(Onze heures trente-cinq minutes)
Le
Président (M. Montigny) :
Bonjour. À l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance
de la Commission de l'agriculture, des pêcheries, de l'énergie et des
ressources naturelles ouverte.
Je vous
souhaite la bienvenue puis je demande à toutes les personnes dans la salle de
bien vouloir éteindre, mettre en sourdine, la sonnerie de leurs
appareils électroniques. Merci.
La commission est réunie afin de poursuivre les
consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi 69, Loi assurant la gouvernance responsable des
ressources énergétiques et modifiant diverses dispositions législatives.
Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
La Secrétaire : Oui, M. le
Président. M. Ciccone (Marquette) est remplacé par Mme Dufour
(Mille-Îles) et Mme Zaga Mendez (Verdun), par M. Bouazzi
(Maurice-Richard).
Auditions (suite)
Le
Président (M. Montigny) : Merci beaucoup. Ce matin, nous entendrons les
organismes suivants, l'Association québécoise des consommateurs
industriels d'électricité et la Fédération canadienne de l'entreprise
indépendante.
Alors, je
souhaite donc la bienvenue, maintenant, aux représentants de l'Association
québécoise des consommateurs industriels d'électricité. Je vous rappelle
que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé, puis nous procéderons à
la période d'échange avec les membres de la commission. Donc, je vous invite à
vous présenter et à commencer votre exposé. Merci beaucoup. Bienvenue.
Association québécoise
des consommateurs
industriels d'électricité (AQCIE)
M. Allard (Jocelyn B.) : Merci. M. le Président. Mme la ministre de l'Économie, de l'Innovation et de
l'Énergie, Mmes et MM. les députés, je vous remercie
sincèrement de nous offrir la chance de prendre la parole devant vous aujourd'hui, au nom de l'Association
québécoise des consommateurs industriels d'électricité, plus communément
appelée l'AQCIE.
Alors, je
suis Jocelyn B. Allard, je suis président de l'association et je suis
accompagné de M. Daniel St-Onge, qui
est directeur Énergie, région atlantique, chez Rio Tinto aluminium, mais qui
est ici aujourd'hui à titre de président du conseil d'administration de
l'association.
Alors, nous sommes ici pour exprimer nos
préoccupations et partager nos recommandations à propos du projet de loi n° 69. Ce projet de loi aura
des répercussions majeures sur les usines, grandes consommatrices
d'électricité, que nous représentons et sur l'avenir économique de nos
régions.
Permettez-moi d'abord de débuter par un rappel
du rôle de l'AQCIE. Fondée en 1981, notre association regroupe les plus
importants consommateurs d'électricité à des fins industrielles au Québec. Nos
membres opèrent dans des secteurs
diversifiés tels que l'agroalimentaire, l'aluminium, l'acier, les produits
chimiques, les pâtes et papiers, et bien d'autres. Ces entreprises ne sont pas
seulement des consommatrices majeures d'électricité, mais elles sont aussi
les principaux moteurs de développement économique et social dans plusieurs des
régions du Québec, et ce, depuis des décennies.
En effet, elles génèrent et maintiennent des
dizaines de milliers d'emplois bien rémunérés, souvent dans des zones éloignées
des grands centres urbains. Nos industries représentent plus du tiers de
l'électricité vendue par Hydro‑Québec dans ses fonctions de distributeur. Environ
20 % des produits de vente d'électricité au Québec en dollars proviennent
du secteur Grands industriels, et ce, malgré le fait qu'ils ne comptent que
pour une très petite fraction des abonnements
d'Hydro-Québec. On dénombre 178 abonnements au tarif L et en contrats
spéciaux sur les 4 377 892 abonnements de la société
d'État. Cette consommation importante d'électricité contribue non seulement à l'économie
du Québec, mais elle permet également d'amortir les investissements réalisés
dans les infrastructures hydroélectriques,
qui sont un élément clé de notre patrimoine collectif. Il est donc crucial de
maintenir un cadre tarifaire compétitif
pour ces entreprises afin de préserver leur pérennité et de soutenir l'économie
québécoise dans son ensemble.
Le projet de loi 69 introduit plusieurs
changements qui entraîneront des répercussions significatives dans le... sur le cadre de la gouvernance et de la tarification
de l'électricité. Bien que certaines mesures, telle la mise en place du PGIRE,
amélioreront la transparence et sont à saluer, d'autres dispositions,
cependant, nous préoccupent grandement. Plus spécifiquement, l'indexation des coûts d'approvisionnement
patrimonial pour les consommateurs industriels d'électricité
en grande puissance, soit ceux au tarif L, représente une menace directe à
la compétitivité de nos usines et à l'économie des régions où elles opèrent.
