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(Quatorze heures dix minutes)
Le Président: A l'ordre, mesdames et messieurs!
Un moment de recueillement. Veuillez vous asseoir.
Affaires courantes. Déclarations ministérielles.
Dépôt de documents.
M. le leader parlementaire du gouvernement, au nom de M. le ministre de
l'Energie et des Ressources.
DÉPÔT DE DOCUMENTS
Rapport annuel de la Société
québécoise d'initiatives pétrolières
M. Charron: M. le Président, au nom de mon collègue
de l'Energie et des Ressources, je voudrais déposer le rapport annuel de
1978-79 de la Société québécoise d'initiatives
pétrolières.
Le Président: Rapport déposé. Merci.
Dépôt de rapports de commissions élues.
Dépôt de rapports du greffier en loi sur les projets de loi
privés.
Présentation de projets de loi au nom du gouvernement.
Présentation de projets de loi au nom des
députés.
Questions orales.
M. le chef de l'Opposition officielle.
QUESTIONS ORALES DES DÉPUTÉS
Participation des fonctionnaires à la campagne
référendaire
M. Ryan: M. le Président, beaucoup de fonctionnaires ' de
différents niveaux s'interrogent quant à la latitude qui leur
sera laissée pour leur participation à la campagne
référendaire. Il existe certaines directives à l'intention
des fonctionnaires en matière de participation politique. Je crois que
les directives du gouvernement, d'une façon générale,
demandent aux fonctionnaires de rester neutres ou de s'abstenir de
participation publique à la politique. On leur demande en particulier,
pendant les campagnes électorales, de ne pas s'impliquer publiquement,
avec l'exception suivante, à ma connaissance: si un fonctionnaire veut
être candidat sous les auspices de l'un ou de l'autre parti, il a droit
à un congé sans solde au terme duquel il peut
réintégrer sa fonction.
Le référendum, c'est une situation tout à fait
différente. Certains fonctionnaires ont été pressentis
pour jouer un rôle à l'intérieur d'un comité
référendaire du non ou du oui, j'imagine, dans certains
comtés. Ils ne savent pas à quoi s'en tenir.
Est-ce qu'ils auront le droit de s'impliquer publiquement? Est-ce qu'ils
auront le droit, s'il leur est demandé de faire un travail plus intense,
de se prévaloir de la règle du congé sans solde pendant la
durée de la campagne? Est-ce que des directives ont été
émises par le gouvernement à ce sujet? Je pose la question au
premier ministre. Est-ce qu'on envisage d'émettre des directives? Quelle
est la politique qui est suivie? J'entendais dire, entre autres, que ça
s'applique également à des employés du secteur public. En
ce qui regarde les policiers, le ministre de la Justice a émis des
opinions lors du dernier colloque organisé par la Commission de police.
J'entendais dire ces jours-ci que le chef de la Sûreté du
Québec a envoyé des directives à ses policiers, qui sont
beaucoup moins libérales ou indifférentes que ne semblaient
l'être les propos du ministre quand il s'est adressé à la
Commission de police. Je ne sais pas. Le premier ministre voudrait-il commencer
par nous dire où nous en sommes là-dessus?
Le Président: M. le premier ministre.
M. Lévesque (Taillon): Pour ce qui est des fonctionnaires,
M. le Président, la question a été discutée, comme
il est bien normal de le faire, il y a déjà quelques jours, au
Conseil des ministres. Je pense que c'est au ministre de la Fonction publique,
à la suite de ces discussions, qu'il appartiendrait de répondre
à cette partie de la question du chef de l'Opposition. Peut-être
que le ministre de la Justice voudra, à son tour, dire quelque chose
à propos des policiers. Mais je demanderais au chef de l'Opposition de
prendre d'abord la réponse du ministre de la Fonction publique.
Le Président: M. le ministre de la Fonction publique.
M. Gendron: Si vous me permettez, M. le Président, pour
répondre à la question du chef de l'Opposition, je pense que la
Chambre ne m'en voudrait pas de lire les quelques paragraphes de la note que le
ministre de la Fonction publique, pour donner suite aux discussions du Conseil
des ministres, a été autorisé à envoyer à
tous les ministres et sous-ministres pour leur indiquer quelle était la
politique à suivre concernant la participation des membres de la
fonction publique à la campagne référendaire.
Il faudrait d'abord préciser que le droit d'un employé de
la fonction publique de se livrer à un travail partisan n'est
limité que par l'article 102 de la Loi sur la fonction publique ainsi
que par le règlement du ministre de la Fonction publique relatif aux
normes de conduite et de discipline dans la fonction publique, établies
en vertu de l'article 93 de la loi. La directive est la suivante: "L'article
102 interdit à un membre du personnel de la fonction publique ou
à un dirigeant d'organisme de se livrer à un travail partisan au
cours d'une élection fédérale ou provinciale, alors que le
règlement du
ministre impose à l'employé de l'Etat de faire preuve de
neutralité politique dans l'accomplissement de son service. "Ainsi, ni
la Loi sur la fonction publique, ni le règlement du ministre relatif aux
normes de conduite et de discipline n'interdisent la participation des
fonctionnaires, à titre de citoyens et en dehors de leurs heures de
travail, à la campagne référendaire. "Donc, nous avons dit
explicitement ceci: Les employés de la fonction publique qui
décideront de s'impliquer dans la campagne référendaire
devront garder à l'esprit la nécessité de ne rien faire
qui puisse diminuer leur efficacité et leur crédibilité
dans l'exercice de leurs fonctions au sein de l'administration. Ils devront
faire preuve de discernement afin de ne pas s'engager, à titre
d'employés de la fonction publique québécoise, dans des
activités politiques partisanes. Cette dernière
considération s'adresse particulièrement aux employés de
rang supérieur qui devront faire preuve de toute la réserve que
leur impose leur rang lors de la manifestation publique d'opinions politiques.
"En vous invitant à communiquer ces informations aux employés de
votre ministère..." et ainsi de suite. C'est la directive que j'ai
communiquée dernièrement à tous les sous-ministres, en
leur indiquant de faire connaître également cette directive
à tous leurs employés immédiats ainsi qu'à tous les
organismes et sociétés d'Etat.
Fondamentalement, cela signifie qu'après de multiples
vérifications, consultations, échanges de toutes parts, y compris
l'avis de la Commission de la fonction publique du Canada, y compris l'avis du
président de la Commission de la fonction publique du Québec,
nous avons convenu que l'ensemble de nos fonctionnaires pouvaient s'impliquer
dans la campagne référendaire en tenant compte quand même
de certaines réserves, tel qu'on l'a stipulé dans la
directive.
Le Président: M. le chef de l'Opposition.
M. Ryan: Est-ce que M. le ministre de la Justice veut
compléter tout de suite de son côté?
Le Président: M. le ministre de la Justice.
M. Bédard: Ce que j'ai dit essentiellement aux policiers
allait dans le même sens que ce que vient de dire le ministre de la
Fonction publique. La loi est claire et elle leur donne le droit de participer.
Maintenant, j'ai émis, et je croyais que c'était mon devoir de le
faire, l'opinion qu'il y avait une obligation de réserve concernant les
policiers, qu'ils devaient, avant de poser tout geste ou de prendre toute
décision, tenir compte de leur travail qui est essentiellement de
maintenir la paix et l'ordre publics et qu'ils devaient toujours avoir à
l'esprit la préoccupation de ne poser aucun geste qui soit de nature
à mettre en cause leur crédibilité et leur
objectivité.
Le Président: M. le chef de l'Opposition.
M. Bédard: Avec la permission du chef de l'Opposition...
J'ai également dit aux policiers, que la loi étant claire, je
faisais confiance non seulement aux policiers, mais aux directions des corps
policiers et tenais pour acquis que des consultations se poursuivraient entre
les directions policières, les policiers et leurs associations, de
manière à prendre les décisions les plus indiquées
dans les circonstances.
Le Président: M. le chef de l'Opposition.
M. Ryan: J'ai noté que, dans sa réponse, ou plus
exactement dans la lecture qu'il a faite de la directive destinée aux
fonctionnaires, le ministre de la Fonction publique a mentionné le
devoir de réserve, de retenue qui s'impose à des fonctionnaires,
dans la mesure même où ils occupent un rang plus
élevé dans l'échelle des responsabilités. (14 h
20)
Je voudrais demander au premier ministre si, dans son opinion, M. Eric
Gourdeau, qui a rang de sous-ministre et qui est, si mes informations sont
exactes, un secrétaire général au Conseil exécutif,
a fait preuve de cette réserve demandée dans la directive
lorsque, récemment, il donnait une entrevue à une émission
de propagande du Parti québécois dans laquelle il
déclarait que, lui, il allait favoriser le oui au
référendum. Est-ce que le premier ministre, dans
l'hypothèse d'une réponse affirmative, veut donner l'assurance
que, dans son jugement et dans celui du gouvernement, un fonctionnaire de rang
équivalent, qui se prononcerait publiquement pour le non, aurait les
garanties de traitement impartial et offrirait également les garanties
de direction impartiale du secteur dont il a la responsabilité, s'il
continuait à exercer les mêmes fonctions le lendemain?
Le Président: M. le premier ministre.
M. Lévesque (Taillon): Je pense que ce qui a
été lu ou expliqué par mes deux collègues vaut pour
tous, c'est-à-dire qu'il y a cette zone de réserve, comme on dit
dans le jargon habituel, qui doit leur dicter les limites de leurs
interventions; chacun prend ses responsabilités et je crois que les
mêmes garanties si c'est ça l'essentiel de la question du
chef de l'Opposition d'intangibilité dans son poste seraient
données à quiconque, que ce soit pour le oui ou pour le non.
Le Président: M. le chef de l'Opposition.
M. Ryan: Je n'ai pas très bien compris. Il y a une
règle qui a été édictée, une règle de
retenue et de réserve. Voici un cas où, de façon
manifeste, cette règle n'a pas été observée, parce
que aller plus loin que de donner une interview dans le cadre d'une
émission partisane, dans laquelle on dit qu'on va favoriser la position
du gouvernement, il me semble que c'est aller pas mal au-delà de la
règle de réserve qu'énonçait le ministre, à
moins que je n'ai mal compris cette règle.
M. Lévesque (Taillon): Je voudrais souligner au chef de
l'Opposition que ce n'est pas le premier ni le dernier cas où cette
obligation de réserve ou, enfin, ce conseil de réserve qui est
donné normalement n'est pas ex cathedra. Autrement dit, si quelqu'un
veut prendre ses risques, si quelqu'un est pour le oui, j'espère qu'il
ne paiera pas sous nos amis d'en face si jamais c'étaient eux autres et,
si quelqu'un est pour le non, je donne la garantie tout de suite que le
même traitement serait accordé d'un côté ou de
l'autre.
M. Levesque (Bonaventure): M. le Président...
Le Président: M. le leader parlementaire de l'Opposition
officielle.
M. Levesque (Bonaventure): Nous avons entendu le chef de
l'Opposition donner un cas précis. Est-ce que le premier ministre est
d'accord ou non avec les agissements et la prise de position publique à
la télévision d'un tel fonctionnaire?
Le Président: M. le premier ministre.
M. Lévesque (Taillon): Je suis d'accord avec son droit de
le faire.
M. Forget: Une question supplémentaire. Le
Président: M. le député de Saint-Laurent.
M. Forget: Le ministre de la Justice a donné des
précisions ou ce qui semblait être des précisions
relativement à l'application de ces règles dans le cas des
policiers. Est-ce qu'on a bien compris l'intention qui l'animait en
interprétant ses paroles comme signifiant que les obligations
générales des fonctionnaires s'appliquent aux policiers? Y a-t-il
quelque chose de plus restrictif encore dans le cas des policiers, ou est-ce
qu'il nous a simplement dit que ce sont les mêmes règles qui
s'appliquent avec le sens qu'on vient de voir?
Le Président: M. le ministre de la Justice.
M. Bédard: M. le Président, j'ai presque
textuellement dit ce que le ministre de la Fonction publique a dit avant moi.
Il me semble qu'il est facile de constater que les remarques que j'ai faites
aux policiers allaient dans le même sens que les directives auxquelles
faisait allusion le ministre de la Fonction publique.
Le Président: M. le député de Portneuf.
Grève des cols bleus de Montréal
M. Pagé: Merci, M. le Président. Ma question
s'adresse au ministre du Travail et de la Main-d'Oeuvre et est relative au
conflit des cols bleus à Montréal, des travailleurs manuels, qui
dure déjà depuis 31 jours. Le directeur général des
relations de travail du ministère, M. Raymond Désilets, qui
était médiateur au dossier, a déposé ou aurait
déposé son rapport ce matin à l'endroit de la ville de
Montréal et de la section 301 du Syndicat canadien de la fonction
publique.
Est-ce que le ministre du Travail et de la Main-d'Oeuvre pourrait nous
informer, premièrement, s'il entend déposer ledit rapport ici?
Les membres de l'Assemblée nationale et particulièrement les
députés libéraux sont hautement et particulièrement
intéressés par le contenu du rapport dans la détermination
qu'ils ont de voir régler ce conflit, ce problème à
Montréal dans les plus brefs et les meilleurs délais.
Deuxièmement, j'aimerais que le ministre du Travail et de la
Main-d'Oeuvre nous informe s'il a pu prendre connaissance de réactions
de la part tant de la partie syndicale que de la partie patronale
jusqu'à maintenant; ou encore dans quel délai prévoit-il
que ces parties, tant syndicale que patronale, pourront faire connaître
leur position définitive à l'égard du rapport ainsi
déposé par M. Désilets?
Le Président: Merci, M. le député de
Portneuf.
M. le ministre du Travail et de la Main-d'Oeuvre.
M. Johnson: Effectivement, M. Désilets, ce matin, au
bureau du ministère, à Montréal, a remis aux
représentants syndicaux et aux représentants de la ville de
Montréal son rapport qui est une oeuvre assez substantielle: six pages
d'introduction et près d'une trentaine de pages pour l'ensemble. Oui, ce
rapport a été accessible à tous ceux qui désiraient
le voir au moment où il a été remis à
Montréal. Je n'en ai malheureusement pas de copie ici; je ne peux donc
pas le déposer à l'Assemblée, mais sûrement qu'il me
fera plaisir de le faire à la suite d'un consentement au début de
la prochaine séance.
D'autre part, ce rapport, essentiellement, se concentre sur les
problèmes reliés à la sécurité d'emploi, aux
sous-contrats et à la mobilité. M. Désilets, en tant que
directeur du service des relations de travail, comme quelqu'un d'impartial
là-dedans, a essayé de trouver des solutions qui garantissent aux
travailleurs leurs droits acquis, qui leur donnent aussi des garanties en
matière d'ancienneté, en plus de leur donner la pleine indexation
de leurs salaire et revenu. Ce rapport devrait faire l'objet d'une attention
bien particulière de l'assemblée générale des cols
bleus. On m'a avisé, cependant, que ces derniers auraient l'intention de
se réunir seulement dimanche parce que, apparemment, ils auraient de la
difficulté à trouver des locaux.
Par ailleurs, mon collègue, leader du gouvernement et ministre
responsable des installations olympiques à Montréal, m'avise
qu'il est prêt, si le syndicat en fait la demande, à fournir des
locaux qui permettraient de réunir les quelque 5000 cols bleus
dès demain, s'ils le désirent. Je pense que nous sommes à
leur service; le ministère et mon collègue ont bien voulu me
garantir la collabora-
tion des autorités de la RIO pour une salle, s'ils la
désirent, demain ou samedi plutôt que d'attendre dimanche.
Du côté de la ville de Montréal, nous n'avons pas eu
de réaction, sinon que nous savons que le conseil exécutif de la
ville de Montréal sera saisi de ce rapport probablement au cours des
prochaines heures.
Le Président: M. le député de Portneuf.
M. Pagé: M. le Président, vu que nous n'avons
aucune garantie que ledit rapport sera accepté par les deux parties,
est-ce que le ministre pourrait profiter de la question que je formule à
nouveau; Parce que, mardi dernier, lors du débat d'urgence, j'ai
posé des questions bien particulières au ministre.
C'étaient les suivantes; je me permets de les réitérer en
espérant que cette fois-ci il pourra y répondre.
Advenant le refus de l'une ou de l'autre ou encore des deux parties
à l'égard du rapport, vu que la situation perdure depuis
déjà 31 jours à Montréal et que c'est
complètement inadmissible que cela aille au-delà de ce
délai maximal ou de la capacité pour les gens de Montréal
d'accepter de vivre dans une telle situation où ils ont un paquet de
problèmes tous les jours avec les services publics... advenant un tel
refus, est-ce que le gouvernement du Québec, et particulièrement
le ministre du Travail, pourrait déjà et immédiatement, M.
le Président parce qu'on ne se réunira pas, vous le savez,
ici à l'Assemblée avant mardi, ce qui veut dire encore quatre
jours nous indiquer ses intentions dans un tel cas? Premièrement,
avez-vous l'intention de suspendre le droit de grève pour une
période de 90 jours? Deuxièmement, avez-vous l'intention soit
d'adopter une loi spéciale comme cela a été fait dans
certains cas, dans le cas d'Hydro-Québec, des hôpitaux, etc.,
l'automne dernier, lorsque les gens en avaient soupé des grèves
ou, encore, avez-vous l'intention de vous prévaloir d'un autre
mécanisme comme celui de la commission parlementaire ou purement et
simplement de laisser filer le conflit encore plus longtemps?
Le Président: M. le ministre du Travail et de la
Main-d'Oeuvre.
M. Johnson: M. le Président, je vais simplement
réitérer le souhait que les cols bleus de Montréal soient
saisis dans les plus brefs délais du rapport du médiateur qui,
à mon avis, reprend en substance les points essentiels qui touchaient
les travailleurs, les cols bleus. Je pense qu'il y a là des
réponses honnêtes, des réponses correctes.
Quant au reste, je m'abstiens de tout commentaire. Je pense que nous
sommes ici pour souhaiter que les citoyens de Montréal retrouvent des
services et n'importe quel commentaire fait à cette période-ci ne
risquerait que de mêler les choses. Nous sommes ici pour souhaiter tous,
je l'espère, y compris le député de Portneuf, un
règlement. Quant au reste, on verra.
M. Pagé: M. le Président, une dernière
question additionnelle.
Le Président: M. le député de Portneuf.
M. Pagé: Vous comprendrez, M. le Président, que je
ne puis accepter une telle réponse. Un ministre du Travail, ce n'est pas
là strictement pour formuler des souhaits et des voeux, vous savez.
C'est là pour assumer une responsabilité qui lui incombe. Je vous
demande ceci, M. le Président, et j'en fais là encore une fois le
sens d'une dernière question additionnelle en insistant, parce qu'il
nous apparaît de ce côté-ci que le gouvernement doit prendre
ses responsabilités dans ce conflit: Qu'allez-vous faire en plus de
formuler des voeux et des souhaits? Ce serait bien clair et bien simple.
Dites-nous si ce sera une suspension du droit de grève ou une loi
spéciale. Vous avez une responsabilité. Prenez-la donc! Vous
êtes payé pour administrer le Québec et administrer ses
lois. (14 h 30)
Le Président: M. le ministre du Travail et de la
Main-d'Oeuvre.
M. Johnson: M. le Président, je pense que le
député de Portneuf a fait montre de son esprit et de son attitude
provocatrice comme d'habitude. S'il a des jouissances particulières
à voir les ennuis dont souffrent les citoyens et s'il n'a aucune
connaissance...
M. Pagé: Question de privilège, M. le
Président.
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît! M.
Pagé: Non, très brièvement.
Le Président: M. le député de Portneuf, mon
Dieu que cela allait bien! J'avais envie de vous féliciter. Je vous
aurais félicité prématurément pour les deux
premières questions.
M. Pagé: M. le Président, très
brièvement, le ministre... C'est vrai que cela va bien. D'ailleurs, cela
s'inscrit dans le cadre d'une politique de collaboration de l'Opposition,
depuis trois ans, et ils ne le voient pas.
M. le Président, voici ma question de privilège. Le
ministre ne peut pas m'imputer de tels motifs. Ce que j'ai fait aujourd'hui,
c'est de poser des questions précises. D'ailleurs, si le ministre
songeait comme il le faut à l'impact de sa réponse, le simple
fait de lui poser une question comme celle-là l'aide, aide le
gouvernement et crée une pression additionnelle, de par sa
réponse, sur les parties. Cela, vous devriez le savoir.
Le Président: M. le ministre du Travail et de la
Main-d'Oeuvre.
M. Johnson: M. le Président, si j'ai imputé des
motifs au député de Portneuf, je m'en excuse; j'avais cru
constater un fait.
Encore une fois le député de Portneuf le sait
quand il y a un conflit de travail, ça ne donne absolument rien
de se faire tirer le portrait à la caméra, comme le fait en ce
moment le député de Portneuf, et d'essayer d'intervenir dans le
conflit. Quand on dit qu'en ce moment il y a un rapport de médiation,
quand on dit que les travailleurs vont être confrontés avec la
décision qu'ils doivent prendre et quand on dit que le ministre du
Travail a des responsabilités, oui il a des responsabilités, mais
il y a un sens qui vient avec la responsabilité, et ce sens de la
responsabilité, on l'assume. C'est cela, l'objet du travail qu'on a
à faire là-dedans. Ce n'est pas de venir ergoter comme le fait le
député de Portneuf. C'est de souhaiter que, sur la base de ce qui
a été fait par le médiateur, les travailleurs cols bleus
de Montréal puissent se saisir du fond de ce qui a fait l'objet d'un
litige à la ville de Montréal et se prononcer. C'est cela, agir
responsablement.
Le Président: M. le chef de l'Union Nationale.
Occupation des locaux de la DGPM à
Gaspé
M. Le Moignan: M. le Président, en l'absence du ministre
de l'Agriculture, de l'Alimentation et des Pêcheries, je poserai ma
question au député des Iles-de-la-Madeleine qui, en même
temps, est adjointe parlementaire. C'est une question très brève
qui déborde les cadres du local. Mme la députée sait
très bien qu'au cours du mois de février il y a eu occupation des
locaux de l'Industrie et du Commerce à Gaspé même. Ceci
rejoignait les préoccupations de centaines de pêcheurs de l'Est du
Québec.
J'aimerais que la députée nous explique d'abord quels
étaient les sujets en litige et quelle entente a été
conclue lors de la rencontre avec le ministre qui s'est rendu à
Gaspé il y a environ deux ou trois semaines.
Le Président: Mme la députée des
Iles-de-la-Madeleine et adjointe parlementaire aux Pêcheries.
Mme LeBlanc-Bantey: M. le Président, je remercie le
nouveau chef intérimaire de l'Union Nationale de me permettre de faire
le point sur l'occupation des locaux de la DGPM à Gaspé. Il est
vrai que les pêcheurs de la Gaspésie ont protesté et ont
occupé pendant quelques jours les locaux de la Direction
générale des pêches à Gaspé.
Les sujets en litige étaient les suivants: premièrement,
certains pêcheurs de l'Anse-au-Griffon revendiquaient les services d'un
entrepôt frigorifique parce qu'il y a une nouvelle usine qui va
s'installer dans le coin de l'Anse-au-Griffon. L'entrepôt frigorifique
n'étant plus utilisé depuis quelques années, le
gouvernement avait cru bon à l'époque de le fermer. Le ministre a
rencontré les pêcheurs à ce sujet. Il n'y a pas eu
d'entente précise mais on s'est aperçu que, compte tenu du fait
que le gouvernement du Parti québécois avait donné un
nouveau dynamisme à l'industrie des pêches depuis trois ans, nous
faisions face au revers de la médaille, c'est-à-dire que nous
avons beaucoup trop de ressources pour les capacités d'entreposage
frigorifique. Ceci étant dit, il est évident que si le
problème de l'Anse-au-Griffon n'a pas été
réglé aussi vite qu'il aurait dû l'être, c'est que
non seulement il y a un problème à l'Anse-au-Griffon, mais que
nous devons réviser toute la politique d'entreposage afin de
répondre aux nouveaux besoins de l'industrie de la pêche que, je
le répète, le gouvernement du Parti québécois a
créée depuis trois ans.
Quant au problème de la décentralisation, c'était,
en sourdine, le deuxième problème qui avait créé
certain mécontentement dans la région parce que les
Gaspésiens et les Madelinots ont attendu pendant si longtemps qu'on
veuille enfin s'occuper des pêches. Ils sont devenus, bien entendu,
très impatients, et qui pourrait les en blâmer? Nous sommes
allés leur dire que la décentralisation va très bien. Nous
avons aménagé des locaux temporaires. D'ici le mois de juillet,
beaucoup des fonctionnaires qui sont à Québec s'en iront à
Gaspé, et, d'ici deux ans au maximum, la Direction des pêches, les
services administratifs seront dans le territoire maritime afin de
répondre aux besoins des populations maritimes.
En terminant, les gens de Gaspé étaient très
heureux d'apprendre ces bonnes nouvelles. Ils ont permis au ministre de
l'Agriculture de retarder un peu la décision quant aux entrepôts
frigorifiques et ils ont toute confiance que, finalement, la
décentralisation réglera, une fois pour toutes, les nombreux
problèmes qui traînaient dans le territoire depuis une bonne
dizaine d'années.
Le Président: M. le chef de l'Union Nationale.
M. Le Moignan: Question additionnelle, M. le Président.
J'ai rencontré, il y a quelques jours, le président de ce
mouvement, qui est en même temps le président du Parti
québécois du comté de Gaspé. Face à tout ce
dynamisme, il entretient encore de sérieuses inquiétudes avant la
conférence des 24 et 25 mars. Madame l'adjointe vient de dire qu'elle
répond un peu à l'attente avec la décentralisation des
pêches.
Il y aura déjà deux ans, le 30 avril, que la
décentralisation a été amorcée et Mme la
députée parle de certains bureaux qui seront
aménagés à Gaspé, mais, en fait de
décentralisation de ceux qui prennent des pouvoirs et qui sont ici
à Québec, est-ce qu'il y en a qui vont se rendre soit à
Gaspé, soit aux îles ou ailleurs, ou si ce seront simplement des
bureaux de secrétaires en attendant?
Le Président: Mme l'adjointe parlementaire.
Mme Leblanc-Bantey: M. le Président, il me fait plaisir
d'informer le député de Gaspé que toute la direction du
service aux usagers déménagera à Gaspé dès
l'été prochain, que la Direction des services administratifs, en
partie, va
déménager. Ce qui va rester à Québec, en
attendant que les nouveaux locaux soient construits, c'est surtout la Direction
de la recherche parce que là, il faut construire des laboratoires et
cela suppose certains délais.
Alors, que le député de Gaspé ne s'inquiète
pas; dès l'été prochain, il y aura dans le territoire des
gens qui seront en mesure de prendre des décisions. Je continue en
disant que j'ai été la première à déplorer
la lenteur de la décentralisation des pêches. Par ailleurs, mieux
valait attendre pendant peut-être dix-huit mois, deux ans, d'accepter que
cela traîne un peu et que cela se fasse que de continuer à
attendre pendant dix ans, quinze ans qu'on veuille bien s'occuper des
pêches maritimes.
Le Président: M. le chef de l'Union Nationale.
M. Le Moignan: Une dernière question. Ce sera une
réponse avec des chiffres. Parmi les employés qui étaient
à la Direction des pêches, à Québec, combien ont
quitté parmi les hauts fonctionnaires qui demeurent encore
attachés au secteur des pêches?
Le Président: Mme l'adjointe parlementaire.
Mme Leblanc-Bantey: Je m'excuse, j'ai perdu une partie de la
question du député de Gaspé. Si j'ai bien compris, il veut
savoir quel pourcentage des gens ont quitté...
M. Le Moignan: ... ont quitté... Combien environ, je n'ai
pas le chiffre.
Mme Leblanc-Bantey: Malheureusement, on ne peut pas vous donner
le chiffre précis, dans la mesure où plusieurs fonctionnaires ont
fait des demandes d'emploi ailleurs, mais on n'est pas sûr qu'ils
quitteront définitivement. On espère d'ailleurs qu'ils
s'habitueront à l'idée de déménager, que
peut-être, dans les faits, ce ne sera pas deux tiers que ce sera
peut-être un tiers. Ceci étant dit, je voudrais avertir, encore
une fois, le député de Gaspé que le renouvellement des
postes est déjà commencé et qu'il y a certainement,
peut-être je ne sais pas 15 à 20% des postes qui ont
été comblés. Ce qui est très agréable et
très intéressant pour tout le monde, c'est que, dans plusieurs
cas, il s'agit de gens de régions maritimes qui ont décidé
de revenir dans la région et de contribuer au nouvel essor des
pêches maritimes.
Le Président: M. le député de
Bonaventure.
M. Charron: M. le Président, une question de
règlement. C'est une question de règlement. Avant que le
député pose sa question, je voudrais lui dire que les
pêcheries, c'est au-dessus des partis politiques.
Le Président: M. le député de Bonaventure.
(14 h 40)
M. Levesque (Bonaventure): J'en conviens, M. le Président,
mais je peux difficilement laisser passer cette occasion sans poser une
question additionnelle très courte à Mme l'adjointe parlementaire
du ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation.
Madame vient de nous parler du dynamisme des pêcheries
québécoises. En 1976, elles représentaient environ 2% des
pêches canadiennes; elles représentent toujours 2% des
pêches canadiennes. Ma question est celle-ci, M. le Président. Il
s'agit d'un problème un peu plus près de moi, qui me tient bien
à coeur comme député de Bonaventure, c'est le sort qui est
réservé à l'usine des pêches. On vient de parler
d'entreposage, on vient de parler de pêches; eh bien, il y a justement
une usine qui appartient au ministère et qui est fermée ou
à peu près depuis deux ans, alors qu'elle avait été
ouverte depuis 1766, avec 200 employés réguliers. Nous avons
maintenant une possibilité de 25 emplois ou environ.
Présentement, l'usine est fermée et on parle d'espoir de
réouverture. Est-ce que madame pourrait porter une attention toute
particulière à cette usine afin que nous puissions revoir au
moins ces 200 emplois nous revenir comme auparavant?
Le Président: Mme l'adjointe parlementaire.
Mme LeBlanc-Bantey: Je voudrais d'abord souligner que le
député de Bonaventure a fait, comme très souvent depuis...
J'allais dire comme on a l'occasion de l'entendre très souvent dans
cette Chambre depuis deux semaines, c'est-à-dire qu'il a l'art de nous
rapetisser...
M. Levesque (Bonaventure): Question de privilège, M. le
Président. Je n'ai pas eu l'occasion de parler encore... sur le
débat! On n'a pas le temps, M. le Président, que voulez-vous,
tout le temps que le gouvernement...
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît!
Mme LeBlanc-Bantey: M. le Président, j'ai dit: Comme nous
avons eu l'occasion de l'entendre, j'ai laissé croire que certains des
collègues du député de Bonaventure avaient pris ses
attitudes en Chambre.
Ceci étant dit, c'est vrai que notre proportion canadienne n'a
pas tellement augmenté depuis trois ans, malheureusement. Vous en
connaissez les raisons, je vous les ai expliquées très clairement
dans cette Chambre la semaine dernière.
Je soulignerai au député de Bonaventure que si nos
captures canadiennes ont malheureusement...
Des Voix: C'est la faute du fédéral!
Mme LeBlanc-Bantey: ... trop peu augmenté depuis trois
ans, la plupart de nos pêcheurs québécois, dans certains
cas, ont doublé et même triplé leurs captures depuis trois
ans, M. le député
de Bonaventure. Alors, c'est déjà une amélioration
extrêmement intéressante.
Vous faites allusion à l'usine de Paspébiac qui, il est
vrai, est fermée depuis deux ans. J'ai déjà aussi en cette
Chambre expliqué certains problèmes auxquels vous aviez
été mêlé de très près, M. le
député de Bonaventure, quant à l'usine de
Paspébiac; nous avons dû la fermer parce que c'était un
gouffre sans fond qui, d'année en année, vivant dans des
déficits absolument incroyables... M. le Président...
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît!
Mme LeBlanc-Bantey: Est-ce qu'ils sont intéressés
à avoir la réponse ou non?
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît!
Mme LeBlanc-Bantey: Nous avons des projets de réouverture
de l'usine de Paspébiac dont je ne peux pas donner de détails
très précis en cette Chambre aujourd'hui. Je peux assurer le
député de Bonaventure que dès la semaine prochaine je lui
promets que je lui apporterai toutes les informations nécessaires qui
lui prouveront que dans les cinq ou six prochains mois, non seulement nous
prendrons les mesures pour rouvrir l'usine de Paspébiac, mais aussi le
chantier maritime qui, lui, est fermé, à ma connaissance, depuis
beaucoup plus longtemps que deux ans.
Le Président: M. le député de
Marguerite-Bourgeoys.
Des pressions ont-elles été
faites
pour utiliser les services
d'une société
particulière?
M. Lalonde: M. le Président, seulement une courte question
au ministre des Affaires culturelles. Je voudrais savoir s'il est exact que le
ministre ou son cabinet a fait des pressions, des demandes, des suggestions
à d'autres ministères pour qu'ils retiennent les services d'une
société particulière dans les cas qui ne sont pas
réglés par l'ordinateur "Rosalie", oui, comme on l'appelle
et les cas qui ne sont pas soumis aux appels d'offres. Est-ce que le
ministre a déjà fait des pressions auprès d'autres
ministères pour qu'ils utilisent les services d'une
société particulière?
Le Président: M. le ministre des Affaires culturelles.
M. Vaugeois: Je voudrais demander au porte-parole de l'Opposition
d'être plus précis; je ne vois pas du tout de quoi il peut vouloir
parler à ce moment-ci. Soyez plus précis.
Le Président: M. le député de
Marguerite-Bourgeoys.
M. Lalonde: M. le Président, il me semble que c'est assez
précis de demander à un ministre s'il a déjà fait
des pressions. J'espère que la réponse est non. Je
répète ma question: Est-ce que le ministre veut des dates ou...
Est-ce qu'hier vous avez fait des pressions? Est-ce que tout autre jour entre
le moment où vous avez été nommé ministre et
aujourd'hui vous avez fait des pressions, vous ou votre cabinet, auprès
d'autres ministères pour qu'ils utilisent particulièrement les
services d'une société?
Le Président: M. le ministre des Affaires culturelles.
M. Vaugeois: Je n'ai pas envie de dire non de ce temps-ci; j'ai
plus envie de dire oui, M. le Président. Alors, je ne suis pas
conditionné pour dire non. Je ne peux pas voir du tout de quoi il
s'agit. Cela est possible, que, dans un cas particulier, alors qu'il n'y a pas
d'entreprise au fichier, et cela arrive souvent dans le domaine culturel et
pour des cas concrets... J'en ai un à l'esprit, par exemple, pour la
transformation d'une salle de spectacle en salle polyvalente de spectacle. Je
ne pense pas qu'il y ait au fichier d'entreprise spécialisée dans
ce type d'aménagement, de telle façon que nous avons pris
l'habitude de travailler, depuis longtemps d'ailleurs, au ministère,
avec une entreprise qui s'est spécialisée là-dedans. C'est
possible que, dans un cas comme cela, j'aie demandé
d'accélérer des travaux et d'utiliser une firme qui est
compétente en la matière, qui n'est pas au fichier, qui n'a pas
de compagnie rivale au fichier. Il y a encore un certain nombre de secteurs
comme cela pour lesquels il n'y a pas de compagnie d'inscrite au fichier.
