent en
matière de pêche. Arrêtons donc de nous conter des sornettes
et de nous voiler les yeux. On ne peut pas améliorer la situation des
pêches québécoises si on ne renverse pas ce rapport de
force qui favorise nettement Terre-Neuve et la Nouvelle-Ecosse. Ce ne sont
sûrement pas les trouvailles du livre beige qui vont persuader les
pêcheurs des Maritimes de limiter leur appétit.
Le livre beige veut donner la juridiction au Québec sur la
pêche côtière. Mais, M. le Président, faudra-t-il que
je leur apprenne aujourd'hui que nous l'avons déjà cette
compétence, que nous l'avons depuis 1922? Cela n'a jamais
empêché le gouvernement canadien de la saborder en octroyant aux
flottes des provinces maritimes des quotas de poissons qui devraient être
réservés à nos pêcheurs côtiers.
L'escouade fédéraliste qui incite nos concitoyens à
dire non à la question référendaire invite donc les
populations du territoire maritime à se contenter de ce qu'elles ont. La
vérité devrait l'obliger à dire aux pêcheurs, aux
travailleurs d'usine, aux producteurs de poissons et aux populations
côtières que ce non veut institutionnaliser notre vivotage
chronique. Mais cette vérité, nos vendeurs de la démission
la tairont. Pour le chef du peloton fédéraliste, si la
vérité délivre, comme disait Bernanos, elle met des
conditions trop dures à son orgueil.
Le secteur des pêches maritimes a trop besoin d'un nouveau souffle
pour qu'on puisse accepter une telle démission. Si les gens de l'Est du
Québec, des Iles-de-la-Madeleine et de la Côte-Nord veulent
espérer des changements majeurs, ils ne peuvent faire autrement que de
voter oui à la question. Cela, nous, dans les régions maritimes,
l'avons compris depuis longtemps, parce qu'un oui à une nouvelle entente
négociée, c'est un oui à un Québec égal
à ses partenaires de l'Est du Canada, un oui à un
véritable territoire maritime pour le Québec, un oui à
l'exercice des seuls pouvoirs du Québec sur ce territoire maritime. (11
h 50)
En effet, M. le Président, en répondant oui au mandat de
négocier la souveraineté-association, c'est un mandat pour faire
en sorte que le Québec soit le seul à légiférer sur
son propre territoire. Or, le territoire maritime du Québec, c'est tout
simplement le prolongement naturel de son territoire terrestre, tel que cela a
été reconnu par la Convention de Genève, en 1959. Le
territoire maritime du Québec, c'est d'abord tout le fleuve et
l'estuaire du Saint-Laurent, de Montréal à Cap-des-Rosiers. Cela
veut dire que les pêcheurs de ces deux rives, qu'ils habitent
Sainte-Anne-de-la-Pérade, God-bout, Sept-lles, Havre-Saint-Pierre,
Kamouraska, Sainte-Flavie, Matane ou Grande-Vallée, seraient chez eux au
Québec si nous vivions en égalité avec les autres
provinces maritimes.
Le territoire maritime du Québec, c'est aussi la moitié de
la baie des Chaleurs et la moitié du territoire qui sépare la
Basse-Côte-Nord du Québec de la rive ouest de Terre-Neuve. Cela
signifie que les pêcheurs de la Gaspésie et de la Côte-Nord
partageraient, moitié-moitié, les ressources qu'ils exploitent en
commun avec leurs vis-à-vis des Maritimes au lieu d'en retirer entre 10%
maintenant sur la Côte-Nord, 30% dans la baie des Chaleurs, et autour de
22% dans le golfe Saint-Laurent. Le territoire maritime du Québec, c'est
aussi près de 60% de la superficie totale du golfe Saint-Laurent.
N'allez surtout pas croire qu'il s'agit d'une élucubration
péquiste. Le découpage du golfe Saint-Laurent entre les provinces
riveraines a été établi en 1964 par l'assemblée des
premiers ministres de l'Est et il a été accepté à
l'unanimité. Le territoire maritime du Québec, c'est enfin toutes
les eaux nordiques qui baignent plus de 2000 milles de côtes dans la baie
et le détroit d'Hudson, dans la baie James et dans la baie d'Ungava.
J'ai apporté, à l'intention du chef de l'Opposition
officielle et du chef de l'Union Nationale qui n'ont certainement pas
pensé à ces pêcheurs avant de dire non, une carte sur
laquelle ils pourront vérifier le territoire maritime du Québec.
On a souvent dit qu'une photo valait 1000 mots, alors je suppose que la carte
vaudra bien plus que tout ce que je viens de dire. Par contre, si on dit oui
et je dirai oui et les pêcheurs de l'Est du Québec et de la
Côte-Nord diront oui à la nouvelle entente on sera chez
nous dans cet immense territoire. On décidera nous-mêmes de quelle
façon et par qui seront exploitées les ressources. Les
pêcheurs non québécois ne pourront plus impunément
venir siphonner notre ressource sous notre nez avec la
bénédiction du gouvernement du Canada. Oui, le territoire
maritime du Québec est immense. Dans un régime de
souveraineté-association négociée, ce territoire nous
permettra de protéger adéquatement la presque totalité des
zones de pêche des Québécois, des zones où les
Québécois pourraient être les seuls à frayer. A
moins que nous décidions librement s'il nous est avantageux d'autoriser
une certaine pêche dans nos eaux par nos associés, en
échange d'une pêche équivalente sur leur territoire. Mais
il ne faudrait pas que j'oublie: les défenseurs du non aux
pêcheurs québécois bran-
dissent maintenant l'anathème de la zone de 200 milles.
Après avoir perdu les montagnes Rocheuses, nous allons perdre les
multiples splendeurs de la zone de 200 milles.
M. le Président, c'est précisément pour
récupérer cette zone que nous avons besoin d'une nouvelle entente
parce que, à l'heure actuelle, le gouvernement du Canada est en train de
la livrer entièrement à la Nouvelle-Ecosse et à
Terre-Neuve. Le Québec n'a pas encore obtenu un seul permis de
pêche permanent dans la zone de 200 milles. Avec la nouvelle entente,
nous y aurons accès de deux façons: d'abord par les eaux
nordiques qui débouchent directement sur cette zone et, ensuite, par la
négociation d'égal à égal avec nos partenaires des
provinces de l'Atlantique. N'oublions pas que les provinces de l'Atlantique
détiennent actuellement des privilèges exorbitants dans notre
territoire maritime et elles ne voudront pas les perdre. Quand nous
rétablirons nos droits, nous serons en position d'obtenir des quotas
dans la zone de 200 milles par la négociation intelligente et
nécessaire de certaines concessions de pêche faites aux provinces
maritimes dans le golfe et dans nos eaux nordiques.
Négocier une nouvelle entente, dire oui à la question,
c'est aussi négocier un chez-soi aux pêcheurs du Québec;
c'est leur négocier tout un territoire qu'ils pourront cultiver,
exploiter, gérer au profit des populations côtières et de
l'économie du Québec. De grandes perspectives, de merveilleuses
perspectives s'offrent donc aux pêcheries québécoises si
nous les exploitons nous-mêmes. Face à la question
référendaire, je considère qu'il faut être
torpilleur pour recommander aux gens de la mer de dire non.
M. le Président, au moment de larguer les amarres, il se trouve
naturellement des gens qui sont nerveux, qui ont peur, et on peut les
comprendre, mais il serait néanmoins désastreux de nous comporter
en marins d'eau douce. Les vrais capitaines, les vrais hommes et les vraies
femmes de la mer, eux, ne craignent pas ce geste de départ et de
recommencement.
Aux Iles-de-la-Madeleine, comme dans l'Est du Québec, sur la
Côte-Nord, notre peuple n'a pas fait tant de sacrifices, n'a pas combattu
autant pour sa survie pour abdiquer au moment où il se trouve au seuil
de la libération et de sa dignité. Le chef de l'Opposition
officielle, hier, a déclaré que notre appel à la
solidarité n'était que de la foutaise. Il a perdu ses attitudes
de journaliste, il devrait se renseigner davantage et il découvrira,
dans l'Est du Québec, des centaines de ses partisans qui peuvent d'abord
penser à l'avenir de leurs enfants et faire une distinction entre le
référendum, entre un oui à un Québec fort et digne
et une campagne purement partisane.
Le Vice-Président: M. le ministre des Consommateurs,
Coopératives et Institutions financières.
M. Guy Joron M. Joron: M. le Président, le premier
ministre nous propose d'adopter une question qui deviendra l'objet d'un
référendum d'ici quelques mois. Dans le libellé de cette
question, je ne retiendrai, pour l'instant, qu'un membre de phrase, celui qui
veut que nous proposions de négocier, avec le reste du Canada, une
nouvelle entente, cette nouvelle entente devant permettre au Québec
d'acquérir le pouvoir exclusif de faire ses lois, de percevoir ses
impôts et d'établir ses relations extérieures, ce qui est
la souveraineté. Souveraineté, c'est un mot juridique du jargon
du droit constitutionnel, avec lequel, peut-être, un certain nombre de
Québécois et Québécoises ne sont pas très
familiers. (12 heures)
II est peut-être utile de s'arrêter quelques instants et de
se demander en quoi ce nouveau statut de pleine souveraineté
différerait de la situation dans laquelle nous nous retrouvons à
l'heure actuelle. Essentiellement, il s'agit de passer de l'état de
demi-souveraineté dans lequel nous nous trouvons depuis un peu plus de
cent ans maintenant à l'état de pleine souveraineté. Ce
n'est pas un passage de zéro à l'infini, c'est un passage d'un
état, d'une situation où les Québécois assument
déjà, depuis plus d'un siècle, la moitié de la
souveraineté dans le sens qu'ils sont responsables de la gestion, en
gros, de la moitié des impôts qu'ils paient et qu'ils font les
lois sur à peu près la moitié des sujets qui concernent la
vie de tous les jours, qui concernent leur vie de tous les jours.
Passer de la demi-souveraineté à la pleine
souveraineté, évidemment, implique plus de
responsabilités; cela implique qu'il faut se demander et on se le
demande dans notre société depuis déjà une
génération si les Québécois, habitués
depuis cent ans à exercer la moitié de leur souveraineté,
peuvent penser assumer maintenant la deuxième moitié, donc, en
quelque sorte, se mettre à charge une responsabilité
supplémentaire. Les Québécois sont-ils prêts
à assumer une plus grande responsabilité que celle qu'ils
assument depuis un siècle? Je pense que c'est un des aspects
fondamentaux du débat actuel. Il est peut-être utile de revenir
sur des choses fondamentales à ce moment-ci pour se demander, dans le
fond, ce qui fait qu'une société, la nôtre comme n'importe
quelle autre, fonctionne bien et peut prospérer économiquement.
Qu'est-ce qui fait marcher une société? La nôtre ou
n'importe quelle autre. Essentiellement, d'abord et avant tout, ce sont des
hommes et des femmes.
La richesse humaine est la première et la plus fondamentale de
toutes. La qualité d'une population, c'est ce qui fait que des pays sont
prospères et que d'autres le sont moins, d'abord et avant tout,
peut-être pas exclusivement, mais on a vu tant d'exemples, dans
l'histoire du monde, de peuples qui, dans des coins de la terre relativement
déshérités au point de vue des richesses naturelles, sont,
par leur génie, par leur travail, arrivés à un niveau de
vie acceptable et parfois, dans quelques cas, parmi les niveaux de vie les plus
élevés que nous connaissions sur la terre, à l'heure
actuelle. La qualité humaine de la popu-
lation, je pense que nous l'avons et nous l'avons amplement. Je ne veux
pas reprendre des choses qui ont été dites par d'autres, je me
contenterai d'un seul exemple. Depuis l'année dernière
c'est depuis peu, j'en conviens le Québec produit plus de
diplômés universitaires par habitant que la province de l'Ontario.
On a une qualité humaine indéniable au Québec et je pense
qu'il est inutile d'en discuter, tout le monde est d'accord là-dessus,
la richesse humaine, nous l'avons.
Bien entendu, au-delà de la richesse humaine, cela aide quand il
y a en plus sur le territoire en question des richesses naturelles qu'on peut
exploiter, transformer, vendre, avec lesquelles on peut créer des biens
et des produits et les échanger avec les autres pays de la terre, bien
que ce ne soit pas une condition essentielle. Quand on regarde la carte du
monde, et surtout ces quatre petits pays, à peine plus gros que le
Québec en population certains sont d'ailleurs plus petits
qui occupent le sommet de la liste des pays au point de vue du niveau de vie
à l'heure actuelle je ne vous parle pas de statistiques vieilles
de dix ans, je vous parle des statistiques les plus récentes des Nations
Unies on retrouve au sommet, en haut de la pyramide, la Suisse, la
Suède, le Danemark et maintenant la Norvège, quatre pays
guère plus populeux que le Québec trois d'entre eux sont
moins populeux que le Québec et dont les territoires sont souvent
beaucoup plus petits.
Je prends l'exemple du pays le plus riche de tous, la Suisse, qui
entrerait à peu près 35 fois dans le territoire du Québec,
la Suisse, qui comprend exactement la même population que celle du
Québec, 6 300 000 habitants très exactement, mais qui a
passablement moins de richesses naturelles que le Québec. Par contre, la
Suisse, bien entendu, a une certaine agriculture bien que déjà
petite, elle ait un petit pourcentage seulement de son territoire qui soit
exploitable au point de vue agricole, parce que tout le monde le sait
c'est plein de montagnes en Suisse.
Mais pourquoi la Suisse est-elle si riche si elle a si peu de richesses
naturelles hors de son agriculture et d'un tantinet de ressources
hydroélectriques? C'est à peu près tout ce qu'il y a comme
richesses naturelles en Suisse. Mais c'est parce que les Suisses sont
ingénieux, parce que les Suisses sont éduqués, parce que
les Suisses travaillent, c'est la recette primordiale.
En plus d'avoir une qualité de population au Québec, il y
a des richesses naturelles que mon collègue du développement
économique, tout à l'heure, décrivait et que, sans doute,
mon collègue de l'énergie et des ressources reprendra dans un
autre moment, mais il y a aussi et c'est le point sur lequel je veux en
venir une autre forme de richesse, qui est importante aussi,
essentielle, dans une économie développée, dans une
économie moderne, c'est la richesse qu'on pourrait appeler
financière, la richesse au point de vue des cents et des piastres. On
nous demande souvent... D'accord, on nous dit, on admet la qualité de la
population du Québec, c'est là, d'accord. On admet qu'il y a des
richesses naturelles comme peu de pays au monde en possèdent; au
Québec, c'est là. Mais, nous dit-on parfois, est-ce qu'on a
l'argent, est-ce qu'on a les capitaux pour développer et mettre tout
ça en valeur? Remarquez que je dirais que ce n'est pas une condition
absolument essentielle, parce que, quand il y a un bon projet, des richesses
à exploiter et une population capable de le faire, les capitaux
accourent de partout dans le monde.
Mais on n'a même pas besoin de cela, M. le Président, parce
que les capitaux, nous en regorgeons au Québec. C'est quelque chose dont
les Québécois commencent à peine à prendre
conscience, dont les Québécois se rendent compte, on dirait, pour
la première fois. On nous a peut-être dit trop longtemps qu'on
était pauvre, quêteux, porteur d'eau, enfin tous des
clichés qui ne collent absolument plus à la réalité
du Québec d'aujourd'hui. J'aimerais faire avec vous l'inventaire rapide
de cette richesse financière qui est la propriété, au
moment où on se parle pas théorique, pratique qui
est la richesse actuelle des Québécois. En réalité,
ce dont je vais parler, ce n'est qu'une partie du iceberg, si vous voulez,
parce que je ne veux vous parler que de cette partie de l'épargne des
Québécois que l'on peut retracer dans les institutions
financières auxquelles les Québécois ont confié
cette épargne. Il y a une partie de l'épargne des
Québécois, ou de la richesse des Québécois
évidemment, qui est immobilisée dans leurs maisons, dans leurs
terrains, dans l'immobilier; je ne parle pas de cela. Je ne parle pas de la
richesse immobilière des Québécois; je ne parle pas de ce
qu'il y a de construit sur le territoire du Québec. Je ne parle pas non
plus de ce que les Québécois peuvent posséder
personnellement comme placements, qu'ils détiennent des obligations,
qu'ils détiennent des titres de propriété, des options
dans des compagnies, qu'ils détiennent même des fonds de pension
privés parce que cela, statistiquement, c'est plus difficile à
retracer.
Je veux parler simplement d'une partie de notre richesse, mais vous
allez voir qu'elle est déjà considérable, cette partie qui
est déposée auprès, essentiellement, de trois types
d'institutions financières. La première catégorie, la plus
importante, c'est l'épargne que les Québécois et les
Québécoises ont déposée dans des institutions de
dépôt, c'est-à-dire dans les banques à charte, les
caisses populaires, les caisses d'épargne et de crédit et dans
les sociétés de fiducie qui reçoivent des
dépôts. Savez-vous quel est le montant approximatif, au moment
où l'on se parle? Le montant approximatif de cette masse qui appartient
à des Québécois, au moment où on se parle, c'est de
$40 milliards.
A cela, il faut ajouter une deuxième catégorie
d'épargne qui est celle détenue par des compagnies d'assurance,
d'assurance-vie essentiellement, par des compagnies pour pouvoir être en
mesure de payer aux assurés québécois les prestations qui
leur sont dues. La masse d'argent que des compagnies d'assurance
détiennent au nom et pour des Québécois, au moment
où l'on se parle, c'est un peu plus de $10 milliards.
Troisième catégorie, enfin, c'est tout l'argent
que l'on contribue, moitié de sa poche comme employé,
moitié par la poche de l'employeur, au régime public de rentes,
de fonds de pension. Je ne parle pas des fonds de pension privés, je
l'ai dit tout à l'heure, j'écarte cela des statistiques. Je parle
du fonds de pension public, le Régime de rentes. L'argent qui est
ramassé est confié, vous le savez, à une institution
gouvernementale qui s'appelle la Caisse de dépôt et placement. Il
y a, au moment où on se parle, un peu plus de $10 milliards, encore une
fois, dans les coffres de la Caisse de dépôt et placement. (12 h
10)
On est tout de suite rendu encore une fois, je
répète que ce n'est qu'une partie de l'iceberg à un
total de $60 milliards. $60 milliards dans un pays qui compte six millions
d'habitants je sais compter cela fait $10 000 par personne:
bébés, enfants, tout le monde. Par famille la moyenne des
familles au Québec est à peu près de quatre personnes
c'est une masse d'épargne de $40 000 par famille
québécoise. C'est considérable. Ce qu'il y a de plus
important à retenir de tout cela aussi c'est...
Encore une fois, on pourrait dire: C'est bien beau toutes ces montagnes
d'argent, mais, si vous prenez tout cela pour le confier à des
étrangers qui l'administrent et qui le gèrent pour vous, cela ne
vous donne peut-être pas grand-chose. D'accord. Cela nous appartient en
théorie, mais, si vous le confiez à une institution qui n'est pas
reliée à la société québécoise, vous
avez peut-être des chances qu'une partie de vos épargnes ne serve
pas vos intérêts en priorité, mais serve plutôt les
intérêts de quelqu'un d'autre à l'extérieur ou serve
au développement de régions extérieures au Québec.
Cela a été le cas pendant de nombreuses années et ce l'est
encore partiellement, mais cette situation est en train de changer et elle
change rapidement. Il fut un temps où les Québécois
confiaient, que ce soit par l'argent, les épargnes qu'ils mettent dans
des fonds de pension, les épargnes qu'ils mettent dans les assurances ou
les épargnes qu'ils laissent en dépôt dans
différents types d'institutions comme je le décrivais tout
à l'heure, il fut un temps où on confiait la majeure partie de
notre épargne à des institutions dirigées par des
Non-Québécois, où le centre de décision
était extérieur au Québec. Longtemps c'est encore
vrai en partie, mais moins qu'avant l'épargne que les
Québécois généraient a servi littéralement
au développement d'autres régions, que ce soient d'autres
régions du Canada, des Etats-Unis ou de n'importe où dans le
monde, peu importe. C'est de moins en moins vrai dans la mesure où les
Québécois ont compris une chose. C'est que, s'ils voulaient que
leurs épargnes servent à leur développement et aident
à l'accélération de leur niveau de vie et de leur
mieux-être, il était important qu'ils en maîtrisent la
gestion. Pour faire cela, ils ont commencé tranquillement à
encourager davantage les institutions québécoises. Au moment
où on se parle je ne vous ferai pas un long historique de toute
l'histoire, M. le Président on peut affirmer maintenant que, des
$60 milliards dont je vous parlais il y a un moment, c'est plus de la
moitié maintenant. C'est pratiquement 60% de ces $60 milliards qui sont
maintenant gérés et administrés pas des institutions
québécoises, grâce surtout, en grande partie, au dynamisme
de nos institutions financières coopératives. Tout le monde
connaît les caisses populaires. Il y a quatre millions de
Québécois qui sont sociétaires des caisses populaires.
C'est en grande partie, mais pas exclusivement il faut leur en
reconnaître le mérite grâce au développement
des institutions coopératives que les Québécois ont pu
récupérer le contrôle d'une grande partie de leurs
richesses nationales. Ce n'est pas, si nous avons accumulé ces
richesses, grâce à des lois fédérales. Ce n'est pas
à cause de la Confédération canadienne. C'est piastre par
piastre, dans des villes, dans de petits villages, dans de petites
localités, quand les Québécois ont compris que s'ils
reprenaient eux-mêmes le contrôle de leur propre argent, ils
seraient mieux assurés de voir cet argent servir à leur propre
développement. C'est à partir du moment où ils ont compris
cela que le développement a commencé à
s'accélérer et que le mouvement a pris de plus en plus
d'ampleur.
M. le Président, je terminerai en vous disant qu'à ce
montant de $60 milliards, qui est la masse de l'épargne
québécoise seulement, dans les trois types d'institutions
financières que j'ai décrites, si on ajoutait toute
l'épargne accumulée dans des fonds de pension privés, si
on ajoutait les placements que, individuellement, des familles
québécoises peuvent détenir, il est fort probable que nous
arriverions très rapidement à un chiffre voisin de $100
milliards, une centaine de milliards de dollars.
Je terminerai simplement en posant une question. Avez-vous
déjà vu dans l'histoire du monde une société 100
fois milliardaire qui aurait peur d'assumer la responsabilité de
gérer, comme collectivité, la totalité de son budget
plutôt que la moitié? Je pense que la réponse est assez
évidente. Cela ne s'est jamais vu, dans l'histoire du monde, des cas
semblables et cela ne se verra pas non plus parce que les
Québécois, j'en suis convaincu, accepteront, en disant oui au
référendum, de prendre la pleine responsabilité de leurs
affaires. Ils en sont parfaitement capables. Ils l'ont démontré
et nous avons les ressources pour le faire.
Le Président: M. le député de Pointe-Claire,
ce matin, avant la séance, j'ai eu une conférence avec les whips
des partis reconnus à l'Assemblée nationale et il y a eu entente
quant à l'ordre d'intervention. Malheureusement, j'ignorais, à ce
moment-là, que vous souhaitiez intervenir dès ce matin. Je vais
demander aux whips si on peut modifier un peu l'ordre d'intervention pour vous
permettre d'intervenir ce matin; sinon, dès cet après-midi, vous
pourrez intervenir.
M. le député de Roberval, auriez-vous objection à
ce qu'on modifie l'ordre sur lequel on s'était entendu, ce matin, pour
permettre au député de Pointe-Claire d'intervenir?
M. Lamontagne: Après le député de
Mont-Royal?
Le Président: Après le député de
Mont-Royal. Est-ce qu'il y a objection du côté de la
majorité?
M. Charron: Non, M. le Président.
Le Président: M. le leader parlementaire de l'Union
Nationale, pas d'objection non plus? Immédiatement après, M. le
député de Pointe-Claire, vous pourrez intervenir.
