(Neuf heures quarante-sept minutes)
Le Président (M. Montigny) : Alors,
à l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté quorum, je déclare la séance de la
Commission de l'agriculture, des pêcheries, de l'énergie, des ressources
naturelles ouverte. Je vous souhaite la bienvenue et je demande à toutes les
personnes dans la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs
cellulaires ou appareils électroniques.
La commission est réunie afin d'entendre les
consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi
n° 69, Loi assurant la gouvernance responsable des ressources énergétiques
et modifiant diverses dispositions législatives.
Mme la secrétaire, est-ce qu'il y a des
remplacements?
La Secrétaire : Oui, M. le
Président. M. Ciccone (Marquette) est remplacé par Mme Dufour
(Mille-Îles); M. Fortin (Pontiac) est remplacé par M. Tanguay
(LaFontaine); et Mme Zaga Mendez (Verdun) est remplacée par M. Bouazzi
(Maurice-Richard).
Le
Président (M. Montigny) : Merci beaucoup. Alors, nous débuterons ce matin
par les remarques préliminaires puis nous entendrons les organismes
suivants. Ce matin, nous entendrons Hydro-Québec, Énergir et la Chaire de
gestion du secteur de l'énergie de HEC Montréal.
Remarques préliminaires
Maintenant...
Nous en sommes maintenant à l'étape des remarques préliminaires. Avant de débuter,
je comprends qu'il y a consentement
pour permettre au député de Jean-Talon d'effectuer des remarques préliminaires.
Est-ce qu'il y a consentement?
Des voix : Consentement.
Le Président (M. Montigny) : Merci.
Il y a consentement. J'invite maintenant la ministre de l'Économie, et de
l'Innovation, et de l'Énergie à faire ses remarques préliminaires. Mme la
ministre, la parole est à vous.
Mme Christine
Fréchette
Mme
Fréchette : Merci, merci beaucoup. Alors, très heureuse d'être
avec vous aujourd'hui et très contente de me retrouver lors de cette
étude de ce projet de loi qui est vraiment très important. Je me sens
privilégiée d'avoir la possibilité de contribuer activement à cette réflexion
qui est d'importance, d'importance stratégique pour le Québec. Alors, merci à
tous d'être là.
J'aimerais
commencer tout d'abord par saluer mes collègues parlementaires, donc le député
de Rouyn-Noranda—Témiscamingue,
le député de Gatineau, le député de Gaspé, le député de Côte-du-Sud, le député
de Dubuc, la députée de Saint-Laurent, également le député de Maurice-Richard, le député de Jean-Talon
et, bien sûr, M. le Président, le député de René-Lévesque. Merci de
présider nos travaux. Merci de participer à ces... à ces consultations, donc,
particulières et puis d'accepter de mettre à profit, en fait, votre expertise.
L'exercice qu'on entame ce matin, bien, il est
essentiel pour l'avenir énergétique du Québec. Notre gouvernement s'est engagé, en fait, à décarboner notre économie d'ici
2050. On le fait pour les Québécois maintenant, mais surtout aussi pour
les générations futures. Et, comme le premier ministre le dit régulièrement, on
est devant une opportunité exceptionnelle.
On peut transformer les défis de la transition énergétique en opportunités de
développement économique durable.
• (9 h 50) •
La planète entière recherche l'énergie verte.
Rares sont les endroits aussi bien positionnés que le Québec sur le plan énergétique. On doit maintenant agir pour
tirer tout le potentiel de cet avantage stratégique au profit des Québécois. Le
Québec est très bien positionné en matière d'énergie verte, de ressources
naturelles, de main-d'oeuvre qualifiée, d'expertise de pointe. On a tout ce
qu'il faut pour faire plus, pour faire mieux, tout en assurant une transition
énergétique efficace et au bénéfice des Québécois. C'est pourquoi on agit pour
doubler la production énergétique Hydro-Québec d'ici 2050. En plus, on va faire
ça en protégeant les tarifs d'électricité des Québécois parce que ce sont eux
les propriétaires d'Hydro-Québec, mais, pour atteindre cet objectif, on va
devoir revoir notre encadrement du secteur de l'énergie.
Dans
les deux dernières années, on a consulté les partenaires et les parties
prenantes que sont les distributeurs d'énergie, les experts, des citoyens, les
communautés autochtones, les groupes d'intérêts, etc. Et ça, ça nous a permis
de préparer un projet de loi qui reflète les grands consensus, quoi qu'en
disent les oppositions, et qui nous permettra d'agir à la hauteur des ambitions
des Québécois. Avec le projet 69... projet de loi 69, on vise
principalement, d'une part, à renforcer la gouvernance du secteur énergétique.
On vise aussi à améliorer la gestion de l'offre et de la demande en énergie et
à optimiser le processus de fixation des tarifs d'électricité et de gaz
naturel. Bref, il va nous permettre de propulser le Québec, ce projet de loi.
L'élément central du
projet de loi, c'est le plan de gestion intégrée des ressources énergétiques,
qu'on appelle aussi le PGIRE. Un plan intégré des ressources énergétiques,
c'est un processus structuré, c'est un processus équilibré qui nous aidera à
façonner notre avenir énergétique. Il va cibler les actions nécessaires pour
assurer notre développement énergétique de façon à soutenir notre économie tout
en favorisant l'acceptabilité sociale. L'idée avec ce plan-là, c'est d'évaluer
les diverses options possibles pour répondre aux besoins énergétiques du Québec
de manière ordonnée, prévisible et durable, donc, s'inscrivant dans une phase,
une perspective de transition énergétique. C'est un outil stratégique important
pour informer les citoyens et surtout prendre des décisions éclairées.
On a bien sûr
l'intention de mettre en place une démarche qui permettra la participation des
parties prenantes au développement de ce plan. C'est notamment le cas de la Régie
de l'énergie. Elle a un rôle important à jouer dans le domaine de l'énergie au
Québec et, avec notre projet de loi, non seulement conserve-t-elle toute son
indépendance et l'ensemble de ses compétences exclusives, mais sa mission
serait même renforcée pour qu'elle prenne en compte la transition énergétique
dans ses décisions. La régie demeurerait également la seule responsable de
fixer les tarifs tous les trois ans pour refléter l'évolution de la juste
valeur de l'énergie. Cet exercice se fera tout en protégeant les clients
résidentiels et en assurant une prévisibilité pour les entreprises.
Comme vous le savez,
notre gouvernement s'est engagé à plafonner la hausse des tarifs résidentiels à
3 %. Avec ce projet de loi, on prévoit donc un programme pour assurer une
stabilité tarifaire à la clientèle domestique et éviter des hausses
importantes. Les tarifs commerciaux et industriels seront, pour leur part,
établis afin de refléter un juste prix tout en offrant de la prévisibilité. Les
entreprises d'ici, d'ailleurs, sont à la recherche d'énergie propre. Pour répondre à cette demande-là, on doit miser sur
l'efficacité énergétique et accélérer le développement de nouveaux
projets énergétiques. On doit miser sur des meilleurs projets puis préserver
notre avantage concurrentiel en énergie propre, ça, c'est crucial.
À cet effet-là, on
veut assouplir le processus d'approvisionnement et rendre Hydro-Québec plus
agile et plus efficace. Hydro-Québec, c'est notre meilleur outil dans la lutte
contre les changements climatiques. C'est un de nos plus grands leviers de
développement économique. Sa mission principale restera toujours de satisfaire
les besoins en électricité des Québécois et des marchés du Québec de manière
suffisante, sécuritaire, fiable et à un coût avantageux. On souhaite que tout le monde embarque dans ce
grand projet de société qu'est la transition énergétique. Avec ce projet de
loi, on se donne les outils pour y arriver. Et j'ai bien hâte d'entendre vos
avis, vos ambitions, vos préoccupations et surtout vos recommandations afin
d'aider à façonner l'avenir énergétique du Québec. Merci.
Le Président (M.
Montigny) : Alors, merci, Mme la ministre. J'invite maintenant le chef
de l'opposition officielle, député de LaFontaine, à faire ses remarques
préliminaires.
M. Marc Tanguay
M. Tanguay : Merci
beaucoup, M. le Président. Vous allez d'abord me permettre de vous saluer,
merci de présider nos travaux, me permettre
de saluer les collègues de la banquette ministérielle, mes collègues de
Saint-Laurent et de Mille-Îles également, qui sont ici aujourd'hui pour
travailler, les collègues des autres oppositions. Saluer, et féliciter la ministre, elle n'a pas un mandat
facile aujourd'hui, elle a été jetée dans le projet de loi 69 à minuit
moins cinq.
Ça aura pris à Pierre
Fitzgibbon, ça aura pris à Pierre Fitzgibbon un an et demi pour concocter un
projet de loi, projet de loi qui avait été promis en 2023 et qui devait être
livré en 2023, mais, finalement, qui aura été déposé à la dernière session parlementaire. La CAQ est au pouvoir depuis
maintenant six ans. En matière énergétique, on a perdu six ans au
Québec, six ans d'une arrivée d'un gouvernement qui a vu d'abord des surplus
budgétaires se changer en déficit budgétaire, qui a vu et qui a fait en sorte
de regarder passer un surplus énergétique, et c'est devenu un déficit
énergétique. Réellement le premier ministre est, force est de le constater, le
«king» des déficits, déficits budgétaires, déficits énergétiques.
Pendant ce temps-là,
qu'est-ce qui a été fait? Le premier ministre a décidé de prioriser, au
détriment des Québécoises et des Québécois — on repassera pour le
nationalisme économique — a
décidé de prioriser des entreprises étrangères, Northvolt, notamment,
Northvolt, 360 mégawatts, un bloc d'énergie qui est réservé, qui est gelé pour Northvolt. Pendant ce temps-là, en 2023,
l'an passé, il y a 35 de nos PME, 35 de nos entreprises, 35 entreprises dans notre monde, au Québec, qui ont déposé des
projets, seulement 11 ont eu une réponse favorable. Alors, pendant qu'on
dit oui aux entreprises... étrangères, on dit non à la majorité des entreprises
québécoises.
C'est important pour
le Parti libéral du Québec, M. le Président, d'avoir un nationalisme économique
cohérent. Et c'est important que l'on ait, au Québec, un premier ministre qui
dise toute la vérité. C'est l'état des lieux. En ce sens-là, force est de
constater que les tarifs à 3 % ad vitam aeternam, quand on dit que les
Québécois ne paieront pas plus que ça mais qu'en même temps, et le premier ministre
l'ignorait, que c'était dans son propre projet de loi qu'il a passé au Conseil des ministres, on dit : Bien, on va
faire un fonds pour compenser ce qui excéderait le 3 %...
Pierre Fitzgibbon a dit la vérité quand il
disait : Ça va être plus que 3 %. Il disait tellement la vérité qu'il
l'a mis, lui, dans son projet de loi, un mécanisme où, là, par des fonds
publics, on ferait un chèque à Hydro-Québec pour aller
compenser la hausse excédentaire de 3 %. Ça vient tout, M. le Président,
de la même poche, des Québécoises et Québécois qui paient les taxes, qui paient
les tarifs d'hydroélectricité.
Alors,
3 % ad vitam aeternam, ça ne tient pas la route, mais également la vision,
après six ans perdus, d'être capable de dire aujourd'hui, M. le
Président : Finalement, on a trouvé la solution, faites-vous-en pas, le
185 milliards, on va le trouver, on ne vous dit pas comment, et
l'énergie, on va être capable de la produire, on n'a pas réellement de plan
complet, en ce sens-là. Il est là, l'échec du premier ministre, l'échec du
gouvernement en place.
Ça doit être les
Québécois d'abord. Les Québécois, s'ils avaient été au centre des
préoccupations de ce gouvernement-là, M. le Président, ce n'est pas vrai qu'on
aurait vu passer un déficit budgétaire. Ce n'est pas vrai qu'on aurait vu passer un déficit énergétique. Ce
n'est pas vrai qu'on leur dirait aujourd'hui : Faites-vous-en pas — pensée
magique, monde des licornes — vous n'allez pas payer, à quelque part,
l'investissement que ça va nécessiter. Après avoir,
donc, vu passer six ans, après avoir priorisé des entreprises étrangères, on
vient dire aux Québécoises et Québécois qui sont en affaires aujourd'hui, qui sont en affaires : On n'en a
plus pour vous autres, de l'énergie. Et on laisse entendre aux Québécoises et Québécois qu'ils n'auront pas à
payer pour ça, ce déficit budgétaire là puis ce déficit énergétique, ce
qui ne tient pas la route.
Alors, pour nous, on
aborde ces travaux-là en constatant l'échec économique du gouvernement
caquiste, qui ont perdu Pierre Fitzgibbon,
qui était la dernière caution un tant soit peu crédible en économie, donc,
l'échec énergétique et l'échec économique. Et, au Parti libéral du Québec, on
aura des solutions à proposer, mais on va défendre les Québécoises et
Québécois d'abord, matin, midi, soir.
Le Président (M. Montigny) : Merci.
J'invite maintenant le porte-parole du deuxième groupe de l'opposition et
député de Maurice-Richard à faire ses remarques préliminaires. M. le député, la
parole est à vous.
M. Haroun Bouazzi
M. Bouazzi : Merci,
M. le Président. Nous héritons aujourd'hui du projet de loi de M. Fitzgibbon
qui, notamment, accélère la privatisation de
la production et du commerce d'électricité au Québec sans qu'on le comprenne, ce qui le justifierait. Combien de litres de
pétrole seront éliminés et à quelle vitesse? Quels usages devrons-nous
prioriser? De combien d'électricité
additionnelle aurons-nous besoin pour remplacer les énergies fossiles
abandonnées? Dans quelle proportion elle proviendra des réductions de
notre consommation ou plutôt de la production additionnelle? Qui devra payer
pour les coûts faramineux des nouveaux investissements? Aucun article, M. le
Président, aucun article de loi ne répond ne serait-ce qu'à une seule de ces
questions.
Nous commençons donc
les consultations aujourd'hui malgré la multiplication des appels à mettre de
côté ce projet de loi et démarrer enfin un
véritable débat national démocratique sur la transition énergétique au Québec.
J'entends d'ici le gouvernement nous dire : Mais oui, mais le
projet nous permet de planifier, comme si nous avions besoin d'un projet de loi
pour planifier notre utilisation de l'énergie.
Pour
finir, nous avons demandé aujourd'hui même au leader parlementaire d'élargir de
seulement trois jours les consultations pour pouvoir écouter les
15 groupes qui nous ont signifié leur volonté de participer, dont
Équiterre, l'IRIS, la MRC Mékinac et des groupes des Premières Nations. Merci,
M. le Président.
• (10 heures) •
Le Président (M.
Montigny) : Merci beaucoup. Merci. J'invite maintenant le député de
Jean-Talon à faire ses remarques préliminaires. M. le député, la parole est à
vous.
M. Pascal Paradis
M. Paradis : Félicitations
et bienvenue à la ministre. Merci à toutes les personnes qui vont témoigner.
Mais, cependant, si c'est l'intérêt du Québec qui avait prévalu face aux
intérêts politiques de la CAQ, nous ne serions pas ici aujourd'hui. Le projet
de loi 69 aurait été retiré. Pourquoi? D'abord parce que ce projet de loi
là, il illustre un problème de planification. On nous présente une boîte à outils législative
sans avoir de plan, sans savoir ce qu'on veut construire avec cette
boîte à outils. Hydro-Québec a déjà présenté sa vision à l'horizon 2035,
pas le gouvernement du Québec. Ce n'est pas vrai que ça représente un consensus
large. Il y a plein de groupes qui n'ont pas été consultés, qui n'ont pas
participé à la préparation de cette vision-là. C'est ensuite qu'on devrait
avoir un projet de loi, une fois que la vision est établie.
Deuxièmement,
la ministre débarque en catastrophe après la démission fracassante de son
prédécesseur. Ce projet de loi, c'est celui de l'ancien ministre Pierre
Fitzgibbon, son nom est sur toutes les pages. Et il contient plusieurs
idées qui sont un cheval de Troie, notamment pour la privatisation
d'Hydro-Québec.
Est-ce que la
ministre s'identifie à cette volonté de l'ancien ministre? C'est ça, la
question.
Le Président (M.
Montigny) : ...
M. Paradis : Alors,
on invite à des véritables consultations.
Le Président (M. Montigny) : En
terminant. Merci. Alors, à ce stade-ci, merci pour la prise de... évidemment,
les caméras, tout ça.
Je vous inviterais maintenant, on va
commencer les remarques... Les remarques préliminaires étant terminées, nous
allons maintenant débuter les auditions. Alors, j'inviterais les caméras.
Merci. Il y a déjà ici la prise d'images qui se fait déjà par... par le service
de l'Assemblée nationale. Alors, je vous remercie, messieurs les caméramans.
Auditions
On va procéder
maintenant au début des auditions. Alors, je vous souhaite donc bienvenue, aux
représentants d'Hydro-Québec. Je vous rappelle que vous disposez de
10 minutes pour votre exposé, puis nous procéderons à la période d'échange
avec les membres de la commission. Je vous invite donc à vous présenter et à
commencer votre exposé.
Hydro-Québec
M. Sabia
(Michael) : Bonjour, tout le monde.
M. le Président, ce
matin, parlons des vraies choses. Le monde... Le monde ne va pas réussir à
atteindre des cibles de l'Accord de Paris. 1,5°, c'est derrière nous. La seule
question, la seule question qui reste : Est-ce que ce sera en dessous de 2°a,
2° ou malheureusement au-dessus de 2°? Mais une chose est certaine, ça va
dépendre de la vitesse à laquelle on prend action.
À travers le monde, à
travers le monde, les pays vont se mobiliser pour doubler leur capacité
électrique. 3 000 à
4 000 milliards de dollars seront investis dans la transition
énergétique chaque année d'ici 2030. Ça va créer une compétition mondiale intense et probablement
désordonnée. Face à une transition de cette ampleur, un monde tellement turbulent, au Québec, il faut se focaliser à bâtir,
et rapidement, le système énergétique propre de demain. Trois objectifs.
Numéro un :
à la base, ce doit être un système qui fonctionne. Oui, ça peut sembler
évident, mais ce n'est pas si simple. Il
faut livrer assez d'énergie au bon moment et dans un réseau organisé de manière
optimale, pas, pas dans un far west énergétique, autrement dit, un
système qui va servir les Québécois de manière robuste et fiable dans les
générations à venir.
Numéro deux,
objectif numéro deux, il faut que le système soit abordable pour tous les
Québécois en profitant du legs de Jean Lesage, Robert Bourassa et René Lévesque.
Troisième objectif,
il faut demeurer concurrentiels à l'échelle internationale pour assurer la
prospérité des prochaines générations des Québécois et des Québécoises.
Évidemment, un défi de taille.
Il y a presque un an,
à Hydro-Québec, nous avons publié notre Plan d'action 2035. L'objectif est
d'arriver à un service plus fiable, une meilleure consommation et une
augmentation de production dans l'ensemble entre 8 000 et 9 000 MW d'ici 2035. À
travers les 90 rencontres que nous avons tenues à travers le Québec sur le
plan d'action, le message était clair. Quel est le message? Allez, allez,
allez, et rapidement.
Le projet de loi
n° 69 est un des outils, un des outils importants qui va nous aider à
bâtir le système dont le Québec a besoin pour... pouvoir la décarbonation et la
prospérité. Il nous permet de passer d'un cadre rigide et dirigiste qui date de
plus de 25 ans à un cadre fondé sur le principe de flexibilité, mais bien
structuré : flexibilité pour avoir des
options et progresser plus rapidement et bien structuré pour que les règles
soient bien connues et le processus, transparent.
Selon nous, il y a
quatre éléments fondamentaux de ce projet de loi.
Premièrement, il va
permettre d'être plus flexible dans la tarification pour encourager des bonnes
habitudes de consommation. Il va permettre de modifier les tarifs et en créer
de nouveaux en tout temps, plus précisément des tarifs incitatifs qui vont
permettre des économies aux clients qui consomment mieux l'électricité. Ça va
contribuer à l'un de nos objectifs principaux, réduire la facture des clients.
Et maintenant juste
un mot sur... sur les tarifs futurs. Il y a beaucoup de bruit sur ce sujet. Et
laissez-moi être très clair, les tarifs résidentiels seront limités à 3 %.
Et, pour les clients commerciaux et industriels, on parle de quelque chose
entre 4 % et 5 %. C'est exactement, exactement ce que j'ai dit quand
nous avons déposé le plan d'action, il y a un an. Rien de nouveau. Quand on
pense à l'avenir des tarifs, il y a trois mots qui sont importants :
abordables, concurrentiels et efficaces, efficaces pour encourager l'efficacité
énergétique. Nous ne sommes pas, à Hydro-Québec... nous ne sommes pas une société
privée, nous ne sommes pas une société cotée en bourse qui ne maximise que les
profits. Nous sommes une institution publique motivée par notre mission
énergétique, économique et, plus... plus fondamentalement, notre mission
sociale.
Deuxième. Le projet
de loi va mettre en place plus d'outils flexibles et bien structurés pour
développer les projets d'énergie
renouvelable. Aujourd'hui, Hydro-Québec a un seul moyen d'approvisionnement,
des appels d'offres rigides. Dans
l'avenir, on va choisir parmi plusieurs options adaptées à chaque projet,
incluant des projets à grande échelle dans
les cas... dans lesquels Hydro-Québec va être maître d'oeuvre. Nous aurons les
moyens de développer des projets efficaces, concurrentiels et qui
répondent aux besoins de nos partenaires.
Troisièmement, le
projet de loi va faciliter... l'acceptabilité sociale et la réconciliation
économique avec les Premières Nations et les Inuits. L'acceptabilité sociale passe par
l'écoute et le dialogue et en grande partie par la création des vrais
partenariats avec les communautés autochtones et les municipalités, des
partenariats fondés sur la prise de participation directe qui va leur
donner des revenus autonomes. La nouvelle loi va faciliter cet objectif en
permettant la signature de telles ententes sans obliger l'adoption d'une loi
spéciale chaque fois, un processus qui, dans le cas des Mohawks de Kahnawake, a
pris presque un an, un an de temps gaspillé. Le monde a changé, et il est donc
temps que la loi change.
• (10 h 10) •
Et finalement le PGIRE, à
terme, un processus qui pourrait assurer une planification globale et cohérente
et une meilleure utilisation de notre énergie. Le grand avantage du PGIRE sera
la collaboration, la transparence et l'occasion
d'avoir une conversation nationale sur l'énergie. Mais je veux nous mettre en
garde contre le piège, le piège des délais administratifs,
bureaucratie : bureaucratie est l'ennemi de transparence.
Les propositions législatives dont je viens de
parler sont des fondations essentielles si on veut bâtir le système énergétique
dont le Québec a besoin. La loi est nécessaire, mais la loi n'est pas
suffisante. Le nerf de la guerre : accélération dans l'exécution. Quelques
points.
Premier. Premièrement, il faut que le
gouvernement Québec... du Québec accélère de manière importante le processus de réconciliation avec les communautés
autochtones. C'est fondamental et c'est non négociable. C'est fondamental. Il
faut mettre fin aux approbations paternalistes et franchement, je dirais,
colonialistes du gouvernement pour chaque entente entre Hydro-Québec et
les communautés autochtones. La seule chose que fait ce processus : la
perte du temps.
Deuxièmement,
l'accès à la main-d'oeuvre. À Hydro-Québec, nous avons besoin à peu près
35 000 travailleurs de la construction en moyenne par année. À
Hydro-Québec, nous allons faire notre part. Pour la première fois, nous allons
lancer une institution... nous-mêmes pour former les travailleurs. Mais le
gouvernement et l'écosystème de la construction ont un rôle primordial sur au
moins deux choses : numéro un, la segmentation des métiers et, deuxième chose, la reconnaissance des acquis de
travailleurs étrangers. Et maintenant il faut passer à l'action sur ces deux
points.
Le Président (M. Montigny) : ...
M. Sabia (Michael) : Rapidement,
troisièmement, il faut accélérer et simplifier les autorisations.
Le Président (M. Montigny) : J'ai la
tâche ingrate de vous dire que votre temps est maintenant écoulé. Je suis
désolé.
Mme Fréchette : ...le temps qui
m'était réservé pour permettre au PDG de poursuivre.
Le
Président (M. Montigny) : Merci beaucoup, Mme la ministre. Et, merci,
M. Sabia. Vous pouvez continuer.
M. Sabia
(Michael) : Merci bien. Troisièmement, il faut accélérer et simplifier
les autorisations. Soyons clairs, être efficaces ne veut pas dire être
moins rigoureux. Nous sommes complètement 100 % engagés envers le
processus du BAPE, sans exception, mais il faut optimiser d'autres processus.
Je vais vous donner un exemple concret, les dédoublements entre le processus
des gouvernements du Québec et du Canada. Mon... Mon message est très
simple : Entendez-vous pour simplifier, notre objectif collectif est plus
important que les débats stériles de juridiction. Il y a beaucoup de défis et d'enjeux complexes à
adresser, mais il faut le faire. Et pourquoi? Parce que ça va nous donner les
choix, et surtout pour les générations à venir, des choix pour, numéro un,
décarboner et protéger notre environnement, pour créer de la richesse
collective, pas pour une entreprise, mais pour la prospérité de tous les
Québécois, et pour renforcer notre sécurité et autonomie énergétique pour les
générations à venir. Merci bien.
Le
Président (M. Montigny) : Je vous remercie vraiment pour votre exposé. Nous
allons maintenant commencer la période d'échange. Mme la ministre, merci
d'avoir partagé un peu de votre temps. Je vous donne maintenant la
parole.
Mme Fréchette : Merci beaucoup, M.
le Président. J'aimerais saluer le chef de l'opposition officielle. Merci pour
votre présence. Et merci également au PDG d'Hydro-Québec d'avoir pris part à
ces consultations, un partenaire central pour le gouvernement, central au
développement qui nous attend. Alors, merci beaucoup, M. Sabia.
J'aimerais vous entendre davantage sur, en fait,
en quoi le projet de loi n° 69 va vous permettre de mieux répondre à la demande d'électricité de la part des
Québécois, de la part des clients qui sont établis au Québec, en quoi
est-ce que ce projet de loi amène une amélioration de la donne pour vous, pour
Hydro-Québec.
M. Sabia
(Michael) : Donc, Mme la ministre, donc, essentiellement,
trois choses. Comme je disais, la flexibilité pour mieux utiliser les
tarifs, pour réaliser un niveau d'efficacité énergétique beaucoup plus
important, ça fait partie de notre plan. Et essentiellement ça représente
essentiellement... équivalent à 3 500 MW, donc beaucoup, beaucoup de
puissance. Donc, cette flexibilité pour encourager, pour utiliser les tarifs de
façon plus créative et, honnêtement, franchement,
plus moderne, ça, c'est une chose extrêmement importante, parce que
l'efficacité énergétique est au coeur de la réponse aux défis auxquels
nous faisons face. Ça, c'est numéro un.
Numéro deux, c'est tout le processus
d'approvisionnement. Actuellement, le processus d'approvisionnement, c'est
beaucoup, beaucoup trop rigide. Nous n'avons pas accès aux options dont nous
avons besoin.
Et troisième élément, et, selon moi, c'est
incroyablement important, c'est la question de notre capacité d'utiliser la
valeur de nos installations, soit hydroélectriques, soit en partenariat pour
les parcs... éoliens, de partager cette richesse avec les municipalités et, bien
sûr, avec les Premières Nations et les Inuits du Québec. Parce que, selon nous, ça, c'est la clé à la question
d'acceptabilité sociale. Et donc la seule façon dans laquelle nous allons
répondre à ce grand défi de décarbonation et de prospérité, il faut avoir
le niveau d'acceptabilité sociale nécessaire, et donc la capacité de... et la
loi nous donne cette capacité de créer des partenariats. Nous avons déjà, par
exemple, annoncé un partenariat extrêmement important avec deux communautés,
deux Premières Nations pour un développement qui s'appelle
Chamouchouane, et ça représente 3 000 MW, parc éolien avec un haut
niveau d'acceptabilité sociale. Donc, ça,
c'est essentiellement... c'est le prérequis de notre succès. Donc, cette
question de plus grande flexibilité pour créer, pour structurer des
partenariats, c'est fondamentalement important.
Mme Fréchette : Merci. J'aimerais
vous entendre également sur ce que vous voyez comme potentiel pour le Québec en
termes de positionnement à l'échelle internationale, considérant les ressources
énergétiques que l'on a, l'expertise que
l'on a, les leviers dont on disposera avec le projet de loi 69. Alors, comment
est-ce que vous voyez que ça puisse évoluer, notre positionnement, dans
le... dans le contexte de la transition énergétique?
M. Sabia (Michael) : «Well», ça,
c'est une question. Donc, le... Nous avons, oui, devant nous une occasion
incroyablement importante. Et, selon moi, franchement... Et maintenant je...
Mes idées n'ont pas changé depuis mes années à la Caisse de dépôt. Nous avons
devant nous maintenant au Québec potentiellement la plus grande occasion pour
la création, le développement d'une autre époque de prospérité pour les jeunes
Québécois. Et, oui, il faut fondamentalement... il faut garder les tarifs bas
pour le résidentiel. Ça, c'est fondamental, absolument fondamental. Mais, ceci
dit, nous avons, grâce à Lesage, et Bourrassa, et Lévesque... nous avons et...
une capacité installée qui est tellement importante, à un prix qui est
extrêmement bas, que ça nous donne une occasion d'avoir et de retenir un coût
moyen qui est, dans l'échelle internationale, extrêmement bas. Ça représente un
avantage compétitif, pour l'avenir du Québec, qui est extrêmement précieux.
• (10 h 20) •
Donc, la question devant nous, à Hydro-Québec,
et la question, je pense, devant vous et certainement au sein du gouvernement,
est : Quelle est la meilleure façon de capitaliser sur cet avantage
compétitif? Oui, avec... garder les taux bas pour le résidentiel, mais
également de décarboner le Québec, parce que ça, c'est primordial, il faut le
faire, et également pour développer la décarbonation de nos industries
existantes, qui sont déjà ici. Et honnêtement, honnêtement, cartes sur table,
je pense que, dans l'allocation des mégawatts jusqu'à date, les industries
existantes ici n'étaient pas peut-être... la réponse n'était pas suffisamment
importante à leurs demandes et... Je pense qu'il faut rebalancer des choses. Mais également, avec cette quantité d'énergie
propre, nous avons une ressource qui est tellement précieuse maintenant
que, bien gérée, et je me répète, donc je vais m'arrêter... mais qui pourrait
ouvrir sérieusement des décennies de prospérité pour les jeunes Québécois.
Donc, selon moi, la question est primordialement importante.
Mme Fréchette : Je partage
pleinement votre... votre vision du grand potentiel qu'offre le...
M. Sabia (Michael) : Mais il faut
que ce soit bien géré.
Mme Fréchette : Oui. Et bien prévu.
Et quel rôle voyez-vous, justement, dans ce contexte-là, au PGIRE, au plan de
gestion intégrée des ressources énergétiques? Est-ce que, pour vous, c'est un
élément clé de cette préparation à ce développement?
M. Sabia (Michael) : Oui,
certainement, c'est un élément. Et je dis ça parce que... Et je reviens à un
principe de base, de mon point de vue, et ça, c'est la question d'acceptabilité
sociale. Et donc, pour saisir les occasions qui sont devant nous maintenant en termes de décarbonation, en termes de
prospérité, il faut travailler, il faut encourager une conversation
nationale sur l'avenir de l'énergie. Et, je pense, le bienfait, le PGIRE
pourrait nous donner une occasion d'avoir cette conversation nationale dont
nous avons besoin. Dans ce sens, dans ce sens, je pense que le PGIRE pourrait contribuer à l'acceptabilité sociale de
ce grand processus de la transition énergétique qui est... qui est devant nous.
Mais, comme je disais il y a quelques... quelques minutes, il faut éviter les
risques de... bureaucratisation. Oui.
Mme Fréchette : Je partage également
cet autre... cet autre constat.
Bon, on l'a vu, Hydro-Québec était d'avis qu'il
y avait des surplus énergétiques il y a quelques années à peine, et
aujourd'hui, bon, on constate qu'il faut développer grandement la production
énergétique pour répondre à l'ensemble de la demande. Qu'est-ce qui a expliqué
pour vous ce changement de donne en un temps relativement rapide? Et est-ce qu'Hydro-Québec avait prévu
adéquatement, dans le fond, l'évolution de la demande? Donc, j'aimerais vous
entendre sur ces dimensions-là.
M. Sabia (Michael) : Oui. Quelques
points. La réponse simple, la réponse courte. Qu'est-ce qui est arrivé? Le
changement climatique est arrivé. Ça, c'est ma réponse courte. Mais je pense,
probablement, il faut creuser un peu. Donc,
mais c'est la même chose, nous voyons la même chose à travers le monde. Dans la
grande majorité des pays de l'Occident, tout le monde maintenant sont en train
d'essayer de doubler leur capacité, de doubler la capacité de leurs
systèmes énergétiques d'ici 2050. Donc, c'est quelque chose qui est bien connu
maintenant essentiellement à travers le monde.
Donc, les
choses qui ont changé. Je vais vous donner juste... juste quelques exemples.
D'abord, et c'est évident, une explosion de la demande. Quelques
chiffres : ici, au Québec, entre 2018 et 2021, 2022, les véhicules
électriques, la demande pour la... pour la puissance a augmenté juste
14 MW, 14 MW. Mais, entre 2025 et 2035, la demande va augmenter de 2 800 MW. Et donc c'est un
changement énorme dans une très courte période du temps. Et soyez clairs :
oui, il y a un ralentissement ailleurs dans le monde dans la demande... de la
demande pour les véhicules électriques, mais pas ici, mais pas au
Québec.
Un autre exemple, acier
vert, la production d'acier vert qui demande beaucoup, beaucoup de puissance.
Il y a cinq ans en Europe, les usines: zéro, zéro, maintenant, 38, donc une
explosion.
Un autre exemple, chose importante, une
catégorie importante, l'évolution des technologies. Prenez... intelligence artificielle. C'est une chose très,
très, très intéressante, avec beaucoup de potentiel, également certains
dangers, mais quand même. Le... Mais une activité de recherche sur
Google qui demande une application d'intelligence artificielle demande
10 fois la puissance d'une activité de recherche qui ne... qui ne demande
pas intelligence artificielle. Donc, le développement de cette technologie
extrêmement sophistiquée, intelligente, en fait, a augmenté 10 fois la
demande des sociétés comme Google, Microsoft et les autres. Donc, beaucoup de
choses a changé, la demande a changé, les technologies a changé.
Et, pour répondre directement à vos commentaires
à la fin de votre question, et je ne peux pas expliquer pourquoi parce que je
ne sais pas, mais, dans le passé, Hydro-Québec, nous avons utilisé une
estimation de la croissance économique au Québec qui n'était pas, selon moi,
une estimation raisonnable. Parce que l'estimation était à zéro croissance économique, qui, selon moi...
qui n'a pas de sens. Donc, maintenant, nous avons ajusté nos estimations
de la croissance économique, et donc ça
contribue évidemment à la demande... à la demande pour... pour la puissance.
Donc, longue
réponse, mais plusieurs choses a changé et plusieurs choses sont en train de
changer à travers le monde.
Mme Fréchette : ...du temps? Il reste
deux minutes. Merci de la réponse très éclairante. C'est un chantier énorme,
là, qui se dessine devant nous en matière d'énergie. Comment est-ce que vous
voyez cette opportunité-là pour le développement des régions du Québec?
M. Sabia (Michael) : Oh! selon
moi... Vous avez juste un autre deux minutes?
Mme Fréchette : Oui,
malheureusement.
M. Sabia (Michael) : Ah! donc, vous
ne pouvez pas poser une question de cette ampleur et juste donnez-moi
30 minutes...
Mme Fréchette : Vous pourrez y
revenir avec les collègues peut-être.
M. Sabia (Michael) :
...30 secondes pour répondre. J'ai besoin de 30 minutes.
Mais ça soulève une autre question qui est
extrêmement importante. Nous avons... Nous avons, au Québec, une... des
ressources incroyablement importantes et pleines de potentiel. Et ça, c'est nos
ressources naturelles qui existent à travers le Québec et dans certaines
régions du Québec où il y a des concentrations importantes, donc un autre
élément de nos réflexions sur l'utilisation de l'énergie propre. Parce que,
quand je rencontre les PDG des sociétés importantes et des sociétés mondiales,
ils cherchent des occasions de faire des investissements dans les juridictions
où il y aura de l'énergie propre. Donc, ce n'est pas la question du bien-être
de l'entreprise, c'est la question de développement de nos régions et la
création de l'emploi pour les jeunes, pour les Premières Nations à travers le
Québec. Donc, nous avons encore une fois une occasion devant nous d'utiliser
l'énergie propre à un prix intéressant à l'échelle internationale comme un
instrument de développement, et la création de l'emploi, et la création de la richesse dans les régions du
Québec. Et donc ça représente un levier, selon moi, extrêmement important
et extrêmement intéressant.
Je peux continuer, mais je ne veux pas prendre
trop de temps parce que...
Mme Fréchette : Un immense merci.
Oui.
Le Président (M. Montigny) : Merci.
En conclusion.
M. Sabia (Michael) : Mais il y a
toutes sortes d'occasions de créer des chaînes d'approvisionnement...
Le Président (M. Montigny) : En
terminant.
M. Sabia (Michael) : OK.
Le Président (M. Montigny) : Merci
beaucoup.
Mme Fréchette : Merci beaucoup, M.
Sabia.
M. Sabia (Michael) : J'ai reçu le
message, j'ai reçu le...
Le
Président (M. Montigny) : Merci, Mme la ministre. Maintenant, il est temps
de céder la parole à la députée de Saint-Laurent. Merci.
M. Sabia (Michael) : Et maintenant
je vais céder la parole à mes collègues.
Mme Rizqy : Merci
beaucoup, M. le Président. Bonjour, Mme la ministre, et félicitations pour
votre nomination dans vos nouvelles fonctions. Et évidemment vous pouvez
compter sur notre apport pour la démarche que vous envisagez de faire, mais nous allons poser énormément de questions parce
qu'il s'agit ici d'une réforme qui est quand même assez importante et
volumineuse.
• (10 h 30) •
Maintenant, je me
tourne vers nos invités. M. Michael Sabia, bonjour et bienvenue à vos... à
votre équipe. Vous avez dit d'entrée de jeu, et je vous cite : «Parlons
des vraies choses.» Parfait. Alors, je serai directe. Vous avez dit, et je vous
cite : «Les tarifs [...] et en créer des nouveaux, tout en étant», et vous
dites exactement qu'il n'y aura pas de
hausse de tarifs résidentiels, «seront limités à 3 %», mais vous ne dites
pas pour combien de temps. Pouvez-vous nous dire jusqu'à quand ils
seront limités jusqu'à 3 %?
M. Sabia (Michael) : Selon nos estimations et
tous les scénarios que nous avons utilisés comme une supposition, selon nous,
le 3 % est... et maintenant je parle de juste nos analyses que... nous
avons adopté le 3 % comme c'est quelque chose qui continue dans
l'avenir.
Mme Rizqy : Mais,
pas plus tard qu'en septembre 2023 dans un enregistrement obtenu par Radio-Canada,
vous avez dit devant vos employés qu'il y aura une hausse du tarif
d'électricité résidentiel. Qu'est-ce qui a changé?
M. Sabia
(Michael) : Répétez ça.
Mme Rizqy : Il
y avait un article, qui date du 25 octobre 2023, Radio-Canada a obtenu un
enregistrement : «Michael Sabia aurait dit à ses employés, en septembre
dernier, qu'il fallait augmenter les tarifs d'électricité.»
M. Sabia (Michael) : Oui, oui, mais 3 %.
Oui, tout à fait. Et, pour le commercial et industriel, entre 4 % et 5 %.
Ce sont des hausses.
Mme Rizqy : OK. Vous, en 2026, est-ce
que vous pensez que c'est soutenable que ce soit encore 3 % ou non?
M. Sabia
(Michael) : Oui.
Mme Rizqy : Ah oui? Et pourquoi que, déjà, pour cette année,
vous dites que votre coût est à 3,9 %? Qui vous compense
présentement?
M. Sabia
(Michael) : Non, mais la question, c'est comment le système
fonctionne...
Mme Rizqy : Non,
non, s'il vous plaît, ne pas reformuler mes questions, parce qu'elles sont
précises, parce que je veux vraiment qu'on parle des vraies choses. En ce
moment, les Québécois veulent vraiment savoir. Moi, ma question, c'est votre coût de revient. Si ça vous coûte 3,9 % à
produire, mais que c'est limité à 3 %, le 0,9 %, c'est qui qui
le finance pour vous, Hydro-Québec?
M. Sabia
(Michael) : Donc, c'est... indirectement, vous soulevez la question du
principe d'interfinancement.
Mme Rizqy : Non,
ma question, c'est vraiment de savoir qui compense le 0,9 %.
M. Sabia
(Michael) : Non, non, je suis en train d'essayer de répondre à vos
questions. Parce que, quand vous dites ça... La question, ce n'est pas
seulement la question de... le coût de production au... moyenne à travers
l'ensemble de nos activités, mais il y a un processus d'interfinancement, et
ça, c'est le pacte social qui existe depuis longtemps ici, au Québec. Et donc
il y a, oui, un interfinancement qui existe entre le commercial, l'industriel
et le résidentiel. Et, dans le contexte de
ce programme... de cet élément d'interfinancement, nous avons la capacité de
garder les tarifs, les augmentations tarifaires pour les clients résidentiels,
à 3 % et également de garder, de façon concurrentielle, les autres
à l'échelle internationale.
Mme Rizqy : Moi,
je vous parle vraiment du résidentiel, vraiment résidentiel. Vous me dites que
vous avez la capacité. Or, le projet de loi fait la création d'un fonds d'aide
financière pour limiter l'impact de la hausse des tarifs de distribution d'électricité d'Hydro-Québec pour la clientèle
domestique. Donc, si je comprends bien, ce fonds d'aide, c'est pour vous
compenser pour le véritable coût de production.
M. Sabia (Michael) : Donc, cette question...
Vous soulevez une question intéressante. Il y a plusieurs... Selon nous,
il y a... et, en fin de compte, c'est la décision du gouvernement. Mais, sur la
question de le fonds de... pour compenser Hydro-Québec pour le 3 %, il y a
pas mal de façons d'arriver à la même place. Donc, honnêtement, c'est peut-être
impertinent de ma part, mais, je pense, une des choses que ce comité devrait
examiner, c'est la question d'est-ce que ça,
c'est le meilleur mécanisme, est-ce qu'il y a d'autres options. Chez nous, à
Hydro-Québec, nous avons essentiellement un esprit ouvert à cette
question.
Mme Rizqy : Bien,
vous, vous êtes ouvert, mais il y a quelqu'un qu'il faut qu'il paie. Puis moi,
j'essaie de savoir c'est qui qui paie. Et M. Pierre Fitzgibbon a dit, en
entrevue de sortie, après se faire... démissionné, il a dit : Ça va être
soit moins de redevances de la part d'Hydro-Québec, donc ça veut dire moins
d'argent pour le ministre des Finances, ou il parlait aussi du fonds d'aide.
Donc, nécessairement, le fonds d'aide, ça vient du gouvernement, ça vient d'une
poche. Puis la dernière fois que j'ai regardé, ceux qui paient des impôts, ce
sont les Québécois.
M. Sabia (Michael) : Oui, mais...
Oui, tout à fait.
Mme Rizqy : Bon, parfait. Merci.
Alors, on a réussi à avoir la réponse. Maintenant, vous avez dit tantôt, puis
je veux vraiment... ça m'a fait un petit peu sourciller, et je veux juste être
certaine d'avoir bien compris de votre part, vous avez dit que les entreprises
d'ici n'ont pas obtenu leur juste part dans l'octroi des mégawatts pour les
projets industriels. C'est bien ça que vous avez dit?
M. Sabia (Michael) : Je pense que
oui, si je me souviens bien, il y a cinq minutes.
Mme
Rizqy : OK. Donc, si je comprends bien, vous êtes d'accord
que, pour vous, les entreprises québécoises n'ont pas eu leur juste part
pour les mégawatts?
M. Sabia (Michael) : C'est une
question, mais, selon nous...
Mme Rizqy : Ah! bien, c'est correct,
vous avez répondu.
M. Sabia (Michael) : Mais, selon
nous, honnêtement, cartes sur table...
Mme Rizqy : Oui, honnêtement,
toujours, oui.
M. Sabia
(Michael) : ...oui, cartes sur table, oui, je pense que,
jusqu'à date, le gouvernement a mis beaucoup, beaucoup d'accent sur les
nouvelles entreprises. Et donc ça revient à la question d'équilibre entre
décarbonation et les nouvelles industries ou la croissance économique. Et donc
est-ce que nous avons, actuellement, l'équilibre dont nous avons besoin pour l'avenir
entre décarbonation et croissance économique? Nous avons dit, dans notre plan
d'action, que notre objectif était 75 % décarbonation, 25 %
croissance. Est-ce que cette répartition, cet équilibre est reflété dans
l'ensemble des décisions, jusqu'à date, sur l'allocation des mégawatts? Ce
n'est pas tout à fait évident à moi. Mais
également nous cherchons, et je pense que nous allons travailler, dans
l'avenir, de façon plus étroite avec la ministre, avec le premier
ministre, sur l'ensemble de ces questions.
Mme
Rizqy : Merci beaucoup. Écoutez, le temps file, alors je
vais aller toujours de façon très directe, et parlons des vraies choses.
On soulève que ce...
M. Sabia (Michael) : Vous aimez la
phrase, évidemment.
Mme Rizqy : J'adore ça, oui.
M. Sabia (Michael) : Oui, moi aussi.
Mme Rizqy : Alors, dites-moi, on
parle que, beaucoup, ce projet de loi est un cheval de Troie pour la
privatisation d'Hydro-Québec. Et ma question, c'est la suivante. Parce que,
moi, vous comprendrez que je ne suis pas
ingénieure, je suis simplement fiscaliste. On me dit que 100 MW, c'est
quand même beaucoup, 100 MW. Et j'ai reçu copie d'un document de McKinsey qui parle d'options envisagées par
Hydro-Québec : «Accompagner Hydro-Québec dans l'optimisation du
modèle d'affaires touchant les petits aménagements de 100 MW et moins.» Et
une des options envisagées, c'est la vente.
Ce document date de juin 2021, donc c'est avant votre arrivée. Je veux
savoir : Est-ce que ce document qui a été fait par McKinsey, qui a
été soulevé chez vous, chez Hydro-Québec, est-ce que vous envisagez sincèrement la vente de certains petits
aménagements d'hydroélectricité, alors que nous sommes en déficit énergétique?
M. Sabia
(Michael) : OK. Donc, je vais vous donner deux... au moins
deux réponses à cette question. L'idée de privatiser le système
énergétique du Québec est une mauvaise idée.
Mme Rizqy : Merci.
M. Sabia (Michael) : Pas
juste une mauvaise idée, une très mauvaise idée. Et pourquoi? Parce que ce
n'est pas le moment, ce n'est pas du tout le
moment de penser à la question de privatiser, parce qu'étant donné... Là, je
reviens au principe de base, l'acceptabilité sociale. Donc, je pense...
Et un des messages que nous avons reçus lors de l'ensemble de nos consultations, les 90 rencontres, le message
était une grande ouverture de travailler avec Hydro-Québec comme une
institution publique. Et donc, pour le Québec, de laisser à côté le potentiel
d'une institution publique, en ce moment, étant donné l'ampleur du défi, ce
n'est pas juste une mauvaise idée, c'est presque stupidité. Donc, c'est une mauvaise idée. Et, honnêtement, dans vos analyses, vous
pourriez examiner le traitement de l'autoproduction, le traitement de Corporate
PPA, qui est dans le projet de loi...
Mme Rizqy : Alors, rapidement, moi, je veux savoir... Parce
que, oui, vous dites que c'est une mauvaise idée, mais il y a quand même
eu 2 millions de dollars qui ont été donnés pour ce projet à
McKinsey.
M. Sabia
(Michael) : Oui, mais ma deuxième réponse...
Mme Rizqy : Et
je veux savoir : Est-ce que, oui ou non, vous allez de l'avant? Parce
qu'il y a même eu une opinion juridique qui a été produite à l'interne sur ce
sujet.
Le Président (M.
Montigny) : ...
Mme Rizqy : Bien,
je pose la question.
Le Président (M.
Montigny) : Merci de laisser répondre.
M. Sabia (Michael) : La question, c'est... Par
exemple, il faut faire une distinction, madame, entre privatisation et
partenariat. Je vais vous donner un exemple. Nous sommes dorénavant chefs,
maîtres d'oeuvre pour les parcs éoliens et le développement des grands parcs
éoliens. Est-ce que nous pourrions travailler en partenariat avec un
fournisseur, un développeur...
Le Président (M.
Montigny) : ...conclusion.
M. Sabia
(Michael) : ...avec beaucoup d'expertise?
Le Président (M.
Montigny) : En conclusion.
M. Sabia
(Michael) : Ça, c'est un partenariat, ce n'est pas privatisation.
Mme Rizqy : Ici,
je vous parle de vente...
Le Président (M. Montigny) :
Je suis désolé, le temps est écoulé...
Mme Rizqy : ...d'aménagements...
Le Président (M.
Montigny) : Votre temps est écoulé.
Mme Rizqy : ...de
barrages.
Le Président (M.
Montigny) : Mme la députée, votre temps est écoulé, je suis désolé.
J'ai maintenant le devoir de céder la parole au député de Maurice-Richard.
• (10 h 40) •
M. Bouazzi : Merci,
M. le Président. Bien, rapidement, peut-être : Est-ce qu'Hydro-Québec
s'engage à ne pas vendre les barrages de moins de 100 MW?
M. Sabia
(Michael) : Donc, pour l'instant, en ce moment, la réponse est non.
Est-ce que ça pourrait arriver dans l'avenir? Je ne vais pas vous donner une
garantie, mais, pour l'instant, non.
M. Bouazzi : Merci.
Vous avez parlé de l'augmentation de la consommation d'électricité. Vous avez
dit que, pour les voitures, par exemple... que, d'ici 2035, on passerait de
1 700 MW. C'est à peu près la quantité d'électricité que M.
Fitzgibbon a distribuée, en 18 mois, à des multinationales étrangères.
Est-ce que... Et sachant que cette électricité-là été distribuée à une moyenne
du tarif L de 0,053 $ le kilowattheure et que vous avez déclaré vous-même
que la nouvelle électricité nous coûterait plus que 1 $... 0,11 $ le
kilowattheure, donc plus que 100 % plus cher... Là, on est loin des
4 %, 5 % d'augmentation. Donc, 0,11 $ moins 0,053 $, on
s'entend que c'est beaucoup. Comment est-ce
qu'on peut garantir que l'augmentation va rester à 3 %? On parle de
100 % plus cher pour la nouvelle électricité. Qui paie pour la
différence?
Parce que moi, je
vous entends. Moi, c'est l'ingénieur en moi qui parle, là, j'ai du mal à
comprendre les chiffres. Si on a débloqué... Juste pour Northvolt, là, c'est la
moitié de la production d'énergie de La Romaine. Ça a pris 11 ans de faire
cette compagnie-là. Déjà, La Romaine produit à plus que 0,05 $ le
kilowattheure, la nouvelle électricité, à 0,11 $, et les 2 700 MW qu'on a distribués
aux multinationales en 18 mois vont payer 0,053 $ en moyen le
kilowattheure actuellement. Comment on arrive à avoir une équation qui fait que
les Québécois ne vont pas payer pour tout ça?
M.
Johnson (Mathieu) : Il faut garder en tête que la production marginale
va s'ajouter à notre bloc patrimonial puis...
M. Bouazzi : Donc, ils vont avoir
accès au bloc patrimonial de par les contrats qui ont été signés sur les
18 derniers mois?