Le Président: M. le député de
Marguerite-Bourgeoys.
M. Lalonde: Je remercie le ministre de sa réponse, M. le
Président. Pourrait-il nous expliquer alors, dans le cas de Rimouski,
qui comporte plusieurs sociétés de location d'automobiles,
comment il se fait que Mme Francine Royer, secrétaire particulier du
ministère des Affaires culturelles, le 31 janvier 1980, recevait du
sous-ministre des Communications la communication suivante? Mme Royer, objet:
Via Bec location d'automobiles. Comme suite à votre note du 10 janvier
concernant Via Bec, le directeur des services auxiliaires au ministère
des Communications, M. Claude Côté, avisera toutes les directions
générales de l'existence de cette compagnie. Déjà,
notre bureau régional de Rimouski a fait affaires avec Via Bec, etc.
J'ajoute que Via Bec étant une entreprise québécoise,
j'inviterai mes gestionnaires à y avoir recours de
préférence à d'autres compagnies, évidemment
à service et tarifs équivalents.
Comment se fait-il, premièrement, alors que dans les pages jaunes
de l'annuaire téléphonique il y a plusieurs
sociétés, pas de méchantes multinationales, comme vous
dites, mais des sociétés québécoises, et il y en a
plusieurs, auto à louer (Rimouski)... il faut mettre de
côté Budget, j'imagine, ça doit être une
méchante multinationale,
celle-là, des Anglais, Hertz aussi, Location d'automobiles Avis,
ce sont justement de mauvaises multinationales, le Pavillon G D, Ford-location
à court terme, etc.. Quel est le critère?
Deuxièmement, est-ce que le ministre trouve admissible que son
cabinet fasse des pressions auprès du ministère des
Communications pour qu'il favorise, même à tarif
équivalent, plus particulièrement une société qui
vient juste d'être incorporée, comme par hasard, au mois de
septembre 1979, et dont le directeur est M. Rodrigue Desrosiers,
péquiste connu dans la région?
Des Voix: Ah!
M. Vaugeois: J'avais peur qu'il soit libéral, M. le
Président, de toute façon pour nous ce qui est important, c'est
de favoriser, dans des circonstances comme celle qui semble être le cas,
une entreprise québécoise pour des conditions et des offres de
service équivalentes.
Une Voix: Les autres?
M. Vaugeois: Si, entre-temps, il y a d'autres compagnies qui
offrent les mêmes services, c'est clair que ce que nous voulons avantager
dans un cas comme cela, c'est une entreprise québécoise qui offre
des services à des conditions équivalentes, mais, pour le reste,
vous me permettrez de vérifier de quoi il s'agit exactement. Je n'ai pas
plus de précisions à apporter à ce moment-ci, M. le
Président. (14 h 50)
M. Lalonde: M. le Président...
Le Président: M. le député de
Marguerite-Bourgeoys.
M. Lalonde: ... la réponse du ministre donne ouverture
à une autre question qui est très importante. Le ministre veut-il
dire que le gouvernement a décidé de ne jamais plus employer les
services d'une compagnie qui ne serait pas québécoise,
premièrement? Deuxièmement, faut-il absolument s'adresser au
cabinet du ministre pour avoir des services du gouvernement actuellement?
Faut-il suivre l'exemple de Via Bec?
Le Président: M. le ministre des Affaires culturelles.
M. Vaugeois: M. le Président, je dois avouer qu'on entre
dans des considérations que je ne comprends pas parfaitement.
Des Voix: Ah!
M. Vaugeois: Que voulez-vous que je vous raconte? Je vais
vérifier de quoi il s'agit et mardi prochain, si vous pouvez attendre
jusque là, je serai plus précis.
M. Levesque (Bonaventure): En attendant, M. le
Président...
Le Président: M. le leader parlementaire de l'Opposition
officielle.
M. Levesque (Bonaventure): ... est-ce que le ministre, pendant
qu'il va faire comment appelle-t-on cela? une
évaluation... J'imagine que le ministre a également un bureau
d'évaluateurs chez lui, comme au ministère de la Justice. Le
ministre pourrait-il examiner le sort réservé, si une telle
politique était suivie, à tous les petits Québécois
qui travaillent pour toutes les autres compagnies à Rimouski, à
Mont-Joli, partout? Qu'ar-rive-t-il à ces petits
Québécois? Posez-vous donc la question!
Le Président: M. le ministre des Affaires culturelles.
M. Vaugeois: C'est très intéressant de voir comment
on peut s'intéresser à toute cette question, M. le
Président. Je vais aussi tenir compte de la préoccupation du
député de Bonaventure et j'apporterai des précisions
là-dessus aussi.
Le Président: M. le député de
Rouyn-Noranda.
Fluoration des eaux de consommation
M. Samson: M. le Président, je voudrais adresser ma
question au ministre des Affaires sociales ou au ministre de l'Environnement.
Un poste de radio annonçait, il y a environ une heure, qu'un rapport
secret avait été envoyé au ministère relativement
à des études faites sur la fluoration artificielle des eaux de
consommation au Québec.
Dans ce rapport, selon la nouvelle que j'ai entendue, il était
stipulé assez clairement que la fluoration des eaux de consommation
avait pu augmenter le taux de mortalité par le cancer partout où
il y a actuellement fluoration des eaux de consommation.
Est-ce que l'un ou l'autre des ministres peut me dire s'il a bel et bien
reçu ce rapport et s'il considère ces déclarations que
j'ai entendues cet après-midi assez sérieuses pour remettre en
question l'esprit de la loi 88 de 1974 qui traitait de fluoration, de studios
d'esthétique et de crémation des cadavres?
Le Président: M. le ministre des Affaires sociales.
M. Lazure: M. le Président, il aurait fallu que le
député identifie mieux l'étude en question, mais je pense
savoir qu'il s'agit effectivement d'une étude américaine
ce n'est pas la seule, d'ailleurs qui a été portée
à ma connaissance il y a quelque temps elle fait partie de la
documentation officielle, publique; ce n'est pas un rapport secret et
qui tendrait à démontrer que peut-être, à cause de
la présence d'un pourcentage trop élevé de fluorure dans
l'eau potable, il y aurait un taux de cancer plus élevé. Je dis
bien "il y aurait" parce que cette étude, comme d'autres du genre,
suscite beaucoup de discussions aux Etats-Unis et un peu partout dans le
monde. On le sait, il y a deux écoles de pensée.
Quant à nous, aux Affaires sociales, nous continuons de nous
appuyer sur l'expertise de l'Organisation mondiale de la santé, l'OMS,
qui est reconnue par les 145 pays du monde comme étant l'organisation
experte. L'OMS continue de croire que la meilleure façon de
prévenir la carie dentaire chez l'enfant est d'introduire dans l'eau
potable une certaine quantité de fluorure.
Cependant, devant cette contestation qui est à peu près
universelle, cette division moitié-moitié, nous avons
conseillé, il y a déjà trois ou quatre mois, aux
municipalités qui désiraient se prévaloir de la loi qui
leur permet d'obtenir des subventions pour acheter de l'équipement et
ainsi fluorer leur eau potable de s'adresser non seulement à nos
fonctionnaires qui préconisent, naturellement, l'introduction du fluor
dans l'eau, dans une certaine limite, mais aussi aux fonctionnaires de mon
collègue à l'Environnement qui, eux, se font les porte-parole de
l'autre école de pensée.
Je pense que les deux écoles de pensée ont chacune leur
valeur scientifique. Dans les circonstances, il me semble que ça revient
aux municipalités de prendre leurs responsabilités, et nous
n'avons pas l'intention de forcer d'aucune façon les
municipalités à introduire le fluor dans l'eau.
Le Président: M. le député de
Rouyn-Noranda.
M. Samson: M. le Président, je conçois, comme le
ministre, qu'il y a deux écoles de pensée, une qui pense que
ça donne de meilleures dents et l'autre qui pense que ça fait
mourir du cancer. Est-ce qu'on doit conclure qu'on peut mourir du cancer avec
de meilleures dents? Je voudrais demander au ministre des Affaires sociales ou
à celui de l'Environnement s'il est vrai que le rapport mentionné
aux nouvelles de CJRP, il y a environ une heure ou deux, a été
signé par un sous-ministre du Québec et non pas par quelqu'un qui
vient de l'extérieur, d'une autre planète.
Le Président: M. le ministre des Affaires sociales.
M. Lazure: M. le Président, je sais que l'eau dans la
région du député de Rouyn-Noranda est fluorée, ce
qui explique la bonne dentition de notre ami, le député de
Rouyn-Noranda.
M. Samson: Question de privilège, M. le Président.
Il s'agit de mon privilège.
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît. M. le
député de Rouyn-Noranda.
M. Samson: J'ai le droit, comme c'est mon privilège et
comme je n'ai pas le choix, de porter un dentier. Mais je peux vous dire que
j'habite une région où il y a beaucoup de pêche au brochet,
qu'on n'a jamais employé la fluoration artificielle dans nos lacs et
qu'on n'a jamais pris un brochet avec un dentier.
Le Président: M. le ministre des Affaires sociales.
M. Lazure: M. le Président, je veux quand même,
après cet intermède, ajouter un mot pour rassurer la population.
Je répète, encore une fois, qu'il n'y a pas d'évidences
scientifiquement reconnues par l'Organisation mondiale de la santé qui
nous permettent de conclure que, parce qu'on introduit des fluorures dans
l'eau, ou du fluor dans l'eau potable, nécessairement, ceci cause un
pourcentage plus élevé de cancers. Il n'y a pas de telles
évidences. Il y a des hypothèses que les chercheurs sont en train
de creuser.
Alors, je pense qu'il est quand même important de ne pas
inquiéter indûment la population parce que, M. le
Président, il y a quand même 20%, 25% de la population au
Québec qui actuellement boit de l'eau qui contient du fluor.
M. Samson: La deuxième partie de ma question, M. le
Président...
Le Président: Fin de la période de questions.
M. Samson: M. le Président, seulement la deuxième
partie de la question. Je pense que le ministre a oublié d'y
répondre. Est-ce qu'il est vrai que ce rapport, dont il a
été fait mention à CJRP, est signé par un
sous-ministre du Québec?
M. Lazure: Non. Si c'est signé par un sous-ministre du
Québec, ce n'est certainement pas par le sous-ministre des Affaires
sociales. Moi, j'en doute beaucoup. Je pense que la description que vous en
faites correspond à l'étude américaine. Vous
déposerez le rapport s'il y a lieu, mais ce n'est pas le sous-ministre
des Affaires sociales.
M. Forget: M. le Président.
Le Président: Avec un consentement, je suppose.
M. le député de Saint-Laurent. En vous suggérant de
ne pas avoir la dent trop longue.
M. Forget: Non, M. le Président. Je vous remercie. Je ne
veux pas non plus mettre le ministre sur les dents, mais, malgré tout,
le genre de réponse qu'il a fourni tout à l'heure aux questions,
malgré tout sérieuses, du député de Rouyn-Noranda,
c'est-à-dire la position qu'il a prise d'être une espèce
d'arbitre impartial entre les prétentions d'un ministère et les
prétentions d'un autre ministère en renvoyant le poids de la
décision aux municipalités, à mon avis et je pose
la question au ministre n'est pas à la hauteur des
responsabilités du ministre responsable de la santé publique au
Québec. Il m'apparaît nécessaire... N'est-il pas d'accord,
le ministre n'est-il pas d'accord qu'il lui revient éventuellement... Il
revient
certainement au gouvernement d'arbitrer cette question-là le plus
tôt possible de donner une indication précise et non ambiguë
à la population du Québec et de ne pas se borner à dire
que les deux avis sont acceptables, rassurant la population d'une façon
générale. Ce n'est pas du tout rassurant. (15 heures)
Le Président: M. le ministre des Affaires sociales.
M. Lazure: M. le Président, malheureusement, la
réalité de la vie, c'est qu'il y a bien des questions qui ne sont
pas aussi bien tranchées, aussi tranchantes que le caractère de
l'ancien ministre des Affaires sociales. Et cela est une de ces questions.
C'est une question où il existe actuellement un débat
scientifique à travers le monde et l'Organisation mondiale de la
santé... Je déposerai un télégramme de l'OMS; si le
député de Saint-Laurent continue d'émettre des doutes, je
déposerai le télégramme de l'OMS qui continue de dire que
l'organisation recommande une telle chose, comme nous, nous la recommandons
aussi.
Mais, de là à obliger, je pense que ce n'est pas
indiqué d'obliger. C'est ce que l'ancien gouvernement avait voulu faire,
obliger les municipalités, mais je pense que nous avons un plus grand
respect de l'autonomie des municipalités.
Le Président: Nous en sommes maintenant aux motions non
annoncées.
A l'ordre, s'il vous plaît!
Je vais suspendre les travaux pour quelques minutes.
Suspension à 15 h 2
Reprise à 15 h 6
Le Président: ... A l'ordre, s'il vous plaît!
Maintenant que nous avons eu droit à une motion
véritablement non annoncée, nous allons passer à
l'enregistrement des noms sur les votes en suspens et aux avis à la
Chambre.
M. le leader parlementaire du gouvernement.
Propos sur l'incident qui a nécessité la
suspension des travaux
M. Charron: M. le Président, avant d'être
dérangés par les invités de nos amis d'en face, du haut
des galeries réservées à l'Opposition libérale
les galeries étaient aussi rouges aujourd'hui, M. le
Président, que nos amis d'en face le sont actuellement je
voudrais donner avis que la commission des engagements financiers se
réunira...
M. Lavoie: Je crois qu'il y aura lieu de...
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît! M. le
député de Laval.
M. Lavoie: Suite aux propos du leader parlementaire du
gouvernement, je dois dire que ce document qui a été lancé
des galeries est une manifestation qu'aucun parlementaire sérieux ne
peut encourager, d'aucune façon, et nous adressons les mêmes
reproches; une telle manifestation ne doit se faire en aucun moment dans un
Parlement. Je crois qu'il a été lancé par des gens que je
ne connais pas. J'ai rencontré un de ces messieurs, suite à leur
demande de déposer une pétition devant l'Assemblée, ce qui
est un droit accordé à tout citoyen au Québec en vertu de
la Charte des droits et libertés de la personne. J'ai vu sur cette liste
un nom comme M. Peacock, qui est un syndicaliste reconnu et bien connu dans la
région de Montréal, que je ne connais pas, d'ailleurs, et j'ai
cru, personnellement, que tout citoyen au Québec, qu'on soit d'accord
avec lui sur une position ou en désaccord, a un droit sacré de
déposer une pétition au Parlement. Cela ne lie les
pétitionnaires d'aucune façon; je pense que le président
est d'accord avec moi. Cela ne veut pas dire que le député appuie
nécessairement la démarche qui est faite, ni les opinions
émises, comme ça n'oblige pas les pétitionnaires à
épouser la philosophie ou la politique du député qui pose
un geste. Je crois qu'un député n'est qu'une simple courroie,
uniquement, sans jugement sur la pétition, et qu'autrement, on brime nos
citoyens qui ont ce droit sacré dans tous les Parlements
démocratiques de faire des pétitions, de soumettre des
pétitions au Parlement.
Je regrette, personnellement, ce geste. Il n'avait jamais
été question, je leur ai dit que la pétition serait
déposée et que le Parlement ou le gouvernement prendrait ses
décisions ensuite. D'ailleurs, j'ai déposé cette
pétition hier.
M. Charron: M. le Président...
Le Président: M. le leader parlementaire du
gouvernement.
M. Charron: ... quant à moi, l'incident est clos. Le
Président: Très bien.
M. Charron: Je note seulement qu'ils sont prêts à
n'importe quel allié, dans les circonstances actuelles.
M. Levesque (Bonaventure): M. le Président, question de
privilège.
Le Président: M. le leader parlementaire de l'Opposition
officielle. (15 h 10)
M. Levesque (Bonaventure): M. le Président, voici un autre
exemple de récidive de la part du leader parlementaire du gouvernement.
Vous, comme président de nos travaux et président de
l'Assemblée nationale, devez à ce moment-ci, c'est votre devoir
pour l'institution, bien clarifier le geste posé par un ou l'autre des
parlementaires lorsqu'ils sont requis, par des citoyens, de déposer en
leur nom une pétition. Cela, sans du tout engager
le député ou n'importe quel député sur le
fait qu'il appuie ou non le contenu de la pétition.
Je pense que c'est bien important, pas tellement pour aujourd'hui; on a
utilisé des moyens antiparlementaires pour le faire mais, hier, cela a
été fait d'une façon parlementaire. Le geste posé
par le député de Laval souligne l'esprit de grande
démocratie, de grande liberté qu'a l'ancien président de
l'Assemblée nationale.
M. le Président, il revient à la présidence,
à la suite des propos antiparlementaires et injustes tenus par le leader
parlementaire du gouvernement...
M. Charron: Question de privilège, M. le
Président.
M. Levesque (Bonaventure):... je sollicite de la
présidence non pas seulement une directive, mais également...
M. Charron: Question de privilège, M. le
Président.
M. Levesque (Bonaventure): ... une explication bien claire
relativement au geste posé par un parlementaire en vertu du
règlement.
M. Charron: Question de privilège, M. le
Président.
Le Président: Très bien. A l'ordre, s'il vous
plaît!
M. le leader parlementaire du gouvernement.
M. Charron: M. le Président, ma question de
privilège sera brève. On vient de taxer les propos que j'ai tenus
d'antiparlementaires. C'est précisément parce que je voudrais que
le Parlement puisse continuer à travailler normalement, comme il le
faisait, que je souhaite qu'un député, quant à des fins
partisanes, est prêt à aller chercher n'importe quels
alliés qui peuvent, à un moment donné...
M. Levesque (Bonaventure): C'est cela qui est faux!
M. Charron: ... interrompre le Parlement...
M. Levesque (Bonaventure): On n'endurera pas cela, M. le
Président.
Le Président: A l'ordre! A l'ordre, s'il vous plaît!
A l'ordre, s'il vous plaît! M. le leader parlementaire du gouvernement,
je sollicite votre collaboration pour clore ce débat. Je voudrais tout
simplement rappeler...
M. Lamontagne: ...
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît, M. le
député de Roberval! Je voudrais tout simplement rappeler
l'article 180 de notre règlement qui est un nouvel article que nous
avons adopté unanimement, je crois, il y a quelques mois,
peut-être deux ans. L'article 180 dit simplement ceci: "Au moment du
dépôt de documents, une personne ou une association de personnes
peut, par l'intermédiaire d'un député, déposer une
pétition à l'Assemblée dans le but d'obtenir le
redressement d'un grief public. La pétition doit d'abord contenir une
désignation des pétitionnaires, puis un exposé clair,
succinct, précis et en termes modérés des faits pour
lesquels ils demandent l'intervention de l'Assemblée et être
signée par tous les pétitionnaires. Dès qu'une
pétition est déposée, elle est reçue et des copies
en sont distribuées aux membres de l'Assemblée. Mention est faite
de ce dépôt au procès-verbal." Il m'apparaît que
l'article 180 parle par lui-même. C'est un nouvel article qu'on a voulu
introduire dans le règlement. Cela a été fait, si ma
mémoire est fidèle, à l'unanimité des membres au
sein de la commission de l'Assemblée nationale et ensuite à
l'Assemblée nationale elle-même pour permettre à des gens
qui se trouvent brimés dans certains droits de pouvoir s'exprimer par
l'intermédiaire d'un député à l'Assemblée
nationale. Le devoir qu'ils ont à ce moment-là, c'est de trouver
un député qui accepte de déposer la pétition.
M. le leader parlementaire du gouvernement, en vous
suggérant...
M. Levesque (Bonaventure): M. le Président, un instant,
s'il vous plaît! Pourriez-vous simplement, pour la bonne intelligence non
pas du débat, mais des propos qui sont tenus de part et d'autre et
surtout de ce que vous venez de dire, M. le Président, à quoi je
souscris sans réserve, confirmer que le fait de faire ce
dépôt à la demande de citoyens n'engage pas le
député qui fait un tel dépôt.
M. Charron: Allons donc! Il faut se servir de sa tête.
Le Président: M. le leader parlementaire de l'Opposition
officielle, je pense que l'article 180 que j'ai voulu lire expressément
pour ces fins parle par lui-même.
M. le député de Roberval.
M. Lamontagne: M. le Président, question de
privilège. Le leader du gouvernement a mentionné que du fait que
quelqu'un se trouve dans une galerie face à la nôtre, il devient
un invité. Je me trouve mis en cause, M. le Président, puisque
c'est mon bureau qui met des billets à la disposition de ceux et celles
qui veulent...
Des Voix: Ah!
M. Lamontagne: ... venir assister aux débats de
l'Assemblée nationale, sans faire aucune enquête sur la personne
et les motifs pour lesquels elle vient.
M. le Président, plusieurs ministres du gouvernement savent fort
bien que lorsque ceci m'est demandé, je mets à leur disposition
de nombreux billets à chaque jour et nous aurons l'occasion de
le faire à nouveau la semaine prochaine. Quant à moi
et cela fait trois ans et demi que je fais la même chose
ceux et celles qui se donnent la peine de venir nous entendre ici ont leur
place. S'ils n'ont pas de place dans votre galerie, nous sommes heureux de les
accueillir dans la nôtre.
Le Président: Merci.
Aux avis à la Chambre, s'il vous plaît, M. le leader
parlementaire.
Avis à la Chambre
M. Charron: M. le Président, le jeudi, 27 mars, à 9
h 30, à la salle 91-A, ce sera la réunion mensuelle de la
commission des engagements financiers. Je rappelle que demain, ici même
au salon bleu, à la demande de la députée de L'Acadie, il
y aura une question avec débat adressée au ministre des Affaires
sociales, de 10 heures à 12 h 30 ou 12 h 45, selon la convenance des
députés.
Je vous prie, M. le Président, de revenir à la motion
privilégiée qui est actuellement en débat.
Affaires du jour
Le Président: Alors, je rappelle la motion du premier
ministre sur la question référendaire. Je crois que l'ajournement
du débat avait été sollicité et obtenu par M. le
ministre d'Etat au Développement social à qui je cède la
parole.
M. le ministre d'Etat au Développement social.
Motion privilégiée relative à la
question
devant faire l'objet d'une consultation
populaire sur une nouvelle entente
avec le Canada
Reprise du débat M. Pierre Marois
M. Marois: M. le Président, un grand philosophe a dit: "Ne
pensez pas seulement à la patrie de vos ancêtres, pensez à
la patrie de vos enfants". C'est en pensant justement à la patrie de nos
enfants que je suis très fier d'être de ceux qui diront oui
à l'avenir.
C'est dire que je suis, d'abord, totalement d'accord avec la question
proposée par le premier ministre du Québec, d'abord parce qu'elle
est pleinement conforme à l'option politique prônée par le
Parti québécois depuis sa naissance, il y a treize ans, et par le
mouvement qui l'a engendré et qui s'appelait justement le Mouvement
souveraineté-association et, deuxièmement, parce que cette
question non seulement est honnête et claire, mais surtout elle me semble
répondre aux aspirations les plus profondes et les plus légitimes
des Québécois et de leurs représentants tout au long de
notre histoire.
Cette année 1980 sera certainement, un jour, inscrite dans nos
manuels d'histoire. Je voudrais rappeler que, chaque fois qu'il l'a fallu, les
Québé- cois ont prouvé qu'ils étaient capables de
mettre de côté leurs petites chicanes de famille, leur
partisanerie pour se serrer les coudes, former un rang serré,
impénétrable, solidaire. Le choix que nous avons à faire,
c'est celui qui déterminera si nous-mêmes et surtout ceux qui
grandissent, c'est-à-dire nos enfants, pourront enfin aspirer à
conduire eux-mêmes leurs affaires, à transiger en partenaires
égaux avec les autres, comme le propose la question, mais surtout
à être traités en égaux par leurs concitoyens du
Canada.
Allons-nous leur léguer une nouvelle entente plus juste et plus
profitable pour les deux peuples? Allons-nous leur laisser et, en quelque
sorte, nous laisser à nous-mêmes aussi le goût mais surtout
les moyens de construire chez nous le genre de société où
nos talents et les leurs, notre énergie et la leur, notre enthousiasme
et le leur, notre compétence et la leur, notre ingéniosité
et la leur pourront vraiment s'exprimer enfin pleinement et librement? Leur
laisserons-nous la possibilité de relever ce défi emballant que
nos ancêtres, nos grands-parents, nos parents ont tout doucement fait
germer en nous?
Etre maître chez soi dans le plus grand respect des autres, est-ce
que ce n'est pas là un idéal à la fois grand et
légitime? Les petits qui poussent, ceux qui les suivront
comprendraient-ils si, collectivement, nous disions non au Québec?
Comprendraient-ils qu'en 1980 nous, leurs parents, leurs grands-parents, ayons
dit non à leur prospérité, non à leur avenir?
Comment l'histoire interpréterait-elle qu'en 1980, au moment de
l'aboutissement de la lutte la plus vitale non seulement pour notre survivance
comme peuple mais surtout pour notre développement et notre
épanouissement, nous ayons manqué de confiance en nous, que nous
ayons manqué de solidarité, et qu'au moment où il
suffisait tout simplement de se lever et de dire oui, nous ayons en quelque
sorte démissionné?
C'est le président Roosevelt qui disait un jour: II y a quelque
chose de pire dans la vie que de n'avoir pas réussi, c'est de n'avoir
pas essayé. Se taire aujourd'hui, ce serait continuer à
perpétuer en nous-mêmes et en nos enfants la vieille idée,
la vieille conception que certains ont su et savent encore si habilement
exploiter, c'est-à-dire que nous, Québécois, sommes
nés pour un petit pain. N'avons-nous pas prouvé, malgré
tous les préjugés, malgré les injustices flagrantes du
vieux régime, que nous pouvons faire certainement aussi bien que les
autres? (15 h 20)
A chaque fois que nous avons en quelque sorte osé, que nous avons
décidé de prendre en main nos affaires et d'ouvrir
nous-mêmes nos chantiers pour mener à terme nos projets, nous
avons toujours su démontrer de façon éclatante que nous
sommes capables de résultats, au point de nous étonner
nous-mêmes de ce que nous pouvons faire.
Un exemple dont plusieurs se souviendront avec émotion et surtout
avec tellement de fierté, c'est la prise en charge par le Québec,
par les
Québécois de notre réseau hydroélectrique,
au début des années soixante. Les Québécois avaient
décidé d'être maîtres chez eux et, malgré
l'avalanche des prophètes de malheur et le premier ministre
pourrait certainement en parler avec beaucoup plus d'éloquence on
peut voir aujourd'hui, avec l'incroyable réussite d'Hydro-Québec,
à quel point, nous, les Québécois, sommes capables. C'est
vrai pour Hydro-Québec, c'est vrai aussi quand on regarde la
réussite remarquable du mouvement coopératif.
On est un peuple ingénieux, compétent, "pa-tenteux", comme
on dit souvent, au moins, en tout cas, autant que les autres, un peuple qui
arrive à transposer ses idées en petits projets industriels pour
créer de l'emploi permanent. Depuis deux ans, près de 400 petites
entreprises sont nées grâce au seul programme
québécois d'emplois communautaires. Dans toutes les
régions du Québec, des assistés sociaux, des
chômeurs, en concertation avec d'autres groupes de citoyens, se sont
remis au travail et contribuent maintenant à bâtir leur coin local
et régional de pays.
Oui, on est capable. Churchill disait avec raison, et c'est exactement
ce que la question propose: "Give us the tools and we will finish the job." Il
faut donner au gouvernement du Québec un mandat de poids afin de forcer
enfin le Canada à négocier sérieusement une nouvelle
entente, mais cette fois, vraiment basée sur le principe de
l'égalité des peuples. Une entente qui nous permettrait de
récupérer tous les outils nécessaires à notre
développement, nos impôts, le pouvoir de faire nous-mêmes
nos lois, le droit d'établir nos relations extérieures avec les
autres peuples. Une entente qui, en même temps, nous permettrait de
maintenir une association économique mutuellement avantageuse pour les
deux parties.
La question comprend en plus une garantie fondamentale pour ceux qui
croient encore en la démocratie. C'est l'engagement formel du
gouvernement du Québec qu'il n'y aura pas de changement de statut
politique pour le Québec sans que les Québécois ne soient
à nouveau consultés par voie de référendum.
Certains diront: Quelles garanties les Québécoises et les
Québécois ont-ils que le gouvernement du Québec tiendra
cet engagement?
Pour moi, la réponse est très simple. Je suis de ceux qui
croient, aussi étonnant que cela puisse paraître venant d'un homme
politique, qu'il ne faut surtout pas s'arrêter d'abord à ce que
disent les hommes et les femmes politiques. Je crois qu'il faut plutôt
regarder ce que ces hommes et ces femmes politiques ont fait, ont
réalisé par rapport aux engagements qu'ils avaient pris, par
rapport à ce qu'ils avaient promis de faire. S'ils passent ce test avec
succès, je pense que c'est là la meilleure garantie pour l'avenir
et, à cet égard, j'aimerais rappeler qu'au cours de la campagne
électorale de 1976, nous avions pris une série d'engagements,
bien sûr, réalisables à l'intérieur du
système actuel avec des outils provinciaux.
J'aimerais, avec insistance, inviter les Québécoises et
les Québécois à relire ces engagements et à tirer
eux-mêmes leurs conclusions. Instituer un régime public
d'assurance automobile; oui ou non, est-ce fait? Rendre les médicaments
gratuits pour les personnes âgées; oui ou non, est-ce fait?
Développer les soins dentaires gratuits pour les jeunes; oui ou non,
est-ce fait? Abolir les caisses électorales occultes et secrètes;
oui ou non, est-ce fait? Et je pourrais continuer la liste.
Si la réponse est oui, n'est-ce pas là la meilleure
garantie que les engagements du gouvernement du Québec seront
respectés de la même façon? Ah! bien sûr, il y a les
marchands de peur! Quand on n'a plus aucun projet, aucun idéal à
proposer aux citoyens, quand on n'a plus comme but que de tenter par tous les
moyens de perpétuer le statu quo, quand on choisit de se faire le
haut-parleur et même le défenseur des intérêts de
ceux qui profitent du vieux régime et qui feront tout pour endormir les
Québécois, par l'illusion de l'égalité, de la
stabilité et de la prospérité, oui, quand on n'a plus rien
à proposer à ses concitoyens, on en est réduit à
tenter de faire peur.
Je trouve bas et inacceptable que ceux qui aspirent à gouverner
un jour le Québec méprisent à ce point les citoyens les
plus fragiles de notre société, nos citoyens les plus
âgés en particulier. Ce sont les vieilles rengaines, les vieilles
cassettes qui reviennent: "Avec le Parti québécois, vous allez
perdre vos pensions de vieillesse, vos allocations". Certains vendeurs du non,
et non les moindres, M. le Président, ont même raffiné leur
message: "Vous ne perdrez pas complètement vos pensions, mais elles
seront réduites." Quelle subtilité, mais quelle hypocrisie et
quel chantage honteux! Je trouve révoltant que le clan du non ravale
à un tel niveau un débat qui concerne notre devenir collectif. Je
trouve indécent qu'on utilise ce genre de peur à l'estomac, quand
on sait que, pour certaines personnes âgées, la pension de
vieillesse est le seul revenu dont elles disposent pour survivre, un revenu
souvent insuffisant pour leurs besoins les plus vitaux.
Au nom du gouvernement du Québec, je tiens à redire, ici,
solennellement, que nous prenons l'engagement formel de faire en sorte
qu'advenant le oui, les personnes âgées à qui,
collectivement, on doit du rattrapage, si on possède le moindre sens
humain, non seulement vont continuer à recevoir leur chèque de
pension de vieillesse, non seulement vont continuer à recevoir
ceux et celles qui y ont droit leur chèque de supplément
de pension, non seulement vont continuer à recevoir leur pension de
vétéran, mais que, en plus, nous prenons l'engagement, disposant
de tous nos outils et de tous nos impôts, de débloquer enfin la
perspective d'une politique de revenu minimum garanti qui permettra de donner
aux personnes qui sont le plus dans le besoin quelque chose qui pourrait
commencer à ressembler à un niveau de vie décent.
Il n'y a pas de cadeau dans les pensions et j'espère que plus
personne du clan du non n'osera encore mentir aussi effrontément
à nos concitoyens du troisième âge. Un tel affront à
leur intel-
ligence est inqualifiable. C'est justement un pensionné de la
région de l'Estrie qui me disait ceci: Dites-le aux
Québécois et aux Québécoises que nous, les
personnes âgées, ce n'est pas vrai qu'on a peur. Moi, disait-il,
j'ai fait la guerre de 1914 et j'ai fait celle de 1939 et, quand on a fait deux
guerres, on n'a plus peur de grand-chose. Maintenant, j'ai droit à ma
pension de vieillesse et j'ai droit à ma pension de
vétéran. Je les reçois et je sais bien que je les recevrai
aussi après le oui. Le chèque va venir de Québec, bien
sûr, au lieu de venir d'Ottawa.
Il disait: J'ai un ami québécois qui vit en Australie
aujourd'hui. L'Australie, c'est loin et c'est souverain. Il a fait les deux
guerres, comme moi, disait-il. Il reçoit ses pensions en Australie et
nous, au Québec, on ne recevrait pas les nôtres? Il ne faudrait
quand même pas nous prendre pour des imbéciles. On a longtemps
cherché à nous tromper, à nous conditionner à la
dépendance, mais nous sommes un peuple fier et tenace. Ceux qui
méprisent encore l'intelligence et sous-estiment la capacité de
solidarité des Québécois, ceux qui du haut de leur
piédestal se demandent encore "What does Québec want" vont
être surpris de la réponse. Les Québécois pourraient
bien répondre oui à un vieux slogan qui disait: Parle fort,
Québec!
On est un peuple patient. Mais le jour où on décide de ne
plus plier l'échine, rien, ni les peurs, ni le chantage ne peuvent nous
arrêter. Je suis profondément convaincu que nous sommes
prêts, que nous avons assez attendu. Elles sont finies, les miettes, le
petit pain qu'on ramasse de la table d'Ottawa. Désormais, c'est
d'égal à égal qu'on veut se parler. (15 h 30)
Vous savez, chacun est arrivé à sa façon à
croire profondément que cette option politique, la
souveraineté-association, était la seule valable pour le
Québec. Personnellement, j'y suis venu tout simplement par mon travail
quotidien, pendant des années, auprès de ceux que je
considère les plus petits de la société, parce qu'il m'est
apparu clairement, brutalement aussi, qu'alors que le Québec est une
société et un pays potentiellement très riche c'est un
scandale de laisser se perpétuer une injustice honteuse. Un
Québécois sur cinq, plus d'un million de Québécois
vivent dans une situation économique voisine de la pauvreté. Or
on paie, présentement, dans le domaine de la sécurité du
revenu, $6 milliards pour une population de 6 millions et ces $6 milliards qui
proviennent essentiellement de nos impôts sont dépensés
à partir de programmes émiettés entre deux niveaux de
gouvernement: pensions de vieillesse à Ottawa, Régime de rentes
à Québec, aide sociale à Québec,
assurance-chômage à Ottawa, allocations familiales à
Québec, allocations familiales à Ottawa, programmes
fédéraux temporaires ou saisonniers d'emplois qui fondent comme
la neige quand arrive le printemps.