M. le député de Mont-Royal, je vous cède la
parole.
M. John Ciaccia
M. Ciaccia: Merci, M. le Président. La question qui nous
est posée aujourd'hui par le Parti québécois, comme vous
le savez, est une question qui porte sur l'indépendance du
Québec, indépendance éventuellement assortie d'une
association si tel est le bon plaisir de nos partenaires.
J'ai écouté avec intérêt l'intervenant qui
m'a précédé lorsqu'il parlait des richesses qui ont
été accumulées par les Québécois. Je suis
heureux qu'il nous ait donné ces exemples, parce que ces richesses ont
été accumulées dans le cadre d'un
fédéralisme canadien. Elles ont été
accumulées parce qu'il y a une association économique existante
qui a bénéficié aux Québécois, une
association que le Parti québécois veut continuer ou qu'il
prône encore, soit la libre circulation des biens et des personnes, mais
une association économique qui a existé dans le passé
seulement parce qu'elle était chapeautée par une association
politique.
Alors, je remercie le député de Mille-Iles de nous avoir
apporté ces exemples pour nous donner, encore une fois, un autre
avantage que le Québec et les Québécois ont eu dans le
système fédéral canadien.
J'entendais tantôt, M. le Président, le ministre d'Etat au
Développement économique qui parlait de l'énergie et qui
donnait la situation énergétique au Québec pour justifier
l'indépendance. Je ne sais pas comment il a pu en venir à cette
conclusion. Je voudrais seulement porter à votre attention quelques
chiffres du livre blanc même du gouvernement sur l'énergie.
Aujourd'hui, le bilan énergétique québécois est de
26% pour HydroQuébec qui inclut les importations de Terre-Neuve.
Autrement dit, sur le sol québécois, nous produisons moins de 26%
de nos besoins énergétiques. Même dans les meilleurs
pronostics du livre blanc pour l'année 1990, Hydro-Québec peut
compter pour 41% du bilan énergétique québécois.
Cela veut dire qu'aujourd'hui 74% de nos besoins viennent d'en dehors du
Québec et que, dans les années à venir, même avec
les meilleurs pronostics, les meilleures prévisions, nous allons
dépendre pour plus de 50%, de 60% de nos besoins
énergétiques d'en dehors du Québec. Alors, je me demande
comment cela peut vous justifier de mettre de côté les richesses
énergétiques du reste du Canada. Même d'après le
livre blanc du gouvernement, pour les années 1990 à 2000, nous
aurons encore besoin de 300 000 barils d'huile pour consommation quotidienne.
Le ministre d'Etat au Développement économique a oublié de
nous dire qu'en Alberta les sables bitumineux qui sont et qui deviennent de
plus en plus rentables contiennent 300 milliards de barils d'huile, ce qui
représente une richesse considérable et représente plus
que le pétrole conventionnel du Moyen-Orient, par exemple. Alors,
pourquoi devons-nous mettre ça de côté? (12 h 20)
Le gaz naturel représente 6% de notre bilan
énergétique. Même le ministre des Richesses naturelles
actuel a renvoyé à Hydro-Québec son programme
d'investissements parce que, leur a-t-il dit, vous n'avez pas pris en
considération l'apport du gaz naturel qui prendra de plus en plus
d'importance au Québec, qui provient de l'Alberta, qui peut provenir
aussi de l'Arctique, une source canadienne. On veut même aller plus loin
que le livre blanc que le gouvernement a écrit qui disait de 6% à
12%. Le ministre des Richesses naturelles veut aller à 20%, 25%. Comment
allez-vous le faire? La question qui se pose quant à la
sécurité d'approvisionnement... C'est un contraste qui est assez
frappant. Dans un cas, on subit la vulnérabilité pour plus de 50%
de nos besoins énergétiques par des pays étrangers et,
dans l'autre cas, on peut prévoir nos besoins dans le cadre d'un
fédéralisme canadien. Je crois qu'en posant la question on y
répond.
M. le Président, le gouvernement ne nous dit pas le prix que nous
aurons à payer dans un Québec indépendant, non seulement
en termes monétaires, mais en termes de relations humaines et de valeurs
fondamentales que véhicule notre société. Le diagnostic
que porte le gouvernement péquiste sur la société
québécoise et les Québécois est erroné. J'en
ai donné un exemple sur les richesses des épargnes des
Québécois, un autre sur les richesses énergétiques
du Canada qui vont provenir de l'Alberta et maintenant même des
Maritimes. C'est quelque chose dont nous allons pouvoir
bénéficier comme Canadiens, le Canada est autosuffisant pour 85%
de ses richesses énergétiques. On importe seulement 15%. On doit
comparer cela avec les Etats-Unis où ils importent 50%, eux, et nous
avons la possibilité d'être autosuffisants
complètement.
Remarquez que, sans le Québec, le Canada est autosuffisant en
matière énergétique. Posez-vous cette question et voyez
les avantages considérables que nous avons en demeurant dans la
fédération canadienne. Hier, M. le Président, le premier
ministre nous a vanté des réussites que le Québec a
obtenues, réussites qui ont été obtenues dans le cadre de
la fédération canadienne. Il est plutôt étonnant
qu'on veuille démolir cette même fédération. La
séparation, l'indépendance, c'est la rupture du Canada. Ce sera
la première fois dans l'histoire du monde qu'un pays ayant atteint un
niveau de développement social, politique et économique que nous
connaissons et même que le premier ministre reconnaît,
déciderait de mettre
fin brutalement et sans raison valable à une expérience de
vie aussi enviable. Non, M. le Président, mes compatriotes
québécois sont trop intelligents pour tomber dans un tel
piège. Le régime fédéral, avec ses hauts et ses bas
qui traduisent bien nos qualités et nos faiblesses, ne nous a pas
empêchés de réaliser de grandes choses ensemble.
Malgré nos différences, malgré nos
préjugés, malgré certaines mesquineries qui sont
alléguées par les membres du Parti québécois, nous
sommes parvenus à faire du Québec dans le Canada la
société française qui compte parmi les plus
avancées au monde en ce qui concerne le standard de vie, la
créativité et l'innovation. Ce régime
fédéral tant bafoué par nos adversaires n'a pas
empêché un grand nombre de séparatistes d'atteindre les
sommets à partir desquels ils nous abreuvent de sarcasmes et de
contre-vérités. Nous en avons entendu, ce matin et hier, par les
membres du Parti québécois.
Mme la Présidente, dites-moi pourquoi je devrais dire oui
à une entreprise de démolition qui n'a même pas encore
réalisé les plans de la future construction par laquelle elle
voudrait remplacer le monument d'aujourd'hui? Il y a beaucoup de gens au
Québec qui viennent d'ailleurs. Beaucoup parmi eux ont quitté
leur pays parce qu'il y avait des tensions très prononcées, lis
ont subi des entraves à leur liberté, ils ont eu des
difficultés, ils ont dû faire face à des mouvements
séparatistes, et ils ne comprennent pas pourquoi le gouvernement veut
nous lancer dans une aventure qui risque de perturber le progrès de
notre société. Ils considèrent qu'au Québec nous
sommes les privilégiés de la terre et ils ne peuvent se
résoudre à accepter la division de nos communautés, la
division de nos familles, la division de notre pays.
La réponse à la question est un non retentissant. Je dis
non parce que je ne suis pas persuadé que la population du Québec
pourra mieux vivre dans un régime indépendant, unitaire,
dominé par des personnes qui veulent nous manipuler et qui veulent
diriger notre société. Je dis non parce que je suis
persuadé que nous ne nous dirigeons pas du tout vers une période
de progrès économique et social, mais plutôt vers la
régression et le chauvinisme. Je dis non à une seule feuille
d'impôt parce que le gouvernement ne m'a pas convaincu que le montant
total que j'aurais à payer ne sera pas plus élevé sans
que, pour autant, le niveau des services disponibles soit maintenu. Le
gouvernement ne nous a pas convaincus de cela et il nous donne des slogans
simplistes et des formules simplistes.
Je dis non parce que je ne suis pas prêt à sacrifier la
sécurité d'approvisionnement au plan énergétique
dont nous avons tellement besoin dans le monde d'aujourd'hui, avec les
perturbations et les problèmes que nous connaissons sur le plan
international.
Que feront les milieux ouvriers de la construction, les industries
secondaires du textile si cette récession s'abat sur eux et sur leurs
familles? Je dis non parce que je pense aux plus nécessiteux de nos
concitoyens et de nos régions à qui le régime
fédéral peut apporter, à travers la
péréquation des richesses, le supplément de revenu qui,
souvent, fait la différence entre vivre et subsister. Je dis non parce
que, malgré ses imperfections, le régime fédéral a
permis d'harmoniser les différences, de faire des compromis, d'apporter
de nouveaux défis et d'élever le standard de vie. Je dirai non,
parce que je crois qu'il existe entre nous plus qu'une association
économique, plus que les intérêts, l'argent, mais un grand
projet, d'une mer à l'autre, avec toutes ses difficultés et toute
sa grandeur.
Si vivre, c'est savoir se dépasser et si c'est en se
dépassant que les hommes s'affirment, alors il ne fait pas de doute que
le Canada, l'aventure canadienne nous grandit en tant que citoyen et en tant
qu'individus.
A tout homme il faut un pays et il faut une terre. Mon pays est le
Canada et ma terre est au Québec. Le Parti québécois me
demande de renoncer à l'un sans même avoir la décence de me
dire de quoi sera fait l'autre. C'est un peu comme si on me coupait un bras et
qu'on me mutilait une jambe pour me demander, après, de mener une vie
normale. Je ne me résous pas à accepter que mon pays et que le
pays de tout Québécois soit divisé et amoindri.
Ladies and Gentlemen, Madam Speaker, the Premier of the Province of
Québec yesterday made a distinction between English speaking Quebecers
who supposedly, according to him, are more attached to the English Canadian
majority and are not attached to Québec. I for one cannot accept that
the Prime Minister, a Premier of a province or any other government leader,
should create two classes of citizens and should try and divide one community
against the other and that is why, when we will be voting at the referendum, we
will not only be giving our opinion or our vote on the political future of
Québec, but we will be telling Québec what kind of a society we
want. Do we want an open society where everyone is treated equally, no matter
what their ethnic or linguistic background is, or do we want to perpetuate the
kind of thinking that was expressed by the Premier of this province yesterday
which was found in bill 1 in defining a Québécois and which has
no place in a democracy such as Canada? (12 h 30)
En terminant, ceux qui veulent diviser en un jour ce que des
années de patients efforts ont réussi à unir, ceux qui
veulent semer la désunion là où l'harmonie avait une
chance de s'épanouir, ceux qui veulent utiliser nos différences
pour aggraver les fossés qui nous séparent, ceux qui ont
désappris l'art du compromis et le respect des autres, ceux qui
voudraient que le monde et l'histoire soient à l'image de leurs
frustrations, ceux-là ne travaillent ni pour le Québec, ni pour
les Québécois, ni pour nos familles, ni pour l'avenir.
Ce sont des hommes du passé qui voudraient nous entraîner
100 ans en arrière. A un Québec replié et craintif, je
préfère un Québec sûr de lui-même, qui aura
l'audace de regarder en avant et, à
un Québec séparé, coupé du reste du pays, je
préfère un Québec qui n'a pas peur du défi
canadien.
A l'instar de notre amie, la députée de Prévost,
qui a compris que notre pays est en danger et qu'il y a une lutte à
mener, je vous dirai que nous avons un pays à défendre et un non
à faire entendre. Merci.
La Vice-Présidente: M. le député de
Pointe-Claire.
M. William Shaw
M. Shaw: Merci, Mme la Présidente. Webster's defines a
referendum as the principle or practice of submitting to a popular vote a
measure passed upon or proposed by a legislative body or by popular initiative,
a vote on the measure so submitted.
Oddly, the question we are debating falls more closely to the definition
of a plebiscite...
Des Voix: C'est vrai!
M. Shaw:... which Webster's defines as a vote by which the people
express an opinion for or against a proposal. And that, Madam President, is
exactly what Quebecers will be doing. On referendum day, the will be expressing
an opinion, an opinion as to whether or not they wish to remain Canadian and a
part of the Canadian nation.
Je sais, Mme la Présidente, que le premier ministre a construit
la question d'une façon douce, pour essayer, avec l'intention de
persuader, même de séduire les citoyens du Québec, de faire
croire qu'il cherche seulement un mandat de négocier. Mais de
négocier quelque chose qu'il sait d'avance ne pas être acceptable
ni aux Québécois non francophones, ni à l'ensemble du
Canada. En effet, il continue d'employer sa stratégie étapiste
pour arriver à son défi de l'indépendance du
Québec.
Mais, Mme la Présidente, les citoyens du Québec sont de
plus en plus conscients de cette stratégie et ce serait une tâche
importante pour le comité du non d'éclaircir que le
référendum que nous allons tenir au Québec est
véritablement un plébiscite pour l'indépendance du
Québec.
Thus, Madam President, I am pleased that you have chosen to give
latitude to this debate on the question because regardless of how the question
is phrased, how it is designed or which wording it chooses, it should be known
by all. The question of this referendum is: Do you want to establish an
independent French-speaking state in North America? There are a few things at
this point, Madam President, that I wish to make perfectly clear. The first is
that I welcome this referendum as the pebliscite it really is because I feel
that it is vital after years of threatening to do so that it finally be held.
So much damage has been done due to the misunderstanding and uncertainty
attached to this referendum and we can only begin to find relief once Quebecers
have had an opportunity to express themselves. Secondly, Madam President, this
referendum could be a major public relations event for the province of
Québec. Not only are Quebecers and the rest of Canada interested in this
result, but the whole is waiting with deep interest to see what the outcome
will be. I venture to say that the result will make the evening television news
on every television in every country which has television news in the evening.
I hope and I am sure we will, Madam President, demonstrate to the world that
French Canadians are proud of their nation, Canada, the part that they play in
it and proud of the benefits they have derived of being part of the most
privileged nation in the world.
I hope too that a resounding "no" vote will assure them that
Québec is indeed coming to its senses and that this is a place worthy of
their consideration as being stable, open and secure.
Yes, Madam President, a massive "no" vote could be the most, the
greatest economic stimulant this province has ever known. But, Madam President,
also rest assured that if Quebecers are seduced by wile, by emotion and by some
of these arguments based on half truths presented by ministers and members of
this government, by cries that the culture can only survive in a separate State
and that without independence it would be swallowed up by an English
Canada...
Si, Mme la Présidente, les Canadiens français du
Québec décident de voter oui en réponse aux
élitistes qui suggèrent que le non est une forme de capitulation,
il faut constater qu'un oui ne donnera jamais le droit au gouvernement du
Québec de faire des changements constitutionnels, quels qu'ils soient.
Il y a déjà eu des référendums pour
l'indépendance dans notre Commonwealth. Par exemple, il y a eu le fameux
vote en Australie, en 1933, par lequel 66% de la population a voté oui
pour la séparation. Vous savez bien que la "Western Australia" fait
encore partie de l'Australie. Aucune partie ne peut unilatéralement
décider de cesser de participer à la fédération
canadienne. Cette décision peut seulement être prise avec l'appui
du Canada entier. Si demain, la province d'Alberta décide d'avoir un
référendum sur la question des prix du pétrole, est-ce
qu'elle a ce droit? (12 h 40)
Imaginez-vous, Mme la Présidente, si, l'année prochaine,
la province de l'Ontario décidait de tenir un référendum,
si elle continuerait de participer aux paiements de péréquation.
Est-ce que cela pourrait être accepté? Non, une décision
unilatérale par n'importe quelle région ou province du Canada
n'est pas acceptable.
Pour ceux qui croient qu'un oui donnera de la force aux
négociations pour les améliorations constitutionnelles, ils
doivent y songer une deuxième fois. Les autres provinces ne sont pas
prêtes à accepter des négociations au bout d'un fusil.
Elles sont prêtes à négocier maintenant mais seulement dans
un climat positif sans la menace de la séparation du Québec. En
effet, un vote pour le oui
accélérera la polarisation aiguë qu'on connaît
maintenant et qui peut rendre plus difficiles les améliorations de notre
constitution canadienne que tous les Canadiens veulent.
It is odd that the Fathers of Confederation were concerned with regional
desaffection, perhaps thought of because, at the time of these negotiations
that led to the formation of this country, there was the american civil war.
The negotiations that resulted in the formation of the British North America
Act took place during and just following that american civil war and it was the
intention of the Fathers of Confederation to draft the constitution in such a
way that Canada would not have the problems of secession that the United States
had causing their civil war.
I quote from Morang's history, The Makers of Canada, volume 9, page 106.
It states: The war raging in the United States seemed to Canadian statesmen to
show that the great vice in the American Constitution was the vagueness which
had unabled the seceding states to claim they were independent and sovereign
bodies with the full right to resume powers that they had temporarily delegated
to a central authority. Hence, from the first, it was determined to subordinate
provincial Legislatures to the federal.
I quote John A. Macdonald in his opening remarks at the opening session
in Charlottetown on October 10th, 1864, when he said: In framing the
Constitution, care should be taken to avoid the mistakes and weaknesses of the
United States system, the primary error of which was a reservation to the
different States of all the powers not delegated to the general government. We
must reverse this process by establishing a strong central government to which
shall belong all of the powers not specially conferred to the provinces. In
other words, Madam President, the British North America Act was designed
particularly to restrict any attempts towards secession or independence of the
territory. The federal government has the authority to determine whether or not
a province or a territory may change its status; only the federal
government.
Mme la Présidente, le premier ministre va dire que cela
représente un exemple du contrôle du Canada anglais sur le
Québec. C'est drôle parce que nous venons d'avoir une
élection fédérale et, dans le gouvernement qui a
été élu, 50% des députés sont des Canadiens
français, incluant le premier ministre lui-même et votre homologue
l'Orateur du Canada. Je trouve et je peux constater que d'autres Canadiens
trouvent aussi difficile d'accepter les plaintes qu'on entend de jour en jour,
savoir que le Canada, le gouvernement fédéral a toujours agi
contre les besoins de la province de Québec, parce que nous avons connu
depuis quinze ans un gouvernement fédéral avec une
représentation très adéquate de notre province. Mais le
premier ministre va exiger le droit à l'autodétermination.
Là encore, il n'est pas prêt à accepter que si certains
groupes de Canadiens veulent faire valoir leur droit à
l'autodétermination dans le territoire du Québec, ils ont aussi
ce droit.
Même si ce gouvernement essaie de nier le fait qu'il y a d'autres
personnes que des Canadiens-français au Québec, je peux constater
que nous existons et les territoires que nous avons développés,
au Québec, resteront canadiens et feront partie du Canada.
Si les séparatistes du Québec insistent sur le fait qu'ils
ne peuvent plus rester Canadiens et s'ils exigent un territoire
séparé, soyez sûre, Mme la Présidente, que ce
territoire ne sera jamais tel que sur la présente carte du
Québec. Le Québec sera divisé, cela je vous le
garantis.
Une menace, Mme la Présidente? On menace le Québec d'une
séparation, mais ce n'est pas une menace qu'on ait l'occasion de diviser
le Québec d'égal à égal.
As I have said in French, Madam President I think it is
particularly important for me to repeat this in English in spite of the
fact that this Government tries in every way to suggest that Québec is a
French province, it most certainly is not. There is a full fifth of this
province's population that is non francophone, and I might say this fifth is
strongly federalist. But if all efforts fail to reach the accomodation we need
between our communities and a majority of French speaking Quebecers insist on
establishing an independent state, Québec will be partitioned. Those of
us who choose to remain part of Canada will insist that during the negotiations
that would lead to the establishment of this new country, those of us who want
to remain in Canada, our territory, will be recognized.
Partition is not new, Madam President, as a matter of fact it is a
common solution when two groups share a common territory. It happened in
Ireland, in 1923, when the Irish left the United Kingdom, and they felt that
all of Ireland would leave, but you know that the 13 colonies decided to remain
with the United Kingdom. It happened when India left the Commonwealth, left the
Empire and established an independent state, and it was divided between Muslim,
Pakistan and Hindu.
It even happened in little Cyprus because there, a language problem also
was aggravated by emotion and when this State gained its independence, it was
divided or partitioned between Turkish and Greek Cypriots.
Understand, Madam President, that if Québec ever opts for
independence, the negotiations for that independence will require the partition
of Québec. I know that this referendum period will be an emotional
period and I hope we can go through it with calmness and serenity. It is
important though that there be no presumption. Le prix d'un
référendum positif ne sera jamais l'indépendance
attribuable à la présente carte du Québec. (12 h 50)
I hope too that you will understand that we English speaking Quebecers
are aware of our contribution to this province and its lifestyle. We also know
that changes are needed in our constitution so that the factors that have led
to this referendum being called, be considered and redressed and I know that
the spirit is there now to
enable us to draft a new made in constitution, Canada Constitution,
d'égal à égal. But perhaps it is fitting at this time to
quote the words of the late father of the député d'Anjou, the
ex-Premier of the Province of Québec, Daniel Johnson, when he said, and
I quote: It is even fair to say that the constitutions exist primarily for the
protection of individuals and minorities. Majorities have other means of
protecting themselves and may be tempted to abuse their power. An injustice
does not become a just act merely because it has been approved by a majority.
Thus, there are moral rules and natural limits which majorities cannot set
aside without becoming tyranical. One of the principal objectives of any
constitution is to establish the rules and limits within which governments must
act in order to make legality coincide as much as possible with legitimacy.
A little tiny line. The question is simple. La question de notre
référendum est bien connue, compte tenu du fait que la
formulation de la question essaie de cacher la vérité. Une
question qui demande simplement aux Québécois: Voulez-vous
l'indépendance du Québec à n'importe quel prix? J'ai
confiance, Mme la Présidente, que les Canadiens du Québec vont
clairement démontrer par un vote clair et précis: No, thanks!
Non, merci!
La Vice-Présidente: Monsieur le...
M. Charron: Avant l'intervention de mon collègue de
Rosemont, est-ce que je peux préalablement demander le consentement pour
dépasser 13 heures, sinon je réserverai mon collègue pour
cet après-midi?
La Vice-Présidente: Y aura-t-il consentement?
M. Lamontagne: Oui, mais tout en favorisant la deuxième
option de suspendre jusqu'à cet après-midi.
M. Charron: II y a consentement pour qu'il puisse dépasser
13 heures?
La Vice-Présidente: Alors, tout de suite, y a-t-il
consentement à ce que M. le député de Rosemont
dépasse l'heure régulière de suspension?
M. Lamontagne: Mme la Présidente, nous suggérons au
député de Rosemont de demander la suspension des
débats.
M. Raquette: Mme la Présidente, je demande la suspension
du débat à cet après-midi.
La Vice-Présidente: Alors, la motion est-elle
adoptée?
Des Voix: Adopté.
La Vice-Présidente: Adopté.
Les travaux sont suspensus jusqu'à 15 heures.
Suspension de la séance à 12 h 53
Reprise de la séance à 15 h 3
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît! Un moment
de recueillement. Veuillez vous asseoir.
Affaires courantes.
Déclarations ministérielles.
Dépôt de documents.
Dépôt de rapports de commissions élues.
Dépôt de rapports du greffier en loi sur les projets de loi
privés.
Présentation de projets de loi au nom du gouvernement.
M. le leader parlementaire du gouvernement.
Projet de loi no 89
M. Charron: M. le Président, je vous prierais d'appeler le
projet de loi qui apparaît à l'article i) du feuilleton
d'aujourd'hui, s'il vous plaît.
Le Président: M. le ministre de la Justice propose la
première lecture du projet de loi no 89, Loi instituant un nouveau Code
civil et portant réforme du droit de la famille.
