(Onze
heures trente minutes)
Le Président (M. St-Louis) :
Alors, bonjour à tous. Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la
Commission de l'agriculture, des pêcheries, de l'énergie et des ressources
naturelles ouverte.
La commission est
réunie afin de procéder à l'étude des crédits budgétaires du volet Énergie du
portefeuille Économie, Innovation et Énergie pour l'exercice financier 2023‑2024.
Une enveloppe de 1 h 30 min a été allouée pour l'étude de ces
crédits.
Mme la secrétaire, y
a-t-il des remplacements?
La Secrétaire :
Oui. Alors, Mme Bogemans (Iberville) est remplacée par Mme Tardif (Laviolette—Saint-Maurice); M. Gagnon (Jonquière) est remplacé par M. Lemay
(Masson); M. Poulin (Beauce-Sud) est remplacé par M. Chassin (Saint-Jérôme); M. Sainte-Croix (Gaspé) est remplacé par M. Lemieux (Saint-Jean);
et finalement Mme Zaga Mendez
(Verdun) est remplacée par M. Bouazzi (Maurice-Richard).
Énergie
Discussion générale
Le Président (M. St-Louis) : Merci,
Mme la secrétaire. Nous allons procéder à une discussion d'ordre général
par blocs d'échange, incluant les questions et les réponses.
Je suis maintenant
prêt à reconnaître une première intervention de l'opposition officielle pour un
premier bloc d'échange. M. le député de Jacques-Cartier, la parole est à vous.
M. Kelley :
Merci beaucoup, M. le Président. Bienvenue, M. le ministre, et votre
équipe, les fonctionnaires. Je vais
continuer, M. le Président, à saluer tout le travail qui a été fait par les
fonctionnaires du ministère de l'Énergie. C'est un travail pas mal énorme. Et,
quand même, quand je regarde le cahier pour l'Économie, l'Innovation et
l'Énergie, c'est un bon 300 pages de... et plus de travail qui a été fait.
Alors, toutes les réponses à nos questions ont été fournies par le ministère, travail colossal. Alors, je veux juste
dire merci à eux autres. Puis je sais que, quand même, pour l'équipe de
le ministre, les gens qui travaillent au sein de son cabinet, des attachés
politiques, les conseillers politiques, c'est beaucoup de travail, la
préparation de l'étude des crédits.
Bien, je vais
commencer à mon bloc avec une discussion que le ministre a eue avec mon
collègue le député de Marguerite-Bourgeoys. Puis ils ont eu une discussion sur les mégawatts qu'il reste au
Québec. Je sais que le ministre a une vision à attirer des entreprises
ici, de créer des jobs payants, mais il a dit, en commission avec mon collègue,
qu'on a 21 mégawatts de demandes, des projets, mais on a seulement
1 000 mégawatts disponibles, en gros.
On a eu une
discussion, pendant une interpellation, avec un de ses collègues, le député et
le ministre de Sainte-Rose, et il a dit
qu'on a une crise énergétique. Moi, je suis bien d'accord. Le ministre n'est
pas d'accord, il a dit : On a un problème, on a un enjeu. Bien, c'est très
clair, pour moi, qu'il ne reste pas beaucoup d'énergie. Puis les entreprises de Québec, d'ici ont besoin d'énergie
propre pour faire la transition à une société et une économie zéro carbone.
Alors, je veux juste entendre le ministre. Est-ce qu'il y a vraiment seulement
1 000 mégawatts qu'il reste? Et c'est quoi, le plan pour s'assurer
qu'on peut décarboniser notre économie et société?
M. Fitzgibbon :
Alors, bonjour. Bonjour, tout le monde. Merci de votre participation à
cette importante étude de crédits sur l'énergie. Ce matin, c'est avec moi et
mon équipe, puis après-midi on aura la chance d'avoir les gens d'Hydro-Québec.
Alors, écoutez, la
question que vous posez est très complexe, évidemment, puis elle est
multidimensionnelle. Ce que je... ce qu'on a
répété souvent, c'est qu'effectivement il y a une hausse importante des
demandes de mégawatts pour le
gouvernement du Québec. Et, mettre en perspective, là, pour que le... tout le
monde comprenne, des années 2000 jusqu'à aujourd'hui, ou jusqu'à voilà un
an, disons, les demandes de projets en haut de 50 mégawatts au Québec, il
y a eu une demande, un projet, Canadian Malartic. Il n'y a pas eu de demande en
haut de ça. Aujourd'hui, on fait face à plus
de 50 demandes de projets en haut de 50 mégawatts. Évidemment, la
décarbonation, évidemment, l'attraction du Québec pour des projets
industriels fait en sorte que ces demandes-là existent. Premier point.
Deuxième point, j'ai
mentionné à plusieurs reprises qu'on avait reçu au-dessus de
20 000 mégawatts de demandes de différents groupes pour décarboner et
pour faire des projets industriels, mais ces demandes-là sont séquencées durant
le temps. Ce n'est pas toutes des demandes qu'on... qui exigent des mégawatts
aujourd'hui parce que les projets prennent des années à construire. Alors,
effectivement, aujourd'hui, dans le plan d'approvisionnement qui est déposé par
Hydro-Québec, les... ce qui est disponible aujourd'hui pour des projets
industriels, c'est à peu près 1 000, 2 000 mégawatts.
Maintenant,
ce qu'on fait, présentement, on travaille étroitement avec Hydro-Québec et avec
les entreprises pour séquencer comment on peut retarder certains projets. Et on
fait un choix aussi, parce que le PL n° 2, vous savez, a remis la
décision sur les épaules du gouvernement, on va devoir choisir des projets
entre-temps, donc on travaille étroitement avec Hydro-Québec pour, idéalement,
tout faire les projets. De 20 000, on a dit qu'il y en a 10 000 qu'on
veut faire. On va essayer de tout faire dans les prochaines... prochains trois à
huit ans.
M. Kelley :
Merci, M. le ministre, pour la réponse à la question. Dans le cahier des
crédits... parce que vous avez parlé de plusieurs différents projets, mais,
dans le cahier des crédits, à la question n° 31, il y a une réponse que
vous avez dit qu'il y a huit projets, présentement, sur votre bureau. Est-ce
que c'est possible, les huit dossiers... excusez-moi, ceux sur votre bureau,
est-ce que vous êtes capables de fournir une liste? Et est-ce que, dans votre stratégie pour accorder des blocs qu'il reste,
vous... votre approche va être une qui est Québec d'abord, qui va prendre
soin des priorités de nos entreprises ici, au Québec, qui veut faire la
transition énergétique puis avoir une empreinte de zéro carbone dans les
prochaines années?
M. Fitzgibbon :
Premièrement, juste pour... le chiffre change à tous les jours, vous allez
comprendre, le nombre de dossiers sur notre
bureau, en haut de cinq mégawatts, est à peu près de 75, aujourd'hui, là, ce
n'est pas 11, c'est 75, première... première partie de la réponse.
Deuxième partie de la réponse, non, vous n'aurez pas la liste, parce que la
liste ne sera jamais disponible parce que, d'une part, il y a des secrets
industriels qui sont liés à ces projets-là; d'autre part, c'est très sensible
au niveau commercial et, d'autre part, il y a des clauses de confidentialité
qui sont signées avec Hydro-Québec. Donc, la liste, vous ne l'aurez pas.
M. Kelley :
Alors, quand même, d'avoir un pourcentage, si c'est... les dossiers sur
votre bureau, ce sont les entreprises de
Québec, ce n'est pas possible, est-ce que vous pouvez faire un «breakdown» pour
nous pour bien s'assurer que c'est
des entreprises du Québec qui ont vraiment en priorité pour l'énergie verte qui
reste ici, au Québec, dans notre portfolio, et les mégawatts qu'il
reste, M. le Président?
M. Fitzgibbon :
Juste une clarification. Quand vous dites «de Québec», vous parlez de
Québec, l'ensemble du Québec, pas la ville de Québec? OK. Bon, effectivement,
écoutez, je vais vous... je vais vous confirmer que nous avons décidé... Le
seul cas où nous pourrions exporter de l'électricité... Il y a deux cas, en
fait. Le premier cas, c'est des contrats qui ont été signés avec Boston et New
York, contrats qu'on va respecter, évidemment. Deuxièmement, on avait une décision à prendre au niveau de
l'hydrogène. L'hydrogène, évidemment, ce n'est pas de l'énergie, mais c'est
de l'énergie qui est convertie en «ammonia»,
généralement, de l'ammoniac. Alors, on a décidé, dans la politique qui a été mise en place pour l'octroi d'énergie verte
pour de l'hydrogène, que nous ne permettrons pas l'exportation d'hydrogène.
Donc, on veut consommer l'hydrogène, celle qu'on va produire ici, au Québec,
sauf pour des projets qui auraient été accordés
avant l'entrée du PL n° 2. Donc, tous les projets... longue
réponse... longue réponse, tous les projets, c'est de l'énergie qui va
être utilisée par le... par les entreprises québécoises pour soit décarboner ou
soit créer de la richesse.
M. Kelley : OK. Alors, M. le
ministre, c'est... on a vu, là, l'exemple de Volkswagen, qui a décidé de
s'installer ailleurs au Québec, mais, sur ces projets-là qui veut... les
entreprises qui veut bâtir, peut-être, une usine ici, est-ce qu'eux autres vont
avoir priorité sur les mégawatts qu'il reste ou est-ce qu'on va mettre en
priorité les entreprises qui sont déjà installées ici, au Québec, les
entreprises québécoises qui ont besoin de cette énergie? Je pense, ça, c'est
important, je pense, ça, c'est... le Québec, on veut un petit peu plus de
transparence sur cette question.
Alors, je comprends,
le ministre dit : On ne peut pas avoir une liste détaillée, mais, au
minimum, je pense que c'est important d'avoir un chiffre, un pourcentage de
combien de ce bloc qui reste va aller directement à des entreprises québécoises avant qu'on considère des projets des
entreprises qui viennent de l'étranger. Je pense, ça, c'est une chose que le ministre peut faire pour nous
ici, aujourd'hui ou dans les prochains jours, pour rassurer les entreprises
du Québec.
• (11 h 40) •
M. Fitzgibbon :
M. le Président, ce qu'on va
faire... d'ailleurs, parce que, juste donner un peu la couleur de ce qui se
passe, ça va être important pour que la population comprenne, c'est que... bon,
avec le PL n° 2, vous vous rappelez que tous les projets en
haut de cinq mégawatts, la décision est maintenant prise par le gouvernement.
Et ce n'est pas un caprice du ministre de
l'Économie, c'est tout simplement Hydro-Québec qui nous a demandé, à la demande
d'Hydro-Québec, de transférer le pouvoir décisionnel au gouvernement parce que
nous allons avoir des choix à faire, et les
choix vont avoir des critères qu'Hydro-Québec n'a pas nécessairement en
connaissance de cause. Première chose.
Deuxième chose, nous,
depuis que le PL n° 2 a été approuvé — il a un nouveau...
nouveau nom de projet de loi — il y a eu, en fait, 17 projets qui
ont été refusés parce que, techniquement, Hydro-Québec ne pouvait pas les
connecter. Volskwagen, c'est un exemple, on ne peut pas le faire; quand même
que le ministre de l'Économie aurait dit «on veut le faire», c'est impossible.
Donc, il y a des projets qui ont été refusés depuis l'adoption du
PL n° 2 parce qu'on ne peut pas le faire.
Ceux qu'il reste
aujourd'hui, ça va augmenter... il y en a 74. Ces 74 projets là, on n'a
pas pris de décision encore, parce que,
justement, c'était important d'avoir des critères qui sont solides. Et on a
finalisé, en fait, cette semaine, l'établissement de ces critères-là. Et
je m'engage à ce que, sur le site du MEIE, la semaine prochaine, les critères
de sélection vont être disponibles. Donc, le premier critère va être,
évidemment : est-ce qu'Hydro-Québec est capable de connecter, oui ou non?
Si c'est non, c'est fini, la réponse, c'est non; si c'est oui, il y a d'autres
critères qui vont être établis.
Je
vais donner les grandes lignes, là, puis vous pourrez, la semaine prochaine,
les consulter sur le site Web. L'impact
Hydro-Québec, le coût, parce que souvent, quand on parle de nouveaux projets,
il y a des coûts d'équipement, des coûts, souvent, de transport. Alors,
il faut évaluer ces coûts-là, qui va les payer et comment ça va se traduire en
termes de projets. L'impact économique, évidemment, est très important pour
nous. L'impact régional, nous sommes un
gouvernement de région, favoriser les régions, c'est important aussi.
Évidemment, la question de la réduction des GES est un des critères. Il
faut que le projet soit aussi acceptable socialement puis qu'il y ait... il
faut qu'il y ait une cohérence gouvernementale aussi sur les priorités du
gouvernement. On en a parlé amplement durant la période de crédits sur l'Économie, par exemple, la filière
batterie va avoir, évidemment, beaucoup de support, comme d'autres filières importantes,
l'aluminium et autres. Donc, les critères vont être publics sur le site Web en
partie, là, les gros thèmes des critères.
Et, pour conclure ma
réponse, quelque part en juin, fin juin, la première batch de projets qui est
sur notre bureau, on va l'adresser, on va
regarder ça. On en a à peu près une vingtaine, de projets qu'on va regarder à
partir des critères que je viens d'expliquer.
M. Kelley :
Merci beaucoup, M. le ministre. Et, sur la filière batterie et votre
vision... et je suis d'accord avec les minéraux stratégiques, et tout ça, c'est
mieux de faire ça ici, au Québec, que d'avoir des importations qui vient des
autres juridictions où il n'y a aucune réglementation dans le secteur minier,
c'est mieux de faire ça dans nos régions du Québec que d'importer des choses
ailleurs, mais est-ce que nous avons le jus? Est-ce que nous avons l'énergie
pour s'assurer qu'on peut développer cette industrie ici, au Québec, et de
créer des jobs payants ou est-ce que le fait qu'on a une... qu'on a des
mégawatts qui sont vraiment limités, présentement, est vraiment un risque à le
développement de votre vision, M. le ministre?
M. Fitzgibbon :
Premièrement, la question est très bonne, parce que, si on... aujourd'hui,
on acceptait tous les projets qui sont reliés à la batterie, on aurait besoin
d'entre 3 000 et 4 000 mégawatts d'ici 2028. Nous ne pourrons
pas accorder 4 000 mégawatts à la filière batterie, parce qu'il y a
des gens qui veulent décarboner puis il y a des gens aussi qui veulent faire
d'autres projets intéressants. On va faire des choix et, les choix qu'on va
faire, on va prendre les projets prioritaires, mais il va y avoir assez
d'énergie à Bécancour pour avoir un projet structurant qu'on n'a pas vu depuis
20 ans au Québec. Alors, je suis confortable avec ça.
Et les autres projets
qu'on ne peut pas faire aujourd'hui, ce qu'on va faire avec les sociétés, on le
fait déjà, on leur dit : Pouvez-vous retarder le projet peut-être d'un an,
ou deux, ou trois ans? Et en fait l'attraction du Québec, présentement, à
l'international est telle qu'il y a des gens qui vont être capables de
dire : Oui, on va attendre un an ou deux parce qu'on veut être au Québec
parce que vous avez de l'énergie renouvelable. Alors, moi, je pense qu'on est
capables de composer avec ça et je suis très satisfait de ce qu'on peut faire,
actuellement, avec les... l'énergie qui est disponible.
M. Kelley :
Merci, M. le ministre. Le premier ministre, souvent, répète un chiffre,
l'entente avec New York. Ça va enlever combien des chars du gaz au New York,
encore?
M. Fitzgibbon :
Du gaz?
M. Kelley :
Oui, ils parlent souvent qu'ils ont enlevé des autos de gaz. Il y a comme
un équivalent de GES qu'on va réduire pour le New York.
M. Fitzgibbon :
On transfère 10 térawattheures d'énergie durant l'année, ça équivaut
200 000 voitures... pas 200 000... je n'ai pas le chiffre exact,
là, ça n'a pas d'importance.
M. Kelley : Parfait. Ça... alors,
c'est... un chiffre environ. Et l'entente avec New York, ça va enlever combien
de gaz... des chars de gaz ici, au Québec, ça va sauver nous combien de GES?
M. Fitzgibbon :
Excusez, je n'ai pas compris la question.
M. Kelley : Alors,
ici, au Québec, l'entente que nous avons faite avec le New York, on parle que
sont enlevés un certain nombre de GES
à New York, mais ça va enlever combien des GES pour nous ici, au Québec? Et
est-ce que, peut-être, en révision,
les térawatts qu'on a accordés à New York dans ce temps étaient... peut-être
mieux servir à des Québécois, de mettre des Québécois avant les
Américains?
M. Fitzgibbon :
Bon, premièrement, il faut regarder les deux contrats, Boston, New York. Il
faut regarder la stratégie d'Hydro-Québec,
pourquoi ces contrats ont été accordés. Une des raisons importantes, c'est
l'interconnexion des différents réseaux en Amérique du Nord. Un des
problèmes qu'on a en Europe, puis pourquoi ils ont beaucoup de difficultés,
c'est qu'il n'y a pas de réseau interconnecté, parce qu'idéalement tu prends le
vent de la Norvège, tu prends le soleil du Portugal puis tu prends le nucléaire
de la France, tu mets tout ça ensemble. Ce n'est pas possible. Alors,
Hydro-Québec a décidé, à juste titre, selon moi, de commencer à avoir un réseau
intégré plus large dans l'est des... de
l'Amérique du Nord. Et moi, je pense qu'un jour Hydro-Québec va être la
batterie de l'est de l'Amérique du Nord.
Maintenant,
les térawatts envoyés à New York qu'on n'a pas de disponible ici,
effectivement, ils pourraient être alloués à d'autres personnes, mais en même
temps il ne faut pas oublier qu'on va importer aussi de l'électricité. Alors,
moi, je pense que, sur une base nette, ça a été une bonne décision de la part
d'Hydro-Québec.
M. Kelley :
Je sais que, dans les différents cahiers, on parle un petit peu de cette
question, que l'importation d'énergie, particulièrement sur le point... Est-ce
que ça vous inquiète un petit peu que, l'année prochaine, plusieurs Québécois
vont acheter des chars électriques, plusieurs personnes vont faire le choix
d'avoir leur maison chauffée par l'électricité en place du gaz, ou ils vont
faire les choix d'être plus responsables eux-mêmes? Est-ce que le ministre
pense que ça va être possible qu'on va être obligés d'importer plus
d'électricité des autres juridictions et peut-être de l'énergie qui vient de le
gaz naturel ou des autres sources d'énergie?
M. Fitzgibbon :
Oui, c'est une question très importante, et vous avez raison. Il y a deux
choses au niveau de la gestion de l'énergie : il y a l'énergie propre, là,
comme telle, la source d'énergie, puis il y a la gestion de la puissance. Ce
que vous référez, c'est la gestion de la puissance, et vous avez absolument
raison que, si on veut avoir 2 millions de véhicules électriques d'ici
2030, qui est le souhait de notre ministre de l'Environnement...
D'ailleurs,
j'espère que le collègue de Québec solidaire est allé le rencontrer hier, parce
qu'il posait des questions sans arrêt, avant-hier, sur les questions que
le ministre Charette avait à répondre, donc j'espère que ça a été résolu.
Pour répondre à votre
question à vous, il faut effectivement gérer la puissance, et effectivement on
va penser à, probablement, des batteries multidirectionnelles. On va penser
peut-être dire aux gens : Vous ne chargez pas votre voiture à
5 heures le soir pendant qu'on lave les enfants, pendant qu'on fait à
manger. Et Hydro-Québec a annoncé récemment, Mme Brochu, avant son départ,
qu'elle voulait augmenter l'efficience énergétique de huit térawattheures à
25 térawattheures, qui inclut gestion de puissance puis qui inclut aussi
gestion de l'énergie. Vous avez absolument raison, il faut faire des choses...
il faut changer le comportement des consommateurs, autant commerciaux que résidentiels, pour permettre d'avoir une gestion
de puissance qui empêche d'importer à des tarifs beaucoup trop élevés.
M. Kelley :
Puis est-ce que c'est correct à dire que le... pour l'avenir, pour la suite
des choses, les Québécois vont être probablement obligés de payer de plus en
plus pour leur électricité?
M. Fitzgibbon :
On n'est pas encore rendus à ça. Vous avez sûrement vu passer le processus
de consultation énergétique, quelque chose qu'on prend très au sérieux, et je
pense que le processus qu'on a lancé la semaine passée était très sérieux et
très... il va être très profond. Il y a des rencontres qui vont avoir lieu, il
y a des consultations, des mémoires qui vont
être déposés, on va prendre l'été à regarder ce que les gens vont nous dire.
Bien, il faut effectivement regarder, dans la consultation, trois
choses : l'offre et la demande, comment est-ce qu'on va allouer nos
électrons; le deuxième, c'est la
tarification, qui est un élément très important; et la troisième, c'est la
gouvernance. Donc, au niveau de la tarification, il va falloir peut-être, je
dis «peut-être», ajuster la tarification pour que les comportements, autant des
entreprises, en passant, que les individus, soient adaptés aux besoins
d'énergie puis aussi aux gestions de puissance, qui va devenir un enjeu
de plus en plus grand.
M. Kelley : Merci beaucoup, M. le
ministre. Je pense... Est-ce que je peux ajouter le temps? Parce qu'il y a
comme 50 secondes qu'il reste.
Le Président
(M. St-Louis) : Vous disposez toujours de
1 min 20 s.
M. Kelley : 1 min 20 s.
J'ai eu un échange avec votre collègue ministre responsable des Ressources
naturelles. Puis je sais que, dans les prochaines couples des années,
33 mines vont être mises en ligne. Puis présentement, avec tous les claims
miniers partout au Québec, on sait qu'il y a un grand intérêt pour
l'exploration et exploitation des minéraux
ici, au Québec. Mais ça va prendre combien d'énergie, exactement, pour presque
doubler notre industrie minière dans les prochaines années?
M. Fitzgibbon :
Je n'ai pas la réponse, parce que, vous avez raison, il y a 21 mines
opérantes aujourd'hui, au Québec, 33 en développement, pour la plupart duquel
on n'a aucune idée s'il y a du minerai, pas de minerai, puis on n'a aucune idée
du niveau de concentrateur qui est requis pour extraire les mines. Donc, la
réponse à votre question est impossible à trouver.
M. Kelley :
Et, pour les 33 projets qui sont déjà évalués, qui sont bien
identifiés, est-ce qu'on a une idée ça va prendre combien d'énergie pour ces
projets-là?
M. Fitzgibbon :
Je me suis mal exprimé, je m'excuse. Je disais qu'il y a 21 projets en
opération pour lesquels il y a des connexions, 33 à l'étude, mais on n'a pas la
ventilation des 33, lesquels sont près d'être approuvés ou non. Puis il y a des
projets qui n'ont même pas encore fini l'exploration minière, donc on n'a pas
d'idée encore.
M. Kelley :
Parfait.
• (11 h 50) •
Le
Président (M. St-Louis) : Alors, merci, M. le ministre. Merci, M.
le député. Le temps alloué à ce bloc d'échange
étant écoulé, je suis maintenant prêt à reconnaître une première intervention
du deuxième groupe d'opposition. M. le député de Maurice-Richard,
la parole est à vous, vous disposez de 9 min 5 s.
M. Bouazzi : Merci beaucoup, M. le
Président, toujours très heureux de faire partie de cet exercice démocratique
qui fait suite à un certain nombre d'échanges qu'on a eus, M. le ministre et
moi, durant lesquels j'ai fait beaucoup d'efforts pour comprendre, en fait,
quelles étaient les métriques qu'on pouvait déjà avoir sur les objectifs
de diminution de gaz à effet de serre, et où, malheureusement, j'ai eu très peu
de réponses.
Parmi elles, quand
même, le ministre nous a dit que la stratégie batterie ne s'insérait pas dans
la politique de diminution de gaz à effet de
serre au Québec. Hier, on a eu le PDG d'Investissement
Québec qui nous a dit qu'il y avait
700 millions sur plus de 10 milliards d'investissements qui
accompagnaient les compagnies à diminuer les gaz à effet de serre, mais
nous n'avions aucune métrique sur comment est-ce que ça participe à diminuer
les gaz à effet de serre pour obtenir le 37,5 % qui est décrit dans la
stratégie, qui, je le rappelle, dans le... sa description actuelle, ne décrit
que 50 % des moyens que le gouvernement se dote pour atteindre cette cible
de 37,5 %, qui est elle-même inférieure à la cible d'au moins 50 %
décrite par le GIEC pour rester dans les limites du 1,5°.
Ça fait que j'essaie
toujours de comprendre, effectivement, les métriques. Je suis un ingénieur de
formation et je dois avouer que j'aime beaucoup les équations, et c'est une
équation compliquée qu'on a à résoudre. Quels sont les objectifs de diminution
de gaz à effet de serre associés à l'efficacité énergétique d'ici 2030, M. le
ministre?
M. Fitzgibbon :
Bien, écoutez, je vais vous répondre comme hier, là, ça... vous êtes à la
mauvaise commission, là. Je pense que mon collègue ministre de l'Environnement
est un expert en la matière, il va sortir son rapport bientôt, il a toutes les
matrices... les métrices... les «metrics», je m'excuse, pour arriver à ça.
Investissement Québec... vous avez posé la question, hier, à M. LeBlanc,
on a des projets, on contribue à la réduction des GES. Le ministère de
l'Environnement expose... ou utilise ces données-là pour arriver avec ces
calculs, donc vous lui poserez la question.
Maintenant, la
question pour ici, c'est que, comme j'ai dit, l'allocation des électrons qu'on
va faire dans les prochaines années va être doublement incluse au niveau des...
Je m'excuse, je me suis mal exprimé. On va se servir de deux critères : réduction de GES, d'une part, et, d'autre part,
création de richesse économique. Pour les GES, notre objectif, c'est
37,5 % des GES de 2030, on parle de 30 mégatonnes. Et M. le ministre
de l'Environnement a une idée de comment on va arriver à ça. Entre autres, il a
fait l'annonce du 2 millions de véhicules électriques, 2030, c'est une
partie des éléments. On travaille avec les industries pollueuses du Québec, mon
collègue à ma droite, on travaille sur des programmes pour les inciter à
décarboner. On calcule ça, on les envoie au ministère de l'Environnement. Donc,
on a un plan, puis je vous suggère...
M. Bouazzi :
Je comprends, M. le ministre. Je ne me suis pas trompé de commission, on parle
d'énergie, et l'efficacité, et, justement, l'efficacité énergétique. Je suis
étonné que vous pensiez que ce n'est pas votre rôle d'avoir une idée sur les
objectifs associés à l'efficacité, surtout que dire qu'on a besoin d'un
demi-Hydro-Québec... permettre à
Hydro-Québec de faire des projections, évidemment, sans rattacher à la question
d'efficacité. Je comprends que vous n'avez pas... vous n'êtes pas capable de
nous dire combien est rattaché à l'efficacité. Vous avez parlé plusieurs
fois de sobriété énergétique. Quels sont les objectifs chiffrés de sobriété
énergétique que vous donnez jusqu'à 2030?
M. Fitzgibbon :
On a travaillé avec... évidemment, avec Hydro-Québec. Et vous vous rappelez
peut-être, Mme Brochu, avant son départ, a identifié quatre pistes de
solution pour augmenter les sources énergétiques. La première, qui est la plus
valable, en fait, puis la plus productive pour le Québec, c'est l'énergie qu'on
ne consomme pas. Alors, dans le plan
stratégique d'Hydro-Québec, ils avaient identifié 8,9 térawattheures
d'efficience énergétique, elle a augmenté ce chiffre-là à
25 térawattheures. Bon, on parle ici... on parle de gestion de différents
nouveaux équipements. On peut parler de thermopompes, on peut parler
d'avoir une meilleure efficacité dans le code du bâtiment, par exemple, pour
nos vieilles édifices. Alors, écoutez, ça, ça ne réduit pas les GES, sauf que
ça va permettre de générer des mégawatts pour utiliser dans des entreprises
qui, elles, vont réduire les GES, donc tout ça est relié. Et je pense que le
25 térawattheures, qui est l'objectif d'Hydro-Québec pour 2030, est
ambitieux, et, moi, on va... nous, comme gouvernement, on va tout faire pour
les aider à y arriver, parce ça va nous aider, nous, à supporter les
entreprises.
M. Bouazzi : Le 25 térawattheures
est associé à de l'efficacité énergétique. En matière de sobriété énergétique,
est-ce que vous avez un chiffre?
M. Fitzgibbon :
Non.
M. Bouazzi :
On a effectivement signé un gros contrat avec New York qui nous prive d'une
partie de l'électricité. Une des conclusions du BAPE, c'est qu'on était en
train de signer ce contrat-là, alors que, justement, on n'avait pas de plan qui nous permettait de savoir, en fait, si c'était
une bonne idée ou pas, étant donné qu'on va manquer d'électricité dans
pas longtemps. Est-ce que vous seriez prêts à reconsidérer le contrat de
Boston, qui aujourd'hui a un peu du mal, et
de dire : Bien, on va peut-être attendre d'avoir les consultations,
comprendre les tenants et aboutissants du projet de loi que vous allez
déposer en septembre et de mettre tout ça sur pause?
M. Fitzgibbon :
...je pense qu'il est trop tard pour faire ça. Il y a eu beaucoup, beaucoup
de travail fait par Hydro-Québec, beaucoup de travail que... pour lequel je ne
suis pas au courant, je dois avouer, ça fait juste quelques mois que je suis, maintenant, responsable de
l'Énergie. Il y a des ententes légales qui ont été signées. On a...