M. Johnson (Mathieu) : Bien, la
façon que les tarifs sont faits au Québec, c'est que, marginalement, oui, la
production coûte plus cher.
M. Bouazzi : Je vous entends.
M. Johnson (Mathieu) : Par contre,
on fait des tarifs basés sur notre coût total d'approvisionnement, notre coût
moyen.
M. Bouazzi : C'est clair.
M. Johnson (Mathieu) : Donc, c'est
ce qui nous permet de garder des hausses de tarifs dans le temps qui sont
raisonnables. Et il faut aussi garder en tête que l'ensemble des ajouts de
production...
M. Bouazzi : Je comprends, je
comprends votre...
Le
Président (M. Montigny) : Pour le bénéfice de tous, voulez-vous vous
présenter, et votre nom, votre titre?
M. Johnson
(Mathieu) : Mathieu Johnson, vice-président principal, Éolien,
recherche et parquet de transactions.
Le Président (M. Montigny) : Merci
beaucoup. Allez-y, M. le député.
M. Bouazzi : Je
comprends. Donc, on va... Bien, je vais aller très vite sur ma deuxième
question. Vous avez dit, en période de crédits, que le privé... la
production du privé ne comptait pas dans les 180 TW que nous devions...
térawattheures que nous devions produire dans les 26 prochaines années. Ça
équivaut à à peu près 20... équivalent 20 fois la production de La
Romaine. Et vous avez dit que vous aviez besoin de
35 000 travailleurs de plus, qui est le risque numéro un que vous
avez mis dans votre dossier. Est-ce que le fait que ce projet de loi permet la
vente du privé au privé, là, à l'extérieur
de votre réseau vient apporter un risque, étant donné que ça va prendre des
travailleurs?
M. Sabia (Michael) : Il y a...
Le Président (M. Montigny) : ...
M. Sabia (Michael) : Donc, le...
avec l'autoproduction et, potentiellement, Corporate PPA, il y a toujours un
risque de cannibalisation, parce qu'un travailleur qui travaille sur un projet
de Corporate PPA...
M. Bouazzi : Donc, ça augmente le risque.
M. Sabia
(Michael) : ...n'est pas
disponible pour les projets d'Hydro-Québec. Donc, il y a toujours un risque.
Et même, ceci dit...
Le Président (M. Montigny) : Merci.
En conclusion.
M. Sabia (Michael) : ...la loi, et
je pense que vous devriez examiner ça...
Le Président (M. Montigny) :
Merci...
M. Sabia (Michael) : ...il y a un...
c'est assez bien encadré dans la loi.
Le Président (M. Montigny) : Merci.
En conclusion... Merci. Alors, maintenant, je cède la parole au député de
Jean-Talon.
M. Paradis : Très bien. Sur les
tarifs, vous nous dites : Il n'y aura pas de hausse pour le secteur
résidentiel. Mais en réalité le projet de loi n° 69 institue un fonds, par
la loi, concernant un programme d'aide financière visant à limiter l'impact de la hausse des tarifs de
distribution d'électricité, qui va être... ce fonds va être... il va y avoir de
l'argent dedans par la voie des
contribuables. Donc, c'est les gens, c'est les Québécois et les Québécoises qui
vont payer pour ça.
Vous nous avez dit : Bien, il y a des... Il
y a un programme important d'investissement, au Québec, à faire pour produire de l'énergie. Et on a dit :
Bien, on est passé d'un surplus, en quelques années, à un déficit de production
d'énergie. Et là vous nous avez parlé des
changements climatiques, de l'augmentation de la demande, de l'intelligence
artificielle, de
Google, de l'acier vert. Mais ça, c'est des phénomènes à très long terme.
Qu'est-ce qui fait qu'en quelques années on est passé d'un surplus à un
déficit?
J'aurais cru que j'allais vous entendre parler
du gouvernement qui est parti... c'est le premier ministre qui nous l'a dit, là, en Chambre, il est parti avec sa
petite valise vendre notre électricité à l'étranger. Est-ce que la politique du
gouvernement du Québec a un impact sur le fait qu'on est passé de surplus à un
déficit? Parce que les autres phénomènes dont vous nous avez parlé, c'est des phénomènes à long terme. Ça
n'explique pas que les prévisions d'Hydro-Québec aient radicalement
changé sur une période très courte.
Le Président (M. Montigny) : ...
M. Sabia (Michael) : Combien?
Le Président (M. Montigny) : ...
M. Sabia
(Michael) : Donc, vous avez dit : Pas d'augmentation
résidentielle. J'ai dit : 3 %. Il y a une différence importante, très importante, parce que c'est
trois, trois, trois. OK. Donc, ça, c'est numéro un. La question... vous avez
raison les tendances lourdes, les... l'évolution de technologie, c'est quelque
chose qui a... avec des conséquences à très
long terme, vous avez raison. Mais également nos estimations de la demande,
également, sont focalisées à moyen et à très long terme, et c'est la raison
parce que c'est absolument... c'est nécessaire parce que ça demande beaucoup de
temps pour créer, pour bâtir, construire des
installations. Ça, c'est le travail de Claudine. Donc, il faut avoir une
perspective à long terme. Et donc nous parlons maintenant de notre
besoin...
Le Président (M. Montigny) : Merci...
Désolé. Merci beaucoup...
M. Sabia (Michael) : ...d'énergie à
plus long terme pour avoir le temps nécessaire...
Le Président (M. Montigny) : Merci...
M. Sabia (Michael) : ...pour
construire les installations.
Le
Président (M. Montigny) : Je vous remercie vraiment pour votre contribution.
Je suis désolé de vous couper la parole, mais merci pour votre
contribution aux travaux de la commission.
Je suspends les travaux quelques instants pour
permettre au prochain groupe de prendre place. Merci.
(Suspension de la séance à 10 h 48)
(Reprise à 10 h 51)
Le Président (M. Montigny) : Alors,
je souhaite maintenant la bienvenue aux représentants d'Énergir. Je vous
rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé, puis nous
procéderons à la période d'échange avec les membres de la commission. Donc, je
vous invite donc à vous présenter puis à commencer votre exposé. Merci.
Énergir
Mme Trudeau (Stéphanie) : M. le
Président, Mme la ministre, Mmes et MM. les députés de la commission, je suis Stéphanie Trudeau, je suis vice-présidente
exécutive Québec chez Énergir. Je suis accompagnée de mon collègue Marc-André
Goyette, vice-président Stratégie, finance et réglementation chez nous. Il nous
fait vraiment plaisir d'être ici aujourd'hui pour parler avec vous de cet
important et nécessaire projet de loi.
Comme vous le savez certainement, Énergir est le
principal distributeur gazier au Québec. On distribue 97 % du gaz naturel, on distribue 15 % de
l'ensemble de l'énergie qui est consommée au Québec à travers un réseau de plus
de 11 000 kilomètres.
Au cours des dernières années, l'impératif de la
décarbonation et de la lutte aux changements climatiques s'est imposé, avec
raison, dans la façon dont on gère l'énergie. Elle doit maintenant s'imposer
dans la façon dont on planifie les systèmes énergétiques québécois. La gestion
de l'énergie ne doit plus être envisagée de manière isolée, ni seulement selon une logique purement économique.
Les paramètres ont changé, le contexte a changé. Ça met du même coup en
lumière que le contexte réglementaire est vraiment limité.
C'est
pourquoi, selon nous, le projet de loi n° 69 est une clé de
voûte pour bâtir un avenir énergétique prospère pour le Québec. On considère
que la proposition de modernisation va vraiment dans la bonne direction et
permettrait de répondre à plusieurs importants défis qui nous attendent
en matière de transition énergétique.
C'est d'ailleurs pour répondre à ces défis-là
qu'Énergir s'est doté, il y a plus de quatre ans déjà, d'une ambitieuse vision de décarbonation qui vise une
croissance... une décroissance, pardon, extrêmement importante des volumes de
gaz naturel fossile que l'on distribue et aussi qui nous permettra d'offrir des
services énergétiques durables à nos clients. À notre avis, le PL n° 69 instaurerait des conditions favorables à la
réalisation de nos ambitions de décarbonation et à la
mise en place d'un système énergétique durable capable de répondre à la
demande, ce qui est très important.
Si vous avez eu la
chance de feuilleter notre mémoire, vous avez vu qu'il comprend deux grandes
sections, les éléments essentiels pour la
transition énergétique puis certains amendements visant à clarifier la portée
et l'interprétation de certains articles.
Aujourd'hui,
Marc-André et moi, ce qu'on va faire, c'est essentiellement survoler la
première section, qui est divisée en trois
piliers : premièrement, améliorer la gouvernance du système énergétique
québécois; dans un deuxième temps, accélérer le déploiement de la
filière du gaz de source renouvelable — vous nous entendrez dire
«GSR» pour être plus rapide; assurer la
complémentarité, la diversification et la résilience des réseaux énergétiques.
On va donc passer brièvement, rapidement, à travers ces trois piliers-là
et vous exposer les amendements que l'on souhaiterait voir au projet de loi.
Marc-André.
M. Goyette
(Marc-André) : Merci, Stéphanie. Bonjour, M. le Président. Bonjour,
Mme la ministre. Selon nous, pour réussir la
transition énergétique, il est impératif de brosser un portrait qui est clair
et à long terme du système énergétique québécois. En ce sens, il faudra définir
et surtout étudier différentes trajectoires de décarbonation de la
société, le tout en évaluant comment les sources d'énergie, les technologies
peuvent amener de la valeur aux divers usages, aux divers marchés dans
l'écosystème énergétique du Québec.
Cet exercice devrait
également permettre une meilleure coordination entre les distributeurs
d'énergie de manière à maximiser
l'utilisation des réseaux énergétiques, au Québec, dans le but de minimiser les
coûts sociétaux de décarbonation, de maintenir la compétitivité de nos
entreprises et, bien sûr, d'assurer la résilience de notre système énergétique dans un contexte où, comme vous le
savez, les événements climatiques extrêmes sont de plus en plus fréquents.
C'est ainsi
qu'Énergir salue l'intention du gouvernement de répondre à cette nécessité avec
l'élaboration prévue du plan de gestion
intégrée des ressources énergétiques, le PGIR. En mettant en commun l'expertise
et les informations dont disposent les distributeurs d'énergie et le
gouvernement, un portrait juste et complet de notre système énergétique pourra être dressé. Le PGIR peut et doit devenir la
pierre angulaire de la gouvernance du système énergétique au Québec.
Nous sommes également
d'avis que la réduction et l'optimisation de la consommation énergétique
devraient prendre une place plus grande dans
le projet de loi en étant centrales et priorisées dans la planification de nos
ressources énergétiques. Tel que reconnu dans les grandes trajectoires
mondiales de décarbonation, l'efficacité énergétique est la première mesure qui devrait être valorisée.
Énergir le reconnaît en faisant de cette... de cette mesure, pardon, un pilier
central de notre vision de décarbonation. Il convient alors de reconnaître et
d'affirmer sans équivoque la place prépondérante que doit jouer l'efficacité
énergétique dans une planification intégrée de nos ressources énergétiques.
Nous recommandons
également un amendement afin que le ou la ministre, s'il modifie ou elle
modifie le PGIR au cours de la période de six ans, soit tenu de consulter les distributeurs,
comme c'est le cas, d'ailleurs, lors de l'élaboration du plan. Cette
consultation est primordiale à nos yeux pour assurer une vision long terme
commune au gouvernement et aux distributeurs et afin d'assurer la pleine
complémentarité des réseaux énergétiques.
Plus largement,
Énergir salue également l'arrimage entre l'ensemble des politiques qui
encadrent maintenant le secteur énergétique. Cette cohérence s'ajoute,
d'ailleurs, à l'article 5 de la Loi sur la Régie de l'énergie prévu au projet de loi n° 69,
affirmant que la régie devra respecter les orientations du PGIR dans l'analyse
des dossiers et, bien sûr, dans les décisions qu'elle rendra.
Vous le savez, la
vision d'Énergir s'articule d'abord par une réduction significative des volumes
qu'on distribue en concentrant ces volumes dans des usages à haute valeur
ajoutée pour l'écosystème énergétique du Québec,
par exemple pour répondre aux besoins de pointe, comme outil de stockage
saisonnier, et afin de décarboner des usages qui sont plus difficiles,
voire impossibles à électrifier. En parallèle, Énergir intègre progressivement
de plus en plus de gaz de source renouvelable pour remplacer le gaz naturel
fossile restant.
Bien que le Québec
actuellement se distingue avantageusement bien sur la scène nord-américaine par
ses politiques publiques novatrices et nombre important de projets en
développement, des mesures supplémentaires doivent être prises pour accélérer
le déploiement de la filière du gaz de source renouvelable au Québec, et ce,
autant au niveau de l'offre que de la demande.
Pour réduire les
freins empêchant le plein déploiement de la filière, le projet de loi propose
plusieurs avancées, d'ailleurs, que nous saluons. Tout d'abord, du côté de la
demande, le projet de loi n° 69 ouvre la possibilité de vendre le gaz de
source renouvelable à un prix qui est distinct du coût d'acquisition pour
différents types de clientèle, ce qui nous
donne, à Énergir, davantage de flexibilité commerciale pour faire pénétrer
cette solution de décarbonation dans les marchés à plus haute valeur
ajoutée pour l'écosystème énergétique du Québec. Ensuite, le projet de loi
permet également d'utiliser les revenus qui sont générés par les ventes
d'unités de conformité créées en vertu du règlement fédéral sur les carburants
propres de manière à réduire le coût du gaz de source renouvelable pour la
clientèle.
Donc, ces deux
mesures, nous en sommes convaincus, permettront d'accroître significativement
l'intérêt pour la clientèle du gaz de source renouvelable.
Maintenant, du côté
de l'offre, les mesures prévues au projet de loi devraient favoriser
l'émergence d'un plus grand nombre de projets de production de gaz de sources
renouvelables en permettant un meilleur partage des coûts de raccordement entre les producteurs et la
clientèle générale d'Énergir. Comme vous le savez, en plus de son rôle dans la
décarbonation de l'économie, le gaz de source renouvelable produit au Québec
permet d'attirer des investissements importants en région, de créer des
emplois qui sont bien rémunérés, de stimuler une économie circulaire locale, en
plus, bien sûr, de contribuer à réduire la dépendance énergétique du Québec.
Mme
Trudeau (Stéphanie) : Plusieurs articles du projet de loi nous...
pourraient nous permettre de diversifier les solutions énergétiques que l'on offre à notre clientèle. On a autour
de 215 000 clients. Les articles 79.1 et les suivants
nous permettraient en effet, comme distributeur, de nous soustraire à ce qu'on
appelle l'obligation de desservir en gaz naturel par canalisation dans la
mesure où on pourrait démontrer au gouvernement et à la régie qu'on peut offrir
une autre option de desserte d'énergie renouvelable qui répond aux besoins du
client.
Les options de desserte prévues au projet de
loi, je vous les rappelle : boucle énergétique, GSR livré par camion et
aussi par conduite dédiée, comme, par exemple, ça pourrait être du GSR comme de
l'hydrogène. Énergir pourrait donc, au cas par cas, encore une fois, avec
l'accord du gouvernement et de la régie, proposer des nouvelles solutions énergétiques sobres en carbone à ses
clients et socialiser les coûts de construction liés à ces nouveaux actifs là.
Ça contribuerait à assurer la pertinence à long terme du réseau. Aussi, ça
permettrait de maintenir une masse critique de clients pour absorber les coûts
de gestion du réseau.
Bien entendu, ces nouvelles options là, comme la
transition énergétique, en soit, ça entraîne des coûts. On considère donc que le PL 69 devrait
reconnaître davantage cette réalité-là en l'abordant de façon, je dirais, plus
affirmative. En effet, le libellé actuel prévoit que l'inclusion de ces
nouveaux actifs là dans la base tarifaire ne doit pas avoir pour effet d'augmenter le tarif de distribution, ce qui
est malheureusement pratiquement impossible. Selon nous, il faut bien évidemment
limiter l'impact pour éviter une augmentation importante des tarifs de nos
clients, mais que l'impact soit nul, ça ne nous paraît pas vraiment réaliste.
Donc, on proposerait donc de modifier l'article
pour représenter cette réalité-là en indiquant que l'impact attendu sur le
tarif de distribution de gaz naturel des clients d'Énergir devra être
raisonnable et non nul.
En conclusion, le projet de loi constitue, selon
nous, une avancée très importante vers un cadre réglementaire beaucoup plus
flexible qui offrirait aux distributeurs de gaz naturel comme Énergir beaucoup
plus d'options pour réussir la décarbonation de leurs activités et de la
consommation de nos clients. Avec un projet de loi adopté, qui considère les amendements qu'on vous propose
aujourd'hui, on croit sincèrement que la régie et les distributeurs auraient
les coudées beaucoup plus franches pour réaliser une transition énergétique
réussie, et on pense que ça sera au bénéfice de toute la société.
Donc,
j'espère qu'on a respecté tout juste nos 10 minutes. Merci de votre
attention. Et on est ouvert aux échanges avec plaisir.
• (11 heures) •
Le Président (M. Montigny) : Merci
beaucoup de votre intervention. Alors, je vous remercie pour votre exposé.
Maintenant, nous allons commencer la période d'échange. Mme la ministre, je
vous cède la parole.
Mme Fréchette : Oui. Merci beaucoup
à vous deux. Merci de votre présence et d'avoir partagé votre vision à travers
le mémoire. Moi, j'aimerais vous entendre davantage sur la... le rôle que vous
voyez, la place que vous voyez pour le gaz naturel et pour le gaz naturel de
source renouvelable dans la transition énergétique. Est-ce qu'il y a un rôle de complémentarité? Et comment voyez-vous,
en fait, votre relation, également, dans ce contexte de transition
énergétique avec Hydro-Québec?
M. Goyette (Marc-André) : C'est une
question qui est tout à fait pertinente dans le contexte du projet de loi, Mme la ministre. Je voudrais... je vous
dirais, pardon, qu'il y a trois grands vecteurs de valeurs de notre... que notre
réseau peut amener à l'écosystème énergétique, l'énergie gazeuse.
Premièrement, répondre à la demande de pointe.
Donc, on a un réseau actuellement qui délivre, je vous dirais, approximativement,
9000 MW, l'équivalent de 9000 MW seulement dans les bâtiments,
8000 MW dans l'industriel. Donc, on est autour de 17 000 MW. Ça
fait que c'est beaucoup d'énergie. Et on a un réseau qui est déjà présent, prêt
à livrer cette énergie-là en période de pointe.
Un autre très grand avantage du gaz, de
l'énergie gazeuse, c'est sa capacité de stocker. On peut stocker des grandes
quantités d'énergie à des prix qui sont très, très compétitifs par rapport à
d'autres solutions. Donc, on peut stocker l'énergie l'été pour l'utiliser
l'hiver lorsque la demande est beaucoup plus importante.
Autre vecteur important, bien sûr, c'est la
décarbonation des usages qui sont difficilement électrifiables, voire non
électrifiables. Plusieurs de nos clients utilisent du gaz, actuellement,
naturel comme intrant de production ou à l'intérieur de procédés à très haute
température qui ne sont pas électrifiables. Donc, si on veut être capable de
décarboner ces usages-là, il faut passer par du gaz de sources renouvelables.
Finalement, on pense également que notre réseau
peut jouer un rôle très important en termes de résilience. Selon nous, ce ne
serait pas une bonne chose de reposer toute l'économie sur un seul réseau
énergétique alors qu'on a un réseau qui est bien, bien entretenu et surtout qui
est enfoui, donc, qui est beaucoup moins sensible aux grands événements
climatiques extrêmes qu'on vit de plus en plus.
Maintenant, comment on va faire ça comme
entreprise? Bien, comme je l'ai expliqué, c'est vraiment en diminuant nos volumes,
beaucoup d'efficacité énergétique, notre initiative de biénergie, concentrer
les volumes vraiment en pointe dans les usages difficilement électrifiables et,
progressivement, intégrer de plus en plus de gaz de sources renouvelables à nos
volumes.
Mme
Trudeau (Stéphanie) : ...ce que Marc-André vient dire est quand même
superimportant. À tort, certaines personnes peuvent penser que le plan
d'Énergir, c'est de prendre...
Aujourd'hui, nous, on
est désolés, on n'est pas en mégawatt, on est en bcf. Donc, on consomme
220 bcf de gaz au Québec. À terme, nous, on pense qu'en 2050 on va être la
moitié moins de ça. Alors ça, c'est très important. Donc,
ce qui va rester à verdir, ce n'est pas les volumes actuels. On ne cherche pas
à remplir... à remplacer une molécule de gaz fossile par le GNR. C'est d'abord
l'efficacité énergétique, réduction de 1 million de tonnes que l'on vise à
l'horizon 2030 ans. Ensuite, presque un autre demi-million de tonnes avec
la biénergie où on passe 70 % des besoins de chauffe de nos clients à nous
à Hydro-Québec et on garde seulement la pointe, ce qui a une belle valeur pour
Hydro-Québec, et ensuite on verdit.
Donc, le but n'est
pas de faire du un pour un. Donc, quand on nous demande : Est-ce qu'il va
manquer de gaz naturel renouvelable au Québec? La réponse, c'est non. Il ne
faut pas penser que l'on va prendre l'ensemble des volumes et les convertir. Dans le fond, c'est notre troisième solution
en importance : efficacité, électrification de ce qui fait du sens,
et ensuite verdissement.
Mme Fréchette :
Merci. Quant au PGIRE, bon, vous
avez souligné son importance pour le développement futur. Quel rôle voyez-vous
qu'Énergir puisse assumer dans le cadre de l'élaboration et de la mise à jour
du PGIRE?
M. Goyette
(Marc-André) : En fait, on est très content, d'ailleurs, de voir dans
le projet de loi le rôle qui est prévu par les distributeurs, c'est notre coeur
de métier. Donc, on est des énergéticiens, on connaît notre réseau, qui est un
réseau très important. Je vous ai donné un peu des valeurs tout à l'heure pour
l'exprimer. On a une très grande expertise également en modélisation
énergétique. Bien sûr, on s'est posé beaucoup de ces questions-là, déjà, de
notre côté pour en arriver avec notre vision
de décarbonation. Donc, c'est certain que c'est le genre de rôle qu'on veut
amener.
La façon qu'on voit
le PGIRE, c'est vraiment d'être capable de définir, d'étudier différentes
trajectoires de décarbonation, des
trajectoires davantage basées sur l'efficacité énergétique, la sobriété,
d'autres sur la complémentarité des réseaux, comment décarboner au
moindre coût et de voir comment les usages, les énergies comme le gaz naturel ou d'autres solutions peuvent amener de la valeur
à l'écosystème énergétique. Donc, on va s'intéresser aux besoins, on va
s'intéresser aux coûts, on va s'intéresser à la valeur de stockage, à la valeur
pour répondre à la demande de pointe, etc.
Et ce que ça va
permettre de faire, essentiellement, de notre point de vue, c'est d'être
capable de donner des orientations beaucoup
plus claires ensuite à la régie. Quand on va arriver, nous, avec un projet
d'investissement, un projet qu'on veut développer, bien la régie va pouvoir
apprécier, effectivement, si c'est en lien avec les orientations du PGIRE.
L'autre chose que je
n'ai pas dite, bien sûr, c'est la complémentarité — vous l'avez soulevé,
Mme la ministre — avec
Hydro-Québec. C'est vraiment une belle opportunité qu'on a de travailler
ensemble avec plus de coordination pour voir comment on peut vraiment maximiser
l'utilisation de nos réseaux énergétiques, un peu comme on l'a fait avec
l'initiative de biénergie où on a étudié, qu'est-ce qui fait le plus de sens,
électrifier nos clients résidentiels et commercials complètement ou les
électrifier 90 % du temps, garder le 10 % restant lorsqu'il fait très
froid, lorsque c'est une demande de pointe au gaz naturel, et ainsi baisser de
manière drastique les coûts de la décarbonation globale de la société. Je suis
convaincu qu'on va être capable de trouver d'autres façons où on peut
travailler ensemble pour décarboner au moindre coût.
Mme Trudeau
(Stéphanie) : On a vraiment vu la valeur, depuis trois ans, de la
façon dont on travaille avec les équipes d'Hydro-Québec à livre ouvert pour le
bien de la société, à voir comment on peut décarboner ensemble. Excusez
l'anglicisme, mais le data que l'on possède et les connaissances de nos propres
réseaux, quand on les met ensemble, ça a une force de frappe qui est
incroyable, puis vous me permettrez de dire une expression un peu surfaite,
là : Nul n'est prophète en son pays. Quand on va à l'extérieur et qu'on
parle de biénergie — vous
demanderez à Philippe Dunsky, il donne des conférences sur le modèle
Hydro-Québec—Énergir — partout,
on a des appels de l'Australie, de la Californie, de partout pour dire c'est
assez extraordinaire de voir deux distributeurs qui, dans beaucoup d'endroits,
se compétitionneraient travailler de façon intelligente et agnostique pour
réduire les gestes de façon la plus intelligente pour la société. On est quand
même assez fier de ça puis on pense que, dans le même ordre d'idée, le PGIRE,
de mettre ces joueurs-là ensemble, ça va faire un plan beaucoup plus fort.
Mme
Fréchette : Très juste, merci. Vous savez, la notion d'acceptabilité
sociale, elle est importante aux yeux du gouvernement. Il faut la prendre en
considération. Alors, comment vous envisagez de générer l'acceptabilité sociale
pour le développement futur d'Énergir et puis du gaz naturel et gaz naturel
renouvelable?
Mme Trudeau
(Stéphanie) : On s'y applique, je vous dirais, de façon quotidienne.
C'est imparfait. On a fait notre... nos débuts chez mes collègues du non
réglementé, nous on représente le distributeur, mais dans le début de la
production de gaz naturel renouvelable, et, vraiment, de parler aux parties
prenantes, c'est superimportant. Pour être ici aujourd'hui, nous, on a approché
près de 60 groupes différents pour partager sur leur vision du projet et
la nôtre. Donc c'est vraiment dans notre ADN de tendre la main, de discuter, de
faire évoluer nos positions. Donc... Et, lorsqu'aussi on s'adjoint des
partenaires, on s'assure que ça soit des partenaires qui soient respectueux des
communautés dans lesquelles ils sont. Donc, c'est quelque chose de primordial
pour nous, bien évidemment.
Mme
Fréchette : Merci. Et comment est-ce que vous voyez que le Québec
puisse se positionner à l'échelle internationale dans le cadre de la transition
énergétique? On a des atouts importants, on a des forces, on a l'expertise et,
par conséquent, il y a un tremplin là, pour nous dans le contexte de la lutte
aux changements climatiques. Alors, comment est-ce que vous voyez que le Québec
puisse se positionner à l'échelle internationale, et puis quel rôle pour
Énergir dans ce contexte-là?
M. Goyette
(Marc-André) : C'est une excellente question, puis c'est quand même
intéressant, puis ça doit être quelque chose
d'assez rare d'avoir une société d'État comme Hydro-Québec, mais aussi une
entreprise comme Énergir, qui est détenue quand même par un très grand
partenaire québécois, la Caisse de dépôt puis le fonds de la FTQ qui ont la chance justement de développer un petit peu
ensemble des initiatives, encore une fois, pour décarboner mais aussi
s'assurer que l'énergie va être disponible pour du développement économique et
d'autres choses.
Nous, on a un
plan pour, bien sûr, pérenniser notre réseau. Je pense qu'on vous l'a assez...
on l'a assez expliqué. Maintenant, on
a aussi des visées de croissance, donc on va essayer de développer des nouveaux
vecteurs de croissance qui sont sobres en carbone. On regarde notamment des
belles opportunités au niveau de la production de gaz de sources
renouvelables. Comme vous le savez, des beaux projets actuellement qui sont en
développement.
On étudie beaucoup la géothermie. On pense que
la géothermie pourrait offrir beaucoup de valeur à l'écosystème énergétique du
Québec. C'est une des seules solutions, en fait, qui permet de faire de
l'efficacité énergétique autant en pointe
qu'à l'extérieur de la pointe. Donc c'est très, très intéressant pour effacer
des mégawatts.
Et on regarde
aussi des solutions de réseau thermique, ce qu'on appelle les fameuses boucles
énergétiques. Il y a une tendance
quand même très forte, là, dans certaines juridictions américaines, d'orienter,
je vous dirais, les distributeurs de gaz naturel à développer ce genre
de réseau thermique là. C'est quoi, un réseau thermique? Essentiellement, c'est
des équipements centralisés de production d'énergies renouvelables, par
exemple, comme de la géothermie, on peut utiliser du gaz de sources
renouvelables aussi, et on fait passer des tuyaux, des conduites dans le sol
dans lesquels va passer du chaud, du froid dans des quartiers à haute densité.
Ça permet effectivement souvent des très belles solutions, beaucoup d'efficacité
énergétique, beaucoup d'optimisation.
Ça fait qu'actuellement on a un pipeline assez
impressionnant de projets qu'on regarde à ce niveau-là. On...
• (11 h 10) •
Mme Trudeau (Stéphanie) : On opère
la centrale la plus importante au Québec, qui est l'une des plus importantes au
Canada. Donc, humblement, on a beaucoup d'expérience, 72 ans qu'on chauffe
et qu'on climatise le tiers du centre-ville de Montréal. Puis, sur le plan du
Québec, quand on va sur des tribunes, on a la chance, on voit que le Québec en
entier, là, on a des atouts puis des outils que les autres n'ont pas. Alors,
c'est de les utiliser et de continuer à être un chef de file. Je pense que le
PGIRE va vous aider à venir compléter cette vision-là.
La seule chose qu'il faut tenir en compte, par
contre, quand on va à l'international, il faut se rappeler qu'il faut comparer
aussi des pommes avec des pommes. On a un climat nordique, hein? Il y a
seulement... je pense que c'est 3 % ou 4 % des endroits où il fait
plus froid qu'au Québec. Ça a été clément l'hiver dernier, mais il y a ça qu'il
faut faire attention quand on arrive dans des congrès internationaux puis qu'on
regarde des solutions. Ce qui est applicable dans un endroit où il n'y a, pour
ainsi dire, pas d'hiver n'est pas la même réalité que la pointe qu'on a ici
quand ils ont une pointe estivale puis on a une pointe hivernale. Donc, il y a
juste là où il faut faire attention, mais on se compare avantageusement sur le
plan mondial.
Mme Fréchette : Et est-ce que le
projet de loi 69, à votre avis, nous donne des outils pour vraiment se
projeter dans cet avenir et ce potentiel que vous décrivez?
M. Goyette (Marc-André) : Absolument.
On a parlé amplement du PGIRE. Il y a quand même aussi, des très, très belles
mesures, là, comme je le disais, pour, selon nous, accélérer le déploiement de
la filière du gaz de sources renouvelables au Québec. C'est quand même une
filière qui est actuellement en ébullition. Il y a une trentaine... trentaine,
pardon, de projets qui sont en développement. Il y a 11 projets, actuellement,
qui produisent du gaz de sources renouvelables, neuf qui injectent dans notre
réseau. Mais ça reste quand même une filière qui est en déploiement
actuellement, qui est émergente.
Donc, tout ce qu'on peut faire pour réduire les
barrières de marché, il faut le faire. Et le projet de loi, à ce niveau-là,
comme je le disais, joue autant au niveau de l'offre, de la demande, nous
permet beaucoup plus de flexibilité tarifaire, dans nos approches, pour rendre
le gaz de sources renouvelables attrayant dans les marchés qu'on vise,
notamment les marchés industriels, et permet également de mieux partager les
coûts de raccordement, qui sont souvent importants pour les producteurs. Ça,
c'est un irritant important, qu'on se fait dire. Et là on va pouvoir partager
davantage ces coûts-là entre la clientèle existante et les producteurs, ce qui
devrait faire émerger encore davantage de projets.
Mme
Fréchette : Est-ce que vous pourriez nous en dire plus sur les
barrières à faire tomber pour favoriser, là, le gaz naturel
renouvelable?
M. Goyette (Marc-André) : Oui. Je
vous dirais, là, que, quand on parle vraiment aux producteurs de gaz de sources
renouvelables, c'est le plus gros irritant, c'est celui qui revient le plus...
le plus rapidement, sur lequel on frappe le
plus sur le clou, c'est vraiment le coût de raccordement. Donc ce qu'on... ce
qu'on prévoit faire puis ce qu'on travaille déjà... sur lequel on
travaille déjà, c'est... justement, il y a le poste d'injection qui est vraiment
un coût important, qui, lui, va demeurer aux producteurs. Mais tous les coûts
de raccordement, la conduite ainsi que les coûts qui nous permettent, nous, de
recevoir dans notre réseau davantage de gaz de sources renouvelables, ça, comme
ça bénéficie à l'ensemble de la clientèle, on va le partager à l'ensemble de la
clientèle.
Sinon, les freins sont plus au niveau de la
demande. C'est sûr qu'actuellement, bien que, selon nous... en fait, pas «selon
nous», les données le montrent, le coût d'approvisionnement du gaz de sources
renouvelables est tout à fait compétitif par rapport aux approvisionnements
d'autres sources d'énergie. Souvent, on a des gens qui nous disent : 20 $, 25 $ le gigajoule,
c'est quand même beaucoup plus cher. Oui, mais c'est 0,06 $ à 0,10 $
le kilowattheure, donc c'est très,
très comparable. En plus, on a un réseau existant, on n'a pas à investir dans
le réseau, on a des réseaux de
stockage, on n'a pas à investir là-dedans. Donc, globalement, c'est un coût qui
est quand même tout à fait raisonnable. Mais, par rapport à la molécule
fossile, qui est à 2,50 $ le gigajoule, moins de 0,01 $ le
kilowattheure, bien là c'est sûr que ce n'est pas facile de faire pénétrer
toujours cette solution-là. Donc là, on va avoir beaucoup plus d'outils commercials
dans le projet de loi pour être capables de faire pénétrer.
Le... Bien sûr, le SPEDE, les prix du SPEDE vont
augmenter à travers les prochaines années. Certaines allocations gratuites vont
diminuer au niveau des grands consommateurs industriels. Et tout ça devrait
faire boule de neige puis nous permettre effectivement d'en vendre de plus en
plus.
Mme Trudeau (Stéphanie) : Le GNR qui
est présentement vendu de façon volontaire, en termes de volume, est déjà
largement dans le milieu industriel. Mais on pense que, si on pouvait le
commercialiser avec des prix prévisibles pour les clients industriels, à un
prix moindre, on aurait une adhésion volontaire des clients industriels
beaucoup plus grande, ce qui permettrait à nos clients industriels de se
décarboner de façon avantageuse par rapport aux autres juridictions. Et ça,
c'est vraiment quelque chose qui est clé pour nous dans le projet de loi.
Mme Fréchette : Merci. La présence
du GSR, là, pour l'instant, dans votre réseau, elle est quand même assez
marginale, je dirais. Dans quelle mesure est-ce que vous êtes confiants qu'on
va pouvoir atteindre le 10 % de GSR dans le réseau d'ici 2030?
Mme
Trudeau (Stéphanie) : On est très confiants. Pour ce qui est du
2 %, pour cette année, c'est beau. Pour le 5 %, on a déjà
80 %... en 2025, 80 % des approvisionnements de conclus, puis plus de
50 % des approvisionnements pour le
10 %. Donc, on est en bonne voie. Pour nous... Même à l'interne, c'est un
secret de polichinelle que, pour nous, le 10 %, c'est un minimum,
le 5 %, c'est un minimum. Et donc c'est vraiment quelque chose qui ne nous
inquiète pas du tout.
On est très
bien positionnés. Le fait qu'on soit un distributeur gazier qui puisse acheter
sur de longues périodes, c'est assez
attrayant, notamment aussi pour les producteurs à l'extérieur qui sont habitués
de vendre sur un an, deux ans, trois
ans, quatre ans, cinq ans. Quand nous, on arrive avec des contrats long terme,
on a quand même une belle attractivité. Quand on fait des appels
d'offres, la réponse est très bonne. Donc autant du côté québécois, où,
Marc-André l'a dit, il y a une trentaine de projets en déploiement, quand on va
en appel d'offres du côté notamment de l'Ontario et des États-Unis, les gens sont intéressés à avoir Énergir comme acheteur.
Alors, on est très... on est très confiants. On n'est pas inquiets.
Mme
Fréchette : Et qu'est-ce que vous voyez pour la suite? Une
fois qu'on aura passé le cap de 2030, est-ce que, pour vous, on continue
sur cette même lancée là, puis «sky is the limit»? Permettez l'anglicisme.
Mme Trudeau (Stéphanie) : Bien,
comme je disais, si je donne des grands chiffres, on pense partir des volumes actuels et descendre de 50 % en 2050,
et ce qu'il reste, le 50 % en 2050, aux deux tiers serait du GNR. Donc,
on parle à peu près de 75 bcf.
Aujourd'hui, on en consomme 220. Ça ne nous inquiète pas avec la profondeur du
marché en Amérique du Nord.
Puis juste
pour vous donner une idée, lorsqu'il y a une étude du potentiel
technico-économique qui a été réalisée, on disait qu'il y avait pour
plus 220 ou 230 bcf de potentiel technico-économique avec les matières
lorsqu'on inclut la biomasse forestière.
Donc, on pense qu'il y aura pleinement d'approvisionnement disponible pour nous
pour nous rendre à ce 75 bcf là à l'horizon de 2050.
Mme Fréchette : Et quelle est la
part de votre approvisionnement qui vient du Québec dans...
Le Président (M. Montigny) : Rapidement,
il ne reste que 10 secondes.
Mme
Trudeau (Stéphanie) : Elle est croissante. Présentement, elle est
majoritairement à l'extérieur, mais on a confiance que ça va aller de
façon croissante pour les années à venir.
Mme Fréchette : Merci beaucoup à
vous deux.
Le
Président (M. Montigny) : Merci. Merci beaucoup. Merci, Mme la ministre. Je
cède maintenant la parole à la députée de Saint-Laurent.
Mme
Rizqy : Merci beaucoup, M. le Président. Merci beaucoup
d'être présents avec nous et de nous avoir déposé aussi un mémoire. J'aimerais vous entendre, parce que le PGIRE
est quand même très important, puis vous, vous êtes à la tête d'une entreprise,
donc vous avez comme fonction de toujours tout planifier ou vous tentez de tout
planifier.
Mme Trudeau (Stéphanie) : Tentez.
Mme Rizqy : Tentez, hein? Mais,
dites-moi, le PGIRE, du propre aveu de M. Pierre Fitzgibbon, ce n'est
peut-être pas tout de suite qu'on allait avoir l'ensemble du portrait de la
situation. Dans le projet de loi, on met l'amorce, on met
la table pour le PGIRE, mais on n'a pas encore vraiment les grandes
indications. Et j'ai écouté attentivement, là, la dernière entrevue de
M. Fitzgibbon avec M. Paul Larocque lors de... à La Joute.
Puis il disait qu'il y aurait d'autres auditions en 2025-2026 par rapport à la
planification énergétique du Québec. Moi, je fais en ce moment l'étude du
projet de loi 69, M. Fitzgibbon a dit que ça mettait la table à autre
chose. Êtes-vous au parfum de c'est quoi cette autre chose?
M. Goyette
(Marc-André) : Non, malheureusement, j'aimerais...
Mme Trudeau
(Stéphanie) : On n'a pas entendu l'entrevue.
M. Goyette (Marc-André) :
J'aimerais pouvoir vous le dire, mais non.
Mme Trudeau
(Stéphanie) : Mais, à mon humble avis, même si on assoit plein de gens
compétents, est-ce que le premier PGIRE sera absolument parfait? Je ne pense
pas. Le but c'est de partir. J'entendais M. Sabia, je vous ai même entendu
à l'opposition dire : On attend après ça depuis longtemps. Les années
passent, et le mieux est l'ennemi du bien. Donc, je pense qu'il faut produire
un premier plan assez rapidement en essayant d'avoir un maximum de consensus
puis d'adhésion de la société, bien évidemment, mais est-ce qu'il sera parfait
et captera tout? Je pense que c'est de capter un maximum, là. Donc, on voit
dans d'autres juridictions que c'est, excusez-moi l'anglicisme, un «work in
progress» aussi, là.
Mme Rizqy : En
développement continu.
Mme Trudeau
(Stéphanie) : Exactement, Mme Rizqy.
Mme Rizqy : Mais,
dites-moi, vous, quand vous faites la planification, généralement, vous
faites... vous êtes dans la vente, là, veux veux pas. Donc, avant de vendre
quelque chose, vous allez vérifier c'est quoi vos réserves? Est-ce que vous
faites... Vous, avant de vendre quelque chose, vous vérifiez vos réserves?
Mme Trudeau
(Stéphanie) : On a un plan d'approvisionnement.
M. Goyette
(Marc-André) : On a un plan... Absolument, oui, bien sûr. On a un plan
d'approvisionnement. D'ailleurs, le projet de loi prévoit de... Actuellement,
le plan d'approvisionnement est sur quatre ans. Donc, à chaque dossier
tarifaire devant la Régie de l'énergie, on présente nos ventes par marché puis
comment on va être capable de répondre à cette demande-là par l'offre à travers
notre plan d'approvisionnement, autant au niveau du gaz de sources
renouvelables que du gaz naturel fossile.
Maintenant, le projet
de loi prévoit allonger cette période-là de 10 ans. On voit ça d'ailleurs
de façon très positive, puisqu'il faut être capable de se donner un horizon,
une vision à plus long terme. Être capable de décarboner un réseau comme
Énergir, bien, il faut être capable de planifier longtemps à l'avance, il faut
être capable de faire des investissements
qui vont avoir des impacts sur plusieurs années. Donc, oui, ça fait partie,
bien sûr, des exercices qu'on fait de planification.
• (11 h 20) •
Mme Trudeau (Stéphanie) : Avec une juridiction
comme celle du Québec, c'est en fait pas mal notre mission de base de
s'assurer de ne pas manquer d'énergie à distribuer à nos clients.
Mme Rizqy : Vous
souriez. Puis vous faites bien parce que ce que vous dites, c'est vraiment
essentiel, mais c'est de base, en matière aussi d'économie, de ne pas manquer
d'énergie. Mais moi, je souris moins parce que j'étais en Outaouais il y a deux
semaines avec le caucus libéral, on faisait notre caucus présessionnel, puis,
en Outaouais, ce n'est pas des farces, il y a des projets résidentiels qui sont
mis sur pause parce qu'on n'est pas capable de leur assurer des blocs d'énergie
d'Hydro-Québec. Et on a vu dans l'actualité récente que certaines municipalités
ont dit : On veut même plus de gaz. Mais c'est qu'en ce moment on n'est
pas capable de le sortir de terre, des logements, parce qu'on ne peut pas ni
les raccorder à Hydro-Québec... Et il y en a qui veulent ne pas avoir d'énergie
de source gazière dans certaines municipalités.
Alors, moi, je
regarde ça puis je me dis : Là, on a un gros problème. On a vendu ce qu'on
n'avait pas en matière d'hydroélectricité. Là, vous, vous êtes présents. Moi,
ma compréhension, c'est qu'en ce moment, là, si on ne vous a pas, il y a des
blocs... il y a des bâtisses qui ne peuvent pas être bâties en matière
résidentielle parce qu'on n'a pas nécessairement l'énergie, là,
hydroélectrique.
Mme Trudeau
(Stéphanie) : Bien, vous avez malheureusement raison, et ce n'est
malheureusement pas propre uniquement — vous avez raison là aussi — à
l'Outaouais. Et c'est de là toute la valeur de travailler avec Hydro-Québec.
Parce que je pense qu'il faut être transparent, je pense que nous, on l'est, je
pense qu'Hydro-Québec l'est aussi. Même lorsqu'on parle de biénergie dans les
grands bâtiments, lorsque les gens nous disent : C'est simple, il faudrait tout électrifier. En biénergie, même,
des fois, Hydro-Québec nous dit : Dans certains secteurs, certains codes
postaux, même pour la base, on ne parle pas des périodes de grand froid, ça ne
passe pas.
Donc, ce n'est pas toujours une question, puis
là je ne veux pas me prendre pour Hydro-Québec, mais ce n'est pas toujours une
question de disponibilité de l'énergie, c'est même une capacité physique dans
le réseau de distribution, où est-ce que, sociétalement — et de
là toute la valeur de la biénergie — ça vaut la peine d'aller
refaire des quartiers au complet pour 100 heures par semaine dans un
pourtour? Nous, on pense que non. Quand le réseau passe en dessous, on est mieux de mettre du GNR, de consommer 30 %
de GNR, 70 % d'électricité. C'est plus intelligent sur le plan sociétal. Donc, Hydro-Québec a, oui,
la disponibilité de l'énergie, mais, des fois, c'est carrément un problème
physique, et on le voit. Il y a des projets
qu'ils nous ont dit qu'ils auraient aimé se passer de nous, mais qu'ils ne
peuvent pas se passer de nous.
La bonne nouvelle,
c'est que, de façon proactive, on s'est imposé, et je vous dirais qu'on n'était
pas sûr que la régie allait nous suivre, et elle nous a suivis. Depuis le
1er avril, on ne rajoute plus un iota de gaz fossile dans les nouveaux
bâtiments. Donc, on s'est nous-mêmes dotés d'une politique qui a fait le
plaisir de certains, moins celui de d'autre,
donc. Et on a déjà branché, depuis le mois d'avril, surtout dans du commercial
institutionnel, beaucoup de clients, à 100 % renouvelable, et ça
n'a pas rechigné. Donc, on est rendus là.
Mme Rizqy : Merci
beaucoup pour votre réponse. Je vous amène ailleurs. J'ai entendu, dans les
entrevues encore de M. Pierre Fitzgibbon,quand il parlait du PGIRE, des
discussions qu'on doit avoir, il disait qu'il y a des discussions qui n'ont pas encore eu lieu, mais qui doivent avoir lieu.
Et il a parlé de nucléaire, et là je me suis dit : Un instant. Il me semble qu'au Québec on a de l'énergie
propre, on a Hydro-Québec, donc, on est très fiers, puis on a aussi
Énergir, puis, tantôt, vous l'avez très bien dit, qui, quand même, il faut le
rappeler... détenu par la Caisse de dépôt, mais aussi FTQ. Donc, on peut
vraiment parler d'entreprises...
Mme Trudeau
(Stéphanie) : 100 % québécois.
Mme Rizqy :
...100 % québécoises. Donc, pour citer une personne, pour reprendre la
formule consacrée : En a-t-on vraiment besoin du nucléaire?
Mme Trudeau
(Stéphanie) : On va laisser le gouvernement et Hydro-Québec juger de
ça. On a pleinement de questionnement qui nous sont propres.
Mme Rizqy : Ah!
je vais reformuler... Dans ce cas, je vais reformuler ma question :
Êtes-vous capables, avec votre approvisionnement, de vous assurer qu'on soit
capable de répondre aux demandes à venir dans votre planification?
Mme Trudeau
(Stéphanie) : Oui.
M. Goyette
(Marc-André) : Oui, absolument.
Mme Rizqy : Sans
nécessiter, par exemple, du nucléaire, vous, vous avez la capacité de
raccorder... parce que c'est... un, il faut raccorder puis, deux, après ça, une
fois que les tuyaux sont passés, il faut évidemment que vous avez la capacité
de produire, là.
Mme Trudeau
(Stéphanie) : Il y a une chose qu'on a abordée dans notre mémoire, que
vous avez peut-être vue, c'est qu'on pense qu'aujourd'hui, puis le projet de
loi ouvrirait la porte à ça, la canalisation n'est pas toujours la façon
peut-être la plus économique et intelligente, sur le plan, même,
environnemental, d'aller desservir de nouveaux besoins. Donc, si quelqu'un veut
être dans un parc industriel qui est non desservi, peut-être que la façon, ce
serait de camionner du gaz naturel de source renouvelable. Lorsqu'on le
compresse, il prend 300 fois moins d'espace.
Donc, on peut livrer
par camion de façon efficiente. Nous, on a une multitude de solutions
novatrices qui sont prêtes à être présentées à la régie, voir s'ils vont
l'accepter. Et ça va être dans le PGIRE et à la société à avoir le débat : Quelle source d'énergie renouvelable
prime sur l'autre? Est-ce que c'est GSR? Est-ce que c'est l'éolien? Est-ce que c'est le nucléaire? Est-ce que c'est la
géothermie? Et de là toute la valeur d'avoir un plan global qui va venir
déterminer la place que devrait prendre chacune des formes d'énergie.
Mme Rizqy : Oui,
mais je vous entends très bien quand vous dites «à déterminer», mais on
conjugue encore ici au futur. Et moi, j'ai vraiment besoin d'avoir un peu plus
les idées claires, parce que j'étudie actuellement le projet de loi, puis moi,
j'ai le rôle, à titre de députée, d'être aussi la gardienne de l'action
gouvernementale. Et cette information par rapport à qu'est-ce qu'on fait avec
différentes formes d'énergie est cruciale pour bien des Québécois, et c'est une
discussion qu'on n'a pas encore eu lieu, par exemple, au niveau du nucléaire
et...
Mais vous, vous
existez déjà, Énergir, vous êtes présents et vous fournissez déjà, évidemment,
non seulement du résidentiel, mais aussi du commercial. Alors, moi, j'aimerais
savoir... Ma prochaine question, c'est la suivante : Est-ce qu'on vous a
déjà demandé c'est quoi, vous, vos besoins pour les mégawatts, si jamais vous
avez besoin d'expansion ou, par exemple, vous venez de nous parler, là, pour
distribuer, vous parlez de camions. Là, j'imagine qu'on va avoir besoin d'hydrogène, mais, pour faire de l'hydrogène, ça
prend des mégawatts, là, c'est : Rien ne se perd, rien ne se crée,
tout se transforme. Est-ce que vous... soit vous ou vos partenaires pour la
livraison ont-ils besoin de mégawatts? Si oui, ont-ils fait les demandes? S'ils
ont fait la demande, quelle a été la réponse à ces demandes de mégawatts?
Mme
Trudeau (Stéphanie) : Bien, produire du GNR, ça ne demande pas des
mégawatts de façon très importante. Donc, il n'y a pas d'enjeu là. Nous-mêmes,
on a demandé des mégawatts, qu'on a obtenus avant le projet de loi n° 2, pour décarboner le centre-ville
de Montréal. Ce qu'on a obtenu, c'est un petit 10 MW, mais qui va changer vraiment
le visage du centre-ville, qui va décarboner le centre-ville à presque
60 %. Donc, nous... Et nos fournisseurs d'énergie
renouvelable n'ont pas nécessairement besoin de grands mégawatts, là. Alors, on
n'a pas de besoin à cet effet-là.
Mme Rizqy : OK. Et vos... Et, au niveau du transport dans...
au niveau des camions que vous avez parlé, ça va se faire comment?
Mme Trudeau
(Stéphanie) : Bien, il va falloir d'abord avoir des premiers projets.
C'est sûr qu'idéalement, dans le meilleur des mondes, on serait... on
prêcherait par l'exemple, puis ce serait des camions qui seraient propulsés au
gaz naturel renouvelable compressé. Alors, ça viendrait aider le cycle
d'économie circulaire décarboné d'un projet qu'on pourrait présenter, mais on
n'a pas de projet présentement à présenter à la régie, mais on en a étudié par
le passé des régions qui nous demandaient, par exemple, un microréseau dans un
parc industriel. Alors, c'est des choses qu'on est toujours ouverts, quand les
communautés nous approchent, à faire des calculs. Et là ce projet de loi là nous ouvre la porte à aller voir
la régie et le gouvernement, savoir si ça passe la rampe de les desservir
autrement que de façon traditionnelle avec un tuyau.
Mme Rizqy : Dans
votre... parce que, oui, vous êtes dans le gaz, mais aussi dans la
diversification, vous avez... au niveau...
Mme Trudeau
(Stéphanie) : De l'éolien.