M. le ministre de la Justice.
M. Marc-André Bédard
M. Bédard: M. le Président, vous comprendrez que
c'est avec fierté que j'ai l'honneur de déposer ce projet de loi
et je suis convaincu que l'Opposition est fière de cela aussi
qui a pour objet d'instituer le nouveau Code civil du Québec qui
remplacera progressivement le Code civil du Bas-Canada et de réformer le
droit de la famille. A cette fin, l'article 1 du projet institue le Code civil
du Québec et y introduit un livre deuxième traitant de la
famille. Le titre deuxième du même livre contient les
règles relatives aux causes, à l'instance et aux effets du
divorce. Le titre troisième traite de l'établissement et des
effets de la filiation par le sang et de la filiation adoptive. Enfin, les
titres quatrième et cinquième édictés par l'article
1 précisent les règles applicables à l'obligation
alimentaire entre les époux et entre les parents ainsi qu'à
l'exercice de l'autorité parentale.
Les articles 2 à 58 du projet abrogent certaines dispositions
législatives, notamment la Loi sur l'adoption, et édictent des
modifications de concordance et des dispositions complémentaires de
façon à parfaire la réforme du droit de la famille et
à supprimer un certain nombre de distinctions fondées sur le
sexe, l'âge et l'état des personnes.
Les articles 59 à 74 contiennent enfin les dispositions
transitoires nécessaires à la mise en oeuvre de cette
réforme.
Le Président: Merci, M. le ministre de la Justice.
M. le député de Mont-Royal.
M. Forget: De Saint-Laurent. Le Président: De
Saint-Laurent.
M. Forget: Merci, M. le Président. Je sais qu'il y a eu
une commission parlementaire pour étudier certaines de ces questions au
moins, mais est-ce que le ministre a l'intention, maintenant qu'il s'agit d'un
projet de loi, de convoquer une commission parlementaire avant la
deuxième lecture, avec les avis appropriés à tous les
groupes intéressés?
Le Président: M. le leader parlementaire du
gouvernement.
M. Charron: M. le Président, je vais répondre
à cette question. Ce soir, à la séance
régulière du Conseil des ministres, nous allons prendre en
considération cette possibilité et je donnerai une réponse
au député de Saint-Laurent demain.
Le Président: Est-ce que cette motion de première
lecture sera adoptée?
Des Voix: Adopté.
Le Secrétaire adjoint: Première lecture de ce
projet de loi.
Le Président: Deuxième lecture, prochaine
séance ou séance subséquente.
Présentation de projets de loi au nom des
députés.
Questions orales des députés.
M. le député de Marguerite-Bourgeoys.
QUESTIONS ORALES DES DÉPUTÉS
Conséquence de la grève dans les
CEGEP
M. Lalonde: M. le Président, dans la longue liste des
grèves coûteuses qui ont été infligées au
Québec depuis un an dans les secteurs public et parapublic, une des plus
récentes vient à peine de se terminer dans les CEGEP. On rapporte
qu'après cinq semaines de grève, les étudiants d'un grand
nombre de CEGEP une cinquantaine de milliers d'étudiants
se voient devant la perspective de récupérer le temps perdu et de
terminer la session quand même assez tôt pour pouvoir obtenir des
emplois d'été.
Je demande au ministre de l'Education s'il s'est penché sur cette
question. Son ministère devra il le sait valider la
session qui, de 80 jours, se trouve amputée d'une trentaine de jours.
Comment fera-t-il en sorte que la session soit valable pour qu'il puisse,
à titre de ministre de l'Education, en valider la tenue et les
résultats et, en même temps, s'assurer qu'environ 50 000
cégé-piens québécois ne soient pas devant la
perspective très difficile de refuser des emplois d'été ou
d'être dans l'impossibilité de trouver du travail au cours de
l'été.
Le Président: M. le ministre de l'Education.
M. Morin (Sauvé): M. le Président, après
quelques semaines de grève dans 22 CEGEP puisque le
problème dont nous parlons ne touche que moins de la moitié des
collèges publics nous constatons qu'il sera nécessaire de
procéder à la récupération de certains
enseignements. La situation varie d'un collège à l'autre, je
dirais même d'un enseignement à l'autre. Il y a des cours qui
s'accommodent mieux que d'autres d'amputations de cette sorte quoique, de toute
façon, il faut bien constater qu'une journée perdue est toujours
difficile à rattraper, quelle que soit la matière. (15 h 10)
Nous avons décidé d'attaquer ce problème
collège par collège. J'ai commencé depuis quelques jours
déjà à traiter de la question avec un certain nombre de
collèges, leur demandant d'assurer la récupération
lorsqu'elle s'avère nécessaire, par exemple à
l'égard de certains cours de sciences dans lesquels il est très
difficile d'escamoter certains chapitres de la matière puisque,
normalement, l'étudiant doit avoir accès au marché du
travail, de façon permanente cette fois, et pas seulement pour un emploi
d'été au sortir de ses études. D'une part, nous favorisons
l'objectif de la récupération et nous pouvons constater que dans
certains CEGEP tous les secteurs se donnent la main pour l'assurer.
D'un autre côté nous sommes bien conscients
également du fait qu'une trop longue récupération risque
de priver certains étudiants de leur emploi d'été. Non pas
tous, mais un certain nombre d'entre eux. En tout cas, cela pourrait
écourter la période durant laquelle ils peuvent gagner l'argent
dont on fait état dans les calculs des prêts-bourses, par exemple.
Aussi, j'espère qu'on arrivera à récupérer, mais
non pas au point qu'on empiète trop largement sur le temps que les
étudiants entendent consacrer à leur travail
d'été.
Il s'agit, en somme, de trouver un juste équilibre, institution
par institution, entre la nécessité de récupérer
les cours perdus et, d'autre part, celle de ne pas priver les étudiants
de la période de travail d'été.
Le Président: M. le député de
Marguerite-Bourgeoys.
M. Lalonde: M. le Président, la réponse du ministre
ne peut satisfaire ni les députés ici ni les étudiants,
j'en suis sûr. Il espère être en mesure de
récupérer le temps perdu par l'incurie du gouvernement et de
permettre aux étudiants d'avoir un emploi d'été.
Est-ce qu'il peut s'engager à faire en sorte que quelle que soit
la formule de CEGEP en CEGEP, premièrement, la session sera valide;
deuxièmement, que les emplois d'été seront disponibles
aussi pour ces étudiants? Ou bien, peut-il s'engager lui-même, si
des étudiants devaient être devant la perspective de perdre un
emploi d'été, à titre de ministre de l'Education, à
faire en sorte que les prêts et bourses à ces étudiants
soient changés, augmentés, par exemple, pour réparer le
dommage causé par les politiques du gouvernement?
M. Morin (Sauvé): M. le Président, je ne laisserai
pas passer l'insinuation du député de Margue-
rite-Bourgeoys à l'effet que le gouvernement serait responsable
et seul responsable de ces grèves et qu'elles sont dues à son
incurie. Je dois dire, M. le Président, que nous avons
négocié nuit et jour, depuis des semaines, pour régler ce
conflit. Je connais des gouvernements antérieurs qui s'en sont moins
bien tirés que le nôtre. S'il fallait parler d'incurie, je pense
que vous pourriez vous regarder dans un miroir.
M. le Président, ces précisions étant
apportées, j'aimerais reprendre tout simplement la réponse que je
viens de donner au député de Marguerite-Bourgeoys: collège
par collège, nous examinons la situation. Nous voyons combien de jours
doivent et peuvent être récupérés, et nous tentons
de concilier les exigences de la qualité de l'enseignement
débouchant sur le diplôme et la nécessité pour les
étudiants de trouver du travail d'été. Je puis assurer le
député de Marguerite-Bourgeoys que si des problèmes
s'accumulent devant les étudiants quant aux prêts-bourses, nous y
verrons en temps et lieu.
Le Président: M. le député de Laval.
Remboursement des impôts fonciers
M. Lavoie: M. le Président, j'aurais une question à
l'adresse du ministre du Revenu et j'aurai une courte question
supplémentaire. Je voudrais réserver une question
supplémentaire à mon collègue également, le
député de Notre-Dame-de-Grâce.
A la suite d'une déclaration ou d'un voeu pieux que le ministre
des Finances nous faisait il y a quelques mois, à savoir qu'il
désirait simplifier l'administration et éliminer de la paperasse.
La population a pris connaissance récemment, au milieu du mois de
février, je crois, de la fameuse formule TP 6 supplémentaire, un
autre formulaire qui affecte tous les citoyens du Québec, autant les
propriétaires que les locataires. Comme le ministre l'a
déclaré, d'ailleurs, lors d'une émission de
télévision, il n'a pu lui-même remplir son propre rapport
d'impôt à cause de la complication. Ces personnes,
également, comme le ministre, ne pourront plus remplir leur propre
rapport d'impôt et auront recours à des agences.
On a l'impression, également, après plusieurs simulations
que je me suis permis de faire, que ce programme de remboursement des
impôts fonciers s'adresse aux personnes qui sont sous le seuil de la
pauvreté et qui paient, par contre, de très gros loyers, ce qu'on
ne trouve pas, en pratique.
Ma question est la suivante: Est-ce que le ministre se rend compte que
très peu de contribuables seront admissibles à ce remboursement
de taxes municipales et que, en fin de compte, après avoir
traversé un tas de chinoiseries administratives, cette subvention sera
minime sinon nulle, dans certains cas.
Mon deuxième volet: J'aimerais que le ministre apporte une
réponse, également, à la prétention de plusieurs
personnes à savoir qu'il s'agit d'un nouveau contrôle des
contribuables pour essayer d'attraper un nombre marginal, possiblement, de
petits propriétaires qui, pour arrondir leur fin de mois, souvent louent
un petit logement ou un "bachelor" dans le sous-sol. Avec votre système,
vous allez attraper tout le monde. Est-ce que le ministre pourrait
répondre?
Le Président: M. le ministre du Revenu.
M. Clair: M. le Président, premièrement, en ce qui
concerne les insinuations malveillantes qui constituent des attaques
personnelles de la part du député de Laval, je n'y
répondrai pas, je commence à y être habitué. Le chef
de l'Opposition, d'ailleurs, nous a habitués à ces attaques
personnelles lui-même.
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît!
M. Clair: En ce qui concerne, M. le Président, le nombre
de bénéficiaires potentiels du programme de remboursement des
impôts fonciers, on établit, pour l'information du
député de Laval, à environ 800 000, le nombre de
travailleurs et travailleuses du Québec qui paient des taxes
foncières dans leur loyer ou à titre de propriétaires, et
qui pourront obtenir un remboursement, un soulagement. 800 000 personnes
bénéficiaires sont prévues pour cette année. Ces
gens sont parmi les moins bien nantis de notre société. Environ
$80 millions seront retournés aux contribuables québécois
grâce au programme le plus raffiné de remboursement d'impôts
fonciers qui ait été mis au point, non seulement au
Québec, non seulement au Canada, mais en Amérique du Nord.
En ce qui concerne la complexité de la formule TP-6, dans la
mesure où on veut faire autre chose, comme gouvernement, que de
retourner des chèques de $85 aux gens qui ont payé des
impôts l'année dernière, le député de Laval
conviendra que si on veut avoir un instrument un peu plus précis,
ça prend des formules un peu plus complexes. Retourner $85 comme l'a
fait le gouvernement il y a deux ans, ça ne demande pas beaucoup de
formules compliquées, on prend la liste des gens qui ont payé de
l'impôt et on leur retourne un chèque de $85. Dans la mesure
où on veut tenir compte de la richesse des individus, du nombre
d'enfants à charge, des taxes foncières payées, ça
prend malheureusement des formules un peu plus compliquées.
Quant à son dernier point, qui concerne les petits
propriétaires qui n'auraient pas déclaré des revenus de
loyer au cours des dernières années, si je comprends la question
du député de Laval, il incite les contribuables
québécois à ne pas déclarer tous leurs revenus au
fisc québécois; je lui laisse la responsabilité de ses
suggestions.
Le Président: M. le député de Laval.
M. Lavoie: Dans votre souci magnanime d'éliminer toutes
les injustices, est-ce que vous vous êtes rendu compte que l'Etat a 900
locataires au
Village olympique de Montréal et qu'une bonne partie de ces
logements sont loués à des prix modiques, à des prix
comparables à ceux des HLM. Or, aucun de ces locataires ne sera
admissible à ce remboursement, aucun. Cela vous surprend, aucun? C'est
bien simple. En les excluant de la loi 57 et le gouvernement ne consentant pas
à payer des "en-lieu" de taxe sur les propriétés du RIO,
il n'y a pas de taxe municipale et cela veut dire que ces 900 locataires ne
seront pas admissibles à ce programme. (15 h 20)
Le Président: M. le ministre du Revenu.
M. Clair: Si je comprends bien la question du
député de Laval, quand on ne paie pas de taxe foncière,
parce qu'on vit dans une habitation à loyer modique, c'est normal qu'on
ne réclame pas un remboursement en conséquence.
Le Président: M. le député de
Notre-Dame-de-Grâce.
Une Voix: Ils paient un loyer!
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît! M. le
député de Notre-Dame-de-Grâce, vous avez la parole.
M. Scowen: M. le ministre est-ce que c'est vrai que, si vous
êtes une femme au-dessus de 65 ans, habituée à recevoir un
remboursement de $75 par année antérieurement, avec une simple
demande à la Régie des rentes, avec un petit formulaire de cette
grandeur, maintenant, pour recevoir le même remboursement, cette personne
âgée, de faible revenu, est obligée de compléter un
TP-6 et un TP-1, un formulaire pour l'impôt sur le revenu, même si
elle n'a pas de revenu imposable? Est-ce que c'est vrai que ces personnes
âgées, sans revenu, sont obligées de compléter
maintenant deux formulaires extrêmement compliqués, souvent avec
l'aide d'un service privé, à un coût de $25 ou $30,
simplement pour recevoir le même bénéfice que celui
qu'elles ont reçu l'année passée, avant que vous
installiez ce système lourd et bureaucratique?
Le Président: M. le ministre du Revenu.
M. Clair: M. le Président, si le député de
Notre-Dame-de-Grâce avait bien pris connaissance de la loi lorsqu'elle a
été adoptée ici, à l'Assemblée nationale, il
se serait rendu compte que ce que la Loi sur le remboursement d'impôts
fonciers garantit aux personnes âgées, c'est que, s'il y a une
modification dans le calcul, cette année, du remboursement
d'impôts fonciers, il y a un minimum qui est garanti à toutes les
citoyennes, à tous les citoyens qui ont bénéficié
l'an dernier du régime, qui est de $75, si ma mémoire est
fidèle. C'est une garantie.
En remplissant le formulaire si compliqué, prétend le
député de Notre-Dame-de-Grâce, le risque que court cette
personne âgée, c'est de recevoir plus que ce qu'elle a reçu
l'année dernière, puisque le montant de $75 est un seuil
minimum.
Le Président: M. le chef de l'Union Nationale.
Négociations dans les secteurs public et
parapublic
M. Le Moignan: M. le Président, ma question s'adresse au
premier ministre. Cette question traite d'un sujet très important
à cause de ses conséquences sur le climat social et
économique du Québec. Je voudrais faire allusion à la
question très importante du droit de grève dans les secteurs
public et parapublic et je voudrais aussi mentionner la manière dont ont
évolué les rapports entre les négociateurs patronaux et
les négociateurs syndicaux à la suite des multiples rondes de
négociation qu'on a connues dans le secteur public. D'ailleurs, il faut
noter à regret que la présente ronde de négociation n'est
pas encore terminée puisqu'il reste toujours à régler le
cas de 8000 fonctionnaires professionnels.
Premièrement, au cours du mois de février si ma
mémoire ne m'abuse le ministre de la Fonction publique a
évoqué la possibilité d'un sommet qui regrouperait toutes
les parties intéressées pour discuter des changements possibles
qu'on pourrait apporter. A ce moment, il a même évoqué la
possibilité d'introduire l'arbitrage obligatoire comme moyen de
règlement des conventions collectives. Hier, dans le journal Le Soleil,
on pouvait lire que le whip du gouvernement, le député de
Joliette, qui est reconnu, je pense, comme expert dans ces matières de
négociations, proposait de rendre permanentes les négociations
dans les secteurs public et parapublic. En cas d'impasse, pour les sujets
autres que ceux d'intérêt salarial et politique du
côté du gouvernement, il suggérait même le recours
à l'arbitrage obligatoire.
Voilà, en somme, des déclarations fort
intéressantes qui rejoignent un peu le désir de l'Union
Nationale, alors qu'en octobre dernier cette Assemblée avait
adopté à l'unanimité une motion présentée
par le chef de l'Union Nationale. Je voudrais simplement rappeler à
cette Assemblée ce texte. "Que cette Assemblée est d'avis que la
commission permanente du travail et de la main-d'oeuvre soit convoquée
afin d'étudier la possibilité de remplacer le droit de
grève dans les secteurs public et parapublic par une formule de
négociation permanente comprenant l'arbitrage obligatoire pour le
règlement des clauses normatives et l'élaboration d'une politique
salariale basée sur la moyenne payée dans le secteur
privé."
M. le Président, ma question au premier ministre est la suivante:
Le premier ministre est-il en mesure de nous dire aujourd'hui quelles sont les
intentions réelles du gouvernement sur ce sujet que je considère
très important pour l'avenir économique du Québec?
Le Président: M. le premier ministre.
M. Lévesque (Taillon): M. le Président, il est vrai
qu'il y a quelques aspects des négociations des secteurs public et
parapublic qui ne sont pas encore réglés et qui ne causent pas
encore de problème. Cela peut durer espérons-le un
nombre de jours, le moins grand possible, mais cela peut durer encore pendant
quelques jours. Premièrement, c'est le moment d'amorcer une
réflexion, mais c'est d'abord et avant tout le moment de mettre tout ce
qu'on peut pour compléter un record de performance de
négociations qui est inégalé depuis quinze ans. Tout en
comprenant les angoisses et les inconforts que cela a pu causer dans certains
secteurs et à certains moments à toute la population, il faut
tout de même admettre que jamais, depuis qu'existe ce système de
négociation dans les secteurs public et parapublic, on n'aura
réussi à arriver à l'ensemble des solutions en aussi peu
de temps, un tiers du temps que cela a pris la fois que cela avait pris le
moins de temps, c'est-à-dire 18 mois, dans les autres rondes qui ont
précédé celles de l'an dernier et de cette année.
Cela étant dit, c'est sûr que la période de
réflexion est amorcée et certaines des remarques qu'on a pu lire
de la part du whip, du député de Joliette ou du ministre de la
Fonction publique font partie de cette réflexion qui est plus
qu'amorcée, en fait, qui se déroule déjà
activement. Cela va nous mener... On ne peut pas donner au nouveau chef de
l'Union Nationale la date de la commission à laquelle on s'était
engagé, mais une chose est certaine, c'est qu'aussitôt qu'on verra
un peu plus clair, que les conflits importants, surtout celui qui affecte les
professionnels du gouvernement, seront réglés et qu'on sera sorti
du débat actuel, sûrement qu'on pourra discuter avec les
intéressés de cet engagement qui a été pris et qui
sera tenu.
Le Président: M. le chef de l'Union Nationale.
M. Le Moignan: Maintenant, je voudrais, par une simple question,
demander au premier ministre s'il a l'intention de privilégier ce
travail en dehors de l'Assemblée nationale ou s'il se propose de
remettre ceci à une commission parlementaire.
M. Charron: M. le Président.
Le Président: M. le leader parlementaire du
gouvernement.
M. Charron: Je voudrais répondre ici. Le
député de Gaspé et chef de l'Union Nationale se rappellera
qu'au moment où ce côté-ci de la Chambre s'est joint
à la proposition qui émanait de son parti de tenir cette
commission parlementaire, nous avions le plus clairement possible en
tout cas, je le souhaite, puisque c'est moi qui étais intervenu au nom
du gouvernement fait savoir que cette commission parlementaire n'aurait
lieu que lorsque la présente ronde de négociations serait
terminée. J'avais exprimé, à ce moment-là, notre
avis, à savoir qu'amorcer une période de réflexion sur ce
qui pourrait être une modification au mode de négociations pendant
qu'on est dans un mode en cours pourrait apporter plus de désavantages.
C'est à cette condition qu'on s'était lié et qu'on
s'était joint à la proposition de l'Union Nationale. Comme le
premier ministre vient de le dire, quand les négociations en cours, pour
ce qu'il en reste, seront achevées, je serai tout à fait
disponible pour organiser, dans les travaux de la Chambre, la commission
parlementaire, tel que la motion de l'Assemblée me demande de le faire
maintenant.
M. Brochu: Question additionnelle, M. le Président.
Le Président: M. le leader parlementaire de l'Union
Nationale.
M. Brochu: Une question au leader parlementaire du gouvernement
à ce sujet. Etant donné que cela a été voté
unanimement par la Chambre et que cela devient un ordre de la Chambre, est-ce
que le leader du gouvernement est prêt à s'engager à ce
qu'on ne discute pas cette question hors des murs de la Chambre et, par le fait
même, en portant atteinte aux droits de l'Assemblée nationale et
des parlementaires qui ont voté unanimement ce désir d'une
commission parlementaire, mais à prendre l'engagement que même si
la session est prorogée, comme cela semble devoir être le cas, au
mois de mai, cette commission parlementaire aura lieu avant la prorogation de
la Chambre, si possible? Sinon, qu'il prenne un engagement, à savoir que
cette discussion n'ait pas lieu dans un sommet à l'extérieur de
l'enceinte de l'Assemblée nationale, mais qu'elle soit tenue dans les
cadres d'une commission parlementaire faisant suite au mandat.
M. Charron: M. le Président.
Le Président: M. le leader parlementaire du
gouvernement.
M. Charron: Sur un sujet qui touche autant les citoyens du
Québec, je ne peux sûrement pas m'engager à ce que, en
dehors des murs de cette Assemblée, il n'y ait pas de débat,
sommet, réunion. J'évoque simplement le sommet de Mon-tebello
où la plupart des partis ont eux-mêmes évoqué cette
circonstance que doit vivre périodiquement l'ensemble de la
société québécoise. Loin de moi l'idée de
dire qu'en dehors des murs de cette Assemblée le débat n'aura pas
lieu. Ce que je dis au député de Richmond, toutefois, c'est que
cette Assemblée aussi, par la commission parlementaire que nous allons
tenir, participera au débat qui est ouvert à l'ensemble de la
société québécoise.
M. Brochu: Question additionnelle, M. le Président. Une
dernière question additionnelle.
Le Président: M. le leader parlementaire de l'Union
Nationale.
M. Brochu: II m'apparaît important de respecter, en vertu
des droits des parlementaires, la suite de cette décision qui a
été prise majoritairement par l'Assemblée. (15 h 30)
Ma question additionnelle, je l'adresserai cette fois-ci au ministre du
Travail et de la Main-d'Oeuvre. En réponse au CPQ, le ministre a
indiqué qu'il n'était pas question, quant à sa
réflexion, de refaire ou de reformuler le Code du travail, mais qu'il
était prêt néanmoins à réévaluer les
règles du jeu en ce qui concerne les secteurs public et parapublic. Il a
même indiqué dans cette même déclaration que
certaines choses étaient déjà entamées, sans
toutefois préciser desquelles il s'agissait. Etant donné que le
ministre de la Fonction publique a fait connaître quelque peu ses
couleurs, et également le député de Joliette-Montcalm,
j'aimerais que le ministre du Travail et de la Main-d'Oeuvre nous indique ce
qu'il entendait par "choses déjà entamées", qu'il fasse le
point et qu'il nous dise où en est rendue sa réflexion dans ce
domaine?
Le Président: M. le ministre du Travail et de la
Main-d'Oeuvre.
M. Johnson: Effectivement, M. le Président, à
l'occasion d'une rencontre récente en compagnie du premier ministre et
de quelques-uns de mes collègues avec les représentants du
Conseil du patronat, j'ai dit que je croyais que le Conseil du patronat, dans
une de ses remarques, avait raison. Il faut donner aux parties et à la
société le temps de digérer certaines lois et le temps
d'apprendre à vivre avec certaines choses.