Hydro-Québec a gagné avec... le cas a été judiciarisé, il n'est pas tout
à fait fini, à ce que je sache. Je pense qu'il est trop tard pour ça.
Maintenant, ce qu'on...
M. Bouazzi : On va continuer à
se battre pour pouvoir signer le contrat. Je comprends, actuellement, il y a
des enjeux juridiques, et ce que vous dites, c'est : N'attendons pas,
continuons à nous battre juridiquement pour pouvoir signer le contrat. C'est ça
que j'entends.
M. Fitzgibbon : En fait, les
engagements qui ont été pris — nous, on est un... on est un gouvernement
responsable — ont
été pris par Hydro-Québec vont être respectés.
M. Bouazzi : C'est bon.
Actuellement, vous avez dit qu'effectivement un... Est-ce que, d'abord, on est
d'accord qu'un kilowattheure pas consommé coûte moins cher qu'un kilowattheure
produit?
M. Fitzgibbon : Absolument.
M. Bouazzi : Actuellement, des
personnes... Aujourd'hui, si on démarre un gros projet pour commencer à isoler,
à améliorer les efficacités énergétiques des maisons, si on décide, par
exemple, d'isoler ou d'améliorer, mettre des
thermopompes dans 1 million de maisons par an pendant 10 ans, en
mettant 1 milliard par an, on est capables de faire deux choses : un, économiser à peu près
14 600 mégawatts... 14 000, oui, exactement, et, de l'autre
côté, évidemment, gérer le problème
de la pointe, qui est un des gros problèmes qu'on a à gérer, qui est... en
comparaison aux 4 000 mégawatts dont on a besoin... en éoliennes, pour produire les 1 500 mégawatts
en période de pointe, coûterait... donc les éoliennes coûteraient trois fois
plus cher. Seriez-vous ouverts à démarrer de gros... de grosses corvées
d'isolation et d'installation de thermopompes dans des centaines de milliers de
foyers annuellement pour pouvoir gérer cette situation?
M. Fitzgibbon : Je suis
d'accord sur le principe. Je pense que le chauffage est un élément très
important pour la consommation
d'électricité. Je suis d'accord que l'utilisation de thermopompes doit être
considérée. Maintenant, les chiffres que vous avez mentionnés, il va
falloir que j'y réfléchisse, là... Des milliards... thermopompes, ça... ils
vont coûter cher les thermopompes, là, si
on... le volume comme ça, mais le principe qu'on encourage l'utilisation de
thermopompes dans les maisons, je suis 100 % d'accord, et
Hydro-Québec, d'ailleurs, aussi.
M. Bouazzi : Donc, juste pour
être clair — d'ailleurs,
je pense que je me suis mêlé — donc, si on met 10 000 $ par
résidence et si on touche 1 million de résidences pour mettre des
thermopompes, justement, ça ferait 10 milliards sur 10 ans, et puis
ça nous permettrait d'isoler 1 million... en fait, d'améliorer
l'efficacité énergétique de 1 million
de maisons. Actuellement, il y a le tiers des personnes qui vivent... à revenus
pauvres, en fait, sont propriétaires de
leur maison et sont incapables de faire ces travaux-là, et il serait plus
judicieux d'effectivement distribuer de l'argent à des personnes moins nanties pour ces... installer des thermopompes que
de faire des appels d'offres pour des éoliennes pour ce
1 500 mégawatts de puissance qu'on économiserait. Donc, on vous
demande humblement d'ouvrir cette porte-là.
On comprend que c'est important pour vous de construire des nouvelles
éoliennes, mais on pense qu'en parallèle il faudrait absolument
commencer à une grosse corvée énergétique d'isolation des maisons.
Le
Président (M. St-Louis) : M. le député, je suis désolé, le temps alloué à ce
bloc d'échange est malheureusement écoulé.
M. Bouazzi : Il n'y a pas de
problème.
Le Président (M. St-Louis) : Donc,
je suis maintenant prêt à reconnaître le porte-parole de... de l'opposition officielle, pardon, pour un second bloc d'échange.
M. le député de Jacques-Cartier, la parole est à vous, vous disposez de
18 minutes.
• (12 heures) •
M. Kelley : Merci,
M. le Président. M. le ministre, je sais que vous avez lu les... le journal ce
matin, puis il y a un sondage qui parle de l'enjeu d'enterrer des lignes
de transmission. Nous avons eu un échange pendant la période des questions. Il
y a eu une tempête de verglas qui a touché plusieurs régions du Québec en
avril, puis l'année passée dans Lanaudière. Alors, c'est quelque chose, pour
les Québécois, qui demeure important. Chaque fois que des gens perdent du
courant, l'électricité pour plusieurs jours, jours, c'est une perte de toute la
nourriture qui était dans le frigo. C'est, des fois, les inondations dans le
sous-sol. Ça, ça vient avec des coûts de reconstruction, on a une prime
additionnelle pour les gens qui doivent payer plus pour l'assurance après. Bref,
on a eu une discussion.
On a déposé une motion... bien, excusez-moi,
j'ai déposé une motion qui a été acceptée par tout le monde, puis on a parlé de
le fait qu'il faut... envisager un petit... la façon de... plus soutenue
l'enfouissement des fils électriques. Alors, on sait que c'est une des
solutions. Il n'y a aucune personne qui parle de mur-à-mur, on ne peut pas
enterrer toutes les lignes d'Hydro-Québec, ça, ce n'est pas possible. Mais
encore est-ce qu'il y a une façon que le gouvernement
du Québec peut regarder des programmes pour aider les municipalités d'enterrer
des lignes de transmission existantes et aussi de
continuer d'aider des nouveaux développements de prendre cette décision
également? Parce que c'est évident que, pour les Québécois, c'est une
préoccupation, ils pensent que c'est une solution. Puis est-ce que le ministre
peut rassurer la population qu'au minimum nous, ici, à l'Assemblée nationale,
nous sommes à l'écoute?
M. Fitzgibbon :
Bien, écoutez, effectivement, je pense que l'enfouissement est une... avec
ce qu'on a vécu avec la crise du verglas, est un enjeu très pertinent à
discuter. D'ailleurs, cet après-midi, si vous avez la chance, il va... il y a
quelqu'un en arrière de moi, d'Hydro-Québec, qui est l'expert en enfouissement,
Régis Tellier, alors il va pouvoir répondre aussi. Je vais essayer de répondre
du mieux de ma connaissance.
Alors, écoutez,
premièrement, au Québec, présentement, on a 10 % à 15 % déjà enfouis;
à Montréal, on a plus que 50 %, je pense que c'est pour 55 % ou
59 %. Quand on discute avec Hydro-Québec, avec des municipalités, il est
clair que, quand on parle de nouveaux développements, par exemple, ça devient
logique, probablement, de dire : On va enfouir. Sauf, il faut faire
attention parce que, vous l'avez dit, l'enfouissement, ce n'est pas juste le
fil qui s'en va dans la terre, il y a tous les équipements qui vont avec, ça
coûte très cher.
Bon,
quand ça coûte très cher, on peut dire : Qui va payer pour ça? La
question... il y a trois choix... en fait, il y a deux choix, c'est...
ultimement, c'est la population. Ils vont-tu payer parce que la maison va être
plus dispendieuse, le promoteur va payer pour l'équipement? Est-ce que
c'est la ville qui va dire : On va payer pour, on va augmenter, donc, nos
taxes municipales? Ou, si on dit : Non, c'est Hydro-Québec qui paie, ça ne
rentre pas dans la base tarifaire, mais, bon, on a Eric Girard, au ministère
des Finances, il va avoir 1 milliard, 2 milliards de moins de
dividendes. Peut-être c'est correct, peut-être qu'on va dire : On a un
dividende réduit d'Hydro-Québec, mais on va couper dans d'autres missions
sociales de l'État. Alors, je pense, c'est une question qui est importante.
Puis effectivement il
y a beaucoup de gens qui réclament que, si on enfouissait tout, on aurait... on
pourrait résoudre tous les maux potentiels, futurs pour des pannes, mais il y a
d'autres considérations, le coût... parce qu'ultimement on va payer pour comme
société. Puis il y a aussi le fait que ce n'est pas toujours la solution la plus...
la meilleure au niveau optimal parce que, premièrement, la durée de vie... j'ai
appris ça moi-même en parlant à Régis, la durée de vie d'un réseau souterrain
est moins grande qu'un réseau aérien, donc ça coûte plus cher, en plus, pour le
remplacer et, dans des détections de problématiques, souvent, bien, c'est plus
compliqué parce qu'on ne sait pas où aller. Alors... Mais la question se pose
et je pense que ça mérite de regarder. Hydro-Québec est très consciente de ça
et va travailler. Puis est-ce que le gouvernement va faire un programme pour
les municipalités pour réduire le coût d'enfouissement? Peut-être, mais on va
couper ailleurs.
M. Kelley :
Parfait. Puis, je pense, c'est important aussi, et je vais prendre le temps
de poser des questions à Hydro-Québec, mais c'est de regarder, parce que,
encore, on s'est lancés... un des anciens PDG a utilisé le chiffre de
100 milliards, mais... encore, on ne parle pas d'enfouissement de toutes
les lignes de transmission au Québec, mais peut-être des études qui... où on
peut mettre de l'avant certaines régions où peut-être c'est le meilleur choix
puis juste encore mettre ça dans l'espace public pour les gens de comprendre.
Et c'est sûr qu'il y a un coût lié avec ça, mais on est déjà en train de
discuter l'adaptation des changements climatiques, alors, si on va avoir des
tempêtes plus intenses et extrêmes, c'est sûr que ça va être partie le
portfolio pour la résilience du... le réseau.
Puis, M. le ministre,
je vais maintenant aller sur une autre question sur le réseau. Vous avez eu un
échange avec mon collègue, la semaine
dernière, sur le projet de Volkswagen à Bécancour, puis ça, c'est peut-être un
exemple où... avec des projets où le gouvernement n'est pas capable de
connecter une entreprise et une réalité. Alors, en 2022, c'était évident
que le bloc d'énergie qui était nécessaire pour le projet de Volkswagen était
dans un autre coin du Québec où ce n'était pas le meilleur endroit à choisir
pour le projet de Volkswagen. Dans l'avenir, comment on peut mieux préparer
notre réseau puis s'assurer que, s'il y a des blocs dans les coins, on peut
transférer cette énergie à un autre coin? Ce n'est pas aussi simple que ça,
mais, encore, je pense, ça, c'est un gros défi. J'imagine, beaucoup des usines
veulent... préfèrent d'être plus proches à la frontière avec les États-Unis ou,
quand même, avec l'Ontario, peuvent avoir l'accès des grosses autoroutes, alors
comment lui, il voit ça, pour le réseau, de s'assurer que les blocs d'énergie
qui existent, qu'il reste sont dans la bonne place, ou comment on va transférer
l'énergie d'un coin à l'autre? Ce n'est pas juste quelque chose qu'on
«flick»... qu'on flippe une switch puis c'est fait.
M. Fitzgibbon :
Madame... M. le Président, je m'excuse, M. le Président, mon sous-ministre
commence à avoir des cheveux blancs parce que c'est ça qu'on fait à tous les
jours avec nos collègues d'Hydro-Québec. Et il faut se rappeler un peu le
contexte. Moi, il y a un an et demi, deux ans, on avait des surplus jusqu'aux
genoux, hein, on était dans le trèfle jusqu'aux genoux, il n'y avait pas de
problème, et il est arrivé une hausse, tu sais, de projets. Comme je l'ai dit
tantôt, il y a eu un projet de 50 mégawatts en 23 ans, on en a
aujourd'hui plus de 50. Alors, oui, on a un problème, oui, on a un problème
important, un problème... un problème important... un problème qui est heureux
parce qu'on n'avait pas ces projets-là. On ne les a jamais eus, ces projets-là.
Alors, on est face, aujourd'hui, à une
demande de 20 000, j'ai dit plus que 20 000, mais ceux qu'on veut
vraiment faire, c'est 10 000, prenons un chiffre rond, 10 000.
Alors, effectivement,
il y a deux enjeux. Il y a l'enjeu est-ce que... Dans la piscine, nos
deux piscines, là, on a le Churchill
puis on a le Labrador, là, la Baie-James. On a-tu assez d'eau dans la piscine pour amener
l'énergie en bas? Oui, en partie. Il en manque. On travaille avec... le
Plan d'approvisionnement avec Hydro-Québec pour augmenter l'énergie avec de
l'éolien, du solaire, éventuellement, on a le GNR, la bioénergie. Ça fait qu'on
a un plan très, très clair pour augmenter le plus possible.
Maintenant,
quand c'est augmenté, où on amène les lignes? Vous avez absolument raison, des
lignes de transmission, premièrement, ça prend beaucoup de temps. On a
l'exemple de Volkswagen. Je me suis éventé à l'expliquer
à plusieurs reprises, nous avions l'énergie à la Baie-James, d'amener la
connexion qui était requise à Montréal aurait pris six, sept ans.
C'est ça, la réalité du transport de haute tension.
Donc,
on travaille présentement avec Hydro-Québec, parce qu'on a une carte qui montre
le 10 000 mégawatts, où ils sont situés dans le Québec, et on regarde
comment est-ce qu'on va séquencer l'augmentation des lignes de
transport, comment est-ce qu'on va séquencer l'arrivée de nouvelle énergie, et
on va peut-être essayer de trouver un moyen
pour l'éolien, par exemple, de le mettre près des utilisateurs. Alors, effectivement,
c'est un travail très complexe, qui est nouveau pour le gouvernement,
sur lequel on se penche très, très sérieusement.
M. Kelley :
Merci, M. le ministre. Et je sais que votre équipe travaille fort, ce n'est
pas... ce n'est pas simple, mais je pense que ce... M. le Président, c'est
important de souligner la prévisibilité. Puis c'était dans la Politique
énergétique en 2016, déposée par l'ancien gouvernement libéral, où on a
souligné qu'il faut augmenter de 25 % la production
totale des énergies renouvelables au Québec. En 2018, c'était le gouvernement
qui n'a rien changé de ce plan, alors c'était leur plan aussi. Alors,
c'était écrit un petit peu dans le ciel.
Alors,
M. le ministre, j'ai une question. On est maintenant rendus à 2023. En... 2030,
c'est pas mal demain. On va augmenter notre réseau de distribution,
notre capacité de fournir l'électricité par combien de mégawatts dans les
prochains sept ans?
M. Fitzgibbon :
... je n'ai pas entendu la question.
M. Kelley :
Alors, je reviens. Dans les prochains sept ans, combien de mégawatts
est-ce qu'on va ajouter? Et on va commencer
à produire de l'énergie renouvelable dans les prochains sept ans. C'est
quoi, vos prédictions? On va ajouter combien d'énergie à notre portfolio
entre ici et 2020... 2030?
• (12 h 10) •
M. Fitzgibbon : Je souriais au début, je
m'excuse, là, j'ai été peut-être impoli, mais je souriais parce que le ciel
doit être rouge, parce que, quand vous avez dit qu'on le savait en 2018, vous
n'aviez aucune idée, nous non plus. D'ailleurs, sous votre régime, il n'y a pas
eu de projet en haut de 50 mégawatts, donc dites-moi pas aujourd'hui que
vous saviez qu'on avait besoin de 50 mégawatts et plus. Première chose.
Deuxième chose,
clairement, la source énergétique sur laquelle on travaille va être
principalement l'éolien parce que nous avons un déséquilibre... ou, en fait, on
peut rééquilibrer le réseau en ayant un chiffre qui va être entre 5 000 et 10 000 mégawatts. Je vais
laisser les experts en arrière de moi, après-midi, répondre à la question,
M. Rhéaume est la meilleure
personne pour y répondre, mais il y a effectivement de 5 000 à
10 000 mégawatts d'éolien qu'on peut mettre en place qui va
travailler avec l'équilibre qu'on va avoir avec l'hydroélectricité.
Le
solaire, on risque d'avoir, probablement, une effervescence parce que les coûts
des panneaux photovoltaïques diminuent, le transport serait moins élevé,
on pense aux milieux urbains, par exemple. Puis on va regarder avec Hydro-Québec de faire des... un lancement d'appel
d'offres probablement juste pour le solaire. On travaille aussi avec,
évidemment, d'autres bioénergies parce que, pour décarboner, on peut utiliser
d'autre chose que l'électricité.
On parle d'hydrogène
aussi. Évidemment, l'hydrogène, c'est problématique parce que ce n'est pas une
source énergétique, c'est une utilisation. Donc, je n'ai pas le chiffre précis
parce que... Comme j'ai dit tantôt, on a 10 000 mégawatts
de projets d'ici sept à huit ans. On a, présentement, 1 000,
2 000 disponibles pour le côté industriel. Il y en manque, mais je pense qu'on est capables
d'augmenter sensiblement ce chiffre-là pour pouvoir livrer les produits.
Mais j'aimerais aussi
conclure en rassurant la population qu'on ne manquera pas d'énergie pour les
maisons, les résidences, ni pour le commercial. Tout ce qu'on parle, c'est le
côté industriel excédentaire. Et, encore une fois, je suis très surpris
d'entendre du Parti libéral qu'on aurait dû savoir en 2018 qu'on aurait
besoin d'énergie, alors que, pendant leur... pendant leur règne, il ne s'est
rien passé.
M. Kelley :
M. le ministre, je peux donc déposer le plan qui est la politique
énergétique qui a été faite en mai 2016. C'est sur le site Web, ça existe.
Je regarde quelque chose, je sais, je peux le déposer. Mais en 2016
c'était identifié qu'en 2030 on n'a plus de surplus puis il faut commencer
à planifier d'ajouter de l'énergie pour s'assurer qu'on peut faire la
transition, c'est écrit. C'est transféré pour le secrétariat dans quelques
instants, mais c'est quelque chose qu'on a identifié. C'est pourquoi on a
relancé le projet d'Apuiat, pour rajouter des mégawatts d'électricité. Puis,
encore, c'est juste... Entre 2018 puis maintenant, combien d'énergie a été
ajoutée, sauf pour le projet là? C'était quoi, les planifications pour les
autres? Maintenant on arrive, puis on dit : On a un problème, on a un
manque d'énergie. Ce n'est pas que cette réalité tombe de le ciel, c'était
identifié en 2016. Ça, c'est un problème, c'est un enjeu, parce que moi,
je veux créer des jobs payantes partout au Québec puis je veux attirer les
entreprises pour installer ici, au Québec. C'est important. Je veux que les
entreprises du Québec... qu'on ait accès à l'énergie verte produite ici, au Québec. Mais 2030, c'est demain,
puis je veux savoir, dans les prochains sept ans, la CAQ prend
l'engagement d'ajouter combien de térawatts d'électricité à notre
portfolio.
M. Fitzgibbon :
En quelle année?
M. Kelley : En 2030. Entre ici,
2023, à 2030, on va ajouter combien de térawatts d'électricité à notre
portfolio?
M. Fitzgibbon : On va essayer
d'en ajouter... on va essayer d'ajouter entre six et
10 000 mégawatts.
M. Kelley :
Puis ça va prendre, dans les prochaines... cette année, combien d'énergie
pour s'assurer que tout le monde... bien, on
ne va pas s'assurer, je m'excuse, je vais recommencer. Ça va prendre combien
d'énergie pour tous les chars électriques qu'on va ajouter à notre
flotte comme une société dans les prochains sept ans?
M. Fitzgibbon : Plusieurs térawattheures,
je pense, c'est trois, quatre térawattheures, là, sur 2 millions. Je
peux me tromper, là. Je vais vous... on va vous donner la réponse aussi.
M. Kelley :
Parfait. Puis, encore, pour les... tous les bâtiments du Québec, de
s'assurer que tout le monde est électrifié
puis que ce n'est pas nécessairement par le gaz — on le voit, les villes commencent à faire la
transition — est-ce que nous avons une idée ça va prendre combien
d'énergie dans les prochains sept ans pour les bâtiments, d'électrifier,
au Québec?
M. Fitzgibbon : Premièrement, on ne veut
pas électrifier les bâtiments, ça serait une erreur, là. Hydro-Québec a
lancé le programme de biénergie, qui est un programme très intelligent, qu'on
respecte beaucoup, programme qui permet d'aller à 70 %, qu'il y ait
30 % de gaz naturel, peut-être un jour GNR. Il y a un plan très précis.
D'ailleurs, Hydro-Québec a identifié sur le plan stratégique un chiffre de
100 térawattheures, 2050. Moi, j'avais argumenté que le chiffre va être un
peu plus élevé, probablement à cause des projets industriels, et peut-être un
peu accélérer, parce qu'on veut, comme
gouvernement, aller le plus rapidement possible au niveau des GES. Donc, on a
un plan très précis sur tous les systèmes, mais clairement nous ne
voulons pas, aujourd'hui, électrifier 100 % des bâtiments, ce serait une
erreur stratégique.
M. Kelley :
OK. Et aussi, juste encore, M. le ministre, vous n'êtes pas certain, pour
l'industrie minière, combien d'énergie ça va prendre pour ces projets-là parce
que les 33 ne sont pas nécessairement tous approuvés. Mais le point que je vais
essayer de faire, c'est juste... Je sais que devant vous, vous avez un enjeu
majeur, mais c'est pourquoi, sur notre
côté... ont demandé une discussion nationale. Puis j'ai hâte de voir qu'est-ce
qui va arriver après le ministre... mais le sommet que le ministre a
obtenu dans les prochaines semaines sera bien intéressant, mais je pense que...
c'est sûr qu'on est capables de réussir, mais il y a un gros défi devant nous.
Puis encore, M. le
ministre, je veux juste poser la question. Vous avez mentionné des critères qui
vont être mis sur le site Web dans les prochaines semaines, prochains jours.
Concernant les impacts économiques, la chose qui est le plus important pour vous, est-ce que c'est le nombre des emplois
qui sont créés, est-ce que c'est plus une question des salaires qui est
plus intéressante, un mélange des deux ou... Je veux juste entendre le ministre
là-dessus.
M. Fitzgibbon : Bien oui. Non, ça,
c'est... Dans les critères qu'on regarde, effectivement, il faut avoir des
critères parce que ça peut... ça peut devenir très complexe. Je dirais
qu'un des critères est clairement l'atteinte des objectifs de réduction de GES.
On a commis... on s'est engagés pour 37,5 %. Encore une fois, mon collègue
ministre de l'Environnement suit ça sur une base trimestrielle. Donc, il faut
être capables... Parce qu'on sait que les GES, c'est 43 % en transport, c'est près de 25 % pour les industries,
combustions et processus, donc c'est beaucoup au niveau du ministère de
l'Économie où ça va se faire. Alors, on doit clairement avoir ça comme critère.
Maintenant, pour
l'autre critère économique, on est dans un environnement, comme vous savez, qui
est très différent. Ce n'est pas la création d'emplois comme telle, c'est le
rehaussement des niveaux salarial, et aussi toute la question du focus
industriel. Moi, je pense que le Québec est dans une situation privilégiée à
cause de l'énergie renouvelable, d'avoir des focus industriels, des chantiers.
Les zones d'innovation vont pouvoir attirer du talent, autant l'immigration économique que les gradués, nos jeunes qui vont
finir dans des collèges techniques ou universités. Donc, on veut polariser dans
des secteurs où on peut être des champions et où on peut avoir une pérennité en
termes de notre capacité d'exporter, par exemple ça va être le cas des
anodes puis des cathodes. Donc, c'est la productivité qui augmente la hausse
des salaires parce qu'on va être dans un environnement où la main-d'oeuvre va
être limitée.
M. Kelley :
Merci pour la réponse là. Puis je pense que la réponse sur la question de
la main-d'oeuvre est très, très intéressante. Je comprends, ce n'est pas votre
responsabilité, M. le ministre, mais, encore, quand je regarde des projets
ambitieux dans les différentes régions, je regarde certains de mes collègues,
on sait qu'il y a une pénurie un petit peu partout, alors je pose quand même la
question : Est-ce que nous avons la main-d'oeuvre nécessaire pour faire la
transition énergétique, pour bâtir les barrages, pour bâtir des différents
projets, pour bâtir une filière batterie ou
est-ce que ça va prendre encore une augmentation du nombre des immigrants? Je
pose la... je lance la balle parce que c'est
sûr que les demandes... si on veut bâtir toutes ces industries-là, ça prend des
gens pour travailler dans des secteurs-là. Ah! prochaine fois.
Document déposé
Le Président (M. St-Louis) : ...j'ai
bien reçu votre document, M. le député, et j'accepte son dépôt à la
commission.
Donc, je suis
maintenant prêt à reconnaître le porte-parole de la deuxième opposition. M. le
député de Maurice-Richard, la parole est à vous, vous
disposez de 8 min 51 s.
M. Bouazzi : Merci,
M. le Président. Il y a quelques mois, en fait à la fin de l'année 2022,
il y a plus d'une centaine d'associations
de la société civile, des syndicats, des chercheurs, qui ont demandé un BAPE
générique sur la question de la transition énergétique. Pourquoi vous y
êtes opposé?
M. Fitzgibbon :
Bien, premièrement, on lance une consultation qui est, à mon avis, très
sophistiquée. Nous avons... le 15 mai, si je me rappelle bien, là, on a
une journée, on a un cahier qu'on a envoyé à des participants, on a invité 80 personnes, on va finir,
probablement, une centaine. Il y a beaucoup de gens qui ont levé la main, des experts,
on va les recevoir. Au même moment, nous allons ouvrir la plateforme de
consultation, il y a un nom particulier, là, une
plateforme du gouvernement pour que les mémoires soient déposés, ceux qui
n'auront pas eu la chance de venir à la journée. On va rencontrer les communautés autochtones. Alors, on s'est
donné quelques mois. On va regarder, durant l'été, tous les... tout ce qu'on va
recevoir. On a des discussions, j'ai déjà commencé. Et l'idée, c'est qu'il faut
faire des amendements à la loi, autant
à la Régie de l'énergie qu'Hydro-Québec, des demandes, en fait,
qu'Hydro-Québec nous ont faites il y a un an ou deux.
Alors, un n'empêche pas l'autre. On doit
commencer, on doit... il y a des choses qui doivent être faites très rapidement si on veut être capables de générer
l'énergie renouvelable que nous voulons avoir dans le privé, Hydro-Québec,
comment qu'on va le transporter, mais ça n'empêche pas qu'il peut y avoir un
débat en parallèle plus large, des grandes messes, que j'appelle, qui peuvent durer
le temps que ça voudra.
• (12 h 20) •
M. Bouazzi : M.
le ministre, un BAPE aurait permis, justement, une vision non partisane, et des
recommandations non partisanes aussi
et transparentes, et un débat transparent. Actuellement, vous allez déposer un
des projets, probablement le projet le plus important de ce siècle, sur
la transition énergétique au mois de... en automne prochain et vous avez
effectivement décidé qu'il y aurait une journée d'échange et effectivement un
site Web sur lequel les gens pourront aller en plein mois de juin, en plein
été. Est-ce que vous êtes capable de nommer un projet de loi — vous
êtes législateur depuis déjà cinq ans — un projet de loi où la
commission préparatoire au projet de loi a duré seulement une journée?
M. Fitzgibbon : Vraiment, il faut...
il faut faire attention, là. Il y a eu... il y a plusieurs interactions. Ces
gens-là qui vont venir nous parlent depuis six mois. Il va y avoir des
plateformes qui vont être là pour le public, pour les sociétés civiles. D'autre
part, comme vous savez très bien, le fonctionnement, c'est qu'il va y avoir un
projet... il va y avoir un projet de loi qui
va toucher probablement quelques lois, dont la Régie de l'énergie, dont
Hydro-Québec, et après il y aura, évidemment, des consultations
particulières qui vont avoir lieu. Donc, il y a un processus...
M. Bouazzi : ...le projet de
loi déposé...
M. Fitzgibbon : Oui, puis on...
M. Bouazzi : Moi, j'ai
moi-même, quand j'étais dans la société civile, participé à des commissions
avant les projets de loi pour pouvoir réfléchir le projet de loi. Je pense que
c'est dans cette optique-là que vous faites ces consultations, sinon on se
demande pourquoi on les fait. Et, dans cet objectif-là, je suis curieux de
savoir si vous avez ne serait-ce qu'un exemple où il y a juste eu une
journée d'échange, physiquement, en commission. Je comprends qu'il y a des processus parallèles ici, dans nos processus
démocratiques, il y a des processus qui sont prévus. Le BAPE ne faisait pas votre affaire. Aujourd'hui, des commissions ou
des échanges d'une journée, moi, je n'en connais pas, honnêtement. Et puis évidemment, devant l'importance du projet
de loi que vous allez déposer, on comprend que... et des syndicats, et des chercheurs, et des représentants de la
société civile ont émis un communiqué la semaine dernière pour exprimer ce
qu'ils ont qualifié de mascarade, et c'est très dommage parce que ce qui nous
attend est vraiment important pour la suite.
Dans les nouvelles productions d'énergie, il y a
évidemment les questions d'éoliennes. Pourquoi est-ce que Hydro-Québec ne
ferait pas elle-même... ne construirait pas elle-même les éoliennes?
M. Fitzgibbon : De faire quoi?
Excusez, je...
M. Bouazzi : Pourquoi aller au
privé pour toutes les nouvelles productions d'éoliennes, d'énergie à partir
d'éoliennes?
M. Fitzgibbon : Hydro-Québec a
toujours contrôlé le processus d'octroi d'éolien. Ils le font de la bonne façon avec le privé. Hydro-Québec n'a jamais été
constructeur d'éolien et, à ma connaissance, ne le seront jamais non plus. On verra, hein, en commission... la
commission... en consultations, je m'excuse, on pourra peut-être changer ça, mais
ça n'a jamais été le cas puis ça n'a jamais été l'intention.
