(Neuf
heures quarante et une minutes)
La Vice-Présidente
(Mme D'Amours) : Bonjour, chers collègues. Veuillez prendre place.
Affaires courantes
Déclarations de députés
Nous sommes à la
rubrique Déclarations de députés. Et je cède immédiatement la parole à M. le
député de Le... La Peltrie, pardon.
Souligner la persévérance de
M. Gilles Caron
à travers son parcours d'adoption
M. Éric Caire
M. Caire :
Merci, Mme la Présidente. Gilles Caron est policier à la ville de Québec.
Il y a 10 ans, il est allé aider le peuple haïtien.
Gilles, dans ses
moments libres, avec d'autres policiers, donnait aussi du temps à l'orphelinat.
C'est au hasard d'une distribution de cadeaux de Noël que sa route a croisé
celle d'une jeune orpheline, Fadanie. Après quelques semaines de réflexion avec
ses enfants, il décide de l'adopter.
L'intention était
noble, le coeur à la bonne place, mais la règle s'y opposait. La bataille entre
le droit et le geste d'amour venait de commencer.
Après des années de
lutte acharnée et de quasi-désespoir, le gros bon sens et l'amour
inconditionnel l'ont emporté. Depuis
maintenant six ans, Fadanie s'épanouit dans son... dans son pays et sa
famille d'adoption. Grâce à Gilles, Fadanie Caron a le droit de rêver à
une vie meilleure.
Bravo, Gilles! Bravo,
Fadanie!
La Vice-Présidente
(Mme D'Amours) : Merci beaucoup, M. le député. Je cède maintenant la
parole à Mme la députée de Westmount—Saint-Louis.
Rendre hommage à
M. Casper Bloom
Mme Jennifer Maccarone
Mme Maccarone : Merci, Mme la Présidente.
C'est avec une grande tristesse que je souligne aujourd'hui le décès de
M. Casper Bloom.
Résident de longue
date de Westmount, M. Bloom a été une figure marquante de notre
communauté. Son engagement soutenu, tant au
niveau local que dans les sphères juridique et publique, témoigne d'un profond
attachement au Canada et au Québec.
Avocat de carrière et
ancien bâtonnier de Montréal, il a marqué le milieu juridique par son
engagement envers l'accès à la justice, notamment pour les communautés
anglophones, ainsi que par la défense des droits des minorités. Son apport à la
révision de la version anglaise du Code civil du Québec illustre l'ampleur et
la rigueur de son travail.
Beyond
his professional achievements, Casper Bloom will be remembered as a man of
integrity, unwavering commitment, and genuine humanity. My heartfelt
condolences go out to his family, to is loved ones and to all those who had the privilege of knowing him.
Casper Bloom leaves behind a lasting mark, a memory of a man who truly
made a difference, and his legacy will live on in our community.
Merci,
Mme la Présidente.
La Vice-Présidente
(Mme D'Amours) : Merci beaucoup, Mme la députée. Je cède maintenant la
parole à M. le député de Blainville.
Souligner le succès des Jeux
du Québec tenus à Blainville
M. Mario Laframboise
M. Laframboise :
Merci, Mme la Présidente. Il me fait grand plaisir, aujourd'hui, de
souligner le remarquable succès du
déroulement des Jeux du Québec à Blainville, qui se sont tenus du
27 février au 7 mars derniers, un événement rassembleur qui a su faire rayonner toute notre
région et mettre en valeur le talent, la détermination et l'esprit sportif de notre
jeunesse québécoise.
Pendant toute la
durée des jeux, des centaines d'athlètes, d'entraîneurs et de bénévoles se sont
mobilisés avec passion afin d'offrir des compétitions de grande qualité dans
une atmosphère empreinte de respect, de dépassement de soi et de fierté
collective.
Permettez-moi
de féliciter chaleureusement le comité organisateur, la mairesse de Blainville
et toute son équipe de la ville, les bénévoles, ainsi que tous ceux et celles
qui ont contribué de près ou de loin à la réussite de cet événement
d'envergure. Leur engagement a permis d'assurer un déroulement exemplaire.
Les Jeux du Québec
sont bien plus qu'une compétition sportive, ils sont une école de vie pour nos
jeunes et une source de dynamisme pour nos communautés.
Bravo à tous! Et
merci de faire briller le Québec avec autant d'énergie et de coeur. Merci.
La Vice-Présidente
(Mme D'Amours) : Merci, M. le député. Je cède maintenant la parole à
Mme la députée de Mercier.
Souligner le cinquième
anniversaire du journal Mon Plateau
Mme Ruba Ghazal
Mme Ghazal : Merci, Mme la Présidente.
Je veux célébrer les cinq ans d'existence du journal local Mon Plateau.
Lancé en avril 2021
par Gaëlle Engelberts, une ancienne journaliste de Radio-Canada, Mon Plateau
raconte notre communauté avec rigueur et sensibilité. En commençant chaque
édition de son infolettre par «Bonjour chèr-es voisin-es», Mon Plateau
contribue à renforcer notre sentiment d'appartenance. Il met en lumière nos
organismes communautaires et nos événements
culturels, il informe, mobilise et n'hésite pas à dénoncer les enjeux qui nous
touchent, comme la crise du logement ou la hausse du coût de la vie.
Le journalisme local,
Mme la Présidente, est plus essentiel que jamais. Il joue un rôle fondamental
pour notre démocratie en diffusant une
information fiable et accessible, nécessaire à la construction de la confiance
du public envers le journalisme. Grâce aux médias locaux, c'est notre
capacité collective à comprendre, débattre et participer pleinement à la vie
démocratique.
Longue vie à Mon Plateau!
Merci beaucoup.
La Vice-Présidente
(Mme D'Amours) : Merci. Je cède maintenant la parole à Mme la députée
de Bertrand.
Appeler la collectivité à
appuyer la Chambre de commerce de Rawdon
dans le cadre du déploiement de sa nouvelle planification stratégique
Mme France-Élaine
Duranceau
Mme Duranceau :
Merci, Mme la Présidente. Alors, le visage de Longueuil et de toute la MRC
de Matawinie évolue rapidement, depuis quelques années.
C'est ainsi qu'après
91 ans d'expérience la Chambre de commerce de Rawdon est à la croisée des
chemins.
Portés par la devise Agir
pour l'avenir, les dirigeants de la Chambre de commerce de Rawdon ont
récemment dévoilé les bases d'une planification stratégique dont le constat est
clair : il importe de réaligner l'organisme et d'élargir son territoire
d'action.
Je salue le travail
des membres du conseil d'administration et du coordonnateur de la Chambre de
commerce de Rawdon, qui ont choisi lucidement et collectivement de ne pas subir
le changement mais plutôt de le piloter avec résilience, engagement et
détermination.
Je lance donc un
appel à la mobilisation de toute la collectivité de Rawdon et des municipalités
environnantes afin que la chambre de
commerce redevienne le point de convergence qui connecte les personnes, les
idées et les moyens pour bâtir une communauté d'affaires authentique et
dynamique. Merci, Mme la Présidente.
La Vice-Présidente
(Mme D'Amours) : Merci, Mme la députée. Je cède maintenant la parole à
M. le député de Nelligan.
Souligner le Mois de la
jonquille
M. Monsef Derraji
M. Derraji : Merci, Mme la Présidente.
Avril est le mois de la jonquille, un moment pour se rappeler une réalité
qui frappe encore trop de familles québécoises.
En
2025, on estime que 66 600 Québécois ont reçu un diagnostic de cancer
et que 22 600 en ont décédé... en sont décédés. Derrière ces
chiffres, il y a des vies bouleversées.
Le Québec demeure la
province où le taux de cancer est le plus élevé au pays. Cela nous oblige
collectivement à faire davantage en prévention, en recherche, mais surtout en
accès rapide et équitable aux soins.
La campagne de la
jonquille de la Société canadienne du cancer joue un rôle essentiel. Elle
soutient les patients, accompagne les proches et finance des avancées concrètes
ici même, au Québec.
La jonquille est un
symbole d'espoir, mais aussi de résilience, et cet espoir doit se traduire en
actions concrètes. J'encourage tous les députés de l'Assemblée nationale ainsi
que les Québécoises et Québécois partout sur le territoire à démontrer leur solidarité en soutenant la
campagne de la jonquille et en posant un geste concret pour appuyer les
personnes touchées par le cancer. Merci, Mme la Présidente.
La Vice-Présidente (Mme
D'Amours) : Merci beaucoup, M. le député. Je cède maintenant
la parole à Mme la députée de Rivière-du-Loup.
Souligner le dynamisme de
l'industrie hôtelière et touristique québécoise
Mme Amélie Dionne
Mme Dionne :
Merci, Mme la Présidente. Le Québec s'est bâti une renommée mondiale grâce
à l'hospitalité de ses communautés, à la beauté de ses régions et à
l'authenticité de son offre touristique. Deux piliers de ce succès sont
l'hôtellerie et les spas, qui dynamisent nos régions, créent des emplois et
attirent des millions de visiteurs. À titre de députée, je salue d'ailleurs, au
passage, la qualité des hôtels et spas de ma circonscription. Mais partout au
Québec, Mme la Présidente, nos hôtels et
spas enrichissent notre offre touristique quatre-saisons, stimulent le tourisme
d'affaires, génèrent des retombées économiques importantes pour
l'ensemble de nos communautés. Les hôtels ouvrent les portes du Québec et les
spas en font une destination de bien-être.
Aujourd'hui, j'ai le
plaisir de saluer la présence, dans nos tribunes, de plusieurs acteurs de ces
industries qui innovent et font rayonner
notre savoir-faire au sein de notre économie touristique. Merci de croire en
notre industrie. Et je vous souhaite une belle visite à l'Assemblée
nationale. Merci, Mme la Présidente.
La Vice-Présidente
(Mme D'Amours) : Merci beaucoup, Mme la députée. Je cède maintenant la
parole à M. le député des Îles-de-la-Madeleine.
Appuyer les organismes du
mouvement Le communautaire à boutte
M. Joël Arseneau
M. Arseneau :
Mme la Présidente, chez moi, aux Îles-de-la-Madeleine, comme partout
ailleurs au Québec, le communautaire est à boutte.
Ces
organismes communautaires agissent en première ligne pour renforcer notre filet
social. Ils seront ici demain, à l'Assemblée nationale.
Offrir des services
de qualité et de proximité constitue le socle de leur mission. La
reconnaissance de leur expertise, de leur engagement et de leur travail
essentiel doit se traduire par des moyens à la hauteur de leurs
responsabilités.
À juste titre, ils
réclament le rehaussement de leur financement à la mission, la fin du
financement par projet, ils demandent une convention sur plusieurs années, une
prévisibilité dans leurs opérations. Surtout, ils revendiquent la
reconnaissance de leur rôle crucial, le respect de leur autonomie et la
considération du gouvernement.
En tant que
partenaire, chez moi, de multiples initiatives des organismes communautaires,
je suis un témoin privilégié de leur savoir-faire, de leur persévérance, de
leur dévouement, de leur succès, mais aussi de leurs défis. Je leur offre
aujourd'hui tout mon soutien.
• (9 h 50) •
La Vice-Présidente
(Mme D'Amours) : Merci, M. le député. Je cède maintenant la parole à
Mme la députée de Champlain.
Rendre hommage à
Mme Nicole Poirier
Mme Sonia LeBel
Mme LeBel :
Merci, Mme la Présidente. Aujourd'hui, je souligne le parcours d'une grande
dame, une femme de coeur, une femme dont nous avons soumis la candidature aux
prix de Femmes engagées, une femme modeste, Nicole Poirier.
À 20 ans, elle
transforme sa résidence familiale en résidence pour aînés. Elle y fait alors
une rencontre qui est marquante pour elle avec une personne qui est atteinte de
troubles cognitifs, qui l'amène à repenser en profondeur l'accompagnement des
personnes vivant avec la maladie d'Alzheimer. Et, en 1995, elle fonde la Maison
Carpe Diem, un milieu de vie humain et chaleureux où l'on voit la personne et
non la maladie.
Carpe diem, Mme la
Présidente, c'est une conviction profonde, simple et essentielle. Même lorsque
la mémoire s'effiloche, l'univers intérieur de la personne demeure. Il mérite
d'être protégé, respecté et habiter avec elle.
Aujourd'hui, son
approche rayonne partout, bien au-delà du Québec. Elle améliore concrètement la
qualité de vie des personnes atteintes et de leurs proches. Femme
exceptionnelle, pionnière, ambassadrice, Nicole Poirier change profondément
notre regard sur la maladie.
Bravo et merci
infiniment, Nicole.
La Vice-Présidente
(Mme D'Amours) : Au nom de la présidence, Mme Poirier, tous nos
remerciements pour ce que vous avez fait pour votre collectivité. Merci.
Donc, je cède maintenant
la parole à Mme la députée de Laporte.
Souligner le 45e anniversaire de
la Maison Tournesols
Mme Isabelle Poulet
Mme Poulet : Merci, Mme la Présidente. Alors, je souligne
aujourd'hui le 45e anniversaire de la Maison Tournesols, un
organisme enraciné dans notre communauté, porteur de valeurs de bienveillance,
solidarité et d'espoir.
La Maison Tournesols offre un répit précieux aux
proches aidants tout en contribuant à briser l'isolement des personnes aînées.
C'est un lieu d'accueil et d'écoute où la dignité de chacun est au coeur de son
action. Outre le programme Répit,
l'organisme se distingue par la diversité de ses services, notamment la Maison
Mobile et sa gériatrie sociale, qui permettent de rejoindre des aînés à
risque de fragilisation, et le programme Journée Entr'Aînés.
Grâce à l'engagement remarquable des bénévoles,
du personnel, des membres du conseil d'administration, des partenaires, la Maison Tournesols fait une réelle
différence dans la vie de nombreuses familles. Je remercie chaleureusement toutes
celles et ceux qui font vivre cette mission essentielle depuis 45 ans.
Longue vie à la Maison Tournesols!
La
Vice-Présidente (Mme D'Amours) : Merci beaucoup, Mme la députée. Je cède maintenant la parole à M.
le député de Chapleau.
Souligner le 10e anniversaire du Centre de
dons Héma-Québec de Gatineau
M. Mathieu Lévesque
M. Lévesque
(Chapleau) : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Aujourd'hui,
j'aimerais souligner le 10e anniversaire du Centre de dons
Héma-Québec de Gatineau, un lieu dans Chapleau où la solidarité prend tout son
sens et où chaque don de sang et de plasma contribue à sauver des vies.
Chaque don de sang peut sauver jusqu'à trois
vies. En 10 ans, ce sont plus de 155 000 dons qui ont été
réalisés, un chiffre remarquable qui témoigne de la générosité des citoyens de
notre région de l'Outaouais.
Le centre de Gatineau collecte cinq types de
dons : sang, plasma, lait maternel, cellules souches et tissus humains. En plus des services de laboratoire et
les programmes de recherche, les produits sanguins et le plasma collectés permettent
de fabriquer des médicaments qui, chaque année, sauvent la vie de milliers de
Québécois.
En ce 10e anniversaire, je tiens à
remercier chaleureusement l'ensemble du personnel, les bénévoles ainsi que tous
les donneurs. Leur contribution est inestimable et fait toute la différence.
Grâce à eux, une véritable chaîne de vie se tisse chaque jour au bénéfice des
gens de chez nous.
Bon 10e anniversaire!
La
Vice-Présidente (Mme D'Amours) :
Merci beaucoup, M. le député. Je
cède maintenant la parole à Mme la députée de Bellechasse.
Rendre hommage à Mme Josée Therrien
Mme Stéphanie Lachance
Mme Lachance : Merci, Mme la
Présidente. Permettez-moi d'abord de saluer soeur Josée Terrien, dans nos
tribunes, directrice générale du collège Jésus-Marie de Bellechasse. C'est un
honneur de la recevoir ici aujourd'hui, accompagnée d'une cinquantaine
d'élèves, pour cet hommage.
Depuis 1984, elle a consacré sa vie au service
des autres, tant au Québec qu'à l'international, en s'impliquant dans des
missions communautaires et humanitaires. À partir de 2020, elle met son
dynamisme au service de la réussite des
élèves en développant des initiatives favorisant leur épanouissement mais aussi
leur persévérance scolaire. Elle a également contribué à la revitalisation du collège avec la création d'une
bibliothèque, d'une cafétéria, d'une salle d'entraînement et de trois
nouvelles salles de classe, mais également d'un espace dédié à
l'entrepreneuriat, l'Espace créatif Dina-Bélanger.
Toujours à
l'affût des nouveautés et animée par le désir d'innover, je tiens à vous
remercier sincèrement pour votre contribution remarquable à notre
communauté. Merci.
La Vice-Présidente (Mme D'Amours) : Cela
met fin à la rubrique Déclarations de députés.
Et je suspends les travaux quelques instants.
(Suspension de la séance à 9 h 55)
(Reprise à 10 h 15)
La
Présidente : Bonjour, tout le monde. Mesdames messieurs,
distingués invités. Le parlement du Québec, c'est chez vous. Bienvenue.
Et, non, ce n'est pas un
poisson d'avril. Ce matin, nous avons des problèmes techniques avec nos écrans.
Alors, on tente de réparer ce problème technique, ce qui explique ce petit
délai. Nous nous en excusons.
Alors, messieurs dames les députés, nous allons
nous recueillir quelques instants.
Je vous remercie beaucoup. Veuillez vous
asseoir.
Présence de M. Rémy
Trudel, ex-parlementaire de l'Assemblée nationale
Alors,
aujourd'hui, 1er avril, j'ai le plaisir de souligner la présence, dans les
tribunes, de M. Rémy Trudel, ancien député de Rouyn-Noranda—Témiscamingue.
Dépôt
de la lettre informant de la réintégration du député de Taillon,
M. Lionel Carmant, au sein du caucus du groupe
parlementaire formant le gouvernement
Et, avant de poursuivre les affaires courantes,
je dépose une lettre que m'a adressée le whip en chef du gouvernement, dans
laquelle il m'informe que le député de Taillon, M. Lionel Carmant, a réintégré
le caucus du groupe parlementaire formant le gouvernement, en date du
1er avril 2026.
Et nous poursuivons les affaires courantes.
Aujourd'hui, il n'y a pas de déclarations
ministérielles.
Présentation de projets de loi
À la rubrique Présentation de projets de loi, M.
le leader du gouvernement.
M. Jolin-Barrette : Oui.
Bonjour, Mme la Présidente. Je vous demande d'appeler l'article a du
feuilleton, s'il vous plaît.
Projet de loi n° 27
La Présidente : À l'article a du
feuilleton, M. le ministre du Travail présente le projet de loi n° 27, Loi
modifiant diverses dispositions concernant
les décrets de convention collective et l'industrie de la construction. M. le ministre.
M. Jean Boulet
M. Boulet : Oui. Merci, Mme la
Présidente.
Ce projet de
loi modifie diverses dispositions concernant les décrets de convention
collective et l'industrie de la construction.
À l'égard des
décrets de convention collective, le projet de loi modifie essentiellement la
Loi sur les décrets de convention collective et la Loi sur les normes du
travail.
Le projet de loi confie au ministre du Travail
la responsabilité de décréter les modifications apportées à un décret de convention collective à la suite d'une
demande d'un comité paritaire ou de toute partie contractante. Il accorde également au ministre le pouvoir d'approuver les
règlements pris par les comités paritaires, de les modifier ou de les abroger.
Le projet de loi vise aussi à encadrer et à
uniformiser le processus de non-renouvellement d'un décret, en prévoyant que la partie contractante patronale ou
la partie contractante syndicale peut empêcher son renouvellement par un
avis transmis au ministre au cours du sixième mois précédant la date de fin du
décret.
Le projet de loi introduit, en outre, une
habilitation réglementaire dans la Loi sur les normes du travail afin de
permettre au gouvernement d'établir des normes du travail sectorielles
applicables à l'ensemble des employeurs et des personnes salariées d'un métier, d'une industrie, d'un commerce ou d'une
profession qui, n'eut été son expiration, seraient visés par un décret.
Le projet de
loi prévoit que le ministre doit considérer la représentativité des
associations patronales et syndicales ou des regroupements de telles
associations avant de recommander au gouvernement de décréter qu'une convention
collective relative à un métier, à une industrie, à un commerce ou à une
profession lie tous les salariés et tous les employeurs professionnels du
Québec ou d'une région déterminée. Le projet de loi prévoit également que le
ministre doit s'assurer d'une telle
représentativité avant de modifier un décret de convention collective. Il
autorise par ailleurs le ministre à établir des directives visant la
saine gouvernance des comités paritaires, notamment en matière d'inspection.
En matière d'allègements, le projet de loi
propose d'éliminer l'obligation pour le ministre de publier, dans les journaux,
un avis de la réception d'une demande visant à ce que le gouvernement décrète
l'extension d'une convention collective ou d'une demande de modification à un
décret de convention collective. Il retire également l'obligation des comités paritaires de transmettre annuellement au
ministre certains documents, dont leurs prévisions budgétaires et leurs états
financiers vérifiés. Il élimine enfin l'obligation pour les comités paritaires
d'être reconnus à titre de mutuelles de formation pour participer au
développement des compétences de la main-d'oeuvre et pour utiliser les
subventions qu'ils reçoivent à cette fin.
En ce qui concerne l'industrie de la
construction, le projet de loi modifie essentiellement la Loi sur les relations
de travail, la formation professionnelle et la gestion de la main-d'oeuvre dans
l'industrie de la construction et la Loi sur la santé et
la sécurité du travail. Il apporte des précisions aux dispositions de ces lois
dans le but de clarifier les conditions de travail, les avantages et les autres
règles applicables aux représentants en santé et en sécurité qui exercent des
fonctions sur un chantier de construction.
• (10 h 20) •
Le projet de loi
détermine, pour les phases de démarrage et d'achèvement des travaux sur
certains chantiers de construction, les conditions nécessaires au déploiement
ou au retrait des représentants en santé et en sécurité et des coordonnateurs
en santé et en sécurité affectés à plein temps. Il exclut des conditions à
prendre en compte pour la désignation de ces personnes celle concernant le coût
total des travaux. Il prévoit l'obligation, pour un maître d'oeuvre, d'aviser
les associations représentatives de la nécessité de désigner un représentant en
santé et en sécurité à plein temps sur un chantier de construction.
Le projet de loi vise
également à exclure du champ d'application de la Loi sur les relations du
travail, la formation et la gestion de la main-d'oeuvre dans l'industrie de la
construction les travaux exécutés par des salariés permanents embauchés
directement par la Société des établissements de plein air du Québec, par les
coopératives d'habitation ainsi que par les organismes sans but lucratif
d'habitation.
Le projet de loi
confie au gouvernement le pouvoir de mettre en oeuvre des projets pilotes
relatifs à toute matière visée par la Loi sur les relations de travail, la
formation professionnelle et la gestion de la main-d'oeuvre dans l'industrie de
la construction ou par l'un de ses règlements d'application, afin d'étudier,
d'améliorer ou de définir des normes applicables en ces matières.
Le projet de loi
habilite la Commission de la construction du Québec à établir, par règlement,
un régime complémentaire de retrait préventif pour les travailleuses de la
construction enceintes ou qui allaitent, lequel viendrait s'ajouter au
programme de retrait préventif déjà en place en vertu de la Loi sur la santé et
la sécurité du travail. Il confère l'administration de ce régime complémentaire
de retrait préventif à la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de
la sécurité du travail et prévoit que les modalités relatives à sa gestion
devront être déterminées dans le cadre d'une entente entre ces deux
commissions.
Le projet de loi
habilite la Commission de la construction du Québec à prévoir les cas où elle
peut accorder une autorisation de travail temporaire afin de conférer à son
titulaire, sous réserve des conditions qui y sont prévues, les mêmes droits et
les mêmes obligations que ceux d'un titulaire d'un certificat de compétence ou
d'un bénéficiaire d'une exemption de détenir
un tel certificat. Il habilite également cette commission à déterminer, à cet
égard, les critères applicables à la délivrance, au renouvellement, à la
remise en vigueur et à l'annulation de telles autorisations.
Enfin, le projet de
loi prévoit des modifications de concordance ainsi que des dispositions
transitoires et finales.
Merci, Mme la
Présidente.
La
Présidente : Et je reconnais M. le leader de l'opposition officielle.
Oui, je vous écoute.
M. Tanguay :
...nous demandons des consultations particulières sur ce projet de loi.
Merci.
Mise
aux voix
La
Présidente : Et est-ce que l'Assemblée accepte d'être saisie de ce
projet de loi?
Des voix :
Adopté.
La
Présidente : Adopté.
Toujours à la rubrique Présentation de projets de loi, je reconnais maintenant
M. le député des Îles-de-la-Madeleine.
M. Arseneau :
Mme la Présidente, je vous demande d'appeler l'article b au feuilleton.
Projet
de loi n° 595
La Présidente :
À l'article b du feuilleton, M.
le député des Îles-de-la-Madeleine présente le projet de loi n° 595, Loi
sur l'assistance personnelle autodirigée pour les personnes handicapées. M. le
député.
M. Joël
Arseneau
M. Arseneau : Merci beaucoup, Mme la
Présidente. J'aimerais d'abord saluer la présence, dans nos tribunes, de
Jonathan Marchand.
Ce projet de loi vise
à promouvoir et à garantir l'autonomie des personnes handicapées. À cette fin,
il met en place un programme d'assistance personnelle autodirigée, lequel
comprend une aide financière. Le projet de loi définit l'assistance personnelle
autodirigée et détermine les principes qui doivent guider l'élaboration du
programme.
Le
projet de loi institue le Programme d'assistance personnelle autodirigée et
prévoit que Retraite Québec en fait l'administration.
Le
projet de loi prévoit que, pour être admissible au Programme d'assistance
personnelle autodirigée, une personne handicapée doit résider au Québec
et avoir un besoin d'assistance personnelle autodirigée.
Le projet de
loi affirme que le prestataire dont les services sont retenus par la personne
handicapée peut poser tous les gestes que cette dernière poserait
elle-même si ce n'était de son handicap.
Le projet de loi prévoit
les droits et obligations réciproques relatifs au programme.
Le projet de loi prévoit les modalités de
l'établissement et le versement de la prestation d'aide financière accordée par
Retraite Québec. Il indique la méthode de calcul d'une prestation de base et
les dépenses pouvant justifier l'augmentation de cette prestation de base.
Le projet de
loi prévoit des dispositions relatives aux recours qui peuvent être exercés
auprès de Retraite Québec et, par la suite, devant le Tribunal
administratif du Québec.
Le projet de loi crée aussi l'obligation pour
Retraite Québec de transmettre au ministre de la Famille, des Aînés et de la Condition féminine, qui doit ensuite les
déposer à l'Assemblée nationale, des rapports concernant les activités en
vertu de l'application de la présente loi et de la mise en oeuvre de cette
dernière.
Mise aux voix
La Présidente : Et est-ce que
l'Assemblée accepte d'être saisie de ce projet de loi? Adopté? Adopté.
Dépôt de documents
À la rubrique Dépôt de documents, je dépose le
nouveau diagramme de l'Assemblée en date d'aujourd'hui.
Dépôt de rapports de
commissions
À la rubrique
Dépôt de rapports de commissions, M. le président de la Commission de l'aménagement du territoire
et député de Drummond—Bois-Francs.
Consultations particulières
sur le projet de loi n° 20
M. Schneeberger : Merci, Mme la
Présidente. Alors, je dépose le rapport de la Commission de l'aménagement du
territoire qui, les 26 et 31 mars 2026, a tenu des auditions publiques
dans le cadre des consultations particulières sur
le projet de n° 20, Loi édictant
la Loi visant à favoriser l'accès au logement et modifiant diverses
dispositions concernant le domaine de l'habitation.
La Présidente : Et ce rapport est
déposé.
Mme la présidente de la Commission des relations
avec les citoyens et députée des Plaines.
Étude détaillée du projet de
loi n° 12
Mme Lecours (Les Plaines) : Bonjour,
Mme la Présidente. Alors, j'ai le plaisir de déposer le rapport de la Commission
des relations avec les citoyens qui, les 17, 18, 19, 24, 25, 26 et 31 mars
2026, a procédé à l'étude détaillée du
projet de loi n° 12, Loi
instituant la prestation de services de garde éducatifs à l'enfance par les
personnes reconnues à titre de responsables d'un service de garde éducatif en
communauté. La commission a adopté le
texte du projet de loi avec des amendements.
La Présidente : Merci. Ce rapport
est déposé.
Présence de Mme Véronyque
Tremblay, ex-parlementaire
de l'Assemblée nationale
Et on
m'informe que j'ai le plaisir, aujourd'hui, d'avoir dans nos tribunes également
Mme Véronyque Tremblay, l'ancienne députée de Chauveau, qui est ici
aujourd'hui. Nous vous saluons.
Dépôt de pétitions
Maintenant, à la rubrique Dépôt de pétitions, je
reconnais M. le député d'Hochelaga-Maisonneuve.
Maintenir le cadre
législatif sur les décrets de conventions collectives
M. Leduc : Je dépose l'extrait
d'une pétition adressée à l'Assemblée nationale, signée par 3 552 pétitionnaires.
Désignation : citoyens et citoyennes du Québec.
«Les faits invoqués sont les suivants :
«Considérant que le gouvernement a donné comme
mandat au ministère du Travail d'évaluer la possibilité d'abroger la Loi sur
les décrets de convention collective;
«Considérant
que les décrets actuels déterminent les conditions de travail minimales de plus
de 90 000 employés au Québec et jouent un rôle actif dans la
lutte à la pauvreté;
«Considérant que les conditions salariales et
normatives fixées par décret incitent à la rétention du personnel, à la
formation continue et à la professionnalisation des métiers;
«Considérant
que l'abrogation de cette loi exercerait une pression à la baisse sur les
salaires ayant comme conséquence directe de fragiliser et d'appauvrir les
employés assujettis;
«Considérant que face
à la hausse du coût de la vie, le décret joue un rôle de rempart face à la
précarité;
«Et l'intervention
réclamée se résume ainsi :
«Nous, signataires,
demandons au gouvernement du Québec de maintenir le cadre législatif sur les
décrets de conventions collectives.»
Je certifie que cet
extrait est conforme à l'original de la pétition. Merci, Mme la Présidente.
La
Présidente : Cet extrait de pétition est déposé.
Et, à nouveau, M. le
député d'Hochelaga-Maisonneuve.
Améliorer les conditions
de travail des techniciens ambulanciers paramédicaux
et assurer la relève en soins préhospitaliers d'urgence
M. Leduc :
Je dépose l'extrait d'une pétition adressée à l'Assemblée nationale, signée
par 2 324 pétitionnaires. Désignation : citoyens et citoyennes
du Québec.
«Les faits invoqués
sont les suivants :
«Considérant
que les services préhospitaliers d'urgence constituent un service essentiel à
la population québécoise;
«Considérant que les
paramédics sont actuellement en négociation afin d'améliorer leurs conditions
de travail, lesquelles auront un impact direct sur la relève de la profession;
«Considérant
que les étudiantes et étudiants en soins préhospitaliers d'urgence ne sont pas
parties au conflit de travail, mais voient néanmoins leur diplomation
compromise en raison du refus d'accès aux stages;
«Considérant
que le refus d'accueillir des stagiaires fait partie des moyens de pression
actuellement utilisés par les paramédics dans le cadre de leurs
négociations avec le gouvernement du Québec;
«Considérant que les
stages en milieu réel constituent le moyen de formation le plus efficace pour
assurer la compétence, la sécurité et la préparation professionnelle des
paramédics de demain;
«Considérant que
cette situation risque d'aggraver la pénurie de paramédics et de fragiliser la
sécurité publique;
«Et l'intervention
réclamée se résume ainsi :
«Nous, signataires,
demandons au gouvernement du Québec :
«D'intensifier
immédiatement les négociations avec les représentants des paramédics par la
mise en place d'un processus continu, soutenu et prioritaire, afin de mettre
fin à l'impasse actuelle;
«De reconnaître
formellement que la profession de paramédic est essentielle à la population et
qu'elle constitue une composante indispensable du système de santé québécois;
«De régler
intégralement le conflit de travail avant toute reprise des stages en milieu
préhospitalier, afin de permettre la meilleure éducation;
«De
s'engager à améliorer durablement les conditions de travail et de pratique des
paramédics dans une perspective de rétention, d'attraction et de
sécurité publique.»
Je certifie que cet
extrait est conforme à l'original de la pétition. Merci, Mme la Présidente.
• (10 h 30) •
La Présidente :
Et cet extrait de pétition est déposé.
Il n'y a pas de
réponses orales aux pétitions ni d'interventions portant sur une violation de
droit ou de privilège.
Je vous avise
qu'après la période de questions et de réponses orales sera tenu le vote
reporté sur l'adoption du principe du projet de loi n° 1.
Questions et réponses orales
Nous en sommes
maintenant rendus à la période de questions et de réponses orales, et, pour ce
faire, je cède la parole, en question principale, au chef de l'opposition
officielle.
Temps
d'attente dans les services d'urgence
M. André Fortin
M. Fortin : Mme la Présidente, tel que promis la semaine dernière, on va continuer
de parler du bilan du premier ministre, puisqu'il nous reste quelques
jours avec lui.
La
promesse-phare du premier ministre en matière de santé, celle qu'il a mise de
l'avant dès 2018, dès son arrivée, c'était 90 minutes d'attente à
l'urgence. La promesse, elle était claire, elle était simple. Bien, le
résultat, il est tout aussi clair, Mme la Présidente. Après quatre années de la
CAQ au pouvoir, le temps d'attente aux urgences était passé de 142 minutes
à 166 minutes, et, quatre ans plus tard, à la fin de ce mandat-ci, le
temps d'attente, il est maintenant de 179 minutes, Mme la Présidente.
Alors
là, le premier ministre, il doit des explications aux Québécois. Cette
promesse-là, c'était sa grande promesse, en santé, et il a échoué. Année après année, ministre caquiste de la
Santé après ministre caquiste de la Santé, les résultats ont été de pire
en pire. L'attente aux urgences, elle a augmenté.
Son
90 minutes à l'urgence, Mme la Présidente, c'est un échec sur toute la
ligne. Il doit, il doit des explications aux Québécois.
Pourquoi a-t-il
échoué si lamentablement?
La Présidente :
La réponse du premier ministre.
M. François Legault
M. Legault :
Oui. Merci, Mme la Présidente. On avait effectivement, en santé, deux grandes
promesses : la première, donner un médecin de famille ou un GMF à chaque
Québécois, et, deuxièmement, réduire le temps d'attente dans les urgences. Mme
la Présidente, il y a un lien entre les deux, parce qu'actuellement,
malheureusement, il y a 50 % des
patients, dans nos urgences, qui ne devraient pas être dans nos urgences, ils
auraient dû être vus dans un GMF, que ce soit dans un CLSC ou dans une
clinique privée.
Or, Mme la
Présidente, j'avoue que ça a été difficile de remplir la première promesse,
c'est-à-dire donner un médecin de famille ou un GMF à chaque Québécois. Mais,
Mme la Présidente, une de mes grandes fiertés, c'est que, quand on est arrivés,
à la suite des libéraux, il y avait, au Québec, 6,4 millions de Québécois
qui avaient accès à un médecin de famille ou un GMF, il y en a aujourd'hui
7,4 millions. Et on en aura bientôt 7,5 millions d'ici le
30 juin, ce qui devrait répondre à la demande de tous ceux qui veulent
avoir accès à un GMF. Donc, Mme la Présidente, dans un deuxième temps, ça
permettra d'enlever 50 % des patients qui sont dans les urgences puis de
réduire le temps d'attente dans les urgences. Mais, Mme la... Je continuerai,
Mme la Présidente.
La Présidente :
...
M. André Fortin
M. Fortin :
Mme la Présidente, après huit ans au pouvoir, à la veille de son départ, le
premier ministre nous dit encore : Bien, ça va s'améliorer dans le futur.
Il a eu huit ans, Mme la Présidente. Et là, aujourd'hui, là, cette année, il y a exactement le même nombre de visites dans
les urgences qu'à son arrivée, exactement le même nombre, mais les gens
qui y vont, ils attendent plus longtemps, Mme la Présidente.
C'est
ça qu'on lui demande, aujourd'hui. Les gens attendent plus longtemps. Comment
il peut justifier son échec?
La Présidente :
La réponse du premier ministre.
M. François Legault
M. Legault :
Bien, Mme la Présidente, faut-il rappeler que pendant 15 ans, 15 ans,
le Parti libéral n'a pas été capable de régler le problème le plus important
selon tous les rapports qui ont été faits sur la santé, en particulier le
rapport Clair : donner accès à un GMF à tous les Québécois?
Quand le chef de
l'opposition officielle dit qu'on n'a rien fait, il exagère un petit peu. On a
1 million de plus de Québécois aujourd'hui, par rapport à ce qu'on avait
dans le temps des libéraux, qui ont accès à un GMF. Et on vient enfin de signer
une convention collective pour changer le mode de rémunération des médecins de
famille, ce que n'a jamais été capable de faire le Parti libéral.
La Présidente :
Deuxième complémentaire.
M. André Fortin
M. Fortin :
Mon Dieu, Mme la Présidente! Le premier ministre nous dit : Ah! bien, ça
va bien, il y a un paquet de monde pris en charge. Pouvez-vous m'expliquer,
dans ce cas-là, pourquoi il y a 9 h 27 min d'attente ce matin à l'urgence du CHUM? Ça va bien, tout le monde a
accès à un GMF. Il y a 9 h 27 min d'attente au CHUM, il y a
8 h 42 min d'attente ce matin à Fleurimont.
Le premier ministre
disait : Jugez-nous aux résultats. Les résultats, ils sont gênants.
La
Présidente : Et, M. le chef, je vous rappelle, vous vous adressez
directement à la présidence. La réponse du premier ministre.
M. François Legault
M. Legault :
Oui. Mme la Présidente, dans le temps des libéraux, les gens qui étaient
inscrits à un GMF n'étaient pas capables de voir leur médecin le soir, la fin
de semaine. Ce qu'on fait, actuellement, avec la nouvelle entente, c'est qu'on exige une vraie prise en
charge, incluant le soir, incluant la fin de semaine. Puis 50 % de la
rémunération des médecins de famille,
enfin, est donné sur la prise en charge, ce que ni Gaétan Barrette, ni Philippe Couillard,
ni personne du Parti libéral n'a été capable de faire.
La Présidente : Troisième complémentaire.
M. André Fortin
M. Fortin : Mme la Présidente, si les gens avaient un médecin puis ils
étaient capables de le voir, il n'y aurait pas de 9 h 27 min
d'attente à l'urgence du CHUM en ce moment. Mais vous savez ce qui a augmenté,
ce qui a augmenté sous le règne du premier ministre, là, à part le temps
d'attente aux urgences? C'est le nombre de monde qui vont aux urgences puis qui s'en vont parce que le temps
d'attente, il est trop long. Il y a 429 000 Québécois qui ont quitté
la salle d'urgence sans avoir été vus par personne, cette année, parce qu'ils
n'étaient pas capables d'avoir du service, parce que l'attente était
trop longue.
Je ne vois pas
comment le premier ministre, il peut être fier de son bilan.
La
Présidente : La réponse du premier ministre.
M. François Legault
M. Legault :
Bien, Mme la Présidente, je m'excuse, là, mais le chef de l'opposition
officielle comprend mal les enjeux. Ah! ils trouvent ça drôle, là. Mais, dans
le temps des libéraux, quand on avait un médecin de famille, la grande majorité
des gens n'étaient pas capables de le voir le soir, la fin de semaine, même le
jour, quand ils étaient malades, parce qu'il n'y avait pas de prise en charge
puis que les médecins étaient payés à l'acte. Ça veut dire qu'ils ne laissaient pas de plages ouvertes pour les
imprévus. C'est ça qu'on est en train de changer enfin, Mme la Présidente. Ça a
été plus long qu'on pensait, mais on y est arrivés, contrairement aux libéraux,
qui n'ont rien fait pendant 15 ans.
La Présidente :
En question principale, je reconnais maintenant le député de
Marguerite-Bourgeoys.
Productivité
des entreprises québécoises
M. Frédéric Beauchemin
M. Beauchemin :
La semaine dernière, l'Innovateur en chef du Québec a été sans équivoque :
en matière de productivité et d'innovation, Mme la Présidente, le Québec
recule. Avec huit ans d'un mauvais gouvernement caquiste, nos entrepreneurs
perdent espoir. Ils perdent espoir que la législation allait réellement être
assouplie et que le climat d'affaires allait s'améliorer. Ils perdent espoir
qu'une fiscalité compétitive allait leur donner une chance. Mais, non, Mme la
Présidente, la CAQ taxe nos PME et donne ça à des compagnies étrangères.
Mme la Présidente,
nos PME perdent espoir parce que, notamment, nos infrastructures sont en ruine
et leurs travailleurs qualifiés sont
retournés chez eux, Mme la Présidente. La résultante de ça : 20 % de
nos entreprises qui innovent moins depuis quatre ans, 20 %, Mme la
Présidente.
Mme la Présidente, la
CAQ va blâmer qui pour leur échec, encore une fois?
La
Présidente : La réponse du ministre des Finances.
M. Eric Girard
M. Girard
(Groulx) : Oui, Mme la Présidente. Bien, sans vouloir complexifier
l'affaire, là, la productivité, c'est une division. Alors, c'est le PIB réel
divisé par le nombre de travailleurs, puis la résultante, c'est la
productivité. Alors, c'est aussi l'intrant
pour le calcul du PIB par habitant. Et on a des données depuis 2018 jusqu'à
2024 dans le budget, puis dernièrement on a eu les données pour 2025.
Alors, le PIB par habitant est en hausse de, j'arrondis au pourcentage près,
5 %, en hausse, au Québec. Et puis, pour l'Ontario, bien, c'est zéro. Et
puis, pour le Canada, c'est zéro.
Alors, c'est sûr qu'on
peut faire mieux. C'est sûr qu'on va continuer à travailler. C'est sûr qu'on a
un nouveau crédit d'impôt pour la recherche
et l'innovation, qu'on a simplifié notre régime fiscal, puis que l'Innovateur
en chef fait un bon travail, puis qu'on a une stratégie québécoise de recherche
et d'innovation. On va continuer. Mais les résultats sont plutôt bons,
et même le député de Marquette le reconnaît.
• (10 h 40) •
La
Présidente : M. le député de Marguerite-Bourgeoys, en première
complémentaire.
M. Frédéric Beauchemin
M. Beauchemin :
Je vais plutôt vous la simplifier, Mme la Présidente. La moitié des
entreprises du Québec n'innoveront pas cette
année. C'est inacceptable. Pas d'innovation, pas de gain de productivité. Pas
de gain de productivité, moins de richesse, Mme la Présidente.
Innover
multiplie par deux le potentiel de croissance de nos PME et, évidemment,
augmente les recettes de l'État. Le ministre réalise-t-il que son manque
d'innovation, que son recul de productivité fait mal à toutes nos PME?
La Présidente :La réponse du premier ministre.
M. François Legault
M. Legault :
Mme la Présidente, étant donné que c'est mon avant-dernière période de
questions, vous allez me permettre de contredire complètement ce que vient de dire
le député. Ça, c'est la croissance du PIB par habitant. La première colonne,
c'est le Québec, 4,9 %. La deuxième colonne, c'est l'Ontario, 0,2 %.
La troisième colonne, c'est le reste du Canada, 0,2 %. Qui a été le
meilleur pour augmenter la productivité? Qui a été le meilleur pour augmenter
le PIB par habitant? C'est très, très clair. Jamais les libéraux n'ont fait ça.
C'est ma plus grande fierté.
Des voix :
...
La
Présidente : L'article 32, c'est bon pour tout le monde. On garde
le silence.
En deuxième... en
deuxième complémentaire, le député de Marguerite-Bourgeoys.
M. Frédéric Beauchemin
M. Beauchemin :
Mme la Présidente, le premier ministre a manqué une bonne game, comme il
dit souvent, parce que, là, en ce moment, là, on parle... on parle de...
Des voix :
...
La
Présidente : Attendez. Article 32, on garde le silence. Une seule
personne a le droit de parole, ici, c'est le député. J'aimerais vous entendre.
Vous avez... vous avez 23 secondes. Poursuivez.
M. Beauchemin :
Quand on se compare à l'Ontario, à l'Alberta, à la Colombie-Britannique, en
innovation de logistique on est derniers. En production et procédés innovants,
on est derniers. En capital privé, on est derniers.
Ça fait huit ans que
la CAQ nous tire vers le bas, Mme la Présidente. Pourquoi la CAQ n'a jamais
pris au sérieux l'enjeu de la productivité?
La
Présidente : La réponse du premier ministre.
M. François Legault
M. Legault :
Mme la Présidente, je pense que le député n'a pas juste manqué une game, je
pense qu'il a manqué toute la saison. Et, Mme la Présidente, le député a beau
se forcer à trouver certains endroits où l'Alberta ou une autre province nous a battus, au total, hein, ce qui est important,
en économie, c'est les résultats, c'est le total, au total, clairement, le Québec a battu et l'Ontario et le
reste du Canada. Ça ne s'est jamais vu dans l'histoire du Canada, surtout pas
quand les libéraux étaient au pouvoir. L'économie, là, du Québec, on s'en est
occupés comme jamais.
La
Présidente : En question principale, je reconnais maintenant le député
de Jacques-Cartier. On vous écoute.
Mise
à jour du plan d'action d'Hydro-Québec
M. Gregory Kelley
M. Kelley :
Mme la Présidente, une mise à jour de le plan d'action d'Hydro-Québec est
nécessaire avant les prochaines élections.
Comme vous le savez, c'est des investissements colossaux. Mais est-ce qu'Hydro-Québec va être capable de contrôler leurs investissements et contrôler
les prix? Parce que, présentement, on sait qu'Hydro-Québec, c'est beaucoup de
pression. Ils ont commencé avec un plan qui était chiffré à
150 milliards de dollars. Maintenant, c'est rendu à 200 milliards de dollars. Qui doit payer ça?
Tous les consommateurs d'Hydro-Québec, mais en particulier ça va être les PME et les grosses industrielles. Et, si Hydro-Québec n'est pas capable de contrôler leurs coûts, bien, c'est eux
autres qui vont être obligés de payer plus, et quand même, peut-être ils vont
être exposés à un choc tarifaire.
Alors, j'ai une
question pour le ministre de l'Énergie. Est-ce qu'il est prêt à faire une mise
à jour et demander une mise à jour de le
plan d'action d'Hydro-Québec? Et est-ce qu'il peut confirmer que les coûts
pour le plan d'action sont toujours à 200 milliards de
dollars?
La
Présidente : La réponse du premier ministre.
M. François Legault
M. Legault : Mme la Présidente, une
autre de mes grandes fiertés, c'est ce qu'on a réussi à faire, depuis sept
ans et demi, chez Hydro-Québec. Je me rappelle ma première rencontre chez Hydro-Québec, il y a sept ans et demi. Il y
avait zéro projet, il y avait trop d'électricité, il y avait zéro client
industriel. On jetait de l'électricité, on laissait couler l'eau sans
faire d'électricité parce que les libéraux n'avaient pas trouvé de clients.
On
a pris notre petite valise, on a trouvé des clients industriels payants, puis,
actuellement, Hydro-Québec a 200 milliards
de projets payants. Il va y avoir deux booms économiques, le premier durant la
construction; deuxièmement, la croissance de nos entreprises.
Mme la Présidente,
c'est gênant. Les libéraux n'ont rien fait avec Hydro-Québec pendant
15 ans.
La Présidente :
Première...
Des voix : ...
La Présidente :
Attendez. Attendez juste un petit instant. Je vous le rappelle,
article 32, on garde le silence, mais également rappel au décorum. On
n'applaudit pas, on ne frappe pas et on écoute. On écoute la question. Première
complémentaire. Allez-y.