J'ai donc dit qu'il n'était pas question à court terme que
nous chambardions le Code du travail eu égard à la question du
secteur public et parapublic étant donné, d'une part, la
situation qu'a évoquée le premier ministre tout à l'heure
et la nécessité d'attendre que la poussière soit
retombée un peu. Deuxièmement, compte tenu de la quantité
de lois que ce gouvernement a adoptées depuis trois ans dans ce secteur,
il ne m'apparaissait pas opportun dans les semaines à venir d'envisager
des remaniements importants sans, justement, qu'on passe par une forme de
forum.
Quant à la deuxième partie de la question, il y a d'abord
une évaluation qui est faite par le comité qui a servi de
comité sur les services essentiels et qui doit m'être transmise
incessamment. Il y a une évaluation qui est faite par le juge en chef du
Tribunal du travail quant à l'utilité de ces comités qu'il
a lui-même nommés et il y a, évidemment, les habituels
lieux de tombée de ce type de réflexions dans mon
ministère au service de la recherche.
Le Président: M. le député de
Saint-Laurent.
La grève des cols bleus de
Montréal
M. Forget: Au ministre du Travail, M. le Président, pour
faire suite aux questions qui ont été posées hier
relativement à la grève des employés manuels de la ville
de Montréal, le ministre a nommé un médiateur. Est-ce
qu'il pourrait nous indiquer quels sont les délais de temps ou les
délais de circonstances, si l'on peut dire, qu'il a fixés
à cet exercice de médiation qui, si on le laisse à
lui-même, peut durer plusieurs jours? Quand je pense aux délais de
circonstances, je réfère en particulier aux retournements qui
peuvent être soudains dans les conditions de la météo et
qui peuvent créer une situation très difficile à
Montréal et causer aux citoyens des pertes matérielles et
même des blessures corporelles pour lesquelles ils n'ont aucun recours,
semble-t-il, devant les tribunaux, contrairement à la situation
habituelle. Il s'agit donc là d'une pénalité très
lourde et, dans le cas des personnes âgées, en particulier,
n'importe quel observateur dans la région de Montréal se rend
très bien compte que l'on condamne littéralement les personnes
âgées à rester chez elles jusqu'à ce que cette
question soit réglée.
Donc, sans vouloir exagérer l'urgence, il reste que cela fait
presque un mois maintenant que cela dure. Est-ce que le ministre a des crans
d'arrêt dans ce processus ou s'il est satisfait de laisser les choses
suivre leur cours?
Le Président: M. le ministre du Travail et de la
Main-d'Oeuvre.
M. Johnson: M. le Président, il est bien évident
que j'ai été particulièrement insatisfait du
déroulement des événements entre le maire Drapeau et ses
représentants d'une part et, d'autre part, les représentants du
local 301 du Syndicat canadien de la fonction publique pour les cols bleus de
Montréal. L'incapacité des représentants du maire Drapeau
et du syndicat canadien d'en arriver sur la voie d'un compromis,
également le refus d'accepter une formule de médiation et
d'arbitrage qui aurait permis de mettre fin à la grève
peut-être aujourd'hui ou demain est un signe, je crois, que la ville de
Montréal et ses cols bleus devront, dans un processus de
médiation qui a été amorcé aujourd'hui-même
ils sont en rencontre à Montréal tenter de mettre
chacun un peu d'eau dans leur vin.
En effet, je pense que ce n'est pas tellement le climat et un
début de retournement de situation bien qu'on m'avise qu'à
Montréal, en ce moment, la neige a commencé à faire
ressentir ses effets, bien que ce soit apparemment une neige fondante
contrairement à ce qu'on a à Québec mais beaucoup
plus la rigidité de la part du maire et du syndicat qui cause des ennuis
aux citoyens que la température pour le moment. Ceci dit, le
médiateur, M. Désilets, a le mandat habituel de médiation
qui est un mandat il faut bien se comprendre extraordinaire parce
que la médiation, ce n'est pas une chose courante. Il a réuni les
parties au ministère cet après-midi et j'attends un rapport de M.
Désilets dans le courant de la soirée.
Je souhaite que les parties réussiront à déblayer
le plus de terrain possible aujourd'hui et demain, de telle sorte que M.
Désilet puisse continuer sa médiation et aller jusqu'à ce
qu'il faille,
comme il le jugera à propos, compte tenu de l'évolution,
déposer un rapport. Et au moment où il déposera son
rapport auprès des parties, j'espère que, du côté du
maire Drapeau et de ses conseillers comme du côté du syndicat, on
fera preuve de responsabilité et de sensibilité à
l'égard de la situation des citoyens de Montréal.
Le Président: M. le député de
Saint-Laurent.
M. Forget: II semble qu'il y a eu tout un méli-mélo
au sujet de la possibilité pour les contremaîtres de faire ce que
la Loi antiscabs n'interdit pas, du moins semble-t-il, c'est-à-dire
qu'ils veillent eux-mêmes à l'épandage de sel. Si cette
neige fondante devait se changer en verglas, on se rend compte des
difficultés que cela créerait dans la ville de Montréal.
Est-ce que le ministre du Travail ne pense pas que soit son médiateur,
soit ses services pourraient intervenir pour qu'au moins les
contremaîtres ou les cadres, il n'en faudrait peut-être pas plus
d'une dizaine, permettent au mois l'épandage de sel dans les principales
artères de Montréal pour éviter le pire, parce qu'il
semble bien que si on n'intervient pas à cause de menaces, de
représailles, de violence, etc. rien ne se fera. Il semble que
l'intervention d'un tiers soit nécessaire pour au moins assurer un
minimum de services essentiels. Il ne s'agit pas de nettoyer toute la ville de
Montréal, mais d'empêcher la paralysie totale. Il me semble que le
ministre du Travail pourrait prendre cet engagement.
Le Président: M. le ministre du Travail et de la
Main-d'Oeuvre.
M. Johnson: Je pense, M. le Président, que jusqu'à
maintenant ce type de services, compte tenu des circonstances, a permis en tout
cas de minimiser les inconvénients pour les résidents de
Montréal, même si c'est fort ennuyeux, surtout à certains
endroits où il y a des pentes et où peut-être on a
transporté les Jeux olympiques de Lac Placid sur certaines rues un peu
en pentes à Montréal, on les a transformées en pistes de
"bobsleigh". Je sais qu'effectivement on a évoqué la
difficulté qu'ont eue certains contremaîtres à vaquer
à des occupations qui ne seraient pas interdites en fonction des
dispositions du Code du travail. Je pense qu'il appartient au syndicat de
fournir ces services essentiels. Je pense qu'il appartient au syndicat
d'accepter que la loi soit respectée également et que, dans la
mesure où certaines personnes peuvent fournir des services essentiels,
on voie à ce qu'elles puissent les servir dans un contexte normal.
Le Président: M. le député de
Nicolet-Yamaska.
L'injonction dans les relations du travail
M. Fontaine: Merci, M. le Président. Toujours dans le
domaine du travail, je voudrais demander au ministre du Travail ce qu'il
advient de la re- quête qu'on avait faite à
l'ex-député de Maisonneuve, Me Robert Burns, à savoir de
faire une étude sur l'injonction dans les relations de travail. On sait
que Me Burns a maintenant été nommé juge au Tribunal du
travail et je voudrais demander au ministre du Travail où en est rendue
cette étude et ce qu'il en advient présentement.
Le Président: M. le ministre du Travail et de la
Main-d'Oeuvre.
M. Johnson: Le juge Burns, alors qu'il était conseiller
auprès de mon ministère, a effectivement participé et
coordonné une partie des travaux en mon nom auprès d'une
équipe de recherche autour de ce dossier qui touche l'injonction. Ce
rapport que j'ai est un rapport préliminaire du groupe d'étude et
j'entends rendre les pièces importantes disponibles pour les parties au
Conseil consultatif du travail et de la main-d'oeuvre.
Le Président: M. le député de
Nicolet-Yamaska.
M. Fontaine: Est-ce que le ministre du Travail a l'intention de
rendre public ce rapport préliminaire, avec tout son contenu et ses
conclusions? (15 h 40)
Est-ce qu'il peut nous dire, également, s'il a l'intention de
nommer une autre personne pour remplacer M. le juge Burns? Est-ce qu'il
pourrait également nous dire, jusqu'à maintenant, combien a
coûté, en taxes des contribuables québécois, ce
rapport sur l'injonction?
Le Président: M. le ministre du Travail et de la
Main-d'Oeuvre.
M. Johnson: M. le Président, le juge Burns,
évidemment, ne participe plus, puisqu'il est membre du Tribunal du
travail il a été nommé, on s'en souviendra, en
même temps que Me Bernard Lesage, tout récemment, au Tribunal du
travail à ce groupe d'étude. Le groupe d'étude
m'avait effectivement remis son rapport préliminaire et toute
étape subséquente dépendra à la fois des
réactions des parties au Conseil consultatif du travail et des
décisions qui seront prises au niveau de mon ministère dans les
semaines ou les mois à venir.
Quant aux émoluments de l'avocat Burns à l'époque
où il y était, je me ferai un plaisir de fournir ces choses
à l'occasion des comptes publics, mais je suis sûr que c'est moins
cher que le temps que le député passe à poser des
questions à l'Assemblée.
Le Président: M. le député de
Pointe-Claire.
Revenus fiscaux et déménagement des
sièges sociaux
M. Shaw: Mr President, I have at hand the annual report of the
Sun Life Insurance Company
and I am pleased to say that their Canadian organization is now located
in Montreal. However, in spite of the fact that the Minister of Finance, the
Government is unhappy with the fact, Sun Life has done very well in 1979 and
will be paying to governments in Canada over $38 million in taxes. My question
is to the Minister of Finance: Is he prepared to ask his Department to review
the tax revenue losses that have been occurred because of the relocation of
head offices during the period of his government?
Le Président: M. le ministre des Finances.
M. Parizeau: M. le Président, il est tout à fait
exact que la Sun Life, après les incidents que nous connaissons, a perdu
au Québec, dans l'année qui a suivi sa fameuse
déclaration, presque 30% ou 35% de ses nouvelles affaires, ce qui
indique que les Québécois ont au moins autant de fierté
que certains voudraient qu'ils aient de peur. Les affaires de la Sun Life sont
allées quelque part. Ce n'est pas parce que la Sun Life nous faisait le
très grand honneur de nous dire que nous n'étions plus un endroit
où elle pouvait avoir son siège social que, du coup, les gens ont
cessé de s'assurer sur la vie. Où se sont-ils assurés? Ils
se sont assurés chez un certain nombre de sociétés
d'assurance qui, elles, continuaient de considérer que le Québec
était un endroit où on pouvait faire des affaires
prospères.
On l'a bien vu, d'ailleurs, lorsque les journaux ont commencé,
dans leurs petites annonces classées, à annoncer des demandes de
vendeurs de la Sun Life de la part d'autres compagnies d'assurances
autochtones, si bien que, sans doute, le député de Pointe-Claire
a raison: il y a des gens qui ne paient plus d'impôt au Trésor
québécois parce qu'ils ne sont plus à la Sun Life, mais
ils paient toujours leur impôt au Trésor québécois
parce qu'ils ont transféré leurs affaires à l'Alliance,
à l'Assurance-vie Desjardins, à un certain nombre d'autres
sociétés qui nous font l'honneur de bien travailler chez nous et
d'y prospérer, M. le Président.
Le Président: M. le député de
Pointe-Claire.
M. Shaw: Mr President, in his usual way, he has very carefully
avoided the question. I asked him very simply: Est-ce que vous êtes
prêts à faire une étude sur le montant de taxes perdues par
le Québec à cause du déménagement des sièges
sociaux du Québec pendant la période de pouvoir de ce
gouvernement? Est-ce que c'est clair?
Le Président: M. le ministre des Finances.
M. Parizeau: Je dirai au député de Pointe-Claire,
à nouveau, que pour qu'une étude comme celle-là soit
faisable, il faudrait tenir compte de l'expansion des sièges sociaux
autochtones qui reçoivent les affaires que des sociétés
assez imprudentes et, si vous me passez l'expression, aussi ridicules sur le
plan des affaires abandonnent au
Québec. Comme il est parfaitement évident qu'à
l'heure actuelle, il y a des sociétés qui paient moins
d'impôt, parce qu'elles ont moins de gens au Québec et que ces
affaires sont rattrapées par d'autres compagnies qui fonctionnent au
Québec et qui augmentent leur chiffre d'affaires, à cause de
cela, une étude comme celle que demande le député de
Pointe-Claire est littéralement sans objet.
Le Trésor public ne se plaint pas; il y a simplement des
sociétés qui font exprès pour abandonner des affaires et
d'autres sociétés qui ont le sens de la concurrence suffisamment
avancé pour saisir les affaires qu'on leur laisse littéralement.
Que les sociétés qui profitent soit des sociétés
autochtones et que les sociétés qui pâtissent soient les
sociétés qui le soient moins, ce n'est pas un problème de
Trésor public, c'est un problème de sociologie.
Le Président: Mme la députée de
L'Acadie.
Mise en tutelle du Conseil régional
des services sociaux et des services de
santé
de la rive sud de Montréal
Mme Lavoie-Roux: Ma question s'adresse au ministre des Affaires
sociales. Nous apprenions, par la voie des journaux, que le Conseil
régional des services sociaux et des services de santé de la rive
sud avait été mis en tutelle, le 20 février. Selon la
même nouvelle parue dans les journaux, vu que la très grande
majorité des établissements de santé de la région
sud, soit 161 établissements sur 174, a manifesté son appui
à l'administration du conseil régional, compte tenu aussi de la
déclaration du président du conseil d'administration de ce
conseil que la tutelle demeure inexplicable, est-ce que le ministre des
Affaires sociales pourrait informer la Chambre des faits qui l'on conduit
à demander cette tutelle du Conseil régional de la rive sud?
Le Président: M. le ministre des Affaires sociales.
M. Lazure: II faut d'abord bien comprendre qu'il ne s'agit pas
d'une tutelle pure et simple, il s'agit d'un mécanisme qui est
prévu à l'article 128 de la Loi sur les services de santé
et les services sociaux, un mécanisme qui permet de faire enquête
et de désigner, pendant la période de l'enquête, un
administrateur provisoire. Ces deux personnes peuvent être
différentes ou ces deux fonctions peuvent être cumulées par
une même personne. Nous avons choisi la deuxième formule et c'est
ainsi que nous avons nommé M. Roger Lepage, le directeur
général de l'Hôtel-Dieu de Québec, à la fois
enquêteur et à la fois administrateur provisoire pour une
période de quatre mois.
Comme je l'ai d'ailleurs dit il y a deux semaines dans le
communiqué de presse qui a annoncé cette mesure, je m'empresse de
répéter qu'il n'y a, dans notre esprit, aucun soupçon,
aucune allusion à des malversations, à de la
malhonnêteté ou à
des détournements.de fonds, contrairement à ce qu'on a pu
laisser entendre dans une certaine région. Il ne s'agit pas d'une
enquête qui vise à démontrer l'honnêteté ou la
malhonnêteté de la direction de ce conseil régional, il
s'agit d'une enquête qui a été rendue nécessaire
à cause de problèmes de gestion interne qui perdurent depuis
environ cinq ans. Un des premiers dossiers que mon ancien sous-ministre
que le député de Saint-Laurent a bien connu puisqu'il a
travaillé avec lui le Dr Jacques Brunet m'a soumis à
l'époque touchait justement le Conseil régional des services de
santé et des services sociaux de la région de la rive sud de
Montréal.
Je peux vous assurer que déjà au début de notre
mandat nous avions au ministère la conviction que les choses ne
tournaient pas rond dans ce conseil régional. Nous avons donc fait des
efforts, avec les fonctionnaires, depuis tout ce temps-là, en
rencontrant le directeur général de l'établissement, en
rencontrant le président du conseil d'administration; depuis deux ans en
particulier, nous avons fait des efforts pour améliorer la gestion, le
climat de cette boîte. Il faut dire qu'à l'intérieur d'un
conseil régional il y a environ 45 employés. Je vous donne
à titre d'exemple un indice du climat malsain qui existe depuis
longtemps dans cette boîte. Sur une période d'un peu plus d'un an,
45% de ces employés, professionnels et cadres, ont quitté le
conseil régional. Nous avons fait la comparaison avec les autres
conseils régionaux du Québec et la moyenne du roulement est de
16%. Un indice de roulement de personnel de 45% en soi est déjà
significatif d'un climat plutôt négatif. (15 h 50)
Deuxièmement, dans les relations entre le conseil régional
et le ministère des Affaires sociales, nos fonctionnaires ont eu
à déplorer, depuis longtemps, une certaine confusion dans les
rapports qui nous parviennent du conseil régional et aussi dans les
rapports qui touchent l'organisation des nouvelles commissions administratives
que chaque conseil régional doit mettre sur pied. Au moment où le
gouvernement s'apprête à déléguer de plus en plus de
responsabilités aux conseils régionaux, il est important que ces
conseils régionaux qui deviennent, à toutes fins utiles, des
mini-ministères dans dix régions du Québec, il est
important que nous soyons assurés d'une gestion efficace. Alors, en
résumé, l'administrateur provisoire et enquêteur, M.
Lepage, a été nommé pour une période de quatre
mois; il s'agit, à toutes fins utiles, d'une enquête comme nous en
faisons deux ou trois fois par année et l'enquêteur doit,
aujourd'hui même, donner une conférence de presse pour expliquer,
de façon plus explicite, plus claire, les raisons qui l'ont amené
à assumer ce mandat en notre nom.
Le Président: Mme la députée de L'Acadie,
une brève question.
Mme Lavoie-Roux: M. le Président, vous admettrez que les
faits signalés sont assez confus en eux-mêmes. On dit qu'ils
seront éclairés par une conférence de presse aujourd'hui,
j'ai cru comprendre. Je voudrais demander au ministre des Affaires sociales
pourquoi, si le conseil d'administration n'est impliqué d'aucune
façon, si le ministre dit qu'il n'est pas mis en tutelle, on confie
quand même à l'enquêteur l'administration provisoire de ce
conseil. C'est la même chose qu'une tutelle. Le ministre dit: C'est tout
à fait régulier, on fait ce genre d'enquête à peu
près deux ou trois fois par année. Mais est-ce que deux ou trois
fois par année vous mettez en tutelle un conseil d'administration d'un
conseil régional à qui, selon les apparences en tout cas, on ne
reproche rien de très précis?
Le Président: M. le ministre des Affaires sociales.
M. Lazure: M. le Président, premièrement, je pense
que, s'il y a confusion, c'est dans l'esprit de la députée de
L'Acadie. J'ai bien dit que l'administration, et par conséquent les
pouvoirs du conseil d'administration, est assumée temporairement, pour
une période de quatre mois, par l'administrateur provisoire. Donc, c'est
l'équivalent d'une tutelle.
Deuxièmement, il ne s'agit pas de renseignements confus lorsque
j'affirme, preuves à l'appui, que le taux de roulement dans ce conseil
régional a été de 45% dans l'espace d'un peu plus d'un an,
alors qu'il est de 16% ou 17% dans l'ensemble des autres conseils
régionaux. Alors, je ne pense pas que ce soit indiqué, à
ce stade-ci, puisqu'il y a une enquête sur une situation qui était
inefficace, une situation qui créait beaucoup de mécontentement
et chez les professionnels et chez les cadres de ce conseil régional,
d'aller plus avant dans les détails.
Le Président: Merci. Avant de mettre un terme à la
période des questions, je voudrais inviter M. le ministre des
Consommateurs, Coopératives et Institutions financières à
apporter un complément de réponse à une question qui a
été formulée le 3 mars par M. le député de
Rouyn-Noranda. Mais je pense...
M. Charron: Monsieur...
Le Président:... M. le ministre, puis-je me permettre de
vous suggérer, comme il n'est pas présent, d'attendre un moment
où il sera présent.
Alors, fin de la période des questions.
Motion non annoncées.
Enregistrement des noms sur les votes en suspens.
En vertu de l'article 34, M. le député de
Saint-Laurent.
Avis à la Chambre
M. Forget: M. le Président, j'aimerais donner suite
à ce que le leader du gouvernement a indiqué tout à
l'heure, à savoir que le Conseil des mi-
nistres prendrait aujourd'hui en délibération la
façon de procéder dans l'étude de cette première
tranche du projet d'un nouveau Code civil pour le Québec. J'aimerais
attirer son attention sur la possibilité, dont j'ai brièvement eu
l'occasion de discuter avec son collègue de la Justice, d'innover pour
ce qui est de nos procédures parlementaires dans l'étude d'un
projet aussi important, qui n'est que le premier d'une longue série, en
vue de créer une commission spéciale de l'Assemblée
nationale, une commission du genre "select committee" on n'a pas la
traduction, je pense, dans notre vocabulaire parlementaire
québécois et qui consisterait à désigner,
peut-être de façon permanente, un président, un
coprésident et quelques membres de l'Assemblée nationale de
chacun des partis, mais avec des ressources d'appoint sur le plan juridique,
parce qu'il s'agit là d'un projet qui, contrairement à d'autres
mesures législatives, se prête beaucoup moins bien à la
procédure adversaire que la législation ordinaire et qui devrait
faire l'objet d'une étude soutenue par certains de nos collègues
qui s'intéressent à ces questions, je dirais même sur un
plan professionnel, sur le plan d'une expertise professionnelle, ainsi que
comme législateurs.
J'attire l'attention du leader du gouvernement sur cette
possibilité qui m'apparaîtrait une bonne façon d'amorcer la
révision de cette loi fondamentale pour le Québec.
Le Président: M. le leader parlementaire du
gouvernement.
M. Charron: M. le Président, je crois que la suggestion du
député de Saint-Laurent est faite dans un esprit très
positif et mérite une très sérieuse considération,
ce à quoi le Conseil des ministre s'adonnera, si ce n'est ce soir, au
moins dans les prochains jours.
Le Président: M. le député de Gatineau.
M. Gratton: M. le Président, on sait que, lors de
l'adoption du projet de loi no 9 qui constituait une nouvelle loi
électorale, on nous avait, du côté du gouvernement,
assuré que la loi n'entrerait pas en vigueur, sauf possiblement pour
certains articles qu'on voudrait retrouver au moment de la tenue du
référendum. Je voudrais demander, M. le Président, si le
leader du gouvernement est en mesure aujourd'hui de nous dire si,
effectivement, il y aura des articles de ce nouveau code électoral qui
seront en vigueur au moment du référendum. Si oui, quels
seront-ils?
M. Charron: M. le Président, la question du
député de Gatineau est pertinente, mais je crois que ce n'est pas
à moi qu'elle doit s'adresser puisqu'elle n'a rien à voir avec
les travaux de la Chambre dont je suis responsable. Il s'agit, je crois, d'une
question qui devrait être adressée lors de la période des
questions au ministre de la Justice parce qu'elle est importante,
effectivement, et mon collègue aura l'occasion d'y répondre
à un autre moment.
Le Président: Aux affaires du jour.
M. Levesque (Bonaventure): M. le Président sans
vouloir intervenir d'une façon prolongée vu que le
ministre de la Justice est avec nous et comme il s'agit des travaux de la
Chambre, je pense bien qu'il pourrait compléter les renseignements que
ne peut pas donner présentement le leader parlementaire du gouvernement.
Je ne pense pas qu'il s'agisse là du genre de sujet qui se prête
particulièrement à la période des questions. C'est
justement la raison pour laquelle nous avons l'article 34. Le ministre est
là. Je ne vois pas pourquoi il ne pourrait pas, d'une façon bien
résumée, brève...