M. Bouazzi : Et
est-ce que vous considérez, par exemple, que... parce que... qu'Hydro-Québec
n'aurait pas les compétences de le faire?
M. Fitzgibbon : Écoutez,
c'est... encore une fois, ça n'a jamais été dans leur plan stratégique de faire
des éoliennes. Je pense qu'Hydro-Québec fait un excellent travail pour la
gestion des barrages, qui est très complexe. Hydro-Québec fait un très bon
travail dans le transport hydroélectrique, on ne permet aucun transport privé.
Je pense qu'il y a des fondations, même, qui sont très bonnes. Quand on parle
d'autres sources d'énergie renouvelable, quand on parle du solaire, on parle
du... de l'éolien, le nucléaire n'est pas dans les cartons, présentement, du
tout, mais peut-être qu'un jour il le sera, il faut se servir du privé. On ne
peut pas tout mettre chez Hydro-Québec, ce serait un risque qui serait, à mon
avis... bien...
M. Bouazzi :
On a... Jusqu'à...
M. Fitzgibbon : ...et de l'avis
d'Hydro-Québec aussi. Je ne suis pas le seul qui dit ça, là.
M. Bouazzi : Jusqu'à
l'arrivée des éoliennes, on faisait toute la production ou presque, là — évidemment, il y a quelques
exceptions — chez
Hydro-Québec. Est-ce que vous pensez que ça coûte moins cher d'aller au privé
que de produire notre propre énergie, si on avait à le faire nous-mêmes avec
Hydro-Québec?
M. Fitzgibbon : Bien,
écoutez, je pense que c'est la question du... des masses critiques. Je pense
qu'on regarde aujourd'hui... moi, je regarde aujourd'hui ce qui se passe dans
le monde, puis on a été à la COP27 pour parler tous les équipementiers
d'éolien, il y a un engouement sur l'éolien. Le Québec, Hydro-Québec a annoncé
récemment qu'on était ambitieux en termes de
nos niveaux énergétiques en provenance d'éolien, ce qui attire beaucoup les
équipementiers, les producteurs à venir ici.
Alors, moi, je pense que l'équilibre
privé-public fait en sorte que... Si on a un programme très prévisible de
construction éolien au Québec, je pense qu'on peut, avec le privé, avoir des
taux qui vont être très intéressants. Puis d'ailleurs...
bon, ça a été public, on a vu les taux de connexion éolienne dans les appels
d'offres de 2021, puis j'étais très surpris de voir... bien, pas
surpris, mais j'étais agréablement surpris de voir les prix auxquels on va
avoir l'électron.
M. Bouazzi : Je comprends, M.
le ministre, ces compagnies ne sont pas des compagnies à but non lucratif, et
on s'entend qu'évidemment elles ont de l'argent à avoir, elles se prennent une
cote, c'est un peu le principe du privé, dont on pourrait se priver.
Et puis je rappelle que, quand les bâtisseurs du
Québec moderne avant nous ont décidé de nationaliser la production d'hydroélectricité, les arguments
principaux étaient de dire qu'on n'avait pas l'expertise, etc., et aujourd'hui
on se retrouve, effectivement, à faire l'envie des autres pays, pas parce que
notre production d'électricité est faite par le privé, c'est parce qu'on
contrôle et qu'on est capables de planifier.
Il y a toutes
sortes de problèmes qui découlent d'aller dans le privé et parmi elles... les
questions de maintenance, une fois que les contrats arrivent à leur fin,
parmi elles... Évidemment, je ne pense pas qu'ici il y a quelqu'un qui pense qu'avoir une turbine qui est dans l'eau
derrière un barrage compliqué à construire est plus compliqué qu'avoir une
éolienne, et on s'étonne de la fermeture du gouvernement face à l'idée de faire
jouer à Hydro-Québec ce qu'elle a toujours joué.
M. Fitzgibbon : ...répondre
rapidement que je suis agréablement surpris de voir la coopération des
communautés autochtones, des MRC, la FQM, le système qu'Hydro-Québec a
mis en place. Hydro-Québec contrôle l'octroi des mégawatts à des privés éoliens, de concert avec les MRC, de concert avec
les communautés autochtones. Alors, le système fonctionne très bien.
Vous amenez un autre point : Hydro-Québec doit faire ses propres
éoliennes. Vous pourrez le soumettre à la commission... à la consultation.
Nous, à date, on est contents de ce qui se passe, puis on va continuer comme
ça.
M. Bouazzi : On a bien vu
qu'Hydro-Québec était aussi capable d'avoir des bonnes relations, entre autres avec... en connectant notre électricité à New
York, avec les communautés autochtones. On pense qu'on n'est pas obligés
de donner une cote au privé, et on est probablement obligés de mieux planifier
notre énergie en se la réappropriant, comme les gens ont fait avant nous. On
trouve un peu dommage que cette philosophie que notre production nous
appartienne est en train d'être perdue.
Le Président (M. St-Louis) : Merci,
messieurs. Ceci conclut ce bloc d'échange.
Donc, je suis maintenant prêt à reconnaître le
député de Camille-Laurin. M. le député, vous bénéficiez de 5 min 50 s.
La parole est à vous.
M. St-Pierre Plamondon : Merci,
M. le Président. Bonjour, M. le ministre. Durant ces cinq minutes, je veux
toucher deux sujets : les trop-perçus
d'Hydro-Québec de même que la construction de barrages en lien avec la
décarbonation de notre économie.
Le premier sujet, il est très, très simple. En
campagne électorale, la CAQ avait promis de rembourser les 1,5 milliard de
trop-perçus par Hydro-Québec depuis 2005. Le premier ministre avait même
qualifié les trop-perçus de vol alors qu'il
était dans l'opposition. Hydro-Québec, elle, a les fonds pour faire ce
remboursement-là parce qu'elle a dégagé des profits record en 2022, des profits
de 4,5 milliards de dollars, une hausse de 28 % par rapport à
2021. La CAQ a bloqué plusieurs fois les motions du Parti québécois sur ce sujet-là, notamment en juin 2022 et en avril 2023.
Et donc on sait qu'en 2020 la CAQ a procédé à un remboursement à la hauteur de
500 millions. C'était 1,5 milliard, donc il reste 1 milliard à rembourser. Est-ce que le ministre est prêt à
respecter sa propre promesse électorale et à rembourser la totalité des
trop-perçus?
M. Fitzgibbon : Nous n'avons
aucune intention d'aller dans ce sens-là, pour plusieurs raisons. La première,
c'est qu'on regarde la hausse tarifaire de l'année en cours et on note que les
individus ont 3 % d'augmentation, les entreprises ont une augmentation à
6 %, le tarif L est à 4,2 %, 4,5 %, donc on bénéficie déjà, pour
les résidentiels, du plus bas taux de tarification par rapport à l'année
dernière.
Deuxièmement, vous n'êtes pas sans
savoir... et, quand on regarde les rapports d'experts, dont, entre autres, la chaire
du HEC, M. Pineau, Pr Pineau, on réalise qu'au Québec les tarifs
résidentiels sont financés par les industries, on parle de 86 %, si je me rappelle bien, donc il y a 14 % de
financement qui est fait par les industries pour les individus. Donc,
nous avons les tarifs les plus bas en Amérique du Nord, donc il n'est pas
l'intention du gouvernement d'aller dans le sens que vous suggérez.
M. St-Pierre
Plamondon : Puis, à ce niveau-là, est-ce que le ministre, M. le
Président, est-ce qu'il considère que la CAQ a respecté sa promesse électorale?
M. Fitzgibbon :
Nous avons fait ce qu'il y avait à faire. Le PL n° 34 a été discuté
longuement par mon collègue à l'époque, et
nous avons livré aux Québécois ce que nous avions promis, on a mis de l'argent
dans leurs poches, on a des taux de tarification qui sont les plus bas,
les plus bas en Amérique du Nord. Alors, je pense qu'on a respecté nos
engagements.
• (12 h 30) •
M. St-Pierre Plamondon : Moi, je note la réponse
du ministre par rapport au 1,5 milliard versus 500 millions.
Prochain sujet, la
décarbonation de notre économie, la construction de barrages. La CAQ a proposé,
a parlé souvent, lors de la dernière
élection, de construire des barrages. Or, seulement la moitié des réductions de
GES à faire concrètement, là, d'ici l'objectif 2030 ont
concrètement été déterminées, donc, la moitié, on ne sait pas comment on va
faire pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre. Pour autant, la CAQ
affirme qu'elle a besoin de 100 térawattheures d'énergie électrique de
plus en 2050 et elle va de l'avant avec des présentations sur nos besoins.
La question qui est
évidente, c'est : Quand est-ce que le ministre, M. le Président, a
l'intention de présenter un rapport détaillé sur la réduction de la totalité de
nos gaz à effet de serre en lien avec ce calcul-là de nos besoins énergétiques?
M. Fitzgibbon :
Bien, premièrement, tantôt, j'ai eu la même question de votre collègue à
votre droite, et mon collègue le ministre de l'Environnement, Lutte aux
changements climatiques a des rapports, il va publier bientôt où sommes-nous
par rapport à notre objectif de 37,5 %, 30 mégatonnes. Ça, c'est un
élément, donc, qui va répondre à votre question.
Et il y a...
Évidemment, le ministère, que je dirige, au niveau économique, on est un grand
contributeur de la pollution parce qu'on a beaucoup l'industrie... le
transport, c'est 43 %, les industries, c'est à peu près 25 %,
30 %, donc on travaille étroitement à faire des projets pour décarboner
nos industries.
Parallèlement à ça,
Hydro-Québec a déterminé qu'il fallait 100 térawattheures d'ici 2050 pour
être net zéro. Probablement, ça va être un peu plus élevé que ça parce qu'il y
a beaucoup de projets industriels qui se sont rajoutés, donc... Écoutez, on a Mme Brochu qui a annoncé, avant son départ,
qu'elle croyait qu'il fallait augmenter l'efficience énergétique de
huit térawattheures à 25, donc c'est... le quart de ce qu'on a besoin va
venir de l'énergie qu'on ne consomme pas, qui est très valable parce que
c'est... au niveau environnemental, c'est encore mieux. Le reste, bien, il faut
le produire. Alors, on va garder des... toutes sortes de sources énergétiques.
Et le travail qu'on fait avec Hydro-Québec, c'est de trouver des sources d'ici
2030 pour permettre de réduire les GES, parce que c'est un objectif qu'on veut
maintenir, et aussi nos filières industrielles qui ont besoin de térawattheures
et de mégawatts pour pouvoir être opérationnelles.
M. St-Pierre
Plamondon : Une question très pointue, en terminant, M. le
Président. Vous n'êtes pas sans savoir que
le Canada de Justin Trudeau, en collaboration avec McKinsey, s'est donné
l'Initiative du Siècle, un objectif d'avoir 100 millions de Canadiens grâce à une immigration
massive d'ici 2100. Lorsqu'Hydro-Québec et le gouvernement du Québec
font leur planification de besoins énergétiques au cours des prochaines années,
est-ce qu'ils ont comme prémisse la croissance de la démographie actuelle ou la
croissance telle que voulue et planifiée par le gouvernement du Canada? Parce
que vous comprendrez que les besoins énergétiques de 9 millions de
personnes, ce n'est pas la même chose que les besoins énergétiques de
20 millions de personnes.
M. Fitzgibbon :
Vous avez absolument raison, et les projections qu'Hydro-Québec fait pour
la démographie s'appuient sur la démographie interne au Québec et sur la
politique d'immigration qu'on a présentement.
Le Président
(M. St-Louis) : Merci, M. le député. Merci, M. le ministre.
Je
suis maintenant prêt à reconnaître le porte-parole de l'opposition officielle.
M. le député de Jacques-Cartier, la parole est à vous. Vous disposez de
17 min 45 s.
M. Kelley :
Merci beaucoup, M. le Président. Le ministre a mentionné qu'environ
17 projets étaient refusés par
Hydro-Québec en raison de l'incapacité à les connecter. En termes monétaires,
ça représente une perte économique de combien?
M. Fitzgibbon :
Aucune idée.
M. Kelley :
Aucune idée. Ça, c'est une réponse très claire, M. le Président.
Une voix : ...
M. Kelley :
Oui, je pense, ça va être intéressant de savoir aussi si on est capables de
chiffrer ça pour nous un jour. Mais je veux juste... reviens encore un petit
peu sur la prévisibilité, le fait que le surplus... on ne va plus avoir un
surplus énergétique en 2030. C'était prévu, comme je dis, en 2016. Mais,
encore, je pense qu'on arrive dans une situation où on a un vrai problème, un
enjeu majeur pour notre société. Puis c'est des décisions qui ne viennent
pas... C'est toujours facile, je sais, de blâmer le Parti libéral, je comprends
ça, M. le Président, mais en réalité, en 2018, le premier ministre du Québec a
dit qu'on ne fera pas des projets tant qu'Hydro-Québec sera en surplus. C'est
une citation de notre premier ministre. Mais en 2021 on lance un projet
d'Apuiat, qui était... comme j'ai dit, les négociations étaient commencées par
l'ancien gouvernement libéral, puis la CAQ, elle disait : Oh! finalement,
il faut aller de l'avant quand même si on
est en surplus, parce que c'était pas mal clairement dit par la société d'État
en 2021, comme : Écoute, là, on arrive à 2030, où on va... plus de
surplus d'électricité, puis il faut commencer de bâtir. Mais en même temps
j'entends souvent que le gouvernement dit qu'on n'était pas au courant. C'est
seulement en 2022 qu'on a réalisé qu'on a un problème, il faut lancer des
projets de barrage, il faut faire ça. Mais l'historique ne dit pas ça,
M. le Président, les faits dit différemment, qu'on était au courant en
2016.
Et je veux juste
entendre le ministre, comment on va rattraper ça? Encore, je cherche une vision
pour les prochaines années de comment on va
construire plus des projets plus... le plus rapidement que possible. Les
questions de mon collègue de la deuxième opposition, le député de
Maurice-Richard, c'est intéressant. Je sais qu'Hydro-Québec, dans le passé, a signé des ententes avec des
entreprises dans la Gaspésie, dans... Ça, c'est des bonnes choses, mais c'est sûr
qu'on a un gros défi devant nous, M. le Président.
M. Fitzgibbon : Bon, on va faire de la
politique. Ce n'est pas ce qui m'intéresse, mais je vais en faire. Écoutez,
le ciel était rouge jusqu'au mois d'octobre
2018, totalement rouge, et le ciel est bleu depuis le 3 octobre 2018.
Pourquoi? Parce que, sous le gouvernement libéral, il n'y a eu aucun
projet, aucun projet en haut de 50 mégawatts. Ils sont là aujourd'hui puis
ils nous disent : Vous auriez dû prévoir ça. Vous avez été incapables de
faire quoi que ce soit pour des projets
d'envergure. La CAQ arrive — le
timing est bon, je dois avouer, les... c'est nouveau — la
CAQ arrive, le ciel devient bleu, on a des besoins de mégawatts
extraordinaires, et là on se fait dire par le Parti libéral que, woups! vous
n'avez pas prévu ça. Écoutez, vous n'avez aucune crédibilité de dire une telle
chose.
Maintenant, ça étant
dit, il faut travailler dessus, il faut travailler sur ça, et je suis
totalement engagé à ça, mon sous-ministre aussi, le cabinet aussi, et
Hydro-Québec aussi. On est tous heureux de voir l'attraction du Québec à
l'international. Oui, effectivement, le timing a été bon. La décarbonation,
c'est un sujet mondial. Le monde regarde le
Québec. On veut des batteries vertes, pas des batteries noires, on veut venir
ici. Alors, profitons de ça, soyons positifs, soyons heureux. Et moi, je suis... C'est sûr, j'aimerais avoir
20 000 mégawatts, demain matin, disponibles, on n'en a pas, puis on n'en aura pas, puis c'est correct. On va
travailler avec des entreprises, puis moi, je suis capable, on est capables, avec
l'équipe, de dire aux gens : Attendez, ça va s'en venir. Alors, on a un
programme très... on a un plan très clair, on
va travailler sur l'éolien, on va travailler sur le solaire, on va travailler
sur, peut-être, des ouvrages... Hydro-Québec a identifié
2 000 mégawatts si on returbine ou on change les turbines des
barrages existants. On travaille avec les communautés autochtones, il y a un
engouement au Québec présentement sur des projets. Alors, soyons heureux et on
va travailler dans ce sens-là.
M. Kelley :
Merci, M. le ministre pour faire la politique, puis aussi on cite : Le
ciel est rouge, un ancien premier ministre, je pense, Duplessis, qui a dit ça.
C'est des choses un petit peu similaires, là, le ciel est bleu, puis, en tout cas, on va parler... on va produire un
autre... Mais je me souviens aussi un premier ministre, M. Duplessis,
quand il a cité des choses comme ça,
il a pas mal aussi laissé le Québec d'être exploité par les fermes, par les
sociétés étrangères, américaines. Ce n'était pas nous qui a transformé
des choses. On n'a plus des grandes usines ici, puis j'espère qu'on peut éviter
ça tous ensemble.
Puis moi, je suis
fier quand le ciel est rouge et la ligue libérale, on était là pour bâtir des
barrages. On était là pour s'assurer que
Québec a eu un avantage dans le reste de l'Amérique du Nord avec une société
comme Hydro-Québec. Mais ça n'appartient pas à un parti politique ni une
formation, Hydro-Québec, c'est nous, c'est nous, les Québécois. Ça, c'est une chose que je pense importante de
citer. Puis, oui, il faut être positifs. Moi, je lance le fait qu'il y a un
défi, je pose des questions. Le ministre est bien... est très gentil de
répondre à nos questions, mais c'est une bonne discussion parce que c'est notre avenir, et c'est pourquoi nous avons
demandé pour une commission pour aller dans toutes les régions du Québec
pour discuter cet enjeu important.
Bref, M. le ministre,
on va passer à d'autres choses un petit peu moins politiques, mais on revient
un petit peu sur les tarifs, parce que, dans
les questions qui étaient posées à Hydro-Québec, on parle du nombre de chiffres
des gens qui sont obligés de signer une entente avec Hydro-Québec parce qu'ils
ne sont pas capables de payer leurs factures. Je sais que le ministre
est très au courant que le coût de la vie des Québécois a explosé dans les
dernières années. Malheureusement, il n'y a pas nécessairement des signes que
l'inflation va diminuer dans la prochaine année ou, quand même, peut-être une
couple des années. On ne sait pas. Mais la tendance est vraiment envers la
hausse de ces types d'entente. Puis, quand Hydro-Québec était ici pour discuter
le projet de loi sur les tarifs, ils ont dit que chaque fois qu'on ajoute des
projets, on sort de la patrimoine... le bloc patrimonial qui existe, ça va
coûter des gens plus. C'est identifié... ils ont identifié ça comme une réalité
de l'avenir.
Alors, comment, M. le
ministre, on peut éviter cette réalité pour plusieurs personnes? Je pense à des
mères monoparentales qui sont à la maison avec une famille, où la facture
d'Hydro continue d'augmenter. Comment on peut
aider ces gens-là d'être capables de payer leurs factures d'électricité chaque
mois? C'est un défi et, je sais, il n'y a pas de
solution simple. Et je veux juste entendre le ministre parce que c'est dans les
cahiers des crédits, des réponses, et lui, il est responsable pour, aussi, le
dossier de l'économie. Alors, M. le ministre.
• (12 h 40) •
M. Fitzgibbon : Bien,
clairement, nous sommes un gouvernement qui est très conscient. Il faut
s'occuper des gens qui sont plus vulnérables, il n'y a aucun doute, je pense
que mon collègue le ministre des Finances l'a très bien démontré avec la mise à
jour. On a émis le budget, ce qu'on a fait au niveau des chèques qu'on a
envoyés, ce qu'on a fait au niveau des réductions d'impôts, il y a plusieurs
programmes qui existent et on est très sensibles à cette situation-là.
D'ailleurs, la tarification, je me répète, tarification résidentielle est à
3 %, alors c'est le taux le plus bas par rapport aux autres utilisateurs,
du Québec, d'électricité, notamment le niveau commercial puis le niveau
industriel, et je pense que ça va être un maximum de 3 % jusqu'à la
période où on va devoir faire ce qu'on appelle le «rebasing», où on va
revoir... la Régie de l'énergie va revoir les coûts du réseau. Et je vous
ramène à ce que j'ai dit tantôt aussi, selon
Pr Pineau du HEC, les industries subventionnent les tarifs résidentiels à
la hauteur de près de 16 %.
Donc, je pense qu'on a déjà une base très, très
basse de tarification électrique pour les résidences et on doit adresser
l'enjeu de la pauvreté, adresser l'enjeu des familles vulnérables avec d'autres
programmes. Il ne faut pas juste regarder l'électricité. Quand je regarde
électricité, je pense qu'on est à la bonne place, et il faut peut-être aussi
travailler avec la population pour réduire la consommation d'électricité, c'est
ce qu'on appelle la sobriété, efficience énergétique, pour réduire la facture
pas en termes de tarification, mais en termes de besoins en puissance.
M. Kelley : Merci beaucoup, M.
le ministre. Une autre question. Je veux juste bien comprendre qu'est-ce qui a
été fait avec le gouvernement fédéral puis Hydro-Québec, ce rabais d'impôt.
C'est combien d'argent est-ce que vous pensez que le gouvernement fédéral,
finalement, va transférer vers Hydro-Québec avec ce changement dans leur... je
pense, c'est leur loi budgétaire ou...
M. Fitzgibbon : ...les données
du budget fédéral, on parle de 80 milliards, énergie verte, il y a des crédits
d'impôt. Alors, Hydro-Québec va pouvoir utiliser les crédits d'impôt pour les
investissements qu'ils vont faire dans la production d'énergie verte. Donc, par
exemple, si on change une turbine, bien, ça va être éligible pour avoir un
crédit d'impôt. On n'a pas évalué encore le... c'est 30 %, le crédit
d'impôt...
Une voix : ...
M. Fitzgibbon : ...15 %,
le crédit d'impôt. On ne l'a pas évalué encore parce qu'on n'a pas les
dépenses, comme telles, d'Hydro-Québec, qu'ils vont faire. Il faut aussi
comprendre que, par exemple, si on fait de l'éolien, puis ça va être
probablement les producteurs de l'éolien qui vont avoir le crédit d'impôt,
donc, le crédit d'impôt va être réparti à différentes sources. On n'a pas le
chiffre encore, mais c'est 15 % des investissements qui seraient faits
d'ici 2032 dans des productions d'énergie.
M. Kelley : Je pense que c'est
une bonne mesure. Je suis content que le gouvernement fédéral... et que le
gouvernement du Québec ait fait une demande puis le gouvernement fédéral ait
répondu à ça. Mais des fois je regarde un petit peu qu'est-ce qui s'est passé
avec les sables bitumineux puis les investissements, comme tous les Canadiens
ont acheté un pipeline qui, de mémoire, n'a pas fonctionné encore. Nous, ici,
on a plein de choses dans l'économie verte qui vont très, très bien. Et, quand
même, quand je pense un petit peu à la création de l'énergie, on est dans une
bonne place. Est-ce qu'il y a peut-être une autre façon de demander quelque
chose de plus direct, un versement au Québec pour investir dans tout ce qui est
nécessaire? On vient juste d'avoir une bonne discussion sur la façon... qu'il
faut augmenter l'énergie verte ici, au Québec. Est-ce qu'il y a peut-être une
façon où on peut travailler ensemble, M. le ministre, pour aller à Ottawa pour
dire : Ça prend plus d'argent, pas juste les crédits d'impôt, mais on veut
l'argent comme les autres provinces ont reçu?
Et, quand même, je pense que, un petit peu, en
Ontario, c'est comme le gouvernement fédéral est prêt à investir des dizaines de milliards de dollars dans une usine. C'est où,
notre juste part? Et des fois je trouve qu'Ottawa, c'est comme, ils mettent les choses plus difficiles
pour nous que pour les autres provinces, et je pense qu'on doit changer ça, M. le ministre.
M. Fitzgibbon : Écoutez, je
suis... On travaille intensément puis on fait du mieux qu'on peut, évidemment,
mais mon collègue, à ma droite, est en discussion constante avec son équivalent
au ministère de l'Énergie au fédéral. Moi,
j'ai des rapports aussi avec le sous-ministre aux Finances. Effectivement, ce
que nous voulons avoir, c'est la juste part
des sommes d'argent que le gouvernement fédéral veut mettre dans des filières
stratégiques. Et vous avez entièrement raison,
on a été très vocal sur ça. Volkswagen, on a vu le chiffre, on parle de
13 milliards, le montant qui a été octroyé par le gouvernement fédéral.
Donc, on va s'attendre à recevoir une portion de ça, je suis totalement avec
vous, et on a des projets, d'ailleurs, qu'on a annoncés, d'autres qui
vont s'en venir, où on garde un compte sur combien on va recevoir, et moi, j'aimerais avoir 25 % de ce
que le fédéral va donner et peut-être même plus, parce que, quand on regarde
au niveau de l'énergie renouvelable, on est probablement en avance dans
d'autres provinces. Alors, sur ça, on est 100 % d'accord et on tape sur le
clou le plus fort qu'on peut pour avoir... pour extraire l'argent du fédéral.
M. Kelley : Je
suis d'accord, M. le ministre. 15 %, c'est gentil, mais notre poids
démographique, c'est environ 22 %, alors, je pense, ça, c'est un
minimum, mais, quand même, c'est comme, je pense, Québec mérite plus pour tout ce que nous avons fait. Et le fait qu'il y a des
autres provinces qui doivent faire le rattrapage, je comprends, il faut faire les investissements, mais je crois
qu'on mérite notre juste part aussi des sommes du gouvernement fédéral pour les
projets ici, parce qu'il y a plein de choses très intéressantes qui se passent
au Québec. Puis, encore, juste sur cette question-là, M. le ministre,
est-ce qu'on a une idée pour les travaux qui doivent être faits sur nos
barrages? J'ai vu plein de chiffres qui sont sortis dans un article, dans... je
pense, c'était La Presse, mais la rectification de certaines
turbines, et tout ça, est-ce que vous pouvez
juste expliquer ça coûte combien? Ça prend combien de temps aussi de remplacer,
des fois, une turbine dans la grande région de la Mauricie, par exemple, où il
y a des différents barrages qui sont presque 100 ans maintenant? Alors,
c'est très important. Puis comment on va faire ces travaux-là? Questions pour
vous, M. le ministre.
M. Fitzgibbon : Bien, juste une
correction, peut-être, tantôt, je me suis mal exprimé, on n'a pas 15 % de
l'enveloppe du fédéral, là. Le 15 %, c'est le crédit d'impôt. Moi,
j'aimerais avoir 30 %, par contre, juste pour mettre des chiffres, parce
qu'on a le même objectif.
Bon, pour les turbines, écoutez, après-midi,
vous pourrez poser la question à nos collègues, Dave Rhéaume va pouvoir vous
répondre, mais on parle de plusieurs milliards et on parle... on parlait de
2 000 mégawatts, hein, 2 000 mégawatts, c'est le chiffre
qu'Hydro-Québec a identifié comme étant, je pense, c'est... puis je n'ai pas le
nombre de barrages exact, là, c'est très
cher, mais en même temps on regarde... L'enjeu qui nous gouverne présentement,
c'est de regarder comment le coût moyen va augmenter pour l'énergie
renouvelable et comment les entreprises vont payer
pour. Alors, c'est pour ça que la Régie de l'énergie existe, hein, ils font le,
ce qu'on appelle le «rebasing», le tarif L, qui est le tarif chargé
aux industries.
Alors, on
doit... d'une part, au niveau de l'offre, nous, on veut
10 000 mégawatts de plus d'ici 2032, disons, pour prendre un chiffre.
Hydro-Québec est responsable de nous trouver comment ça va se faire — éolien,
solaire, turbines, barrages — il faut regarder le coût,
puis il y a peut-être des choix qu'on va devoir faire, puis il est possible
qu'on se dise : Ça coûte trop cher, les
industries ne veulent pas payer, bien, il n'y en aura pas. Alors, c'est un
équilibre qui n'est pas facile, mais qu'on... sur lequel on s'attaque,
présentement.
M. Kelley : Merci. Puis, une
autre question, pour les lignes de transmission, on sait que, le réseau, il
faut toujours faire les investissements pour
mieux... pour s'assurer que les lignes sont les plus efficaces que possible,
remplacer les plus vieux, mais est-ce que le ministre a aussi une idée, c'est
où, les zones les plus... les priorités, pour Hydro-Québec et pour le
gouvernement, où on doit remplacer des grandes lignes de transmission? Est-ce
que c'est un gros enjeu, présentement, ou pas vraiment? Je pense, souvent,
quand on parle, on est capables de produire l'énergie, mais est-ce qu'on est
vraiment efficaces dans la façon qu'on transmet l'énergie? C'est un gros
réseau, mais j'imagine qu'il y a des investissements importants qui doivent
être faits dans les prochaines couples d'années.
M. Fitzgibbon : Oui,
effectivement, puis, je pense, encore une fois, c'est une question, je pense,
qui va être mieux répondue par mes collègues d'Hydro-Québec, mais clairement on
sépare le Québec, hein, on a nos deux... nos deux réservoirs puis on a nos
projets structurants, évidemment, il y a le Grand Montréal, il y a la Côte-Nord
aussi, il ne faut pas oublier, où il y a beaucoup de projets miniers puis il y
a beaucoup de projets de conversion, l'Abitibi pour nos mines, on a la
Montérégie. Alors, on a pas mal... bien, Hydro-Québec a pas mal une bonne idée,
parce qu'il y a deux choses : il faut
entretenir les réseaux de transport... puis je rappellerais aux gens que la
dernière crise du verglas, on a eu une bonne nouvelle où le réseau a été
maintenu, les équipements étaient là, le problème a été plus au niveau de la
végétation.