Mme Rizqy : ...éolien. Est-ce que vous avez réfléchi... Là,
vous avez parlé de microréseaux, mais, aux États-Unis, microréseau fait
référence aux «grids». Alors, vous me voyez venir. Bon, le député de Jacques-Cartier,
qui s'adonne être aussi ma douce moitié, alors, il avait fait une proposition,
que je trouve personnellement fort intéressante, au niveau des microréseaux.
Est-ce que ça, vous avez étudié? Parce qu'aux États-Unis ils ont... ils sont
allés là-dessus, pour le résidentiel, à coups de milliards de dollars.
Le Président (M.
Montigny) : ...malheureusement, il ne reste plus de temps. Je suis
désolé.
Mme Rizqy : Ah!
j'ai 1 min 15 s.
Le Président (M.
Montigny) : Je dois maintenant céder...
Mme Trudeau
(Stéphanie) : On parlera de boucles énergétiques ensemble avec
plaisir.
Mme Rizqy : Avec
plaisir, Mme Trudeau.
Le Président (M. Montigny) : Merci.
Alors, merci. Je cède maintenant la parole au député de Maurice-Richard.
M. Bouazzi : Merci.
D'abord, vous avez parlé d'une étude qui expliquait qu'il y avait une
profondeur dans la génération du GNR. Est-ce que vous pourriez la partager avec
nous? Parce que je comprends que c'est à peu près le tiers de l'équivalent de
ce que vous fournissez aujourd'hui.
Mme Trudeau
(Stéphanie) : Je pense qu'elle est déjà sur notre site Internet, mais
on va s'assurer de vous la faire parvenir.
M. Bouazzi : OK.
Vous... Effectivement, vous avez un graphique qui explique comment est-ce que
vous allez diviser par deux la quantité de gaz que vous fournissez. Par rapport
aux tuyaux qui existent, est-ce que ça veut dire qu'il y aura moins de tuyaux
utilisés, d'infrastructures, donc, utilisées d'ici 2050?
Mme Trudeau
(Stéphanie) : Pas nécessairement. Ça se pourrait, par exemple, que,
si, dans un tronçon qui est très, très peu densifié, il ne reste plus de
volume... est-ce que ça pourrait être possible qu'éventuellement certains
tronçons n'existent plus? Peut-être. Mais la prémisse de base, c'est vraiment
de dire : Le tuyau... puis Marc-André l'a
dit, le réseau a une valeur, et c'est de maximiser sa valeur. Donc, nous, ce
qu'on veut, ce n'est pas que le tuyau soit plein à 100 %, c'est
qu'il soit utilisé pour stocker et distribuer là où ça a de la valeur dans
l'industriel et en pointe. Donc, on ne voit
pas une réduction du nombre de kilomètres, mais on voit une très grande
réduction du volume qui passe dans le
réseau et ensuite un grand verdissement de ce qu'il y a dans le tuyau, mais pas
nécessairement d'enlever du réseau.
M. Bouazzi : Donc,
vous divisez par deux la quantité de gaz qui passe à l'intérieur. Quel
pourcentage du réseau... Parce que c'est...
Je veux dire, on s'entend qu'il y a des endroits il n'y aura pas assez de
pression, et il va falloir fermer des tuyaux. Quel pourcentage... Non?
Mme Trudeau (Stéphanie) : Non, la
pression, il n'y a pas de problème.
M. Bouazzi : Vous
gardez... Vous gardez 100 % du réseau tel quel?
Mme Trudeau (Stéphanie) : La
pression, il n'y a pas de problème. C'est si, à un moment donné, puis on ne l'a
pas cartographié, on se ramasserait dans un réseau résidentiel où on a ce qu'on
appelle une antenne, où il y avait cinq
maisons, puis on en perd quatre sur cinq. Est-ce que, dans 10 ans, on va
le fermer? Peut-être. Mais on n'a pas regardé... on n'a pas regardé ça.
M. Bouazzi : Donc, pas de...
Mme Trudeau (Stéphanie) : La plupart
de notre réseau est mixte. Donc, il y a à la fois du résidentiel, du
commercial, institutionnel. Donc, ce n'est pas une prémisse de base que l'on
regarde à réduire de façon importante l'empreinte physique, là, du tuyau qui
est déjà là.
M. Bouazzi : Pas de
décommissionnement en vue. Mon autre question, c'est qu'on parle du PGIRE. Bon,
nous, on pense que le ministre, la ministre, aujourd'hui, n'a pas besoin d'un
projet de loi pour planifier. On pense, c'est une bonne idée de planifier
toujours. Et vous, vous avez une planification. On s'entend que ça vous aurait
aidé d'avoir une planification nationale, auquel vous auriez participé, plutôt
que faire votre plan. Et, si ça se trouve, il ne fitte pas avec ce qui va
ressortir du PGIRE.
Mme Trudeau (Stéphanie) : De là le
plus vite, le mieux.
• (11 h 30) •
M. Bouazzi : OK. Comment vous pensez
qu'on est capable de changer autant de lois sans avoir une planification
nationale? Je comprends que ça sert votre plan, mais la planification
nationale, est-ce qu'on va... Si ça se trouve, ça ne marche pas, là.
Mme Trudeau (Stéphanie) : Je pense
qu'on verra. Mais, nous, il y a vraiment des amendements qui nous... qui nous
restreignent grandement dans notre plan de décarbonation. Puis, par le fait
même, en nous restreignant, c'est la décarbonation des Québécois qui est... qui
est retardée. On a certains dossiers qui sont ouverts, des fois, là, dans le
gaz naturel renouvelable, depuis sept ans, là. C'est...
On a besoin de flexibilité et on est prêts à
être imputables des décisions qu'on prend, mais ça nous prend un peu plus de
latitude pour pouvoir décarboner, là.
M. Bouazzi : Vous avez dit tout à
l'heure que tous les nouveaux branchements se font avec du GNR. On s'entend
qu'ils paient pour le GNR qui va être injecté, mais, comme tout le monde, ils
reçoivent 98 % de fossile dans les tuyaux en tant que tel.
Mme Trudeau (Stéphanie) : Oui, la
façon dont on ne s'en est jamais cachés, la façon dont ça fonctionne pour le
GNR, c'est comme ça fonctionne depuis des décennies aux États-Unis. On peut
être client d'une entreprise qui nous vend de l'éolien seulement...
Le Président (M. Montigny) : ...
Mme Trudeau (Stéphanie) : ...mais
bien évidemment qu'il n'y a pas 10 poteaux dans la rue, hein? Donc, c'est
contractuel...
Le Président (M. Montigny) : Alors,
je suis désolé, je suis désolé, je dois maintenant donner la parole au député
de Jean-Talon pour environ 2 min 30 s.
M. Paradis : Un projet de loi, c'est
un encadrement normatif pour faire quelque chose. Moi, j'aimerais savoir un peu ce qu'Énergir voit dans l'avenir.
J'aimerais vous parler plus précisément d'un projet dont on a beaucoup parlé dans l'actualité au cours de la dernière
année, celui de TES Canada. J'aimerais comprendre comment ça s'inscrit, ce
genre de projet... ce projet-là dans votre stratégie, utiliser de l'électricité
dont on sait actuellement qu'on n'en a pas beaucoup, qu'il y a une rareté, pour
produire de l'hydrogène qui va ensuite être utilisé dans le réseau d'Énergir.
En quoi ça, ça contribue à la transition énergétique? Est-ce que ça donne
vraiment à la fin des GSR si on a utilisé de l'énergie pour produire de
l'énergie?
Mme Trudeau (Stéphanie) : Quand on
regarde ce que l'agence mondiale de l'énergie dit à l'horizon 2050, ils semblent faire la même prévision que beaucoup
de distributeurs comme nous, que le GSR de troisième génération, donc
par méthanation, aura une place.
Maintenant, en toute humilité, ce n'est pas à
Énergir de juger si TES est bien fondé, si c'est une bonne utilisation. Nous,
ce qu'on a dit à TES, ils sont venus à nous, on a dit : Si c'est un projet
qui est accepté socialement, qui passe la
rampe, que c'est permis et que le prix auquel vous êtes prêts à vendre à nos
clients — parce
que c'est nos clients qui paient, on ne fait pas un sou sur le gaz, qu'il soit
fossile ou renouvelable — cela
étant dit, on sera là. Donc, on a une entente non contraignante qui dit
que, si le Québec décide que ce projet-là a lieu, qu'il a les autorisations, que le prix est compétitif avec le GSR, avec éventuellement
la capture de carbone, on sera là, mais je ne pense pas que c'est à nous. Mais
le PGIRE, je pense, va servir à savoir est-ce que l'hydrogène a une place au
Québec. Et ça, c'est beaucoup plus grand que l'opinion d'Énergir, là.
M. Paradis : Est-ce que l'hydrogène
a une place? C'est une question, mais ici, là, il s'agit de prendre de
l'énergie pour produire de l'énergie. Est-ce qu'Énergir est favorable à ce type
de modèle? Mettons TES de côté, là, mais ce type de modèle, est-ce que c'est le
type de modèle qu'on doit penser qui va venir encore plus avec le projet de loi
n° 69? Est-ce que vous, c'est ce que vous voulez?
M. Goyette
(Marc-André) : ...une fois,
je pense que c'est le PGIRE qui va vraiment pouvoir déterminer si ça
fait du sens dans l'écosystème énergétique. L'hydrogène, pour notre part, là...
M. Paradis : Est-ce que vous trouvez
que ça a du sens?
M. Goyette (Marc-André) : Bien, l'hydrogène
en tant que tel, ce n'est pas quelque chose qu'on voit comme la panacée dans
notre plan de décarbonation. Par contre, la réalité, c'est qu'on a certains
usages industriels qui vont utiliser du gaz
naturel pour fabriquer de l'hydrogène. Ça fait partie de l'intrant de
production. Donc, oui, ça risque de jouer, je dirais, peut-être assez
niché, un rôle.
Le Président (M. Montigny) : En
conclusion.
M. Goyette (Marc-André) :
Maintenant, comment on le produit? Je pense que le PGIRE devrait répondre à
cette question-là.
Le Président (M. Montigny) : Alors,
merci. Il ne nous reste plus de temps, je suis désolé. Merci beaucoup pour
votre contribution aux travaux de la commission.
Je suspends
les travaux quelques instants pour permettre au prochain groupe de pouvoir
s'installer et prendre place. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 11 h 35)
(Reprise à 11 h 39)
Le Président (M. Montigny) : Alors,
bonjour, bienvenue. La commission reprend ses travaux. Avant de commencer
officiellement, en fait, on souhaite maintenant la bienvenue aux représentants
de la Chaire de gestion du secteur de l'énergie, HEC Montréal.
• (11 h 40) •
Je vous rappelle que vous disposez de
10 minutes pour votre exposé, puis nous procéderons à la période d'échange en débutant avec Mme la ministre. Je
vous invite maintenant à vous présenter, à vous nommer, vos fonctions,
ainsi que votre exposé. Merci beaucoup.
Chaire de gestion du
secteur de l'énergie de HEC Montréal
M. Pineau
(Pierre-Olivier) : Merci, M. le Président. Donc, je suis
Pierre-Olivier Pineau. Je suis professeur au Département de sciences de
la décision de HEC Montréal et titulaire de la Chaire de gestion du secteur de
l'énergie. Et je suis en vidéoconférence, mais accompagné de Sylvain Audette,
qui est, lui, professeur invité au Département de marketing et qui est un
proche collaborateur à la Chaire de gestion du secteur de l'énergie. Je vais
présenter les éléments essentiels de notre
mémoire, mais je vais laisser deux ou trois minutes à Sylvain à la fin de mon
exposé pour donner un peu plus de détails sur le PGIRE et sa... le déploiement
de nos recommandations sur son déploiement.
Donc, tout d'abord, j'aimerais commencer en
remerciant le... l'invitation... d'avoir reçu l'invitation pour cette... ces
consultations particulières. Le projet de loi n° 69
est un projet de loi qui contient plusieurs éléments extrêmement intéressants,
donc on aimerait souligner la mise en place justement de ce plan de gestion
intégrée des ressources énergétiques que
nous pensons être essentiel, très important. Et nous accueillons extrêmement
favorablement sa présence dans le
projet de loi, parce que, justement, c'est... c'est un constituteur pour
l'avenir énergétique du Québec et sa transition.
On accueille aussi très favorablement la
révision des tarifs aux trois ans plutôt qu'aux cinq ans, comme c'était le cas
ces dernières années, pour justement permettre des révisions qui reflètent
mieux l'état de la situation du marché. On accueille aussi extrêmement
favorablement la demande qui est faite à Hydro-Québec de mettre en place un tarif pour réduire les pointes résidentielles
dans le secteur résidentiel. Et je vais revenir un peu là-dessus. On... C'est
le plus gros groupe de consommateurs en termes de volume d'énergie, c'est le
plus gros groupe de consommateurs d'Hydro-Québec, le... les consommateurs
résidentiels. C'est ceux qui ont le profil de consommation qui est le plus
coûteux, notamment à cause des pointes de consommation. Et donc c'est très
important d'avoir un outil tarifaire pour lutter contre ces pointes-là.
Et,
en dernier, le quatrième point que je veux souligner comme étant extrêmement
positif dans le projet de loi n° 69, c'est de mettre la transition
énergétique officiellement et explicitement dans la mission de la Régie de
l'énergie et dans celle d'Hydro-Québec,
parce que ce sont des... ça doit être formellement dans leur mission. Et c'est
ce que le projet de loi n° 69 fait, et ça, nous l'accueillons très
favorablement.
Nous avons, ceci dit, différents commentaires,
certains plus fondamentaux que d'autres, qui sont... que je vais organiser autour des trois grands axes
qu'avait... utilisés par le gouvernement pour présenter les discussions. Il y a
un peu plus d'un an, il y a eu des
consultations et un document de discussion réalisé par le gouvernement pour
justement alimenter la réflexion autour du projet de loi. Et ces trois
axes sont celui de l'équilibre de... entre l'offre et la demande, la
tarification et la gouvernance. Donc, nos commentaires sont... et notre mémoire
est un petit peu organisé autour de ces
trois grands axes là, qui sont, à mon avis, une bonne manière d'organiser les
discussions sur la transition énergétique.
Donc, au niveau de l'équilibre de l'offre,
demande, j'aimerais rappeler quelques éléments fondamentaux pour recadrer le
débat. C'est que le Québec est une... est une société qui consomme déjà, comme
toutes les sociétés développées, énormément d'énergie. Nous sommes des très,
très gros consommateurs d'énergie. Et, en ce qui concerne l'électricité, nous
sommes, avec l'Islande et la Norvège, les... la nation qui consommons par
habitant le plus d'électricité. On est
au-delà de 20 000 kilowattheures par année par personne au Québec. À
l'intérieur de 20 000 kilowattheures, il y en a 8 000, kilowattheures
qui sont pour les clients résidentiels. Donc, en tant que client résidentiel,
c'est 8 000 kilowattheures par année par personne. Et ça, 8 000 kilowattheures
par année par personne, c'est plus que la
moyenne mondiale de consommation individuelle et même... même si vous prenez
des pays développés comme la France ou l'Allemagne, c'est plus.
Donc, étant donné notre état de grande
consommation énergétique, je ne... nous ne pensons pas que... nous ne pensons pas que c'est forcément à Hydro-Québec
de prendre sur ses épaules le poids de devoir développer au-delà de
cette consommation, qu'on pourrait déjà qualifier de surconsommation
énergétique. Si des consommateurs veulent surconsommer de l'énergie, eh bien,
ils... ce n'est pas à la société ou à une société d'État de prendre sur ses
épaules le devoir de produire davantage. Il
faut responsabiliser les consommateurs bien davantage. Et, s'ils veulent consommer
plus, eh bien, ça devrait être en leur responsabilité de trouver les sources,
soit de réduction de consommation, soit d'approvisionnement, qui respectent les
cibles de carboneutralité, mais ça ne devrait pas être à une société publique
de produire encore davantage pour cette... ce que moi, je qualifie de
surconsommation.
Il faudrait aussi, dans le projet de loi, bien
davantage mettre sur un pied d'égalité la consommation et la production. Il y a... et je ne vais pas vous... je
vais vous faire les... et je vais vous épargner les différents passages où la
production est mise de... est mise de l'avant dans le projet de loi, mais on
parle beaucoup de production supplémentaire, de favoriser la production.
Ce serait très important que le projet de loi mette sur un pied d'égalité la
réduction de la consommation. Un petit peu
comme Énergir, qui vient de vous entretenir, met la réduction des volumes au
coeur de sa stratégie, ce serait bien plus important que nous le
fassions aussi. D'une manière générale, la réduction des volumes d'énergie,
c'est très important, c'est pour justement avoir l'équilibre entre l'offre et
la demande.
Je passe au volet tarification. Il faut aller
vers plus de transparence dans les tarifs d'électricité. Je suis quelqu'un
qui... et qui pense qu'il est temps de mettre fin à l'interfinancement qui
favorise les clients résidentiels au détriment
des clients commerciaux et industriels. Cet interfinancement, il n'est pas très
visible, il faut y mettre fin. Et donc... et évidemment, ça pourrait
porter préjudice à certains groupes de consommateurs.
Je suis quelqu'un... et, à la chaire, nous
sommes très sensibles aux ménages à plus faibles revenus. Il est très important
de protéger des ménages à faibles revenus, ceux qui en ont besoin. Mais c'est à
mon sens scandaleux de vouloir protéger des ménages à revenus élevés en
limitant les hausses tarifaires à 3 %, alors que le coût réel, et même
Hydro-Québec le dit dans son dépôt à la Régie de l'énergie, la hausse pour le
client résidentiel, c'est 3,9 %. Ce n'est pas 3 %, mais ça va être
ramené à 3 % par un artifice comptable qui va impliquer qu'on augmente les
impôts ou on augmente la dette du Québec pour combler ce... le manque à gagner.
Et je pense
que c'est très important d'avoir une transparence dans les coûts, de donner un
signal de prix juste, et qu'il faut... et que, donc, il faut
progressivement aller... aller vers des tarifs qui envoient le signal aux
consommateurs résidentiels, quel est le juste coût de leur consommation, quel
est le véritable coût de leur consommation, et que, par ailleurs, on aide les
ménages et les clients qui en ont besoin, mais heureusement nous sommes dans
une société riche, même s'il y a de la pauvreté et des inégalités. Et il faut
pouvoir mieux cibler les gens qui ont besoin d'aide et non pas aider
l'entièreté de la population, que ça n'aide, en fait, qu'à surconsommer. Comme
je l'ai mentionné en début de prise de
parole, nous sommes déjà des très gros consommateurs d'énergie, ça ne sert à
rien d'aider des gens qui surconsomment déjà.
Troisième
axe, la gouvernance, et je vais laisser dans une... 30 secondes la parole
à mon collègue Sylvain Audette, il est très important de renforcer la
gouvernance, notamment au niveau d'Hydro-Québec et de la Régie de l'énergie. Le
projet de loi propose d'enlever des administrateurs au conseil d'administration
d'Hydro-Québec. Ça me surprend parce que ce sont des gens qui peuvent avoir un
regard externe indépendant. Et alors que le projet de loi donne davantage
d'ampleur à une société d'État, c'est important d'avoir un regard externe
indépendant. Et ce n'est pas en enlevant des administrateurs qu'on va amener
plus d'indépendance dans la vision d'Hydro-Québec.
De la même manière, pour le PGIRE, il va falloir
le donner, la... les rennes du PGIRE à un organisme indépendant. Nous pensons
que la Régie de l'énergie pourrait être cet organisme indépendant, mais je vais
laisser Sylvain Audette élaborer là-dessus pour pouvoir continuer cette
présentation.
Le Président (M. Montigny) : ...1 min 30 s.
M. Audette
(Sylvain) : Merci, Pierre-Olivier. Donc, le mot de la ministre en
introduction... a bien dit qu'elle était d'accord avec le... l'élément
important, c'était le PGIRE. Une démarche de participation incluant la régie
était aussi un élément que la ministre a présenté dans son introduction. Dans
les remarques qu'on veut... on veut s'assurer pour le PGIRE, c'est que c'est un
cadre... Un cadre législatif ici, là, c'est fait pour encadrer, on l'a dit tout
à l'heure à l'opposition, ce n'est pas une finalité. Mais M. Sabia a
dit : Ce n'est pas le seul outil aussi pour réussir la transition. Donc,
ça, il faut avoir ça en tête.
Nos institutions dans le secteur de l'énergie,
qui effectuent ce travail-là, l'Assemblée nationale, le ministère de... les ministres et ministères, l'exécutif,
l'Hydro-Québec, la régie, les groupes sociaux, les groupes environnementaux,
on a déjà des institutions qui peuvent faire ce travail-là correctement au
Québec. Il faut les utiliser.
Le PGIRE doit
être déposé le 1er avril 2026, c'est dans le projet de loi, avant la prochaine
campagne électorale. Donc, le PGIRE, 1er avril 2026, doit fournir un
scénario et des trajectoires, on a utilisé le mot «trajectoires», qui vont
permettre justement... Il ne faut pas qu'il y en ait une seule, trajectoire.
Donc, c'est peut-être le seul amendement que vous voyez dans notre mémoire,
c'est de dire : Est-ce qu'on ne pourrait pas davantage demander à avoir
plusieurs trajectoires? Et là demander à la
régie, dans un... dans un cadre formel... Mettons, le 1er avril, c'est déposé,
il y a la régie, avec tous les groupes d'intervenants qui s'en viennent, qui
sont rémunérés avec des avocats, tout le processus normal qu'on a, on
fait une vraie consultation, et là la régie émet un avis. Donc, le seul amendement
souhaitable si on...
Le
Président (M. Montigny) : ...mais Mme la ministre accepte de céder un peu de
son temps. Alors, je vais donner la
parole à Mme la ministre, puis maintenant je vous laisse continuer, si vous
êtes d'accord. Vous pouvez... continuer. Je suis désolé. Allez-y.
Mme Fréchette : Tout à fait. Allez
de l'avant. Merci.
M. Audette (Sylvain) : Bien,
parfait. Bien, j'avais presque terminé, mais donc je vais répéter la chose la
plus importante que je voulais dire et puis que moi puis Pierre-Olivier, on est
100 % d'accord. C'est le seul amendement souhaitable au PL dans... c'est
de permettre un encadrement efficace pour en débattre. Je pense que, si on ne
fait pas ça, on va avoir des problèmes d'acceptabilité sociale.
• (11 h 50) •
La régie peut être mandatée, pourrait émettre un
avis au ministre une fois que ce dossier-là est déposé. Bon, le ministère,
présentement, est responsable de déposer ce PGIRE là, le premier PGIRE, qui ne
sera pas parfait, comme on l'a entendu, le 1er avril 2026. La régie peut
commencer ses travaux à partir du 1er avril 2026 ou 1er mai, le temps que tout
le monde s'inscrive, et, durant l'été, on étudie ça comme il faut. On a une
campagne électorale qui s'en vient, et puis là on a vraiment un processus où
chaque partie...
Et là ce qui va être important, par contre,
c'est d'avoir différents scénarios. Un scénario... et là tantôt j'entendais le nucléaire. Bien, il faut le mettre.
Le gaz, il faut le mettre. Le gaz en pointe, pas en pointe, le GNR, les déchets,
l'hydrogène, l'efficacité énergétique, plus d'efficacité énergétique, moins
d'efficacité énergétique, tout ça pour arriver à une résultante : GES, les
cibles, est-ce qu'on veut zéro? Donc, on a les intrants puis on a les extrants
qu'on veut. On peut avoir 10,
15 intrants, deux, trois extrants, puis c'est ça qu'il faut présenter,
puis il faut demander l'avis de la régie suite à des consultations
publiques ordonnées devant audiences.
Le
Président (M. Montigny) : ...pour votre exposé. Mme la ministre, vous avez
la parole, vous êtes sur votre temps.
Mme Fréchette : Oui. Merci beaucoup,
M. Pineau. Merci beaucoup, monsieur...
M. Audette (Sylvain) : Audette.
Mme
Fréchette : Audette, pardon. J'apprécie vraiment grandement
l'accueil très positif que vous faites, que vous réservez au projet de loi n° 69, considérant la notoriété que votre chaire a, considérant la
notoriété particulièrement que vous avez, Pr Pineau. Donc, j'accueille
avec... vraiment de manière très positive votre... vos commentaires à l'effet
que ce projet de loi est un pas en avant.
Vous parlez beaucoup de la nécessité de réduire
la consommation, bon, des Québécois. Quelles parts est-ce que vous imaginez que cette réduction de la
consommation des Québécois doivent occuper dans le courant des prochaines
années? Quelle part devrait être associée à cette réduction-là dans notre plan,
selon vous? Qu'est-ce qu'on peut aller chercher, bref, comme réduction? Et
quels devraient être les incitatifs? C'est sûr qu'il y a le signal de prix,
auquel vous référez. Est-ce qu'il y a
d'autres incitatifs que vous verriez qui puissent être utilisés pour,
justement, atteindre une réduction significative?
M. Pineau (Pierre-Olivier) : Merci.
C'est... Alors, il y a plusieurs outils. Le signal de prix est un outil, mais
ce n'est certainement pas le seul outil à utiliser. Mais je vais commencer
d'abord par dire un peu ce qu'on peut voir. On peut être extrêmement ambitieux
et regarder ce que la France, l'Allemagne... Et, dans notre mémoire, on donne un exemple du canton de Vaud, où... en Suisse, où
ils planifient une réduction de la consommation de l'ordre de 50 %,
donc, 40 %, 50 %. Par l'efficacité énergétique, et j'ai déjà fait des
calculs, un webinaire, un petit document là-dessus, on pourrait décarboner le
Québec sans faire de croissance économique, sans avoir des nouvelles
industries.
Mais
on pourrait décarboner le Québec avec à peu près la production d'électricité
qu'on a déjà au Québec, mais ça demanderait évidemment d'avoir des bâtiments
extrêmement performants. Il faut rappeler que c'est dans les bâtiments qu'on
consomme le plus d'électricité, pour les chauffer. Donc, si, d'ici 2050, on a
un parc de... un parc de bâtiments très performants,
qui se rapprochent de bâtiments passifs ou de... de bâtiments carboneutres, eh
bien, on peut faire des gains extrêmement importants, de l'ordre de 20 à
30 térawattheures, dans les bâtiments, dans le chauffage des bâtiments, et
donc, là, réduire d'autant la nécessité de construire davantage.
En transport, on veut
électrifier les transports, mais l'objectif, ce n'est pas d'électrifier les
transports, c'est d'avoir une mobilité durable et efficace. Et donc on pense
trop souvent que décarboner les transports, c'est avoir des voitures
électriques, mais ce n'est pas ça, l'objectif. Il y aura des voitures
électriques, mais le véritable objectif, c'est d'avoir des trains, de la mobilité active, et qui coûte globalement
moins cher, et qui consomme moins, et qui peut limiter les besoins en
électricité qu'on peut avoir... dont on pourrait avoir besoin. Et donc, là, on
pourrait, à l'intérieur des 200 térawattheures, grosso modo, qu'on produit
au Québec, décarboner le Québec si on avait des transformations profondes de notre consommation dans les bâtiments
et en transport, évidemment, faire l'efficacité énergétique en industrie,
et on sait qu'on a un potentiel d'efficacité énergétique en industrie.
Les autres outils,
mis à part la tarification et le prix, c'est la réglementation et l'aménagement
du territoire et des grands projets. La CAQ avait parlé, jusqu'en 2019, d'une
stratégie ferroviaire pour le Québec. C'est quelque chose que je déplore qui a
disparu après 2019. Il n'y a pas de stratégie ferroviaire, mais, pour la
mobilité au Québec, la stratégie... une stratégie ferroviaire serait
extrêmement importante, l'aménagement du territoire pour avoir des zones
densément peuplées qui permettent d'avoir des bâtiments mieux conçus et qu'on
peut... auxquels... desquels on peut avoir accès aux services. C'est un projet
qui demande une réorientation de la manière d'occuper le territoire. Pas de
changement radical, mais simplement de progresser vers des zones mieux
habitées, du transport qui permette d'aller d'une région à l'autre en train et
d'avoir des bâtiments plus efficaces.
Mme
Fréchette : Merci. De manière à ce que tout le monde soit engagé dans
cette mouvance de la transition énergétique et puis qu'on puisse atteindre
l'ensemble de nos objectifs liés à ça, donc, on a, dans le projet de loi n° 69, l'intégration du critère de la transition
énergétique qui serait ajouté à la mission d'Hydro-Québec, de même qu'à la
mission de la régie. Alors, j'aimerais vous entendre sur l'impact qu'aura
chacun de ces changements de mission et l'impact
combiné aussi que ça pourrait avoir sur le développement du Québec, puis
l'atteinte de nos... de nos objectifs, et le type de décisions qui
seront prises.
M. Pineau
(Pierre-Olivier) : Bien, ce que ça permettra, et puis la présentation
d'Énergir l'a mis un peu en relief, c'est que ça permet de faire des
investissements dans la décarbonation qui, parfois, ne passent pas au niveau de
la régie parce que ce n'est pas forcément le plus bas coût à court terme, mais
qui permettent justement de mettre en place des mécanismes d'investissement
dans la biénergie, ou dans des boucles de chaleur, ou dans le gaz naturel renouvelable. En ayant ce concept de transition
énergétique dans la... dans la mission même de la régie et d'Hydro-Québec,
ça peut les amener à prendre des décisions
meilleures pour la transition énergétique, alors que la régie, malheureusement,
historiquement, a eu tendance parfois à avoir une interprétation un peu
restrictive et un peu trop économique pour aller vers des décisions au plus bas
coût, alors que ce n'est pas forcément la décision à long terme.
Ceci dit, ce n'est
pas... l'inclusion de la mission de la transition énergétique dans... au niveau
de la régie et d'Hydro-Québec qui vont résoudre tous nos problèmes. Il faut une
planification à long terme. Le plan intégré des ressources et de... plan intégré
de gestion des ressources énergétiques est très important. Puis justement, pour
pouvoir faire, comme Sylvain nous l'a dit, la part des choses entre... Si on ne
veut pas faire d'efficacité énergétique, il faudra effectivement beaucoup plus
d'énergie. Mais il faut qu'on ait des scénarios où on amène... on puisse
montrer aux Québécois, si on est très
sérieux en efficacité énergétique, on n'aura pas besoin de nucléaire, on n'aura
pas besoin d'une panoplie d'actifs de production supplémentaires.
Par contre, si on
n'est pas prêts à faire les efforts en efficacité énergétique, il se peut qu'on
ait besoin d'une panoplie de projets industriels. Et il faut que le... à
l'intérieur du PGIRE, on ait cette panoplie de scénarios pour avoir une conversation franche avec les Québécois,
notamment au niveau des prix. Tout le monde est en train de parler du prix de
l'électricité, de combien ça va augmenter, mais il y a des choses qui peuvent
nous coûter plus cher et d'autres, moins
cher. Moi, je suis persuadé que la transition énergétique a le potentiel
d'améliorer notre environnement, et de nous coûter moins cher, et de
nous enrichir si on fait bien les choses.
Aujourd'hui, on
s'appauvrit en ayant des routes qui nous coûtent cher et des véhicules qui
congestionnent nos routes, qui nous coûtent très cher. On pourrait s'enrichir
au lieu de s'appauvrir en ayant, sur 10, 20 ans, des trains qui nous permettent de réduire l'empreinte
physique et énergétique du transport, qui nous coûtent collectivement
moins cher et améliorent la qualité de l'environnement.
Mme
Fréchette : Justement, sur cette possibilité de s'enrichir, si on pose
les bonnes actions, qu'est-ce que vous voyez comme potentiel pour le Québec,
potentiel qui serait généré par le secteur énergétique? Qu'est-ce que vous voyez, comme fer de lance que représente le secteur
énergétique, comme potentiel pour le développement économique du Québec?
Dans un contexte de transition énergétique, de lutte aux changements
climatiques, on est dotés de ressources,
d'une expertise franchement enviable, pour ne pas dire unique, parce qu'au
niveau des réseaux électriques, on a un des réseaux électriques les plus verts
au monde. Alors, dans quelle mesure est-ce qu'on devrait miser là-dessus pour
le développement économique?
M.
Pineau (Pierre-Olivier) : Bien, très bonne question. Et je pense
qu'effectivement le Québec a des atouts. C'est...
En fait, c'est le... la place à être sur terre pour la transition énergétique.
Parce que non seulement, comme vous l'avez
mentionné, on a un réseau complètement décarboné, mais, on l'oublie souvent,
nos réservoirs hydroélectriques peuvent
stocker de l'énergie comme nulle part ailleurs sur terre. Donc, on a une
capacité de stockage qui est extrêmement intéressante, notamment pour
intégrer de l'énergie éolienne ou solaire, et donc, là, on peut miser là-dessus.
Une fois qu'on a dit
ça et qu'on a des atouts incroyables, notamment en termes d'espace, de
ressources naturelles, de bois, de gisements
éoliens et même de gisements solaires, et de gisements hydroélectriques, et de
géothermie, jusqu'à un certain point, pour l'alimentation en chaleur de
bâtiments, il faut faire attention de ne pas répliquer les recettes de développement industriel du passé,
c'est-à-dire vendre sous la valeur des ressources naturelles pour essayer
d'attirer des entreprises.
• (12 heures) •
Je pense que ce qui
est la clé du développement économique, c'est l'ingéniosité des Québécois. Oui,
les ressources naturelles jouent un rôle important, mais il faut avant tout
compter sur notre capital intellectuel, sur l'innovation et ne pas vendre à
rabais des ressources naturelles. On a un avantage compétitif avec nos
ressources naturelles, on... c'est plus facile de faire un parc éolien ici qu'à
peu près partout sur terre, mais ne vendons pas cette énergie-là moins cher que
le coût de production.
Et,
en cela, je suis en désaccord avec l'idée de continuer à vendre au prix moyen
notre électricité. Il faut que le coût
marginal devienne le prix de référence pour les nouveaux projets et, en fait,
ultimement, pour tous les consommateurs québécois, même s'il y a des
accommodements inévitables à réaliser pour ne pas avoir de choc à court terme.
Mme
Fréchette : Donc, à vos... à vos yeux, il y a une juste valeur qui
n'est pas reflétée par nos prix actuels et vers laquelle on devrait cheminer.
M. Pineau
(Pierre-Olivier) : Oui, absolument. Tout le monde s'entend pour dire
que l'hydroélectricité est l'énergie avec la plus grande valeur parce qu'elle
est renouvelable, elle peut... nous permet de produire sur demande. Et c'est la
plus grande valeur, mais c'est celle qu'on vend le moins cher. C'est la... On
est... on est fiers, au Québec, de
dire : On a les plus bas prix de l'énergie, de l'électricité en Amérique
du Nord, voire sur terre. Mais, si c'est la plus... la plus grande
valeur, mais qu'on la vend la moins chère, il y a un enjeu, là. Quelque chose
de valeur, on doit le vendre à son prix, à sa juste valeur et pour... justement
pour inciter à mieux consommer. Et malheureusement les Québécois ne profitent
pas pleinement de la richesse hydroélectrique dont ils bénéficient parce qu'ils
se la vendent à eux-mêmes à moindre prix.
Mme
Fréchette : Vous parlez dans votre mémoire, en fait, de l'importance
d'avoir un organisme indépendant sur le PGIRE. Est-ce que vous pourriez nous
préciser, en fait... en fait, votre pensée par rapport à cette question-là?
M. Audette
(Sylvain) : Oui. Bien, je peux peut-être intervenir sur le PGIRE,
justement.
M. Pineau
(Pierre-Olivier) : Vas-y, oui.
M. Audette
(Sylvain) : Bien, on trouve que, dans le projet de loi, ça ne va
peut-être pas assez loin au niveau de la gestion du PGIRE. Je pense que le fait
que c'est confié au ministère pour un premier PGIRE, c'est une bonne idée, parce que c'est assez complexe, il va
falloir... embaucher des experts, il va falloir assez consulter aussi la
population. Mais, à la fin, ça prend
quelque chose qui est déposé avec des scénarios, et l'étude des scénarios, des
hypothèses derrière ça, ça va être quelque chose qui va être assez
complexe.
Donc, ça prend un
organisme indépendant, et on en a un au Québec, dans le secteur de l'énergie,
qui est là depuis 1997, là. Je veux dire, moi, ça fait 25 ans que je suis
dans le secteur de l'énergie et puis réglementer... Je suis arrivé en 2000,
puis je le sais que ce n'était pas parfait, mais cette institution-là permet de
faire ce débat-là de manière indépendante. Trois régisseurs, tous les groupes
viennent faire leurs présentations, incluant Hydro-Québec, Énergir, et puis on étudie les scénarios qui ont
été développés par le ministère, puis, à la fin, on demande à la régie de
donner son avis indépendant là-dessus.
Donc, c'est ce qu'on
demande, puis je pense que c'est la chose qu'il faut faire pour améliorer
l'acceptabilité sociale puis la participation de tous dans un cadre plus
ordonné.
Mme Fréchette :
Merci. Il nous reste peu de temps, donc je reviendrais... Une minute?
Une voix : ...
Mme Fréchette :
Trois minutes. Pardon. Bien, je reviendrais sur le thème antérieur où on
parle de juste valeur. Comment est-ce qu'on
peut s'assurer de refléter davantage la juste valeur tout en gérant de l'acceptabilité
sociale? Parce que c'est sûr qu'on
vient modifier des comportements quand on réajuste le prix, et, par conséquent,
l'acceptabilité sociale ne suit pas nécessairement. Donc, comment est-ce
que vous voyez cet équilibre-là à trouver?
M. Pineau (Pierre-Olivier) : Donc,
c'est très délicat, parce que tout le monde a l'impression qu'en payant un
faible prix on est mieux servi, mais il faut expliquer aux Québécois qu'on
peut... Hydro-Québec, qui est une entreprise, pourrait
générer beaucoup plus de revenus et de profits qui, eux, après, peuvent être
redistribués aux Québécois de manière bien plus intéressante qu'à travers des
bas prix.
Il faut se rendre
compte que les bas prix de l'énergie favorisent surtout les ménages à revenu
élevé qui ont la capacité de consommer
davantage. Donc, en fait, aujourd'hui, quand on regarde au niveau des ménages
québécois, ceux qui consomment le plus, ce sont qu'ils sont... ce sont
ceux qui ont les plus grandes maisons, qui ont les plus grandes piscines, qui ont le plus de voitures électriques
et qui, donc, s'approprient une part plus grande de la richesse hydroélectrique
québécoise uniquement parce qu'ils ont la capacité de consommer plus grande que
des ménages à faibles revenus. C'est une mauvaise répartition de la richesse
collective qui est l'hydroélectricité québécoise.
Et donc, en
expliquant aux Québécois qu'on a des mécanismes pour, un, aider les ménages à
faibles revenus et, deux, aider tout le monde à consommer moins, et donc à
réduire sa facture même si le prix augmente, on va réduire la facture, parce
qu'on peut mettre des thermopompes, faire de l'isolation, avoir des mécanismes
comme Hilo qui nous permettent de mieux
moduler notre consommation... eh bien, on peut diminuer notre facture. Si on
explique aux Québécois qu'on peut
mieux consommer et faire davantage de revenus et de profits collectifs qui vont
être redistribués, je pense qu'on peut avoir de l'acceptabilité sociale.
Mais c'est vrai qu'on
se situe très loin des débats sur la hausse des tarifs qui, malheureusement,
caractérise les différents partis politiques depuis... depuis 20 ans où,
chaque parti qui dit qu'il y a une mini hausse ou une hausse significative de
l'électricité, on se déchire sur la place publique pour dire que cette hausse est
inacceptable. Il faut arrêter d'avoir des
débats stériles sur les hausses d'électricité, mais parler de consommation, de
réduction et de protection de ceux qui ont vraiment besoin d'être
protégés.
Mme Fréchette : ...de la... de la
consommation efficace par les entreprises de l'énergie? Est-ce qu'on est déjà
à niveau de ce côté-là ou il y a beaucoup à faire?
M. Pineau
(Pierre-Olivier) : Il y a aussi beaucoup... Hydro-Québec publie tous
les quatre ou cinq ans un potentiel
technico-économique de l'efficacité énergétique, et donc ça concerne le secteur
résidentiel, mais aussi commercial et industriel. C'est la somme de ce
potentiel d'efficacité énergétique qu'Hydro-Québec a identifié comme étant techniquement réalisable et économiquement
profitable, il est de 20 TWh, et ça, il y en a une partie, environ huit, 9
TWh dans le secteur résidentiel et
plus de 10 TWh dans le secteur commercial et industriel. Encore une fois,
il faut, à travers différents incitatifs qui, aujourd'hui, sont loin
d'être parfaitement cohérents, pousser les entreprises à devenir des chefs de
file dans la gestion de l'énergie.
Le Président (M. Montigny) : Merci,
merci. Merci beaucoup. Le temps est écoulé. Merci beaucoup, Mme la ministre.
Et je cède maintenant la parole à la députée de Saint-Laurent.
Mme Rizqy :
Merci beaucoup, M. le Président. Bonjour, M. Audette, merci d'être
parmi nous. Bonjour, M. Pineau, merci d'être avec nous. J'aimerais juste
d'abord... Parce qu'on parle beaucoup de solutions à un problème qui est, en
fait, notre déficit énergétique actuel, mais permettez-moi juste de faire un
pas en arrière avec vous. Je vais me tourner vers vous, M. Audette, parce
que je peux vous voir. En 2020, on nous disait, à Hydro-Québec, qu'elle disposait de plus de 40 TWh. Quelques mois
plus tard, il en manquait 100. Comment on est passé, en très peu de mois,
avec un déficit énergétique aussi important et, aujourd'hui, de devoir faire
une immense commission pour trouver de l'énergie?
M. Audette
(Sylvain) : Bien, je peux vous donner la réponse, parce que c'est... à
chaque fois qu'un plan d'approvisionnement est déposé devant la Régie de
l'énergie, bien, on peut étudier les plans d'approvisionnement puis regarder
celui qui est déposé avant puis celui qui est déposé après. Et puis c'est clair
qu'Hydro-Québec avait fait des... ce n'est pas «politically correct» de dire
ça, des mauvaises prévisions. Dans ses modèles de prévisions, on utilise le
PIB, on utilise la croissance de la population puis, à un moment donné, on met
des chiffres là-dedans, puis on ne met pas les bons chiffres.
Et, par contre, dans
l'écart que vous mentionnez, c'est bien, bien expliqué, c'était le
développement industriel, l'électrification des transports et le chauffage.
Donc, quand on regarde le détail, quand on compare le plan d'appro avant et
après, Hydro-Québec l'a mentionné eux-mêmes.
Mme Rizqy : Bien, le gouvernement, de mémoire, la deuxième loi
qu'ils ont adoptée, c'est le projet de loi n° 2,
qui donnait le pouvoir à l'ancien
superministre d'allouer les blocs d'énergie en haut de 5 MW. Ce n'était
pas Hydro-Québec. Donc,
est-ce que je me trompe, que c'était vraiment un pouvoir ministériel de pouvoir
allouer les blocs d'énergie au-dessus de 5 MW?
M. Audette
(Sylvain) : Non, vous ne vous trompez pas. D'ailleurs, j'étais ici il
y a cinq ans, en 2019, pour dire que c'était... le projet de loi pour monter
les tarifs à l'inflation, ce n'était pas une bonne idée, et puis de donner trop de pouvoir au pouvoir exécutif, ce n'était
pas une bonne idée non plus. Donc, je ne peux pas me contredire, si vous
allez voir ce que j'ai dit. Puis... Donc, oui, c'est...
Mme Rizqy :
Non, mais c'est bien de nous rafraîchir la mémoire, c'est parfait.
M. Audette
(Sylvain) : Bien, c'est... en 2019, je pense que j'étais ici, puis
j'étais exactement dans la même salle, en fait, et puis j'avais dit... C'était
M. Jonatan...
Mme Rizqy : Jonatan Julien.
M. Audette (Sylvain) : Julien.
Mme Rizqy : Mais ici on n'a pas
le droit de dire les noms.
M. Audette
(Sylvain) : C'est ça. Bien, c'est ça. Ça fait que, oui,
c'était... Bien, premièrement, Hydro-Québec s'était trompé dans son modèle de prévision, et,
lorsqu'on avait quand même... malgré qu'on trouvait qu'on avait des mauvaises prévisions, on s'est dit : Oui, mais
il faut quand même développer le milieu industriel. Donc, il y avait un gros
bloc, c'était développement industriel, nouvelles... nouvelles technologies,
qui était là, dans le plan d'approvisionnement,
qui prenait une bonne partie de cet écart-là.
Mme Rizqy : Bien, je suis
contente que vous soyez encore à nouveau avec nous, parce que HEC, c'est quand
même les hautes études commerciales. Alors, je vais profiter de votre expertise
pour peut-être mieux comprendre, parce que moi, j'ai encore de la misère, on
dirait que mon cerveau n'arrive pas à comprendre comment on passe de surplus
énergétiques en quelques mois à des déficits énergétiques.
Je pense qu'aux HEC vous enseignez dans quelques
cours ce qu'on appelle «shorter», c'est-à-dire des ventes à découvert. Est-il
possible... Parce qu'on a entendu M. Legault à l'international ainsi que
M. Fitzgibbon à l'international dire : Venez-vous-en au Québec, on a
de l'électricité, puis elle n'est pas chère. Est-il possible qu'ils ont fait ce
qu'on appelle une «vente à découvert», c'est-à-dire vendre ce qu'ils n'avaient
pas?
M. Audette (Sylvain) : Bien...
bien, Hydro-Québecprésente un plan d'approvisionnement aux 10 ans, pour
les prochaines 10 années. Donc, en fait, ce qu'ils se disaient, c'est
qu'ils disaient : Bien, on a besoin de plus d'approvisionnement. Donc, je
ne pense pas qu'ils ont fait une vente à découvert. Je comprends que ça
s'est...
Mme Rizqy : Bien, aujourd'hui,
on n'a plus de térawattheures.
M. Audette (Sylvain) : Mais...
mais je pense que... Non, ils ont fait une mauvaise prévision, mais ils ont
révisé leur prévision 10 ans. Aux trois ans, ils déposent... ils
déposaient l'ancien cadre réglementaire, ils le déposaient aux trois ans, puis
il y avait une prévision 10 ans, puis là, quand ils ont redéposé, ils ont
dit : Woup! Même, ils n'ont pas attendu
trois ans, ils ont dit : Il faut se dépêcher, parce que, si on attend
trois ans, ça ne fonctionnera pas. Non. Ils ont... ils ont fait une
mauvaise planification des besoins énergétiques du futur puis ils ont réajusté
le tir en cours de route.
Une partie de ça, comme je répète ma réponse de
tout à l'heure, est expliquée par l'électrification du transport, les
réductions de GES dans le chauffage et aussi le développement industriel.
Mme Rizqy : Écoutez, tantôt, on
a eu... Je... je pense que vous étiez dans la salle, hein, quand que le PDG d'Hydro-Québec
était avec nous? Vous... Est-ce que vous avez eu l'occasion de l'entendre?
M. Audette (Sylvain) : Oui.
Mme Rizqy : Bien, il a quand
même dit la chose suivante... Parce que, dans votre mémoire, j'aime ça, vous marquez
«transparence», vous demandez plus de transparence, et je dois avouer que j'ai
le même enjeu que vous. Souvent, je fais des demandes d'accès à l'information,
puis mes collègues aussi, d'ailleurs, mais, moi, ça me revient toujours
caviardé. Bon, je ne sais pas si c'est parce que c'est moi ou si c'est
peut-être d'autres personnes.
Mais, dans la planification, il y a un enjeu qui
est assez important, ce sont les blocs d'énergie qui ont déjà été alloués,
d'autres qui sont promis. Notamment, par exemple, à Northvolt, il y a
360 MW de promis qui sont réservés, puis on ne sait pas trop qu'est-ce qui
se passe avec l'usine. Mais, pendant ce temps-là, nous, on a fait une demande
lors des crédits. Il y a eu, au 31 mars 2023, 35 projets reçus pour
24 000 MW pour le secteur industriel et émergent, mais seulement 11
ont été autorisés, selon une liste de multicritères. Bon, j'ai essayé de
trouver la liste exhaustive des multicritères, je ne l'ai pas eue.
Vous, en matière de transparence, est-ce que
c'est important aussi de savoir qui reçoit les blocs d'énergie, selon quels
critères ils ont été alloués? Parce qu'aujourd'hui on est quand même dans une
situation déficitaire puis on se tourne... le gouvernement se tourne vers nous
autres pour trouver une solution, là.
• (12 h 10) •
M. Audette (Sylvain) : La
réponse, c'est : Oui, c'est... il devrait y avoir plus de transparence.
D'ailleurs, le projet de loi, le PL 69, je pense, donne plus de pouvoirs à
la régie. Et ça, on l'applaudit. Et puis il va falloir que la régie, justement, puisse regarder les... Même si Hydro-Québec a demandé plus de flexibilité, là, la régie va quand même devoir
regarder ça. Donc, oui, il faut avoir plus de transparence...
M. Pineau (Pierre-Olivier) : Sylvain,
Sylvain...
M. Audette (Sylvain) :
Mais vas-y, Pierre-Olivier.
M. Pineau (Pierre-Olivier) : Je
vais quand même... je vais quand même ajouter que nous ne sommes pas
aujourd'hui en déficit. Et, à court terme, il n'y a pas de déficit énergétique.
Tout le monde reçoit l'énergie qu'il veut acheter auprès d'Hydro-Québec. C'est
dans les planifications et pour les projets futurs. C'est certain que, si on
veut... on promet de vendre au tarif L, à des clients industriels, de
l'énergie, il y a beaucoup de clients. Et c'est là où ça pose problème. C'est
que, si on veut attirer la longue liste d'industries qui se disent intéressées
par de l'électricité au tarif L actuel, eh bien, là, on aura un déficit dans le
futur.
Mme Rizqy : ...déficit,
pour vous, il commence quand? Parce que, nous, ce qu'on nous a dit, c'est à
partir de 2026.
M. Pineau
(Pierre-Olivier) : C'est-à-dire, dans certaines planifications, il
peut y en avoir, mais Hydro-Québec
prend des mesures et a des blocs d'approvisionnement qui viennent... qui
rentrent en compte pour justement ne pas avoir de déficit dans le réseau.
Mme Rizqy : Mais comment vous
expliquez... alors que, par exemple, dans différentes régions du Québec, on ne peut pas raccorder des secteurs... des
nouveaux secteurs de développement en habitation? Comment vous expliquez
qu'il y a des entreprises québécoises qui se
font dire non pour des blocs d'énergie si on n'a pas d'enjeux d'électricité?
Si on n'est pas en déficit, alors on est en quoi, en réserve de République?
M. Pineau (Pierre-Olivier) : Non.
Il peut y avoir des... il peut y avoir différentes choses. Le réseau ne peut ne
pas accommoder. C'est qu'à un moment aujourd'hui, il se peut que le réseau soit
contraint, pas pour des raisons énergétiques, mais pour des raisons de capacité
de livraison dans le réseau électrique. Il se peut qu'il y ait des problèmes, parce qu'on n'a pas les
transformateurs, les lignes de distribution qui permettent d'alimenter des
nouveaux projets. Mais, quand vous dites des blocs...
Mme Rizqy : Je comprends, mais,
par exemple, dans les crédits, là, ça, c'est le gouvernement qui répond dans les crédits, dans les 35 projets reçus,
au niveau du raccordement, il y en a 14 que c'est d'une incapacité technique, donc
de raccordement, mais les 10 autres qui sont refusés, c'est à la suite
d'une analyse complète multicritère. Et c'est le ministre, bien, à l'époque,
l'ex-superministre, qui disait : Moi, je n'ai pas en ce moment cette
énergie-là pour répondre à toute la demande.
Il dit : J'ai plein de gens qui viennent frapper à ma porte puis je
n'arrive pas à répondre. Donc...