Pour de nombreuses industries, l'électricité
constitue un intrant majeur dans leur processus de production, variant généralement de 20 % à, par exemple,
dans l'industrie chimique, plus de 60 % des coûts variables de production.
Si le projet de loi n° 69 devait être... devait être adopté tel
quel, avec l'indexation proposée des coûts de l'électricité patrimoniale, nous
estimons qu'avec une inflation à seulement 2 % sur les prochaines années,
le tarif L augmentera de 57 % de 2025 à
2035. Or, prenons l'exemple de l'usine moyenne au tarif L selon les données
d'Hydro-Québec. Cette usine paie actuellement environ
8,5 millions de dollars par année. En 2035, avec l'indexation du
patrimonial, cette facture atteindra
13,5 millions de dollars. Pour certaines des plus grandes
entreprises, certaines paient jusqu'à 100 millions de dollars
par année en facture d'électricité. Parmi les membres de l'AQCIE, l'impact
serait encore plus dévastateur. Une telle augmentation mettrait en péril des
centaines d'emplois bien rémunérés dans nos régions.
• (11 h 40) •
La transition énergétique et la décarbonation de
notre économie entraîneront forcément une hausse des tarifs d'électricité. La
première chose à faire pour réussir la transition énergétique est donc de
favoriser la plus grande transparence dans la fixation des tarifs. Il y aura
alors une meilleure compréhension et une plus grande acceptabilité sociale
parmi la population québécoise. Cette transparence doit s'étendre à examiner
non seulement les composantes transport et distribution d'électricité de nos factures,
mais aussi la composante approvisionnement patrimonial. Ça représente près de
la moitié des factures d'électricité des clients québécois de tous types.
Ce tarif patrimonial a été fixé il y a
25 ans, et nos calculs, que vous trouvez dans le mémoire, montrent qu'il
est maintenant au moins 155 % supérieur à ce qu'il coûte réellement à
Hydro-Québec. En effet, l'électricité patrimoniale produite par des
infrastructures amorties depuis des décennies ne devrait pas voir son coût
augmenter avec le temps. Un tarif patrimonial à coût compétitif est conforme
aux promesses faites lors de la nationalisation d'Hydro-Québec. Notre tissu
industriel s'est développé en fonction de ce contrat social qui a fait accéder
le Québec à la modernité et à la prospérité.
Nous proposons donc que le projet de loi 69
mandate la Régie de l'énergie pour fixer le tarif patrimonial sur la base du coût réel d'Hydro‑Québec. Et, dans
l'intervalle, nous proposons également de ne pas indexer le bloc patrimonial
attribué au tarif L afin de maintenir la compétitivité internationale de ces
usines, comme c'est le cas depuis 10 ans.
Afin de conserver un climat favorable aux
investissements industriels, il faut de la transparence dans la fixation des tarifs d'électricité. Depuis
longtemps, l'AQCIE plaide pour une tarification qui permette à Hydro-Québec d'avoir
l'argent nécessaire pour servir ses clients, avec un profit raisonnable, mais
pas plus. Les tarifs ne doivent pas être sujets à des décisions politiques
imprévisibles qui génèrent de l'incertitude sur leur évolution future. La Régie
de l'énergie a été créée dans le but
d'assurer cette transparence et de garantir que les tarifs soient fixés en
fonction du seul coût de service. Chaque classe de clients doit
supporter ce qu'elle fait encourir à Hydro-Québec pour être desservie, et les
tarifs ne doivent pas servir à collecter de l'argent pour d'autres fins, aussi
nobles soient-elles.
Le projet de loi 69 ouvre la porte à
l'inclusion, dans les tarifs, d'une myriade de frais qui ne sont pas liés aux services énergétiques pour lesquels ils paient.
Les consommateurs du Québec, industriels ou autres, n'ont pas à financer
des initiatives qui relèvent plutôt d'autres sources de financement que les
tarifs d'électricité comme, par exemple, le Fonds vert. Nous proposons donc de
ne pas modifier les articles 5 et 49 de la Loi sur la Régie de l'énergie
comme proposé par le projet de loi 69.
Sous un autre aspect, nous supportons la
proposition du projet de loi 69 de créer un fonds d'aide à la clientèle
domestique d'Hydro-Québec, lequel ne serait pas alimenté par les autres
consommateurs d'électricité. Cela constitue une bonne première étape pour
corriger graduellement l'interfinancement et cesser de faire payer certaines
classes de consommateurs pour les coûts de desserte d'autres classes de clients
d'Hydro-Québec.