Il y a les centres de main-d'oeuvre du Canada qui marchent sur les pieds
de nos centres de main-d'oeuvre du Québec. Comment voulez-vous qu'on se
donne une politique de plein emploi sans les outils pour le faire? Le
député d'Outremont, ex-président du Conseil
économique du Canada, disait: On reçoit plus en
assurance-chômage au Québec que ce qu'on envoie à Ottawa.
Si on perdait ça, ce serait effrayant. C'est vrai qu'on reçoit
plus, mais il est vrai aussi c'est ça, le drame qu'on
reçoit moins en argent pour créer des emplois que ce qu'on
devrait recevoir par rapport à notre population. Nous, ce n'est pas de
l'assu-rance-chômage que nous voulons, c'est de pouvoir ouvrir la
perspective d'une assurance-travail.
Une lutte à la pauvreté commence par l'idée
obsessionnelle de se développer en créant des emplois permanents,
accrochés et jumelés à une politique de revenu minimum
garanti dont on parle depuis tellement d'années et qui est possible,
à condition encore d'avoir tous nos outils. Avec notre moitié de
coffre à outils provincial, on a quand même réussi à
instaurer le supplément au revenu de travail pour les travailleurs
québécois à faible revenu.
Je voudrais aussi rappeler que, depuis cinq ans, les coûts de
l'aide sociale au Québec sont passés de $500 millions à
près de $1 milliard cette année. Ce qui explique en bonne partie
cette augmentation absolument vertigineuse, c'est le fait que le
fédéral a modifié à deux reprises et de
façon unilatérale, sans nous consulter, son programme
d'assurance-chômage. Cela a eu pour effet direct de faire en sorte
qu'aujourd'hui, notamment, les jeunes de moins de 30 ans, au Québec,
représentent plus de 70% des citoyens nouvellement inscrits, et souvent
bien malgré eux, à l'aide sociale.
Or, ces jeunes sont aptes au travail. Malgré nos
préjugés, ils veulent travailler bien plus souvent qu'on le
pense, mais à condition qu'on débloque des emplois plutôt
que cette espèce de situation humiliante qui les maintient dans un
état de chômage chronique. C'est encore le député
d'Outremont qui, dans un document, affirme: "Cent dollars
d'assurance-chômage créent autant de demande que $100
versés en salaire". Je lui demande d'avoir le courage d'aller
répéter cela aux chômeurs et aux assistés sociaux du
Québec qui veulent retourner au travail.
Le programme québécois d'emplois communautaires, le
programme québécois d'aide au travail, le nouveau programme
d'emplois communautaires, le nouveau programme d'emplois pour les jeunes
contenus dans l'Opération Solidarité Economique nous le prouvent
hors de tout doute. Le jour où, suite à un oui, nous aurons tous
nos impôts, on pourra ajouter des millions de dollars au soutien et au
développement de l'emploi chez nous. Je me permettrais de rappeler au
député d'Outremont ces paroles si vraies de Félix Leclerc:
"Parmi les 100 000 façons de tuer quelqu'un, la façon la plus
sûre, la meilleure façon, l'infaillible façon de tuer
quelqu'un, c'est de le payer pour être chômeur."
Si on devait jamais dire non au Québec alors que nous, depuis
deux ans que le programme de supplément au revenu de travail un
petit programme a été instauré, on négocie
avec le gou-
vernement fédéral, et qu'on a reçu comme
réponse, à ce jour, rien du tout, quant à cette
idée du partage des coûts du programme, si on devait avoir un non
au référendum, je doute de la marge de manoeuvre qu'aurait un
premier ministre du Québec, quel qu'il soit, lorsqu'il se
présenterait à une table de négociation
fédérale-provinciale.
Je sais que le chef du Parti libéral, le député
d'Argenteuil, n'aime pas beaucoup qu'on lui cite des extraits
d'éditoriaux. Mais ce que j'aurais aimé faire, si j'avais eu un
peu plus de temps, M. le Président, ce n'est pas de lui citer des
extraits, c'est de lui citer huit éditoriaux complets qu'il a
écrits durant la période de juin et juillet 1971, dans lesquels
il soutenait à quel point le Québec ne devait absolument pas
céder sa priorité constitutionnelle en matière de
sécurité du revenu. Or il nous propose maintenant l'opposé
complet dans son livre beige.
C'est un revirement total en rupture de continuité avec toutes
les positions politiques défendues par tous les chefs politiques du
Québec depuis l'époque de Taschereau.
Je terminerai sur ceci, M. le Président. Les
Québécois j'en suis convaincu ne se seront pas
battus pour rien. Ils ne sont pas dupes. Nous avons, en 1980, comme peuple
je le crois très profondément un rendez-vous avec
notre histoire. Ce projet d'un avenir meilleur est maintenant à la
portée de notre main. Il suffit simplement que nous soyons comme jamais
solidaires. Il suffit simplement que, venant de tous les coins de la
société, de tous les horizons politiques, nous,
Québécois, formions le plus grand rassemblement de
solidarité jamais vu et qu'ensemble nous disions oui, oui au
Québec et oui à l'avenir.
Des Voix: Bravo! Félicitations!
Le Vice-Président: M. le député de
Jean-Talon.
M. Jean-Claude Rivest
M. Rivest: M. le Président, le ministre d'Etat au
Développement social vient de terminer son allocution en parlant de la
solidarité des Québécois. L'essentiel de son discours,
lorsqu'il s'est employé à qualifier de clan les gens qui croient
au Québec et qui croient également au Canada, le clan du non, et
qu'il n'a parlé finalement qu'en termes du mépris que devrait
avoir une option par rapport à l'autre, illustre une fois de plus,
jusqu'à quel point on doit se méfier de ces appels à la
solidarité des Québécois. Il faut s'en méfier
d'autant plus, M. le Président, que l'essentiel de son intervention n'a
finalement consisté qu'à faire une espèce
d'adéquation nécessaire entre l'existence d'un régime
fédéral et les difficultés d'ordre social que peuvent
connaître les sociétés modernes.
Dans d'autres sociétés de type autre que
fédéral, il existe également des problèmes de
sous-emploi. Il existe également des problèmes de
disparité de revenus. Il existe également des problèmes de
sous-développement régional. Je trouve que c'est là une
analyse très superficielle et assez partisane que d'essayer de faire
croire que tous les problèmes de développement économique,
social et culturel du Québec ne tiennent qu'au régime
fédéral. C'est d'ailleurs là également une
explication tout à fait injuste parce que l'histoire politique au Canada
a largement démontré, en particulier dans le domaine social, que
l'action du gouvernement fédéral a été hautement
positive dans le sens de la valorisation et de la promotion sociale des
individus.
M. le Président, quand j'entendais le ministre d'Etat parler de
solidarité entre les Québécois, il faut quand même
lui rappeler que cette fameuse question référendaire, la question
du référendum ne nous est arrivée que dans le sillage des
défaites du Parti québécois en 1970 et en 1973. C'est
essentiellement pour des raisons électorales que le Parti
québécois a décidé, en 1974, de choisir la voie
référendaire pour réaliser son objectif de
l'indépendance. (15 h 40)
C'est cette logique péquiste, purement électo-raliste, qui
fait qu'aujourd'hui, il faut le regretter, l'opération
référendaire, et singulièrement la question posée,
est devenue une entreprise conduite, menée et déterminée
en fonction des seules ambitions indépendantistes du Parti
québécois. C'est le Parti québécois seul, M. le
Président il faut se le rappeler qui a choisi le moment de
cette consultation populaire. C'est le Parti québécois seul qui,
en forçant l'adoption de la loi no 92, a littéralement
imposé à tous des règles injustes, et cela dans un
mépris flagrant de la liberté d'expression et d'association.
Jusqu'au texte même de la question référendaire qui sera,
par les bons soins d'une majorité parlementaire complaisante,
décidé en fonction et à partir du seul scénario
référendaire indépendantiste du PQ.
Le chef du Parti québécois et le ministre d'Etat au
Développement social que l'on vient d'entendre osent parler de
solidarité des Québécois, une solidarité que le
Parti québécois s'est employé, dès l'origine du
processus référendaire, à rendre tout simplement
impossible; une solidarité qui ne serait possible, de toute
manière, que si la majorité des Québécois
acceptaient on ne sait trop pourquoi de renoncer à leur
désir profond de demeurer des citoyens canadiens à part
entière. Accepter de suivre le Parti québécois dans la
démarche qu'il nous propose, c'est accepter de faire du Québec un
Etat souverain et indépendant. Comme le dit la chanson, M. le
Président, "on prend toujours un train pour quelque part" et le train de
la souveraineté-association a une destination bien précise,
l'indépendance du Québec.
Rien, M. le Président, n'est plus faux que de soutenir, comme le
font les porte-parole péquis-tes, que les succès de la
construction du Québec moderne au cours des 20 ou 25 dernières
années trouveraient leur prolongement naturel dans l'accession du
Québec à la souveraineté et à
l'indépendance. Jamais, en effet, avant l'arrivée au pouvoir du
Parti québécois, la continuité histo-
rique et politique du Québec que l'on invoque à coups de
citations s'est-elle inscrite dans la perspective de l'indépendance du
Québec. Tous les gouvernements québécois avant le
gouvernement péquiste ont, au contraire, essentiellement cherché
à bâtir un Québec moderne en vue précisément
de permettre à la société québécoise de
disposer des moyens et des ressources nécessaires pour pouvoir prendre
la place qui lui revenait à l'intérieur du Canada.
Telle a été, M. le Président, la signification
essentielle de la démarche et de l'engagement politique de MM.
Duplessis, Lesage, Johnson, Bertrand et Bourassa. Aucun de ces premiers
ministres du Québec n'a travaillé dans une direction autre que
celle du maintien et du renforcement de l'unité canadienne. En avril
1978, celui-là qui a été à l'origine et qui sera
sans doute devant l'histoire reconnu comme étant l'un des grands
artisans de la modernisation de la société
québécoise, je veux parler du probablement plus éminent
citoyen de mon comté de Jean-Talon, l'honorable Jean Lesage,
déclarait à l'ouverture du congrès pour le choix d'un chef
du Parti libéral du Québec: "Le grand mouvement du début
des années soixante n'a jamais eu d'autre signification que celle de
donner aux Québécois les moyens de faire du Québec une
société moderne et, ainsi, d'être en mesure d'apporter au
progrès du Canada une contribution de première valeur." Je cite
alors M. Lesage au texte: "Je ne peux pas croire, disait M. Lesage, à
l'isolement du Québec et c'est impossible pour moi de penser que la
séparation, la souveraineté ou l'indépendance puisse mener
à autre chose qu'à un degré d'isolement qui pourrait
être encore beaucoup plus grand que celui dont nous avons tellement
souffert avant 1960".
Voilà, je pense, exprimée en termes clairs par, sans
doute, le meilleur porte-parole, la direction véritable de ce qu'a
été la continuité historique et politique du
Québec. S'il y a reniement du passé ou rupture, ce reniement et
cette rupture ne se trouvent pas ailleurs que dans le camp de ceux-là
qui cherchent à désengager ou à séparer le
Québec du reste du Canada.
M. le Président, la charge référendaire
péquiste déploie évidemment très allègrement
ses batteries contre le Canada et le régime fédéral. On
s'emploie, chez les porte-parole du Parti québécois, à
nier systématiquement toute espèce d'apport du Canada à la
construction du Québec moderne et à soutenir, ce qui est encore
plus aberrant, que la presque totalité des problèmes du
Québec n'aurait qu'une seule et même cause, le Canada et le
régime fédéral.
M. le Président, nulle part au monde la nature d'un régime
constitutionnel, fût-il de type unitaire ou de type
fédéral, n'a ainsi déterminé aussi
mécaniquement et presque aussi bêtement le niveau de
développement d'une société. Sont en effet tout aussi
décisifs, sinon davantage, des éléments comme la
qualité des ressources humaines, la quantité des ressources
naturelles, la nature de l'organisation des moyens de production,
l'étendue des politiques et des programmes gouverne- mentaux. Aucun
député péquiste n'a fait la moindre allusion à ces
données de base du développement d'une société
moderne. On s'est tout simplement contenté d'énumérer les
problèmes de la société québécoise en
taisant, bien sûr, nos réussites pour pouvoir établir une
relation de cause à effet nécessaire et exclusive entre la nature
du régime constitutionnel canadien et les difficultés du
Québec. Il est bien difficile d'imaginer un langage et un discours plus
superficiels, plus partisans et on pourrait même dire plus
démagogiques. Comme si, d'ailleurs, comme je l'indiquais au
début, dans des pays de type autre que fédéral il
n'existait pas, et souvent à des degrés bien plus aigus qu'au
Québec qu'on pense à la France, à l'Angleterre ou
à la Belgique des problèmes tout à fait analogues
à ceux que nous connaissons au Québec, des problèmes de
déséquilibre entre les diverses régions, des
problèmes de disparité de revenus entre les citoyens, des
problèmes de difficulté pour les jeunes diplômés
à se trouver de l'emploi, des problèmes de chômage, des
problèmes de relations de travail, des problèmes d'in-suffissance
des services sociaux pour les personnes âgées et les autres dont a
parlé le ministre d'Etat, des problèmes également de
difficultés au niveau des services culturels. Tous ces problèmes
des sociétés modernes, on ne peut en aucune façon les lier
aussi mécaniquement et aussi bêtement que le fait le discours du
Parti québécois sur l'existence d'un régime
fédéral. Ce sont des problèmes de société
qui n'ont à peu près rien à voir avec le régime
constitutionnel.
Sont aussi superficiels et partisans ce langage et ce discours
péquistes sans cesse répétés qui consistent
à ne reconnaître dans le présent débat absolument
aucun apport du Canada et du régime fédéral à la
construction du Québec moderne. Au cours des douze dernières
années, j'ai pu tout de même, moi aussi, suivre de près
l'évolution des relations Québec-Ottawa en raison des fonctions
que j'ai assumées auprès de M. Lesage et de M. Bourassa. Je sais
les difficultés que le Québec a connues, mais je sais aussi que
le Québec n'a pas été le seul à connaître ce
type de difficultés. Qu'on pense simplement aux provinces de
l'Atlantique. Il me semble que les gens qui y vivent ont autant de raisons que
nous de formuler des plaintes à l'endroit du régime
fédéral. Les provinces maritimes, d'ailleurs majoritairement
anglaises, n'ont jamais réussi à se hisser à un niveau de
développement aussi élevé que celui du Québec ou de
l'Ontario.
Mais je sais aussi à ce sujet, jamais la moindre allusion
dans le langage et le discours des membres du Parti québécois
qu'il y a eu des réussites dans le domaine des relations
Québec-Ottawa et dans le domaine des relations fédérales.
Comment nos amis d'en face peuvent-ils discourir sur la centralisation
excessive du régime fédéral, alors qu'au-delà de
60% des dépenses gouvernementales du Canada sont faites par les
provinces? Comment les péquistes peuvent-ils discourir sur le
caractère tout à fait négligeable des efforts de
redistribution de la richesse entre les diverses régions du Canada alors
qu'en 1976, seule-
ment, le Québec a reçu plus de $1 milliard en paiements de
péréquation, $841 millions au titre du développment
régional auxquels il faut ajouter $708 millions pour les ententes
déjà engagées en 1978? (15 h 50)
Encore, qu'on examine donc, et qu'on le dise donc en face, l'ensemble de
nos programmes au titre de l'aide sociale, de l'assistance judiciaire, de
l'assurance-maladie il y a quelque temps, c'était tout à
fait le cas et de la mise en oeuvre de nos services sociaux, de nos
services de santé, le gouvernement fédéral a
participé, par des millions et des centaines de millions de dollars,
à la mise en oeuvre de ces programmes québécois. Encore
là, M. le Président, on ne parle même pas des programmes.
Pour les Québécois également, cela s'applique aux
programmes fédéraux de la sécurité de la
vieillesse, des allocations familiales, de l'assurance-chômage. Il me
semble qu'il y a là un ensemble. On devrait admettre que le gouvernement
fédéral a un rôle, une présence qui est bien loin
d'être négative pour les hommes et les femmes qui vivent ici au
Québec.
Comment, M. le Président, dans la même veine, nos amis d'en
face peuvent-ils absolument nier le rôle décisif du gouvernement
fédéral en ce qui concerne la langue et la culture
françaises au Canada, alors que bien peu d'artistes, de créateurs
et de chercheurs au Québec ignorent le rôle éminent
d'organismes comme Radio-Canada, l'Office national du film et le Conseil des
arts? Ce sont des réalités vécues et concrètes. Je
voudrais bien que toutes les petites Dominique Michel qui se promènent
viennent établir très clairement ce qu'elles ont eu et obtenu de
la part du gouvernement fédéral. Comment les péquistes
peuvent-ils, de la même façon, s'ingénier à parler
de l'impossibilité qu'il y aurait de s'entendre avec le gouvernement
fédéral?
M. le Président, simplement à titre d'illustration, de
1974 à 1984, dans la liste des ententes qui vont se terminer, on voit
encore la présence du Canada au développement du Québec,
les ententes qui ont été signées par le gouvernement du
Québec pour SIDBEC, pour les axes routiers prioritaires, pour les
ressources forestières, le développement industriel, le
développement minéral, le développement agricole, l'usine
à Saint-Félicien, Mirabel, le développement touristique,
les équipements publics, Gros Cacouna, encore tout récemment
là-dedans, dans toutes ces ententes, le gouvernement
fédéral paie 60% des dépenses qui sont effectuées
sans parler des ententes qui ont tellement
bénéficié au titre du partage des ressources
énergétiques du Canada.
Il me semble que ces choses ont leur place dans le débat actuel.
Même, au titre de la révision constitutionnelle, tout ce qui a
été fait dans le passé est loin, mais très loin
d'être absolument inutile. Il y a présentement dans le dossier
chose qu'on n'avait peut-être pas auparavant, au moment de MM.
Lesage et Johnson, le ministre des Affaires intergouvernementales devrait le
savoir sur l'ensemble des aspects de la révision
constitutionnelle, actuellement, au Canada, une expertise technique
considérable, immédiatement disponible et qui était et qui
sera, de toute manière, absolument indispensable au processus du
renouvellement de la fédération canadienne.
Sur le fond du problème, M. le Président, il y a
maintenant un consensus que l'on sait acquis de l'impérieuse
nécessité c'était là une réclamation
traditionnelle du Québec d'effectuer une réforme globale
de la Constitution canadienne embrassant, comme le fait la position du Parti
libéral du Québec, toutes et chacune des dimensions
institutionnelles, législatives et fiscales du problème. Sur la
mise en route du processus lui-même de révision constitutionnelle,
il y a une évolution qu'on ne peut absolument pas nier et qui est loin
de se produire uniquement au Québec. Il y a, par exemple, à
l'égard du gouvernement fédéral, la conjoncture
internationale qui amène très certainement... Au titre des
problèmes de lutte à l'inflation ou d'approvisionnement en
ressources énergétiques, il y a un problème qui pose, dans
son coeur même, la définition du rôle du gouvernement
fédéral au sein du Canada.
Deuxièmement, il y a la consécration acquise, je pense, du
principe de l'égalité fondamentale des deux grandes
communautés culturelles et linguistiques de ce pays. Il y a
également, et cela est important, l'émergence d'une
volonté commune de toutes les régions et de toutes les provinces
du pays de voir être mieux satisfaits les besoins et les aspirations des
populations des différentes provinces. Il n'y a pas qu'au Québec
qu'on se préoccupe de ces questions; il faut connaître la
réalité canadienne pour savoir que cette dimension existe dans
toutes et chacune des régions du pays.
Finalement, M. le Président, si, pour des raisons de propagande
indépendantiste, les gens du Parti québécois sont
incapables de reconnaître quoi que ce soit dans la valeur
intrinsèque du fédéralisme ou des chiffres et des
statistiques qu'on peut leur donner à satiété ou encore
des changements qui s'opèrent dans la mentalité et les
aspirations de l'ensemble de la population canadienne, il demeure tout de
même un fait discutable. On peut se lancer des chiffres, mais il demeure
un fait: le Québec d'aujourd'hui, cette société
québécoise, elle existe déjà, alors que le
Québec est à l'intérieur du Canada et sans que le
Québec ait eu besoin de faire son indépendance politique.
Il me semble que si on a, de part et d'autre, cette fierté
commune et légitime d'appartenir à cette société
d'ici, c'est que cette société se compare aujourd'hui
avantageusement à n'importe quelle autre société du monde.
Qu'on regarde simplement le degré de liberté, la qualité
de vie démocratique que l'on connaît concrètement au
Québec, ou encore notre niveau de vie, le niveau de développement
de la société québécoise, l'étendue de nos
mesures sociales, le caractère profondément civilisé de
cette société-ci ou encore le degré d'originalité,
de créativité de l'expression culturelle du Québec. M. le
Président, si on
regarde l'ensemble de ça et que l'on constate qu'aujourd'hui,
comme le disait d'ailleurs le premier ministre dans son discours, avec la
réalité vécue, concrète du Québec, le
Québec se situe dans le peloton de tête des nations
avancées, il me semble qu'on doit dire: Ce Québec, il existe,
nous y croyons, nous en sommes fiers; il s'est fait alors que le Québec
était à l'intérieur du Canada et, pour bâtir cette
société, on n'a jamais eu besoin de l'indépendance ou de
la souveraineté politique du Québec.
C'est pourquoi, pour le Québec et pour les
Québécois, je n'ai aucune espèce d'hésitation
à dire non à la question référendaire qui sera
posée.
Le Président: M. le député de
Lotbinière. M. Rodrigue Biron
M. Biron: M. le Président, comme je l'ai affirmé en
cette même enceinte, lundi dernier, au prix de l'abandon de la direction
d'un parti reconnu, plutôt que de démissionner, face au
défi exaltant de la réalisation d'une nouvelle entente
Québec-Canada, nouvelle entente qui nous permettrait de nous
épanouir pleinement, et dans l'esprit même qui a fait vivre ses
heures de gloire et de noblesse à ce parti que j'ai dû quitter, je
m'engage dans la voie du oui, du oui à l'avenir du Québec. Je
reprends et je poursuis à la fois le combat des Duplessis, Sauvé,
Johnson et Bertrand, combat pour l'autonomie, combat pour
l'égalité.
Qu'il est donc paradoxal, M. le Président, que, pour ce faire,
j'ai dû quitter leur parti, mon parti! Qu'il est donc paradoxal que, pour
parfaire dans la continuité l'oeuvre de prédécesseurs, il
faille se refaire un toit! Mon parti, mon parti pris pour l'union vraiment
nationale des Québécois, c'est dorénavant au sein du
comité du oui que je devrai l'assumer.
Dire oui, à ce moment de notre histoire, c'est par ailleurs et
également assurer un suivi authentique à ce qu'il y a eu de plus
vrai, de plus solidaire, de plus beau, de plus grand, au temps de leur
administration, chez Jean Lesage et Robert Bourassa.
Une fois encore, à ceux auxquels Daniel Johnson
dédicaçait son livre "Egalité ou Indépendance",
à ces jeunes du Québec, à ces jeunes de Lotbinière
en particulier, héritiers du passé et artisans de l'avenir,
j'offre mon oui, le oui de mon âme et de ma conscience, un oui à
l'identité québécoise, un oui au devenir du
Québec.
M. le Président, à l'instar même d'un bon nombre de
Québécois, j'aurai vécu, je le reconnais, un temps
d'hésitation avant d'en arriver avec fermeté à la position
qui est mienne et qui sera mienne tout au long du débat
référendaire sur l'avenir du Québec.
M. le Président, peut-être également qu'ici,
à l'instar de femmes et d'hommes du Québec, j'aurai vécu,
j'en conviens, un chemin sinueux, fait d'apparentes contradictions,
marqué, chose certaine, au coin de tiraillements réels. Oui,
j'aurai vécu un cheminement laborieux; d'autres Québécois
devront en vivre autant, si l'on doit en arriver à un consensus au
Québec. Oui, j'aurai vécu un cheminement laborieux avant d'en
arriver à articuler de façon calme et claire le choix qui,
désormais, comme le dirait Paul Sauvé, est mien et sera mien
quant à l'avenir du Québec et des Québécois. (16
heures)
Je fus jusqu'à tout récemment, tous voudront le
reconnaître, à tout le moins, un fédéraliste
impatient, certainement un nationaliste reconnu. Peut-il en être
autrement quand on assume vraiment la direction d'un parti qui a nom Union
Nationale? Dorénavant, j'assume complètement l'histoire et
l'héritage de mes prédécesseurs en me prononçant de
façon irréversible pour le oui, un oui au désir d'en
arriver, avec le reste du Canada, à la négociation d'une nouvelle
entente politique fondée, cette fois, sur l'égalité
juridique de deux peuples ou des prolongements des deux peuples fondateurs du
Canada; un oui à un période de négociations
sérieuses, intenses et d'égal à égal pas
plus, mais pas moins entre le Québec, d'une part, et le reste du
Canada, d'autre part.
Voilà le sens et la portée de mon oui, M. le
Président. Voilà le oui auquel je convie mes concitoyens et mes
concitoyennes de Lotbinière, en particulier, et de partout au
Québec. Seule une réflexion rationnelle et approfondie, libre de
toute considération partisane, de toute attache, de toute
hypothèque, de toute gêne; seule l'étude, en toute rigueur
intellectuelle, des faits, de l'histoire de l'Union Nationale et du
Québec expliquent chez moi, peuvent et doivent rendre
compréhensible et respectée chez les autres l'évolution
décisive qui a été mienne au cours des toutes
dernières semaines. Réflexion? Oui, M. le Président, mais
également consultations: consultations personnelles, intenses et en
profondeur avec des ex-ministres, des ex-députés, des conseillers
unionistes. Consultations avec quantité de Québécois,
témoins de leur milieu, de la vie de leur région et de leur
ville, notamment de Rimouski, de Chicoutimi, de Trois-Rivières, de
Québec, de Montréal, de Sherbrooke, de Hull, de La Sarre, d'Acton
Vale, et j'en passe, sans mentionner une consultation privilégiée
avec mes gens de Lotbinière, sur laquelle je reviendrai dans quelques
instants.
Partout, M. le Président, j'ai entendu et j'ai recueilli des
témoignages de concitoyens désireux que le Québec prenne
les grands moyens pour exprimer à ses partenaires du Canada anglais que
c'est maintenant qu'on négocie la nouvelle entente Québec-Canada.
Partout, j'ai entendu des Québécois respecter
l'honnêteté de la démarche du gouvernement du Québec
qui consulte avant de décider, qui demande l'appui de ses citoyens avant
d'aller à la table des négociations et qui leur dit: Donnez-nous
un mandat de négocier une nouvelle entente fondée sur le principe
de l'égalité des peuples; il n'y aura aucun changement de statut
politique sans l'accord de la population par voie de
référendum.
Motion d'amendement
A ce sujet, afin de rendre la question plus claire et plus limpide, et
afin de faire taire ceux qui soutiennent que la question nous amène
à l'indépendance ou à la séparation politique du
Québec, j'aimerais suggérer l'amendement suivant. Le
troisième paragraphe de la question référendaire se lit
comme suit: "Tout changement de statut politique résultant de ces
négociations sera soumis à la population par
référendum." Je voudrais que ce paragraphe et c'est mon
amendement soit remplacé par le paragraphe suivant: "Aucun
changement de statut politique résultant de ces négociations ne
sera réalisé sans l'accord de la population lors d'un autre
référendum". Aucun changement de statut politique
résultant de ces négociations ne sera réalisé sans
l'accord de la population lors d'un autre référendum.
Je demande au gouvernement d'accepter ma motion d'amendement, car si je
fais cette proposition, M. le Président, c'est, premièrement,
pour rendre la question encore plus claire et plus limpide.
Deuxièmement, c'est pour assurer les Québécois et les
Québécoises du fait que le référendum actuel sera
uniquement un mandat de négocier une nouvelle entente fondée sur
le principe de l'égalité des peuples. C'est enfin pour
démontrer encore plus clairement à ceux qui sont les victimes des
artisans de la peur qu'il n'y aura aucun changement de statut politique
résultant de ces négociations sans l'accord majoritaire de la
population lors d'un autre référendum qui, normalement, suivra
les négociations.
Est-ce assez clair? Ceux qui sont pour une nouvelle entente
négociée, selon le principe de l'égalité des
peuples, répondront oui. Ceux qui sont contre une nouvelle entente
négociée diront non. Ceux qui sont contre le principe de
l'égalité des peuples diront non. Ceux qui sont plus partisans
que Québécois diront non. Et ceux qui sont plus
Québécois que partisans diront oui.
Cette réflexion, ces consultations et le sens de la portée
de mon oui sont la résultante d'une démarche personnelle dont je
veux vous faire part succinctement et très clairement en quelques
points, à vous, M. le Président, et à mes amis
Québécois et Québécoises. D'abord, l'étude
objective du lourd contentieux Ottawa-Québec en matières
culturelles, sociales et surtout économiques. Toutes les études
de tous les gouvernements québécois précédents
traitant des relations fédérales-provinciales sont une preuve
monumentale de l'urgence de modifier fondamentalement ce rapport de forces.
Ensuite, le verdict sévère de la commission Laurendeau-Dunton, il
y a au-delà de dix ans maintenant, et celui tout aussi
sévère, poignant même dans son élaboration, de la
commission Pé-pin-Robarts, verdict plus récent celui-là,
sur l'inégalité des faits et des chances entre les deux peuples
fondateurs, entre les prolongements des deux peuples fondateurs, voire sur
l'injustice sociale, culturelle et économique qui en résulte pour
les francophones. Ensuite, le coût annuel, énorme et inacceptable,
par ailleurs, des dédoublements de juridictions, de services, de
programmes, qu'offrent à la fois les paliers fédéral et
provincial de gouvernements.
Cela aurait été une preuve de bonne foi du gouvernement
d'Ottawa que de s'y être attaqué depuis longtemps. Tout le
contraire est survenu et les dédoublements se multiplient au
détriment, toujours, des Québécois. Ensuite, le poids
harassant et déshumanisant de la suradministration, nous sommes
surgouvernés au Canada et au Québec, de la présence de
plus en plus forte de l'Etat providence, de l'Etat papivore. Ensuite, la
continuité historique dans l'expression de leur volonté politique
chez tous les dirigeants, ou presque, des partis politiques et des
gouvernements de ce Québec de reconnaître que le Québec,
foyer principal des Canadiens d'expression française, des francophones
d'Amérique, n'est pas et ne peut pas, ne doit pas être une
province comme les autres. Ensuite, la nécessité d'en arriver en
ce début des années quatre-vingt et avant la fin du
siècle, bon Dieu! à une entente Québec-reste-du-Canada, si
nous ne voulons pas en arriver à nous haïr individuellement et
collectivement, si nous ne voulons pas surtout paralyser, ne serait-ce que
partiellement, le contentieux socio-économique qui, à lui seul,
hormis le dossier constitutionnel, demanderait normalement toutes nos
énergies.
Ici, M. le Président, je veux vous assurer que mon oui à
la négociation de la nouvelle entente n'a aucun, mais absolument aucun
relent de haine envers mes amis anglophones. Au contraire, ce oui permettra de
modifier profondément la structure politique actuelle du Canada afin que
nos deux communautés s'épanouissent et apprennent enfin à
dialoguer et à échanger dans l'harmonie.
Ensuite, la déception que m'a procurée, ainsi qu'à
tant d'autres, incidemment, l'analyse la plus froide possible du livre beige de
l'Opposition officielle, déception qui me fait dire, avec M. Robert
Décarie, que c'est un recul à pas de galop par rapport aux
demandes traditionnelles du Québec. Ensuite, les résultats de la
récente élection fédérale au pays qui, avec la
tranquille et apparente assurance de ramener au pouvoir des francophones du
Québec, ramène au pouvoir le gouvernement fédéral
le plus centralisateur que le Canada n'ait jamais connu alors qu'en peu de
mois, récemment, un autre type de gouvernement avait commencé
à nous habituer à moins de tension, à plus de souplesse,
à plus de dialogue.
Enfin, et surtout, la consultation personnelle, en profondeur et
au-dessus de toute partisanerie politique, avec quantité de citoyens
dont je vous ai fait part précédemment, et d'abord et avant tout
la consultation et les échanges avec mes gens de Lotbinière, mes
organisateurs, qui m'ont demandé, à 83% lors d'un scrutin secret,
de défendre avec eux l'option du oui.
M. le Président, en abandonnant la direction de mon parti, je
suis peut-être revenu à la tâche première d'un
député, celle de représenter mes concitoyens, et c'est ce
que j'entends faire en militant avec eux au sein du comité national pour
le oui. (16 h 10)
Voilà, M. le Président, les points qui sous-ten-dent ma
réflexion personnelle. J'invite maintenant tous mes concitoyens
québécois et québécoises à prendre
conscience de l'importance historique du geste qu'ils poseront le jour du
référendum. Je leur demande sincèrement dans ce
débat de faire abstraction de toute partisanerie, d'oublier qu'ils
aiment ou non le premier ministre ou le chef de l'Opposition officielle,
d'oublier qu'ils aiment ou non telle ou telle législation. Qu'ils ne
prennent pas leur décision en fonction d'un détail anondin. Je
leur demande plutôt de faire un retour sur eux-mêmes. Je demande
à mes concitoyens de se recueillir un tant soit peu sur l'avenir qu'ils
entrevoient pour le Québec et pour les jeunes du Québec.
Au-dedans de lui-même, M. le Président, chaque
Québécois retrouvera l'idée profonde et véritable
du devenir du Québec. Il respectera cette belle devise, malheureusement
tant de fois trahie, "Fais ce que dois", et il votera oui à la
solidarité du peuple québécois et oui à son avenir.
Merci, M. le Président.
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît! M. le
député de Lotbinière, je déclare votre amendement
recevable et il fera maintenant partie de la discussion au même titre que
la motion principale et les autres motions d'amendement.
Je cède la parole à M. le député de
Mercier.
M. Gérald Godin
M. Godin: M. le Président, c'est un honneur pour moi que
de parler après un authentique Québécois. Grâce
à Dieu, je n'ai pas eu à parler après le
député de Jean-Talon parce que si je comprends bien le
député de Jean-Talon, tout est pour le mieux dans le meilleur des
mondes possibles. Par conséquent, pourquoi publient-ils à grands
frais un livre beige puisque tout va si bien dans le régime
fédéral, Mme la Présidente?
Il a parlé de tout ce qui va bien dans notre système. Il a
glissé rapidement sur ce qui va mal dans le système. Que le
Québec reçoive 34% des prestations d'assurance-chômage du
Canada, il n'a pas parlé de cela, Mme la Présidente. Il n'a pas
dit non plus que les investissements de LaPrade avaient été
stoppés. Il n'a parlé que des aspects du système
fédéral qui attirent la sympathie des Québécois. Ce
qu'il faut dire, c'est d'où vient cet argent. J'ai avec moi un document
officiel du gouvernement fédéral, les comptes publics du Canada,
1100 pages de dépenses fédérales, $46 milliards pour une
seule année, 1979. Quelle partie de ce montant a été
perçue au Québec? 22%, soit $10 milliards. Par conséquent,
qu'ils nous en retournent un morceau, c'est normal, Mme la Présidente.