M. Pineau (Pierre-Olivier) : Oui.
Et ça, c'est... Donc, ça, c'est pour des besoins futurs. Ce que je dis, c'est
qu'aujourd'hui il n'y a pas de déficit. Ceux qui sont branchés aujourd'hui
vivent avec leur énergie. Mais c'est certain que,
pour des projets supplémentaires, là, effectivement, il y a un manque, il n'y
a... il n'y a plus de marge de manoeuvre pour alimenter des nouveaux
projets parce qu'il n'y a pas de capacité disponible.
Mme Rizqy : Est-ce que c'est
parce qu'on en a donné trop dans l'industrie?
M. Pineau (Pierre-Olivier) : C'est
parce que les...
M. Audette (Sylvain) : Bien, il
faut faire la distinction...
M. Pineau (Pierre-Olivier) :
Vas-y, Sylvain.
M. Audette
(Sylvain) : ...entre la
capacité de produire de l'électricité... Là, je pense, de l'électricité, des
kilowattheures, on en a suffisamment. Lorsqu'on a des problèmes, des
fois, c'est des problèmes de puissance dans certaines régions, comme en Outaouais, tout à l'heure, qu'on a
mentionné. Et puis ça, c'est... bien, ça fait partie du plan d'investissement
d'infrastructure. Donc, ils doivent renforcer les infrastructures. Nos
infrastructures de transport, distribution sont vieillissantes partout dans le
monde, d'ailleurs. On n'est pas uniques. Donc, il va falloir renforcer ces
structures-là.
Donc, au moment où on se parle, ça, ils ne
peuvent pas le faire. Mais, dans le plan de développement, ce que j'ai compris d'Hydro-Québec,
ils veulent prioriser ça, le renforcement des infrastructures de transport,
distribution. Et là on ne parle pas de la production. De la production, on en a
assez au moment où on se parle.
Mme Rizqy : Il me reste très
peu de temps. J'ai deux dernières questions pour vous, très rapidement. Dans un
premier temps, est-ce que vous êtes... Vous, vous dites que ça va coûter, je
cite dans l'article de La Presse de Charles
Lecavalier, 0,1266 $/kWh. Le gouvernement dit que ça ne coûtera pas plus
que 0,03 $. Tantôt, Michael Sabia, on lui a posé la question, mais,
dans le projet de loi, il y a un fonds d'aide pour la clientèle résidentielle
pour contrer cette hausse, donc pour les aider par rapport à la hausse
tarifaire domestique. Il a dit la chose suivante, qu'il n'est pas certain que c'est le bon mécanisme. Est-ce que
vous êtes d'accord? Est-ce que c'est le bon ou le mauvais mécanisme?
Première question.
Deuxième question. Michael Sabia, quand même,
s'est avancé sur le niveau des blocs d'énergie qui ont été distribués au niveau
industriel en disant que peut être que ça n'a pas été la meilleure façon de les
distribuer, ces blocs d'énergie. Partagez-vous son sentiment?
M. Audette
(Sylvain) : Très rapidement, ce n'est pas la bonne façon, parce que,
justement, c'est artificiel comme méthode, Pierre-Olivier l'a mentionné. Et,
sur l'attribution des blocs d'énergie, si la régie a des critères établis, tout
le monde pourrait venir... son point de vue, et ce ne serait pas une seule
personne, que ce soit la ministre actuelle ou le ministre qui va être en poste
après les élections, qui va décider. Ça va être un organisme qui va regarder
selon les critères qu'on devrait regarder lorsqu'on attribue des blocs, lorsqu'on
est en problème de sécurité d'approvisionnement.
Mme Rizqy : Et, pour la
deuxième question, il s'est avancé au niveau des mégawatts qui ont été
distribués, notamment à des entreprises étrangères. Il a dit que ce n'était pas
nécessairement la meilleure façon d'allouer nos ressources énergétiques.
Partagez-vous son sentiment?
M. Audette (Sylvain) : Oui,
c'est ce que je viens de dire. Bien, je ne le sais pas, parce que je n'ai pas
vu les critères exactement en détail.
Mme Rizqy : Moi non plus. Tout
le monde les cherche, les fameux critères...
Le Président (M. Montigny) :
...en conclusion.
M. Audette (Sylvain) : Mais, si
la régie a plus de pouvoirs, et puis on pourrait regarder c'est quoi, les critères, bien, il faudrait regarder. Mais je
pense que ça se peut qu'on soit obligés de refuser des gens. Mais... critères.
Le Président (M. Montigny) : Merci,
merci beaucoup. Il est maintenant temps de céder la parole au député de Maurice-Richard.
M. Bouazzi : Merci. M. Pineau,
vous avez parlé des besoins, en fait, qui seraient... si on met de côté le
nouveau développement économique, qui seraient, en fait, à peu près remplis
avec juste un peu plus d'électricité. Hydro-Québec nous a présenté, il y a quelques mois, un plan
pour doubler la taille, essentiellement, d'Hydro-Québec, donc aller chercher 180 TWh annuels à terme,
d'ici 26 ans. J'ai rappelé, tout à l'heure, que ça fait 20 fois
l'équivalent de la production de La Romaine, qui a pris 11 ans à
être développée. Dans un critère de zéro à 10, zéro étant aucune chance qu'on y
arrive, et 10 étant: Bien oui, bien sûr, on va y arriver en 26 ans, vous
mettez ça où, vous?
M. Pineau (Pierre-Olivier) : Le
plan d'action... le plan d'Hydro-Québec 2050... 2035? Je le mettrais à,
peut-être, 4 ou 5...
M. Bouazzi : 2035, c'est une
chose, mais 2050, 26 ans, on s'entend, c'est demain matin, là.
M. Pineau (Pierre-Olivier) : Mais,
de la manière dont on organise les débats aujourd'hui au Québec et de manière
générale dans la société, malheureusement, je ne peux pas y croire, parce que,
pour réussir la transition énergétique, il faut amener une transformation
beaucoup plus en profondeur de nos modes de consommation et de l'aménagement du
territoire. Donc, ce n'est pas simplement en rajoutant des mégawatts et des
lignes de transport qu'on va y arriver.
M. Bouazzi : C'est... c'est
bien. Donc, on est au niveau du 0 sur 26 ans. Je donnerais une autre
question. C'est qu'au début on ne savait pas qu'il nous en manquait. Ensuite,
le premier ministre nous a dit : On va avoir 50 % de plus d'Hydro-Québec,
et puis, ensuite, 75 %. Et puis, tout d'un coup, on a besoin de 100 %
de plus, et c'est là où le rapport est arrivé avec doubler la taille d'Hydro-Québec
en 26 ans.
Est-ce que vous avez vu un document, une
explication qui nous explique à quoi va être utilisé le 100 % en tant que tel? C'est quand même immense, c'est
160... ou 80 milliards de dollars d'investissement, dans mes... dans
mes souvenirs. Ça fait qu'en matière de transparence, si zéro, c'est
zéro transparence sur le 100 % d'augmentation, et 10, c'est 100 % de
démocratie... on est où?
M. Pineau
(Pierre-Olivier) : Non, là, sur la transparence, Hydro-Québec, elle est grande, parce que je... Ils le disent très clairement que les proportions qui vont pour
l'investissement, pour assurer la fiabilité et la qualité du service, c'est
environ un tiers des 180... 150, 180 milliards qui sont prévus d'être
dépensés d'ici 2035.
M. Bouazzi : Mais je ne parle
pas des dépenses, hein, je parle du 180 TWh.
M. Pineau (Pierre-Olivier) : De
l'énergie?
M. Bouazzi : Exact.
M. Pineau (Pierre-Olivier) : Oui,
alors... Mais, encore une fois, il y a des approximations qui sont données, une grande partie pour l'électrification, une
grande partie... Ici, c'est marqué : 40 % pour l'électrification des
transports et du bâtiment, 35 %
pour la décarbonation des industries ici et 25 % pour la croissance
économique, donc des nouvelles industries. Là, c'est ce
qui est perçu, mais, encore une fois, c'est dépendant de la manière dont on
fait les choses. Est-ce qu'on est des acteurs intelligents de l'efficacité
énergétique? Est-ce qu'on... Et comment on accueille les entreprises?
Donc, il y a beaucoup de choses qui peuvent changer.
M. Bouazzi :
Mais on est d'accord. C'est en contradiction, en gros, quand même, par
rapport à ce que vous avez affirmé, si on met de côté les nouveaux
investissements, par rapport à l'électricité dont nous aurions besoin si
l'efficacité, la sobriété étaient mises à l'avant.
M. Pineau (Pierre-Olivier) : Tout
à fait, si on mettait de l'avant la sobriété, ce qui va être essentiel pour
faire la transition énergétique...
Le Président (M. Montigny) : Très
bien, très bien. Merci. Le temps est écoulé. Alors, je cède maintenant la
parole au député de Jean-Talon.
M. Paradis :
Le premier ministre affirme qu'il n'y aura pas d'augmentation des tarifs
résidentiels au-delà de 3 % par année,
et la ministre, depuis qu'elle est entrée en fonction, a dit la même chose. Or,
le projet de loi 69 institue un fonds
d'aide à la clientèle domestique d'Hydro-Québec affecté au versement des sommes
nécessaires à Hydro-Québec
pour l'administration du programme. C'est-à-dire que M. et Mme Tout-le-Monde, à
même leurs impôts, vont payer des sommes à Hydro-Québec pour compenser la différence entre l'augmentation du coût marginal et
le plafonnement de l'augmentation des tarifs à 3 %. Est-ce que vous
êtes d'accord avec moi qu'il s'agit d'une augmentation déguisée des tarifs que
les clients, que la clientèle résidentielle va payer?
M. Pineau (Pierre-Olivier) : Bien,
c'est un stratagème comptable, mais... C'est un stratagème comptable, oui.
M. Paradis :
Stratagème comptable.
• (12 h 20) •
M. Audette
(Sylvain) : Bien, je vous dirais, c'est même un stratagème politique,
là, parce que... On était ici, encore une
fois, Pierre-Olivier, tu te rappelles, il y a cinq ans, pour dire qu'il faut
laisser les tarifs s'ajuster en fonction des coûts réels que ça coûte.
Donc, on peut utiliser l'interfinancement, comme M. Sabia disait. Il
dit : Bien, on pourrait toujours rester
3 %, le résidentiel, puis faire payer plus l'industriel puis le
commercial, ce qu'on entend dans le discours politique récemment. Mais
ça ne va pas envoyer le bon signal de prix, encore une fois. Donc, ça...
Dans notre mémoire,
on signale qu'il faut aller chercher le bon signal de prix. Et ça passe par une
réduction de l'interfinancement, peut-être pas un choc
tarifaire, et une protection des ménages à faible revenu.
M. Paradis :
Stratagème comptable, stratagème politique. Donc là, M. et Mme
Tout-le-Monde doivent comprendre qu'en réalité le coût de l'électricité, pour
elles et pour eux, va augmenter si le projet de loi 69 est adopté tel
quel, parce qu'il va y avoir un mécanisme par lequel leurs impôts va contribuer
à compenser ça, là, la différence entre le coût marginal puis l'augmentation...
le plafonnement de l'augmentation à 3 %. C'est bien ça?
M. Pineau (Pierre-Olivier) :
Mais ce n'est pas... ce n'est pas le projet de loi 69. C'est la
réalité des coûts d'Hydro-Québec. Parce que, même si on n'avait pas de
développement supplémentaire et de nouvelles industries, il y a tout le volet
fiabilité du réseau d'Hydro-Québec, des investissements sont nécessaires... et
que ça va coûter plus cher. Alors, on peut... Peu importe la loi qu'on va
mettre, si on veut avoir un service de qualité, il faut investir dans le
réseau, et ça va coûter plus cher à l'avenir.
M. Paradis :
Donc... Mais là... Donc là, il y a une différence entre le discours
politique et la réalité que vous voyez avec le projet de loi, mais dans la
réalité actuelle des choses.
M. Audette
(Sylvain) : Oui. Mais...
Le Président
(M. Montigny) : Merci. Désolé, il ne reste plus de temps...
M. Audette
(Sylvain) : ...votre question est aussi politique, là, parce que...
Le Président
(M. Montigny) : Désolé, il ne reste plus de temps. Je suis
désolé. Je vous remercie pour votre contribution à nos travaux.
La
commission suspend ses travaux jusqu'après les avis touchant les travaux des
commissions. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à
12 h 23)
(Reprise à 15 h 22)
Le
Président (M. Montigny) : Alors, à l'ordre, s'il vous plaît! Nous allons
débuter nos travaux. La Commission de l'agriculture, des pêcheries, de
l'énergie et des ressources naturelles reprend ses travaux. Je demande à toutes les personnes dans la salle de bien vouloir
éteindre la sonnerie de leurs appareils électroniques, et nous poursuivons nos
travaux maintenant.
Nous poursuivons les consultations particulières
et les auditions publiques sur le projet de loi n° 69,
la Loi assurant la gouvernance responsable des ressources énergétiques et
modifiant diverses dispositions législatives.
Cet après-midi, nous entendrons Option
consommateurs, l'Association québécoise de la production d'énergie renouvelable, l'Association de l'aluminium
du Canada, Nergica et
Institut de l'énergie Trottier, Polytechnique
Montréal.
Alors, voilà,
je souhaite maintenant la bienvenue à Option consommateurs. Je vous rappelle
que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé, puis nous procéderons par la
suite à une période d'échange avec les membres de la commission, en
commençant par Mme la ministre. Je vous invite donc à vous présenter et à
commencer votre exposé de 10 minutes. Merci beaucoup.
Option consommateurs (OC)
M. Corbeil
(Christian) : Bonjour, M. le Président. Christian Corbeil,
directeur général d'Option consommateurs, accompagné de Sylvie De
Bellefeuille, avocate, directrice du service juridique, et de Carlos
Castiblanco, économiste et analyste.
M. le Président, Mme la ministre, Mmes et MM.
les députés, je vous remercie de nous donner l'occasion de vous présenter nos
observations aujourd'hui. Créée en 1983, Option consommateurs est une
association à but non lucratif qui a pour
mission d'aider les consommateurs et de défendre leurs droits. Depuis 1997,
Option consommateurs intervient régulièrement auprès de la Régie de
l'énergie afin de défendre les intérêts des consommateurs résidentiels
d'électricité du Québec. Nous sommes aussi bien au fait des problèmes vécus par
les consommateurs puisque nous les aidons quotidiennement dans le cadre de
consultations budgétaires et/ou lorsqu'il y a une mésentente avec un
commerçant.
Depuis les cinq dernières années, nous avons
souligné l'importance de s'assurer que des tarifs d'électricité soient fixés par la Régie de l'énergie, un
tribunal indépendant, afin de tenir compte des besoins réels d'Hydro-Québec.
Option consommateurs se réjouit donc du retour de la fixation des tarifs et des
conditions de service en fonction du coût de
service et considère la récurrence de trois ans comme un compromis raisonnable
entre efficacité administrative et rigueur réglementaire. Parallèlement,
l'abrogation de l'ajustement automatique des tarifs en fonction de l'IPC est
une autre mesure qu'Option consommateurs appuie fortement. Le projet de loi
propose plusieurs autres changements importants dans le secteur de l'énergie.
Donc, je vais céder la parole à Me Sylvie De
Bellefeuille.
Mme
De Bellefeuille (Sylvie) : Bonjour à tous et toutes. La hausse importante de
la production d'énergie pour répondre
aux besoins et accélérer la transition énergétique nécessitera des
investissements qui entraîneront des conséquences sur les tarifs
d'électricité.
Pour limiter l'impact des futures hausses
tarifaires sur la clientèle résidentielle, le projet de loi n° 69
prévoit la création du Fonds d'aide à la clientèle domestique d'Hydro-Québec.
Ce fonds serait administré par Hydro-Québec selon des modalités qui seront
déterminées par le gouvernement. L'aide qui serait réellement apportée à la
clientèle résidentielle par le biais de ce fonds reste donc à définir. Ce fonds
vise à permettre au gouvernement de limiter indirectement les hausses
tarifaires résidentielles à 3 % comme l'a promis une nouvelle fois le
premier ministre la semaine dernière. Le gouvernement se garde donc un plat de
bonbons à distribuer au moment qu'il jugera opportun par le biais
d'Hydro-Québec plutôt que d'offrir une aide concrète à ceux qui en ont
réellement besoin.
Option consommateurs est très préoccupée par les
répercussions qu'auront les hausses de tarifs sur le budget des ménages à
faibles et moyens revenus. Cependant, limiter artificiellement les tarifs
domestiques est une mesure régressive et inéquitable car elle ne considère pas
les disparités socioéconomiques entre les clients d'Hydro-Québec. Pour offrir
une aide concrète à la clientèle et encourager une consommation énergétique
plus responsable, nous proposons que ce soit le gouvernement qui gère le
programme de soutien au secteur résidentiel par un mécanisme tel qu'un crédit
d'impôt, en plus de développer des programmes d'efficacité énergétique dont
bénéficierait l'ensemble de la population, la clientèle résidentielle. Par la
mise en place de mesures ciblées, les ménages québécois seront ainsi soutenus
de façon plus durable et en dehors des considérations purement politiques.
Par ailleurs, un aspect important des tarifs
d'électricité est l'interfinancement. Issu d'un pacte social, c'est un principe
par lequel les consommateurs industriels et commerciaux contribuent au maintien
des tarifs plus abordables pour les consommateurs résidentiels. En fait, les
clients résidentiels ne paient actuellement qu'environ... environ 86 % de
leur consommation réelle. Cette fraction manquante est financée par les tarifs
des autres catégories de consommateurs d'électricité. C'est un principe qui est
protégé par la loi sur la Régie de l'énergie.
Or, le projet de loi vient fragiliser ce
principe en permettant à la régie de diminuer l'interfinancement lorsque le gouvernement lui indique des préoccupations
économiques, sociales ou environnementales. Or, réduire l'interfinancement aurait pour effet de gonfler encore davantage la
facture d'électricité des ménages québécois, y compris celle des ménages
moins nantis. Il s'agit là d'une brèche
importante qui menace le pacte social et que nous vous incitons à ne pas
permettre.
De plus, le projet de loi accorde au
gouvernement de larges pouvoirs. Sans tous les énumérer, une mesure nous
préoccupe particulièrement, la modification de la composition du conseil
d'administration d'Hydro-Québec. Le projet de loi prévoit que le sous-ministre
y siège d'office. Cette mesure enlève à Hydro-Québec son indépendance et place
le sous-ministre dans une situation de conflit d'intérêts. Le projet de loi
devrait être modifié afin que la gouvernance d'Hydro-Québec demeure distincte
des pouvoirs exécutifs du gouvernement.
Par
ailleurs, notons que la stratégie gouvernementale de développement, couplée aux
efforts de décarbonation, accroîtra la demande d'énergie.
L'approvisionnement en électricité deviendra donc un enjeu majeur pour les
années à venir. Or, le projet de loi modifie grandement le processus
d'approvisionnement en électricité en dispensant Hydro-Québec Distribution de
l'obligation de procéder par appel d'offres. Le distributeur devra cependant
obtenir l'autorisation de la régie pour conclure ce type de contrat. Ce
processus est ainsi considérablement allégé, tout en conservant une mesure de
contrôle pour limiter les impacts de ces nouveaux contrats sur les tarifs.
Cependant, l'obligation d'obtenir une
autorisation de la régie comporte trois exceptions : un, lorsque le
contrat concerne l'approvisionnement en électricité de sources renouvelables
dans le cadre d'un appel d'offres public, deux, en cas de situation d'urgence
ou, trois, lorsque le gouvernement autorise directement le contrat. Bien qu'il
puisse être important dans certaines situations d'accélérer le processus, nous
considérons que la troisième... la troisième exception est très large. Nous
sommes donc d'avis que la régie devrait être en mesure d'effectuer la révision
des contrats d'approvisionnement autorisés par le gouvernement afin de
minimiser l'impact sur les tarifs.
La Régie de l'énergie est un... est et doit
demeurer une actrice de premier plan dans le secteur énergétique québécois.
D'ailleurs, le projet de loi élargit sa mission. Il est important qu'elle
puisse avoir les coudées franches pour pleinement jouer son rôle de façon
impartiale et indépendante sans être contrainte par les préoccupations du
gouvernement. Le PGIRE, dont le contenu reste à déterminer, est présenté comme
la fondation sur laquelle sera construite la réforme énergétique du Québec.
Nous estimons que la régie devrait être impliquée plus activement dans son
élaboration.
Enfin, dans
ce contexte où Hydro-Québec s'engage à d'importants et coûteux projets de
production d'électricité, ces investissements auront inéluctablement des
impacts sur les coûts d'approvisionnement et se refléteront sur la
facture de l'ensemble des consommateurs d'énergie. Aussi, pour assurer un
approvisionnement énergétique à moindre coût pour l'ensemble des Québécois,
nous croyons qu'il serait souhaitable que la régie renforce son rôle de
régulateur dans les activités de production d'Hydro-Québec. Il est important de
s'assurer que ces projets puissent se bâtir en ne laissant personne derrière,
surtout pas la classe moyenne ni les clientèles plus vulnérables. Merci.
• (15 h 30) •
Le Président (M. Montigny) : Merci
beaucoup. Je vous remercie pour votre exposé. Nous allons maintenant débuter,
là, la période d'échange. Alors, Mme la ministre, la parole est à vous.
Mme Fréchette : Merci beaucoup, M.
le Président. Merci, M. Corbeil. Merci à vous tous d'être présents et d'avoir
partagé, donc, votre avis sur le projet de loi. Je comprends... En fait, avant
de poursuivre, je vais... je vais prendre la première question et ensuite
j'inviterai mes collègues à poursuivre les interventions.
Je comprends, sur la base de votre intervention,
que de diminuer l'interfinancement, bon, vous voyez ça d'un mauvais oeil parce que, bien sûr, ça mettrait en
péril plusieurs des citoyens, résidents qui sont clients d'Hydro-Québec.
Maintenant, que diriez-vous plutôt d'augmenter l'interfinancement, mais en
faveur des clients résidentiels? Est-ce que c'est une perspective que vous
verriez d'un bon oeil dans le contexte actuel?
Mme
De Bellefeuille (Sylvie) : Oui, dans une certaine mesure. Il faut quand même
être prudents, parce que, lorsque
l'on
transfère davantage de coûts, notamment sur la clientèle
commerciale, en bout de piste, ce sont les consommateurs qui risquent de
payer. Parce que, si les commerces paient leur énergie plus cher, leurs coûts
généraux vont être plus chers, donc ça va se refléter également dans les prix
des biens et services qu'ils nous vendent. Par contre, il y a beaucoup de
développement qui se fait au niveau industriel en ce moment que... ces
entreprises énormes ont, en ce moment, des tarifs qui sont très, très
concurrentiels. Nous pensons qu'il y a quand même possibilité de continuer d'offrir des tarifs qui seraient concurrentiels de
façon générale sur le plan international, tout en demandant à l'industrie...
aux industries de contribuer davantage.
Mme Fréchette : Merci.
Le Président (M. Montigny) : La
prochaine question. M. le député de Côte-du-Sud.
M.
Rivest : Merci. Merci de votre présence. À la suite de la
lecture des éléments puis de votre exposé, de quelle façon vous pouvez me dire
comment le projet de loi peut contribuer, à terme, à protéger l'intérêt des
consommateurs, là, en lien avec le projet de loi qui est déposé
actuellement?
Mme De Bellefeuille (Sylvie) : La
première chose qu'on souligne, c'est quand même le retour de la fixation des
tarifs par la Régie de l'énergie. Pour nous, ça, c'est un élément qui est
vraiment très important et qu'on tient à souligner. On est venu, dans le passé,
devant cette commission pour vous dire qu'il ne fallait pas fixer des tarifs en
fonction de l'inflation, que le plafond de
3 %, tel qu'il était présenté, n'était pas une bonne idée. Et on vous
demandait, à l'époque, de retourner devant la Régie de l'énergie. C'est
ce que fait le projet de loi.
Nous, idéalement, on aurait aimé que ce soit à
toutes les années. On comprend que vous avez fait le choix ou, en fait, ce qui est proposé, c'est plutôt d'y
aller aux trois ans, mais avec quand même une possibilité de faire une demande
entre-temps, si le contexte devait le nécessiter. Donc, c'est un compromis
qu'on considère raisonnable.
Nous, ce qu'on veut s'assurer, c'est que les
tarifs reflètent les besoins réels d'Hydro-Québec, même chose aussi pour Énergir.
On parle beaucoup d'Hydro-Québec, mais c'est le même principe pour Énergir
aussi. Donc, pour nous, c'est important pour l'ensemble des consommateurs que
le prix soit vraiment ce qui est vraiment nécessaire, là.
M.
Rivest : Vous avez parlé également des crédits d'impôt. Comment
voyez-vous la différence ou ce que vous proposez en lien avec les crédits
d'impôt?
M. Castiblanco
(Carlos) : Merci beaucoup pour la question. Oui, c'est une très bonne
question, de la façon qu'on le regarde maintenant, avec un fonds d'aide qui
permet de plafonner les tarifs à 3 %, ça ne tient pas en compte des
différences socioéconomiques, comme on avait dit, des différents clients. Donc,
tout le monde est en train de bénéficier du même rabais... bien, du même
plafonnement de la hausse des tarifs, ce qui peut être vu comme régressif,
parce que ça va vraiment être les ménages les moins... les plus démunis qui vont
avoir de la misère à gérer les hausses de tarifs. Nous, dans le système qu'on
propose, de crédit d'impôt, on veut vraiment que ce soit une aide beaucoup plus
ciblée, qui tient beaucoup plus en compte certains paramètres socioéconomiques
que, peut-être, le gouvernement a accès, soit ça peut se faire par source de
revenus ou par des critères d'éligibilité dans d'autres programmes d'aide déjà,
qui permettraient de vraiment cibler la population qui est plus vulnérable aux
hausses des tarifs d'électricité.
M. Rivest : Merci.
Le Président (M.
Montigny) : Très bien. Je reconnais maintenant, à ce stade-ci, le
député de Gaspé. Il vous reste 12 minutes.
M.
Sainte-Croix : Merci, M. le Président. D'abord, vous remercier de vous
prêter à l'exercice. C'est toujours un plaisir d'entendre les commentaires, des
avis toujours pertinents. J'aimerais savoir, là, considérant le PGIRE qui,
comme vous l'avez dit, là, est la base d'une réflexion intéressante au niveau
de la gestion de notre énergie. Quels sont les éléments qu'Option consommateurs
souhaiterait voir mis de l'avant dans le développement du PGIRE?
M. Castiblanco
(Carlos) : Je pense que, pour le PGIRE, c'est très important de
considérer, évidemment, la transition énergétique, les besoins de l'économie en
termes de la demande d'électricité et, aussi, les besoins qui vont se générer
par la décarbonation de plusieurs secteurs.
Ce serait aussi
important d'inclure la régie. La régie, elle est fondamentale aussi, parce
qu'elle traite directement des affaires des tarifs. Elle est là aussi pour
veiller... pour les intérêts des consommateurs, et ça serait aussi important de
considérer son appui et sa vision pour voir quels sont les impacts des...
programmes ou de notre... la vision que le Québec va avoir pour se décarboner
et tenir en compte son impact vers toute la population, vers tous les ménages
et en général.
M.
Sainte-Croix : Ça va, merci.
Le Président (M.
Montigny) : Merci. À ce stade-ci, je donnerais la parole au député de Rouyn-Noranda—Témiscamingue,
il vous reste 10 minutes. .
M. Bernard : Merci.
Merci, M. le Président. Je reviens à la question de mon collègue concernant le
crédit d'impôt. Mais, quand on regarde le contexte, est-ce que cela devrait
être un crédit d'impôt remboursable ou non? Parce que ça a des différences
importantes en fonction des revenus, à savoir quel type de crédit d'impôt puis
comment le gérer, parce que ça peut devenir complexe aussi, selon la nature qui
devrait être adoptée, du crédit d'impôt. J'aimerais ça vous entendre là-dessus,
s'il vous plaît.
Mme
De Bellefeuille (Sylvie) : Je ne suis pas fiscaliste, alors, au
niveau des impacts que ça peut avoir, là, pratico-pratique, c'est un peu
difficile. Nous, ce qu'on souhaiterait vraiment, c'est de s'assurer que, plutôt
que de donner un tarif artificiellement bas à tout le monde... alors qu'une
hausse de tarif, ça impacte, oui, les factures de tous les Québécois et les
Québécoises, mais l'augmentation n'a pas le même effet pratico-pratique pour
les gens, ils ne le vivent pas de la même façon selon le revenu.
Nous,
ce qu'on veut s'assurer, c'est qu'en offrant une aide qu'on vise les personnes
qui en ont vraiment besoin, donc les
ménages à faibles revenus, les ménages qui, aussi, peuvent se trouver dans des
situations où certaines... ils n'ont pas nécessairement accès à certaines
mesures d'efficacité énergétique. Il y en a plusieurs qui sont déjà existantes,
mais beaucoup de ménages, particulièrement à Montréal, sont locataires, par
exemple. Donc, c'est très difficile pour ces gens-là d'avoir accès à de vraies
mesures d'efficacité énergétique.
On
peut aussi avoir des propriétaires de résidences en région qui sont des
personnes à faible revenu qui n'ont pas nécessairement les moyens
d'avoir accès à certains programmes d'efficacité énergétique. Donc, ça peut
être une autre façon d'aider les gens, de le faire.
Pour un crédit
d'impôt, bien, l'idée, ça peut être quelque chose qui peut être en lien un peu
avec certains autres crédits qui existent déjà, que ce soit l'allocation
logement, crédit d'impôt pour la solidarité, qui visent déjà des personnes qui
sont déjà vulnérables. Il y a peut-être d'autres méthodes, là-dessus, je pense
qu'on peut être créatifs, mais l'idée, c'est ce qu'on souhaite vraiment, c'est
qu'on cible l'aide aux personnes qui en ont réellement besoin et pas aux gens
qui ont les moyens de se payer plus, d'assumer les coûts supplémentaires.
M. Bernard : Parfait. Merci.
Le Président (M.
Montigny) : Merci beaucoup. À ce stade-ci, je peux donner la parole au
député de Gaspé. Il vous reste un peu plus de huit minutes, M. le député.
M. Sainte-Croix : Merci, M. le
Président. Ce matin, nous avions le privilège d'écouter le HEC nous parler de
sa position sur le PL n° 69. M. Pineau parlait
nommément d'un signal de prix qui doit être plus clair pour les Québécois et
les Québécoises et qui doit refléter, dans le fond, davantage les coûts
marginaux d'approvisionnement. Comment vous réagissez à cette affirmation?
M. Castiblanco (Carlos) : On
comprend parfaitement l'affirmation que M. Pineau avait faite. C'est très
économique. Et, comme économiste, je comprends parfaitement ce besoin de voir
les coûts marginaux. Nous, ce qu'on considère, c'est que l'interfinancement
permet d'atténuer, dans une certaine mesure, la hausse des tarifs pour tous les
consommateurs. Et, avec la mesure qu'on suggère, un système de crédit d'impôt,
on permet d'aider encore plus les ménages qui en ont réellement besoin. Ça
permet de quand même envoyer, dans une certaine partie, un signal de prix, tout
en atténuant puis en soutenant la clientèle résidentielle.
Mme De Bellefeuille (Sylvie) : Je
pourrais aussi ajouter... je pourrais aussi ajouter que ce n'est pas tous les
ménages qui ont vraiment un réel contrôle sur leur consommation. Oui, il y a
la... on peut faire certains efforts, mais un ménage qui habite dans un
logement qui chauffe l'extérieur, comme on dit souvent, ces gens-là ont beau
vouloir réduire la facture d'électricité, pour eux, c'est très difficile de le
faire. Donc, le signal de prix, c'est une chose lorsque c'est pour chauffer une
piscine en hiver, mais c'est autre chose quand c'est pour chauffer son logement
puis qu'on est dans un logement qui est mal isolé. Donc, il faut vraiment, je
pense, faire la part des choses, et le signal de prix peut avoir un effet sur
certaines personnes. Mais il faut se rappeler que, malheureusement, il y a des
gens qui n'ont juste pas le contrôle sur leur consommation, puis il faut tenir
compte de ces gens-là aussi.
• (15 h 40) •
M. Sainte-Croix : Merci beaucoup.
Le
Président (M. Montigny) : Merci. À ce stade-ci, ce sera le temps de donner
la parole au député de Dubuc. Allez-y, M. le député, il vous reste six
minutes.
M. Tremblay : Merci, M. le
Président. Bonjour. Dites-moi, est-ce qu'on... Je comprends bien votre
position. Ce qu'on comprend, aussi, c'est qu'effectivement il y a une demande
qui est très accentuée. On a abordé, ce matin, aussi la question, entre autres
avec M. Sabia, des répercussions que ça peut avoir en région, aussi, au
niveau de différents projets d'essaimage ou de développement au niveau, en tout
cas, de la production énergétique. Ça a des répercussions importantes pour
l'économie des régions. Comment vous, vous voyez cette espèce de réconciliation
entre cette réalité de forte demande et puis le besoin énergétique versus le
pacte social, puis ce que ça représente sur le tarif de consommation, aussi?
Comment vous voyez cette dualité-là pour la suite?
Mme
De Bellefeuille (Sylvie) : Bien, l'enjeu, je pense, aussi, c'est qu'il y a un
certain niveau de développement qui
se fait, notamment au niveau industriel. C'est ce qu'on voit beaucoup, les gros
contrats, il y a beaucoup de hausses de demandes qui se font à ce niveau-là.
À cet égard-là, on pense que ces nouvelles entreprises-là, qui vont susciter
une hausse importante de la demande, devraient contribuer aux coûts que vont
nécessiter les infrastructures et les approvisionnements que vont nécessiter
cette nouvelle demande-là. Donc, en ce sens-là, je pense que... enfin, nous pensons que les industries devraient contribuer
davantage. Ce n'est pas... On ne pense pas que c'est aux Québécoises,
résidentiel, Québécois et Québécoises, résidentiel, de payer pour ces
investissements-là. C'est sûr que c'est... il y a des avantages aussi pour les
régions. On peut... on peut parler de nouveaux emplois, et tout ça. Ça, ce
n'est pas...
Il faut trouver, je pense, un juste juste milieu
à travers tout ça. Donc, il faut quand même faire attention, je pense, à ce que
ça ne soit pas les ménages. Il faut... Comme je l'ai mentionné tout à l'heure,
ce n'est pas tout le monde qui a les moyens de payer plus cher d'électricité.
Il y a des gens qui ont de la difficulté à manger, donc qui ont déjà de la
difficulté à payer leurs factures. Il faut tenir compte de ça aussi.
M. Tremblay : OK. OK. Dans le fond,
je comprends que vous insistez sur l'encadrement...
Mme De Bellefeuille (Sylvie) : Absolument.
M. Tremblay : ...avec la démarche.
M. Castiblanco (Carlos) : Si je peux
complémenter la réponse, c'est aussi... On parle de projets, par exemple,
productifs ou qui n'ont pas avoir avec l'énergie. Mais il y a aussi beaucoup de
projets qui sont liés à la production d'énergie. On parle aussi de plusieurs
complexes... d'éoliennes, par exemple, et c'est des bons projets. On sait aussi
qu'Hydro-Québec, ils s'attendent à un accroissement de la demande. Ces projets
doivent évidemment prendre place. On retire
de... On insiste sur le même fait que c'est important que la régie fasse une
vérification des coûts... Si Hydro-Québec va commencer à participer dans
la production et va devenir un acteur principal, la régie permet de vraiment
faire un bon encadrement de ces projets et surveiller que les coûts ne vont pas
exploser et les tarifs... l'incidence sur les tarifs va être le plus
raisonnable.
M. Tremblay : OK.
Donc, je comprends. On se comprend que, dans une certaine mesure, tout le
développement que ça suscite dans le contexte de transition, où il y a
quand même des décisions importantes, les répercussions économiques risquent
d'avoir aussi des retombées positives pour le coût au consommateur puis ce que
ça peut impliquer pour la suite au niveau des ménages aussi.
Mme
De Bellefeuille (Sylvie) : Oui, oui, on reconnaît que le
développement va avoir, effectivement, des retombées positives, et tout ça va
avoir un coût. La question, c'est : Comment est-ce qu'on gère ces
coûts-là? Selon nous, ces coûts-là devraient
être arbitrés, si on veut, par la Régie
de l'énergie, c'est son rôle, pour
s'assurer, justement, d'une part, à ce que les contrats
d'approvisionnement soient faits au meilleur coût possible. Donc, c'est pour ça
qu'on souhaite que les contrats, et tout ça,
soient bien encadrés par la régie et même, idéalement, même, la production,
qu'elle puisse également agir à ce niveau-là. Mais, au final, quand elle fixe
un tarif aussi, en bout de piste, pour s'assurer qu'Hydro-Québec ne manque pas
d'argent, parce que les tarifs sont suffisants, donc il faut trouver un juste milieu. Et c'est aussi dans le mandat, de toute
façon, de la Régie de l'énergie de faire le juste milieu entre l'intérêt
public, les besoins des distributeurs, que ce soit d'Énergir ou
d'Hydro-Québec, et des intérêts des consommateurs.
M. Tremblay :
Merci.
Le Président (M.
Montigny) : Merci. Pour une période de 1 min 40 s, M. le député de Côte-du-Sud,
je vous laisse la parole.
M. Rivest : Alors,
petit blitz. Vous avez dit, au début de l'été, qu'il y avait certains éléments
où est-ce que vous étiez... vous vous réjouissiez, finalement, sur certains
éléments, entre autres, sur le renforcement du pouvoir de la régie, mais il y
avait aussi des éléments un peu de crainte que vous aviez parlé au niveau de la
modulation des tarifs d'électricité. Deux points. Un petit blitz rapide, de
dire : Quelles sont vos principales craintes, là, sur le projet de loi qui est là, si vous aviez à nous résumer,
là, en terminant ce volet-là? Et, si vous étiez à la place de la ministre,
quels sont les bons coups, aussi, que
vous mettez en priorité, là, peut-être les deux ou trois que vous vous voudriez
prioriser?
Le Président (M.
Montigny) : ...
M. Rivest : Très
bien.
Mme
De Bellefeuille (Sylvie) : Bon, les bons coups, on l'a souligné,
c'est vraiment le retour des tarifs à la régie, que ce soit fixé en fonction
des coûts et non en fonction de l'inflation, ce qui a toujours été, selon nous,
un non-sens. Parmi les éléments dont on a des craintes, bien, c'est la petite
brèche, là, qui est à l'article 30, là, qui concerne l'interfinancement, d'une part, ça, on vous l'a souligné tout à
l'heure. L'autre élément aussi, c'est la gestion, la gouvernance
d'Hydro-Québec. Le sous-ministre va siéger au conseil d'administration. C'est
une personne qui doit répondre à la fois aux
exigences du ministre, mais qui doit aussi répondre, agir dans le meilleur
intérêt d'Hydro-Québec. Il peut y avoir des situations où ces deux
intérêts peuvent ne pas converger vers la même direction. Donc, ça place
nécessairement cette personne dans un conflit d'intérêts. Pour nous, c'est
quelque chose qui n'est pas l'idéal.
Le Président (M.
Montigny) : Il vous reste 10 secondes. Si vous voulez ajouter
autre chose, c'est pour vous.
Mme De Bellefeuille
(Sylvie) : C'est bon.
Le Président (M.
Montigny) : Alors, maintenant, le temps est révolu. Merci infiniment.
C'est maintenant la période pour laisser le temps à la députée de Saint-Laurent.
Alors, je vous laisse la parole, Mme la députée.
Mme Rizqy :
Merci beaucoup, M. le Président. Bonjour. Merci d'être avec nous. Merci aussi
pour votre mémoire. J'aimerais aller au
Fonds d'aide à la clientèle domestique d'Hydro-Québec. Le premier ministre
semble avoir de la difficulté à comprendre l'objectif du Fonds d'aide à
la clientèle domestique d'Hydro-Québec. Pouvez-vous peut-être l'éclairer?
Mme
De Bellefeuille (Sylvie) : Bien, selon ce qu'on voit dans le
projet de loi, c'est supposé être pour aider la clientèle domestique, la
clientèle domestique dans les termes d'Hydro-Québec, dans les termes de la loi,
c'est la clientèle résidentielle. J'ai entendu autre chose en conférence de
presse la semaine dernière, malheureusement. Donc, je pense qu'il y a peut-être
eu un petit mélange dans le vocabulaire qui avait été utilisé.
Mme Rizqy :
Votre référence... pas ma conférence de presse à moi?
Mme
De Bellefeuille (Sylvie) : Non, non, la conférence de presse de
M. le premier ministre.
Mme Rizqy :
Parfait, c'est important de préciser.
Mme
De Bellefeuille (Sylvie) : Voilà, je suis désolée, j'ai mal précisé. Donc, effectivement, je pense
qu'il y a un petit mélange, peut-être, dans le vocabulaire qui était
plus un terme plus économique général plutôt que le terme de
la régie. Le problème, avec ce fonds d'aide là, c'est que, présentement, on ne
sait rien de ce qu'il va prévoir. C'est quelque chose qui est à développer, qui
va se faire selon des critères à déterminer par le gouvernement au moment qu'il
jugera opportun.
Mme Rizqy : Mais, Mme de
Bellefeuille, pardonnez mon ignorance, moi, je n'ai pas toute votre expertise.
Moi, je ne suis pas économiste, mais pourquoi qu'on a besoin d'un fonds d'aide
si le premier ministre n'arrête pas de dire qu'il n'y aura pas de hausses de
tarifs résidentiels ou domestiques?
Mme
De Bellefeuille (Sylvie) : Bien, c'est ça qu'on se demande. On a l'impression... parce que
présentement, quand on regarde la loi, le plafond de 3 % n'est pas
là, il n'est pas dans la loi. Ce que dit... ce que dit la loi, selon les
nouveaux critères, en fait, en retournant à la régie, donc, ce que ça veut
dire, c'est que la Régie de l'énergie, si elle considère que, par exemple, je
donne des chiffres au hasard, mais, si, dans le cadre d'une hausse tarifaire,
la régie considère que la hausse des tarifs d'électricité devrait être, par
exemple, de 4,5 %, bien, c'est ça qui est appliqué. La compréhension qu'on
a du fonds d'aide, c'est que, via ce fonds-là, on va essayer de faire
indirectement appliquer la fameuse limite de 3 % qui a été annoncée dans
les médias. Mais, actuellement, il n'y a rien dans le projet de loi qui fixe
les tarifs à 3 %. D'Hydro-Québec, bon, je comprends que dans la cause
tarifaire actuelle, ils se sont limités à 3 %, mais, l'année prochaine, on
ne sait pas à combien est-ce qu'elle sera. J'ai entendu M. Sabia ce matin, il
nous disait que, pour le moment, ce n'était pas prévu, mais on ne sait pas ce
que l'avenir nous réserve. Et ce fonds-là, on ne sait pas tout à fait comment
il va servir de façon directe. Est-ce que ce sera des crédits aux gens? Est-ce
que c'est un chèque qu'on va transmettre à Hydro-Québec? C'est à déterminer par
le gouvernement en temps opportun.
Mme Rizqy : Merci. J'ai l'impression
qu'on dirait que vous voulez me dire quelque chose? Est-ce que je me trompe?
Une voix : ...
Mme
Rizqy : OK, non, d'accord.
Donc, vous hochiez de façon affirmative. Mais, juste pour revenir, toujours,
parce que c'est comme le coeur, aujourd'hui, de nos échanges, parce que,
visiblement, M. Fitzgibbon a fait plusieurs sorties médias pour dire que c'est
inévitable qu'il y aurait une hausse, voire de 5 % à 10 %. Le premier
ministre semble ne pas avoir vraiment aimé cette sortie médiatique, parce que,
de toute évidence, nous avons une nouvelle ministre.
Moi, j'aimerais juste, pour les Québécois qui nous écoutent, revenir aux
affaires très simples dans la vie. Comme fiscaliste, moi, l'argent, il
faut qu'on le trouve quelque part. Donc, si ce n'est pas dans les hausses de
tarifs directes, est-ce qu'au fond c'est indirectement que la hausse de tarifs
nous est refilée, par nos impôts, pour compenser dans ce fameux fonds dédié à
la clientèle domestique pour contrer la hausse tarifaire?
• (15 h 50) •
Mme De Bellefeuille (Sylvie) :
Bien, c'est ce que je comprends du projet de loi. Il y a une partie du fonds
qui semble aussi venir des profits qu'Hydro-Québec verse, la redevance
qu'Hydro-Québec verse chaque année au gouvernement, qui est, dans le fond, un
peu le profit d'Hydro-Québec, qui est réinvesti ensuite, là, par le
gouvernement dans les différents programmes sociaux notamment. Mais, en quelque
part, il va falloir payer. Donc, c'est... Il
n'y a pas de... il n'y a pas de magie là-dedans. Le chiffre de 3 %,
malheureusement, on n'a pas l'impression que c'est quelque chose qui est
réaliste quand on voit l'ensemble des projets et l'ensemble des besoins qui
s'en viennent. Il va y avoir des coûts,
inévitablement, et, à quelque part, bien, ça va être l'ensemble des Québécois
qui vont le payer.
Mme Rizqy : Dans votre mémoire, vous
ne parlez pas beaucoup de l'article 38, qui porte, au fond, sur la
privatisation... qui ouvre la voie, en fait, pour la privatisation de certains
pans d'Hydro-Québec. Vous, au niveau d'Option consommateurs, est-ce que vous
avez des exemples, dans l'histoire du Québec, que ça a été payant pour les
Québécois, les consommateurs, de ne pas avoir un monopole d'Hydro?
Mme De Bellefeuille (Sylvie) : On
n'a pas fait cette analyse-là.
Mme Rizqy : Historiquement, avant,
si on fait un petit pas en arrière dans l'histoire, avant... Ah! d'accord.
Est-ce que vous vous rappelez ou non?
Mme De Bellefeuille (Sylvie) : Non,
je n'ai pas... on n'a pas fait cette analyse-là, donc je serais très mal placée
pour pouvoir vous répondre, malheureusement.
Mme Rizqy : Parfait. Mais vous êtes
quand même au courant qu'on a nationalisé parce que les coûts d'électricité
variaient grandement d'une région à l'autre. Par exemple, à Rivière-du-Loup, ça
pouvait coûter plus de trois fois plus cher qu'à Montréal. Ça, vous le savez,
là?
Mme De Bellefeuille (Sylvie) : Oui,
oui, oui.
Mme Rizqy : Pensez-vous que c'est
une bonne affaire? Est-ce que ça, ça permet de protéger les Québécois que
d'ouvrir une portion au privé, notamment en région?
Mme
De Bellefeuille (Sylvie) : Bien, c'est un peu à ça aussi que sert
l'interfinancement et les tarifs qui sont uniformes. On a fait le choix, avec
Hydro-Québec, que l'ensemble des Québécois paie le même tarif, peu importe l'endroit où ils sont situés, même si c'est vrai
qu'à certains endroits les coûts pour distribuer l'électricité sont plus
élevés.
Au niveau de
la privatisation, ce n'est pas quelque chose que l'on privilégie. On... Nous
pensons qu'Hydro-Québec demeure et
doit demeurer le seul distributeur d'électricité justement pour que ces
coûts-là... sont répartis sur l'ensemble de la population.
Mme
Rizqy : ...de votre mémoire, vous écrivez : «une place
trop grande occupée par le ministre et le gouvernement». Là, pour être
certaine qu'on parle de la même personne, quand vous écrivez «le ministre»,
c'est au masculin, donc vous faites référence à l'ex-superministre?
Mme De Bellefeuille (Sylvie) : En
fait, on disait «le ministre» parce que c'est le terme qui est utilisé dans
le... dans la loi. La loi ne précise pas «le» ou «la». Alors, effectivement, si
on doit mettre une personne maintenant, on devrait dire, effectivement, «la
ministre», tout à fait.
Mme Rizqy : OK. Parce que, là, vous
dites : «une place trop grande occupée»... Donc là, est-ce que vous, vous
jugiez qu'au niveau... Parce qu'on se rappelle que M. Fitzgibbon a dit qu'il se
mettait les deux mains dedans, dans les blocs d'énergie, notamment. Même chose
pour le premier ministre, qui disait : Je me mets les deux mains dedans, je
veux avoir mon mot à dire. Vous, vous trouvez que ça, c'est une trop grande
place. Alors, qu'est-ce que vous suggérez pour eux?
Mme De Bellefeuille (Sylvie) : Bien,
pour nous, ce qu'on souhaite, c'est que chaque intervenant puisse agir en toute
indépendance. À plusieurs endroits, dans le projet de loi, il est mentionné que
le gouvernement ou le ou la ministre peut
donner des indications, peut donner... peut intervenir devant la régie, peut...
Donc, c'est ces éléments-là. On trouve qu'il y a beaucoup d'espace qui
est donné.
Pour nous, c'est important que la Régie de
l'énergie, lorsqu'elle rend une décision, qu'elle puisse la rendre non pas en
fonction d'indications, je n'aime pas le mot «directive», mais c'est un peu
comme ça, des fois, qu'on peut... on pourrait peut-être le sentir, qu'elle ait
toute l'indépendance pour rendre la décision en fonction de la preuve qui est
présentée devant elle et en fonction de l'intérêt de l'ensemble des
Québécoises.
Mme
Rizqy : Comment vous, vous êtes arrivés... Vous avez fait
un calcul au niveau de la hausse de tarif résidentiel ou est-ce que vous
avez fait cet exercice?
Mme De Bellefeuille (Sylvie) : Non,
on... Non, on n'a pas fait le calcul.
Mme Rizqy : Non, vous n'avez pas
fait d'estimé? D'accord. Au niveau des consommateurs... parce qu'on peut entendre des gens qui disent : Oui, mais
il y a des gens qui devraient payer plus cher parce qu'ils consomment plus cher,
mais il y a aussi des gens qui habitent dans des logements qui ne sont pas du
tout conformes aux nouvelles règles du code
du bâtiment, donc... et ce sont des locataires qui ont très peu de... un, de
moyens et encore... ils ont encore moins le droit de rénover par eux
autres même, faire un gros chantier.
Alors, j'aimerais vous entendre là-dessus. Pour
ceux qui sont vraiment dans une situation beaucoup plus difficile en matière de sobriété énergétique, ce n'est pas une question
de bon vouloir, dans leur cas, c'est une absence de moyens.
Mme De Bellefeuille (Sylvie) : Absolument.
Absolument. Puis je pense que, dans un... dans... quand on parle de signal de prix, c'est justement ça qui
est le danger, c'est qu'il y a beaucoup de ménages québécois qui n'ont pas
les... C'est une chose de pouvoir démarrer son lave-vaisselle, pour reprendre
l'exemple qu'on a vu, à minuit le soir, mais ça ne change pas le fait que les
fenêtres sont mal isolées ou qu'on a un logement qui est... qui est mal isolé.
Donc, là-dessus, ce qu'on prônerait, ce seraient des mesures d'efficacité
énergétique réelles, tout en faisant attention de ne pas accroître que le
problème de rénovictions, donc il faut trouver des mesures, notamment, pour
permettre la rénovation de logements tout en
protégeant les droits des locataires pour, justement, pouvoir leur permettre de
réellement diminuer leurs factures d'énergie.
De la même façon, on peut avoir, en région, des
ménages qui sont propriétaires, par exemple, de vieilles maisons qu'ils ont héritées
de génération en génération, mais que... qui sont maintenant à des normes qui
ne sont pas suffisantes. Malheureusement, les programmes, en ce moment,
souvent, les gens doivent d'abord faire les travaux pour ensuite avoir droit aux crédits pour pouvoir bénéficier de l'aide
gouvernementale pour améliorer leur logement. Le problème, c'est que, si
ces gens-là n'ont pas les moyens de mettre de l'avant cet argent-là ou ne
peuvent pas se qualifier pour du crédit
parce qu'ils ont une situation financière difficile, ces gens-là n'ont pas
accès à ces programmes-là. Donc, il
faudrait trouver une façon de... d'aider ces ménages-là à pouvoir bénéficier
réellement des mesures d'efficacité énergétique.