M. Gregory Kelley
M. Kelley : C'est inexact, Mme la Présidente. La Romaine,
c'est nous, c'était le Parti libéral, quand même. Apuiat, le projet que
vous avez détesté dans l'opposition, c'était un projet libéral.
Mais, la réalité, Mme
la Présidente, je reviens sur le sujet, si Hydro-Québec n'est pas capable de
contrôler le coût de leur plan, c'est nos
petites et moyennes... petites et moyennes entreprises et les grosses
industrielles qui vont être obligés de payer plus en plus.
Est-ce que le
ministre peut confirmer qu'il va demander une mise à jour de le plan d'action
Hydro-Québec?
La Présidente :
La réponse du premier ministre.
M. François Legault
M. Legault :
Bien oui. Mme la Présidente, la Romaine, ce n'était pas un projet, là, c'était
presque terminé, quand on est arrivés. Il n'y en avait pas, de projet. J'ai
demandé à Éric Martel : Avez-vous des projets? Il a fouillé dans ses... il a dit : Zéro projet, parce qu'on
manque de clients, on a trop d'électricité. Imaginez-vous. Au moment où le monde
entier cherche de l'énergie, les libéraux jetaient de l'énergie.
Mme la Présidente, je
n'aurais pas pu demander mieux. Hydro-Québec, 200 milliards de projets.
Pas plus tard qu'hier j'étais à Charlevoix pour annoncer un beau projet. Les
régions du Québec vont en profiter. Enfin on agit, contrairement au Parti
libéral.
La Présidente :
Deuxième...
Des voix :
...
La Présidente :
Deuxième complémentaire.
M. Gregory Kelley
M.
Kelley : Oui. Nous
avons réservé des blocs d'énergie pour Northvolt, je sais que vous êtes fiers de ça, M. le
Président. Ça, ce n'est pas un projet porteur pour les régions. Mme la
Présidente. Mme la Présidente.
Des voix :
...
La
Présidente : Eh oui,
j'ai arrêté le temps, le temps que je vous rappelle que vous vous adressez à la
présidente. Et vous ne vous interpellez pas des deux côtés. Et vous avez
22 secondes, poursuivez.
M. Kelley :
...de l'ouest de Montréal, Mme la Présidente, c'est un bon débat. Mais je
reviens, le sujet. Il faut avoir l'heure juste sur le plan d'action
d'Hydro-Québec avant les prochaines élections. C'est important pour tous les
Québécois. Hydro-Québec, ça appartient à tous les Québécois, puis on veut
savoir.
Est-ce
que le chiffre estimé pour leur plan d'action est toujours à
200 milliards de dollars ou est-ce que c'est plus, maintenant?
Est-ce que le ministre peut nous confirmer... ou le premier ministre?
Des voix :
...
La
Présidente : Et vous
connaissez la règle, M. le leader de l'opposition officielle. La réponse du
premier ministre.
M. François Legault
M. Legault : Oui, Mme la Présidente, ce que je peux vous
confirmer, c'est qu'en 2018 le plan de développement d'Hydro-Québec,
c'était zéro dollar. Zéro moins zéro égale zéro. C'était ça, le bilan des
libéraux. Ils n'avaient pas démarché de clients industriels. Et, Mme la
Présidente, aujourd'hui on est à 200 milliards.
Il
y a un plan qui a été déposé. Il y aura une mise à jour régulière qui sera
déposée. J'étais avec la présidente d'Hydro-Québec,
hier, Claudine Bouchard, le Québec est chanceux d'avoir une femme dynamique
comme Claudine Bouchard. Je compte sur elle pour aller même plus
loin.
La Présidente :
En question principale, je reconnais maintenant la cheffe du deuxième groupe
d'opposition.
Accès
au logement
Mme Ruba Ghazal
Mme Ghazal :
Merci, Mme la Présidente. La crise du logement fait particulièrement mal aux
aînés, surtout les femmes seules, hein? Ce
matin, on apprend que Mme Monique Jubinville, 82 ans, paie 90 %
de ses revenus. Savez-vous, Mme la Présidente, par jour, combien il lui reste
dans ses poches? 7 $. 7 $ pour une dame de 82 ans. Puis les
aînés ne sont pas seuls à souffrir de la crise du logement, il y a aussi
les jeunes, les travailleurs, les familles de la classe moyenne.
J'ai souvent parlé de
logement avec le premier ministre, puis, à force de l'entendre, Mme la
Présidente, j'ai compris une chose. Oui, bien sûr, la crise est causée par
l'inaction de ce gouvernement puis aussi des gouvernements précédents, mais
c'est beaucoup plus profond que ça. La crise du logement, c'est le résultat
d'une mentalité qui croit que la crise est une fatalité.
Le premier ministre
lui-même l'a dit, il s'est réjoui de l'augmentation du prix des maisons. Il dit
que c'est bon, ça nous permet de nous enrichir. C'est la mentalité de ceux qui
ont réussi, qui disent aux autres : Bien, investissez donc dans
l'immobilier, que, face à la crise, face à la crise, il y a des gagnants puis
il y a des perdants, comme Mme Jubinville. Puis, quand il faut trouver des
coupables, bien, bien sûr, on pointe toujours les mêmes, les immigrants.
Pour cette dernière
semaine, Mme la Présidente, j'ai envie d'essayer quelque chose de nouveau avec
le premier ministre. Arrêtons le dialogue de
sourds, mettons cartes sur table. Est-ce que le premier ministre peut s'assumer
et dire que c'est à cause de sa mentalité...
• (10 h 50) •
La Présidente :
La réponse du premier ministre.
M. François Legault
M. Legault :
Mme la Présidente, je ne trouve pas ça gentil, ce que vient de dire la cheffe
du deuxième groupe d'opposition, mais je l'aime quand même, puis on ira prendre
un verre ensemble.
Mais,
Mme la Présidente, 4,3 milliards pour le logement abordable,
4 300 000 000 $ pour le logement abordable,
1,3 milliard pour les programmes d'aide au logement, 500 millions sur
le crédit d'impôt de solidarité, 578 millions sur les programmes
d'amélioration en habitation, 734 millions dans les HLM.
Mme la Présidente,
j'ai toute une liste, là, puis je sais que mon temps achève, mais, Mme la
Présidente, comment Québec solidaire peut-elle dire qu'on n'a rien fait? Puis
comment peut-elle dire que l'augmentation de 300 000 nouveaux
arrivants dans les deux dernières années n'a eu aucun impact sur le logement?
Comment elle explique ça, Mme la Présidente?
La
Présidente : Première complémentaire.
Mme Ruba Ghazal
Mme Ghazal :
J'aimerais ça, que le premier ministre aille expliquer à Mme Jubinville
que 7 $ par jour dans ses poches, c'est correct. Puis, avec qu'est-ce
qu'il fait, c'est quoi, elle va avoir 14 $ de plus?
Mais c'est toujours
la même chose. Le premier ministre...
Des voix : ...
La
Présidente : OK. Attendez, Mme la cheffe.
Vous êtes trop
bruyants, je n'entends pas les propos de la cheffe. Et vous restez silencieux.
On garde le silence. C'est bon pour tout le monde. Je ne veux pas avoir à vous
nommer.
M. le leader du
gouvernement, quel est votre rappel au règlement?
M. Jolin-Barrette :
Mme la Présidente, il me semble que, quand on pose une question, on
s'adresse à vous.
La
Présidente : Également. Merci. Mais je veux entendre ce qu'elle dit.
Peut-être, s'il y avait moins de bruit, j'entendrais mieux. Poursuivez.
Mme Ghazal : J'aurais aimé ça qu'on
fasse différemment. À chaque fois que je lui parle de logement, ils aiment ça,
faire concurrence au Parti québécois, avec de la surenchère identitaire, pour dire qui
va être le plus cheap avec les immigrants. Sans les immigrants, Mme
la...
Des voix : ...
La
Présidente : Là... Là, je reconnais... je reconnais le leader
du gouvernement. Quel est votre rappel au règlement? Mais je le vois
venir. Je vous écoute. Brièvement.
M. Jolin-Barrette : Mme la
Présidente, c'est un mot au lexique. Et en plus on constate le manque de
rigueur de Québec solidaire encore une fois.
La Présidente : Alors, je
vous remercie. Mme la cheffe, il est au lexique, ce mot, vous le savez. Je vous
demande de le retirer et de poursuivre. Vous le retirez?
Mme Ghazal : ...
La Présidente : Poursuivez.
Mme Ghazal : Mme la Présidente,
sans les immigrants, le Québec ne peut pas s'enrichir, hein? Si je suis sa
mentalité, on a besoin de cheap labor.
La Présidente : M. le leader du
gouvernement.
M. Jolin-Barrette : Mme la
Présidente, des récidivistes, Québec solidaire, des radicaux, Mme la...
La
Présidente : Ah! bon, non. Vous pouvez vous asseoir, je vous
remercie. On ne rejouera pas dans ce film. On garde le silence. Il n'est
pas au lexique. Celui-là, il n'est pas au lexique.
Des voix : ...
La Présidente : «Cheap», oui, mais
«cheap labor»...
Maintenant, j'aimerais avoir la réponse...
Une voix : ...
La Présidente : Merci, M. le
leader. Merci, M. le leader du gouvernement.
La réponse, et on l'écoute, du premier ministre.
M. François
Legault
M. Legault : Mme la Présidente,
tout le monde ici va se rappeler quand on a annoncé 2 000 $ par année
aux aînés. Là, j'entends la cheffe de Québec solidaire nous parler de 13 $, là. 2 000 $. Était-elle d'accord
avec le 2 000 $, qui est un 2 000 $, en passant, qui
est après impôt, puisque c'est un crédit d'impôt? Mme la Présidente, ça s'est appliqué
à 1,1 million d'aînés. 2 000 $.
Puis là je ne parle pas du reste. Je ne parle pas des allocations familiales,
je ne parle pas des baisses de taxe scolaire, je ne parle pas de tous
les autres crédits d'impôt qu'on a bonifiés, je ne parle pas de l'aide...
La Présidente : Deuxième
complémentaire.
Mme
Ruba Ghazal
Mme Ghazal : Mme
la Présidente, les femmes comme Mme Jubinville ne sont pas seules, elle
n'est pas la seule. Tout le monde
souffre de la crise du logement, les gens qui travaillent, les aînés, les
familles, tout le monde souffre de la crise.
Mais ce que me dit le premier ministre dans le
sous-texte, c'est : On en a fait assez, il n'y a plus rien à faire, c'est
une fatalité, il faut que les gens vivent avec la crise, c'est tout. C'est
comme ça que ça marche. Il y a des gagnants puis
il y a des perdants. Il y a les spéculateurs immobiliers qui s'en mettent plein
les poches puis il y a les autres qui souffrent. C'est comme ça. On en a
fait assez.
Il y a des requins puis il y a des poissons.
Devinez c'est qui, les poissons?
Des voix : ...
La Présidente : La réponse... La
réponse du premier ministre.
M. François
Legault
M. Legault : Bon, je ne sais
pas si c'est la farce du chef de Québec solidaire pour le poisson d'avril, là,
mais, écoutez, 2 000 $, c'est pour
les aînés qui ont des bas revenus. Est-ce qu'elle est d'accord avec ça? C'est 2 000 $
par année, en passant, là. C'est des milliards qu'on donne à chaque année
pour... Bien non, mais est-ce qu'elle est d'accord ou elle n'est pas d'accord? Je me souviens, dans le temps,
qu'elle n'aimait pas ça, quand on a annoncé ça. 2 000 $ par année aux
aînés les moins riches.
Donc, à un moment donné, Mme la
Présidente, il faut comprendre, là, que l'argent ne pousse pas dans les arbres,
que c'est les Québécois qui paient pour ces services-là puis qu'on est...
La
Présidente : En question principale, je reconnais maintenant le député
de Laurier-Dorion.
Financement du logement social
M. Andrés Fontecilla
M. Fontecilla :
Revenons à Mme Jubinville, Mme la Présidente, 82 ans, retraitée, qui
doit consacrer 90 % de son revenu pour payer son loyer dit abordable, à
1 875 $ par mois, rien de moins. Ça confirme ce qu'on essaie de faire
comprendre à la CAQ et à ses différents
ministres de l'Habitation depuis des années. Un loyer abordable défini en
fonction du prix du marché, c'est un non-sens.
Et
ce n'est qu'un début. Avec le nouveau projet de logements abordables
intermédiaires avancé par la CAQ, on pourrait aller jusqu'à 150 %
du loyer médian du marché. Ça, c'est du logement supposément social.
Est-ce que la CAQ va
enfin s'engager à régler la crise et investir pour de vrai dans le logement
social et communautaire? Est-ce qu'elle va s'assurer que les loyers soient à la
portée d'une personne comme Mme Jubinville?
La
Présidente : La réponse de la ministre responsable de l'Habitation.
Mme Caroline Proulx
Mme Proulx :
Merci, Mme la Présidente. Je ne reviendrai pas sur les chiffres que le
premier ministre vient de présenter aux collègues de l'Assemblée nationale, là.
Comme on dit en chinois, «it speaks for itself», puis je pense que c'est assez
clair.
Dans le cas de la
dame de ce matin, de l'article du Devoir, on a contacté très tôt ce
matin, Mme la Présidente, la directrice générale de l'office d'habitation de
Montréal. C'est un cas particulier. Dans ce cas-là, il s'agit d'une RPA avec services. Ma collègue travaille d'ailleurs
avec moi, là, au sujet de cette résidence pour personnes aînées, où les frais,
il est vrai, là, des services ont augmenté au fil du temps.
Maintenant, l'office
d'habitation de Montréal, avec qui on a discuté ce matin, et dans le cas précis
de la dame qui est établi dans Le Devoir ce matin, il y a entre 50 et 75 programmes
de soutien au logement que l'office d'habitation de Montréal peut dispenser. Dans le cas qui nous
interpelle ce matin dans des quotidiens, on est assez certains, Mme la
Présidente, qu'avec cinquième sur la
liste pour avoir ces programmes de soutien au logement là... que la dame en
question aura, donc, ce programme de soutien au logement dans les
prochains jours, voire les prochaines semaines, Mme la Présidente.
La
Présidente : Première complémentaire.
M. Andrés Fontecilla
M. Fontecilla :
Avec la CAQ, la crise du logement, c'est toujours des cas particuliers, là.
Mme Jubinville serait éligible au programme pour le supplément au loyer,
mais elle est sur une file d'attente, on le sait, elle est cinquième. Quand
est-ce que son tour va arriver? Ah! on verra. Ce n'est pas surprenant, les
besoins sont criants, mais, encore une fois, les solutions de la CAQ ne
suffisent pas. Dans le budget de la CAQ, c'est zéro nouveau PSL pour des
personnes comme Mme Jubinville.
Est-ce que madame...
est-ce que le gouvernement va enfin bonifier ses programmes pour répondre à la
crise, afin de répondre aux besoins...
La
Présidente : La réponse de la ministre.
Mme Caroline Proulx
Mme Proulx : C'est inexact, Mme la
Présidente, de prétendre qu'on n'a pas de nouveau PSL. Dans le dernier budget,
l'excellent budget du ministre des Finances, on est allés chercher
1 000 programmes de soutien au loyer additionnels en vue d'une
potentielle crise du 1er juillet. Donc, Mme la Présidente, on est en prévoyance
de ce côté-là.
Maintenant, oui,
c'est des cas particuliers. Le cas, ce matin, qui est présenté dans un article
du Devoir, c'est vrai que c'est un cas très, très particulier, pour une
résidence pour personnes aînées qui est particulière, qui est dans une situation financière, également, qui est
précaire. J'ai la pleine collaboration de la ministre de la Santé à cet
égard-là, et on travaille ensemble sur le dossier.
La
Présidente : Deuxième complémentaire.
M. Andrés Fontecilla
M. Fontecilla : Il
y a des milliers, voire des dizaines de milliers de personnes retraitées qui,
comme Mme Jubinville, consacrent plus, beaucoup plus de 30 % de leurs
revenus pour payer un loyer. Mais est-ce
que la ministre s'attaque à ce problème-là? Ce n'est pas les PSL d'urgence qui vont
s'attaquer à cette situation-là. Ça a l'air très important pour elle de punir les locataires, supposément, qui ont
amélioré leurs conditions de vie dans des coopératives d'habitation, mais, au même
temps, pour les gens qui en arrachent, c'est zéro solution.
Comment peut-elle
expliquer cette incohérence?
La
Présidente : La réponse de la... de la ministre de la Santé.
Mme Sonia Bélanger
Mme Bélanger : Mme la Présidente, on est
très conscients, là, que le coût de la vie a un impact important, en
particulier chez les aînés, et c'est pourquoi notre gouvernement a agi pour
soutenir les aînés. Notre premier ministre l'a mentionné tantôt, là, un
crédit d'impôt pour les aînés de 70 ans et plus à faibles revenus, une
aide de 2 000 $.
• (11 heures) •
Mme la Présidente,
j'aimerais ajouter un autre élément important pour les aînés, et en particulier
les aînés qui nous écoutent aujourd'hui. On a investi plus de 550 millions
pour la bonification du crédit d'impôt pour le maintien à domicile, qui permet à un aîné de recevoir jusqu'à
7 800 $ de remboursement pour du soutien à domicile. C'est
580 000 ménages qui ont bénéficié de ces...
La
Présidente : En question principale, je reconnais maintenant la
députée de Sherbrooke.
Augmentation du montant de la
prestation de décès
Mme Christine Labrie
Mme Labrie : Mme la Présidente, on parle beaucoup du coût de
la vie. Ce matin, je veux vous parler du coût de la mort.
Il n'y a pas juste
les loyers et l'épicerie qui ont augmenté, malheureusement, les frais
funéraires aussi, au point où c'est devenu
difficile pour certaines familles d'offrir des funérailles à leurs proches. Il
y a plus de 1 000 personnes par année dont la dépouille doit être
prise en charge par l'État parce que personne ne réclame leurs corps. Des fois,
c'est parce que la personne était
isolée. Des fois, c'est parce que la famille ne peut pas payer les frais
funéraires. Il y a beaucoup de familles qui grattent les fonds de
tiroirs pour payer des funérailles. Donc, en plus de vivre leur deuil, ils se
retrouvent avec un trou de plusieurs milliers de dollars dans leur budget.
Ce matin, la FADOQ,
la Coalition pour la dignité des aînés et Les Petits Frères ont demandé au
gouvernement d'augmenter la prestation de décès, qui est gelée à
2 500 $ depuis 1998. Ce n'est pas possible, aujourd'hui, de faire des
funérailles avec 2 500 $.
Est-ce
que le gouvernement va augmenter la prestation de décès pour que les Québécois
puissent offrir des funérailles dignes à leurs proches?
La
Présidente : La réponse du ministre des Finances.
M. Eric Girard
M. Girard
(Groulx) : Oui, Mme la Présidente. Alors, cette question-là a été
étudiée dans le cadre de la révision du Régime de rentes du Québec, qui est une
révision qui est mandatée, elle est obligatoire, à tous les six ans. Puis il y avait eu une discussion pour augmenter
les frais. Nous avions analysé les coûts et nous avions collectivement fait le
choix de prioriser d'autres éléments.
Et donc il y aura une
autre revue, parce qu'on a déjà trois ans derrière nous, il y aura... puis
cette question-là va être étudiée. C'est certain qu'il y a une demande, mais
c'est un coût important pour le régime. Et le régime, il est financé par les travailleurs, les employeurs, et
on doit choisir quelles prestations sont bonifiées. Dans notre cas, dans la
dernière révision, on a décidé de privilégier les rentes de retraite et non les
prestations de décès.
La Présidente :
Première complémentaire.
Mme Christine Labrie
Mme Labrie : Le ministre a raison, c'est
vraiment une question de choix. C'est vraiment une question de choix politique.
Puis, avec les calculs des groupes d'aînés qui sont sortis ce matin, la baisse
du taux de cotisation annoncée par la
CAQ en novembre coûtait deux fois et demie ce que ça aurait coûté de faire
passer de 2 500 $ à 5 000 $ puis d'indexer par la
suite la prestation de décès. Ça, c'est le choix politique que la CAQ a décidé
de faire.
Est-ce qu'on peut
laisser les Québécois vivre leurs deuils sans qu'ils aient à se demander si
payer des funérailles à leurs proches va les empêcher de payer leurs factures?
La Présidente :
La réponse du ministre.
M. Eric Girard
M. Girard
(Groulx) : Oui, Mme la Présidente. Bien, là, je vais laisser
les Québécois juger, parce qu'effectivement il y a des conditions économiques extrêmement difficiles, et on a fait
le choix d'aider les citoyens, les travailleurs et les employeurs en
réduisant les cotisations, étant donné que le régime est en bonne santé.
Maintenant,
il y a une revue aux six ans. La prestation de décès sera étudiée en temps et
lieu. Lorsqu'elle a été étudiée, à la dernière revue, elle n'a pas été
priorisée.
La Présidente : Deuxième
complémentaire.
Mme Christine Labrie
Mme Labrie : 1998, là, c'est
une autre époque. Jusqu'en 1998 c'était encore possible de fumer dans les
écoles, les enfants pouvaient acheter des billets de loterie. En 1998, Jean
Charest devenait chef du Parti libéral. Le salaire minimum était à 6,90 $. Le Québec a changé beaucoup, depuis 1998,
mais la prestation de décès, elle, elle n'a pas changé. Elle est encore exactement au même montant que
quand l'actuel premier ministre est entré en politique pour la première fois.
Est-ce qu'il
va finir sa carrière en laissant la prestation de décès au même moment que
quand il est arrivé, il y a 28 ans, ou il va l'augmenter avant de
partir?
La Présidente : La réponse du
ministre.
M. Eric Girard
M. Girard (Groulx) : Oui, Mme
la Présidente. Bien, je veux traiter... C'est un sujet délicat, là, mais, je
répète, nous avons choisi de diminuer les cotisations des employeurs et des
travailleurs. Et, si on augmente la prestation de décès, bien, c'est tous
les... ceux qui contribuent aujourd'hui qui vont payer pour ça, là, c'est... On
diminue la santé du régime. C'est un choix.
Et, lorsqu'il y a eu une revue du régime, ce choix-là n'a pas été priorisé. Il
y aura une autre revue, et cette option-là sera considérée, avec toutes
les autres options. Et un régime de retraite...
La Présidente : En terminant.
M. Girard (Groulx) : Je peux
terminer ici, Mme la Présidente.
La Présidente : En question
principale, je reconnais maintenant le député d'Arthabaska.
Admission à la résidence permanente
M. Alex Boissonneault
M. Boissonneault : Durant
l'étude des crédits provisoires, Mme la Présidente, j'ai questionné le ministre
de l'Immigration sur ses projections concernant le PEQ, il m'a répondu que
c'était difficile à dire. On apprend, ce matin, que les deux scénarios des
candidats à la direction de la CAQ ont été présentés aux fonctionnaires pour
analyse. Le député de Lévis a présenté son chiffre, 18 000. La députée de
Sanguinet a refusé de révéler le sien. Il y a une source du ministère qui nous
dit que ce serait autour de 128 800, ce qui n'est pas très loin du chiffre
qui avait été avancé par le Parti québécois. Le ministre de l'Immigration
lui-même avait dit que, si on ouvrait le PEQ à tout le monde, ce serait entre
250 000 et 300 000 personnes.
Alors, il y a des acteurs de la société civile,
des gens aussi dans l'opposition qui ont demandé que le PEQ soit admissible à l'ensemble des immigrants temporaires
sur le territoire québécois qui travaillent et qui maîtrisent le français.
Ma question au
ministre de l'Immigration, c'est : Est-ce qu'il peut s'engager à réaliser
des études sur les projections d'admission, les conséquences de cette
proposition-là sur l'admission à la résidence permanente?
La Présidente : La réponse du
ministre de l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration.
M. Jean-François Roberge
M. Roberge : Merci bien, Mme la
Présidente. Il faut savoir que, l'automne dernier, on a fait un exercice important de planification pluriannuelle de
l'immigration sur quatre ans. Donc, 45 000 par année, environ
29 000 immigrants économiques, qu'ils soient sélectionnés via
l'ancien programme PEQ ou le nouveau PSTQ, 29 000 économiques, 6 000 réfugiés, 10 000 en
réunification familiale, 45 000 par année pendant quatre ans, stabilité,
prévisibilité. Les deux candidats à
la course à la chefferie reconnaissent cette planification, les deux s'engagent
à respecter chacun des seuils sur quatre ans, le 45 000 annuellement, le 29 000, immigration économique. Et
après, bien, il y a des banques de candidatures qui sont très, très grandes, il y a des banques de candidatures,
des centaines de milliers de personnes qui voudraient obtenir la
résidence permanente, qui sont au Québec, qui sont ailleurs, puis, caquistes,
les deux candidats s'engagent à respecter la
planification. Donc, on ne dépassera pas, d'après ce que je comprends, que ce
soit un ou que ce soit l'autre, le 45 000 annuellement, le 29 000,
immigration économique. Que ce soit via une mesure transitoire entre le PEQ et
le PSTQ ou pas n'y changera rien, Mme la Présidente.
La Présidente : Première
complémentaire.
M. Alex Boissonneault
M. Boissonneault : Mme la
Présidente, le premier ministre et le ministre de l'Immigration répètent depuis
longtemps que la capacité d'accueil, au Québec, est dépassée. Or, on comprend
que la proposition de la députée de Sanguinet, qui est la candidate du ministre
de l'Immigration, doit-on le rappeler, ferait en sorte qu'il n'y a à peu près
personne qui quitterait le territoire du Québec. Donc, nous, ce qu'on essaie de
comprendre, c'est : Est-ce que le ministre de l'Immigration a changé
d'avis? Est-ce qu'il croit maintenant que la capacité d'accueil, au Québec,
finalement, n'est pas dépassée?
La Présidente : La réponse du
ministre.
M. Jean-François Roberge
M. Roberge : Mme la Présidente,
on a fait une planification pluriannuelle qui, pour la première fois, amenait
les seuils dont je viens de parler, seuils qui sont compris et respectés par
tout le monde de ce côté-ci et... compris et respectés par les deux aspirants
chefs. Puis pour la première fois on a compté aussi l'immigration temporaire,
avec des cibles de réduction. Par exemple, pour les travailleurs étrangers
temporaires, on avait un chiffre d'autour de 72 000, on s'est dit qu'on
allait réduire ça à 65 000 pour la cible que nous avons.
On veut réduire le nombre d'étudiants étrangers.
Ça a monté au-delà de 120 000, on veut le réduire à 110 000. Au PQ, ils veulent le réduire à 50 000. Quels
programmes veulent-ils fermer? Dans quels cégeps, dans quelles universités?
Quel étudiant ne pourra pas compléter ses études? C'est à eux à répondre à
cette question.
La Présidente : Deuxième
complémentaire.
M. Alex Boissonneault
M. Boissonneault : Mme la
Présidente, c'est une question de cohérence. Le bilan de la CAQ en immigration,
depuis huit ans, ça a été de dire une chose et de faire son contraire.
Rappelez-vous, en 2018, ils avaient fait campagne avec cette idée d'en prendre
moins, mais d'en prendre soin. Finalement, ce qui s'est passé, c'est qu'on a
augmenté les seuils. En 2025, on a suspendu
le PEQ parce que c'est un programme qui était trop populaire. Là, on pense
peut-être le ramener et figer la politique d'immigration du Québec
pendant six ans.
Est-ce que le ministre de l'Immigration comprend
que, si sa candidate remporte la course à la direction de la CAQ, toutes les
politiques qu'il a mises en place jusqu'à maintenant seront caduques?
La Présidente : La réponse du
ministre.
M. Jean-François Roberge
M. Roberge : Mme la Présidente,
je pense qu'il faut éviter d'effrayer les gens. J'invite les gens à prendre
connaissance des positions clairement exprimées par les deux candidats sur les
plateformes, sur les médias sociaux, c'est très, très clair. Mon collègue élude
la question. Nous, on veut garder 110 000 étudiants étrangers, et on
a adopté une loi pour s'assurer de préserver
nos cégeps francophones en région, de préserver nos UQ : UQAM, UQAC,
Université du Québec en Outaouais,
etc. Comment le Parti québécois se privera de 60 000 étudiants
étrangers tout en préservant la vitalité de nos régions, les emplois? Les
étudiants qui, faute de programmes ouverts, devront peut-être aller en ville,
ne retourneront pas. C'est nous, le gouvernement des régions.
• (11 h 10) •
La Présidente : Et, en question
principale, je reconnais maintenant le député d'Abitibi-Est.
Investissements dans les régions ressources
M. Pierre Dufour
M. Dufour : Mme la Présidente,
si la CAQ se colle l'étiquette du parti des régions, ce n'est certainement pas celui des régions ressources. Pensons ici au
dossier sylvicole, un enjeu important dans nos régions ressources. En passant,
j'aimerais rappeler à la députée de Chicoutimi, qui soulevait cet enjeu,
que c'est le Parti québécois qui a mis en place le régime forestier actuel, en
2013, régime que les gouvernements successifs essaient de réformer depuis.
Mais revenons à la situation de sylviculture
proprement dite. Le gouvernement ne peut pas couper dans les investissements sylvicoles, car c'est jouer avec
l'actif des générations futures. Ce n'est pas sexy, en politique, d'investir sur
des résultats à long terme, mais c'est essentiel.
Que
va faire le ministre pour désengorger la situation qui affecte les
sylviculteurs? Est-ce que la structure de Rexforêt est toujours viable et
utile?
La
Présidente : La réponse du ministre des Ressources naturelles et des
Forêts.
M. Jean-François Simard
M. Simard :
Alors, Mme la Présidente, je reçois avec beaucoup de plaisir la question de
mon estimé collègue, que j'ai revu la semaine dernière à Rouyn-Noranda dans le
cadre d'une annonce très importante sur le lancement d'une zone d'innovation minière qui va rapporter à sa
région des dizaines de millions de dollars en investissement public dans
les prochaines années, comme quoi on soutient l'économie de l'Abitibi et de
l'ensemble des régions.
Sur
sa question concernant les travaux sylvicoles, on sait que nos travailleurs
sylvicoles sont à la base de l'industrie forestière, contribuent à la santé de nos forêts. C'est quelque
12 000 travailleurs répartis partout sur le territoire du Québec qui
tantôt font... travaillent le terrain, tantôt font du reboisement, tantôt, carrément,
font ce qu'on appelle de l'éducation de peuplement,
toujours dans des conditions, vous l'aurez compris, très, très difficiles.
Donc, nous avons été au rendez-vous pour soutenir de manière urgente,
récemment, l'ensemble de l'industrie forestière par des mesures très
importantes, et nous allons également le
faire dans l'année qui vient. Il faut savoir... Pour l'industrie sylvicole, il
faut savoir que, l'an passé, le trésor public québécois a contribué à
hauteur de 117 millions de dollars dans ses travaux, et nous
allons...
La
Présidente : Première complémentaire.
M. Pierre Dufour
M. Dufour :
Oui, Mme la Présidente, dernier en transport, pour le bon état des chemins,
entre autres.
Un autre exemple, Mme
la Présidente, selon un article du Devoir, sous la plume de Stéphane
Baillargeon, 72 % des investissements en culture sont faits à Montréal et
Québec. Quatre régions dites éloignées ont, d'ailleurs, vu les dépenses directes leur étant destinées diminuer
par rapport à l'année précédente. Bien oui, l'Abitibi-Témiscamingue est l'une
d'elles. Conséquence, nos artistes doivent s'expatrier.
Les
gens chez nous veulent savoir comment le ministre pense pouvoir intervenir pour
améliorer l'équité culturelle.
La
Présidente : La réponse du ministre de la Culture et des
Communications.
M. Mathieu Lacombe
M. Lacombe :
Merci, Mme la Présidente. Bien, je suis d'accord avec mon collègue, je suis
d'accord avec mon collègue, on doit en faire plus pour les régions, parce
qu'historiquement ça n'a pas été le cas. Il y a une concentration
d'organisations culturelles, bien sûr, à Montréal. Donc, Montréal sera
probablement toujours surreprésentée de par cette raison-là, mais on doit
véritablement en faire plus. Et, ça tombe bien, la nouvelle
présidente-directrice générale du Conseil des arts et des lettres du Québec a
ce mandat-là clair et précis. D'ailleurs, encore cette semaine on travaillait
sur cette question-là pour se rapprocher le plus possible du poids
démographique des régions dans les pourcentages d'investissement un peu partout
au Québec.
Puis
on continue nos investissements notamment aussi dans les infrastructures
culturelles, en Abitibi-Témiscamingue, je pense à l'Agora des Arts, je
pense au Vieux-Palais d'Amos aussi, pour qui, Mme la Présidente, avec ma
collègue, on aura de très, très bonnes nouvelles...
La Présidente :
Deuxième complémentaire.
M. Pierre Dufour
M. Dufour :
Merci au ministre. Finalement, le fameux PQI. Malgré l'impact de
l'Abitibi-Témiscamingue et de la Côte-Nord sur le rendement du PIB du Québec,
ces deux régions se partagent annuellement les positions 15 à 17 sur 17 au
programme québécois des infrastructures depuis plusieurs années.
Il est où, le
gouvernement, pour les régions dites ressources?
La
Présidente : La réponse du ministre des Transports et de la Mobilité
durable.
M. Jonatan Julien
M. Julien :
Oui, merci, Mme la Présidente. Et je salue mon collègue avec ses questions.
Alors,
lundi, on était, justement, pour faire l'annonce des travaux routiers sur deux
ans, là, en Abitibi, on était à Amos avec les collègues, puis j'ai eu
l'occasion aussi de partager ces informations-là avec mon collègue,
235 millions d'investissement sur deux ans, augmentation de
21 %. Et mon collègue a raison, le déficit de maintien d'actif sur le
réseau routier, dans la région de l'Abitibi, est plus... plus haut qu'ailleurs,
mais le principal enjeu qu'on a discuté, bien qu'on
augmente les sommes de manière importante, 21 %, quand même, ce n'est pas
rien, c'est l'enjeu de la main-d'oeuvre, l'enjeu de la main-d'oeuvre
pour des mécaniciens, pour des conducteurs de camions. Mon collègue le sait...
La
Présidente : En terminant.
M. Julien : ...le secteur minier va
très bien. On va travailler pour améliorer les routes, mettre plus d'argent puis
avoir la main-d'oeuvre. On va être au rendez-vous.
La Présidente :
En question principale, je reconnais maintenant la députée de La Pinière.
Politique de soutien à
domicile
Mme Linda Caron
Mme Caron :
Mme la Présidente, Santé Québec est en train de passer le rouleau compresseur
dans le soutien à domicile : désorganisation des services, perte
d'expertise, licenciements au sein des entreprises d'économie sociale en
soutien à domicile, les EESAD. Santé Québec, via les CISSS, lance des appels
d'offres et applique le concept du plus bas soumissionnaire sans aucun
discernement, faisant fi de la relation développée au fil des ans entre les
aides à domicile et les aînés en perte
d'autonomie, qui ont besoin de stabilité. À preuve, dans Lanaudière, deux EESAD
devront transformer l'accompagnement
de 370 usagers et licencier 130 aides à domicile. À Laval, une EESAD
devra abandonner 91 usagers et licencier 25 aides à domicile.
On aura attendu
quatre ans pour la politique de soutien à domicile, et c'est ça que ça donne?
Ça ne marche pas.
La ministre va-t-elle
rectifier la situation?
La
Présidente : La réponse de la ministre de la Santé et responsable des
Aînés et des Proches aidants.
Mme Sonia Bélanger
Mme Bélanger :
Oui. Mme la Présidente, d'abord, je veux mentionner que je suis très fière
d'avoir annoncé le lancement de cette Politique nationale de soutien à
domicile, qui était attendue depuis longtemps. On a travaillé avec différents partenaires, et, dans cette politique,
il y a vraiment la... l'importance de travailler avec les différents partenaires
en soutien à domicile. Les CLSC ont un rôle extrêmement important, mais les
partenaires ont aussi un rôle.
Et les entreprises
d'économie sociale en soutien à domicile sont des OSBL, avec leurs propres
conseils d'administration. Il y a plus d'une centaine d'EESAD au Québec dans
toutes les régions. On travaille avec eux de façon très étroite pour s'assurer
que nos entreprises d'économie sociale en soutien à domicile puissent donner des
soins aux personnes, puissent faire du répit, faire de l'accompagnement, des
menus travaux domestiques.
Maintenant, il y a
une loi sur l'octroi des contrats, au Québec. Alors, il faut suivre les
différents paramètres quand on va en appel d'offres, Mme la Présidente. Et
c'est ce que Santé Québec applique...
La
Présidente : En terminant.
Mme Bélanger :
...afin de s'assurer que les meilleures organisations puissent...
La
Présidente : Voilà. Cela met fin à cette période de questions et de
réponses orales.
Demeurez en place
pour le vote reporté. Et, pour ce faire, je cède la place à la deuxième
vice-présidente de l'Assemblée nationale. Merci, tout le monde.
Votes reportés
Adoption du principe du projet
de loi n° 1
La Vice-Présidente
(Mme D'Amours) : Comme annoncé précédemment, nous allons maintenant
procéder au vote reporté sur la motion de M.
le ministre de la Justice et ministre responsable des Relations canadiennes
proposant que le principe du projet de loi n° 1, Loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec, soit adopté.
Le vote est
maintenant ouvert.
Le
vote est maintenant terminé, mais on a un député qui s'est joint à
nous pendant la durée du... la période du vote, alors j'ai besoin du
consentement pour que ce député, M. le ministre, puisse... Est-ce que j'ai le consentement?
• (11 h 20) •
Des voix :
Consentement.
La Vice-Présidente
(Mme D'Amours) : Merci. Merci.
On m'informe aussi
que j'ai peut-être fait une coquille en lisant mon texte. Alors, je vais le
relire et, après ça, demander si c'est bien correct.
Comme annoncé
précédemment, nous allons maintenant procéder au vote reporté sur la motion de
M. le ministre de la Justice et ministre
responsable des Relations canadiennes proposant que le principe du projet de
loi n° 1, Loi
constitutionnelle de 2025 sur le Québec, soit adopté.
Est-ce que tout le
monde a voté sur cet énoncé que je viens de lire? Parfait. Merci.
Donc, M. le secrétaire général, pour le résultat
du vote, s'il vous plaît.
Le
Secrétaire : Pour : 68
Contre : 31
Abstentions :
1
La
Vice-Présidente (Mme D'Amours) :
C'est adopté. Merci. En
conséquence, le principe du projet de loi n° 1, Loi
constitutionnelle de 2025 sur le Québec, est adopté.
M. le leader du gouvernement, s'il vous plaît.
Renvoi à la Commission des institutions
M. Lévesque (Chapleau) : ...conformément
à l'article 243 de notre règlement, je fais motion afin que le projet de
loi n° 1, la Loi constitutionnelle de 2025 sur le
Québec, soit déféré à la Commission des institutions pour son étude détaillée et que le ministre de la Justice et
ministre responsable des Relations canadiennes soit membre de ladite commission
pour la durée du mandat.
Mise aux voix
La Vice-Présidente (Mme D'Amours) : Est-ce
que cette motion est adoptée?
Des voix : Adopté.
Motions sans préavis
La Vice-Présidente (Mme D'Amours) :
Adopté. M. le premier ministre.
Nommer Mme Christina Turcot secrétaire générale
adjointe de l'Assemblée nationale
Document déposé
M. Legault : Oui, Mme la
Présidente. Après consultation auprès des partis de l'opposition et des députés
indépendants, je propose :
«Que, conformément aux articles 26 et 121
de la Loi sur l'Assemblée nationale, Mme Christina Turcot, directrice du
secrétariat général et du secrétariat du Bureau de l'Assemblée nationale, soit
nommée secrétaire générale adjointe de
l'Assemblée nationale, avec le rang et les privilèges d'un sous-ministre
adjoint, pour un mandat de sept ans à compter du 1er avril 2026 et
que sa rémunération et ses autres conditions de travail soient celles contenues
dans le document ci-annexé.»
Mise aux voix
La Vice-Présidente (Mme D'Amours) : Cette
motion est-elle adoptée?
Des voix : Adopté.
La Vice-Présidente (Mme D'Amours) :
Adopté. Nous en sommes maintenant à la rubrique Motions sans préavis, et, en
fonction de nos règles et de l'ordre de présentation...
Des voix : ...
La Vice-Présidente (Mme D'Amours) : ...et,
en fonction de nos règles et de l'ordre de présentation des motions sans
préavis, je reconnais maintenant un membre du groupe... du troisième groupe
d'opposition. M. le député d'Arthabaska.
M. Boissonneault : Merci, Mme
la Présidente. Je sollicite le consentement des membres de cette Assemblée afin
de présenter, conjointement avec les députés d'Abitibi-Est et Laporte, la
motion suivante :
«Que
l'Assemblée nationale prenne acte des informations à l'effet qu'accorder une
clause de droits acquis pour le
Programme de l'expérience québécoise pourrait rendre admissibles à la résidence
permanente jusqu'à 126 800 personnes;
«Qu'elle rappelle qu'il est nécessaire que le
ministère de l'immigration publie l'ensemble des données et des scénarios
envisagés afin de permettre un débat fondé sur les faits;
«Que l'Assemblée mandate le ministère de
l'Immigration de réaliser et rendre publiques avant le 12 avril 2026 les
projections d'admission à la résidence permanente qui découle de la proposition
de donner accès au PEQ à tous les immigrants temporaires sur le territoire
québécois qui travaillent et maîtrisent le français.»
La Vice-Présidente (Mme D'Amours) : Y
a-t-il consentement pour débattre de cette motion?
M. Lévesque
(Chapleau) : Pas de consentement, Mme la Présidente.
La Vice-Présidente
(Mme D'Amours) : Pas de consentement.
Je
suis maintenant prête à entendre un membre du groupe formant le gouvernement,
et je cède la parole à Mme la députée de Charlevoix—Côte-de-Beaupré.
Mme Bourassa :
Merci beaucoup, Mme la Présidente. Je sollicite le consentement de cette
Assemblée afin de présenter la motion suivante :
«Que l'Assemblée
nationale reconnaisse que le Québec a mieux performé économiquement que le
reste du Canada depuis 2018;
«Qu'elle souligne la
réduction de l'écart de niveau de vie avec l'Ontario, passé de 15,9 % en
2018 à un creux historique de 10,2 % en 2024;
«Qu'elle reconnaisse
que des écarts aussi faibles n'ont jamais été enregistrés depuis le début de la
compilation des statistiques en 1981;
«Quelle
souligne également qu'entre 2018 et 2024, le pouvoir d'achat des ménages,
mesuré par le revenu disponible réel par habitant, s'est amélioré de 9,2 %
au Québec, comparativement à 5,1 % en Ontario et dans le reste du Canada.»
La Vice-Présidente (Mme D'Amours) : Merci,
Mme la députée. Est-ce qu'il y a consentement pour débattre...
Une voix : ...
La Vice-Présidente
(Mme D'Amours) : Il n'y a pas de consentement.
Je suis prête,
maintenant, à entendre un membre du groupe formant l'opposition officielle, et
je cède la parole à M. le député de Marguerite-Bourgeoys.
M. Beauchemin :
Merci, Mme la Présidente. Je sollicite le consentement de cette Assemblée
afin de présenter la motion suivante conjointement avec la députée de Laporte
et la députée de Chomedey :
«Que
l'Assemblée nationale prenne acte que, sous la gouverne de l'actuel premier
ministre, la dette nette du Québec a augmenté de plus de 40 % entre
2018-2019 et 2026-2027.»
Merci, Mme la
Présidente.
La Vice-Présidente
(Mme D'Amours) : Y a-t-il consentement pour débattre de cette motion?
M. Lévesque
(Chapleau) : Pas de consentement, Mme la Présidente.
La Vice-Présidente
(Mme D'Amours) : Pas de consentement.
Donc, je suis prête,
maintenant, à entendre la motion de M. le député de Saint-Jérôme.
Des voix : ...
La Vice-Présidente
(Mme D'Amours) : C'est mon erreur, je m'excuse, oui. Je suis désolée.
Je suis prête à entendre un membre du deuxième groupe de l'opposition. Donc, je
suis prête à vous entendre, M. le leader.
M. Cliche-Rivard :
Merci, Mme la Présidente. Je sollicite le consentement de cette Assemblée,
donc, pour présenter la motion suivante conjointement avec le député de
l'Acadie, le député d'Arthabaska, le député d'Abitibi‑Est, la députée de Laporte, le député de Rosemont, la députée
de Saint-Laurent et la députée de Chomedey :
«Que l'Assemblée
nationale constate que des informations importantes concernant le nombre
potentiel de personnes visées par une clause de droits acquis à la suite de
l'abolition du Programme de l'expérience québécoise demeurent incomplètes dans
le débat public;
«Qu'elle rappelle que
la transparence est une condition essentielle à un débat démocratique éclairé
sur des enjeux aussi structurants que l'immigration;
«Qu'enfin elle
demande au gouvernement de divulguer sans délai l'ensemble des données,
analyses et scénarios produits par le ministère de l'Immigration, de la
Francisation et de l'Intégration concernant les effets des récentes réformes,
incluant les projections de délais de traitement, le nombre de personnes
concernées ainsi que des données comparatives par rapport aux années
précédentes.» Merci.
La Vice-Présidente
(Mme D'Amours) : Y a-t-il consentement... Y a-t-il consentement pour
débattre de cette motion?
M. Lévesque
(Chapleau) : Pas de consentement, Mme la Présidente.
La Vice-Présidente
(Mme D'Amours) : Il n'y a pas de consentement. Et maintenant je suis
prête à entendre M. le député de Saint-Jérôme.
M. Chassin : Le
très attendu député de Saint-Jérôme. Merci, Mme la Présidente.
Alors, je sollicite
le consentement de l'Assemblée pour présenter la motion suivante conjointement
avec la députée de Rimouski :
«Que l'Assemblée
nationale souligne le dépôt d'un projet de loi concernant les décrets de
convention collective et l'industrie de la construction par le ministre du
Travail;
«Qu'elle
rappelle que les décrets de convention collective découlent d'une loi de 1934
et touchent 10 000 entreprises, principalement des PME;
«Qu'elle note que les
coûts de conformité aux décrets de convention collective pour les entreprises
sont évalués à 47 millions de dollars par la FCEI;
«Que l'Assemblée
nationale note que ce régime de relations de travail n'existe qu'au Québec,
affectant la compétitivité des PME qui y sont soumises par rapport à leurs
concurrents;
«Que l'Assemblée
nationale rappelle que le gouvernement du Québec a aboli le décret de
convention collective des coiffeurs de l'Outaouais en 2020 et que tous s'en
portent mieux;
«Qu'elle enjoigne
enfin le gouvernement à abolir définitivement l'anachronisme des décrets de
convention collective afin de réduire le fardeau réglementaire et la paperasse
imposés aux entrepreneurs québécois.»
La Vice-Présidente
(Mme D'Amours) : Merci, M. le député. Y a-t-il consentement pour
débattre de cette motion?
Une voix : ...
• (11 h 30) •
La Vice-Présidente
(Mme D'Amours) : Pas de consentement. Merci.
Avis touchant les travaux des
commissions
Nous
serions maintenant rendus à la rubrique Avis touchant les travaux des
commissions. Et je demande aux collègues de sortir en silence le plus
possible, s'il vous plaît.
M. le leader adjoint
du gouvernement, pour la suite de nos travaux.
M. Lévesque
(Chapleau) : Oui. Merci beaucoup, Mme la Présidente.