M. Charron: M. le Président, franchement, je crois qu'il
s'agit d'une question tout à fait régulière pour la
période des questions. Le député de Gatineau a
demandé quels articles seront promulgués et quand ils
s'appliqueront. Il s'agit donc d'une question tout à fait normale au
ministre d'Etat à la Réforme électorale. D'autre part,
cela n'a aucun rapport avec les travaux parlementaires puisque jamais cette
Chambre ne sera saisie de cette décision; mais, comme la question est
bien fondée, j'invite le député à la poser de
nouveau dès demain au ministre, député de Chicoutimi.
Le Président: Aux affaires du jour.
Motion privilégiée relative
à la question devant faire l'objet
d'une consultation populaire sur
une nouvelle entente avec le Canada
Conformément à notre règlement, j'appelle
maintenant la motion présentée par M. le premier ministre sur la
question référendaire de même que les deux amendements qui
ont déjà été soumis.
Je voudrais maintenant faire une brève remarque. J'ai entendu
tous les intervenants ce matin. Il y en a quelques-uns, rares, qui ont
été très pertinents; quelques autres, plus nombreux, qui
ont été à moitié pertinents et quelques-uns,
peut-être encore plus nombreux, qui ne l'ont pas été du
tout.
Je comprends que certains députés, dont le
député de Pointe-Claire, ont appelé la présidence
à être très tolérante à l'égard de la
pertinence du débat, mais je crois qu'il y a des limites qu'il ne faut
pas franchir. Je demande la collaboration de tous pour demeurer pertinents,
c'est-à-dire parler de la motion qui a été
présentée par le premier ministre, de l'amendement qui a
été soumis par le chef de l'Opposition et de l'amendement qui a
été soumis par le chef de l'Union Nationale. Je sollicite donc la
collaboration de tous pour ne pas qu'on ait à intervenir trop souvent
pour rappeler les intervenants à la pertinence du débat.
Sur ce, je cède la parole à M. le député de
Rosemont.
Reprise du débat
M. Gilbert Paquette
M. Paquette: M. le Président, nous avons entrepris depuis
hier le débat peut-être le plus important de l'histoire de cette
Assemblée nationale. (16 heures)
En ce sens, il est un peu triste de voir l'orientation que veulent lui
donner les députés de l'Opposition en tentant de présenter
cette question comme confuse, manquant de clarté, manquant même
d'honnêteté alors que c'est leur propre projet qu'ils tentent de
déguiser sous des habits nationalistes. On tente de faire croire que
cette question vise à masquer, de fait, l'indépendance et que
l'indépendance, c'est la même chose que la séparation.
Donc, que ce qui est impliqué par cette question, c'est la
séparation du Québec. On a vu ce matin à peu près
tous les députés de l'Opposition nous parler et nous
décrire, en transe, les affres de la séparation. Le summum a
été atteint par le député de Mont-Royal; il nous a
même dit que, pour lui, c'était comme perdre un bras. Dire oui
à cette question, c'était comme le couper en deux
littéralement.
Mme la Présidente, notre projet, tant dans son esprit, dans son
contenu que dans la démarche qu'il suppose, n'a rien à voir de
près ou de loin avec la séparation. J'espère qu'on nous
permettra en face de décrire notre option telle qu'elle est,
plutôt que comme le chef de l'opposition voudrait qu'elle soit.
Prenons d'abord l'esprit de notre option. D'abord, la question est
honnête, franche, fidèle à notre option et surtout
très simple. Chacun des deux camps a publié son option. Les
citoyens connaissent ces deux documents: le livre blanc et le livre beige.
Une Voix: Blême? Une Voix:Non, beige.
M. Paquette: De ces deux documents, il s'agit de savoir
c'est l'objet du référendum lequel les
Québécois veulent présenter au Canada anglais comme base
de négociation. Est-ce qu'ils veulent celui-ci ou celui-là? Avec
un oui au référendum, on veut présenter ce projet comme
base de négociation avec le Canada anglais. Avec ce projet, on veut
présenter une certaine forme de fédéralisme
également comme base de discussion. Il me semble que c'est un
débat très simple. Je ne vois pas pourquoi on tourne
continuellement autour du pot et qu'on essaie de dénaturer les options.
J'espère qu'on nous permettra de décrire notre option telle
qu'elle est, et non pas telle que cela ferait l'affaire des gens d'en face
qu'elle soit.
Dans son esprit, ce qu'il y a dans ce document, c'est le maintien d'un
lien, de liens multiples, économiques, institutionnels et même
psychologiques, avec le Canada anglais. Nos amis d'en face font comme si tous
les liens étaient nécessairement de nature
fédérale. Il y a dans le monde quatorze associations d'Etats
souverains qui regroupent 70 pays au total et qui vivent un autre genre de
relations autrement plus stimulantes que celles que les Québécois
ont été forcés de vivre dans le fédéralisme
actuel. Il y a essentiel- lement deux types de liens entre individus comme
entre Etats: des liens de subordination ou des liens d'égalité,
des liens de codécision ou des liens où il y en a un seul qui
décide. Le Québec peut décider de s'unir d'égal
à égal avec le Canada anglais ou il peut décider
d'être tenu en laisse comme il l'est depuis 113 ans.
Mme la Présidente, cela me fait penser à deux agriculteurs
qui habitent sur deux terres voisines. A un moment donné, il y en a un
qui dit à l'autre: II faudrait qu'on s'achète de la machinerie.
Alors, je vais l'acheter, je vais t'accorder du temps d'utilisation et on va la
payer ensemble. Deux ou trois ans plus tard, on s'aperçoit qu'une des
terres est bien développée et que l'autre est en friche, alors
que les deux sont tout aussi rentables l'une que l'autre. Devant cela, l'un des
voisins dit à l'autre: On va changer cela, on va rédiger un
contrat. On va décrire dans le contrat les heures d'utilisation. On va
décrire comment on va faire les paiements. Mais on va cultiver chacun ce
qu'on veut sur notre terre.
C'est ça une association d'Etats souverains, Mme la
Présidente. C'est la même chose que deux locataires dans une
maison. Il y en a un qui peut être le propriétaire et l'autre
locataire, mais les deux peuvent aussi décider d'acheter une maison en
copropriété, de partager le financement, de partager
l'aménagement des espaces communs, mais d'être maîtres chez
eux, chacun dans son logement.
Voilà l'esprit de ce livre blanc. Vous allez admettre que c'est
bien autre chose que la séparation. D'ailleurs, il est
intéressant de voir que les avis sont partagés en face
là-dessus. Les avis sont partagés entre Claude Ryan, chef du non,
chef du cercle négatif d'en face, et Claude Ryan, éditorialiste
sérieux du Devoir, trois ans plus tôt, le 17 novembre 1976.
Parlant de l'esprit qui anime le projet de ce gouvernement, Claude Ryan disait,
le 17 novembre 1976: "Le PQ n'est pas d'abord séparatiste, encore moins
isolationniste écoutez bien cela nonobstant tout ce qu'on
a pu en dire. Il est, au contraire, plus ouvert sur l'universel que bien des
tenants du courant dit libéral, mais il veut que soit d'abord
défini et assuré un premier lieu de pouvoir politique pour le
peuple québécois. Il veut naturellement que ce lieu soit
établi au Québec et contrôlé directement et
entièrement par les citoyens du Québec".
Voilà, il y a à peine trois ans, au lendemain de
l'élection qui a amené ce gouvernement ici à
l'Assemblée nationale, l'éditorialiste Claude Ryan qui comprend
très bien le projet qui se retrouvera plus tard dans le livre blanc.
Trois ans plus tard, comment se fait-il que ce même Claude Ryan, devant
le conseil général de son parti, le 12 septembre 1979 j'ai
un article du Devoir ici exhorte ses militants de la façon
suivante: "II faudra montrer que souveraineté-association égale
à toutes fins utiles souveraineté, indépendance et
séparation politique". Trois ans plus tard! Qui a raison? Claude Ryan,
éditorialiste du Devoir, ou Claude Ryan, politicien, chef du non, qui
fait de la
petite politique pour dénaturer l'option des autres?
M. le Président, quand, en face, on nous parle de fraude et de
tromperie, je pense qu'ils devraient se regarder dans un miroir. Je ne pense
pas qu'ils aimeraient cela.
Notre projet n'est pas séparatiste dans son esprit, comme le
reconnaissait le chef du Parti libéral il y a trois ans; il n'est pas
séparatiste, non plus, dans son contenu. Comment fonctionne une
association d'Etats souverains, un lien d'égal à égal
entre deux ou plusieurs Etats? Il suffit de regarder les quatorze
communautés qui existent dans le monde. Ceux qui sont
intéressés, il y a toutes sortes de livres là-dessus qui
sont parus; il y a des études du ministère des Affaires
intergouvernementales où on en décrit quatorze. Je vais vous
parler d'une seulement en citant quelques paragraphes d'un article du Devoir
qui était intitulé comme suit, le 15 février 1979: "Une
expérience concluante de souveraineté-association, le Benelux a
réussi l'union économique des pays membres". Je lis: "Les trois
pays membres du Benelux, la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg ont
réussi au cours des trente dernières années à
intégrer et à harmoniser leur économie sans renoncer pour
autant à leur souveraineté nationale. Tel est le bilan qu'a
dressé, hier midi, le secrétaire général de cette
union économique. Dans son exposé, il a établi un
parallèle entre le Canada et les trois pays membres du Benelux." C'est
intéressant. (16 h 10)
Les deux ensembles économiques ont une population à peu
près identique de 23 millions à 24 millions d'habitants. Tous
deux dépendent en grande partie des marchés étrangers. Le
niveau de vie est à peu près le même. Les
différences se trouvent cependant du côté du chômage
et de l'inflation où la situation est beaucoup plus rose de l'autre
côté de l'Atlantique, alors que le dollar canadien suit les
caprices de la conjoncture nord-américaine. Alors que le dollar suit les
caprices de la conjoncture nord-américaine, les monnaies des pays du
Benelux sont remarquablement stables.
Cela veut dire qu'il y a moyen que cela marche bien dans une association
économique, mieux que dans certains régimes
fédéraux, notamment le Canada. On lui a demandé: Est-ce
que la règle de l'unanimité empêche le fonctionnement de
l'organisme? Ils sont trois Etats là-dedans: La Belgique, la Hollande et
le Luxembourg. Est-ce que la règle de l'unanimité entre Etats
qui est la règle dans toutes les associations d'Etats souverains,
un Etat, un vote, peu importe la taille des partenaires empêche le
fonctionnement de l'organisme? Le secrétaire de l'organisation, qui sait
ce dont il parle, lui, contrairement à nos amis d'en face, a dit: Pas du
tout. Les dossiers peuvent être bloqués temporairement mais
après consultation, on arrive toujours à un accord. Nous avons
trop d'intérêts en commun et les trois pays dépendent trop
de l'étranger pour ne pas trouver finalement une solution à leurs
problèmes communs. Ce qu'ils ont fait, ils ont supprimé les
barrières entre les trois pays. Les gens circulent librement
là-dedans. Ils ont harmonisé leurs politiques économiques.
Ils ont une politique conjointe envers les pays tiers. Ils ont des
délégations conjointes aux organismes internationaux. Ils y en a
d'autres exemples comme cela. Il y a, par exemple, une ancienne
fédération dans les Antilles, la Fédération des
Antilles britanniques, qui s'est dissoute pour devenir un marché commun,
une union, une association entre égaux, entre Etats souverains et ils
ont créé des compagnies conjointes, une compagnie maritime parce
qu'il s'agit d'îles. Qu'est-ce qui nous empêchera, entre le
Québec et le Canada, de remplacer Air Canada par Air Canada
Québec, d'avoir nos sièges au conseil d'administration, de faire
en sorte que cela parle français de temps en temps là-dedans?
Mme la Présidente, toutes ces expériences d'associations
entre égaux sont tellement supérieures et tellement plus
emballantes que le régime fédéral dans lequel on est
enfermé! La souveraineté-association, Mme la Présidente,
ce n'est pas moins que la souveraineté, ce n'est pas la
séparation. La souveraineté-association, c'est plus que la
souveraineté. On essaie de nous mettre en contradiction. Il y en a
certains qui disent: Ce qu'on veut, c'est la souveraineté du
Québec. Et d'autres parlent de la souveraineté-association. Il
n'y a pas de contradiction. La souveraineté-association, c'est la
façon adulte d'exercer sa souveraineté, de transcender tout en
les assumant les responsabilités nationales pour les mettre en commun et
les exercer en commun pour le bien-être de l'ensemble. Et ne pensez-vous
pas, Mme la Présidente, que ce serait pas mal plus productif, sur le
plan économique, d'avoir deux partenaires disposant de tous leurs
leviers économiques, qui développent leurs coins de terre comme
nos deux agriculteurs de tout à l'heure, qui les développent
à plein parce que c'est dans leur intérêt plutôt que
d'avoir une espèce de lien fédéral où il y en a un
qui manipule l'autre pour ses intérêts à lui?
Mme la Présidente, cette question n'est pas non plus
séparatiste par la démarche qu'elle propose aux
Québécois. C'est là-dessus que le chef de l'Opposition
officielle nous a proposé un amendement, parce qu'il sait très
bien qu'il ne peut pas la qualifier telle quelle de séparatiste. Il
voudrait bien qu'elle ait un petit air séparatiste. Il nous dit qu'il
faudrait poser la question en deux volets, et donner l'impression qu'on va
faire cela en deux temps. D'abord, la souveraineté et ensuite, quand on
sera souverain, on va aller discuter d'association avec les autres. Je
regrette, Mme la Présidente, mais ce n'est pas cela notre projet. Notre
projet c'est de transformer directement le régime fédéral
en une association d'Etats souverains, en une seule négociation.
Qu'est-ce qu'il y a d'extraordinaire là-dedans? On l'a fait en 1867. En
1867. l'Ontario et le Québec constituaient la même colonie avec un
même Parlement. Au cours de la même négociation, on a
dissocié le Québec de l'Ontario et on les a regroupés
autrement avec deux provinces maritimes pour former l'embryon de ce qui est
devenu la fédération canadienne.
Pendant que les gens discutaient, il restait des colonies britanniques
comme avant. Les gens n'ont pas vu de différence et à la fin des
négociations, les deux changements, dissociation du Québec et de
l'Ontario et regroupement avec les Maritimes, se sont faits en même temps
et c'est seulement 40 ans après qu'on a commencé à voir
les effets du régime et qu'on a vu que ça ne marchait pas.
Ce qu'il faut faire c'est la seule chose qui est importante
c'est de se demander quel est le meilleur projet pour le Canada et le
Québec, de façon à ne pas répéter cette
erreur. On peut suivre la même démarche. Tout le temps que
dureront les négociations, le Québec va continuer d'être
une province canadienne; à la fin des négociations, il deviendra
souverain, il va adopter sa propre constitution et il va signer le
traité d'association avec le reste du Canada, d'un seul coup. C'est
petit à petit qu'on va commencer à voir les changements, qu'on va
s'apercevoir que c'est payant d'avoir ses outils économiques, que c'est
payant de contrôler ses épargnes, de contrôler son budget,
de faire en sorte que ses achats gouvernementaux se fassent au Québec,
qu'on se serve des sociétés d'Etat qu'on a au Québec et
qu'on ne soit pas obligé de payer pour celles du fédéral
qui travaillent ailleurs qu'au Québec.
Mme la Présidente, les gens du non veulent nous dire ceci: Restez
donc dans le Canada, c'est payant. C'est cela leur projet emballant. Mon non
est Québécois! Tout le monde pense à: Mon nom est
personne; mon nom est personne, ça fait penser à: Pour une
poignée de dollars. Cette poignée de dollars, ce seraient la
péréquation et le pétrole. Quand vous regardez l'ensemble,
le fédéralisme n'est pas payant. Que les gens du non aillent donc
dire aux chômeurs et aux assistés sociaux du Québec que le
fédéralisme, c'est payant. Si c'est ça leur raison pour
que le Québec, en tant que nation, soit personne, à ce compte, il
vaut aussi bien être quelqu'un. C'est le choix qu'on fait dans le cas du
oui.
Je vous remercie, Mme la Présidente.
La Vice-Présidente: M. le député de
Bellechasse.
M. Bertrand Goulet
M. Goulet: Merci, Mme la Présidente. Le débat
référendaire bat son plein et ce moment longuement attendu
revêt, bien sûr, un caractère historique. En effet, chaque
citoyen décidera et ce, en toute liberté, si oui ou non il
donnera au gouvernement du Québec la permission de s'engager sur la voie
qui lui permettrait de conduire le Québec directement à la
souveraineté et, si on ne veut pas mâcher nos mots, directement
à l'indépendance.
Il faudrait bien se mettre dans la tête qu'en acceptant de
négocier la souveraineté, c'est, en même temps, dire oui au
principe de l'indépendance du Québec. La question demande bel et
bien aux Québécois le droit d'accéder à la
souveraineté et, ensuite, de négocier une certaine asso- ciation.
L'Union Nationale dit non à la souveraineté, dit non à la
brisure du lien fédéral. Bien sûr, la constitution
canadienne a besoin d'être modifiée, c'est vrai, et l'Union
Nationale, dans un document constitutionnel, propose des modalités pour
y arriver.
L'Union Nationale dit fédéralisme renouvelé.
L'Union Nationale dit pourquoi un fédéralisme renouvelé et
l'Union Nationale dit comment arriver à ce fédéralisme
renouvelé. L'Union Nationale, bien sûr, comme toujours, parle
d'autonomie, l'Union Nationale parle de l'égalité des deux
peuples fondateurs et l'Union Nationale parle du maintien du principe du
système fédéral. (16 h 20)
Le débat actuel, bien sûr, a pour but de nous permettre de
dire pourquoi nous sommes pour ou contre la question posée par le Parti
québécois. Le député qui a parlé avant moi
fausse un peu le débat en disant: Nous avons un choix entre ce document
et l'autre. Il ne faudrait pas se méprendre, la question proposée
par le gouvernement actuel, par le Parti québécois ne demande pas
aux Québécois de se prononcer sur le livre beige du Parti
libéral ou sur d'autres documents, mais elle demande aux
Québécois de se prononcer sur l'option no 1 du Parti
québécois, soit la souveraineté-association ou
l'indépendance du Québec. C'est ce que la question demande, il
n'est pas question de se prononcer sur d'autres documents, si valables
soient-ils.
Quant à notre document constitutionnel, nous avons eu l'occasion
de l'expliquer, nous aurons l'occasion de l'expliquer au cours de la campagne
référendaire, campagne qui sera mise à la disposition de
tous les députés pour parcourir le Québec afin de faire
connaître comment on peut arriver concrètement à un
fédéralisme renouvelé.
Notre document constitutionnel n'est peut-être pas volumineux et
garni de dentelle, mais il a néanmoins le mérite d'être
clair, net, précis et de proposer des solutions qui méritent,
à mon humble avis, une profonde réflexion. D'ailleurs, les
membres de la commission Pépin-Robarts avaient formulé beaucoup
d'éloges concernant ce rapport. Je prends à témoin un des
membres de cette commission qui est maintenant dans cette Chambre. On avait
félicité à ce moment-là les représentants de
l'Union Nationale d'avoir proposé un document aussi valable au moment
des auditions de la commission Pépin-Robarts.
Un autre mérite est que l'Union Nationale a été la
première formation politique à déposer des propositions
concrètes afin d'arriver à un fédéralisme
renouvelé. Nous dirons non à la question proposée par le
Parti québécois parce que c'est évident dans notre esprit
que si nous disons oui à cette question, c'est dire oui à la
brisure de ce lien fédéral. Est-ce que le système actuel
est si mauvais que ça? Est-ce que le système dans lequel on vit
présentement est si mauvais que veulent bien le laisser voir certains
députés du Parti québécois? La réponse
à cette question nous a été donnée ce matin par
plusieurs intervenants du Parti québécois.
On nous parle de liberté. Il faut s'entendre. Qu'est-ce qu'on
entend par liberté? Je peux vous dire, sans avoir fait le tour du monde,
mais pour avoir visité quelques autres pays, que lorsqu'on nous parle de
liberté, que ce soit au niveau de la province, que ce soit au niveau
constitutionnel, que ce soit au niveau économique, que ce soit au niveau
social, à tous les niveaux, quand on parle de liberté, personne
ne peut se plaindre actuellement, comparativement à ce qu'on peut voir
dans d'autres pays. Je pense qu'on n'a de leçon de liberté
à recevoir de personne.
On nous parle également de standard de vie. Je crois que c'est le
ministre d'Etat au Développement économique qui, ce matin, a fait
l'éloge, qui a parlé avec éloquence du standard de vie
qu'on connaît actuellement. Il faudrait se rappeler que si on a ce
standard de vie actuellement, on l'a eu avec le système
fédéral actuel. Il n'a pas été aussi nuisible qu'on
veut bien le laisser croire.
On parle de productivité. On nous a dit que le peuple
québécois était devenu un peuple assez productif et qu'on
pourrait encore aller de l'avant au niveau de la productivité. Qu'est-ce
que la question constitutionnelle, qu'est-ce que l'indépendance ou la
souveraineté viennent faire dans la productivité des
Québécois? Que nous soyons indépendants ou dans le
système actuel, il n'y a absolument rien qui puisse prouver que le
peuple québécois sera encore plus productif qu'il l'est. Si notre
taux de productivité actuel, s'il est au standard qu'a dit le ministre
d'Etat au Développement économique, je ne vois pas comment on
pourrait l'améliorer en étant souverain ou en étant
indépendant. Cela n'a aucun rapport.
On nous a même parlé de la scolarité des
Québécois. Je peux vous dire que le taux de scolarité que
les Québécois ont atteint depuis les 15 dernières
années, il faut se rappeler qu'on l'a atteint dans le système
actuel. Je ne vois pas en quoi l'indépendance du Québec viendrait
changer des choses là-dedans.
On nous parle de mesures sociales. On est unanime à dire qu'au
Québec, on a des mesures sociales qu'on peut retrouver en peu d'endroits
au monde. Même nos voisins très riches des Etats-Unis sont
unanimes pour dire qu'on a des mesures sociales actuellement qu'ils n'ont
même pas chez eux. Mais ces gens semblent oublier que ces mesures
sociales, que ce standard de vie, on l'a eu dans le système actuel et on
est encore dans le système actuel.
On nous parle d'Hydro-Québec, des caisses populaires, des caisses
d'entraide économique, de SIDBEC, de la SGF, de Provigo, de IPL, de
toutes ces compagnies qu'on connaît actuellement, soit des
sociétés d'Etat ou des sociétés privées, qui
sont sorties de l'ordinaire, qui ont été lancées par des
Québécois, par des Canadiens français, mais on semble
oublier que, si ces compagnies sont rendues au niveau de productivité
qu'elles connaissent actuellement, je ne vois pas en quoi le système
fédéral leur a nui autant que cela. Ces compagnies existent
déjà, Mme la Présidente, que ce soit au niveau des
sociétés d'Etat ou que ce soit au niveau des
sociétés privées. Je ne vois pas en quoi on ne pourrait
pas continuer cette marche et je ne vois pas en quoi l'indépendance du
Québec viendrait changer des choses dans la product vite, dans
l'amélioration de ces compagnies.
On parle de cadeaux à faire à nos enfants, ce n'est pas
pour nous, c'est pour nos enfants. Ecoutez, j'aimerais au moins m'assurer de
transmettre à mes enfants, ce que j'ai reçu et davantage, au
moins ce que j'ai reçu et davantage, mais pas moins que ce que j'ai
reçu, Mme la Présidente. Ces gens semblent oublier que, si
l'union économique a été maintenue et si nous
bénéficions actuellement d'un standard de vie très
acceptable, c'est d'abord et avant tout parce que cette réunion, cette
union a été chapeautée et encadrée par une union
politique. Le contraire me semble difficile à expliquer. J'aimerais
qu'on me l'explique. Ce ne sont pas des choses de l'avenir dont on parle; on
parle des choses du passé, des réalisations concrètes que
l'on a actuellement et je ne vois pas en quoi l'indépendance du
Québec est venue faire quelque chose là-dedans. Tout ce standard
de vie, toutes ces belles choses, on les a eues dans le système
actuel.