Mme Rizqy : Merci. Il ne me reste
que quelques secondes, en terminant. Alors vous, est-ce que vous trouvez que
c'est cohérent, de demander aux gens de mieux consommer, de faire la sobriété
énergétique, mais, dans le même souffle, abolir le crédit RénoVert?
Le Président (M.
Montigny) : Cinq secondes. Je suis désolé, ça va vite.
Mme Rizqy : Est-ce que c'est
cohérent ou non?
Mme De Bellefeuille (Sylvie) : Bien,
il peut y avoir, effectivement, un manque de cohérence, tout à fait.
Mme Rizqy : Merci.
Le
Président (M. Montigny) : Merci. Merci Alors, maintenant, le temps étant
écoulé — merci,
collègue — c'est
maintenant le temps de donner la parole au député de Maurice-Richard.
Vous avez 3 min 30 s.
M. Bouazzi : Super! Merci, M. le
Président. Merci beaucoup pour cet exposé important. Vous savez qu'on partage
avec vous cette inquiétude face au fait qu'il y a des personnes qui sont prises
à la gorge déjà, qui dépensent un beaucoup plus grand pourcentage de leurs
revenus en énergie par rapport, évidemment, aux mieux nantis, où ça peut être juste 3 % ou 4 %, et donc une
augmentation de même 10 % par rapport à 3 % de coût, bien, ça n'a pas
du tout le même poids par rapport aux autres, les maisons mal isolées,
etc.
Est-ce que
vous pensez... J'ai deux questions pour vous. La première, c'est : Est-ce
qu'on peut se passer, en fait, en
parallèle avec des augmentations de coût que vous pensez, en fait,
inéluctables... qu'on peut se passer d'un programme costaud d'efficacité énergétique beaucoup plus
agressif que ce qu'on a vu jusqu'à maintenant, dans les dernières années?
Mme De Bellefeuille (Sylvie) : Effectivement,
je pense que... nous pensons qu'un doit aller avec l'autre. Oui, c'est vrai
qu'il y aura des coûts, mais il va falloir trouver des sérieuses mesures pour
aider les gens qui ont de la difficulté à suivre pour permettre à tout le monde
de pouvoir bénéficier de la transition énergétique. Donc, ça ne devrait pas
juste être l'affaire des gens qui sont capables de s'acheter une voiture
électrique, par exemple, mais ça devrait être aussi l'affaire de M. et Mme
Tout-le-monde, qui, en ce moment, a peut-être un peu difficulté à gérer ses
finances et qui aimerait bien pouvoir profiter d'économies d'énergie en ayant
un logement qui est mieux isolé.
M. Bouazzi : Il y a eu un projet de
loi, il y a quelques mois, sur la question de l'isolation des bâtiments locatifs pour décider de quel degré, à partir de
quand est-ce qu'on peut encore... on doit intervenir, comme propriétaire,
sur des... Actuellement, le projet de loi, avec le décret associé, couvre
2 % du parc locatif. Est-ce que vous pensez que c'est suffisant?
Mme De Bellefeuille (Sylvie) : On
n'a pas... On n'a pas fait cette analyse-là. Mais, pour nous, ce qui est
important, c'est de s'assurer, d'une part, que, oui, on va aider les ménages à
avoir de meilleurs logements, mais de quand même faire attention pour ne pas
que ça ait un impact majeur sur leur loyer, parce que, si les travaux vont
avoir pour effet d'augmenter les loyers, c'est une chose, et aussi de faire
attention aux rénovictions, s'assurer que les gens vont pouvoir ensuite
bénéficier des logements qui sont rénovés.
M. Bouazzi : Sur le crédit d'impôt
pour solidarité, effectivement, c'est un mécanisme qui existe déjà, qui touche
à la question et des loyers et de la TVQ majoritairement, là, il y a d'autres
affaires. Est-ce que vous n'avez pas peur qu'on échappe du monde si c'est notre
seul mécanisme? Il y a toutes sortes de personnes pauvres qui ne se retrouvent
pas, en fait, pour toutes sortes de raisons, à avoir accès à cette... parce
qu'ils sont totalement marginalisés du système. On fait quoi avec ceux-là?
• (16 heures) •
Mme De Bellefeuille (Sylvie) : Effectivement,
on peut en échapper. Nous, on a essayé de penser en fonction de mesures qui
existaient déjà, mais rien n'empêche qu'on soit créatifs et qu'on crée
d'autres... d'autres mesures. Nous, ce qu'on veut s'assurer, c'est que les
ménages qui ont réellement besoin d'aide soient... soient aidés. Et c'est vrai
pour les faibles revenus et peut-être même ceux qu'on... qu'on appelle, des
fois, les revenus plus modestes, n'ont pas... ne se qualifient pas
nécessairement selon les standards générals de faibles revenus, mais qui ont
quand même des difficultés.
Le
Président (M. Montigny) : Très bien, très bien. Le temps étant écoulé,
maintenant, c'est... je cède la parole au député de Jean-Talon pour une
période de 2 min 28 s.
M. Paradis : Celui qui a écrit le
projet de loi n° 69, Pierre Fitzgibbon, a répété sans
cesse que les hausses de tarifs étaient inévitables. Vous nous rappelez, dans
votre témoignage, que le plafond de 3 % des hausses n'est pas dans le
projet de loi 69. Vous nous rappelez que, selon le projet de loi 69, c'est la
régie qui va déterminer les hausses. Le projet de loi prévoit la création d'un
programme d'aide financière visant à limiter l'impact de la hausse des tarifs
de distribution d'électricité à travers un fonds qui va être financé par M. et
Mme Tout-le-monde.
Est-ce que,
selon vous, il y a des faits objectifs qui permettent aux Québécois de croire
que la hausse des tarifs va être limitée à 3 %?
Mme De Bellefeuille (Sylvie) :
Bien, on ne sait pas encore comment le fonds va fonctionner. Donc, pour le
moment, il n'y a aucune garantie parce que, d'une part, quand on regarde le
fonds, on ne dit pas que le gouvernement «doit», on dit que le gouvernement «peut». Donc,
il y a déjà une possibilité de ne pas établir ce fonds-là, de ne pas utiliser
ce fonds-là. D'autre part, on n'en connaît
pas les modalités. Donc, je ne suis pas certaine que, pour M. et Mme
Tout-le-monde, ça va être facile de dire : Bien, l'argent du fonds
versus les tarifs, ma facture qui a augmenté de, mettons, 4 %, que ça va
équivaloir. Ça ne sera pas facile pour les gens de faire le lien.
M. Paradis : Donc, on ne sait
pas comment le fonds va fonctionner, c'est vrai, parce que la vision du
gouvernement ne nous a jamais été exposée. Mais là, actuellement, avec ce qu'on
a dans le projet de loi 69 et ce que vous nous avez mentionné, est-ce que les
Québécois ont devant eux des faits objectifs leur permettant de dire que c'est
garanti que la hausse va être limitée à 3 % par année?
Mme De Bellefeuille (Sylvie) :
Selon le projet de loi, moi... nous, selon l'analyse qu'on en fait, non, il
n'y a pas rien qui le précise de façon exacte.
M. Paradis : Donc, il n'y a
rien dans le projet de loi 69 qui permet de garantir ça.
Mme De Bellefeuille (Sylvie) :
Il n'y a pas de chiffre. Il n'y a pas de garantie sur le chiffre,
effectivement.
M. Paradis : Très bien. Selon Option
consommateurs, c'est quoi, l'expérience qui existe, ici ou ailleurs dans le
monde, sur l'impact d'une privatisation de tout ou partie de la production ou
de la distribution d'électricité sur les prix pour les consommateurs? Est-ce que
ça va faire... est-ce que ça va avoir un effet positif?
M. Castiblanco (Carlos) : Ça
dépend vraiment de l'échelle de la privatisation. On peut regarder, par exemple, l'exemple du Royaume-Uni où il y a eu une
privatisation de leur secteur énergétique, et ils ont payé des factures
assez chères durant les dernières années. Cependant, il faut... il faut aussi
tenir en compte que c'était un cas où la privatisation était dans tout le pays.
Le Président (M. Montigny) : Merci
beaucoup. Le temps est écoulé, je vous remercie vraiment pour votre
contribution aux travaux de la commission.
Je suspends les travaux quelques instants afin
de permettre au prochain groupe de prendre place. Merci.
(Suspension de la séance à 16 h 05)
(Reprise à 16 h 07)
Le Président (M. Montigny) : Alors,
mesdames messieurs, nous allons reprendre nos travaux. Je souhaite maintenant
la bienvenue aux représentants de l'Association québécoise de la production
d'énergie renouvelable.
Je vous rappelle que vous disposez de
10 minutes pour votre exposé, puis nous procéderons, par la suite, à une
période d'échange avec les membres de la commission.
Je vous invite donc à vous présenter et à
commencer votre exposé de 10 minutes. Allez-y.
Association québécoise
de la production
d'énergie renouvelable (AQPER)
M. Giguère (Daniel) : Merci
beaucoup, M. le Président. Mon nom est Daniel Giguère, je suis le président du conseil d'administration de l'association et je
suis accompagné aujourd'hui de notre directeur général, M. Luis Calzado. Donc,
on vous remercie beaucoup de l'invitation aujourd'hui.
Donc, M. le Président, Mme la ministre, membres
des partis d'opposition, mesdames et messieurs, d'abord, je me permets, au nom
du conseil d'administration de l'AQPER, qui existe depuis 1990, de vous
féliciter pour votre récente nomination. Sachez que vous pourrez toujours
compter sur notre entière collaboration dans la poursuite de vos travaux.
L'AQPER et ses 163 membres bien comptés
tiennent à féliciter le gouvernement d'avoir déposé son projet de loi
n° 69, favorisant la transition énergétique et favorisant l'urgence... et
répondant à l'urgence climatique. Parmi les
mesures dont notre association se réjouit particulièrement, car elles
favoriseront une meilleure production d'énergie renouvelable, de plusieurs sources, mentionnons la
création, évidemment, d'un plan de gestion intégrée des ressources
énergétiques, la mise à jour régulière des plans de transport également, les
mesures qui favorisent un partage de coûts liés à la production de gaz de sources renouvelables et le rehaussement
à 100 mégawatts de la limite pour les projets de petites centrales
hydroélectriques.
Il est
important de rappeler le rôle crucial des producteurs indépendants dans le
paysage énergétique du Québec. Depuis plus de 30 ans, nos membres
ont joué un rôle déterminant, en développant différentes filières d'énergie renouvelable, et ce, avec succès et toujours en
partenariat avec Hydro-Québec et les distributeurs de gaz naturel. Ils ont
créé un modèle impliquant les communautés
d'accueil et les Premières Nations. Grâce à leur expertise, leur expérience
acquise au Québec et, maintenant, à l'échelle internationale, leur capacité à
innover, ils ont été en mesure d'offrir des conditions d'approvisionnement
avantageuses, caractérisées par des prix compétitifs et une fiabilité accrue.
Et,
pour préparer notre mémoire, nous avons organisé des consultations dans chaque
filière d'énergies renouvelables,
soit la petite hydraulique, l'éolien, le solaire, le gaz naturel renouvelable,
la biomasse, les biocarburants et l'hydrogène vert, ce qui nous a permis
de bien saisir, parmi nos 163 membres, les réalités terrain et de formuler
des recommandations visant à optimiser la gouvernance de nos ressources
énergétiques.
Je laisse
maintenant la parole à notre PDG, Luis Calzado, pour vous présenter, justement,
ces pistes d'optimisation.
• (16 h 10) •
M. Calzado
(Luis) : Bonjour à tout le monde, merci beaucoup pour votre
temps à nous permettre de présenter notre position et les différentes
consultations qu'on a faites.
Alors, premier... pour que le plan de gestion
intégrée des ressources énergétiques atteigne tout son potentiel, il doit devenir l'ancrage de l'industrie des
énergies renouvelables. Chaque ministère doit aligner ses programmes et ses règlements
avec les objectifs du PGIRE. Une coordination renforcée entre les différentes
entités gouvernementales est essentielle. La
transition énergétique ne peut pas reposer sur une seule solution. Toutes les filières
ont un rôle à jouer, et l'intrication
ne sera pas possible pour tous les usages tels que les transports lourds, le
chauffage à haute température ou certains procédés industriels. Dans ce
contexte, d'autres formes d'énergies renouvelables doivent prendre le relais.
Il est essentiel que le ministère mette à profit
l'expertise approfondie et la connaissance des pratiques des acteurs du secteur
dans l'élaboration du PGIRE. Ce processus garantira que les orientations
stratégiques du PGIRE sont bien alignées avec les réalités du terrain. C'est
pourquoi nous proposons la mise en place d'un comité de suivi avec la
participation des partenaires de l'industrie afin de permettre à tous de
surveiller efficacement la progression du PGIRE, tout en ajustant les stratégies
en fonction des défis et des opportunités.
Enfin, nous proposons aussi une révision
triennale pour permettre au PGIRE de rester en phase avec les avancées
technologiques fréquentes, les dynamiques du marché et les objectifs à long
terme.
Nous sommes également d'avis qu'il faut
maintenir le rang actuel de la Régie de l'énergie de surveillance des appels d'offres et d'approbation des contrats
d'approvisionnement. C'est non seulement une question de transparence et de bonne gouvernance, mais aussi un moyen de
garantir que les développements énergétiques se fassent dans le respect
des principes d'équité et d'efficacité.
Nous considérons également qu'il faudrait
ajouter, dans le mandat de la régie, la prise en compte de l'apport d'un projet
à la réduction des émissions des GES. Les augmentations tarifaires du secteur
industriel soulèvent des préoccupations importantes, notamment pour les
consommateurs industriels qui produisent des bioénergies gazeuses. Il devient
d'autant plus crucial d'inclure les bioénergies gazeuses dans les programmes
incitatifs existants tels que les crédits d'impôt qui sont actuellement
réservés aux biocarburants. Ces incitatifs pourraient non seulement aider à atténuer l'impact financier pour les entreprises
investissant dans les sources d'énergie renouvelables, mais aussi à favoriser
le développement des bioénergies gazeuses.
Nous proposons aussi que la période de révision
des tarifs soit de cinq ans afin d'offrir aux développeurs des projets d'énergie renouvelable une stabilité qui
facilitera l'élaboration des modèles financiers robustes sur le long terme
et attirera les investissements nécessaires à la transition énergétique.
Afin de garantir que le plan de développement du
réseau de transport d'électricité reste pertinent et efficace face aux
évolutions rapides dans le secteur énergétique, il devrait être mis à jour sur
une base annuelle, ce qui contribuerait à maintenir la fiabilité du réseau et à
faciliter l'intégration des nouvelles capacités de production d'énergies
renouvelables.
Les données sur les capacités de raccordement
devraient être mises à jour au moins une fois par an pour permettre aux
producteurs d'énergie renouvelable de planifier leurs projets avec une
visibilité claire sur les capacités disponibles pour le raccordement. Cette
meilleure planification permettrait aussi d'informer et de consulter les
communautés d'accueil plus longtemps en avance, favorisant ainsi
l'acceptabilité sociale pour les projets.
Nous insistons par ailleurs sur l'importance de
maintenir la transparence et l'équité dans le processus d'approvisionnement en
électricité, en exigeant que tous les contrats d'approvisionnement soient
soumis à une procédure d'appel d'offres et à l'approbation par la Régie de
l'énergie. L'AQPER considère que le changement proposé dans les règles
d'approvisionnement pourrait compromettre la transparence et l'équité du
processus d'approvisionnement en électricité. En permettant à Hydro-Québec de
contourner les procédures d'appel d'offres et d'approbation par la régie, ces
changements risquent de limiter la concurrence et de favoriser des pratiques
moins transparentes au détriment de l'intérêt public.
L'AQPER est aussi d'avis de favoriser l'achat
local dans le cadre de processus d'approvisionnement pour les projets
énergétiques afin de soutenir l'économie québécoise. En privilégiant des
fournisseurs locaux, le Québec stimulera l'innovation, créera des emplois et
permettra le développement des énergies renouvelables. Cette approche permettra
également de réduire les délais de livraison, les coûts de transport et
l'empreinte de carbone associés, tout en offrant une plus grande résilience
face aux perturbations des chaînes d'approvisionnement internationales.
Dans un autre ordre d'idée, notre association
salue la modification qui permet d'élargir l'exception au droit exclusif des
fournitures d'électricité à toutes les formes d'énergie renouvelable. L'AQPER
considère cependant que le terme «adjacent» crée une ambiguïté et ne reflète
pas pleinement les réalités du terrain. En introduisant le concept de
proximité, les législateurs offriraient une plus grande flexibilité aux
producteurs d'énergie renouvelable, leur permettant de tirer partie des
terrains proches, même s'ils ne sont pas strictement contigus. Cela pourrait
inclure des terrains séparés par des routes,
des cours d'eau ou d'autres infrastructures qui, bien que techniquement non
adjacents, sont suffisamment proches pour être opérationnellement
viables.
L'AQPER appuie les dispositions visant à
faciliter la socialisation de certains coûts d'injection de gaz de sources
renouvelables ainsi que la possibilité d'intégrer d'autres actifs dans la base
tarifaire, notamment comme le transport par camion. Nous
proposons de clarifier l'expression «installations et équipements utiles à
l'injection», qui pourrait ne pas inclure des équipements essentiels. Nous
estimons que la Régie de l'énergie devrait prendre en compte des critères comme
la contribution de décarbonation et l'aspect local lors de l'établissement du
prix du GSR. Je passe la parole maintenant.
Le Président (M. Montigny) : Très
bien. Il vous reste une seconde. Alors, votre temps est maintenant écoulé,
mais, mais, mais, Mme la ministre peut partager, je vais vous laisser la
parole, puis, si jamais ils veulent continuer... Alors, maintenant, la période
d'échange va débuter. Je vais laisser la parole à Mme la ministre. Puis vous
pourrez, là, compléter selon votre volonté. Allez-y, Mme la ministre.
Mme Fréchette : Oui. Alors, bien,
merci, d'une part, de votre présence. Est-ce que vous souhaitiez poursuivre
avec une conclusion? Je peux vous laisser du temps additionnel.
M. Giguère (Daniel) : Bon, c'étaient
quelques secondes à peine, Mme la ministre.
Mme Fréchette : Parfait. Alors, allez-y.
M. Giguère
(Daniel) : Je vous remercie. Donc, tel qu'indiqué en
préambule par Luis Calzado, les 163 membres de l'AQPER ont
l'intention de contribuer activement à la finalisation du projet de loi et
surtout à son implantation.
Nos suggestions ont donc été faites en tenant
compte de l'expérience de nos membres, une expérience de longue date, de leur
capacité à livrer des projets concrets, leur souplesse, leur rapidité d'action
aussi et de leur désir de mettre au profit des Québécois toute leur expertise
en énergie renouvelable. Donc, innover, s'adapter, offrir de bons prix et
redonner aux communautés locales sont des exemples de ce que les producteurs
indépendants ont réalisé depuis 30 ans au Québec et veulent continuer à le
faire. Donc, on vous remercie de votre écoute et on est disposés à répondre à
vos questions.
Mme Fréchette : Merci beaucoup,
messieurs Giguère et Calzado, de votre présence et d'avoir partagé votre
expertise sur le sujet. Alors, je prendrai quelques questions et ensuite
j'inviterai mes collègues à prendre le relais.
Alors, d'une part, est-ce que vous pourriez élaborer
un peu plus sur le rôle que les principales filiales... filières, pardon,
d'énergie renouvelable pourraient jouer dans le contexte de la décarbonation?
C'est un grand défi qui nous attend, et le rôle de chacune des filières peut
varier. Donc, qu'est-ce que vous associeriez, là, comme principal impact au
principal?
M. Giguère (Daniel) : Je vais
laisser Luis et je pourrai compléter.
Mme Fréchette : Merci.
M. Calzado
(Luis) : Alors, au Québec, on a été très chanceux pendant
des années d'avoir notre hydroélectricité qui nous a permis d'avoir du
surplus énergétique et de pouvoir avoir des systèmes électriques dans notre
province. Depuis le début de l'association,
on a poussé pour l'intégration des nouvelles technologies telles que l'éolien.
Maintenant, on peut voir quelles stratégies éoliennes qui ont été... qui
sont poursuivies par Hydro-Québec. Le solaire est une technologie qui est la
plus déployée dans le monde, et, comme association, on continue à pousser pour
l'introduction de cette énergie renouvelable ici, au Québec aussi.
Mais il ne faut pas oublier qu'il y a des
secteurs qui ne pourront pas être décarbonés avec l'électricité, et c'est là où
il faut introduire les bioénergies. Comme association, on représente cette
filière, les filières électrons et les filières
bioénergie, et chacune d'entre elles ont des différents enjeux. L'idée ici,
c'est de diversifier notre mix énergétique pour arriver à cette
transition énergétique et, à la fin, arriver à nos objectifs de réduction des
émissions des GES.
M. Giguère (Daniel) : Et Luis l'a
mentionné au passage, on parle peu de développement solaire au Québec, mais il y a une capacité réelle de développer des
projets intéressants de plusieurs dizaines de mégawatts dans un délai
relativement rapide. Et les développeurs québécois, membres de l'association,
entre autres, ont mis leur expertise à profit
à l'extérieur du Québec. Il y a des fermes solaires qui sont actives ailleurs
au Canada, aux États-Unis, en France et même en Amérique du Sud, et les développeurs québécois sont prêts dès
maintenant à faire des projets solaires au Québec, dans la mesure où on
nous le permet, et ça pourrait se faire à des coûts intéressants maintenant au
Québec.
• (16 h 20) •
Mme Fréchette : À quels types de projets
particulièrement pensez-vous quand vous parlez du solaire?
M. Giguère (Daniel) : Bien, on parle
de projets en collaboration avec les communautés qui souhaitent obtenir cette
nouvelle forme d'énergie pour permettre l'arrivée de développement économique
sur leur territoire. Donc, c'est des projets sur des terres qui ne sont pas
cultivables, donc c'est des terres parfois en friche, mais qui... dont le
potentiel est très intéressant. L'entreprise pour laquelle je travaille depuis
quelques années a mesuré des capacités solaires à différents endroits au Québec
et serait prête à aller de l'avant, comme d'autres développeurs, membres de
l'AQPER, pourraient le faire également. Mais, jusqu'à maintenant, il n'y a pas
eu d'ouverture chez Hydro-Québec, et on sait qu'un appel d'offres doit venir
bientôt pour des petites quantités d'énergie solaire, mais on apprécierait beaucoup que ce soit révisé et on pourrait
contribuer à combler rapidement une partie du manque d'énergie au Québec.
M. Calzado
(Luis) : Peut-être pour ajouter à ce que Daniel indique, à l'AQPER, on
a fait une analyse de l'expertise québécoise des membres qu'on représente.
10 gigawatts d'énergie solaire qui sont produits par nos membres à un niveau mondial et 90... ou
neuf gigawatts de ça sont produits en Amérique du Nord. Ça veut dire, il y
a l'expertise québécoise qui peut être amenée ici, au Québec, pour
diversifier notre mix énergétique. C'est une question
d'appel d'offres pour pouvoir diversifier ce mix énergétique et pouvoir aider à
réduire nos émissions de GES.
Et une autre chose,
c'est les systèmes solaires. Moi, j'ai travaillé... c'était un de mes premiers
projets, en 2005, ce sont des technologies qui sont rapidement déployables si
le réseau de transport et de distribution peut les accepter. Alors, c'est... ce
sont des technologies qui sont déjà utilisées dans des pays développés, et
pourquoi ne pas le faire ici, au Québec?
Mme
Fréchette : Et, plus globalement, est-ce que... quel rôle est-ce que
vous voyez pour des producteurs privés développant des projets à partir de
sources renouvelables dans le cadre de la transition énergétique, là, que nous
vivons?
M. Calzado
(Luis) : Pendant les 30 dernières années, on a collaboré avec
Hydro-Québec pour pouvoir promouvoir les énergies renouvelables et pouvoir les
intégrer dans le réseau. Jusqu'à maintenant, on a développé
4 000 mégawatts d'éolien, et tout ça en bas de la demande des
promoteurs indépendants. Ces projets-là ont été développés avec des communautés
d'accueil, des communautés autochtones et des partenariats qui ont été
développés par les promoteurs indépendants. Et maintenant, bien, c'est encore
la suite de ça où il y a cette stratégie éolienne
qui va sortir ou qui a été présentée par Hydro-Québec. C'est-à dire, les débuts
de l'éolien au Québec, c'est grâce à la promotion de cette énergie par
les promoteurs indépendants.
M. Giguère
(Daniel) : Mme la ministre, au cours des 20, 25 dernières années,
les producteurs indépendants ont créé un véritable écosystème dans le domaine
éolien, oui, mais également dans les autres filières renouvelables. Et on a
fait des relations avec les communautés, on a bâclé des ententes avec les
Premières Nations bien avant qu'Hydro-Québec s'intéresse au développement
éolien. Il n'y aurait pas de discours sur des milliers de mégawatts éoliens au
cours des prochaines années si les producteurs indépendants n'avaient pas
développé l'éolien au Québec. On l'a fait de façon professionnelle, on a innové
en établissant des partenariats avec les municipalités, les MRC, les Premières
Nations, et on est prêts à continuer à le faire avec Hydro-Québec au cours des
prochaines années.
Donc, on a une
expertise qui est disponible pour accélérer la transition énergétique et aider
Hydro-Québec à avoir une meilleure rapidité et une meilleure souplesse dans le
développement futur.
Mme
Fréchette : Et dernière question pour ma part : Comment est-ce
que vous voyez qu'on puisse accélérer la production de GSR au Québec, puis quel
type de GSR devrait être priorisé, à votre point de vue?
M. Calzado (Luis) : Je pense que la réponse à
ça, c'est le PGIRE. Si on parle, par exemple, du développement des
projets en biométhanisation agricole, pour avoir des permis pour le
développement des projets, ça prend à peu près deux ans pour avoir les permis.
Il faut passer par les différentes institutions. C'est pour ça qu'on recommande
que le PGIRE agisse comme ancrage des énergies renouvelables. Et, quand on
parle des énergies renouvelables, que ça ne
soit pas seulement les énergies électriques, mais aussi les énergies en
bioénergie, parce qu'à la fin de la journée, comme je le disais au
début, elles vont permettre de décarboner certains secteurs.
Mme
Fréchette : Merci. Je vais laisser mes collègues poursuivre.
Le Président (M. Montigny) : Merci.
Il est maintenant le moment de laisser la parole au député de Côte-du-Sud.
M. Rivest : Merci.
Écoutez, pour ma connaissance personnelle, puis bienvenue, merci d'être là,
vous avez parlé que vous aviez
163 membres. Depuis votre arrivée, puis aussi à la lecture de qui vous
êtes, j'aimerais que vous me dressiez
un tableau, là, des différentes sources, des filières que vos membres
représentent, juste pour bien saisir l'ensemble des producteurs que vous
avez, là, comme membres dans votre association.
M. Calzado
(Luis) : On a... Notre association est divisée, si on pourrait le dire
comme ça, avec des membres qui sont des
membres producteurs et des membres liés à un service. Les membres liés à un
service, c'est les membres qui vont offrir leur support pour pouvoir
développer les projets, dépendant des filières. Comme je l'ai indiqué au début,
on représente un total de sept filières. Maintenant, si on les divise en deux,
les filières à électrons sont les filières petite
hydro, solaire. — d'ailleurs,
solaire, on l'a modifié en solaire et storage ou solaire et batteries pour nous
assurer de donner une stabilité au réseau, qui était demandée par Hydro-Québec — et
éolien. Ça, c'est les filières à électrons.
Maintenant, les
filières à bioénergie. Étant donné que les filières à bioénergie, elles ont,
chacune d'entre elles, un différent niveau
de développement ici, au Québec... on a la filière biogaz, la filière
biocarburants, bois énergie et hydrogène vert, qui sont représentés sous
les 163 membres que l'association représente.
M.
Rivest : Quel pourcentage en bioénergie, par exemple?
M. Calzado
(Luis) : En bioénergie, moi, je dirais qu'on a une vingtaine de
membres qui... de différentes tailles, bien
sûr. Parce que, comme j'ai indiqué, ça dépend du niveau de développement des
projets. Mais, oui, c'est ça.
M. Giguère
(Daniel) : Également, en complément, si vous permettez...
M. Rivest : Bien
sûr.
M. Giguère
(Daniel) : ...le stockage d'énergie est maintenant une option très
intéressante pour stabiliser le réseau, et puis également pour compléter
l'installation. Par exemple, on parlait de parcs solaires. Donc, on a déjà de
l'expertise d'étalée du côté européen, également du côté américain. Donc,
effectivement, le stockage d'énergie est une forme qu'il faut considérer au
Québec, là, prochainement.
M. Rivest : Avez-vous des exemples, au Québec, dans les plus
gros projets que vous réalisez ou c'est particulièrement à l'extérieur?
M. Calzado
(Luis) : Des projets dans quelles filières?
M. Rivest : Peu
importe.
M. Calzado (Luis) : Bien, si vous voyez du
côté éolien, les derniers appels d'offres, les producteurs indépendants qu'on
a à présent, ce sont les compagnies qui développent ces projets éoliens. Du
côté solaire, comme j'ai indiqué, 10 gigawatts
des membres de... ou les membres de l'association ont déjà déployé
10 gigawatts dans le monde et neuf en Amérique du Nord. Maintenant, petite hydro, on a quand même beaucoup de
membres, dans l'association, qui, encore, transmettent leur énergie à Hydro-Québec. Côté bioénergie, on a, sous
nos membres, des compagnies telles que KERIDIS, Nature Energy, etc., qui essaient de promouvoir cette technologie et les
faire avancer pour qu'elles puissent contribuer à la production des GSR
et atteindre les cibles qui ont été indiquées par Énergir ce matin.
M. Rivest : Dans
mon ancienne vie, j'ai rencontré quelqu'un qui était un peu... qui travaillait
sur le volet des hydroliennes. Est-ce qu'il
y a ce volet là aussi puis des particularités à l'intérieur du projet de loi
qui peuvent apporter quelques éléments satisfaisants auxquels
seraient... soit des dérogations ou de quelle façon des projets comme ça
pourraient naître?
M. Calzado (Luis) : Un des membres de
l'AQPER, c'est ORCP, d'ailleurs, qui développe des hydroliennes, et,
comme tous les autres membres de l'AQPER, ils viennent tout le temps avec des
solutions en demandant à voir à ce que ces projets puissent être développés
avec Hydro-Québec et mettre à l'avant.
Alors, avec ça, ce
que je veux dire, c'est qu'il y a des solutions en énergie renouvelable que les
membres de l'AQPER sont prêts à déployer pour aider dans cette transition
énergétique. Et on est là pour ramener cette expertise québécoise, qui est déjà
utilisée dans d'autres pays, ici, au Québec. Moi, comme professionnel, j'ai
travaillé 18 ans à l'international à
déployer des énergies renouvelables et, maintenant, je crois que c'est le
moment de les déployer ici, au Québec.
M. Rivest : Puis
dans d'autres types de filières...
Le Président (M.
Montigny) : Très bien.
M. Rivest : Oh!
je m'excuse, M. le Président.
Le Président (M. Montigny) : Non,
non, allez-y, M. le député. Après ça, ça va être M. le député de Gatineau.
Allez-y.
• (16 h 30) •
M. Rivest : D'accord.
Dans les autres filières, de chaleur renouvelable, exemple, est-ce qu'il y a
aussi une expertise? Est-ce qu'il y a aussi des volets? Puis de quelle façon
que ça pourrait être vu à l'intérieur des ressources renouvelables à
développer?
M. Calzado (Luis) : Oui. On a la filière
bois-énergie, qui est donc en développement. On n'est pas au même niveau
de développement que le biogaz, où on fait
encore de la représentation pour pouvoir promouvoir cette technologie ici, au Québec,
et pour qu'elle puisse contribuer dans des endroits où il n'y a pas... où
l'électrification ne peut pas être faite, où elle n'est pas efficace avec l'électricité.
M. Rivest : Très
bien, merci.
Le Président (M.
Montigny) : Très bien, merci. Maintenant, c'est le temps de passer la
parole au député de Gatineau pour un peu plus de deux minutes.
M.
Bussière : Merci beaucoup. Quelle est votre opinion par rapport aux
enjeux potentiels en lien avec la construction simultanée de projets
d'autoproduction et ceux visant à approvisionner l'électricité renouvelable au
réseau d'Hydro-Québec?
M. Giguère
(Daniel) : Bien, écoutez, l'autoproduction est quelque chose qui n'est
pas autorisé actuellement, mais
effectivement il y a des exemples qui pourraient s'appliquer au Québec dans le
respect des lois et pratiques connues au Québec. Donc, par exemple, au
niveau de l'hydrogène, par exemple, sur un site bien donné, il pourrait y avoir
création d'un hub qui permettrait d'alimenter une industrie ou une installation
proche du site en question comme tel.
Donc,
je pense que, de ce côté-là, il y a des possibilités, mais actuellement,
actuellement, ça n'existe pas au Québec. Nous, nous avons des installations qui sont connectées directement au
réseau d'Hydro-Québec. On a toujours travaillé étroitement avec la
société d'État pour permettre une alimentation fiable et régulière de l'énergie
éolienne ou hydroélectrique au réseau, mais, pour l'instant, on n'a pas
d'exemple concret à vous donner pour la question de l'autoproduction.
M. Bussière :
Merci.
Le Président (M.
Montigny) : ...une minute. À ce stade-ci, je vais donner la parole au
député de Gaspé.
M.
Sainte-Croix : Merci, M. le Président. À mon tour de vous souhaiter le
bonjour, messieurs. Composante production, composante distribution, transport,
à l'intérieur du projet de loi, quels sont les éléments, au niveau du plan de
développement du transport d'énergie, qui devraient être fixés à l'intérieur du
plan, ciblés comme tels?
Le Président (M.
Montigny) : En 20 secondes.
M. Calzado
(Luis) : Quand vous dites... le PGIRE, c'est ça?
M.
Sainte-Croix : PGIRE, oui.
M. Calzado
(Luis) : PGIRE, bien, pour nous, c'est que l'expertise de terrain des
promoteurs indépendants puisse être prise en compte, parce que, bien, on sait
comment déployer ces technologies et les enjeux pour déployer ces technologies
ici, au Québec.
Le Président (M. Montigny) : Merci
beaucoup. Le temps est maintenant écoulé. Ça va très vite. Maintenant, c'est
le temps de passer la parole à la députée de Saint-Laurent. Merci.
Mme Rizqy : Merci
à vous, M. le Président.
Le Président (M.
Montigny) : Vous avez 10 minutes.
Mme Rizqy : Merci. Bonjour, M. Giguère. M. Calzado, bonjour.
Merci de venir ici, en commission, et aussi merci d'avoir produit un
mémoire. C'est très apprécié. Merci de prendre le temps de l'avoir fait aussi.
Je veux tout de suite
aller à ce que vous avez dit par rapport à l'énergie solaire parce que le
député de Jacques-Cartier, que je connais très bien, et qui est aussi le
porte-parole d'énergie, et que je remplace pendant qu'il s'occupe de nos deux cocos, a déposé un plan puis
une proposition pour justement faire une transition énergétique qui
inclut le privé, mais en matière d'énergie solaire. Il a rencontré plusieurs
entreprises québécoises d'ici qui sont prêtes et qui disent : On peut
fournir, pour l'ensemble du Québec... mais qu'il n'y a pas eu d'écho ni du
gouvernement ni d'Hydro pour aller de l'avant.
Or, on a regardé
qu'est-ce qui se passe pas trop... pas trop loin, juste aux États-Unis. Ils
mettent des milliards de dollars dans ce qu'on appelle les «grids», donc les
microréseaux, et, pour ceux qui nous écoutent, ça, ça permet, en fait, que chaque résident, sur son toit, puisse
non seulement s'alimenter, avoir une batterie de stockage... Et, vous le
savez, nous, on a été pris, comme plein de Québécois, dans les inondations. On
a manqué d'électricité comme plein de
Québécois. Je peux vous en parler, mais, plus que ça, c'est que de la réserve,
si jamais il en manque, on peut même refournir au gouvernement l'énergie
en surplus. Alors, moi, je trouve ça fantastique.
Alors,
pouvez-vous nous dire pourquoi qu'on n'avance pas? Est-ce que c'est parce que
c'est un manque d'intérêt du gouvernement là-dessus? Parce que je ne
comprends pas. On a un savoir-faire québécois là-dessus.
M. Giguère
(Daniel) : Bien, écoutez, c'est une bonne question parce que nous
aussi, on est perplexes. On est perplexes devant le fait que l'ouverture n'a
pas été permise pour des projets de moyenne et grande envergure au Québec dans
le domaine solaire. À tort ou à raison, on a pensé pendant longtemps, au
Québec, que l'énergie solaire, ce n'était pas pour nous, c'était ailleurs que
le soleil et la lumière étaient plus présents, mais on peut vous confirmer,
preuves à l'appui, avec des mesures de radiation solaire au Québec, que la
capacité est présente et qu'on pourrait l'intégrer au réseau d'Hydro-Québec
rapidement, et ça prend une collaboration d'Hydro-Québec pour ça.
Mme
Rizqy : Mais vous êtes d'accord avec moi que, quand on a
un premier ministre qui dit qu'il a les deux mains dedans c'est qu'il
peut aussi décider. On est dans un projet de loi. Il pourrait ouvrir la porte
dans son projet de loi.
M.
Giguère (Daniel) : Bien, écoutez, on pense qu'on a eu une oreille
attentive à nos propos par l'ancien ministre de l'Énergie et on souhaite
ardemment que la nouvelle ministre ait cette écoute attentive également à la
production d'énergie solaire dans un proche avenir au Québec parce
qu'effectivement on a l'expertise.
Mme Rizqy : Je
ne vous révélerai pas les discussions que j'ai eues avec l'ancien ministre sur
ce sujet. Par contre, je peux vous donner un indice. Il est venu à
Saint-Laurent. On lui a montré un mur énergétique, parce que non seulement il y
a les panneaux solaires, mais aussi des murs énergétiques, et il était, comment
dire, ravi, mais, à ce jour, moi, je n'ai pas vu, dans le projet de loi
n° 69, une ouverture à cela parce que... Et je vous dis pourquoi que je... ça me laisse, comme vous, un peu perplexe,
parce qu'il y a des entreprises qui sont capables même de s'autofournir
avec cela, ce qui permettrait de débloquer des kilowattheures pour d'autres et,
à quelque part, de nous aider à faire cette transition énergétique si on se
mettait aussi dans l'énergie solaire, n'est-ce pas?
M. Giguère
(Daniel) : Bien, écoutez, Luis, si vous permettez, rapidement...
Mme Rizqy : Absolument,
prenez votre temps, je vous écoute.
M. Giguère
(Daniel) : Il y a des producteurs agricoles qui utilisent déjà
l'énergie solaire pour leurs propres installations comme telles, et les producteurs
agricoles sont très ouverts sur les nouvelles formes d'énergie renouvelable,
et, j'oserais même vous dire, un peu plus que l'UPA. Donc, de ce côté-là, les
producteurs agricoles ont une écoute très
attentive également à d'autres formes d'énergie comme l'énergie éolienne. Il y
a des exemples, depuis 20 ans, d'installations éoliennes à proximité
d'installations agricoles, et ça se déroule avec succès, que... allez voir en Gaspésie, Bas-Saint-Laurent, vous allez voir des installations qui tournent
depuis des années, et sur des terres agricoles.
Mme Rizqy : Ah!
j'y suis allée. N'oubliez pas que mon parti, on est pour, ce n'est pas nous qui
ont arrêté le projet éolien, mais, M. Calzado, je sens que vous voulez ajouter.
M. Calzado (Luis) : Oui, bien, je voulais
dire, regardez, le modèle actuel d'appel d'offres nous a permis de faire... d'introduire
l'énergie éolienne à des prix compétitifs. Tout ce qu'on demande, c'est qu'on
ait une opportunité de pouvoir démontrer que le solaire peut être aussi compétitif
ici, au Québec, et qu'il peut être déployé d'une manière rapide, efficace, et
que l'expertise québécoise peut être mise de l'avant ici. C'est ce qu'on
demande.
Mme Rizqy : En
parlant justement d'efficacité, vous savez que, présentement, il y a des
projets d'habitation qui ne peuvent pas
lever de terre parce qu'on n'est pas en mesure de les raccorder pour avoir
suffisamment d'énergie pour leurs maisons, mais c'est... tantôt, vous avez
dit... puis je ne veux pas révéler de secret d'État par rapport à votre âge,
mais vous avez quand même dit : Ça fait 30 ans que je suis là-dedans,
mais, de votre...
M. Giguère
(Daniel) : Oui, vous avez bien entendu.
Mme Rizqy : ...de
votre expérience, là, on n'est plus sur les anciens panneaux solaires qui
prenaient autant d'espace, ça s'est beaucoup amélioré, et le délai
d'installation aussi est rapide, n'est-ce pas?
M. Giguère
(Daniel) : Oui, absolument. Maintenant, les panneaux solaires peuvent
être très efficaces en hiver parce qu'ils sont bidirectionnels, et la lumière
réfléchie par la neige, par exemple, est captée par le panneau solaire, et également la radiation normale
au-dessus du panneau solaire génère de l'énergie. Donc, oui, effectivement,
et, en termes de technologie, Luis peut vous en parler, de la progression à
travers le monde.
M. Calzado (Luis) : L'efficacité des panneaux
solaires, elle a évolué. Maintenant... maintenant, ils sont beaucoup plus efficaces qu'il y
a 20 ans, mais, hors ça, c'est que, si on peut regarder les premiers panneaux
solaires qui ont été installés en Suisse, ils continuent à marcher. Ça, c'est
une chose.
L'autre
chose, c'est aussi... Il y a beaucoup d'interrogations sur le fait que, oui, il
y a de la neige ici. Oui, il y a de la neige, mais on a la chance ici que,
bien, on se trouve au Nord. Alors, les inclinaisons des panneaux solaires...
c'est une partie technique,
peut-être, l'inclinaison va faire que, bien, la neige, elle va tomber parce
qu'il y a une inclinaison qui est plus verticale. Alors, il y a ça.
C'est une question du réseau maintenant. Le réseau, il n'est pas sous notre
contrôle. Et nous, on est prêts à déployer la technologie et à le faire le plus
rapidement possible.
• (16 h 40) •
Mme Rizqy : Parce que j'ai entendu quand même le ministre...
l'ancien ministre parler de barrages, d'éolien, de nucléaire, mais, à ce
jour, je n'ai pas encore entendu vraiment aussi l'ajout de l'énergie solaire
comme composante dans la solution pour
trouver les mégawatts qui nous manquent, là. Pour vous, c'est sûr que ça
devient un incontournable, j'imagine.
M. Giguère
(Daniel) : Bien, absolument, ça fait partie de la feuille de route de
l'AQPER, qui existe depuis déjà quelques
années, et on a des échanges à ce sujet-là avec le ministère de l'Énergie, et
les fonctionnaires sont bien au fait des échanges qu'on a là-dessus.
Mme Rizqy :
Écoutez, ça fait quelques projets de loi que je vois passer, du gouvernement
actuel, au niveau des appels d'offres qui ne sont plus des appels d'offres.
Tantôt, vous en avez parlé, M. Calzado, je vous ai écouté, vous avez des
craintes. Vous, vos entreprises, là, elles veulent soumissionner, elles sont
capables de soumissionner, puis il y a de l'expertise québécoise, là.
M. Calzado
(Luis) : Si on voit les appels d'offres éoliens en 2023, il
y a eu des soumissions pour 3 000 mégawatts,
1 500 mégawatts ont été choisis. Ça veut dire que les promoteurs
indépendants, ils peuvent fournir des
projets éoliens. Nous, ce qu'on veut, c'est la transparence pour la sélection
de ces projets. On veut la compétitivité. À la fin de la journée, ça va
permettre d'avoir des bons prix et ça va permettre de ramener des nouvelles
technologies, là, parce que ce qui va
avec bons prix, c'est aussi une nouvelle technologie pour s'assurer qu'elle
puisse être introduite ici, et il y a de l'expertise québécoise qui est
utilisée.
Je parle avec mes promoteurs qui développent des
projets aux États-Unis, la plupart d'entre eux, c'est des francophones, et,
chaque fois que je parle avec eux, c'est des Québécois qui développent des
projets éoliens aux États-Unis. Il faut que
ces projets puissent être développés par les promoteurs indépendants avec les
modèles actuels qui nous ont permis à déployer ces éoliennes à des prix,
là, qui sont compétitifs.
Mme
Rizqy : Merci. Dans votre mémoire, vous faites référence...
élargir la définition du terme «adjacent» pour inclure le concept de proximité,
mais vous n'indiquez pas l'article. Est-ce que vous faites ici référence à
l'article 38? Si oui, est-ce que vous voulez peut-être préciser
votre pensée? Est-ce que c'était pour l'éolien ou ça inclut aussi pour les
barrages hydroélectriques? Parce que, là, ça ouvrait toute une boîte de
Pandore.
M. Calzado (Luis) : Pour
l'article...
Le Président (M. Montigny) : ...vous
avez à peu près une minute.
M. Calzado (Luis) : Pour l'article,
je vais vous... je ne connais pas par coeur les chiffres, c'est... l'idée ici, c'est de ne pas nous limiter avec un mot, c'est
l'esprit d'aider à la contribution du renouvelable dans le mix énergétique, et
encore sous les règles qui sont déjà établies... qui sont établies par
Hydro-Québec et par le gouvernement.
Mme Rizqy : Bien, les règles ne sont
pas encore établies.
M. Calzado (Luis) : Non, mais, je
veux dire, je veux dire, à partir du moment où vous déciderez la manière de
comment est-ce qu'ils sont faits, nous, ce qu'on veut, c'est de pouvoir
utiliser les énergies renouvelables et qu'on ne soit pas limités par le terrain
est à côté de celui qui est en train de produire, ou il y a un cours d'eau, ou
il y a une route qui est en train de
limiter... C'est pour ça qu'on désirait élargir le mot «adjacent» à
«proximité». Comme ça, on se permet de pouvoir déployer cette énergie
renouvelable.
Mme Rizqy : Mais, vous, est-ce que
ça inclurait même pour les barrages privés...
M. Calzado (Luis) : Non, non.
Mme Rizqy : Non? Parfait, c'est ce
que je voulais m'assurer. Donc, vous, c'est vraiment pour l'éolien, là.
M. Calzado (Luis) : Oui, l'éolien
puis solaire, oui.
Mme Rizqy : Votre suggestion, c'est
pour l'éolien, n'est-ce pas, M. Giguère?
M. Giguère (Daniel) : Oui.
Mme Rizqy : Merci pour la précision,
c'est très important.
Le
Président (M. Montigny) : Merci. Le temps étant écoulé, merci beaucoup,
c'est maintenant le moment de laisser la parole. Alors, je cède la
parole au député de Maurice-Richard.
M. Bouazzi : Merci, M. le Président.
Tout à l'heure, vous avez dit que c'était grâce à l'innovation du privé en éolien qu'on a une industrie éolienne qui s'est
déployée sur les 25 dernières années. Comment vous qualifiez le risque associé au marché instantané, en Amérique du Nord,
d'échange d'électricité? Est-ce qu'il est risqué, très risqué, pas risqué?
M. Calzado (Luis) : ...le risque
instantané de déploiement de l'éolien ici?
M.
Bouazzi : Parce qu'en fait laissez-moi poser la question
autrement. Dans l'échange d'électricité instantané en Amérique du Nord,
les variations sont supérieures à celles du bitcoin actuellement. Ça fait
qu'une des raisons pourquoi vous êtes
capables d'exister ici, au Québec, c'est parce qu'Hydro-Québec vous garantit un
prix lors du contrat que vous avez avec eux et que, donc, eux, ils
avalent le risque associé à ça. Est-ce que vous pensez que le fait qu'Hydro-Québec, en fait,
prend le risque à votre place par rapport aux échanges électriques puisse
contribuer à votre existence au Québec?
M. Giguère
(Daniel) : Bien, écoutez, moi, je ne pense pas qu'il y ait une prise
de risque d'Hydro-Québec. Du côté
d'Hydro-Québec, le prix comme tel est le résultat d'un appel d'offres
compétitif entre producteurs indépendants qui répondent à un appel d'offres, et le prix le plus bas, qui répond
aux exigences d'Hydro-Québec, est le prix retenu.
M. Bouazzi : Donc, vous êtes au courant quand même que, quand
il fait très, très froid, le prix du kilowattheure peut arriver à 10,
20, 30 fois, 40 fois, 50 fois le prix que vous lui vendez, alors que, quand il
fait très beau, et puis qu'on n'a pas besoin
ni de climatisation ni de chauffer, l'électricité que vous leur vendez, eux,
ils achètent à un prix où ils pourraient
se fournir beaucoup moins cher sur le marché. On est d'accord que, quand vous
dites : Hydro-Québec ne prend pas de risque, évidemment qu'ils
prennent un risque à votre place par rapport à ce qui se passe dans le marché,
parce que moi, je vous dis, dans mon autre vie, je pense que personne
n'investirait dans le marché instantané d'électricité étant donné qu'il est
encore plus risqué que le bitcoin. J'ai une autre question pour vous. Est-ce
que votre industrie est lucrative? Est-ce que vos membres, à la fin de l'année,
donnent des dividendes à leurs... à leurs actionnaires?
M. Calzado
(Luis) : On n'a pas d'information de comment est-ce que les retours
des membres sont donnés. C'est des informations confidentielles, mais ce que je
pourrais dire à ça, c'est que...
M. Bouazzi : Donc,
vous ne savez pas s'ils sont en train de faire faillite ou pas?
M. Calzado (Luis) : Bien, ils sont encore en
place et ils déploient des projets. Maintenant, il y a de l'expertise
québécoise... attend pour pouvoir utiliser... pour pouvoir déployer cette
technologie et que cette expertise québécoise est utilisée à l'extérieur. Il
faudrait l'utiliser ici, au Québec.
M. Bouazzi : Donc, juste pour être sûr, j'espère que vous
n'êtes pas en train de faire faillite, parce qu'on est en train de vous donner
des contrats pour créer de l'énergie pour nous. Ce serait donc bien embêtant
que vous fassiez faillite.
M. Calzado
(Luis) : On ne fait pas faillite, mais c'est des informations
confidentielles des membres.
M. Bouazzi : D'accord.
Donc, donc, j'espère que...
M. Giguère (Daniel) : Mais, M. le député,
respectueusement, il y a quand même des membres de l'association qui sont sur
la place publique, qui sont sur le marché de la bourse, par exemple, et qui
sont des sociétés publiques, et les chiffres sont connus.
M. Bouazzi : Exact,
et qu'elles sont lucratives. Exact. Donc, elles sont effectivement lucratives.
Ça fait qu'il y a de l'argent, une cote qui va aux actionnaires. C'est un peu
l'idée du privé. Est-ce que vous pensez que, s'il y avait le public qui avait
des économies d'échelle énormes en gardant tout ça et en évitant d'avoir une
cote au privé, ce ne serait pas plus rentable?
Le Président (M.
Montigny) : Merci. Le temps étant écoulé, je suis désolé, c'est
maintenant le temps de laisser la parole au député de Jean-Talon pour
2 min 38 s.
M. Paradis : Je
l'ai mentionné ce matin, un des problèmes avec l'étude de ce projet de loi,
c'est qu'on l'entend sans avoir aucune idée de la vision du plan du
gouvernement quant à la production d'énergie renouvelable, comme pour le reste.