Par ailleurs, afin de mieux protéger les
consommateurs d'électricité, vu que le projet de loi 69 propose de fixer à l'avance les tarifs pour une période de
trois ans, il faut inclure expressément un mécanisme annuel de protection des
consommateurs, en termes techniques, un MTER, un mécanisme de traitement des
écarts de revenus, qui permette à la régie de remettre aux clients les
trop-perçus qu'Hydro-Québec obtiendrait si elle se trompait en sa faveur avec
des tarifs plus élevés que requis au cours de la période de trois ans. C'est un
mécanisme de protection qui existait avant le changement de la loi, en 2019, et
qui doit être expressément repris ici, dans le projet de loi 69.
Il est essentiel de garder à l'esprit que la
transition énergétique, bien que nécessaire et prioritaire, ne doit pas se faire au détriment de la compétitivité de nos
industries, sinon, ce sera un échec. Nous appuyons les efforts du Québec
pour décarboner son économie, mais, pour
être un véritable leader, il est essentiel d'atteindre nos objectifs
environnementaux tout en maintenant des conditions favorables de
compétitivité pour nos industries.
Pour cela, il est crucial d'assurer une
gouvernance claire et transparente des tarifs et d'éviter toute décision qui
pourrait compromettre la viabilité de nos entreprises. Chaque groupe de
consommateurs d'électricité doit être entendu et doit avoir l'occasion, en
toute transparence, de participer au processus de détermination et
d'application des tarifs et conditions
d'approvisionnement, et ce, sur toutes les composantes de la facture
d'électricité, incluant le tarif pour le bloc patrimonial que... et également
pour les approvisionnements post-patrimoniaux.
En conclusion, Mmes et MM. les députés, nous
demandons à cette commission de prendre en compte les répercussions économiques
du projet de loi n° 69 sur les industries grandes consommatrices
d'électricité et sur l'économie régionale du
Québec. Nous demandons que ces ajustements soient apportés pour protéger la
compétitivité de nos entreprises,
tout en soutenant la transition énergétique. Le maintien de tarifs
d'électricité concurrentiels est essentiel pour garantir l'avenir
économique du Québec et pour préserver les emplois et les investissements dans
nos régions.
M. le Président, Mme la ministre, Mmes et MM.
les députés, je vous remercie de votre attention.
Le Président
(M. Montigny) : Merci beaucoup, vraiment, je vous remercie pour
votre exposé. Nous allons maintenant débuter la période d'échange. Mme la
ministre, la parole est à vous.
Mme Fréchette : Oui. Merci, M.
le Président. Alors, merci beaucoup, M. Allard, M. St-Onge, d'être des nôtres ce matin et de partager votre perception,
votre vision, vos attentes par rapport à cet important projet de loi, et vous
constituez manifestement un acteur important
dans les thèmes que nous avons mis... soumis à discussion dans le cadre
de cette commission parlementaire sur le projet de loi 69.
Alors, je vais vous amener, bien, tout d'abord,
sur un des sujets que vous avez abondamment abordés, à savoir l'indexation des tarifs. J'aimerais, en ce sens-là, nous sortir
un petit peu, là, de votre contexte à vous, pour dire, si les
consommateurs québécois paient un panier d'épicerie, je dirais, de 100 $
une année donnée, disons en 2023, et qu'il y
a un contexte inflationniste, disons de 5 %, combien le panier d'épicerie
devrait-on s'attendre à payer à l'année suivante? Est-ce qu'on devrait
s'attendre à payer 100 $, toujours, le panier d'épicerie, dans un contexte
inflationniste de 5 %, ou 105 $, de votre point de vue?
M. Allard (Jocelyn B.) : C'est
une question intéressante parce que ça met en relief le fait qu'on est dans un mode de monopole. On est dans un mode où les
clients sont captifs d'Hydro-Québec. Or... Pour répondre à votre question,
si, évidemment, qu'il y a une inflation de 5 %, pour prendre votre
exemple, et que je... la nouvelle épicerie veut me vendre à 105 $, mais qu'il y a de la... il y a de la compétition...
Alors, si l'épicerie ABC veut vendre à 105 $, mais que l'épicerie, elle,
DEF, est capable de compétitionner puis de faire des efforts, puis elle a
des... plus d'innovation, etc., puis elle est capable de le vendre à
103,50 $, bien, je vais aller à... où est-ce que ça va me vendre à
103,50 $.
Alors, ça, vous avez raison, je suis totalement
d'accord avec vous, c'est la question de quelle valeur on peut aller chercher.
Puis on le voit dans le monde de l'électricité, Hydro-Québec le fait. Quand
elle vend son électricité aux Américains sur
le marché, le court... le court terme, elle l'exporte aux États-Unis, on a...
on a su, là, on le sait, tout le
monde, là, c'est public, ils ont fait beaucoup moins d'argent dans les
dernières années, la question des réservoirs était moins... il y avait
moins d'eau, mais il y a également le fait que les prix de l'électricité sont
beaucoup en baisse aux États-Unis parce que l'électricité est générée beaucoup
à partir du gaz naturel.