Donc,
Hydro-Québec travaille très, très fort pour s'assurer que le réseau existant
soit résilient, le réseau vieillit. Puis en même temps, avec nos projets
qu'on a identifiés au MEI puis qu'on veut faire, bien là, on a une
localisation, et effectivement il faut s'assurer que le transport soit là,
mais, ultimement, que l'énergie soit suffisante aussi pour pouvoir être
transportée à nos projets.
M. Kelley : Merci, M. le
ministre. Je sais, il n'y a pas beaucoup de temps qui reste. J'ai vu dans le
cahier des crédits, il y a des investissements qui ont été faits dans la
recherche et développement pour la transition énergétique dans certains projets
comme l'hydrogène, mais juste, en général, Québec, avec des investissements
dans la recherche et développement, est-ce qu'il y a certains projets que vous
avez vus, depuis que vous oeuvrez comme ministre, qui a dit : Ça, ça a
bien fonctionné pour le Québec?
M. Fitzgibbon : Clairement,
l'IREQ. L'IREQ on peut être fiers, comme Québécois, parce qu'à l'époque il y
avait monsieur... Dr Karim Zaghib, qui était celui qui... je ne sais pas
s'il a parti l'IREQ, là, mais il a quasiment... pour le Québec, il a inventé
les batteries, là, tu sais, la personne... Alors, l'IREQ, c'est un joyau qui
nous a permis, d'ailleurs, de pouvoir
recruter des joueurs internationaux, de venir ici, au Québec s'établir, parce
qu'Hydro-Québec, avec ce centre de recherche là, a fait un travail
extraordinaire. Même chose à Shawinigan, avec la vallée... la transition
énergétique, des centres de recherche là aussi. On a l'Université du Québec à
Trois-Rivières, Bruno Pollet, qui est le chercheur, qui fait de la recherche
sur l'hydrogène, là, on commence, là, mais il a tellement été, selon moi,
performant sur ce qu'il veut faire, que la
compagnie Alstom, qui se lance dans l'hydrogène pour ses transports lourds, a
réalisé : Woups! il y a peut-être quelque chose qui se passe là, à
Trois-Rivières. Alors, moi, je pense qu'on est... C'est une des raisons,
d'ailleurs, pourquoi le Québec se démarque...
• (12 h 50) •
Le Président
(M. St-Louis) : En conclusion, M. le ministre.
M. Fitzgibbon : ...on
a les barrages, mais on a aussi les gens dans recherche qui ont fait ça. Alors,
on va continuer à alimenter cette source-là.
Le Président (M. St-Louis) : Alors,
merci, M. le ministre. Merci, M. le député.
Je suis
maintenant prêt à reconnaître une première intervention du porte-parole du
gouvernement. M. le député de Masson, la parole est à vous. Vous
disposez de 9 min 51 s.
M. Lemay : Merci,
M. le Président. Merci, M. le ministre, d'être ici présent ainsi que toute
votre équipe qui vous accompagne aujourd'hui. Vous savez, la question de
l'énergie, c'est devenu quand même un enjeu majeur de notre époque, là, les
ressources énergétiques, elles ne sont pas illimitées puis leurs exploitations
ont des conséquences sur l'environnement. Et
il est donc crucial de mettre en place des stratégies qui sont efficaces pour
garantir une production puis une consommation d'énergie durable, et c'est ce que
vous avez démontré à date en discutant avec mes collègues de
l'opposition. Mais j'aimerais vous entretenir un peu plus sur la transition
énergétique, parce que c'est quand même un impact majeur sur notre société, et
j'aimerais aussi, dans notre discussion, qu'on discute un peu des différents
types d'énergie renouvelable, là, on discutera, tout à l'heure, l'énergie
solaire, éolienne, hydraulique, géothermique, etc. Et, bien entendu, nous avons
une approche globale de cette stratégie-là, mais la consommation d'énergie...
Puis, tu sais, vous l'avez mentionné tout à l'heure, le collègue de
Maurice-Richard faisait état de la situation, là, d'ailleurs, vous en avez fait
l'annonce le 26 avril dernier, là, comme quoi que vous lancez une démarche
de consultation en vue de la préparation
d'un projet de loi sur l'encadrement et le développement des énergies propres,
dont le dépôt, il est prévu à l'automne prochain. Et ce projet de loi va aussi
viser, entre autres, à modifier la Loi sur Hydro-Québec ainsi que la Loi sur la
Régie de l'énergie.
Et là, dans un premier temps, puis vous avez
donné un élément de réponse tout à l'heure, là, vous avez des spécialistes du
secteur de l'énergie qui vont être invités à participer à un forum, une journée
d'atelier, de réflexion, de travail qui va avoir lieu le 15 mai prochain à
Montréal. Vous avez aussi mentionné que des représentants des communautés
autochtones seront présents, ils vont être consultés. Et par après il y aura
aussi... bien, vous vous mettrez en ligne une consultation publique qui va
permettre à la population et la société civile de contribuer à la réflexion. Et
par la suite, avec nous, les parlementaires, on aura des consultations
particulières, là, qui vont être... qui auront lieu à la suite du dépôt du
projet de loi.
J'aimerais,
M. le ministre, vous permettre de nous entretenir un peu plus, parce que la
question que j'ai là-dessus, c'est : Est-ce que cette grande
réflexion là, ça fait suite au plan stratégique qu'Hydro-Québec a déposé?
Est-ce que ça s'arrime au plan stratégique? Les 80 participants que vous avez
mentionnés, peut-être même 100, tu sais, les experts, en fait, de quels
horizons sont-ils? Et puis pouvez-vous nous expliquer davantage, là, ce grand
chantier qui semble important?
M. Fitzgibbon : Oui, bien,
écoutez, pertinent comme question. Je dirais que la grande majorité, en fait,
des demandes ou des changements que nous allons faire dans les deux lois
principales, la Loi d'Hydro-Québec, la Loi de la
Régie de l'énergie, les demandes proviennent d'Hydro-Québec. Hydro-Québec est
consciente que, considérant lutte aux changements climatiques,
considérant les enjeux d'acceptabilité sociale, les enjeux de sources
énergétiques, tu pouvais faire des
amendements parce qu'ils n'ont plus la flexibilité d'être aussi efficaces
qu'ils l'ont été dans le passé. Donc, ça, c'est le premier point.
Deuxième point, il n'y a aucun doute que nous
avons... on met de la pression sur Hydro-Québec pour avoir d'autres sources énergétiques, d'autres sources ou
d'autres mécanismes de transport. Donc, on a complexifié aussi les enjeux avec nos demandes, puis les demandes qui
sont, comme j'ai dit tantôt, fonction du fait que le Québec est très attractif.
Alors, présentement, le cadre réglementaire ne
permet pas à Hydro-Québec, ni la Régie de l'énergie, en passant, d'être
efficace. Alors, nous, comme gouvernement, c'est notre devoir de faire des
changements, et on veut les faire dans
l'ordre, pas dans le désordre, et c'est pour ça qu'on fait les consultations
où... auxquelles vont participer des gens qui partagent nos vues, qui ne
partagent pas nos vues, des experts. Puis on va passer l'été à regarder
qu'est-ce qu'on peut faire, avec Hydro-Québec, comment qu'on va amender de
projet de loi, puis on va faire des consultations. Alors, c'est un mix des
deux, mais, je te dirais, la majorité vient d'Hydro-Québec, l'autre vient de la
réalité qui nous gouverne, là, présentement, en termes de besoins énergétiques.
M. Lemay : Puis, en complément,
M. le Président, en fait, vous avez parlé qu'avec Hydro-Québec, en réalité,
lorsqu'on parle de d'autres types d'énergie renouvelable, tu sais, bon, bien
entendu, vous avez lancé un appel à projets
pour 1 500 mégawatts d'éolien par année sur une période de
10 ans, donc 15 000 mégawatts. Ça, c'est très bien, ça
donne la prévisibilité dans le secteur, ça permet aux promoteurs qui veulent
développer de l'énergie éolienne d'avoir cette prévisibilité-là et de pouvoir
dire : Bien, écoutez, même si je n'ai pas... je ne réussis pas, cette
année, à participer, peut-être que, dans une
année ultérieure, mon projet fera du sens et puis je pourrai contribuer, donc,
merci pour ça.
Mais on le voit aussi pour le solaire, en fait,
lorsqu'on parle des véhicules électriques, vous savez, vous l'avez mentionné
tout à l'heure, c'est 2 millions de véhicules électriques qu'on veut pour
2030, la fin de la vente des véhicules thermiques en 2035. Je pense à tous les
grands... les concessionnaires automobiles sur notre territoire, souvent la superficie de leur terrain et même les
toits qu'ils ont, tu sais, je me dis : Si on a tant de véhicules
électriques qu'on va... en fait, on
va avoir une conversion dans notre parc, est-ce qu'on doit... on devrait
réfléchir, au lieu de faire un rehaussement de l'entrée électrique puis
d'avoir encore un impact sur la pointe énergétique, devrait-on plutôt utiliser du solaire puis faire des modules de gestion
intelligents qui fait en sorte qu'on peut utiliser les batteries des véhicules électriques sur le terrain pour,
justement, alimenter, faire de la recharge, puis, justement, avoir pas d'impact
sur la politique énergétique?
Est-ce
qu'on devrait aussi réfléchir à avoir du stockage de batteries dans les
bâtiments, justement, pour faire en sorte qu'on accumule de l'énergie à des
périodes de faible consommation, et puis, en période de pointe, on prend l'énergie des batteries au lieu de prendre
l'énergie d'Hydro? Ça fait que, est-ce que vous avez des stratégies, justement,
qui tiennent compte des contraintes économiques, sociales et environnement pour
ces filières-là?
M. Fitzgibbon :
Clairement, vous maîtrisez bien les enjeux. D'ailleurs, quand notre
collègue ministre de l'Environnement a rehaussé son seuil de 1,6 million à
2 millions de voitures électriques, les gens en arrière de moi ont appelé
puis ils ont dit : Bien là, c'est correct, on va le faire, mais il va
falloir être novateurs dans notre façon de fonctionner,
parce que, si tous ces véhicules-là se chargent à 5 heures le soir, bien,
il va y avoir des problèmes de puissance, puis ça ne marchera pas.
Donc, c'est clair que
notre ambition de lutte aux changements climatiques va requérir de l'innovation
de la part d'Hydro-Québec. Et je pense qu'on est très bien pourvus avec
Hydro-Québec, parce que, dans... le fameux 8,9 térawattheures
à 25 térawattheures d'efficience énergétique va inclure des enjeux de
gestion et puissance d'énergie. Moi,
personnellement, je suis un des... un gros croyant que nos charges de voiture
vont devoir être bidirectionnelles très bientôt pour pouvoir alimenter la nuit, puis le matin, quand on se lève
pour faire notre café, avec une voiture, là j'exagère un peu, là, mais
pas trop.
Et le solaire, est-ce
que le solaire va être assez performant pour que... au niveau des coûts, est-ce
qu'il va être assez performant, au niveau
des coûts, pour qu'on puisse avoir des panneaux solaires qui vont alimenter une
partie de la batterie qui va décharger... ou qui va empêcher qu'on
prenne le réseau? Peut-être. Alors, je pense que les gens en arrière de moi
vont être responsabilisés pour nous donner les solutions.
M. Lemay :
Très bien. Puis, puisqu'on parle de batteries... Puis on sait, on a un
grand chantier aussi sur la filière
batteries au Québec, on a juste à penser à Lithium Nemaska, justement, puis il
y a eu quand même de l'avancement dans la dernière année. Ça fait que
j'aimerais ça si vous nous donnez l'opportunité de nous parler un peu qu'est-ce
qui se passe au niveau des travaux de
préparation à la mine de Whabouchi ainsi qu'à l'usine de transformation de
lithium à Bécancour. Est-ce que vous pouvez me donner un état
d'avancement de la dernière année puis de qu'est-ce qui s'en vient dans les
prochaines années?
M. Fitzgibbon : Bien, Nemaska, comme vous
savez, c'est une opération, maintenant, qui est détenue à 50 % par...
bien, par Investissement Québec et
50 % par Livent — Livent,
c'est un producteur d'hydroxyde américain — la mine devrait être opérationnelle
relativement bientôt. Et on regarde pour approuver formellement le lancement de
l'usine d'hydroxyde de lithium qui va se faire à Bécancour, qui va être,
finalement, l'utilisation du spodumène qui est produit à la mine de Whabouchi, qui va être converti à Bécancour et qui
va servir aussi à alimenter GM, en partie, qui a besoin... GM, pour
construire une usine de cathodes, donc l'intégration circulaire devrait se
compléter.
Alors, on attend
incessamment l'annonce du projet de... le lancement du projet d'hydroxyde de
lithium que tout le monde anticipe ou veut voir le plus rapidement possible.
M. Lemay :
Merci, M. le ministre. Il n'y a pas juste le lithium, on a aussi du
graphite. Donc, on a Nouveau Monde Graphite
ici, au Québec, qui a comme projet de construire, dès cette année, une mine de
graphite à ciel ouvert, là, à
Saint-Michel-des-Saints, qui est dans notre grande région de Lanaudière, qu'on
partage ensemble, avec le ministre. Et,
la mine, on parle ici d'une production de 100 000 tonnes par année de
concentrés de graphite en paillettes de haute pureté. Puis seulement pour ce
projet de mine là, c'est des investissements qui sont prévus, quand même, de
480 millions. Il y a... Nouveau Monde Graphite a aussi comme projet
de développer le site minier de graphite du Lac Guéret, qui... d'ailleurs, ils en ont fait l'annonce, là, en
début d'année, en janvier. Ils ont publié des résultats très positifs à leur
évaluation économique préliminaire,
là, ils pensent avoir un potentiel d'environ 500 000 tonnes par année
de concentrés de graphite.
Moi, j'aimerais
savoir... je sais qu'il reste très peu de temps, mais les investissements du
gouvernement dans le Nouveau Monde Graphite puis les emplois prévus, est-ce
qu'on a un état de la situation? Parce que c'est quand même intéressant.
• (13 heures) •
M. Fitzgibbon : Oui, le graphite, comme
vous savez, ça fait l'anode, hein, la cathode, lithium; l'anode, c'est le
graphite. Deux mines, Lac Guéret, qui est l'ancien Mason Graphite, qui a été
achetée par Nouveau Monde Graphite, la mine
à Saint-Michel-des-Saints. Le vrai projet... bien, le projet structurant, ça va
être à Bécancour pour faire l'anode, c'est-à-dire
qu'on ferait le... on prend le graphite, il faut qu'il soit sphérique, enrobé.
À Granby, on va faire le... ce qu'on appelle le «foil», là, j'oublie le nom en
français, et ça va être assemblé, ça, à Bécancour. Le projet de Bécancour de
Nouveau Monde Graphite va avoir plusieurs centaines d'employés, puis ça va être
pas loin du milliard, en plus de la mine qui va être...
Le Président
(M. St-Louis) : Merci, M. le ministre. Malheureusement, ceci conclut
ce bloc d'échange.
Donc,
compte tenu de l'heure, la commission suspend ses travaux jusqu'à
14 heures, où elle entreprendra l'étude du volet Énergie—Hydro-Québec
des crédits budgétaires du portefeuille Économie, Innovation et Énergie.
Veuillez prendre note que la commission reprendra ses travaux à la salle
Marie-Claire-Kirkland. Merci.
(Suspension de la séance à 13 h 01)
(Reprise à 14
h
01)
Le Président (M. St-Louis) : Alors,
nous allons reprendre nos travaux.
La commission
est réunie afin de procéder à l'étude des crédits budgétaires du volet Énergie—Hydro-Québec du portefeuille Économie,
Innovation et Énergie pour l'exercice financier 2023‑2024. Une enveloppe
de deux heures a été allouée pour l'étude de ces crédits.
Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
La Secrétaire : Aucun nouveau
remplacement, M. le Président.
Hydro-Québec
Discussion générale
Le
Président (M. St-Louis) : Merci. Nous allons procéder à une discussion
d'ordre général par blocs d'échange, incluant les questions et les réponses. La
mise aux voix des crédits sera effectuée à la fin qui leur est allouée,
soit cet après-midi, vers 16 heures.
Donc, je suis
maintenant prêt à reconnaître le porte-parole de l'opposition officielle. M. le
député de Jacques-Cartier, la
parole est à vous.
M. Kelley : Merci beaucoup, M.
le Président. Puis rebienvenue à tout le monde. Bienvenue à nos invités d'Hydro-Québec.
C'est sûr que je suis un petit peu déçu que ce n'est pas le PDG par... Est-ce
M. le ministre peut confirmer pourquoi il n'est pas présent aujourd'hui?
M. Fitzgibbon : Bien, M. le
Président, premièrement, M. Despars a été nommé président et CEO par
intérim il y a moins qu'un mois, d'une part.
M. Despars, qui est une personne très importante pour l'exécutif d'Hydro-Québec, s'occupe de stratégies et développement des affaires. Alors, je
pense qu'il a été convenu qu'il y a trois exécutifs, qui sont ici avec moi, qui
vont, en fait, répondre aux questions. Je commence, à ma droite, par
Mme Julie Boucher, qui est responsable de la stratégie, M. Dave
Rhéaume, à l'autre droite, qui s'occupe de tout le côté réseau, et on a
M. Régis Tellier, qui s'occupe de la maintenance du réseau, là, je ne sais
pas son titre exact, je m'excuse. Mais on a trois exécutifs ici pour répondre à
vos questions, alors je pense que, dans les circonstances, c'est correct.
M. Kelley : C'est sûr, M. le
ministre, je ne m'en doute pas, des compétences. J'ai déjà eu le plaisir
d'échanger avec Mme Boucher puis M. Rhéaume pendant le projet de loi
sur les tarifications. Mais, quand même, je pense,
pour nous, les élus de l'opposition, on n'a pas beaucoup de chances à
questionner le PDG d'Hydro-Québec, ça arrive seulement une fois par chaque
année, alors j'espère que, peut-être, le ministre peut prendre un engagement,
parce que je me souviens que la leader de la troisième opposition officielle,
quand il a rencontré le premier ministre, il a demandé qu'on veut entendre le
PDG en commission, puis le premier ministre dit : Oui, ça va arriver. Je
pense qu'il a pas mal confirmé ça pendant la
période des questions une fois aussi. Alors, je sais qu'ils sont dans un
processus de nommer le prochain PDG. Nous, le Parti libéral, on préfère
entendre cette personne avant qu'ils sont nommés. Alors, si ça, ce n'est
pas possible, on veut entendre cette personne directement après qu'ils sont
nommés pour avoir la chance de questionner
eux autres. En Chambre, encore, c'était l'engagement que le premier ministre a
pris, puis je ne sais pas si le ministre peut prendre cet engagement et veut
rassurer tous mes collègues dans l'opposition qu'on va avoir la chance
d'échanger avec le PDG d'Hydro-Québec avant la fin de cette année-là.
Le Président (M. St-Louis) : M.
le ministre.
M. Fitzgibbon : Alors,
l'engagement que je peux faire, c'est que... Vous savez que le plan stratégique
d'Hydro-Québec a été déposé au printemps dernier, et l'engagement qui y est
toujours pris ou l'obligation, en fait, qui est prise, c'est qu'Hydro-Québec
vienne discuter du plan stratégique en commission parlementaire, chose qu'on va
devoir faire. Alors, je m'engage à ce que, quand le nouveau ou la nouvelle PDG
sera nommé, bien, la personne en question,
après quelque temps, là, la personne pourra venir ici parler du plan
stratégique en commission parlementaire.
M. Kelley : Parfait. Bien, on
va passer les autres choses, pour commencer de... juste de poser nos questions
à M. le ministre, les gens d'Hydro-Québec. On a eu un échange concernant l'énergie qu'on a besoin pour... entre
ici et... oui, on peut aller jusqu'à 2050, mais, quand même, je pense
que la discussion ce matin... je pensais c'était le matin... non, l'après-midi,
mais, bref, les discussions qu'on a eues avant l'heure du lunch, c'était sur
les besoins énergétiques entre ici et 2030. On sait qu'en 2030 on va avoir peu
de surplus, puis il faut ajouter plus d'énergie à notre portfolio, à notre
enveloppe. Alors, je ne sais pas si les gens d'Hydro-Québec peuvent nous
confirmer avec un chiffre exact de combien d'énergie on va ajouter entre ici et
2030.
M. Fitzgibbon : J'aimerais
demander, peut-être, une permission. Il y a trois exécutifs d'Hydro-Québec, Régis, Julie et Dave, j'aimerais ça pouvoir permettre qu'ils
répondent directement. Donc, on peut-tu préapprouver le fait qu'un des trois va
pouvoir répondre, comme ça, ça va faciliter la tâche?
Le
Président (M. St-Louis) : ...consentement des membres de la... de cette
commission. Donc, est-ce qu'il y a consentement?
Des voix : ...
Le
Président (M. St-Louis) : Il y a consentement, merci. Avant la première
prise de parole, je vous demanderai simplement de vous nommer, suivi de
votre titre, s'il vous plaît.
M. Rhéaume
(Dave) : Bonjour. Mon nom est Dave Rhéaume, vice-président,
Planification intégrée des besoins énergétiques et risques chez Hydro-Québec.
Donc, pour répondre à la question de monsieur...
actuellement, sur l'horizon... donc, ce qu'on a rendu public, c'est 2032 — je
sais que vous avez demandé 2030, mais j'imagine que ça vous convient si je
réponds pour 2032 — c'est
25 térawattheures de croissance
anticipée de demande au Québec au cours, donc, de la décennie par rapport au
niveau de consommation actuel.
M. Kelley : Merci
beaucoup. Puis, une question, pour un projet éolien, par exemple, ça prend
combien de temps de le lancer de l'appel à le moment que c'est en ligne?
C'est quoi, l'échéancier d'un projet, exactement?
M. Rhéaume (Dave) : ...de se
matérialiser et avec des données connues, là. Donc, en 2021, Hydro-Québec a
lancé deux appels d'offres, un dédié notamment au secteur éolien, et la date de
mise en service la plus tardive qu'il est demandé aux promoteurs de rencontrer,
c'est la fin de l'année 2026. Donc, on parle approximativement, entre le
lancement officiel de l'appel d'offres, le traitement réglementaire,
l'allocation des gagnants et, évidemment, le temps qu'ils ont besoin pour bâtir leurs infrastructures, mais aussi, pour
nous, les raccorder, d'un cycle, là, approximatif, là, de cinq à
six ans.
M. Kelley : Parfait. Alors,
vous avez dit que c'est 25 térawattheures de demande supplémentaires.
Juste, je veux bien s'assurer que c'est
qu'est-ce que vous avez dit. Alors, c'est combien de projets, ce qu'on a besoin
pour remplir les demandes qui s'en vient dans les prochaines des années?
M. Rhéaume
(Dave) : Ça ne se compte pas en nombre de projets. C'est
difficile, voire impossible de nommer un nombre de projets. Aujourd'hui, au
Québec, on a encore des capacités excédentaires non engagées. Donc, pour
les prochaines années, vous voyez, il y a de... votre voisin, il s'achète un
véhicule électrique, il y a une augmentation de la consommation électrique, mais on n'a pas déjà besoin de bâtir une
infrastructure pour y répondre. Éventuellement, au cours des prochaines
années, on va éliminer le reste de nos surplus puis on va devoir ajouter.
Ce qu'on a annoncé, c'est, je dirais, trois
grandes catégories de mesures qui vont rentrer en service sur l'horizon 2032, c'est-à-dire des ambitions
beaucoup plus élevées en matière d'efficacité énergétique. Le chiffre public
qu'on donnait était de l'ordre de huit à
neuf térawattheures sur l'horizon, et là on vise à se rapprocher du
25 térawattheures. C'est 17 térawattheures de plus et c'est
comme trois fois le projet de la rivière Romaine, donc, juste en efficacité
énergétique supplémentaire, qui est visé, au-delà de ce qui était déjà annoncé.
La deuxième mesure, c'est l'éolien. Le chiffre
qu'on a déjà fait... On a déjà matérialisé plus de 1 000... autour de
1 150 mégawatts dans le dernier appel d'offres. On a déjà lancé un
appel d'offres de 1 500 mégawatts qui est en cours, qui vise à être mis en service sur la période 2027 à
2029. Puis on travaille à lancer pour encore quelques milliers de mégawatts supplémentaires sur l'horizon à
partir des années 2030, là, donc on peut imaginer 2030, 2031 et 2032. Donc,
ça, c'est des mesures qui sont des projets qui sont lancés.
Puis la dernière catégorie de projets qui est en
cours sur cet horizon-là, c'est le rehaussement de la puissance dans nos
centrales hydroélectriques existantes. Donc, nos centrales, ils ont, dans
certains cas, des groupes turbine-alternateur, donc des turbines qui viennent
en fin de vie. Lorsqu'on doit aller les remplacer, on en profite pour mettre des équipements encore plus puissants. Dans
certains cas, ça implique de regarder qu'est-ce qui peut être fait aussi au niveau
des infrastructures civiles puis tout le système de transport pour descendre
plus d'énergie puis de puissance à partir de ces centrales-là. Donc, ça, c'est
nos... c'est la somme des projets sur l'horizon que vise votre question.
• (14 h 10) •
M. Kelley : Merci beaucoup.
Alors, juste de bien comprendre, cette date de 2030 pour... mais qu'on va...
plus de surplus d'électricité, ça n'a pas bougé. Vous avez mentionné 2032 comme
une autre date qu'on regarde un petit peu sur horizon et parler un petit peu
plus. Alors, juste, encore, bien comprendre, le surplus pour 2030, ça n'a pas
changé, cette date, ça, c'est toujours, comme, l'échéancier visé par Hydro-Québec.
On a un problème qui arrive dans sept ans puis on va s'assurer qu'on a
l'énergie nécessaire pour faire la transition énergétique pour la société.
M. Rhéaume (Dave) : La
précision que je donnerais... Donc, d'abord, 2032, on réfère à cette date-là
parce que c'est la date officielle du plan d'approvisionnement d'Hydro-Québec
qui est déposé à la Régie de l'énergie.
Et vous avez mentionné le mot «on a un
problème». Nous, on ne qualifie pas ça de problème. C'est notre travail de se donner des options pour que l'offre
soit là pour rencontrer la demande. Donc, c'était quelque chose qui était...
qu'on voyait venir, on s'y prépare.
Donc, vous avez raison, ça, ça n'a pas changé,
mais on est prêts à déployer les infrastructures requises pour rencontrer la
demande d'électricité au Québec.
M. Kelley : Merci
beaucoup. Et je veux juste citer votre plan d'approvisionnement de 2020 à 2029,
c'est la section 3.3 dans votre document, je sais que ce n'est pas devant
vous, mais : «Selon les bilans du présent plan, les approvisionnements
disponibles et à venir sont suffisants pour répondre aux besoins en énergie
jusqu'en 2026 et, en puissance, jusqu'en 2025. Ce portrait de la situation tient
compte de plusieurs nouvelles mesures d'efficacité énergétique, particulièrement en gestion de la demande de puissance pour
toutes les catégories de clients.» Je sais que, depuis cinq ans, on n'a pas nécessairement ajouté beaucoup d'énergie à
notre enveloppe. Alors, je veux juste expliquer pourquoi les dates
semblent de changer un petit peu.
M. Rhéaume
(Dave) : C'est une bonne question puis c'est une question
qu'on se fait poser souvent, qu'est-ce qui a changé, puis j'aimerais...
je comprends... ce que j'ai compris d'une des réponses du ministre ce matin,
c'est aligné, la demande, la prévision de demande. Donc, le parc, donc le
système électrique, lui, il est demeuré essentiellement inchangé. Ça ne change
pas si vite que ça, nos infrastructures. Par contre, la prévision de demande
entre ce qui a été déposé, le plan d'approvisionnement auquel vous référez a
été déposé à l'automne 2019, versus le dernier qu'on vient de déposer
cette année, c'est une augmentation de la demande significative par rapport à
ce qui était anticipé, et cette augmentation de demande là, elle est dans tous
les secteurs. Donc, on a posé beaucoup de questions sur la croissance des
projets industriels, mais le Plan pour une économie verte, les mesures qui
visent à décarboner les activités existantes du Québec, on voit une
augmentation de la demande d'électricité importante, notamment les véhicules
électriques, mais aussi l'électrification des bâtiments.
M. Kelley : Merci beaucoup pour
la réponse. Puis, alors, juste de bien comprendre, en 2019, c'est quand Hydro-Québec
a réalisé que, ah!, il faut ajouter plus d'énergie dans notre parc pour
s'assurer qu'on a l'énergie pour les... les années qui s'en viennent, pour
2025? C'est bien ça?
M. Rhéaume (Dave) : Pas tout à
fait. En fait, puis c'est important, le contexte, donc, à la Régie de l'énergie,
on dépose un plan 10 ans. Chez Hydro-Québec, on fait des réflexions puis
des analyses pour des beaucoup plus longues périodes, mais, sur le plan
10 ans qui avait été déposé à cette époque-là, ce qu'on disait, c'est que
les approvisionnements existants du Québec étaient... donc les contrats que la Régie
de l'énergie réglemente étaient suffisants
pour répondre à la demande. Donc, ça visait simplement à dire, à ce moment-là,
cette phrase-là, dans le contexte d'un dépôt à la Régie de l'énergie, il
sert à dire : on n'a pas besoin de lancer des appels d'offres dès 2019‑2020.
M. Kelley : Merci beaucoup. Je
veux juste... reviens sur une discussion qu'on a eue ce matin, parce que vous avez mentionné qu'il y a beaucoup de travaux qui
doivent être faits sur des barrages existants. Est-ce qu'Hydro-Québec a des inquiétudes concernant la main-d'oeuvre disponible pour
faire tout le travail qui est nécessaire dans toutes les régions du Québec?