Rien de plus normal. Pour un total d'à peu près 250 pages sur
1100, c'est du Québec que cela vient et, suivant les années, il y
a 200 pages consacrées aux sommes dépensées au
Québec, parfois 150, parfois 75 et, depuis trois ans, depuis que le
Parti québécois est au pouvoir, un peu plus, comme par
hasard.
Mme la Présidente, il s'agit de savoir pourquoi le Parti
libéral du Québec est si populaire ces mois-ci au Canada anglais.
Pourquoi? Je vais souvent au Canada anglais: Calgary, Vancouver, Victoria,
Porcupine South, Sault-Sainte-Marie, Toronto, Toronto, Toronto et encore
Toronto, Monc-ton, Halifax, "you name it, I have been there".
Je leur demande, Mme la Présidente: Voulez-Vous qu'on vous laisse
nos $10 milliards ou qu'on les reprenne? Unanimement ils disent: On veut que
vous nous les laissiez; après tout, on les a obtenus, je ne dirais pas
par la force, mais par la majorité que nous étions en 1867, lors
des conférences de Québec; 33 députés dont 6 du
Québec. Ces six députés du Québec ont obtenu 50% du
pouvoir, 50% des taxes; 6 contre 27 des autres provinces. Le Québec,
à l'époque, rappelons-le, était noyé dans ce qu'on
appelait le Canada uni, "the province of Canada". Le Canada uni, par
conséquent, a déjà existé et il a été
divisé en deux. On a créé le Québec et l'Ontario.
Le Québec, par conséquent, n'existait pas au moment des
négociations de 1867. Le Québec était une poignée
de députés du Canada uni et le petit nombre qu'ils
étaient, 6 sur 33, a obtenu 50% des taxes et a envoyé le reste
à Ottawa. Aujourd'hui, un siècle après, il y a des gens
qui voudraient nous faire croire que c'est assez, que c'est le dernier mot,
qu'on devrait accepter cela. Ces gens-là publient des livres beiges.
Dans ce livre beige, Mme la Présidente, on ne change pas la
répartition des impôts fondamentalement. Il y a eu une proposition
pour ramener ici l'assurance-chômage. Elle a été
défaite a congrès libéral. Ils ont dit: Non, laissez-leur
cela, ces pauvres petits enfants d'Ottawa.
Qu'est-ce qui distingue un authentique Québécois, comme le
député de Lotbinière, des autres? Il y a un test qu'on
peut passer. Ce test existe, le ministre de l'Agriculture le sait, pour le
sirop d'érable. Il y a des sirops d'érable authentiques et il y a
des sirops de poteau. Il y a de la viande bonne à manger et de la viande
avariée. Il existe des moyens, des tests pour vérifier ce qui est
authentiquement québécois de ce qui ne l'est pas. Il est facile
de dire, comme le chef de l'Opposition l'a dit l'autre jour: Je n'ai de
leçon de patriotisme à recevoir de personne. Son collègue,
le député de Roberval, a dit: Je suis authentiquement
québécois. La députée de Prévost a dit: Je
suis, moi aussi, une Québécoise.
Est-ce qu'il existe un test? Oui, il y a un test. Combien veut-on
ramener à Québec des $10 milliards? Si on ramène tout, on
est authentiquement québécois. Si on les leur laisse, on ne l'est
pas. On peut prétendre l'être, on peut faire pleurer Margot ou
Jean-Pierre, mais on ne l'est pas. Les luttes des premiers ministres du
Québec, de tous les gouvernements du Québec depuis Honoré
Mercier, visent à ramener à Québec une partie plus ou
moins grande de ces $10 milliards, ces 250 pages très précieuses
pour le développement du Québec.
Aux Canadiens anglais que je rencontre, je demande: Voulez-vous les
garder? Ils disent oui. Ils sont normaux. Je les admire, ce sont des
patriotes
canadiens ou "Canadian". Ils veulent garder les instruments avec
lesquels ils ont réussi à bâtir un Ontario fort.
Pour comprendre un peu ce qui se passe, on peut, à l'instar de
mon collègue du Saguenay, évoquer une parabole.
M. Brassard: Lac-Saint-Jean.
M. Godin: Lac-Saint-Jean, pardon! La parabole des dix talents,
Mme la Présidente, vous vous en souvenez peut-être. Le Seigneur
avait confié à un de ses intendants dix talents et, après
un certain temps dans notre cas, après 113 ans nous
demandons: Intendant Ottawa, qu'as-tu fait de mes dix talents? Les as-tu fait
fructifier pour le bien de la communauté du Québec? La
réponse, on la connaît tous et toutes: Je les ai fait fructifier
pour le bien de l'Ontario. Par conséquent les chiffres sont
là routes fédérales au Québec 3.6% du total;
Ontario, 14% du total. (16 h 20)
Pourtant, le fédéralisme, ce merveilleux système,
le Robin des Bois, le Centraide politique qui est censé enlever aux
riches et donner aux pauvres enlève aux pauvres et donne aux riches.
Historiquement, ces $10 milliards ont été investis,
jusqu'en 1975 surtout, en dehors du Québec. Depuis quatre, cinq ans, je
l'ai dit, le député d'Outremont l'a dit et
répété, le ministre des Finances l'a reconnu, ça
change un peu. Pourquoi? Peut-être parce qu'il y a un
référendum qui s'en vient et qu'on veut que les
Québécois échangent leur droit d'aînesse pour un
plat de lentilles, car c'est de ça dont il s'agit.
La raison pour laquelle je voterai oui, Mme la Présidente, c'est
que je suis tanné des chicanes. L'Opposition, au fond, n'est pas
composée de méchants garçons ni de méchantes
personnes, je les respecte. Que font-ils? Ils font leur travail, leur boulot,
leur job d'Opposition, ils sont contre. Ils sont payés pour être
contre. Mais si nous devenions souverains, on ne se battrait plus d'un
côté, le député d'Outremont, de l'autre
côté, le ministre des Finances pour savoir si mon oncle
Ottawa m'a donné plus ou moins de tarte au sucre. Je suis tanné
de prendre chaque année ces comptes publics et de vérifier
combien le Québec a eu sur ses 22%, sur ses $10 milliards. Combien
a-t-il eu? Je fais cela chaque année, depuis 20 ans que je suis
journaliste. Je suis tanné de faire cela et de me battre avec des gens,
que je respecte par ailleurs, pour savoir si on a plus ou si on a moins. Ce qui
compte, ce n'est pas de savoir si on a plus ou si on a moins, c'est qui
contrôle, qui contrôle les $10 milliards. Est-ce que le peuple du
Québec devrait contrôler les $10 milliards?
Au fond, la dernière trace des plaines d'Abraham, elle est dans
ces $10 milliards. La dernière trace de l'Acte d'union, de la
conquête, est dans ces $10 milliards. Le peuple américain s'est
battu; ils étaient à l'époque 3 500 000. Le peuple
américain a rompu avec l'Empire britannique pour ramener aux Etats-Unis
les taxes. Ils disaient: No taxation without representation. Je dis: No taxa-
tion without majority representation. C'est ici au Québec seulement que
c'est possible, la "majority representation". C'est pour cela que je voterai
oui. Je veux qu'on mette en marche le mécanisme de consultation du
peuple du Québec. Je veux que le peuple du Québec dise: Oui,
allez négocier avec le gouvernement central.
Des gens nous posent la question: Tout à coup ils disent non. On
entend cela souvent. Mme la Présidente, je pense que c'est faire injure
aux principes démocratiques du Canada anglais, des représentants
du Québec dans ce Parlement que de croire qu'ils ne respecteront pas la
volonté clairement exprimée d'une majorité de
Québécois. J'ai trop de respect pour le premier ministre Pierre
Trudeau pour croire qu'il n'est pas un véritable démocrate et
qu'il ne respectera pas la décision majoritaire, démocratique du
peuple dont il fait partie. J'ai trop de respect pour lui. Ceux qui disent non
l'injurient, l'insultent. Je ne peux accepter cela, Mme la
Présidente.
Le Parti libéral et son chef, ses sbires ou ses
représentants, quand ils vont avec moi en Ontario ou ailleurs, ils sont
reçus comme des princes. Je comprends, ils ne veulent rien enlever
à la majorité anglaise du pays. Cela aide à être
bien reçu. Quand on laisse à la majorité anglaise du pays
les $10 milliards du Québec, elle nous aime, elle nous adore, elle nous
porte sur un plateau.
Je voudrais dire au chef de l'Opposition une seule chose: Qu'il ne se
méprenne pas sur la vedette qu'il est devenu au Canada anglais. Qu'il ne
se méprenne pas là-dessus. Ils ne l'aiment que parce que nous
sommes au pouvoir. Ils ne l'aiment que parce qu'il représente ici les
intérêts d'Ottawa, pas ceux du Québec puisqu'il veut
laisser à Ottawa $10 milliards. Qu'est-ce qu'il fait ici? Est-ce qu'il
représente le Québec ou Ottawa? Il représente Ottawa. Ils
veulent lui laisser le pouvoir. Ils veulent laisser à Ottawa 75% du
contrôle contre un minable 25% et ils disent: Nous sommes d'accord avec
la première partie de la question, l'égalité des peuples.
Où est la logique? L'égalité des peuples, messieurs, ce
n'est pas un torchon qu'on traîne dans les caniveaux. On y croit et,
concrètement, on l'applique et on se bat pour qu'il y ait 50/50, pas
25/75.
Je terminerai, Mme la Présidente, en disant que j'ai hâte
que la question soit réglée pour qu'on cesse de se chicaner,
à savoir si le fédéral dépense plus ou moins. J'ai
hâte qu'on se chicane pour savoir si ces sommes, ces $10 milliards que
nous aurons rapatriés ici, seront dépensés de la bonne
manière par un gouvernement d'ici. C'est la seule question qui se pose,
en fin de compte.
J'ai hâte d'en arriver à cet état de fait où
nous serons sûrs, année après année, que les $10
milliards seront dépensés ici. On ne se posera plus de questions.
On ne se chicanera plus, le député d'Outremont avec d'autres de
ce côté-ci de la Chambre, pour savoir si on a eu plus ou moins. On
saura que cela aura été dépensé ici, par nous.
Merci beaucoup.
La Vice-Présidente: M. le député de
Charlevoix.
M. Raymond Mailloux
M. Mailloux: Mme la Présidente, je voudrais, dans les
quelques minutes qui me sont allouées, tâcher de dire devant tous
mes collègues quelle est la perception que j'ai de la question qui est
posée par le gouvernement. J'aurais espéré le faire dans
de meilleures conditions de santé que celles qui sont les miennes
présentement et je voudrais espérer que la Providence me
permettra de passer à travers ces quelques minutes sans qu'une
indication m'oblige à revoir, évidemment, mon travail à
venir en me conservant le peu de facultés qu'il me reste.
Mme la Présidente, j'ai siégé dans ce Parlement
depuis bientôt 20 années et je pense avoir fait la preuve que,
sans sectarisme, sans démagogie, j'ai tâché, avec la
relativité de mes moyens, de faire en sorte de respecter l'adversaire et
j'ai toujours espéré qu'il en fasse autant à mon endroit.
J'ai toujours espéré ne pas être considéré,
parce que je diffère d'opinion, comme un vendu, coupable de tous les
maux dont on affuble actuellement l'Opposition, c'est-à-dire que nous
serions devenus de mauvais Québécois. Je représente une
entité dans la province de Québec qui est à 100%
canadienne-française. Il n'y aura pas de votes chez nous, dans
Charlevoix, qui viendront de l'expression de la majorité qui vient des
autres provinces canadiennes. Ce sera l'expression de gens qui, comme moi, dans
une des régions les plus défavorisées du Québec,
ont l'habitude de se prononcer, dans les moments difficiles de son histoire,
quelle que soit la question qui est posée et quelle que soit
l'ambiguïté qu'elle contient.
Mme la Présidente, je voudrais tout d'abord dire quelques mots de
la question qui est posée. On a prétendu, depuis quelques
années, appeler tous les citoyens du Québec à vivre le
moment le plus important de son histoire. Je suis de ceux qui pensent, devant
l'incertitude des dernières années, devant la remise en question,
que ce moment sera en fait un moment historique qui permettra à tous les
nôtres de faire en sorte qu'on franchisse une étape et qu'on voie
dans quelle direction ceux qui ont le mandat de diriger espèrent une
amélioration de leur sort. (16 h 30)
Mme la Présidente, quand je lis le texte de la question et
je suis loin d'être un expert en droit constitutionnel, je suis loin
d'être un académicien ou un rhétoricien, j'ai normalement
eu l'habitude, par contre, d'être assez praticien et quand mes
concitoyens lisent une telle question, je pense que si je représente des
gens moins instruits que ceux qui prennent la parole actuellement, c'est un des
moments où, avec toute la clarté possible, on aurait pu permettre
à tous ceux qui sont les moins bien nantis de la société
de pouvoir la comprendre, et facilement, sans le déluge de paroles qu'on
entend actuellement.
Mme la Présidente, voici la question: "Le gouvernement du
Québec a fait connaître sa proposition d'en arriver, avec le reste
du Canada, à une nouvelle entente fondée sur le principe de
l'égalité des peuples; "cette entente permettrait au
Québec d'acquérir le pouvoir exclusif de faire ses lois, de
percevoir ses impôts et d'établir ses relations
extérieures, ce qui est la souveraineté." Je voudrais
arrêter, si on me le permet, un instant à cette partie de la
question.
J'ai entendu hier le ministre des Affaires intergouvernementales nous
décrire tout ce que, dans les dernières années, il a fait
comme travail, comme fonctionnaire, comme ministre des Affaires
intergouvernementales, très près du problème
constitutionnel. Il a dit que son cheminement lui avait procuré à
certaines occasions, sous différents gouvernements, des lueurs d'espoir,
lui avait laissé entrevoir la possibilité que le Québec
puisse se développer, s'épanouir dans la société
canadienne dans laquelle nous vivons. Il nous avouait enfin que, après
avoir eu quelques lueurs d'espoir au moment où Bourassa fut au pouvoir,
au moment où Johnson fut au pouvoir, il avait enfin
décroché décroché en pensant quoi? en
pensant que seule la souveraineté politique du Québec pouvait
permettre à nos concitoyens d'aller de l'avant.
Mme la Présidente, dans la première partie de la question,
la souveraineté, telle que le livre blanc la décrit, telle que le
ministre des Affaires intergouvemementales l'a décrite, telle que le
premier ministre l'a décrite à différentes occasions, il y
a, si on ne veut pas se cacher la vérité je pense que
c'est le temps de dire la vérité au public essentiellement
tous les éléments dont un pays, dont un gouvernement a besoin
pour être pleinement maître dans toutes les sphères
d'activités. C'est l'indépendance, il n'y a pas deux mots, c'est
celui-là!
Mme la Présidente, au moment où on pose une question... Je
me suis informé à des gens qui sont plus connaissants que moi en
la matière et j'ai posé la question suivante: Est-ce un mot
composé, est-ce que ça s'adresse à la même
clientèle, une telle opinion? Je vais vous lire la deuxième
partie de la question: "Et fort de tous ces pouvoirs qu'il veut
s'arroger en même temps de maintenir avec le Canada une
association économique comportant l'utilisation de la même
monnaie;" et la question ajoute que tout changement de statut politique
résultant... serait soumis à un deuxième
référendum.
Mme la Présidente, je voudrais que vous m'écoutiez bien
une seconde, ça ne viendra pas d'un expert constitutionnel. Quand vous
avez défini la souveraineté dans la première partie de la
question que vous posez au peuple québécois, c'est
l'indépendance. Est-ce qu'il y en a un parmi vous qui nie que la
souveraineté, telle que décrite, ce sont tous les pouvoirs dont
un Etat a besoin pour s'administrer? C'est ça? Bon! Indépendance!
Et au moment où, comme prérequis, vous posez, dans la
première partie de votre question, que c'est la souveraineté,
vous demandez aux Québécois une négociation avec l'autre
ordre de gouvernement pour en sortir.
A la première partie de votre question, la clientèle que
vous visez, ce sont les Québécois, seuls les
Québécois, pas ceux du gouvernement fédéral, pas
les citoyens des autres provinces; les Québécois essentiellement
ont le droit, suivant l'éclairage qu'on leur donnera, de se prononcer
sur le choix qu'on leur propose: la souveraineté. Dans leur bulletin de
vote, s'ils vous accordaient un oui à une question aussi directement
posée que "Voulez-vous devenir indépendant"? le droit à
l'autodétermination ferait que vous pourriez vous présenter
devant un autre ordre de gouvernement et dire: Nous avons un mandat d'une
nation qui est la nôtre, mandat de vous demander si on peut
négocier, continuer à transiger ensemble pour toutes sortes de
raisons.
Mais dans la proposition aux Québécois, on a comme
prérequis qu'on veut être souverain; comment le gouvernement
canadien pourrait-il, même s'il le voulait je répète
même s'il le voulait, comment le gouvernement canadien, de par sa
constitution, pourrait-il entamer la moindre négociation sans nier ses
pouvoirs? Comment pourrait-il?
Seulement poser la question, c'est y répondre, parce que la
deuxième partie de votre question piégée s'adresse
directement à d'autres gouvernements qui seul ont les réponses.
Quand, Mme la Présidente, je regarde la constitution canadienne, non pas
comme mon collègue expert en droit constitutionnel, non pas comme tous
ceux qui ont tous les parchemins que vous voudrez, je constate que le
gouvernement canadien a comme devoir premier de protéger l'ensemble des
Etats qui font partie du pays; c'est son premier devoir. Il n'a pas le droit de
négocier pour les faire sortir d'un tel régime, à moins
qu'une volonté expresse n'ait été exprimée
directement.
Mme la Présidente, c'est le plus grand cul-de-sac, le rendez-vous
historique dont on nous parle je m'excuse d'employer cette expression
c'est le plus grand cul-de-sac devant lequel on sera plongé qui
ne fera que retarder pour des années les véritables questions,
les véritables réponses et les clientèles où chaque
question aurait dû être posée.
Mme la Présidente, je ne veux pas m'échauffer, et je passe
à un autre ordre d'idées. J'ai entendu parler ici, et tous mes
collègues, des différents premiers ministres qui ont
administré dans les dernières années. Je voudrais vous
donner, si on me le permet, un exemple de toutes les tentatives d'autonomistes
dont on a parlé, MM. Duplessis, Lesage et autres. On a tellement
chargé le gouvernement fédéral, les Canadiens anglais des
autres provinces de tous les maux dont nous nous plaignons. Je sais qu'il y en
a; la Confédération n'a pas toujours été juste
à notre endroit.
J'ai quand même été assez près de la
scène politique québécoise, non pas comme expert; mais
j'ai été assez sensé pour comprendre la différence
entre la parole qu'on nous donnait, les slogans dont plusieurs de nos premiers
ministres se sont servis et certaines vérités qui se cachaient en
arrière. Il y a quantité de positions autono- mistes dont nos
premiers ministres se sont servis qui avaient leur raison d'être. Je
voudrais vous donner un exemple qui a permis à la province de l'Ontario
de faire un pas immense que ne rattrapera jamais le Québec. Je donnais
cet exemple récemment au ministre de l'Energie qui était ici.
Cela m'a pris quinze ans avant de découvrir pourquoi on avait
refusé dans le temps... Je veux parler d'une sphère
d'activité où j'ai été mêlé de
près, au ministère des Transports. La construction de la route
transcanadienne fut décidée en 1948 et l'on sait qu'à ce
moment-là toutes les provinces canadiennes acceptèrent l'entente
conjointe par laquelle on doterait, à frais partagés, l'ensemble
du Canada d'une route moderne, entre les années cinquante et soixante,
qui permettrait à l'industrie de s'implanter et de progresser.
Mme la Présidente, un seul premier ministre a refusé, dans
le temps, l'entente: M. Maurice Duplessis. On ne touchera pas, disait-il,
à l'intégrité du territoire québécois. Je ne
dis pas ça pour insulter les gens de l'UN. On ne toucherait pas à
l'intégrité du territoire québécois. Pourtant, Mme
la Présidente, l'expropriation des terrains de la Transcanadienne
demeurait propriété de chacune des provinces.
Les critères de construction d'une route moderne parce
qu'on est dans les années cinquante et soixante étaient
également acceptables à chacun. Pourquoi Duplessis a-t-il
refusé, à ce moment-là, de faire comme toutes les
provinces anglaises? S'il y en a un qui est capable de me démentir, il
le fera dans les jours prochains. La raison sine qua non qu'il y avait à
l'intérieur de cette entente était la suivante: chacun des
contrats devait être donné par soumissions publiques, ce que se
refusait à accepter Maurice Duplessis. S'il y a un ministre qui tente de
hocher la tête, qu'il fasse rentrer le premier ministre parce que c'est
en octobre 1960, à l'arrivée du gouvernement Lesage, que Bernard
Pinard, mon prédécesseur, signa, après dix ans, avec le
régime Diefenbaker, une entente par laquelle le gouvernement du
Québec pourrait construire la Transcanadienne, et on l'a vue construire
jusqu'en 1974, 1975.
Quelle sorte d'autonomie avait-on à ce moment-là pour
refuser de doter le Québec d'un moyen de communication des plus
modernes? L'on sait que pendant les années cinquante à
cinquante-huit, l'ensemble de la ceinture des Grands Lacs, qui est tellement
industrialisée, la Golden Belt, la ceinture dorée fut construite
selon l'entente fédérale-provinciale. Le Québec ne
commença la Transcanadienne qu'en 1961, avec dix ans de retard, avec les
coûts qu'on connaissait dans le temps et l'inflation qui
commençait à gagner. On sait combien... C'est un exemple par
lequel, malgré évidemment le partage qui pouvait être fait
dans l'ensemble du territoire canadien, on refusait simplement parce qu'on
croyait absolument que l'autonomie de la province était en danger alors
que c'était de la foutaise.
J'ai moi-même été, alors que j'ai été
élu pour la première fois en 1962, comme "back-bencher",
conscient de l'affirmation du Québec dans le
régime fédéral. Si, aujourd'hui, vous, du Parti
québécois, pouvez vous sentir maîtres de votre destin, si
vous pensez avoir les outils en main qui vous permettent de vous sentir
d'égal à égal avec chacun des concitoyens anglais,
j'étais dans le Parlement comme "back-bencher" au moment où votre
premier ministre, en 1960-1962 et après, quand un régime qui
s'est servi de tous les outils que permettait le gouvernement
fédéral et l'entente fédérale-provinciale, quand on
a accordé à ce moment-là l'éducation qui
était auparavant refusée... Seulement les mieux nantis de la
société avaient droit à l'éducation, seulement les
mieux nantis de la société, en 1960, avaient droit aux services
de santé; quand on a, par le régime Lesage, créé un
régime de rentes qui devait être le régime canadien mais
dont on s'est dissocié pour créer le régime de rentes
québécois; quand, actuellement, votre ministre des Finances dit
qu'il a $11 milliards en caisse venant du régime de rentes
québécois, c'est vrai, c'est grâce à un gouvernement
qui, pendant des années et principalement de 1960 à 1966, a mis
en place tous les outils requis, très bien, mais à
l'intérieur d'un régime qu'actuellement vous vous plaisez
à décrier à ce point qu'on se sentirait les plus pauvres
du monde entier.
Hier, j'écoutais le député de Frontenac, qui a
droit évidemment à ses opinions, faire la nomenclature de toutes
les compagnies, les multinationales et toutes les compagnies anglaises qui
soudoieraient le Parti libéral. On serait à la solde de ces gens!
J'ai été 18 années en politique; j'ai administré
des budgets d'au-delà $1 milliard par année. Je constate que je
ne me sens pas à la solde des multinationales; je ne me sens à la
solde d'aucune compagnie. J'ai toujours été au service des
miens.
Au moment où j'aurai à quitter la politique,
peut-être dans quelques mois en raison des indications qui m'ont
été données, Mme la Présidente, quand je constate
que dans mon porte-feuille il ne m'en reste presque pas assez pour changer
d'automobile, je ne suis pas gêné de vous dire que ce n'est pas de
ces multinationales ou de ces compagnies que je suis le porte-parole. Je veux
vous assurer que quand je voterai, mon non sera aussi québécois
que votre oui.
La Vice-Présidente: M. le ministre des Transports.
M. Denis de Belleval
M. de Belleval: Mme la Présidente, j'ai
écouté attentivement mon prédécesseur au
ministère des Transports, le député de Charlevoix, qui a
fait un exposé, somme toute, plutôt enlevé, comme il l'a
admis lui-même à un moment donné. La plupart de ses
arguments n'appellent pas de ma part une réplique particulière
sauf un, le seul argument sur le plan concret qu'il a employé, le seul
qui était basé sur une réalité particulière
avec des arguments strictement techniques et rationnels.
Le député de Charlevoix faisait remarquer lui- même
qu'il était plutôt un homme pragmatique et pratique, bien que, au
fond, son discours ait surtout été sentimental, mais il a quand
même utilisé un argument sur le plan technique. Pour faire quoi?
Là-dessus, au fond, c'est tout l'exemple que nous donne le parti du non
depuis quelques semaines, depuis plusieurs mois, mais particulièrement
durant ce débat. Il est devenu, à toutes fins pratiques, le seul
parti québécois représenté dans cette
Assemblée nationale qui revienne sur des positions autonomistes
antérieures des gouvernements qui nous ont
précédés. Vous êtes devenus, à toutes fins
pratiques, des défenseurs, je ne dirais pas sans condition quand vous
parlez au niveau des principes, mais sans condition sur le plan concret, du
fédéralisme tel qu'il est vécu.
Vous avez attaqué le régime autonomiste de M. Duplessis
sur un point. Je peux démontrer facilement comment M. Duplessis avait
bien raison de refuser l'ingérence du gouvernement fédéral
dans un domaine reconnu par la constitution de compétence strictement
provinciale et dans lequel le gouvernement fédéral s'est
ingéré, comme dans de nombreux autres domaines, grâce
à son pouvoir de dépenser. Il avait bien raison de s'y opposer,
au fond, et pourquoi? Parce que dans ces échanges, quand le gouvernement
fédéral prend nos impôts en partie, en tout cas
une partie des $10 milliards dont parlait tantôt le
député de Mercier, pour s'ingérer dans des
compétences provinciales, que fait-il? Il ne nous renvoie pas 100% des
impôts qu'on lui envoie dans ce domaine. Voici quelle est la
réalité dans le domaine routier, qui est un des petits domaines,
au fond. Il y en a beaucoup d'autres plus importants. J'en ai mentionné
dans le cadre de mon intervention, mais puisque vous avez pris le domaine
routier, je vais terminer mon intervention en démontrant pourquoi M.
Duplessis avait bien raison de s'opposer à cela, parce que, à ce
moment, le Québec représentait 28% de la population du Canada.
Notre parc automobile était d'environ 23% de celui du Canada. Nous
envoyions à Ottawa environ 25% de la part des impôts que tous les
Canadiens versaient au gouvernement fédéral et, pourtant, quand
est venu le temps de prendre une partie de ces impôts pour les
dépenser dans un secteur qui n'était pas de juridiction
fédérale mais de juridiction provinciale, quelle est la part qui
nous est revenue des 100% dépensés par le gouvernement
fédéral dans toutes les provinces canadiennes pour cette fichue
Transcanadienne? Nous avons reçu 17% du montant qui a été
dépensé dans l'ensemble du Canada. On s'est fait voler 8% de
notre part. (16 h 50)
M. Duplessis avat bien raison de dire: Rendez-moi mon butin. Dans
ce domaine-là, ce sont quelques centaines de millions de dollars qui
sont partis du Québec, qui sont allés à Ottawa et qui ont
été distribués où? En Saskatchewan, en Alberta,
dans les provinces maritimes et ailleurs. C'est un petit exemple, Mme la
Présidente, mais c'est le seul exemple concret que le
député de Charlevoix avait utilisé pour appuyer sa
thèse. Comme vous le
voyez, même dans ces petits secteurs, comparés à
d'autres beaucoup plus importants, on se fait avoir dans le régime
actuel.
La Vice-Présidente: M. le ministre d'Etat au
Développement culturel.
M. Levesque (Bonaventure): Mme la Présidente, est-ce que
le ministre me permettrait une seule remarque? Est-ce que je peux poser une
question...
M. Bédard: Non, non, non.
M. Levesque (Bonaventure): ... au ministre des Transports?
M. Bédard: Ce sont des interventions.
M. Levesque (Bonaventure): Est-ce que c'est oui ou non?
M. de Belleval: C'est non.
M. Levesque (Bonaventure): Merci. Votre silence est
éloquent.
M. Bédard: Vous allez faire un discours. La
Vice-Présidente: M. le ministre d'Etat...
M. de Belleval: II y a une période des questions
demain.
La Vice-Présidente: A l'ordre, s'il vous plaît!
M. Bédard: Vous avez votre discours.
Une Voix: Vous ferez votre discours; vous ne vous êtes pas
levé encore.
La Vice-Présidente: A l'ordre! M. le ministre d'Etat au
Développement culturel.
M. Camille Laurin
M. Laurin: Mme la Présidente, le député de
Charlevoix a bien lu la question, mais, comme tous ses collègues, il l'a
interprétée d'une façon fausse et
intéressée, car la question posée par le gouvernement
s'appuie d'abord et essentiellement sur le principe de l'égalité
absolue du Canada français, maintenant concentré au
Québec, et du Canada anglais, qui forment tous deux des
sociétés et des peuples distincts.
Or, cette égalité, le Québec ne peut pas l'obtenir
dans un régime fédéral où il est et sera de plus en
plus minoritaire. Une province sur dix, le quart de la députation
fédérale, le sixième ou environ des cadres
supérieurs de la fonction publique fédérale.
Pour qu'un fédéralisme renouvelé puisse satisfaire
ce besoin fondamental d'égalité des Québécois, il
faudrait qu'il leur accorde une représen- tation à 50% dans les
institutions fédérales, ce qui est aussi impossible qu'absurde.
Le seul autre moyen pour les Québécois d'atteindre et de vivre
enfin cette égalité, c'est la souveraineté-association.
Maître chez lui, le Québec pourra enfin négocier
d'égal à égal avec le Canada anglais sur toutes les
matières d'intérêt commun. C'est cette nouvelle entente
négociée en même temps dans ses deux aspects,
souveraineté et association, contrairement, encore une fois, à ce
que vient de dire le député de Charlevoix fondée
sur le principe de l'égalité qui fait l'objet de la question du
gouvernement.
Le Québec votera oui, Mme la Présidente, car il
préfère l'égalité à la subordination, la
dignité à l'écrasement, la liberté aux tutelles, le
bond en avant au recul, la fierté à l'humiliation, le statut de
majorité au statut minoritaire, l'épanouissement aux conflits
épuisants qui diminuent son rendement, la prospérité aux
pitances du fédéral, une place dans le peloton de tête des
nations libres au ghetto où l'enferme depuis un siècle le
régime fédéral.
Voter oui, Mme la Présidente, c'est mettre le cap sur l'avenir,
un avenir à la mesure de nos immenses richesses humaines et ressources
naturelles, un avenir à la mesure de l'Etat adulte et fort que nous
sommes devenus, un avenir à la mesure de ce qu'il y a de meilleur en
nous-mêmes et dont témoigne déjà la vigueur
créatrice de notre vie collective.
Le camp fédéraliste, dirigé au Québec par le
chef du non, s'oppose à ce désir d'égalité des
Québécois qui les fait se percevoir comme un peuple, un pays et
une nation. Le chef du non vante le régime fédéral
beaucoup plus qu'il n'insiste sur son renouvellement, d'ailleurs, on ne peut
plus léger et mineur. Or, l'essence du fédéralisme, c'est
la domination des provinces et surtout du Québec par un pouvoir central
fort qui s'est réservé tous les pouvoirs importants, qui cherche
à s'emparer de ceux qu'il ne possède pas encore et qui est
manoeuvré, à son avantage, par le pouvoir économique
anglo-saxon.
Ce que déclarait déjà en 1865 Sir John A.
Macdonald, principal artisan de l'acte confédératif, est plus que
jamais vrai en 1980: "Nous avons concentré la force dans le gouvernement
général, dit-il, nous avons référé à
la Législature générale toutes les grandes questions de
législation. Nous lui avons conféré, non seulement en les
spécifiant et les détaillant tous les pouvoirs inhérents
à la souveraineté et à la nationalité, mais nous
avons expressément déclaré que tous les sujets d'un
intérêt général non délégués
aux Législatures locales seraient du ressort du gouvernement
fédéré." Fin de la citation.
C'est cette vérité que le camp fédéraliste
veut maintenant nous masquer. Il veut de plus nous la faire avaler en utilisant
tous les sophismes et matraquages imaginables. Le régime
fédéral serait bon puisqu'il dure depuis 113 ans. Le
régime fédéral aurait procuré aux
Québécois liberté, sécurité et
prospérité. Le régime fédéral conserverait
aux Québécois le territoire, les richesses et le
renom du Canada, et le régime fédéral serait
nécessaire à ce pauvre Québec incapable de marcher et de
vivre par lui-même. Tels sont les sophismes et matraquages du camp du
non. Il reste encore deux ou trois mois au camp du non pour nous faire avaler
cette couleuvre, mais elle est trop grosse, trop visqueuse, les
Québécois ont d'autres goûts.
Si la Confédération avait été une bouteille
d'un bon cru, elle aurait certes acquis de la saveur avec l'âge. Mais
elle avait déjà pour nous goût de vinaigre en 1867, et,
après cent ans, elle est encore plus imbuvable. La nourriture
avariée, les clôtures vermoulues, les vêtements sales et
étriqués doivent être remplacés. C'est là une
loi de la vie. Ce sont là des changements indispensables.
Le régime fédéral n'est pas non plus synonyme de
liberté. La Russie, le Brésil, l'Union sud-africaine,
régimes fédéraux, oppriment leurs citoyens et foulent aux
pieds leurs droits essentiels. C'est dans ce Canada des libertés
également que les minorités francophones ont été
privées de leur langue, de leurs écoles et se battent contre une
assimilation qui les a déjà à moitié
dévorées, ce qui donne du poids à l'opinion du journaliste
Philippe de Saint-Robert qui écrivait récemment dans le journal
Le Monde "que les anglophones du Canada ne reconnaissent leur violence
qu'après avoir profité de ses effets". "J'y suis, j'y reste pour
ma liberté", disent pourtant les panneaux de Pro-Canada. Mais il s'agit
probablement de la liberté qu'a prise Ottawa d'imposer au Québec
la loi des mesures de guerre, d'emprisonner des centaines de citoyens et de les
relâcher sans procès afin de terroriser le peuple
québécois et de ternir la réputation des
réformateurs qui osaient contester l'ordre fédéral
établi, ou de cette liberté qu'il faudrait laisser à la
Gendarmerie royale du Canada de fouiller dans le courrier des citoyens, de
brûler ça et là quelques granges et d'espionner le seul
parti québécois au nom de la sacro-sainte protection du
régime. A cette hypocrisie, je préfère la liberté
réelle qu'assure aux Québécois la Charte des droits et
libertés de la personne. A cette hypocrisie, je préfère
aussi le traitement respectueux et généreux qu'accorde à
la communauté anglo-québécoise la Charte de la langue
française. "J'y suis, j'y reste pour ma sécurité et ma
prospérité", disent encore les panneaux de ProCanada. Mais
s'agit-il ici de la sécurité et de la prospérité
des Québécois ou de celles des bailleurs de fonds de Pro-Canada?