Et c'est d'ailleurs ce qui fait mal à nos gens
ici, aux usines au Québec, c'est que les concurrents, les usines américaines,
eux, voient leur prix d'électricité baisser, puis nous, on voit notre prix
augmenter. Alors, le tarif L, par exemple, a
augmenté de 8 % de 2023 à 2024, il a augmenté et Hydro-Québec veut
l'augmenter de 3,3 % au 1er avril 2025. Puis là, quand on
regarde la transition énergétique, en plus, on veut mettre l'indexation du
patrimonial, on est rendus, comme je disais, à 57 % d'augmentation.
Alors, c'est la différence avec l'exemple de...
On est... on est dans un marché qui n'est pas compétitif, alors on n'a pas le
choix. Et c'est pour ça que les utilités comme Hydro-Québec sont tarifées en
fonction du coût réel pour servir la clientèle. C'est la seule façon, puis ça
fait 100 ans et plus, dans toutes les juridictions nord-américaines, c'est
la façon de rassurer les investisseurs. Comment vous fixez les tarifs, ce n'est
pas politique, ce n'est pas un facteur imprévisible comme l'inflation, c'est en
fonction de qu'est-ce que ça coûte pour être desservi, et on est capables de
questionner, tous les groupes de consommateurs sont capables de questionner
devant la régie pour savoir pourquoi vous avez besoin de tant d'argent.
Avez-vous besoin de tant d'argent? C'est la meilleure façon de se rassurer que
les tarifs vont garder une évolution prévisible et compétitive.
Mme Fréchette : Bien, écoutez,
si vous me dites que le seul moyen de rester compétitifs, pour vos membres, et
d'avoir un modèle d'affaires qui tienne la route sur le plan financier, c'est
d'avoir droit à un tarif qui n'est pas indexé au fil du temps, qui n'est pas
indexé en fonction de l'inflation, je dois dire que ça m'inquiète un peu, parce
que si de là découle la compétitivité de vos
membres, je pense qu'on passe peut-être à côté d'un objectif important, là, qui
est celui de se maintenir compétitifs, non pas parce qu'on a accès à un prix
qui est non indexé depuis 10 ans, mais bien parce qu'on a misé sur des...
la productivité, la formation de la main-d'oeuvre, le rehaussement de la
requalification des gens. Il me semble que c'est comme ça que devrait
fonctionner le système.
Alors, de mon côté, je m'étonne d'entendre que
le fait d'indexer, comme on l'a fait, d'ailleurs, pour les consommateurs résidentiels québécois, comme on l'a
fait, d'ailleurs, pour les PME québécoises, on les a indexés et il a fallu
qu'ils s'adaptent et qu'elles s'adaptent, parce que ça fait partie de... des
forces du marché que d'avoir cette indexation-là, donc je m'étonne de vous
entendre que, pour les industriels, en ce qui a trait au bloc patrimonial, il
ne faudrait pas faire fonctionner les règles du marché. Est-ce que, vraiment,
c'est la seule façon pour que vos membres puissent poursuivre leurs activités
sur le moyen et long terme?
• (11 h 50) •
M. Allard
(Jocelyn B.) : ...de fort important, parce que vous dites, c'est
une question de... multifactorielle, là, justement, la compétitivité des
usines.
Alors, ce qui
arrive, c'est qu'évidemment, historiquement, le Québec, là... Puis on a
développé, on a attiré beaucoup de grands joueurs industriels parce
qu'on avait de l'énergie compétitive en grande quantité, c'est comme ça qu'on est... on s'est permis d'avoir des clients majeurs
pour être capables, justement, d'amortir les investissements majeurs du passé
desquels on est tous fiers. Alors, c'est sûr qu'on a des entreprises qui se
sont installées ici parce qu'il y avait de l'électricité qui était très
compétitive, c'était notre avantage compétitif. Pour les membres, comme je le
mentionnais, ça représente de 20 à jusqu'à 60 quelques pour cent du coût de
production.
Au Québec, on
a fait le choix qu'on veut... on ne veut pas compétitionner, puis vous avez
raison, on ne veut pas compétitionner sur la main-d'oeuvre, on ne veut
pas avoir des mauvais salaires, on ne veut pas... On a des coûts de main-d'oeuvre plus élevés au Québec, on a des coûts de
construction plus élevés au Québec, on a des coûts de conformité
environnementale plus élevés au Québec, on a des coûts de carbone plus élevés
au Québec, puis c'est des choix sociaux
qu'on a faits. C'est parfait, on est... on supporte ça, puis moi, les gens que
je représente, c'est les gens qui défendent leurs jobs pour faire en sorte que
l'usine du Québec, elle se démarque puis qu'elle continue à fonctionner
par rapport aux compétiteurs, souvent dans le même groupe corporatif, qui
essaient d'avoir la commande pour produire, on
produit des commodités. Alors ça peut se produire dans d'autres juridictions,
puis les gens ont tendance à aller où ils vont faire le plus d'argent.