Et donc j'avise cette
Assemblée que, conformément à l'article 275 de notre règlement, la Commission
des finances publiques va poursuivre le débat sur le discours du budget
aujourd'hui, après les affaires courantes jusqu'à 13 heures et de
15 heures jusqu'à ce que ledit débat soit terminé, à la salle
Louis-Joseph-Papineau;
Par la suite, la Commission
des finances publiques va poursuivre l'étude détaillée du projet de loi n° 5, la Loi visant à accélérer l'octroi des autorisations
requises pour la réalisation des projets prioritaires et d'envergure nationale,
aujourd'hui, dès qu'elle aura terminé le débat sur le discours du budget
précédemment annoncé;
La Commission de
l'économie et du travail va poursuivre l'étude détaillée du projet de loi n° 11, la Loi modifiant
diverses dispositions principalement aux fins d'allègement du fardeau
réglementaire et administratif,
aujourd'hui, après les affaires courantes jusqu'à 13 heures et de
15 heures à 18 h 30, à la salle Louis-Hippolyte-La Fontaine;
Et finalement la Commission
des institutions va entreprendre l'étude détaillée du projet de loi n° 1, la Loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec,
aujourd'hui, après les affaires courantes jusqu'à 13 heures et de
15 heures à 18 h 30, à la salle Marie-Claire-Kirkland.
15417
15399
La
Vice-Présidente (Mme D'Amours) :
Merci. Pour ma part, je vous
avise que la Commission de
l'administration publique se réunira en séance de travail aujourd'hui, après
les affaires courantes jusqu'à 13 heures, à la salle Pauline-Marois, afin de procéder à l'examen de rapports annuels de gestion.
Nous serions
maintenant rendus à la rubrique Renseignements sur les travaux de l'Assemblée.
Affaires du jour
La
période des affaires courantes étant terminée, nous allons maintenant passer aux
affaires du jour. M. le leader adjoint du gouvernement, s'il vous plaît.
M. Lévesque
(Chapleau) : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Je vous demanderais de
bien vouloir appeler l'article 20 du feuilleton, s'il vous plaît.
Projet de loi n° 9
Adoption
La Vice-Présidente (Mme D'Amours) : À
l'article 20 du feuilleton, M. le ministre responsable de la Laïcité
propose l'adoption du projet de loi n° 9, Loi
sur le renforcement de la laïcité au Québec.
Y a-t-il des
interventions? M. le ministre, la parole est à vous.
M. Jean-François
Roberge
M. Roberge :
Merci bien, Mme la Présidente. Jour important, aujourd'hui, pour dire un
dernier message avant le vote qui aura lieu sur l'adoption du projet de n° 9, Loi sur le renforcement de la laïcité au Québec.
Depuis 2018 que
notre gouvernement travaille pour préserver notre langue, notre identité, notre
culture, nos valeurs. On a adopté la Loi sur la laïcité de l'État, on a adopté
une loi n° 96 pour protéger notre langue, on a adopté
la loi n° 84
pour créer, définir, défendre notre modèle d'intégration à la nation, on a créé
le groupe de travail interministériel sur l'avenir de la langue
française, déposé un plan sur la langue française, qui est ambitieux. Suite à
ça, mon estimé collègue de la Culture a fait adopter une loi sur la
découvrabilité des contenus culturels québécois en ligne. Et là on vient renforcer la Loi sur la laïcité de l'État.
Il y a une continuité, définitivement qu'il y a une cohérence par rapport à ça.
Et il fallait trouver
un équilibre, cependant, et c'est pour ça qu'on a pris le temps de bien faire
les choses, qu'on a réfléchi et qu'on a mandaté deux experts bien connus et
reconnus, Me Pelchat et Me Rousseau, qui ont, eux, consulté beaucoup de personnes.
Ils sont arrivés avec un rapport qui est fouillé. Dans la rédaction du projet
de loi, on a tenu compte de leurs
recommandations, on a voulu donner suite, tenir compte des grands principes de
la laïcité : la séparation de
l'État et des religions, la neutralité religieuse de l'État, l'égalité entre
tous les citoyens, toutes les citoyennes, particulièrement l'égalité
hommes-femmes, qui est une valeur cardinale, au Québec, et, bien sûr, protéger
la liberté de conscience et la liberté de religion.
Voici ce qui changera
maintenant. Fin de la pratique religieuse dans nos institutions publiques. Nos
institutions publiques ne sont pas des lieux de culte. Fin, justement, en
cohérence avec ça, des salles de prière dans les cégeps et les universités. Les
gens peuvent sortir des institutions pour aller chez eux ou pour aller dans des
lieux de culte, mais nos cégeps et nos
universités ne sont pas des lieux de culte. On dit, en faisant ça, non à la
ségrégation religieuse. On dit aussi
non au sexisme, parce que, malheureusement, les locaux de prière, tel qu'ils
sont utilisés en ce moment, sont aussi, malheureusement, souvent le
théâtre de la ségrégation et du sexisme.
On vient offrir un
environnement laïque à nos enfants, parce que, maintenant, les principes de la
laïcité vont s'appliquer dans nos CPE, vont s'appliquer dans les écoles privées
subventionnées, vont s'appliquer à la DPJ. On vient préciser, et c'est une évidence,
mais il fallait le faire, il fallait adopter la loi, que tout le long du
parcours éducatif, bien, ça se passe à visage découvert, autant pour ceux qui
interagissent avec nos jeunes que pour nos jeunes eux-mêmes, parce que c'est
une question de respect. C'est une question de communication, c'est une
question de vie en société puis c'est pour
faciliter l'apprentissage. On vient préciser que, dans nos institutions
publiques, il ne peut pas y avoir qu'un seul menu religieux imposé à tous.
C'est l'évidence, mais ce n'est pas la situation actuelle, et il faut légiférer
pour ça.
On vient préciser
qu'en toute cohérence avec l'intégration nationale, notre nouveau modèle
d'intégration à la nation, bien, on ne veut
pas vivre les uns aux côtés des autres, on veut vivre les uns avec les autres.
Oui à la diversité, mais oui à la mixité, non à la ségrégation. On vient
préciser que, lorsqu'il y a de l'argent de l'État qui va dans le réseau public et, dans le réseau, par contre, privé, aux
écoles privées subventionnées, bien, les principes de la laïcité de l'État
doivent suivre. On vient préciser que les prières de rue, sauf rares
exceptions, bien, ça ne fonctionne pas. On vient donner des balises très, très claires aux municipalités. On
les a écoutées, d'ailleurs, en commission. On a ajusté le texte de loi, mais
les Québécois ne veulent pas que les gens provoquent nos institutions, viennent
s'installer devant des lieux de culte pour provoquer les gens, ne
veulent pas que des gens s'accaparent des lieux publics pour des mauvaises
raisons.
On vient préciser les
accommodements religieux, plus d'équité, plus de clarté. On vient faciliter la
vie aussi aux entreprises privées qui doivent travailler avec tout ça. Mais il
y a des réflexions derrière ça. Notre grand sociologue Guy Rocher disait, je le
cite, qu'«il y a des convictions qui mènent à l'autoexclusion». Ça, c'est M. Guy
Rocher qui a dit ça, en parlant de ceux et
celles qui voudraient... qui ne voudraient pas retirer leurs signes religieux,
même temporairement. N'écoutons pas ceux qui veulent nous faire croire
que ce serait toujours la majorité qui devrait s'adopter... s'adapter à la
minorité. N'écoutons pas ceux qui voudraient nous faire croire que la laïcité
exclut, alors qu'elle vise à protéger, à rassembler,
à créer un cadre commun pour le vivre-ensemble, avec ceux qui croient, avec
ceux qui ne croient pas, avec ceux qui doutent.
La
même dynamique... dans la même dynamique que notre nouveau modèle d'intégration
nationale, le renforcement de la
laïcité clarifie notre contrat social. Ceux qui viennent vivre au Québec
doivent comprendre que le multiculturalisme, ce n'est pas notre modèle
de société, clairement. Une grande nation ne se définit pas par la grandeur de
son territoire, ou par le nombre d'habitants qui la composent, ou même par la
puissance de son économie. Non, elle se caractérise par sa culture, par ses institutions, par sa fierté, par son histoire,
par son désir d'assurer sa continuité. Et sa continuité et son existence
est seulement possible si notre nation respecte ce que ceux qui nous ont
précédés nous ont transmis. Donc, oui,
effectivement, la religion a laissé un héritage important au Québec, et on ne
cherchera pas à effacer ce patrimoine bâti, à changer les noms des
bâtiments, des villes, des lieux ou à arracher les statues.
L'existence de la
nation, elle n'est possible que si elle peut se projeter dans un futur qui est
ambitieux, moderne, prospère, fidèle à ses
valeurs, mais ouvert sur le monde, évidemment. Dans l'immensité de notre
continent, nous ne sommes que
9 millions. C'est donc notre devoir de proposer et de défendre notre
modèle, nos valeurs, notre singularité. Et maintenant notre modèle de
laïcité fait partie de notre modèle de vivre-ensemble.
Donc, oui, au Québec,
on est fiers de s'assumer, on est fiers de défendre qui on est. Aujourd'hui, je
me souviens, nous nous souvenons. Demain, je veux qu'on déploie nos ailes, je
veux qu'on se souvienne de nos valeurs, de
notre culture commune, parce que c'est comme ça qu'on vit, au Québec, et c'est
comme ça qu'on va continuer à vivre ensemble. Merci.
La Vice-Présidente (Mme D'Amours) : Merci,
M. le ministre. Je cède maintenant la parole à Mme la députée de Westmount—Saint-Louis.
Mme Jennifer Maccarone
Mme Maccarone : Merci beaucoup,
Mme la Présidente. Alors, à mon tour d'intervenir sur le projet de loi n° 9, Loi sur le
renforcement de la laïcité au Québec.
Et d'emblée, je souhaite souligner l'excellent travail de mes deux collègues,
la députée de Mont-Royal—Outremont
ainsi que la députée de Bourassa-Sauvé, pour la qualité et la rigueur des interventions qu'elles ont tenues en commission
parlementaire lors de l'étude détaillée, avec les échanges qu'elles ont eus
avec les groupes qui ont pu passer lors des consultations particulières. Ils
ont traité ce dossier que... certes très sensible avec beaucoup de doigté, avec
une expertise ardue, dont j'ai énormément de respect. Alors, j'espère que je
serai à la hauteur des attentes, car je sais que j'ai des grands souliers à
remplir, aujourd'hui, parce que je les tiens en très haute estime. Puis je sais
que... Nous, ce que nous souhaitons, dans le fond, partager, c'est que, la laïcité
de l'État, il faut absolument traiter encore... puis même ce projet de loi,
avec énormément de respect, parce que la laïcité touche des convictions
profondes des Québécois et Québécoises, puis il y a un impact réel, humain, et
ça peut déchirer des familles, ça peut déchirer le monde, quand on mène des
débats qui sont personnels, certes, pour plusieurs personnes. Mais il faut le
dire, que le Parti libéral du Québec, nous étions toujours en faveur de la
laïcité. Ce n'est pas un principe qui est nouveau pour nous. Alors, je tiens
quand même à le partager. C'est très important pour nous de protéger la
neutralité de l'État, on est contre le prosélytisme, puis c'est des valeurs qui
sont très chères pour nous puis très chères pour
tous les Québécois. Alors, sur ce principe, nous partageons la vision du
gouvernement et, je pense, de tous les Québécois qui souhaitent aussi
protéger nos valeurs. Ça fait que, sur ça, je comprends. Et, personnellement,
je reconnais beaucoup l'importance de la laïcité, et je partage,
personnellement, aussi le principe d'avoir un État neutre, mais je suis contre
une approche punitive. Je suis contre une approche où on va peut-être avoir un
effet contre-productif. Et il me semble qu'à
l'intérieur de ce projet de loi, qui sera bientôt adopté, ce qu'on a, c'est ce
type de principe, dans les dispositions du projet de loi n° 9.
(11 h 40) •
Je me demande
aussi si c'est vraiment la priorité des Québécois. Vous m'avez entendue hier,
Mme la Présidente, et merci encore une fois pour votre écoute attentive.
C'est grandement apprécié. Est-ce que c'est vraiment la priorité des Québécois? Si je peux parler pour le Parti
libéral du Québec, puis ma formation politique, et notre chef Charles Milliard, nous avons identifié les
quatre priorités que nous savons... font partie de ceux des Québécois et
Québécoises, et la laïcité, et ce type de projet de loi n'en font pas partie.
Nous faisons face à des crises dans le réseau de
santé. On a un réseau de l'éducation, côté infrastructures, qui est en train de
tomber à terre. On a un manque cruel des professionnels dans les... ces deux
réseaux. On a un réseau de services de garde qui n'est toujours pas complet. Ça
fait qu'on a des parents qui n'ont pas accès à des places. On a une crise de
logement comme nous n'avons jamais vu dans l'histoire du Québec. Et donc nous
avons besoin d'avoir un plan. Le coût de la vie, l'inflation, ce sont les
vraies priorités des Québécois. Alors, je questionne les orientations du
gouvernement quand on vient avec ce type de projet de loi car nous savons très
clairement que les Québécois souhaitent être ailleurs.
Il y a plusieurs mesures, dans le projet de loi n° 9, qui vont plus loin que nécessaire, puis évidemment
ils risquent de créer des effets collatéraux dans le réseau de l'éducation,
dans le réseau de services de garde éducatifs à l'enfance. Et on doit le dire
que le gouvernement n'a pas démontré qu'il existe un problème généralisé
justifiant le dépôt de ce projet de loi. Et, quand on légifère de cette
manière, il faut vraiment être sensible, je le répète, il faut agir avec de la prudence, de la nuance, être à l'écoute
de la population. C'est notre rôle, comme députés, tous confondus, tous
partis ici, d'être à l'écoute de la population.
Et il y a beaucoup de gens qui ont passé lors
des consultations particulières, et je les remercie encore une fois eux aussi
pour la qualité de leurs interventions et les mémoires qu'ils ont partagés.
C'était très lucide, parce qu'encore une fois, je répète, les gens comprennent
les orientations, et nous, nous souhaitons y aller... mais nous sommes en train
de corriger un problème qui n'existe pas. Alors, il faut toujours agir avec de
la prudence et voir les nuances de ce que nous sommes en train de faire ici,
être à l'écoute, parce que, lors de l'adoption des projets de loi, pour le bien
ou pour le mal, on a un impact sur la population, et nous avons une responsabilité
d'être sensibles à ceci.
Je souhaite partager un article qui a été publié
le 27 mars, dans La Presse, par Vincent Brousseau-Pouliot et je
vais souligner la qualité du travail qui a été mené dans la rédaction de cet
article... chronique qu'il a préparée. Ça me parle énormément parce que je
trouve que c'est une évaluation équilibrée d'où nous sommes, comme Québécois,
en matière de laïcité et de l'application de ce type de projet de loi, avec une
histoire d'où nous avons commencé puis où nous sommes rendus aujourd'hui.
Alors, je vais citer beaucoup d'éléments de son
article, puis aussi des citations des collègues qui siègent ici aujourd'hui,
mais je pense, d'emblée, c'est important de mentionner que le compromis Bouchard-Taylor,
qui a été mis en place ou proposé en 2008, c'est quelque chose qui... plusieurs
Québécois y tient, parce qu'on trouvait que c'était un compromis. Et, lors de l'article qui a été préparé, M. Bouchard
a passé une entrevue, puis c'est un sociologue de 82 ans, professeur
émérite à l'Université de Québec à Chicoutimi...
et je vais citer quand même qu'est-ce
qu'il a dit à M. Brousseau plus haut : «A-t-on montré que le
port des signes religieux endoctrinait les élèves, que ça les intimidait, que
ça les mettait mal à l'aise? Pas du tout. Je trouve ça gratuit.» Je trouve ça
quand même important comme citation, étant donné que c'était quand même parmi
deux experts, deux personnes qui ont été consultées à l'époque pour nous aider
à mieux comprendre les orientations puis comment vous pouvez traiter ce dossier
puis ce sujet, encore une fois, très sensible.
Alors, est-ce que nous sommes en train
d'exagérer le principe de laïcité de l'État du Québec? La question se pose. Puis la question se pose, parce que le
rapport du Bouchard-Taylor, en 2008, la recommandation, c'était l'interdiction
des signes religieux auprès des employés de
l'État qui menaient une influence sur les Québécois. On parlait, à ce
moment-là, des policiers, on parlait des
procureurs de la couronne, juges, mais on ne parlait pas des professeurs, on ne
parlait pas des éducateurs, éducatrices qui oeuvrent au sein du réseau de
services de garde éducatifs à l'enfance. Et il me semble que c'est aussi
pertinent de citer l'actuel ministre de Justice, le leader du gouvernement,
parce qu'en octobre 2018, lui, il a dit que
le compromis Bouchard-Taylor, à l'époque, il y avait quand même un consensus.
Alors, je le cite : «Il y a une chose qui est sûre, c'est que le
consensus du rapport Bouchard-Taylor est présent au Québec. Les Québécois
s'attendent à ce que les personnes en situation d'autorité ne portent pas de
signe religieux.» Mais, en 2019, avec la loi n° 21,
le gouvernement a quand même poursuit avec des modifications, malgré ce que le
leader du gouvernement et ministre de la
Justice avait dit à ce moment-là, pour aller plus loin que ce compromis et
avoir l'application de principes de laïcité envers nos enseignants et
enseignantes dans nos réseaux scolaires.
Et là on se
retrouve, encore une fois, ici... on est en Chambre, on est à l'étape de
l'adoption du projet de loi n° 9, 2025, et
maintenant on ajoute un autre palier de personnes qui oeuvrent au sein de notre
province, parce qu'on ne peut pas dire qu'ils sont des employés de l'État,
parce que ceux qui oeuvrent au sein du réseau éducatif à la petite enfance,
c'est... ce sont des OBNL. Un CPE, c'est un OBNL. Ils ne sont pas des employés
de l'État. Les personnes qui oeuvrent au sein du milieu familial, qui offrent
des services de garde, bien... puis c'est principalement des femmes qui ouvrent
leur maison, ce sont des entrepreneurs, mais ils ne sont pas les employés de
l'État. Les personnes qui oeuvrent au sein d'une
garderie subventionnée, encore une fois, c'est un autre OBNL ou privé, mais ils
ne sont pas des employés de l'État.
Alors, avec le projet de loi, nous sommes en
train d'interdire maintenant aussi les éducatrices et éducateurs de porter ou
de faire la démonstration des signes religieux pendant qu'ils sont au boulot.
Et tout ça, même quand on parle de la loi n° 21 ou,
maintenant, quand on parle de la loi n° 9, on parle
de l'utilisation du clause dérogatoire d'une façon préemptive. Ça aussi, Mme la
Présidente, il faut le soulever, puis il faut le soulever, parce que de
l'utiliser d'une façon préemptive, nous
sommes en train de brimer les droits démocratiques de notre société, de dire
aux gens que vous n'avez pas le droit de venir défendre vos valeurs,
défendre ce qui est important pour vous, ce qui est cher pour vous devant le tribunal. On enlève ce pouvoir, c'est de brimer
les droits des Québécois. Et ça, ça me désole énormément, parce qu'on peut avoir
toutes les orientations qu'on souhaite ici, on peut adopter toutes les lois
qu'on souhaite ici, mais de dire qu'on va bâillonner la population, ça va
contre les valeurs du Parti libéral du Québec. Et j'ose croire que ça va contre
les valeurs de plusieurs collègues ici, mais
ils n'ont peut-être pas le droit de le dire ouvertement. C'est important de
protéger ces droits, c'est important de les prioriser. Et l'utilisation
du clause dérogatoire d'une façon préemptive, bien, ça va complètement contre
ce principe. Alors, ça me désole énormément.
• (11 h 50) •
Je l'ai dit
avant, Mme la Présidente, mais je questionne vraiment
si nous sommes en train de corriger un problème qui n'existe pas. Le gouvernement vient, avec le projet de loi
n° 9, avec l'application des principes de laïcité au sein du réseau
de services de garde éducatifs à l'enfance, à l'intérieur d'un réseau qui fait
face déjà à énormément de défis. Même le
gouvernement, ils ne sont pas capables de compléter ce réseau parce qu'ils font
face à beaucoup de défis. Malgré la promesse de M. Legault où il
disait que... excusez-moi, le premier ministre, où il disait que, moi, je
m'engage à compléter le réseau, c'était l'année passée que cette promesse a été
rompue. On n'a pas réalisé ceci. On a l'ancienne vice-première ministre et
l'ancienne ministre de la Famille, à l'époque, qui ont fait une présentation
ensemble pour dire : Nous, là, on va terminer, convertir ce réseau, on a
de l'argent, c'est un engagement politique que nous prenons aujourd'hui. On est loin de ça, Mme la Présidente.
L'année passée, on a converti 1 000 places. Cette année, on a une
promesse de convertir 5 000 places. Je dois dire que je ne
crois plus dans ces promesses et je pense que c'est un bémol que le réseau
partage aussi, alors... un réseau qui fait face à énormément de défis.
Et on a 60 000 enfants qui sont
toujours sur la liste d'attente. Et pourquoi qu'on fait face à ces défis? Ce
n'est pas parce qu'on n'a pas des gens qui lèvent la main pour dire : Moi,
je souhaite être converti. Ce n'est pas parce qu'on a un manque de gens qui
souhaitent peut-être ouvrir des CPE. Mais on a un manque cruel d'éducatrices et
éducateurs qualifiés. Et là nous sommes en train de dire à ce réseau :
Malgré que vous avez plusieurs... entres autres des femmes, qui oeuvrent dans ce réseau, on est en train de
mettre des freins pour vous en termes de recrutement et de rétention de
personnel.
C'est incompréhensible pour moi, Mme la
Présidente, surtout que le gouvernement fait majoritairement le recrutement de
ces éducatrices, éducateurs, au Maroc, parce qu'on sait que c'est un pays
francophone. Et c'est ça qu'on souhaite
privilégier ici, c'est de s'assurer que nos tout-petits maîtrisent notre langue
commune et qu'ils sont capables de partager cette richesse. Alors, je
comprends tout à fait la raison que nous sommes en train de faire du
recrutement ailleurs, parce qu'ici nous
n'avons pas des gens qui s'inscrivent dans les programmes pour être des
spécialistes, pour être des éducateurs, éducatrices au niveau de nos
cégeps ou ailleurs.
Alors, il
faut trouver des solutions pour ça, mais on ne peut pas parler des deux côtés
de la bouche, Mme la Présidente. On ne peut pas faire du recrutement de
ces gens puis, après, leur dire : Mais là vous ne pouvez pas appliquer les
valeurs qui sont chères pour vous. Je ne
sais même pas si c'est quelque chose qui est partagé avec eux pendant... ils
sont en train de faire ce recrutement. Mais il faut être préoccupés de
ceci.
Puis la raison que nous devons être préoccupés
de ceci, c'est parce que, si nous n'avons pas des éducatrices, éducateurs
qualifiés au sein de notre réseau éducatif de la petite enfance, la qualité
baisse. Et déjà, notre réseau, le ratio éducatrices qualifiées versus non,
c'est un sur trois, quelque chose qui a baissé pendant la pandémie. Le
gouvernement avait pris un engagement de corriger le tir en 2025. Ils ont
extensionné ça jusqu'à 2027. Ça fait qu'on est toujours en attente d'accroître
la qualité des éducatrices, éducateurs de notre réseau. On est loin de ça. On
est loin de ça.
Puis le Vérificateur général a dit : On a
des problèmes de qualité, pas seulement dans le réseau privé, mais dans le
réseau public, au sein de nos CPE. Ils l'ont soulevé. Et pourquoi? C'est parce
qu'il faut valoriser la profession. Il faut travailler à chaque jour, tout le
temps, ça devrait être une priorité, sur le recrutement et la rétention de ces
professionnels qui oeuvrent dans le réseau de l'éducation, pour dire : Ce
ne sont pas des gardiennes, c'est des gens qui sont là
pour aider nos tout-petits à s'épanouir, être prêts pour le réseau scolaire
quand ils vont franchir cette porte-là. Mais on est en train de mettre des...
des contraintes importantes à ce réseau.
Et ils l'ont soulevé, Mme la Présidente, ils
l'ont soulevé, l'AQCPE, quand ils ont passé en commission parlementaire... ils
ont demandé quels problèmes que le gouvernement est en train de résoudre. Ils
ont partagé leurs préoccupations, la
préoccupation de leurs membres, où ils ont dit : Nous, on ne sait pas
comment nous pourrions poursuivre avec la mise en oeuvre de cette loi.
Ils ont demandé un moratoire. Pourquoi? Parce que le gouvernement n'a pas fait
une étude d'impact. On n'a pas fait une étude d'impact, ça fait qu'on n'a
aucune idée que ce sera l'impact dans ce réseau. C'est dévastatrice, avoir
cette nouvelle, étant donné que c'est un projet de loi important pour le
gouvernement. Et il va y avoir un impact important sur ce réseau. Il va aussi y
avoir un impact important dans le réseau de l'éducation, il va y avoir un impact important pour les
municipalités, certes, mais je soulève une grande importance pour les réseaux
de... réseau d'éducation pour les petits, parce qu'ils font face, encore
une fois, à énormément de défis et ils ont des besoins urgents. Alors, on ne
peut pas ignorer que nous faisions face à ces difficultés.
Même la majorité des parents, Mme la Présidente,
c'est intéressant parce qu'on sait qu'il y a eu un récent sondage de Léger...
qu'ils ont dit que les parents québécois trouvent acceptable que les
éducatrices en garderie portent des signes religieux visibles à visage
découvert. Ça fait que même les parents ont dit que nous n'avons pas de problème,
nous sommes en train de résoudre. Vous êtes en train de corriger quelque chose
que nous, nous n'avons pas souligné comme problématique. Ça fait que ça va
au-delà du réseau, qui ont levé un drapeau rouge pour dire : On fait face
déjà à énormément de défis, on a besoin de l'aide, on n'a pas besoin que vous
ajoutez à notre assiette des difficultés puis des problèmes, on est saturés.
Mais les parents n'ont même pas soulevé ça comme
problème. Comme ancienne porte-parole en matière de famille, un dossier qui...
que j'adore et qui devrait porter une grande importance pour tous les élus
parce que c'est un dossier économique, on pense famille, mais c'est un dossier
économique, ouvrir des places, donner accès à des places en services de garde
éducatifs à l'enfance, c'est d'aider les parents de retourner sur le marché du
travail, entre autres, les femmes. Ça fait qu'encore une fois je questionne les
orientations du gouvernement parce que nous sommes en train de corriger un problème qui n'existe pas. J'espère
que le gouvernement va accepter la main tendue du... demande d'avoir un
moratoire du réseau pour évaluer l'impact.
Et j'ai soulevé mon parcours comme ancienne
porte-parole dans la dernière législation... législature ainsi que celui-ci.
C'est parce que le gouvernement a déjà déposé un projet de loi précédent, je
pense que c'était le 95, où ils sont
venus... mis en place un ordre de priorisation pour l'accès aux services de
garde éducatifs à l'enfance, où on a déjà fait un débat par rapport à les mesures laïques. Parce que la ministre,
à l'époque, elle avait soulevé quelques préoccupations, quelques bémols,
où on a dit... On a entendu une histoire, une histoire sur un réseau qui
englobe 300 000 enfants, mais une histoire où il y avait un livre qui
n'était pas conforme, parce qu'il y avait un livre où on priorisait les
garçons, où il y avait une histoire où on avait un CPE avec des poupées, et les
poupées avec... mais on avait enlevé les cheveux.
Certes, il faut corriger ces problèmes.
100 %, nous sommes derrière ça. Et on a débattu de ces problématiques et
on a parlé d'avoir une harmonisation des outils qui seront utilisés à l'oeuvre
du réseau, et le réseau était d'accord. Et nous
avons des bureaux coordonnateurs qui sont là pour s'assurer que les lois sont
appliquées, qu'il y a une conformité, que la qualité, elle est à la
hauteur des Québécois, de leurs demandes.
Alors, encore une fois, je questionne :
Qu'est-ce que nous faisions ici, collectivement, à débattre de ce projet de loi
que personne n'a demandé? Le réseau n'en a pas besoin. Les parents n'ont pas
soulevé leurs mains pour dire qu'il y a un problème et que même les partis du
gouvernement ont dit... ça fait sept ans, huit ans, mais qu'on avait déjà un compromis qui fonctionnait dans la province.
Alors, nous sommes en train de déstabiliser les Québécois, nous sommes
en train de déstabiliser un réseau, et ils n'ont pas besoin de ça.
• (12 heures) •
Notre rôle, comme parlementaires, et c'est sûr
que je dis ça comme membre de l'opposition officielle, mais notre rôle, comme parlementaires tous confondus,
c'est de rappeler qu'un bon projet de loi doit être nécessaire, proportionné
et respectueux des droits fondamentaux. C'est très important. Or, je dirais que
le projet de loi n° 9 va trop loin sur plusieurs
plans, sans preuve, sans preuve que les restrictions supplémentaires sont
requises. Est-ce que nous sommes en train de
créer un problème qui n'existe pas? Est-ce
qu'il va y avoir un effet
collatéraux? Oui, le réseau, nous l'avons dit, ils ont été très clairs,
et on a vu exactement le même problème dans le réseau de l'éducation. Ça, ça va
être compliqué, Mme la Présidente,
l'application, parce qu'on a une clause grand-père, c'est le privilège de
porter, admettons, une voile, comme
exemple. Ce n'est pas un privilège qui suit l'employé, c'est un privilège qui
suit le poste. Imagine la complexité, dans le réseau scolaire suite à la mise
en oeuvre de la loi n° 21, pour ceux qui oeuvrent dans ce réseau,
l'application. Je ne sais pas c'est qui qui vont policer ce réseau.
Est-ce que c'est la direction d'école? Est-ce que c'est les autres collègues? Est-ce qu'il va avoir des dénonciations? Est-ce
que ça va être public? Pas public? Mais on a déjà une clause grand-père pour
ceux qui oeuvraient dans ce réseau pour porter un signe religieux, face...
visage découvert. Ça fait que les nouveaux emplois, ceux qui a appliqué, postulé par la suite, mais
cette loi ne s'appliquait pas pour eux. OK. Ça, c'était déjà en place, et c'est
contesté, puis c'est sûr.
Mais, au-delà de ça, là, nous sommes en train
d'ajouter un autre niveau de complexité à ça. Ça fait qu'on a la loi n° 21 qui s'applique et maintenant on a une clause
grand-père qui s'applique encore une fois, que ça va suivre le poste et non la personne. Comment est-ce qu'ils
vont gérer ça? Est-ce que ça veut dire qu'on va priver des gens de changer de poste, de peut-être augmenter leurs
possibilités, leurs chances de monter d'échelle dans ce réseau, ou d'être en
mesure de s'épanouir dans leur carrière parce qu'ils auront une crainte
de perdre un privilège parce que ça suit le poste et non la personne? Et j'ai des grandes inquiétudes. Et,
honnêtement, je suis de tout coeur avec les gens qui doivent être là pour, encore
une fois, être la police puis de mettre à l'oeuvre toutes ces... une nouvelle
législation, parce que la complexité de ceci puis la nature, encore une fois, très
sensible, très personnelle de l'application des mesures laïques, ce n'est pas
facile, ce n'est pas facile, ça fait qu'il faut le nommer.
Sur ce, Mme la
Présidente, je souhaite souligner, encore une fois, la qualité des
interventions de mes collègues. Il y a aussi d'autres collègues qui ont
intervenu, et on a autres collègues qui vont continuer à intervenir sur le
projet de loi n° 9. Je répète, le Parti
libéral du Québec, nous sommes pour les principes de laïcité. C'est un enjeu
fondamental pour tous les Québécois, pour le Québec. C'est important de
protéger nos droits, c'est important de protéger nos valeurs. Mais, dans les
circonstances, comme un projet de loi comme le projet de loi n° 9, le
gouvernement n'est pas à l'écoute de la population, le gouvernement va trop
loin, le gouvernement va causer plus de problèmes. Alors, pour cette raison,
Mme la Présidente, nous ne pourrons pas voter en faveur de ce projet de loi.
Merci.
La Vice-Présidente
(Mme D'Amours) : Merci beaucoup, Mme la députée. Y a-t-il d'autres
interventions? S'il n'y a pas d'autre
intervention, le projet de loi n° 9, Loi
sur le renforcement de la laïcité au Québec, est-il adopté?
Une voix :
...
Vote reporté
La Vice-Présidente
(Mme D'Amours) : Le vote électronique... électronique, pardon, sera
reporté à demain.
M. le leader adjoint,
pour la suite de nos travaux.
M. Lévesque (Chapleau) : Je
vous demanderais de bien vouloir appeler l'article 19 du feuilleton, s'il
vous plaît, Mme la Présidente.
Projet de loi n° 7
Adoption
La Vice-Présidente
(Mme D'Amours) : À l'article 19 du feuilleton, Mme la ministre
responsable de l'Administration gouvernementale et de l'Efficacité de l'État et
présidente du Conseil du trésor propose l'adoption du projet de loi n° 7, Loi
visant à réduire la bureaucratie, à accroître l'efficacité de l'État et à
renforcer l'imputabilité des hauts fonctionnaires.
Y a-t-il des
interventions? Mme la ministre, la parole est à vous.
Mme France-Élaine
Duranceau
Mme Duranceau :
Merci, Mme la Présidente. Alors, le cheminement législatif du projet de loi
n° 7, Loi visant à réduire la bureaucratie, à accroître l'efficacité de
l'État et à renforcer l'imputabilité des hauts fonctionnaires, arrive à terme
aujourd'hui.
Alors, d'abord, je
remercie sincèrement l'ensemble de mes collègues aux oppositions, évidemment,
collègues ici, de la banquette
gouvernementale, puis les membres de mon cabinet qui ont travaillé très fort
sur... sur ce projet de loi. Leur rigueur à tous et, évidemment,
l'ouverture, là, des oppositions, tout au long de nos travaux, nous ont permis d'avancer. Je tiens à souligner aussi le travail
des équipes administratives. C'est un projet de loi qui était lourd parce qu'on
visait beaucoup de... de domaines d'expertise. Eh bien, on a livré. Alors,
merci à tout le monde.
Donc, aujourd'hui,
bien, c'est un grand pas, on adopte le projet de loi. C'est une loi qui est la
première pierre d'un grand chantier qui est notre chantier de l'efficacité de
l'État, qui a d'ailleurs été dévoilé, là, dans plus de détails dans le cadre de
la Stratégie de gestion des dépenses 2026-2027. On a amorcé le chantier en
simplifiant de nombreuses structures, en éliminant des doublons puis en
réduisant la paperasse à faible valeur ajoutée.
On a aussi introduit
des mesures pour mettre l'emphase sur l'importance des fonctions des titulaires
des emplois supérieurs dans la livraison des
services de qualité aux citoyens, mettre l'emphase aussi sur l'imputabilité de
nos hauts... de nos hauts fonctionnaires. Alors, il s'agit d'ajouts qui sont
clairs et qui, justement, visaient à accroître l'imputabilité.
Tout au long de la
démarche, je tiens à dire que notre approche est demeurée claire, structurée et
chirurgicale et qu'on a envoyé un signal fort que l'ensemble... pour l'ensemble
de l'État, le statu quo n'était plus possible.
Donc,
à terme, notre objectif, il est simple, il est de réduire la bureaucratie, de
maximiser la valeur de chaque dollar versé par les contribuables.
Alors, on a sollicité
la participation d'un très grand nombre de ministères et organismes. Et, je le
répète, on a travaillé toujours autour d'un... d'objectifs communs, soit
l'allègement, l'optimisation et l'efficacité. On a entendu un grand nombre de personnes en commission qui nous
ont partagé leurs perspectives. Ces discussions-là ont été suivies, bien sûr, de plusieurs heures en commission. Des
ajustements ont ensuite été apportés au projet de loi en cours de route pour
bonifier les mesures liées à la réduction de la bureaucratie et à l'efficacité
de l'État.
Alors,
sur ce, Mme la Présidente, bien, j'ai le plaisir d'inviter mes collègues à
adopter ce projet de loi, qui résulte de notre travail concerté et qui nous
permettra de mieux répondre aux besoins exprimés clairement par la population
du Québec. Merci, Mme la Présidente.
La Vice-Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup, Mme la ministre. Je cède maintenant la parole à M. le député de LaFontaine.
M. Marc Tanguay
M. Tanguay : Merci beaucoup,
Mme la Présidente. D'entrée de jeu, vous nous permettrez de saluer le travail
rigoureux qui a été fait par mon collègue de Marguerite-Bourgeoys, qui a eu
l'occasion de siéger sur ce projet de loi n° 7, et de noter qu'on va s'inscrire en contradiction avec ce que vient de
dire la ministre. En tout respect, quand elle dit que c'est le fruit d'un
travail clair, structuré, chirurgical et concerté, nous nions ces quatre
qualificatifs-là, Mme la Présidente.
Réduire la bureaucratie. Vous avez le plus beau
titre au monde, ça ne change pas ce qui est dans le projet de loi puis ça ne
change pas quels sont les tenants et aboutissants tangibles et concrets ou pas
d'un projet de loi. Alors, un projet de loi,
réduire la bureaucratie et accroître l'efficacité de l'État, personne ne peut
être contre ça, à la base. Mais, quand on va voir à l'intérieur du
projet de loi ce qui y est, c'est là où on a rapidement déchanté, là où on a
rapidement, également, soulevé des drapeaux rouges à la ministre, qui, si elle
était claire, structurée et chirurgicale, elle n'aurait pas commis, entre autres, l'erreur de vouloir fusionner l'INESSS et
l'INSPQ — j'aurai
l'occasion d'y revenir — ou
de fusionner Transplant Québec avec Héma-Québec. Elle a reculé sur Transplant Québec et Héma-Québec, mais elle va de l'avant quand même sur l'INESSS et l'INSPQ.
Et, en ce sens-là, pour nous, ça, on ne peut pas
voter en faveur de ça. On va voter contre le projet de loi, qui, de l'aveu même
de la ministre, après tout ce travail-là, viendrait faire économiser, sur un
budget du Québec d'à peu près 163 milliards de dollars, viendrait
faire économiser 35 millions. 35 millions. Bon, alors, à la huitième
et dernière année, à minuit moins une, Mme
la Présidente, un projet de loi qui se veut le projet de loi de l'efficacité de
l'État, bien, quand on regarde, quand la CAQ est arrivée au pouvoir, en
2018, il y avait... il y avait 68 000 fonctionnaires, à Québec, qui brassent du papier, là.
68 000 fonctionnaires, à Québec, qui brassent du papier lorsqu'ils
sont arrivés au pouvoir, en 2018. Aujourd'hui, c'est
12 000 fonctionnaires de plus. 12 000 fonctionnaires de plus,
ça, c'est une masse salariale de près de 1 milliard de dollars
par année, récurrente.
• (12 h 10) •
J'entends que la présidente du Conseil du trésor,
à partir du moment où elle a été nommée, elle a fait écho, je pense, de ce que
le candidat à la chefferie de Lévis avait dit. Il avait dit en février dernier,
dans le contexte de la course à la chefferie de la CAQ, bien, écoutez, je le
paraphrase, là : Ce qu'on a fait en huit ans, c'est qu'on a alourdi
l'État, puis on a engagé des fonctionnaires, puis qu'on a des déficits. Ça a
été son constat lucide. Puis sa participation... On voit qu'il est encore actif
aujourd'hui dans sa participation à la course à la chefferie, entre autres, le
débat et le déchirage sur le PEQ et les dégâts qui sont faits par la CAQ. Je
referme la parenthèse. Mais la présidente du Conseil du trésor, quand elle est
arrivée en poste, elle a dit : Bien, moi, je veux commencer à couper des fonctionnaires.
Puis elle parlait d'un... à un certain moment donné, d'en couper 3 000.
Bien, Mme la Présidente, qu'ont-ils fait pendant huit ans? Ils ont engraissé,
ils ont engraissé l'État. L'État, sous la CAQ, a été le principal créateur
d'emplois au Québec. Ce n'est pas compliqué, en huit ans, c'est 12 000 jobs qui
ont été données à des personnes qui travaillent à Québec, qui brassent du
papier, qui viennent alourdir et non pas aider à l'efficacité.
Alors, sur le
projet de loi n° 7, quand on nous dit : On voudrait réduire la
bureaucratie, il est minuit moins une, là, puis là croyez-nous, là, on va avoir... on va accroître l'efficacité de
l'État, tout ça pour 35 millions, c'est homéopathique, Mme la
Présidente, et certains diraient que c'est même pathétique et loin d'être
sympathique. Alors, cosmétique, voilà ce qui est du projet de loi.
35 millions, quand on dit qu'on a ajouté une masse salariale de
1 milliard, on repassera.
Fusion INESSS-INSPQ, très mauvaise idée, très
mauvaise idée. Là-dessus, elle n'a pas reculé. Elle a reculé, je dois le dire, sur la fusion de Transplant Québec et d'Héma-Québec. On entendait la ministre, heille!, une approche
claire, structurée, chirurgicale et concertée. Allo! La ministre a dû
abandonner ça parce que, et je vais citer ici la Fédération des médecins spécialistes, je les cite, «la
décision d'abolir Transplant Québec et de transférer sa mission à Héma-Québec a pris de court les organisations concernées — allo,
la concertation! — les
cliniciens et les équipes de transplantation, qui espéraient plutôt voir venir
une loi-cadre afin de moderniser et de renforcer le système actuel».
Transplant Québec, Mme la Présidente, très
mauvaise idée de fusionner ça avec Héma-Québec quand on sait qu'elle a 50 ans d'expertise qui aurait pu,
du jour au lendemain, être mise à risque. Grâce à l'intervention de l'opposition
officielle, la ministre a fait un salto
arrière spectaculaire et a dû reculer là-dessus. Ça faisait même dire à la même
Fédération des médecins spécialistes : «Introduite sans véritable consultation — imaginez-vous donc — des
acteurs concernés, cette réforme ne
repose sur aucune justification médicale et impose une période de transition
beaucoup trop brève pour une mission aussi
critique que le don et la transplantation d'organes, où chaque minute compte.
Dans un domaine où les conséquences se
traduisent directement en vies humaines, la plus grande prudence s'impose. Nous
demandons donc l'abandon de la fusion envisagée de Transplant Québec et Héma-Québec.»
Ça, Mme la Présidente, depuis le début du projet
de loi, le 5 novembre dernier, nous l'avons dénoncé dans les premières minutes, mais ça a pris quand même
plusieurs, plusieurs semaines à la ministre pour reconnaître... force lui a été
de reconnaître qu'elle faisait fausse route, et elle a reculé, mais là où elle
n'a pas reculé... Donc, allo, la concertation, puis allo, l'approche
chirurgicale! Wow!
Fusion INESSS-INSPQ, elle n'a pas reculé
là-dessus. C'est une mauvaise idée. Pourquoi? Le Collège des médecins est inquiet. Le Collège des médecins, il
est là pour la protection du public, protection des usagers et des patients.
Le Collège des médecins dit que ça fragilise l'indépendance scientifique. Ça
fragilise l'autonomie et l'efficacité en matière de surveillance, de
prévention, de protection et de promotion de la santé. Je cite même la
directrice de la santé publique, qui est venue nous dire en commission
parlementaire ce qui suit : «On ne peut pas faire ces changements du jour
au lendemain. Il faut prendre son temps.»
Donc, d'un
côté, vous avez l'INESSS et ses responsabilités excessivement importantes,
liées aux conseils cliniques et à l'approbation des nouveaux
médicaments. Ça, c'est l'INESSS, ce qu'elle fait, conseils cliniques,
approbation des nouveaux médicaments, l'INESSS, parfait.
L'INSPQ, elle : surveiller, prévenir, protéger la population, la capacité
d'analyse et d'intervention. Deux missions totalement différentes dans un même
domaine, qui est la santé publique, mais
totalement différentes. Ce n'est pas en fusionnant que vous allez faire mieux
dans ce contexte-là, aucunement, et vous aviez le risque... et vous avez le risque de perdre une expertise, de
perdre le sens et l'essence de la mission, et, dans le jour le jour, Mme
la Présidente, s'il n'y a pas d'économie d'échelle qui est à faire là-dessus,
bien, que la ministre recule. C'est une
chose qu'on aura l'occasion, dans un prochain gouvernement libéral, Mme la
Présidente, de revenir. On va rétablir l'indépendance de ces deux
organismes-là. Ça n'a pas de bon sens, ce qui est fait.
Mme la
Présidente, on parle aussi... Dans le projet de loi, ce qui est proposé par la
ministre, c'est, imaginez-vous donc,
d'augmenter la reddition de comptes, augmenter la reddition de comptes des
organismes tels que les sociétés d'État, faire en sorte que, dans la
loi, il soit inscrit à titre d'obligation que les directions des sociétés
d'État soient obligées de venir faire une reddition de comptes ici, en commission
parlementaire. Puis on en a déjà, ça, c'est un mécanisme qui existe déjà dans
plusieurs lois, les institutions d'enseignement supérieur notamment, et on peut
voir le bilan de la CAQ après huit ans.
Alors, c'est bien beau que la ministre, elle
dise : Heille! savez-vous quoi? On va en rajouter une couple de dizaines,
là, des organismes qui devront venir faire de la reddition de comptes ici, à
l'Assemblée nationale. OK. Qu'en est-il des huit dernières années? Combien de
telles obligations légales ont-elles été mises en application, respectées et en oeuvre? Il y a eu combien de redditions de comptes,
en huit ans, de la sorte par le gouvernement caquiste? En huit ans,
zéro, zéro reddition de comptes, même si c'était inscrit dans la loi. Alors, on
vient de nous dire : Bien, faites-vous-en pas, on va l'inscrire dans la
loi. Dans la philosophie caquiste, il n'y en a pas eu. Heille! il faut le
faire! Je n'ai jamais vu ça, on n'a jamais
vu ça, un gouvernement qui, en huit ans, n'a fait aucune... n'a permis, en
commission parlementaire, de faire aucune reddition de comptes. Le fait
de dire : Bien, dans la loi, on en rajoute d'autres, écoutez, là, une fois
que j'ai dit ça, tout le monde comprend à la maison, ça ne donne rien sous un
gouvernement caquiste. Mais, encore une fois, sous un gouvernement libéral
dirigé par Charles Milliard, on aura l'occasion de faire de la reddition de
comptes, comme on le faisait à l'époque, à l'époque avec M. Couillard.
Alors, Mme la Présidente, on peut voir un projet
de loi qui est tout sauf structuré, chirurgical et concerté, un projet de
loi... puis j'aurais pu vous parler, évidemment, de plein d'autres écueils qui
demeurent, un projet de loi qui venait modifier, présenté par la présidente du
Conseil du trésor... vient jouer dans la santé publique, vient jouer dans la
recherche, modifier 78 lois. Ils ont déposé 115 amendements.
36 articles supprimés. 115 amendements, 36 articles supprimés,
78 lois. Concerté, structuré, chirurgical? Bien non, c'est tout sauf ça,
Mme la Présidente, pour les raisons que j'ai évoquées. Et, pour s'assurer que
les missions de ces nombreux organismes là ne soient pas mises à mal, bien, on
va voter évidemment contre ce mauvais projet de loi. Merci.
La Vice-Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup, monsieur le député. Je cède maintenant la parole à M. le député de
Laurier-Dorion.
M. Andrés Fontecilla
M. Fontecilla : Oui. Bonjour,
Mme la Présidente. Merci beaucoup. Et donc nous nous apprêtons à passer au vote
final pour le projet de loi n° 7, qui est la Loi visant à réduire la
bureaucratie, à accroître l'efficacité de l'État et à renforcer l'imputabilité
des hauts fonctionnaires.