Car le régime fédéral a surtout valu aux
Québécois un chômage toujours plus élevé que
la moyenne canadienne, l'émigration massive du passé vers les
Etats-Unis, le championnat des bas revenus pour les francophones du
Québec, l'anglicisation du milieu de travail dans 80% du secteur
privé de l'économie et l'anglicisation de la presque
totalité des nouveaux arrivants au Québec. La
sécurité des bailleurs de fonds de Pro-Canada est, par ailleurs,
totale quand ils ont réussi à faire de leurs employés des
créatures dociles qui ignorent et ne contestent pas leurs profits
scandaleux, qui ne veulent rien savoir des unions, comme dirait Deschamps, qui
se résignent à être nées pour un petit pain, qui se
refusent à tout changement et n'osent même plus rêver de se
donner le pays dont ils ont pourtant besoin. (17 heures)
J'y suis, j'y reste, telle est, en effet, la volonté des
bâilleurs de fonds de Pro-Canada, bien installés aux postes de
commande d'un Québec fédéralisé qui travaille
à leur profit. Mais ce pouvoir, cette volonté seront
bientôt emportés, balayés par une vague de fond, celle d'un
peuple tout entier qui reprend possession de son pays et assure lui-même
sa liberté, sa sécurité et sa
prospérité.
Répondre oui à la question, Mme la Présidente, ce
n'est pas non plus renoncer au Canada, à son territoire et à ses
richesses. On comprend certes ici les hésitations et l'ambivalence des
Québécois sur lesquelles jouent les tenants du non avec un art
machiavélique. On n'aime pas renoncer à un nom que l'on a
créé, à un territoire que l'on a exploré de
l'Atlantique aux Rocheuses; un peuple qui a subi autant de défaites, de
blessures, d'épreuves, n'aime pas se sentir plus petit, même si
les actions qu'il croit posséder dans le vaste holding canadien ne sont
en fait que monnaie de singe.
Mais il arrive quand même un moment où il faut ouvrir les
yeux et regarder la réalité en face. Il y a déjà
deux siècles que les Québécois ont été
dépossédés de leur pouvoir économique, exclus du
grand commerce et de la grande industrie. Leur remontée récente
et rapide ne doit rien au régime fédéral qui, au
contraire, l'entrave et la limite par tous les moyens. Le Canada est devenu
pays anglais vers 1850 et le devient de plus en plus.
Les commentateurs sportifs ne peuvent parler français à
Toronto, Winnipeg et Vancouver sans se faire huer, alors que le bilinguisme est
de règle au forum de Montréal. La constitution de 1867 n'a
imposé le bilinguisme qu'à Québec et qu'au Manitoba,
provinces alors francophones, et la Cour suprême vient de nous le
rappeler durement. Les institutions et services fédéraux, les
compagnies privées à charte fédérale invoquent
également la constitution pour ne pas se plier aux exigences de
francisation de la loi 101. Même si le Québec fait partie du
Canada, l'Ouest lui vend son blé plus cher qu'aux étrangers et
lui vendra bientôt son pétrole et son gaz naturel au prix
international.
En somme, Mme la Présidente, mieux vaut être maître
chez soi que valet à Ottawa, Toronto ou Vancouver. Mieux vaut le domaine
que l'on exploite avec profit que les châteaux en Espagne. Le
Québec n'est d'ailleurs pas si petit, ni si pauvre. Seizième pays
au monde par l'étendue; quatorzième par le revenu national brut;
abondamment pourvu en richesses naturelles; bien situé
géogra-phiquement au carrefour de l'Europe et des Etats-Unis;
désormais doté de tous ses outils économiques et
politiques, il ne pourra qu'améliorer sa situation et payer le
pétrole ou les oranges qui lui manquent avec le papier journal, les
produits miniers ou métallurgiques qu'il aura en surplus.
Comme le font déjà d'ailleurs la Suède, la Suisse,
le Danemark et tant d'autres pays ayant à peu près la même
population et le même niveau de développement que le
Québec, mais déjà souverains et combien plus
prospères.
Rappelons enfin que l'association permettra de maintenir l'espace
économique canadien, les douanes et une monnaie commune; l'association
permettra également la libre circulation des personnes, capitaux,
marchandises ainsi qu'une harmonisation des politiques économiques des
deux Etats. Le Canada restera ainsi le partenaire privilégié du
Québec, mais, cette fois, d'égal à égal, pour leur
grand profit réciproque.
Dira-t-on encore, après cela, comme le répète le
camp fédéraliste du non, que le Québec est trop faible,
pauvre et inexpérimenté pour assumer avec succès la pleine
responsabilité de son avenir? En plus d'être non fondée,
contredite par les faits, cette entreprise de démolition constitue une
véritable insulte au peuple québécois. Laissant de
côté les qualités et les ressources extraordinaires qui ont
permis aux Québécois de survivre et de progresser contre vents et
marées, on ne veut voir que le côté sombre et
pénible de notre histoire collective, avec des complexes et inhibitions
qui en ont résulté. On incite les Québécois, de
l'autre côté, à ne pas se faire confiance, à douter
de leurs talents, à gonfler les difficultés, à cultiver la
peur, le pessimisme et la résignation, à ne pas bouger, afin de
ne pas perdre au moins le peu qu'ils ont. Comme aurait dit Talleyrand: C'est
plus qu'un crime, c'est une erreur.
Il est certes vrai que nos traumatismes collectifs et en particulier la
terrible répression de 1838 sont restés gravés dans notre
inconscient et expliquent trop bien nos longues patiences, nos prudences et nos
louvoiements, mais il existe mille preuves que nous les avons dominés et
intégrés, ces traumatismes. En témoignent entre autres la
création et le développement de nos coopératives, de nos
petites et moyennes entreprises, de nos sociétés d'Etat, de notre
syndicalisme, la vigueur créatrice de nos artistes, la mutation
socioculturelle des 20 dernières années, l'audace de nos
législations et de notre action politique. Alors que le chef du non nous
prêche que nous sommes nés pour un petit pain, le gouvernement
constate que nous pouvons enfin devenir boulangers.
Le camp fédéraliste du non devrait aussi se rappeler le
vieil adage latin "fabricando fit faber", c'est en forgeant qu'on devient
forgeron. Avant de faire un succès financier et administratif de cette
énorme institution qu'est devenue la Caisse de dépôts, son
premier directeur végétait dans une compagnie d'assurance
où la langue qu'il parlait lui bloquait l'accès aux postes
supérieurs. Ce sont des ingénieurs et des gestionnaires
francophones qui ont construit Manic, la Baie James et fait
d'Hydro-Québec la plus puissante compagnie canadienne, alors que l'on ne
voulait même pas d'eux à la Shawinigan Light, Heat &
Power.
Le pouvoir donnerait-il du talent? Il faut le croire, Mme la
Présidente, car il impose à celui qui le détient d'aller
jusqu'au bout de lui-même, de faire appel à tous ses talents et
ressources, de se dépasser. L'homme a toujours eu besoin de défis
pour donner sa pleine mesure. L'expérience est la somme de nos erreurs
et de nos succès correctement analysés, mais elle ne vient et ne
profite qu'à ceux qui assument, d'eux-mêmes ou par
délégation, les responsabilités pour lesquelles ils sont
préparés. Pouvoir, expérience, responsabilité
s'épaulent réciproquement; ils engendrent confiance, sentiment de
sécurité, espoir et réussite. Si autant de
Québécois le prouvent déjà, c'est que notre peuple
est désireux et capable de se prendre en main. Cette prise en main est
à son tour nécessaire pour que des milliers d'autres
Québécois prennent la relève. Des jeunes surtout,
qualifiés, impatients, parfois chômeurs, malheureusement, dont
notre pays a besoin autant qu'ils ont eux-mêmes besoin de ce pays.
Répondre oui à la question, c'est donner à tous les
Québécois qui veulent et peuvent être responsables le
chantier qu'ils attendent.
Refuser une telle option serait d'autant plus dangereux et même
fatal pour le peuple Québécois que celui-ci connaît
maintenant la seule autre voie qui lui serait imposée,
c'est-à-dire le projet constitutionnel que vient d'adopter à son
congrès le Parti libéral du Québec. Or, ce
fédéralisme à peine renouvelé constitue un
reniement et une régression par rapport aux aspirations essentielles et
aux revendications traditionnelles du Québec. Le Québec y est
à ce point sacrifié au Canada que, par contraste, M. Lougheed
apparaît plus Albertain, M. Davis plus Ontarien et M. Peckford plus
Terre-Neuvien que M. Ryan ne se montre Québécois.
Si l'on ajoute à ces raisons toutes celles que mes
collègues ont fait ou feront valoir, le projet Ryan me paraît
faire courir un danger mortel au Québec. L'accepter serait consentir au
suicide. L'attitude du chef du non ne peut d'ailleurs qu'être
comparée à celle de ce rongeur de Scandinavie appelé
lemming, qui se réunit en troupeaux lors de ses migrations vers le sud
et que, en vertu de mystérieuses lois écologiques, leur chef
conduit vers la mort.
Entre ce projet avilissant et une souveraineté-association
marquée au coin de la dignité et du réalisme, le choix
n'est pas seulement facile, mais urgent. Le temps n'est plus à
l'aplatissement et aux coups d'épée dans l'eau, mais à la
défense et à la promotion des véritables
intérêts et aspirations de notre peuple.
Refuser l'égalité Québec-Canada et la nouvelle
entente, c'est accepter déjà et tout de suite le recul, les
chaînes et la démission du projet constitutionnel libéral.
En plus d'empêcher tout retour en arrière, la
souveraineté-association lèvera les entraves et les peurs qui
bloquent encore notre évolution et nous ouvrira toutes grandes les voies
de l'avenir. (17 h 10)
Dans un monde où l'isolement apparaît aussi appauvrissant
qu'illogique, il ne saurait non plus être question pour le Québec
de vivre en vase clos. Mais c'est précisément la
souveraineté qui lui
donnera les moyens de s'ouvrir au monde. Une fois négociée
la nouvelle entente avec son partenaire canadien, une fois ratifiée par
un second référendum cette nouvelle entente, le Québec se
tournera enfin alors vers les autres pays et signera avec eux, mais directement
et de plein droit cette fois, les accords économiques et culturels que
commandent leur intérêt réciproque et la solidarité
internationale.
A ce tournant décisif de son histoire, le Québec a, pour
la première fois, la chance d'opter pour un régime basé
sur l'égalité des peuples, qui couronnerait son évolution
politique en même temps qu'il lui permettrait d'aborder avec
réalisme les défis de l'avenir. Il y a longtemps que le peuple
québécois désire être libre. Il en a maintenant les
moyens. Il n'a plus qu'à le dire, en tant que peuple, au-delà des
allégeances partisanes qui l'ont toujours divisé, pour prendre
enfin sa place dans le peloton de tête des nations libres. Il le doit
à ses fondateurs, à leur courage et à leur
détermination, mais aussi aux générations de l'avenir qui
ont besoin de fierté et de progrès.
Cette chance unique qui peut ne pas revenir, la saisirons-nous?
Mme la Présidente, si le passé est le garant de l'avenir,
s'il faut en croire le courage et la détermination des
Québécois d'aujourd'hui, la prochaine génération
reprendra possession de son pays.
La Vice-Présidente: M. le député de
Marguerite-Bourgeoys.
M. Fernand Lalonde
M. Lalonde: Mme la Présidente, je ne sais pas si ce sont
les sondages qui ont été publiés la fin de semaine
dernière qui ont inspiré les discours des intervenants cette
semaine, mais je pense que nous sommes en train d'atteindre un niveau
déplorable de débats. Nous avons vu et entendu aujourd'hui des
intervenants péquistes insulter, utiliser l'injure à
l'égard de leurs adversaires, les traiter de Québécois non
authentiques. Je ne sais pas jusqu'à quel point les ministres et les
députés péquistes se rendent compte qu'ils blessent la
démocratie elle-même lorsqu'ils se conduisent de cette
façon. Qu'ils aient une croyance inébranlable en leur option, je
l'admets; je pense que c'est tout à fait acceptable et respectable, mais
qu'à cause de cette foi ils aient recours à des arguments aussi
bas c'est toute la société québécoise qui en
souffrira.
Nous avons entendu depuis quelques jours, d'un côté, ceux
qu'on appelle nos amis d'en face décrier le Canada. On l'a entendu de
façon un petit peu plus violente de la bouche du bon docteur, tout
à l'heure. Son verdict est tout à fait contradictoire. Je
défie le bon docteur de sortir de cette contradiction. D'un
côté, nous sommes opprimés, asservis, martyrisés,
écrasés par l'Anglais, l'oppresseur et, dans le même
souffle et sans même rougir, nous sommes un peuple fort, capable, adulte.
Eh bien, j'ai choisi la deuxième des propositions. Oui, nous sommes un
peuple fort, assez capable et adulte pour mettre en commun nos ressources et
nos énergies pour faire un plus grand pays.
L'autre contradiction, c'est que cet oppresseur, ce méchant
Anglais, "the Canadian", comme disait le député de Lac-Saint-Jean
hier, devient tout à coup un partenaire, un partenaire agréable;
ah! qu'il est donc gentil, il va accepter de négocier, un frère,
un voisin, côte à côte disait le ministre de
l'Environnement. Mais, M. le Président, je mets au défi le Parti
québécois de sortir de cette contradiction et la seule
façon d'en sortir, pour les Québécois, c'est de voter non
au référendum.
Au-delà des lamentations de Jérémie et de ses
frères jumeaux que nous avons entendus cet après-midi, il est
possible de déceler deux questions fondamentales qui sont posées
par la question référendaire. Il s'agit de
l'égalité des peuples qui est au fond, au centre même du
débat et du sens du mandat qui est demandé par le gouvernement.
Le PQ propose le slogan d'égal à égal que nous retrouvons
dans la question. Quelle est cette égalité que nous offre le
Parti québécois? C'est l'égalité d'un Etat
séparé, indépendant, comme il en existe des dizaines et
des dizaines dans le monde; c'est une égalité abstraite qui ne
rapporte rien en soi, ni sécurité, ni prospérité,
ni même respect.
On a lancé des noms de pays dans cette Assemblée, hier; la
Russie, je pense, qui a été lancée par le
député de Lac-Saint-Jean; l'Afghanistan a été
mentionné par le ministre des Affaires sociales qui citait quelqu'un
d'autre. Oui, ce sont deux pays égaux; ce sont deux pays égaux,
la Russie et l'Afghanistan. Est-ce qu'elle enlève tous les
problèmes, cette égalité? Est-ce que cela règle le
problème des peuples à l'intérieur de ces
égalités? Ce n'est même pas une égalité
complète, même au sens juridique et abstrait du mot, car si on lit
le livre blanc attentivement, on voit qu'à plusieurs égards c'est
l'égalité dans l'inégalité.
Le Parti québécois lui-même est si peu
sérieux, si peu sincère dans sa proposition d'association, qu'il
est prêt à proposer que le Québec devienne
littéralement à la remorque du Canada en ce qui concerne ce qu'il
y a de plus important dans une économie, la monnaie. Le Parti
québécois, dans son livre blanc, suggère que le
Québec ne soit représenté qu'en proportion de son
économie dans l'autorité monétaire qui est l'organisme
appelé à administrer la monnaie, c'est-à-dire l'argent, ce
que vous avez dans votre compte en banque, ce que vous avez dans votre
porte-monnaie, ce que vous avez dans votre sac à main, l'argent que vous
avez investi dans votre maison. C'est cela, 25%, que le Québec aurait
pour décider comment, quelles seraient les politiques pour administrer
l'argent qu'on aurait. Drôle d'égalité.
Quelle indépendance éphémère, M. le
Président! Un quart, trois quarts; voilà l'égalité
qu'on ne vous dit pas de l'autre côté de la Chambre. Le ministre
des Finances était du même avis en 1978, tel que rapporté
dans le Devoir du 15 juillet 1978 et je ne retourne pas en 1968
il était ministre des Finances à ce moment-là. Il dit
ceci:
"Une telle union monétaire avec le Canada, bien que souhaitable
d'un point de vue psychologique vous savez ce que c'est qu'une vue
psychologique, la stratégie, il a raison, ils l'ont mise dans la
question comporte de telles contraintes au niveau de la coordination des
politiques fiscales et économiques qu'elle constitue à toutes
fins utiles une contrainte très importante à la
souveraineté politique." Plus, loin, il dit: "Elle constitue, en fait,
une entrave extrêmement grave à la souveraineté d'un pays."
Et c'est cette souveraineté qu'on nous offre, c'est cette
liberté, cette égalité qu'on nous offre. Quand le ministre
des Finances disait-il la vérité? Il y a deux ans ou aujourd'hui,
hier ou avant-hier, quand il a parlé? Quand? Il faudrait qu'on le
sache.
C'est une égalité et une souveraineté
abîmées que le PQ nous propose, vidées par les servitudes
de l'association, dans le domaine des politiques commerciales et
douanières, dans le domaine de la politique monétaire on
vient de le voir dans la circulation des personnes, dans le domaine des
affaires extérieures où le Québec continuerait
d'être lié par les traités du Canada. Vous voyez un tas de
beaux petits ambassadeurs un peu partout dans le monde, mais qui attendraient
leurs instructions d'Ottawa. C'est cela l'égalité
péquiste, M. le Président. Belle égalité! (17 h
20)
D'après le livre blanc péquiste sur la
souveraineté-association, la plupart des pouvoirs exercés
présentement par le gouvernement fédéral seraient
transférés à la nouvelle communauté de
fonctionnaires, et non pas au gouvernement du Québec. Le livre blanc
promet même la sécurité d'emploi à tous ceux qui
appartiennent aujourd'hui à la fonction publique fédérale
et qui résident au Québec. Mais à quel prix? Quelles
seraient les épargnes alors, les économies de se séparer?
Où sont donc les abus, les chevauchements si souvent critiqués
par les péquistes dans le fédéralisme actuel si nous
devions avoir les mêmes coûts, une fois séparés, sans
avoir les mêmes avantages comme ceux de la péréquation?
M. le Président, comparons cette égalité slogan
fondée sur une souveraineté d'occasion avec la proposition
d'égalité du Parti libéral. L'égalité des
peuples français et anglais au Canada est un principe sacré,
fondamental, sans lequel aucun espoir d'un Canada n'est permis. Nous le
réaffirmons solennellement dans notre proposition constitutionnelle.
Aucun Québécois, aucun Canadien, aucun être humain ne
saurait considérer, ne serait-ce qu'un instant, la possibilité
d'accepter librement un statut politique inférieur soit sur le plan
individuel, soit sur le plan collectif. Trop d'hommes et trop de femmes ici-bas
doivent accepter, par la force ou la violence, l'humiliation de la domination.
Nous avons la chance unique de pouvoir choisir librement un statut
d'égalité avec nos concitoyens. Alors, choisissons le meilleur
statut d'égalité.
Ce que nous proposons, c'est que cette égalité des peuples
soit inscrite dans la constitution. La constitution, c'est au-dessus des
gouvernements. C'est au-dessus des Parlements. C'est au-dessus des cours de
justice qui doivent simplement l'appliquer. Cela ne peut pas se déchirer
comme un contrat d'association économique lorsque cela ne fait plus
l'affaire d'un des partenaires. Au niveau de la charte des droits inscrite dans
la constitution, l'égalité est solennellement affirmée. Au
niveau des institutions politiques, l'égalité y est tellement
affirmée qu'on prévoit même des comités dualistes
lorsque nos droits sont concernés. Au niveau du partage des
compétences, l'égalité des peuples est
reflétée aussi à tous les niveaux. Ce qui est encore
peut-être plus important, c'est l'égalité de tous les
citoyens aux niveaux économique et social assurée par la
péréquation maintenant inscrite dans la constitution suivant le
Parti libéral.
En effet, la péréquation actuelle est celle que nous, du
Parti libéral, proposons d'inscrire dans la constitution même d'un
nouveau Canada. Elle assure l'égalité économique et
sociale individuelle de tous les Québécois avec tous les
Canadiens. Or, cette péréquation disparaît fatalement avec
la séparation et on sait que le produit intérieur brut du
Québec se situait en 1977 il n'y a pas tellement longtemps
à 89% de celui du Canada, $8098 par habitant, alors qu'au Canada, c'est
$9119, il y a un écart de 11%. Si on le compare à l'Ontario, il y
a presque 20%. C'est à un appauvrissement brutal, inévitable et
automatique de 10% à 20% que chaque citoyen du Québec serait
condamné le jour même de la proclamation de
l'indépendance.
Puisque vous promettez que les pensions de vieillesse et tous les autres
programmes d'assistance seront maintenus après l'indépendance
nous sommes prêts à accepter cette promesse, elle a
été faite solennellement encore par un ministre cet
après-midi dites au moins la vérité. Dites que pour
les maintenir au même niveau qu'actuellement, vous devrez soit emprunter,
augmenter des déficits, soit augmenter les taxes pour un Québec
qui est déjà surtaxé.
Au plan de l'égalité des peuples, le projet libéral
est infiniment supérieur au projet péquiste et beaucoup plus
avantageux pour les Québécois. Voilà une excellente raison
de dire non. L'égalité péquiste, c'est
l'égalité des gouvernements. L'égalité
libérale, c'est l'égalité de tous les
Québécois et voilà la raison pour laquelle je vais dire
non à cette question.
Le Vice-Président: M. le ministre des Institutions
financières, Compagnies et Coopératives.
M. Guy Joron
M. Joron: M. le Président, je n'ai pas l'intention de
prendre beaucoup du temps de cette Chambre ayant eu l'occasion de m'exprimer la
semaine dernière, mais je ne peux résister à la tentation
de prendre quelques minutes, quand même, après avoir entendu ce
que vient de dire le député de Marguerite-Bourgeoys.
Le député de Marguerite-Bourgeoys et moi venons, en
quelque sorte, du même milieu financier. Il a été
lui-même président de la Commission
des valeurs mobilières. Pour moi, indirectement, la Commission
des valeurs mobilières, c'était un domaine dans lequel je
travaillais avant d'être élu pour la première fois, il y a
dix ans. Aujourd'hui, c'est ma responsabilité en tant que ministre des
Consommateurs, Coopératives et Institutions financières. Vous
comprendrez, M. le Président, combien j'ai été ahuri
d'entendre un ancien président de la Commission des valeurs
mobilières... Enfin, pour ceux qui ne le savent pas, la Commission des
valeurs mobilières, c'est cet organisme chargé de surveiller les
marchés financiers, sommairement décrit. J'ai été
absolument ahuri d'entendre quelqu'un, qui a occupé un poste qui
devrait, finalement, lui donner une certaine connaissance minimale dans les
questions financières, se surprendre, en quelque sorte, que le
gouvernement fédéral, d'une part, dépense des sommes au
Québec puisqu'il vient en chercher sous forme de taxes on en a
parlé tout à l'heure mais plus ahurissant que cela encore,
venir nous dire que nous aurions un appauvrissement brut si jamais nous
devenions souverains, c'est-à-dire si jamais nous assumions
d'administrer non pas la moitié des taxes que nous payons, comme c'est
le cas à l'heure actuelle sous le régime constitutionnel dans
lequel on vit depuis maintenant 113 ans, mais d'administrer, par la
souveraineté, la totalité de notre budget. Si vous faites cela,
vous allez reculer, vous allez vous appauvrir.
Il ne pourrait y avoir qu'une raison pour laquelle ce serait vrai: ce
serait si Ottawa était un Père Noël. Les Pères
Noël en économique, cela n'existe pas et, ma foi, un ancien
président de la Commission des valeurs mobilières devrait savoir
cela.
Le député de Jean-Talon il y a à peine quelques
heures, nous disait que le gouvernement fédéral, depuis quelques
années, dépensait plus au Québec que les impôts
qu'il y percevait. Mais il n'y a rien de surprenant à cela, dans un
sens. Le gouvernement fédéral, cette année, va faire un
déficit de $14 milliards. Le gouvernement fédéral
dépense plus dans toutes les provinces qu'il n'y perçoit
d'impôts parce qu'il fait un déficit de $14 milliards. C'est une
raison fondamentale pour laquelle il dépense plus au Québec que
ce qu'on paie d'impôts.
Mais il ne faut pas vous imaginer qu'on s'en sauve si facilement que
cela. Quand il accuse un déficit, il faut que le trou soit comblé
quelque part. Comment ce trou est-il comblé? Il est comblé par
des emprunts du gouvernement fédéral. Comment ces emprunts
sont-ils payés éventuellement? Comment les intérêts
sur ces emprunts sont-ils remboursés? Par les contribuables et, dans la
mesure où on constitue à peu près 25% des contribuables au
Canada, on supporte 25% du manque à gagner, on supporte 25% de ce
déficit. Si le gouvernement fédéral, en 1979-1980, va
faire un déficit de $14 milliards, la part du Québec, c'est $3
500 000 000 de dettes que l'on va assumer et qui vont nous être mises sur
les épaules.
C'est la raison pour laquelle, dans ces années-ci, il
dépense plus ici qu'il n'y perçoit d'impôts. Il
dépense plus qu'il ne perçoit d'impôts, mais on va le payer
quand même au bout de la ligne parce qu'on est obligée d'assumer
notre part de la dette nationale. Il n'y a pas de magie là-dedans. Quand
j'entends ces apprentis sorciers qui font de l'économique de
Pères Noël de l'autre côté, M. le Président, je
suis sûr que la population du Québec est trop mûre
aujourd'hui pour se laisser prendre par des sortilèges semblables.
Des Voix: Bravo!
M. André Raynauld M. Raynauld: M. le
Président...
Le Vice-Président: M. le député d'Outremont.
(17 h 30)
M. Raynauld:... il n'est pas possible de laisser passer des
affirmations aussi grossières que celles qui viennent d'être
prononcées. Ce n'est pas parce que le gouvernement fédéral
est un Père Noël qu'il verse davantage en dépenses au
Québec depuis quelques années qu'il ne retire d'impôts. Ce
n'est pas à cause de cela, c'est à cause du fonctionnement d'une
économie. Il y a une économie qui existe au Canada et qui fait
que quand on a les mêmes taux d'impôt à travers le pays et
qu'il y a certaines régions où le revenu moyen est
inférieur à la moyenne nationale, ces régions paient moins
d'impôt au fédéral. Est-ce assez clair?
Il n'y a quand même pas des taux d'impôt différents
sur le revenu des particuliers en fonction des provinces. Ce sont des taux
d'impôt uniformes à travers le pays et, par conséquent,
lorsque cette moyenne est inférieure, comme tout le monde l'admet,
d'à peu près 10% à 12%, il est évident que les
impôts seront moins élevés que dans l'ensemble du
Canada.
Ensuite, en ce qui concerne le déficit fédéral,
même s'il est vrai que ce déficit engage l'avenir, il en est
exactement de même du déficit de la province de Québec. Il
est de près de $2 milliards, à l'heure actuelle. Alors, il n'y a
pas d'humiliation de la part du gouvernement fédéral à
administrer de la même façon que n'importe quel gouvernement
moderne. C'est la première chose. La deuxième: II n'est pas exact
de dire que ce déficit serait financé d'une façon
différente des dépenses courantes qui sont financées
à l'heure actuelle. Quand on dit, par exemple, qu'à l'heure
actuelle toutes les provinces vont en bénéficier, c'est vrai
qu'elles peuvent en bénéficier, mais encore faut-il voir dans
quelle mesure. En ce qui concerne 1977 en particulier, l'Ontario contribuait
encore $320 millions nets au gouvernement fédéral. Le
gouvernement du Québec reçoit $3 600 000 000 en 1978. Il y a
quand même une petite différence avec le même déficit
fédéral.
Dans les dépenses courantes, il y a déjà le service
de la dette accumulée depuis 25 ans, depuis la seconde guerre mondiale,
inscrit là-dedans. Donc, c'est déjà compris dans une
grande mesure. Par conséquent, je dis que ce déficit ne devrait
pas être une raison pour s'opposer à une réalité
qui est admise même par le ministre des Finances à l'effet
que, depuis 1972, le Québec reçoit bien davantage en
dépenses qu'il ne verse en impôts au gouvernement
fédéral. La conséquence de cela, c'est que si le
Québec avait été indépendant en 1978 en
particulier, il est incontestable qu'il aurait eu $3 600 000 000 de moins pour
maintenir les mêmes services.
Le Vice-Président: M. le ministre de l'Energie et des
Ressources.
M. Yves Bérubé
M. Bérubé: M. le Président, on n'a pas le
droit de rire du monde. C'est exactement ce que le député
d'Outremont vient de faire, il vient de rire des Québécois.
N'importe quel Québécois sait très bien que quand il
dépense plus que son salaire, il se met sur la finance. Ce qui veut dire
que, comme vous le dites avec les chiffres qui sont exactement les mêmes
que les nôtres, lorsque nous avons versé $8 200 000 000 en
impôt et que nous recevons $11 900 000 000 de dépenses, nous
reconnaissons on ne l'a jamais nié qu'il y a $3 700 000
000 qui sont entrés en plus au Québec. Mais l'autre, à
Ottawa, s'est mis sur la finance, c'est-à-dire qu'il s'est servi de mon
nom pour emprunter $3 700 000 000. Faites donc la soustraction, soyez donc
honnête, qu'est-ce qu'il reste? Il reste $500 millions, à peu
près le montant des subventions au pétrole. Et vous le savez
tout le monde vous avertit d'avance et tout le monde en est convaincu
qu'il n'y en aura plus de subventions au pétrole parce qu'elles
sont totalement stupides.
Le Vice-Président: M. le député de
Taschereau.
M. Richard Guay
M. Guay: M. le Président, après ce débat qui
a précisé les choses comme il se devait, il importe de revenir au
fond de la question, c'est-à-dire à la question qui est
posée par le gouvernement au moment où nous nous dirigeons vers
ce référendum, au moment où, au terme d'un parcours de 372
ans, le peuple québécois est appelé à se prononcer
pour la première fois de son histoire sur son avenir collectif.
Les Québécois devront donc répondre à une
question qui leur sera posée et dont le texte fait l'objet de ce
débat. Le texte de la question proposé par le gouvernement vise
donc, "dans un premier temps, à demander aux Québécois
s'ils autorisent leur gouvernement à rechercher, par la
négociation, une nouvelle alliance avec le reste du Canada fondée
sur le principe que le Québec forme une nation distincte, ou encore sur
l'objectif d'un nouveau pacte entre les deux nations. Dans un second temps,
à inviter les Québécois à se prononcer sur les
résultats obtenus et à conclure en conséquence."
Cette définition de ce que propose la question formulée
par le gouvernement, vous l'avez sans doute remarqué, M. le
Président, je l'ai prise mot à mot dans l'éditorial
désormais célèbre du chef de l'Opposition, dans le Devoir
du 29 décembre 1976. J'ai trouvé en effet que le chef de
l'Opposition avait admirablement bien défini, à l'avance, presque
de manière prophétique, ce que contient la question, soit le
mandat de négocier la nouvelle entente fondée sur
l'égalité des deux peuples et le deuxième
référendum sur le résultat des négociations.
J'ai cité au texte l'ancien directeur du Devoir, maintenant chef
de l'Opposition, tant il serait difficile de faire mieux que la
définition qu'il en a lui-même donnée. Mais, dans ce
même éditorial du 29 décembre 1976, le chef de l'Opposition
évoquait la possibilité d'une autre question qui, elle, se lirait
plutôt: "Favorisez-vous la souveraineté du Québec assortie
d'une association économique avec le Canada?" c'est-à-dire,
à toutes fins utiles, l'amendement qu'il a proposé il y a
quelques jours. Or, ayant évoqué une telle question en
décembre 1976, le directeur du Devoir lui trouvait tout de suite des
défauts, puisqu'il la commentait en disant: "Cette question, celle qui
correspond à son amendement, laisserait une marge considérable
pour différentes interprétations." C'est
précisément, M. le Président, pour éviter que la
question laisse "une marge considérable pour différentes
interprétations", comme le disait si bien le directeur du Devoir, que le
gouvernement a proposé le texte qui a été soumis à
cette Chambre par le premier ministre. Car il importe que la question dise bien
ce qu'elle doit dire, mais qu'on ne lui fasse pas dire ce qu'elle ne dit
pas.
C'est pourquoi la question formulée par le gouvernement affirme
donc que celui-ci a fait connaître sa proposition d'en arriver, avec le
reste du Canada, à une nouvelle entente fondée sur le principe de
l'égalité des deux peuples. Or, cette égalité entre
le Québec et le Canada anglais dont traite la question, il n'y a qu'une
façon d'y parvenir concrètement. C'est d'avoir pour nous, chez
nous, les mêmes pouvoirs que le Canada anglais a pour lui, chez lui; ni
plus, mais ni moins.
Cette nouvelle entente que nous voulons négocier
reconnaîtrait donc les deux majorités, celle du Québec et
celle du Canada anglais, les deux peuples, les deux nations, et
établirait les nouvelles modalités de leurs rapports
d'intérêt mutuel. Une fois ces négociations
terminées, la population du Québec serait appelée à
en décider par un deuxième référendum et à
se prononcer ainsi sur les changements négociés. Nous sommes en
effet de ceux, M. le Président, qui croient que c'est aux structures
politiques à se conformer aux désirs et aux aspirations des
peuples et non aux peuples à se conformer aux structures politiques.
Quels qu'aient pu être les qualités ou les défauts
de la fédération canadienne, nous croyons qu'elle ne
répond plus aux besoins du Québec aux plans économique,
social et culturel et que la sécurité tout comme la
prospérité des Québécois seront mieux
assurées par une nouvelle entente
entre le Québec et le Canada anglais. La fédération
décidée par le Parlement d'Angleterre en 1867 n'est d'ailleurs
pas le premier mode de gouvernement que nous ayons connu et il n'y a absolument
rien qui justifie qu'on la conserve jusqu'au jugement dernier. Elle n'a rien de
si merveilleux, de si sacro-saint qu'on ne puisse concevoir, en 1980, un
nouveau mode de gouvernement. Certes, on entretient depuis plusieurs
années le mythe du renouveau de cette fédération, bien
qu'on n'arrive jamais à la changer. Mais, renouvelée,
remaquillée à la façon du livre beige ou autrement, la
forme fédérale de gouvernement au Canada place et placera
toujours le Québec dans une position de dépendance par rapport
à Ottawa. (17 h 40)
C'est en effet la règle d'une fédération que le
gouvernement central ait de vastes pouvoirs pour déterminer les grandes
orientations économiques, sociales et culturelles d'un pays. A Ottawa,
on croit en la nécessité d'un gouvernement central fort et on a
raison; nous croyons nous aussi en un gouvernement central fort pour le
Québec, mais nous croyons qu'il doit être ici, à
Québec, parce que, depuis 372 ans, sauf une brève interruption,
c'est Québec qui a été la capitale du peuple
français d'Amérique; parce que le seul gouvernement qui a comme
raison d'être la défense et la promotion des intérêts
des Québécois, c'est le gouvernement de Québec; et parce
que le seul gouvernement qui appartient en propre aux Québécois
et qu'ils contrôlent entièrement, c'est le gouvernement de
Québec.