Alors, évidemment, au Québec, on essaie... L'avantage compétitif que nous
avons, c'est le prix de l'électricité, c'est pour ça qu'on est ici. Alors,
c'est ça qu'on veut éviter de nuire à notre compétitivité pour l'avenir.
Bon,
maintenant, pour ce qui est du tarif patrimonial, je réitère, c'est qu'il a été
fixé... moi, je dis arbitrairement, mais on me dit, bon, c'est basé sur
une étude, on en parle dans le mémoire de Merrill Lynch qui a été fait en 2000,
il a été calculé que, si le producteur
faisait un taux de rendement d'au moins 18 %, ça donnait 0,0279 $ le
kilowattheure, le taux moyen. On a fait des calculs, nous autres, puis
avec un taux de rendement qui serait quand même pas mal intéressant pour
Hydro-Québec sur ses actifs de production de 10 %, ça devrait être à peu
près de 1,40 $ aujourd'hui.
Toutes les classes de clients, incluant les
clients résidentiels, les clients commerciaux... Les clients industriels
membres de l'AQCIE, au tarif M en moyenne puissance, sont affectés par
l'indexation depuis longtemps... On est tous
visés par ça, on a tous avantage à regarder à nouveau, puis la question de
l'indexation, parce que ces clients-là, ils sont captifs. Alors, c'est
difficile, si vous êtes à la maison, vous chauffez à l'électricité, de
dire : Je ne prendrai pas d'électricité,
vous n'êtes pas capable de faire ça. Alors, les commerces, les commerciaux puis
les clients moyenne puissance, souvent, sont dans la même situation,
c'est effectivement plus difficile, on est plus captifs.
Et c'est la raison pour laquelle, en 2014, quand
ils ont décidé de commencer à indexer, quelque chose qui aurait dû baisser le
tarif patrimonial, et non pas augmenter, à partir de 2014, ça aurait dû être
réduit à l'avantage de tous les Québécois, de tous les consommateurs
d'électricité québécoise. Le seul groupe qui a été exempté — c'est
parce que les gens se sont aperçus que ce n'était
pas un cadeau, c'était une taxe déguisée pour tout le monde — la
seule chose, c'est que pour les grands clients industriels qui ont des
usines partout, ils sont un petit peu moins captifs parce que ce qu'on va
faire, c'est de déplacer la production ailleurs. Puis l'idée, ce n'est pas...
Ça ne veut pas dire qu'on va fermer du jour au lendemain, mais là, tu n'attires
pas de la modernisation, tu as plus de difficultés à convaincre tes gens d'investir pour faire des projets de
décarbonation, ça coûte des sous. Puis ce que tu veux, comme usine, tu veux
toujours être la plus à jour pour être la moins chère, pour que ce soit
celle d'ailleurs qui n'ait pas la commande, ou qui soit fermée, ou qui soit au ralenti. Tu ne veux pas... En anglais,
on dit le «swing plan», tu ne veux pas que l'usine du Québec soit le
«swing plan», surtout pour nos plus grands joueurs qui sont vraiment souvent
l'employeur et le coeur économique de plusieurs des régions du Québec.
Mme Fréchette : À mon avis, le
fait de ne pas indexer, ça revient à offrir un rabais aux industriels, parce
que l'inflation suit son cours, particulièrement ces années-ci. Alors, je ne
vois pas pourquoi il faudrait offrir un rabais à chaque année, le renouveler
aux industriels pour le bloc patrimonial pour leur permettre de poursuivre
leurs activités avec un bon niveau de compétitivité. Je suis étonnée de la
logique que vous... que vous mettez de l'avant.
Et par
ailleurs, je me dis, est-ce que, pour vos membres, le fait d'avoir accès à une
électricité verte, ça constitue en soi
aussi un avantage comparatif? Dans un contexte de transition énergétique, il me
semble que le fait de s'approvisionner avec de l'énergie propre — et
Dieu sait qu'on a un des réseaux électriques les plus propres de la planète — alors,
est-ce qu'en soi, ça ne peut pas être un avantage aussi, en plus du bloc
patrimonial dont vous bénéficiez? Il me
semble qu'il y a là une composante intéressante, là, qui a une certaine valeur
et dont la valeur va aller croissante avec le contexte de décarbonation,
de lutte aux changements climatiques. Tout ça, ça fait en sorte de rendre plus attractive notre électricité. Donc,
est-ce qu'en plus de cet avantage-là, vous avez absolument besoin pour vos membres
d'une réduction du prix de l'électricité pour le bloc patrimonial?