Évidemment, c'est un beau grand titre, derrière
lequel il y a beaucoup, beaucoup d'enjeux. Parce que nous l'avons qualifié depuis le début comme un projet de
loi mammouth, et ce qu'on appelle aussi, dans un jargon plus... plus
parlementaire, un projet de loi qui couvre toute une série de sujets,
différents sujets, un projet de loi omnibus, là. Évidemment, ça tire un peu dans toutes les directions, ça concerne la
fusion des instituts de santé... de santé publique, le Régime québécois d'assurance parentale, l'abolition de la commission québécoise
d'évaluation de l'enseignement collégial, différentes mesures concernant
les stages au gouvernement. Bref, il y en a, il y en a, il y en a, et on risque
de s'y perdre. Mais, à l'intérieur de tout ça, on se demande : Elle est
où, l'efficacité? Elle est où, la réduction de bureaucratie? Et il est où, le
renforcement de l'imputabilité des hauts... des hauts fonctionnaires?
Évidemment, ce projet de loi répond à une des priorités
établies par le premier ministre sortant, faut-il le dire aujourd'hui, là, du Québec qui, dans son discours
d'ouverture de la session parlementaire au mois de... à la fin septembre
2025, au début octobre 2025, nous annonçait que l'amélioration de l'efficacité
de l'État allait être une de ses grandes priorités. Et il a donné la
responsabilité à la présidente du Conseil du trésor de mener cette tâche à
bien, et c'est... ça s'est traduit, ça s'est cristallisé autour de la
présentation du projet de loi... du projet de loi n° 7.
• (12 h 20) •
Donc, l'efficacité, on en doute, on en doute. La
ministre nous a dit... Même si ça n'apparaît pas dans le titre, à plusieurs reprises, la ministre... la présidente
du Conseil du trésor nous a informés qu'elle cherchait à faire des synergies
afin d'économiser des fonds publics. Soit,
on est tous et toutes d'accord. Si on peut mieux faire pour économiser l'argent
des contribuables, mieux dépenser les deniers publics, là, on peut être
d'accord sans problème, mais la façon est de savoir le comment. Vous savez, Mme
la Présidente, au cours de l'histoire, l'État québécois s'est développé et a
mis en place différents mécanismes dans...
dans toutes sortes de domaines, et chacun de ces mécanismes, en tout cas, à ses
débuts, ils visaient à répondre à un besoin qui avait été identifié,
analysé et diagnostiqué par tout un appareillage de la fonction publique.
Est-ce à dire, Mme la Présidente, que c'est... ce qu'on a construit à travers
les années n'est pas complètement dépourvu
de... de raison d'être? Et il revient aujourd'hui au gouvernement en place, en
ce qui nous concerne, à la ministre du Conseil du... à la présidente du Conseil
du trésor de nous démontrer que ces organismes-là, bien, ne fonctionnent plus bien, leurs raisons d'être pourraient être discutables
et qu'ils seraient mieux administrés s'ils étaient fusionnés, abolis et pris en charge par d'autres types
d'organismes. Malheureusement, toutes ces preuves-là n'ont jamais été faites.
Nous avons, à plusieurs reprises, moi-même ainsi
que les collègues des oppositions... nous avons questionné la présidente du
Conseil du trésor, à savoir si elle avait effectué des études et des analyses
pour savoir quel était... quels étaient les
gains d'efficacité, quelles étaient les économies recherchées et comment on
allait accroître, de façon générale, la synergie et l'efficacité de
l'État. Elle n'a jamais donné de réponse satisfaisante, elle n'a jamais été en
mesure de nous montrer des études ou des diagnostics effectués par des experts
de la machine gouvernementale. Donc, nous avons
dû opérer un peu à l'aveugle en disant... bien, en disant... en croyant, en
appuyant... en s'appuyant sur la croyance que les réformes qui allaient être introduites allaient évidemment améliorer
l'efficacité de l'État et économiser de... économiser de l'argent au
Trésor.
C'est sur... c'est sur cette base un peu
mouvante et très incertaine que nous avons effectué l'étude détaillée, et nous
nous sommes rendu compte que, finalement, tout au long de ce processus-là,
l'État n'allait faire que des petites économies ou, comme on dit en bon... en
bon québécois, des économies de bouts de chandelles. Et la ministre nous
répondait à chaque fois, à chaque fois que nous lui disions : Mais, Mme la
présidente du Conseil du trésor, il n'y a pas beaucoup d'économies là-dessus,
là, peut-être vous allez économiser le salaire d'un demi... d'un
demi-gestionnaire équivalent à temps plein, elle nous disait : Il n'y a
pas de petites économies. Soit, on la croit, il n'y a pas de petites économies, sauf que, chambouler toutes... une
bonne partie, plusieurs institutions de l'État pour faire des petites économies,
il faut se poser la question à savoir si ça vaut la peine d'effectuer tout ce
redressage des structures pour aller chercher ne serait-ce que quelques dollars
d'économies.
Des fois, vous savez, là, si les choses marchent
comme il faut, il faut les laisser telles quelles, parce qu'une structure qui
est rebrassée, qui est complètement réorganisée, ça va prendre... ça va faire
en sorte que les organisations vont passer
plus de temps à se réorganiser qu'à effectuer leur... leur travail quotidien
ou, encore, avancer dans les projets de développement nécessaires qu'ils
se sont donnés en tant que... en tant qu'objectif.
Donc, des
fois, là, on l'a connu, par exemple, dans le domaine de la santé, où le système
de santé a subi plusieurs énormes, énormes restructurations, et
aujourd'hui l'ensemble des intervenants dans le domaine de la santé nous
disent : C'est assez, n'effectuez plus de... n'effectuez plus de
restructuration, puisque ça désorganise trop le système de santé. Donc, il faut tenir... il faut tenir en compte,
là, les coûts d'une réorganisation complète d'une... d'une institution de
l'État.
Passons en
revue, Mme la Présidente, quelques éléments sur lesquels on s'est... on s'est
penchés. Je vais commencer par, peut-être, la fin, là. À la... au
dernier jour de l'étude détaillée du projet de loi, par amendement, la ministre
a ajouté un chapitre à son projet de loi mastodonte qui vient modifier rien de
moins que notre charte des droits et libertés pour faire passer... pour effectuer le transfert des employés de la
Commission des droits de la personne et de la jeunesse sous la responsabilité de la Loi sur la fonction publique. Ce qui pourrait sembler anodin ne
l'est pas tellement, Mme la
Présidente, parce qu'il faut
se poser la question : C'est quoi, le problème de cette mesure qui a été
introduite sans consultations à la dernière minute?
La Loi sur la fonction publique prévoit un
devoir de loyauté envers le gouvernement, de neutralité politique et de réserve
quant à l'expression d'opinions politiques, ce qui est normal, tout à fait
justifié et pertinent. C'est un concept qui
se trouve à la base même de la Loi
sur la fonction publique. Or, la
commission des droits de la personne et pour les droits de la jeunesse a
un rôle de chien de garde envers le gouvernement pour s'assurer de défendre
notre Charte des droits et libertés. Cet amendement, encore une fois je le
réitère, introduit à la dernière minute, sans consultations, sans permettre à
ce que les gens concernés, les institutions concernées puissent se prononcer,
menace directement l'indépendance et sa capacité à jouer pleinement ce rôle de
chien de garde. Parce que c'est justement ça, le rôle d'une... de notre Commission
des droits de la personne et des droits de la jeunesse, là, c'est de pouvoir
être en mesure, d'avoir la capacité de
porter un regard critique sur les actions de l'État ou sur une autre entité de
la société québécoise, là, et porter un jugement... un jugement
critique, là.
Donc, on n'a même pas pu entendre la Commission
des droits de la personne et droits de la jeunesse sur leur opinion de cet...
de ces changements, qui nous semblent fondamentaux. On n'a pas entendu non plus
l'opinion des experts en droit — l'opinion,
il me semble que c'est toujours important de l'avoir — l'opinion
des travailleurs et travailleuses de cette commission, ni encore les
groupes de défense des droits. Nous n'avons entendu personne sur les
conséquences prévisibles de ces
changements-là, et la ministre nous a... nous a mis, en quelque sorte, devant
un fait accompli, à la dernière minute, en circonvenant à la majorité du
processus législatif démocratique.
Quelles sont
les raisons? On n'a pas trop entendu les véritables raisons de ces
changements-là. Est-ce qu'il y a des économies à faire? Est-ce qu'il y a des
gains en efficacité? On... Ça... Tout ça, c'est resté très, très nébuleux, et
donc ça nous paraît... ça nous paraît que, par la présentation... et
cette modification à une institution aussi importante, aussi centrale dans la vie de l'État du Québec, ça nous
paraît qu'il y a là un déni de nos usages parlementaires et, en tout cas, un
déni de démocratie.
On va encore plus loin. La loi fait... effectue
une réforme de la Loi sur la fonction publique. Par exemple, on fait passer le
stage probatoire des fonctionnaires de six à 18 mois, et ça fait en sorte
que ces personnes-là sont énormément
précarisées. Et, encore une fois, on s'entend toujours, on n'a pas entendu
véritablement les raisons d'une telle... d'une telle décision. Vous
savez, avoir un stage probatoire des fonctionnaires de six mois, la moitié
d'une année, à 18 mois, un an et demi,
c'est quand même substantiel, Mme la Présidente, en termes d'indétermination,
là, sur le résultat final de notre travail. Une personne va être
pendant... pendant 18 mois dans l'attente de savoir s'il pourra finalement
devenir un fonctionnaire ou pas. Et c'est contraire aux normes qui sont... aux
délais qui sont normalement utilisés dans l'ensemble
des... bien, en tout cas, dans la fonction... dans la fonction publique, et
aussi dans le secteur privé. Et je vous rappelle que c'est pendant un an
et demi que cette... cette personne-là, qui fait passer un stage probatoire
pour devenir fonctionnaire, la personne peut être
renvoyée en tout moment, sans motif et à tout moment. C'est trop long comme
délai d'incertitude.
• (12 h 30) •
On risque de se priver de talents des personnes
qui pourraient offrir beaucoup à la fonction publique québécoise, là, qui,
étant donné ce délai-là, aussi excessif, vont choisir plutôt de... choisir des
offres d'emploi plus stables et sécurisantes dans le secteur privé. C'est une
évidence même, là. Le pire, encore une fois, c'est que c'est un changement qui
a été introduit par amendement, sans consultations ni de syndicats, ni des travailleurs
et travailleuses, ni d'autres instances, et personne n'a eu l'opportunité de
s'exprimer à ce sujet en commission parlementaire.
Un autre sujet qui a suscité beaucoup
d'opposition, dans le PL n° 7, c'est la fusion
du fonds d'action... du fonds de l'action autonome communautaire avec le Fonds
québécois d'initiatives sociales. C'est un peu des acronymes importants, mais
c'est important de... L'essentiel qu'il est important de savoir, Mme la
Présidente, c'est que ces deux fonds financent la grande majorité d'organismes
communautaires au Québec. Et vous avez peut-être entendu, Mme la Présidente, le
secteur communautaire en ce moment effectue des moyens de pression, une grève
du communautaire, plus... plus particulièrement, justement pour améliorer leurs
maigres financements qui font en sorte que les gens qui travaillent en
communautaire, qui font une mission essentielle au fonctionnement de l'État, en
fait, ils le déchargent de beaucoup de pression parce qu'ils s'occupent des
personnes qui vivent beaucoup de difficultés dans différents domaines. Ces
personnes-là sont carrément sous-payées. En général, c'est entre 18 et 24... et
24 mois, donc, mais cet argent-là, de 18 $ à... 24 $, pardon,
là, provient en bonne partie du fonds de... du fonds de l'action autonome
communautaire et du Fonds québécois des initiatives sociales, et le PL n° 7 vient fusionner ces deux fonds qui ont des objectifs
complètement différents.
Le Fonds québécois des interventions sociales
permet au gouvernement d'investir dans des nouveaux projets d'innovation
sociale, selon ses... les orientations du fonds. Vous savez, dans
l'intervention sociale, il faut, comme dans tout domaine d'ailleurs, là, mais
plus particulièrement... et ça, c'est une idée à laquelle on est moins
habitués, là, il faut innover pour améliorer nos façons de faire, parce
qu'évidemment on travaille avec des êtres humains, les êtres humains changent à
travers le temps, nos façons d'intervenir changent. C'est complètement différent
d'intervenir auprès d'un jeune aujourd'hui qu'intervenir auprès d'un jeune il y
a 20 ans, ou intervenir auprès d'une personne en situation d'itinérance,
ou intervenir auprès d'une personne aînée. C'est... Il faut constamment être en
train de s'adapter et trouver de nouvelles façons d'intervenir. Donc, c'est
important de garder l'autonomie d'un fond de cet ordre-là.
Et l'autre fonds, le fonds de l'action
communautaire autonome, sert à financer l'action communautaire autonome à la
mission, de façon indépendante, tel que dans... tel que garanti dans la
politique de reconnaissance de l'action communautaire autonome du gouvernement,
qui a été adoptée, déjà, il y a plus de 25 ans et qui constitue le socle
fondamental sur lequel s'appuie l'action communautaire et sur laquelle on écrit
noir sur blanc et on inscrit la reconnaissance de l'État québécois, de
l'utilité de l'action communautaire autonome et de la nécessité de les... de
les financer.
En fusionnant les fonds, on menace le
financement à la mission de ces organismes qui leur permet d'avoir un
financement stable sur le long terme avec un minimum de paperasse à gérer.
Parce que, vous savez, Mme la Présidente, des organismes communautaires,
souvent, en tout cas, les dirigeants des organismes passent plus souvent du
temps à chercher du financement qu'à travailler pour la mission de l'organisme
pour... pour lequel ils travaillent, là, ce qui est... on parle d'efficacité, dans le PL n° 7,
là, ce qui est éminemment une perte d'efficacité, alors qu'on pourrait assurer
un financement à long terme, pérenne et stable à ces organismes-là pour
qu'ils puissent se concentrer sur l'action sur le terrain et non pas se
concentrer à chercher tout le temps de l'argent.
Je le répète, en ce moment même les organismes
communautaires sont en grève parce que le... leur financement ne suffit pas à
remplir leurs missions qui sont pourtant cruciales pour notre société. Et tout
ce que le gouvernement trouve à faire, c'est... avec le PL n° 7,
c'est de fragiliser encore plus leur financement.
À un moment donné, la ministre nous a... la
ministre, la présidente du Conseil du trésor nous a même dit qu'en ce qui
concerne cet aspect-là, bien, il va juste s'agir de... non pas de fusionner les
deux fonds, mais peut-être de les mettre l'un à côté de l'autre, et on va
superposer une couche d'administration pour administrer deux... deux volets. Mais là on se demande : On n'est pas en train
de faire toute une opération pour... pour pas grand-chose? Si on va garder les
choses telles qu'elles, on va juste avoir une seule et même direction, mais qu'est-ce
qu'on est en train d'économiser? Qu'est-ce qu'on est en... Quel gain
d'efficacité est en... est-on en train de gagner? Quelles sont les économies
de... les économies qu'on peut effectuer?
Donc, donc, beaucoup, beaucoup de brassage de structures, sans aucune garantie
que cela va donner un résultat tangible, substantiel pour ces
organisations... pour cette organisation-là.
Dans le cas du monde communautaire, on n'a
également aucune garantie que l'indépendance du financement des groupes va être
maintenue. Cela inclut les groupes de défense des droits, qui sont évidemment
souvent portés à entrer en conflit avec le gouvernement parce que, justement,
ils défendent des droits qui pourraient avoir... voir leur financement dépendre
des bonnes relations avec les ministres responsables, et tout ça pour quoi?
Encore une fois, là, la question revient constamment, Mme la Présidente.
La ministre
le dit elle-même, elle nous a dit qu'on va économiser peut-être
0,3 équivalent temps plein, les fameux... les fameux équivalents
temps plein, avec cette fusion. C'est éminemment, comment dire, questionnable
qu'on puisse effectuer tous ces brassages de structures pour... et qui
fragilisent, qui risquent de fragiliser l'action communautaire et autonome et le mouvement de défense des droits
pour des économies aussi faibles que 0,3 équivalent... équivalent temps
complet. Donc, on va économiser peut-être, si tout va bien, un tiers du salaire
d'un fonctionnaire.
Un autre
élément qui a suscité beaucoup, beaucoup de mobilisation et qui a fait beaucoup
couler l'encre, c'est la fusion de l'Institut national de santé publique
du Québec avec l'Institut national d'excellence en santé... en santé et services sociaux. Le PL n° 7,
malheureusement, mélange la mission de la santé publique avec celle de la
prestation de soins de services, on se serait dit que... parce que, dans les
deux titres, il y a «santé», mais la présidente du Conseil du trésor se
dit : Bien, écoutez, là, c'est vraiment proche, ces deux affaires-là, on
va les mettre ensemble, puis voilà, il va y avoir des gains de synergie,
d'efficacité, etc., etc., mais, malheureusement, les choses sont un peu plus
complexes que ça. Le PL n° 7 fragilise notre expertise, l'expertise scientifique reconnue à
l'international en matière de santé publique et développée... développée
et portée par l'Institut national de santé publique du Québec.
Vous savez, Mme la Présidente, on est la seule
province, une des seules... une des seules nations qui ne sont pas encore un
pays à être doté d'un tel institut national de santé publique, qui, en plus,
est reconnu et membre de l'association
internationale des instituts nationaux... nationaux de santé... santé publique,
et, avec cette fusion-là, un des critères
pour être reconnu par l'institut international des instituts nationaux de santé
publique, c'est d'être autonome, de ne
pas être complètement fusionné à une structure étatique de l'État, c'est-à-dire
de garder un certain niveau d'indépendance et d'autonomie par rapport à
un gouvernement... à un gouvernement donné, et, avec cette réforme-là, on n'a
aucune garantie que le nouveau institut fusionné sera reconnu comme tel.
Vous allez me dire : Bien, au fond, ce
n'est pas si important d'être reconnu ou ne pas... par une instance internationale. Oui, c'est important, Mme la
Présidente, parce que la reconnaissance de cette... de l'Association
internationale des instituts nationaux de santé publique implique que
l'Institut national de santé publique du Québec participe à un... à un système
d'échange des connaissances, d'expertise et des données avec des instituts
nationaux d'autres pays, et ça consolide... ça aide à consolider notre
connaissance, notre expertise et améliorer notre façon d'agir dans le cas de,
par exemple... par exemple, quelque chose
qui nous semblait tout à fait... tout à fait de l'ordre de la fiction il y a
quelques années, mais, par exemple, devant une pandémie. Ça arrive comme
ça, des pandémies qui arrivent, là. On a besoin d'avoir un institut national de
santé publique, là, qui est connecté, réseauté avec d'autres instituts du même
ordre pour, justement, améliorer ses
connaissances et ses compétences dans ce domaine-là, mais on n'a aucune
garantie que les changements effectués vont être reconnus comme tel
par... par cet institut national.
• (12 h 40) •
Et ça va encore plus loin, Mme la Présidente,
parce qu'il y a un autre... il y a un autre institut au Canada, là, du même ordre, c'est l'institut national de santé
publique du Canada, justement, là. Et, si on perd cette
reconnaissance-là, ça va faire en sorte qu'on va plus défendre... on va
plus dépendre, pardon, de l'institut national de santé publique canadien que
celui du Québec. C'est une perte nette de souveraineté scientifique dans ce...
dans ce domaine, et cela est grave, là. On
va devoir poser des questions à Ottawa au lieu de poser des questions à une
institution bien québécoise et avec un haut niveau d'expertise et de
connaissances.
Dans tout ça, la présidente du Conseil du trésor,
encore une fois, a été incapable de nous... de nous indiquer le montant que
cette fusion va économiser. Elle va de l'avant, excusez-moi avec le terme, mais
avec un projet... un projet brouillon, au nom des synergies qui restent à être
identifiées. Je pense qu'on est en train de jouer aux apprentis sorciers ici,
là, avec des institutions qui se sont construites à travers le temps pour une
raison bien donnée, qui ont fait leurs preuves.
Et, aujourd'hui, on est en train de les mettre en péril, surtout la santé
publique, là, pour, encore une fois, peut-être, si tout va bien, faire
des économies de bouts... de bouts de chandelles.
Un aspect de cette fusion qui nous préoccupe
tout particulièrement, Mme la Présidente, c'est le transfert des
laboratoires de l'institut de santé publique du Québec vers Santé Québec. Vous
savez, là, en quelque sorte, les laboratoires de la santé publique, là, sont...
je ne ne veux pas minimiser les autres domaines touchés par la santé... la santé publique et l'institut de santé publique du
Québec, là, mais c'est un aspect central de l'activité des... des laboratoires.
C'est les laboratoires qui effectuent les tests de toxicologie, les tests de...
dans les nouveaux virus, etc., etc., là. Donc, beaucoup, beaucoup de choses, beaucoup d'éventuelles menaces doivent
passer par ces laboratoires-là pour déterminer si, effectivement... quelle est la menace, s'il y en a
une et quel niveau de menace. Donc, ça constitue un secteur névralgique avec
des laboratoires de haut niveau d'expertise et de matériel, et ces
laboratoires-là vont être transférés à Santé
Québec, l'agence Santé Québec,
là, qui gère l'ensemble du système de santé québécois. Un autre mastodonte, une
autre super grosse structure, là, et on se
retrouve avec la nécessité de s'assurer que les laboratoires de santé publique,
ces laboratoires de santé publique, puissent continuer à accomplir leur
rôle. Et on a beaucoup, beaucoup travaillé avec les différentes oppositions pour faire en sorte de s'assurer que
ces laboratoires-là vont continuer à garder... à... à être traités
prioritairement en tant que laboratoires de santé publique et que
leur... que leur sort ne soit pas dévié vers d'autres fonctions.
Déjà les
différents... les syndicats qui représentent les travailleurs et travailleuses
de ces... et travailleurs de ces... de ces laboratoires, qui sont des
scientifiques, soit dit en passant, hein, s'inquiètent déjà qu'ils vont... Ils
nous annoncent qu'ils vont déposer de nombreux griefs parce que le transfert
des laboratoires de l'INSPQ à Santé Québec est clairement mal ficelé, cela, ces
travailleurs et travailleuses-là. Les mécanismes de transfert des échelons
salariaux, par exemple, fait en sorte qu'une
personne pourrait se retrouver à être payée jusqu'à 6 $ de l'heure de
moins qu'un collègue qui fait la même... qui fait le même travail avec
les mêmes nombres d'années d'expérience.
Les laboratoires de l'Institut national de santé
publique du Québec ont aussi des postes spécifiques pour... pour engager des
chercheurs avec des maîtrises et des doctorats, et ces postes-là... cette
catégorie d'emploi là n'existait pas à Santé Québec, et les mécanismes de
transfert prévus laissent ces travailleurs et travailleuses dans l'incertitude
quant à la reconnaissance de leur expertise.
Que fait un scientifique de haut niveau
lorsqu'il n'est pas certain de son avenir, de sa rémunération, de la
reconnaissance, finalement, de son travail? Il y a des centaines d'instituts à
travers le monde, d'entités universitaires, de gouvernements qui cherchent
cette expertise-là. Ces personnes-là pourraient aller n'importe où au monde
pour être beaucoup mieux payées, là. Elles
choisissent le Québec, là, mais si, en plus, on leur offre de l'incertitude, on
leur dit : On va vous payer moins avec cette... cette
restructuration-là, bien, il est fort probable que ces personnes-là... et
j'espère que non,
qu'elles vont rester ici, mais fort probable que ces personnes-là vont se
dire : Je commence à considérer peut-être l'éventualité que je
pourrais aller voir s'il fait... s'il y a du meilleur temps ailleurs, là. Tout
ce flou était évitable.
En consultations
particulières, les syndicats ont averti la présidente du Conseil du trésor de
ces enjeux et ont suggéré des amendements
que nous avons repris, mais que la ministre a refusé d'écouter. Résultat, le
transfert de ce... de laboratoires de l'Institut national de santé
publique vers Santé Québec risque d'être chaotique et plonger de nombreux et
nombreuses travailleurs et travailleuses, des scientifiques hautement
qualifiés, dans l'incertitude, et qui pourrait nous faire perdre une expertise
de calibre international pour aucune bonne raison et, en tout cas, encore une
fois, pour peut-être, si tout va bien, des économies de bouts de chandelles.
Un autre changement
majeur qui a été introduit par ce projet de loi omnibus, ce projet de loi
mammouth, c'est le transfert des surplus du Fonds d'électrification et de changements
climatiques au Fonds des générations. Mme la Présidente, je suis désolé
d'utiliser des termes aussi durs, mais c'est un détournement de fonds pur et
simple. Cet argent-là a pour but de financer
la transition écoénergétique et l'adaptation aux changements climatiques, non
pas à constituer une sorte de réserve
financière du... qui est le Fonds des générations, du gouvernement du Québec.
On est en train de dévier complètement la mission du Fonds
d'électrification et de changements climatiques.
Ces changements-là,
le maintien de cet argent-là dans le Fonds d'électrification et de changements
climatiques est un besoin urgent et vital pour les générations futures. Les
besoins sont criants, en particulier dans le secteur agricole, où les
agriculteurs nous le disent, que ce fonds-là manque cruellement pour financer
leur transition énergétique. Les agriculteurs du Québec, les agricultrices
veulent entamer la transition énergétique, mais manquent de fonds, manquent de
moyens. Et ce fonds-là pourrait parfaitement les aider à effectuer cette
transition énergétique ou, encore plus, cette transition écologique, là.
Donc,
malheureusement, avec ce projet de loi, la CAQ est en train de sacrifier notre
climat et les générations futures, tout ça pour, encore une fois, faire en
sorte de faire des économies de chandelles pour que leur ligne budgétaire
paraisse mieux. C'est de l'argent qui aurait pu aider à combler le manque de
financement de la CAQ, par exemple, en matière
de transport en commun, où on manque cruellement d'argent, par exemple, cet
argent-là pourrait aider à combler le déficit en maintien d'actif du
métro de Montréal. On vient d'en... On le sait, le métro de Montréal, la moitié
des stations du métro de Montréal sont en grave déficit de maintien d'actif,
là. Si ça continue comme ça, bientôt, des stations vont commencer à fermer un
peu partout à Montréal. Et c'est le plus gros réseau de transport en commun au
Canada, on doit investir pour le garder... pour le garder en vie, pas seulement
parce qu'il est gros et parce qu'il est beau,
mais parce qu'il est très utile et parce que ça empêche... ça permet aux gens
de ne pas avoir de voiture, avec toutes les conséquences que cela... que
cela entraîne.
Le Fonds des
générations, le Fonds d'électrification et de changements climatiques auraient
pu aider le gouvernement du Québec à investir dans le maintien... le maintien
du métro de Montréal. Et on ne parle même pas de développement du système de
transport en commun où les besoins sont nombreux un peu partout à travers le
Québec, pas seulement à Montréal. À Québec, à Gatineau, il y a... il y a des
projets structurants, et sans parler de l'ensemble du Québec, où est-ce qu'on
pourrait mettre en place, on pourrait mieux financer des systèmes de transport
en commun, ne serait-ce, par exemple, Mme la
Présidente, que le transport interurbain. Parce que c'est catastrophique,
l'état du transport interurbain au
Québec, là. Essayez de vous déplacer en bus... en autobus de Chicoutimi vers
Montréal, ou de la Gaspésie vers Sherbrooke, ouf! Vous allez... vous allez
voyager, pendant plusieurs jours, avec de la chance, Mme la Présidente.
Il faut investir dans nos... dans le
développement aussi. Mais allons à l'essentiel, au moins, au moins, tentons de
conserver en place ce qu'on a déjà.
• (12 h 50) •
Il faudrait aussi se
poser la question des raisons pour lesquelles il y avait autant d'argent en
surplus. Serait-ce parce que la CAQ aurait sous-financé le programme pour la
transition écoénergétique? S'il y a un programme, s'il y a un fonds qui a beaucoup trop d'argent, c'est
peut-être parce qu'on l'a mal dépensé ou on l'a... on ne l'a pas dépensé tout
court, là. C'est peut-être un manque d'imagination.
Écoutez, Mme la
Présidente, il y a d'autres éléments, là, dans... il y en a plusieurs autres
dans ce projet de loi qui... qui méritent
une critique approfondie. Par exemple, je vous parle des changements effectués
à la Société d'habitation du
Québec, où il y aura la fin de la gestion conjointe des contributions. Donc, ça
met fin à la gestion conjointe des contributions versées à la Société
d'habitation du Québec par les organismes bénéficiaires d'aide financière comme
les coopératives d'habitation ou les OBNL en
habitation. Autrement dit, la Société
d'habitation du Québec aurait... aura
désormais un contrôle unilatéral de ce... sur ces fonds, ce qui réduit
l'autonomie des partenaires communautaires dans la gestion des programmes de logement social. Donc, on donne à la SHQ le
contrôle sur un argent qui a été versé par un tiers. C'est un... C'est
assez particulier comme... comme pensée, là.
Et,
d'autre part, on peut se questionner sur... Et, peut-être, ce n'est pas
nécessairement une mauvaise idée en soi, mais on aurait pu... on aurait
pu aller encore... aller encore plus loin, là, sur, par exemple, l'abolition de
la Commission d'évaluation de l'enseignement collégial, qui est carrément
abolie, et la fonction est... est donnée carrément aux institutions d'enseignement, les cégeps, bien, soit publics ou soit
privés, mais on nous dit que tout est en place pour bien gérer cette
évaluation-là par les acteurs eux-mêmes. J'en suis, mais il faudrait, à un
moment donné, se poser la question :
Est-ce que la fonction est bien remplie? Il faut une entité extérieure qui
vient dire, certifier, à chaque cinq ans, 10 ans, que sais-je, là, qui vienne dire : Oui, les acteurs
font bien... accomplissent bien la fonction qui leur a été allouée par,
dans ce cas-ci, le PL n° 7.
J'aimerais aussi
parler sur un élément important, c'est l'opposition assez soutenue, qui a porté
fruit, finalement, qui a porté fruit, sur... qui portait sur la fusion entre Transplant
Québec et Héma-Québec. Ah! bien, tenez-vous bien. Héma-Québec
fait de la gestion de stocks des inventaires récents et des tissus humains, et Transplant
Québec fait la... traite du sujet de
transfert d'organes entre personnes décédées et un grand... un grand malade.
Ah! c'est facile, les deux traitent du corps humain, on va les
fusionner, tiens donc, hein, pourquoi pas, parce que c'est dans le même
domaine, alors que Transplant Québec et Héma-Québec sont deux institutions
complètement différentes de par leur mandat, leur fonction, leur façon de
fonctionner, leur expertise, leur taille, leur financement, le réseau qu'ils...
qu'ils mobilisent, là. Et la ministre, heureusement, non pas parce qu'elle
s'est rendue... elle est arrivée à la conclusion que ce n'était pas une bonne
idée, mais c'est parce qu'il y a eu tellement d'oppositions de la part de
différents acteurs, là, qu'elle a décidé de reculer dans cette... dans cette
fusion-là. Au moins, on a réussi à gagner cet élément-là.
En
terminant, Mme la Présidente, j'aimerais faire une mention sur l'abolition du Conseil de gestion de l'assurance
parentale, qui est un outil de la gouvernance du Régime québécois de
l'assurance parentale, qui fut, au moment de sa création, un joyau, une réussite de l'État du Québec non seulement pour
faciliter la vie... la vie des femmes, là, qui... qui ont... qui donnent
naissance à des enfants, mais aussi à des pères. Malheureusement, et, nous, ça
nous a été dit lors des consultations particulières, à travers les années, le Régime
québécois d'assurance parentale a pris du retard par rapport à d'autres...
D'autres juridictions, ils sont avancés beaucoup plus loin dans le
développement de ce régime... de ce régime-là,
surtout en termes d'octroyer, de faciliter aux pères pour qu'ils puissent...
pour qu'ils puissent accomplir leur rôle paternel auprès de leurs
enfants, ce qui est une revendication historique, entre autres, du mouvement...
du mouvement des femmes, c'est-à-dire que
les hommes s'impliquent de façon beaucoup plus soutenue dans les soins de leurs
enfants, là. En ce moment, le Régime québécois d'assurance parentale a
un surplus substantiel, et la CAQ a malheureusement choisi de... au lieu d'améliorer, de réinvestir ces sommes-là dans
l'amélioration de ce système-là, surtout dans le domaine d'améliorer la
couverture envers les pères, ce qui est demandé par le milieu, bien, il a
choisi plutôt de baisser les cotisations à ce régime-là de la part des
employeurs ainsi que des travailleurs et travailleuses.
C'est un recul. C'est
un recul parce que c'est important d'avancer, en tant que société, vers
l'implication beaucoup plus soutenue et substantielle des hommes, des hommes,
des pères, dans l'éducation de leurs enfants, mais on est restés dans une
vision très, très comptable. Ce que les gens veulent, c'est avoir plus
d'argent, un petit peu plus d'argent dans les... dans leurs poches, mais ce que
le gouvernement de la CAQ n'a malheureusement pas compris, c'est que le Régime
québécois d'assurance parentale constitue un outil de transformation sociale et
qu'il faut investir pour le développer,
mais, puisqu'on va faire quelques... quelques économies, on va abolir le Conseil de gestion de l'assurance parentale,
et on va l'envoyer à Retraite Québec, et fin du problème. On enlève toutes
les... on enlève toute l'autonomie de cette
assurance-là, et surtout on abolit, en quelque sorte, la connaissance,
l'expertise qui a été développée dans ce... dans ce conseil-là à travers les années et qui aurait pu grandement servir à
améliorer ce système-là. Maintenant, tout... tout ça, ça va être noyé
dans la grande structure de Retraite Québec.
Donc, vous allez
comprendre, Mme la Présidente, à travers ce survol rapide des grands aspects du
PL n° 7, là, que nous sommes très, très critiques par
rapport à cet... à ce programme-là. Il y aura... il n'y aura pas véritablement
de réduction de la bureaucratie. Peut-être il va y en avoir plus, une
superposition de la... de la bureaucratie. Il n'y aura pas davantage
d'efficacité et d'efficience, et les économies vont être moindres ou pas du
tout existantes. Donc, dans ce sens-là, le PL n° 7
manque sa cible, et nous allons... nous entendons nous opposer et voter contre
ce projet de loi là. Merci, Mme la Présidente.
La Vice-Présidente
(Mme D'Amours) :
Merci, M. le député.
Donc, durant votre
discours, je ne suis pas intervenue, je ne me suis pas levée, mais vous avez
mentionné le mot «détournement». J'aimerais ça que vous le retiriez parce qu'il
est dans le lexique, s'il vous plaît.
M. Fontecilla :
...
La Vice-Présidente
(Mme D'Amours) : Merci. Donc, compte tenu de l'heure, les travaux sont
suspendus...
Une voix :
...
La Vice-Présidente
(Mme D'Amours) : Parfait. Vous avez raison. Donc, est-ce qu'il y a un
autre... d'autres interventions?
Mise aux voix
S'il n'y a pas
d'autre intervention, le projet de loi n° 7, Loi
visant à réduire la bureaucratie, à accroître l'efficacité de l'État et à
renforcer l'imputabilité des hauts fonctionnaires, est-il adopté?
Des voix :
Adopté.
Des voix : Sur
division.
La Vice-Présidente
(Mme D'Amours) : Adopté sur division. M. le leader adjoint du
gouvernement.
M. Lévesque
(Chapleau) : ...quand même l'article 18, s'il vous plaît, pour la
minute qui suit.
Projet
de loi n° 3
Adoption
La Vice-Présidente
(Mme D'Amours) : Bien sûr, on a toujours le temps. M. le ministre du
Travail propose l'adoption du projet de loi n° 3, Loi
visant à améliorer la transparence, la gouvernance et le processus démocratique
de diverses associations en milieu de travail.
Y a-t-il des
interventions? M. le ministre.
M. Jean Boulet
M. Boulet :
Oui, merci, Mme la Présidente. J'aimerais dire à quel point on est
satisfaits. C'est la dernière étape, c'est l'adoption finale d'un projet de loi
qui s'intéresse à la transparence par des états financiers et des rapports sur
l'utilisation des cotisations, une saine gouvernance par une augmentation du
taux de participation aux assemblées et par l'instauration de cotisations
facultatives, celles versées en dehors de la mission centrale d'un syndicat.
Je rappellerai, en
terminant, il y a une formule Rand, au Québec, qui oblige de payer des
cotisations syndicales versées à des employeurs.
Je pense qu'il faut
remercier tous les groupes qui sont venus en consultations particulières, tous
les collègues des partis d'opposition, tous les collègues gouvernementaux.
Alors, je termine
là-dessus, en demandant de... bien sûr, Mme la Présidente, j'invite tous les
collègues de l'Assemblée à voter en faveur du projet de loi.
La Vice-Présidente
(Mme D'Amours) : Merci beaucoup, M. le ministre.
Et maintenant, compte
tenu de l'heure, les travaux sont suspendus jusqu'à 15 heures. Merci
beaucoup.
(Suspension de la séance à
13 heures)
(Reprise à 15 h 01)
La Vice-Présidente
(Mme Soucy) : Bonjour, chers collègues. Vous pouvez vous asseoir.
Affaires inscrites par les
députés de l'opposition
Motion proposant que
l'Assemblée demande au gouvernement
d'anonymiser les dossiers des locataires reconnus non fautifs
par le Tribunal administratif du logement
Donc, nous sommes aux
affaires du jour, affaires inscrites par les députés de l'opposition.
À
l'article 81 du feuilleton, aux affaires inscrites par les députés de
l'opposition, M. le député de Laurier-Dorion
présente la motion suivante :
«Que l'Assemblée
nationale reconnaisse que, dans le contexte de la crise du logement, de
nombreux locataires renoncent à faire valoir leurs droits par crainte que le
caractère public des dossiers au Tribunal administratif du logement nuise à
leur recherche de logement;
«Qu'elle
constate que cette situation compromet l'accès à un logement, [favorisant] des
hausses de loyers abusives et contribue au maintien de conditions de
logement insalubres ou non sécuritaires;
«Qu'elle prenne acte
du fait que plusieurs autres juridictions, notamment la Colombie-Britannique,
l'Alberta, le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse, ne rendent pas publics
les noms des locataires qui exercent leurs droits;
«Qu'enfin elle
demande au gouvernement du Québec d'agir dès maintenant afin d'anonymiser les
dossiers des locataires reconnus non fautifs au Tribunal administratif du
logement.»
Je
vous informe que la répartition du temps de parole pour le débat restreint sur
la motion inscrite par M. le député de
Laurier-Dorion s'effectuera comme suit : 10 minutes
sont réservées à l'auteur de la motion pour sa réplique, 45 minutes
sont allouées au groupe parlementaire formant le gouvernement,
21 min 24 s sont allouées au groupe parlementaire formant l'opposition officielle, 25 min 17 s
sont allouées au deuxième groupe d'opposition et 8 min 19 s sont
allouées au troisième groupe
d'opposition. Une enveloppe de 10 minutes est allouée aux députés
indépendants, sous réserve d'un
maximum de 1 min 30 s chacun. Dans le cadre de ce débat, le
temps non utilisé par les députés indépendants ou par l'un des groupes
parlementaires sera redistribué entre les groupes parlementaires selon les
proportions établies précédemment. Mis à part ces consignes, les interventions
ne seront soumises à aucune limite de temps. Enfin, je rappelle aux députés
indépendants que, s'ils souhaitent
intervenir au cours de ce débat, ils ont 10 minutes pour en aviser la
présidence à compter de maintenant.
Alors, sans plus
tarder, je cède la parole à M. le député de Laurier-Dorion.
M. Andrés Fontecilla
M. Fontecilla : Merci beaucoup,
Mme la Présidente. Donc, nous voilà réunis pour étudier une motion que j'ai
présentée et pour demander de façon très succincte l'anonymisation des dossiers
des locataires non fautifs qui... non fautifs qui se
présentent... qui présentent des causes au Tribunal administratif de... du
logement. L'objectif de cette motion, il est
très simple, il s'agit d'assurer que les locataires puissent faire pleinement
valoir leurs droits sans avoir à craindre que cela ne se retourne contre eux et que cela menace concrètement la
possibilité de se trouver un nouveau logement ou qui menace le droit à
un logement, là.
En effet, Mme
la Présidente, en ce moment, il est parfaitement légal pour un propriétaire de
refuser de louer un logement à une personne, tout simplement parce que
cette personne a un dossier au Tribunal administratif du logement, le TAL, et
ce, peu importe la nature du dossier. On ne parle, donc, pas juste des
locataires qui ne paient pas leur loyer ou qui causent des dommages à leur
logement qui sont affectés. Par exemple, vous refusez une hausse de loyer
abusive? On peut vous refuser un logement. Vous portez plainte parce que votre
logement est mal chauffé? On peut vous refuser un logement. Vous allez au
Tribunal administratif du logement pour forcer votre propriétaire à régler un
problème, par exemple, de moisissure? On peut vous refuser un logement. Votre
propriétaire décide de vous poursuivre au Tribunal administratif, au TAL, mais
vous avez gain de cause? On peut vous refuser votre... un logement, tout
simplement parce que votre nom apparaît dans
les archives du Tribunal
administratif du logement, et, de
facto, on peut considérer que vous êtes, entre guillemets, un locataire
à problèmes.
C'est un vrai problème, Mme la Présidente, et, à
preuve, il y a au moins un organisme présent au Québec, l'Association des
propriétaires du Québec, qui offre explicitement ce service à ses membres via
ce qu'elle appelle elle-même, guillemets, une enquête 360, une enquête sur
les locataires. Et je cite cet organisme-là : «Nous dresserons une liste
des dossiers du Tribunal administratif du logement qui ont les mêmes nom et
prénom que votre potentiel locataire, avec
l'adresse concernée, dans le registre.» On ne parle pas, ici, des dossiers où
les locataires sont fautifs, là. On parle bien de tous les dossiers du Tribunal
administratif du logement qui concernent la personne qui se cherche un
logement, qu'il soit reconnu fautif ou pas dans les documents du Tribunal
administratif du logement, là.
Et soyons
clairs : par exemple, l'Association des propriétaires du Québec... et pas
uniquement, hein, ça existe aussi... il
y a des initiatives qui surgissent sur Facebook, sur les plateformes informatiques, on offre ce
service, mais l'information est très
facilement accessible à n'importe qui qui a... qui a un accès Internet. En
30 secondes, on peut retrouver tous les dossiers d'un locataire au Tribunal
administratif du logement.
Mme la Présidente, vous le savez, ainsi que les
collègues ici présents, là, on est en pleine crise du logement. Depuis que la
CAQ est au pouvoir, les taux d'inoccupation n'ont jamais atteint la barre des
3 %. Oui, il y a une faible augmentation du taux d'inoccupation à
Montréal, mais seulement dans le haut de gamme du locatif. Les loyers
véritablement accessibles à moindre prix, le taux d'inoccupation est proche de
0 %. Ça fait en sorte qu'aujourd'hui encore,
se trouver un logement, c'est un parcours du combattant, c'est incroyablement
difficile. Et imaginez si, en plus, on porte la faute d'avoir utilisé le
Tribunal administratif du logement. Ce n'est pas normal, Mme la Présidente, que
le simple fait d'avoir son nom dans un
dossier du Tribunal administratif du
logement, même si on a eu gain...
gain de cause, puisse être un facteur limitant dans la recherche de
logement.
Ce qu'on demande au gouvernement de la Coalition
avenir Québec, on lui demande d'agir sur ce facteur qui suscite la
discrimination et qui rend très difficile la vie des locataires, avec une
action très simple, qui ne coûte rien et qui n'a aucune autre conséquence que
de protéger les locataires contre une discrimination injuste qui est, en ce
moment, légale et facile à exercer. Il
suffirait, Mme la Présidente, d'anonymiser les locataires des dossiers du TAL
où ils ne sont pas reconnus fautifs.
Pour les collègues qui se posent la question sur qu'est-ce que ça veut dire, le
terme «anonymiser», bien, c'est très
facile, c'est rendre anonymes les dossiers du Tribunal administratif du logement où le locataire... dans lesquels le locataire n'est pas fautif.
Ça inclut notamment, notamment, toutes les causes de fixation des loyers,
toutes les causes de contestation d'une reprise de logement ou d'éviction pour
changement d'affectation, toutes les causes où un locataire porte plainte
contre son propriétaire, et évidemment toutes les causes où un locataire
obtient gain de cause. Ce sont des
situations qui n'ont pas de raison légitime d'avoir un impact sur la recherche
de logement d'un locataire, mais, dans les faits, on le sait, et les
locataires le savent très bien, ça a un impact majeur sur la recherche d'un
logement.
• (15 h 10) •
Dans ce contexte, ce n'est pas surprenant que
des locataires veuillent éviter de se mettre des bâtons dans les roues et
porter plainte pour une situation qui, à sa face même, paraît inacceptable. Par
conséquent, ils sont trop nombreux à éviter d'exercer leurs droits au Tribunal
administratif du logement, même si ça signifie de devoir accepter des hausses
de loyer abusives ou de faire des compromis sur des aspects aussi essentiels
que la salubrité ou la sécurité et l'entretien de leur demeure.
Je vous donne un exemple, Mme la Présidente,
d'un couple de Québec qui a reçu un avis de renouvellement avec une hausse, par
exemple, de 7 % de leur loyer, alors que le taux du TAL, le taux qui est
recommandé annuellement au mois de janvier,
est aujourd'hui à 3,1 %, donc une hausse passablement supérieure au taux
recommandé par le tribunal administratif du TAL. Ils ont négocié avec
leur propriétaire. Lui, il justifiait la hausse de... au nom de supposés
travaux que... des travaux majeurs, que le
couple n'avait jamais vus avoir lieu, sans leur indiquer... sans leur indiquer
quels travaux avaient été réalisés ni les montants impliqués.
Ils auraient pu refuser la hausse en bloc et
aller au Tribunal administratif du travail pour une fixation du loyer, auquel
cas ils auraient probablement obtenu une hausse beaucoup moins grande, soit une
hausse de 3,1 %. Or, ce couple-là va décider non pas d'exercer leur droit
légitime, mais va refuser d'aller au Tribunal administratif du logement parce qu'ils se disent : Ah! mon nom va
rester dans le... dans le TAL, au Tribunal
administratif du logement, et
n'importe qui, dans l'avenir, va
pouvoir voir que nous avons contesté et pourra nous qualifier de mauvais
locataires et, par conséquent, nous refuser un logement, là.
Cela,
Mme la Présidente, nous paraît très, très difficile à justifier. Moi-même, dans
mon bureau de circonscription, à Laurier-Dorion, je rencontre souvent
des locataires qui vivent des situations inacceptables. Et, évidemment, en tant
que député et tel que la ministre de l'Habitation me le
conseille, je les oriente vers le Tribunal administratif du travail. Et ces personnes-là, tout d'abord, ils sont un
peu, comment dire... ils sont un peu réticents à aller devant un tribunal, même
si on leur explique que c'est un tribunal de proximité, qu'ils n'ont pas besoin
d'un avocat, que c'est très facile, etc., mais il y a une peur
fondamentale d'aller exercer des recours devant la justice. Mais ensuite, le
problème... le problème qui ressurgit régulièrement chez ces locataires, c'est
qu'ils me disent : M. le député, mon nom va apparaître dans les archives
du Tribunal administratif du travail et je vais être discriminé à tout jamais.
Moi, je vais conserver mes chances d'aller... qu'un propriétaire me dise...
accepte que je puisse louer son logement. Donc, ces locataires refusent
d'aller... d'exercer leurs droits au Tribunal administratif du travail, tout simplement parce qu'ils ont peur, Mme la
Présidente, et cela est inacceptable dans la société de droit que nous
sommes, là.
Une personne, peu
importe la situation, mais tout particulièrement pour les locataires lorsqu'ils
recherchent un logement, lorsqu'ils recherchent un bien qui va satisfaire une
nécessité fondamentale, celui d'avoir un chez-soi... Parce qu'avoir un droit à
un logement est un droit fondamental, il nous paraît inconcevable que cette
personne-là refuse d'exercer leur droit légitime tout simplement parce qu'elle
a peur des conséquences, elle a peur d'être discriminée dans le futur par des propriétaires. Juste la peur, juste la crainte
suffirait à justifier à anonymiser, à rendre anonyme, les données... les
données du TAL.