Cette capitale, Québec, nous la voulons donc celle d'un
gouvernement disposant de tous les outils nécessaires à
l'épanouissement économique, social et culturel du Québec,
c'est-à-dire d'un gouvernement souverain, tout comme nous voulons que
les deux gouvernements souverains, celui de Québec et celui d'Ottawa,
aient ensemble une association fructueuse, d'égal à égal,
qui comporterait, comme le dit la question proposée, l'utilisation de la
même monnaie.
Quelques mots, ici, M. le Président, sur le Canada; surtout
après l'intervention du député de Jean-Talon et
l'intervention du député de Marguerite-Bourgeoys. Les
députés d'en face, justement à court d'arguments, et pour
masquer la démission que constitue le livre beige, cherchent de nouveau
à agiter les épouvantails habituels. Rien de très nouveau
de ce côté. On veut maintenant faire croire aux
Québécois que le fait de donner au gouvernement, au printemps, le
mandat de négocier la nouvelle entente qu'il propose et de revenir
ensuite consulter la population par voie de référendum sur les
résultats de ces négociations équivaut à briser le
Canada.
Les députés de l'Opposition devraient pourtant savoir que
le Canada n'est pas né en 1867, contrairement à ce que les
partisans du statu quo cherchent à nous faire croire. Ce n'est que le
régime fédéral actuel qui a été
décidé par Londres en 1867. Vouloir conclure une entente
différente que celle qu'on nous a imposée il y a 113 ans, c'est
effectivement mettre en cause le régime fédéral, mais le
régime n'est pas synonyme de Canada, car le Canada existait bien avant
1867.
Ramener le Canada au seul régime fédéral, c'est
oublier que le mot même "Canada", ce sont les Amérindiens qui
l'ont transmis aux premiers Français, nos ancêtres, venus
s'installer tout près d'ici, là où se trouve maintenant la
paroisse Notre-Dame-des-Victoires, que j'ai l'honneur de représenter en
cette Assemblée. C'est oublier que ceux qui se sont d'abord
appelés Canadiens, ce sont ces générations de nos
aïeux qui ont peuplé cette partie-ci de l'Amérique et dont
certains se sont hasardés ailleurs, vers les Grands Lacs, la
vallée du Mississippi, les Rocheuses, tant américaines que
canadiennes, et la baie d'Hudson. Pendant très longtemps, jusqu'à
très récemment, les Canadiens, c'était nous, les autres,
c'étaient les Anglais. D'ailleurs, les anglophones eux-mêmes se
définissaient de la même façon. C'est ce qu'on retrouve,
par exemple, dans la chanson "Le Canadien errant", qui n'a rien à voir
avec les anglophones. Il en est de même, d'ailleurs, de l'hymne "O
Canada", de Calixa Lavallée; son deuxième couplet commence par
les paroles: "Sous l'oeil de Dieu, près du fleuve géant".
S'imagine-t-on, M. le Président, qu'il s'agit du Mackenzie? Mais non, il
s'agit de ce Saint-Laurent qui coule à travers le Québec.
A Ottawa, on dit souvent que le Canada, c'est bien plus que la somme des
dix provinces. En réalité, le Canada c'est bien plus que la
fédération de 1867 qui a fait de tant de Canadiens des
"Canadians". Vouloir que ce vaste ensemble reflète enfin la
réalité des deux peuples, des deux nations par une association de
deux Etats souverains, ce n'est pas briser le Canada; c'est le rendre conforme
à la réalité des choses et faire en sorte qu'il constitue
pour le reste de l'humanité un modèle de coexistence et de
coopération.
Cela, M. le Président, ne peut se faire que dans
l'égalité réelle des deux peuples, aucun ne pouvant
imposer à l'autre sa volonté, comme c'est le cas, à
l'heure actuelle, dans le régime fédéral, mais les deux
faisant ensemble d'égal à égal ce qui est utile et
nécessaire à leur bonheur et à leur
prospérité.
Notre foi, quant à nous, dans le Québec, dans son peuple,
dans sa richesse, dans son potentiel, bref dans son avenir, pour peu qu'on ait
les moyens de rassembler ces éléments en une force dynamique,
nous la tenons de notre passé. Des héros qui l'ont
marquée, bien sûr, mais bien davantage de ces millions de
Québécois anonymes qui de génération en
génération, malgré les éléments,
malgré l'histoire, ont développé cette vallée du
Saint-Laurent et les rives de ces affluents et, enfin, plus récemment le
Nord-Ouest, porte d'entrée à ces vastes richesses du Grand-Nord
québécois.
Avec une patience et une tenacité atteignant l'entêtement
obstiné, ils ont défriché cette terre et oeuvré
dans les usines. Nous sommes leurs héritiers. A notre tour, nous voulons
améliorer ce qu'ils nous ont légué.
Le texte de la question, s'il reçoit un accueil favorable au
printemps, nous permettrait de commencer à sortir de l'isolement dans
lequel la
fédération nous maintient. Cela nous permettrait de cesser
d'être repliés sur nous-mêmes pour s'ouvrir enfin au monde
et prendre notre place au soleil. Cette ouverture, c'est d'abord vers le Canada
anglais que nous la voulons, ainsi que le dictent l'histoire, l'économie
et la géographie.
Dans un article publié en 1937, le chanoine Lionel Groulx nous
invitait à accomplir notre destin. Il disait: "Voilà une mystique
qui relèverait la politique assez haut, croyons-nous, au-dessus de
l'idéal des politiciens. En ferons-nous la loi de notre vie? Nous sommes
à la croisée des chemins. Le fait est par trop évident. Le
Canada français s'achemine vers de rapides et souveraines
décisions. Quelles seront-elles? Depuis 1867, une brisure s'est faite
dans la ligne de notre continuité historique. Nous dégager pour
nous réaliser n'est plus une consigne nationale. Nous avons à
choisir: Etre, dans l'on ne sait quel drame américain, des figurants
anonymes bientôt évanouis, ou jouer une partie splendide qui sera
la nôtre, une partie d'hommes et de civilisés. Pour quelques-uns,
on le sait, l'humilité nous imposerait de nous replier sur
nous-mêmes, c'est-à-dire sur notre petitesse. Elle nous
interdirait de rêver petit ou grand, fût-ce à la mesure de
notre foi. Telle est pourtant notre destinée, que nous n'avons le droit
ni de rêver ni de vivre médiocrement. Nous renouer à un
grand passé et réaliser un grand avenir, c'est notre programme de
vie et notre seule chance de vie.
La question posée par le gouvernement vise donc à
permettre de négocier une nouvelle entente nous permettant d'atteindre
l'égalité entre le Québec et le Canada anglais. Ces
négociations, une fois terminées, feraient l'objet d'un
deuxième référendum. Ainsi, non seulement assumerions-nous
notre destin, mais nous le ferions ensemble par décision du peuple
québécois, à chaque étape importante. Mais s'il
importe de mesurer le sens du oui, il faut voir également les
conséquences d'un non à la question telle que formulée par
le gouvernement. Car un non au référendum ne règle
absolument rien. Un oui, par contre, ouvre la porte à un
règlement, difficile certes, mais possible.
Ce oui, parce qu'il témoigne de la volonté ferme du peuple
québécois de négocier une nouvelle entente avec le Canada
anglais, constitue une force de négociation sans laquelle aucun
gouvernement du Québec n'arriverait à obtenir quoi que ce soit.
Si on veut que le Canada anglais respecte le partenaire que nous voulons
être dans une nouvelle entente, il faut d'abord se respecter
soi-même, et on ne se respecte pas soi-même lorsque l'on vote non
à une question qui demande si nous voulons être maîtres chez
nous. (17 h 50)
D'ailleurs, au-delà de cette Chambre et des ambitions politiques
des députés d'en face, quel Québécois, qui a un
minimum de coeur, pourrait se réjouir si le non devait l'emporter? Qui
n'aurait pas, quel qu'ait été son vote, l'impression que quelque
chose de profond, de nécessaire, de légitime, aurait
été abandonné? Qui n'éprouverait pas,
au-delà des partis, le malaise d'avoir manqué au rendez-vous avec
l'histoire? Parce qu'elle est claire, parce qu'elle dit ce qu'elle a à
dire, parce qu'elle associe le peuple du Québec à chaque
étape, dans un premier temps, à un mandat de négocier une
nouvelle entente fondée sur l'égalité des deux peuples;
dans un second temps, à une décision par un deuxième
référendum sur le résultat des négociations, la
question posée par le gouvernement mérite de recevoir
l'approbation de toutes et de tous au-delà des options politiques. Car
c'est du Québec et de son avenir dont il s'agit.
Le Vice-Président: M. le député de
Beauce-Nord.
M. Adrien Ouellette
M. Ouellette: Merci, M. le Président. Je pense que
personne en cette Chambre ne contestera le fait que lorsqu'un
député s'y lève pour prendre la parole, il sente une
certaine nervosité s'emparer de lui. Je pense que c'est normal et c'est
à cause d'un certain nombre de facteurs. Dans le présent
débat et je me réjouis de la ressentir présentement
je crois que la fierté enveloppe et écrase largement cette
nervosité traditionnelle. Nous sommes dans un débat que nous
considérons, de ce côté-ci de la Chambre, comme historique,
même si parfois certaines personnes d'en face ont plutôt tendance
à l'exprimer de façon hystérique.
La question référendaire qui fait l'objet de ce
débat invite les Québécois à donner au gouvernement
du Québec un certain nombre de choses. D'abord un mandat, mais un mandat
de négocier une nouvelle entente à être
réalisée entre le Québec et le Canada. Mais le Parti
libéral du Québec qui s'oppose à cette nouvelle entente a
préféré publier une contreproposition à celle du
gouvernement et c'est dans un livre beige celui-ci qu'il nous
présente sa contreproposition.
Dès la parution de ce livre beige, je me suis plongé dans
la lecture de ce document du Parti libéral du Québec, anxieux de
voir jusqu'où avait pu évoluer la pensée de son chef. Je
m'attendais, bien sûr, d'y trouver une thèse
fédéraliste puisque les libéraux et les tenants du non
sont fédéralistes, mais je m'attendais au moins d'y trouver une
forme de fédéralisme qui puisse être profitable au
Québec car ils l'avaient dit et ils l'ont
répété depuis le début de ce débat
qu'il est possible de donner au peuple québécois à
l'intérieur du fédéralisme une forme
d'égalité. Je m'attendais d'y voir des transformations majeures
qui aillent dans le sens des revendications traditionnelles du Québec.
Je m'attendais d'y voir l'expression d'un effort dans le sens de
l'égalité du peuple québécois face à la
majorité anglophone canadienne. Je m'attendais d'y découvrir une
formule originale permettant de résoudre le problème
séculaire du Canada qui vient essentiellement, à mon avis, de
cette inégalité entre les deux peuples fondateurs. Enfin, je
m'attendais d'y trouver une tentative louable de protéger le
Québec contre la centralisation du fédéralisme
canadien.
Peine perdue, M. le Président. Dans ce livre, absolument rien ne
vient renforcer la position
économique du Québec. Rien ne nous assure le
contrôle entier de nos taxes et de nos impôts. Rien ne nous
libère des lois fédérales qui empiètent sur les
nôtres et, finalement, rien ne nous met à l'abri des
décisions de la Cour suprême du Canada. Mais c'est à la
page 77 de ce précieux document qu'on appelle le document Ryan-Langlois
quand cela va bien, on dit Ryan, quand cela va mal, on dit Langlois
que j'ai trouvé le paragraphe le plus triste et le plus
décourageant.
Je cite ce petit paragraphe, car personne ne voudra croire qu'il se
retrouve dans la bible même des fédéralistes. Je sais
d'avance, M. le Président, que je vais mal citer son auteur parce que,
chaque fois qu'on le cite, ce monsieur dit que cela a été mal
fait. Je vais donc le lire mot à mot, sans commentaire, et on verra s'il
est d'accord avec ma citation. Il est dit, dans le dernier paragraphe de la
page 77: "Finalement, nous sommes d'avis qu'il est impossible de garantir par
voie constitutionnelle que les ressources fiscales cela est important
des deux ordres de gouvernement correspondront toujours à leurs
responsabilités."
Vous vous rendez compte, M. le Président; ce sont les
défenseurs inconditionnels du fédéralisme qui avouent,
à l'avance, que le système qu'ils veulent faire avaler aux
Québécois ne répondra pas à leurs aspirations.
C'est exactement dans la bible des fédéralistes. Ils admettent
d'avance que ce système, même modifié à leur
goût à eux, advenant qu'ils réussissent à le
négocier après une supposée défaite
référendaire telle qu'ils la souhaitent, est inapte à
répondre aux besoins des Québécois. Ils admettent leur
impuissance, mais ils se disent toujours prêts à enliser de
nouveau le Québec dans cette tradition fédérale
d'impuissance. Ils recommandent quand même aux Québécois de
voter non au référendum. Ils disent non à une solution de
rechange qui pourrait nous permettre d'en sortir et ils ont même le culot
de prétendre que ce non est québécois.
Accepter les propositions du livre beige, ce serait consacrer
éternellement notre statut d'inférieurs dans ce pays avant de
disparaître tout bonnement en réalisant ce grand rêve
britannique exprimé dans le rapport Durham de 1839. Pourtant, il se
trouve certains de nos gens, de leur côté, pour nous inviter
à cette solution finale. Mais, alors, on est en droit de se demander
quel est leur véritable jeu. Gagner du temps, quant à moi, rien
de plus, car ils savent très bien qu'un peuple qui est prêt
à prendre ses décisions, si on réussit à
éterniser sa prise de décision, il peut en venir à
s'essouffler et à retomber dans les vieux sillons.
Ils savent très bien, par contre, que leur solution n'en est pas
une. C'est l'auteur du livre beige lui-même qui l'avouait, dans un
discours qu'il prononçait, le 13 février de cette année,
devant le Club de réforme du Parti libéral à
Québec. Je cite le coauteur de cette bible, M. Reynold Langlois: "Les
propositions du livre beige sont perçues moins comme étant un
projet du Canada qu'il soit avantageux pour l'ensemble des Canadiens d'adopter
qu'un moindre mal face aux propositions du gouvernement québécois
actuel. Entre deux maux, on choisit le moindre. Cette attitude négative
il parle, bien sûr, de l'attitude de la majorité anglophone
canadienne me cause des appréhensions quand je m'interroge sur
l'impact qu'aurait un vote négatif au référendum, sur le
désir de changement qui peut exister chez nos concitoyens. En effet, on
peut soutenir que, voyant l'option du gouvernement écartée
il fait allusion, bien sûr, à la question
référendaire, à la souveraineté-association
l'urgence disparaîtrait, de telle sorte que la question nationale
deviendrait un sujet que l'on pourrait, bien sûr, discuter mais sans
vraiment rechercher à lui apporter une solution à court terme."
(18 heures)
Le voilà leur jeu, M. le Président: gagner du temps,
essayer de noyer le poisson en effrayant la population pour qu'elle en vienne
précisément à dire non. On essaie de la berner pour
qu'elle retourne à son calme d'antan. Ce qu'ils veulent, c'est d'abord
battre le référendum pour prendre le pouvoir le plus rapidement
possible. Je suis un peu menteur quand je dis que les libéraux veulent
prendre le pouvoir en s'emparant de ce pouvoir à Québec car, en
réalité, il n'y a pas un pouvoir à Québec et tous
les Québécois le savent, il n'y a qu'un demi-pouvoir. Mais,
alors, pourquoi se contenteraient-ils d'un demi-pouvoir?
C'est fort simple. C'est parce qu'ils entendent, comme leurs
prédécesseurs, l'exercer sous la tutelle de l'autre demi-pouvoir
et jouer le jeu que l'on préconisait dans le rapport Durham. La
population francophone du Québec ne pourra probablement pas être
absorbée, disait Durham, mais il faut surtout s'organiser pour la
contrôler politiquement.
Je pourrais vous citer l'extrait de ce rapport qui dit essentiellement
ceci. Cela remonte, bien sûr, en 1839, mais, on y parle d'aujourd'hui. Le
Bas-Canada, écrit Durham, doit être gouverné maintenant
comme il doit l'être à l'avenir maintenant, c'est 1839;
à l'avenir, c'est 1980 et les années qui viennent par la
population anglaise. Je crois qu'on ne peut rétablir la
tranquillité qu'en assujettissant la province il parle du
Bas-Canada, le Québec d'aujourd'hui à la domination
vigoureuse d'une majorité anglaise. Je ne doute guère que les
Français il parlait de mon grand-père, figurez-vous, car
mon grand-père vivait à son époque une fois
placés en minorité par le cours légitime des
événements et par le fonctionnement de causes naturelles,
abandonneraient leurs vaines espérances de nationalité.
Tant pis pour Lord Durham. En 1980, nous les avons encore, ces espoirs
de nationalité. C'est par le référendum qu'on entend les
réaliser. Il est difficile, M. le Président, en quinze
minutes...
Le Vice-Président: Est-ce qu'il y a consentement unanime,
il est 18 heures, pour quelques minutes? Je constate le consentement.
M. Ouellette: Je vous remercie, car il est fort difficile, en
quinze minutes, de résumer le fruit de
ces réflexions de dix ou quinze ans et c'est le cas, je pense, de
tous les députés du côté ministériel. Quel
serait le scénario si, effectivement, les Québécois
disaient non au référendum? Il serait assez triste, à mon
avis, car on enverrait à Ottawa, advenant que le Parti libéral en
vienne à prendre le pouvoir, pour la mille et unième fois, un
premier ministre du Québec complètement dépourvu et ce
premier ministre du Québec, qui se trouve à être,
figurez-vous, le grand chevalier du non, essuierait, comme tous ses
prédécesseurs, un non catégorique du gouvernement
fédéral à la modification de leur couleuvre, et ils
auraient probablement le culot, ce premier ministre aurait sans doute le culot
de revenir au Québec en essayant, comme l'ont fait tous ses
prédécesseurs de minimiser les effets frustrants de ce non
additionnel. Tel que je le connais, il essaierait probablement de dire que le
non fédéral est un non québécois. Merci, M. le
Président.
M. Verreault: M. le Président, je demande la suspension
des travaux.
Le Vice-Président: M. le député de Shefford,
je vous reconnaîtrai à 20 heures. Les travaux de
l'Assemblée sont suspendus jusqu'à 20 heures.
Suspension de la séance à 18 h 5
Reprise de la séance à 20 h 13
La Vice-Présidente: A l'ordre, s'il vous plaît!
Veuillez vous asseoir. Cette Assemblée est appelée
à reprendre le débat sur la motion de M. le premier ministre et
sur les motions d'amendement de M. le chef de l'Opposition officielle, de M. le
chef de l'Union Nationale, de M. le député de Gouin et de M. le
député de Lotbinière. M. le député de
Shefford, c'est vous qui aviez demandé la suspension du débat.
Vous avez la parole.
M. Richard Verreault
M. Verreault: L'année 1980 sera importante pour tous les
Québécois. Elle sera même primordiale, sinon
décisive, puisque, ensemble, nous devrons décider de l'avenir de
la communauté québécoise.
Après des années d'hésitation, le gouvernement
péquiste nous a enfin fait connaître le libellé de sa
fameuse question, un vrai chef-d'oeuvre de dissimulation. Cette question
référendaire est à ce point biaisée que nos amis
d'en face n'osent même pas en parler, de peur de révéler
leurs véritables intentions. Pourtant, si jamais les
Québécois, lors du référendum, répondent par
l'affirmative, dès le lendemain les jeux seront faits. Au sein du
gouvernement, le processus de l'indépendance sera engagé, car ce
mandat de négocier n'est qu'un trompe-l'oeil pour mieux cacher les
intentions de ces séparatistes.
M. le Président, la question posée par le Parti
québécois comporte quatre volets: le premier,
l'égalité des peuples, à laquelle tout le monde souscrit;
le second, la souveraineté, ou plus précisément
l'indépendance; le troisième, une association économique
avec le Canada; enfin, un second référendum, pour nous soumettre
le résultat de ces pourparlers avec les autres membres de la
fédération canadienne, s'il lui est possible d'en arriver
à une entente. Si, lors de ces négociations, les
délégués du Parti québécois claquent les
portes comme ils ont l'habitude de le faire lors de ce genre de consultation,
où pensez-vous que le Québec se retrouvera, sinon dans l'un des
pires ghettos que puisse connaître le continent nord-américain?
N'est-ce pas là ce qui se produira à en juger par le refus de
négocier l'indépendance que manifestent déjà les
autres provinces? Cependant, en répétant non et en
répondant non à cette question, une autre option s'offre à
la population québécoise, celle du Parti libéral et de son
chef qui proposent dans leur nouvelle fédération canadienne
l'égalité des deux peuples fondateurs, des compétences
spécifiques pour les provinces, un partage équitable des
richesses du pays, plus de pouvoirs pour le Québec, enfin, une nouvelle
constitution garantissant le respect des droits et des libertés de tous
les citoyens. Voilà ce dont nous assure le livre beige.
Ces deux options sont très différentes l'une de l'autre.
L'une nous propose la rupture du Canada, soit la séparation du
Québec du reste du pays, avec toutes les conséquences
malheureuses que cette indépendance peut entraîner, tandis que la
seconde, celle du Parti libéral, préconise une union encore plus
étroite et efficace basée sur le respect mutuel entre les deux
peuples fondateurs pour assurer le développement harmonieux de notre
province et du Canada.
En d'autres termes, l'option péquiste met fin au partage des
richesses canadiennes dont nous bénéficions déjà
dans une large mesure, malgré tous les mensonges véhiculés
par les péquistes pour rendre le fédéralisme coupable de
tous les maux, alors que celle du Parti libéral, que les
péquistes s'évertuent sans succès à condamner,
renforce les liens qui unissent le Québec au reste du Canada et lui
permet de s'épanouir davantage.
Ainsi, comme refuse de le dire clairement le Parti
québécois, la population québécoise vote pour
l'indépendance en répondant oui à cette question. Par
contre, en répondant par un non majoritaire, elle met fin une fois pour
toutes à ce climat d'incertitude et d'inquiétude qui entrave et
menace dangereusement notre vie économique et sociale.
Mme la Présidente, les Québécois et les
Québécoises ont déjà rejeté à au
moins deux reprises l'option de l'indépendance. Une premier fois en
1973, alors que le gouvernement Bourassa fut élu par l'une des plus
fortes majorités de l'histoire politique, puis une seconde fois en 1976,
alors que les Oppositions réunies obtenaient plus de votes que le Parti
québécois. Les libéraux ont peut-être
été défaits, mais simplement à cause de la pro-
messe du Parti québécois de se contenter d'être un
bon gouvernement.
Est-il donc exagéré d'affirmer aujourd'hui qu'il a
trompé l'électorat en posant une telle question? Les
Québécois ne peuvent répondre oui lors du
référendum, parce qu'en ce faisant, ils accorderont au
gouvernement péquiste un mandat de négocier qu'il n'entend
même pas utiliser honnêtement pour en arriver à un accord.
Nous n'avons même pas l'espoir qu'il respectera les règles du jeu;
la menace et le chantage auxquels on a déjà eu recours dans
d'autres circonstances ne sauraient constituer l'arme efficace pour en arriver
à un accord. Ce mandat est déjà, à mon sens,
voué à un échec retentissant.
Connaissons-nous même ce fameux mandat, pour négocier quoi?
Pourquoi le gouvernement ne révèle-t-il pas le fond de sa
pensée, sa ligne de conduite? Cette entente qu'il désire conclure
et à propos de laquelle il nous serait possible de porter un jugement
équitable?
Non, les péquistes préfèrent jouer la corde du
nationalisme, jouer avec nos sentiments, évoquer les luttes de nos
ancêtres dont la grande majorité n'ont jamais songé
à réclamer l'indépendance. Pourquoi agissent-ils ainsi?
Pourquoi cachent-ils si soigneusement leurs réelles intentions, si ce
n'est pour tromper, encore une fois, ces Québécois qui ne veulent
pas entendre parler de leur séparation du reste du pays?
Le gouvernement se moque de toute la population en proposant ce
référendum qu'il aurait fort bien pu tenir dès le
début de son administration s'il voulait consulter le peuple. La
réponse à sa fameuse question il devrait en être
conscient la population la lui a d'ailleurs donnée lors des sept
dernières élections partielles et elle lui donnera la même
réponse s'il ose tenir des élections dans les trois
circonscriptions qui n'ont pas encore de représentant pour parler ici en
leur nom.
Quant à ceux auxquels on fait croire qu'un oui au
référendum donnera plus de force au Québec pour
négocier avec Ottawa, on les induit tout simplement en erreur. C'est du
chantage. Les hommes d'affaires, les travailleurs, les producteurs agricoles,
les enseignants, les étudiants, enfin, tous les hommes
québécois, toutes les femmes québécoises savent par
expérience que le chantage ne conduit nulle part. Il éloigne
plutôt que de rapprocher les partenaires. C'est un non massif qui
démontrera à nos partenaires de la fédération que
si nous n'entendons pas abandonner le Canada, nous sommes, par contre,
déterminés à renouveler et à corriger toutes les
injustices que peut susciter la constitution actuelle. (20 h 20)
Sachez, mesdames et messieurs les péquistes, que non seulement la
société québécoise, mais toute la
société canadienne désire aussi moderniser le document de
1867. Il est d'ailleurs étonnant, pour ne pas dire plus, d'entendre les
péquistes nous chanter sur tous les tons l'histoire du
développement extraordinaire du Québec quand ce même
développement s'est fait au sein de la fédération
canadienne. En effet, nous avons beaucoup réalisé, même
sans les péquistes, et il nous est possible de faire bien davantage en
perfectionnant l'union canadienne.
Pourquoi désirent-ils donc tellement nous séparer du reste
du pays? Quelle idée ont-ils donc derrière la tête? M. le
Président, les péquistes n'ont rien inventé depuis leur
arrivée au pouvoir. Si nous sommes au premier rang des
sociétés francophones du monde, cela ne dépend pas d'eux,
mais des gouvernements antérieurs qui ont cherché, par tous les
moyens, à développer le Québec.
A mes électeurs de Shefford qui m'ont élu en 1973 et par
la suite en 1976 en disant non au séparatisme, je demande un autre
témoignage de confiance en les invitant à dire non à
l'indépendance. A ceux de la ville et du canton de Granby, du canton de
Shefford, des municipalités de Waterloo, de Saint-Joachim, de Warden, de
Rox-ton Pond et de Sainte-Cécile-de-Milton, je demande de voter non. Je
le demande également aux citoyens de Johnson, de Brome-Missisquoi et de
Mégantic-Compton qui, eux, n'ont pas de député pour les
représenter en cette Chambre. C'est là un exemple de la politique
d'égal à égal de ce gouvernement dans un moment aussi
crucial de notre histoire.
Mr Speaker, I ask every citizen of Shefford, Brome-Missisquoi, Johnson
and Mégantic-Compton to support our fight during this campaign and to
vote no the day of the referendum. This no will be a no to the independence of
Québec.
M. le Président, j'habite Granby, une ville où des hommes
d'action, dont M. Horace Boivin, universellement connu comme l'un des meilleurs
promoteurs, se consacrent au développement industriel et commercial, une
ville où des hommes comme les Trépanier, Tétreault,
Boivin, Miner et d'autres n'ont pas craint de relever leurs manches, au besoin
même de se salir les mains quand il le fallait, et ont réussi
à imprimer un essor remarquable à nos institutions. Cela, il y
parviennent encore, je dois l'affirmer, grâce à notre appartenance
au Canada.
Quoi qu'en dise le ministre de l'Agriculture, ce sont nos agriculteurs
de Granby et de la région qui, il y a maintenant 40 ans, ont
fondé Agropur, la plus importante coopérative agricole du pays,
avec plus de 8500 coopérants, un chiffre d'affaires approchant $500
millions et un actif de $55 millions. Les Giroux, Lemire, Parizeau, Martin et
des milliers d'autres collaborateurs n'ont pas attendu l'arrivée au
pouvoir du Parti québécois pour agir.
M. le Président, je suis fier des gens de Shefford et de la
région. Je suis fier de nos travailleurs et de nos industriels. Je suis
fier de nos institutions locales. Ils ont tous remarquablement réussi
parce qu'ils sont québécois et canadiens.
M. le Président, quand un gouvernement propose des changements
d'une telle importance, il doit non seulement faire miroiter les avantages que
dans certains domaines donnés on pourrait peut-être
réaliser, mais il doit également dire franchement et en adulte
à chacun qu'un tel bouleversement, si, à la longue, il peut
paraître enrichis-
sant, s'il peut nous donner plus de fierté, lui apportera
également des moments pénibles et difficiles à
traverser.
Un seul tenant du oui en effet, un seul a eu la franchise
et l'honnêteté de laisser entrevoir ces vérités que
je viens de décrire. Il n'est pas dans cette Chambre; c'est le
frère Untel. Quelle était sa décision? Il
déclarait: "Je voterai oui à la question, et cela après
plusieurs mois de réflexion. Mais je me demande, ajoutait-il
c'est là l'important si les Québécois sont
prêts à de tels sacrifices."
C'est ça le fond du problème et ça n'a pas
été dit par un libéral, un fédéraliste ou un
tenant du non, mais bien par un des vôtres qui a eu le courage de
poursuivre sa réflexion et poser cette interrogation.
Ainsi, considérant la complexité de la question et les
implications frauduleuses qu'elle comporte, je recommande aux
Québécois et Québécoises du comté de
Shefford et à tous les Québécois de voter non, merci, car
notre non est le plus québécois des non.
Le Président: M. le ministre des Affaires municipales,
vous avez maintenant la parole.
M. Guy Tardif
M. Tardif: M. le Président, c'est avec fierté que
je participerai à ce vote historique, d'accord sur la question
déposée à l'Assemblée nationale par le premier
ministre. Je serai et je suis d'accord sur cette question parce que, sauf pour
certains esprits timorés ou torturés comme on en a entendu en
face, la question répond, selon moi, aux deux conditions essentielles
suivantes: premièrement, elle est conforme au livre blanc du
gouvernement; deuxièmement, elle est claire, facile à comprendre
et suffisamment descriptive pour qu'une personne, en y répondant, sache
exactement à quoi elle dit oui.
Remarquez que je comprends, surtout en voyant les hochements de
tête du chef du non, ne pouvant décemment opposer au livre blanc
son livre blême, lequel, aux yeux mêmes d'ailleurs de plusieurs
libéraux notoires, constitue un recul par rapport à ce pourquoi
tous les premiers ministres du Québec se sont battus pendant des
années, que les députés de l'Opposition aient choisi de
s'attaquer à la forme plutôt qu'au fond de la question. Mais
encore, s'ils l'avaient fait dans les formes! A la place, comme vient de le
faire d'ailleurs le député de Shefford, ils se sont mis
littéralement à nous crier des noms. Ils ont pris le dictionnaire
des synonymes et, à la suite de leur chef, ils ont aligné sur la
question et sur nous toutes les épi-thètes les plus
colorées, les plus juteuses qu'ils pouvaient trouver. C'est ainsi qu'on
a dit qu'il s'agissait d'une question sinueuse, tortueuse, onctueuse, risquant
de nous entraîner sur une pente savonneuse, huileuse, visqueuse,
limoneuse, a même dit l'un d'eux, et qui ne pouvait avoir
été posée que par des esprits, au pire, vicieux, au mieux,
fumeux et "nationaleux".
M. le Président, soyons sérieux. A quoi rime tout ce
débat procédurier sur la formulation de la question, à
part d'être une fuite tactique ou une manoeuvre grossière de
l'Opposition pour masquer le vide de sa pensée? On sait que, peu importe
la façon dont on l'aurait posée, l'Opposition, ne pouvant pas ou
ne voulant pas s'élever au-dessus de sa partisanerie coutumière
aurait voté non de toute façon. C'est le chef des troupes
libérales lui-même qui l'a dit: No, thanks, et ce, bien avant que
la question soit connue. Il n'y a d'ailleurs qu'à lire leur
contre-publicité, M. le Président. De toute façon, c'est
non. Ils le disent.
Une telle attitude de ceux qui restent de l'ancienne équipe au
pouvoir est compréhensible. Avec les années, ils ont pu
développer des réflexes conditionnés, même si on
aurait pu les croire plus sensibles à la population qui les
écoute et les voit qu'à la postérité qui, un jour,
peut-être, pourrait lire les discours et rejeter très certainement
ceux des siens qui se seront mis en travers l'autodétermination du
Québec.
Mais du nouveau chef, ci-devant éditorialiste d'un quotidien fort
respectable et respecté, on aurait pu s'attendre à plus
d'objectivité, à plus de rigueur intellectuelle et surtout
à plus de suite dans les idées. Car, je vous le demande, M. le
Président, quel homme faut-il croire? L'éditorialiste qui, le 29
décembre 1976, trouvait tout à fait acceptable, plausible,
défendable une demande en deux temps comme celle que nous proposons dans
la question, ou le politicien calculateur qu'il est vite devenu, qui supplie de
dire non à la proposition du gouvernement pour obtenir ensuite des
Québécois un oui à son livre beige auquel une bonne partie
de la presse anglophone a déjà dit non, de toute façon, et
que le Canada anglais s'empressera de mettre sur les tablettes si, par malheur,
le non l'emportait? (20 h 30)
M. le Président, quand faut-il croire le chef du non? Lorsqu'il
mettait M. Trudeau en garde contre le danger qu'il y avait à simplifier
une chose complexe, comme d'opposer de façon simpliste
séparatisme et fédéralisme, ou lorsque lui-même,
comme cela a été le cas depuis qu'il a humé l'odeur du
pouvoir, il se fait réducteur et simplificateur à outrance? Ce
qui est plus grave, M. le Président, il fait preuve d'une
intolérance qui augure mal non seulement pour les libéraux qui ne
pensent pas comme lui, mais pour tout le Québec si jamais il prenait le
pouvoir. Qu'il suffise de penser aux critiques qui ont été
adressées aux maires qui ont donné spontanément leur
adhésion au oui, qui l'ont fait comme tout citoyen avait le droit de le
faire et desquels on a dit qu'ils avaient été achetés
à coup de subventions.
M. le Président, une telle attitude de la part du chef du non est
non seulement le signe d'une intolérance inqualifiable, mais c'est
également injurieux à l'endroit de tous les maires du
Québec avec qui j'ai l'honneur de travailler.
Heureusement, cependant, que ce n'est pas demain la veille, que les
mandements du chef libéral sont sans effet, et surtout que,
contrairement à
ce qu'il affirme tous les manuels de sciences politiques vous le
diront entre le séparatisme et ce que la question propose, il y a
une différence fondamentale. Le séparatisme implique la
sécession totale; la proposition gouvernementale, elle, vise
l'association. Arrangez les choses et les mots comme vous le voudrez, tout
coupeur de cheveu en quatre que vous soyez, M. le chef de l'Opposition, qui
avez quitté votre siège depuis qu'on a commencé, vous ne
ferez jamais croire à qui que ce soit que vouloir s'associer, c'est
vouloir se séparer.