M. Allard (Jocelyn B.) : Je
veux... je veux tout simplement, avec... m'assurer que j'ai... que je suis...
j'explique bien. Le point c'est qu'on n'est pas... On ne demande pas un rabais,
bien au contraire, ce qu'on demande, à l'avantage...
Mme Fréchette : Bien, une
non-indexation sur 10 ans, ça revient à un rabais, là, quand on n'est pas
indexé sur 10 ans puis qu'on est dans un contexte inflationniste.
M. Allard (Jocelyn B.) : ...on
est dans un contexte inflationniste, mais, comme je l'expliquais, c'est que, depuis 2014, le tarif patrimonial pour l'ensemble
des consommateurs d'électricité du Québec aurait dû être diminué parce que
les actifs sont amortis depuis fort longtemps, et le 2,79, il l'a été
artificiellement, c'était une taxe déguisée qui n'avait aucun rapport avec les effets inflationnistes sur les coûts
d'Hydro-Québec. C'est un... On est rendus à 0,0359 $ le kilowattheure, le
tarif patrimonial moyen dans les calculs d'Hydro-Québec pour 2025. Ce tarif
devrait... devrait être, avec un rendement raisonnable de 10 %, de
1,40, devrait même être plus bas que 1,40. Or, nous, on ne demande pas d'avoir un tarif de rabais, un tarif spécial, on
demande que toutes les classes de clients se fassent facturer le patrimonial qui représente, dans notre cas,
50 % à peu près de notre facture totale d'électricité, dans le cas des
autres classes de clients, ça peut jouer entre 35 à 50 quelques
pour cent de la facture totale.
Il est temps qu'on se dise les vraies affaires
au Québec, de dire combien Hydro-Québec me charge pour ce qui appartient aux
Québécois depuis longtemps puis qui a été payé par l'ensemble des Québécois,
les industries et les particuliers et les commerces, puis
qu'on se charge le vrai prix patrimonial. Moi, c'est ce que je demande. Puis,
en ce qui concerne le rabais, actuellement, même avec le tarif patrimonial non
indexé, le tarif L paie 114 % de ce qu'il coûte à Hydro-Québec. On
subventionne comme des tarifs commerciaux, et comme mes membres qui sont en
moyenne puissance au tarif L...
Le Président
(M. Montigny) : En conclusion.
M. Allard
(Jocelyn B.) : ...paient jusqu'à 132 % du coût de ce que ça coûte
à Hydro-Québec, en faveur des résidentiels...
Le Président
(M. Montigny) : Merci. Merci. Le temps est écoulé.
M. Allard
(Jocelyn B.) : Merci, M. le Président.
Le Président
(M. Montigny) : Ça va très vite. Merci beaucoup, Mme la ministre.
Je veux vous informer simplement qu'on va rattraper le retard. On a débuté en
retard, alors on a réparti le temps de façon... En fait, on a soustrait du
temps de façon équitable à l'ensemble des groupes parlementaires.
Je cède maintenant la
parole à la députée de Saint-Laurent. Merci.
Mme Rizqy :
Merci, M. le Président. Bonjour, M. Allard et M. Raymond. Merci
de votre présence et aussi merci pour votre mémoire.
Si vous le permettez,
parce que j'aimerais ça mettre les choses en contexte, parce que c'est bien de
donner des affaires en théorie, mais moi,
j'ai de la réalité de terrain. Donc, parlons des vraies choses comme j'ai fait
hier avec M. Sabia. Vous, vous
représentez Lassonde, Air Liquide, Alcoa, Aluminerie Allouette, ArcelorMittal,
Cascades — d'ailleurs,
on a... le ministre de la Santé actuel était chez Cascades — Chimie
ParaChem, Congebec, Énergie Valero, tout ça en région, Indorama, IBM, Molson, Rio Tinto, Saputo et je pourrais en
passer, là, la liste est longue. Pour le premier ministre, pouvez-vous
le rassurer, est-ce que, pour reprendre ses mots à lui, est-ce que ce sont des
jobs payants au Québec, oui ou non?
M. Allard
(Jocelyn B.) : Bien, écoutez, je peux vous dire que les membres sont
fiers d'offrir des conditions d'emploi fort
intéressantes. Ce sont des emplois très bien payés, industriels. C'est
effectivement, comme je le mentionnais, le coeur économique de plusieurs des régions du Québec. Ça permet d'avoir
une ribambelle de sous-traitants de bureaux autres qui gravitent autour.