On
va me dire : Oui, mais, dans notre société, il est parfaitement légitime
de... en fait, c'est la... c'est l'usage de... que les tribunaux
exercent, publient les données concernant les litiges qui sont traités par les
tribunaux des différents... des différents ordres. Oui, c'est un principe
important dans notre cadre juridique, mais c'est un... c'est un exercice qui
comporte aussi des exceptions, Mme la Présidente. Je ne vous en nomme que deux
exceptions qui peuvent survenir. Tout d'abord, dans le droit familial, il est
d'usage de ne pas rendre publics les noms des personnes... des personnes
impliquées dans ce... dans ce litige-là parce qu'il y va de la, comment dire...
le respect de l'intimité des personnes. On sait
que, dans ces tribunaux, on traite beaucoup de cas qui concernent la vie... la
vie très personnelle des gens, et il est, d'office, admis et instauré que les tribunaux doivent... les
décisions rendues par les tribunaux dans le... dans le champ du droit familial doivent
être anonymisées, doivent être rendues anonymes.
Un
autre secteur, Mme la Présidente, un autre domaine juridique où il est
communément admis qu'on doit rendre anonymes les décisions, c'est-à-dire
ne pas nommer les personnes impliquées, c'est dans les droits de la jeunesse. Évidemment, c'est facile à comprendre, il
s'agit... les droits de la jeunesse, ça concerne des mineurs qui sont protégés
de façon supplémentaire par notre cadre juridique, là, et il est
communément admis que... et pratiqué que l'anonymisation, le fait de rendre
anonymes les décisions de ce tribunal-là au tribunal... dans le droit de la
famille, aux tribunaux... aux tribunaux de la jeunesse, c'est une... c'est une
pratique courante.
Donc, il n'est pas
absurde, il n'est pas complètement inusité ou surprenant qu'aujourd'hui Québec
solidaire, avec beaucoup, beaucoup de gens
dans la... dans la société, beaucoup de groupes qui représentent la... les
locataires depuis... on demande, aujourd'hui, très formellement, ici, à
l'Assemblée nationale, à la ministre de l'Habitation d'aller dans le sens d'effectuer une réforme pour rendre anonymes
les décisions portées par... les décisions rendues par les tribunaux de... le
Tribunal administratif du logement.
On l'a dit dans la...
dans la motion également, ce n'est pas si extraordinaire au Canada. Déjà, à
différents... de différentes formes, il y a quatre provinces canadiennes qui
exercent un certain niveau d'anonymisation des décisions rendues par les
instances juridiques qui traitent du droit du logement. On parle de la Colombie-Britannique,
l'Alberta, le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse. Et toutes ces
provinces-là ne rendent pas publics les noms des locataires qui exercent leurs droits. Donc, c'est une
pratique qui est courante dans le... au Canada. Le Québec, à mon avis, on est
en retard. On devrait définitivement avancer dans la voie de rendre anonymes
les décisions du TAL pour les locataires qui sont... qui sont considérés non
fautifs, afin de renforcer le droit à avoir un logement et, surtout, éviter la
discrimination. Merci, Mme la Présidente.
La Vice-Présidente
(Mme Soucy) : Merci, M. le député. Maintenant, je suis prête à
céder la parole à la ministre de
l'Habitation. Je vous informe que votre formation politique a
47 min 8 s après la répartition du temps de parole. Je
vous cède la parole, Mme la ministre.
Mme Caroline Proulx
Mme Proulx : Merci, Mme la Présidente.
Mmes, MM. les députés, merci, bonjour, d'être présents. Mme la Présidente, le gouvernement du Québec tenait à
exprimer notre opposition à la motion qui est déposée par le député de Laurier-Dorion,
anonymiser les dossiers de locataires rendus non fautifs au Tribunal
administratif du logement.
La motion part d'un
postulat qui mérite d'être nuancé, Mme la Présidente : l'idée que la
publicité des dossiers découragerait les locataires de faire valoir leurs
droits. Certes, certains peuvent ressentir une crainte qui est liée à la
visibilité de leur dossier, mais, Mme la Présidente, il ne faut pas oublier que
la transparence, c'est un pilier fondamental du
système judiciaire québécois. La... La divulgation, pardon, des dossiers permet
à tous, les citoyens, les associations, les acteurs du marché du logement, de
comprendre comment la loi s'applique, et comment les décisions peuvent être
rendues. Ça sert de garde-fou contre les pratiques qui sont injustes, et
assume que la justice est réellement rendue de manière équitable et visible aux
yeux de tous. Rendre anonymes ces dossiers, c'est, selon le gouvernement du
Québec, créer une opacité qui pourrait nuire à l'équité et à la confiance du
public dans le Tribunal administratif du logement. La transparence, ça permet aux citoyens de vérifier l'application des
règles et de comprendre leurs droits et leurs obligations, Mme la
Présidente. Si les décisions sont anonymes, les particuliers puis même les
associations de défense de locataires ou de propriétaires auront plus de difficultés
à identifier des tendances ou encore des abus éventuels.
• (15 h 20) •
Ça freine également des
pratiques abusives. Les propriétaires savent que toutes leurs actions peuvent
être rendues publiques et examinées par tout le monde. C'est un effet qui est
dissuasif, qui est essentiel pour maintenir le marché locatif juste et
équilibré. Les rendre anonymes pourrait réduire cette pression préventive, ce
qui profiterait aux comportements inappropriés, ça nuirait à l'ensemble des
locataires et du parc immobilier.
La transparence favorise l'égalité, la
responsabilisation. Le Tribunal administratif du logement rend des décisions
qui impactent directement la vie des citoyens. Les rendre publiques avec des
noms, des détails montre que la justice est rendue de manière équitable, sans
favoritisme, et que chacun est responsable des actions qu'il pose.
Certains avancent que les locataires pourraient
subir des représailles. Le risque est réel, mais ça ne justifie pas un
changement systématique qui réduirait la visibilité puis la valeur éducative
des décisions. Il y a des solutions alternatives, Mme la Présidente :
encore mieux informer les locataires sur leur droit à la protection possible de
leur vie privée. D'autres solutions alternatives : des mesures ponctuelles
de protection pour des cas qui sont exceptionnels; encourager les recours à la
médiation confidentielle lorsque la situation le justifie, évidemment. Et de
rendre anonyme systématiquement, ce n'est pas la seule réponse et ça pourrait
créer, Mme la Présidente, plus que de... plus de problèmes que ça n'en résout.
La motion du député mentionne que d'autres
provinces canadiennes anonymisent les dossiers des locataires. Oui, c'est vrai.
Certaines le font, pas l'ensemble, ce qu'a prétendu le député. Mais le Québec a
un concept... un contexte particulier, Mme la Présidente. Ici, c'est un marché
du logement qui est très tendu, des tensions sociales qui sont fortes et un tribunal
administratif du logement qui a un rôle pédagogique essentiel. Rendre les
décisions publiques permet de sensibiliser les locataires, les propriétaires,
le public aux pratiques acceptables et aux obligations. Rendre tout ça anonyme,
bien, ces dossiers pourraient réduire la fonction éducative, ce qui pourrait, à
terme, nuire à la prévention des abus et à l'amélioration globale des
conditions de logement.
La transparence protège aussi le marché locatif.
Les décisions publiques permettent aux propriétaires et aux locataires
potentiels de comprendre les pratiques légales et les limites, surtout, à ne
pas dépasser. Sans cette visibilité, certains comportements abusifs pourraient
se multiplier : hausses de loyers injustifiées, non-respect des normes de
sécurité ou encore de salubrité, un refus de louer à des locataires considérés
à risque, Mme la Présidente. En d'autres termes,
masquer l'identité des parties pourrait avoir des conséquences économiques et
sociales directes. Ça risque d'accroître l'insécurité dans le marché
locatif et pénaliser, Mme la Présidente, indirectement les locataires qui sont
honnêtes et tous ceux qui respectent les lois du Québec.
Permettez-moi d'attirer votre attention sur un
aspect souvent négligé dans le dossier, le fardeau administratif
qu'impliquerait de rendre anonymes les décisions du Tribunal administratif du
logement. Chaque dossier, chaque décision
devrait être révisé ligne par ligne pour retirer tous les noms, retirer toutes
les adresses, retirer tous les détails qui permettraient d'identifier
une personne ou une partie. Ça peut sembler simple, mais, dans la pratique,
c'est un travail qui est minutieux, qui est long et qui est extrêmement
exigeant.
Le TAL devrait également former son personnel,
mettre des protocoles en place, des protocoles qui sont précis, gérer les versions multiples de chacune des
décisions : une version publique, une version anonyme et une version
complète pour les parties et leurs avocats. Ça, ça augmente les coûts,
alourdit les procédures et peut retarder la publication de décisions.
Aparté, Mme la Présidente : dans le projet
de loi n° 20, une des grandes orientations du gouvernement, c'est
d'alléger le Tribunal administratif du logement. Avec une mesure comme
celle-là, on fait la démonstration qu'on vient l'alourdir.
Chaque modification comporte un risque d'erreur,
un nom oublié, une information supprimée par excès de précautions. Ces erreurs
pourraient nuire à la clarté des décisions, à la transparence, mais surtout, à
la crédibilité du tribunal. En d'autres termes, de rendre tout ça anonyme n'est
pas une simple formalité, ça crée un fardeau administratif, juridique et
financier qui est réel pour le Tribunal administratif du logement. On doit se
demander : Est-ce que ces coûts et ces risques valent les bénéfices qui
sont prétendus? Je soutiens, Mme la Présidente, que la réponse, c'est non. Il
existe des moyens plus ciblés pour protéger les locataires qui sont
vulnérables, sans imposer un fardeau systématique sur le tribunal ni
compromettre la qualité et la rapidité des décisions.
La publicité
des décisions, Mme la Présidente, ça a un effet préventif puissant. Les mauvais
comportements, les quérulents sont moins fréquents lorsqu'ils peuvent
être exposés au public et aux médias de façon générale. Chaque décision publiée
sert d'exemple, de rappel de la légalité et de l'éthique dans les relations
locatives. De rendre tout ça anonyme, en revanche, pourrait créer un effet
inverse. Certaines pratiques problématiques resteraient dans l'ombre, moins... moins visibles, pardon, et donc beaucoup
plus difficiles à corriger. Les dossiers publics permettent également à des
chercheurs, des étudiants, des organismes sociaux d'étudier les tendances dans
le marché locatif et le fonctionnement du tribunal. Ça contribue à
l'amélioration en continu des politiques publiques et à une meilleure
compréhension des enjeux sociaux. De rendre tout ça anonyme, systématiquement,
limiterait cette capacité d'analyse, et on priverait le Québec d'un outil
précieux pour améliorer son système de logements.
En terminant, Mme la Présidente, Mmes, MM. les
députés, de rendre ça anonyme, systématiquement, les dossiers des locataires
reconnus non fautifs, n'est ni nécessaire ni souhaitable. Ça affaiblirait la
transparence, réduirait l'effet dissuasif sur les pratiques abusives,
limiterait l'accès à l'information, réduirait la valeur éducative des décisions
du tribunal et pourrait nuire à la qualité et à la sécurité du marché locatif.
Au lieu de ça, on doit chercher à renforcer la
protection individuelle des locataires vulnérables au cas par cas, tout en
préservant l'ouverture et la transparence des dossiers. C'est ainsi que
nous garantissons un accès à la justice à la fois équitable, efficace et
responsable dans un marché du logement où la
confiance et l'information sont capitales. Pour toutes ces raisons, je vous
invite à rejeter cette motion et à préserver la transparence des
dossiers au Tribunal administratif du logement. Merci, Mme la Présidente.
La
Vice-Présidente (Mme Soucy) :
Merci, Mme la ministre.
Maintenant, je cède la parole à Mme la députée de Châteauguay.
Mme Marie-Belle Gendron
Mme Gendron : Merci, Mme la Présidente. Bon après-midi, tout le
monde, mes salutations à tous mes collègues ici présents. Merci au
collègue de Laurier-Dorion pour sa motion, puisque ça va permettre de remettre
certaines choses en perspective. De un, le débat que nous avons aujourd'hui
touche un enjeu bien réel pour les Québécois, la capacité de se loger à un coût
raisonnable dans des conditions adéquates. Les préoccupations des locataires
sont légitimes et elles doivent être entendues, mais encore faut-il que les
solutions proposées reposent sur des faits démontrés, et qu'elles s'attaquent
aux véritables enjeux et causes des difficultés que vivent ces citoyens.
• (15 h 30) •
Or, la motion d'aujourd'hui qui nous est
présentée pose un problème, un problème de fond. En fait, je reviens sur un
point que Mme la ministre a nommé un peu plus tôt. Dans le premier paragraphe,
je cite : «...dans le contexte de la
crise du logement, de nombreux locataires renoncent à faire valoir leurs droits
par crainte que le caractère public des dossiers du Tribunal administratif du
logement nuise à leur recherche de logement.» La motion avance des conséquences
importantes liées au fait que les dossiers du Tribunal administratif du
logement sont publics. On laisse entendre que ça
peut compromettre l'accès au logement, ça peut favoriser les hausses abusives
ou le maintien des conditions inadéquates. Ce sont des affirmations
sérieuses, des affirmations très sérieuses, Mme la Présidente, mais elles ne
sont appuyées d'aucune donnée, aucune,
aucune donnée. Aucune démonstration rigoureuse ne vient établir un lien clair
entre le caractère public des
dossiers et les faits avancés par notre collègue le député de Laurier-Dorion. En matière de politiques publiques, ce n'est pas suffisant. On
ne peut pas fonder une intervention sur des perceptions sans être capable de
démontrer les impacts réels.
Mme la
Présidente, la motion repose aussi sur une lecture simplifiée du fonctionnement
du Tribunal administratif du
logement. Oui, la notion de faute existe en droit québécois, mais, dans la
pratique, les situations sont rarement aussi tranchées.
Les décisions du tribunal, elles sont nuancées. Elles tiennent compte des faits
propres à chaque dossier, donc elles peuvent être partiellement
accueillies ou partiellement rejetées. Réduire cette réalité à une catégorie de
locataires non fautifs, comme fait... comme nomme la motion, c'est de
simplifier à outrance un système qui repose justement sur l'analyse de situations fines. À cela soulève une
question vraiment importante : Sur quels critères, concrètement,
établirait-on qu'un locataire est non fautif dans un tel cadre?
Mme la Présidente, il y a aussi une
contradiction importante dans le discours qui accompagne cette motion-là. Sur
le terrain comme sur les réseaux sociaux, Québec solidaire encourage les
locataires à faire valoir leur droit à utiliser des recours disponibles, notamment devant le Tribunal administratif du logement. C'est une bonne chose, une très bonne chose à faire. Il faut les encourager à aller vers
ces ressources-là. Mais, en parallèle, QS laisse entendre que le simple fait
d'avoir un dossier au tribunal pourrait leur nuire puisque ces dossiers sont
publics. On ne peut pas à la fois encourager les gens à exercer leurs droits et
leur faire craindre de le faire en même temps. Ce type de discours, ça crée un
climat de méfiance, c'est clair. Et ce climat-là peut avoir un effet bien réel,
malheureusement : décourager certains locataires d'utiliser un recours qui
existe pour eux, pourtant, pour les protéger.
Mme la Présidente, il est important aussi de
rappeler que les mécanismes existent déjà pour encadrer les hausses de loyer
pour protéger les locataires. La clause G du bail en est un bon exemple.
Lorsqu'il y a un changement de locataire, le propriétaire doit indiquer le
loyer le plus bas payé au cours des 12 derniers mois. Si ce loyer n'est
pas indiqué ou s'il est inexact, le locataire peut s'adresser au Tribunal
administratif du logement pour faire fixer le loyer. Ce recours a un effet réel. Il incite à une certaine modération dans la
fixation du loyer et atténue aussi les risques de pression sur les
locataires. Cela démontre que le cadre actuel prévoit déjà certains outils pour
intervenir lorsqu'il y a des abus.
Mme la
Présidente, il faut aussi regarder la réalité du Tribunal administratif du logement avec nuance. Oui, le volume de
dossiers est élevé. En 2023‑2024, 91 000 demandes ont été introduites,
soit le plus haut niveau des 30 dernières années. Mais, malgré ça,
malgré cette pression-là, il y a des améliorations. Au 31 décembre 2023‑2024,
le délai moyen pour des causes urgentes
était de 1,9 mois, comparativement à 2,1 mois en 2020‑2021.
Il y a des améliorations. Pour l'ensemble des causes, le délai moyen était d'environ trois mois en 2023‑2024,
alors qu'il était presque de... que quatre mois, deux ans avant. Il faut
rappeler, Mme la Présidente, que le tribunal est en évolution également. Il
s'adapte à une demande accrue et continue d'améliorer son fonctionnement.
Au-delà du fonctionnement du tribunal, il faut
aussi regarder ce qui est fait pour réduire la pression sur le système. Notre
gouvernement a modernisé la... la méthode, pardon, de fixation de loyer.
L'ancienne méthode datait de plus de 40 ans. Elle était complexe,
difficile à comprendre, autant pour les locataires que pour les propriétaires.
Aujourd'hui, la méthode repose sur... pardon, l'IPC moyen des trois dernières
années. Cela peut éviter des variations brusques et de rendre des hausses plus...
de rendre, pardon, les hausses plus prévisibles. Concrètement, pour 2026, cette
méthode mène à une augmentation de base de 3,1 %, soit une hausse
significative moins élevée que celle qui aurait été observée par l'ancienne
méthode, qui aurait été environ de 4,9 %. Cette prévisibilité facilite les
ententes entre les locataires et les locateurs et contribue à réduire le nombre
de dossiers qui se rendent au tribunal.
Dans le contexte, d'anonymiser les dossiers des
locataires, comme le demande Québec solidaire dans la motion, alourdirait
considérablement la tâche du TAL et n'aiderait en rien à ce que ces dossiers-là
soient réglés dans les meilleurs délais. Les délais ne changeraient pas, de
toute manière. Le Regroupement des comités de logement et associations de
locataires du Québec demande depuis longtemps des ajustements à l'ancienne
méthode, notamment en ce qui concerne la composante du revenu net, qui pouvait
représenter plus de 60 % de l'augmentation, dans certains cas. La réforme vise justement à corriger ce type de
situation là et à rétablir un meilleur équilibre. Elle permet aussi aux
propriétaires de mieux planifier les investissements nécessaires pour
entretenir le parc locatif, et cet entretien, il est essentiel, parce que, si
on ne maintient pas la qualité des logements... existants, pardon, certains
risquent de sortir du marché, et ce n'est pas ce qu'on veut non plus.
On a aussi agi concrètement, Mme la Présidente,
pour protéger les locataires, notamment les plus vulnérables. Avec l'adoption du
projet de loi n° 65 en juin 2024, un moratoire de trois ans a été mis
en place sur certaines évictions, notamment pour subdivision, agrandissement ou
changement d'affectation, et, surtout, la protection des aînés a été renforcée.
L'âge d'admissibilité passe de 70 à 65 ans, tout en maintenant le critère
d'occupation de 10 ans, et en élargissant l'accès, avec un seuil de revenu
pouvant aller jusqu'à 125 % du maximum admissible à un logement à loyer modique. Concrètement, ce sont environ 60 000 ménages,
oui, 60 000 ménages aînés qui sont désormais mieux protégés.
Ça démontre qu'on agit déjà de manière ciblée, là où les besoins sont les plus
importants.
Mme la Présidente... mais surtout je pense qu'il
faut revenir à l'essentiel. Le véritable enjeu, ce n'est pas le caractère
public des dossiers du tribunal. Le véritable enjeu, c'est l'offre de
logements. On ne réglera pas la crise du logement
en modifiant la façon dont les décisions sont accessibles. On ne va pas régler
en augmentant l'offre, notamment, de
logements... pardon, je m'excuse, on va régler en augmentant l'offre,
notamment, des logements abordables. C'est là que doivent se concentrer
nos efforts, si on veut améliorer durablement l'accès au logement.
Mme la Présidente, on compare parfois la
situation du Québec avec celle d'autres provinces, comme mon collègue nommait plus tôt, Alberta, Colombie-Britannique, Nouvelle-Écosse, mais il faut faire attention parce que les
règles, elles ne sont pas les mêmes là-bas. Le Québec a un encadrement
beaucoup plus poussé pour protéger les locataires. Avant de vouloir importer
des solutions d'ailleurs, il faut tenir compte aussi de nos différences, nous,
ici, au Québec.
Ce débat nous ramène aussi à des propositions
comme le registre des loyers, mais il faut se méfier des solutions qui semblent
si simples. Des mécanismes de contrôle existent déjà. Le tribunal encadre les
hausses. Les recours sont disponibles.
Ailleurs, certaines juridictions ont expérimenté des outils comme les
registres. Ils les ont abandonnés en raison des coûts que ça représentait, mais
aussi des bénéfices limités que ça produisait. Et surtout, il y a des risques
que ces outils soient détournés à des
fins de spéculation. Chaque dollar investi doit avoir un impact réel sur
l'accès au logement.
En conclusion, Mme la Présidente, les
préoccupations soulevées dans la motion ne reposent pas sur des données
suffisantes pour justifier une intervention comme celle qui est proposée. Si on
veut réellement améliorer la situation des locataires, il faut se concentrer
sur les bons leviers : augmenter l'offre de logements, maintenir un cadre
équilibré et continuer d'améliorer les outils existants pour qu'ils soient
accessibles, efficaces et compris par tous. C'est comme ça qu'on va répondre
concrètement aux besoins des Québécoises et des Québécois. Merci, Mme la
Présidente.
La Vice-Présidente (Mme Soucy) : Je
vous remercie, Mme la députée. Maintenant, je suis prête à entendre une autre
intervenante ou intervenant. Alors, Mme la députée d'Iberville, à vous la
parole.
Mme Audrey Bogemans
Mme Bogemans : Merci beaucoup,
Mme la Présidente. Aujourd'hui, je prends la parole sur un sujet sensible qui
touche bien des gens au Québec. Avant d'aborder la question de l'anonymisation,
un processus qui est irréversible et qui
modifie les données personnelles pour rendre l'identification d'un individu
impossible, j'aimerais parler du rôle du TAL, du Tribunal administratif
du logement.
• (15 h 40) •
Comme on le
sait, c'est un organisme qui est provincial, qui détient une compétence
exclusive pour, premièrement, trancher
les litiges entre les propriétaires et les locataires, mais aussi, il a une
mission d'informer les parties concernées de leurs droits et de leurs
obligations. Enfin, il doit favoriser la conciliation avant tout. Ses
interventions visent à assurer un juste équilibre
dans un marché locatif sous forte tension. Cette pression est bien réelle — merci beaucoup, c'est bien gentil — elle
n'est d'ailleurs pas sans conséquence pour le bon fonctionnement du Tribunal
administratif du logement.
À titre d'exemple, plus de 91 000 demandes
ont été soumises au TAL au courant de l'année 2023 à 2024. C'est un volume absolument élevé et le plus élevé qu'il
n'a jamais été permis d'observer autour des 30 dernières années. C'est une
donnée qui correspond à l'afflux des demandes auxquelles doit faire face
l'organisme, et, malgré tout, le TAL a su
s'ajuster pour continuer d'être fonctionnel à l'intérieur de délais acceptables
dans les circonstances. Sachez que le délai moyen pour les causes jugées
urgentes à traiter est passé de 2,1 mois à 1,9 mois en l'espace de
quelques années seulement, et ça, c'est pour l'ensemble des causes soumises. La
moyenne observée est d'environ trois mois, et ça, c'est quatre semaines de moins qu'auparavant. Aussi, donc, le Tribunal administratif du logement parvient à être plus efficace, plus structuré, plus performant, malgré le volume
plus élevé de demandes à traiter. Donc, vous comprendrez que je serai la
première à m'en réjouir.
Il faut aussi souligner que l'explosion des
demandes liées à la fixation des prix de loyers explique en grande partie la recrudescence des dossiers à traiter. En
neuf ans, le nombre de demandes sur ce sujet est passé de 4 085 à plus de
22 000. C'est un bond considérable pour ce type de dossiers. Bien, ces
délais-là peuvent parfois atteindre jusqu'à neuf mois.
Pour faire face à cette nouvelle réalité, on a
un choix responsable à faire, et c'est celui d'agir à la source en modernisant
le règlement qui datait de plus de 40 ans, oui, 40 ans. Puis pourquoi
on a agi de la sorte? C'est tout simplement parce que le règlement, il était
trop complexe, trop difficile à comprendre. Il était source de conflits. Il
fallait faire quelque chose. Donc, présentement, avec la méthode qui est basée
sur l'indice des prix à la consommation sur
trois ans, on a plus de prévisibilité, moins de chocs tarifaires, moins de
litiges entre les parties qui se terminent devant le Tribunal
administratif.
Donc,
c'est dans ce contexte que certains proposent d'anonymiser les demandes au
Tribunal administratif. À première vue, l'intention peut sembler louable, mais,
quand on prend le temps d'analyser les impacts qui pourraient avoir une... que
pourrait avoir une telle mesure, les risques sont nombreux. Comme tout le monde
le sait, notre système de justice repose sur un principe fondamental de la
transparence, et, en ce sens, les décisions des tribunaux civils sont publiques
et nominatives. C'est un principe qui est reconnu par la charte des droits des
libertés du Québec et du Canada et qui est
constamment affirmé par la Cour suprême
du Canada. Quand l'information
disponible est plus difficile à obtenir, les propriétaires deviennent plus
sélectifs. Ceux qui paient vraiment le prix de ça, ce sont les jeunes, les
nouveaux arrivants, les ménages les plus vulnérables. Il est donc inexact
de prétendre qu'aucune règle n'est en place pour la protection des données
sensibles... pardon. C'est sans oublier les ordonnances de non-publication pour
certains dossiers.
À
mon avis, celui du gouvernement et... celui du gouvernement que je représente,
il faut éviter les comportements abusifs répétés, tant du côté des
propriétaires que des locataires. Permettez-moi ici de citer Me Sophie Gagnon,
avocate et directrice générale de Juripop, donc j'ouvre les guillemets :
«En principe, un propriétaire peut refuser de louer un appartement, s'il a des preuves que le locataire a manqué à ses
obligations par le passé, s'il est, par exemple, en défaut de paiement. Mais le simple fait d'avoir contesté une
hausse de loyer ne devrait pas être un motif de refus.» Fin de la citation.
Des
mécanismes permettent déjà de protéger des situations sensibles ou malhonnêtes,
notamment par l'entreprise de la loi sur l'accès des organismes publics et sur
la protection des renseignements personnels. On comprendra que la solution
n'est pas une anonymisation mur à mur, mais plutôt une approche ciblée.
Ailleurs, dans
d'autres provinces, ce principe d'anonymisation est partiel, pas total. Les
noms peuvent être retirés des bases de données publiques qui sont facilement
accessibles. Les décisions rendues demeurent néanmoins accessibles. Les
audiences restent publiques, les informations désirées peuvent être obtenues
sur simple demande. Dans un contexte de
crise de logement, où nous connaissons la demande qui excède l'offre, il est
impossible de conclure qu'un refus de logement est attribuable à un
recours préalable au Tribunal administratif du logement.
Les situations
évoquées me semblent donc anecdotiques. Nous ne pouvons pas baser sur ces
prétentions pour compromettre la transparence de notre système juridique.
J'aimerais, par ailleurs, rappeler qu'il existe des outils d'aide pour les gens
qui veulent se trouver des logis répondants à leurs attentes. Je pense, entre
autres, aux services d'aide à la recherche de logement offerte par les offices
d'habitation locale.
Donc, en conclusion,
le Tribunal administratif du logement est au coeur d'un équilibre délicat, un
équilibre entre l'accès à la justice, la
protection des individus et le bon fonctionnement du marché locatif. Dans un contexte
où les délais sont sous pression, notre responsabilité est d'agir avec rigueur.
On doit donc choisir d'améliorer le fonctionnement du tribunal
administratif, de moderniser les règles et de réduire les causes de litiges. Bref,
on a choisi de préserver le principe fondamental, celui de la justice
transparente, accessible et équitable. Merci beaucoup, Mme la Présidente.
La Vice-Présidente (Mme Soucy) : Merci,
Mme la députée. Maintenant, je suis prête à céder la parole à Mme la cheffe
du deuxième groupe d'opposition.
Mme Ruba Ghazal
Mme Ghazal :
Merci, Mme la Présidente. C'est important pour moi d'intervenir,
évidemment, sur cette motion de Québec solidaire présentée par mon collègue le
député de Laurier-Dorion. Il va y avoir un droit de réplique, tout à l'heure,
parce que j'ai entendu beaucoup de choses qui n'ont pas de bon sens, mais je ne
vais pas y répliquer directement, je vais le laisser le faire.
Vous le savez, Mme la
Présidente, combien de fois vous m'avez entendue en parler, combien de fois
vous avez entendu des députés de Québec solidaire en parler, on est très, très
forts sur ce sujet-là, il y a une vraie crise du logement, une crise sans
précédent qui existe au Québec, qui frappe tout le monde. Ça frappe les jeunes,
ça frappe les travailleurs et travailleuses, ça frappe les familles, les gens
de la classe moyenne. À Québec solidaire, on l'a vue venir de loin, cette
crise-là, on en parlait bien avant que ça fasse les manchettes dans les médias.
Elle ne nous est pas tombée du ciel, comme ça, par hasard. C'est une crise qui
prend racine dans des mauvais choix politiques, des choix politiques qui ont été faits par le gouvernement de la CAQ,
mais aussi par les gouvernements précédents, depuis les 30 dernières
années, que ce soit le Parti libéral du Québec ou le Parti québécois.
C'est quoi, ces choix
politiques là? C'est de favoriser la financiarisation du logement pour laisser
le libre marché prendre toute la place. Le privé a sa place, évidemment, dans
le marché locatif, mais là on le laisse aller totalement selon ses propres
intérêts pour faire du profit et de considérer le logement comme une simple
marchandise. L'autre choix politique mauvais qui a été fait et par la CAQ, et
par les gouvernements précédents, et aussi le fédéral, c'est de se désinvestir dans la construction de logements réellement
abordables par l'État. L'État s'en est... s'est enlevé les mains de la
construction de logements vraiment abordables.
Ces choix politiques
ont aidé non pas les locataires, ils n'ont pas aidé les jeunes qui rêvent
d'avoir une première maison pour y élever leur famille. C'est rendu aujourd'hui
un rêve inatteignable pour beaucoup de jeunes, ce qui n'était pas le cas à mon époque.
Donc, on recule, au Québec, au lieu d'avancer. Ces choix politiques qui ont été
faits par les différents gouvernements, la CAQ, le Parti libéral, le Parti
québécois, c'est de favoriser plutôt les spéculateurs, les propriétaires
abusifs, qui sont une minorité mais qui existent, et aussi les grandes
corporations immobilières. Puis les conséquences de ces choix politiques, Mme
la Présidente, on les voit, elles sont très fortes sur le monde ordinaire, sur les jeunes, sur les aînés, les gens qui travaillent,
mais qui continuent de s'appauvrir parce que leurs salaires n'atteignent pas
ou n'augmentent pas à la vitesse de la hausse des loyers.
Chaque jour, je suis sidérée d'entendre, de lire
des histoires d'horreur d'augmentations de loyer, d'évictions frauduleuses
injustifiées, puis de lire aussi des histoires crève-coeur. Ce matin, on a un
exemple dans Le Devoir, Mme Jubinville, une dame de 82 ans qui a fait les manchettes
parce qu'elle paie 90 % de ses revenus. Il ne lui reste plus rien
dans ses poches pour le reste de ses dépenses, elle a besoin que sa fille
l'aide. Cette femme qui fait partie de nos aînés, dont on a beaucoup parlé
pendant la pandémie, qui ont construit le Québec et qu'on laisse maintenant aux
mains du libre marché... Mais cette dame-là
n'habite même pas dans les loyers... dans un loyer du privé, là, elle habite
dans un logement supposément abordable, mais dont... mais elle paie
beaucoup plus que son revenu, c'est plus que 30 %, 90 %.
J'ai vu que
la ministre de l'Habitation, tout de suite, parce que mon collègue l'a
interpelée, parce que j'ai interpelé le premier ministre... prendre ce cas-là
puis dire : Parfait, Mme Jubinville, on va s'en occuper. Mais
qu'est-ce qu'il va falloir qu'on fasse? Que tous les jours, on se lève puis on
donne un cas à la suite de l'autre? Ça, c'est un seul cas, c'est un cas
particulier. Il y a 2 735 locataires qui se trouvent exactement dans
la même situation que Mme Jubinville. Puis là je ne parle pas des gens qui
sont dans le marché privé, qui paient beaucoup plus que 30 % de leurs
revenus. Ça fait qu'il va falloir qu'on les amène un à un pour que la ministre
s'en occupe? Ça ne marche pas, ça ne peut pas fonctionner comme ça.
• (15 h 50) •
Cette semaine, Québec solidaire, on a lancé un
plan, un plan habitation pour régler la crise du logement et on a présenté une
première proposition qui se trouve aujourd'hui dans la motion qui est devant
nous. Il va y avoir d'autres mesures. Mais, au même moment qu'on a lancé le
plan, on a lancé aussi un site pour recueillir les témoignages. Aussitôt ouvert,
le site, aussitôt plein, et ça continue, on continue à avoir des témoignages de
gens.
Par exemple, Shani. Shani, une mère de quatre
enfants à Drummondville, qui nous a écrit, elle paie un loyer beaucoup trop
cher et doit faire un choix impossible entre payer son logement ou nourrir ses
enfants. Elle nous a dit qu'elle dépend de l'aide alimentaire, mais ce n'est
pas suffisant. Aujourd'hui, elle est en train de réfléchir de vivre dans sa roulotte parce que c'est devenu beaucoup
trop cher de vivre dans un logement avec ses enfants dans le Québec 2026,
Mme la Présidente.
Il y a une autre personne qui nous a écrit,
Chanelle, qui, comme trop de gens, n'a pas les moyens de se loger près de son travail. Elle aimerait ça être proche de
son travail, elle est obligée de faire 2 h 30 de route chaque jour
pour se rendre au travail, parce qu'elle doit se loger beaucoup trop
loin. Puis ce qu'elle trouve comme logement, quand elle était en train de le
chercher, c'est des logements insalubres, mal aérés, qui ne répondent pas à ses
besoins et à ceux de sa famille. Comble du
malheur, elle a un chien, un animal de compagnie, comme beaucoup de Québécois;
refus après refus, mois après mois,
des propriétaires qui lui disent non, d'autres qui lui demandent des frais
supplémentaires pour l'accueillir, elle et son animal de compagnie.
Des histoires
comme celle de Chanelle, comme celle de Shani, Mme la Présidente, comme celle
de Mme Jubinville, il y en a
plein au Québec. Il y en a plein dans toutes les strates de la société, des
familles qui travaillent, comme des gens à plus faibles revenus ou des
gens qui sont... qui n'ont pas de revenus.
C'est pour ça que Québec solidaire a fait du
logement sa priorité. Puis aujourd'hui, j'ai entendu que la ministre de
l'Habitation, elle dit qu'elle ne veut pas... elle est contre la proposition de
Québec solidaire. Mais on a encore du temps
pour en débattre, pour en discuter. Mon collègue va amener d'autres arguments.
J'espère que ça va convaincre le gouvernement de la CAQ. Aujourd'hui, on
donne l'opportunité et la chance au gouvernement de la CAQ de se joindre à nous
dans le combat pour lutter contre la crise du logement.
Actuellement, les bons locataires qui font
valoir leurs droits et qui ne sont pas fautifs se trouvent pris au piège dans le système actuel dans lequel on se trouve.
Ceux qui souhaitent dénoncer les agissements frauduleux, inacceptables
de leurs propriétaires, ceux qui souhaitent dénoncer des hausses trop
importantes de loyers ou le manque d'entretien de leur logement font face à un
choix très déchirant : aller se plaindre au tribunal et se retrouver sur
la liste des locataires qui se plaignent
trop, hein, les locataires très difficiles, et avoir plus de difficulté, après
ça, de se trouver un logement, un nouveau logement, ou ne rien faire et
continuer à subir les abus de leur propriétaire. Des cas comme ça, il y en a
plein, et c'est documenté, Mme la
Présidente. Ça n'a pas de bon sens qu'on laisse les gens vivre dans ce
dilemme-là, un dilemme impossible. On a le pouvoir, ici, de changer les
choses. La crise du logement, ce n'est pas une fatalité.
On ne réglera pas la crise, évidemment, en
claquant des doigts, là, ça n'arrivera pas. On ne peut pas régler et réparer
quelque chose qui a été brisé par les différents gouvernements depuis les
30 dernières années. On est en train de subir les conséquences de ces
mauvais choix là, mais on peut amener des mesures et y travailler dans un
esprit de collaboration. C'est ce qu'on propose aujourd'hui au gouvernement de
la CAQ, c'est vraiment de rendre anonymes les dossiers des locataires non
fautifs. C'est une mesure simple et coûte... et qui ne coûte rien à l'État. Ça
ne coûte rien d'anonymiser les dossiers des
locataires qui sont non fautifs. Ça existe ailleurs. Ça n'existe pas partout,
en effet. Ça existe en Alberta, en Colombie-Britannique, en
Nouvelle-Écosse, au Nouveau-Brunswick.
Mme la Présidente, je rappelle qu'on a réussi
ici, à l'Assemblée nationale, à travailler ensemble pour protéger un petit peu
les locataires aînés. La loi Françoise David, qu'on a travaillée ensemble grâce
à un travail de collaboration, on l'a fait ensemble, on a réussi à le faire,
donc, on est capables de le faire pour une mesure comme celle qu'on propose
aujourd'hui.
Mme la Présidente, la vraie question,
c'est : Comment est-ce qu'on considère le logement? Comment est-ce qu'on
considère le fait d'avoir un toit sur la tête? Le logement, ce n'est pas une
marchandise banale comme n'importe quelle
autre marchandise. Se loger, ce n'est pas un luxe. Se loger, c'est un droit
fondamental. Je ne devrais même pas être en train d'essayer de convaincre quelqu'un par rapport à ça, ça devrait
être la normalité, mais malheureusement, ce n'est plus le cas. C'est devenu un sujet de spéculation,
un produit, une marchandise comme une autre, et c'est ça qui fait que
les gens sont pris au piège, c'est ça qui fait que les gens s'appauvrissent de
plus en plus.
Chaque action qu'on pose pour aider les gens à
se loger contribue à défendre ce droit fondamental du logement. Donc, je
répète, on offre ici, Québec solidaire, l'opportunité du gouvernement et des
autres partis, du Parti libéral et du Parti québécois, de
travailler ensemble pour aider les gens. Donc, on propose à tout le monde de
voter en faveur de cette motion, on l'a déjà fait par le passé, de travailler
ensemble, en collaboration, comme avec la loi Françoise David, adoptée ici à
l'unanimité. On peut encore le faire aujourd'hui. Merci, Mme la Présidente.
La Vice-Présidente
(Mme Soucy) : Merci, Mme la députée. Mme la députée des Mille-Îles,
à vous la parole.
Mme Virginie Dufour
Mme Dufour :
Merci. Merci beaucoup, Mme la Présidente. Alors, nous sommes ici pour discuter
d'une motion déposée par Québec solidaire,
mais qui, à la base, si on en parle... et, tu sais, on vient... j'y viendrai, à
l'anonymisation, là, si c'est bien le bon terme, des données au Tribunal
administratif du logement, mais, si on en parle, c'est à la base qu'on vit une
crise du logement sans précédent.
Moi, j'ai été élue en
octobre 2022. Je suis porte-parole pour le dossier de l'habitation depuis
ce temps, et ça fait depuis ce temps-là que
je parle de crise du logement, Mme la Présidente. Et ma prédécesseure, la
députée de Vaudreuil, qui portait la voix de l'opposition officielle
pour les dossiers de logement, donc, dans la législation précédente, si c'est
le bon terme, bon, elle en a parlé pendant aussi trois ans sans que le
gouvernement réagisse.
Donc, l'enjeu, à la
base, c'est que, pendant plusieurs années, on a nié, le gouvernement a nié
qu'il y avait une crise du logement, et ce qui a fait en sorte, finalement, que
la crise s'est aggravée. Et il y a eu la pandémie, et la pandémie a aggravé
encore plus la crise du logement, parce qu'il y a eu... il y a eu des
mouvements de population quand même importants qui se sont faits d'une région à
l'autre, par exemple. Et il y a des secteurs qui en vivent toujours les
soubresauts, là. Tu sais, par exemple, si je parle de la Gaspésie, dans les
Hautes-Laurentides, les taux d'inoccupation sont
encore très, très, très faibles. Donc, à la base, on a nié la crise du
logement, et ce que ça a fait, c'est qu'on a laissé ça traîner et ça a
augmenté de façon substantielle. Les taux d'inoccupation ont diminué, eux,
tellement, et là, finalement, la loi de
l'offre et de la demande a fait en sorte que les loyers ont explosé. Et, en
plus, bien, on... je vais en parler un peu plus loin, mais il y avait
une formule de fixation des loyers qui n'était pas adaptée.
Donc, ça, c'est la
base de... c'est ce qu'on vit depuis plusieurs années, et on est rendus à un
stade où les loyers sont tels que les gens ne peuvent plus... n'arrivent tout
simplement plus. On a toujours dit que c'était la règle du 30 %. Il
faudrait qu'au maximum les gens paient 30 % de leurs revenus en loyer,
mais on est bien au-delà de ça. La proportion de gens qui paient au-delà de
50 % est alarmante, et la députée de... bien, la cheffe de la deuxième
opposition parlait tout à l'heure de Mme Jubinville, qui était dans le
journal ce matin, un cas comme ça, 90 % de ses revenus, c'est complètement
inacceptable, mais ce n'est même pas soutenable. Et c'est une réalité,
malheureusement, qui augmente de plus en
plus parce que... en fait, j'ai parlé de crise du logement, mais je peux dire
qu'on est rendus dans une crise de l'abordabilité,
donc... Et donc, maintenant, ce qui est étonnant, c'est que, maintenant, les
taux d'inoccupation sont partis à la hausse, et je vais en reparler...
en parler, mais ça n'a pas eu d'effet sur l'abordabilité.
D'ailleurs, il y
avait un article dans Le Devoir, il y a quelques semaines, qui
parlait... parce que le gouvernement parle
souvent des immigrants, et il a attribué la crise du logement sur le dos des
immigrants. Mais maintenant que plusieurs personnes ont quitté, particulièrement
la région de Montréal, on constate que les loyers n'ont pas diminué. Oui, c'est
vrai qu'il y a certains logements qui se
sont libérés, mais les loyers n'ont pas du tout diminué, ils ont continué
d'augmenter. Donc, dans les faits, l'abordabilité, elle n'est pas là, et
c'est ce qu'on vit, une véritable crise de l'abordabilité.
• (16 heures) •
Et, au moment qu'on
vit ça, bien, le gouvernement, l'an dernier, en 2025, a introduit un nouveau
concept, les logements abordables intermédiaires. Donc, avant, on parlait
d'abordable, et la définition, je dois dire qu'elle était plutôt floue. D'ailleurs, durant l'étude du projet
de loi n° 31, Mme la Présidente, on en a parlé abondamment. On a tenté...
Moi, j'ai tenté de déposer des amendements... En fait, j'ai déposé des
amendements pour qu'on précise qu'est-ce qu'un logement abordable, qui devrait être un maximum du revenu des gens, des
locataires, mais, non, tu sais, on a laissé ce flou, et qu'est-ce que ça
fait? Bien, ça fait que c'est un peu rendu n'importe quoi.
Et
l'exemple de ce matin, c'est un loyer d'autour de 1 600 $,
1 800 $... 1 680 $, quelque chose comme ça, par mois,
ça, c'est considéré abordable, mais, avec
les abordables intermédiaires, on peut aller jusqu'à 150 % de la grille
maximale que la SHQ, la Société d'habitation du Québec, a établie pour
les loyers. Donc, déjà, la grille des loyers maximaux était difficile à
respecter pour plusieurs ménages. Tu sais, ces loyers-là, les payer sont...
c'est extrêmement difficile, mais là, si on
rajoute une couche et on rajoute 150 %... tu sais, on peut aller jusqu'à
150 %, ça fait en sorte qu'il y a des logements abordables, mais
qui sont intermédiaires, qui ont été financés par le gouvernement, qui sortent
de terre maintenant et qui vont coûter près de 2 000 $ par mois.
Mme la Présidente,
qui peut, qui peut payer 2 000 $ par mois? Ce n'est pas les plus
démunis, c'est... ce n'est même pas la classe moyenne... tu sais, ce n'est pas
le salaire moyen, là. Un salaire moyen au Québec, là, c'est autour de 50
quelque mille, peut-être 54 000 $, ça a peut-être monté à
58 000 $, bien, écoutez, faites le calcul, 2 000 $ fois 12 mois, on est à 24 000 $. Ça,
c'est... c'est net. Ça fait que le salaire, il faut... il faut le calculer,
lui, il est brut. Donc, la proportion
qui pourrait être allouée au loyer est beaucoup trop importante, beaucoup trop,
et puis là on ne calcule pas, là, tu sais, toutes les charges que quelqu'un
peut avoir pour avoir des enfants, manger, l'épicerie aussi, il y a eu de
l'inflation.
Donc,
quand on regarde ça, c'est... les logements abordables intermédiaires, les
sous, l'argent que le gouvernement met
dans ces logements, c'est supposé d'être destiné aux plus démunis, à ceux qui
ont le plus de difficultés à se loger, mais ceux-là à qui on dit qu'on
veut... ceux qu'on dit qu'on veut aider, bien, ils n'ont pas les moyens de les
payer, ces logements-là. Donc, c'est...
c'est complètement aberrant, et ça, c'est vraiment... c'est la situation
actuelle. Donc, si on est ici aujourd'hui, c'est... c'est qu'il y a des
gens qui n'arrivent pas à accéder à des logements aussi parce qu'ils sont tout
simplement incapables de se les payer.
Et d'ailleurs on est
présentement en train de parler... On a fini, hier, Mme la Présidente, les
consultations particulières pour le projet de loi n° 20 et, demain, on
prend... on fera la... en fait, le principe, là, les échanges sur le principe,
et j'exposerai, là, ma vision, demain, là-dessus, mais ce qu'on constate, c'est
que le projet de loi veut... veut, finalement,
enlever ou, en fait, contrôler davantage des logements, mais qu'il pourrait
avoir un effet pervers, parce que ce que...
En fait, le projet de loi n° 20 veut créer
un guichet unique qui ferait en sorte que tous les... tous les OBNL en
habitation, tous les HLM, ça, c'est correct, toutes les coops aussi seraient
dans ce guichet unique là, et là on va... on risque d'amener un effet pervers
où... dans les lieux où il y a de... vraiment de l'abordable, il y a vraiment
du logement abordable, mais là, finalement,
on voudrait que les gens paient davantage, mais on va vouloir prioriser ceux
qui sont les plus à risque dans la liste d'attente, donc les ménages qui sont
les plus démunis, puis la liste d'attente, elle est élevée, là.
Si on regarde au niveau des HLM, il y a au moins
30 000 ménages sur la liste d'attente. Cette liste d'attente là, elle
ne diminue jamais. Elle a diminué parce qu'il y a eu un peu de ménage, mais on
était à 34 000 il y a... il y a très longtemps. Donc, c'est à peine si on
a diminué malgré tous les logements qui ont été construits, hein, parce que la
ministre, elle en parle souvent, là. Elle parle de 24 000 logements
que... Le chiffre, il change à chaque fois qu'il y a une réponse, là. On ne sait plus, là, 24 000 ou, en tout cas,
plus, mais, bref, tout ça pour dire que... que ces logements-là qui, donc, qui...