C'est vrai que, pour qu'il y ait association et non pas assimilation, on
suppose l'existence de deux ou de plusieurs souverainetés distinctes. Et
puis après? Il ne faut pas avoir peur des mots, M. le Président.
Le mot "chien" n'a jamais mordu qui que ce soit, M. le Président. La
notion d'Etat souverain, loin d'être incompatible, constitue le fondement
même d'une véritable confédération.
Voyons d'ailleurs ce que dit le Petit Robert au mot
"confédération", à la page 362: "Union de plusieurs Etats
qui s'associent, tout en conservant leur souveraineté". Oui, M. le
Président, c'est ça! "Union de plusieurs Etats qui s'associent,
tout en conservant leur souveraineté". Et dire, M. le Président,
qu'on a tous appris à la petite école que le Canada était
une confédération! Je vous laisse le soin d'apprécier
l'abus qu'on a pu faire des mots, à moins que, comme toujours, en
traduisant, nous, du Québec, on ait lu "confédération",
tandis que les Anglais, eux, ont lu "federation", que le même
dictionnaire, d'ailleurs, définit comme "groupement, union de plusieurs
Etats en un seul Etat fédéral".
Cette lecture différente que l'on peut faire d'un mot, d'une
expression, d'un texte, selon qu'on est francophone ou anglophone, M. le
Président, si elle peut expliquer l'attitude du Canada anglais, ne
saurait expliquer celle des nôtres qui parlent la même langue que
nous et qui devraient donc comprendre la même chose que nous.
En réalité, il ne peut y avoir qu'un seul objectif
à une telle oeuvre de mystification de la part de l'Opposition, M. le
Président, et c'est la prise du pouvoir. C'est là la
différence fondamentale entre ceux d'en face et nous, de ce
côté-ci de cette Chambre; pour eux, on dirait que le pouvoir est
une fin en soi et passe avant l'intérêt national, alors que, pour
nous, il est d'abord un moyen de réaliser un objectif national.
Maintenant que nous avons vu, M. le Président, comment et
pourquoi il est normal que les Anglais ne comprennent pas et comment et
pourquoi certains des nôtres peuvent avoir intérêt à
ne pas comprendre, à confondre, à faire peur, à masquer la
vérité, voyons objectivement les faits. Il est faux de
prétendre que la question demande aux Québécois de choisir
entre le séparatisme et le fédéralisme. Ce qu'elle leur
demande, c'est de se prononcer pour un véritable régime
confédéra-tif où seuls les Etats membres ont la
réalité d'Etat, l'autorité confédérale
étant un instrument de coordination à leur service.
En un mot et pour exorciser une fois pour toutes les termes, la question
permet aux Québécois d'opter enfin pour une véritable
association d'égal à égal. L'interrogation qui vient
évidemment à l'esprit, c'est: Pourquoi dire oui à la
proposition gouvernementale et pourquoi ne pas essayer de rafistoler ce qu'on
a, comme le propose le livre beige?
M. le Président, si le fédéralisme, tel qu'il
existe, peut, à la limite, réussir à fonctionner sur un
territoire où les gens parlent la même langue et participent d'une
même culture, il n'en va pas de même dès lors que nous
sommes en présence de deux nations distinctes d'inégale
importance numérique. Les programmes dits fédéraux, s'ils
sont conformes au génie propre de l'un, risquent de ne pas coller aux
besoins de l'autre, voire même de lui être nuisibles. Cette
situation amène bientôt le dédoublement des services, les
contradictions, les conflits, en plus, évidemment, d'accentuer les
inégalités. Les exemples de ce que je viens de dire abondent et
toutes les interventions de mes collègues en ont donné à
souhait, mais on me permettra, cependant, à titre de ministre des
Affaires municipales, d'y aller de quelques illustrations
particulièrement éloquentes reliées à mon
ministère.
Précisons tout de suite, M. le Président, que nous sommes
ici dans un domaine que le vieux texte de 113 ans qui nous tient lieu de
constitution déclare d'entrée de jeu être de la
compétence des provinces. Or, que s'est-il produit? Au lendemain de la
guerre, au lieu de nous rendre notre butin et de nous retourner nos
impôts, comme le réclamait M. Duplessis, Ottawa créa la
Société centrale d'hypothèques et de logement, à
l'origine pour faire du logement pour les vétérans. Mais ce
rôle a tôt fait de s'étendre quant à la
clientèle, d'une part, à toute la population civile et quant aux
champs d'activité, d'autre part, aux travaux d'aqueduc, d'égouts,
de développement, d'aménagement, d'urbanisme. Résultat? De
1954 à 1978, selon des sources on ne peut plus fédérales,
la Société centrale, ô combien centrale,
d'hypothèques et de logement a accordé près de 50% de son
aide à l'Ontario contre moins de 25% au Québec, M. le
Président. Pourquoi cela? Par favoritisme? Par symbiose entre les
fonctionnaires ontariens et fédéraux? Il peut y avoir de cela,
mais ça ne suffit pas. La principale raison tient plutôt au fait
qu'il s'agit de programmes conçus par d'autres que nous pour d'autres
que nous. Elle tient à ce que nous, du Québec, nous sommes
différents du reste du Canada, non seulement par la langue qu'on parle,
mais par notre façon de vivre, de nous loger, d'aménager notre
territoire, d'organiser notre vie municipale.
Ainsi, par exemple, au début, les Québécois ont
boudé les programmes fédéraux d'accès à la
propriété, parce que, dit-on, les plans et devis conçus
par l'organisme central et dont l'emploi était obligatoire alors
prévoyaient des petites cuisines et des grands salons, alors que, pour
beaucoup de Québécois, c'était la cuisine et non le salon
qui était la pièce principale du foyer. A cette première
différence qui plonge au coeur
même, d'ailleurs, de notre culture québécoise
viennent s'en ajouter d'autres, tels la moins forte propension des
Québécois à dépenser pour le logement on
préférera par exemple être locataire à
Montréal, mais avoir, comme on dit communément, son "char" et son
camp dans le Nord bien à soi le décalage dans le temps
entre l'urbanisation au Québec et le même phénomène
dans les autres provinces, le particularisme de nos institutions
financières les caisses populaires sont des institutions bien de
chez nous la moins forte concentration de notre industrie de la
construction, le caractère particulier de nos coopératives
d'habitation, le mode de tenure, c'est-à-dire le fait d'être
locataire ou propriétaire de son logement, jusqu'à la
façon de nous organiser sur le plan municipal pour nous doter des
services essentiels. Tout diffère au Québec.
On aurait pu croire que, depuis le temps, on se serait rendu compte de
ces différences et qu'on aurait laissé, à tout le moins,
le Québec s'organiser à sa guise. Eh bien, non, M. le
Président, comme en fait foi le dernier-né des projets du
fédéral visant à permettre de déduire de son
impôt une partie des intérêts payés par les
propriétaires. C'est une autre illustration d'un programme qui
procède peut-être d'une bonne intention, mais qui n'est pas
adapté à la réalité québécoise, et ce
pour deux raisons. En effet, d'une part, il ne répond pas aux besoins de
la moitié de la population québécoise qui est, tout
simplement, locataire; d'autre part, les propriétaires
québécois seront moins avantagés que ceux des autres
provinces à cause du fait que, chez nous, le coût des rues et des
trottoirs est payé par les taxes municipales au lieu d'être inclus
dans le prix, donc dans l'hypothèque de la maison.
Je pourrais multiplier les exemples justifiant un vote affirmatif
à la question posée par le gouvernement et visant à nous
défaire d'un régime où le Québec ne trouve pas son
compte, du seul fait qu'il est différent des autres provinces. Je
pourrais aligner les raisons de nous rallier à une nouvelle entente
respectueuse de nos identités comme de nos manières d'être
ou d'agir respectives. Je pourrais tracer un parallèle entre ce que nous
souhaitons au plan national et la situation sur la scène municipale
où, faisant suite aux lois 57, réformant la fiscalité
municipale, et 74, permettant la conclusion d'ententes intermunicipales, entre
l'isolationisme et la fusion, les municipalités ont vu s'ouvrir devant
elles tout l'éventail de la souveraineté-association,
c'est-à-dire la possibilité de faire leurs règlements, de
lever leurs impôts et, pour tout le reste, de s'associer par entente avec
leurs voisines. (20 h 40)
Je pourrais additionner les arguments, mais je ne convaincrai jamais
l'Opposition qui a intérêt à faire mine de ne pas
comprendre. Je parlerais inutilement, convaincu que je suis que la population,
elle, a compris notre message et l'objectif purement électoraliste des
gens d'en face qui ne visent qu'une chose: reprendre ce pouvoir qu'on leur a
enlevé le 15 novembre 1976, afin de distribuer aux petits amis du
régime faveurs, emplois, privilèges, comme dans le bon vieux
temps.
Mieux vaut donc nous résumer, M. le Président.
Premièrement, tous les Québécois sont d'accord pour que le
vieux cadre qui nous régit soit mis au rancart, y compris M. Ryan, sans
quoi lui et les siens n'auraient pas accouché du livre beige. Le
problème, c'est qu'ils n'osent pas en parler. Ce n'est pas nous qui
méprisons les sympathisants libéraux, c'est leur chef. Nous avons
trop de respect pour le militantisme des travailleurs de la base pour mettre de
côté un programme cohérent, édifié patiemment
de congrès en congrès, et seul capable, en continuité avec
ce que nous sommes, de faire cheminer les Québécois sans heurts
et de façon réfléchie et responsable vers la prise en
charge de leurs affaires.
Certains appellent cela de l'étapisme et en parlent comme s'il
s'agissait d'une maladie. Quant à moi, je trouve plutôt normal de
prévoir des pauses pour mesurer le progrès et le chemin qui reste
à parcourir. Mais si, aux yeux du chef de l'Opposition, cela doit
être une maladie, j'aime encore mieux en être atteint que
d'être affligé de cécité, voire de paralysie devant
Ottawa, comme cela semble être son cas.
Deuxièmement, seule une nouvelle entente fondée sur
l'égalité des deux peuples, peut nous permettre de sortir de
cette impasse. Cette alliance nouvelle, c'est la
souveraineté-association qui n'est ni une fusion ni une
séparation, mais un véritable pacte de type
confédératif au sens vrai du terme et non pas une forme tordue de
fédéralisme comme celle qui existe présentement ou celle
que s'obstine à promouvoir le chef des forces du non dans son libre
beige. En refusant de s'ouvrir à la souveraineté-association qui
constitue la seule vraie forme de régime confédératif et
en s'accro-chant désespérément à un régime
dépassé, le chef libéral de l'Opposition me fait penser au
gars de l'histoire qui a perdu sa clé dans une ruelle sombre et qui
s'obstine à la chercher sous le lampadaire de l'entrée parce que
c'est le seul endroit éclairé.
Des Voix: Ah, ah!
M. Tardif: Troisièmement, M. le Président, tout le
sens de ce débat, de la question, du référendum et du oui,
c'est de nous permettre de passer de l'ancien régime à la
nouvelle entente par voie de négociation. Ce mandat de négocier
et non pas de plonger tête première, c'est une ceinture, M. le
Président. De plus, le gouvernement s'engage à soumettre à
la population par un deuxième référendum tout changement
de statut résultant de ces négociations. Ce sont les bretelles,
M. le Président, et si avec une ceinture et des bretelles le chef de
l'Opposition a encore peur de se faire prendre les culottes baissées, je
connais de plus en plus de Québécois et de
Québécoises qui n'ont pas la même hésitation et qui
se disent que peu importent ceux des nôtres qui seront au pouvoir,
ils seront en bien meilleure posture pour négocier avec un oui
massif.
Je ne demande pas au chef libéral de dire oui. Il en semble
incapable, ainsi que l'ont souligné mes collègues, face à
toute la législation sur la langue, le zonage agricole, la
réforme de la fiscalité, mais il n'a pas le droit, M. le
Président, de demander à la population de le suivre sur la voie
de l'abnégation et du renoncement. Avec tout le respect qu'on peut avoir
pour lui, ce n'est pas le chef de l'Opposition, quelle que soit sa
capacité de s'illusionner, qui amènera le Canada anglais à
reconnaître le Québec comme un peuple et comme un partenaire
égal en droit. Seul un oui collectif au référendum est
capable de donner à notre vis-à-vis cet électrochoc dont
Mme Chaput-Rolland disait, en juin 1979, qu'il avait besoin pour
fonctionner.
Mais écoutons ce que Mme Chaput-Rolland écrivait en juin
1979 dans la revue Relations que j'ai ici, M. le Président, aux tenues
de ses travaux à la commission Pépin-Robarts. "Si, malgré
la force que nous représentions, si, en dépit d'une consultation
à l'échelle pancanadienne avec les grands experts
constitutionnalistes fédéralistes de dix provinces, nous avons
échoué à changer le grand ordre fédéral,
pourquoi imaginer que Claude Ryan, libéral, partisan et chef de
l'Opposition d'une seule province et qui de plus est la province la plus
discutée et la plus détestée du pays, pourra
réussir à imposer ses propositions au gouvernement canadien?" Fin
de la citation. C'est Mme Chaput-Rolland, maintenant députée de
Prévost, qui écrivait cela dans la revue Relations.
Des Voix: Oh!
M. Tardif: M. le Président, je demande aux
Québécois, qu'ils soient rouges, bleus, créditistes ou
péquistes, de faire abstraction des lignes de parti et de
répondre oui aussi sûrement que de son côté le Canada
anglais est capable, lui aussi, mais à l'inverse de faire preuve de
solidarité. En pareil cas, M. le Président, leur vote serait un
vote national et non pas un vote partisan. Le nôtre doit l'être
tout autant comme il l'a été, d'ailleurs, à l'occasion de
cet autre référendum tenu en 1942 sur la conscription.
M. le Président, en terminant, j'ai mal dans mes tripes de
Québécois à la pensée que des gens pourraient se
nier à eux-mêmes le droit de prendre leurs affaires en main.
Certes, je puis le comprendre d'un point de vue sociologique, mais je ne puis
m'empêcher de croire que le gros bon sens des Québécois
sera plus fort et qu'ayant pris récemment une police d'assurance tous
risques à Ottawa, on décidera maintenant de relever
l'échi-ne, ici, chez nous, et d'une seule voix à la suite de nos
artistes, de nos hommes publics, de nos professionnels, de nos personnes
âgées, de nos étudiants, de nos travailleurs, des hommes et
des femmes de toutes les régions du Québec et en particulier de
ma circonscription de Crémazie, M. le Président, de
répondre oui à la question, de se dire oui. Merci.
M. Brochu: M. le Président...
M. Lefebvre: M. le Président...
M. Le Moignan: Son micro est allumé.
Le Président: A l'ordre, s'il vous plaît! M. le
leader parlementaire de l'Union Nationale, vous avez la parole.
M. Brochu: Merci, M. le Président. Une Voix:
Ah!
M. Yvon Brochu
M. Brochu: J'aimerais également, au nom de l'Union
Nationale, joindre ma voix à celles de mes collègues et prendre
part à ce débat qui revêt une importance capitale dans le
cadre des travaux de la Chambre et, en même temps, pour le devenir
collectif de l'ensemble de la population du Québec.
Nous sommes déjà à un point quand même assez
avancé du débat. Plusieurs arguments, de part et d'autre, ont
été émis pour faire valoir les différents points de
vue qui s'affrontent dans cette discussion présentement. En ce qui me
concerne, j'aimerais prendre une avenue un peu différente de celle qui a
été empruntée jusqu'à maintenant et mettre de
côté certains arguments qui ont été largement
discutés et sur lesquels je ne veux pas personnellement revenir pour le
moment.
M. le Président, notre responsabilité en tant que
députés, en tant que membres de cette Assemblée nationale,
c'est d'abord de servir nos concitoyens au meilleur de notre connaissance en
poursuivant les meilleurs objectifs qui puissent le plus leur rendre service.
En ce sens-là cela a toujours été ma politique
personnellement depuis que je suis membre de l'Assemblée nationale,
depuis les années soixante-dix cela a toujours été
ma philosophie de croire qu'un député, c'est d'abord un serviteur
de sa population. J'ai toujours dit à mes électeurs et je le
répète tout le temps: On ne peut pas tous aller au Parlement;
à un moment donné, on engage un gars pour y aller, pour nous
représenter, pour défendre nos intérêts et, à
ce moment-là, les patrons, ce sont ceux qui engagent la personne pour
aller les représenter et l'employé, c'est le député
du comté, celui qui vient ici à l'Assemblée nationale avec
la meilleure conscience possible pour représenter les
intérêts de ses concitoyens.
C'est dans cette même foulée, Mme la Présidente, que
je crois que personne en cette Chambre j'ai suivi le débat depuis
le début d'un côté comme de l'autre, ne veut autre
chose que le bien des Québécois, que ce soient ceux qui
bûchent sincèrement pour un oui à cette question en croyant
que c'est là la solution idéale ou que ce soient encore ceux qui
bûchent sincèrement pour un non à cette question en
préférant une autre formule que celle présentée par
le gouvernement,
même si, actuellement, cette formule n'apparaît pas sur le
bulletin de vote puisqu'il n'y a que l'option du gouvernement qui y sera
représentée.
Etant donné que le choix existe d'accepter ou de refuser la
question, de par la nature même de notre système
démocratique et de notre système parlementaire, on doit y joindre
absolument, dans ce but de bien servir nos concitoyens du Québec, une
attitude de respect les uns envers les autres, d'un côté comme de
l'autre. Autrement dit, parce qu'elle permet de poser une question comme celle
que nous débattons actuellement, la démocratie ne doit-elle pas
exiger en même temps des élus que chacun doive respecter les
tenants de l'option opposée tout autant que les tenants de sa propre
option et tout autant que lui-même veut être l'objet du même
respect? (20 h 50)
Ce que je vous dis tranche peut-être, comme je l'ai indiqué
tout à l'heure, avec l'allure actuelle de notre débat, mais il
m'apparaît capital que ce point de vue soit soulevé devant notre
Assemblée à cause de la responsabilité que nous portons
tous en tant que membres de cette Assemblée nationale. J'ai suivi
à peu près toutes les discussions et tous les débats qui
ont eu cours en cette enceinte depuis l'ouverture de ce débat de 35
heures sur la question qui a été déposée devant
l'Assemblée nationale par le premier ministre. La semaine
dernière, d'ailleurs, le ton du débat, à mon avis, a
été de beaucoup supérieur à ce à quoi il
nous est parfois donné d'assister cette semaine. Comme je vous l'ai dit,
j'ai suivi à peu près tous les débats et je dois avouer
avoir parfois été un peu déçu de quelques
qualificatifs que certains se sont lancés d'un côté comme
de l'autre de la Chambre, comme si c'était un argument possible de
qualifier un autre de traître ou d'autre chose parce qu'il ne partage pas
notre opinion.
J'ai toujours considéré et je considère encore
qu'aucun parti politique ne possède à lui seul la
vérité et que tous les autres ont complètement tort.
Deuxièmement, je ne crois pas que ce soit en se lançant des
adjectifs ou des qualificatifs comme ceux-là qu'on puisse régler
ni même faire progresser quoi que ce soit, bien au contraire. Si
j'insiste sur le fait que les députés ont une
responsabilité plus grande et plus grave dans le débat actuel et
que leur attitude revêt une importance primordiale, c'est que
l'Assemblée nationale est en train de donner le ton à toute une
discussion qui, tantôt, va se déplacer à l'extérieur
de la Chambre et s'élargir à toute la population du
Québec.
Habituellement, nos débats sur une loi, ici à
l'Assemblée nationale, se terminent avec l'adoption en troisième
lecture de cette même loi et ça ne va pas plus loin. Mais dans le
cas présent, quand la question sera adoptée, alors commencera le
grand débat avec la participation de tous les Québécois
qui voudront bien y participer. Une attitude de respect dans cette optique est
donc capitale de la part des élus si on veut également lancer une
invitation au respect à nos concitoyens, partout en ne perdant pas de
vue c'est là une responsabilité très grande pour
nous qu'il y aura pour tous les Québécois
l'après-référendum où tous devront être
capables de vivre et de travailler ensemble, sinon il n'y aurait eu, au bout de
la ligne de ce référendum, que des perdants, d'un
côté comme de l'autre, et quel que soit le résultat de la
prochaine consultation populaire.
La question d'attitude est donc très sérieuse parce que,
qu'on le veuille ou non, notre société on doit le
constater, c'est un fait, on ne le choisit pas est divisée face
à cette question. Un des sondages je crois que c'est le plus
récent indique d'ailleurs clairement cette division qui
s'installe dans la population avant même que le débat ne se
transporte de l'Assemblée nationale à l'ensemble du
Québec.
D'ailleurs, pour bien situer cette remarque que je vous indique, Mme la
Présidente, vous me permettrez de me référer à un
article paru dans le Devoir du lundi 10 mars, sous la plume de Lise
Bissonnette, et qui s'intitule justement: "Une société
divisée." Elle indique tout d'abord le sondage qui avait donné,
je pense, comme résultat, 52% au non et 41% ou 42% au oui au moment
où le sondage a été fait.
J'attire votre attention sur le paragraphe suivant je cite: "Mais
outre cette information de première importance, ce que raconte surtout
le sondage, c'est le fait d'une société profondément
divisée que nul ne peut plus prétendre interpréter,
rallier, diriger en comptant sur une adhésion massive, malgré les
présomptions chantées sur tous les tons par les deux grands
partis, notamment depuis la publication de leur option respective. Donc, on
constate ces deux blocs qui existent actuellement dans la population et qui
sont prêts, lors de l'ouverture du débat, à s'affronter
dans un débat beaucoup plus large que celui qui existe actuellement.
En d'autres termes, ce que l'auteur met en évidence, dans le
fond, c'est qu'il y a maintenant deux blocs dans la société
québécoise face à la question et que l'on risque fortement
qu'il n'y ait pas une réponse massive ou largement majoritaire d'un
côté comme de l'autre. Cela se comprend et cela s'explique qu'il
en soit ainsi à cause de la nature même du projet qui est devant
nous. Il s'agit, par la volonté et par le choix du gouvernement, du
projet d'un parti politique, donc partisan, plutôt que d'un projet qui
pourrait être, par définition, beaucoup plus large, jusqu'à
des cadres nationaux. Je m'explique en situant historiquement le Parti
québécois.
Le Parti québécois est né de ce qui fut d'abord un
mouvement indépendantiste, au point de départ, qui est devenu
parti politique. Ce parti politique avec un objectif bien précis est
devenu, en 1976, le gouvernement du Québec, de par la faiblesse de
l'ancien gouvernement, en s'engageant, comme on le sait, à tenir un
référendum avant d'atteindre son objectif à lui, soit la
souveraineté politique du Québec. De mouvement politique à
parti politique et à gouvernement, le Parti
québécois a dû transformer, changer un peu la
présentation de son option pour maintenir sa progression.
C'est en 1976, dès la prise du pouvoir par le PQ, qu'aurait pu
changer toute la situation dans laquelle nous nous trouvons. Si, en 1976, en
effet, le Parti québécois avait réuni à une
même table tous les partis politiques et toutes les forces en
présence et que tous ces gens se soient donné un commun
dénominateur autour du plus large consensus possible en ce qui concerne
ce que veut le Québec, le projet aurait alors été un
projet vraiment national et le Québec aurait fait bloc pour
négocier une nouvelle confédération, avec tous les partis
politiques participant de la même façon.
Autrement dit, la démarche aurait été
inversée et on aurait trouvé un lieu commun avant de lancer le
débat pour qu'à ce moment, on s'entende également tous sur
l'objectif visé et que ce soit le Québec dans son ensemble qui
fasse bloc face aux adeptes de la Confédération ou face au
gouvernement central. Par la suite, Mme la Présidente, je pense qu'un
débat comme celui que nous vivons actuellement aurait été
très court parce que la question aurait été, je pense,
d'un commun accord, acceptée avant même que le débat se
fasse et le débat, ensuite, aurait été simplement de
demander aux citoyens du Québec d'appuyer ce lieu commun, ce
dénominateur commun trouvé par l'ensemble des formations
politiques du Québec, puisque, dans toutes les formations politiques du
Québec, il n'en existe pas une en cette Chambre qui ne vise pas des
modifications à différents degrés, et souventefois
majeures à notre système de Confédération actuel.
Il n'y a pas un député qui vit en cette Chambre qui accepte le
fédéralisme tel qu'on le vit actuellement. Il y a des
modifications profondes à faire dans ce système.
Si le gouvernement avait emprunté cette avenue, je pense que
toute la situation aurait été modifiée et, à ce
moment, on ne se retrouverait pas, en quelque sorte, dans l'impasse dans
laquelle on se retrouve actuellement. Le gouvernement a plutôt choisi
à ce moment, je le concède, c'est son choix de
garder cette question comme l'étendard d'un parti avec un objectif
à long terme qui, lui, n'est pas négociable. Cela a
été son choix et le gouvernement vit maintenant avec le choix
qu'il a fait. (21 heures)
C'est pour ça qu'on se retrouve devant une Assemblée
nationale, qui, au point de départ, est fondamentalement divisée;
c'est également pour ça qu'on retrouve dans les sondages une
population québécoise qui est également, à ce
moment-ci, divisée sur la question, comme telle, parce qu'on n'a pas
pris soin, au point de départ, de rechercher ce consensus
derrière lequel on aurait tous pu faire front commun.
C'était tout à fait le droit du gouvernement, comme je le
dis, de faire ce choix; cependant, partant de là, on doit comprendre
davantage qu'il y ait différents clans, plutôt qu'une union
nationale ou qu'une unité nationale sur cette question.
C'est pourquoi aussi, Mme la Présidente, on doit souligner le
fait suivant, qui est très important dans les discussions actuellement,
à savoir qu'un non à cette question n'est en aucune façon
un oui au statu quo sur le fédéralisme actuel; en aucune
façon un non à la question n'est un oui au
fédéralisme actuel, dans la forme qu'on lui connaît.
La question constitutionnelle, c'est une échelle graduée
où il y a plusieurs choix possibles; il y a la position
constitutionnelle qui a été élaborée par l'Union
Nationale; il y a la position qui a été élaborée
par le Parti libéral, dans son livre beige; il y a la position des
démocrates créditistes; il y a la position qui a
été présentée par le député de Gouin
également; ça, c'est la réalité des faits...
Mme la Présidente, je vous remercie de me faire signe. Est-ce que
je pourrais vous demander en même temps de rappeler à mes
collègues que j'ai écouté tous les orateurs, du premier au
dernier, sans jamais les interrompre et en respectant justement leur position
et le discours qu'ils faisaient, même si je n'étais pas d'accord
avec le contenu de leur discours?
Mme la Présidente, vous me permettrez de continuer.
La Vice-Présidente: Vous disposez encore de cinq minutes,
M. le député.
M. Brochu: Merci, Mme la Présidente. Le libellé de
la question fixe donc un corridor étroit qui débouche sur la
souveraineté du Québec. Si les Québécois doivent
risquer maintenant un peu de se "piler" sur les pieds, dans ce corridor si
étroit qu'est celui de l'actuel référendum, c'est que le
gouvernement du Québec a choisi de limiter tout le débat à
sa seule patinoire à lui, à sa seule option à lui,
à laquelle on ne peut que dire oui ou non, plutôt que de
présenter différents choix. Il ne s'agit donc pas pour les
Québécois de choisir, mais de dire oui ou non au choix d'un seul
parti politique.
Comment prétendre, comme on l'entend, qu'en face de cette
question il n'y a plus d'unionistes, il n'y a plus de créditistes, plus
de libéraux, qu'il n'y a même plus de péquistes, mais qu'il
n'y a que des Québécois enfin désireux de prendre en
charge leur avenir?
Comment alors prétendre, Mme la Présidente, à cette
forme d'angélisme soudain, où les partis politiques doivent
disparaître comme par enchantement, alors que la question même et
l'expression claire et nette de l'objectif principal, de la raison d'être
fondamentale d'une formation politique, soit la souveraineté du
Québec? En d'autres termes, c'est impossible de mettre de
côté les partis politiques face à cette question, parce que
la question n'est pas autre chose que l'expression directe du programme
politique d'un parti, parce qu'on l'a ainsi voulu et qu'on a continué de
le véhiculer de la même façon.
D'ailleurs, comment pourrait-il en être logiquement autrement,
dans les circonstances actuelles? Comment un gouvernement issu d'un parti
politique avec un objectif précis pourrait-il,
dans un référendum, poser une question qui irait à
l'encontre du programme politique de son propre parti ou qui n'irait pas
exactement dans le même sens que ce programme? C'est impossible.
Autrement dit, c'est impossible, maintenant que le Parti
québécois pose une question, qu'elle ne soit pas le reflet exact
de son programme et de sa raison d'être; c'est sa propre logique, il a le
droit de le faire et il est conséquent avec lui-même. S'il en
était autrement, le gouvernement serait alors accusé publiquement
par ses propres militants, qui se sentiraient à juste titre
abandonnés et reniés. Or, ce n'est pas le cas et je n'ai entendu
nulle part, face à la question, un membre du Parti
québécois qui crie son désenchantement à l'actuel
gouvernement pour ne pas respecter ses objectifs. C'est normal qu'il en soit
ainsi. Le gouvernement est conséquent et logique, face à son
histoire, à son option et face à ses partisans.
Les membres du Parti québécois sont satisfaits de la
question, parce qu'elle est fidèle au programme du parti et qu'elle
représente fidèlement le but visé. D'ailleurs, Mme la
Présidente, simplement pour vous indiquer cette fidélité
et cette logique, il s'agit de prendre le programme du Parti
québécois, la dernière édition de 1980. On y
retrouve, à la toute première page, dans le message de son
président, l'actuel premier ministre M. René Lévesque, en
toutes lettres, indiqué clairement, l'objectif du Parti
québécois, qui se transpose évidemment dans sa
question.
Je le lis. C'est signé par le premier ministre, M.
Lévesque: "La souveraineté nationale, voilà un de ces
principes moteurs auxquels le parti ne saurait renoncer sans se trahir. Il
s'agit d'un tournant que le Québec ne prendra jamais qu'avec
l'assentiment majoritaire et non équivoque des Québécois
eux-mêmes".
C'est donc la souveraineté nationale qui est ce principe moteur
que l'on retrouve tout au long de ce cheminement. D'ailleurs, des hommes
publics ont également l'honnêteté et le courage de dire
exactement ce qu'il en est dans le même sens. Ici, j'ai la
déclaration à ce sujet de M. Pierre Bourgault, faite
récemment dans la Gazette de Montréal, le samedi 8 mars.
J'aimerais vous citer cette chose qui est importante: "If we want to be
responsible citizens, we must know exactly what we vote for and accept the
consequences. An example: In the last provincial election, some people voted
for René Lévesque, not because they agreed with him, but because
they wanted to get rid of Robert Bourassa. Well, you can't have one without the
other. If you voted for Lévesque, whatever your reasons, you must expect
him to govern according to his program whether you like it or not". Plus loin,
il dit ceci: "The question may not be the one some of us would have liked to
be, but the question, none the less, is clear. If we vote yes, we will have
given Lévesque a mandate to negotiate a new entente with Canada on the
basis of sovereignty-association. We won't have the right to come back the next
day, saying: I am federalist, but I voted yes to give Claude Ryan more
bargaining power, should he ever be elected in the next election".
Je pense que cette citation est également
révélatrice de l'objectif lui-même et on doit être
conscient, au moment de voter oui à la question, de tout ce qui
s'ensuit, Mme la Présidente.
En terminant, j'aimerais rapidement indiquer que le ministre des
Finances, avec la franchise et la façon directe qu'il a de s'exprimer, a
également maintenu la même ligne et donné exactement
l'objectif que poursuit actuellement le Parti québécois. Je cite
un article de journal: La question qui sera posée aux
Québécois au référendum est une marche de plus sur
cet escalier qui nous rapproche petit à petit de l'objectif. Selon le
ministre, c'est l'accession du Québec à sa souveraineté
politique qui constitue la vraie question et le seul point sur lequel il peut y
avoir encore des oppositions, le reste étant pour lui classifié
et clair.
C'est donc le but visé actuellement par le Parti
québécois. Mme la Présidente, avec votre permission
vous me faites signe que mon temps est presque écoulé; j'en ai
à peu près pour une minute ou une minute et demie est-ce
que je peux avoir le consentement pour terminer?
Je vous remercie. On sait donc que le but visé dans l'actuel
référendum se retrouve dans le préambule de la question.
Il s'agit donc de la souveraineté politique du Québec,
renchaussée ou appuyée, si on veut, sur l'association
économique. Ce qui fait l'objet de la question même, c'est un
moyen proposé pour y arriver, soit le mandat de négocier. En
apportant leur réponse à ce moyen, les Québécois
doivent être conscients qu'automatiquement ils répondent à
l'objectif dont il était question dans le préambule, les deux
étant indissociables. Encore là, ce n'est pas moi qui le dis;
c'est également dans le programme du Parti québécois.
Ce sont donc là les grands paramètres et de la question et
de la situation que nous avons à vivre. La question est là, que
l'on soit d'accord ou non avec, et les Québécois devront
trancher. Je respecterai ceux qui appuieront la question avec des motifs
sincères comme je respecterai ceux qui rejetteront cette question avec
des motifs tout aussi sincères. C'est leur droit de répondre.
Maintenant qu'on a posé la question, qu'on laisse le droit, sans les
affubler de qualificatifs, aux Québécois de répondre selon
leur volonté, leur jugement et leur désir.
En ce qui me concerne, j'ai toujours été un nationaliste,
mais je n'ai jamais été, cependant, pour la brisure du lien
fédéral. C'est la position que je défends. Pour les
raisons que mes collègues ont évoquées et que j'ai
moi-même évoquées, je répondrai non à cette
question telle qu'elle est libellée, telle qu'elle est formulée
devant l'Assemblée nationale actuellement.
La Vice-Présidente: M. le député de Viau.
M. Charles Lefebvre
M. Lefebvre: Mme la Présidente, je suis fier de parler
immédiatement après le député de Richmond, parce
qu'il a élevé le ton du débat. Vous sa-
vez, Mme la Présidente, ce n'est pas toujours facile d'accepter
de se faire accuser de malhonnêteté, quand on a un sentiment
profond de mettre notre meilleure énergie à la cause du
Québec. Il arrive alors que nos paroles dépassent nos
pensées. Je remercie sincèrement le député de
Richmond de nous rappeler à l'ordre; dommage, malheureusement, que nous
ne partagions pas du tout les mêmes idées.
Mme la Présidente dans la question référendaire
déposée en cette Chambre par le premier ministre, on demande aux
Québécois: Accordez-vous au gouvernement du Québec le
mandat de négocier une nouvelle entente entre le Québec et le
Canada fondée sur le principe de l'égalité des peuples?
Cette entente comprendra bien sûr plusieurs volets mais, étant
député du comté de Viau, dans la grande région de
Montréal, je voudrais insister, par mon intervention, principalement sur
un de ces volets: la possibilité de créer chez nous une politique
de plein emploi qui nous soit propre.