Mme Rizqy :
Oui, donc des jobs payants, en plus en région. Dites-moi... Permettez-moi
de vous lire la question et la... Je ne vous lirai pas la question, mais juste
la réponse parce que je pense que c'est la plus importante. Alors, hier, la
ministre m'a répondu : «Si on veut parler de Dollarama, bien, j'aimerais
bien parler d'une mesure qu'a adoptée le
Parti libéral, à savoir qu'ils ont donné un cadeau aux industriels, vous, en
faisant en sorte que les industriels ne soient pas indexés pendant des
années sur le bloc patrimonial d'énergie qu'ils ont consommé. Avec la CAQ, ce
cadeau-là, c'est fini.» C'est quoi, les conséquences pour votre... pour toutes
les entreprises que vous représentez si ce fameux soi-disant cadeau est
terminé?
M. Allard (Jocelyn B.) : Bien,
évidemment, la conséquence, les faits, les chiffres sont... sont dans le
mémoire, là, on parle de... Tout
simplement, la question de l'indexation du patrimonial, cet aspect-là, ça
représente 8,1 % de plus sur la facture, dans une facture
d'électricité qui est appelée, d'ici 2035, à augmenter à 57 % en raison de
la transition énergétique. Comme on l'a mentionné, on est tous conscients que
les tarifs de tout le monde vont augmenter dans toutes les classes de clients parce qu'on électrifie et on prend plus
d'électricité. Alors, la seule portion de l'indexation du patrimonial,
si l'inflation est à 2 %, ça veut dire 8,1 % de plus sur la facture
d'électricité en 2035.
• (12 heures) •
Mme Rizqy : Hier on avait le secteur
de l'aluminium qui était présent, ils ont tout de suite fait un communiqué
de presse parce qu'ils disent que même dans
leur secteur d'activité, ça peut mettre à risque des emplois. Est-ce qu'une
hausse telle que souhaité par le gouvernement peut mettre à risque des emplois
en région?
M. Allard (Jocelyn B.) : Bien,
écoutez, quand on regarde les coûts de production, quand les coûts de
production, c'est 50 %,
60 % de... L'électricité, le 50 %, 60 %... de production, je
vais prendre l'exemple d'un membre, on ne prendra pas les plus gros à
100 millions de dollars par année, on ne prendra pas le cas moyen à
8,5 millions par année qu'Hydro-Québec donne. Mais si je suis un client de
40 millions, c'est souvent le gros joueur dans la région, là, une facture de 40 millions, là, 2 %
d'augmentation en 2026, ça représente 360 000 $, juste pour l'indexation
du patrimonial, sans compter les
autres augmentations. Mais juste l'augmentation du patrimonial,
360 000 $, c'est l'équivalent de quatre jobs bien payants dans
un... dans une usine.
Mme Rizqy :
Donc, ça peut mettre à risque des emplois en région.
M. Allard (Jocelyn B.) : Ça ne
veut pas dire que les jobs vont être coupés, mais il faut que l'entreprise
trouve 360 000 $ de plus dans ses coûts de production. Puis tu ne
peux pas nécessairement repasser ça à tes clients parce
que tu es dans un marché compétitif mondial où c'est les commodités. Puis
l'année suivante, c'est un autre 360 000 $, puis l'année suivante
également.
Mme Rizqy :
Bien, juste une seconde, marché compétitif mondial, c'est très intéressant
parce que je crois qu'on doit s'arrêter là-dessus un petit peu. Le marché
compétitif, pour certaines des entreprises que vous représentez, il y a de la
compétition, il y en a qui sont... que la compétition est très féroce parce
qu'on les attire avec des... on les attire avec non seulement des tarifs plus
bas en matière d'énergie, vous l'avez fait mention par rapport au gaz, mais
certaines, même, bénéficient de fonds souverains, n'est-ce pas?
M. Allard
(Jocelyn B.) : C'est la compréhension qu'on en a. Mais moi, je prends
l'exemple, là... La réalité... Je vais vous donner l'exemple de ce qui s'est
passé en 2018, par exemple. Alors, le tarif L, parce qu'il faut regarder aussi
la valeur du tarif L, les gens puis Hydro-Québec aiment bien dire qu'il est
meilleur que les tarifs affichés quand on regarde avec les Américains, mais ils
comparent avec... vous regarderez votre... leur liste, là, ils comparent avec
des tarifs à San Francisco, puis à Boston, puis à New York, à Manhattan, il n'y
a pas d'usine, alors il faut comparer des pommes avec des pommes, il faut
comparer avec des régions industrielles, il faut comparer avec le Texas, il
faut comparer avec leMississippi, il faut comparer avec la Géorgie. Alors nous,
c'est avec ça qu'on compétitionne.
Puis en 2018, et là,
on va prendre l'exemple, c'est un exemple public, là, AkzoNobel, qui avait une
usine à Valleyfield, qui avait une usine à Magog, qui a une usine dans le
Sud-Est américain, et ils font le même produit, du chlorate de sodium, malheureusement, la demande est en baisse, ils ont décidé
de moderniser les usines puis, malheureusement, bien, c'est l'usine de
Valleyfield qui a écopé puis qui a fermé.