Je vous remercie de nous présenter la vision ambitieuse de l'Association
québécoise de la production d'énergie
renouvelable. Ça, on l'a, et aussi on
a le plan d'Hydro-Québec. Donc, Hydro-Québec, elle nous a dit :
Voici c'est quoi, ma vision, et, dans cette vision-là, elle indique,
Hydro-Québec, que, désormais, c'est Hydro-Québec qui va être le maître d'oeuvre de tous les projets en matière d'énergie
renouvelable et que les partenaires de l'industrie vont avoir un rôle,
par exemple, d'actionnaires. Pour vous, ça veut dire quoi, ça, en termes de
pouvoir décisionnel et de droit de vote, en matière de proportion du capital
investi et en matière de propriété des infrastructures, que ce soit
Hydro-Québec qui soit maître d'oeuvre?
M. Giguère (Daniel) : M. le député, jusqu'à
maintenant, les producteurs indépendants ont conclu des partenariats avec des
communautés, avec des municipalités, des MRC qui se sont impliquées comme
partenaires financiers dans un projet,
et avec des producteurs indépendants, et parfois aussi des Premières Nations.
Il y a des exemples de plus en plus fréquents où même certaines Premières
Nations sont majoritaires dans le partenariat comme tel. Donc, ça, c'est un
exemple récent.
Je
ne veux pas faire de cas particulier aujourd'hui parce que je suis ici comme
président de l'association, mais, avec Hydro-Québec, on a beaucoup... on
a très hâte de voir la façon avec laquelle Hydro-Québec compte fonctionner avec les communautés et les producteurs
indépendants parce que nous, on pense qu'on peut contribuer à accélérer l'implantation de projets au cours des prochaines
années et permettre à Hydro-Québec d'avoir justement une souplesse
additionnelle dans la réalisation de projets. Et, au niveau financier comme
tel, les producteurs indépendants, depuis très longtemps, partagent une partie
de leurs bénéfices, parfois la moitié, avec les communautés.
M. Paradis : Il
nous reste quelques secondes. Est-ce que ça va, à l'AQPER, si ça veut dire
qu'Hydro-Québec est toujours... a le droit
de vote majoritaire et la propriété majoritaire des infrastructures? Est-ce que
ça vous convient?
• (16 h 50) •
M. Giguère (Daniel) : Bien, on
n'aurait pas de difficulté, dans des projets de l'ampleur qu'Hydro-Québec nous parle, d'agir à cette hauteur-là comme telle,
mais ça reste à voir. C'est une question hypothétique pour l'instant, mais on
l'attaquera en temps et lieu.
Le
Président (M. Montigny) : Merci. Le temps étant écoulé, je vous remercie
pour votre contribution, vraiment, aux travaux de la commission.
Je suspends les travaux quelques instants pour
permettre aux prochains participants de s'installer. Merci.
(Suspension de la séance à 16 h 51)
(Reprise à 16 h 55)
Le
Président (M. Montigny) :
Alors, bonjour. On redébute les travaux. Alors, je souhaite maintenant
bienvenue aux représentants de l'Association
de l'aluminium du Canada. Je vous
rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé, puis
nous procéderons à la période d'échange avec les membres de la commission. Je
vous invite donc à vous présenter ainsi qu'à débuter votre exposé. Vous avez
10 minutes. Merci.
Association de
l'aluminium du Canada (AAC)
M. Simard (Jean) : Merci, M. le Président. Mon nom est Jean Simard.
Je suis président et chef de la direction de l'Association de l'aluminium du Canada. Et je suis accompagné, à ma
gauche, d'Anik Dubuc, notre vice-présidente exécutive et responsable du
développement durable et de l'énergie. Mmes et MM. les députés, merci de nous
accueillir. Mme la ministre, toutes nos félicitations pour votre
nomination. Votre expérience et votre engagement envers le développement
économique du Québec vous destinaient à ce poste. Nos meilleurs voeux vous
accompagnent.
L'industrie
de l'aluminium primaire au Québec, qui produit plus de 70 % de l'aluminium
en Amérique du Nord depuis des installations d'Alcoa, Aluminerie
Alouette et Rio Tinto, est à la base de tout un écosystème industriel. Nos
exportations totalisent plus de 10 milliards de dollars en 2023, des
retombées économiques annuelles au Québec de
l'ordre de 4 milliards de dollars avant les achats d'énergie,
7 700 emplois directs et 30 000 emplois indirects, sans parler de nos plus de 12 000 retraités.
Les 26 térawattheures d'énergie utilisée en 2023, au coût de
1 milliard de dollars, représentent près de 15 % de la demande
totale d'Hydro-Québec, dont nous sommes de loin les plus grands clients. Pour
près du tiers des coûts de production, l'énergie est l'intrant le plus précieux
de notre industrie.
C'est dans cette perspective que nous avons
analysé le projet de loi et tenu compte des déclarations publiques entourant la
consultation. Nous saluons les nombreuses améliorations au statu quo. On pense
ici au PGIRE, par exemple, un outil de planification intégrée longuement
attendu qui contribuera certainement à la prévisibilité dont ont besoin les grands secteurs industriels pour
planifier leur trajectoire d'investissement. Soulignons aussi la reconnaissance
par le gouvernement du rôle déterminant de la régie, qui vient confirmer la
nécessité d'un encadrement du secteur de l'énergie visant, entre autres, la
satisfaction des besoins énergétiques au moindre coût pour l'ensemble des
clientèles.
L'importance du rôle de surveillance de la
régie, élément sur lequel nous reviendrons, nous amène à soulever nos
préoccupations concernant des enjeux fondamentaux, essentiellement la
compétitivité des prix par le biais d'une tarification conséquente qui doit
reposer sur le contrôle et la transparence intégrale des coûts. Le
développement économique du Québec repose en bonne partie sur les marchés
d'exportation, et principalement les États-Unis, où nous exportons plus de 90 % de notre production primaire, une
contribution de 8 % à la balance commerciale du Québec. Dans un marché mondialisé de commodité, la
compétitivité de l'intrant énergétique fait la différence pour notre industrie.
L'analyse du projet de loi nous amène à soulever
de nombreuses préoccupations quant aux orientations mises de l'avant pour les
futures révisions tarifaires, notamment en ce qui concerne les impacts associés
à l'indexation à l'inflation du bloc
patrimonial. Ces modifications laissent présager un choc tarifaire qui pourrait
avoir des répercussions néfastes sur
l'environnement d'investissement, pour maintenir nos actifs en région,
décarboner notre industrie localement, de
même que pour réaliser de potentielles opportunités de développement économique
en lien avec une demande croissante pour notre aluminium dans un
contexte de décarbonation de l'Amérique du Nord.
Soyons clairs, nous sommes conscients que le
Québec devra procéder à augmenter la capacité de production d'énergie pour
répondre aux besoins croissants de la clientèle domestique et qu'ainsi une
augmentation des coûts de l'énergie s'ensuivra. Dans ce contexte, la priorité
de l'industrie de l'aluminium est de conserver un environnement tarifaire permettant de préserver une position
concurrentielle dans les deuxième et troisième quartiles de coûts totaux de
production afin de maintenir la production actuelle et de permettre la
réalisation de projets de développement porteurs pour l'économie québécoise, en
particulier celle des régions.
La structure de tarification actuelle, où le
coût de l'énergie sous contrat est lié au prix de l'aluminium sur les marchés,
a permis d'assurer la survie de l'industrie face à des moments de grande
turbulence sur les marchés internationaux. Cette formule à partage de
risques-bénéfices est à l'évidence profitable autant pour l'industrie, pour Hydro-Québec, que pour le gouvernement.
L'industrie paie un prix équitable lui permettant de maintenir ses opérations
dans un marché baissier avec un coût ajusté à la baisse et, à l'opposé, dans un
marché haussier avec un prix ajusté à la hausse pour son
coût d'énergie. Cette formule assure ainsi un bénéfice étalé sur le long terme
à son fournisseur, Hydro-Québec, tout en maintenant des emplois en région parmi
les mieux rémunérés au Québec et des retombées constantes dans l'économie.
Comme nous l'avons vu tout au long de la
pandémie, nos usines tournent 24 heures sur 24, 365 jours par an, bon
an, mal an, car on ne peut se permettre d'arrêter nos procédés et nous devons
ainsi maintenir nos opérations, malgré les
soubresauts du marché, sans jamais suspendre, ou fermer, ou risquer de... au
risque de pertes monumentales dues à la nature du procédé. Nos dépenses
annuelles dans l'économie du Québec se maintiennent durant ce temps. Pour l'année 2022 seulement, il s'agit de
4 milliards de dollars qui ont été dépensés dans l'économie en achats
de biens et services et en salaires, sans compter les achats d'énergie. C'est
un peu l'équivalent d'un pont Champlain par année.
L'énergie est
au coeur de notre présence au Québec, dans les régions, depuis plus de
100 ans et devrait demeurer pour les 100 prochaines années
dans un monde de plus en plus en demande d'aluminium. Au-delà des secteurs des batteries et des véhicules électriques, la
production éolienne et solaire et la transmission d'énergie exigent de
l'aluminium, et l'aluminium à faible empreinte carbone, celui du Québec,
le nôtre, mais il ne faut rien prendre pour acquis. Toute augmentation des
coûts de l'énergie pour notre secteur, comme pour les autres catégories de
clients, doit reposer, entre autres, sur de
réelles et démontrables augmentations des coûts d'approvisionnement et prendre
en compte nos seuils de compétitivité avec des éléments de comparaison
adéquats.
Par exemple,
l'énergie provenant du bloc patrimonial ne devrait pas être soumise à une
indexation automatique à l'inflation.
On ne peut que s'interroger sur les justifications d'une hausse tarifaire de
cette portion de la production d'énergie provenant d'infrastructures de production qui sont aujourd'hui davantage
amorties qu'en 2000, au moment de la création du bloc patrimonial, sinon
complètement payées.
• (17 heures) •
En ce qui regarde les coûts des ajouts de
nouvelle capacité, il faut éviter aux clients d'Hydro-Québec d'avoir à
supporter des hausses tarifaires justifiées par des coûts marginaux de
production élevés et non contrôlés de façon rigoureuse par une tierce partie
objective. Ainsi, une structure de gouvernance forte et des mécanismes de
validation préalable et de vérification a
posteriori clairs et transparents exercés par la régie devront être mis en
place pour encadrer les initiatives entreprises par le plus grand
donneur d'ordres au Québec, et ce, en accord avec sa mission de fournir
l'électricité au meilleur coût possible.
En ce qui concerne les tarifs, afin d'éviter
tout choc tarifaire, la base fondamentale sur laquelle doit reposer la détermination des tarifs est celle des coûts
moyens de services d'Hydro-Québec pour fournir l'électricité à ses diverses
catégories de clients. Ainsi, toute hausse
tarifaire ne devrait résulter que des coûts additionnels de la nouvelle
capacité une fois amortis sur l'ensemble des coûts, incluant le bloc
patrimonial, le postpatrimonial et les nouveaux ajouts de capacité, ce qui donnera le coût moyen de service.
On voudra s'assurer que la tarification repose sur une base objective et mesurable afin d'assurer la cohérence et
l'équité des politiques tarifaires, tout en amortissant les hausses pour éviter
un choc tarifaire affectant l'ensemble de la clientèle qui lui est soumise.
Une analyse comparative récemment réalisée par
KPMG pour le compte de l'association, dont l'essentiel vous est soumis dans le
cadre de ce mémoire, porte sur la tarification moyenne en cours pour notre
secteur, le prix de l'énergie pour la clientèle industrielle au Québec, soit le
tarif L, et la concurrence mondiale à laquelle nous faisons face dans
notre marché de commodités. En moyenne, nos usines clientes d'Hydro-Québec se
situent en milieu de peloton, deuxième et troisième quartiles, sur une période
de 10 ans, de 2014 à 2023. Cette étude démontre aussi clairement qu'une
éventuelle augmentation des coûts de l'énergie à l'actuel tarif L
placerait les alumineries du Québec parmi les producteurs d'aluminium ayant les
plus importants coûts d'électricité au monde. À la lumière de ces conclusions,
soumettre tous les consommateurs grande puissance au tarif L ne peut être
une avenue réaliste. Pour la période de 2010 à 2023, les données de CRU
et l'étude de KPMG révèlent une baisse continue de la compétitivité pour le
secteur de l'aluminium du Québec. En fait, l'écart entre le coût moyen de
production mondiale et celui des usines clientes d'Hydro-Québec a diminué de
85 %. Cette baisse se traduit par un déplacement négatif vers un quartile
de coût de production supérieur pour toutes les usines clientes d'Hydro-Québec,
passant ainsi du premier et deuxième
quartiles aux deuxième et troisième. Les augmentations anticipées des coûts
énergétiques, représentant jusqu'au tiers des coûts de production, contribueront
à accroître ce déplacement négatif dans les quartiles de coût et ainsi
annuleront l'avantage concurrentiel de certaines usines en faisant passer leurs
coûts totaux au-dessus de la moyenne mondiale.
En terminant, le Québec occupe une position
stratégique dans la production nord-américaine d'aluminium, mais, pour maintenir cette place de choix, les
alumineries devront non seulement s'assurer d'obtenir de la prévisibilité,
mais aussi de pouvoir compter sur une énergie à coût compétitif. Merci.
Le Président (M. Montigny) : Merci
beaucoup. Je vous remercie vraiment pour votre exposé. Nous allons maintenant
commencer la période d'échange. Mme la ministre, la parole est à vous.
Mme
Fréchette : Parfait. Merci
beaucoup, M. le Président. Alors, un grand merci, M. le Président, M. Simard, Mme Dubuc. Alors, je vais prendre les premières
questions, et ensuite je partagerai les interventions avec mes collègues. Merci
d'être venus à notre rencontre et d'avoir déposé un mémoire. Vous représentez
un secteur d'industrie, un secteur
économique fort important. Vous l'avez d'ailleurs rappelé à quel point ce
l'était dans vos interventions de départ. Moi, j'aimerais vous entendre
notamment sur l'impact que peut avoir pour vous, pour votre industrie, pour
votre secteur, le fait qu'au Québec on ait
une électricité verte, une énergie verte dans un contexte où on est dans une
transition énergétique, où, de plus
en plus, on valorise l'énergie propre, où tout le monde, nous y compris,
cherchons à décarboner les économies. Est-ce que la disponibilité d'une énergie verte, pour
vous, représente un élément... un atout, un élément important?
M. Simard (Jean) : Merci, Mme la
ministre. C'est certainement important, ça fait partie de notre ADN, de notre marque de commerce sur les marchés mondiaux.
On est dans un marché de commodités, il faut se le rappeler, ce qui veut
dire qu'il y a un prix mondial pour tout l'aluminium produit dans le monde. Les
bassins de production, de transformation sont, en Amérique du Nord, les
États-Unis, pour l'Europe, le marché de Rotterdam, et il y a le marché
asiatique. Notre marché de destination premier, c'est le marché américain.
Au moment où on se parle, il n'y a pas vraiment
une reconnaissance de la valeur à partir de l'empreinte carbone d'un aluminium
par rapport à un autre. On est toujours dans un marché de commodités. Il y a
cependant une évolution dans les marchés qui
est en train de se structurer, qui requiert énormément d'énergie, d'efforts sur
le plan politique par les grands blocs économiques. Je pense ici à l'Europe,
par exemple, qui a mis en place un marché d'ajustement carbone à la
frontière, un mécanisme d'ajustement carbone à la frontière, qui va entrer en
fonction à compter de 2026, mais qui ne portera strictement que sur les
émissions de procédés et non pas sur l'intrant énergétique.
Alors, dans un marché comme celui-là, par
exemple, Mme la ministre, notre aluminium n'aura pas meilleure figure que celui
qui vient de Chine avec 17 tonnes équivalentes CO2 ou
l'aluminium qui provient de l'Inde avec 21 tonnes
équivalentes. Ce n'est qu'à partir du moment où les marchés vont ancrer la
référence sur l'intrant énergétique qu'un aluminium à plus faible
empreinte carbone, à cause de son intrant énergétique, va pouvoir matérialiser
une partie de la valeur dans le prix qu'il va soit lui être payé ou dans les
coûts évités pour accéder au marché, mais on n'est pas là, ça va prendre
plusieurs années.
Ceci étant dit, je vous amènerais plutôt sur la
piste de la décarbonation de l'Amérique du Nord. Vous avez vu qu'on a une
campagne présentement au Québec, parce qu'on pense qu'on a un rôle très
stratégique à jouer, le Québec, dans le marché nord-américain, alors que le
gouvernement des États-Unis a annoncé des trillions de dollars pour décarboner son économie à travers
l'électrification. Les Américains, qui consomment aujourd'hui 6 millions
de tonnes d'aluminium annuellement,
en produisent seulement 600 000 tonnes. C'est l'équivalent
d'Aluminerie Alouette. Notre aluminium
est très prisé. Mon vis-à-vis américain disait récemment, durant des audiences,
que l'aluminium en provenance du Québec, du Canada, est existentiel à
l'industrie américaine.
Alors, on a... on est vraiment très important,
on produit 71 %, je le disais tout à l'heure, de tout l'aluminium produit
en Amérique du Nord. Ça veut dire que la croissance de la demande, au cours des
prochaines décennies, pour décarboner à travers l'électrification va avoir des
conséquences très intéressantes pour nous si on joue nos cartes correctement. Parce que pourquoi décarboner avec
un aluminium à forte empreinte carbone, alors que ce qu'on veut faire,
en fait, c'est de baisser l'empreinte de toute l'économie au complet?
Mme Fréchette : Vraiment
hyperintéressant. Bon, considérant la place que vous occupez sur le marché
américain, est-ce qu'on a la capacité d'avoir un rapport de force suffisant
pour faire en sorte d'avoir une mécanique qui vienne reconnaître le côté vert
de notre aluminium, comme vous semblez l'indiquer, qui se prend en Europe,
peut-être pas en totalité, de manière complète, mais tout de même? Est-ce qu'il
y aurait cette possibilité d'avoir une discussion à l'échelle nord-américaine
pour reconnaître la valeur supérieure de l'aluminium vert?
M. Simard (Jean) : Les Américains
ont tenté d'éviter le mécanisme européen qui se met en place...
Mme Fréchette : On s'en doute.
M. Simard (Jean) : ...en soumettant
aux Européens une proposition pour un système taillé sur mesure pour les
Américains, dont l'empreinte carbone est beaucoup trop élevée pour faire face
au système européen. Ça n'a pas fonctionné. Alors, il y a l'approche
technocratique, bureaucratique européenne. On avance, on réglemente, on cadre
puis on n'arrête pas. Et les Américains, qui sont à revoir la donne et qui sont
venus frapper à la porte du Canada en disant : Peut-être qu'on devrait
s'entendre, entre nous deux pour commencer, pour mettre en place... ils
n'appellent pas ça un mécanisme, mais une
reconnaissance du... de l'empreinte carbone, en fait, pour contrôler
l'importation de produits en provenance d'autres pays, nommément la
Chine.
Alors, présentement, on en est un peu... c'est
un peu avancé, mais on est encore aux balbutiements. Chaque pays est en train d'établir le référentiel carbone
pour sa juridiction. Le Canada, on travaille avec des autorités canadiennes.
Et les Américains ont entrepris, il y a huit mois maintenant, un mandat
d'étalonnage de l'empreinte carbone de l'ensemble
des produits, incluant les importations, et ils doivent livrer le résultat en
février, une semaine après l'entrée en service
du prochain ou de la prochaine présidente. Alors, on va voir, à partir de ce
moment-là, si ça meurt ou si c'est le début de quelque chose.
• (17 h 10) •
Mme Fréchette : OK, intéressant.
Bon, vous mentionniez, dans votre mémoire, souhaiter un traitement équitable et non discriminatoire au niveau des
tarifs. Comment est-ce que ça, vous le réconciliez avec l'environnement
tarifaire un peu particulier dont votre industrie bénéficie? Qu'est-ce qu'ils
viennent justifier, considérant que vous souhaitez un traitement
équitable?
M. Simard (Jean) : Bien, écoutez,
pour nous, c'est vrai qu'on a un traitement particulier à travers les contrats
spéciaux, mais la formule des contrats spéciaux repose en partie sur certains
éléments qui relèvent du bloc patrimonial, par exemple,
où on entend, dans le discours, occasionnellement qu'on devrait mettre tous les
grands secteurs au tarif L. La
démonstration qu'on fait dans notre mémoire, c'est que le tarif L est
inapplicable en ce qui nous concerne,
parce qu'il nous cale parmi les derniers de classe au niveau de la
compétitivité des tarifs, avec la concurrence à laquelle on fait face.
Puis, pour ce qui est du bloc patrimonial, bien, je pense que c'est... on pense
que c'est une question d'équité, tout simplement. Cette énergie-là est déjà
amortie, elle ne coûte plus rien à toutes fins utiles. Et, si on se met à utiliser ce bloc-là qui permet
justement de maintenir, de niveler les augmentations à venir et qu'on se met à
l'augmenter lui-même, on va avoir un impact sur l'ensemble de la grille
tarifaire qui, selon nous, est injustifiée.
Mme Fréchette : Bien, vous
dites : Elle ne coûte plus rien, cette énergie-là, parce qu'elle a déjà
été amortie. En fait, elle a une valeur, peut-être coûte-t-elle très peu de
sous, mais, dans les faits, elle a une valeur sur le marché qui, à mon avis, va
aller croissante aussi avec la transition énergétique. Alors, quand on lit que
la tarification de l'électricité doit se baser sur la logique des coûts de
production, de transport et de distribution, est-ce qu'on ne devrait pas aussi
ajouter sur la base de la valeur aussi?
M. Simard (Jean) : C'est très...
C'est une bonne question, mais c'est très relatif en même temps. C'est des
ouvrages qui sont déjà amortis en termes d'équité pour toutes les catégories de
clients. Ce serait comme faire payer deux fois ce qui a déjà été payé, et je
pense que, si on se met à jouer dans ce jeu-là, il n'y a plus de fin. Et, pour
nous, pour les investissements, l'ampleur
des investissements qu'on doit engager dans l'avenir, vous savez, dans
l'industrie de l'aluminium, des investissements, c'est en des centaines de
millions de dollars, puis des milliards de dollars. Et, si on voit que
l'intrant énergétique, qui représente 30 % de notre coût, est sujet à des
décisions aléatoires, politiques, on va se
poser de sérieuses questions avant de commettre des investissements pour
l'avenir. Il faut enlever tout caractère aléatoire. Il faut que tout soit
équitable et prévisible dans le domaine de l'énergie. On ne peut pas jouer avec
ça.
Mme Fréchette : Les Québécois ont eu
l'avantage d'investir massivement des efforts dans le développement du secteur
énergétique il y a de ça des décennies. On a, ce faisant, misé sur une
ressource qui, maintenant, a une valeur inestimable puis qui, à mon avis, va
aller croissante également. Il me semble que ce serait, comment dire, une perte
sèche si les Québécois n'allaient pas récupérer la valeur accrue de cette
énergie-là. En tant que Québécois, il me
semble qu'on peut juste partager ce constat qu'on a tous à gagner à donner la
vraie valeur à notre énergie, qui répond aux critères d'aujourd'hui sur
le plan environnemental et sur le plan de la transition énergétique, non?
M. Simard (Jean) : Mais je pense
qu'il y a deux éléments de réponse. Le premier, c'est que l'ajout de nouvelles capacités va coûter plus cher que ce
qu'on a derrière nous. Je pense qu'on s'entend... on s'entend tous sur ça.
Mme Fréchette : Ça, c'est sûr, oui.
M. Simard (Jean) : Et d'augmenter le
prix de ce qui est derrière nous, qui est déjà amorti, c'est un petit peu se
tirer dans le pied comme juridiction, parce qu'on augmente indûment le prix
pour l'ensemble, alors qu'ailleurs dans le monde, dont aux États-Unis, le prix
de l'énergie va diminuer sur des technologies d'énergie renouvelable, comme le solaire et l'éolien, qui s'implantent
massivement. Ce n'est pas vrai que le coût augmente, il diminue. À chaque
fois qu'une technologie de renouvelable, le solaire et l'éolien, doublent de
capacité sur la planète, les prix réduisent de façon considérable. C'est ce
qu'on entend partout. C'est ce qu'on voit partout. C'est ce que les études
démontrent.
Ça fait que le Québec a une énergie qui répond à
la réalité d'aujourd'hui et de demain, mais on peut, comme on dit en
anglais : «We can price ourselves out of the market.»
Alors, si on utilise cette énergie-là pour
générer de l'argent plutôt que pour générer du développement économique, on ne
pourra pas faire les deux, là. Il y a une limite à ce qu'on est capable de
charger à certains types de clientèle pour
s'assurer qu'ils continuent de contribuer au développement économique de notre
juridiction du Québec.
Mme Fréchette : Je pense qu'il n'en
demeure pas moins que cette énergie-là a une valeur qui s'est accrue au fil du temps. Et je comprends que les
amortissements ont été faits, mais on a tout à gagner à les récupérer sans
dépasser la limite, ne pas se sortir du marché, mais rester dans le
marché compétitif, faire en sorte peut-être même que les règles de ce marché-là
nous avantagent davantage qu'elles ne le font actuellement, parce que, comme
vous disiez, on ne reconnaît pas la valeur de l'aluminium fait à partir de
sources renouvelables.
Donc, à
partir du moment où il y a une possibilité pour nous d'aller capter une valeur
accrue, comme Québécois, je pense qu'on a tout intérêt à le faire, sans
dépasser, bien sûr, la limite. L'idée, c'est d'y aller graduellement, avec
prévisibilité, mais, néanmoins, de miser sur ce... cette ressource qui a une
valeur très importante et qui appartient aux Québécois.
Simard (Jean) : C'est un peu... Ce
qu'on vous dit dans notre mémoire, Mme la ministre, c'est que, dans notre cas,
par exemple, on reconnaît la nécessité d'ajouter de la capacité. On reconnaît
que cet ajout de capacité va augmenter les coûts puis on reconnaît que les
coûts vont augmenter pour tout le monde. On dit qu'on est dans une fenêtre de
compétitivité qui est à la limite du désinvestissement potentiel progressif
dans l'avenir, que l'intrant énergétique peut nous faire migrer du mauvais côté
des choses et que, tant et aussi longtemps qu'on se maintient... tout ce qu'on demande, c'est de se maintenir à
l'intérieur de cette fenêtre-là tout en contribuant à l'énergie, aux besoins du
Québec pour l'avenir.
Alors, je pense qu'il y a
une fenêtre qui permet à... au gouvernement, à Hydro-Québec et à l'industrie de
continuer de croître ensemble dans le meilleur intérêt de l'ensemble du Québec,
de l'économie québécoise. Il faut trouver... Il faut rester dans nos limites.
Mme Fréchette : Dans la bonne fourchette.
Vous parlez de fenêtre; moi, je parlerais de fourchette...
M. Simard (Jean) : Parlons de
fourchette.
Mme Fréchette : ...en tant que
Fréchette. Je vais aller... Je vais offrir la parole à mes collègues.
Le Président (M. Montigny) : Alors,
il nous reste trois minutes. Je cède la parole au député de Gaspé.
M. Sainte-Croix : Merci, M. le
Président. Madame, monsieur, merci de vous prêter à l'exercice, on apprécie
beaucoup. Vous parliez d'une position avantageuse dans votre industrie en
Amérique du Nord, vous avez employé le terme
«existentiel», je pense que ça... ça parle beaucoup. Quand vous voyez le projet
de loi 69, quels sont les défis que vous avez à rencontrer pour
maintenir votre position stratégique avantageuse sur le marché nord-américain?
M. Simard (Jean) : Bien, je pense
que ça revient toujours à la même chose, on est ici aujourd'hui parce que
l'énergie est au coeur de l'économie du Québec, du développement du Québec, des
industries. Notre accès au marché américain, il est fondamental, on représente
66 % de tout l'aluminium importé par les États-Unis. Mais on n'est pas seuls, les Chinois produisent
aujourd'hui 45 millions de tonnes d'aluminium par année. On en produit
3,2 millions de tonnes au
Canada, on est les quatrièmes. Les deuxièmes, c'est la Russie, avec
5 millions de tonnes, derrière la Chine, qui en produit
45 millions. Alors, on fait face à des géants qui ont des coûts qui sont
subventionnés à... outre mesure. Si vous lisez les rapports de l'OCDE, la Chine
subventionne à huit fois la moyenne mondiale son industrie de l'aluminium.
C'est pour ça qu'on ferme la porte à l'importation de véhicules électriques, à
l'importation de produits importés... de
produits dérivés de l'aluminium, de l'acier, ainsi de suite, parce que ça cause
l'érosion complète des marchés.
Alors, pour nous, le grand enjeu et ce à quoi le
projet de loi nous convie, c'est de s'assurer que, dans l'avenir, on va
protéger... le Québec va protéger une position concurrentielle qui l'a très bien
servi. Pour l'industrie de l'aluminium, qui est le premier exportateur pour le
Québec, on représente 8 % de la balance commerciale. C'est énorme. Là où on est aujourd'hui, c'est le
résultat de 100 ans de travail de Québécois, de Québécoises qui ont créé de
toutes pièces un écosystème qu'on ne pourrait jamais justifier avec la position
qu'on a aujourd'hui au niveau mondial, on ne pourrait jamais recréer ça.
Il faut s'assurer que ça ne disparaisse pas.
M. Sainte-Croix : Merci.
Le Président (M. Montigny) : Il ne
nous reste que 30 secondes. Peut-être le député de Dubuc. J'ai cru...
M. Tremblay : Ah! écoutez, ma
question était... était peut-être plus qualitative. Rapidement — c'est
un plaisir — comment... Vous parlez... vous plaidez la... la
prévisibilité, la stabilité. Comment on peut être à l'écart des aléas
politiques ou économiques dans une conjoncture mondiale actuelle qu'elle est?
M. Simard
(Jean) : Bien, écoutez, je pense que, dans notre cas, on
a... on travaille toujours sur une base de contrats à partage de
risques-bénéfices, des contrats qui sont de très longue haleine, c'est
25 ans.
• (17 h 20) •
Le
Président (M. Montigny) : ...je suis désolé, le temps étant écoulé. Je vous
remercie beaucoup. Maintenant, je cède la parole à la députée de
Saint-Laurent.
Mme Rizqy : Merci beaucoup, M. le
Président. Bonjour à tous les deux, M. Simard et Mme Dubuc. Merci de votre
présence, elle est très appréciée, ainsi pour... votre mémoire. Je vais
toujours me rappeler de mon été 2007. J'étais
à ce moment-là chez Alcan et je vivais la fusion, acquisition de Rio Tinto, et
c'était assez fascinant, hein? Je pense que les gens ne prennent pas la pleine mesure de chacune de ces usines,
mais aussi le sentiment de fierté des employés. Moi, quand je suis
arrivée là-bas, au Saguenay, tout le monde me disait : Tu vas voir Marwah,
là, presque tout le monde travaille à l'Alcan, sinon, c'est le cousin qui
travaille pour un fournisseur de l'Alcan. Puis, effectivement, j'ai compris
assez rapidement que c'était vital pour la région. Et, en parlant d'emploi
payant, sans donner trop de secrets, je peux vous le dire, mais vous pouvez le
confirmer, c'est des emplois très payants. Plus que ça, ça fait aussi de la
recherche avec les universités, pas juste l'UQAC, l'Université Laval, mais
plein d'autres universités québécoises.
Et là, aujourd'hui, je dois vous avouer que j'ai
été complètement dubitative en pleine période de questions. Je ne sais pas si
vous avez eu l'occasion d'écouter la période de questions, mais permettez-moi
de lire le verbatim de mon d'échange avec l'actuelle ministre : «Alors,
Mme la Présidente, si on veut parler de Dollarama, bien, j'aimerais bien
[parler] une mesure qu'a adoptée le Parti libéral, à savoir qu'il a donné un
cadeau aux industriels en faisant en sorte
que les industriels ne soient pas indexés pendant des années sur le bloc
patrimonial d'énergie qu'ils ont consommé. Avec la CAQ, ce cadeau-là,
c'est fini. Dorénavant, les industriels vont devoir être indexés. Les Québécois
l'ont été, c'est le choix que vous avez fait. Nous, on veut protéger les
Québécois, les clients résidentiels. Vous, vous avez protégé [des] clients
industriels. Maintenant, on va rétablir l'équité. Et c'est ce à quoi ça va
servir, notamment le projet
de loi n° 69, au rétablissement de cette équité-là. Ensuite,
on va mener une réflexion également sur la juste valeur de l'énergie. Alors, c'est ça que ça va nous
permettre de faire, la commission qui tient place en ce moment. Merci.» Fin
de citation.
Est-ce que c'est
protéger les emplois du Saguenay, notamment, parce que l'aluminium, ce n'est
pas juste au Saguenay, que de mettre fin à ce soi-disant cadeau ou c'est
vraiment une courte vue? Parce que je ne crois pas que vous êtes en mesure de faire concurrence, notamment aux Chinois, si vos
tarifs sont indexés, comme l'annonce la ministre. Est-ce que vous êtes
capables de faire concurrence, à ce moment-là, aux Chinois?
M. Simard
(Jean) : C'est... tout ce qui vient affecter... Bien, je vais y
répondre de façon suivante : Tout ce qui
vient affecter nos coûts et surtout le coût de l'énergie qui, lui, repose entre
les mains du gouvernement du Québec, à toutes
fins utiles, nous expose à être de moins en moins compétitifs. Et, à partir de
là, c'est toute une question de mesures, mais c'est pour ça qu'on est
ici aujourd'hui.
Mme Rizqy : Donc,
pour vous, est-ce qu'à l'époque les blocs d'énergie, c'était quelque chose qui
était inéquitable, la façon que ça vous a
été attribué, aux dires de la ministre, ou est-ce que c'est équitable parce
que, quand on regarde une mesure dans son ensemble, qu'on se dit :
On mise sur un secteur d'activité qui est au Québec, qui crée des emplois au
Québec et qui sont fort payants... Est-ce que ça, c'est équitable ou ce n'est
pas équitable?
M. Simard
(Jean) : Bien, écoutez, je vais utiliser les données empiriques des
dernières années. Entre 2012 et 2022, il y a 57 alumineries dans le monde
qui ont fermé. Pendant cette période-là, on a assisté à la montée de la Chine,
à l'arrivée du Moyen-Orient, deux régions du monde qui subventionnent ou qui
sont détenues par des fonds souverains. Et
l'ampleur, la rapidité a écrasé le prix de la commodité. Et donc on a fait une
traversée du désert pendant 10 ans, alors que ça tombait autour de
nous.
Ce
qui nous a maintenus, ce qui a fait en sorte qu'on a pu, bon an mal an,
dépenser des milliards de dollars dans l'économie du Québec, maintenir les
emplois, les régions ouvertes, c'est nos contrats à partage de
risques-bénéfices qui ont fait en
sorte qu'on a pu lisser le choc avec un ajustement à la baisse de nos tarifs.
Et, lorsque la reprise s'est fait sentir, bien, les contributions sont plus
grandes. Si vous regardez les données d'Hydro-Québec, 400 quelques millions sur
le «bottom line», il y a un an, deux ans, on est là beau temps, mauvais temps,
et je pense que c'est une formule gagnante pour les régions, pour le Saguenay,
pour la Côte-Nord, pour le Centre-du-Québec. Et moi, je ferais le pari que
l'avenir de notre industrie passe par le maintien de ces conditions-là.
Mme Rizqy : Je
fais... je vous entends très bien, mais, ici, la nouvelle ministre voit ça
comme un cadeau qui vous a été fait. Est-ce que c'est un cadeau ou c'est plutôt
une stratégie économique? Parce que, veux veux pas, il y a des emplois. Puis
vous avez fait mention, vous faites bien de le mentionner, les entreprises
étrangères qui font compétition à nos entreprises ici, québécoises, sont dopées
par du financement de fonds souverains, là. Vous, vous n'avez pas ça, là.
M. Simard
(Jean) : Mais c'est un choix stratégique, même le gouvernement de la
CAQ l'a identifié très clairement et réitéré à maintes reprises, le fait que
l'industrie de l'aluminium, le secteur de l'aluminium faisait partie des
priorités stratégiques du gouvernement. Alors, je pense que c'est très clair. À
partir de là, comment... comment on matérialise ces priorités-là? Comment on
fait pour assurer... s'assurer de rencontrer des objectifs? Ça devient des
choix politiques. De notre côté, ce qu'on vous dit, c'est que c'est
incontournable, ça passe par des tarifs compétitifs sur le plan énergétique.
Mme Rizqy :
Moi, je vous entends très bien, mais ce n'est pas ça que le gouvernement dit et
ce n'est pas ça qui a été dit pas plus tard qu'aujourd'hui à la période de
questions, que c'était fini, le cadeau. Donc, nécessairement, moi, je commence à m'inquiéter pour les
travailleurs du Saguenay, parce que j'en connais encore beaucoup qui sont là,
parce c'est des gens qui font carrière. On parle de gens que... tu sais,
souvent, on parle des gens qui passent puis qui vont dans les industries, mais
pas dans les entreprises que moi, je connais, là. Il y en a qui ont 40 ans
de service, ce n'est pas rien, et c'est des emplois excessivement payants.
Alors, moi, quand
j'entends que le gouvernement dit qu'il va mettre la hache dans ce soi-disant
cadeau, pour reprendre l'expression consacrée par le gouvernement, est-ce que,
si on met en risque votre secteur d'activité, mais aussi les annonces d'investissement, parce que Rio Tinto Alcan a
annoncé, pas plus tard qu'en 2023, 1,4 milliard de dollars
d'investissement pour des nouvelles cuves, c'est majeur comme investissement,
est-ce qu'on met à risque des investissements du secteur privé de l'aluminium
avec une hausse tarifaire telle qu'annoncée par le gouvernement?
M. Simard (Jean) :
Je pense que le discours en termes de hausse, ce qu'on entend, parce qu'il y a
le projet de loi, puis tout ce qu'on entend autour du dossier, puis Dieu sait
qu'on entend toutes sortes de choses, déjà, ça met à risque, parce que ça enlève de la prévisibilité, ça crée des aléas. Et,
quand on parle de centaines de millions et de milliards de dollars, ça ne prend pas grand-chose pour
arrêter une discussion autour d'un conseil d'administration ou de retarder un
processus décisionnel.
Mme Rizqy :
Alors, vous...
Mme Fréchette : ...
Mme Rizqy :
Mme la ministre, respectueusement, ce n'est pas votre temps de parole...
Le Président (M. Montigny) : Oui,
tout à fait, je suis désolé...
Mme Rizqy : ...mais c'est qu'on vous
a aussi très bien entendue en Chambre...
Le
Président (M. Montigny) :
...je vous laisse aller. Allez-y, Mme la députée. C'est votre... c'est votre
tour de parole.
Mme Rizqy : Merci beaucoup, M. le
Président. Oui, puis je pense que, si la ministre veut... veut parler, très
franchement, il y avait plusieurs journalistes qui l'attendaient pour avoir des
réponses, elle pourrait s'adresser à eux, mais,
moi, présentement, c'est ce que... Les gens oublient à quel point c'est majeur,
l'industrie de l'aluminium au Québec. On oublie trop souvent. Puis
j'invite ceux qui n'ont jamais eu l'occasion d'aller faire un tour dans les
usines, c'est majeur. Puis il y a eu
beaucoup de recherche et de développement qui a été fait ici, puis des brevets
qui sont Québécois, qui sont ici. Alors, c'est au-delà de ce projet de
loi, l'impact, c'est majeur puis c'est la vitalité de plusieurs régions.
C'est pour ça que je prends le temps de le dire
correctement, parce qu'en matière d'emplois directs et indirects je ne suis pas
certaine que le gouvernement prend la pleine mesure de ce qu'il annonce. Vous,
aujourd'hui, idéalement, qu'est-ce qui devrait être retiré de ce projet de loi?
Est-ce que, pour l'industrie de l'aluminium, quand vous voyez qu'il y a eu des blocs d'énergie et même des tarifs qui ont
été consentis à des entreprises étrangères, qui sont des jeunes pousses qui n'ont pas encore fait leurs
preuves au Québec et qui ont même commencé à engager des Sud-Coréens, est-ce
que, vous, c'est de faire... Comment c'est perçu dans votre industrie quand
vous voyez que vous êtes ici, au Québec,
depuis des dizaines d'années, pour ne pas dire 100 ans et plus, mais qu'il
y a non seulement des sous qui sont consentis, des tarifs qui sont
consentis, moins chers pour les entreprises étrangères, mais que, vous, on vous
annonce que ça se peut que le cadeau soit terminé?
Le Président (M. Montigny) :
Rapidement, il vous reste moins d'une minute.
• (17 h 30) •
M. Simard (Jean) : Écoutez, c'est
des choix politiques qui sont faits. Je pense que le gouvernement est conscient
des impacts, des avantages et désavantages de faire certains choix. Ce qui est
important, c'est de ne pas oublier que le portrait de famille des industries au
Québec inclut un grand joueur qui est l'aluminium, même si on cherche à ajouter
des nouveaux joueurs qui sont très importants, qui sont porteurs d'avenir, mais
qui sont au début de leur histoire. Nous, on
continue d'écrire l'avenir depuis 100 ans, et il faut s'assurer de nous maintenir,
de maintenir ce secteur-là dans les régions où nous sommes puis
d'assurer notre croissance, parce que c'est dans le meilleur intérêt de tout le
monde.
Mme Rizqy : Bien, je veux juste vous
dire, en terminant, un grand merci, parce qu'effectivement, pour avoir
rencontré plusieurs de vos employés sur le terrain, c'est incroyable ce que
vous faites.
Le
Président (M. Montigny) :
Merci. Le temps est écoulé. C'est maintenant le temps de céder la parole au député de Maurice-Richard.
M. Bouazzi : Merci, merci beaucoup
d'être parmi nous aujourd'hui. Merci pour le mémoire qui est vraiment étoffé et fort intéressant, j'oserais dire,
contrairement aux trois pages qu'on a reçues d'Hydro-Québec ce matin, cinq
minutes avant la commission. Fermons la parenthèse.
J'ai... Vous parlez donc de la question de la...
je vais y arriver... Bon, bref, on s'est compris.
M. Simard (Jean) : Ça.
M. Bouazzi : Voilà! l'idée de
prévoir. Et c'est quelque chose qui est très important étant donné que c'est
une industrie qui, effectivement, prévoit des gros, gros investissements sur le
long terme, qu'au bout de 10 ans, 15 ans, 20 ans, 30 ans,
il y a des gros morceaux qui doivent... vous avez parlé des cuves qui vont être
rénovées, etc.
Et un des problèmes
qu'on a actuellement c'est qu'il n'y a pas de plan, hein? Sur les
18 derniers mois, il y a 2 500, un peu plus, d'ailleurs, entre
2 500 et 3 000 mégawatts qui ont été distribués. Vous avez
observé tout ça. Est-ce que, pour vous, c'était prévisible, tout ça? Vous avez
vécu comment cette distribution d'électricité?
M. Simard (Jean) : Je pense, un peu
comme tout le monde, on a observé, on a essayé de comprendre puis...
M. Bouazzi : Mais on s'entend que
vous n'avez pas pu raccorder ça à un plan qui rentrait aussi dans vos plans à
vous.
M. Simard (Jean) : Non.
M.
Bouazzi : Le projet de loi
actuel, en fait, ne nous dit pas exactement ce qu'on va faire avec les
alumineries, là, et ce n'est pas...
Il n'y a rien qui est clair parce qu'en fait il n'y a pas cette planification.
Et c'est un des problèmes.
Est-ce
que vous pensez qu'on devrait d'abord se mettre d'accord en tant que société,
justement, qu'est-ce qu'on fait avec les
blocs d'électricité et, entre autres, qu'est-ce qu'on fait avec l'aluminium,
qui, vous l'avez dit et vous l'avez
mis dans votre mémoire, est très, très important pour la transition
énergétique, les batteries, les câbles de transport, etc., etc.?
Est-ce que vous ne
pensez pas qu'on doit justement planifier pour ensuite comprendre quelles
modifications législatives on doit apporter, entre autres pour s'assurer que
nos industries survivent et puis soient compétitives?
M. Simard
(Jean) : Écoutez, je ne voudrais pas m'improviser législateur, j'ai
beaucoup trop de respect pour ce que vous faites, mais je pense qu'il faut être
capable de bouger avec beaucoup d'agilité dans le monde dans lequel nous
sommes. C'est important de pouvoir donner un certain confort aux grands
investisseurs, à ceux à venir et à ceux qui sont là, et il faut être capable
de, comme on dit, mâcher de la gomme et marcher en même temps.
À titre d'exemple, le
gouvernement se donne un outil qui est très précieux, qui est le PGIRE. Pour
nous, c'est très important. C'est une très
bonne nouvelle. On accueille ça favorablement. Il faut l'enclencher, il faut
enclencher le processus, la démarche le plus rapidement possible, parce
que ça va donner une partie de la visibilité, la prévisibilité qui est requise.
Ça va mettre en place un mécanisme où on peut échanger, on peut intervenir, on
peut faire valoir, partager puis cadrer les choses pour l'avenir.
M. Bouazzi : Est-ce
que vous accepteriez, par exemple, dans le cadre des conversations, que les
prix préférentiels et puis flexibles, en fait, auxquels vous avez accès soient,
en fait, conditionnels à un certain nombre d'investissements qui permettent de
décarboner encore plus votre industrie?
M. Simard
(Jean) : C'est une question qui est très délicate. Déjà, des
investissements, c'est très difficile de dire à quel moment dans le temps ils
vont pouvoir se faire, quelle envergure ils vont avoir, quelle sera la
technologie. On est dans un monde très dynamique.
Le Président (M.
Montigny) : Très bien. Très bien.
M. Simard
(Jean) : Pardon, M. le Président.
Le Président (M.
Montigny) : Désolé, le temps est terminé. Alors, ça va très
rapidement. C'est maintenant le temps du droit de parole de notre collègue le
député de Jean-Talon.
M. Paradis : Je
pense aux travailleurs du secteur de l'aluminium au Saguenay—Lac-Saint-Jean,
à ceux de Deschambault, je pense aux plus de 100 ans d'histoire de
l'aluminium au Québec, où c'est un partenariat qui fait en sorte que
l'industrie s'est notamment appuyée sur les infrastructures construites par les
Québécoises et les Québécois jusqu'à tout récemment, 220 millions, depuis
2018, consentis pour l'aluminium vert par le gouvernement du Québec. Et là je
veux bien comprendre sur quel pied vous commencez vos discussions avec le
gouvernement du Québec sur le projet de loi n° 69.
Vous nous parlez,
s'il y a un changement de tarif de l'industrie, que, là, il va y avoir des
désinvestissements, on pourrait migrer du
mauvais côté des choses. Donc, est-ce que je comprends bien que vous commencez
la discussion en 2024 en disant : S'il y a ça, on va s'en aller?
Est-ce que j'ai bien compris?
M. Simard
(Jean) : Non, vous n'avez pas bien compris.
M. Paradis : Non?
M. Simard (Jean) : Je m'excuse, je vous
corrige. Premièrement, on a de très bonnes relations avec le gouvernement, comme
on en a eu avec tous les gouvernements passés. L'industrie de l'aluminium est
vue par les gouvernements comme un secteur très stratégique pour l'économie.
Une
fois qu'on a dit ça, l'élément énergie est fondamental pour nous, je pense que
c'est assez clair, c'est pour ça qu'on est ici encore une fois. Tout ce
qu'on dit c'est : Ce qui va sortir de ce projet de loi là, en tenant
compte des impacts que ça peut avoir sur la donne énergétique pour nous dans
l'avenir...
Parce que, comme vous
le savez, on a des contrats à partage des risques et bénéfices, on a des
contrats qui sont en renouvellement
présentement, et donc nous, on réfléchit 25 ans en avant. En réfléchissant
25 ans avant, quand on regarde les mécanismes qui sont portés par
le projet de loi, on lève des drapeaux, on dit : Il faut se préoccuper de
ces éléments-là.
M. Paradis : Très
bien. Mais donc qu'est-ce que ça veut dire quand la ministre, la nouvelle
ministre, propose d'avoir une discussion avec vous sur les tarifs, puis vous,
vous dites : Mais, si on discute de ça, il y a un risque de migrer du
mauvais côté des choses? Qu'est-ce que ça veut dire, ça?
M. Simard
(Jean) : Oui. On dit qu'on est rendus... On a perdu 85 % de
l'avantage concurrentiel qu'on avait depuis une dizaine d'années. C'est
documenté dans l'étude qui est citée.
Le Président (M. Montigny) : En
conclusion.
M.
Simard (Jean) : Au moment où on se parle, si on continue d'être
poussés vers les quartiles...
Le Président (M.
Montigny) : En conclusion.
M. Simard
(Jean) : ...le troisième et quatrième quartiles, on est à risque pour
l'avenir.
Le Président (M.
Montigny) : Merci. Le temps est maintenant écoulé. Je vous remercie
vraiment pour votre contribution aux travaux de la commission.
Je
suspends les travaux quelques instants pour permettre aux prochains
participants, au prochain groupe, de prendre place. Merci.
(Suspension de la séance à
17 h 39)
(Reprise à 17 h 43)
Le Président (M.
Montigny) : Alors, bonjour. On redébute nos travaux.
Et
je souhaite maintenant la bienvenue aux représentants de Nergica.
Je vous rappelle que vous avez 10 minutes pour votre exposé, puis après ça
nous pourrons débuter la période d'échange avec les membres de la commission.
Je vous invite donc à
vous présenter — nommer
votre nom, votre fonction — et
à commencer votre exposé maintenant.
Nergica
M. Côté
(Frédéric) : Parfait. Bonjour, je m'appelle Frédéric Côté, je suis le
directeur général de Nergica.
M. Mounier (Gérard) : Et moi, Gérard Mounier,
je suis administrateur et président du conseil d'administration de Nergica.
Le Président (M.
Montigny) : Merci. Allez-y.
M. Côté
(Frédéric) : Donc, M. le Président, Mmes, MM. membres de la
commission, Mme la ministre de l'Économie,
de l'Innovation et de l'Énergie — félicitations
pour votre nomination — merci
d'accueillir les commentaires de Nergica sur cet important projet de loi
pour l'avenir du Québec.
Au
tournant des années 2000, le Québec a voulu aider la Gaspésie en donnant
l'élan à la création d'une industrie éolienne, l'idée étant que, si le
poisson venait à manquer, le vent soufflerait toujours.
À ce moment-là, on
s'appelait le Technocentre éolien, un petit centre collégial de transfert de
technologies avec de grandes ambitions,
affilié au cégep de la Gaspésie et des Îles. On a changé de nom parce qu'on a
changé de format.
Nergica est
aujourd'hui un des plus importants centres de recherche appliquée en énergies
renouvelables au Canada. On couvre la
filière des éoliennes, l'énergie solaire, de l'hydrogène, du stockage. On fait
de la recherche, on forme la relève, on aide des entreprises à innover,
on accompagne des municipalités et des communautés autochtones, on fait partie
de consortiums internationaux de recherche.
En tant qu'organisme
à but non lucratif l'argent qu'on fait, on le réinvestit dans nos équipements
et dans nos programmes, dans nos infrastructures pour maximiser les retombées
en région.
J'aime dire que Nergica,
c'est le partenaire de tout le monde, mais qu'on n'appartient à personne. C'est
avec cette attitude, cette, j'oserais dire, liberté de penser que nous avons
analysé le projet de loi n° 69.
On
veut que ça marche. On veut que le Québec devienne la première juridiction décarbonée
en Amérique du Nord. On veut que tout le monde y gagne. On veut que
tout le monde y participe, incluant les prochaines générations.
La transition
énergétique, c'est le plus gros chantier en 50 ans. C'est aussi un
chantier social qui va changer notre rapport au territoire, les relations entre
les régions et les villes, entre les Québécois et les autochtones.
On ne réussira pas
l'extraordinaire en faisant comme d'habitude. Alors, oui, il faut mettre à jour
la gouvernance de l'énergie, se donner de l'agilité, activer la prise de
décision. C'est le but du projet de loi n° 69.