Excusez, je reviens. Donc, ce que j'étais rendue, c'est que, finalement, il y a
des... vraiment des logements abordables. On voudrait utiliser les gens sur la
liste d'attente, mais ces gens-là ne peuvent pas nécessairement payer les
logements qu'on va leur offrir parce que les prochains logements disponibles
vont être des abordables-intermédiaires. Ça
fait que, bref, on fait les choses à l'envers, c'est... Je ne suis pas certaine
de comprendre la stratégie, ici, du gouvernement.
Puis je rappellerai qu'AccèsLogis a été
abandonné par le gouvernement, et AccèsLogis, c'est le dernier programme qui mettait... qui permettait de faire
du logement social. Dans le passé, ça a été beaucoup critiqué, AccèsLogis,
pour les délais, les délais de construction. Ces délais-là ne venaient pas
nécessairement du programme lui-même ou... ils ne venaient pas non plus des
organismes qui faisaient les projets, il faut le dire, ils venaient du fait que
les coûts maximaux de construction n'étaient pas indexés. Et donc, n'étant pas indexés,
bien, ça faisait que le montage financier, quand il était attaché, le temps que
ça prenait pour attacher le montage, bien, woup!, on arrivait, puis ça ne
marchait plus parce que les coûts de
construction augmentent à chaque année. Donc, ça, c'est ce qui a bloqué
beaucoup, beaucoup de projets.
Bien, le
PHAQ, qui a remplacé... le projet abordable... habitation abordable Québec, qui
a remplacé AccèsLogis, c'est le même enjeu, c'est le même enjeu.
D'ailleurs, depuis 2023, il n'y a eu aucun nouvel appel à projets dans le PHAQ, donc ça fait trois ans. Alors, ce nouveau
programme, qui était supposé de révolutionner le logement, bien, ça n'a pas porté fruit. Et, finalement, la précédente
ministre de l'Habitation, bien, elle a tout octroyé par décret, hors programmes,
à divers organismes, divers partenaires, mais, tu sais, on n'a plus de
programme proprement dit.
Et AccèsLogis, ce qui était bien avec ce
programme, c'est qu'il était... c'était prévu, c'était obligatoire que
50 % des unités soient du logement social. Donc, ça allait de facto, alors
qu'aujourd'hui dans le programme le PHAQ il n'y a plus aucune obligation,
aucune, aucune obligation que les logements soient social. Donc, ça se peut
qu'ils le soient, ça se peut qu'ils ne le
soient pas. Et, pour être social, comme j'expliquais tout à l'heure, bien, il
faudrait... En fait, l'abordable, je vous disais... on parlait, tu sais,
de 30 %. En fait, dans les faits, là, ce qu'ils considèrent actuellement
comme du abordable, c'est 5 % en dessous du marché. Ce n'est pas
grand-chose, là, tu sais, il faut que ce soit 5 % en dessous du marché,
95 % du marché. Ça fait que ça, rendu là, c'est extrêmement élevé. Tandis
que, quand on est dans le logement social, là, on est en fonction des revenus,
là, c'est vraiment 25 % des revenus, donc... ou 30 %... je ne suis
pas à 100 % certaine du chiffre, là, il me semble que c'est 25 %,
mais, en tout cas... des revenus. Donc, chaque personne va payer en fonction de
sa capacité, mais ce n'est pas... ce n'est pas du tout le cas dans le logement
abordable régulier, évidemment. Puis là, bien, on le voit avec les cas qu'on a
mentionnés, les gens peuvent payer bien au-delà de ce qu'ils peuvent se payer
ou... C'est ça.
• (16 h 10) •
Donc, un autre élément qui est problématique,
c'est qu'on n'a pas... on n'a pas soutenu les mises en chantier. Puis là, bien,
c'est sûr qu'on va dire : Bien, pourquoi soutenir des mises en chantier?
On parle de logements. Bien, il faut bien les construire, ces logements. Et
plus on en construit... plus on en construit, plus ça risque d'avoir un effet, éventuellement, tu sais, sur le marché. On le
voit, actuellement, il y a quand même des unités, surtout dans le condo, là... on
le voit beaucoup, qu'il y a des condos non vendus, qui ont... qui n'ont pas
pris preneur, donc là ça a un effet à la baisse sur les coûts. Mais ce que je
mentionnais, c'est qu'il n'y a pas eu de mesure fiscale pour réduire les coûts
de construction. Et puis ça, là-dessus, l'Ontario a été beaucoup plus proactif
que le Québec, beaucoup, beaucoup plus. Dès
que le fédéral a annoncé qu'il retirait la taxe de vente fédérale sur le
logement locatif, l'Ontario a suivi. Ça, c'était l'an dernier. Là, cette
année, le fédéral a annoncé qu'il retirait la taxe sur aussi les logements
neufs... c'est-à-dire les... bien, en fait,
les propriétés neuves, les premières propriétés, et l'Ontario
a suivi. Pendant ce temps-là, nous, on ne bouge pas.
Puis j'ai eu plusieurs échanges, dans les
dernières années, avec le ministre des Finances à ce sujet, qui disait toujours :
Ah! ça coûterait trop cher, ça coûterait trop cher. Moi, ce que je disais à
chaque fois, c'est : À quel point... à quel
point ça coûte cher de ne pas construire? Parce que, tu sais, on peut le voir
quand on va à Gatineau, là, c'est assez... c'est assez parlant. Rencontrez un
entrepreneur en construction à Gatineau, puis, s'il a le choix de construire
entre Gatineau et Ottawa, il va construire à Ottawa, c'est certain.
Pourquoi? Parce que c'est 10 % moins cher déjà en partant. Il n'y a pas la
taxe de vente là-bas. Nous, c'est presque 10 %, c'est 9,5 %, la TVQ.
Donc, ça, c'est un enjeu majeur.
Et on pourrait parler aussi des coûts de la
main-d'oeuvre de construction, le fait qu'il n'y a pas de flexibilité dans la... dans la main-d'oeuvre. Oui, le ministre
du Travail a proposé certains assouplissements dans le projet de loi n° 41
l'an dernier, mais c'est très, très peu, très, très peu. Et, dans les
faits, toujours aujourd'hui, c'est beaucoup plus rapide, beaucoup moins cher
construire en Ontario qu'au Québec. Et ce n'est pas normal. Ce n'est pas
normal. Puis, quand ça coûte plus cher, bien,
nécessairement, à un moment donné, tu sais, le loyer... Tu sais, le logement
locatif qui construit plus cher fait en sorte qu'il va être loué plus cher.
C'est une question de coût. Et je ne comprends pas qu'à ce jour le gouvernement
n'ait pas travaillé sur des réformes majeures pour réduire les coûts de
construction.
C'est même pire. La Régie du bâtiment du Québec,
dans les... la dernière année, a adopté de nouvelles normes encore plus
contraignantes, qui vont être encore plus coûteuses pour les constructeurs et
qui vont nécessairement se refléter dans le coût des unités qui vont être
construites, et donc dans les loyers. Et ça, c'est comme... c'est comme si on ne comprenait pas que chaque norme qu'on
rajoute s'ajoute à... Tu sais, il y a une panoplie d'autres normes qui sont déjà
présentes, et le coût, c'est devenu exponentiel.
Puis, par
rapport à la TVQ, je voudrais aussi mentionner que c'est comme... c'est comme si
on la payait deux fois, la TVQ. Parce que l'entrepreneur qui construit,
lui, il paie la TVQ sur les matériaux qu'il achète, mais là, en plus, celui qui achète la maison qui a été construite ou le
condo qui a été construit, bien, lui, il paie en plus la TVQ. Ça fait que, là, c'est
doublement taxé, alors que le... le logement devrait être une... une commodité
de base, hein, comme... Mais là on le taxe doublement, donc c'est... c'est un
enjeu, et ça a un effet sur les loyers, nécessairement.
Il y a un autre élément qui est... qu'on a
parlé, là, c'est... on en a parlé abondamment, c'est le calcul, le fameux
calcul, là, des hausses de loyer, qui avait été... bien, qui était... en fait,
qui était en place depuis très longtemps. Puis, pendant bien des décennies, ça
n'avait pas... il n'y avait pas d'élément majeur parce que la... l'inflation
était assez stable, et, quand c'était stable, ça fonctionnait. Mais on s'est
rendu compte, dans les dernières années, particulièrement avec la pandémie, que
ce... que ce calcul-là ne fonctionnait plus du tout.
Donc, par exemple, on a vu, là, avec la
pandémie, que les hausses de coûts ont été très importantes pour les
propriétaires. L'inflation a augmenté de façon importante, et là, par la
suite... Le calcul, lui, était basé sur... calcul presque ésotérique, sur des
années précédentes. Et donc... et donc ça faisait en sorte que les hausses de
loyer étaient bien moindres que le coût réel d'inflation des coûts des
propriétaires. Donc, pendant ce temps-là, les locataires ne se plaignent pas. Mais, quand l'inverse est arrivé et
que, là, l'inflation s'est mise à baisser, mais que le calcul du loyer, lui,
il se basait encore sur les années précédentes, qui étaient à forte inflation,
là, les locataires ont dit : Ouf! Ça ne marche pas. Nous, nos hausses vont être de 7 % ou 6 %, alors que
l'inflation est rendue à 2 %. Mais, les années précédentes, c'était l'effet
inverse.
Donc, c'est pour ça que j'avais d'ailleurs
déposé un projet de loi pour qu'on revoie le calcul des loyers. Parce que, clairement,
il y avait un enjeu. Mais, ceci dit... Bon, le gouvernement a proposé un
nouveau calcul, mais... mais, on le voit
encore aujourd'hui, les gens ne sont pas satisfaits de ce calcul. Et, nous, ce
qu'on proposait, c'était qu'il y ait un
comité qui se penche, donc, sur... sur le calcul, un comité paritaire entre
locataires et locateurs pour s'assurer de couvrir tous les éléments.
Et je vous donne un exemple, une toiture. Une
toiture, on change ça aux 15 ans, peut-être, peut-être 20 ans, si on
étire, gros maximum. Là, le calcul s'est... il est... maintenant, il est
ramené, ça, à 20 ans. Donc, ça, on dit : Oui, ça, ça fait du sens, le
nouveau calcul permet d'amortir sur 20 ans les rénovations. Mais, si je
mets une toiture en tôle, une toiture en tôle, ça devrait durer 40 ans,
bien, je vais quand même pouvoir l'amortir sur 20 ans. Puis, de l'autre
côté, si je fais mon changement de chauffe-eau, bien, le chauffe-eau, il faut
le changer à tous les... à tous les 10 ans. Mais ça, encore une fois, je peux juste l'amortir sur
20 ans. Ça fait que vous voyez qu'il y a des... il y a des iniquités
actuellement, il y a des incongruités qui restent à corriger.
Maintenant, par rapport aux cas qui ont été
soulevés, donc... Attendez. Je cherche. Je pense qu'il me manque un article,
que je n'ai pas. Mais, dans le fond, on a vu, il y a eu, effectivement, des cas
de personnes qui ont été discriminées. Ça a été documenté dans les médias.
Est-ce que c'est une majorité? Je ne peux pas dire. Donc, des gens qui ont été discriminés parce qu'ils auraient fait
une plainte au Tribunal administratif
du logement. De la discrimination,
je dois dire qu'il y en a, il y en a de toutes sortes, malheureusement. Puis
c'est couvert. Il y a une... Tu sais, il y a des recours contre la discrimination.
C'est difficile à prouver, j'en conviens, mais il y a des recours présentement
contre la discrimination. Ici, on parle peut-être de cas anecdotiques, on n'en
a pas la certitude, mais je comprends, par contre, la crainte des locataires qui ne souhaitent... qui craignent de faire
une plainte à leur... tu sais, dans le fond, concernant leur logement
parce qu'ils auraient peur que, dans le futur, ça puisse nuire à une autre... à
une autre location. Ça, je le comprends. Mais, d'un autre côté, on doit aussi
regarder l'équilibre du côté du propriétaire. Eux aussi ont droit à avoir une
certaine information.
Si, par exemple, un locataire... un locateur, un
propriétaire a eu un certain traumatisme dans le passé, et, tu sais, j'ai des... on a vu des exemples, là, j'en ai
ici, des gens que, tu sais... Monsieur, ici, de 79 ans, propriétaire, de
Saint-Épiphane, dans le Bas-Saint-Laurent, retrouve son logement complètement
saccagé. C'est son fonds de pension à ce monsieur. Ce n'est pas un
propriétaire, là, qui veut se rendre riche, c'est son fonds de pension. Il
retrouve son logement... ça, c'était...
bien, c'était il y a deux ans, il retrouve son logement complètement saccagé.
Donc, ce monsieur, la prochaine fois
qu'il va vouloir louer, fort probablement qu'il va s'informer pour savoir s'il
y a eu des causes contre le prochain...
contre le locataire qu'il souhaite... qu'il souhaite... à qui il souhaite
louer. Et ça, de cacher cette information-là, ça peut être... ça peut
amener une certaine injustice.
Mais je comprends, je comprends qu'on souhaite
qu'il n'y ait pas de discrimination, ça, c'est certain. Par contre, je voudrais
quand même mentionner qu'il y a un principe de transparence judiciaire qui est
défini dans la Charte des droits et libertés de la personne, à
l'article 23, et dans la Charte canadienne des droits et libertés,
l'article 2b. Donc, avant d'aller de l'avant et d'appuyer une telle motion, il
faut quand même s'assurer de ne pas contrevenir à la Charte des droits et
libertés de la personne. Donc... Et, tu sais, j'ai échangé avec mon collègue
qui est porte-parole pour l'opposition
officielle en matière de justice, le député de l'Acadie, avant d'intervenir
aujourd'hui, et, quand je lui en ai parlé, son premier réflexe a été de
dire, bien... de dire : Bien non, il y a une transparence, la justice doit
être transparente. Tu sais, il y a comme un principe que
la justice doit être publique. Ça va de soi. Bon, on a nommé des provinces qui
permettraient ça, mais je serais curieuse de voir, là. Je ne suis pas certaine
que les quatre provinces offrent vraiment cette
complète anonymité, là, qui... comme on le prétend, là. Mais il reste qu'ici,
au Québec, on s'est dit qu'il devait y avoir une transparence de la
justice et que ça devrait être des cas exceptionnels.
• (16 h 20) •
Il y a eu, évidemment, les cas des mineurs, les
cas des femmes victimes de violence conjugale, mais on a vu récemment un cas
d'un criminel qui est devenu informateur pour la GRC, je crois, que, là, on a
tenté de rendre anonyme ce procès. C'est en
train de... Ça s'en va en Cour
suprême parce qu'on s'est dit :
Il faut avoir le droit d'avoir de l'information. Donc, c'est délicat, ce
n'est pas... ce n'est pas simple. Mais, avant d'aller de l'avant vers une
proposition comme ça, j'ai mes... j'ai des
bémols, et, je vous le dis d'emblée, nous allons voter contre cette motion. Pas
parce qu'on n'est pas pour les locataires, mais parce qu'il y a vraiment
une question de... bien, d'équilibre, mais aussi de transparence de la justice.
Et puis j'ai entendu la ministre tout à l'heure,
je n'avais pas pensé à ces éléments-là, mais il y a un surcoût réel, elle l'a
mentionné, puis je... quand elle le disait, je me disais : Mon Dieu! c'est
vrai, un surcoût pour le traitement... le traitement que ça représenterait de
biffer, finalement, d'enlever cette information-là. Ah! lui, s'il est fautif,
ça peut être public, mais lui, il n'est pas
fautif, il faudrait que ce soit... que ce soit caché. De déterminer tous ces
cas-là, ce n'est pas simple.
Et je rappellerais que, déjà, déjà, la... le Tribunal
administratif du logement est débordé, mais complètement débordé. Les ressources ne suffisent pas. J'ai
quelques chiffres. Par exemple... puis ça, c'est assez... c'est assez récent,
hein, octobre 2025, ces chiffres-là, on... une première audience,
avoir une première audience au Tribunal administratif du logement,
ça prend neuf mois, Mme la Présidente, neuf mois. Ça, c'est une
première audience. Avant, il y a... juste l'année d'avant, c'était
sept mois. Donc, ça a augmenté de façon importante. Et, vous savez, on a
rencontré... on a eu une audience à la Commission de l'administration publique avec le président du TAL et on... ils ont un plan
de match pour réduire ces délais-là.
Donc, ce n'est pas... ce n'est pas l'enjeu, mais
c'est... ce qui se passe, en fait, c'est qu'il y a eu une hausse fulgurante du
nombre de demandes. C'est ma dernière minute, hein, Mme la Présidente? C'est
ça. Donc, il y a eu une hausse fulgurante du nombre de demandes. Écoutez,
en 2020, pour vous donner une idée, là, on était à
7 000 demandes de fixation de
loyer, puis, en 2024-2025, on était rendu à 23 000... bien, 22 500.
C'est plus que trois fois l'augmentation. Alors, vous comprendrez
que le TAL ne peut pas absorber davantage, ils ont... déjà, il manque de
ressources.
Alors, comme je l'ai expliqué, Mme la
Présidente, nous allons nous opposer à cette proposition, mais, ceci dit, je
considère qu'il faut soutenir davantage les locataires. Surtout, il faut du
logement social. C'est ce qui va permettre aux gens les plus démunis d'avoir
accès à un logement qu'ils peuvent... qu'ils puissent se payer. Donc, voilà. Je
vous remercie beaucoup, Mme la Présidente, pour votre écoute.
La
Vice-Présidente (Mme Soucy) : Merci, Mme la députée. Maintenant, je suis prête à entendre un autre
intervenant. M. le député de Jonquière.
M. Yannick Gagnon
M. Gagnon : Merci, Mme la
Présidente. D'entrée de jeu, c'est intéressant, ce que mentionne la députée de Mille-Îles,
une députée qui est à l'habitation, là, si je me rappelle bien, là, dans
l'opposition officielle depuis... depuis le
jour 1. Alors, depuis maintenant trois ans, elle me fait signe.
Alors, je pense que ce qu'elle vient de mentionner, qu'une justice qui se doit d'être transparente, bref, la
transparence de la justice, venant d'une femme qui est dans le dossier depuis
trois ans, on l'entend bien et on la remercie pour sa position.
J'en profite également... J'entendais, tout à
l'heure, la députée de Mercier, puis on n'est jamais indifférents, qui mentionnait peut-être des histoires qu'on
appelait des histoires crève-coeurs, des histoires qui, peu importe la famille
politique dans laquelle on est, ne laissent personne indifférent. Alors, c'est
pour ça, avant peut-être de tomber plus précis dans l'interpellation
d'aujourd'hui, je veux prendre quelques minutes pour quand même mentionner ce
qui se fait de beau en habitation. Puis,
tout à l'heure, la députée de Mille-Îles mentionnait également le logement abordable, qui
peut être une solution. Alors, je veux
prendre quelques minutes pour parler des choses intéressantes que notre
gouvernement fait en habitation et dans le logement à faibles revenus,
et ça fait un peu de lien aussi sur ce que mentionnait la députée de Mercier,
en lien avec des histoires, des fois, qui ne laissent personne indifférent.
Je ramène ça
dans ma circonscription de Jonquière, où est-ce que le 19... pardon,
en 2022, le soir de la Saint-Jean-Baptiste, il y a eu un incendie
majeur dans un 51 logements pour les personnes à faibles revenus. Ça a été
un peu la catastrophe. Ça a changé la fête des Québécois et des Québécoises
dans ma circonscription pour plusieurs personnes.
Il y a quand même eu toute une mobilisation, offrir à ces gens-là des
vêtements, une mobilisation, trouver un nouvel... un nouveau logement, de la nourriture et tout, dans les heures
qui ont suivi le long week-end de la Saint-Jean-Baptiste. Et, par la
suite, on s'est mis au travail, et on s'est mis au travail avec une rigueur, et
puis c'est là que c'est une fierté pour moi, puis je veux mentionner un peu de
positif, parce qu'on est allés de l'avant vers un projet pilote qui s'appelle
les blocs modulaires, et le résultat, il faut le mentionner, le résultat a été
performant. On a respecté les coûts. On a respecté les délais. On a rappelé les
gens pour dire qui voulait introduire son logement d'avant, qui, maintenant,
était dans un logement complètement neuf, et, de par la performance des blocs
modulaires, qui ont été un projet pilote chez nous, eh bien, ça devait être
51 logements, mais on a été capables d'en faire 52 de par l'économie qu'on
a faite.
Alors, je pense que c'est important de le
mentionner, des exemples comme ça à travers des histoires, des fois, qui ne
laissent personne indifférent, qui... Il y a des fois où le soleil réapparaît.
Alors, j'en suis fier.
Également,
où est-ce qu'on en est fiers aussi dans ma circonscription, les aînés. J'ai eu
le privilège d'accueillir, le 19 février dernier, l'annonce des
100 logements en Unitaînés, des aînés à faibles revenus.
Et également je suis
capable d'aller aussi vers le modèle des coopératives, parce que, chez nous,
c'est, encore une fois, une mobilisation qui fait encore toute, toute la
différence. Je vais parler de Loge m'entraide, une coopérative. Ça fait 14 ans,
ça fait 14 ans, Mme la Présidente, qu'elle tente de lever... de lever de
terre, cette coopérative. Quand je suis arrivé en mandat, on a baissé une
certaine méfiance des politiciens, puis j'ai offert à Mme Côté, la
directrice générale, de travailler avec elle, de se mobiliser ensemble pour
aller vers le modèle de coopérative, et on a réussi des gains énormes.
La ville a cédé un
terrain. Le premier terrain était contaminé. Personne n'a baissé les bras, Mme
la Présidente. On est allés trouver un autre terrain, un congé de taxes sur
10 ans. Québec a été au rendez-vous, est toujours au rendez-vous. Et
l'organisme a fait de l'autofinancement. Elle est sur le point d'annoncer 600 000 $
en autofinancement. Et, maintenant,
qu'est-ce qu'on attend? Bien, ça fait 10 mois qu'on attend après le
gouvernement fédéral, mais... mais la ministre m'accompagne énormément, et on garde le canal de communication, mais
tout ce qui manque dans cette mobilisation-là, c'est le fédéral.
Et, bien entendu, je
peux traverser aussi... Quand on parle, toujours, de logement, je peux aussi y
aller vers une vision de notre gouvernement,
aussi, vers les besoins particuliers. Il y a moins de deux semaines, j'annonçais
les Immeubles Saint-Joseph, où est-ce que notre gouvernement, encore une
fois, participe pour une hauteur de 23 logements, mais, attention, on est allés vers un besoin précis de
la clientèle. C'est-à-dire, les 23 logements vont se séparer sur deux
étages, un étage pour les adultes ayant une période de vie... je
pourrais dire une période de vie plus difficile. Alors, avec les organismes du
milieu, ils auront accès à ce logement. Et, à l'étage supérieur, ce sera du
répit pour les familles.
Et
tout ça, encore une fois, bien, c'est la mobilisation du milieu, accompagné
avec le gouvernement, c'est-à-dire... J'ai
une pensée pour les Soeurs du Bon-Conseil, qui étaient présentes, d'ailleurs,
et toutes charmantes, à cette inauguration, qui, eux, ont cédé une aile de leur
bâtiment, ont confié au milieu, de dire : On cède cette aile. Et, avec
Québec, on a attaché et on a finalisé un logement en fonction de leurs
valeurs, c'est-à-dire qui sera dédié à des clientèles plus précises, et, c'est important de le mentionner, à cette
conférence, c'était émotif, Mme la Présidente, parce que ça faisait 20 ans, 20
ans que le milieu attendait de vivre ce que j'ai eu la chance de vivre
dans la circonscription de Chicoutimi.
Alors, une parenthèse
pour dire qu'il y a du beau qui se fait en habitation, que ce soit en
innovation avec les blocs modulaires, avec les aînés, ma coopérative, la
clientèle particulière, qu'on a inauguré à Chicoutimi, bref, il y a quand même
de grands efforts que je souligne, et je suis un acteur privilégié dans ma
circonscription de voir tout le bienfait que peut faire l'abordable et le
revenu.
• (16 h 30) •
Également,
quand je reste positif, aussi, tout à l'heure, d'entrée de jeu, il l'a bien
affirmé, le député de Laurier-Dorion mentionnait haut et fort le droit
des locataires, et je le comprends. J'ai eu la chance d'être souvent en
commission avec lui. C'est quelque chose qu'il porte. Et, toujours en restant
positif et avec sa phrase du début, j'ai le goût de lui dire : Bien, bien,
nous aussi, au gouvernement, le droit des locataires, on y croit, puis rappeler
une mesure forte pour protéger les locataires, un outil pour défendre les
droits. Je me tournerais vers une action législative qu'on a faite, qui a été
sanctionnée le 21 février 2024, c'est-à-dire le projet de loi n° 31,
la loi modifiant diverses dispositions en matière d'habitation, Mme la
Présidente. Il y a eu des mesures importantes, et je me dois de le dire. Je
veux quand même mentionner, suite au PL n° 31, le locataire qui reçoit un
avis d'éviction n'a plus à introduire un recours collectif ou un recours devant
le tribunal pour s'opposer à son éviction. Alors, le locataire doit alors
obtenir l'autorisation du tribunal pour évincer le locataire. Sa demande doit
être présentée dans les mois du refus ou de l'expiration du délai de réponse du
locataire. Le locateur, lui, lui, doit démontrer qu'il entend réellement
évincer le locataire du logement pour la fin mentionnée dans l'avis, qu'il ne
s'agit pas d'un prétexte pour atteindre d'autres fins que... La loi permet
également de subdiviser le logement, de l'agrandir et d'en changer
l'affectation. Pourquoi je commence avec ça, Mme la Présidente? C'est... Avec
cette mesure-là, on vient protéger les locataires des avis d'évictions abusives
et on vient simplifier le processus pour tout le monde.
Puis, également, on
en a entendu parler, on peut parler aussi d'indemnité. Le locataire... le
locateur, pardon, doit payer au locataire évincé des frais raisonnables de
déménagement ainsi qu'une indemnité équivalant à un mois du loyer pour chaque
année de location interrompue du logement par le locataire, laquelle, par
contre, ne peut toutefois pas excéder un
montant représentant les 24 mois de loyer ni être inférieure au montant
représentant les trois mois de loyer. Si le locataire considère que le
préjudice qu'il subit justifie une indemnité plus élevée, il peut s'adresser au
tribunal pour en faire fixer le montant. À moins que le tribunal n'en décide
autrement, l'indemnité, elle, Mme la Présidente, est payable à l'expiration du
bail, et les frais de déménagement le sont sur présentation de pièces
justificatives. Alors, c'est avec des
mesures comme ça, Mme la Présidente, qu'on peut prévenir une éviction, et, bien
sûr, accompagner... on peut éviter... accompagner... énormément le
stress financier.
Et
également, toujours en recours et dommages-intérêts, il revient désormais au
locataire, dans le PL n° 31, dans le
cadre d'un recours en dommages-intérêts résultant en une éviction, de démontrer
que celle-ci a été de bonne foi. Cette modification s'applique aussi
dans le cas d'une reprise de logement.
Également,
dans le PL n° 31, il y avait l'avis au nouveau locataire, qu'on
a beaucoup discuté, qui est la clause G. Un locataire... un locateur qui s'inscrit... qui inscrit de fausses
informations dans l'avis au nouveau locataire ou qui omet, on l'a entendu, de
remettre cet avis peut désormais être condamné à des dommages-intérêts punitifs
à la demande du locataire. La décision, elle est claire. On vient parler
de dommages-intérêts punitifs. On vient donc s'assurer que le locataire ait
accès à de l'information viable pour qu'il puisse prendre des décisions, bien
entendu, éclairées.
Je
veux également aborder la clause F, en lien avec les droits de la fixation du
loyer et, bien entendu, la modification du
bail. Ni le locateur ni le locataire de logement situé dans un nouvel... dans
un immeuble nouvellement bâti ou dont l'utilisation à des fins... à des fins
locatives résulte d'un changement d'affection — c'est important — récent ne peut fixer le loyer ni modifier
d'autres conditions du bail, pour le tribunal, dans les cinq années qui suivent
la date à laquelle l'immeuble est prêt pour
l'usage à lequel il était destiné. Cette restriction, Mme la Présidente, permet d'évoquer à l'encontre du locataire que... si elle est prévue
dans le bail, désormais, avec ce qu'on vient de faire, de pouvoir évoquer la
restriction. Le locataire doit également indiquer au bail le loyer maximal
qu'il pourrait imposer dans les cinq années qui suivent la date à
laquelle l'immeuble est prêt pour l'usage auquel il est destiné. Alors, c'est
de la prévisibilité, qu'on vient faire ici,
c'est une mesure qui offre de la prévisibilité à toutes les parties prenantes,
dans l'exemple que je cite.
Puis également, on
l'a entendu, des logements impropres à l'habitation, c'est des choses qui se
sont retrouvées dans le PL n° 31,
un locataire peut désormais demander au tribunal de condamner le locateur au
paiement de dommages-intérêts punitifs lorsque le logement est devenu
impropre à l'habitation en raison de sa négligence. Également, des choses qu'on
a entendues aussi, en lien avec une démolition, ça arrive, alors, advenant une
démolition, le locateur doit payer au locataire évincé de son logement à des
fins de démolition, bien entendu, des frais de déménagement ainsi qu'une
indemnité équivalant à un mois de loyer pour chaque année de l'occasion... de
location, pardon, interrompue du logement par le locataire, laquelle ne peut
toutefois excéder un montant représentant 24 mois du loyer ni être
inférieure à un montant représentant les trois mois de loyer.
Je veux aussi prendre
quelques secondes, mon temps achève, pour parler du logement étudiant. Ça
aussi, dans le PL n° 31,
on a pris action. La loi permet aux propriétaires de certains immeubles de
louer des logements à des personnes aux études à temps plein aux mêmes
conditions que peuvent le faire les établissements d'enseignement, sous
réserves. Pour conclure un bail, comme...
comme je mentionne ici, Mme la Présidente, le propriétaire doit obtenir une
reconnaissance. Donc, les modalités des critères d'obtention sont
déterminées par un règlement qu'on a mis en place au gouvernement. Et bien sûr
que la personne qui loue un logement situé dans un immeuble pour lequel le
propriétaire est reconnu conformément au règlement du gouvernement a droit...
cette personne-là a droit au maintien des lieux pour toute la période pendant
lequel elle est inscrite à temps plein dans un établissement d'enseignement.
Je veux parler aussi
des représentations devant le tribunal. Dans mon autre vie, j'ai assisté à
cette situation-là, et souvent, les personnes qui devaient se présenter, ça
pouvait créer, entre autres, beaucoup d'anxiété. C'est important de mentionner
que maintenant, advenant une représentation devant les tribunaux, les parties
peuvent désormais être représentées par la personne de leur choix. Il n'est
toutefois pas possible d'être représenté par un professionnel radié, déclaré,
mais on peut quand même être représenté par une personne de notre choix. Si une
personne est représentée par un mandataire autre qu'un avocat, ce mandataire
doit fournir au tribunal un mandat écrit, signé par la personne qu'il
représente. Et c'est important, quand même, ce que... ce qu'on vient de dire
ici.
Et, bien entendu, je
demeure toujours dans le législatif, advenant un appel de décision du tribunal,
le délai permet... de faire un appel, pardon, d'une décision au tribunal devant
la Cour du Québec débute désormais à la date de la connaissance de la décision,
plutôt qu'à celle où elle a été rendue. Une décision du tribunal ayant fait
l'objet d'une demande d'appel rejetée par la
Cour du Québec est exécutoire 10 jours, 10 jours après la date de
notification de la cour, à moins que celle-ci en décide autrement.
Bref, c'était quand
même législatif, mais il fallait en parler, du projet de loi
n° 31 que nous avons mis en place en 2024. Et le PL n° 31 démontre qu'on est à l'écoute des acteurs du milieu,
l'habitation, et qu'on est prêts à bâtir un écosystème
respectueux des besoins de tous. En plus, le projet de loi dont j'ai cité en
exemple a atteint l'objectif, c'est-à-dire l'objectif de simplifier la vie des locateurs mais aussi, aussi de
simplifier la vie des locataires. Merci, Mme la Présidente.
La Vice-Présidente
(Mme Soucy) :
Merci, M. le député. Est-ce qu'il y a
d'autres interventions?
Comme il n'y a pas
d'autre intervention, M. le député de Laurier-Dorion, je vous demanderais
peut-être de reprendre votre place afin que je puisse vous céder la parole pour
votre réplique. Et je vous rappelle que vous avez un droit de réplique de
10 minutes. Alors, sans plus tarder, je cède la parole à M. le député de Laurier-Dorion.
M. Andrés Fontecilla
(réplique)
M. Fontecilla :
Merci, Mme la Présidente. Je remercie l'ensemble des députés. Ça me fait
sourire, parce que j'ai l'impression qu'on n'a jamais... on n'a jamais entendu
autant parler du tribunal de... le Tribunal administratif du logement,
et le haut niveau d'expertise, là, que certains collègues ont développé sur
ces... ces questions, sur le développement de... sur le fonctionnement
de ce tribunal qui est quand même... qui a quand même une certaine complexité.
• (16 h 40) •
Mais
d'emblée je tiens à mettre quelque chose au clair, Mme la Présidente, ma
formation politique, Québec solidaire, on a... on a toujours
encouragé les locataires à défendre leurs droits, on n'a jamais découragé un
locataire à ne pas aller au Tribunal administratif du logement. C'est les
locataires qui nous disent, excusez-moi du terme : Qu'est-ce ça donne? Et même que je vais être pénalisé parce que, si je
mets mon nom, je vais être discriminé. Et je vais revenir, là, parce que
c'est une information importante : si les locataires ont peur d'aller au
Tribunal administratif du logement, ce n'est pas parce qu'on le leur fait peur
comme un... mais parce qu'ils savent très bien que certains locateurs peuvent
utiliser cette information contre eux. Des associations de propriétaires, on le
sait, et je peux vous donner la preuve, offrent des services de vérification de dossiers au TAL. J'en ai une ici, Mme la
Présidente, qui est très, très explicite : on va tout vous donner
sur la personne qui postule à un logement, y compris les renseignements qui
sont... qui se trouvent au Tribunal administratif du logement. Et est-ce que le
gouvernement va prétendre que ces organisations offrent ce service à leurs
membres, mais que personne ne les utilise? Poser la question, c'est y répondre.
Par
ailleurs, il suffit de faire une recherche très superficielle d'offre de
logements sur Facebook, Marketplace, pour
constater que les propriétaires qui regardent les antécédents au TAL de leurs
locataires potentiels sont très nombreux. Ici, j'ai deux offres glanées
aujourd'hui, Mme la Présidente. Donc, un quatre et demie à louer à Lévis,
1 275 $, quatre et demie avec grande fenestration, très ensoleillé,
blablabla. Les animaux ne sont pas acceptés, donc ça veut dire aucun animal, un chien, un lapin, poule, poisson rouge,
un chat sont des animaux, c'est écrit, et une enquête prélocation complète aux
frais du locataire, 65 $, les frais seront remboursés à la signature du
bail — si
le bail n'est pas signé, c'est de l'argent perdu — et
c'est remboursé à la signature à ma convenance, c'est mon dossier. Vérification
dossier de crédit, vérification antécédents
judiciaires, vérification Tribunal
administratif du logement,
vérification des anciens propriétaires. Ouf! C'est presque une enquête
policière.
Deuxième annonce, Mme
la Présidente, un grand quatre et demie à louer à Lévis. Donc, magnifique,
spacieux quatre et demie, localisation idéale, à quelques pas des services,
appartement lumineux. Chats acceptés. Oh! Quelle bonne nouvelle! Mais aucun
chien, par contre. Condition importante, les locataires doivent avoir un emploi
stable. Une enquête de prélocation sera
effectuée, vérification de crédit, antécédents criminels et dossier au Tribunal administratif du logement. Des
frais de 50 $, tiens donc, demandés pour l'enquête. Donc, c'est une
pratique très, très courante, telle que je viens de démontrer, avec des
annonces parues aujourd'hui.
Le problème de la
question... le problème qui nous concerne ici, on ne l'a pas inventé, il nous a
été rapporté par des locataires. Ce qu'on comprend, aujourd'hui, c'est que la
CAQ préfère semblant que le problème n'existe pas, plutôt que de trouver une
solution. Et ensuite la ministre, on l'a entendue, nous parle de transparence
de la justice, et on est bien d'accord, mais
on a quand même quelques doutes sur le sens qu'elle donne à cette transparence.
C'est pour cela que, justement, qu'on demande l'anonymisation des
locataires dans le dossier et non pas la fin de la publication des décisions du TAL. C'est une différence
fondamentale, Mme la ministre. Les décisions continueront à être publiées. On veut
seulement que les noms soient enlevés.
Et qu'est-ce que
ça... en quoi ça ajoute à la transparence d'un tribunal de savoir que
M. Fontecilla, que je ne connais pas, a été... a été impliqué dans une
cause du TAL ou que M. Andrés a été nommé? Ça n'a rien à voir, ça n'a aucune incidence, le nom de la personne. Ça peut
être X, Y, Z, M, P, c'est ça qui nous importe, et c'est le contenu de la décision.
Publier les décisions afin de pouvoir connaître la jurisprudence en application
du droit du logement, c'est effectivement crucial.
D'ailleurs, le TAL a
récemment rendu un jugement qui déclarait invalide les clauses générales
d'interdiction des animaux. On est bien content que cette décision soit
publique et on a bien hâte que le gouvernement y donne suite et rende enfin cette pratique illégale,
d'interdire des animaux de compagnie. Mais on n'avait pas besoin de savoir le
nom de la personne, on avait besoin de savoir, justement, seulement que
le jugement a été rendu et c'est quoi, le contenu de ce jugement-là. Et donc
ailleurs... D'ailleurs, le Code de procédure civile est clair, le tribunal peut
faire exception au principe de la publicité s'il considère que la protection
d'intérêts est légitime, et pourtant exige que ce soit... que soit assuré l'anonymat des personnes concernées. Si la
capacité de loger des locataires n'est pas un intérêt légitime important
et qui mérite d'être protégé, je ne sais pas ce qu'il en est, Mme la Présidente.
La ministre de l'Habitation prétend que cette transparence vaut autant pour les
propriétaires que les locataires. Je dois... je dois malheureusement l'informer
que c'est inexact. On ne compte plus les
propriétaires qui se cachent derrière des compagnies de numéros et des
prête-noms afin, justement, d'éviter que leur historique de propriétaire
voyou ne les affecte dans leurs projets spéculatifs. Donc, en ce moment, là,
une bonne partie des dossiers du... au tribunal administratif concernant des
compagnies sont, dans les faits, rendus
anonymes, parce que c'est des numéros. Voilà, encore une fois, une différence
fondamentale et un élément qui avantage nettement les propriétaires qui
fonctionnent sous des noms de compagnies.
Mme la Présidente, la
situation est profondément inéquitable. D'un côté, on a des spéculateurs qui
peuvent éviter des retombées négatives du TAL sur leur business à coups de
compagnies à numéro et des prête-noms. D'un autre côté, on a des locataires qui
cherchent à combler un de leurs besoins les plus fondamentaux, se loger, et
n'ont pas d'autre choix que d'utiliser leur nom personnel. L'anonymisation des
locataires, Mme la Présidente, c'est une solution raisonnable, qui ne vient
aucunement menacer la transparence de la justice, mais qui protège les
locataires contre les représailles, la discrimination et met fin au climat de
méfiance envers le Tribunal administratif du logement, qui existe bel et bien
dans la société et qui freine l'application des droits des locataires, peu
importe ce que disent les députés du gouvernement.
Mes collègues ont
mentionné la surcharge du TAL. Les députés de la CAQ ont... ont eu le beau jeu
de comparer les chiffres de 2021 à 2024, où il y a, en effet, une amélioration,
parce que 2021 était le pic des retards causés par la COVID. Par contre, ça
fait trois ans que le TAL tient moins d'audiences qu'il ne reçoit de
demandes. Et, si on regarde le résultat sur
ces trois années, ça s'est empiré. Le délai moyen est passé de
2,7 mois à 3,9 mois. Le délai des causes urgentes est passé de
1,7 mois à deux mois. Ça, c'est les causes urgentes, Mme la
Présidente, et ça inclut les cas qui mettent en danger la santé et la sécurité des locataires. Imaginez-vous vivre, Mme
la Présidente, deux mois sans chauffage en hiver. Ça, c'est urgent.
Donc,
j'invite les collègues de la CAQ à considérer sérieusement cette... la
possibilité de voter pour cette bonne idée qui est... qui est
l'anonymisation des décisions rendues par le TAL, par le TAL. Ça n'entame pas
la transparence nécessaire du fonctionnement
d'un tribunal, ça permet... ça permet aux chercheurs d'avoir des informations
quand même, et ça va améliorer la confiance du public, en particulier
des locataires, la confiance devant le Tribunal administratif du logement. Et ça va faire en sorte que la... que
les locataires auront plus de confiance pour exercer un droit que la justice
leur donne. Donc, l'anonymisation, c'est une bonne chose pour assurer le
droit au logement. Merci, Mme la Présidente.
La Vice-Présidente (Mme Soucy) :
Je vous remercie, M. le député. Je vais maintenant mettre aux voix la
motion de M. le député de Laurier-Dorion, qui se lit comme suit :
«Que l'Assemblée nationale
reconnaisse que, dans le contexte de la crise du logement, de nombreux
locataires renoncent à faire valoir leurs droits par crainte que le caractère
public des dossiers au Tribunal administratif du logement nuise à leur
recherche de logement;
«Qu'elle constate que cette situation compromet
l'accès à un logement, favorise des hausses de loyers abusives et contribue au
maintien de conditions de logement insalubres ou non sécuritaires;
«Qu'elle prenne acte du fait que plusieurs
autres juridictions, notamment la Colombie-Britannique, l'Alberta, le
Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse, ne rendent pas publics les noms des
locataires qui exercent leurs droits;
«Qu'enfin elle demande au gouvernement du Québec
d'agir dès maintenant afin d'anonymiser les dossiers des locataires reconnus
non fautifs au Tribunal administratif du logement.»
Est-ce que cette motion est adoptée?
Une voix : ...
La Vice-Présidente (Mme Soucy) :
Alors, nous avons une demande de vote électronique. M. le leader adjoint du
gouvernement.
• (16 h 50) •
M. Lévesque (Chapleau) : Oui. Vous
vous doutez de ce que je vais demander, de bien vouloir reporter ce vote à
demain, s'il vous plaît, Mme la Présidente.
Vote reporté
La Vice-Présidente (Mme Soucy) : Conformément
à la demande du leader adjoint du gouvernement, le vote sera tenu à la période
des affaires courantes de demain.
Donc, M. le leader adjoint, je vous...
Une voix : ...
Projet de loi n° 13
Reprise du débat sur la prise en considération du rapport
de la commission qui en a fait l'étude détaillée
La Vice-Présidente
(Mme Soucy) : Donc,
nous poursuivons. À l'article 16 du feuilleton, l'Assemblée reprend
le débat ajourné le 31 mars 2026 sur la
prise en considération du rapport de la Commission de l'aménagement du
territoire sur le projet de loi n° 13, Loi visant
à favoriser la sécurité et le sentiment de sécurité de la population et
modifiant diverses dispositions.
Mme la députée de Westmount—Saint-Louis,
vous aviez utilisé 10 min 57 s de votre temps de parole, à titre
informatif. Alors, je vous cède la parole.
Mme Jennifer Maccarone (suite)
Mme Maccarone : 18, c'est ça?
La Vice-Présidente (Mme Soucy) :
C'est bien ça, 18.
Mme Maccarone : Oui, voilà.
Merci, Mme la Présidente.
Alors, quand j'ai terminé mes paroles, hier, je
parlais beaucoup de l'étude détaillée, parce que nous sommes à l'étape de la
prise en considération. Alors, pas pour tout répéter, mais juste pour faire
encore la mise en scène de répéter que ça a
très bien été en commission, malgré qu'on comprend que c'est un projet de loi
où il n'y a pas beaucoup d'unanimité. On sait que le sujet n'est pas
facile, et le ministre a dit à maintes reprises que c'est un projet de loi
imparfait. Et nous savons déjà que c'est un projet de loi qui sera contesté
lors de son adoption. Alors, c'est perfectible, puis c'était le but de nos
interventions.
Et j'ai grandement apprécié l'ouverture du
ministre, qui est à l'écoute de nos propositions, puis de faire le nécessaire pour améliorer son projet de loi, et de
voir le bénéfice des recommandations que... en tout cas, que je peux dire...
Pour le Parti libéral, le travail que nous
avons fait, c'est pour aider de s'assurer, lors du fin de l'étape de l'étude
détaillée, qu'on aura le meilleur projet de loi possible, peu importe où
on se loge en ce qui concerne en faveur ou pas en faveur.
Alors, je parlais beaucoup du registre pour les
délinquants sexuels à haut risque de récidive, et, évidemment, on avait
énormément de modifications à cette section. Pourquoi? Parce que c'est un sujet
sensible, parce qu'on parle des droits et libertés, on parle de la charte, on
parle de la possibilité de la stigmatisation, on parle d'une mesure pour protéger les victimes. Mais on sait aussi qu'il y
a un vrai et réel risque d'avoir du vigilantisme, de mettre la responsabilité
de se protéger sur le dos des victimes ou bien de dire qu'il va y avoir un
effet collatéraux sur les familles, sur les personnes en question, qui
ont aussi des droits. Alors, il faut vraiment prendre tout ça en considération.
Et j'ajoute à ça qu'il n'y a aucune recherche
scientifique qui démontre l'efficacité d'un tel registre, pas à travers le
Canada, pas aux États-Unis, aucune recherche. Et tous les experts et toutes les
personnes qui oeuvrent au sein des organismes qui
accompagnent les victimes nous ont dit : OK, mais pourquoi ne pas investir
dans les mesures que, nous savons tous, fonctionnent, où on sait que nous avons
des études de recherche qui démontrent l'efficacité?
Ça fait qu'on a pu modifier quand même, malgré
tout ça. Puis il y avait des éléments, comme par exemple à l'article 15 de... l'article 1 de la loi
édictée, où on parlait vraiment de comment allons-nous assurer que la victime
est informée tout au long du processus, parce que ça, c'était quelque
chose qui est un angle mort. Quand on parle des droits du délinquant qui serait
informé avant que son nom va paraître sur ce registre public, bien, ça veut
dire que lui, il aurait accès à tous les documents dont le comité décisionnel,
si son nom va apparaître ou non, va avoir accès, parce qu'il a droit à une défense devant le TAQ. Mais, pour le
faire, ça veut dire qu'il aura peut-être accès à de l'aide il aura peut-être accès à un vidéo. Alors, c'est
important que la victime est informée que l'information qu'elle a fournie est
quand même publique dans le sens que c'est entre les mains de son agresseur.
Ça fait qu'on
a trouvé un chemin, on a trouvé une façon de travailler. On a inclus les
groupes, comme par exemple le Regroupement pour les maisons
d'hébergement pour les femmes victimes de violence conjugale. Ils vont
peut-être avoir un rôle à jouer ou le CAVAC
va avoir un rôle à jouer pour faire cet accompagnement, parce qu'il faut
s'assurer que les victimes sont informées, mais, en contrepartie, il
faut aussi les protéger, parce qu'on sait que des fois on a... surtout les
femmes qui se retrouvent dans un endroit, un domicile où les informations
qu'elles reçoivent ne sont pas privées. Ça fait qu'on ne veut pas donner plus
d'occasions aux agresseurs d'avoir accès à de l'information pour continuer à victimiser. Ça fait qu'il y avait beaucoup de
nuances, et on a eu beaucoup de débats en ce qui concerne ces changements.
Alors, on a fait des modifications, et même
si la personne a dit qu'elle ne manifestait pas, bien, on avait fait des
modifications auprès de... auprès de la loi.