Est-ce qu'il y a un manque d'expertise? Est-ce que vous pouvez... Donnez-nous,
un petit peu, un portrait de la relève au
sein d'Hydro-Québec, des gens qui doivent avoir une formation très,
très spécifique dans certains domaines pour s'assurer la pérennité de
nos barrages au Québec.
Mme Boucher (Julie) : Bonne
question. On parle beaucoup de pénurie de main-d'oeuvre dans l'espace public. Hydro-Québec suit la situation de près également. Vous avez
raison, c'est des professions spécialisées, souvent. Puis, quand on
regarde devant, bien, non seulement on a un parc de production, un parc de
transport, de distribution dont certains
équipements sont vieillissants, mais on a aussi beaucoup de croissance qui nous
attend dans les prochaines années puis
on a aussi une adaptation aux changements climatiques qui nous attend dans les
prochaines années. Donc, c'est un grand défi de comment on va partager
les ressources, j'ai envie de dire, les ressources financières, mais aussi les
ressources humaines, les ressources matérielles à travers tout ce qu'on a à
faire dans les prochaines années.
Donc, votre
question, je pense, nous permet de mettre la table sur plein de sujets qui nous
attendent cet après-midi sur comment
on va partager puis qu'on va consacrer ces différentes ressources-là — humaines,
physiques, matérielles, financières — à
l'ensemble de ce qu'on a à faire pour les prochaines années, et il y a une
grande expertise à Hydro-Québec
maintenant, comment on l'utilise puis au meilleur... à meilleur escient.
Le Président (M. St-Louis) : Juste
vous assurer de vous nommer et suivi de votre titre, s'il vous plaît, pour le
bénéfice des gens qui nous écoutent. Merci.
Mme Boucher (Julie) : Bien sûr.
Alors, je m'appelle Julie Boucher, je suis vice-présidente responsable du
développement durable, des communications et des relations avec les communautés
à Hydro-Québec.
Le Président (M. St-Louis) : Merci,
Mme Boucher.
M. Kelley : Merci
pour la réponse, Mme Boucher. Puis j'ai trouvé ça très, très intéressant.
Est-ce qu'Hydro-Québec est obligée de recruter de l'expertise à
l'extérieur du Québec de temps en temps, ou est-ce qu'on est pas mal capables,
avec des écoles, et universités, puis des programmes ici, au Québec, de pas mal
avoir une relève qui vient d'ici? C'est juste de... je suis curieux parce que,
j'imagine, des ingénieurs, et tout ça, comme je dis, c'est une formation très,
très technique, les gens sont un talent très spécifique. Mais alors, c'est
encore juste une question si c'est un... quelque chose, un enjeu pour Hydro-Québec,
c'est... de trouver le talent qui vient de l'extérieur du Québec, de temps en
temps.
Mme Boucher
(Julie) : Jusqu'à maintenant la grande majorité de nos bassins de
recrutement sont encore au Québec. Il y a
des domaines plus particuliers d'expertise, je pense notamment à la recherche
dans les matériaux de batterie, où effectivement on va recruter des
talents très particuliers à l'international. Mais, jusqu'à maintenant, la
grande majorité de notre main-d'oeuvre provient de bassins du Québec.
M. Kelley :
Parfait. Merci beaucoup. Et, sur l'adaptation des changements climatiques,
j'ai lu votre plan, c'est très intéressant. Je suis très content que c'est à
jour maintenant.
Dans mon comté, il y
a toujours des gens qui posent des questions. Chaque saison, il y a les
inondations, puis on... il y a des rivières où, des fois, Hydro-Québec doit
ouvrir un barrage, et ça peut aider à la pression qui existe sur les lacs proches de chez nous, et c'est le même
cas partout au Québec. Mais est-ce que vous êtes... Est-ce que vous avez
tout le budget nécessaire pour faire l'adaptation de le réseau et d'Hydro-Québec
pour, oui, arriver à la défi de le... des événements climatiques qui va arriver
de plus en plus souvent?
Mme Boucher
(Julie) : C'est une excellente question, et je pense que, dans les
prochaines années, on va faire face à de nombreux défis qui vont en ce sens-là,
mais j'ai aussi envie de vous dire que, l'adaptation aux changements climatiques, il y a différentes façons
de le faire, et, dans notre plan d'adaptation aux changements climatiques
qu'on a dévoilé l'automne dernier... Ça fait trois ans que nos experts
travaillent sur ce plan-là puis auparavant ça fait plus de 20 ans qu'on travaille avec Ouranos sur l'adaptation aux
changements climatiques. Mais, dès la conception, on peut réfléchir
autrement, quand il est temps de parler d'adaptation aux changements
climatiques.
D'ailleurs, notre
réseau de distribution d'électricité — les poteaux de bois — on
l'a adapté dans les dernières années. On l'a adapté notamment parce que la
charge augmente chez nos clients, mais aussi pour faire face aux aléas
climatiques. Nos poteaux, vous ne l'avez sans doute pas nécessairement
remarqué, mais ils sont un petit peu plus gros
qu'ils l'étaient dans les dernières années, on a protégé nos équipements
différemment. Donc, ça, c'est une autre façon, dès la conception des
équipements du réseau des infrastructures, de s'adapter au climat.
L'autre
façon, c'est aussi de choisir la localisation des équipements en fonction des
aléas climatiques qu'on anticipe ou encore d'entretenir ou d'exploiter
autrement. Je vous donne un exemple, si on anticipe que, dans une région, les
chutes de neige vont être plus importantes dans les trois prochaines... dans
les prochaines années, on a trois façons qu'on peut réagir : on peut
choisir de construire un bâtiment différemment, par exemple de faire un toit
qui est plus résistant, on pourrait choisir de le construire ailleurs, le
bâtiment, parce qu'on estime qu'il va y avoir trop de neige dans ce secteur-là, ou on pourrait choisir de
l'exploiter différemment puis d'aller déneiger le toit sur une base plus
fréquente.
Donc, il y a une
question de budget, vous avez raison, mais il y a aussi une façon de concevoir,
de penser, puis d'exploiter, de maintenir nos équipements différemment.
• (14 h 20) •
Le Président
(M. St-Louis) : ...premier bloc d'échange. Merci,
Mme Boucher, merci, M. Rhéaume, merci, M. le député.
Je
suis maintenant prêt à reconnaître le porte-parole du deuxième groupe
d'opposition. M. le député de Maurice-Richard, la parole est à vous, vous disposez de
12 min 3 s.
M. Bouazzi : Merci, M. le Président.
D'abord, peut-être, merci beaucoup aux invités de participer à cet exercice
démocratique important.
Peut-être avant de
poser des questions à nos invités, évidemment, on remarque, à notre tour, que
le PDG actuel d'Hydro-Québec n'est pas présent. Vous n'êtes pas sans savoir, M.
le Président, que ça fait déjà un certain temps qu'on voulait rencontrer
Mme Sophie Brochu, entre autres choses pour parler du plan stratégique,
étant donné que c'est le seul plan, en fin
de compte, que nous avons au Québec qui parle d'énergie, parce que le plan du
gouvernement actuel se fait attendre, et aujourd'hui, sans jamais
remettre en cause la qualité des personnes qui sont devant nous, on remarque qu'effectivement le PDG d'Hydro-Québec n'est pas présent. Peut-être, ma question pour le ministre :
Est-ce que c'est son ministère qui a
demandé au PDG de ne pas venir, ou c'est Hydro-Québec qui a préféré ne
pas envoyer le PDG?
M. Fitzgibbon :
C'est une décision qui a été concertée entre Hydro-Québec et le ministère.
Nous prenons très au sérieux la reddition de
comptes qui est requise aujourd'hui. Et, comme j'ai dit tantôt, M. Despars
a été nommé il y a moins qu'un mois, donc on a trouvé que c'était
approprié d'avoir trois exécutifs qui, complémentairement, pouvaient faire
office du président. Donc, tout est sous contrôle, on est très satisfaits de la
représentation.
M. Bouazzi : Je ne comprends pas bien
l'argument du moins qu'un mois. Est-ce que vous voulez dire qu'il ne serait
pas capable de répondre à nos questions parce qu'il est là juste depuis un mois?
M. Fitzgibbon : Mais il y avait des
fonctions très spécifiques et là vous avez trois exécutifs qui ont des
fonctions complémentaires. Alors, moi, je pense que c'est très adéquat,
ce qu'on a présentement.
M. Bouazzi :
Merci, M. le ministre. Ma question, peut-être, pour nos invités. On parle
effectivement du manque d'électricité qu'on
va avoir dans les prochaines années. On vient de signer un gros contrat avec New York.
Est-ce que ce contrat-là a bougé le moment à partir duquel on va manquer
d'électricité?
M. Rhéaume
(Dave) : Non. À court terme, là, notre... le plus gros enjeu pour le
Québec, puis c'est celui qui est... qui
était annoncé, là, c'était... c'est un manque de puissance. Donc, c'est la
capacité du Québec... Puis vous l'avez vu à travers certaines annonces, notamment, le... notre record de
consommation en pointe cet hiver, on était très sensibles puis on avait
commencé à modifier quand même certains de nos messages publics par rapport à
l'enjeu de la pointe. L'entente avec New York
ne prévoit aucune livraison d'énergie en période de pointe, c'est-à-dire qu'Hydro-Québec a toute la flexibilité de ne pas livrer d'énergie...
M. Bouazzi : Je
m'excuse, je n'ai juste pas beaucoup de temps. C'est très clair. J'étais,
d'ailleurs, à la commission et je suis bien conscient de ça. C'est quand même
beaucoup d'énergie, on s'entend. Les ambitions industrielles, surtout du
Québec, vont aussi consommer de
l'électricité à l'extérieur de la pointe. Est-ce que le contrat qu'on veut
finaliser avec Boston va modifier la date à partir de laquelle on va
manquer d'électricité?
M. Rhéaume (Dave) : Lui non
plus. Le contrat avec Boston, le Massachusetts ne prévoit pas de livraison en pointe. Ceci dit, si vous me permettez, vous avez
raison, dans les deux cas, c'est des volumes d'énergie importants, donc ça nous met une pression plus tôt que si on
n'avait pas ces ententes-là pour ajouter de la production d'énergie. Par
contre, on n'a pas aussi besoin d'ajouter des services de fiabilité et de
puissance comme des centrales hydroélectriques.
M. Bouazzi : Je
voudrais parler de gaz naturel. Vous n'êtes pas sans savoir qu'actuellement,
dans le bâtiment... le bâtiment représente 10 % des émissions de gaz à
effet de serre au Québec, 7 % de totalité des émissions de gaz à effet de
serre sont dues au gaz naturel. Actuellement, Hydro-Québec pousse très fort
pour ces accords avec Énergir. Est-ce que... Bien, pourquoi? Quand on voit, par
exemple, que la ville de Laval ou la ville de Montréal ont décidé de ne plus
raccorder de nouveaux bâtiments au gaz, pourquoi vous pensez que c'est une
erreur?
Mme Boucher (Julie) : ...par
vous dire que notre électricité, elle est précieuse, elle précieuse parce
qu'elle nous permet de réduire des GES, de remplacer judicieusement des
énergies fossiles, mais elle est limitée. Donc, la meilleure façon de réduire
le plus possible des GES, c'est de l'utiliser judicieusement au bon endroit au
bon moment. Ce qu'on propose avec la
biénergie, c'est de réduire de 70 % les émissions de GES des bâtiments,
mais de garder le gaz naturel, de manière transitoire, en pointe pour nous
éviter de devoir attribuer au chauffage des bâtiments beaucoup de
mégawatts en pointe. Ces mégawatts-là, on peut s'en servir pour décarboner
autre chose.
J'ai aussi envie de vous dire que c'est une
solution rapide, c'est une solution efficace qu'on peut déployer dès maintenant.
Elle est en cours, présentement, cette offre commerciale, alors qu'on parle
d'urgence climatique. Si on devait
électrifier et alimenter 100 % électrique l'ensemble de ces bâtiments non
seulement on aura besoin d'énergie, comme on en discutait à l'instant,
d'augmenter nos capacités, mais on aura aussi besoin de transport, de
distribution d'électricité. Et ça, ça
demande du temps, construire l'ensemble de ces infrastructures-là, ça demande
beaucoup de dollars, et je vous dirais aussi que ça a un certain impact
environnemental. Donc, quand on parle d'adaptation, de lutte contre les changements climatiques, bien, il faut aussi
penser au nombre d'infrastructures qu'on construit parce que ça a un impact
sur la biodiversité.
M. Bouazzi : Est-ce que, parce
que, évidemment, la faisabilité d'électrifier tous nos bâtiments pour le
chauffage, il y a des scénarios politiques qui permettent d'électrifier tous
nos... Bien, si on imagine qu'on décide d'allouer 10 000 $ par maison
pour installer des thermopompes, améliorer l'isolation, mettre 1 milliard
par an, donc 10 milliards sur 10 ans, ça nous ferait économiser
1 500 mégawatts, qui viendraient directement toucher la pointe. Dans le cas dont on parle actuellement, ce n'est
pas actuellement dans les plans du gouvernement, de faire cette grosse corvée
qui, pourtant, serait salutaire. Est-ce qu'on peut s'entendre qu'il y a des
scénarios politiques, avec des politiques publiques, qui nous
permettraient d'éviter de garder tout ce gaz naturel, qui produit des gaz à effet
de serre?
M. Rhéaume (Dave) : Donc,
actuellement, on a... donc, je ne sais pas exactement les chiffres auxquels
vous référez, mais actuellement, nous, on
s'est engagés publiquement à accroître notre cible d'efficacité énergétique,
comme je disais tout à l'heure, de
huit vers le 25, puis on a déjà pour plus de 1 000 mégawatts annoncés
de croissance, de gestion de puissance qu'on vise à aller chercher.
Ceci dit, on tient à être clairs : ce n'est
physiquement pas possible, aujourd'hui, de se débarrasser de 100 % du gaz naturel dans les bâtiments du Québec,
aujourd'hui, avec les infrastructures actuelles, même avec de l'efficacité
énergétique puis de la gestion de pointe. Ça, c'est... Il va falloir développer
des infrastructures puis c'était à ça que ma
collègue Julie référait, c'est de dire : s'il faut attendre que toutes les
infrastructures du Nord du Québec, le transport et le réseau de distribution... pour faire cette décarbonation-là, on se
prive d'une solution simple qui nous permet déjà aujourd'hui de rentrer
dans un bâtiment puis d'enlever 70 % des GES.
M. Bouazzi : Je pense qu'il n'y
a aucun groupe qui dit qu'on va le faire du jour au lendemain. Je pense, même
que j'espère pour Hydro-Québec, à un moment, on va se débarrasser du gaz naturel
parce qu'on n'obtiendra pas la carboneutralité si on continue.
Ceci étant dit, les nouveaux bâtiments sont un
infime pourcentage de ce dont on parle. Est-ce qu'on peut au moins dire qu'il y
a moyen de juste arrêter de ploguer des nouvelles infrastructures, qui,
rappelons-le, prennent 30 ans en moyenne à être amorties, là? Ça nous
pousse à plus que 2050, de mettre des nouveaux tuyaux de gaz, actuellement.
M. Rhéaume
(Dave) : Pour les nouveaux bâtiments, on vise des solutions 100 %
renouvelables, puis c'est cohérent avec
l'annonce d'Énergir qui dit : pour les nouveaux bâtiments, s'il y
a du gaz, il faut que ce soit du gaz naturel renouvelable. Donc, selon
nous, la meilleure solution pour les nouveaux bâtiments, c'est une combinaison
de gaz naturel renouvelable et d'électricité renouvelable fournie par Hydro-Québec.
M. Bouazzi :
Et donc, actuellement, vous pensez que les tuyaux de gaz qui ramènent du
gaz dans les nouvelles maisons sont du gaz renouvelable?
M. Rhéaume
(Dave) : En fait, actuellement, l'engagement qu'Énergir prend, c'est
qu'il va trouver assez de gaz renouvelable supplémentaire pour répondre aux
nouvelles constructions qu'ils vont alimenter.
M. Bouazzi :
Donc, qu'on s'entende, actuellement c'est moins de 2 % du gaz qu'il y
a dans les tuyaux qui est renouvelable. Et, dans les nouvelles maisons, ils
reçoivent, comme tout le monde, 98 % de gaz fossile.
Mme Boucher
(Julie) : C'est une option pour... puis là je ne vais pas parler au
nom d'Énergir, sinon que de vous dire que c'est une option pour n'importe quel
client d'Énergir de souscrire à l'option d'être complètement au gaz naturel
renouvelable. C'est possible dès maintenant.
• (14 h 30) •
M. Bouazzi :
Je veux juste être clair : actuellement, si quelqu'un souscrit à cette
option, il va recevoir 98 % de gaz fossile dans le tuyau, c'est les mêmes
tuyaux. On peut faire appel à l'esprit de marketing d'Énergir, mais entre
ingénieurs, je ne sais pas, ou en tout cas entre personnes qui aiment bien les
chiffres et les... et la technologie, actuellement, quelqu'un qui souscrit à
100 % de gaz renouvelable dans ses tuyaux reçoit 98 % de gaz fossile.
Et on nous promet que, peut-être en 2030, on va en avoir 10 %, donc il y
en aura quand même 90 % qui sera fossile.
M. Rhéaume
(Dave) : Vous avez raison, en moyenne. Dans les faits... C'est parce
qu'il faut reconnaître que, l'énergie, comme, essentiellement, bon nombre de
transactions sur les marchés, il y a un caractère virtuel à le suivre. Dans les
faits, la personne qui habite à côté du site de production de gaz naturel
renouvelable, il peut ne pas s'inscrire au gaz naturel renouvelable et il
consomme, dans les faits, 100 % de gaz naturel renouvelable. L'idée, c'est
de trouver assez de payeurs, de gens intéressés à accepter de payer pour du gaz
naturel renouvelable pour justifier des projets puis d'ajouter la production.
De la même façon que nous, lorsqu'on livre de l'énergie dans les marchés, on livre à un point précis, puis c'est 100 %
du renouvelable qui arrive, mais, à partir de là, il est mélangé avec tous les autres
électrons dans ces marchés-là, qui peuvent être beaucoup moins verts que les
nôtres.
M. Bouazzi :
On est d'accord. Et actuellement c'est 98 % de non renouvelable. C'est
avec ça qu'on deale, actuellement, au Québec.
Peut-être, pour
conclure, il y a d'autres manières de... il y a des décisions politiques, par
exemple les augmentations qui sont prévues dans le secteur économique
émergeant, l'hydrogène, les filières batteries, les chaînes de blocs, les serres, les centres de données, etc.,
qui demandent aussi, dans votre plan stratégique 2023‑2032,
1 329 mégawatts en période de pointe. Il y a la croissance du secteur
industriel qui en demande 458. Il y a aussi les véhicules électriques qui
demandent 1 709, en prenant, j'imagine, en compte qu'elles vont se charger
pendant les périodes de pointe. Tout ça, c'est des décisions politiques, et je
pense que la décision politique la plus importante, c'est de s'assurer qu'on
arrive à diminuer nos gaz à effet de serre, je... à diminuer nos gaz à effet de
serre, et puis on espère que vous allez
devoir... avoir à faire avec des décisions politiques qui vont vous aider à
prendre ces décisions-là, car actuellement le gaz non renouvelable ne
permet pas, malheureusement, d'aller dans la bonne direction.
Combien il me reste
de temps?
Le Président
(M. St-Louis) : Vous avez terminé.
M. Bouazzi :
Exactement. C'est ce que je me disais.
Le Président
(M. St-Louis) : M. le ministre, vous...
M. Fitzgibbon :
Je veux juste conclure...
Le Président
(M. St-Louis) : Vous disposez toujours de 22 secondes, M. le
député.
M. Bouazzi :
Je vais les transférer à la... au prochain bloc, s'il vous plaît.
Le Président
(M. St-Louis) : Merci. Alors, ce bloc d'échange étant terminé, je
reconnais maintenant le porte-parole de
l'opposition officielle. M. le député de Jacques-Cartier, la parole est
à vous, vous disposez de 18 min 5 s.
M. Kelley :
Je ne sais pas si quelqu'un veut répondre à des questions de mon collègue,
qui a perdu un petit peu de temps. Je suis
prête à céder un petit peu de mon bloc pour une réponse envers mon cher
collègue de Maurice-Richard.
Le Président
(M. St-Louis) : Allez-y, M. le ministre.
M. Fitzgibbon : Je vais faire
un petit commentaire complémentaire à mes collègues d'Hydro-Québec. Je pense
qu'on est tous pour la vertu, que ça serait fun d'avoir 100 % de R dans le
GN, ça, je suis d'accord avec vous. Ne perdons pas de vue que, présentement, au
Québec, la consommation de gaz naturel équivalent en mégawatts, c'est 17 000. 40 000 mégawatts
production, 17 000 de gaz naturel excédent. Donc, on veut se
débarrasser... et je... le thème est très intéressant, là, et
politiquement attirant, mais c'est 17 000 mégawatts qu'il faut
remplacer, alors... sans égard au dossier qu'on parle. Alors, je pense qu'il
faut y aller méthodiquement. C'est tout ce que...
M. Kelley : Merci, M. le
ministre, pour la réponse à mon collègue.
Je veux parler, dans le même sujet, de
l'efficacité énergétique. Je sais que, M. le ministre, vous avez parlé un petit
peu ce matin, puis c'est une partie de la solution pour s'assurer qu'on a toute
l'énergie qui est nécessaire pour décarboniser notre société puis de s'assurer
qu'il y a l'énergie disponible pour les entreprises, pour notre économie, mais
est-ce que certaines... Comme on parle de lave-vaisselle, de changer l'heure
qu'on lance le lave-vaisselle, heure qu'on va charger notre char électrique,
mais est-ce qu'Hydro-Québec ou le gouvernement visent certaines mesures qui vont être obligatoires? Est-ce que vous avez
des pensées là-dessus, M. le ministre, ou, quand même, les gens d'Hydro-Québec?
M. Fitzgibbon : Bien,
écoutez, comme j'ai dit ce matin, je pense qu'effectivement... puis j'étais très
agréablement surpris de voir qu'Hydro-Québec, de son propre greffe...
gré, plutôt, je m'excuse, a augmenté de 8,9 térawattheures à 25 térawattheures l'efficience énergétique,
autant puissance qu'énergie. Maintenant, clairement, on va laisser à Hydro-Québec le soin de faire des
recommandations, d'une part.
Deuxièmement,
la consultation qu'on commence au niveau de l'énergie va adresser ça aussi
parce que... est-ce qu'il y a des mesures qu'on devrait prendre dans la
loi ou dans les règlements pour encourager un comportement qui pourrait nous
permettre d'arriver aux 25 térawattheures, parce que plus vite on va
arriver aux 25 térawattheures, moins de
grands ouvrages on aura à construire? Donc, on va être alignés avec ça. Alors,
je pense qu'Hydro-Québec va... je vais laisser M. Rhéaume ou
Mme Boucher répondre, mais après ça, dans les consultations, on va
clairement parler de ces enjeux-là parce que c'est des décisions très
importantes.
M. Rhéaume (Dave) : En effet,
pour renchérir, donc, on est 100 % alignés à optimiser l'utilisation de
nos infrastructures puis de notre ressource, qui est précieuse. Le plus gros
changement qu'on a fait par rapport à ça dans les dernières années, c'est la
tarification dynamique. Donc, on a ouvert une option de tarification dynamique
qui vise à inciter des comportements qui sont gagnants pour le Québec. On a
deux options. On l'a ouvert, la première année, les premières années, je
dirais, en mode pilote... un nombre de participants limité, puis, depuis peu,
le programme est ouvert à tous les Québécois. Il y a de l'intérêt. On a plus de
200 000, je pense, clients qui y participent déjà, puis rapidement...
c'est encore peu connu, mais, malgré tout, on a déjà plus de 200 000.
C'est à peu près le même nombre de clients que tout Énergir.
Ce qu'on remarque, par contre, c'est que de
s'inscrire, ça démontre de l'intérêt, mais il faut que les clients aussi, ils
adaptent. Donc, notre prochaine étape, c'est de continuer à faire connaître les
comportements efficaces pour aider la gestion de la pointe, d'envoyer le
signal, si les gens, ils ne modifient pas leurs comportements, ça ne va pas
nous atteindre... nous faire atteindre nos objectifs. Donc, il y a tout un
travail qui se fait de faire connaître les bons comportements, de rendre les
options disponibles.
Puis je rajouterais qu'Hilo, qui est une version
dynamisée, je dirais, de la tarification dynamique, où des équipements viennent aider le client, ça fait
aussi partie... on constate qu'il y a des types de clients qui sont très
intéressés mais que, de par leurs
équipements dans leur maison ou leur mode de vie, ne réussissent pas à
optimiser. Avec un support comme Hilo, on pense qu'il y a des centaines de
mégawatts... La tarification dynamique et Hilo ensemble, là, c'est environ 1 000 mégawatts, juste dans le
secteur résidentiel, qu'on pense qu'on est capables d'aller chercher. C'est
énorme.
M. Kelley : Merci
beaucoup pour les réponses. Alors, encore, M. le ministre, vous n'êtes pas en
mesure... je veux juste dire que vous écarte la possibilité que certaines
mesures vont être obligatoires pour les citoyennes du Québec.
M. Fitzgibbon : En
fait, non. On va attendre, premièrement, les recommandations techniques d'Hydro-Québec sur les moyens et, d'autre part, on va écouter aussi les experts lors
des consultations qui vont commencer très bientôt.
M. Kelley : Merci
beaucoup. Parce que, M. Rhéaume, vous avez ouvert la porte sur le sujet
d'Hilo, un système très, très intéressant, et peut-être vous pouvez faire juste
une mise à jour. Et il y a eu plusieurs articles concernant les autres dirigeants d'Hilo, mais aussi certains
enjeux avec la technologie. Mais on est rendus où? Et c'est quoi, le potentiel
d'Hilo pour... Comme vous avez mentionné, il y a des mégawatts qu'on peut
chercher, mais, pour le «rollout» d'Hilo partout au Québec, c'est quoi,
le défi devant nous?
M. Rhéaume
(Dave) : On a actuellement une prévision publique de
l'ordre d'environ 500 mégawatts provenant d'Hilo au cours... je dirais,
là, sur un horizon d'environ cinq ans, là, approximativement. Le défi, c'est
l'adoption, mais je tiens à... puis
peut-être que mon collègue Régis pourra renchérir, là, la valeur d'Hilo,
lorsqu'on l'a réfléchi la première fois, c'était à la gestion de pointe. Donc,
c'est évidemment quelque chose qui nous permet d'optimiser nos infrastructures
en effaçant la pointe.
Mais plus on travaille avec Hilo, plus on réalise de la valeur supplémentaire.
Notamment, lorsqu'on a des situations de panne, un des gros problèmes qu'on a,
c'est que le moment où l'électricité revient, bien, tous vos appareils
qui étaient allumés au moment où la panne est arrivée, ils repartent, puis on
peut se retrouver dans des situations où un véhicule électrique qui est
80 % chargé, bien, au moment où le courant repart, il repart, mais à ce
moment-là ça crée beaucoup de pression. Je ne sais pas si, Régis, tu veux
renchérir là-dessus.
M. Tellier (Régis) : Oui. Régis
Tellier, vice-président, Opérations et maintenance.
Effectivement,
ça crée, en fait, dans la reprise de charge, une pression importante sur le
réseau, et ça, qu'est-ce que ça peut avoir comme conséquences, ça
pourrait amener des bris d'équipement, ça pourrait amener soit à des protections... mais ça pourrait aller jusqu'à...
le fil pourrait fondre par rapport à cette charge-là. Donc, tous les
équipements de chauffage, de
véhicules électriques, quand on... après une panne, là, surtout quand il fait
encore plus froid, là, à l'extérieur, c'est là que ça crée une charge
importante.
Hilo, qu'est-ce qu'il fait? Il vient créer
temporairement... il vient lui-même réajuster la reprise de charge. Il va dire : Moi, dans ce secteur-là, 30 %,
par exemple. Il ne va pas tout de suite rétablir. Il va attendre
une heure... En tout cas, il y a des algorithmes, là, qui vont lui
permettre d'assurer une prise en charge qui fait que ça ne va pas générer une nouvelle
panne qui va demander à une équipe d'intervenir pour aller la réparer.
• (14 h 40) •
M. Kelley : Merci beaucoup. Et
c'est très intéressant. Et je veux juste vous remercier pour votre travail
pendant la dernière tempête de verglas. J'ai vu que vous étiez sur le terrain
avec les équipes d'Hydro-Québec, vous avez...
de rassurer la population. Mais c'est intéressant avec la charge, parce que je
sais que, dans mon coin, dans mon comté, on a vu que le moment que le
courant est revenu, qu'il y a eu des pannes après parce que le système était
trop chargé. Les gens, bien, tout leur
frigo, tout était déjà plugué. Alors, avec une technologie comme Hilo, quand
ces situations arrivent, ça va aider, des fois, pour s'assurer qu'il n'y
ait pas une surcharge de le système puis les équipes sont obligées d'aller
encore sur le terrain pour faire des réparations. C'est bien ça? Excellent.
Puis parce qu'on est un petit peu sur le sujet
maintenant, mais l'enfouissement des lignes de transmission... vous étiez
présents pour les discussions de ce matin, vous avez vu le sondage qui était
dans le journal, puis des citoyens croient
puis ils pensent que l'enfouissement des lignes, c'est une bonne solution. Je
pense que ça représente aussi juste une inquiétude des citoyens en
général qu'il y a, il me semble, de plus en plus de pannes, des gens, des
citoyens perdent qu'est-ce qui est dans leur
frigo, il y a des inondations dans les sous-sols. Mais encore je veux juste
entendre les gens d'Hydro-Québec, peut-être, de prendre le temps pour
l'expliquer.