On est globalement
d'accord, on reconnaît la nécessité, on reconnaît qu'il y a des avancées, mais
il y a des choses à améliorer dans le projet
de loi. Nous faisons sept recommandations. Je ne m'attarderai pas sur chacune
d'elles aujourd'hui, le libellé exact
et les articles de loi visés sont dans notre mémoire, je veux surtout que vous
saisissiez l'idée générale, l'esprit de notre mémoire.
Le
projet de loi comporte deux avancées majeures qui nous font dire bravo, mais il
y a aussi un recul qui nous fait dire attention.
Le
plan de gestion intégrée des ressources énergétiques, le fameux PGIRE, sur
25 ans et le plan de développement du réseau de transport sur
15 ans, ce sont des avancées majeures. On va sortir d'un développement à
la pièce pour entrer dans une ère de plus grande prévisibilité et de plus
grande transparence. Bravo!
Mais, pour que le
PGIRE soit vraiment cet outil essentiel de planification et de coordination de
la transition énergétique, il faut préciser certains éléments.
Selon
nous, ça prend une dimension géographique pour situer sur le territoire les
besoins et les ressources énergétiques, ça prend un lien avec les orientations
gouvernementales d'aménagement du territoire en plus des orientations
économiques et les objectifs climatiques.
Puis on est d'avis
également que ça prend un volet minier pour situer les minéraux stratégiques de
la chaîne de valeur des énergies renouvelables qui pourraient être exploités.
On insiste aussi sur
l'importance des consultations qui vont mener à l'élaboration du PGIRE. Il faut
que les régions y participent, il faut que les collectivités, que ce soient les
MRC, les municipalités, les communautés autochtones, y participent puis il faut
que l'industrie y participe également. C'est très important pour la suite et
pour l'acceptabilité sociale des projets. C'est le sens de nos deux premières
recommandations.
Le projet de loi
parle d'efficacité énergétique, mais trop mollement à notre goût, un avis
d'ailleurs partagé par plusieurs observateurs du secteur.
Ce serait le temps de
parler d'efficacité énergétique comme d'une ressource précieuse. On pense aussi
que le projet de loi, qui donne à la
ministre la responsabilité de produire plus, devrait aussi la rendre
responsable de consommer mieux. La production énergétique et
l'efficacité énergétique devraient relever de la même personne. On a une
recommandation à ce sujet à la page 14 de notre mémoire.
La
chose qui nous inquiète beaucoup, c'est l'abandon des appels d'offres pour les
nouveaux approvisionnements en
électricité par Hydro-Québec. Ça nous semble en contradiction avec les
objectifs de prévisibilité et de transparence que je viens d'évoquer.
Les appels d'offres
devant la régie amènent une lourdeur, c'est vrai, mais, grâce aux appels
d'offres, on a réussi à doter le Québec de la chaîne de valeur la plus étendue
en énergie éolienne au Canada, on a pu garantir du contenu québécois, on a
réussi à créer des alliances nouvelles entre des municipalités, des MRC, des
communautés autochtones, et des entreprises ont été formées.
Il y a donc du bon
dans ce processus. On recommande de le moderniser. Plutôt que de faire des
cahiers de charges complexes et longs à analyser, on devrait faire des appels
d'offres plus généraux et conclure des partenariats modernes, collaboratifs de
co-conception, de co-construction et laisser la place pour l'innovation. C'est
comme ça qu'on bâtit des infrastructures
avec succès aujourd'hui, c'est comme ça qu'on innove, qu'on contrôle les coûts,
qu'on réduit les délais. C'est d'ailleurs l'esprit d'un autre projet de loi qui
est actuellement à l'étude, le projet de loi n° 62.
On
est d'autant plus inquiets de ce renoncement aux appels d'offres qu'Hydro-Québec s'est récemment autoproclamé le maître d'oeuvre des grands
projets éoliens.
Comprenons-nous bien,
j'aime Hydro-Québec, je suis très, très fier d'Hydro-Québec. Hydro-Québec,
c'est notre meilleur atout pour réaliser la transition énergétique. Mais, si on
a bâti 4 000 mégawatts d'énergie éolienne, si on a développé toute une filière d'expertise en énergie éolienne, des
centres de recherche, des collaborations à l'international, dans une
large mesure, ça a été fait malgré Hydro-Québec. Il a fallu que les gouvernements
successifs imposent notre présence à Hydro-Québec. Que, plus de 20 ans après, Hydro-Québec veuille sauter
dans l'éolien, il y a une partie de nous qui fait : Enfin! puis il
y a une partie de nous qui dit : Mais comment vous allez faire ça, OK?
M. Sabia, ce
matin, a parlé de partenariat avec l'industrie. Bonne nouvelle! Si c'est le
cas, le Québec va être gagnant. Car, si Hydro-Québec décidait d'internaliser
les fonctions et de faire cavalier seul, le Québec serait perdant.
La
transition énergétique doit aller de pair avec une véritable politique
industrielle des énergies renouvelables. Cette transformation du Québec
doit faire éclore des géants québécois qui pourront rayonner à l'international.
• (17 h 50) •
Je redis tout mon
attachement à Hydro-Québec, mais on ne peut pas donner, on ne doit pas donner
les clés de la transition énergétique à Hydro-Québec tout seul, le leadership de la transition énergétique doit rester au
gouvernement. C'est le gouvernement
qui doit s'assurer que tout le monde y gagne, que les communautés locales et
autochtones sont incluses, que les régions en récoltent les bienfaits et
que l'industrie puisse en profiter.
On a besoin de sentir
ce leadership, cette transparence, cette cohérence, mais, quand je parle de
leadership, je ne veux pas dire tout
concentré au bureau de la ministre, hein, je parle de clarté dans les
orientations, je parle de clarté dans les
objectifs et dans les moyens, de transparence dans les décisions, de
mobilisation des forces et des talents, d'innovation à tous les niveaux
et d'un juste encadrement par la régie.
Ce projet de loi sur
la gouvernance responsable des ressources énergétiques comporte des progrès
dans la planification des ressources et des besoins, mais on cherche encore la
gouvernance globale de la transition énergétique. Nos recommandations vont dans
cette direction. Merci.
Le Président (M.
Montigny) : Merci beaucoup. Alors, je vous remercie pour votre exposé.
Nous allons
maintenant commencer la période d'échange. Mme la ministre, je vous cède la
parole.
Mme
Fréchette : Oui. Merci. Un grand merci de votre présence et pour votre
participation à cette réflexion sur un thème central pour l'avenir du Québec.
Vous mentionnez dans
votre mémoire le désir de positionner le Québec, là, comme batterie du nord-est
de l'Amérique du Nord, alors ma question serait : Qu'est-ce que ça
prendrait pour que nous le devenions et en quoi le projet de loi n° 69 va
y contribuer?
M. Côté
(Frédéric) : Oui. En fait, on a une grande richesse au Québec de par
nos ressources énergétiques. On a le bénéfice d'avoir de grandes capacités
hydroélectriques avec des réservoirs.
L'idée, c'est de mettre cette valeur-là au
travail puis de la mettre en valeur, notamment par des échanges bidirectionnels
d'énergie. L'idée, c'est de permettre à nos voisins... d'aider nos voisins à se
décarboner en utilisant nos
capacités comme un stockage d'énergie pour faciliter l'intégration des énergies
renouvelables sur les territoires de nos voisins. Donc, c'est vraiment des
échanges bidirectionnels. Parce qu'on a beaucoup parlé de vente, mais il y a
une valeur aussi dans la capacité de stockage que nous avons au Québec.
Puis, au
niveau du projet de loi, nous, ce qu'on trouvait qui est intéressant, c'est
vraiment la notion de planification du transport de réseau... du réseau
de transport sur 15 ans.
Puis notre
recommandation, dans le fond, c'est la suivante, c'est dire : Bien, dans
cet exercice-là, on pense que ce serait une belle opportunité non pas de
penser seulement le réseau de transport d'un point de vue domestique à
l'intérieur de nos frontières, mais d'avoir une planification régionale qui
pourrait inclure les échanges avec nos voisins puis positionner ce réseau de
transport là afin de mettre en valeur toutes nos capacités au niveau stockage,
notamment. C'est dans ce sens-là où on a fait notre recommandation.
Mme
Fréchette : OK. Et
qu'est-ce... Quelle mesure supplémentaire vous verriez qu'on doive mettre en
place pour susciter davantage d'innovation dans le secteur, là, des
énergies renouvelables?
M. Côté
(Frédéric) : Oui. Bien, en
fait, évidemment, on est un centre de recherche, donc l'innovation, le soutien
aux entreprises, c'est au coeur de nos préoccupations. Je pense que l'idée
vraiment de...
Il y a deux éléments fondamentaux. Un, le volet
prévisibilité volume, ce que le plan d'Hydro-Québec nous permet de voir puis ce
que le projet de loi permet de faciliter grâce notamment au PGIRE, ça, c'est
important parce qu'on l'a vu, nous, quand on
regarde les projets qu'on fait avec les entreprises depuis 25 ans il y a
une corrélation entre les projets qui
se construisent au Québec et l'investissement des PME québécoises dans des
projets d'innovation. Il y a vraiment une corrélation.
Puis je ne
vous cacherai pas que, depuis 2016, il ne s'est pas passé grand-chose au
Québec, puis on l'a ressenti dans nos milieux, on l'a ressenti de nos
entreprises, puis on l'a ressenti dans les projets d'innovation.
Donc, vraiment, le volet volume et
prévisibilité, c'est un élément fondamental.
L'autre élément qui est important, c'est de
miser sur des partenariats. Tantôt, on parlait de l'importance d'établir des partenariats puis de s'appuyer sur
l'écosystème qui est en place. On a un navire amiral qui est Hydro-Québec puis, je veux dire, on en a besoin, puis c'est très important,
puis leur leadership est fondamental, mais on a aussi un écosystème qui est en
place. Puis lorsqu'on s'appuie sur ces éléments-là, ça soutient l'innovation.
Tantôt dans
mon intervention, rapidement, je parlais de politique industrielle, c'est à ça
que je réfère, donc d'avoir vraiment une stratégie industrielle qui va
permettre de soutenir le développement de nos entreprises, et ça, ça va
stimuler les investissements dans l'innovation.
Mme Fréchette : Et vous avez fait
référence tout à l'heure au rôle accru, là, d'Hydro-Québec dans le domaine éolien. Qu'est-ce que vous voyez comme
rôle à être assumé par le privé dans le cadre du développement... du plan
de développement d'Hydro-Québec pour 2035 et dans le cadre de la transition
énergétique?
M. Côté
(Frédéric) : Oui. Bien, en
fait, évidemment, Hydro-Québec, comme maître d'oeuvre... Dans le fond, vous savez, Hydro-Québec, depuis
25 ans, il est au coeur du développement de la filière éolienne, là. Les
appels d'offres sont menés par Hydro-Québec, l'énergie est intégrée par Hydro-Québec,
donc il y a déjà un leadership qui est en place.
On voit qu'il y a un désir d'aller plus loin,
puis c'est parfait. Les grands projets, on en a besoin, on veut accélérer les
choses. Ce qu'on souhaite, c'est vraiment que, dans cette démarche-là, Hydro-Québec
puisse donner la chance aux partenaires de
l'industrie d'appuyer ce projet-là, d'appuyer cette vision-là. Nous, on pense
qu'un processus ouvert, transparent, d'appel d'offres permettrait de
sélectionner un ou des partenaires dans cette vision-là.
Ce qu'on souhaite, c'est vraiment que, dans le
fond, on ne jette pas à la poubelle le 25 ans des derniers développements,
mais plutôt qu'on s'appuie sur cette sur avancée.
Je le dis, vous savez, le Québec pouvait se
targuer d'avoir la chaîne de valeur la plus étendue en énergie éolienne, au
Canada, du développement de projets, en incluant la fabrication de composantes
et l'opération et maintenance avec des
programmes de formation, puis l'idée, bien, c'est de miser sur ça puis de
permettre à Hydro-Québec de grandir dans son rôle, mais en
partenariat avec l'écosystème qui est en place.
Mme Fréchette : Est-ce qu'au
niveau... Et ce sera ma dernière intervention avant d'inviter les collègues.
Est-ce qu'au niveau de la main-d'oeuvre, de
la disponibilité de la main-d'oeuvre, on a ce qu'il faut pour vraiment faire
ce pas en avant, ou il faudrait mettre les bouchées doubles, ou... Comment vous
voyez ça?
M. Côté (Frédéric) : Bien, il faut
travailler fort, je vous dirais, il faut travailler fort. Vous savez, Nergica,
on est un centre collégial de transfert des technologies, on est affilié au
cégep de la Gaspésie et des Îles, qui offre un programme de formation en maintenance d'éoliennes depuis plusieurs années
maintenant, on accompagne des communautés autochtones, et c'est toujours
le... puis des municipalités, puis c'est toujours au niveau de la formation
qu'on doit intervenir en premier lieu, le développement de capacités, parce
qu'il y a vraiment un besoin pour la formation de la main-d'oeuvre au niveau de la transition énergétique. C'est un chantier
majeur. On voit que l'écosystème se mobilise.
Dans le
domaine scolaire notamment, je suis administrateur d'un centre de services
scolaire, il y a une offensive sur la construction pour accélérer la formation
de main-d'oeuvre. C'est très stratégique, c'est très important, parce
que M. Sabia disait ce matin : On
a besoin de développer notre main-d'oeuvre pour être en mesure de répondre aux
besoins et aux défis qu'on a devant nous.
Mme
Fréchette : Merci.
Le Président (M.
Montigny) : Merci. Il reste un peu moins de 11 minutes. Alors, il
me fait plaisir de laisser la parole au député de Gaspé.
M. Sainte-Croix : Merci, M. le Président.
Bonjour, messieurs, très heureux de vous avoir avec nous. Merci de participer
à cet exercice-là, toujours important, avec vos intrants qui nous éclairent.
M. Côté,
vous parliez tantôt de maintien et de moderniser la question des appels
d'offres. Je veux vous entendre là-dessus. Développez ça un petit peu.
M. Côté (Frédéric) : Oui. Dans le fond, on sait
qu'Hydro-Québecparle de grands projets de plus de
1 000 mégawatts. Donc, ce sont des projets d'envergure.
Et notre vision
derrière ça, c'est un peu s'inspirer de ce qu'on voit dans d'autres secteurs,
bon, notamment ce qui est discuté au projet
loi n° 62, où, par exemple, des grands projets comme le
train à grande fréquence, où il y a des appels d'offres pour présélectionner
des partenaires qui vont contribuer à une co-construction en vue de préparer le
projet.
Évidemment, tous ces
appels d'offres là doivent inclure des conditions qui vont favoriser la
participation des milieux, parce qu'on le sait, depuis maintenant plus de
10 ans, tous les projets éoliens qui se sont développés au Québec se sont faits en copropriété avec des
communautés, que ce soit des municipalités, des MRC ou des regroupements
et/ou des communautés autochtones, et ça, je pense que c'est précieux pour la
suite.
Puis
d'y aller avec un processus qui permettrait, avec transparence, de choisir des
partenaires, ce serait une façon gagnante, là, pour nous d'assurer une
livraison agile puis un contrôle des coûts également, parce que ça permettrait
quand même une certaine concurrence au niveau des choix des partenaires.
M. Sainte-Croix : À travers le projet de
loi n° 69, quels sont vos défis comme organisation et
pour les gens avec qui vous travaillez?
M. Côté (Frédéric) : En fait, bien, au niveau
des... Bien, en fait, notre rôle, c'est d'accompagner le Québec dans ses choix,
les orientations qui sont faites puis d'accompagner les joueurs de la filière
des énergies renouvelables.
On
travaille avec des communautés, des collectivités autochtones, des
municipalités, on travaille en partenariat avec des regroupements et des
entreprises, des PME.
L'important, ce qu'on
voit, comme je le disais tantôt, ce qu'on a besoin, c'est vraiment de la
prévisibilité puis un volume. Le plan d'Hydro-Québecnous permet ça, OK?
Alors, nous, ce qui
est important, c'est vraiment qu'on utilise cette opportunité-là pour en faire
une politique industrielle qui va permettre de soutenir des investissements
dans l'innovation, le développement d'entreprises puis aussi la formation de la
main-d'oeuvre.
Autrement dit, notre
électricité ou nos projets énergétiques, oui, on veut alimenter nos besoins, on
veut décarboner notre économie, on veut soutenir le développement économique
avec l'électron, mais je pense qu'il y a vraiment
une opportunité aussi de continuer de faire grandir le savoir-faire québécois
en matière de production d'énergie renouvelable, avec les nouvelles
filières qui vont se développer au cours des prochaines... des prochaines
années.
M.
Sainte-Croix : J'ai le droit à une dernière? Merci, M. le Président.
M. Côté, vous
parliez de contenu québécois, hein, qu'on a délaissé un peu l'approche du
contenu québécois pour faire une plus large place à l'ensemble des joueurs. On
s'entend pour dire que le contexte a changé dans les 20 dernières années,
mais je crois savoir que c'est une préoccupation de votre côté d'assurer du
contenu québécois dans l'opportunité qui est devant nous en termes de
développement économique, principalement pour nos régions aussi, parce qu'on va se le dire c'est une fenêtre
d'opportunité exceptionnelle pour les régions du Québec. Parlez-nous un
peu de votre position à ce niveau-là.
• (18 heures) •
M. Côté
(Frédéric) : Oui. En fait, pour nous, c'est une opportunité en or de
soutenir le développement d'une filière québécoise.
Vous
savez, le développement de la filière éolienne, notamment, c'est un vecteur de
développement pour l'exportation
aussi. Ça fait que nos entreprises qu'on fait grandir chez nous peuvent, par la
suite, aller sur les marchés extérieurs
faire de l'exportation, vendre des produits à l'étranger. Pour nous, il y a
vraiment une opportunité de formaliser ça.
On ne pense pas qu'il
faut faire du copier-coller nécessairement de ce qu'on a fait jusqu'à présent,
on est conscients que le contexte a changé, mais, vraiment, il faut avoir une
réflexion sur quelles sont les retombées puis comment on veut impliquer nos
entreprises, comment on veut développer nos entreprises.
Puis, vous savez, le
volet manufacturier, parce que c'est beaucoup ça qu'on a eu, là, notamment ce
que ça a permis de développer au cours des
20 dernières années, l'Innovateur
en chef du Québec a publié un rapport
justement sur la question de l'innovation plus tôt cette année, et, vous
savez, on est en retard, hein, au Québec et au Canada, de manière générale, en investissements des
entreprises et en innovation. Puis un des facteurs qui expliquait ça dans le
rapport de l'Innovateur en chef, c'est l'étiolement de notre tissu
manufacturier au cours des 20 dernières années.
Donc, pour nous,
d'abord une stratégie, une politique industrielle qui pense services, mais qui
pense aussi au niveau fabrication de composants, ça va venir soutenir des
investissements d'innovation, puis ça va dans le sens d'une modernisation de
notre économie puis d'un soutien aussi dans une diversité de nos régions pour
maximiser les retombées, partout au Québec, de ce grand chantier qu'est la
transition énergétique.
M. Sainte-Croix : Merci
beaucoup.
Le
Président (M. Montigny) : Merci. Je vais maintenant céder la parole au député
de Rouyn-Noranda—Témiscamingue.
M.
Bernard : Merci, M. le Président. Bonjour, M. Côté,
M. Mounier. J'aime beaucoup votre recommandation n° 1,
OK, parce qu'on entend souvent les
gens, qu'est-ce qu'on a vu, on parle beaucoup des régions en termes de
production, puis on parle de filière éolienne, et autres. Mais vous
l'avez abordé dans votre recommandation n° 1 :
la dimension géographique.
Puis je viens de faire une entrevue sur des
préoccupations qu'on a en région puis que vous soulignez. C'est, oui, de la production, mais... exact, et l'autre
volet, c'est la distribution puis donner de l'énergie dans les régions
ressources pour qu'elles puissent se développer puis leurs industries. Et, si
vous avez mis cette recommandation-là, c'est certainement que vous avez des inquiétudes à cet égard-là, que
ce ne soit pas nécessairement pris en ligne de compte au niveau de la
stratégie qui va être mise en place, là, des...
Puis l'autre point que je voyais, que vous
abordez, puis on a eu Alcan, les gens de l'aluminium, juste avant, au niveau
des minéraux stratégiques. Donc, j'aimerais vous entendre là-dessus, d'une
part, sur la distribution ou l'accès à l'énergie dans les régions pour les
industries puis la place des minéraux stratégiques à l'intérieur de ça. Puis
après ça j'aurai peut-être une petite sous-question.
M. Côté (Frédéric) : Oui. Donc, en
deux temps, notre première recommandation sur le volet géographique, c'est qu'on est d'avis... Parce que le projet de
loi n'est pas spécifique sur le contenu du PGIRE. Bon, on voit les PGIRE,
dans d'autres juridictions, ça ressemble à
quoi. C'est typiquement assez au niveau 1, hein, les besoins puis les
scénarios d'approvisionnement en énergie. Nous, on pense qu'il y a une
opportunité de pousser l'analyse un peu plus loin parce que, dans le fond, quand on y rajoute une dimension territoriale,
notamment avec les orientations sur l'aménagement du territoire, bien, on rend
la chose plus concrète. Parce que l'idée du PGIRE, c'est aussi de susciter des
échanges, des discussions avec les
milieux puis de voir les gens. Parce que, vous savez, tout le monde est pour la
tarte aux pommes, hein, tout le monde est pour la transition énergétique, tout
le monde est pour l'énergie verte jusqu'au moment où, là, ça s'approche de chez nous, puis là on voit les
projets débarquer, puis là on se pose des questions : Mon Dieu! Qu'est-ce
qui se passe?
Ça fait que d'avoir cette dimension géographique
permettrait, à mon avis, de voir venir puis d'alimenter une discussion vraiment en amont des projets, ça,
c'est le premier volet, puis de s'assurer qu'au niveau de notre territoire,
bien, qu'on a aussi une couverture
énergétique qui est appropriée pour l'ensemble du territoire. Ça fait que ça, c'est le premier volet de notre recommandation.
Autre volet, au niveau minier. Pourquoi on
inclut ça? Bien, premièrement, il y a une chaîne de valeur. Pour fabriquer des éoliennes, des panneaux solaires, ça
prend de la matière première. Puis on a vu, dans la dernière année ou dans les dernières années, beaucoup de projets de
toutes sortes de nature qui se sont réalisés sous le grand chapeau de la transition
énergétique.
Puis tout ça, bien, le citoyen ou la citoyenne,
bien, elle voit ça, puis : OK, je fais... Il y a un projet de mines, il y a un projet d'éoliennes, il y a un projet de
ligne de transport, toutes sortes de choses pour la transition énergétique. Ça
fait que, dans le fond, on se dit :
Bien, puisque le PGIRE puis les projets d'énergie renouvelable, c'est aborder
des territoires dans des projets d'énergie ou des ressources naturelles
puis puisque les minéraux critiques et stratégiques font partie de cette chaîne
de valeur là, ce serait opportun, pour amorcer des discussions avec les
territoires, bien, d'ajouter ces éléments-là,
parce qu'il y a une... il y a comme une connexion entre les deux... entre les
deux familles de projets, je dirais. Puis c'est dans ce sens-là où on pense que ça permettrait d'alimenter de
façon plus pointue les échanges puis d'impliquer les communautés.
Le Président (M. Montigny) : Allez-y
pour une dernière, M. le député.
M.
Bernard : Oui, merci. Dans le projet de loi puis quand je
regarde encore les échanges, on pense beaucoup à tout ce qui est... ce
qu'on appellerait dans le réseau qui existe actuellement. Mais on a un vaste
territoire, au Québec, et on a beaucoup de
sites de location de... on pense rien qu'aux municipalités, réserves
autochtones qui sont hors réseau. Et pensez-vous que... Puis il y a eu
des projets... Je regarde, moi, à l'époque, il y avait une mine, la mine
Renard, qui ont utilisé GNL. Raglan, en haut, ils ont développé des projets
d'éoliennes, et autres, pour les conditions climatiques. Est-ce qu'on en fait
assez pour, je vous dirais... Puis là il y a peut-être une opportunité, entre
autres avec les énergies renouvelables, à
donner des meilleurs outils puis dans le terme de décarbonation de l'industrie
pour tout ce qui est hors réseau, création de microréseaux, et autres.
Est-ce qu'il y a de la place pour ça? Puis on en fait-tu assez?
M. Côté (Frédéric) : Oui. Bien...
Le Président (M. Montigny) : ...
M. Côté (Frédéric) : Oui. Bien, oui,
il y a de la place pour ça, puis nous, on n'en fait pas assez. Donc, c'est
vraiment une opportunité, surtout pour les industries et les sites miniers en
particulier, parce que tout le volet résidentiel
communautaire, les communautés hors réseau, Hydro-Québec prend soin de ces
milieux-là puis est responsable de l'approvisionnement. Puis il y a un... il y a
un grand chantier pour décarboner les communautés isolées, les réseaux
autonomes, chez Hydro-Québec. Au niveau de l'industrie... Puis on collabore à
ça chez Nergica.
Puis, au
niveau de l'industrie, bien là l'industrie doit prendre la mesure de ça. Bien,
je vous dirais, il y a... il y a quand même du travail à faire pour
amener ces réflexes-là dans l'industrie, mais, clairement, il y a... il y a des
opportunités. Puis on voit... L'industrie
minière en particulier a commencé à prendre le virage, mais, clairement, il y a
du travail à faire encore. Puis on doit les accompagner dans ces défis-là.
M. Bernard : Merci.
Le
Président (M. Montigny) : Merci. Pour quelques secondes, peut-être le député
de Dubuc. Il reste 39 secondes.
M. Tremblay : Je veux saluer votre
travail de vigilance.
M. Côté (Frédéric) : Merci.
M. Tremblay : Ressentez-vous la même
effervescence que je peux ressentir — on a parlé du Saguenay et de l'aluminium tantôt, ma collègue... je parlerai
d'un joueur comme IDEA Contrôle, par exemple — hein, dans l'ensemble du Québec? Qu'est-ce
que vous ressentez comme...
M. Côté (Frédéric) : Bien, écoutez,
je vous le disais tantôt, c'est un... c'est le chantier d'une génération puis c'est le défi d'une génération. On doit réussir la
transition énergétique. Puis c'est des projets, on en discutait, mon président
et moi, un peu plus tôt, c'est des chantiers qui sont sur 15 ans, c'est
des cycles sur 15, 20 ans. Donc, les décisions qu'on prend aujourd'hui, on
va les ressentir dans 15, 20 ans. Donc, on a tous ensemble un certain
devoir collectif de trouver...
Le Président (M. Montigny) : Merci.
M. Côté (Frédéric) : ...une bonne
façon d'y arriver pour réussir la transition énergétique. Merci.
Le
Président (M. Montigny) : Merci. Merci beaucoup. Le temps est écoulé. C'est
maintenant le moment de céder la parole. Mme la députée de Saint-Laurent.
Mme
Rizqy : Merci beaucoup, M. le Président. Bonjour. Merci
beaucoup d'être avec nous aujourd'hui, M. Côté, M. Mounier. Merci aussi
d'avoir produit un mémoire. C'est très apprécié.
Dans votre mémoire, d'ailleurs, je vais y aller
tout de suite, parce qu'il est question au, point 3, de moderniser le processus
plutôt que d'abandonner les appels d'offres devant la Régie de l'énergie pour
les nouveaux contrats d'approvisionnement en électricité d'Hydro-Québec.
Pourquoi que je veux aller là-dessus, c'est parce que j'ai aussi lu un autre
mémoire, celui de l'AQPER, qui était là juste avant vous, et eux aussi font
référence, dans leur mémoire, au niveau de... des appels d'offres, de l'achat local.
Si vous me permettez de faire un pas en arrière,
on pouvait lire, dans Le Journal de Montréal il n'y a pas si longtemps,
qu'au niveau des appels d'offres qu'il y a eus par rapport à Hydro-Québec au
niveau de l'éolien en 2023, il y a eu des critères qui ont été retirés pour
l'achat local. Or, ces critères-là existaient auparavant, Il devait y avoir du
contenu québécois.
Là, non seulement ça a été retiré dans les
appels d'offres, mais là on va plus loin dans le projet de loi aujourd'hui.
C'est qu'on permet qu'il n'y ait plus d'appels d'offres, mais il n'y a pas de
garantie pour l'achat local. Est-ce que ça, ça aide notre industrie québécoise
et est-ce que ça aide aussi le nationalisme économique?
M. Côté (Frédéric) : Bien, en fait,
c'est au coeur de notre recommandation sur la fameuse politique industrielle.
C'est une préoccupation qu'on a. Je vous dirais... Il faut aussi dire que ce
n'était pas évident, parce qu'en fait, quand on parle d'une logique de
retombées manufacturières, notamment de retombées québécoises, il faut avoir
une prévisibilité puis un volume minimum. Je vous dirais que, jusqu'à tout
récemment, incluant les derniers appels d'offres qu'on a vécus, ce n'était pas
si facile parce qu'on parlait d'un appel d'offres de 500 mégawatts, un appel
de 1 000 mégawatts. Donc, c'était toujours un peu à la pièce, avec
pas vraiment de clarté sur la suite. Ça fait qu'évidemment,
quand on est un développeur de projets, ça complexifie un peu, puis même un
manufacturier : Est-ce que j'investis dans une nouvelle usine,
est-ce que je modernise mon usine? Parce que c'est un peu à la pièce.
• (18 h 10) •
Ce qui nous réjouit quand on a lu le plan
d'Hydro-Québec 2035, c'est que, là, on ouvre. On dit : OK, voici le
volume, c'est un volume vraiment intéressant. Puis aussi le Québec se démarque.
Vous savez, quand on a fait le premier appel d'offres, en 2003, c'était à
l'époque le plus important appel d'offres éolien de l'histoire mondiale. Le Québec s'était mis sur la mappe avec le premier
appel d'offres. Puis, quand on regarde les volumes qu'Hydro-Québec met
sur la table aujourd'hui pour d'ici 2035, on est vraiment dans une échelle qui
se démarque. Et là, pour nous, ça nous permet de prétendre, de dire : Bien
là, on a l'outil pour avoir une prévisibilité puis un volume pour justifier
vraiment des investissements dans des capacités manufacturières. Donc, on
devrait accompagner ce chantier d'une réflexion sur une politique industrielle
puis comment on veut maximiser nos retombées.
Donc,
je vous dirais, ce qu'on a vécu dans les dernières années, oui, c'est vrai,
vous avez raison, on a laissé tomber cette exigence de contenu. Nous, on l'a
déploré. Par contre, ça pouvait s'expliquer, parce qu'un petit peu à la pièce ça devenait difficile, surtout que, depuis
2016, il n'y avait pas eu de projet. Donc, on a perdu des usines, là, depuis des...
dans les dernières années. Donc, le fait que ça revienne, je pense qu'on a une
belle opportunité de retabler sur l'expertise qui, pendant des années, a fait
de l'exportation au lieu de faire des projets au Québec.
Mme Rizqy : Puis
qu'est-ce qui explique le fait qu'on a perdu justement des usines?
M. Côté
(Frédéric) : Bien, je vous dirais, quand on a arrêté de faire des
projets d'énergie renouvelable au Québec, on a un bon nombre d'usines... je
vous dirais, nos gros joueurs se sont tournés vers l'exportation. Donc, ça, il
y a vraiment des joueurs qui ont réussi. Mais on a aussi des entreprises qui
ont décidé de se tourner vers d'autres secteurs.
Parce que, vous le savez, beaucoup des PME qui se sont développées en éolien
dans le milieu des années... dans le début des années 2000,
beaucoup de PME, c'étaient des entreprises qui avaient déjà d'autres marchés,
puis ils se sont diversifiés dans la filière
éolienne. Donc, quand la filière éolienne s'est tarie, à la fin des
années 2010, bien, ils ont... pour certaines d'entre elles, ils ont
laissé tomber certains... ce secteur-là pour se reconcentrer sur d'autres
secteurs. Donc, c'est vraiment cet
élément-là qu'on aimerait, dans le fond, remettre à jour, surtout qu'on a une
opportunité parce qu'on a maintenant des volumes puis de la
prévisibilité.
Mme Rizqy : Si
on vous donnait le stylo pour écrire un amendement pour le projet de loi, en
matière de contenu québécois, c'est quoi votre souhait?
M. Côté
(Frédéric) : Bien, notre souhait, c'est qu'on ait une réflexion sur le
contenu québécois, que le projet de loi puisse permettre la mise sur pied d'une
politique industrielle. Puis, vous savez, j'hésite à répondre avec un libellé
précis parce que je suis conscient que le monde a changé en 20 ans. Vous
savez, maintenant, la course à la transition énergétique puis la course aux
énergies renouvelables, elle est mondiale. Les chaînes d'approvisionnement sont
mondiales. Vous savez, Hydro-Québec, dans ses projections, nous dit :
Autour de 2026, on va manquer d'électricité, on a besoin de produire davantage.
Mais, quand on regarde les chaînes d'approvisionnement mondiales à
l'horizon 2027, on voit que les chaînes d'approvisionnement mondiales de
certaines filières, notamment éoliennes, sont vraiment très tendues. Donc, il y
a une opportunité même, pour sécuriser nos approvisionnements, pour sécuriser nos projets, d'avoir une pensée, de
dire : OK, comment on sécurise certains éléments stratégiques dans notre dans
notre filière à nous, sur notre territoire à nous?
Mme Rizqy : Je
comprends que le monde a bien changé en 20 ans, mais 2021, pour moi, ce
n'est pas trop loin. 2021, la règle était la
suivante : inclure au moins 50 % de contenu québécois, dont
préférablement 35 % de contenu régional. Est-ce que ça, c'est... Mais
après ça, ça a été changé, en 2022, in extremis, là. Est-ce que ça, c'était un,
disons...
M. Côté
(Frédéric) : Oui. Bien, ça, ça a permis la création d'entreprises
québécoises, ça a permis la diversification de l'économie, ça a permis la mise
sur pied de programmes de formation. Ça a eu des retombées. Puis d'ailleurs, même une... Hydro-Québec avait mandaté
l'IREQ pour faire une étude sur la stratégie éolienne, le premier bloc de 4 000 mégawatts, avec des règles de
contenu. Puis les conclusions de cette étude-là, c'est que, un, on a eu des
coûts compétitifs, on a eu des
projets éoliens qui étaient compétitifs, puis ça a permis de créer des emplois
puis des entreprises, comme on l'avait souhaité à l'époque.
Mme Rizqy : Et
je tiens à le préciser, des emplois en région.
M. Côté
(Frédéric) : Des emplois en région. Des emplois en région beaucoup,
des emplois à Montréal aussi. Vous savez,
Montréal est une plaque tournante d'expertise au niveau du développement de
projets éoliens. Mais, clairement, ça a... Puis c'est ça qui est
intéressant dans une politique industrielle comme celle-là, c'est que ça permet
de répartir les retombées non seulement dans les milieux d'accueil des projets,
mais un peu partout au Québec parce qu'il y a vraiment un tissu industriel qui
est soutenu par ça.
Mme Rizqy : Moi,
bien, j'aime bien parler des emplois en région parce qu'il y a un ancien
premier ministre qui m'a déjà dit : Vous savez, Marwah, Montréal, c'est le
poumon économique du Québec, mais l'air qu'elle respire, c'est celui des
régions.
M. Côté
(Frédéric) : Oui. Merci.
Mme Rizqy : Alors...
Mais, pour revenir... Parce que vous comprendrez que, moi, une fois que les
consultations sont terminées, on sera en étude détaillée, article par article,
et nous, on va avoir un rôle de déposer des amendements. Alors, je veux
vraiment être bien certaine, en matière de rédaction des amendements, est-ce
que ça pourrait être bénéfique. Pour les Québécois, pour les entreprises du
Québec, qui créent des emplois ici, puis en plus des emplois payants, est-ce que ça pourrait être bénéfique de revenir à
ce qui avait déjà existé, 50 % de contenu québécois, dont
préférablement 35 % régional? Est-ce ça pourrait être quelque chose de
positif comme amendement?
M.
Côté (Frédéric) : Moi, je pense que ce serait oui. Est-ce que c'est
dans un... Est-ce que c'est dans la loi? Je ne suis pas législateur, mais,
clairement, oui. Vous l'êtes. Mais, oui...
Mme Rizqy : Bien,
moi, oui, hein, vous comprendrez.
M. Côté
(Frédéric) : Bien, moi, je pense que oui, une approche comme celle-là
serait structurante.
Mme Rizqy : Ce
serait structurant.
M. Côté
(Frédéric) : Oui.
Mme Rizqy : Parfait.
Merci beaucoup. C'est... Donc, ce sera noté, vous comprendrez. Et là,
maintenant, je vais voir combien de temps qu'il me reste. Trois minutes.
Ah! parfait.
Au niveau de tous vos
partenariats, vous en avez aussi avec les Premières Nations?
M. Côté
(Frédéric) : Oui.
Mme Rizqy : Et ça, ça... Je sais que, dans le passé, le
premier ministre avait critiqué l'énergie éolienne. Est-ce que,
maintenant, le... vous avez eu des discussions avec lui, puis on est passé
outre, et il comprend que c'est quand même... ça fait partie, là, l'éolien, de,
je vais le dire ainsi, un bouquet de mesures énergétiques?
M. Côté
(Frédéric) : Oui, clairement, l'éolien fait partie du bouquet de
solutions. Je vous dirais, on est rendus...
je pense que, maintenant, c'est rendu une évidence parce que non seulement
c'est une énergie qui est... qui est renouvelable, c'est la solution
énergétique, sans aucun doute, la plus économique aussi à développer
aujourd'hui au Québec quand on parle de coûts. Puis, de la façon dont, les
10 dernières années, les projets se sont développés, les derniers projets,
c'est en partenariat avec les communautés, avec les collectivités.
Puis tantôt on avait
une question sur les réseaux autonomes. Je peux vous dire, on est très fiers.
Cette semaine à Gaspé, on accueille une délégation du Nunavik qui ont une...
avec une entreprise qu'ils ont mise sur pied pour accompagner Hydro-Québec dans
la décarbonation des réseaux autonomes du Nord, dans le Nunavik, qui ont une vision vraiment très inspirante. On les
accompagne depuis plusieurs années. Puis ils sont venus à Gaspé cette semaine,
ils sont là — d'ailleurs,
je suis content d'être avec vous, mais j'aurais aimé être avec eux aussi cette
semaine — puis
ils rencontrent des acteurs du monde municipal, ils rencontrent des
développeurs, des milieux qui se sont développés, ils rencontrent les
partenaires aussi, les Micmacs, qui ont... Ils se sont mobilisés puis ils se
sont organisés pour faire des projets dont ils sont copropriétaires. Puis il y
a vraiment une... quelque chose qui est inspirant, puis la filière éolienne a
été capable d'amener ce nouveau modèle de développement là, puis ce qu'on souhaite,
c'est que la suite se fasse avec la même logique, là, de copropriété, de
copartenariat avec les partenaires des milieux autochtones, et municipaux, et
MRC.
Mme Rizqy : Merci.
J'ai une dernière question. C'est votre dernière recommandation, le
point 7. Il me reste, je crois, environ une minute. Baliser
l'autoproduction d'énergie, permettre, à certaines conditions, dans les zones délimitées dans les parcs industriels, à une
entreprise de produire et de vendre l'électricité à d'autres entreprises
situées à proximité. Vous ne faites
pas mention d'articles, mais je crois déceler que vous faites référence à
l'article 38, qui ouvre la porte à la vente de privé. C'est bien
ça?
M. Côté
(Frédéric) : Oui.
Mme Rizqy : Vous,
en ce moment, c'est écrit de façon trop large, n'est-ce pas, cet article?
M. Côté
(Frédéric) : Bien, en fait, c'est que, là, actuellement, on parle de
terrains adjacents d'une entreprise à
l'autre. Nous, ce qu'on dit... En fait, au contraire, on recommanderait
d'ouvrir un peu. On comprend que l'autoproduction puis la vente entre privés, ça doit être quand
même balisé de façon assez serrée, mais on pense qu'il y a une opportunité
de pooler les besoins.
Tantôt,
je donne l'exemple d'un parc industriel. Donc, on pourrait peut-être penser à
un parc solaire, là, qui serait construit
sur un site d'enfouissement pas tellement loin d'un parc industriel puis, dans
le fond, qu'on pourrait permettre de pooler les besoins, parce qu'on le
sait il y a les... il y a des besoins en termes de puissance, il y a des
besoins en termes d'énergie, mais on a aussi une infrastructure qui, dans
certains milieux, parfois, est... a de la misère à suivre au niveau de
l'approvisionnement en électricité.
Ça
fait que de donner une certaine ouverture pour les milieux locaux de
s'organiser, si jamais, là, l'infrastructure locale n'est pas à point
puis le plan de développement n'est pas là...
Le Président (M.
Montigny) : En conclusion.
M. Côté (Frédéric) : ...c'est dans ce contexte-là,
ça... On peut penser aussi à des développements résidentiels.
Le Président (M.
Montigny) : Merci beaucoup. C'est maintenant le temps de céder la
parole au député de Maurice-Richard.
M. Bouazzi : Merci, M. le Président.
Vous avez dit au début que vous voyez avec une certaine crainte le fait
qu'Hydro-Québec prenne plus de place sur la question de l'éolien par rapport à
la participation du privé. Je vous avouerais
que je suis un peu étonné. Ce n'est pas nouveau que... même du temps des
barrages. Est-ce que vous considérez qu'à l'époque des barrages
Hydro-Québec prenait trop de place?
M. Côté (Frédéric) : Non. En fait,
notre préoccupation, ce n'est pas tant qu'Hydro-Québec prenne plus de place. Dans le fond, nous, ce qu'on souhaite,
c'est qu'il y ait un écosystème qui est en... qui est en place. Parce qu'en
fait, comme je le disais, Hydro-Québec
a toujours été le leader du développement à travers les appels d'offres, il y a...
c'est Hydro-Québec qui mettait... Oui, il y avait une impulsion
gouvernementale, mais... Voilà, oui.
M. Bouazzi : Je comprends, mais, à
l'époque, par exemple, pour ne pas la nommer, il y avait SNC-Lavalin qui avait
eu un énorme... et c'est grâce à ça qu'on a eu cette entreprise, avec ses
qualités et ses défauts, mais qui est quand
même un fleuron exceptionnel, qui a été... qui a accompagné, si on veut, les
grands... depuis la Baie James jusqu'à aujourd'hui, les grands travaux
d'Hydro-Québec.
M. Côté (Frédéric) : Oui. En fait,
nous, notre préoccupation, c'est surtout sur comment les partenariats... les
partenaires vont être choisis, donc... tu sais. Donc, dans le fond, nous, ce
qu'on... ce qu'on... Notre recommandation, c'est vraiment que, dans ce
processus-là, où Hydro-Québec devient maître d'oeuvre... On ne remet pas ça en
question. Nous, ce qu'on dit, c'est vraiment : Bien, il devrait quand même
y avoir un processus d'appel d'offres ou un processus transparent dans lequel
Hydro-Québec, lorsqu'il va choisir ses partenaires, bien, qu'on puisse le faire
d'une façon transparente.
M. Bouazzi : Bon, il y a quelque
chose qu'on partage, c'est la volonté d'avoir une industrie sur les questions des éoliennes, là, au-delà des gens qui répondent
aux appels d'offres comme ils sont actuellement, de mettre en place,
désolé, mais une industrie, là, qui construit des pales, des poteaux, des... Et
on s'entend que, si on avait... justement, un maître d'oeuvre qui permet
d'avoir des questions d'ordre de grandeur et d'appels d'offres plus gros
permettrait justement un essor industriel beaucoup plus facile que de les faire
à la pièce avec des constructeurs différents.
• (18 h 20) •
M. Côté (Frédéric) : Oui. Ça, c'est
clair. Puis ça, c'est pour ça que l'opportunité... À mon avis, il y a une opportunité en or. Ce qu'Hydro-Québec a mis sur la
table avec son plan 2035, c'est vraiment... ça peut être un vecteur de
développement très important pour une politique industrielle.
M.
Bouazzi : Tant et aussi longtemps qu'on ne continue pas à le
faire comme on l'a fait depuis maintenant 25 ans, qui est de faire
des tout petits appels d'offres et d'aller chercher à chaque...
M. Côté (Frédéric) : Mais, en
fait... En fait, non, parce qu'il y a comme deux époques, je vous dirais,
tu sais, il y a la... Bien, il y a une stratégie énergétique 2006-2015
dans laquelle le gouvernement s'était engagé à faire 4 000 mégawatts
sur cette période-là, avec des règles de contenu. Puis ça, je vous dirais, ce
premier bout là, là, ça a vraiment aidé à
structurer une filière manufacturière puis tout ce que je vous disais tantôt
comme retombées positives. À la suite de cette période-là, on est tombé
dans une période où on s'inquiétait des surplus, hein, d'électricité, et ça, ça
a amené un grand coup de frein.
Vous savez,
quand on lit la politique énergétique qui a été adoptée en 2016, elle s'appuie
sur deux fondements. Un, on a trop d'électricité puis, deux, on
veut exploiter le pétrole et le gaz au Québec. C'étaient ça, les
deux piliers de la stratégie énergétique qui avait été adoptée à l'époque,
deux... deux... deux éléments qui ne sont plus du tout dans notre réalité,
mais qu'on traîne un peu.
Ça fait que, dans le fond, moi, ce que je dis,
c'est que, là, on est dans un autre contexte, puis là on a vraiment une
opportunité. Hydro-Québec nous amène une occasion, vraiment, de penser à une
stratégie industrielle. Puis c'est ce qu'on... c'est ce qu'on vous invite à
mettre de l'avant.
M.
Bouazzi : Et, dans le monde idéal, ça aurait été le PGIRE
qui nous permettrait de planifier cette vision-là?
Le Président (M. Montigny) : En
conclusion.
M. Côté (Frédéric) : Le PGIRE peut
être un outil pour y parvenir. Oui.
Le Président (M. Montigny) : Merci,
et, désolé, il ne reste plus de temps. C'est maintenant le moment de passer la
parole au député de Jean-Talon. Vous avez la parole.
M. Paradis : En fait, je vais
continuer dans la foulée de mon... de mon collègue. On... Beaucoup de gens ont
souligné l'importance, là, du PGIRE, de ce plan intégré de gestion des
ressources en énergie, et vous, vous êtes des chercheurs. Au moment où on se
parle, en faisant abstraction des politiques annoncées par Hydro-Québec, là,
son plan d'action 2035 puis sa stratégie de
développement éolien, est-ce qu'on a l'équivalent d'un PGIRE actuellement?
Est-ce qu'on sait quelle est la vision du gouvernement du Québec en matière de
développement d'énergie renouvelable? Où est-ce qu'on trouve ça?
M. Côté
(Frédéric) : Bien, en fait, on n'a pas l'équivalent d'un PGIRE
actuellement, c'est pour ça qu'on se réjouit que le PGIRE s'en vienne. On a une
stratégie énergétique qui a été adoptée il y a quelques années, dont vous venez
de faire référence, qui n'est plus à jour. On a un plan pour une économie
verte. Je vous dirais, le guide, un peu, quand les gens de l'industrie
regardent ça, c'est le plan pour une économie verte, ça donne certaines
indications, mais ce n'est pas... c'est... on a besoin de quelque chose de plus
détaillé clairement.
M. Paradis : Mais, au moment où on aborde l'étude de ce projet
de loi, on n'a pas ça actuellement. Vous n'êtes pas capables de nous dire, chez
Nergica : Bien, voici, le gouvernement, voici ce qu'il nous a dit qu'il
voulait aller.
M. Côté
(Frédéric) : On a besoin d'un PGIRE. Ce qu'on a, c'est Hydro-Québec,
la vision d'Hydro-Québec. Puis c'est un peu le sens de notre intervention. On a
besoin d'encadrer ce développement-là. Hydro-Québec... La beauté d'avoir Hydro-Québec, c'est que c'est une
entreprise qui a une réputation vraiment incroyable sur laquelle on peut
s'appuyer. C'est vraiment un élément clé.
Ceci étant dit, on a besoin de d'autres... certainement de d'autres mécanismes,
d'autres éléments pour donner plus de
clarté, pour que... vraiment, qu'on sent qu'il y a une vision gouvernementale
forte.
M. Paradis : Puis
ça aurait été utile de l'avoir avant de commencer nos discussions aujourd'hui?
M. Côté
(Frédéric) : On en a besoin. C'est ce que je peux vous dire.
M. Paradis : Très
bien. Vous ne niez pas.
Vous parlez
d'autoproduction. Vous dites : On voudrait remplacer le critère, dans le
projet de loi n° 69, de... du... le critère «adjacent» par «la proximité».
Pour Nergica, ça veut dire quoi, ça, en matière de transmission? On utilise
quelles infrastructures de transmission?
M. Côté
(Frédéric) : Non, c'est une bonne question. En fait, l'idée, c'est
vraiment de... quand on parle de notre
recommandation, c'est de favoriser la proximité, justement parce qu'on ne veut
pas qu'on sursollicite ou qu'on... les infrastructures d'Hydro-Québec. Il faut
vraiment s'assurer que ça se fasse avec une proximité géographique.
Mais notre idée,
c'est... notre recommandation, c'est aussi de pouvoir pooler les besoins. Dans
le fond, quand je vous parlais, tantôt, de l'exemple d'un parc industriel, on
pourrait avoir un parc solaire qui pourrait fournir plus qu'une entreprise au niveau du parc industriel ou
peut-être même certains secteurs résidentiels. Dans le fond, quand on
regarde...
Le Président (M.
Montigny) : En conclusion.
M. Côté (Frédéric) : En conclusion, on
s'inspire de... du modèle français où on a permis à des municipalités...
Le Président (M.
Montigny) : Merci.
M. Côté
(Frédéric) : ...d'alimenter leur voisinage.
Le Président (M. Montigny) :
Alors, merci beaucoup. Et je vous remercie pour votre contribution aux
travaux de la commission.
Je
suspends les travaux quelques instants afin de permettre aux prochains groupes
de s'installer pour la poursuite de nos travaux. Merci.
(Suspension de la séance à
18 h 25)
(Reprise à 18 h 31)
Le Président (M. Montigny) : Alors,
bonsoir. Je souhaite maintenant la bienvenue aux représentants de l'Institut de l'énergie Trottier, Polytechnique
Montréal.
Je vous rappelle que
vous disposez de 10 minutes pour votre exposé, puis par la suite nous
procéderons à une période d'échange avec les membres de la commission.
Donc, je vous invite
donc à vous présenter, nommer votre nom puis votre fonction. Merci.
Institut de l'énergie Trottier
M. Mousseau
(Normand) : Bonsoir. Je suis Normand Mousseau, professeur de physique
à l'Université de Montréal et directeur scientifique de l'Institut de
l'énergie Trottier à Polytechnique Montréal. Et voici Louis Beaumier, qui
est le directeur exécutif de l'Institut de l'énergie Trottier.
Alors,
M. le Président, Mme la ministre, Mmes et MM. les députés, c'est vraiment un
honneur pour nous d'être ici pour parler du projet de loi n° 69.
C'est un projet de loi qui crée un cadre plus cohérent pour soutenir les
actions gouvernementales ainsi que celles de la société d'État, Hydro-Québec,
et du secteur privé, dans un contexte où on veut décarboner le Québec, mais
aussi le monde. Et, je dirais, dans son ensemble, ce projet de loi là renforce
la capacité du Québec à transformer son
système énergétique, ce qui est essentiel dans le contexte actuel. On va
évidemment parler des problèmes plus que des bons points, c'est toujours
ces enjeux-là.
Alors, avant de
rentrer, je vais quand même rappeler que l'objectif de projet de loi, c'est la
décarbonation. Or, le Québec n'a toujours
pas d'engagement légal pour 2050. Donc, on travaille un peu dans le vide. Et,
pour nous, ce serait absolument essentiel que le premier article du projet de
loi n° 69 dise : On veut la carboneutralité pour
2050.