Qu'on veuille bien l'améliorer, oui, mais qu'on veuille l'abolir,
il y a toute une différence. La question sur laquelle nous avons
à nous prononcer... J'ai entendu ces gens, depuis hier et depuis bien
longtemps, mais depuis hier encore, dans cette Chambre, nous parler de
négocier une nouvelle entente. Tous les députés, un
après l'autre, tous les ministres ont parlé de négocier
une nouvelle entente. Mais comment se fait-il qu'on ait si peur que cela des
mots? C'est quoi, la nouvelle entente? C'est la souveraineté, et la
souveraineté, c'est l'indépendance. Dites-le donc clairement!
C'est cela, la nouvelle entente que vous voulez négocier.
Arrêtez de mâcher vos mots. Tout dépend des tribunes
sur lesquelles vous vous trouvez. Quand vous êtes avec vos partisans,
quand le premier ministre écrit des lettres à ses militants, il
parle de souveraineté, il parle d'indépendance. Quand vous
êtes ici, devant la télévision, quand vous êtes
devant des clubs de l'âge d'or, quand vous êtes devant les
étudiants des universités, vous parlez de cette nouvelle entente.
Mais dites-le donc que cette nouvelle entente, c'est la souveraineté. Et
la souveraineté a comme synonyme l'indépendance. C'est noble en
soi, mais dites-le donc!
La souveraineté-association, il faudrait que les gens comprennent
ceci: A la minute où on parle de s'associer avec quelqu'un, il faut
consentir à lui donner certains avantages. Je ne crois pas, dans un
contrat entre deux individus, dans un contrat entre mari et femme, dans un
contrat entre deux provinces ou entre deux pays, qu'un autre pays va être
intéressé à s'associer avec nous si tous les avantages
sont de notre côté. Cela, je ne le crois pas; c'est physiquement
impossible, cela ne s'est jamais vu, que ce soit au niveau d'un contrat entre
deux individus ou un contrat entre deux sociétés. Si tous les
avantages, comme veulent bien le laisser voir nos amis péquistes, sont
du même
bord, aucune province, aucun peuple, aucun pays ne sera
intéressé à s'associer avec nous. Il va falloir qu'il y
ait des avantages des deux côtés et, quand on va négocier
des avantages pour nous, il va falloir consentir certains avantages pour les
autres. Sans cela, je ne connais pas de peuple ni de province qui seront
intéressés à s'associer. (16 h 30)
Pourquoi ce manque de franchise? Pourquoi avoir tant dilué la
question? On se promène actuellement, Mme la Présidente, dans la
province et dans mon comté. On parle de "bargaining power". J'ai entendu
des gens du Parti québécois dire: Même si vous n'êtes
pas pour l'indépendance ou la souveraineté, dites oui quand
même. Cela va nous donner un outil de marchandage. Cela va nous donner un
certain "bargaining power". Quel est le député en face qui va
être assez honnête le lendemain du référendum, si
éventuellement on arrive avec une réponse de 65% de oui, quel est
celui qui va être assez honnête pour monter sur une tribune et
dire: Sur les 65%, il y en a 30% qui sont pour l'indépendance et 35% qui
sont contre, mais ils nous ont donné un outil de marchandage pour aller
juste au bord de la clôture? Quel est celui qui va être assez
honnête? Vous allez vous promener avec vos petits drapeaux. Vous allez
parler de pays et vous allez dire: Le peuple s'est prononcé, le peuple
est souverain, comme vous l'avez fait le soir de la dernière
élection. Très bien. Mme la Présidente, il ne faut pas se
méprendre.
Une Voix: ... dans votre livre. Visage à deux faces!
La Vice-Présidente: M. le député! S'il vous
plaît!
M. Goulet: Mme la Présidente, il ne faut pas se
méprendre. Quant à moi, les mots ne varient pas selon les
tribunes. Le programme du Parti québécois dans son article 1,
parle de souveraineté, et la question devrait être claire, nette
et précise. Demandez aux Québécois le mandat de
négocier cette souveraineté. C'est ce que vous voulez. Cette
nouvelle entente, c'est la souveraineté et c'est l'indépendance
du Québec. Vous avez le droit de penser cela, mais pourquoi être
gênés des mots et pourquoi être gênés de
l'expliquer? Vous pouvez le demander. Nous n'avons rien contre le fait que vous
le demandiez, mais pourquoi ne pas le dire franchement, clairement et mettre de
la dentelle autour de cela?
Mme la Présidente, le Parti québécois ne peut et ne
veut négocier autre chose que l'indépendance du Québec.
C'est peut-être noble en soi, mais pourquoi avoir tant peur de le dire?
Pourquoi ne pas avoir le courage de ses convictions? Je parle de l'option
indépendantiste avec respect sans y souscrire, bien sûr, mais
pourquoi les gens qui posent cette question ont-ils si peur de le dire
clairement? Mme la Présidente, je trouve que c'est vraiment
indécent, que c'est vraiment immoral de faire dire oui à des gens
à une question qui leur répugne instinctivement. Comme le disait
hier notre chef, le député de Gaspé, ce jeu de ping-pong
constitutionnel ne devrait pas exister dans les années quatre-vingt,
absolument pas. Traiter la question référendaire de cette
façon, c'est se méprendre sur l'intelligence des
Québécois.
On chante la maturité des Québécois. Ces gens nous
ont parlé de la maturité du peuple québécois, mais,
lors de la première question qu'ils veulent bien leur poser, on n'ose
même pas leur dire la vérité. On arrive avec une question
ambiguë. C'est de la vente sous pression, Mme la Présidente, avec
des moyens subtils pour faire dire oui jusqu'à tel endroit et,
après cela on verra; c'est de la vente sous pression. On impose un
choix. On impose l'option péquiste. On veut l'indépendance du
Québec, mais on n'ose pas la demander.
Ces gens nous ont parlé depuis quelques jours, depuis quelques
semaines ou quelques mois de certains chefs de l'Union Nationale. L'Union
Nationale a toujours été fidèle dans sa façon de
penser, l'autonomie, le maintien du lien fédéral,
l'égalité des deux peuples. Ces gens nous ont parlé de
Duplessis, de Johnson ou de M. Bi-ron. Ils nous ont sorti des textes qui font
leur affaire. Ils les ont agencés à leurs propos, mais ils
n'hésitaient pas, par exemple, pour se faire élire en 1973 et en
1976, à traîner dans la boue les chefs de l'Union Nationale.
Aujourd'hui, ce sont ces mêmes personnes que vous citez parce que cela
fait votre affaire.
Je vais vous dire une chose. Tout texte sorti de son contexte est un
prétexte, et quand vous vous servez des textes de l'Union Nationale
après avoir traîné dans la boue tous les chefs de l'Union
Nationale, je dis que ce sont des prétextes, Mme la Présidente,
encore une fois, pour aller chercher un vote au niveau du peuple
québécois.
Vous voulez parler du passé des autres formations politiques.
Parlez donc de votre passé, à vous autres. C'est beaucoup plus
récent. On va vous parler des ancêtres du PQ. On ne reculera pas
40 ans en arrière; on va reculer de 10 ans, de 12 ans, de 15 ans. On va
vous parler du RIN. Vous connaissez le RIN? Le MSA? Le ministre de
l'Agriculture connaît cela. C'étaient des formations
politiques...
M. Fontaine: Un des tenants...
M. Goulet: Leur raison d'être était
l'indépendance du Québec et la raison d'être du Parti
québécois est également l'indépendance du
Québec. Il n'est pas question de se méprendre à ce
sujet.
On a tenté ce matin de mettre tous les maux du Québec sur
le dos du fédéral. Regardez donc dans votre jardin. On va prendre
comme exemple le comté de Bellechasse. Si le taux de chômage dans
le comté de Bellechasse est le double de la moyenne provinciale, est-ce
que cela dépend seulement du fédéral? Si, au moment
où vols avez donné $4 millions à Tricofil pour 90 emplois,
vous refusiez $100 000 pour 70 emplois dans le comté de Bellechasse,
c'est la faute du fédéral? Vous viendrez dire cela durant la
campagne référendaire. Vous viendrez dire cela aux gens du
comté
de Bellechasse. Commencez donc par bien faire dans votre champ de
juridiction et, ensuite, vous irez constater ce qui se fait ailleurs.
Mme la Présidente, l'Union Nationale dit non à cette
question parce qu'elle demande aux Québécois le droit de
négocier la souveraineté-association et l'indépendance, et
nous n'embarquons pas dans cela. C'est une question de fond à laquelle
nous devrons répondre, et à cette question de fond, même si
elle est entourée de dentelle et de rubans, les Québécois
devront dire: II ne faut pas s'y méprendre; cette question veut dire:
Etes-vous pour ou contre l'indépendance du Québec? Il faut se
mettre dans la tête que cette question à laquelle nous devrons
répondre dans deux ou trois mois ne sera pas une nouvelle entente, comme
on veut bien l'expliquer selon les tribunes. Il faut dire clairement et
honnêtement aux Québécois que cette nouvelle entente, c'est
la souveraineté du Québec, c'est l'indépendance du
Québec, et le député de Bellechasse dit non, Mme la
Présidente.
La Vice-Présidente: M. le ministre de l'Industrie, du
Commerce et du Tourisme.
M. Yves Duhaime
M. Duhaime: Mme la Présidente, je voudrais d'abord
remercier le député de Bellechasse de me donner l'occasion de lui
apporter certaines précisions et peut-être aussi de dire au
député d'Argenteuil, qui était ici il y a quelques
secondes, que je vais revenir sur son intervention d'hier
après-midi.
Le chef de l'Opposition en particulier a accusé durement le
gouvernement d'avoir, par le passé, introduit des variantes à
l'intérieur de ses congrès. Ce que je voudrais vous dire, Mme la
Présidente, et le rappeler à tous les Québécois et
Québécoises, c'est que ma propre adhésion au Mouvement
souveraineté-association, en 1967, a coïncidé avec la
parution de ce petit livre, Option Québec, de René
Lévesque. Je conseillerais au chef de l'Opposition de relire en
particulier les pages 39, 40 et 41. Il va y retrouver substantiellement le
contenu de la question qui est débattue devant cette
Assemblée.
Je rappellerai aussi au député de Bellechasse que le
programme du Parti québécois, édition 1980, à la
page 4, parle des engagements du gouvernement et dit ceci: Réaliser la
souveraineté du Québec par les voies démocratiques et
proposer au Canada une association économique mutuellement avantageuse
respectant le principe de l'égalité absolue entre les deux
peuples. C'est au texte.
Entre Option Québec, le programme du Parti
québécois, édition 1980, et la question qui est devant
cette Assemblée, il n'y a substantiellement pas de différence.
(16 h 40)
Ce débat crucial pour notre avenir politique se poursuit
aujourd'hui pour la deuxième journée. Nous entendons venir d'en
face des qualificatifs, des épithètes et des
interprétations de toutes sortes sur le sens et la portée de la
question que nous avons à débattre: malhonnêteté,
manoeuvre frauduleuse, dishonest, "fraudulent". Voyons voir, Mme la
Présidente.
La question, dans son libellé, est très claire.
Deuxième alinéa: Cette entente permettrait c'est au
conditionnel au Québec d'acquérir le pouvoir exclusif de
faire ses lois, de percevoir ses impôts et d'établir ses relations
extérieures, ce qui est la souveraineté et, en même temps,
de maintenir avec le Canada une association économique comportant
l'utilisation de la même monnaie. Tout changement de statut politique
résultant de ces négociations sera soumis à la population
par référendum. On est très loin des propos du
député de Bellechasse. En conséquence,
accordez-vous au gouvernement du Québec le mandat de négocier
l'entente proposée entre le Québec et le Canada?" Ce que cette
question implique est donc un mandat de négocier une nouvelle entente.
Ce n'est donc pas un mandat de faire ou de réaliser la
souveraineté politique.
Je voudrais m'attarder sur deux points, Mme la Présidente:
L'association économique et la situation économique. Je reviens
à la question: "Cette entente permettrait en même temps
d'acquérir, etc., de maintenir avec le Canada une association
économique comportant l'usage de la même monnaie." Hier
après-midi, le chef de l'Opposition a également abordé
cette question. Pour ne pas qu'on m'accuse de déformer ses propos, je
vais le citer au texte. C'est rapporté dans la Presse d'aujourd'hui. Le
chef de l'Opposition nous disait ceci: "C'est là l'une des grandes
illusions de la pensée de nos amis d'en face il parlait de nous
autres, j'imagine de s'imaginer que nous pourrons préserver
intégralement l'espace économique canadien si nous n'avons pas
une autorité politique d'envergure correspondante tenant son pouvoir
directement de la légitimité que peut seul conférer le
vote populaire pour l'encadrer, l'orienter et lui imposer au besoin certains
sacrifices et certaines contraintes." Fin de la citation.
C'est à se demander si le chef de l'Opposition a vécu sur
cette planète durant les 25 dernières années. Est-il au
courant de l'existence de la Communauté économique
européenne, de son fonctionnement, de ses institutions? Laissez-moi vous
rappeler que c'est le 25 mars 1957, par le Traité de Rome, que six pays
européens, six Etats souverains, l'Allemagne fédérale, la
France, l'Italie, la Belgique, la Hollande et le Luxembourg six Etats
souverains décidèrent de s'associer dans une vaste
communauté économique basée sur deux grands principes:
premièrement, le respect des souverainetés nationales et,
deuxièmement, la communauté d'intérêts dans
l'association.
On se souviendra également que la Grande-Bretagne a boudé
pendant très longtemps la Communauté des six. Même plus,
les Britanniques ont tout fait pour contrer la naissance de la
Communauté européenne en mettant sur pied avec d'autres
partenaires l'Association européenne de libre échange. Mais, un
jour, les Britanniques se sont rendu compte qu'ils nuisaient à leur
propre économie nationale en demeurant en
dehors de la communauté. Ils ont demandé à en faire
partie. Tout le monde sait le chef de l'Opposition aussi, je
l'espère que la Grande-Bretagne, après un
référendum dont nous nous inspirons par ailleurs, est devenue, en
1973, le septième Etat membre de la Communauté économique
européenne. Y sont entrés en même temps qu'elle, l'Irlande
et le Danemark.
Quelle a été la principale condition posée par les
Britanniques au moment de leur entrée dans la Communauté
économique européenne? Quelle a été la principale
condition?
Qu'il n'y ait aucune autorité supranationale,
c'est-à-dire, dans les mots du chef de l'Opposition, aucune
autorité politique d'envergure correspondante. Il n'y a pas eu et il n'y
a pas encore, après 27 ans, d'autorité gouvernementale
européenne et avant que les Belges, les Italiens, les Français et
les Britanniques acceptent de confier aux Allemands la protection de leurs
frontières et la défense de leur territoire, on peut s'attendre
à voir passer bien des lunes. L'Europe fédérale n'existe
pas. Il y a, bien sûr, un Parlement fédéral, un Parlement
européen, autrefois composé de députés
délégués par leur propre parti et tout récemment
élus au suffrage universel. Mais, Mme la Présidente, ce Parlement
ne dispose d'aucun pouvoir politique réel, tout le monde sait cela. Ce
n'est donc pas une des grandes illusions de la pensée, Mme la
Présidente. Non, ce n'est pas une illusion la Communauté
économique européenne, mais une grande réalité
économique contemporaine. La Communauté européenne existe
maintenant depuis un quart de siècle et il n'y a pas d'autorité
supranationale sur l'Europe et l'espace économique européen a
été préservé intégralement contrairement
à ce que pense et colporte le chef de l'Opposition.
De plus, Mme la Présidente, les pays membres de la
Communauté européenne alignent de plus en plus leurs politiques
fiscales et monétaires et il n'y a pas de gouvernement européen.
L'Europe fédérale n'existe pas. C'est une communauté
économique canadienne que nous voulons proposer au Canada anglais, que
nous voulons négocier. C'est pour cela que, par cette question, nous
demandons au peuple du Québec un mandat de négociation pour une
nouvelle entente, un nouveau contrat comportant, bien entendu,
l'égalité de nos deux peuples dans le respect des
souverainetés et pour la communauté d'intérêts dans
une association. L'association que nous voulons négocier comporte
l'utilisation de la même monnaie, mais également une nouvelle
autorité monétaire où le Québec, en tant qu'Etat
souverain, sera représenté pour voir à son bon
fonctionnement et à la surveillance de ses intérêts. Dire
qu'une telle proposition, Mme la Présidente, ne se reflète pas
dans la question que nous avons sous les yeux, c'est simplement faire preuve
d'une fourberie partisane ou d'un grossier aveuglement. Une association
économique canadienne sans une autorité fédérale
canadienne, voilà ce que nous voulons négocier dans une nouvelle
entente. C'est le sens et le coeur même de notre proposition: deux Etats
souverains associés dans un marché commun canadien.
Nous ne pouvons pas mettre en route cette nouvelle entente sans d'abord
négocier, parce que, comme le dit la question, cette nouvelle entente
permettrait au Québec d'acquérir et en même temps de
maintenir. C'est pourquoi cette question demande d'accorder le mandat de
négocier l'entente proposée entre le Québec et le Canada,
ni plus, ni moins. Quoi de plus clair, Mme la Présidente, quoi de plus
honnête? Cela se répond par un oui. Le Québec a besoin,
pour sa croissance économique, pour son développement, de cette
nouvelle entente. Nous ne réclamons rien qui ne nous appartienne. Nous
ne voulons que l'exercice de pouvoirs économiques et politiques qui nous
ont échappé au fil de l'histoire. Nous voulons, par une nouvelle
entente, que nos taxes et nos impôts nous appartiennent, faire nos lois,
orienter notre propre développement économique et social. Le
Québec est à un tournant important de son histoire politique et
économique. Nous avons besoin de pouvoirs économiques accrus pour
assurer notre propre développement. Cela ne peut pas se faire sans
d'abord et avant tout obtenir tous nos pouvoirs politiques, c'est-à-dire
les attributs normaux d'un Etat souverain. Pendant 113 ans, nous avons
laissé à Ottawa l'essentiel de nos moyens d'intervention sur le
plan économique. Pendant toutes ces années, le Québec a
réclamé et réclame encore aujourd'hui une nouvelle entente
parce que nous ne sommes pas satisfaits des résultats. (16 h 50)
Quelques exemples, Mme la Présidente. Dans le dossier des
chantiers maritimes, les contrats fédéraux pleuvent sur les
autres provinces, et à peu près rien pour le Québec.
J'écoutais ce matin le député de Lévis, il avait
parfaitement raison. Malgré toutes les promesses faites d'une
génération à l'autre et d'une élection à
l'autre, les investissements fédéraux se font à Halifax,
à Saint John's, Newfoundland, Vancouver: cales sèches, navires,
bateaux, traversiers. En 1979, sur $150 millions d'investissements
fédéraux, $11 millions, seulement, pour le Québec.
Dans le secteur manufacturier de l'automobile, avec le pacte
canado-américain, l'Ontario a vu se concentrer chez elle 210 000
emplois, 90% de la capacité de production canadienne de voitures et de
camions, 95% de la capacité de production des pièces. Le
Québec, avec 28% de la consommation, a à peine 5% de la
capacité de production. Nous avons perdu là au moins 50 000
emplois et plusieurs centaines de millions d'investissements.
De plus, c'est à coups de subventions, $40 millions
l'année dernière, il y a à peine quelques mois, que Ford a
pu faire son investissement à Windsor, ville pauvre et
sous-développée, $40 millions de subventions du gouvernement
fédéral. Ce qui m'inquiète davantage, c'est que M.
Trudeau, durant la dernière campagne électorale
fédérale, a déclaré à Windsor même,
Windsor, Ontario, qu'il était prêt à subventionner Chrysler
of Canada pour un investissement, on l'imagine, en Ontario, si on suit la
tradition.
Dans le secteur du textile, des vêtements et de la chaussure, le
Québec a perdu des milliers d'em-
plois, des dizaines de milliers d'emplois entre 1957 et 1975. On
évalue à 70 000 emplois le nombre perdu, si on inclut les emplois
potentiels directs et indirects bien sûr, principalement à cause
des politiques tarifaires néfastes du gouvernement fédéral
pour l'économie du Québec. L'année dernière, lors
de cette désormais célèbre querelle sur la taxe de vente,
le gouvernement fédéral, en favorisant le secteur manufacturier
ontarien, a fait perdre au Québec la modique somme de $300 millions.
C'est le gouvernement du Québec qui a supporté seul ses
entreprises pour le bénéfice des consommateurs du Québec
par l'abolition complète de la taxe de vente sur les vêtements et
les chaussures.
Dans le dossier de la pétrochimie, les politiques
fédérales de 1961 à 1973 ont fait se déplacer vers
l'Ontario une partie fort importante de l'activité économique du
Québec. Notre part canadienne du produit intérieur brut
manufacturier diminue de 13% dans les industries pétrolifères,
diminue de 5,5% dans les industries de la pétrochimie, diminue de 7,8%
dans les industries de métal primaire, diminue de 24% dans les
industries de produits métalliques, diminue de 24% dans les industries
de matériel de transport, de 1961 à 1973.
Dans le dossier nucléaire, le seul investissement
fédéral, celui de LaPrade-Gentilly, dans ma région, est
maintenant dans les boules à mites, nous y perdons $600 millions
d'investissements à venir et nous y perdons également 1500
emplois bien rémunérés durant la période normale de
construction. Après des négociations difficiles avec le
gouvernement fédéral, le gouvernement du Québec a
accepté $200 millions en compensation pour fermer le dossier; nous ne
sommes toujours pas payés, Madame.
Je vous ai donné quelques exemples qui illustrent combien le
Québec est mal servi dans le régime actuel: chantiers maritimes,
secteur de l'automobile, textile, vêtement, chaussure,
pétrochimie, dossier nucléaire.
Je pourrais vous parler aussi de la politique d'achat
fédérale qui a toujours favorisé l'Ontario au
détriment du Québec. Je pourrais vous parler de la politique
fédérale de décentralisation jamais appliquée; le
Centre des données fiscales de Jonquière en est un exemple
éloquent. Je pourrais vous parler du monument de l'inefficacité
fédérale qu'on retrouve à Montréal,
l'édifice Favreau. Je voudrais vous parler aussi du Centre des
congrès de Montréal, auquel le gouvernement fédéral
refuse toujours une subvention alors que Toronto n'a ni terrain ni plan, qu'on
n'a pas encore décidé qui allait construire et que
déjà on a offert $26 millions. Ces exemples suffisent amplement
pour vous convaincre qu'un nouveau contrat doit être
négocié, qu'une nouvelle entente doit se faire pour permettre au
Québec de reprendre son élan économique.
L'année dernière, notre produit intérieur brut a
atteint $63 milliards, notre économie a créé 80 000
nouveaux emplois, dont 60% créés par nos petites et moyennes
entreprises. Notre niveau de vie a atteint un nouveau seuil, le revenu per
capita au Québec en 1979 est à 95% du per capita cana- dien, mais
nous ferions beaucoup mieux sans les entraves des politiques
fédérales à notre propre développement
économique. Ce qui me scandalise le plus, c'est que les libéraux
au pouvoir à Ottawa depuis un demi-siècle à peu
près sans interruption, responsables de l'échec de cette
fédération canadienne, ont trouvé ici en cette Chambre des
valets complaisants, prêts à maintenir et même à
aggraver une situation que tous les premiers ministres du Québec ont
dénoncée du premier jusqu'au dernier.
Ecoutez bien ceci, en terminant. Au livre beige, page 70, après
avoir affirmé que le pouvoir de dépenser est, avec le pouvoir
d'urgence, le plus important de ces pouvoirs unilatéraux, les
libéraux de Claude Ryan recommandent, à la page 71 "que la
constitution accorde au Parlement fédéral le pouvoir exceptionnel
et d'urgence et le pouvoir de dépenser."