Je sais que, dans le plan de l'adaptation des
changements climatiques, on parle des projets pilotes pour enfouir des lignes
existantes. Comme je l'ai dit ce matin, ce n'est pas une question de mur à mur,
mais comment on... et comment et quand est-ce que l'enfouissement des lignes,
c'est une bonne idée pour des lignes existantes, mais aussi pour déterminer des
projets nouveaux dans les banlieues, qui viennent de construire des tours de
condos, quand même, des projets résidentiels et commerciaux?
M. Tellier
(Régis) : Oui. En fait, nous, qu'est-ce qu'on recherche,
c'est la fiabilité puis la résilience. C'est ça qui est notre objectif
tout le temps.
L'enfouissement est une option, mais c'est une
option qui est très coûteuse et c'est une option qui est très complexe. Souvent, qu'est-ce qui est le bon
critère, c'est quand il y a une grande densité d'électricité qui est demandée.
C'est pour ça qu'on voit ça souvent dans les centres-ville ou dans les grands
centres urbains.
Maintenant,
le lot de défis, c'est que c'est souterrain, ça cohabite avec d'autres
infrastructures souterraines — les réseaux d'aqueduc, les réseaux de
télécommunication, les réseaux de bornes-fontaines, l'éclairage public — et
ça, c'est des travaux qui amènent son lot
pendant qu'on réalise des travaux, mais aussi pendant, après ça, qu'on va
l'exploiter parce que, quand nos travailleurs doivent descendre, il y a
des enjeux de santé-sécurité également, les réseaux restent énergisés. Ça fait que c'est vraiment les critères
de densité électrique, là, qui nous amènent à favoriser ce type
d'installations là.
Maintenant, quand on s'éloigne un peu plus où
qu'il y a moins de densité, bien, c'est le même coût, hein? Pour donner un
ordre de grandeur, aujourd'hui, on a à peu près 11 % de notre réseau de
distribution qui est souterrain, ça
représente environ 600 000 clients, qui est branché sur le réseau.
Si, mettons, on voudrait le doubler, OK, l'augmenter, bien, ça pourrait jouer entre 8 et 10 milliards que ça
coûterait à l'ensemble des Québécois pour peut-être environ
500 000 clients, parce que plus qu'on avancerait, moins qu'il y
aurait de clients de branchés sur... en termes de densité sur le réseau.
C'est pour ça que c'est une solution, le
souterrain, mais il y a d'autres solutions qu'on regarde. Oui, l'enfouissement
léger, ça, c'est une option qui est regardée, où est-ce que, là, ce n'est pas
la même infrastructure civile. On va mettre
des infrastructures civiles quand on va passer sous les routes, mais, quand on
longe... un des pilotes qu'on fait,
c'est à Parcs Canada, ça, c'est intéressant, qui est en zone rurale où est-ce
qu'il y a beaucoup de végétation, où est-ce qu'on peut le faire parce
qu'il y a moins de branchements, il y a moins de joints qui est fait sur ce
type de réseau là, parce que dès qu'on
augmente le nombre de branchements, ça amène de la complication puis
l'augmentation des coûts. Ça fait que ça, c'est une option.
Mais une option qui est très simple, c'est le
bon arbre au bon endroit. Tu sais, moi, chez moi, en arrière-lot, ma ligne de
distribution est là, bien, j'ai planté un lilas. Un lilas, ça va arrêter à
trois, quatre mètres de hauteur. L'érable, je l'ai planté en avant de chez moi,
parce qu'un érable argenté, comme dans le temps de la dernière crise, à
Montréal, avec le verglas, le poids des bourgeons, bien, même s'il était en
dehors de notre servitude où est-ce qu'on fait notre
contrôle de la végétation, bien, l'arbre à 20, 30 pieds est tombé quand
même sur l'infrastructure et a généré une
panne. Ça veut dire que, même si le réseau aérien, il aurait été flambant neuf,
il y aurait eu une panne quand même, parce qu'il n'y a pas un réseau qui
va pouvoir supporter un tel... de poids.
Ça fait que nous, on
sensibilise beaucoup. On a tout identifié les essences d'arbres, par exemple,
qui pourraient s'installer à proximité de notre réseau, mais ça, ça arriverait
au même résultat de fiabilité, mais avec un coût vraiment inférieur à
l'enfouissement.
M. Kelley :
Merci. C'est très, très intéressant. Puis je comprends, et vous avez
mentionné un élément, que, peut-être, entre
certaines régions, c'est plus facile de faire l'enfouissement parce que des
lignes sont entre deux différentes propriétés qui sont à une bonne
distance, et c'est juste... c'est plus facile à le faire. Je comprends ça.
Alors, comment Hydro-Québec
va évaluer où c'est plus facile à le faire? Mais aussi, si je suis un gens de
Montréal, dans le comté de Jacques-Cartier, je dis : Ah non, c'est
impossible d'enfouir les lignes chez nous... je sais que ça, ce n'est pas vrai, mais juste, encore, pour Montréal, quand j'ai
eu une discussion avec le ministre, ce n'est pas juste Montréal, mais
peut-être des villes où on a une densification de la population, quand j'ai
présenté une motion, j'ai eu un débat avec le ministre, qui a parlé d'une
technologie qui peut détecter quand une branche est comme proche d'une ligne.
Est-ce que ça, c'est quelque chose qui peut être déployé? Comment on peut
aussi... la végétation, dans les régions de
Montréal, Québec ou Trois-Rivières, comment on peut améliorer le système
d'avoir une meilleure idée quand une branche peut être dangereuse pour
des lignes de transmission pour faire l'entretien rapidement, pour limiter des
dégâts quand il y a des tempêtes comme on a vu le mois dernier?
M. Tellier
(Régis) : Oui. Bien, en fait, nous, on a toutes les expertises à
l'interne, là. On a des équipes, là, qui,
eux, leur rôle, c'est de marcher, en fait, selon les temps de cycle, là, selon
la pousse des arbres pour identifier quels sont les arbres à risque
selon un inventaire. Ça fait qu'on maintient un inventaire, des fois avec des
technologies comme vous mentionnez, là, qui peut être géolocalisé, mais nous,
on prend ça, puis c'est ça qui détermine, après ça, quand on dirige nos équipes
pour être capables de réaliser le plus... là, en fonction des arbres qui sont à
risque.
Maintenant, qu'est-ce
qui est intéressant depuis la dernière modification au niveau de la loi sur les
arbres, dès qu'on voit qu'il y a un arbre qui est à risque, on peut maintenant
l'abattre, ce qui était difficile par le passé, ça fait que, là, ça pouvait demander un petit peu plus de logistique. Mais ça,
c'est des genres d'outils qui nous aident vraiment, là. Puis, quand on voit déjà qu'un arbre, même
s'il est à une distance, mais qui, clairement, peut être un enjeu,
c'est-à-dire, au prochain coup de vent, il va tomber, bien, on va
l'abattre. Ça fait qu'on peut faire l'émondage, de l'élagage ou de l'abattage
en fonction de qu'est-ce qu'on fait.
Quand on voit qu'il y
a beaucoup de végétation, on peut y aller aussi sur les cycles, des cycles
courts, ça veut dire qu'on va maintenir les
arbres très bas, et ça va faire en sorte qu'on va y aller plus souvent. Ça fait
que ça met une pression, les coûts à la baisse, plutôt que d'attendre
qu'ils soient à maturité et que, là, ça amène son enjeu d'élagage, qui est des techniques un petit peu plus complexes
et un petit peu plus dangereuses d'un point de vue santé et sécurité.
M. Kelley :
Et... Parfait. Merci pour la réponse. Puis je veux juste aller rapidement,
question pour le ministre puis aussi pour l'équipe d'Hydro-Québec. On a vu
qu'il y a eu des difficultés à identifier, des fois, des RPA où les aînés
étaient sans courant pour plusieurs jours. Est-ce que le travail a été lancé au
sein d'Hydro-Québec et le gouvernement pour rassurer que toutes les RPA qu'on
prend le processus d'identifier que c'est une résidence avec des aînés? Je veux
juste entendre vous autres, qu'est-ce que... qu'est-ce qui a été fait après la
tempête de verglas pour s'assurer que nos aînés ne sont pas pris dans les
situations de pas de courant dans une période où c'est très froid.
M. Fitzgibbon :
J'ai... Je vais vous donner la réponse du gouvernement puis Julie va
continuer. Effectivement, c'est une situation qui a été déplorable, puis on
avait identifié, à l'époque, qu'il y avait eu un enjeu de communication,
l'identification des RPA, certains privés, publics. Alors, du côté du
gouvernement, ce qu'on a fait... c'est avec le MSSS, le ministère de la Santé,
il y a eu des rencontres qui ont eu lieu avec Hydro-Québec, parce
qu'effectivement il fallait... il faut maintenir à jour les RPA, des fois, qui
changent de vocation, et je pense que le MSSS,
le ministère de la Santé, a bien, je pense, communiqué avec Hydro-Québec quelles sont... la liste des RPA, et on va espérer qu'elle va
demeurer à jour.
Mme Boucher (Julie) : Oui,
tout à fait, on va systématiser, dans le fond, la mise à jour des RPA. Donc,
l'exemple qu'on peut donner, c'est, par exemple, un ancien couvent de
soeurs qui est devenu une résidence pour personnes âgées, mais nous, on ne
savait pas, ça n'avait pas été identifié dans nos systèmes, donc,
malheureusement, on ne considérait pas cette adresse-là comme une résidence
pour personnes âgées. Maintenant, on va s'assurer que ça se fasse de manière
automatique et que ça soit intégré dans nos systèmes de manière, comme je le
dis, automatique. On ne souhaite pas non
plus, à Hydro-Québec, que nos aînés soient dans le noir, donc on va
très certainement faire tout ce qui est nécessaire.
Je
vous dirais peut-être que les CHSLD, par défaut, sont des installations qui
sont considérées critiques. Les RPA, ça peut varier beaucoup, les
services qui sont offerts par résidence pour personnes âgées, donc leur
classification dépend des services et de la criticité des services qui sont
offerts dans les différentes RPA.
Je me permettrais
peut-être de souligner qu'on parle beaucoup de changements climatiques,
d'adaptation, de résilience. Hydro-Québec, on va faire... on va amener ça le plus loin qu'on peut, mais je pense
qu'il faut se poser la question entre
nous, socialement aussi puis comme clients, de s'assurer que des pannes... on
soit prêts quand il y a des pannes qui se produisent également.
Depuis
1987, il y a eu 15 événements majeurs, météo, avec des pannes. Les cinq plus
importants ont eu lieu depuis 2019. Donc, je ne veux pas être un oiseau de
malheur cet après-midi, mais certainement qu'il faut se préparer puis s'assurer que, bien, on anticipe qu'il puisse
arriver des pannes. On va tout faire pour qu'elles soient les moins nombreuses
possible, les moins longues possible, mais il faut aussi, comme clients, comme
propriétaires d'entreprise, comme communauté, se préparer à cette
éventualité.
M. Kelley :
Tout à fait, je suis d'accord avec vous. Puis je sais qu'il y a une
vingtaine de secondes qui restent pour moi, mais, sur...
• (14 h 50) •
Le Président
(M. St-Louis) : 35.
M. Kelley :
35, ce n'est pas beaucoup de temps. Mais le programme d'enfouissement pour
les municipalités, c'était suspendu pour les lignes existantes. J'espère qu'un
programme comme ça peut être mis... ouvert à... on peut réouvrir ce
programme-là pour les municipalités et peut-être élargir le programme pour
aider les municipalités qui veut enfouir leurs lignes existantes.
Le Président
(M. St-Louis) : Ceci conclut ce bloc d'échange. Donc, merci.
Je
suis maintenant prêt à reconnaître le porte-parole du gouvernement. M. le
député de Saint-Jérôme, la parole est à vous, et vous disposez de
9 min 30 s.
M. Chassin : ...la bienvenue. Puis là, M. le Président, permettez-moi de
dire que j'aime beaucoup, beaucoup mon travail, mais par ailleurs vous avez
quand même un employeur particulier et de choix. Je pense que vous êtes
certainement conscients de la relation, là, presque symbolique que les
Québécois entretiennent avec Hydro-Québec. C'est une belle entreprise, une
entreprise qui a, en fait, même un élément presque identitaire, là, qui nous
rend fiers.
Et je veux peut-être
continuer un petit peu sur ce qu'on... ce dont on discutait par rapport aux
pannes. Alors, évidemment, je pense qu'on est tous conscients que vos équipes
ont travaillé très, très fort. Je trouve ça intéressant... Mme Boucher,
c'est ça, que vous mentionniez qu'effectivement il y a des événements majeurs,
probablement de plus en plus fréquents, il faut les prendre en compte. Alors,
on n'est pas dans le jovialisme, là, on comprend qu'il y a une certaine
responsabilisation.
Je ne sais pas si
vous avez des éléments de benchmarking en termes, notamment, là, du climat
qu'on a, au Québec, versus peut-être
d'autres juridictions qui ont des climats similaires. Est-ce que notre
fiabilité est comparée à d'autres réseaux?
Est-ce que... Parce qu'on en a entendu aussi, là, ailleurs, même juste à côté,
mais est-ce qu'on a des comparables en
termes, par exemple, de durée de pannes, nombre de pannes? Je ne sais pas si
vous avez certains éléments peut-être à nous faire valoir.
M. Tellier
(Régis) : Oui. En fait, oui, on se balise à chaque année, là, sur la
durée des pannes. C'est sûr qu'il faut
l'interpréter, ces résultats-là, parce que nous, Hydro-Québec, c'est le réseau
le plus étendu en Amérique du Nord. C'est un couvert...
M. Chassin : En termes de distance, là?
M. Tellier
(Régis) : Oui, comme distance. C'est très forestier au Québec. On est
aussi dans un climat qui est comme... qui
est plus propice à générer du verglas, comme qu'on a vu dernièrement. Donc, ça
tient compte aussi de ça, les événements majeurs, là. Cette année, on en
a eu trois ans. Ça a un impact assez important sur le délai à cause de cet
impact-là, qui touchait beaucoup de clients. Mais, somme toute, oui, on se
compare aussi quand qu'on... avec d'autres
utilités publiques en Amérique du
Nord pour être capables de s'assurer
qu'on est dans les bonnes... tout le temps dans le bon niveau de
service, là, par rapport au coût payé.
M. Chassin : Puis là permettez-moi, donc, de vous poser la question qui suit,
peut-être M. Tellier, mais est-ce qu'on se compare plutôt bien? Est-ce
qu'on est dans les derniers de classe? Comment on se... on peut dire que, dans
ce balisage-là, on se situe?
M. Tellier
(Régis) : Oui. 2022 a été, je ne vous le cacherai pas, une année
difficile à cause des événements majeurs. Ça fait que, juste par rapport à la
moyenne, on a... nous, ça a été... on a doublé, là. On était à, mettons,
126 minutes en moyenne par panne, puis on est tombés à 230 minutes
par panne. Ça fait que c'est sûr que c'est les événements majeurs qui nous ont
tirés à la hausse, mais normalement, sans ces événements-là, on serait quand
même dans les comparables. On n'est pas
nécessairement dans le premier quartile, là, je n'ai pas les chiffes avec moi,
là, mais on est quand même comparables par rapport au niveau de service.
Mme Boucher
(Julie) : ...on est comparables, c'est quand on regarde avec plusieurs
grandes entreprises en énergie en Amérique du Nord. Les pannes régulières, j'ai envie de dire, sont plutôt stables, mais,
quand on ajoute à ça les pannes dues
à des conditions météorologiques exceptionnelles, clairement, c'est là où on
voit que le nombre de minutes d'interruption augmente. Donc, c'est notre
réalité au Québec, mais c'est la réalité aussi...
Aux États-Unis, il y a une
étude assez claire, là, qui a été faite par Bloomberg, notamment, qui montre
que les durées de pannes sont plutôt stables
au fil des ans, mais les événements météo, vraiment, augmentent la durée de ces
pannes-là. Donc, on n'est pas seuls.
M. Chassin : Et donc vous êtes pas mal au... comment dirais-je, au front
des changements climatiques, là, vous les subissez directement. Là-dessus,
est-ce que... Puis j'imagine que c'est toujours un peu difficile de distinguer
les différents facteurs dans, par exemple, le nombre ou les durées des pannes,
mais est-ce que... Il y a un élément, par exemple, météo. Est-ce qu'il y a...
J'imagine, il y a des éléments, peut-être, d'entretien. On parlait
d'enfouissement, donc des stratégies, peut-être, défensives. Est-ce que vous
avez la capacité d'avoir un peu comme le... puis là je me risque à dire,
disons, l'impact de ces différents facteurs là sur la fréquence ou la durée des
pannes?
Mme Boucher (Julie) : La
principale cause, c'est la végétation.
M. Chassin : C'est la végétation.
Mme Boucher (Julie) : Très
clairement. La principale cause de nos pannes, ce sont soit des arbres qui tombent sur nos lignes, des branches qui tombent,
qui sont en contact avec le réseau de distribution, et c'est très clairement
la principale cause de pannes.
M. Chassin : OK. Et donc au point, là, où... ce que M. Tellier disait, c'est
l'étendue géographique, là, du réseau et la végétation autour, ça crée
des conditions particulières, finalement.
Mme Boucher (Julie) : Tout à
fait.
M. Chassin : OK, d'accord. Puis peut-être juste, en terminant, une
question là-dessus. On avait vu, il y a quelques années, une très grande panne
dans le Nord-Est américain où, en tout cas, dans les médias, il était question de l'interconnexion. On dirait que ça a peut-être
refroidi certaines ardeurs ou... en tout cas, dans la population, le fait que
l'Ontario puis la Nouvelle-Angleterre étaient interconnectés, puis ils avaient
comme crashé ensemble, permettez-moi l'expression,
là. On avait... on en avait entendu parler pas mal. En même temps,
l'interconnexion peut être, au contraire, une sécurité. Là, là-dessus,
je ne sais pas si vous pouvez nous éclairer de ce qui en est un peu, du point
de vue technique, là.
M. Rhéaume (Dave) : Oui. Du
point de vue technique, une expression, des fois, qu'on utilise, c'est :
notre réseau est asynchrone avec les autres, c'est-à-dire qu'on a toutes les
protections pour s'assurer que... s'il y a un événement de panne important sur
les réseaux voisins, de se protéger. Il peut arriver des situations comme on a
vécu dans les... je pense, la semaine
dernière, par rapport à un approvisionnement, Churchill Falls, où
l'approvisionnement s'est éteint. Donc là, évidemment, c'est une
situation soudaine, mais c'est une situation qui se sécurise rapidement.
Donc, la façon dont je résumerais les deux
angles : être bien interconnecté avec les réseaux voisins, ça devient une source d'importation, une source
d'approvisionnement potentielle pour le Québec; par contre, on s'assure, lorsqu'on installe ces systèmes-là, qu'on a les
postes puis les équipements nécessaires pour s'assurer que, s'il devait y
avoir un problème de l'autre côté, on se protège contre ces situations-là.
M. Chassin : Merci. Alors, sur un peu un autre sujet, mais on en a
parlé... alors, je suis économiste de formation, ça vous donne une petite idée,
mais c'est sûr qu'il y a toujours la question de la tarification, il y a
toujours la question des économies d'énergie, puis il y a plein de nouvelles
technologies, plein de nouvelles réflexions. Tout à l'heure, en fait, en
avant-midi, le ministre nous parlait des véhicules électriques qui sont des
batteries, qui sont, à la limite, une réserve. Est-ce que la possibilité d'avoir
du bidirectionnel pour pouvoir, à la limite, tirer du jus des batteries pendant
un événement de pointe est étudiée? Où en est Hydro-Québec dans cette
réflexion-là? Je ne sais pas, M. le ministre, si vous vouliez résumer ce que
vous aviez dit ce matin, mais je pense que c'est assez clair, là.
M. Rhéaume (Dave) : ...économiste,
je vais le prendre aussi, avec plaisir.
M. Chassin : Parfait. On s'entend.
M. Rhéaume (Dave) : Donc, oui,
c'est étudié. Honnêtement, l'opportunité que ça représenterait de pouvoir miser
sur le bidirectionnel par rapport à... Imaginons un monde, à moyen terme, où
tous les véhicules du Québec vont être
capables de rediriger vers le réseau, c'est comme doubler nos capacités de
puissance actuelle, c'est... l'ordre d'ampleur est faramineux. C'est
évidemment quelque chose qu'Hydro-Québec comme, essentiellement, toutes les
compagnies d'énergie en Amérique du Nord et en Europe font la promotion. Le
défi, là, c'est de... c'est la gestion du changement technologique, c'est le
fournisseur de bornes. Ça, je vous dirais que ça se travaille. Puis on a déjà
des cas où on se rapproche de là. Par contre, c'est aussi que les
manufacturiers de véhicules acceptent de faciliter cet élément-là puis ils
collaborent à ça.
Ceci dit, nous, on pense qu'ultimement la
technologie, elle s'installe. À chaque fois qu'il y a un véhicule électrique
qui rentre dans une maison, ce véhicule-là, il amène une flexibilité qui,
aujourd'hui, n'est peut-être pas encore utilisée dans
l'essentiel des cas, mais, vous voyez, avec la panne, il y a des propriétaires,
je sais, du F-150 électrique qui le permet, qui le facilite, il dit :
Utilise ton véhicule comme une... l'équivalent d'une génératrice ou une
batterie pour ta maison. Donc, déjà là, il reconnaît la valeur d'utiliser la
batterie pour repousser de l'énergie, mais, pour l'instant, ça se limite à la
maison. Avec, notamment, Hilo, le but, c'est de se rendre à :
éventuellement, ça pourrait peut-être même repousser vers le réseau pour
réduire la charge sur nos infrastructures.
M. Chassin : Et donc, alors, j'imagine qu'il y a peut-être un défi
technologique, dans le sens où... On parlait des bornes ou des véhicules
eux-mêmes, là, des constructeurs. Est-ce qu'il y a un défi, puis là, à la
limite, là, de... économique dans l'intéressement pour le client, là, d'avoir
ces équipements-là, etc., ou cette possibilité-là?
• (15 heures) •
M. Rhéaume (Dave) : Je vais me
permettre un plaisir de réponse d'économiste. Donc, historiquement, le
Québec... Regardez les panneaux solaires. Il y a une raison pourquoi on est
l'endroit, essentiellement, en Amérique du Nord, où il y en a le moins. Quand
ton électricité n'est pas chère, tu as moins d'incitatifs financiers à
t'installer un panneau. Alors, ça, c'est une réalité.
Ce qui est en train de changer, c'est qu'avec ce
qui se passe dans la prochaine décennie, la fin des surplus en énergie puis la
fin des surplus en puissance, bien, la valeur pour le Québec d'être capable de
bénéficier de ces technologies-là, elle va devenir comme en Ontario, comme en
Californie, comme en Floride. On a tous des besoins d'assurer de la fiabilité. Puis, à bien des égards, le Québec a beaucoup
d'avance parce que, nous, notre système électrique est déjà décarboné puis les gens, ils chauffent
déjà avec de l'électricité. Dans la majorité des endroits, il y a du carbone dans la production d'électricité, puis les gens,
ils ne chauffent pas encore à l'électricité. Donc, on en a déjà une longue...
une bonne longueur d'avance. Mais, dans les prochaines années, la valeur que
ces technologies-là va avoir va être la même pour le Québec que dans les autres
marchés.
Là, la question, c'est le signal de prix. Donc,
si ce n'est pas... le signal de prix est dans le tarif, il va falloir qu'Hydro-Québec
y contribue davantage pour inciter ces technologies-là.
M. Chassin : Quitte à, par exemple...
Le Président (M. St-Louis) :
Alors, je...
M. Chassin :
Ah! il ne me reste plus de temps, hein? On reviendra.
Le Président (M. St-Louis) : Ceci
conclut ce bloc d'échange. Merci. Merci, messieurs.
Je suis
maintenant prêt à reconnaître le porte-parole de l'opposition officielle. M. le
député de Jacques-Cartier, la
parole est à vous, vous disposez de 19 minutes.
M. Kelley : Parfait.
M. Rhéaume, je veux juste reviens sur quelque chose que vous avez dit,
que, tantôt, vous avez mentionné, que les besoins en énergie d'ici à 2032, ce
sera 25 térawatts qui est nécessaire. Mais est-ce que vous pouvez me dire
quels sont les besoins en puissance pour la même période?
M. Rhéaume (Dave) : 4 000 mégawatts.
M. Kelley : Parfait. Puis, M.
le ministre, vous avez mentionné, ce matin, que vous pensez que ça va être
nécessaire d'avoir entre 6 000 et 10 000 mégawatts, et ça, c'est, j'imagine,
l'énergie qui va être nécessaire pour attirer les entreprises ici?
M. Fitzgibbon : En fait,
exactement. Le 25 térawattheures, qui vaut 4 000 mégawatts quand
on traduit les filières stratégiques et
l'industriel additionnel... Hydro-Québec, basé sur des patterns historiques, à
l'époque lointaine... avait établi à 1 800 mégawatts, à peu
près, les besoins. Alors, aujourd'hui, les besoins ont... bonne nouvelle pour
le Québec, ont augmenté à près de 10 000.
Donc, aujourd'hui, effectivement, on a augmenté de 1 800, qui était
l'évaluation de l'époque, basée sur les données historiques, sous votre
gouvernement. Aujourd'hui, on a monté à 10 000.
M. Kelley : Parfait. Encore,
j'ai une question, M. Rhéaume. Je reviens sur une discussion qu'on a eue
dans le premier bloc, mais c'était sur les approvisionnements en 2019. Vous
avez me dit que ce n'était pas nécessaire de penser, à ce stade-là, d'ajouter
plus d'énergie renouvelable à notre parc. Alors, est-ce que ça dit que, quand
vous... quand nous avons, comme une société, un État et Hydro-Québec, à signer
l'entente avec New York, on n'a pas pris en considération qu'est-ce qu'il était
nécessaire d'ajouter à notre portfolio dans les années de 2025 puis après?
Est-ce que ça, ça a été pris en considération quand nous avons signé l'entente
avec New York?
M. Rhéaume (Dave) : Non,
c'était absolument pris en considération. Le prix qu'il est vendu à New York
est supérieur au prix d'ajouter des approvisionnements équivalents, donc c'est
créateur de richesse pour le Québec. Et je tiens à renchérir sur ce que le
ministre a dit. Lorsqu'on dépose la prévision, donc le
4 000 mégawatts auquel je vous réfère,
c'est le Plan d'approvisionnement public d'Hydro-Québec déposé par la Régie de
l'énergie, qui, en effet, se base sur les modèles historiques de
croissance économique qui... Donc, si on pense qu'on va être capables de battre
cette prévision-là, bien, ça prend plus d'approvisionnement.
M. Kelley : Parfait,
merci beaucoup pour les précisions, c'est apprécié. Je veux maintenant poser
une question concernant Churchill Falls, et
c'est en lien, un petit peu, avec le député de Saint-Jérôme, qui parle des
interconnexions. Récemment, il y a eu une panne à Churchill Falls, un problème
avec une des turbines. C'est quoi, la relation que... entre Hydro-Québec, puis
Terre-Neuve, puis l'entreprise qui gère un barrage? Est-ce qu'il y a des
discussions? Souvent, quand il y a comme une panne comme ça, est-ce
qu'Hydro-Québec est capable de faire une inspection
eux-mêmes? Parce que je pense que tout le Québec était un petit peu étonné de
voir... si jamais il y a quelque chose qui arrive avec Churchill Falls,
puis il y a une panne qui dure plusieurs jours, il y a un énorme impact sur les
consommateurs ici, au Québec.
M. Rhéaume (Dave) : Donc, je
tiens à vous rassurer puis à donner un exemple réel. Dans l'heure où c'est arrivé, moi, j'étais au téléphone avec mon
homologue de Newfoundland & Labrador Hydro pour discuter de la situation.
On avait rapidement deux de leurs
vice-présidents qui étaient au courant. J'ai eu des échanges avec la
présidente-directrice générale de l'utilité de Terre-Neuve pour parler de la
situation. Donc, les communications sont transparentes. C'est,
évidemment, notre plus gros fournisseur d'énergie. C'est un contrat qui est
important pour le Québec. On a des échanges récurrents. Lorsqu'on a des
questions, on a accès aux réponses. Puis ils sont très au courant, évidemment,
que l'ampleur de l'énergie qu'ils fournissent est significative pour le Québec,
et donc que, s'il y a des enjeux de fiabilité, ça crée des problèmes. On a des
termes contractuels qui permettent de protéger ça, mais, au-delà de ça, on a
une excellente relation fournisseur-client pour assurer la fiabilité pour le
Québec.
M. Kelley : Merci
beaucoup pour la réponse. Puis est-ce qu'il y a des groupes de travail entre
les deux sociétés pour parler des
enjeux? Si c'est, des fois, des travaux qui doivent être faits sur certaines
lignes de transmission, est-ce que
les inspections sont faites, des fois, par Hydro-Québec sur les lieux de
Churchill Falls chaque année pour regarder l'état des lieux, ou est-ce
que ça, ce n'est pas possible pour Hydro-Québec de le faire?
M. Rhéaume (Dave) : En fait, ce
n'est pas une question de possibilité, c'est une question que ça n'a jamais été
requis ou demandé. Donc, il y a des groupes de travail, ça, je tiens à le dire,
plusieurs. Lorsqu'il faut faire un investissement sur des équipements... Il y a
beaucoup d'équipements conjoints. Il y a un point, évidemment, où leurs
équipements rencontrent les nôtres. Je tiens à rappeler qu'on est actionnaires.