Pourquoi la
carboneutralité? D'abord, c'est le discours qu'on maintient, mais c'est aussi
la cible légale pour le fédéral, pour le Canada,
et l'Accord de Paris. Donc, pour nous, c'est un essentiel. Même chose, dans le
même esprit, définir ce que c'est, une transition énergétique. Et, dans
notre recommandation 2, on pense aussi qu'il faut mettre correctement la priorité. Pour atteindre la
décarbonation, la priorité, c'est donc d'abord de décarboner les sources
d'énergie tout en soutenant la
sobriété énergétique, et la productivité, et l'efficacité. Commencer par
l'efficacité ou la sobriété ne nous amène pas à la carboneutralité.
Parlons
du PGIRE. C'est un levier important pour une meilleure maîtrise de l'énergie.
Par contre, traditionnellement, les PGIRE sont faits par les sociétés d'État,
les distributeurs d'électricité dans un contexte assez étroit
d'approvisionnement. Ici, déjà, on a un pas de bien, c'est le ministre qui
pilote ça, la ministre, et non la société d'État. Par contre, je pense
qu'il faut absolument élargir ce contexte-là
de simplement l'approvisionnement et... dans le... de... du gaz à
l'électricité, et aller plus large.
Donc, on a plusieurs
recommandations, cinq, qui portent sur le PGIRE pour réduire l'incohérence, le
rendre plus pertinent. À notre avis, le
PGIRE doit être compatible avec les objectifs de décarbonation légaux, donc
dépendre des plans de décarbonation.
Il doit porter sur toutes les sources d'énergie consommées au Québec, pas seulement
celles régies par la Régie de l'énergie. Il doit inclure la planification des ressources, mais aussi des
besoins liés à la décarbonation puis
des services, même de revoir le service, avec un mécanisme d'évaluation annuel
de l'efficacité des mesures puis des mécanismes d'ajustement.
On doit aussi... On
propose aussi que le plan soit revu complètement aux trois ans plutôt qu'aux
six ans, parce que le monde de l'énergie, des technologies et des approches
change tellement rapidement qu'on ne peut pas attendre
six ans ces jours-ci. Il faut accompagner le PGIRE d'un cadre d'évaluation pour
combler aussi divers besoins d'identifier, et on aura besoin, quelque
part, d'une structure indépendante qui soit capable de faire le suivi puis
l'évaluation des mesures.
Un aspect important,
le projet de loi 69 introduit une confusion dans l'ordre de subordination
des politiques et de l'importance accordée à la question climatique. Tel qu'il
est mis, en fait, le climat est sous-subordonné à l'énergie. Or, pour nous, ça devrait être le contraire et ça devrait
être le... il faut subordonner le PGIRE au plan climatique et avec un ordre qui remettrait... puisque c'est
le ministre de l'Environnement qui a la responsabilité ultime de l'atteinte des objectifs climatiques, il faut que le PGIRE, à
un moment donné, s'intègre dans cette ligne de commande. C'est toujours
difficile, mais ça éviterait au moins certains conflits. C'est recommandation n° 3.
Finalement,
le projet de loi fait de la ministre la juge et partie en ce qui concerne le
PGIRE. Donc, la ministre a le mandat de l'élaborer, de l'approuver et de
la mise en oeuvre. On ne parle pas du tout de mécanisme de suivi. Donc, dans notre cas, on propose au moins qu'il y ait un
mécanisme de suivi indépendant qui permette de s'assurer de briser un
peu, si on veut, là, le... de ramener une gouvernance responsable, et
correctement, dans le... dans le plan.
En termes
d'innovation, on trouve un peu étonnant... Parce que le projet de loi présente
une vision plutôt passéiste du système énergétique, avec quelques grands
distributeurs qui font tout le travail. On s'attend, dans le futur, à avoir beaucoup plus d'acteurs qui vont
s'insérer. Et c'est pour ça qu'on pense absolument qu'il faut que le PGIRE
intègre ces aspects-là, mais qu'elle se déploie aussi ailleurs dans le projet
de loi. Et ça inclut évaluer les technologies, l'approche liée au rôle de l'énergie, la biomasse énergétique sous
toutes ses formes, l'autoproduction, stockage, effacement, déplacement de la
demande, etc., puis même du côté de services, donc comment on utilise
l'énergie. Séquestration de carbone
pourrait rentrer, dans certains cas, dans ce projet de loi là aussi pour la
question énergétique. Donc, c'est très large et ça demande de dynamiser
un petit peu, je dirais, cette transformation-là.
Dans le même
contexte, on pense qu'il faut faciliter des nouveaux acteurs qui viendraient
tester des nouvelles approches et, pour ça, on veut faciliter la création de
projets pilotes flexibles en créant une voie de bac à sable réglementaire qui
permettrait facilement d'enlever des règlements ou de suspendre des règlements
pour tester des approches à échelle. Et ça devrait passer par la Régie de
l'énergie, par exemple, qui pourrait avoir un processus simple, contrairement à
ce qu'on a maintenant, qu'il n'a jamais utilisé tellement c'est lourd, pour
vraiment favoriser l'innovation. Et, à ce moment-là, on peut faire un suivi
puis dire : Est-ce que ça vaut la peine d'aller de l'avant ou non avec ces
mesures-là?
Le rôle de la régie
est affaibli par le projet de loi 69, et nos
recommandations 10 à 14 visent à le renforcer. D'abord, on pense qu'il faut
renforcer l'indépendance et le leadership de la régie, et une des façons de
faire, c'est de favoriser des régisseurs qui seraient là de manière temporaire,
sur des mandats de trois ou quatre ans, des gens qui viennent du monde
universitaire, des gens à la retraite, des gens indépendants qui viendraient
faciliter la prise de risque à la régie, qui
est un petit peu limitée ces jours-ci. Donc, de même, la régie... le projet de
loi réduit l'indépendance de la régie
en permettant à la ministre d'intervenir directement sur toutes les causes puis
en donnant aussi la possibilité de changer
régulièrement les orientations. On pense qu'il faudrait abroger ces
articles-là. En contrepartie, on pense que la régie doit assouplir son
mode de consultation, qui est extrêmement lourd, très légaliste, et faciliter
les échanges avec le public et les autres intervenants. Et on propose un cadre,
de faire ça rapidement, en recommandation 12.
Finalement, puisque le
système énergétique de la production à la consommation se complexifie, on pense
que la régie devrait avoir le mandat de suivre cette transformation-là, de la
documenter et de faire un rapport régulier pour dire : Est-ce qu'il y a
des choses qui devraient tomber sous la régie ou non? Comment on doit repenser
certains acteurs pour faciliter
l'avancement, l'innovation puis réduire les coûts aussi de système? Et, dans ce
contexte-là, on arrive à la question des tarifs. On a plusieurs
recommandations, mais, de manière générale, on pense que c'est le consommateur et non le contribuable qui doit payer la
consommation d'électricité. Le prix payé doit refléter le vrai coût d'approvisionnement pour le besoin satisfait, pas
des enjeux idéologiques. Donc, les tarifs horaires de pointe ou autres tarifs
qu'on introduit doivent absolument être justifiés économiquement, de manière
large.
Et, seul point, c'est le coût des nouveaux
approvisionnements pour attirer des nouveaux gros clients industriels. Nous, on
pense qu'ils devraient être payés par ceux-là, donc ils devraient assumer le
prix marginal. Sinon, il faut discuter.
Est-ce que ce devrait être, à ce moment-là, le contribuable qui paie plutôt que
le consommateur? Donc, il y a un discours, mais juste pour des gens qui
prennent un morceau important de la tarte énergétique. Alors, on parle du Fonds
d'aide à la clientèle domestique. On pense que c'est une très mauvaise idée
parce que ça transfère le coût de l'électricité aux contribuables qui n'ont
aucun contrôle sur la consommation. C'est comme si on payait les gens qui achètent de l'essence pour qu'ils
puissent en acheter plus. Donc, on devrait plutôt mettre en place des
programmes d'appui pour les citoyens qui ont des besoins financiers ou
qui souffrent de pauvreté énergétique.
• (18 h 40) •
Le projet de loi permet à la régie de fixer des
tarifs de pointe électrique. On pense qu'il faut absolument que tous les tarifs
soient bien décrits, d'un point de vue économique, et justifiés, d'un point de
vue économique.
Et donc, en conclusion, on pense que le projet
de loi 69 contribue de manière significative à doter
le Québec une législation propre à accélérer la transition. Il doit être
amélioré en termes de gouvernance. Il doit être amélioré en termes
d'intégration des enjeux puis de la transformation du système énergétique, et
tout ça afin de contrôler les coûts,
contrôler les tarifs puis aussi augmenter les gains et l'acceptabilité sociale
qui sont essentiels pour un projet de cette ampleur-là. Merci.
Le Président (M. Montigny) : Merci.
Je vous remercie pour votre exposé. Maintenant, nous allons débuter la période
d'échange. Mme la ministre, je vous laisse la parole pour plus de 16 minutes.
Mme Fréchette : Merci beaucoup, M.
le Président. Alors, merci, MM. Mousseau et Baumier, pour votre présence
et pour nous partager votre expertise. Votre centre en est un qui est dédié aux
thèmes qui nous interpellent ces jours-ci et pour l'automne, donc merci de nous
partager ça.
Alors, je vois que votre organisme, en fait,
mène des travaux en ce moment, là, sur la gestion de la pointe. Dans quelle
mesure est-ce que vous voyez des éléments dans le projet de loi 69
qui vont permettre d'améliorer la gestion de la pointe, qui est un élément
quand même important des contraintes auxquelles on fait face?
M. Mousseau (Normand) : Bien, on
ouvre la porte, dans un article, à une tarification sur la puissance, par exemple, un contrôle de la puissance. Et, pour
nous, dans un contexte de pointe qui est très court, hein, quelques heures dans
l'année, on peut, à ce moment-là, avoir des tarifs qui permettraient de
contrôler. Ou même, notre proposition, c'est même de dire... on pourrait
dire : On n'est pas obligés de fournir au-delà d'une certaine puissance
pour les nouveaux clients, qui doivent s'équiper, à ce moment-là, de ce qu'il
faut pour... pour gérer la pointe eux-mêmes.
M.
Beaumier (Louis) : Si je peux ajouter à ça, c'est que ce qu'on voit
dans le projet de loi, c'est qu'essentiellement la gestion de la pointe
sera confiée à Énergir et qu'on ne voit pas vraiment comment on... on n'ouvre
pas la porte, justement, on parlait d'innovation, on n'ouvre pas la porte à ce
qu'on puisse tester de nouvelles façons de déplacer de la demande ou de... ou
de l'effacer.
Mme Fréchette : Et quelles
pourraient être ces nouvelles mesures innovantes, justement?
M. Beaumier (Louis) : Bien,
certainement, il y a du stockage thermique qu'on peut faire, au-delà des
questions d'efficacité énergétique, là, d'améliorer l'enveloppe d'un bâtiment,
ce qui va prendre beaucoup de temps, beaucoup trop de temps, plus de temps que
ce dont on dispose. D'autant plus qu'il faut construire des logements. Mais il
y a question de déplacement de la demande, là, que ça soit les... bon, par des
thermopompes, du stockage thermique, surtout dans le secteur industriel où on
pourrait faire... commercial industriel, où on pourrait faire beaucoup de... beaucoup de progrès. On pourrait
même développer, là, une filière, toute une filière qui... économique, là,
qui n'existe pas ailleurs dans le monde, en fait.
M. Mousseau (Normand) : Et, je
dirais, notre proposition, c'est de réglementer pour laisser l'innovation
technologique. Donc, c'est...
Mme Fréchette : OK. Quand vient le
temps de fixer les tarifs, la régie s'en remet beaucoup au coût de service. Maintenant, bon, notre... notre
électricité, notre énergie est très verte, notre réseau électrique est
particulièrement vert. Quand vient le temps d'établir les tarifs, est-ce
que la notion... au-delà du coût de service, est-ce que la notion de juste valeur de notre électricité devrait
être... devrait entrer dans la réflexion? Autrement dit, est-ce que les coûts de
service reflètent la juste valeur de notre électricité, à votre avis?
M. Mousseau
(Normand) : Je pense qu'on se leurre beaucoup sur la juste valeur. On
a entendu l'industrie de l'aluminium tout à
l'heure qui dit que notre juste valeur est déjà beaucoup trop élevée. On a vu,
dans les nouveaux... les nouveaux contrats, les nouveaux grands consommateurs
qui ont tous demandé une réduction de 20 % sur le tarif L pour être
capables... pour s'installer au Québec. Donc, la réalité, c'est que personne ne
veut payer pour la partie verte, seulement
ceux qui sont captifs, donc les résidentiels ou commerciaux. Donc, dans ce
contexte-là, pour nous, la bonne façon
de faire ça, c'est de faire payer la juste valeur dans un contexte aussi où
toute l'Amérique du Nord va décarboner son électricité. Donc, notre
valeur additionnelle va être limitée. La priorité devrait être de s'assurer
qu'on garde les tarifs les plus faibles en
mettant en place des structures d'approvisionnement, d'innovation qui vont
faire en sorte qu'on réduit les coûts de système.
Mme Fréchette : Merci. Selon vous,
est-ce que les mesures, là, prévues au projet de loi vont aider à stimuler
l'innovation dans le domaine de l'énergie? Vous avez mentionné à quel point
c'était important, là, de susciter ça. Est-ce qu'il y a des éléments là-dedans
qui vous apparaissent pertinents pour s'ancrer?
M. Mousseau (Normand) : Il n'y en a
pas beaucoup. C'est... On trouve, en fait, que l'ouverture... Par exemple, la
biomasse, ce n'est pas mentionné une seule fois. On parle du gaz naturel de
source, ou je ne sais plus, renouvelable, là, mais la biomasse comme telle, qui
peut servir de d'autres façons, elle n'est pas là. Les innovations en termes de
stockage, de déplacement, de demande et autres ne sont pas mentionnées. Et la
structure pour faciliter cette innovation-là n'est pas présente. Ça ne veut pas
dire pour nous qu'il faut ouvrir à grande échelle. Le solaire, par exemple, a
des gros problèmes de pertinence au Québec actuellement parce qu'il est en
désaccord avec la demande, qui est l'hiver. Donc, il faut s'assurer que cette
innovation-là s'intègre de façon à réduire les coûts de système, mais il faut
l'ouvrir à plusieurs niveaux. Et c'est... c'est pour ça que nous, on veut
faciliter des projets pilotes, faciliter des façons de tester à des échelles
suffisantes pour valider ou non ces approches-là.
M. Beaumier (Louis) : Et, si je peux
ajouter, si on veut parler de juste valeur, c'est là qu'on devrait appliquer
cette notion-là. C'est-à-dire toute nouvelle production qu'on voudrait intégrer
dans le réseau, nouvelle technologie qu'on voudrait intégrer dans le réseau, il
faut en évaluer la juste valeur.
Et, pour rajouter sur l'exemple du solaire,
effectivement, ce n'est pas parce... et cette juste valeur là n'est pas la
même... n'est pas la même selon le... où est-ce qu'on se trouve dans le monde.
Alors, oui, on peut bien dire qu'ailleurs dans le monde, aux États-Unis, on
développe beaucoup de solaire, mais la valeur du solaire dans le mix
énergétique tel qu'il existe dans ces juridictions-là n'a pas la même valeur
qu'ici. Alors, la juste valeur, à notre avis, c'est... et c'est ce qu'on espère
voir... de voir dans le PGIRE, une fois qu'on aura bien identifié les besoins
qu'on veut... auxquels on veut répondre, après ça, qu'on ait... on puisse
identifier la juste valeur de ces nouveaux approvisionnements là qui serviront
à répondre à la demande.
Mme Fréchette : Et est-ce que le
fait qu'on soit dans une période de transition énergétique, de volonté de décarboner,
est-ce que le fait d'avoir une énergie verte devrait être valorisé davantage
parce qu'on peut présumer que ça sera prisé ou recherché davantage?
M. Mousseau (Normand) : On peut le
présumer, mais on ne le voit pas. Le problème, c'est que, sur le terrain, on ne
voit pas qui est prêt à payer une prime verte. Donc, ces centres de données ne
s'installent pas ici en disant : Moi, je suis prête à payer 0,05 $ de
plus pour m'installer. Si on peut le faire et s'il y a moyen de le faire, nous,
on est complètement en appui. Mais la réalité sur le terrain, c'est que c'est
très, très difficile d'aller chercher cette prime-là dans un contexte
nord-américain.
Et je vais juste donner une explication. Si je
suis au... je ne sais pas, au Texas, je peux acheter de l'électricité
complètement verte, même dans un réseau qui est à 80 % carboné, parce que
j'ai le droit d'acheter, de se dire : Cet électron-là, il est produit
parmi ceux produits par l'éolienne.
Donc, pour la grande industrie, le bénéfice de
s'installer au Québec pour de l'énergie propre diminue d'année en année parce
qu'ailleurs on peut toujours s'approprier ces électrons-là, entre guillemets.
Mme Fréchette : Je vois. Je vois que
vous êtes impliqués, là, dans un carrefour de modélisation énergétique. Est-ce
que vous pouvez élaborer, là, sur ce en quoi ça consiste puis dans quelle
mesure ça pourrait peut-être être utile pour l'élaboration du PGIRE, là, par
exemple?
M. Mousseau (Normand) : Oui, tout à
fait. Le Carrefour de modélisation, c'est une structure qui est là, de service,
donc on ne prend pas position au carrefour, on maintient des modèles
énergétiques, on en développe puis on appuie, justement, l'analyse par
modélisation, là, des enjeux, entre autres la transition, mais des enjeux de
l'énergie dans son ensemble. On est financés, là, en grande partie par
Ressources naturelles Canada, donc c'est une structure qui est pancanadienne, mais qui est basée, là, à Montréal. Et, dans ce
contexte-là, on peut aider. Il y a une aide potentielle pour faire les
études, la modélisation, et autres.
M. Beaumier (Louis) : C'est une
structure, effectivement, actuellement, financée par le fédéral, mais on sent de l'intérêt dans d'autres provinces pour appuyer
cette structure-là, notamment du côté de l'Ontario, dans les Maritimes
aussi, on a des collaborations avec des gens dans les Maritimes, et l'intérêt,
c'est justement de rendre disponibles ces modèles-là avec
les données, tous les jeux de données nécessaires pour qu'on puisse mener des
études sur des bases comparables.
M. Mousseau
(Normand) : Et ouverts, avec des modèles ouverts.
Mme
Fréchette : Donc, on pourrait faire faire des simulations, advenant
qu'on ait différentes pistes qu'on veut tester, et vous pourriez utiliser ce système-là.
M. Beaumier
(Louis) : Tout à fait.
M. Mousseau
(Normand) : En fonction des modèles qu'on commence. Donc, on n'a pas
tous les modèles encore, mais on avance.
Mme
Fréchette : OK. Merci. Je vais laisser la parole aux collègues.
Le Président (M.
Montigny) : Parfait. Merci. À ce moment-ci, c'est le moment de laisser
la parole au député de Rouyn-Noranda—Témiscamingue. Vous avez la parole.
M. Bernard :
Merci, monsieur...
Le Président (M.
Montigny) : Il reste huit minutes.
M. Bernard :
Merci, M. le Président. Bonjour, M. Mousseau, puis bonjour, M. Beaumier.
Vraiment content de vous avoir ici aujourd'hui. Vous... Vos propos sont
toujours très pertinents. Comme je disais, j'aime beaucoup vous entendre, vous
êtes souvent consultés. Aujourd'hui, il y a deux recommandations que je veux
vous interpeler là-dessus. La recommandation n° 6 sur
le PGIRE puis celle sur... la 14, sur la modification des tarifs. Il y a un mot
qu'on a entendu ce matin beaucoup, c'est le
mot «prévisibilité», puis qu'on risque d'entendre au cours des prochains jours.
• (18 h 50) •
OK. Moi, je viens de
l'industrie minière, entre autres, et le premier point, le PGIRE, vous
dites : «Que le PGIRE soit refait aux trois ans avec une révision
annuelle.» Le projet de loi propose six ans. Quand on sait l'ampleur de qu'est-ce que va être, ce projet de loi là,
puis le plan de gestion intégrée des ressources, qu'il soit refait aux trois
ans avec une révision annuelle, on est loin d'avoir de la prévisibilité,
là. Ça fait que j'aimerais, ce point-là, vous entendre là-dessus, parce que,
quand on sait les politiques ou les choses qui vont être mises en oeuvre, on va
voir des effets plus une période de deux ou trois ans et même peut-être plus,
donc je trouve que c'est trop rapproché.
Même chose pour les
tarifs, parce moi, j'ai travaillé dans des cas sur des études de faisabilité,
et autres, puis, entre autres, quand on tombait... vous parlez des grandes
industries, et autres, moi, de l'industrie minière, souvent, les tarifs, puis
on l'a entendu un peu par les gens d'Alcan aussi, il faut que ça soit prévisible
sur une perspective à long terme quand ils font leurs scénarios puis leurs
études de rentabilité.
Donc, j'aimerais
quand même vous entendre, le pourquoi. Je sais qu'il y a de l'innovation, oui,
rapide qui peut être mise en place, mais, de mon point de vue, je considère
qu'est-ce que vous proposez là, c'est trop... trop rapide pour pouvoir vraiment
avoir des effets bénéfiques sur une perspective à moyen puis long terme.
M. Mousseau
(Normand) : Il y a six ans, en 2018, on ne parlait pas de carboneutralité.
Le prix des batteries était à peu près cinq fois ce qu'il est... bon, en fait,
trois fois ce qu'il est aujourd'hui. On... Les modélisations qu'on faisait, là,
en 2018 par rapport à aujourd'hui, le coût des technologies de décarbonation,
en moyenne, ont chuté d'un facteur trois. C'est immense, six ans dans un
contexte de transition énergétique qui bouge très rapidement. La révision
annuelle, ça ne veut pas dire tout refaire, mais ça veut dire juste ajuster aux
trois ans. Ça ne veut pas dire jeter le plan précédent puis recommencer à zéro,
mais ça veut dire remettre en question l'ensemble et ajuster. Parce que, quand
on dit : Refaire le plan aux trois ans, ce n'est pas vrai qu'on va jeter
tout puis on va recommencer à zéro.
M. Bernard :
Bien, je changerais le mot «refait» pour «révisé» à ce moment-là.
M. Mousseau
(Normand) : Bien, c'est parce qu'il faut une révision en profondeur,
pas simplement on s'assoit sur un coin de table. Donc, il faut un processus de
consultation. Si... Il y a moyen de dire : On fait un truc à trois ans, qui est une consultation plus légère,
puis on fait une consultation plus large un peu plus loin, mais on ne veut
pas juste réviser le plan aux six ans. Aujourd'hui, ça ne tient pas la route.
Les technologies de stockage avancent à une vitesse folle. Les SMR, on a des
promesses, on n'a aucune idée quels vont être les prix. En trois ans, on
pourrait se retrouver avec 500 SMR déployés. Soudainement, toute notre
vision, notre compréhension... Pardon, les petits réacteurs modulaires
nucléaires pourraient être... pourraient être... changer nos façons de faire.
Donc, on a besoin de garder ça.
Mais je suis d'accord
que l'idée, c'est... on peut... on ne veut surtout pas jeter... Et avec un
organisme indépendant qui fait un suivi ou autre, je pense que c'est une façon
d'assurer une certaine continuité en comprenant que les gouvernements changent,
là.
M.
Beaumier (Louis) : Parce que, de toute façon, toutes les décisions ne
se prendront pas l'année 1 d'un plan
sur six ans. Donc, on peut... on peut penser qu'il y a des technologies sans
regret, il y aura des actions qu'on pourra poser maintenant, mais, sur
certaines, on ne pourra pas agir nécessairement immédiatement. Et donc il faut
peut-être se donner aussi la possibilité de séquencer nos différentes... nos
différentes actions.
Je pense au gaz
naturel renouvelable, au gaz de sources renouvelables dont la contribution
réelle à la décarbonation reste encore à bien calculer. Alors, ça, c'est un
autre projet sur lequel on travaille. On essaie de voir la contribution de la
biomasse, effectivement... que la biomasse peut avoir à la réduction des
émissions de GES. Et il n'y a toujours pas consensus sur comment on va évaluer
et même mesurer cette contribution-là.
Alors, si on
dit : On arrive avec un plan qu'on établit pour six ans dans lequel on
dit... Bien, d'ailleurs, c'est, d'une
certaine façon, déjà le cas. On a une cible volumétrique d'injection de gaz
renouvelable dans le réseau sans aucune espèce de moyen de revoir cette
cible-là, sans même savoir est-ce que ça contribue réellement. Alors, c'est
peut-être mieux d'avoir ces ajustements en cours de route. Puis, si on veut
parler de prévisibilité, bien, peut-être que c'est bien d'avoir... en cours de route, de réajuster le tir, là, plutôt que de
se... que de développer des filières qui ne livreront pas.
Le Président (M.
Montigny) : Allez-y.
M. Bernard : Au
niveau des tarifs, quand même, une révision annuelle?
M. Mousseau (Normand) : La prévisibilité des
tarifs, ça, aux trois ans, on peut... c'est... on peut vivre avec, là. Ce n'est pas un enjeu majeur pour nous. Ça permet,
en effet, une certaine stabilité. Pour nous, la... c'est plus important
de s'assurer qu'on ne développe pas des filières sans se préoccuper du coût et
de la compétitivité.
Le Président (M. Montigny) : M.
le député de Gaspé, je vous donne la parole pour... Il vous reste
trois minutes.
M.
Sainte-Croix : Merci, M. le Président. Bonsoir, messieurs. Très
heureux de vous avoir parmi nous et de vous
prêter à l'exercice. L'une de vos recommandations vise à ajouter à la ministre
la responsabilité de s'assurer que la demande en énergie soit satisfaite
de la façon la plus efficace possible. Parlez-nous de... d'efficacité.
Qu'est-ce que vous entendez par là?
M. Mousseau
(Normand) : On ne parle pas d'efficacité individuelle, de remettre ça
sur le citoyen, on parle d'efficacité structurelle, OK? Donc, c'est-à-dire, on
doit penser la demande et le service. Faire du transport en commun, c'est de
l'efficacité structurelle, OK? On réduit la demande énergétique
structurellement. Adopter de la réglementation sur le bâtiment dans le code du
bâtiment, c'est de l'efficacité structurelle. Il faut s'assurer qu'on pense de
manière globale la demande et pas toujours pointer du doigt le citoyen en
disant : Tu sais, vous êtes... vous gaspillez, parce que ce n'est pas la
réalité.
M.
Sainte-Croix : Merci beaucoup.
Le Président (M.
Montigny) : Parfait. Maintenant, je laisserais la parole au député de Dubuc.
M. Tremblay :
Oui. Bonjour. Dites-moi, à l'heure où on se parle, en lien avec ce que vous
approchez sur votre lecture du compteur, considérez-vous qu'il y a une perte
d'énergie? Est-ce qu'il y a place à amélioration quant à la gestion de pointe?
Vous comprenez?
M. Mousseau
(Normand) : Oui, oui. En gestion de pointe, pour la pointe hivernale,
qui peut être très courte, l'an dernier, on n'en a pas eu, hein? Il y a deux
ans, on en a eu une majeure. Cette pointe-là, il y a de la marge. Il y a la
façon de la gérer. Et on pense qu'il y a des façons d'améliorer cette
gestion-là, surtout pour le nouveau bâtiment, qui permettraient aussi
d'augmenter la résilience du système en cas de panne, et autres. Il y a aussi
moyen de dire... au pis aller, je pense qu'on fait une fixation sur une pointe
de quelques heures qu'on pourrait parfois gérer... je ne suis pas sûr, d'un
point de vue gouvernemental, si c'est aussi acceptable, mais de dire : On
coupe l'électricité pendant une heure à tout le monde pendant une journée, puis
personne ne s'en aperçoit. Bon, comme chercheur, c'est peut-être faisable,
c'est peut-être moins facile pour un ministre. Mais il y a des façons de gérer
la pointe, je pense. On en fait trop une fixation.
M. Tremblay :
Et puis, en conclusion, j'allais dire, est-ce qu'il y a des joueurs sur le
terrain actuellement qui travaillent sur vos radars?
M. Mousseau
(Normand) : C'est difficile parce qu'il n'y a pas de marché. Nous, on
pense qu'il faut créer une réglementation qui va favoriser l'innovation et le
marché. S'il n'y a aucune obligation de gérer la pointe, bien, ça ne se fera
pas.
M. Tremblay :
OK. Merci.
Le
Président (M. Montigny) :
Parfait. Il reste 18 secondes. Il reste 18 secondes. M. le député de Côte-du-Sud, vous m'aviez demandé la
parole, mais là, 15 secondes, je vous la donne quand même.
M.
Rivest : Je lisais, il y a 10 ans, le grand chef Jérôme disait :
Si on fait de l'argent et qu'on détruit la terre, où va-t-on dépenser l'argent?
Puis je voyais aussi que, dans les prochains jours, vous avez un moment de
parler...
Le Président (M.
Montigny) : Merci. Je suis désolé de vous couper.
M. Rivest :
...de ces 10 ans là, bien, on sera à l'écoute et on verra votre travail. Merci.
Le Président (M.
Montigny) : Le temps est terminé. Alors, maintenant, on est rendus...
Merci beaucoup. On est rendus maintenant à passer la parole au député... à la
députée de Saint-Laurent. Merci.
Mme Rizqy :
Merci beaucoup, M. le Président. Bonsoir. Merci d'être présents. Mais vous avez
été aussi présents à une bonne partie des échanges aujourd'hui, parce que je
crois vous avoir vu en arrière lorsque les autres groupes étaient en
consultation avec nous, donc c'est une journée bien remplie pour vous deux. Et
vous avez aussi préparé un mémoire, donc je vous en remercie.
Je vous ai... Je vous
ai écouté très attentivement, puis plusieurs éléments que vous avez soulevés.
Alors, je vais aller... pas nécessairement dans l'ordre de ce que vous avez
parlé dans votre allocution, mais je prends la balle au bond. Est-ce qu'un
troisième lien autoroutier est une efficacité énergétique structurelle?
M. Mousseau
(Normand) : Je pense que c'est hors sujet.
Mme Rizqy :
Oui, oui, je sais, mais, tantôt... Non, mais vous avez parlé d'efficacité...
efficacité énergétique structurelle puis vous avez parlé de transport.
Le Président (M.
Montigny) : ...à la prudence.
Mme Rizqy :
Vous m'avez quand même un peu donné une porte d'ouverture avec vos propos.
M. Beaumier (Louis) : Je vous invite à parler avec Catherine Morency, de Polytechnique, qui a certainement un avis plus avisé que nous sur la question.
Mme Rizqy :
Non, c'est juste que je prenais la balle au bond vu que vous avez ouvert un
petit peu la porte.
Vous
avez aussi parlé de décarboner. Or, vous avez sûrement entendu, de par les
différents échanges, qu'il y a eu des blocs d'énergie majeurs qui ont
été accordés, notamment à des entreprises étrangères. Pour donner un ordre de
grandeur aux Québécois qui nous écoutent, 360 mégawatts, c'est l'équivalent de
la ville de Longueuil en matière énergétique,
ce qui a été attribué pour, par exemple, Northvolt. Dans les différents
blocs d'énergie qui ont été attribués par le gouvernement, nous, on n'a
pas vu de critères pour décarboner. Est-ce que vous, vous en avez vu?
M. Beaumier (Louis) :
Non plus. Je dirais, ce que... ce qu'on voit, c'est que... peut-être qu'on
confond décarboner un vecteur énergétique
plutôt que de décarboner un service énergétique. Alors, on a mis... Oui, on a
donné beaucoup de blocs d'énergie pour de la production d'hydrogène, qui
va notamment servir à faire, par exemple, de l'éthanol de deuxième...
biocarburants de deuxième génération.
Là, on décarbone un
vecteur énergétique, mais on ne décarbone pas l'utilisation... le service qui
pourrait être rendu, c'est-à-dire déplacer un véhicule. Alors, peut-être qu'on
devrait se concentrer sur la décarbonation du service plutôt que du vecteur.
Mme Rizqy :
Je vois que vous voulez ajouter, M. Mousseau?
M. Mousseau
(Normand) : En fait, en effet, je pense que ce qu'on a vu, ces
dernières années, ça ne soutenait pas la décarbonation du Québec. On voulait
attirer, d'un point de vue développement industriel, des nouvelles industries
et, ce faisant, on a privé des industries puis des joueurs locaux d'électricité
pour se décarboner. Et on rejoint, là, tout à fait la sortie de M. Sabia,
c'est quelque chose qu'on dit depuis longtemps, qu'on devrait absolument
soutenir, ça ne veut pas dire ne pas attirer de nouvelles industries, mais il
faut soutenir la décarbonation de l'industrie existante au Québec pour qu'elle
reste compétitive dans un contexte global où la pression pour avoir des
produits décarbonés augmente.
• (19 heures) •
Mme Rizqy :
Merci pour votre ajout. Donc, moi, je veux être certaine, en ce moment, le
projet de loi 69, j'ai beau chercher, mais je n'ai pas... je n'ai pas vu
ses objectifs noir sur blanc. Est-ce que je cherche en vain?
M. Mousseau
(Normand) : Nous, on demande... C'est pour ça qu'on demande d'abord
d'avoir un objectif pour 2050 et un PGIRE
qui inclut l'entièreté, pas simplement l'approvisionnement, mais le système
énergétique complet. Si on fait ça, ça ne me dérange pas que ça ne soit pas
dans le projet de loi, parce que ça sera l'objectif du PGIRE de le réfléchir
correctement et de manière intégrée. Donc, c'est l'objectif du PGIRE. Donc, si
ça se fait là, ça sera correct.
Mme
Rizqy : Oui, mais là il y a un «si», hein? Puis, vous savez, moi,
j'aime ça, tenir le crayon un peu, et j'aime écrire des amendements pour
m'assurer de donner une certaine prévisibilité puis, pour vous citer, de ne pas
travailler un peu dans le vide. Alors, vous voyez, je vous écoute quand même,
M. Mousseau.
Et, tant qu'à vous
écouter, tantôt, vous m'avez fait un petit peu sourire. Vous avez dit la chose
suivante : Priver des Québécois, par exemple, en période de pointe, d'une
heure d'électricité. Bon, c'est peut-être bon à titre de chercheur, mais moi,
je peux vous dire, à titre d'élue, notre téléphone d'élus ne dérougira pas, là,
si on fait ça.
M. Mousseau
(Normand) : Ah! je sais.
Mme Rizqy :
Vous comprendrez que ce que vous avancez, on ne pourra pas donner suite.
Alors... Mais, ça, vous vous en doutiez.
Par
contre, je crois qu'il y a d'autres solutions. Puis tantôt vous avez parlé
d'être innovant, et c'est vous, M. Beaumier, qui avez dit qu'il fallait être
beaucoup plus innovant. Puis M. Mousseau, à une question qui vous a été posée par
la ministre : Est-ce que le projet de loi prévoit des affaires
innovantes?, vous avez répondu de façon très succincte : Non.
Moi, je voudrais vous
entendre, parce que nous, on a mis en avant, quand je dis «nous», je parle du
député de Jacques-Cartier... notre formation politique, on veut regarder ce
qu'on appelle les microréseaux. Ça existe déjà aux États-Unis. Ils ont mis des
milliards de dollars pour accompagner non seulement le résidentiel, mais aussi
l'industriel pour avoir les fameux panneaux solaires et s'autoalimenter, mais
pas juste ça, la batterie de stockage. Et les différents groupes qu'on a
entendus nous ont dit : Oui, ça pourrait être une avenue intéressante,
parce que, justement, même en période de pointe, avec la batterie, ils sont
capables maintenant de rester jusqu'à une semaine, avec les nouvelles
batteries, d'autonomie.
M. Mousseau
(Normand) : Mais ça ne marche pas pour la chaleur. Ça fonctionne pour
une industrie dans le sud qui a une demande énergétique limitée. Le problème,
c'est le froid. Une batterie d'auto, là, qu'on voudrait... une Tesla, par
exemple, ça dure à peu... c'est 65 kilowattheures ou 80 kilowattheures.
C'est une heure ou deux, à peu près, de
demande énergétique pour chauffer une maison quand il fait moins 25. Donc, le
problème, c'est que le solaire est
tout à fait inapproprié pour... pour... n'est pas approprié pour un contexte
froid où la vraie... le vrai défi, c'est quelques jours, quelques heures
dans l'hiver.
Mme Rizqy : OK.
Donc...
M. Mousseau
(Normand) : Et, dans ce contexte-là, les batteries, telles qu'elles
sont présentement, n'ont pas la capacité ou, si on veut stocker pour... ces
heures-là, ça va coûter une fortune avec du solaire.
Mme Rizqy : Moi, je vous parle, par exemple, de ce qu'on voit,
pour ne pas la nommer, l'entreprise, la batterie de Tesla...
M. Mousseau
(Normand) : Oui, mais c'est... ça ne dure pas longtemps pour le
chauffage. Ça marche pour les lumières, mais faites du chauffage avec ça, vous
n'allez pas loin.
Mme Rizqy : D'accord.
Mais est-ce qu'il y aurait possibilité, avec... Parce que ça a quand même
beaucoup évolué à vitesse grand V. Est-ce qu'il y a des avenues intéressantes
ou, pour vous, c'est vraiment, là, impossible?
M. Mousseau
(Normand) : L'accord solaire et demande énergétique hivernale est
faible pour le moment. Aucun des modèles qu'on roule... Et on n'est pas les
seuls, là. Quand on regarde au Canada, le solaire ne sort pas.
Mme Rizqy : OK.
Moi, j'ai une...
M. Mousseau (Normand) : L'éolien sort, le
solaire, à peu près pas, pour des questions de stockage. Dans 10 ans, 15 ans,
peut-être, mais on n'est pas là.
Mme Rizqy : OK. Dites-moi... Parce qu'il y a eu plusieurs, en
ce moment... Durant l'été, là, à cause de certaines grandes pluies, on a manqué d'énergie, incluant
nous autres. Puis, au-delà de manquer d'énergie, pour plusieurs Québécois,
quand c'est plusieurs heures, bien, c'est qu'est-ce qui est dans le frigidaire
qui peut malheureusement être perdu. Mais ceux qui ont eu leur batterie,
ils ont été capables de continuer à alimenter leur frigidaire.
M. Mousseau
(Normand) : Un frigidaire, il n'y a pas de problème.
Mme Rizqy : OK.
M. Mousseau (Normand) : Mais, quand il fait
moins 25, on ne parle pas d'un frigidaire. Donc, c'est ça, l'enjeu.
Mme Rizqy : OK. Bien, en ce moment, les pannes de courant,
souvent, avec Hydro-Québec... Nous autres, comme citoyens, qu'est-ce
qu'on vise, c'est les pluies, là, où est-ce qu'on a manqué plusieurs heures de
courant. Puis malheureusement c'est des pertes pour les citoyens que nous, on
représente.
M. Mousseau
(Normand) : Oui, mais le problème, c'est qu'on va financer ça pour
faire la pluie. Puis l'hiver ces panneaux solaires ne dureront pas. Puis il
faudra financer en plus un approvisionnement additionnel en éolien, puis en
hydraulique, et autres, donc on va doubler le coût du service énergétique en
mettant des panneaux solaires. On ne réduira pas le coût du système
énergétique. Et notre priorité, c'est-à-dire comment on s'assure nos services énergétiques... Tout le monde parle des tarifs qui
vont augmenter, bien, comment on peut s'assurer de réduire ça? En termes
d'innovation, il faut penser le réseau. Donc, on est d'accord, il faut penser
le réseau. Les microréseaux ne sont pas toujours pertinents. Mais il faut
penser ça, penser les fils, comment on va réduire le coût du système et pas
comment on va multiplier... Donc, des
idées... Il faut les tester, ces idées-là, mais je suis loin d'être certain
qu'elles vont marcher.
Mme Rizqy : Bien, justement, Mégantic,
c'est... Mais, justement, ça a été testé à Mégantic.
M.
Mousseau (Normand) : Mégantic, ça ne sert à rien. L'hiver, à la pointe,
Hydro-Québec doit tout fournir, OK?
Mme Rizqy : Oui.
M. Mousseau (Normand) : Donc, ce
microréseau-là sert l'été, quand, de toute façon, on est en surplus
d'électricité. Donc, il n'apporte à peu près rien, ce... Ce microréseau-là,
d'un point de vue structurant, au Québec, il ne sert à rien.
Mme Rizqy : Donc, pour vous,
Mégantic, ce n'était pas, finalement, ce projet pilote...
M. Mousseau (Normand) : C'est un...
vitrine qui n'avait pas été conçue pour tester les vrais besoins pour le
Québec.
Mme Rizqy : Mais ça ne permettait
pas non plus de libérer des kilowattheures pour autre chose?
M.
Mousseau (Normand) : L'été. Et ça libère des kilowattheures l'été,
quand on ne sait pas quoi faire avec notre électricité puis qu'on la
vend à perte aux États-Unis.
Mme Rizqy : OK. Donc, pour vous...
M.
Mousseau (Normand) : Ça fait que ça ne sert pas à grand-chose. C'est un
projet vitrine qui n'a pas été conçu pour nous aider à trouver des
solutions de gérer la pointe hivernale.
Mme Rizqy : Je vais dire que je suis
vraiment, aujourd'hui, très surprise parce que la plupart des autres personnes
nous ont dit exactement le contraire. Mais c'est fort intéressant, votre
éclairage et vos précisions. Je vous remercie.
Maintenant, PGIRE. Il me reste combien de temps?
Ah! il me reste juste une minute. Heille! désolée. Le PGIRE. Rapidement, au niveau du PGIRE, plusieurs groupes nous disent que
ça arrive un petit peu trop tard au niveau de la planification, parce
qu'au fond le projet de loi, oui, met la table, mais c'est qu'au niveau des
mégawatts qui ont déjà été accordés on est un petit peu en retard, vu qu'on
a...
M. Mousseau (Normand) : C'est la
vie. On ne reculera pas l'horloge. Donc, il faut le faire. Puis nous, on propose de faire ça très rapidement, le premier
PGIRE, puis de... peut-être la consultation après pour lancer la balle, puis
on mettra des corrections. Puis c'est un peu
ça qu'on dit, là, parce qu'on ne peut pas attendre deux ans de consultation
pour avoir un plan.
Mme Rizqy : OK. Donc, au fond, c'est
le PGIRE le plus rapidement possible. Mais, les corrections, vous souhaiterez
les faire après...
M.
Mousseau (Normand) : Rapidement, hein? Dans une première évaluation
dans l'année qui suit, des choses comme ça, là.
Mme Rizqy : Donc, que le plan soit
déposé immédiatement, que vous soyez consultés puis qu'après ça... apporter des
correctifs. Puis, après ça, vous, vous réclamez à chaque trois ans une
correction?
M. Beaumier (Louis) : ...un suivi
annuel, déjà, on pourrait identifier quelles sont les lacunes, là, tu sais.
Parce qu'effectivement on ne peut pas se permettre d'attendre d'avoir un plan
parfait. De toute façon, même le plan parfait, il y aura des... n'existe pas.
Donc, si on prévoit le mécanisme de suivi, ce qui... ce qui, à notre avis,
manque cruellement dans le... dans le projet de loi tel qu'il est actuellement,
si on le prévoit, le mécanisme de suivi, on pourra apporter ces correctifs-là
puis réajuster le tir au fur et à mesure. Concentrons-nous sur quelles sont les
mesures, sans regret, et puis...
Le Président (M. Montigny) : Très
bien. Merci. Le temps est écoulé.
Mme
Rizqy : Merci.
Le Président (M.
Montigny) : Maintenant, je cède la parole au député de Maurice-Richard.
M. Bouazzi : Merci,
M. le Président. Merci beaucoup, messieurs, pour vos éclairages fort
intéressants.
Moi, je suis le
dossier de l'énergie depuis deux ans et puis je dois avouer l'étonnement, à
chaque fois, du manque de planification devant lequel on est. Puis des morceaux
du puzzle qui sont devant nous, on essaie d'en faire sens. Le premier, c'est... On a... On a comme deux gros morceaux. Il y
en a un, c'est Hydro-Québec qui nous a annoncé un plan, et le deuxième, c'est tout ce que l'ancien ministre Fitzgibbon
a fait sur les 18 derniers mois. Ça fait que je vais commencer par
le premier.
Donc, Hydro-Québec
nous dit : Je vais doubler la taille d'ici 2050, c'est juste dans
26 ans, hein, ce n'est pas... ce n'est
pas dans le siècle prochain, donc ça se passe très vite, et on va réussir à
produire 180 térawattheures, ce qui correspond à un peu plus que 20 fois
La Romaine, qui a pris 11 ans. Sur un chiffre de zéro à 10, zéro étant
aucune chance d'y arriver, et 10, c'est 100 % de chance d'y
arriver, vous évaluez comment ce genre de promesse?
M. Mousseau (Normand) : Je vais juste dire :
New York prévoit multiplier par quatre sa production d'électricité d'ici
2040, OK? Donc, le monde entier va dans cette direction-là. Pour moi, ce n'est
pas une question, est-ce qu'on va le faire ou non, c'est : il faut
commencer puis y travailler le plus fort pour y arriver.
M. Bouazzi :
Mais vous...
M.
Mousseau (Normand) : Et le
plan, jusqu'en 2035, est à la hauteur de ce qui est... des besoins qu'on
évalue.
M.
Bouazzi :
New
York planifie. D'ailleurs, ils ont acheté 8 % de notre électricité
comme ça. Mais... Mais, au-delà de ça, donc, vous, vous dites : Oui, nous
allons y arriver.
M. Mousseau
(Normand) : Non. On dit : Il faut y aller.
M. Bouazzi : Oui,
oui.
M. Mousseau (Normand) : On le verra, si on arrive
ou non. Mais, si on commence à taponner en disant : Bien, on n'y
arrivera pas, puis ce n'est pas possible, puis, oui, on...
M. Bouazzi : Mais...
Bien, l'idée, c'est quand même... c'est que les questions, et vous en parlez
dans votre mémoire, de sobriété et d'optimisation doivent être un des trois...
deux des trois piliers qu'on doit mettre de l'avant. C'est que, si on est sûrs
de ne pas y arriver, et, en tout respect, je ne sais pas quel ingénieur vous
dirait qu'on pourrait y arriver, moi, j'en ai parlé beaucoup avec des
ingénieurs, il n'y en a pas un qui m'a dit que c'était faisable, à ce moment-là, il faut que la question de la sobriété
et de l'optimisation de notre consommation soit au coeur aussi du projet pour que, sur le 180, bien, il y en a une bonne
partie, en fait, qu'on ne produit jamais parce qu'on ne le consomme pas.
M. Mousseau
(Normand) : Ça ne marche pas, les chiffres. Il faut en rajouter, de
l'électricité, si on veut sortir le gaz et
le pétrole. Donc, on n'a pas le choix, la sobriété doit arriver au moment où on
électrifie quelque chose, faisons-le
correctement. OK? C'est là qu'est la sobriété. La sobriété est dans la
structure. Densifions les villes, mettons les bons transports, mettons les
bonnes choses, c'est comme ça qu'on va réduire la demande. Mais on ne peut
pas dire aux gens : Vous allez geler tout l'hiver pour être capables...
Parce que, si on commence à dire : En électricité, vous consommez trop,
bien, qu'est-ce qu'on va faire? On va mettre du gaz naturel en arrière, parce
qu'on ne nous emmerde pas quand je consomme du gaz naturel, puis on m'emmerde
quand je consomme de l'électricité? C'est... va à l'encontre de ce qu'on veut
faire pour la transition énergétique.
M. Bouazzi : Donc,
dans vos modèles, vous mettez 180 kilowattheures d'ici 2050.
• (19 h 10) •
M. Mousseau
(Normand) : Nous, on est... on est des modèles optimaux.
M. Beaumier
(Louis) : Dans les modèles, on répond à la demande... à la croissance
de la demande tel qu'on le voit dans les différents...
M. Mousseau
(Normand) : Donc, c'est moins que ça. On parle d'à peu près 66 %.
M. Beaumier (Louis) : Oui. Mais, de toute
façon... de toute façon, ces capacités-là, additionnelles, ne s'ajouteront
pas du jour au lendemain. Entre maintenant et 20 ans, on aura certainement
la possibilité de revoir.
M. Bouazzi : En
cinq... en cinq secondes, s'il y avait un plan, est-ce que les
2 500 mégawatts qui ont été distribués auraient fait partie du plan
pour décarboner?
M. Beaumier (Louis) : ...n'auraient
pas été distribués de la même façon.
M. Bouazzi : OK.
Le Président (M. Montigny) : Merci
beaucoup. Le temps est maintenant écoulé. C'est maintenant le temps pour le
député de Jean-Talon. Vous avez la parole, M. le député.
M. Paradis : «Le projet de loi 69
établit un programme d'aide financière visant à limiter l'impact de la hausse
des tarifs de distribution d'électricité, programme qui repose sur la création
d'un fonds d'aide à la clientèle domestique payé par les Québécoises et les Québécois.»
Ça a le mérite d'être clair. Vous dites que ce fonds est une très mauvaise
idée. Je vous cite. Pour vous, c'est une très mauvaise idée parce que ça
transfère le coût de l'électricité aux
contribuables, alors que ça devrait être les consommateurs. Les consommateurs
et les contribuables ont ceci en commun, ce sont des contribuables, hein? Un
consommateur est un contribuable aussi. Donc, est-ce qu'on est d'accord
qu'en fin de compte il va y avoir des hausses des tarifs que les Québécois vont
payer et que le projet de loi 69 est clair là-dessus?
M. Mousseau (Normand) : Ou des
baisses de services. Parce que, si on ne veut pas augmenter les impôts puis on veut transférer plus d'argent des
contribuables vers les consommateurs, bien, c'est une baisse de services
ailleurs dans le gouvernement. Parce qu'il n'y a pas de choix, là, il va
falloir le payer d'une façon ou d'une autre.
M. Paradis : Est-ce que quelqu'un
quelque part, au Québec, actuellement, parle de baisse de services?
M. Mousseau (Normand) : Si on ne
veut pas augmenter les impôts puis on veut payer plus pour l'électricité via
les impôts, on va réduire ailleurs.
M. Paradis : Mais vous êtes des
chercheurs. Est-ce que vous avez entendu le gouvernement, par exemple, parler
de baisse de services?
M. Mousseau (Normand) : Non.
M. Paradis : Non. Donc, est-ce qu'on
est d'accord que la seule solution que propose le projet de loi n° 69,
c'est une hausse pour les contribuables?
M. Mousseau (Normand) : Oui.
M. Paradis : Malgré ce qu'on a
entendu, y compris dans les derniers jours?
M. Mousseau (Normand) : Et, je
dirais, le problème, c'est que c'est une mauvaise façon de penser. Si on améliore l'utilisation de... On regarde le coût
total de l'énergie. Si j'achète une voiture électrique aujourd'hui, je réduis
énormément ma facture énergétique. Même si je doublais les tarifs
d'électricité, mon plein de ma voiture électrique serait moins cher que mon
plein avec du pétrole. Et c'est le message qu'on doit envoyer. C'est que cette
transition-là, énergétique, si on appuie ceux qui ont besoin... Moi, j'ai eu la
subvention pour m'acheter une voiture électrique. J'ai quand même les moyens, là, mais j'en ai profité. Mais il va falloir
aider les gens pour mettre des thermopompes, pour avoir des services
électriques qui vont être plus... plus efficaces.
Le Président (M. Montigny) : En
conclusion.
M. Mousseau (Normand) : Et comme ça
on fait baisser la facture énergétique, qui est ça qui compte.
Le
Président (M. Montigny) :
Merci. Merci beaucoup. Je vous remercie pour votre contribution à nos travaux.
La commission ajourne ses travaux jusqu'à
demain, mercredi 11 septembre 2024, après les avis touchant les travaux
des commissions. Merci. Bonne soirée!
(Fin de la séance à 19 h 14)