M. Garon: C'est écoeurant!
M. Duhaime: Méfions-nous des prophètes de malheur
et des mensonges accusateurs entendus abondamment depuis deux jours.
L'essentiel est de savoir si nous voulons un changement et si nous le voulons
dans la direction proposée par le gouvernement du Québec,
c'est-à-dire une nouvelle entente par la voie de la négciation
basée sur l'égalité de nos deux peuples vivant au
Canada.
La Vice-Présidente: M. le député de
Duplessis.
M. Perron: Merci, Mme la Présidente.
M. Lamontagne: Mme la Présidente, n'êtes-vous pas au
courant d'une entente?
La Vice-Présidente: Je pense avoir une question de
règlement.
M. Lamontagne: Une entente est intervenue selon laquelle à
ce stade-ci c'est la députée de L'Acadie qui devait
intervenir.
La Vice-Présidente: J'ai vu M. le député de
Duplessis. Vous permettez?
Mme la députée de L'Acadie.
Mme Thérèse Lavoie-Roux
Mme Lavoie-Roux: Merci, Mme la Présidente. Je voudrais,
très brièvement, simplement reprendre quelques-unes des
affirmations ou des exemples que nous a donnés le député
de Rosemont en essayant de faire la démonstration que plusieurs Etats
souverains s'étaient associés et que c'était une chose
normale. Il nous a parlé du Benelux. Le ministre de l'Industrie et du
Commerce nous a parlé de la communauté européenne et rien
de plus normal, mais ce qu'on oublie de dire, c'est que ces Etats sont au
départ des Etats souverains et qu'ils décident de faire une
association alors que, dans le cas qui nous préoccupe, nous avons
un pays que le gouvernement nous demande de démanteler pour
ensuite faire une association. Il y a une grande différence, Mme la
Présidente. (17 heures)
Je voudrais également revenir je ne sais même pas si
cela en vaut la peine sur l'exemple ou l'analogie extrêmement
simpliste du député de Rosemont qui dit: Vous savez, vous avez
les deux cultivateurs qui ont chacun leur lopin de terre et, tout à
coup, ils décident de faire une entente et d'acheter en commun leur
tracteur ou leur machinerie agricole. Je vous ferai remarquer que, dans ce cas,
chacun est d'abord propriétaire de son terrain. Dans le cas du
Québec et du Canada, le Québec, à ce que je sache, n'a pas
encore renoncé à son droit de propriété sur
l'ensemble du Canada.
Pour utiliser peut-être le langage un peu imagé qu'a voulu
utiliser le député de Rosemont, j'ajouterais que, s'ils sont
parvenus à s'entendre pour acheter de la machinerie agricole en commun,
c'est qu'ils n'ont certainement pas commencé par se lancer des
roches.
Le gouvernement du Parti québécois nous invite à
nous prononcer sur la formulation d'une question dont la réponse
engagera l'avenir collectif des Québécois. Que faut-il penser de
cette question? Plusieurs l'ont dit avant moi, mais je le répète,
elle est clairement la démonstration de l'étapisme raffiné
des stratégies du Parti québécois qui a été
poussé au point où le mandat que l'on demande à la
population, soit de négocier la souveraineté-association, ne
correspond plus à l'énoncé que l'on retrouvait dans le
livre blanc déposé au mois de novembre, avec passablement de
fanfare, et qui devait être la bible de la
souveraineté-association et du référendum. Si bien
qu'à la suite du dépôt de la question, Michel Roy du Devoir
disait, et je cite: "Comme si le processus de l'étapisme n'avait pas
duré assez longtemps, on décide d'ajouter quelques barreaux
à une échelle qui se perd dans les nuages de l'avenir."
Le mandat de négocier qu'on demande est d'autant plus surprenant
qu'en novembre 1978, le père de l'étapisme, ministre des Affaires
intergouvernementales, disait, à Loretteville ou à Lorette, et je
cite: "II serait niaiseux de demander un simple mandat qui impliquerait du
"give and take" avec le gouvernement fédéral, car ce n'est pas
là l'objectif du Parti québécois", précisant que la
souveraineté n'est pas une question de négociation. Ce même
principe, l'exécutif national du Parti québécois l'a
rappelé au premier ministre, lorsqu'il a commencé à
vouloir s'éloigner de l'orthodoxie péquiste, en lui disant et lui
rappelant que la souveraineté politique demeurait indispensable si
l'association économique, elle, ne pouvait être que souhaitable.
Mais qu'importe! Avec le goût du pouvoir et des sondages toujours
défavorables à la thèse de la
souveraineté-association du gouvernement du Parti
québécois, l'étapisme connaît un raffinement sans
précédent.
D'ailleurs, c'est déjà à l'automne 1978 qu'un
éditorialiste du Soleil, M. Marcel Pépin, déplore le
manque de franchise de la stratégie péquiste. Il va même
jusqu'à dire qu'il s'agit d'un étapisme qui prend l'allure de
duperie. Deux ans plus tard, au moment de poser la question qu'on qualifie
d'historique, on pose une question qui confirme cette approche étapiste,
la politique des petits pas, comme le disait hier le chef de l'Opposition
officielle, pour tenter d'arriver, coûte que coûte, à
l'indépendance politique ou à la souveraineté, le premier
ministre ayant dit en cette Chambre que l'un et l'autre peuvent être
utilisés alternativement.
C'est le ministre des Terres et Fôrets et des Richesses naturelles
qui, à l'automne, probablement peu de temps avant le dépôt
de la question, disait à un groupe de militants péquistes que
l'objectif ultime du Parti québécois était toujours
l'indépendance. D'ailleurs, une des causes de la confusion est justement
le fait que le premier ministre, les membres de son cabinet, les
députés péquistes et les grands stratèges du Parti
québécois ont deux clientèles à servir en
même temps: d'une part, leurs militants qui ont travaillé
d'arra-che-pied pour les porter au pouvoir afin de réaliser la
souveraineté politique ou l'indépendance du Québec et,
d'autre part, une majorité de la population qui y est fondamentalement
opposée, mais à qui on veut imposer de franchir cette
étape de l'indépendance.
J'entendais le député de Vanier reprocher à notre
chef un désir de vouloir encadrer par l'amendement qu'il a
proposé la population dans un choix rigide entre l'indépendance
et le fédéralisme. Ce que l'on vous demande, messieurs et
mesdames du gouvernement, et ce que vous ne semblez pas comprendre, c'est tout
simplement ce que la population vous demande. Finissez vos tergiversations afin
que les énergies soient utilisées à d'autres fins. Nous
avons des problèmes économiques, énergétiques,
sociaux et culturels auxquels il faut répondre. Pas plus tard qu'il y a
quelques jours, le directeur général de la planification
d'Hydro-Québec indiquait que notre situation énergétique
appelait des décisions collectives urgentes, mais il disait qu'on ne
peut probablement pas s'en occuper avant le référendum.
Au gouvernement et au Parti québécois, nous demandons
combien d'étapes allez-vous encore imposer aux Québécois,
pris, d'une part, entre le programme de votre parti et, d'autre part, votre
désir de rester au pouvoir? Sans doute croit-on que, si on peut
entretenir pendant assez longtemps, la population de sa soi-disant situation
minoritaire, de colonisée et d'exploitée, si l'on peut continuer
de lui présenter pendant assez longtemps l'image la plus pessimiste
possible de son histoire, lui faire des bilans négatifs
répétés de son appartenance à la
fédération, on réussira peut-être à la
convaincre qu'il n'y a pas d'autre issue que de sortir le Québec du
Canada, surtout si, dans l'éventualité d'un mandat que les
Québécois lui accorderaient pour aller négocier, le
gouvernement débouchait sur une confrontation avec le reste du Canada,
ce qui lui permettrait de faire la preuve qu'on ne peut s'entendre avec le
reste du Canada.
D'ailleurs, c'est assez difficile de comprendre, malgré les
explications qui ont été données par le ministre de
l'Industrie et du Commerce. Il y a
quelque chose qui ne répond pas à la logique. D'une part,
ce gouvernement et on le retrouve dans la question parle toujours
de négociation d'égal à égal. Cette fois-ci, il
s'en va et nous dit: Je vais aller négocier comme une province, mais je
vais aller négocier d'égal à égal, ce qui, selon ce
qu'on vient de nous dire, est le propre de deux Etats souverains. On vous
demande pourquoi vous ne demandez pas ce mandat clair d'obtenir la
souveraineté pour que vous puissiez vraiment aller négocier
d'égal à égal comme vous le prétendez. Mais, on le
voit déjà, cette égalité est fort fragile. En
effet, même dans le cas d'une négociation entre Etats souverains,
il faudra toujours se rappeler que le Québec, au mieux, pourra
négocier dans un rapport d'un à trois, ce qui représente
sa force numérique et économique véritable dans l'ensemble
canadien. Si nous allons un peu plus loin et si le Québec arrivait
à négocier cette association économique avec une monnaie
commune, l'Autorité monétaire devant refléter l'importance
relative de chacune des deux économies, le Québec renoncerait
déjà àson principe d'égalité dans le seul
élément déjà défini dans le projet de
l'hypothétique association que veut vendre le Parti
québécois à la population.
Je pourrais aborder tous les éléments de cette question.
Ce qui en ressort le plus clairement, c'est le fait qu'on a tenté
d'incorporer dans la question tous les éléments sur lesquels on a
obtenu, lors des sondages, des réponses favorables. Ainsi, on retrouve
le fait que le Québec sera seul à prélever des
impôts. Vous vous en souviendrez. On nous l'a dit souvent: Vous n'aurez
plus qu'un seul rapport d'impôt à faire. Le seul
élément de l'association économique mentionné est
l'utilisation de la même monnaie. Il faut être le plus rassurant
possible pour le client! Finalement, on y retrouve la mention dans la question
qui, elle, fera l'objet de la réponse, le mot Canada. Et là
aussi, le gouvernement du P.Q. a senti depuis longtemps les réticences
des Québécois à abandonner le Canada ou à se
séparer de lui. Je voudrais ici vous citer le sociologue Jacques
Lazure... (17 h 10)
Des Voix: Léon Dion.
Le Vice-Président: A l'ordre, s'il vous plaît!
Mme Lavoie-Roux: ... le sociologue Jacques Lazure, professeur
à l'Université du Québec, un indépendantiste, qui
fait une analyse du leadership politique au Québec et dit ceci: "Je
réalise de plus en plus qu'il sera extrêmement difficile pour ne
pas dire peut-être impossible aux Québécois de jamais se
détacher un jour, ne serait-ce que juridiquement, de la terre
matérielle et physique du Canada. Le problème se pose à un
niveau bien plus profond que celui d'une association économique avec le
Canada avec toutes ces chinoiseries et ces pirouettes organisationnelles." Il
ajoute un peu plus loin: "II s'agit avant tout d'un enracinement, d'un atavisme
physico-biologico-socio-culturel des Québécois dans une portion
de la terre Canada...
Le Vice-Président: A l'ordre, s'il vous plaît!
Mme Lavoie-Roux: ... où ils se sont fait naître et
grandir comme peuple." Je pense, M. le Président, que ceci indique bien,
contrairement à ce que le premier ministre, hier, tentait d'affirmer,
que peut-être les Québécois anglophones ont un attachement
irréductible au Canada. Quand le sociologue Lazure disait ces choses, il
ne les disait pas à l'égard des anglophones; il les disait
à l'égard des francophones et de tous ceux qui se
considèrent des citoyens du Québec et du Canada.
M. le Président, en terminant, un mot seulement sur la
démarche du gouvernement du Parti québécois-. Je devrais
plutôt dire la stratégie du Parti québécois qui veut
que ce débat et cette campagne référendaire soient
au-dessus de toute partisanerie. C'est un leurre, c'est une tactique à
laquelle, j'en suis certaine, plusieurs des membres de ce gouvernement ne
croient pas eux-mêmes.
Lundi, le leader du gouvernement et député de
Saint-Jacques, à qui l'on demandait sa réaction au slogan du
Parti libéral, "Mon non est québécois", disait à la
radio que le non ne pouvait être québécois. Ce ne pouvait
être qu'un non libéral. Le premier ministre, pour sa part,
commentait qu'il comprenait mal qu'on puisse trouver une façon
québécoise de dire non. Est-ce à dire que seront au-dessus
de la partisanerie uniquement ceux qui auront dit oui? Cela implique-t-il qu'il
faille penser comme le gouvernement, c'est-à-dire dire oui à
l'option politique de la souveraineté-association que nous propose le
gouvernement du Parti québécois, pour être
Québécois?
M. le Président, chassez le naturel, il revient au galop. La
campagne référendaire n'est pas encore officiellement
commencée et les chefs de file du gouvernement du Parti
québécois ont déjà commencé à faire
le partage des bons et des moins bons, des vrais Québécois et des
autres. A la mi-septembre, le premier ministre disait à Rimouski: "Des
ratés, des gens méprisables qui monteront en graine s'ils ne
disent pas oui à la question qui leur sera posée au moment du
référendum." Quel respect de l'intelligence des
Québécois et quelle intimidation psychologique de la
population!
Je suis convaincue, pour ma part, que la majorité des
Québécois diront non à la question qui leur sera
posée au référendum, d'abord, parce qu'elle est
ambiguë et qu'elle cherche à tromper. D'ailleurs, il est fort
intéressant d'observer qu'alors que l'objet de la motion que nous
discutons porte sur la question, nos adversaires en parlent très peu. Il
saute aux yeux qu'à l'égard d'une question aussi tortueuse on
craigne de s'enliser et de se contredire les uns les autres. Egalement, les
Québécois diront non au référendum parce qu'ils
rejettent la séparation politique du Québec du reste du Canada,
non pas par manque de fierté, non pas par méconnaissance de leur
histoire ou méconnaissance des problèmes inhérents
à la fédération, mais parce qu'ils sont assez lucides, eux
qui ont travaillé à construire le Québec rnoder-
ne, pour savoir que ceci a été possible à
l'intérieur de la fédération que constitue le Canada, et
que ce dernier lui a servi de point d'appui indiscutable.
M. le Président, nos jeunes d'aujourd'hui, beaucoup mieux
outillés qu'un grand nombre de nous ne l'ont été, sauront
relever avec encore beaucoup plus de succès les défis larges de
l'avenir dans un pays qui n'aura pas été rétréci,
mais qui ajoutera aux grandes richesses du Québec celle de
l'appartenance au grand ensemble canadien. A mes enfants et mes petits-enfants,
je veux laisser ces richesses sans doute, mais, peut-être encore
davantage, cet immense héritage de nos libertés fondamentales.
Personnellement, je crois que l'expérience canadienne, à cause
bien souvent des tensions que nous y avons vécu, a fait de nous un
peuple ouvert, non sectaire, respectueux des droits des autres, ayant appris
à vivre en société libre à l'intérieur d'une
grande diversité. Au référendum, je voterai non parce que
mon choix, c'est le Québec et le Canada.
Le Vice-Président: M. le député de
Duplessis. M. Denis Perron
M. Perron: Merci, M. le Président. Je n'ai pas l'intention
de reprendre les interventions des deux députés de Bellechasse et
de L'Acadie. Cependant, je voudrais vous dire dans cette Chambre que ces deux
derniers intervenants du non à la souveraineté-association n'ont
vraiment pas compris. Ils n'ont vraiment pas compris parce qu'ils vivent encore
avec des mots comme indépendance, séparation, comme cela se
faisait en "1900 tranquille", comme dirait mon père, et sans penser que
nous sommes aujourd'hui en 1980 et qu'effectivement nous devons parler de
souveraineté-association.
Nous devons parler de souveraineté-association et la question
elle-même que nous avons devant nous en parle dans son libellé qui
se lit comme suit: "Le gouvernement du Québec a fait connaître sa
proposition d'en arriver, avec le reste du Canada, à une nouvelle
entente fondée sur le principe de l'égalité des peuples;
cette entente permettrait au Québec d'acquérir le pouvoir de
faire ses lois, de percevoir ses impôts et d'établir ses relations
extérieures, ce qui est la souveraineté, et, en même temps,
de maintenir avec le Canada une association économique comportant
l'utilisation de la même monnaie; tout changement de statut politique
résultant de ces négociations sera soumis à la population
par référendum; en conséquence, accordez-vous au
gouvernement du Québec le mandat de négocier l'entente
proposée entre le Québec et le Canada?"
M. le Président, je dirai oui, non pas aux amendements des
fédéralistes que nous avons dans cette Chambre, qu'ils soient de
l'Union Nationale ou du Parti libéral, mais je dirai oui à la
question qui fut posée hier en Chambre par le premier ministre du
Québec. Je dirai oui parce que le système actuel date de 112 ans
et que tous s'accordent à dire qu'il ne convient plus à la
réalité d'aujourd'hui. Si les choses ne changent pas
bientôt, il sera impossible dans quelques années d'espérer
des modifications en faveur du Québec. Je dirai oui à la question
parce qu'avec le système fédéral les décisions
politiques qui influencent le plus l'économie du Québec ne sont
pas prises à Québec, mais à Ottawa qui décide pour
nous. Je dirai oui à la question parce que, depuis que le système
fédéral nous a été imposé, les francophones
et les Québécois sont de plus en plus minoritaires. D'une voix
sur deux en 1840, ils sont passés à une voix sur quatre en 1867
et, aujourd hui, on a droit à une voix sur dix, une seule province sur
dix qui soit francophone. (17 h 20)
Parce que le poids du Québec dans les institutions
fédérales a diminué de façon très dramatique
de 1867 à 1980, le nombre de députés
québécois à Ottawa n'a augmenté que de 10. Pendant
ce temps, celui des autres provinces est passé de 116 à 207, une
augmentation de 91. Je dirai oui à la question parce que le
système fédéral a obligatoirement deux paliers de
gouvernement qui sont en concurrence constante à nos frais. Pourquoi
payons-nous deux ministères du Travail, deux ministères de
l'Immigration, deux ministères du Revenu, deux ministères de
l'Agriculture? Et j'en passe, M. le Président. Je dirai oui à la
question du premier ministre parce que le système fédéral
nous a été imposé en 1867 sans qu'on ait été
consulté. La nouvelle entente, par contre, nous sera soumise et nous
aurons à l'approuver. Je dirai oui, enfin, parce que le système
fédéral n'est pas la seule façon pour le Québec
d'être lié avec le reste du Canada. Il y en a une autre qui nous
serait beaucoup plus avantageuse et c'est la souveraineté-association.
La souveraineté que nous aurons en rapatriant au Québec nos
impôts et nos lois, eh bien! nous l'aurons. Nous la négocierons
comme c'est bien entendu.
M. le Président, depuis le début des débats sur la
question référendaire, une chose est remarquable, dans cette
Chambre, et c'est la différence énorme qui existe entre les
tenants du oui et les tenants du non. Ceux du non, on peut vraiment dire qu'ils
sont négatifs. Ils l'ont toujours été depuis un certain
temps, de toute façon, surtout à la suite de la venue du
député d'Argenteuil dans cette Chambre. Ces derniers ont dit non
à l'assurance automobile, ont dit non à la fiscalité
municipale, ont dit non à la Loi sur la santé et la
sécurité du travail, ont dit non au zonage agricole et j'en
passe. En bref, non à tout ce qui était positif pour le
Québec, et oui au statu quo et même, selon le livre beige, oui au
recul.
Ceux du oui, en occurrence nous-mêmes, M. le Président, je
pense que nous avons été vraiment positifs, autant dans nos
actions que sur la question. Nous avons dit oui à l'assurance
automobile, nous avons dit oui à la fiscalité municipale,
à la Loi sur la santé et la sécurité du travail, au
zonage agricole, à l'abolition de la taxe de vente, à la
réduction des impôts des particuliers lors des deux derniers
budgets, et nous disons oui encore aujourd'hui, non pas dans le sens que le
font les fédéralistes en nous attribuant des
épithè-tes, mais surtout parce que nous parlons avec notre coeur
et nos tripes, ce qui est totalement différent de l'attitude des
fédéralistes.
C'est avec des sentiments d'émotion et de fierté que je
prends la parole devant cette Assemblée, M. le président, et
devant la population du Québec, car le moment que nous vivons
présentement, je l'attendais depuis près de 20 ans. Je l'ai
attendu comme beaucoup de mes collègues en cette Chambre, comme de
nombreuses Québécoises et de nombreux Québécois.
Oui, ce moment est historique parce que, pour la première fois de notre
histoire, nous allons pouvoir exprimer notre volonté comme individus,
mais aussi comme peuple de remplacer la vieille confédération de
1867 par une nouvelle entente qui consacrera l'égalité juridique
des deux peuples qui ont vécu côte à côte comme deux
solitudes et ce, depuis trop longtemps déjà.
Nous sommes arrivés à un moment historique parce que, pour
la première fois dans l'histoire du Québec, l'ensemble de la
population pourra donner clairement à son gouvernement un mandat pour
négocier les changements nécessaires au développement et
à l'épanouissement du peuple québécois pour
lui-même et par lui-même. Nous sommes arrivés à un
moment déterminant de notre histoire parce qu'en demandant le pouvoir
exclusif de faire nos lois, nous démontrons que nous sommes prêts,
que nous sommes capables de diriger nous-mêmes notre pays. Nous
démontrons que notre désir le plus cher c'est d'être
maîtres chez nous, comme disait M. Lesage.
Nous sommes arrivés à un moment historique parce qu'en
demandant le pouvoir exclusif de lever nos impôts, nous voulons redonner
au Québec le butin que même Maurice Duplessis réclamait
déjà il y a 30 ans. Oui, nous sommes arrivés à un
moment historique parce qu'en donnant le pouvoir d'établir des relations
avec des pays étrangers, nous réclamons le droit légitime
de parler directement avec nos cousins de France, nos voisins
américains, nos voisins canadiens, mais aussi avec tous les autres
peuples du monde. Ce droit, nous le réclamons non seulement pour avoir
des relations culturelles, comme c'est le cas actuellement, mais aussi et
surtout pour établir des relations commerciales et économiques
qui soient bénéfiques à notre économie du
Québec.
Ce moment historique que nous vivons va impliquer un choix dont la
signification sera lourde de conséquences sur l'avenir de notre peuple
québécois. Dire oui au référendum signifiera la
volonté de négocier le rapatriement de tous les leviers
nécessaires à notre épanouissement culturel, social et
économique tout en maintenant les relations commerciales qui existent
déjà avec nos voisins du sud et de l'Ouest.
D'autre part, dire non signifierait une reconnaissance de notre
incapacité, alors que le Québec n'a jamais eu autant de
diplômés de CEGEP et d'université. Dire non signifierait
une reconnaissance de notre incapacité à assumer nous-mêmes
notre propre développement économique, alors que les
Québécoises et les Québécois ont réussi
à rassembler plus de $50 milliards d'épargne. Après la
conquête de 1760, cela signifierait que plus de 200 ans de luttes
menées par nos ancêtres et par nous-mêmes pour la
reconnaissance de nos droits prendraient fin en ce printemps 1980.
Parce que nous ressentons profondément, je dirais jusque dans nos
tripes, cette fierté nationale et que nous croyons que le meilleur moyen
de développer notre pays, le Québec, est de lui donner un seul
gouvernement responsable, certains adversaires nous traitent de rêveurs
romantiques. Parce que nous montrons clairement notre volonté
d'affirmation et de changement, ils nous traitent d'aventuriers. Je leur dis:
On est capables et eux, ils répondent, comme d'habitude: Non.
A tous ces adversaires qui marchent à reculons, dans l'avenir, je
dirais: Venez dans ma région, venez sur la Côte-Nord voir les
rêves que les travailleurs québécois ont
réalisés. Venez voir ces rêves qui s'appellent Manic et qui
s'appellent les Outardes. A tous ces adversaires qui me diront: On n'a pas les
moyens, on n'est pas capables, je répondrai qu'en 1961, le complexe
Manic-Outardes était déjà évalué à
$1500 000, qu'Hydro-Québec n'a jamais eu de problème de
financement et que tous ces investissements ont été faits sans
qu'un seul dollar nous provienne du fédéral.