On est propriétaires de 34 % des actifs de Churchill Falls. Donc, aussi, à
titre d'actionnaires, mais à titre de partenaires, on a des échanges
récurrents.
Ceci dit, je tiens à rassurer... Les
propriétaires puis les opérateurs de Churchill Falls sont des gens de grande
expertise, de grande qualité. C'est une centrale qui a un grand niveau de
fiabilité. C'est évidemment particulier de dire
ça après un événement comme celui qui est arrivé, mais c'est en service depuis
plus de 50 ans, puis c'est des événements vraiment exceptionnels.
Donc, on est rassurés par le niveau de maintenance puis de suivi qu'ils font,
de leur côté.
M. Kelley : Merci beaucoup.
Puis je sais que le premier ministre du Québec a rencontré le premier ministre
de Terre-Neuve pour discuter de Churchill Falls. Alors, on a vu le côté
politique. Il y a, il me semble, une volonté de parler de l'avenir de Churchill
Falls puis la suite des choses, mais après qu'il y a eu la rencontre entre les
premiers ministres, c'était quoi, le travail qui a été fait entre Hydro-Québec
et votre partenaire à Terre-Neuve? Est-ce que vous avez eu des discussions sur
l'avenir de Churchill Falls pour faire la planification, de peut-être mieux
travailler ensemble sur un projet comme un nouveau barrage?
M. Fitzgibbon : M. le
Président, je vais vous donner la première partie de la réponse, puis Julie
pourra continuer après.
Premièrement, c'est un dossier qui est effectivement
très important, je pense que tout le monde le sait. On parle de 2041, 5 300, 5 400 mégawatts, donc très
important d'avoir une entente. On est très, très ouverts et très engagés dans ce sens-là. C'est un travail colossal, c'est
un travail qui implique autant le côté politique que le côté d'Hydro-Québec. Donc,
une équipe a été mise en place qui inclut le côté politique parce que ça va se
régler au niveau politique entre les deux premiers ministres, mais il y a aussi
des gens du ministère de l'Énergie, de l'Économie, impliqués avec une équipe
d'Hydro-Québec. Donc, c'est un travail conjoint qui se fait entre Hydro-Québec
et le ministère, qui va être chapeauté, ultimement, par le côté politique.
Peut-être je vais laisser Julie complémenter
s'il y a de quoi à ajouter.
Mme Boucher (Julie) : C'est pas
mal complet.
M. Kelley : Parfait. Bien, on
va suivre ça de près. Puis je sais que, dans le cahier des crédits, on a posé
des questions sur les projets potentiels de barrages. On a déjà eu les
discussions en commission, mais on a parlé un petit peu des projets de
barrages. Je sais qu'Hydro-Québec a une préférence pour des projets comme
éoliennes. On est capables de déployer ces projets plus rapidement, mais tout
le monde, aussi, autour de la table savent qu'il y a une volonté de le gouvernement d'aller de l'avant avec
les barrages. Alors, c'est quoi, le travail qui a été fait par Hydro-Québec
pour commencer de regarder des options sur la table si jamais Québec décide
d'aller de l'avant avec un autre projet d'un barrage?
• (15 h 10) •
Mme Boucher
(Julie) : Je vous dirais d'entrée de jeu que notre plan
stratégique prévoit à la fois de l'efficacité énergétique, de l'éolien,
des augmentations de puissance dans les centrales existantes, mais aussi c'est
mentionné de mettre à jour le potentiel hydroélectrique.
Je vous dirais que ce n'est pas «et»... ce n'est pas «ou», c'est «et», donc, et
c'est une question de temps. Donc, on va faire à la fois de l'efficacité
énergétique, et de l'éolien, et des groupes turbine-alternateur, et regarder un
aménagement hydroélectrique.
Récemment, on
a annoncé notre intention de redémarrer les travaux d'étude préliminaire sur la
rivière Petit-Mécatina. Donc, c'est des travaux qui ont déjà été
entrepris il y a plusieurs années qu'on avait mis sur pause et qu'on relance. Je vais utiliser une image :
quand on fait une étude préliminaire, on n'arrive pas sur le terrain, dans une
communauté, avec une bétonnière, mais plutôt avec des éprouvettes. Donc, on
arrive en étant très à l'écoute des communautés pour comprendre le
milieu, comprendre la rivière, puis les premières personnes qui peuvent nous
aider avec ça, c'est les gens qui
connaissent le site, qui connaissent la rivière. Donc, on va aller à la
rencontre des communautés pour mieux comprendre le site puis voir quel
est le potentiel, parce qu'ultimement ce qu'on va souhaiter, c'est répondre à
un besoin. Donc, il y a différentes configurations possibles de centrales ou
d'aménagements sur une rivière. Donc, on va
aller comprendre l'aménagement, dans un premier temps. Je pense, c'est
important de mentionner aussi qu'on
ne s'attend pas et on ne demande pas aux communautés, aux gens qu'on va
consulter dans l'étude préliminaire de
se prononcer pour ou contre le projet, on n'est pas là. On arrive, j'insiste,
avec nos éprouvettes pour comprendre, puis essayer de voir ce qu'il en
est, et comprendre le potentiel hydroélectrique.
M. Kelley : Merci beaucoup.
Puis, j'imagine, un des groupes qui sont consultés... consultés — c'est
vraiment jeudi, M. le Président — c'est les Premières Nations qui sont dans
le coin. J'imagine, ça, c'est une priorité pour Hydro-Québec, de s'assurer que
des parties autochtones sont les premières d'être consultées. Puis aussi je
sais qu'on est loin d'un projet concret,
mais au minimum l'idée est dans l'air, puis c'est important d'inclure les
autochtones dans toutes les étapes d'un projet d'un barrage si jamais on
allait de l'avant.
Mme Boucher (Julie) : Vous avez
raison, les communautés autochtones, mais les collectivités locales aussi, les
MRC, les municipalités, la communauté, c'est les premières personnes qu'on va
aller rencontrer.
M. Kelley : Oui, je sais que
Mme Brochu a travaillé très, très fort là-dessus, puis c'était apprécié
par les groupes autochtones, puis c'est sûr que, quand même, avec tout l'enjeu
de Churchill Falls, il y a aussi des nations à l'extérieur du Québec qui ont
leur mot à dire. Alors, ça va être tout un travail, mais je pense que c'est
toujours possible de trouver un terrain d'entente, puis on va suivre ça...
suivre ça de près.
Je veux juste
reviens... parce que j'ai parlé avec le ministre ce matin concernant des gens
qui doivent conclure une entente avec Hydro-Québec pour payer leurs factures,
mais... On a eu tout le débat autour des tarifs, mais, pour
Hydro-Québec, pas juste dans les prochains trois ans, mais après ça, j'imagine
que les hausses de tarifs sont prévues, puis est-ce que vous avez une idée sur
combien ça va coûter des Québécois? Est-ce qu'on peut rester dans ce cadre de
l'inflation ou est-ce qu'à un certain moment on va commencer de... excusez-moi,
ce n'est pas l'inflation, mais, dans ce pourcentage de 3 % qu'on a fixé
dans le projet de loi. Est-ce que vous pensez qu'après ça c'est possible qu'on
va être obligés de regarder des tarifs qui sont plus élevés que ça?
M. Fitzgibbon : Je vais
commencer avec la réponse, puis Dave va continuer après.
Bien, premièrement, il y a un cadre législatif.
Le PL n° 34 faisait état, mon prédécesseur a mis ça
en place... où il va y avoir une retarification faite en 2025, le 1er avril
2025, si je me rappelle bien. D'ici ce temps-là, ce qu'on a fait avec le projet
de loi récent, c'est qu'on a mis un maximum de 3 %. Alors, ça, ça ne
changera pas jusqu'à ce moment-là. Après ça, techniquement, c'est la Régie de
l'énergie qui va continuer parce que, selon la loi, c'est elle qui va déterminer les tarifs. Il va y avoir une
retarification. On fait une consultation présentement pour revoir est-ce qu'on
laisse ça intact ou on change, puis le gouvernement, à ce moment-ci, on veut
écouter les experts. Techniquement, aujourd'hui, la tarification que nous avons
pour le côté résidentiel va être maximisée à 3 % ou l'inflation. Dave?
M. Rhéaume
(Dave) : Puis, comme le dit le ministre, à l'époque où la
décision de l'inflation a été prise, ce qu'on avait démontré, c'est... à long
terme, là, depuis 20, 30 ans, là, l'inflation, ça reflète l'évolution des
tarifs d'Hydro-Québec. Donc, à moins
de changements importants... puis c'est toujours ça, si on décide de changer
significativement la stratégie d'investissement, ça pourrait être
différent d'un côté ou de l'autre, mais sinon, lorsqu'on le regardait à très
long terme, les... ce qu'on appelle les «rebasings», donc le moment où les
tarifs sont fixés précisément aux cinq ans, c'est important de le faire pour,
par transparence, démontrer que les tarifs reflètent les coûts, mais on ne
s'attend pas à des décrochages significatifs par rapport à cet historique-là,
long terme.
M. Kelley : Alors, vous pensez
que, dans ce 3 % pour les prochaines des années, Hydro-Québec est bien
capable de faire tous les investissements qui sont nécessaires. Si c'est en
ajoutant des lignes de transmission qui sont plus
efficaces, pour faire l'entretien de le réseau et, quand même, d'ajouter des
sources d'énergie, c'est possible de faire ça dans le montant qui a été
fixé dans le projet de loi?
M. Rhéaume
(Dave) : Bien, je commencerais par dire : c'est
essentiel, on est un service essentiel. Hydro-Québec fait les
investissements qui doivent être faits pour répondre aux besoins des citoyens.
Lorsqu'on a... on s'était prononcés favorables à l'idée d'une évolution des
tarifs qui allait suivre l'inflation, on était favorables à l'idée du plafond à 3 % pour le secteur résidentiel,
c'est parce qu'on sait qu'on est capables de remplir notre mission à
l'intérieur de ce cadre réglementaire là.
M. Kelley : Est-ce
que vous trouvez que c'est juste que, pour les petites entreprises, eux autres
sont maintenant forcés de payer un tarif ou les... Bien, le tarif, pour eux
autres, a vraiment augmenté. On sait que ce n'est pas facile pour nos petites entreprises, et je sais qu'Hydro-Québec,
c'est un «driver» de notre économie, mais, pour les entreprises, et je
pense vraiment à nos petites entreprises, cette facture qui monte chaque mois,
c'est difficile pour eux autres.
M. Fitzgibbon : On
est entièrement d'accord, et je vais répondre parce que c'est une décision du
gouvernement, ce n'est pas une décision d'Hydro-Québec. Nous avons
focalisé sur les résidences, 3 %, pour des raisons que vous connaissez. On
a fait des programmes pour aider les familles vulnérables et on va continuer à
le faire.
Pour les entreprises, il y a d'autres programmes
qui sont disponibles dans des cas où il y aurait des problèmes de liquidités,
problèmes de pression par rapport aux coûts, mais je répète ce que j'ai dit à
plusieurs reprises, on a différents
programmes. Puis en même temps, la tarification de nos PME, quand elle se
compare au reste du Canada, elle est très bonne. Donc, on n'a pas à être gênés
du coût d'électrification... le coût de l'électricité de nos PME, présentement.
Et, encore une fois, c'est des enjeux de liquidités, puis je reconnais que
l'inflation et le vent de face que nous avons présentement peuvent causer des
problèmes. On a d'autres programmes pour adresser ça.
M. Kelley : Merci beaucoup, M.
le ministre. Je veux parler, maintenant, de la puissance qui est nécessaire sur
le point de l'heure. On a vu, cet hiver, qu'on a eu une pointe historique de la
consommation de l'énergie. À ces moments-là,
on est obligés d'importer l'électricité de nos voisins. Mais juste une question
pour les gens d'Hydro-Québec. Vous avez un tableau où vous faites des
prédictions des térawatts qui sont nécessaires à importer dans une année.
Chaque année qu'on ajoute des chars électriques partout au Québec... Comme j'ai
dit ce matin, il y a de plus en plus de
besoins quotidiens pour notre électricité. Alors, comment vous être capables de
faire une prédiction et est-ce que... Je sais que donner un chiffre, c'est une chose, puis après ça c'est, des
fois, nécessaire d'aller plus haut que ça ou, des fois, plus bas, mais
c'est juste comment vous êtes capables de fixer un montant? Est-ce que c'est un
petit peu de juste un «pure guesswork»,
comme on dit en anglais, ou comment vous êtes capables de chiffrer nos besoins
de l'importation d'une année à l'autre? Oui, c'est ça, la question.
M. Rhéaume
(Dave) : Une question qui me permet de rendre crédit aux
gens qui travaillent dans l'ombre, là, l'exercice des gens qui font ces
prévisions-là, donc, c'est des statisticiens de grand talent qui travaillent à
évaluer la performance énergétique des bâtiments. Donc, par exemple,
c'est assez facile de prévoir quelle va être l'évolution de la demande. Vous parlez du grille-pain le matin,
bien, on sait, en moyenne, par exemple, là, que 98 % des maisons ont
des grille-pains au Québec, puis on est capables de prévoir, donc, avec
l'évolution du code du bâtiment...
On a beaucoup
de statistiques de grande qualité au Québec sur la démographie, sur la
performance énergétique des
bâtiments, sur l'évolution du parc de véhicules, puis c'est ça, finalement,
notre intrant. Je vous dirais qu'historiquement, depuis 20 ans, la qualité des prévisions, autant en énergie qu'en
puissance, dans des secteurs comme le résidentiel puis le commercial,
est exceptionnelle parce que, notamment, on a une loi des grands nombres, on a
un parc qui est très important. Donc, même si on se trompe un peu dans
certaines circonstances...
Par exemple,
la COVID a mené à des changements de comportement que, les premières années, on
a dû recadrer. Le bâtiment qui, habituellement... les gens allaient travailler,
consommaient de l'énergie, il continuait d'être chauffé, mais les gens n'étaient plus là, alors que les gens
étaient à la maison, puis, l'année d'avant, bien, ils baissaient leur chauffage
quand ils partaient, puis là ils restaient.
Donc, ce genre de choc là, on le travaille, on
le modélise puis on s'assure d'avoir les meilleures prévisions parce que c'est
central à la planification future. Si on se trompe à la hausse, on peut se
retrouver dans une situation où on va bâtir des infrastructures inutiles, ce
qui est coûteux, et, si on se trompe à la baisse, on se retrouve dans une
situation où on crée des difficultés de raccorder les clients. Donc, beaucoup
d'efforts sont mis. C'est des équipes de grande qualité, puis, historiquement,
on a des résultats de très, très haut niveau.
• (15 h 20) •
M. Kelley : Et comment c'est
décidé, sur les heures de pointe, qu'on a vraiment besoin... Est-ce qu'on essaie
de prendre l'électricité qui est la moins coûteuse pour Hydro-Québec? Tu sais,
comme, entre l'État de New York et Ontario,
est-ce qu'on regarde c'est quoi, leur prix, présentement, puis on... choisir le
prix qui est le plus bas, ou est-ce que c'est vraiment : eux autres ont plus d'énergie présentement, puis
on la prend pour l'importation quand c'est nécessaire, et Québec a plus
d'énergie pour toute la population?
M. Rhéaume (Dave) : Donc, on
fait trois choses. Si j'avais à le simplifier, là, à tout moment, les marchés,
comme les indices boursiers, si vous voulez, on est capables de voir c'est
quoi, le prix de l'énergie, par exemple, en Ontario, à New York puis à Boston.
Donc, forcément, si on a, dans cette heure-ci, 10 gigawattheures de disponibles,
on va décider de l'envoyer vers le marché le
plus cher jusqu'à tant que cette ligne-là soit pleine, puis on passe au deuxième
plus cher, puis ensuite au troisième. Ça, c'est la première décision qui est
faite.
La deuxième chose qu'on fait, dans certains cas,
on décide de conclure des ententes plus fermes pour sécuriser un prix, donc,
par exemple, le contrat avec le Massachusetts puis New York.
Mais la troisième chose qu'on fait, qui est, par
information, très, très payante cette année, vous pouvez l'imaginer... Les prix
de l'énergie à la fin de 2022 étaient très élevés. Ce qu'on a vécu à date,
en 2023, c'est un hiver assez chaud. Donc,
quand l'hiver est plus chaud, dans les marchés autour, les prix sont plus bas,
mais on a une stratégie de couverture, donc on s'achète des dérivés
financiers qui viennent protéger des prix intéressants pour le Québec. Donc, dans certains cas, on peut voir un prix, dans une
heure donnée, qui est à 0,03 $, mais nous, on avait déjà sécurisé, avec des
contreparties, un revenu minimal de 0,05 $, par exemple.
Donc, c'est trois mécanismes qu'on fait pour
s'assurer de maximiser les revenus qu'on est capables d'aller chercher avec
notre énergie.
M. Kelley : Intéressant.
Le Président (M. St-Louis) : ...M.
le député. Ceci conclut ce bloc d'échange.
Je suis
maintenant prêt à reconnaître le porte-parole du deuxième groupe d'opposition.
M. le député de Maurice-Richard, la parole est à vous, vous disposez de
12 min 26 s.
M. Bouazzi : Merci, M. le
Président. Peut-être avant de passer à un autre sujet, je voudrais rester un
peu sur l'accord avec Énergir. Un peu après la signature du contrat avec
Énergir, je comprends que vous avez consulté vos syndicats et que plusieurs,
peut-être tous, ont montré un certain nombre de désaccords. Il y avait toute la
question de déplacer plutôt la charge,
plutôt que de l'effacer, avec le gaz, etc. Bref, ils se sont fait dire, ceci
étant dit, évidemment, qu'ils... enfin, évidemment, qu'ils devaient
défendre l'entente, et que c'était dans leur obligation, inscrite dans leur
code d'éthique, de loyauté envers Hydro-Québec, et que ça incluait maintenant,
par extension, les questions qui touchent aux propos sur Énergir. Est-ce que
vous confirmez cette situation?
Mme Boucher (Julie) : ...qui est
muselé à Hydro-Québec, là, je pense que c'est important de le mentionner. Le
code d'éthique d'Hydro-Québec prévoit un droit de réserve, par ailleurs, sur
certains sujets, mais les syndicats d'Hydro-Québec, je pense, ont libre parole.
On va chercher, je pense, à leur expliquer le bien-fondé de la biénergie, alors, en partager les justifications, les
motivations, mais, à ma connaissance, il n'y a personne qui est interdit de
parole.
M. Bouazzi : Donc, donc, juste
pour être sûr, on parle du code d'éthique qui fait en sorte, évidemment, que les employés sont sanctionnables, d'ailleurs, même
après leur retraite, ce que j'ai appris, c'est assez... en tout cas, c'est
inusité. Pour ma part, je ne savais pas que
c'était possible. Mais donc, pour être clair, aujourd'hui, un employé
d'Hydro-Québec pourrait expliquer son désaccord avec la stratégie qui touche à
Énergir, avec ce que fait Énergir avec l'accord de biénergie, et ça ne
rentrerait pas dans le code d'éthique actuel d'Hydro-Québec.
Mme Boucher (Julie) : Il
faudrait voir les propos, là, puis voir si on s'inscrit en faux, s'il y a des
données commerciales, des données
confidentielles ou autres. Il faut voir la situation. Je vous dirais que c'est
plus un... Le code d'éthique d'Hydro-Québec n'est pas différent de bien
des codes d'éthique d'entreprises où est-ce qu'on s'attend à un certain
respect, une certaine loyauté...
M. Bouazzi : Oui, oui,
absolument, j'ai...
Mme Boucher (Julie) : ...une
certaine ligne de parti, si vous me permettez l'expression.
M. Bouazzi : On
espère bien, et ça serait trop nombreux, le nombre d'employés que vous avez,
pour faire tenir une ligne de parti.
On a eu accès à un document qui a été envoyé aux
employés, qui s'appelait Jaser autour de la dinde, où, essentiellement, Hydro-Québec envoie des lignes de
communication à chaque Noël — en
tout cas, c'était en décembre dernier, un peu avant Noël — avec
un certain nombre de sujets, des questions et puis des réponses préécrites sur
un certain nombre de questions.
Donc, on peut y trouver, d'ailleurs, une
question qui touche sur la mésentente entre Sophie Brochu et le gouvernement,
incluant une réponse qui touche au nombre de branchements, de tous les projets
qu'on ne serait pas capables de faire, un autre sur les mérites de
l'exportation de l'électricité, un troisième sur le fait qu'il n'y a pas de barrage prévu, contrairement, d'ailleurs, à ce
qu'avait dit la volonté du... bref, la question, aussi, des hausses de tarifs,
malgré tous les profits qu'on peut voir, la question que l'enfouissement des
fils était utopique.
Là, pour le coup, c'est inusité, si je peux me
permettre. Je comprends la question de loyauté, ayant été dans différentes
industries. Je ne sais même pas quelle question poser. J'ai envie de vous poser
la question : Est-ce que, pendant leurs
heures de souper à Noël, c'est compté comme des heures supplémentaires s'ils
sortent vos lignes de com?
Mme Boucher (Julie) : Écoutez,
ce document, je le connais bien, il est produit dans mes équipes. Je vous
dirais même qu'on en fait deux par année. Donc, on en fait un avant les fêtes,
qu'on appelle, de manière plutôt sympathique, j'ai envie de dire, Autour de
la dinde, et on en fait un avant l'été, qui s'appelle Autour du barbecue,
voilà. Et l'objectif est fort simple, en
fait. L'idée, ce n'est pas de forcer les gens à répondre nos lignes de presse,
on s'entend bien. L'idée, c'est
fournir des réponses aux questions que nos 22 000 employés partout au
Québec se font poser. Je pense que, si, à main levée, on faisait le
tour, cet après-midi, du nombre de familles qui ont des employés
d'Hydro-Québec, même dans la salle ici, ça risque d'être assez nombreux. Donc,
notre objectif, c'est d'aider nos employés qui, parfois, travaillent dans un
domaine très particulier.
Je vais prendre l'exemple des statisticiens qui
sont chez Dave et qui se font poser des questions sur les tarifs ou qui se font
poser des questions sur les exportations, ce n'est pas nécessairement leur
domaine, tu sais, passer deux heures ici avec vous cet
après-midi pour répondre à l'ensemble des questions. C'est très vaste,
Hydro-Québec, et tout ce qu'on essaie de faire, honnêtement, en grande
authenticité et franchise, c'est d'aider nos employés qui se font questionner
par le beau-frère, la belle-soeur ou leurs parents aux fêtes. S'ils ne sont pas
d'accord avec ces lignes-là, il n'y a absolument rien qui les oblige, dans leur
souper de famille, à en parler ou à répéter ce qu'on leur propose comme
information.
M. Bouazzi : C'est très bien.
Je vous avouerais qu'il y a quand même peut-être une mauvaise interprétation du code d'éthique des gens d'Hydro-Québec, pour en
avoir rencontrés, et ils ont une crainte réelle face au code d'éthique
pour des informations qui m'ont eu l'air juste factuelles, là.
Mais je voudrais vous parler de la question de
la privatisation de la production d'énergie au Québec. Vous avez parlé, tantôt,
du fait qu'entre le moment où on sortait un appel d'offres et au moment où une
éolienne produisait de l'électricité, ça prenait six à sept ans. Est-ce que, si
Hydro-Québec décidait de produire elle-même l'électricité à travers des
éoliennes, ça prendrait moins de temps?
M. Rhéaume (Dave) : Non, ce
serait le même processus. Si on présume que c'est aussi le résultat, là...
ultimement, ça va quand même prendre un appel d'offres dans le cadre
réglementaire actuel, donc le processus serait le même. Hydro-Québec n'a pas
une expertise, pour être maître d'oeuvre d'un chantier d'éoliennes, qui est meilleure
que certains des fleurons, je tiens à le dire, là, Québécois, qui bâtissent des
parcs éoliens à l'extérieur, même, du Québec.
Donc, c'est un travail qui se fait en partenariat, de ce côté-là, avec les
différents promoteurs, Québécois ou non, qui sont actifs au Québec. Puis il n'y
aurait pas de gain d'efficacité d'un point de vue... en toute transparence,
probablement, à court, moyen terme,
du moins, il y a certainement une perte, parce qu'Hydro-Québec n'a
pas d'expertise dans l'installation de
mode vent, d'évaluation du potentiel. Ça demeure que c'est un métier différent
que de bâtir des ouvrages hydroélectriques.
• (15 h 30) •
M. Bouazzi : Quand
René Lévesque, du temps du premier ministre Lesage, avait poussé pour la
nationalisation et la création de...
enfin, Hydro-Québec existait déjà, mais la création d'Hydro-Québec comme on le
connaît aujourd'hui, le principal
argument était : nous n'avons pas l'expertise pour faire des choses aussi
compliquées qu'un barrage. Est-ce que
vous pensez que construire une éolienne avec une turbine dans l'air est plus
compliqué pour les ingénieurs d'Hydro-Québec qu'avoir un gros barrage
avec une turbine dans l'eau?
M. Rhéaume (Dave) : Absolument
pas, loin de là, et ce n'est pas ce que j'ai dit, je pense, mais, en tout cas,
ce n'est certainement pas ce que je voulais dire. Il y a un paradigme que vous
utilisez, quand vous posez cette question-là, qui va à contresens d'un qui est
dans notre plan stratégique. L'un des changements qu'on voit pour le système électrique au cours des prochaines
décennies, c'est l'unidirectionnalité. Le réseau électrique du Québec — vous
parlez de René Lévesque — a
été réfléchi, comme partout dans le monde, avec des grands sites de production — au
Québec, des ouvrages hydroélectriques, dans le reste du monde, essentiellement,
du charbon ou du nucléaire — des
grandes lignes de transport pour se rendre vers un réseau de distribution où la
consommation se retrouve.
Au cours de la prochaine décennie, cette
réalité-là très unidirectionnelle, elle va se transformer parce que ça revient
moins cher de miser aussi sur de la bidirectionnalité. Les résidences vont
devenir des sites de production. On va avoir de plus en plus de panneaux
solaires. Les véhicules sont une opportunité de «storage» et peuvent renvoyer
de la production. Donc, toute cette efficience-là vient dans la
bidirectionnalité. C'est impossible pour Hydro-Québec d'espérer contrôler tout
ça, posséder tous ces appareils-là. Il faut évoluer d'un mode où on était
propriétaires de l'actif, ce qu'on va demeurer pour certains types d'actifs — les
grandes infrastructures de transport, distribution, production — pour
travailler avec l'écosystème, les technologies, pour assurer l'efficience du
système électrique dans sa globalité. Donc, pour nous, d'essayer de se forcer à
être propriétaires d'un actif où, actuellement, le Québec a de l'expertise, il y a des joueurs qui sont
capables de le faire. On ne manufacture pas nos propres turbines non plus, on travaille
avec l'écosystème mondial, les meilleurs producteurs de turbines au monde, pour
les avoir pour les sites hydroélectriques, malgré notre grande expertise.
M. Bouazzi : Est-ce que... Des
fois, j'ai l'impression... Est-ce que vous pensez que le privé... Alors, moi,
je ne vous demande pas si Hydro-Québec devrait construire des voitures
électriques, là, je veux dire, on parle juste des éoliennes, puis elles se
ressemblent un peu toutes, là. On s'entend qu'elles évoluent avec le temps,
elles sont de plus en plus grandes, plus
efficaces, produisent de l'électricité moins chère, ça reste des éoliennes, un
peu comme les barrages qui évoluent,
puis ça reste les turbines qui tournent dans les airs plutôt que des turbines
qui tournent dans l'eau. Est-ce que
vous pensez que le privé fait ça sans se garder une cote sur... je veux dire,
il ne fait pas ça bénévolement, donc pourquoi est-ce qu'on aurait ce besoin de laisser une partie de ces revenus-là au
privé quand on a une expertise aussi extraordinaire qui est capable
quand même de faire des ouvrages aussi incroyables que des barrages?
M. Rhéaume (Dave) : On a une...
Donc, vous avez raison, c'est certain qu'une entreprise privée qui prend un risque, qui sort du capital pour investir dans
un site de production, fait un rendement. Donc, lorsqu'ils nous vendent un
produit, on paie leur rendement, c'est
certain. Par contre, lorsqu'il y a déjà des environnements concurrentiels
matures qui sont capables d'offrir le produit comme... Je le répète,
Hydro-Québec ne manufacture pas ses propres turbines dans nos centrales
hydroélectriques, il y a un écosystème qui est capable de nous fournir.
Hydro-Québec travaille avec les meilleurs joueurs au monde pour les
convertisseurs, les alternateurs. Donc, il faut travailler avec l'écosystème lorsqu'il est présent. Dans le cas des promoteurs
et des manufacturiers d'éoliennes, c'est un marché qui est mature. À ma connaissance, en Occident, j'ai de la difficulté à avoir un
endroit où l'utilité publique aurait le monopole des actifs de production
éolienne. Je ne suis pas capable d'imaginer un comparable. S'il y en a un, il
est vraiment unique. Mais on ne voit pas de valeur ajoutée pour les Québécois
de ce côté-là.
M. Bouazzi :
Oups! Il me reste combien de temps?
Le Président
(M. St-Louis) : 30 secondes, M. le député.