C'est quand même un omnibus, hein, parce que,
là, on parle du registre, c'est un projet de loi aussi où on a parlé de la lutte contre le crime organisé, on
parle aussi d'un meilleur encadrement des manifestations, on a parlé d'avoir
un registre pour les polices autochtones, on
a parlé des modifications pour le milieu carcéral, on a parlé des modifications
pour le Bureau de sécurité privée. Ça fait que... Puis on a ajouté plein
d'amendements, comme par exemple, le ministre est venu, avec notre
consentement, avec des modifications pour faire le transfert des contrôleurs
routiers, qui seront maintenant armés, ils
font maintenant... où ils feront maintenant partie du ministère de la Sécurité
publique, à partir du... janvier 2027. Alors, ce transfert est fait.
Puis aussi la façon qu'ils seront... catégorie, parce que ça aussi c'était
quelque chose qui n'était pas clair, ils
sont des agents de la paix, ils sont des constables, ils ont quand même un
double statut. Ça fait que, maintenant, leur statut sera agent de la
paix au sein du MSP. Ça fait que tout ça, c'était aussi ajouté, puis c'est des
modifications puis des amendements importants, parce que c'est une transition
assez importante. Puis on a posé plein de questions là-dessus, parce qu'on
parle de la façon qu'ils seront armés, ils sont quoi, les coûts, la formation,
parce que la formation, à l'intérieur de tout ce projet de loi, c'est le nerf
de la guerre. Quand on parle des modifications que nous avons faites, comme par exemple pour les manifestations, on a
posé des questions, parce que, là, on parle de... la manifestation ne
peut pas avoir lieu à moins de 50 mètres d'une résidence d'un élu. On a dû
avoir des clarifications. Est-ce que la résidence d'un élu, ça veut dire ici,
Québec? Est-ce que ça veut dire peut-être chez eux, dans leur résidence
principale? Ça fait que ces clarifications ont été nécessaires, ça fait qu'on a
demandé d'avoir des définitions.
Et aussi il y avait des modifications en
ajoutant, comme... tu sais, la clarté par rapport à l'implication pour les
syndicats, parce que le droit de s'exprimer est très important, c'est un droit
fondamental, et on sait que ce type d'amendement
ou ce type d'article peut s'appliquer aussi aux municipalités, pour les élus
municipaux. Alors, peut-être qu'il y a une question plus large à avoir.
Ça fait qu'on a vidé cette question. Puis, quand on parle de ça ou quand on
parle, comme par exemple, de lutte contre le crime organisé et, évidemment,
tous les éléments qui sont des mesures anti-patch,
anti-patch, que, on comprend, c'est quelque chose qui peut être très complexe,
puis il y a des éléments légals... Ça
fait qu'on a posé beaucoup de questions en ce qui concerne... comme par exemple
pour un groupe en question, qui ont une marque reconnue au niveau fédéral, une
marque de commerce, alors comment est-ce que ça, se serait traité, et on n'a
toujours pas eu accès à un avis légal. Ça fait que c'est quand même complexe
parce que... Nous, on voulait savoir comment ça va fonctionner, puis la
formation qui vient pour les policiers, pour comprendre comment le mettre à
l'oeuvre. Alors, ça aussi, ça fait partie des enjeux, puis comment est-ce que
les organismes seront déterminés, puis c'est
qui qui sera la personne qui va déterminer la liste des gens qui vont... ou des
groupes qui vont en faire partie, de ce fameux liste des groupes qui
vont être interdits d'avoir des patches sur la place publique, évident sur la
place publique.
Et il y avait quand même des amendements, parce
qu'au début, dans le projet de loi, on disait que cette liste ne serait pas
révisée avant chaque cinq ans, mais on sait qu'on a des groupes qui sont en constante
évolution, Blood Family Mafia, par exemple, il y en a un nouveau chapitre de
ceci qui vient de voir la lumière. Alors, ça va être important de garder la
liste plus à jour. Ça fait qu'on a changé ça pour remplacer pour annuellement,
mais en le remplaçant aussi pour annuellement, on a aussi dit que ce ne serait
pas le ministre, lui, qui va déterminer qui fera partie de cette liste-là, il va y avoir une consultation plus large avec les
parties prenantes, avec la SQ, avec les policiers municipaux, avec les experts,
qui vont pouvoir nous aider à faire cet encadrement.
• (17 heures) •
Quand on parle de la reconnaissance d'un
registre de police autochtone, ça aussi, c'est complexe, parce qu'on ajoute une
section, mais, en faisant... Dans le fond, si on ne reconnaît pas que les
policiers autochtones sont essentiels, bien, ça veut dire qu'ils n'ont pas le
financement ni les pouvoirs d'agir comme n'importe quel autre corps de police,
et c'est ça qu'ils souhaitent, et c'est une négociation, certes, qui doit être
faite entre le fédéral et entre le provincial. Puis il y a une répartition, 52 %-48 %, en termes des coûts
qui vont être absorbés par les deux paliers de gouvernement, mais ça
reste que c'est important de jaser de ça.
Puis on a eu un amendement où nous avons jasé
pleinement de cette reconnaissance, parce qu'on a entendu les groupes en
commission parlementaire. Ils nous ont exprimé cette volonté puis ce besoin,
mais, en contrepartie, pour avoir un registre de police
autochtone, c'est aussi à leur souhait, à leur rythme, puis ce n'est pas toutes
les bandes qui souhaitent avoir ces pouvoirs. Alors, je félicite le
gouvernement pour la sensibilité de vouloir travailler avec eux et aller à leur rythme. Alors, on sait qu'on a
quelques projets pilotes. Ça fait qu'on va voir comment ça fonctionne. On va
garder un oeil sur ceci, mais on a quand même parlé beaucoup de ça.
Et, pour la minute qu'il me reste, M. le
Président, je souhaite aussi faire mention que mon collègue le député de
Nelligan, il vient de passer puis il a fait son plaidoyer, déposé un amendement
pour baisser la limite... le taux de limite
d'alcool de 0,08 à 0,05. Malheureusement, le gouvernement a voté contre cet
amendement en disant qu'on voulait réserver ça pour la course à la
chefferie.
Mais, une bonne note, le gouvernement a quand
même vu bien de faire des modifications auprès de la RACJ suite à un projet de
loi qui a été déposé par mon collègue le député de Marquette. Ce n'est pas tout
à fait les éléments qui étaient à l'intérieur de ce projet de loi, mais c'est
une avancée en ce qui concerne les protections pour le sport, combat
professionnel. Il faut penser à ce qui est arrivé tragiquement à la boxeuse
Zacarias Zapata, qui a perdu sa vie, malheureusement.
Et, sur ce, M. le Président, j'ai hâte à parler
du prochain étape, parce que j'ai plein d'autres choses à parler, discuter
avec. Merci.
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci
beaucoup, Mme la députée de Westmount—Saint-Louis. Est-ce qu'il y a d'autres
interventions sur la prise en considération du rapport de la commission? Pas
d'autre intervention.
Mise aux voix du rapport
Alors, le rapport de la Commission de
l'aménagement du territoire portant sur le projet de loi n° 13, Loi visant
à favoriser la sécurité et le sentiment de sécurité de la population et
modifiant diverses dispositions, est-il adopté?
Des voix : Adopté.
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Adopté.
M. le leader adjoint du gouvernement.
M. Lévesque
(Chapleau) : M. le Président, je vous demanderais de bien
vouloir appeler l'article 18 du feuilleton, s'il vous plaît.
Le Vice-Président (M. Benjamin) : À
l'article 18 du feuilleton... Nous y sommes dans...
On va suspendre un peu. Donc, on va suspendre.
(Suspension de la séance à 17 h 4)
(Reprise à 17 h 5)
Projet de loi n° 3
Reprise du débat sur l'adoption
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Alors,
nous reprenons nos travaux. Nous sommes bien à l'article 18 du feuilleton, où l'Assemblée reprend le débat sur
l'adoption du projet de loi n° 13... n° 3, pardon, Loi visant à améliorer la transparence, la
gouvernance et le processus démocratique de diverses associations en milieu de
travail.
Y a-t-il des intervenants? Je reconnais Mme la
députée des Mille-Îles.
Mme Virginie Dufour
Mme Dufour : Merci beaucoup, M.
le Président. Alors, je suis ici pour parler du projet de loi n° 3, la Loi
visant à améliorer la transparence, la gouvernance et le processus démocratique
de diverses associations en milieu de travail. Du moins, ça, c'est le titre du
projet de loi.
J'ai eu l'occasion, M. le Président, d'assister
aux travaux pendant deux journées, deux journées, donc c'était lors de l'étude
détaillée, et j'étais présente au
moment qu'il y a eu des discussions sur l'élément central de ce
projet de loi, qui était, en fait, la question des cotisations
principales et facultatives. Alors, je pourrai vous en parler davantage. Mais
d'emblée, comme je vous dis, le projet de loi, ce qu'il prétend faire, c'est
évidemment de favoriser une meilleure transparence,
et puis ça, c'est vrai, il y a eu des enjeux... — bien, je vais terminer ma phrase — renforcer la gouvernance puis améliorer le
processus démocratique.
Il y a eu des enjeux,
là, on ne le cachera pas, il y a eu certains enjeux avec certains syndicats,
des utilisations douteuses de fonds. Mais, comme toute chose dans la société,
M. le Président, il y a toujours des gens qui tentent de détourner, de trouver
une façon ou la faille dans la loi, par exemple. Et là je ne dis pas que c'est
ce qui s'est passé ici, mais il y a un cas qui était sorti, mon Dieu, c'est en
décembre 2025. C'est assez récent. Je ne nommerai pas la personne impliquée
dans l'article, mais c'est un... quelqu'un, un syndicat, un vice-président d'un
syndicat qui, en fait, aurait fait faire des rénovations
sur le bras du syndicat, dans le fond, c'est ça, à même les cotisations des
travailleurs. Il est donc soupçonné d'avoir fait rénover sa maison, et, malgré
ces soupçons... et là il y a eu des demandes qu'il y ait des enquêtes qui
soient faites, malgré tout, ça n'a pas eu lieu. Et là il y a même des
représentants syndicaux qui ont dit, du moins, qu'ils avaient été obligés de
rénover la maison de leur patron avec leurs heures de travail pendant des
années. Comme j'ai dit, je ne mentionnerai
pas de qui il s'agit, mais ce qui est particulier, c'est que le syndicat, donc,
devait engager un expert indépendant en gouvernance et en éthique, mais
ça n'a pas eu lieu. Et là, malgré toutes ces allégations non prouvées à ce jour, malgré tout, il n'y a pas eu
d'enquête, il n'y a pas eu de... même d'accompagnement du syndicat, et la personne
soupçonnée d'avoir fait ces... fait faire ces travaux-là chez lui a été réélu
vice-président de son syndicat.
Donc, c'est sûr qu'on
comprendra, quand on voit un cas comme ça, c'est inquiétant pour l'utilisation
des cotisations des travailleurs, mais on n'avait pas besoin de la loi, du
projet de loi n° 3 pour savoir que ça n'a pas de bon sens, le cas que je viens vous décrire. On n'avait
pas besoin de ça. Donc, lorsque le projet de loi a été déposé, il y a eu, quand
même, des réactions assez fortes de la part
des syndicats, je dois dire. On a... Tu sais, un des éléments qui a été
mentionné, c'est qu'on voulait aussi empêcher les syndicats de
poursuivre le gouvernement, et ça, j'ai compris qu'il y a eu des amendements,
là, dans le courant de l'étude détaillée. Le ministre me le confirme, là. Je
n'étais pas là à ce moment-là, mais il y a
eu des amendements. Et donc, ça, ça a été assoupli puis ça, ça a quand même
calmé les inquiétudes de ce côté-là.
Mais il reste quand
même qu'il y a des... d'autres inquiétudes par rapport aux... les cotisations
facultatives, mais, au départ, donc, les
syndicats sentaient qu'on voulait les museler. On nous a dit, et puis ça
reste... ça reste, là, une préoccupation
légitime, là, que la mission première, c'est la justice sociale des syndicats.
Et donc, quand on veut, disons, contrôler ou encadrer la façon que certaines...
certaines sommes sont dépensées, par exemple, pour des manifestations ou pour,
par exemple, le Jour de la Terre, des... toutes des choses qui ont rapport avec
la société, la justice sociale, par exemple, ce n'est pas directement en lien
avec les conventions collectives, mais là ce serait... ça pourrait mener à ce
que ces cotisations-là soient votées à chaque année. C'est ce qu'ils appellent
des cotisations facultatives.
• (17 h 10) •
Et ça, pour les
syndicats, ça reste une atteinte et une ingérence à leur façon de gérer, c'est
ça, leur syndicat. Et ce qu'ils mentionnent, c'est que ce n'est pas juste...
les syndicats ne sont pas juste des organisations qui gèrent des conventions
collectives, c'est... Ce qu'ils disent, c'est : Notre mission première,
c'est la justice sociale. Par exemple, ils ont gagné l'équité salariale en
cour. C'est un exemple, mais il y a eu beaucoup d'autres avancées qui ont eu
lieu par, finalement, les manifestations des
syndicats. Puis, quand je dis «manifestation», ce n'est pas dans le sens de groupe,
mais juste... les représentations, voilà, des syndicats, ce serait le meilleur
terme
La
CSN a qualifié le projet de loi de paternaliste et autoritaire, d'une volonté
de museler les syndicats. Étienne Cantin, qui est un professeur
d'université au Département des relations industrielles, Université Laval, a
mentionné que ça s'inspirait ouvertement des politiques antisyndicales de
Margaret Thatcher, c'est quand même fort, avec un programme gradualiste de
neutralisation des syndicats. Je lis ce qui est écrit dans l'article qui avait
sorti. Et là, je le mentionne, je n'ai aucun lien de parenté, mais Mélanie
Dufour-Poirier, professeur titulaire à l'Université de Montréal, à l'École de
relations industrielles, a parlé que... elle a dit : «C'est un gouvernement
qui ne tolère pas l'existence de contre-pouvoirs ni le bien-fondé d'une présence syndicale. On est face à un gouvernement
pour qui la notion d'imputabilité est bonne pour tout le monde, sauf
pour lui-même, comme en témoignent les égarements sur le plan de la gestion des
fonds publics.» Je dois le dire, j'ai trouvé ça très intéressant comme
affirmation.
Et d'ailleurs, le
Barreau du Québec a aussi levé le drapeau rouge, parce qu'en fait, quand le
projet de loi n° 3 est arrivé, bien, ça venait aussi
avec le projet de loi n° 1 sur la Constitution du
Québec et le projet de loi n° 2 sur les médecins. On connaît l'histoire, le projet de loi n° 2 est parti aux oubliettes, le projet de loi n° 1,
il est toujours là. Et ce que le
Barreau nous a dit... ils nous ont dit, bon, en fait, qu'ils déploraient, là,
que les... que ces projets de loi là incluent des dispositions qui
entravent significativement la capacité des citoyens et des citoyennes à faire
valoir leurs droits et leurs opinions. Ils disent... bien, au-delà des mesures
législatives, ils constatent que «la polarisation sociale et l'érosion du
dialogue entre les citoyens et leurs institutions démocratiques ont également
un impact sur l'état de droit». Ça, c'est une
crainte qu'ils ont soulevée. Et, dans La Presse, ils ont... ils citaient le Barreau et ils
disaient que c'était l'avertissement le plus sérieux lancé par le
Barreau aux législateurs depuis une quinzaine d'années. Ça, ce n'est pas rien.
Donc, quand le Barreau s'exprime ainsi sur des lois, je crois qu'il faut être
prudents et les écouter. Bon, c'est ça.
Puis là, venons au
fait des fameuses cotisations, là. Le projet de loi sur la gouvernance
syndicale interdit à un syndicat d'utiliser l'argent des cotisations obligatoires
pour... bien, ça, c'était prévu, pour contester la validité constitutionnelle d'une loi ou encore pour
participer à un mouvement social autre que la défense des droits des travailleurs.
Moi, ce que je comprends, c'est que ça, ce bout-là, n'a pas changé, alors que,
pour les syndicats, bien, ça fait partie de leur job de faire ça. Du côté de la
CSN... non, CSQ, voilà, on a parlé... la CSN, voilà, on a parlé que le projet
de loi pourrait amener une surbureaucratisation. Je sais que le seuil a été augmenté,
a été changé, mais on oblige à un appel... dans le fond, on oblige de faire
appel à un comptable pour faire des vérifications comptables, pour des
syndicats quand même de petite taille. Même si le seuil a été augmenté par
rapport à quand le projet de loi a été déposé, il reste qu'on n'a pas encore la certitude de l'impact et quelle
sera la capacité, c'est ça, des plus petites organisations à se conformer aux exigences
puis quel coût ça va représenter pour eux. Donc, ça, c'est un enjeu, c'est un
surcoût qu'on leur impose avec ces vérifications comptables. On s'entend que ce
n'est pas les grands, grands, grands syndicats, là, qui ont cette
problématique, mais il y a quand même des petits syndicats qui pourraient être
touchés. Et je ne suis pas sûre qu'on est
gagnants, si, finalement, on favorise une plus grande concentration des
syndicats, nécessairement. C'est bien qu'il y ait une panoplie, parce qu'il y a des groupes de
travailleurs avec des réalités différentes, et ça prend des groupes de syndicats
différents aussi.
La FTQ, je pense que... Magali Picard, j'ai lu
ce qu'elle a dit puis je dirais que c'est peut-être le commentaire que j'ai
trouvé le plus pertinent. Par rapport aux fameuses cotisations, elle a
dit : «Soyons clairs là-dessus, ce n'est pas que les syndicats ont peur de la transparence. Ça
ne changera absolument rien à nos pratiques.» J'ai trouvé ça intéressant. Mais, par contre, ce qui est inacceptable, c'est que le gouvernement veut
faire de l'ingérence. Et puis là on fait un projet de loi qui va venir encadrer,
comme je disais, les cotisations facultatives, mais, dans les faits, on touche
une minorité de ces montants-là qui sont payés. Puis ça, c'était dans un
article du Devoir.
(Interruption)
Mme Dufour : Est-ce qu'on peut
fermer les cellulaires, s'il vous plaît? Merci.
Donc, dans un article du Devoir, on a
mentionné, dans le fond, que le ministre du Travail reconnaissait que c'étaient
des petits montants qui étaient en cause. Il évalue entre 3,5 % et
4,5 % des cotisations syndicales qui entrent dans la catégorie... qui
entreront, là, dans la catégorie facultative sur le 1,5 milliard de
dollars versé en cotisations chaque année.
Donc, on est en train de faire un projet de loi
pour une exception, pour quelque chose qui est... tu sais, 3,5 %, M. le Président, et c'est pour ça qu'on fait un
projet de loi. Et, là-dessus, j'ai eu plusieurs échanges avec le ministre, sur les
fameuses cotisations, et je relisais, donc, le verbatim de nos échanges et je
parlais... j'ai donné l'exemple, par exemple,
bon, une publicité, comment ça allait être calculé, là, je disais : Bon,
si le syndicat est en train de faire une campagne nationale qui a
rapport avec sa mission, c'est une cotisation principale, et là il fait du
placement publicitaire. Là, la personne qui
est au département, tu sais, qui fait ça, fait le placement publicitaire, mais,
en même temps, elle appelle puis elle fait du placement publicitaire
pour la campagne qui, elle, n'est pas dans la mission du syndicat, principale,
et donc elle devient... elle fait partie de la cotisation facultative, et là,
donc, normalement, il devrait imputer, bon, 10 minutes de son temps dans ce principal... dans le
principal puis 10 minutes de son temps ou peut-être cinq minutes de son
temps dans la facultative. Vous comprenez que ça peut être une gestion
un peu ardue. On a eu des échanges là-dessus. Le ministre... On a même parlé de feuilles de temps puis de notre
utilisation de feuilles de temps dans notre... dans notre vie antérieure,
pour finalement dire, bien, c'est grosso modo, là, que ça va être... Ça fait
que, tu sais, dans les faits, si c'est grosso modo,
on comprend que ça va souvent aller juste dans le principal. Ça va être bien
plus simple, vu que c'est 96 % du temps de l'argent qui est du principal. Donc, pourquoi on complexifie les
choses, alors que, dans les faits, ça représente si peu? C'est un
exemple.
Et là, bon, je donnais l'exemple de la journée
de la femme, de la journée de l'environnement. Je parlais avec le ministre, là, je dis : Si je parle de la
journée de l'environnement, la journée de la Terre, ça, ce n'est pas la mission
principale du travailleur, des... pardon, du syndicat, mais par
contre... Ça fait que, là, s'il y a une publicité Jour de la Terre, de façon
générale, ça, c'est facultatif, OK, mais, si... j'ai posé la question au
ministre : Mais, s'ils font une publicité sur l'air pur pour les travailleurs, là ça fait partie des conditions de
travail, tu sais, d'avoir des bonnes conditions, là, tu sais,
environnementales pour les travailleurs, ah! là, c'est... ça fait partie des
conditions de travail, donc là ce serait dans le principal. Ça fait que
comment, tu sais, distinguer les deux? Complexe, puis finalement, tu sais, on
s'entend que les syndicats vont probablement toujours donner une connotation
pour que ce soit associé aux conditions de travail. C'est très simple à
changer, une publicité comme ça.
La journée de la femme, c'est un autre exemple.
La journée de la femme, bien, ça touche... 50 % des travailleurs sont des femmes. Donc, dans les faits, tu sais, si
on parle de la journée de la femme, on parle des femmes, donc, là, oui,
est-ce qu'on est en facultatif ou en principal? Question.
Je vais vous parler... Moi, j'ai été à un
événement... Ça m'a beaucoup touchée, M. le Président. J'ai été à un événement
de la FTQ début mars. J'étais dans les Laurentides en tournée puis j'ai été
invitée à assister au comité... dans le fond, le dévoilement du comité violence
conjugale de la FTQ, et là on a parlé de violence conjugale toute la soirée,
mais... avec des témoignages, M. Imbeault, qui est un papa qui a perdu sa
fille aux mains d'un conjoint violent. C'est
très, très touchant, mais là, cette soirée-là, est-ce que c'est considéré
facultatif ou principal? Mais il y a des femmes en milieu de travail qui sont à risque et qui ont besoin d'avoir...
d'être soutenues, de savoir qu'un comité se préoccupe d'eux... d'elles,
plutôt.
• (17 h 20) •
Donc, tu sais, ça amène des... une distinction
entre les deux groupes. Et je rappellerai que, dans la façon que le projet de
loi a été fait, le principal, c'est... dans la mission, ça va, mais le
facultatif doit être voté à chaque année. Bien là, s'il y a une opportunité ou
il y a... il y a une campagne qui vient, mais elle n'a pas été prévue au
départ, normalement, le syndicat ne devrait pas dépenser cet argent-là. C'est
un peu ridicule. Puis, au bout du compte, il y a des amendes, là, qui sont
prévues. Puis, quand je parlais avec le ministre, les amendes, elles, elles
sont dans la... dans le principal, dans les cotisations principales. Là, je me
disais : OK, ça fait que, si je suis un regroupement de syndicats majeurs
puis qu'on veut faire une campagne majeure sur un sujet qui n'a pas... qui
n'est pas en lien directement avec les conventions collectives, avec les
travailleurs, mais qui sont des dossiers de justice sociale, bien, ils ont
juste à budgéter le fameux... la fameuse amende dans leur budget, puis la
payer, puis finalement, au bout du compte, ça va passer dans le principal. Vous
comprenez? Il n'y a pas... Finalement, j'ai l'impression que ce bout-là du
projet de loi, du moins, est assez inutile et va complexifier les choses pour rien.
C'est, en tout cas, ma compréhension des échanges, des longs échanges que j'ai
eus avec le ministre à ce sujet.
Donc, je terminerais, M. le Président, en disant,
tu sais, on reconnaît l'importance de la transparence, on reconnaît
l'importance du... que les membres ont le droit de savoir à quoi servent leurs
cotisations puis on reconnaît le fait qu'il faut qu'il y ait une reddition de
comptes. Ça, c'est clair, puis je pense qu'il n'y a aucun syndicat qui est venu
dire le contraire. Par contre, il faut reconnaître aussi que les syndicats ont
eu un rôle essentiel dans l'avancement de notre société, dans la justice
sociale. De limiter leur rôle à un rôle de gestionnaires de conventions
collectives, je pense que c'est vraiment inadéquat,
inapproprié par rapport à leur rôle réel dans notre société, dans l'avancement
de notre société. Donc, ce qu'on refuse, c'est une approche qui impose un
fardeau administratif disproportionné, qui fragilise l'autonomie des syndicats
puis... et, au bout du compte, qui soulève des sérieuses questions quant à ses
effets réels. Et donc, M. le Président, pour toutes ces raisons, nous voterons
contre l'adoption du projet de loi n° 3. Merci beaucoup.
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Merci, Mme la députée des Mille-Îles. Alors, nous
poursuivons toujours le débat sur l'adoption du projet de loi n° 3. Cette
fois-ci, je reconnais M. le député d'Hochelaga-Maisonneuve.
M. Alexandre Leduc
M. Leduc :
Merci, M. le Président. J'ai fait l'essentiel de mon intervention hier sur
le dossier du projet de loi n° 3, dans le cadre du vote sur la prise
en considération du rapport. J'interviens quand même aujourd'hui pour aller un peu plus loin. Vous savez, quand on intervient,
on a un nombre restreint de temps. Et puis, là, dans un deuxième vote
comme ça, je ne vais pas répéter les mêmes choses que j'ai dites hier, je vais
essayer d'aller sur d'autres aspects un peu
plus pointus. Je vais me concentrer aujourd'hui sur les gains, ou, du moins,
les amoindrissements des mauvais aspects du projet de loi qu'on... que
j'ai réussi à aller chercher dans le cadre de l'étude détaillée.
Parce que, vous
savez, M. le Président, quand on est un député d'opposition, on se fait souvent
poser la question par des gens : Puis ça sert-tu à quelque chose, d'être
député d'opposition? Comme si le seul objectif, c'était d'être au pouvoir. Bien sûr, on le partage, cet objectif-là,
à Québec solidaire. On le souhaite puis on y travaille. Cela étant
dit, être dans l'opposition, on a quand même des leviers, et c'est
vraiment, je trouve, dans l'étude détaillée d'un projet de loi qu'on réalise le plus ces leviers-là qu'on a,
comme député d'opposition, et qu'on réussit à aller faire changer des choses.
Je dois vous admettre
que le projet de loi n° 3, que je me disais hier... je pense, j'ai fait 15 projets
de loi avec le ministre du Travail depuis nos élections respectives et nos
réélections respectives, donc en 2018 et en 2022, je pense que c'est dans
celui-là que j'ai obtenu le plus d'amendements déposés, négociés et obtenus.
Dans chacun des projets de loi que j'ai eus avec le ministre, des fois, il y
avait un petit truc à gauche, un petit truc à droite. Des fois, il n'y en avait presque pas ou pas du tout, c'est arrivé
aussi, hein, forcément, sur 15 projets de loi, mais, sur celui-là, c'est
celui que j'en ai obtenu le plus,
puis je le disais hier, je pense, parce que c'était le projet de loi le plus
brouillon, malheureusement, du ministre de Travail, et c'était le projet
de loi sur lequel il connaissait moins son dossier. Alors, quand je l'ai
confronté sur des aspects de mise en application, il était un peu pris de
court, et c'est peut-être là que j'ai réussi à aller chercher des amendements
assez importants, qui vont éviter des tracas qui sont quand même déjà
importants, en lien avec le projet de loi n° 3.
Tout d'abord, sur les
missions d'examen, le projet de loi imposait des missions d'examen, des audits
financiers. Il y a beaucoup de syndicats d'une certaine taille qui font déjà
des audits financiers, parce que c'est des gros budgets, parce que c'est
important de le faire, mais le milieu syndical, c'est extrêmement varié, hein,
M. le Président. Il n'y a pas de limite, dans le Code du travail, sur la
grosseur d'une accréditation. Vous pouvez être deux ou trois personnes dans un
bureau, dans une entreprise, et vous syndiquer, mais vous comprendrez donc qu'à
trois personnes dans une accréditation syndicale, ce n'est pas des grosses
cotisations, puis pas besoin de faire des audits financiers. Et ça peut aller jusqu'à plusieurs milliers de personnes. On
a maintenant, grâce... grâce ou à cause du gouvernement, des accréditations
de plusieurs milliers de personnes dans le réseau de la santé, hein, des
4 000, 5 000 personnes, notamment en lien avec Santé Québec.
C'est des accréditations monstrueuses, 4 000, 5 000 personnes.
Imaginez faire des assemblées générales de ça sur toutes... sur des quarts de
travail de jour, de nuit, de soir, etc.
Bref, je ferme la
parenthèse sur la grosseur pour vous dire que, des audits financiers, il y en
avait déjà, mais le ministre arrivait puis il imposait ça à tout le monde. Ça a
été long, ça a été difficile, ça a été sur plusieurs mois, parce que ces
audits-là étaient déjà imposés dans le projet de loi n° 100,
il y a déjà un peu plus d'un an maintenant. Ils avaient été retirés du projet de loi n° 100,
il les a ramenés dans le projet de loi n° 3. Il y a eu toutes
sortes de discussions, mais il a fallu, vraiment, un plaidoyer soutenu
de ma part et de la part des organisations syndicales pour le convaincre de
dire : Non, tes catégories que tu crées, donc, pour pas d'obligations,
pour les missions d'examen puis les audits complets, il faut que ce soit revu,
parce que, sinon, tu vas imposer des audits qui coûtent très cher, plusieurs
milliers de dollars d'audits financiers à des organisations qui n'ont pas cet
argent-là ou qui vont devoir imputer 20 % de leur budget dans un audit
financier. Il y a comme une espèce de frontière symbolique, là, de 10 %,
là. Si tu commences à dépenser plus que 10 % de ton budget dans l'audit de
ton budget, ça commence à être un peu intense, ton affaire, tu sais.
Donc, là-dessus, on a
réussi à le convaincre de changer ses fourchettes et on a réussi à rendre ça un
petit peu moins pénible. C'est encore un
problème, là, pour les gens qui vont être dans le début de ces fourchettes-là,
mais, au moins, on les a bougées un peu, on a bougé un peu l'aiguille. Ça va
peut-être sauver l'existence de certaines sections locales qui ne seront
plus obligées de dépenser, donc, encore une fois, des 20 % de leur budget
dans des missions d'examen.
On a aussi sauvé, je
pense, la vie financière des syndicats regroupés. Le ministre n'était pas très
au courant de cette réalité-là, puis, à la limite, ce n'est pas tout le monde
qui connaît ça, puis c'est bien normal, cela étant dit, du ministre du Travail
qui parle des cotisations syndicales, je me serais attendu à ce qu'il connaisse
ça. Un syndicat regroupé, c'est quoi? C'est
plusieurs syndiqués de différents employeurs qui décident de mettre en commun
des ressources. Donc, on peut avoir des employeurs soit dans le même
secteur ou soit des employeurs d'un secteur complètement différent, puis il y
a... plusieurs accréditations peuvent être de petite taille, qui se
disent : Bien, ensemble, on ne peut pas avoir une permanence, on ne peut
pas avoir quelqu'un qui gère nos finances, par exemple, à temps plein. Mais, si
on se regroupe, plusieurs petites accréditations, 15 là, 20 là, 30 là, 50 à
côté, bien, ensemble, on commence à avoir un revenu puis un budget qui nous
permet d'avoir des services plus intéressants, pouvoir payer plus de griefs, avoir
des assemblées générales avec plus de support technique, par exemple.
Donc, les syndicats
regroupés, c'est une réalité. Il y en a quand même de plus en plus au Québec.
C'est un modèle qui se développe, notamment dans le secteur privé, pour
permettre à des petites... des petits milieux de travail d'avoir une accréditation syndicale et une vie
syndicale, parce que, imaginez-vous donc, si vous êtes une petite entreprise
de 10-15 personnes, puis vous vous
syndiquez, puis qu'il y a un certain roulement de personnel, bien, c'est
difficile d'avoir une vie syndicale
stable à moyen, long terme. Mais, si vous êtes dans un syndicat regroupé puis
vous êtes plusieurs, puis, au final, vous êtes 200, 300 personnes,
bien là, bien, c'est plus facile d'avoir une stabilité puis des services plus
clairs.
Tout ça pour vous dire que j'ai demandé au
ministre : Bien là, on s'entend-tu que les états financiers, ce n'est pas
par accréditation, là, c'est pour le syndicat regroupé au grand complet? Non,
non, non, c'est pour chacune des accréditations. J'ai dit : Bien, attendez
une minute, là. Dans un syndicat regroupé, des fois, il peut y en avoir
15, 20, 30, accréditations syndicales de petite taille. Vous n'allez pas
demander un état financier à 5 000 $, 6 000 $ par petite
accréditation. Ça n'a pas de maudit bon sens.
De toute façon, ce n'est pas comme ça qu'ils
fonctionnent. Ils ont regroupé leurs ressources. Il y a un seul compte de
banque, il n'y en a pas 50. Il y a un seul trésorier, il n'y en a pas 50. Bien
sûr, il y a une convention collective par accréditation, mais c'est ça, le
concept d'un syndicat regroupé, c'est de regrouper des ressources.
Il ne voulait rien savoir, le ministre. Ça a été
long, ça a été dur. Je ne l'ai pas lâché en étude détaillée. Puis là je
recevais des messages de gens qui nous écoutaient, qui étaient des syndicats
regroupés qui commençaient à paniquer, qui disent : Mon Dieu, mais tout
notre modèle va être foutu, là, si c'est ça, l'interprétation du ministre de sa
clause. Finalement, il y a eu une pause. Je pense qu'il y a eu des discussions.
Le ministre a peut-être consulté sa propre équipe, ou peut-être que c'est mes
arguments qui ont fini par percoler un peu, mais, au retour de la pause, ça a
été clarifié, les syndicats regroupés feront une seule... un seul audit
financier, ils n'en feront pas 50 s'ils ont 50 accréditations. Ouf!
Alléluia! La lumière fut. On a sauvé la mise pour les syndicats regroupés.
On a eu un gain intéressant sur la publication
des sites Internet. Donc, pas obligé d'envoyer à la mitaine les états
financiers et les vérifications qui sont faits, là, à travers cette loi-là, à
chacun des membres individuellement. Ça aurait pu être assez laborieux de le
faire. Alors, si c'est publié sur le site Internet, ça règle la question. Donc,
ça aussi, on amoindrit un peu un effet difficile du projet de loi.
• (17 h 30) •
Il n'est pas obligé de devenir public, l'état
financier. C'est un vote qui peut se tenir, c'est-à-dire que les membres
peuvent choisir de le rendre public, s'ils le souhaitent. C'est bien correct,
c'était déjà le cas, de toute façon, M. le Président. Mais là, au moins, ce
n'est pas une obligation, c'est précisé que c'est une possibilité. Encore une
fois, on sécurise un peu la situation.
On a réussi à faire bouger aussi l'aiguille sur
le rapport annuel des dépenses. Au début, ça devait être quelque chose de très, très paperasse, si vous me
permettez l'expression, avec un seuil très bas de toutes les dépenses qui
devaient être publiques, de tous les élus, notamment. Ça, c'est une autre
affaire : on a réussi à préciser qu'est-ce qu'on entend par «élu syndical». Parce que, M. le Président, un
élu syndical, c'est très large, hein? Il y a un comité exécutif, président,
vice-président, secrétaire, trésorier, etc., mais est-ce que le délégué
syndical est un élu, lui aussi? Puis encore une fois, quand on est... Qu'est-ce
qu'un salaire d'élu syndical? Est-ce que c'est un salaire qui est payé à partir
des cotisations ou c'est un salaire qui est
fait à partir des libérations? Ça aussi... Le ministre ne connaissait pas
tellement cette réalité-là. Encore une fois, que tout le monde ne
connaisse pas ça, c'est bien correct, mais c'est le ministre du Travail, là, il
est supposé de savoir ça puis il fait une loi là-dessus.
Alors, on a clarifié que, si c'est une
libération qui est faite à partir... si c'est un salaire qu'un élu syndicat
reçoit à partir des libérations syndicales négociées dans la convention
collective avec l'employeur, ça, ça veut dire que, dans le fond, vous êtes... vous êtes payé par votre employeur, sauf que vous
n'avez pas de tâche à accomplir parce que vous êtes libéré pour faire du
travail syndical, quelque chose qui est conventionné, on prévoit un certain
nombre d'heures par année, puis le syndicat, après ça, l'administre comme il
veut. Mais ça, ce n'est pas des cotisations syndicales qui paient, donc, votre salaire, c'est l'employeur qui paie
votre salaire. Est-ce que, là, ça s'applique? Est-ce qu'il faut dévoiler le
salaire de l'élu syndical qui est payé pas par des cotisations mais par
la libération de l'employeur? Ah non! Finalement non. Si ce n'est pas des
cotisations syndicales, c'est correct. Bon, coudon, toujours bien ça de réglé.
Mais, des fois, sur un même exécutif, ça a été
une réalité que moi, j'ai connue quand j'étais au syndicat des auxiliaires
étudiants de l'UQAM, bien, sur le même exécutif, on avait des libérations
syndicales qui nous permettaient de payer, je pense que c'étaient trois
exécutants sur cinq, mais les deux autres, on les payait avec le budget des cotisations
internes. Ça fait que, là, sur les cinq élus, il y en avait trois qui étaient
payés des libérations de l'UQAM, donc pas avec l'argent des membres, puis deux
qui étaient payés avec les cotisations syndicales. Tout ça était budgété,
c'était voté dans l'assemblée générale, là, c'était public, ce n'était pas un
secret. Mais ça veut dire que, donc, dans ces scénarios-là, on va avoir deux
des cinq exécutants qui vont être dévoilés dans les rapports d'état financiers,
mais pas les trois autres. Bien, coudon, ça a l'air que c'est important que
tout le monde sache ça dans le détail, mais, au moins, c'est précisé. On a donc clarifié que les délégués syndicaux n'étaient
pas des élus au sens de la loi ou, du moins, au sens que le ministre
l'interprétait. Toujours bien ça de gagné.
On a clarifié que toutes les autres formes de
comités... Parce que ça aussi, c'est des élections, là, hein? Quand on siège au
comité santé et sécurité, quand on siège au comité... même les comités socials.
Ça existe, ça, dans des syndicats, un comité social pour animer une certaine
vie, organiser le party de retraite de Sylvain qui prend sa retraite, organiser
une petite soirée pour l'anniversaire ou pour les 50 ans... 50 ans,
j'exagère, mais les 20 ans d'ancienneté de tel membre, il y a des gens qui se font élire sur ces comités-là.
Bien, est-ce qu'eux autres aussi il faut dévoiler toutes leurs
dépenses, leurs salaires, leurs frais de
déplacement, etc.? Non, le ministre a été clair là-dessus. Mais une chance
qu'on lui a posé la question, parce qu'encore une fois on n'allait pas
le savoir. Mais là c'est clair, c'est uniquement les élus de l'exécutif...
ceux qui ont une charge syndicale au sens de la jurisprudence, mais que ce
n'est pas tout le monde qui connaît puis que ce n'est certainement pas tout le
monde qui sait où aller trouver. Une bonne chose de clarifiée à ce niveau-là.
On a eu des longues discussions sur la
gouvernance, notamment sur le vote. Ça, c'est malheureusement un truc que je
suis un peu déçu qu'on n'ait pas réussi à modifier plus que ça. Le ministre
imposait des votes sur 24 heures, tout ça en raison de je ne sais pas trop
quel exemple. Il a parfois cité l'assemblée générale de l'association... pas
l'association, mais la... oui, l'association des professeurs de Montréal, qui
avait ratifié la convention collective... l'entente de principe pendant la
grève, il y a deux ans, dans une assemblée de soir. Puis évidemment les profs,
bien, il y en a plusieurs qui sont des parents, ça fait qu'ils travaillent tard
à l'école. Il ferme les livres, il ferme la classe, revient à la maison faire
le souper, couche le petit. Bien, l'assemblée, elle ne peut pas commencer à
5 h 15, là, il faut qu'elle commence à plus 6 h 30, sept,
le temps que... même peut-être plus huit.
Bien, une entente, là, M. le Président, une
entente de principe d'un front commun d'un secteur public comme ça, ce n'est
pas simple, ça ne prend pas deux secondes à présenter. Bien, il faut la
présenter, puis là c'est long, puis après ça
il y a des questions de compréhension de l'entente de principe, puis après ça,
bien, il y a des discussions : Est-ce que c'est une bonne entente?
Est-ce qu'on continue la grève ou est-ce qu'on arrête la grève? Bien, ça ne
prend pas deux minutes, ça, M. le Président.
Puis, bien, ça a été long dans le cas de l'alliance des profs de Montréal, ça a
été long, ça s'est terminé aux petites heures du matin, de mémoire,
entre 1 heure et 2 heures du matin.
Est-ce que
c'est souhaitable? Non. Personne n'aime ça, personne ne souhaite ça. Mais c'est
quoi, la bonne heure, M. le Président? À quelle heure il faut arrêter
l'assemblée? C'est-tu le ministre, là, qui va faire un... qui va faire une vigie puis qui va dire : Là, il est
11 h 15, on arrête ça? C'est-tu 11 h 30, la bonne heure?
C'est-tu minuit? 0 h 15? Il n'y en a pas, de bonne heure, M. le
Président, puis ce n'est pas au ministre puis à l'État du gouvernement du Québec de
commencer à microgérer ça. Il y a toujours bien, en plus, dans les
assemblées générales, des codes de procédure puis ce qu'on appelle la question
préalable, ça veut dire qu'un membre peut demander qu'on passe au vote. Ça fait
que, si ça a duré jusqu'à 1 heure ou
2 heures du matin, ça veut dire que personne n'a demandé de passer au
vote. Bien, coudon, c'est-tu au ministre d'aller microgérer le fait
qu'il faut décider à leur place de voter à telle ou telle heure?
Donc, c'est une espèce de solution à un faux
problème, d'étaler un vote sur 24 heures. Ça va juste être compliqué puis
pénible pour tout le monde. On a au moins clarifié que ce n'est pas
24 heures continues, parce que, sinon, ça aurait fait en sorte que Marcel,
là, il aurait fallu qu'il soit installé dans... dans un local du fond de la
shop, là, toute la nuit pour que son
24 heures de vote continu, bien, soit disponible ou qu'on claque des
milliers de dollars vers des applications en ligne pour le vote
électronique. C'est bien correct, du vote électronique, il y a des syndicats
qui l'utilisent déjà, mais ça coûte de l'argent. Ça coûte relativement cher,
puis là, bien, s'il avait été 24 heures en continu, ça aurait été une
dépense assez monumentale pour les 4 800 accréditations syndicales du
Québec. On a fait baisser ça à
12 heures, un amendement qu'on a réussi à gagner, ça a baissé à 12, puis
ce n'est au moins pas 12 heures continues, mais ça reste quand même
long, ça, M. le Président, 12 heures, 12 heures de tenue de vote.
La plupart du temps, en plus, là, M. le
Président, le vote, il a lieu quand? Il a lieu à la fin de l'assemblée générale où on a présenté l'entente de principe.
Donc là, c'est tous les gens qui se sont rassemblés, tous les gens se sont présentés
à l'assemblée, ceux que ça intéresse se sont présentés à l'assemblée. Ils ont
une présentation. Ils ont des questions puis après ça ils débattent :
Est-ce que c'est une bonne entente? Pas une bonne entente? Puis, quand on a
fini la présentation, bien, on vote. Il n'y a pas tant de monde que ça, M. le
Président, qui n'ont pas été capables ou qui n'ont pas voulu se déplacer à une
assemblée générale qui tiennent à ce point-là à venir voter.
Moi, je suis convaincu, là, que la plus-value de
M. le ministre... qu'il nous a soumise, là, pour dire : On va permettre à
tout le monde d'aller voter... pas tant de monde de ça... de plus qui vont
aller voter. Puis savez-vous je me base sur quoi pour... pour faire cette
prédiction-là? Je me base sur le vote par anticipation qu'on vit aux élections
québécoises. Le vote par anticipation, c'est intéressant, ça. C'est une belle
chose qui permet à plus de monde d'aller... de s'exprimer... pas à plus de
monde, mais à du monde... à adapter leur vote, mais malheureusement ça n'a pas
reflété une hausse de participation électorale. C'est un accommodement
intéressant, mais ça n'a pas participé à rehausser le nombre de personnes qui
votent.
Ça fait que je suis pas mal convaincu que la
nouvelle disposition du ministre, de mettre ça étalé sur 12 heures, ça va
permettre nécessairement à plus de monde d'aller voter. Ça va juste peut-être
accommoder certaines personnes, puis, en même temps, allez-vous vraiment aller
voter? Moi, j'aurais de la misère à aller voter sur une ratification de
convention collective sans avoir eu la présentation. Je le sais... C'est-tu une
bonne entente? Je ne le sais pas, je ne l'ai pas vue. Puis une entente, là, ce
n'est pas quelque chose qu'on envoie par courriel, M. le Président, c'est
quelque chose de confidentiel, qu'on présente dans une assemblée à huis clos,
pas de média, pas personne, juste les membres. Ça fait que, si vous ne vous
êtes pas présentés à l'assemblée, vous n'aurez pas les détails, puis on ne vous
enverra pas ça par courriel. Ce n'est pas comme ça que ça marche.
Ça fait que sur quelle base vous allez voter?
Vous pouvez voter, vous allez voter, mais moi, je vous fais la prédiction qu'il
n'y aura pas plus de monde qui vont s'exprimer dans ce fameux 12 heures
là. Ça va juste être plus compliqué, plus long. En plus, quand on veut, des
fois, une entente de principe puis on est contents, on veut la ratifier
rapidement puis arrêter la grève, mais, non, non, il va falloir attendre
12 heures. Bien, coudon, on se complique la vie, M. le Président, pour pas grand-chose, sur... basé sur combien de cas?
Un cas, un cas, la fameuse assemblée de l'alliance des profs de Montréal de 2023, si ma mémoire est
bonne, 2024, peut-être, c'est tout. Nous, on fait des lois ici, à l'Assemblée
nationale, sur un cas, M. le Président, un cas.
C'est drôle,
parce qu'il y a d'autres organismes qui sont venus. J'ai en tête l'Institut
économique de Montréal. Ils sont venus en audiences puis ils étaient
bien forts là-dessus, là : Oui, oui, oui, il faut les périodes de vote
prolongées. Je leur ai dit,
aux deux représentants de l'Institut économique
de Montréal : Pouvez-vous me
nommer la liste... pouvez-vous me faire la liste des assemblées qui ont
été problématiques en raison d'une trop courte période de vote, par exemple, le
nombre de... les plaintes que vous avez reçues? Silence radio. Quelle surprise!
Bien évidemment, silence radio, M. le Président.
C'est un spin, ça, là. Puis là ils m'ont dit : On va vous envoyer une
liste, inquiétez-vous pas, M. le député, on va... une liste. Pensez-vous que je
l'ai reçue, cette liste-là, M. le Président? Je n'en ai jamais vu la couleur.
Il n'y en a pas, de liste. Il n'y en a pas, de liste. Il n'y en a pas,
de problème de vote, de durée de vote.
Donc, c'est un cas
monté en épingle, comme je vous l'expliquais tantôt, qui a justifié une
procédure qui va compliquer la vie à tout le monde et qui pourrait donner des
retards dans les suspensions de grèves, dans des fins de grèves qu'on aurait pu
régler plus rapidement, mais le gouvernement cherchait des bibittes, il en a
trouvé une. On l'a donc amoindri, 12 heures plutôt que 24. Coudon! C'est
toujours bien ça.