Mais avant de commencer, je voudrais m'adresser aux groupes ethniques
et, plus particulièrement, aux Québécois d'origine
italienne. Les citoyens du comté de Viau, qu'ils soient francophones ou
Québécois d'origine autre, ont appris depuis des années
à vivre et à travailler ensemble. J'ai pu constater que ce
partage des mêmes conditions amène un nombre croissant d'Italiens
québécois à s'intéresser à la question,
indépendamment de leur allégeance politique parce que nous devons
aussi, ensemble, partager les conséquences économiques du
régime actuel.
Malgré leur esprit de travail et leur dynamisme, les deux groupes
se retrouvent au bas ou, je devrais dire, au bas-fond de l'échelle
nationale du revenu. Les deux groupes sont également hantés,
peut-être plus que d'autres même au Québec, leur
patrie commune par le spectre du chômage. Depuis qu'il existe des
statistiques sur l'emploi au Canada, le Québec a toujours dû subir
un taux de chômage plus élevé que la moyenne nationale.
Cette année encore, plus de 9% de la population active
québécoise sont en quête de travail. Cette situation
intolérable a réellement assez duré. Bien sûr, le
gouvernement fédéral est toujours prêt à
subventionner nos chômeurs, mais ce n'est qu'un palliatif. Les
travailleurs québécois préfèrent travailler; ce
qu'ils veulent, c'est un emploi stable, à la hauteur de leur
compétence, et ils sont compétents.
Bien sûr, l'atout majeur du Québec est l'énergie
hydroélectrique. Dans un contexte où la rareté
énergétique constitue une contrainte de taille au
développement économique, le Québec dispose, contrairement
à la plupart des pays industrialisés, d'une solution de rechange
à la crise mondiale créée par la rareté et le prix
fort élevé du pétrole. Savez-vous qu'on aura au
Québec, en 1985, cinq fois plus d'électricité par habitant
qu'aux Etats-Unis et à un prix de deux à quatre fois moindre? Et,
ce qu'il y a de mieux, c'est que cette énergie est renouvelable. Ici, je
ne peux laisser passer la grande nouvelle qui a été
publiée récemment je pense, il y a une semaine
révélant qu'Hydro-
Québec, à la suite d'une décision du Conseil des
ministres, investira $700 millions dans un projet de centrale souterraine
à Manic 5. Quand? A partir de ce printemps, le printemps 1980, et sans
l'aide du fédéral.
Le deuxième plus grand atout du Québec, comme je l'ai dit
tout à l'heure, Mme la Présidente, c'est la compétence des
Québécois. Plusieurs études, dont une
réalisée par la maison américaine Fantus, ont
démontré que, généralement, le travailleur
québécois manifestait plus de fierté et d'application
constante à son travail que les autres travailleurs
nord-américains. Malheureusement, ces atouts sont parfois
atténués par certaines politiques fédérales
difficilement explicables. Est-ce justifiable que cela coûte moins cher
de transporter des pommes de terre du Nouveau-Brunswick à
Montréal que des Cantons de l'Est à Montréal? De fait, les
tarifs de transport ferroviaires sont 40% plus élevés au
Québec que dans le reste du Canada, ce qui veut dire que les produits
vendus au Québec ou exportés du Québec coûtent plus
cher qu'ailleurs au Canada et cet état de fait décourage
certaines industries à venir s'établir chez nous. De plus, est-ce
raisonnable, Mme la Présidente, alors que nous consommons 30% du
marché de l'automobile, que seulement 5% de ce marché soient
fabriqués au Québec, ce qui représente une absence de plus
de 60 000 emplois québécois?
Parlons donc maintenant du port de Montréal, organisme
exclusivement de juridiction fédérale. Au cours des 20
dernières années, le port de Montréal fut le seul port
canadien qui enregistra un surplus accumulé de $47 millions, montant que
la direction du port a toujours voulu réinvestir sur place pour
améliorer les installations, mais Ottawa ne l'entendait pas ainsi. Il
préférait plutôt avantager d'autres ports ailleurs. Ainsi,
en 20 ans, le port de Montréal a gardé exactement le même
volume d'activités, mais il est passé de 40% du trafic maritime
canadien qu'il était en 1958 à 6,4% en 1978, soit sept fois
moins. Cela signifie sept fois moins d'emplois, sept fois moins de revenus pour
les Québécois.
D'autre part, Mme la Présidente, les politiques
fédérales ne correspondent pas toujours au type
d'industrialisation propre au Québec: le textile, la chaussure, les
pâtes et papiers, le meuble, les matériaux de construction. Trop
souvent, dans ces domaines, le Québec a été la
région réellement défavorisée. En effet, une
étude de l'OPDQ effectuée il y a quelques années
démontre que la politique de stabilisation fédérale a eu
des effets néfastes pour l'économie québécoise. Les
conjonctures québécoise et canadienne ne correspondent pas
toujours et parfois même, elles sont diamétralement
opposées. De plus et ce qui est encore beaucoup plus grave
cette étude prouve que le gouvernement fédéral a
systématiquement diminué les dépenses créatrices
d'emplois au Québec quand le chômage augmentait, ce qui est
absolument contraire à toute logique administrative. (21 h 20)
D'autre part, dans un pays de l'étendue du Canada, on oublie trop
facilement ces dimensions financières défavorables au
Québec pourvu que la
richesse nationale s'améliore. L'équilibre est
supposé alors être conçu en termes de migration des
travailleurs défavorisés vers les régions qui se
développent, c'est-à-dire, pour nous, vers l'Ouest. Dans un tel
contexte, Mme la Présidente, comment pouvons-nous imaginer que le
travailleur québécois, attaché à son Québec,
veuille et puisse émigrer vers des régions qui lui sont
parfaitement inconnues?
Bien que la population du Québec ait été 26,8% de
cette du Canada en 1978, le Québec n'obtient toujours que 16,5% des
dépenses fédérales créatrices d'emplois. Cette
donnée qui nous est défavorable et que l'Opposition ne conteste
même pas vient de Statistique Canada. Il en ressort donc que les
dépenses fédérales au Québec sont d'une nature
beaucoup plus passive qu'active, du moins sur le plan de la création
d'emplois directs.
Ici, je voudrais mentionner comme exemple le conflit de la taxe de vente
l'hiver dernier entre Québec et Ottawa. Alors que le chômage
québécois était de 11%, des coupures de quelque $500
millions du fédéral ont provoqué chez nous une perte de 18
000 emplois. Par contre, l'abolition de la taxe de vente par le Québec
dans cinq secteurs qui nous sont propres a créé 12 000 nouveaux
emplois et assuré la pleine rentabilité de nos secteurs mous.
Il devient donc évident, Mme la Présidente, que le
potentiel économique du Québec demande un nouveau cadre juridique
avec le reste du Canada et qu'il nous faut aller chercher, par
référendum, le mandat de négocier, entre autres, la
création chez nous d'une politique de plein emploi qui nous soit propre.
Les Québécois n'acceptent pas un taux de chômage toujours
croissant et ne veulent pas s'expatrier pour obtenir un emploi. Il semble donc
évident qu'il faille rapatrier au Québec la responsabilité
exclusive de l'emploi.
Dans le cadre de la souveraineté-association le gouvernement du
Québec ira négocier la possibilité de
récupérer l'ensemble des ressources fiscales actuellement
canalisées vers le gouvernement fédéral. Cette
canalisation de nos impôts vers un seul gouvernement aura beaucoup plus
que des retombées administratives. Le transfert des ressources fiscales
permettra de combler un manque à dépenser de $868 millions et,
par conséquent, l'injection de ces sommes pourrait se traduire par la
création considérable d'emplois au Québec en fonction de
nos priorités.
Ici, je voudrais attirer l'attention de la population sur le fait que
les quelques exemples que j'ai cités dans mon intervention auraient
comme conséquence, s'ils étaient appliqués en fonction de
nos besoins, de créer un nombre très important d'emplois, je
dirais même de réduire notre taux de chômage pratiquement de
moitié, sans qu'il en coûte un sou aux contribuables
québécois. Si nous voulons combattre le chômage au
Québec, c'est au Québec que doit se trouver le centre de
décision.
Bien sûr, le mandat de négocier une nouvelle entente entre
Québec et le Canada n'implique pas seulement ce volet, mais je trouve
impensable qu'un Québécois, de quelque origine qu'il soit, puisse
refuser toute entente susceptible de lui procurer chez lui un emploi stable,
à la hauteur de son potentiel.
Aucun Québécois ne peut donc être en
désaccord avec la question déposée par le premier
ministre. Voilà pourquoi un oui est la réponse logique et
raisonnable pour tous les Québécois. Merci.
M. Boucher: M. le Président.
Le Vice-Président: Je constate qu'il y avait trois
députés debout.
M. Dubois: C'est la troisième fois que je me lève,
M. le Président.
Le Vice-Président: Est-ce qu'il y avait une entente entre
les leaders sur le droit de parole ce soir, M. le leader du gouvernement? De
toute façon, les deux vont pouvoir parler ce soir. Est-ce que je dois
reconnaître quelqu'un en particulier? M. le député de
Huntingdon, est-ce que vous pourriez intervenir immédiatement
après le député de Rivière-du-Loup?
M. Dubois: Allez-y. M. Boucher: Merci.
Le Vice-Président: Je vous reconnaîtrai
immédiatement après.
M. le député de Rivière-du-Loup.
M. Jules Boucher
M. Boucher: M. le Président, le débat qui nous
occupe déjà depuis plusieurs heures n'aurait peut-être pas
été nécessaire si, il y a 115 ans, soit en 1865, les
Québécois avaient eu à se prononcer sur une question comme
celle qui est proposée à cette Assemblée et qui contient
une option claire, nette et précise, soit celle de la
souveraineté-association. Mais, malheureusement, en 1865, nos
ancêtres n'ont pas été consultés. Ils se sont vu
imposer le régime que nous visons depuis, soit celui de la
confédération, régime qu'ici, en cette Chambre, la loyale
Opposition de Sa Majesté Elisabeth II continue d'appuyer envers et
contre toute logique, un peu comme le faisait le personnage biblique Nathan
envers le peuple hébreu, auquel il appartenait d'ailleurs, pour
maintenir ce peuple dans l'esclavage des Egyptiens.
M. le Président, je m'attarderai à démontrer que
nos ancêtres étaient contre l'acte confédératif et
que s'ils avaient été consultés et s'ils avaient eu
à choisir entre le régime confédératif et la
souveraineté-association, ils auraient sûrement opté pour
la souveraineté-association. En effet, en 1865, à peu près
à cette époque-ci de l'année, il y avait un débat
à la Législature du Canada Uni, débat qui portait sur
l'adoption des 72 résolutions de la Conférence de Québec
d'octobre 1864. Ces
72 résolutions n'étaient, en fait, que le brouillon de
l'Acte de l'Amérique britannique du Nord que le Parlement de Londres
vota en 1867.
Or, d'après les recherches effectuées dans les archives
des municipalités de mon comté, j'ai été
agréablement surpris de voir qu'à cette époque la
population de ce comté a fait des pieds et des mains pour s'opposer
à l'adoption des 72 résolutions. C'est par le truchement des
conseils municipaux et du conseil de comté qu'ils ont pu exprimer leur
opinion puisque, même s'ils l'ont réclamé, ils n'ont pas pu
bénéficier d'un référendum comme les
Québécois d'aujourd'hui qui vont pouvoir s'exprimer sur l'option
qui leur est proposée présentement.
En effet, j'ai relevé plusieurs résolutions de
municipalités et, à titre d'exemple, je vais vous en lire une,
celle de la municipalité de Saint-Arsène. "A une séance du
conseil municipal de la paroisse de Saint-Arsène, tenue en ladite
paroisse au lieu ordinaire des séances, lundi le 13e jour de
février en l'année de Notre-Seigneur 1865 à une heure et
demie de l'après-midi ils faisaient ça de bonne heure
parce que le soir, ils avaient du travail à faire, celui de faire des
enfants conformément aux dispositions de l'acte municipal du
Bas-Canada de 1860, à laquelle sont présents Messieurs J.-P.
Marois, écuyer, président comme maire, François
Dubé, Jean-Baptiste Pelletier, Hector Roy, Germain Thériault,
Joseph Roy, Clovis Béru-bé, membres dudit conseil.
Résolution: M. François Dubé propose, secondé par
M. Hector Roy, qu'il soit résolu que ce conseil, considérant que
le projet de Confédération des provinces britanniques de
l'Amérique du Nord, maintenant soumis à la Législature,
serait désavantageux au Bas-Canada, croit de son devoir de prier
Jean-Baptiste Pouliot, écuyer, membre de ce comté, le
député, de faire tout ce qu'il pourra pour empêcher que le
projet en question soit adopté ou, au moins, qu'il ne le soit pas sans
appel au peuple de la manière que la Législature le trouvera
convenable. (21 h 30)
M. le Président, vous me permettrez une petite digression pour
mentionner au passage que Saint-Arsène est la paroisse natale de M.
Léon Dion, éminent politicologue dont nous sommes fiers, reconnu
pour son honnêteté intellectuelle et son bon jugement, mais aussi
reconnu comme la conscience du Parti libéral depuis les années
soixante. M. Dion a récemment fait connaître son opinion
concernant le fameux livre beige du chef du Parti libéral et, le moins
qu'on puisse dire, c'est qu'il n'a pas été tendre à
l'endroit de cette supposée bible du fédéralisme
renouvelé. Il a tout simplement recommandé son renvoi aux
oubliettes puisqu'un tel projet nous retournerait au moins 20 ans en
arrière.
Le chef de l'Opposition officielle, devant cette critique, s'est
montré égal à lui-même et l'a rejetée du
revers de la main. Il a pour ainsi dire excommunié sa conscience
politique. Je conseillerais au chef de l'Opposition officielle de relire le
célèbre poème de Victor Hugo intitulé: La
conscience. Il verra qu'il est difficile parfois de pouvoir étouffer la
voix de sa conscience, car tout le monde connaît le dernier alexandrin du
poème: L'oeil était dans la tombe et regardait Caïn.
M. le Président, j'ai d'autres résolutions semblables qui
venaient des municipalités de Saint-Antonin, Saint-Eloi,
Notre-Dame-du-Portage, Saint-Patrice-de-la-Rivière-du-Loup, le canton
Vi-ger, Saint-Modeste. Mais, compte tenu du temps et pour l'édification
des membres de cette Assemblée, permettez-moi de lire la
résolution du conseil de comté qui, à cette époque,
s'appelait le comté de Témiscouata. Cette résolution
résume toutes les autres. "1865, extrait de résolution. A une
séance générale et trimestrielle du conseil municipal du
comté de Témiscouata, tenue en la paroisse de
Saint-Jean-Baptiste-de-l'Isle-Verte, lieu ordinaire des séances dans
ledit comté, mercredi, le huitième jour de mars
c'était dans le mois de mars à 10 heures de la
matinée, en l'an de Notre-Seigneur mil huit cent soixante et cinq,
conformément aux dispositions de l'Acte municipal du Bas-Canada de 1860,
à laquelle session sont présents: Louis-H.-L. Bertrand,
écuyer, maire de ladite paroisse de Saint-Jean-Baptiste-de-l'Isle-Verte;
J.-P. Marois, écuyer, maire de la paroisse de Saint-Arsène;
Jean-Baptiste Leblond, écuyer, maire de la paroisse de Trois-Pistoles;
David Turcotte, écuyer, maire de la paroisse de Saint-Edouard; Antoine
Bellavance, écuyer, maire du "township" Bégon; Louis Clermont,
écuyer, maire du "township" Denonville; Georges Gagnon, écuyer,
maire du "township" Viger; Michel Levasseur, écuyer, maire de la
paroisse de Saint-Modeste; Georges April, écuyer, maire de la paroisse
de Saint-Antonin; Cyrille Dubé, écuyer, maire de Saint-Henri de
Madawaska; Bruno Lavoie, écuyer, maire de la paroisse de
Saint-Patrice-de-la-Rivière-du-Loup; Louis Léveillé,
écuyer, maire de la paroisse de Notre-Dame-du-Portage;
François-Xavier Beaulieu, écuyer, maire de la paroisse de
Saint-Georges-de-Cacouna; membres dudit conseil et formant quorum d'icelui. M.
Georges April propose, secondé par M. J.-P. Marois:
"Premièrement, que ce conseil considérait que le projet de
Confédération des provinces britanniques de l'Amérique du
Nord maintenant soumis à la Législature serait
désavantageux au Bas-Canada et doit, au nom des électeurs de ce
comté, prier Jean-Baptiste Pouliot, représentant de ce
comté, de s'opposer à l'adoption de ce projet ou, au moins, de
faire tout ce qui sera possible pour que ce projet ne soit pas adopté
sans un appel au peuple. "Deuxièmement M. le Président,
cette fois, il y en a pour les journalistes que ce conseil, pour
l'honneur de ce comté, proteste contre les plates injures
publiées dans certains journaux français de Québec contre
Jean-Baptiste Pouliot, écuyer, représentant de ce comté,
injures que ce conseil considère comme s'adressant aux électeurs
de ce comté par leur représentant. "Troisièmement, que ce
conseil croit être l'organe des électeurs de ce comté en
approuvant en leur nom la conduite parlementaire de Jean-Baptiste Pouliot,
écuyer.
"Quatrièmement, que copie de ces résolutions soit
transmise à Jean-Baptiste Pouliot, écuyer, au Canadien pas
les Canadiens de Montréal, c'est un journal au Pays et au
Défricheur, avec prière de bien vouloir publier.
Elie Mailloux, secrétaire-trésorier, conseil municipal du
comté de Témiscouata,
François-Xavier Beaulieu, maire."
M. le Président, vous me permettrez ici, en utilisant une
expression à la mode depuis l'entrée en Chambre du nouveau
député de Beauce-Sud, de rendre hommage à la
perspicacité et à la clairvoyance de nos ancêtres qui,
même avant d'avoir vécu le régime
confédératif, savaient que ce régime serait
désavantageux et préjudiciable aux Québécois, et,
comme le dit l'histoire du temps, ils savaient que le pouvoir central aurait
tendance à tout centraliser, à empiéter sur les droits des
provinces et à mépriser leurs garanties. En d'autres termes, ils
sentaient que les dés étaient pipés.
M. le Président, pour compléter, je dirai qu'en 1865, on a
essayé de vendre le projet de confédération en faisant
miroiter la promesse de la construction du chemin de fer Intercolonial;
c'était le plat de lentilles. Le comté de Rivière-du-Loup,
qui devait être traversé par ce chemin de fer, était
placé dans une position privilégiée. On aurait pu craindre
qu'en votant contre le projet de confédération, c'était en
même temps la perte du chemin de fer, avec tous les avantages que cela
pouvait comporter, mais nos ancêtres avaient le sens des valeurs, car,
pour eux, les valeurs culturelles et les valeurs nationales passaient avant les
valeurs matérielles. C'est probablement à cause de cela que nous
avons survécu comme peuple; nos ancêtres ne se laissaient pas
acheter, ils étaient prêts à bien des sacrifices pour
conserver leur identité de peuple. Aussi, ils se sont opposés
quand même à la confédération.
M. le Président, je citerai un passage du discours de M.
Jean-Baptiste Pouliot, député du comté à
l'époque, qui corrobore ce que je viens de dire; ce discours, il le
prononçait le 9 mars 1865, à la Législature du Canada. Il
disait ceci: "L'on sait, M. le Président, quels avantages retirent les
localités où des travaux aussi considérables se font
d'abord pour la confection et ensuite l'entretien, et l'on connaît aussi
tous les autres avantages d'un chemin de fer pour les établissements.
Les habitants de mon comté ont très bien compris cela,
c'est-à-dire que, sous le rapport des intérêts
matériels, la confédération pourrait nous être
avantageuse, comme je le pense aussi moi-même, mais, néanmoins,
ils ont aussi compris qu'il en est des peuples comme des individus, que ce ne
sont pas les plus riches qui sont les plus heureux et, croyant la
nationalité canadienne-française en danger, si la
confédération avait lieu, ils n'ont pas hésité un
instant à se prononcer contre ce projet. Ils m'ont chargé de m'y
opposer en leur nom, comme leur représentant, de sorte qu'en agissant
comme je le fais, M. le Président, je ne fais que me rendre à
leur désir."
C'était ça, nos ancêtres, M. le Président; en
1865, nous étions un peuple et nous voulions le demeurer. Jean-Baptiste
Pouliot, qui, n'en déplaise au chef de l'Opposition et au Parti
libéral, était un libéral, voyait des avantages
matériels à court terme dans la confédération,
à cause du chemin de fer. S'il revenait aujourd'hui, il serait en mesure
de constater que, pour ça comme pour le reste, on s'est fait avoir!
Aujourd'hui, M. le Président, la question que nous
débattons propose une nouvelle entente pour nous permettre de sortir du
vieux régime confédératif dans lequel nous vivons depuis
113 ans. Cette nouvelle entente, basée sur le principe
d'égalité des deux peuples, implique, d'une part, la
souveraineté, c'est-à-dire les pleins pouvoirs de taxation, les
pleins pouvoirs de faire nos lois et les pleins pouvoirs de se faire
représenter sur la scène internationale, et, d'autre part,
l'association, une association économique qui maintiendrait un lien
entre ces deux peuples, comme cela se fait présentement à travers
le monde.
M. le Président, si nos anciens avaient eu à
répondre à la question que nous débattons
présentement, je suis assuré qu'ils auraient répondu oui;
c'est pourquoi j'invite les Québécois à répondre
massivement oui à cette question et particulièrement la
population du comté de Rivière-du-Loup que je représente.
Car, si nos ancêtres se sont opposés au régime
confédératif, il est temps, après 115 ans, que nous
changions ce régime qui a toujours desservi nos intérêts et
qui, au départ, nous a été imposé sans consultation
du peuple québécois.
M. le Président, nos ancêtres nous ont donné un
peuple, donnons à nos enfants un pays! Merci.
Le Vice-Président: M. le député de
Huntingdon. (21 h 40)
M. Claude Dubois
M. Dubois: M. le Président, avant de passer aux raisons
précises qui m'amènent à rejeter la proposition suspecte
du Parti québécois, je veux tout d'abord dénoncer
carrément le frauduleux préambule qui enrobe la question,
particulièrement l'engagement gratuit et sans fondement que le
gouvernement consulterait de nouveau les Québécois advenant un
oui au référendum.
En ce moment, je me demande sérieusement s'il ne s'agit pas
là de l'escroquerie du siècle. Lors de la campagne
électorale de 1976, ces mêmes personnes ont eu peur de prononcer
le mot souveraineté-association ou son équivalent,
l'indépendance. Encore aujourd'hui, ils sentent le besoin de falsifier
leur question d'un préambule obscur dont le but est de nous convaincre
qu'il y aura une deuxième consultation avant d'effectuer tout changement
de statut politique.
J'aimerais bien, M. le Président, que l'on m'indique comment nous
pourrions forcer le gouvernement à tenir un deuxième
référendum. Il est clair que le libellé de la question
démontre bien, à lui seul, l'indigne imposture dont nous sommes
victimes. M. le Président, si nous étions un peuple
opprimé, si les Québécois avaient à supporter
une
atroce dictature, un impéralisme inhumain, je comprendrais tout
de suite qu'il n'y aurait plus rien à perdre. Mais, heureusement, ce
n'est pas le cas. Nous faisons l'envie de toutes les nations de par nos
libertés et nos droits individuels. Nous vivons dans une province
canadienne riche de promesses et d'occasions favorables, toutes acquises dans
ce pays, dans ce régime et dans cette terre que nos pères nous
ont légués.
Etant bien lucides, nous répondrons non à cette indigne
machination. Aucun de ces péquis-tes n'a encore pu me dire ce que serait
un Québec indépendant dans cinq ans, dix ans ou vingt ans. Ces
gens-là qui prêchent l'indépendance depuis longtemps n'ont
encore pu nous indiquer quel en serait le coût. Ils ne sont donc que des
aventuriers que je ne peux ni respecter ni cautionner. Jamais ils n'ont pu
établir par quelque étude que ce soit ce que serait le standard
de vie après une séparation, ainsi que sur quoi reposerait une
garantie absolue que nos droits, nos privilèges, nos biens et nos
libertés seraient conservés.
M. le Président, les péquistes sont, de toute
évidence, si négatifs et si peu confiants des résultats
futurs d'un régime indépendant qu'ils ont déjà
mobilisé une foule d'artistes pour nous divertir de peur que leur
aventure tourne au vinaigre. Ils pourront alors tenter de calmer ou
d'agrémenter une population désemparée. Il va sans dire
que le Parti québécois se révèle bien ce qu'il est:
un parti de comédiens.
M. le Président, il y a lieu de bien analyser le contexte actuel
des choses. Nous avons un gouvernement représenté par un parti de
spécialistes en démocratie socialisante. D'une part, ils disent
vouloir respecter les droits, les biens et les privilèges de chacun.
Pourtant, ces mêmes gens ont, sans gêne, adopté plus d'une
loi, ici, en cette Chambre, faisant fi du respect des droits et des
libertés individuels.
En plus, face au peu de crédibilité qu'ils ont, les
tenants du oui se sont vus dans l'obligation d'engager nos taxes et même
nos revenus futurs. Vous pouvez le constater dans leur livre blanc au chapitre
des droits acquis. Connaissant bien, eux-mêmes, le faible degré de
confiance qu'ils inspirent, ils ont dû mettre le paquet en promesses.
Quel traitement aurons-nous à subir dans un Québec
indépendant? Quel niveau de vie nous attend si l'on dit oui à une
question nébuleuse et truquée? Comment peut-on avoir confiance en
un gouvernement qui n'est même pas honnête au niveau de la question
sur laquelle il sollicite un mandat? Qui donc serait prêt à se
jeter dans la gueule du loup aussi aveuglément?
M. le Président, la très grande majorité des gens
que je connais et tout particulièrement les agriculteurs me disent avec
gros bon sens: Non, nous ne voulons pas de cette aventure. Leur
défection, calme et sage, repose sur le pur bon sens et sur la logique
même. Ils me disent fièrement qu'ils ont durement
bûché pour acquérir leurs biens dans un régime de
liberté et qu'ils ne lâcheront pas aussi bêtement. Ils sont
clairvoyants, ils sont sensibles à l'air malsain, ils savent quand le
vent souffle du mauvais côté, ils possèdent ce
sixième sens et ils ont déjà bien compris, ils ne sont pas
dupes. Ce que votre question suggère renferme un inconnu tellement peu
rassurant qu'ils vous disent non, un non merci authen-tiquement
québécois et foncièrement canadien.
Ce non collectif est le fruit d'une synthèse découlant du
gros bon sens, dictée par une responsabilité et une grande
honnêteté envers leurs enfants qui ne pourraient leur pardonner un
tel geste envers un pays où il fait bon vivre. Non, merci! Ils ne sont
pas prêts à rejeter du revers de la main leur survie, leur
stabilité, leur calme, leurs droits et leurs biens.
Mr Speaker, I wish to take this opportunity to express my deepest
regrets 4n regards to the unjustified stand being taken by some narrow-minded
members of this Assembly towards my fellow Canadians and Québec
citizens. The disgraceful and irresponsible attitude of the péquiste
government towards my Canadian countrymen from coast to cast is worthy of
denunciation. The drastic and inconsiderate proposal to Quebecers implying a
brutal splitting of our country is unbearable and must be condemned.
As a citizen of the greatest, freest and most sought after country in
the world, I hereby indicate that in no way I will associate myself to the
great swindle of the century. You may rest assured that all proper steps will
be taken to offset this separatist government and to upset them in their
desires. No thanks! I choose Québec and Canada.
M. le Président, j'aimerais à ce moment-ci revenir sur des
propos énormément partisans du ministre de l'Agriculture qui
s'est plu, dans son intervention, à rappeler une réponse du
premier ministre du Québec, une promesse qui ne vaut, à mon sens,
que $2.66 pour les producteurs de lait; mais tout en s'abstenant bien, dans sa
malhonnêteté intellectuelle, d'indiquer que notre système
fédératif rapporte environ $125 millions annuellement aux
producteurs de lait de transformation du Québec. Il n'a pas cité
le chiffre de $125 millions et je le traite de malhonnête dans ce sens.
Naturellement, il a parlé aussi du Maritime Freight Act, mais a omis
évidemment de parler de la subvention fédérale annuelle de
$6 700 000 en compensation de l'ancien programme d'aide au transport des grains
de provende, oubliant aussi du même coup une autre aide sur le transport
des grains de provende pour les régions périphériques du
Québec et celle-ci vaut environ $4 millions annuellement aux producteurs
du Québec.
M. le Président, quel mensonge du ministre quand il a dit que
l'on payait nos grains de l'Ouest plus cher que les Russes les paient! C'est
exactement le contraire qui se produit, M. le Président.
Il a aussi charrié sur l'administration de l'ACDI dans le cadre
des achats effectués au Québec en produits alimentaires, mais
encore là, il a omis d'indiquer au moins trois choses.
Premièrement, le pays qui reçoit l'aide choisit lui-même
les produits alimentaires de concert avec le World Food Program.
Deuxièmement, la majorité des peuples sous-alimentés ne
digère pas le lait en
poudre et souvent, ces peuples n'ont même pas d'eau potable pour
le traiter. Par contre, la farine et le blé qui sont fournis sont des
produits de toute première importance pour ces peuples. Il n'a pas
osé mentionner également qu'au-delà des produits
alimentaires, l'ACDI achète au Québec un peu plus de 31% de tous
ses besoins.
M. le Président, le ministre a été tout aussi
silencieux sur les trois formes d'aide dans le domaine pétrolier,
sachant fort bien que les agriculteurs sont de très gros usagers de
pétrole. Les producteurs agricoles bénéficient grandement
du système actuel soit au niveau de la péréquation, des
subventions à l'importation et de l'économie sur l'achat de brut
canadien. Pour l'ensemble des Québécois, ces politiques
fédérales nous feront économiser, pour 1980, environ $2
300 000 000. Ces économies furent de $2 143 000 000 pour 1979, de $1 109
000 000 pour 1978, de $1 307 000 000 pour 1977 et je pourrais reculer encore.
(21 h 50)
C'est certain que notre système fédéraliste n'est
pas parfait, mais il est un gage de stabilité indéniable et nous
apporte un équilibre économique qui ne se retrouve nulle part
ailleurs, quoi qu'en disent les gens d'en face. M. le Président, tout
compte fait, mon non est bien québécois.
Au-delà de tout ce dont je viens de faire état, nos amis
d'en face n'ont pas encore soufflé mot des ententes auxiliaires
Canada-Québec telles que celles que je vais vous citer. J'en ai six ici.
Il y en a une dizaine à peu près. La première entente sur
laquelle je vais vous donner des montants qui sont impliqués, c'est le
développement agricole 1975-1982, $62 millions du fédéral;
l'entente auxiliaire pour le développement forestier, 1974-1982, $83
millions; assainissement des eaux de la région de Montréal,
1977-1982, $120 millions; entente auxiliaire pâtes et papiers, 1979-1984,
$90 millions; entente auxiliaire infrastructures industrielles, 1974-1983, $82
millions; développement touristique, 1978-1983, $45 millions. Et je
pourrais en citer encore. Il y en a encore cinq ou six.
M. le Président, il y a aussi la volte-face du ministre des
Finances qui m'apparaît tout à fait bizarre. Depuis les
annés que le Parti québécois prêche la
nécessité de posséder tous les leviers économiques
et financiers afin d'en arriver à un développement accru de nos
richesses naturelles, voilà que soudainement, il abandonne de
lui-même le seul, l'unique et l'indispensable levier, celui de la
monnaie. M. le Président, si ces gens concèdent aussi
lâchement et aussi fatalement à la Banque du Canada la
suprématie sur les politiques monétaires et sur les taux de
change, comment peuvent-ils encore parler d'égal à égal?
Comment peuvent-ils parler de souveraineté ou d'indépendance
politique sans rougir? N'est-ce pas là, M. le Président, l'injure
la plus grotesque lancée par les péquistes à la face des
Québécois?
M. le Président, juste au temps où plus que jamais les
Canadiens doivent se serrer les coudes, juste au temps où l'inflation
fait le plus de ravages et secoue sans merci l'économie de tous les
pays, exactement au moment où le Québec profite et profitera de
plus en plus de l'immense sécurité qu'offre le Canada, au temps
où le Québec reçoit et recevra plus que sa quote-part et
où la péréquation nous avantage énormément,
juste au moment où le Québec devient le plus dépendant des
richesses pétrolières du pays et juste au temps où le
fédéralisme canadien nous sert le mieux, il faut être
vraiment aveugle, borné et inconscient pour priver les
Québécois de cette indispensable sécurité dont nous
jouissons à ce moment critique de notre histoire.
Mesdames et messieurs d'en face, la motion débattue pourrait
être fatale pour la population. Elle pourrait nous faire
extrêmement mal. Ayez donc l'honnêteté de peser les
conséquences de vos gestes.
M. le Président, je termine en disant non au nid socialiste
nord-américain dont veut nous doter ce gouvernement, non à
l'indépendance politique et à la rupture de mon pays, non au
sentiment de haine mêlée d'émotion sur lesquelles se base
le projet péquiste. Je dis non à mon expatriation, je dis non au
rejet...
Des Voix: Ah!
M. Dubois: Je dis non à mon expatriation, je dis non au
rejet...
Une Voix: Bravo! Une Voix: Continue.
M. Dubois: ... de l'héritage merveilleux et à la
citoyenneté privilégiée acquise à ma naissance.
Une Voix: Très bien.
M. Dubois: Je dis non au rejet de la qualité de la vie et
de toutes les richesses que mon pays peut m'offrir. M. le Président,
l'inconnu, je l'investis dans mon pays, dans ma patrie. Mon non est
immensément québécois. Mon pays, c'est encore plus que
jamais le Canada.
Des Voix: Bravo!
Le Président: Merci. Avant de vous céder la parole,
M. le leader parlementaire du gouvernement, j'aimerais rappeler que demain, le
vendredi 14 mars, il y aura la question avec débat qui portera sur le
sujet proposé par Mme la députée de L'Acadie au ministre
des Affaires sociales sur la politique gouvernementale au sujet des centres
d'accueil, des centres hospitaliers pour soins prolongés et des soins
à domicile. Je redonne avis à M. le ministre des Affaires
sociales en conséquence.
D'autre part, M. le leader parlementaire de l'Union Nationale, pour le
débat de vendredi le 21 mars, le sujet qui a été choisi
par vous et celui qui apparaît au feuilleton pour la commission
permanente des transports sur le sujet suivant, sujet qui a été
proposé par M. le député de Bellechasse: La
politique gouvernementale en matière de construction, de
subventions et d'entretien du réseau routier. Je donne avis au ministre
des Transports en conséquence.
M. le leader parlementaire du gouvernement.
M. Charron: M. le Président, je demande l'ajournement du
débat.
Le Président: Est-ce que cette motion sera
adoptée?
Des Voix: Adopté. Le Président:
Adopté.
M. Charron: Je propose l'ajournement de la Chambre à
mardi, 14 heures.
Le Président: Est-ce que cette motion sera
adoptée?
Des Voix: Adopté.
Le Président: Adopté.
L'Assemblée ajourne ses travaux à mardi prochain, 14
heures.
Fin de la séance à 21 h 56