A part les investissements privés des compagnies multinationales
sur la Côte-Nord, dans le secteur des ressources naturelles, il y a, bien
entendu, SIDBEC-Normines qui, selon une estimation de 1976, a investi $545
millions assurant, d'une part, la continuité d'emplois à la
population des villes de Gagnon et de Port-Cartier pour une période
supplémentaire d'une trentaine d'années et permettant, d'autre
part, l'ouverture d'une nouvelle usine à Fire Lake et l'implantation
d'une usine de bouletage à Port-Cartier. Encore là, c'est la
participation majoritaire des Québécois et des
Québécoises, par le biais d'une société d'Etat
québécoise qui, en s'associant à la British Steel
Corporation et la compagnie minière Québec-Cartier, a permis une
percée dans l'exploitation de notre propre minerai de fer.
Pendant ce temps des compagnies, comme la Canadian Development
Corporation très beau nom français, d'ailleurs
société d'Etat fédérale, investissaient dans la
pétrochimie, à Sarnia, en Ontario, et dans le cuivre, à
Timmins, en Ontario.
Je voudrais terminer, M. le Président, en faisant appel à
toutes les Québécoises et à tous les
Québécois, et je lance un appel à leur sentiment de
fierté, à leur sentiment d'égalité, à leur
sentiment de continuité, à leur sentiment de dignité afin
qu'ils disent oui à la souveraineté-association. (17 h 30)
Je termine en vous disant que, pour ces sentiments, je voterai oui au
référendum, mais j'ajoute que, pour des raisons d'amour du pays,
d'amour de ma langue et pour que mes enfants n'aient plus besoin de se battre
pour faire valoir leurs droits, pour ne pas renier mes ancêtres aussi, je
voterai oui au référendum. Merci, M. le Président.
Le Vice-Président: M. le député
d'Arthabaska. M. Jacques Baril
M. Baril: J'aimerais, avant de débuter, féliciter
le député de Lotbinière, mon voisin de comté, pour
le courage et la loyauté qu'il a eus envers le peuple
québécois. Le chef de l'Union Nationale a su laisser toute
partisanerie politique de côté en s'associant avec la
majorité des Québécois dans un seul but:
récupérer nos droits, faire un front commun entre
Québécois pour obtenir un oui massif. Je le félicite et je
reconnais qu'il aurait été digne comme chef de l'Union Nationale,
si son parti avait su l'appuyer.
Depuis le début du débat, les tenants du non n'ont
pratiquement rien d'autre à dire sauf que la question est
malhonnête, est hypocrite et même antidémocratique.
Pourtant, il y a plus d'un siècle, quand le Québec s'est fait
entrer dans la Confédération, cela s'est fait par-dessus la
tête du monde; le peuple québécois n'a pas
été consulté, c'était comme si ça ne le
regardait pas. De cela, les "nonistes" vous me permettez l'expression?
n'en parlent pas. D'ailleurs, ils parlent rarement de l'histoire, car
ça les agace. Aujourd'hui, le gouvernement actuel n'agira pas comme
ça, c'est trop important. Tous les partisans du oui, tous ceux qui sont
pour le progrès, pour l'avancement informent actuellement la population
sur les enjeux de la nouvelle entente Québec-Canada. Au plus tard en
juin 1980, démocratiquement, la population du Québec signifiera
par un oui son accord à cette nouvelle formule de négociation. Si
cette même population veut continuer à vivre dans un
système désuet, un système dénoncé par tout
le monde, la démocratie le lui permettra.
D'abord, pourquoi voulons-nous un mandat spécial de
négocier? Comme vous le savez, tous les gouvernements avant nous ont
essayé d'obtenir un peu plus par des conférences
fédérales-provinciales, cela a toujours tourné en rond et
cela n'a pratiquement rien donné. C'est cette formule qu'il faut
changer. Le Québec veut négocier à partir de ses besoins
et non à partir de ce que les autres provinces veulent nous donner. Nous
voulons avoir les mêmes mandats que les travailleurs donnent à
leur syndicat pour négocier leur nouvelle convention de travail. Comme
eux, avant de déclencher la grève, avant de changer quoi que ce
soit, le gouvernement s'engage à consulter de nouveau la population.
Après le premier référendum, rien ne sera changé
dans la vie des gens, chacun va recevoir sa paie, chaque chômeur va
continuer de recevoir son chèque d'assurance-chômage, chaque
personne âgée va recevoir son chèque de pension de
vieillesse comme avant. Pourquoi? D'abord, parce que ce n'est pas un cadeau que
le fédéral nous fait, c'est une partie de nos taxes et de nos
impôts qu'au moins il nous retourne.
A part cela, il ne faut pas oublier qu'il y aura d'autres
élections. Par un oui, chaque citoyen accepte d'appuyer le gouvernement
pour négocier de nouveaux pouvoirs. Depuis le temps que les autres
provinces nous demandent: What does Québec want? Que voulez-vous, le
Québec? Avec le oui que nous aurons, les autres provinces sauront ce que
nous voulons. C'est facile à comprendre. Nos taxes, nos impôts,
nos lois, nous sommes assez grands pour les administrer et les faire
nous-mêmes. Nous sommes prêts et nous voulons, en même temps,
nous associer économiquement avec les autres provinces. Qu'est-ce qu'il
y a de malhonnête là-dedans? Est-ce que c'est le deuxième
référendum qui vous fatigue? Nous ne voulons pas brusquer les
choses, nous voulons respecter l'évolution normale du peuple
québécois. Nous allons prouver, de cette façon, qu'Ottawa
va s'asseoir à la table pour négocier avec le Québec.
Pensez-vous que, par mauvaise humeur, l'Ontario, en refusant de
négocier avec nous, voudrait perdre la possibilité de vendre au
Québec 30% de son marché de l'automobile? Que l'Ontario
refuserait de nous vendre des cuisinières, des
réfrigérateurs, des cafetières, toutes sortes d'autres
appareils électriques? On n'a qu'à regarder dans nos maisons,
à peu près tout est fait en Ontario. Notre marché, le
marché québécois, représente 200 000 emplois pour
eux. L'Ontario sacrifierait cela en disant non à une négociation?
Pourquoi pensez-vous que ces gens veulent tant nous garder? Si nous
étions un poids, un fardeau, ils auraient dit, et depuis longtemps:
Allez-vous-en, allez-vous-en et on va être bien contents!
Il ne faut pas penser que c'est pour nos beaux yeux qu'ils nous gardent.
C'est bien davantage parce qu'il est payant de nous garder. Ici, permettez-moi
de citer un texte de M. Gerald Regan qui, actuellement, si ma mémoire
est fidèle, est rendu dans le cabinet de M. Trudeau; il était
premier ministre de la Nouvelle-Ecosse de 1970 à 1978. M. Regan dit, et
je cite: "Le seul fait de la perte du marché du Québec nuirait
à l'industrie de l'Ontario, vu que le marché canadien
n'atteindrait plus que 17 millions d'habitants au lieu de 23 millions.
L'industrie manufacturière ontarienne en recevrait un dur coup. Beaucoup
d'usines qui produisent présentement pour un marché de 23 milions
de personnes auraient à se rajuster considérablement, si le
marché se rétrécissait subitement à 17 millions."
Là, on va nous faire accroire qu'ils ne négocieront pas? Voyons
donc!
Maintenant, voyons ensemble pourquoi la majorité des agriculteurs
québécois est prête à voter oui au
référendum. Ces femmes et ces hommes se souviennent très
bien des politiques néfastes du fédéral, des politiques
pensées par d'autres en fonction des autres. En 1967, la classe agricole
du Québec comprenait déjà que la principale cause de tous
leurs malheurs provenait d'Ottawa. Les agriculteurs, en 1967, ne se sont pas
fiés aux conférences fédérales-provinciales pour
régler leurs problèmes. Ils sont allés eux-mêmes
vérifier à Ottawa. En 1975, la même chose s'est produite,
une manifestation massive des producteurs du Québec au parlement
d'Ottawa. L'agriculteur, c'est un gars qui n'a pas de temps à perdre;
c'est un gars qui est fier de ce qu'il a et il ne se fait pas
administrer par d'autres. C'est la raison pour laquelle il est
allé lui-même voir ce qui se passait à Ottawa. (17 h
40)
L'agriculteur a compris, en 1975, qu'il ne pouvait rien obtenir
d'Ottawa. Il s'est retourné vers le Québec, tout à fait
impuissant dans le système actuel. Cela a coûté $20
millions aux Québécois pour de la mauvaise administration
fédérale. Pour plusieurs agriculteurs, cela a coûté
la faillite et, pour nous débarrasser de nos surplus, nous avons
dû creuser des trous, jeter du lait dedans, jeter nos veaux, nos porcs,
nos oeufs, nos volailles, nos poulets pour nous en débarrasser. Ottawa
n'a rien fait. M. le Président, les gars s'en souviennent. Pourtant,
Ottawa avait payé les producteurs de l'Ouest pour ne pas ensemencer
leurs champs parce qu'ils avaient trop de surplus de céréales.
Imaginez-vous! En plus, nous avons payé 25% de ce qu'Ottawa a
payé aux autres. Pour nous, rien, absolument rien. Cela ne valait pas la
peine. Pourquoi, au Québec, produisons-nous 133% de notre consommation
de lait? C'est bien simple. Ottawa aimait mieux nous voir faire du lait que du
boeuf et des céréales. Il fallait protéger le
marché de l'Ouest, voyons donc! Les fédéralistes vous
diront: Oui, mais on subventionne pour cela $2.66 les 100 livres de lait. Oui,
c'est vrai. Mais ce qu'ils ne disent pas, c'est qu'Ottawa, pour donner $2.66
les 100 livres de lait, retient sur 100 livres de lait, trois mois avant de
payer, $1.24 les 100 livres de lait aux producteurs pour des frais
d'exportation et d'entreposage.
Des Voix: Ah!
M. Baril: Faites le calcul. Il reste $1.42. Sur ces $1.42,
enlevez encore toujours les 25% qu'on nous envoie en taxes et en impôts
et vous allez voir qu'on tombe proche de la piastre. Vous voyez comme c'est
payant? En plus, M. André Ouellet, dans le journal La Terre de chez nous
du 14 février, répondait à une question posée par
Pierre Courteau, à savoir à quel niveau le futur gouvernement,
celui de M. Trudeau actuellement, fixera l'actuelle subvention de $2.66. M.
André Ouellet disait: II est évident qu'à très
court terme il faut prévoir faire payer la note un peu plus au
consommateur et dégager en fait le gouvernement de ses subventions,
mais, à court terme, nous avions dit qu'on ne toucherait pas au subside,
que ce subside était là pour demeurer, du moins à court
terme. Je pense bien que c'est une question de quelques années.
Des Voix: Ah! Aucune garantie!
M. Baril: Vous voyez comme c'est payant? Ecoutez bien cela.
Maintenant, voyons voir ce que notre premier ministre a affirmé devant
l'UPA en congrès à Québec l'automne dernier. Le budget du
ministère de l'Agriculture sera, à toutes fins utiles,
doublé sans augmenter les impôts que nous payons actuellement aux
deux gouvernements, avec en plus cette différence fondamentale qu'on
sera assuré qu'il servira les priorités de l'agriculture du
Québec et non celles de l'Ouest, que c'est à même ce budget
doublé simplement en récupérant les impôts qu'on
paie déjà qu'on peut affirmer que l'essentiel des programmes
fédéraux sera maintenu dont la subvention de $2.66 les 100 livres
de lait. C'est à même les $250 millions que nous,
Québécois, payons en taxes pour financer Agriculture Canada et
ses agences que nous financerons ces programmes spéciaux qui concernent
spécifiquement les producteurs de lait industriel.
Ces programmes ne sont pas des cadeaux. C'est nous qui les payons
à même nos impôts. Comme le fédéral ne
retourne pas en totalité nos impôts agricoles, soit $250 millions,
il en restera pour développer de nouveaux programmes. Peut-être
pourrons-nous enfin délaisser pour toujours ces politiques
fédérales de prix de soutien et passer à une politique
tenant compte des coûts de production; passer d'une politique de
désintéressement à une politique d'intéressement.
Il nous sera enfin possible d'établir nos propres politiques agricoles
et de diversifier nos productions, telles que le boeuf, les
céréales, les légumes, etc., et viser les objectifs de
tous les pays normaux en matière agricole, celui de
l'auto-approvisionnement maximal et celui de la mise sur pied d'une industrie
agro-alimentaire solide.
J'aurais aimé avoir le temps de parler de l'augmentation des
quotas de poulet $45 millions pour trois ans de l'aide au
transport des grains, du temps qu'il a fallu pour régler la grève
dans le port de Montréal comparativement à celle dans l'Ouest.
Mais je n'ai pas le temps et certainement que d'autres auront la chance d'en
parler. Les agriculteurs sont intéressés d'entendre parler de la
souveraineté-association parce qu'ils sont pour le progrès. Le 8
janvier 1980, l'UPA du secteur Princeville et Saint-Valère convoquait
elle-même tous ses membres à venir entendre le
député d'Arthabaska parler de souveraineté-association.
Plus de 300 agriculteurs ont répondu à l'appel. Seulement six ou
sept sur les 300 ont reproché à l'UPA de les informer sur ce
sujet. Si un tenant du non avait été à ma place, je suis
sûr que les 290 autres auraient respecté l'opinion des six ou sept
sans chialer. C'est cette minorité qui veut nous donner des
leçons de démocratie.
Je termine en vous donnant un exemple bien simple. Pourquoi les
agriculteurs n'ont-ils pas peur de la souveraineté-association? C'est
parce qu'ils la vivent tous les jours et ce depuis longtemps. Je vais vous
donner un exemple bien simple. Si moi, un simple agriculteur sur ma ferme, j'ai
besoin, lors d'une récolte, d'une machine quelconque, d'un tracteur ou
d'une voiture, je vais aller voir mon voisin pour l'emprunter. Non seulement il
va me la prêter, mais il va dire: Je vais y aller avec; je vais aller
t'aider et quand tu auras le temps, tu reviendras me remettre cela. C'est la
plus belle association qu'il puisse y avoir entre voisins. Par la suite, si ma
clôture de ligne est défectueuse, je suis obligé de la
remplacer. Je me dis: Mon voisin a cinq arpents de terre en largeur;
même si je lui en prenais une bande de six pouces ou d'un pied, ce
n'est pas grave, il ne s'en apercevrait pas. Attention! Ces six pouces ou ce
pied, c'est chez lui et il est souverain chez lui. Il va prendre tous les
moyens et tous les droits légaux pour faire retasser ma clôture
chez nous, personne ne peut nier cela. C'est cela la
souveraineté-association. C'est ce que nous voulons faire. Nous voulons
traiter d'égal à égal comme je traite avec mon voisin.
Nous voulons traiter avec des partenaires. Tous ensemble, les
Québécois en terminant pourquoi ne nous
donnerions-nous pas, pour une fois, ensemble, d'un commun accord, un grand
rendez-vous pour le jour du grand oui national.
Des Voix: Bravo!
Le Vice-Président: M. le député de
Beauce-Sud.
M. Hermann Mathieu
M. Mathieu: M. le Président, c'est avec respect et
dignité, compte tenu de l'importance de l'enjeu devant nous que
j'apporterai la dimension beauceronne à ce débat historique.
Boileau disait, il y a quelques siècles: "Ce que l'on conçoit
bien s'énonce clairement et les mots pour le dire arrivent
aisément." Aussi, j'avais naïvement cru en une question claire,
limpide à l'occasion du référendum de la part du
gouvernement, me rappelant une déclaration de l'actuel premier ministre
parue dans le Devoir, le 13 novembre 1976: "On est indépendantistes et
on va le demeurer et cette question de l'indépendance sera
réglée par une question précise que nous poserons aux
Québécois. "
M. le Président, l'essence d'un bon référendum
n'est-elle pas de poser la vraie question, la question de fond? Il y en a eu
des référendums ailleurs, par exemple en Norvège, les 24
et 25 septembre 1972. Je cite: "La Norvège devrait-elle devenir membre
de la Communauté économique européenne, oui, non?" C'est
clair. Voilà une question claire. Mais il faut se rappeler une
déclaration de l'honorable ministre de l'Environnement rapportée
dans le Soleil, le 14 décembre 1978. Il disait ceci: "Le
troisième critère que comprendra la question est qu'elle sera
formulée de façon à obtenir le plus de oui possible."
D'ailleurs, l'honorable premier ministre disait ceci dans une interview
à la revue Le point, le 11 février 1980, cela ne fait pas
longtemps. Question: "Pourquoi demandez-vous au peuple québécois
la simple permission de négocier avec Ottawa. Ne serait-il pas plus
honnête de lui demander s'il est ou non pour l'indépendance?
Réponse: On aurait pu, bien sûr, poser aux gens une question
suffisamment brutale pour être sûr de perdre, mais nous ne sommes
pas complètement idiots." (17 h 50)
Le gouvernement prouve, M. le Président, qu'il n'a pas confiance
en sa marchandise, c'est bien simple. Le gouvernement accepterait-il qu'une
municipalité désirant implanter un projet d'aréna pose
à ses contribuables une question aussi vague, aussi floue?
Venons-en à la question posée. D'abord, l'on demande un
mandat de négocier la souveraineté-association, mais il faut bien
remarquer que le peuple du Québec n'a jamais accepté ce principe
de la souveraineté-association. Lorsqu'un syndicat désire
négocier une convention, on commence par accepter le principe, ensuite
on va négocier. Il s'agit d'une question extrêmement complexe,
confuse. C'est un texte qui demande une réponse à cinq ou six
questions.
Voici quelle serait mon approche. Dans la question posée, il y a
le terme d'égalité. Etes-vous pour l'égalité des
peuples? Je réponds oui. Etes-vous pour une nouvelle entente? Je
réponds oui. Je ne suis pas tellement négatif. Etes-vous pour une
association économique? Je réponds oui. Je ne suis pas tellement
négatif, on l'a déjà. Etes-vous pour un
référendum? Mais oui, pas tellement négatif. Etes-vous
pour la souveraineté? Je ne peux pas répondre oui; je
réponds non. En plus, nous donnez-vous le mandat de négocier la
souveraineté-association? Non, parce que cela implique au
préalable la brisure du lien fédéral, l'accession à
l'indépendance.
Parlant du deuxième référendum, l'honorable premier
ministre déclarait, le 29 octobre dernier, tel que rapporté dans
le Soleil: II serait humiliant de demander dans un deuxième
référendum si le mandat confié correspond bien à
celui qu'a obtenu le gouvernement, puisque la question posée au
référendum n'aura aucune ambiguïté exposant
clairement l'intention du gouvernement. M. le Président, Vauvenargues
disait: Lorsqu'un concept est trop faible, c'est la marque qu'il faille le
rejeter. M. le Président, les Beaucerons se méfient avec raison
de la question, de la façon du gouvernement de poser cette question
camouflée. Les Beaucerons sont des gens pratiques, simples, au jugement
sûr, mais ils ne sont pas naïfs, M. le Président. L'âme
beauceronne s'est tissée dans le courage, l'amour, l'initiative, la
débrouillardise, le sens du défi et l'ouverture sur le monde.
Rien n'a eu raison de la détermination des Beaucerons de rester
eux-mêmes, bien qu'ils vivent à proximité du géant
américain et font beaucoup d'affaires avec le Canada anglais.
Ils ont su, bien au contraire, tirer parti de cette situation. M. le
Président, l'âme beauceronne est authentiquement
québécoise et foncièrement canadienne. Une large
majorité de Beaucerons proclame que le Québec est sa patrie et le
Canada son pays.
M. le Président, le miracle beauceron dont aiment parler la
plupart des membres du gouvernement ne s'est-il pas réalisé
à l'intérieur du Canada, dans un système
fédéral? Il faut bien comprendre que le dessein du Parti
québécois est de sortir le Québec du Canada pour en faire
un Etat indépendant. Il a le droit de le faire. C'est le choix entre le
système fédéral, avec ses réalisations et ses
promesses, et l'aventure de l'indépendance, avec ses inconnues. M. le
Président, la souveraineté-association, c'est un billet pour
un
voyager aller seulement vers une soi-disant terre promise mais remplie
d'inconnu. Quel sera le sort de notre économie? Que vaudra notre dollar?
Le Canada acceptera-t-il une association économique?
Normalement, quand je prends un billet pour faire un voyage, j'aime bien
savoir où je vais et quelles sont les conséquences qui
m'attendent. Le fédéralisme renouvelé, c'est la solution
sensée, sécuritaire, offrant de meilleures garanties et
perspectives d'avenir. On sait ce que coûte le fédéralisme,
mais on ne sait pas ce que coûtera l'indépendance.
Le Parti québécois parle de la question de l'utilisation
d'une monnaie commune, mais ce n'est pas lui qui va décider. Le Parti
québécois manipule les gens. En 1976, il disait: Votez pour nous,
si vous n'êtes pas satisfaits, vous nous battrez au
référendum. En 1980, on dit: Votez oui, vous nous battrez aux
prochaines élections. Aux prochaines élections, on va dire: Votez
pour nous, vous nous battrez au second référendum et ainsi de
suite, d'élection en référendum.
M. le Président, des centaines de jeunes Beaucerons
bénéficient actuellement des avantages du Canada en travaillant
à l'extérieur du Québec. On sait que les politiques du
gouvernement en matière d'emploi acculent notre jeunesse à trois
options: croupir sur l'aide sociale, travail clandestin, avec tout ce que
ça comporte de sanctions comme la prison, ou l'exil. Le Québec
devient inhospitalier pour ces jeunes, et c'est grave. Nos jeunes veulent
perpétuer le miracle beauceron, mais doivent s'exiler sous l'effet de
politiques injustes et cyniques. Si on se sépare du Canada,
qu'advientra-t-il du marché du travail ailleurs, au Canada, pour nos
jeunes du Québec?
M. le Président, il est plus exhaltant de défendre le lien
canadien que de vouloir le briser. Je dis en quelques mots: Le projet du Parti
québécois s'adresse à seulement un facteur de l'individu,
à son émotivité. Le projet du Parti libéral de
fédéralisme renouvelé s'adresse à l'individu
entier, à sa raison.
Je dis donc, en conclusion, à chaque Beauceron: Sois ce que tu
es, renseigne-toi. Si ta conscience t'indique de voter oui, vote oui; si elle
t'indique de voter non, au contraire, vote non. Quant à moi, mon choix
est fait. Je souscris à l'amendement du chef de l'Opposition demandant
de poser clairement la question, à savoir si le peuple est pour ou
contre l'indépendance du Québec. Je cite l'amendement: "Le
gouvernement du Québec a fait connaître, dans son livre blanc, son
projet de nouveau régime politique pour le Québec. En
conséquence: 1)Pensez-vous que le Québec devrait devenir un Etat
souverain? Oui, non. 2)Dans l'affirmative, pensez-vous qu'un Québec
souverain devrait rechercher, par voie de négociation, une association
économique avec le reste du Canada? Voilà qui est clair, oui ou
non? Voilà une question claire. C'est pourquoi je dirai non à
l'aventure masochiste du Parti québécois, non au repliement sur
soi-même, me rappelant que "mon non est québécois" et
sachant que ce non signifie oui à de meilleures perspectives d'avenir
pour les citoyens du Québec. Merci, M. le Président.
Le Président: M. le ministre des Finances, vous avez la
parole.
M. Parizeau: M. le Président, je demande l'ajournement du
débat.
Le Président: Est-ce que cette motion sera
adoptée?
Des Voix: Adopté.
Le Président: Adopté.
L'Assemblée ajourne ses travaux à demain, 6 mars, 14
heures.
Fin de la séance à 18 heures