M. Bouazzi :
30 secondes, ça va être compliqué. Bien, alors, en 30 secondes, je
voudrais vous remercier pour l'excellent travail qu'Hydro-Québec fait,
vraiment, c'est un joyau. J'ai un plaisir énorme à comprendre toute la
complexité avec laquelle vous gérez les contrats à l'étranger, le transport,
évidemment, la maintenance. J'aurais voulu vous poser des questions sur la
maintenance et si vous avez des regrets par rapport à la quantité d'argent qui
a été investie historiquement, mais
malheureusement nous n'aurons pas le temps. Ça fait que merci pour votre bon
travail et bonne continuation.
Le Président
(M. St-Louis) : Merci, M. le député. Je suis maintenant prêt à
reconnaître le porte-parole de l'opposition officielle. Alors, M. le député de
Jacques-Cartier, la parole est à vous, vous disposez de
16 min 21 s.
M. Kelley : Oui, M. le Président. Je
veux juste poser une question. Dans le plan stratégique d'Hydro-Québec, il
y a une idée que je trouve bien intéressante, et c'est l'intégration des
ressources énergétiques décentralisées, le RED — on aime ça, le rouge,
c'est toujours bon — mais
j'ai trouvé que cette idée était très, très intéressante, puis j'ai juste une
question pour les gens d'Hydro-Québec. Présentement, c'est quoi, le prix
d'acheter, comme, pour un citoyen, un
«panel» solaire puis de se brancher au réseau d'Hydro-Québec? Parce que je vois
le petit tableau ici, il y a des idées intéressantes sur comment
l'énergie peut être vendue à Hydro-Québec. Alors, je veux juste avoir vos idées
sur ce système RED, que je trouve bien intéressant.
M. Rhéaume
(Dave) : Ce que je peux vous répondre, donc, je ne connais pas le prix
d'installation exact, mais ce que je peux vous dire... d'abord, si un client
décide de s'installer des panneaux de production solaire, il n'a rien à payer à
Hydro-Québec. Donc, déjà les clients peuvent le faire de leur propre chef, il
n'y a rien à débourser du côté d'Hydro-Québec. On a même, pour les clients
résidentiels, un programme que, si jamais il y avait des heures où il était en
surproduction par rapport à ce que sa maison consomme, on reprend l'électricité
puis on va lui créditer. Donc, essentiellement, on lui rachète son électricité
solaire excédentaire. Si, par exemple, sa maison, tout est fermé, le panneau solaire est ouvert, on ne va pas se
priver de cette électricité-là pour le Québec, on la prend et on lui crédite,
au participant.
Ce que je peux vous
dire sur le plan de l'économique, c'est, évidemment, avec nos tarifs
d'électricité aujourd'hui, la dernière fois
que j'ai vu les chiffres, là, on parle d'un retour sur investissement d'un peu
plus de 20 ans. Donc, c'est certain qu'avec le pourcentage d'heures
d'ensoleillement, quand il y a de la neige sur ton panneau solaire, il
ne produit pas, forcément, lorsqu'il y a du verglas. Donc, quand on compare le
nombre d'heures où ça produit des électrons, notre prix de l'électron, ça
prend, je vais dire, autour de 20 ans pour récupérer son investissement
pour le client. Donc, c'est quelque chose
d'assez rare. Je pense qu'on a autour de 1 000 installations au
Québec, pour ceux qui sont sur le
système d'Hydro-Québec, aujourd'hui. Mais je tiens à dire, au cours des
prochaines décennies, on anticipe une croissance significative du taux
de pénétration.
M. Kelley :
C'est intéressant, parce que je pense que c'est dans le plan stratégique,
il y a un lien envers le projet qui était fait à Lac-Mégantic, qu'après le
désastre Hydro-Québec a posé à la ville de Lac-Mégantic : Comment vous
voulez rebâtir ça? Est-ce que vous êtes intéressés de peut-être mettre des
panneaux solaires sur l'aréna, sur... un petit peu partout? Puis maintenant, si
je comprends bien, Lac-Mégantic est un producteur d'électricité qui n'ont pas nécessairement besoin beaucoup d'énergie
additionnelle du réseau d'Hydro-Québec. C'est quoi, les leçons qu'Hydro-Québec a tirées de cet exemple d'utiliser
des municipalités, des fois, comme, d'être un producteur d'électricité?
Mme Boucher
(Julie) : Tout à fait, ça a été un projet très intéressant, avec la
municipalité de Lac-Mégantic, de voir comment, à l'intérieur même de la
municipalité, on pouvait produire avec des panneaux solaires ou autres, stocker
avec des systèmes de stockage puis repenser... c'était l'opportunité de
repenser un centre-ville autrement à Lac-Mégantic, donc c'est ce qu'on a fait.
D'ailleurs, il est possible de visiter le microréseau de Lac-Mégantic.
Hydro-Québec offre des visites gratuites de ses installations, et, depuis peu,
on offre la visite de Lac-Mégantic, si ça intéresse des gens.
Et pas plus tard
qu'aujourd'hui, aux Îles-de-la-Madeleine, on annonce aussi qu'on va travailler
sur un microréseau aux Îles-de-la-Madeleine. Donc, on investit
10 millions de dollars pour mieux comprendre comment fonctionne ce type de microréseau puis comment ça
peut nous aider en termes de résilience pour les prochaines années, d'avoir,
au sein même d'une communauté, d'un noyau villageois, une production, un
stockage d'électricité. Et je vous dirais qu'un des bénéfices collatéraux de ce
type de microréseau, c'est toute la conversation qu'on a avec les citoyens
aussi, la prise de conscience de l'électricité, la façon qu'on l'utilise, qu'on
gère, qu'on peut la stocker, qu'on peut faire de l'efficacité énergétique,
qu'on peut l'utiliser autrement.
M. Kelley : Et
ce concept de microréseau était très, très intéressant. Et juste... je ne sais
pas si vous avez les chiffres devant vous, mais le projet de Lac-Mégantic, ça a
coûté combien pour Hydro-Québec? Si vous n'avez pas la réponse maintenant...
Mme Boucher (Julie) : Je vais
vous trouver l'information.
M. Kelley : ...de fournir ça
après, ça va juste être intéressant.
Mme Boucher (Julie) : Environ
10.
M. Kelley : OK,
parfait. Puis aussi les leçons... et je sais, c'est intéressant que vous... il
y ait un plan de faire un microréseau sur les Îles-de-la-Madeleine aussi,
à... il y a aussi des leçons que vous avez tirées du projet Lac-Mégantic, des
défis qui étaient présentés devant Hydro-Québec peut-être encore avec le
stockage dans les batteries ou quelque chose comme ça. Encore, je trouve
que c'est un projet qui était bien, bien intéressant.
M. Rhéaume (Dave) : On fait
ces... on a fait l'investissement au Lac-Mégantic dans une logique de
résilience, mais aussi dans une logique d'apprentissage. Hydro-Québec, c'est
aussi une entreprise de technologies. On se
doit de suivre l'évolution de toutes les technologies sur le plan énergétique,
certaines qu'on n'est pas sur le bord d'installer au Québec, mais il
faut suivre le potentiel pour être capables de le planifier dans l'avenir.
Donc, beaucoup d'apprentissages au niveau du cas de Lac-Mégantic, notamment sur
l'importance de... du stockage, pardon, pour la résilience. Mais, dans certains
cas, ça ne veut pas dire que la conclusion, c'est : c'est une technologie
mature qui peut être déployée à grande échelle. On peut voir, dans certains
cas... ce qui arrive souvent, c'est qu'on voit à la valeur puis qu'on est
capables d'identifier à quelle diminution du prix cette technologie-là va
devenir intéressante pour notre cas à nous, au Québec. Comme, on suit le
solaire depuis 15 ans, il y en a partout en Amérique du Nord, puis on sait
environ à quel moment on s'attend à ce que l'attraction de cette technologie-là
va devenir plus pertinente pour notre marché à nous puis qu'on va voir un
déploiement plus, plus significatif.
• (15 h 40) •
M. Kelley : Merci beaucoup. Et,
sur l'expertise d'Hydro-Québec, je sais qu'Hydro-Québec travaille avec les
autres pays pour aider eux autres à faire la transition énergétique, de
produire plus d'électricité renouvelable. Alors, est-ce que vous pouvez me
parler un petit peu des projets qu'Hydro a présentement avec les autres pays?
Comment on aide certaines juridictions à faire la transition eux-mêmes?
Mme Boucher (Julie) : Bien, je
vous dirais qu'avec le dernier plan stratégique on s'est beaucoup recentrés sur nos activités en termes de déploiement de
projets à l'étranger. On a beaucoup à faire, on en a parlé : la croissance
des activités, la maintenance, l'adaptation aux changements climatiques.
Maintenant, on ne se referme pas complètement sur nous-mêmes et sur le Québec.
Donc, on est membre de différentes organisations, l'Association internationale
de l'hydroélectricité, par exemple, on est membre d'un groupe qui s'appelle, en
anglais, c'est le GSEP, c'est le Global Susbtainable Electricity Partnership,
donc, avec d'autres grands électriciens, que ça soit les Français, les
Italiens, les Américains. Donc, on partage différentes façons et on... jusqu'à
un certain point, on vit tous une certaine réalité par rapport à la transition
énergétique.
On a beaucoup parlé de ce qui se passe en
France, notamment, sur la transition énergétique. Il y a beaucoup de leçons qui ont été tirées en France qui peuvent
être applicables au Québec ou qui pourront l'être dans les prochaines
années. Donc, c'est plutôt sur la base de ces échanges-là, dans les
associations internationales, qu'on entretient nos relations et qu'on reste à
l'affût des tendances dans le monde.
M. Kelley : Est-ce que vous
avez des exemples des leçons qu'on a retenues de l'exemple de qu'est-ce qui est
arrivé en France, pour le meilleur et pour le pire?
Mme Boucher (Julie) : Je peux
vous dire que, d'un point de vue communication, on est allés prendre
connaissance, avec grande attention, des campagnes d'efficacité énergétique qui
ont été déployées l'hiver dernier. Je vous
dirais qu'ils sont très... qu'elles sont très simples, ces campagnes de
communication, et qu'on supporte le citoyen, le client dans comment mieux consommer, concrètement qu'est-ce qu'il doit
faire. Puis c'est des campagnes de communication qui, comme je vous dis,
sont très... pardon, très efficaces ou très simples.
M. Rhéaume (Dave) : Et, si je
peux vous donner autre exemple différent qui, je pense, pourrait vous
intéresser, on a vécu des feux de forêt importants en Californie, notamment
causés par le système électrique. Ça a été un dossier, il y a quelques années,
qui... mais ça fait partie... on est capables d'échanger avec ces gens-là puis
de faire des modélisations pour essayer de voir — c'est intéressant
parce qu'on a un climat complètement différent, on a un type de canopée
complètement différent — donc,
comment on travaille avec des chercheurs universitaires québécois qui étudient
quels pourraient être les risques, donc, de feux de forêt au Québec puis
qu'est-ce... comment ça pourrait avoir des impacts sur la fiabilité du réseau
et le temps de récupération.
M. Kelley : Merci
beaucoup. Et, sur les investissements qui sont faits à l'extérieur, je sais
que, l'année passée, Hydro-Québec a investi dans plusieurs minicentrales
en... je pense, c'était au Massachusetts et New York. C'est quoi, le type
d'évaluation qui a été fait? Et, si Hydro-Québec est prête à acheter des
minicentrales à l'extérieur, est-ce que
les projets des minicentrales peuvent revenir ici, au Québec? Ou je sais que,
dans le passé, on a eu des projets avec les communautés autochtones, est-ce que
c'est une possibilité d'envisager plus de projets de minicentrales ici, au
Québec, aussi?
M. Rhéaume
(Dave) : Il y a plusieurs points à votre question. Veux-tu commencer
sur les minis du Québec?
Mme Boucher (Julie) : Je
vais commencer. Donc, sur les minicentrales au Québec, il n'y a pas de
programme comme tel qui a été lancé, spécifique aux minicentrales. Par
ailleurs, l'appel d'offres pour les énergies renouvelables aurait pu
recevoir des projets de minicentrales. Il y a différents projets de
minicentrales communautaires qui nous ont été
présentés, à Hydro-Québec, avec des partenaires autochtones notamment ou des
partenaires de MRC puis, au moment où on se parle, ces projets-là sont
sous analyse.
M. Rhéaume
(Dave) : Pour la décision d'acquisition, donc, on a acquis une
entreprise propriétaire de, je pense, 13
centrales — je
pourrais me tromper, mais environ 13 — qui
transige dans le marché de la Nouvelle-Angleterre. C'est des centrales
qui, pour nous, avaient beaucoup de valeur parce que, la caractéristique de ces
centrales-là, ils sont vraiment utilisés...
le réservoir... la rivière est utilisée vraiment pour turbiner dans les moments
où les prix sont plus intéressants.
C'est une centrale qui offre beaucoup de capacité d'équilibrage dans le marché
de la Nouvelle-Angleterre, et, nous,
c'est essentiellement ce que notre parquet de transactions fait, on utilise les
réservoirs du Québec pour s'assurer d'optimiser la valeur. Donc, il y
avait des belles synergies de ce côté-là, d'être propriétaire d'un actif dans
un marché dans lequel on transige déjà.
M. Kelley :
Merci beaucoup. Et, je pense, j'ai dit 25, je pense, c'est environ plus 17,
13.
Mme Boucher
(Julie) : C'est 13.
M. Kelley :
Je m'excuse, j'ai eu le mauvais chiffre dans ma tête, mais merci beaucoup.
Je trouve ça bien intéressant qu'on fait les
investissements comme ça. Alors, merci de me guider un petit peu dans pourquoi
ça a été fait.
Je
veux revenir, maintenant, sur une question qui est un petit peu plus
philosophique, et ça, c'est sur le mandat d'Hydro-Québec. Est-ce que
c'est peut-être temps de réviser le mandat pour inclure un petit peu la
question de la transition énergétique, d'ajouter ça à une de vos missions comme
une société d'État?
M. Fitzgibbon :
Oui. C'est une question qui est très pertinente, et d'ailleurs on en parle
continuellement au Conseil des ministres parce qu'effectivement Hydro-Québec a
une mission très, très spécifique, je pense qu'ils... puis on a vu aujourd'hui
qu'ils remplissent très, très bien leur mission.
Maintenant, toute la
question des autres énergies renouvelables ou circulaires doit être prise en
compte. On a parlé, depuis... depuis une
semaine, en fait, des enjeux que nous avons sur la... les besoins industriels,
créer de la richesse puis, en même
temps, de décarboner. Alors, c'est clair que le chemin critique pour se rendre
à 2050, la carboneutralité, même 2030, à moins 37,5 %, requiert une
évaluation d'alternatives, une évaluation de comportements, de choses qu'on doit faire qui dépassent peut-être même un
peu le mandat présent d'Hydro-Québec. Alors, on est très conscients qu'il
faudrait probablement avoir des... une cellule stratégique qui soit peut-être
greffée à Hydro-Québec pour aller plus loin
que ce qui était requis à date parce qu'on n'avait pas ces besoins-là. Alors,
c'est une réflexion que nous avons, présentement, au Conseil des
ministres.
M. Kelley :
Merci beaucoup. Je veux reviens, maintenant, sur, encore, le sujet un petit
peu en lien avec la tempête qu'on a eue le mois dernier, mais aussi la tempête
qu'on a eue l'année passée. Il y a un article qui a parlé des effectifs qui sont disponibles pour la grande
région de Montréal versus les régions, encore c'est en lien avec la
main-d'oeuvre. Comment est-ce qu'Hydro-Québec est capable de régler cet
enjeu-là et comment vous, comme une organisation,
faites la planification pour vos équipes en région, c'est quoi, les besoins, où
on a besoin de plus, où de moins? C'est comment cette planification est
faite au sein de l'organisation?
M. Tellier
(Régis) : Je vais répondre, oui, parce que j'ai... je me souviens de
l'article, là, c'est... nous, en région de
Montréal, il y a eu beaucoup de mouvement de personnel, tu sais, parce que
souvent, avec les départs, retraites, soit sur le sud ou le nord de
l'île, là, bien, il y a du mouvement de personnel parce que les gens à
l'interne peuvent bouger, et cela a créé vraiment un déplacement. Sauf que,
quand on arrive en situation de panne, même en situation régulière, il n'y a
rien qui m'empêche de pouvoir prendre les gens à Blainville puis les faire
amener à Montréal pour faire des travaux, là, quand c'est requis, là, c'est ça.
C'est beaucoup ça que ça faisait référence. C'est vrai qu'en ce moment on a
aussi des discussions avec nos partenaires syndicaux parce que des grandes
villes, souvent, l'attraction de la main-d'oeuvre,
on veut être capables de garder une certaine forme de capacité des gens qui
habitent sur l'île qu'ils restent sur l'île. Là, tu sais, un peu,
c'était ça, l'idée, ça fait qu'on regarde différentes options à ce niveau-là.
Mais, somme toute,
nous, on fait une planification, aussi, de main-d'oeuvre, OK, qui est
transversale puis on regarde, là, souvent, là, soit par rapport aux
investissements qu'on va aller faire sur la réfection ou de la maintenance
qu'on va... qu'on a à réaliser, mais également on regarde sur la demande. Donc,
on sait que la demande, ou les événements qui peuvent arriver, là, climatiques,
là, bon, la région de Montérégie, la région de Laurentides, souvent, on sait
qu'il y a des travaux qui s'en viennent sur la Côte-Nord, donc on fait cette
planification-là un petit peu plus fine,
après ça, à nos équipes qui nous permet, en fonction de corps de métier, de
voir ça sera quoi, le besoin de main-d'oeuvre
qu'on va avoir, là, parce que moi, j'ai déjà une planification de 10 ans,
Jeannine aussi, sur trois ans puis annuelle,
là, qui est encore plus précise, là, où est-ce que là on est capables d'à
partir des... avec les commissions scolaires, selon les... un exemple,
un monteur de ligne, là, c'est un diplôme d'études professionnelles en montage
de ligne, bien, on regarde aussi en fonction
du nombre de cohortes puis qu'on intègre nous après ça avec nos spécificités à
l'interne, là, pour être capables de les
former, là, puis avoir la bonne adéquation de personnel puis en fonction de la
charge de travail qui est requise.
M. Kelley :
Merci beaucoup. Pendant la dernière panne à Montréal, c'était une équipe de
Shawinigan puis Trois-Rivières qui a rebranché la maison de mes parents, qui
étaient très contents de discuter avec le gang de la région, de dire aussi merci à cette équipe-là de rebrancher mes parents,
la maison de mes parents après comme cinq jours, mais c'était... mon père puis ma mère ont vraiment apprécié, c'étaient
des hommes très, très gentils, de ces deux régions-là qui étaient présents
pour aider eux autres. Mais est-ce que c'est très difficile de bouger des
effectifs d'une partie du Québec à une autre, comme vous avez mentionné, les
syndicats? Alors, j'imagine de faire une demande comme on a besoin de plus de monde dans l'Estrie, on lance un
appel, est-ce que c'est facile d'attirer des gens d'une place à une autre
ou est-ce que, des fois, ça prend des discussions plus longues avec les
syndicats?
• (15 h 50) •
M. Tellier
(Régis) : En situation de panne, ce n'est pas compliqué parce que
nous, on peut faire déplacer les équipes, là, comme qu'on a vu... la panne du
verglas, tu sais, on attendait de voir dans l'Est du Québec comment que ça...
est-ce qu'il y aurait aussi des pannes, puis là, quand on a vu qu'il y en avait
moins, on a pu déplacer...
Le Président
(M. St-Louis) : En conclusion, M. Tellier, s'il vous plaît.
M. Tellier (Régis) : ...oui, 200 équipes,
d'accord? Mais, somme toute, non, c'est, pour nous... on est capables d'ajuster
rapidement.
Le Président (M. St-Louis) :
Alors, je vous remercie. Merci, M. le député. Ceci conclut ce bloc
d'échange.
Je
suis maintenant prêt à reconnaître la porte-parole du gouvernement. Alors, Mme
la députée de Laviolette—Saint-Maurice,
la parole est à vous, vous disposez de 9 minutes.
Mme Tardif :
Merci, M. le Président. Bonjour, tout le monde, merci d'être là. Merci à
vous derrière aussi, qui travaillez comme des petites abeilles. Ce matin, mon
collègue de Jacques-Cartier se questionnait sur les travaux à faire sur les
infrastructures, et vous mentionniez en Mauricie, alors je me suis sentie
interpelée, évidemment. Je vais donc profiter de mon temps de parole pour
remercier Hydro-Québec dans son ensemble pour les travaux qui ont été faits
depuis 2020‑2021 et qui vont s'échelonner jusqu'en 2026, et, vous allez voir,
et les gens qui nous écoutent savent de quoi
je parle — mais
je vais vous faire rire un petit peu, on est en fin de journée — sur
la ligne qui alimentait le secteur Parent dans le Haut-Saint-Maurice, il
y a... bien, en fait, c'étaient des poteaux en bois, et c'étaient souvent les pics-bois et les écureuils qui causaient les
pannes de courant, donc Hydro-Québec a injecté 235 millions de dollars
pour faire des travaux majeurs au poste de
La Vérendrye et sur la ligne jusqu'à Parent. Mes citoyens devaient
composer avec des pannes très
fréquentes, et cela a été arrangé, donc terminé, en tout cas en bonne partie,
l'an dernier. Merci beaucoup.
Aussi,
j'ai eu le plaisir d'annoncer, avec les gens d'Hydro-Québec, là, un
investissement majeur de 612 millions de dollars qui ont été
injectés et qui sont en cours pour rénover six... je crois que ce sont des
groupes turbine-alternateur au barrage Rapide-Blanc. Chez nous, sur la rivière
Saint-Maurice, il y a de nombreux barrages. Cependant, si j'ai bien compris les
besoins estimés pour 2032, dans neuf ans, sont de 25 térawattheures, c'est
bien ça? Vous avez dit trois fois la Romaine, trois fois la Romaine?
Une voix : ...
Mme Tardif :
C'est quoi, ma question? Vous me corrigerez après. On parle d'un cycle de
cinq à six ans, si j'ai bien compris, encore
là, entre le moment où Hydro-Québec va en appel d'offres pour un parc éolien et
le moment où le parc éolien est en opération.
J'ai deux questions
dans une : Est-ce que vous pensez que l'éolien va suffire pour répondre à
la demande additionnelle dont on a besoin en 2032? Et, sinon, quel est le cycle
pour la construction d'un barrage hydroélectrique qui va réussir à répondre à
cette demande-là, en ajoutant toutes les autres sources de bioénergie et
bioélectricité et biénergie? Donc, à partir du moment où on décide qu'on manque
d'électricité avec toutes les autres sources d'énergie aussi ou
d'approvisionnement, pour construire un barrage hydroélectrique, ça prend
combien de temps? Parce que je me dis que 2032, c'est à nos portes.
M. Rhéaume (Dave) : Donc, la petite
correction, tout à l'heure, ce que j'ai dit, l'équivalent de trois Romaine,
c'était une autre... Donc, 25 térawattheures, ça, ça va vers quatre Romaine, donc on n'est
pas loin de votre estimé.
Mme Tardif : Oh!
bien, c'est encore mieux ou pire. D'accord.
M. Rhéaume
(Dave) : Je veux juste mettre de l'avant, il y a un paradigme qui a
changé. Au Québec, avant, lorsqu'on avait besoin d'énergie, même pas juste de
puissance, notre solution, c'était l'hydroélectricité, c'était celle dans laquelle on avait un savoir-faire, il y avait
des sites qui le permettaient, puis c'était la plus compétitive. Aujourd'hui,
la solution la plus compétitive pour avoir de l'énergie
quant à... donc, de ce 25 térawattheures là, c'est, aujourd'hui,
l'industrie éolienne, une fois qu'on a fait l'efficacité énergétique. Le
premier, c'est toujours l'efficacité énergétique. Il reste de la place pour en
faire moins chère que l'éolien, mais, une fois qu'on l'aura fait, ce sera
l'éolien.
Mme Tardif :
Est-ce que je peux vous interrompre? Parce que les gens, de façon générale,
ne savent pas qu'un parc éolien, ça demande énormément d'électricité pour faire
fonctionner le parc éolien. Donc, si ça prend... je ne sais pas quel pourcentage d'électricité ça prend en fonction du
nombre d'éoliennes, en fonction de la capacité aussi, mais il y a déjà
un besoin d'électricité pour faire un... alors, où est le gain ou... essayez de
m'aider, là.
M. Rhéaume
(Dave) : Non, non, mais vous avez... il y a... les installations
éoliennes, comme les installations hydroélectriques, demandent un
approvisionnement en électricité, vous avez raison, mais lorsqu'on nette ce que ça consomme avec ce que ça produit,
aujourd'hui, notre solution la moins dispendieuse, avec les technologies
disponibles, c'est l'éolien. Ceci dit, il y a des moments où il ne vente pas
puis les Québécois consomment de l'électricité. L'électricité, partout
dans le monde, la phrase qu'ils disent, c'est : ça ne se stocke pas, ça ne
se stocke pas. Au Québec, on a un avantage,
on a des réservoirs. On ne stocke pas l'électricité, on stocke l'eau, on attend
avant de turbiner l'eau pour produire l'électricité, donc on a un
avantage concurrentiel extraordinaire.
Donc, aujourd'hui, le
plan, c'est d'investir dans nos centrales existantes pour le 25 térawattheures,
là, toujours, faire de l'efficacité énergétique, puis ce qui va nous manquer
comme énergie, faire de l'éolien. Ce qu'on anticipe toutefois, c'est
qu'éventuellement, avec la croissance de la demande, on va avoir besoin
d'investir dans peut-être plus d'infrastructures comme l'hydroélectrique pour
être capables de palier aux périodes où il n'y a pas de vent, où il n'y aurait pas de soleil. Pour ce cas-là, c'est pour ça
qu'on a annoncé une étude préliminaire, donc on est en train de regarder
l'opportunité pour une nouvelle centrale. On parle d'un cycle, je dirais, entre
12 à 15 ans. C'est la période de temps, lorsqu'on inclut tout que ça peut
requérir pour être mis en service.
M. Chassin : Je peux continuer, M. le Président?
Le Président
(M. St-Louis) : Allez-y.
M. Chassin : C'est effectivement intéressant, parce que j'imagine que,
même si on a des besoins, justement, d'où la
nécessité de la planification... On a parlé, tout à l'heure, des minicentrales.
Juste pour être certain, puis là j'y vais de mémoire, là, mais c'est encore 50 mégawatts de puissance à
installer entre... Ça, c'est précisé dans un règlement ou une loi du
gouvernement ou c'est vraiment plus à l'interne d'Hydro-Québec, là?
M. Rhéaume
(Dave) : À ma connaissance, c'est dans la Loi sur Hydro-Québec. Les
centrales au-delà de 50 mégawatts, c'est juste Hydro-Québec qui peut les
faire.
M. Chassin : D'accord. Puis, dans le... Puis là j'avoue, là, ma méconnaissance, je le
dis tout de suite. Hilo, c'est un
produit d'Hydro-Québec, ou est-ce que c'est un fournisseur avec lequel vous
faites affaire? Juste pour être certain.
M. Rhéaume
(Dave) : C'est une entreprise d'Hydro-Québec. Évidemment,
l'entreprise, elle achète, des fois, des
équipements, mais comme les centrales hydroélectriques d'Hydro-Québec, on
achète des produits des fournisseurs tiers. Mais c'est une entreprise
qui appartient à Hydro-Québec.
M. Chassin : À 100 %?
M. Rhéaume
(Dave) : À 100 %.
M. Chassin : D'accord. Puis, par curiosité, est-ce que... parce que
l'expérience, c'est particulièrement dans le
résidentiel, est-ce que vous avez des clients, des entreprises aussi qui font
cet exercice-là? Puis qu'est-ce que ça peut donner comme résultats?
M. Rhéaume (Dave) : En gestion de puissance,
on vise les trois grands marchés. Le résidentiel, nos deux produits, c'est
Hilo puis la tarification dynamique. Dans le secteur commercial, donc moyenne
taille, on a ce qu'on... le programme qui s'appelle la GDP, la gestion de
puissance, où on offre des incitatifs financiers à une caisse populaire, par exemple, qui voudrait s'interrompre dans des
périodes de forte demande. Et, pour les industriels, on a un programme
d'électricité interruptible où il y a des compensations financières qui sont
offertes aux grands industriels, plusieurs grands
industriels du Québec y participent, c'est-à-dire que, dans les périodes de
haute consommation, on peut leur dire : On te demande de
t'interrompre en échange d'une compensation, puis c'était prévu à l'avance.
Le Président (M. St-Louis) : Je
vous remercie, M. Rhéaume. M. le député, malheureusement, ceci
conclut le dernier bloc d'échange.
M. Chassin : Mon Dieu! Que ça passe vite. Merci.
Adoption des crédits
Le Président (M. St-Louis) : Alors,
le temps alloué à l'étude des crédits budgétaires du volet énergie Hydro-Québec du portefeuille Économie, Innovation
et Énergie étant presque écoulé, nous allons maintenant procéder à la
mise aux voix de ces crédits.
Le programme 1, intitulé Direction et
Administration, est-il adopté?
Des voix : ...
Le Président (M. St-Louis) : Adopté
avec division.
Le programme 6, intitulé Énergie, est-il
adopté?
Des voix : ...
Le Président (M. St-Louis) : Adopté
sur division.
Adoption de l'ensemble des crédits
Finalement,
l'ensemble des crédits budgétaires du portefeuille Économie, Innovation et
Énergie pour l'exercice financier 2023‑2024 est-il adopté?
Des voix : ...
Le Président (M. St-Louis) : Adopté
sur division.
Documents déposés
En terminant, je dépose les réponses aux
demandes de renseignements de l'opposition.
Compte tenu
de l'heure, la commission, ayant accompli son mandat, ajourne ses travaux sine
die. Merci à tous.
(Fin de la séance à 16 heures)