• (17 h 40) •
Le coeur du problème,
M. le Président, c'est les cotisations dites facultatives. C'est l'espèce de
patente qu'on a trouvée, là, du côté du ministre, pour, encore une fois, là,
essayer de trouver une façon de se montrer comme les gros bras, là. C'est à la
mode en ce moment dans la course, là, à la chefferie de la CAQ, là, il faut
être toffe contre les travailleurs, contre
les syndicats. Les syndicats, ils abusent. Bien là, on va aller essayer de
voir, là, qu'est-ce qu'on peut faire avec les cotisations syndicales,
nonobstant que la formule Rand fonctionne depuis les années 50 sans de
problème, nonobstant la trilogie de la Cour suprême, notamment avec l'arrêt
Saskatchewan, qui constitutionnalise le droit d'association, qui renforce le
droit d'association au Canada, et donc au Québec. Pas grave, ça, on y va, on va
aller jouer... on va aller jouer, là, on va aller tirer l'élastique, là, le
plus possible pour voir qu'est-ce qui pourrait survivre au test des tribunaux. Pas grand-chose ne va survivre
au test des tribunaux là-dedans, M. le Président, je vous en fais le pari.
On se rappelle, si vous voulez, dans six,
sept ans, là, quand ça va être rendu à la Cour suprême puis qu'on aura le
résultat, on se fera un petit
meeting, vous et moi, ou avec M. le ministre, peut-être, puis on verra bien qui
qui avait raison là-dessus.
Ce que j'ai trouvé le
plus drôle, M. le Président, dans le bloc sur les cotisations facultatives,
c'est qu'un des trucs qui avait été utilisé ad nauseam par le ministre puis par
l'ensemble du gouvernement, en particulier par le premier ministre, c'était le
fameux... la fameuse utilisation par la Fédération autonome de l'enseignement,
la FAE, de leurs cotisations syndicales pour contester la loi n° 21
jusqu'en Cour suprême. Et, ironie suprême, on est en train de vivre, cette semaine et la semaine dernière, les
audiences de ça. Donc, on attend un jugement dans les... dans les prochaines
semaines.
Bien, ça, là, le
mandat de contester les... de contester la loi n° 21, par la FAE, ce n'est
pas sorti d'un chapeau, là, c'est sorti de leurs instances. C'est des délégués
qui se sont présentés à un congrès de la FAE, puis qui ont voté ça, puis qui
ont réélu un exécutif, mandat après mandat, sur cette base-là. Il n'y a pas eu
de résolution, à ma connaissance, qui a
émané de la base dans leurs assemblées générales de régions, là, de secteurs,
de commissions scolaires puis qui a... qui a monté jusqu'à un congrès de
la FAE. Bien là, le ministre, quand on a été rendus en étude détaillée, tout
bas, en plus, hein, je me rappelle, il a baissé le ton, quand on est rendus à
cette section-là, il expliquait, là : Bon, bien là, il y avait la
cotisation principale et facultative, puis là, bien là, si ça concerne le droit
du travail, c'est correct, c'est «principale». Il a baissé le ton. Là, j'ai
fait : Quoi, là, comme le dossier de la FAE, par exemple? Oui, bien là
c'est sûr que, vous comprenez, dans le
dossier de la FAE... oui, bien sûr, ça concerne les conditions de travail. Bien
oui, évidemment, on perd son... on perd sa job si on porte un signe religieux
ou on ne peut pas changer de poste, en tous cas, si on porte un signe religieux. Bien, grosse nouvelle, c'est une
condition de travail de prof. Ça fait que, oui, la FAE défend ses membres dans
leurs conditions de travail, ça fait que, finalement, c'est de la cotisation
principale, ça, M. le Président.
Des mois, qu'on a
passés ici à se faire dire que c'était scandaleux, que la FAE utilisait les cotisations
des membres, puis ça n'a pas d'allure, puis ça n'a pas d'allure, puis là on a
un projet de loi... puis c'était même utilisé dans le petit vidéo du ministre avant le dépôt de son projet de loi, une
belle découpure, là, la FAE, la loi n° 21, machin, machin, puis finalement c'est
de la cotisation principale, ce n'est même pas de la facultative. Pourquoi?
Bien, je mettrais ma main au feu, c'est que ses légistes lui ont dit que ça ne
passera pas le test des tribunaux. Bien évidemment que tu peux te servir de tes
cotisations pour défendre les membres, tu sais, c'est la nature même d'un
syndicat. Tu ne peux pas commencer à aller dire : Ça, ça ou...
arbitrairement ça va être du facultatif ou pas.
Ça fait
qu'honnêtement ça, c'était le bout le plus rigolo de l'étude détaillée, M. le
Président, parce que le ministre a dû piler sur sa peinture qu'il avait
lui-même étalée à grand seau. Finalement, la contestation de la loi n° 21
de la FAE, bien, c'est de la cotisation principale. Je ne vais pas bouder mon
plaisir, M. le Président, j'ai quand même rigolé un petit peu cette journée-là,
et j'ai reçu quand même beaucoup de messages de collègues du milieu syndical
qui rigolaient aussi.
Cela étant dit, ce
n'est pas parce qu'on rit que c'est drôle. Le reste de ces articles-là, sur les
cotisations facultatives, pose des problèmes monumentaux. On a quand même
réussi à attacher quelques... arracher quelques gains, là, pour amoindrir des choses, notamment la question des
publicités. Le ministre disait : Tout ce qui est publicité, on envoie
ça dans du facultatif, mais de la façon que c'était écrit, il y avait le mot
«exclusivement», «destiné exclusivement aux
membres», puis là il y avait un flou là-dessus, là. Qu'est-ce qui est destiné
exclusivement aux membres? Un babillard syndical, je donnais ça en exemple hier. Il y en a même un ici, à la
porte 6. Quand vous sortez à la porte 6, ici, là, il y a un
babillard syndical des employés de l'Assemblée. Bien, il y a de la publicité,
il s'adresse aux membres, mais vous et moi,
M. le Président, on la voit, cette publicité-là. Alors, est-ce que ça s'adresse
exclusivement aux membres? C'est un babillard syndical, mais il est dans
un endroit... Une publicité, par définition, ce n'est pas une infolettre qu'on
envoie juste aux membres, là. Une publicité,
ça vise à... ça dit public, hein, «publicité», «public», c'est la même chose.
Ça fait que, là, on a fait retirer le mot «exclusivement» pour clarifier
des situations. Ça va... ça va aider un peu à voir comment ça va s'appliquer,
mais à suivre, quand même.
On a parlé de conditions de travail. Qu'est-ce
qu'une condition de travail? Parce que, là, on... là, on avait clarifié, donc,
dans le bloc où il a fallu qu'il pile sur sa peinture, sur la FAE, que, si
c'est pour les conditions de travail, c'est correct de
faire de la publicité ou de dépenser... les conditions de travail, mais qu'est-ce
qu'une condition de travail? On l'a élargi un peu, le sens de ça. Ça inclut
des... C'est très, très large, les conditions de travail. Ça inclut la santé et
sécurité, les conditions de travail, ça inclut le salaire, ça inclut la santé
mentale, c'est... Je veux dire, là, on a étiré
quand même l'élastique très, très large, puis c'est une bonne chose, ça veut
dire que ça va être plus facile, peut-être, de l'appliquer ou d'englober
ce qui se fait déjà dans le milieu syndical par rapport à la publicité.
Il y avait l'interdiction aussi, là, de faire
des cotisations principales pour faire des dons. Bien, ça aussi, le ministre, encore une fois, il a tourné des coins ronds
dans sa préparation. Parce qu'il n'est pas sans savoir... Puis lui-même,
il avait été impliqué dans des campagnes de Centraide dans sa région. Puis
Centraide, là, il y a beaucoup, beaucoup, beaucoup de syndicats qui sont
impliqués dans Centraide puis qui cotisent à la source. Moi, j'ai fait ça quand
j'étais un salarié de la FTQ. Dans mon talon de paie, je cotisais à la source
pour faire un don à Centraide, comme là on cotise, admettons, au Fonds de
solidarité ou on cotise à son régime de retraite ou à son régime d'assurance.
Bien, tabarnouche! Ça, c'est quand même une
bonne base de revenus, là, pour Centraide, qui va, après ça, faire sa
distribution puis aider plein d'organismes dans les régions
distinctives. Mais là, si, demain matin, les syndicats ne peuvent plus faire
ça... Parce qu'il y avait deux choses : il y avait les cotisations à la
source, mais il y avait aussi les dons. Le syndicat, lui aussi, il pouvait
faire un don à Centraide et à des causes. Puis là, nous, on allait dire :
Finis, les dons? Heille! tabarnouche! Il y a des tournois de golf, des fois,
qui s'organisent par les syndicats au profit de la maison contre la violence
conjugale de telle région ou tel groupe communautaire d'une autre région. Fini,
ça, parce que, là, tout à coup, c'est du facultatif? Eh boboy! Là-dessus, il a
quand même viré de bord assez vite, mais je pense que c'était étonnant que ce
soit dans la mouture originale de son projet de loi.
On a aussi parlé de la politique. Parce que, là,
c'était écrit que les cotisations ne peuvent pas servir à des fins politiques.
Oui, mais ça, on le sait, M. le Président, il y a une loi sur les élections, le
DGE s'occupe déjà de ça. Pourquoi on écrit ça là-dedans? Oui, mais c'est parce
que, là, il faut que ce soit clair. Bien, qu'est-ce qui n'était pas clair dans
la Loi électorale, M. le Président? Très clair, on ne peut pas... le syndicat
ne peut pas jouer avec les élections, il y a des dates, il y a des... C'est très clair pour tout le monde. C'est même...
c'est même très sévère, très, très sévère. Le DGE, là, il n'en laisse
pas passer une, virgule.
Là, on a dit : Oui, OK, bien, dans ce
cas-là, OK, mais là... Puis là... Puis je dis «la politique». C'est large
aussi. C'est-tu la politique ou le politique? On apprend ça dans les cours de
sciences politiques, à l'université, la différence entre la politique et le politique. La politique, c'est la politique
partisane, c'est ce qu'on fait ici, c'est les partis politiques, c'est
les élections. Mais le politique, c'est les relations de pouvoir, c'est les
syndicats, les employeurs, les groupes sociaux,
les journalistes, le politique. Ça fait que, là, c'est quoi? C'est-tu le
politique? La politique? Finalement, on a précisé : c'était les
partis politiques puis les élections. Puis finalement, bien, coudon, c'est déjà
couvert par le DGEQ, ça fait qu'on a rajouté ça pour pas grand-chose, parce que
c'est déjà couvert par le DGEQ. Ce n'est pas grave, on l'a rajouté, on va aller faire campagne là-dessus, essayer de
voler des votes à Éric Duhaime. On va voir si ça marche. On leur souhaite
bonne chance.
Et après ça, bien sûr, le chaos total
d'application pour les votes. Parce que les votes, là, sur les cotisations
dites facultatives, là, le ministre a eu la drôle d'idée de dire : Oui,
bien, ce vote-là, contrairement à tous les autres votes, lui, il va concerner
l'entièreté des salariés. Ah? Parce que, d'habitude, le syndicat, pour aller
voter à l'assemblée générale, sans grande surprise, il faut être membre du
syndicat. Il y a des gens qui décident de se retirer. Hein, ce n'est pas une
prison, un syndicat, vous pouvez renoncer à votre statut de membre du syndicat.
Vous continuez à cotiser, bien sûr, c'est ça, le concept de la formule
Rand : tu négocies une hausse de salaire, elle s'applique à tout le monde,
elle ne s'applique pas à tout le monde, sauf les non-membres du syndicat, elle
s'applique à tout le monde, sans grande surprise. Donc, tout le monde cotise.
Mais le statut de membre, vous ne voulez pas recevoir de courriels, vous ne
voulez pas être membre de ça par principe,
ça vous appartient, c'est un pays libre, ici, pas de trouble, vous signez...
vous renoncez à votre carte de membre.
• (17 h 50) •
Mais là il faut que le syndicat, il organise
comme deux affaires : une assemblée générale pour les membres du syndicat, où est-ce qu'il parle de ses affaires
quotidiennes, son budget, ses élections, mais il faut, comme, qu'il fasse aussi
une genre de deuxième assemblée. Ça peut être en même temps, ou après,
peut-être, ou pas pantoute en même temps. Puis là, dans la deuxième assemblée,
qui va s'adresser à tout le monde, membres plus non-membres, là, il va falloir
qu'il présente les cotisations facultatives puis qu'est-ce qu'il va faire
après. Parce que, là, il faut qu'il y ait un vote sur la cotisation facultative
où les non-membres vont pouvoir voter. Oh boy! Comment je fais, moi, le
syndicat, pour... pour rejoindre les non-membres? Ils n'ont... ils n'ont pas
signé de carte, je n'ai pas leurs numéros de téléphone, je n'ai pas leurs adresses, je n'ai pas leurs courriels.
Seigneur! Je n'ai même pas leurs noms. Tu les connais forcément, tu vis...
tu travailles dans la même shop, tu sais c'est qui, là. Mais comment tu fais
pour organiser ton assemblée générale avec des gens dont tu n'as pas les
coordonnées? À un moment donné... Ça, là, s'il y avait eu un minimum de
préparation, de la part du ministre et de son cabinet, c'est un problème
d'application qui aurait popé en trois secondes et quart, mais on est arrivés
en étude détaillée, puis ils n'avaient aucune idée de comment ça allait
marcher, aucune idée. Il a fallu qu'on rajoute un amendement pour préciser que
c'était la tâche du salarié non membre d'aller se manifester auprès du syndicat
s'il voulait être convoqué à l'assemblée générale pour voter les cotisations
facultatives. Ce n'est pas brouillon à votre goût, ça, M. le Président?
Fascinant! Fascinant!
Ça fait que, là, finalement, on a tout un
échafaudage compliqué : qu'est-ce qui est facultatif, qu'est-ce qui ne
l'est pas. Est-ce qu'un président qui se déplace ici, là, convoqué par
l'Assemblée nationale, par une commission parlementaire,
pour faire un mémoire, présenter un mémoire... c'est-tu du facultatif, ça?
C'est-tu de la politique? Puis là, si, dans la même journée, il vient,
il se déplace pour venir faire sa présentation puis, en soirée, il va dans une
assemblée d'un syndicat local, le frais de déplacement
qu'il faut qu'il dévoile, c'est-tu du... c'est-tu à moitié? Il faut-tu qu'il le
coupe en deux? Son frais de repas, son frais d'hôtel, il fait-tu 50 % pour
le facultatif, 50 % pour le principal?
Un conseiller
syndical, là, qui travaille, par exemple, au service de la recherche... C'est
ça que je faisais, moi, avant d'être député, M. le Président, je travaillais au
service de la recherche. Bien là, j'ai plein de mandats en même temps, moi, là, là. Si j'ai un mandat qui concerne
un thème dit facultatif, il faut-tu que je... comment ça marche si je passe
1 h 30 min là-dessus? Moi, j'ai un salaire annuel, la plupart
des conseillers syndicaux, ils ont un salaire annuel, ce n'est pas nécessairement un salaire à l'heure.
Bien là, il faut-tu que je calcule le nombre de minutes, d'heures dans un genre
de fichier Excel?
Puis là le ministre
dit : Bien sûr! C'est ça qu'ils font, les cabinets d'avocats. Heille! quelle
nouvelle! Les conseillers syndicaux, ce n'est pas des avocats. Les syndicats,
ce n'est pas des cabinets d'avocats, ça ne fonctionne pas de la même façon. Ça fait
que la culture des cabinets
d'avocats, je comprends que le ministre la connaisse bien, mais il ne
peut pas copier-coller ça demain matin, tout à coup, dans toutes les autres
organisations, comme bon lui semble. De
toute façon, il n'a pas le pouvoir de faire ça, le ministre, il ne peut pas
commencer à aller microgérer la manière dont les ressources humaines puis le
temps est «billé» par les employés des conseillers syndicaux, ça n'a pas de bon
sens.
Ça fait que
savez-vous ce que ça va faire, M. le Président, cette loi-là? Ça ne fera rien,
ça va être une loi inopérante, le volet
des... le volet des cotisations. Les autres volets, j'en ai parlé en long puis
en large, mais le volet démocratie, là, le volet cotisation facultative,
ça va faire... ça ne va faire rien.
À plusieurs reprises
pendant l'étude détaillée, le ministre a dit : Le gouvernement n'ira pas
vérifier, le gouvernement n'ira pas vérifier. Bien, voulez-vous bien me dire
pourquoi on a fait ça, M. le Président? Pourquoi on s'est cassé la tête à
essayer de définir le principal, le facultatif, des exceptions pour ceci, pour
cela, oui, non, peut-être, la moitié de son «bill» dans l'un, dans l'autre,
préparer une feuille de temps sans queue ni tête par chaque employé de chaque... La phrase qui synthétise tout ça,
là : Le gouvernement n'ira pas vérifier, donc cela ne changera rien, donc
cela ne sert à rien. C'était une
belle... un bel exercice de fumisterie, j'oserais dire, de fumisterie politique
pour dire : Regardez, gens qui voyez en nous l'espèce de vieil ADN
adéquiste un peu antisyndical, nous sommes encore là, nous sommes encore le
rempart contre les dangereux syndicats qui saignent le Québec.
Bien non, ce n'est
pas ça, la réalité. Les syndicats, au Québec, sont importants. C'est eux qui
ont fait en sorte que la classe moyenne
existe, persiste, et c'est eux qui font en sorte que la répartition de la
richesse se fait sur le plancher des vaches. On la fait un peu ici, au
parlement, avec le gouvernement, avec les débats sociaux qu'on a, les régimes
sociaux, mais elle se fait d'abord et avant tout sur le plancher des vaches, là
où se crée la richesse, dans les entreprises. Si les syndicats ne sont pas là,
si les syndicats sont affaiblis, s'ils sont pognés à faire des rapports annuels
de dépenses sans queue ni tête, s'ils
passent leur temps à se casser la tête, si telle dépense est à moitié facultative,
ou à un quart et demi facultative, ou pas, ils ne sont pas en train de
faire le travail de base d'un syndicat, c'est-à-dire la défense des conditions
de travail des salariés du Québec.
Je terminais mon
discours hier en souhaitant bonne chance et bon courage aux valeureux et aux
valeureuses qui lèveront la main dans leurs assemblées syndicales pour être
trésoriers et trésorières. Je souhaite bonne chance aux formateurs et
formatrices qui prépareront des formations syndicales à partir de la nouvelle
loi pour les trésoriers et les trésorières. Ça va être tout un défi. Je
souhaite bonne chance aux différents juges des différents paliers de cours qui
auront à interpréter éventuellement l'intention du législateur, parce que tout
et son contraire a été dit à de multiples reprises,
dans cette étude détaillée là, sur différents cas de figure. Des fois, j'ai
reposé la même question deux ou trois fois de suite, j'avais trois
réponses différentes. Bonne chance, bonne chance pour trouver l'intention du législateur.
Donc, sans grande
surprise, M. le Président, on vote contre. On s'oppose au projet de loi n° 3, qui a fait reculer, je
pense, la situation des travailleurs au Québec. C'est un très mauvais projet de
loi, tout comme son prédécesseur, le 89, tout comme son autre
prédécesseur, le projet de loi n° 100,
tout comme le projet de loi qui a été déposé ce matin même, le projet de loi
n° 27, qui s'attaque aux travailleurs précaires dans les décrets de
conventions collectives, qui donne les pleins pouvoirs au... à un ou quelques
patrons de faire disparaître un décret qui couvre des centaines de personnes,
des milliers de personnes qui sont protégées
par un décret de convention collective, qui fait reculer la santé-sécurité sur
les chantiers de construction, jusqu'à presque 85 % des gens qui
font, en ce moment... qui était une des rares avancées du projet de loi
n° 89, il y a quelques années, du ministre, une des rares avancées du 89,
les RSS, les représentants en santé-sécurité sur les chantiers de construction,
qui faisaient un travail... ça faisait deux ou trois ans, là, ça commençait...
qui commençait à y avoir des fruits intéressants. Fini, 85 %. Non, non, ça
coûte trop cher. Les patrons des entreprises de construction ont dit que ça
faisait en sorte que les maisons coûtaient trop cher. Bien oui, bien oui. Ça fait qu'attendez-vous à voir les prix des
maisons descendre d'une couple de 1 000 $, là, dans les prochaines
semaines, parce que le PL n° 27, quand il va
être adopté, magie! D'une couple de 1 000 $ les maisons vont baisser,
en moyenne, au Québec. Bien oui, automatiquement. Vous ne pensez pas que ça va
arriver M. le Président? Vous avez des doutes? Moi aussi, j'ai des doutes.
Ce qui va peut-être
arriver, par contre, ça va être le... on va rebondir en matière de décès et
d'accidents du travail, parce que, malgré que le projet de loi n° 89
ait été adopté il y a plus de quatre, cinq ans, là, maintenant, là, les effets
n'ont pas été magnifiques en matière de prévention des décès, et des accidents,
et des maladies professionnelles. Et à ce jour ça demeure, et de loin, le
secteur de la construction qui a le plus de décès au travail, toutes industries
confondues, au Québec. Ça n'a pas changé, ça. Le PL n° 89
n'a pas changé ça. Puis je n'ai rien vu dans le projet de loi n° 27
déposé ce matin, du ministre, qui va changer ça. Ça va empirer la situation.
Alors, sans grande
surprise, M. le Président, on vote contre le projet n° 3.
Puis, sans grande surprise, le ministre va m'avoir devant lui dans le projet de
loi n° 27, qui va commencer dans les prochaines semaines. Merci beaucoup.
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci,
M. le député d'Hochelaga-Maisonneuve. Nous poursuivons le débat sur
l'adoption du projet de loi n° 3, et cette fois-ci je
reconnais M. le député de Jean-Talon.
M. Pascal Paradis
M. Paradis :
Merci, M. le Président. Alors, en bref rappel, cette loi visant à améliorer
la transparence, la gouvernance et le processus démocratique de diverses
associations en milieu de travail contient trois grandes sections, et c'est
comme ça qu'il a été présenté par le ministre. Il y a une section sur la
transparence, qui est principalement une section qui concerne la transparence
financière. Donc, elle impose... après les amendements et après l'étude
détaillée du projet de loi, elle impose un
cadre sur la préparation et la diffusion des états financiers et aussi sur la
production d'un rapport relatif à l'utilisation des ressources
financières des associations en milieu de travail, donc essentiellement des
syndicats. Et nous l'avions indiqué depuis le début, nous sommes pour cette...
le principe qui est sous-jacent à cette section, d'ailleurs, les syndicats ont
eux aussi indiqué qu'ils sont pour cette transparence financière. Et ils sont
venus nous répéter en consultations particulières, et ils l'ont dit sur la place
publique, beaucoup des bonnes pratiques, comme le ministre l'a indiqué à
plusieurs reprises, sont déjà appliquées par les organisations syndicales.
Donc, on demeure pour le principe, mais malheureusement il y a eu beaucoup,
dans... il y a eu beaucoup, donc, de nouveaux processus, beaucoup de paperasse,
beaucoup d'obligations coûteuses qui sont imposées aux syndicats, dans cette...
dans cette section-là, qui nous font dire que la mise en oeuvre va être
bancale. Parce que la façon dont le ministre a conçu son projet de loi est un peu bancale, y compris sur
cette section relativement à la transparence financière, mais, encore une fois,
en principe, pas mal tout le monde était d'accord là-dessus.
• (18 heures) •
Même
chose pour l'autre section qui concerne la gouvernance des syndicats. Et ça
aussi, on avait indiqué qu'on est en faveur d'une... d'un renforcement
des normes sur la gouvernance, comme c'est le cas pour toutes les associations,
d'ailleurs. Donc, ici, à la suite des amendements en étude détaillée,
désormais, donc, on interdit l'intimidation des membres. On exige un vote au scrutin secret pour établir le montant de
la cotisation, je vais revenir tout à l'heure sur cette question des
cotisations. On instaure des standards de gouvernance pour les avis de
convocation, le quorum, la durée minimale des votes, la façon dont on vote,
etc. Là aussi, plein de bonnes intentions, plein de principes intéressants, avec des amendements, oui, qui ont bonifié le
projet de loi, qui l'ont rendu plus digeste, notamment, là, le retrait de cette
faculté que le gouvernement se donnait d'imposer le contenu des statuts ou
règlements, qui démontrait vraiment, là, la perspective dans laquelle le
ministre présentait ce projet de loi là, il le voulait... il le voulait
clivant. Le premier ministre, le
gouvernement de la CAQ, l'avait annoncé en début de session. Il avait dit qu'il
allait agir très fortement sur un certain nombre de thèmes, dont celui, le thème... dont celui des syndicats et la
gouvernance syndicale. C'est ce qu'il a fait. Il a provoqué beaucoup de
tumultes dans la société avec ce projet de loi, avec son projet de loi
précédent aussi. Et, malheureusement, ce n'était pas ce dont on avait besoin
dans un contexte assez difficile actuellement, dans un contexte géopolitique international, national et québécois
très difficile. Mais, malheureusement, c'était dans cette perspective-là
qu'a été présenté le projet de loi.
Donc,
il y a eu, quand même, des efforts, je tiens à le souligner, pour rendre le
projet de loi plus digeste. Et cette section,
donc, sur la gouvernance des syndicats a un bon principe, un principe
intéressant, mais, encore une fois, difficile, compliqué dans sa mise en
application. Dans le mémoire soumis par le ministre au Conseil des ministres,
dans la partie publique à laquelle on a
accès, le ministre lui-même évalue les coûts de la mise en oeuvre de son projet de loi à plus de 74 millions de
dollars pour la première année et à 53 millions de dollars pour
l'année suivante. Ça, c'est dans l'impact... l'étude d'impact réglementaire. Et
c'est largement sous-estimé, en fait, ça va coûter beaucoup plus cher en délai,
en procédure, en paperasse. Et ça, ce sera autant pour les syndicats que pour
les employeurs qui devront aussi contribuer à la mise en oeuvre de plusieurs...
plusieurs des nouvelles obligations imposées dans ces deux sections que je
viens de nommer, donc la transparence financière et la gouvernance des
syndicats, mais aussi dans l'autre section, qui est celle relativement au
processus démocratique, comme l'a nommé le ministre, celui qui établit
principalement une distinction entre la cotisation principale et la cotisation
facultative, qui sont des concepts qui n'existent pas jusqu'à maintenant en
droit québécois. Donc, c'est du droit nouveau.
Et c'est là que le
bât blesse principalement pour le Parti québécois. Pour nous, ce que le
ministre tente de faire en faisant cette distinction entre cotisation
principale et la cotisation facultative, ce n'est pas acceptable. Et c'est dans
l'objectif de contraindre, de limiter la capacité d'action des organisations
syndicales. Et ça ne respecte pas ce qui est la mission fondamentale des
syndicats du Québec, établie par l'article 1 du Code du travail et qui dit
que les syndicats, ce n'est pas uniquement pour... n'existent pas uniquement
pour faire appliquer la convention collective des salariés qu'ils représentent,
mais c'est pour défendre et promouvoir les droits des travailleurs au Québec.
C'est ce que disent nos lois du travail. Et le projet de loi, donc, n'est pas
présenté dans cette perspective-là. Donc, pour mémoire, il y a, désormais,
l'obligation, avec ce projet de loi, pour les syndicats, donc, de payer un
certain nombre d'activités à l'aide d'une cotisation facultative. La cotisation
facultative, ça va notamment être pour les contestations judiciaires, sauf
certaines exceptions, et pour les campagnes de publicité et les mouvements
sociaux, sauf certaines obligations. Et, lorsque, donc, le syndicat va vouloir
faire des activités qui sont couvertes par la cotisation facultative, il va
devoir passer par un processus de présentation de ce qu'il veut faire avec la
cotisation facultative, par scrutin secret et par un rapportage particulier. Et
donc la cotisation principale, qui n'est pas définie dans le projet de loi et
qui n'existe pas en droit québécois, va servir à tout le reste. En quelque
sorte, c'est pour les activités qu'on pourrait qualifier d'activités dans le
cours normal des activités des syndicats. Mais je réitère ce que je viens de
dire. En fait, le cours normal des activités des syndicats, c'est décrit au
Code du travail et c'est très large, c'est de défendre et promouvoir les
intérêts de ses membres.
Donc,
ce qui est inacceptable, particulièrement inacceptable pour le Parti québécois,
c'est qu'on va restreindre, notamment, la capacité des syndicats d'aller devant
les tribunaux pour, justement, défendre et promouvoir les intérêts de ses
membres. C'est une intrusion majeure dans la gouvernance interne des syndicats,
et les exceptions qui ont été nommées, donc ce qui va rester couvert par la
cotisation principale, ce qui ne demandera pas toute une procédure complexe de
présentation, de vote et de rapportage, c'est trop limité, à notre avis.
Donc, en ce qui concerne
les contestations devant les tribunaux, ça va se limiter, donc ce qui va être
couvert par la cotisation principale, ce qui va rester, donc, dans les choix
démocratiques normaux ou reconnus jusqu'ici comme faisant partie des
prérogatives des syndicats, ça va maintenant être limité à la représentation
des salariés avec leurs conventions collectives ou encore lorsque ce sont des
contestations en défense. Ce qui veut dire que tout le reste, quand on veut
aller devant les tribunaux, ça va désormais être contraint par une procédure
complexe. Ce qui veut dire que des actions judiciaires qui ont été entreprises
dans le passé par les organisations syndicales et qui ont permis de grandes
avancées pour l'ensemble de la société québécoise, non seulement pour les
travailleurs représentés ou liés par la convention
collective d'un syndicat en particulier, mais l'ensemble de la société
québécoise, l'ensemble des travailleurs, mais aussi les employeurs et
l'ensemble de la société, par exemple en matière d'équité salariale, en matière
de régimes de retraite, en matière de congés
payés, désormais, ça va être beaucoup plus compliqué pour les syndicats de se
présenter devant les tribunaux pour faire ça, parce que ça va être
couvert par ce qu'on appelle la cotisation facultative.
Un autre exemple, par
exemple, un autre exemple qu'on peut utiliser de ce qui ne sera plus possible
comme avant, c'est l'actuelle contestation par des associations syndicales de
la loi n° 14, qui était le projet de loi n° 89, qui restreint le droit de grève. Donc, dans la
vision du ministre, dans la vision du gouvernement de la CAQ, ça, ça ne fait
plus partie de la mission fondamentale d'un syndicat. Imaginez, défendre le
droit de grève des travailleurs du Québec, c'est facultatif, c'est accessoire,
ce n'est pas dans leur mission principale. C'est, en fait, une intrusion, une
ingérence dans la gestion démocratique des associations des syndicats du
Québec, et ce n'est pas acceptable.
Plusieurs
sont venus exprimer leur inquiétude face à des règles qui sont... qui font
partie des grandes conventions de notre société, qui font partie de ce
qu'on appelle l'État de droit, qui fait en sorte que le gouvernement,
d'habitude, ne vise pas à contraindre ou à limiter la capacité des
organisations de la société civile à venir contester le travail du gouvernement
devant les tribunaux pour dire : Je ne suis pas d'accord et je pense que
ce n'est pas légal. Je pense que j'ai un dossier à faire valoir en cour. Ça
fait partie des règles du jeu de notre société. Et, nous, au Parti québécois,
on les accepte.
• (18 h 10) •
Parce que, parmi les
exemples qui ont été souvent utilisés par le ministre lui-même, par exemple la
contestation devant les tribunaux des lois qui ont été adoptées par l'Assemblée
nationale pour protéger la laïcité de l'État, même si nous ne sommes pas
d'accord avec ce qui est plaidé par les syndicats devant les tribunaux, on l'a
dit à plusieurs reprises parce que nous, on est d'accord avec la défense de la
laïcité de l'État québécois, même si on n'est pas d'accord sur le fond, on
dit : Les syndicats, si telle est la volonté des membres, ont le droit
d'aller devant les tribunaux pour faire ça. Le ministre a dit : Mais on ne
les empêche pas, mais il les limite fortement. C'est ça, le... C'est ça, le
coeur de son projet de loi, c'est un gouvernement qui n'est pas content de ce
qu'il a vu se déployer devant les tribunaux contre ses projets de loi et qui se
dit : Bien, je vais chercher à limiter cette capacité-là, et ce n'est pas
acceptable.
Même chose, donc,
pour les campagnes de publicité et les mouvements sociaux. Bien là, au moins,
il y a eu des... il y a eu des amendements
importants qui ont été présentés par les collègues de la deuxième opposition,
par moi-même au nom du Parti
québécois. Donc, on a réussi à restreindre la portée de ce qui va être couvert
par la cotisation facultative, donc à
remettre dans la mission fondamentale des syndicats, donc de ce qu'ils peuvent
faire avec la cotisation principale, plus de choses. Donc là, ce qui va... ce
qui va être couvert par la cotisation facultative, donc ce qui va demander
la grosse procédure d'adoption, qui est complexe, qui prend du temps, c'est des
sujets à caractère politique de nature partisane, c'est des sujets qui sont non
liés aux conditions de travail en général des travailleurs du Québec ou de la
convention collective. Bon. Donc, si c'est relatif à des contributions des
biens de fait... de bienfaisance, si c'est des activités sur les droits et les
obligations de formation ou d'administration, ça aussi, ça va dans la
cotisation principale. Tant mieux. Mais,
encore là, on a quand même cherché à contraindre. Donc, ce qu'on fait, c'est
qu'on restreint la liberté d'expression. Et, d'ailleurs, en faisant ça, une
nouvelle fois, en disant que c'est du droit nouveau, je comprends qu'on peut vouloir
faire du droit nouveau, mais, une nouvelle fois, le gouvernement de la CAQ
s'expose à de longues contestations judiciaires de ce projet de loi, qui va, inévitablement, se ramasser devant les
tribunaux, qui va être contesté par plusieurs organisations de la
société civile. Et donc, là aussi, il va y avoir de l'instabilité sur quel
régime juridique s'applique au Québec.
Tout
ça, je le redis, contribue, c'est le cas dans les deux autres sections sur la
transparence financière et sur la... et sur la gouvernance des
syndicats, mais, même chose sur la démocratie syndicale, ça va générer beaucoup
de fardeau administratif, beaucoup de paperasse, beaucoup de délais. Il y a un
tableau qui a été fourni par le ministre, là, qui démontrait un paquet d'étapes
avec des flèches sur ce qu'il faut faire désormais pour y arriver. Ça va être
long. Ça va prendre du temps. Ça va avoir un
impact pour les syndicats. Et, je le répète, ça va avoir un impact sur les
employeurs, sur les entreprises, sur les PME, sur les ministères, parce
qu'à la fin c'est eux qui doivent prendre la cotisation sur la paie des travailleurs, et donc ça va générer aussi
beaucoup d'obligations pour les employeurs. Donc, à la fin, l'objectif, c'est de
contraindre, et ce de... et c'est de limiter.
Donc, bien que nous
étions d'accord et que nous sommes toujours d'accord avec les principes de
renforcer la transparence financière, avec le principe de renforcer la
gouvernance des syndicats, nous sommes contre l'instauration du régime de la cotisation facultative, parce que
c'est une atteinte aux valeurs fondamentales pour la société québécoise et parce
que ça limite notamment la capacité pour les organisations syndicales de faire
appel aux tribunaux pour présenter leurs arguments et pour protéger les droits
des travailleurs du Québec pour faire avancer notre société. C'est pourquoi, M.
le Président, nous allons voter contre le projet de loi n° 3. Merci.
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Merci, M. le député de Jean-Talon. Prochain intervenant. Je reconnais M. le
député de Saint-Jérôme.
M. Youri Chassin
M. Chassin : Merci, M. le Président. Dans cette ultime phase de l'adoption finale du
projet de loi n° 3, permettez que je fasse un petit pas de
recul.
La présence et la force du mouvement syndical au
Québec, elle est connue. C'est impressionnant. Ce n'est pas nécessairement
toujours facile quand on a des gens qui ont un certain... comment dirais-je, un
ensemble de pouvoirs, un certain statut, des institutions qui sont, autrement
dit, bien établies, qui ont tout un ensemble de lois et règlements, de
nominations, de sièges réservés. De contester cet état de fait, en fait, je
vous dirais que ce n'est pas juste que ce n'est pas facile, c'est très
difficile, M. le Président. Ça fait longtemps que c'est difficile, et j'en veux
pour preuve qu'en 2005, donc il y a plus de
20 ans maintenant, dans le manifeste Pour un Québec lucide, c'était
mentionné. On parlait, à cette époque-là, du fait que les syndicats
avaient déjà vécu un certain glissement. Puis, malheureusement, au lieu d'être
des défenseurs de leurs membres et des syndiqués, on se retrouvait dans un
modèle, disons, de blocage systématique des avancées requises au Québec. Puis
c'est aussi la thèse qui a été défendue en 2006 par le documentaire de L'illusion
Tranquille, M. le Président. Je suis sûr que vous vous en souvenez, on n'a
pas un âge si différent, vous et moi. Et, pourtant, même quand on reconnaît
qu'au Québec on est en train, malheureusement, de prendre du retard, on est en
train de devenir une république du statu quo, on est en train, malheureusement,
de voir notre société toujours dans un système de blocage, parce qu'il y a des
forces bien établies qu'on ne parvient pas à démocratiser, qu'on ne parvient
pas à moderniser, moi, ça m'inquiète, M. le Président.
Personnellement, j'ai l'impression, puis c'est
une impression peut-être personnelle, mais que personne ne tient à cet aspect
d'un supposé modèle québécois qu'est le syndicalisme à tout crin, à part
quelques élites qui sont bien servies là-dedans. Et, évidemment, vous
comprendrez que ce n'est peut-être pas traditionnel d'entendre quelqu'un qui, positionné à droite, critique des élites bien
servies à gauche, mais je pense qu'on en a toutes sortes, d'exemples, M. le
Président, et assez récents.
J'ai, dans l'histoire du Québec, hein... j'ai
aussi de nombreux exemples où notre Code du travail, qui est, en fait, un code de syndicalisation, a servi de
poignée pour réussir à syndiquer des symboles. Puis je suis sûr que mon
collègue de Jonquière s'en souviendra, mais le Walmart de Jonquière, c'était la
campagne, là. Le premier Walmart, cet employeur qui était si opposé à la syndicalisation, bien, où est-ce que le premier
Walmart a été syndiqué? À Jonquière, M. le Président. Il y a une raison pour ça. Notre Code du travail,
qui n'est pas un code du travail, mais qui est un code de la syndicalisation,
permet que les démarcheurs syndicaux réussissent à éviter un mode de décision
très démocratique qui est le vote au scrutin
secret, où les gens sont, et vraiment je pense qu'il n'y a pas de façon plus
démocratique... sont appelés à voter dans l'isoloir en leur âme et
conscience, face à eux-mêmes.
On a, de la part du ministre, déposé un projet
de loi pour la démocratie syndicale en oubliant, malheureusement et peut-être
commodément, ce volet-là. Je trouve que c'est préoccupant. Et je comprends que
Québec solidaire se serait peut-être opposé aux amendements que j'avais
déposés, mais ce n'est pas Québec solidaire qui a voté contre. C'est le côté de
la partie gouvernementale. Et c'est étonnant aussi et c'est décevant.
• (18 h 20) •
Je vous dirais que, par rapport à mon... bien,
mon collègue de Québec solidaire, le député d'Hochelaga-Maisonneuve a une
analyse que je partage en partie. Alors, ça vous surprendra peut-être, M. le
Président, mais c'est vrai que la définition des cotisations principales, des
cotisations facultatives, ce n'est pas toujours clair. Alors, est-ce qu'il va y
avoir des contestations, est-ce qu'il va y avoir de la jurisprudence, des
plaidoiries qui seront faites? Certainement, je n'en doute pas. Un peu comme
les impacts des conflits de travail sur la population en général, c'est juste
bien assez flou pour qu'il y ait toutes sortes de débats, bien des
représentations en cour. On ne s'en étonnera pas. Moi, j'étais quand même en faveur, hein, pour les cotisations principales
et facultatives. Il me semble qu'il y a un principe là assez
fondamental, pour l'avoir vécu, entre autres, juste avant, parce que la Loi
électorale, comme le disait si bien le collègue, comporte des dates. Et donc
une campagne politique avant les dates, bien, ça, ce serait permis selon la Loi
électorale. Et, pour l'avoir vécu à
Saint-Jérôme, juste avant le déclenchement de la campagne de 2018, moi, je m'en
rappelle, c'est des fonds syndicaux qui payaient pour ça, et c'est,
donc, des fonds qui provenaient, de manière obligatoire, de syndiqués qui ont
probablement contribué puissamment à faire élire la Coalition avenir Québec au
gouvernement à ce moment-là. Mais leurs
élites syndicales, pas trop contentes du choix des syndiqués, se sont
dit : Ah! mais là on va intervenir, nous, on a un certain pouvoir
que d'autres n'ont pas.
Ça fait qu'effectivement il y a là, sur le fond
de la question, un accord avec le ministre du Travail, complet. Est-ce que
c'est bien défini? Peut-être pas, mais je suis tout à fait en accord avec le
principe là-dessus.
Le problème, c'est que, là, on est à l'adoption
finale, M. le Président, puis il me semble que le collègue
d'Hochelaga-Maisonneuve a aussi raison quand il parle du fait que cette loi
sera à... presque à toutes fins pratiques, inopérante.
Quand on parlait que le ministre, à l'évidence, répétait, pour rassurer Québec
solidaire, que le gouvernement n'irait pas vérifier, bien,
effectivement, ça devient compliqué, on peut comprendre. On ne veut peut-être
pas plein d'effectifs au ministère du Travail qui vont aller vérifier,
d'accord, mais c'est vrai que ça rend peut-être la loi inopérante. Et donc
est-ce que, comme le collègue le dit : Donc, cela ne changera rien, donc
cela n'aura servi à rien? Bien, il n'y a qu'un pas, que j'ai tendance, presque,
à franchir, M. le Président. Peut-être qu'on a accepté un principe intéressant,
peut-être que la mécanique laisse à désirer, mais, pour moi, il me semble qu'on
n'a pas fait bouger l'aiguille beaucoup, M. le Président.
Au
Québec, on est en train de devenir une république du statu quo. Ça fait 20 ans
que les syndicats ont un pouvoir démesuré par rapport à ce qu'ils devraient
avoir, notamment par rapport à ce qu'ils devraient avoir versus leurs propres
membres. Cette démocratie syndicale, la gouvernance qui est établie dans un
projet de loi que le ministre a déposé, comment ça se fait qu'il ne comporte
pas les vrais outils pour régler la situation? Je ne sais pas de quoi on a
peur, M. le Président. Pourquoi est-ce qu'on ne transforme pas le Québec?
Pourquoi est-ce qu'on ne pense pas à l'avenir? Dans un projet de loi comme
celui-là, on aurait pu. Il y avait une vraie volonté de la part du parti qui a
accédé au pouvoir de s'inscrire en rupture avec le passé, de dépasser, un petit
peu, cette espèce d'attentisme, de statu quo environnant, mais non. On a
échoué, et c'est triste.
Vous le savez, M. le
Président, quand je suis parti de la CAQ, le premier ministre a été, en
conférence de presse, un peu expliquer ce qu'il voyait dans mon départ. Moi,
j'avais demandé à la CAQ de se ressaisir, maintenant. Il a dit : Ah! Youri
m'a parlé beaucoup des syndicats, c'est son dada. Je lui ai dit que ce n'était
pas dans mes priorités. Un an plus tard, son
discours d'ouverture, c'était : Il est grand temps de réformer le modèle
syndical. Malheureusement, le projet
de loi n° 3, M. le Président, ce n'est pas ça qu'il fait. Malheureusement,
on est encore la république du statu quo. C'est triste. C'est peut-être
négatif, mais c'est ça. Merci, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci,
M. le député de Saint-Jérôme. Est-ce qu'il y a d'autres intervenants?
S'il n'y a pas d'autre intervenant, le projet de loi n° 3...
Une voix :
...
Vote reporté
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Alors, le vote électronique sera reporté à
demain.
M. Lévesque
(Chapleau) : ...s'il vous plaît.
Projet de loi n° 15
Prise en considération du
rapport de la commission qui en a fait
l'étude détaillée et des amendements du ministre
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : À l'article 17 du feuilleton, l'Assemblée
prend en considération le rapport de la Commission de la santé et des services
sociaux sur le projet de loi n° 15, Loi modifiant le Code des professions et d'autres dispositions principalement
afin d'alléger les processus réglementaires du système professionnel et d'élargir certaines pratiques professionnelles
dans le domaine de la santé et des services sociaux, ainsi que les amendements transmis en vertu de l'article 252 du règlement
par M. le ministre du Travail. Ces amendements sont déclarés recevables.
Je reconnais M. le
ministre du Travail.
M. Jean Boulet
M. Boulet :
Oui. Merci, M. le Président. On a terminé, effectivement, l'étude détaillée
article par article. Je remercie pour... mes collègues qui ont travaillé avec
nous, tant du côté gouvernemental que des partis d'opposition. C'est la seconde
phase du grand chantier de modernisation du système professionnel québécois, la
première ayant été complétée en 2023. Essentiellement, c'est un projet de loi
qui comprend beaucoup d'assouplissement du processus d'adoption des règlements de l'Office
des professions du Québec et des
ordres professionnels. C'est le premier grand volet.
Le deuxième grand
volet, c'est de rendre le système professionnel beaucoup plus agile, adapté aux
réalités actuelles, accroît les champs de pratique de plusieurs métiers et
professions comme les infirmières, les diététistes, les sages-femmes, les
psychothérapeutes. Et, enfin, on maintient l'indépendance des pharmaciens tout
en favorisant le développement économique
québécois. Alors, je demande à cette Assemblée de bien prendre en considération
ce projet de loi n° 15. Merci, M. le
Président.
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci,
M. le ministre du Travail. Je reconnais comme prochaine intervenante Mme
la députée de La Pinière.
Mme Linda Caron
Mme Caron :
Merci, M. le Président. Alors, je suis heureuse de m'exprimer très
brièvement, en fin de journée, aujourd'hui, sur la prise en considération du
projet de loi n° 15. Il faut le dire, c'est un projet
de loi qui était largement consensuel. On a eu, dans les derniers jours, un
certain tollé à propos d'amendements qui avaient été déposés séance tenante, mais ces amendements sont retirés. Alors,
pour ne pas étirer indûment cette intervention et, puisqu'on fera une intervention
sur l'adoption probablement demain, je me reprendrai pour discuter davantage du
projet de loi. Et donc je peux vous dire
tout de suite, M. le Président, que nous allons voter pour la prise en
considération du projet de loi n° 15, Loi
modifiant le Code des professions et d'autres dispositions principalement afin
d'alléger les processus réglementaires du système professionnel et
d'élargir certaines pratiques professionnelles dans le domaine de la santé et
des services sociaux. Merci, M. le Président.
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Merci. Merci, Mme la députée de La Pinière.
Est-ce qu'il y a d'autres interventions? Il n'y a pas d'autres interventions?
Mise aux voix des amendements
Les amendements proposés par M. le ministre du
Travail sont-ils adoptés?
Des voix : Adopté.
Mise aux voix du rapport amendé
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Le rapport de la Commission de la santé et des services sociaux portant sur le
projet de loi n° 15, Loi modifiant le Code des
professions et d'autres dispositions principalement afin d'alléger les
processus réglementaires du système professionnel et d'élargir certaines
pratiques professionnelles dans le domaine de la santé et des services sociaux,
est-il adopté?
Des voix : Adopté.
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Adopté. M. le leader adjoint du gouvernement.
Ajournement
M. Lévesque (Chapleau) : Merci beaucoup,
M. le Président. Nous avons bien travaillé, avec célérité, et je vous
demanderais de bien vouloir ajourner nos travaux à 9 h 40, demain,
s'il vous plaît.
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Alors, nous ajournons... Adopté?
Des voix : Adopté.
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Alors, nous ajournons nos travaux à jeudi le 2 avril, 9 h 40.
(Fin de la séance 18 h 28)