Alors ça, c'est
une... c'est une réalité. À Beauharnois, autour, à petit peu près, autour des
mêmes années, Chemtrade a également cessé
ses activités. Et là, on voit qu'à la fin de l'année 2024, on entend qu'un
de mes membres, là, qui est Indorama,
lequel vous avez mentionné, un tissu de l'Est de Montréal, puis ça, ça
m'inquiète parce qu'évidemment Indorama a annoncé qu'il cesserait ses
activités. Puis je sais qu'il y a Chimie ParaChem, qui est également un des
membres de l'AQCIE dans l'est de Montréal, dont le seul client, là, je rapporte
ce qui est marqué dans les journaux, c'est... c'est Indorama. Alors, c'est
certain que ça m'inquiète, le tissu industriel de l'est de Montréal. Puis je ne
dis pas que c'est à cause du patrimonial qui
va être indexé, mais Indorama a déclaré publiquement : On n'est plus
capables de compétitionner avec ce qui se fait à l'extérieur. Alors,
c'est un problème.
Mme Rizqy :
Dites-moi, hier on a eu la chance d'avoir les éclairages de M. Sabia, et
qui disait, à juste titre, à notre avis à nous, que le gouvernement actuel a
trop préféré les entreprises étrangères au détriment des entreprises d'ici par
rapport aux blocs d'énergie qui ont été attribués. Dans la liste des
entreprises que vous représentez, je vois Les Forges de Sorel. Or, Les Forges
de Sorel, c'est public, j'apprends, c'est public. Ils ont demandé des blocs
d'énergie, et ils se sont fait dire non. Et qui a reçu ce bloc d'énergie? Une
entreprise chinoise, pas encore établie ici. Et
on apprend même que ça se peut que les employés qui vont venir travailler dans
une nouvelle entreprise qui va être en démarrage, il va falloir les
faire venir d'ailleurs, de la Corée du Sud, là. Donc, moi, je suis un petit peu
étonnée.
Est-ce
que vous partagez le même avis que M. Sabia, à savoir qu'il est préférable
de faire un rééquilibrage et de s'assurer que les entreprises d'ici bénéficient
en priorité des blocs d'énergie pour leur propre développement à eux?
M. Allard (Jocelyn
B.) : Évidemment que plusieurs des membres de l'AQCIE ont eu des
frustrations de voir des blocs qui leur étaient... qui ne leur étaient pas
attribués, souvent, pour faire — puis là Les Forges de Sorel, c'était
public, là, c'était à la radio, dans les journaux, partout — pour
faire des projets de décarbonation, pour être capables, justement, de rencontrer l'objectif de décarbonation puis de changer...
d'enlever du gaz naturel pour mettre de l'électricité. Alors là, le problème que ça pose, c'est que,
déjà, c'est plus dispendieux de fonctionner à l'électricité que des compétiteurs
à l'externe qui fonctionnent avec du gaz naturel. On veut augmenter
l'électricité...
Le Président (M.
Montigny) :
En conclusion.
M. Allard (Jocelyn
B.) : ...on va avoir augmenté le bloc patrimonial puis, en plus de ça,
on leur dit : Bien là, vous n'en aurez pas, en plus. Bien là, c'est sûr
que ça devient vraiment difficile.
Le Président (M. Montigny) : Merci.
Très bien, merci. Sans plus tarder, merci, je cède maintenant la parole au député
de Maurice-Richard.
M. Bouazzi : J'ai
très peu de temps, ça fait que je vais aller vite, j'espère que vous allez me
répondre rapidement. Avec le projet de loi n° 2, le... Fitzgibbon... le
M. Fitzgibbon, le ministre démissionnaire, s'était donné le droit de distribuer l'électricité à qui bon il
voulait au-dessus de cinq mégawatts, sans ce qu'on appelle «segregation
of duties», donc séparation de tâches, sans critères précis, sans même une
procédure d'appel quand on est refusé. Est-ce que
vous pensez que c'est... ou vos membres pensent que c'est une bonne gouvernance
ou est-ce qu'il faudrait revenir sur ce processus-là pour qu'on ait plus
de démocratie et de transparence?
M. Allard (Jocelyn
B.) : Eh bien, en 2023, lors du projet de loi n° 2,
effectivement, on avait demandé à ce que les règles du jeu ne soient pas
modifiées pour les clients existants au Québec qui contribuaient déjà. On
aurait dû garder, parce qu'il y avait plusieurs projets de décarbonation que
les gens voulaient faire, on aurait dû garder la règle à 50 mégawatts, comme
auparavant, et ne pas leur appliquer une nouvelle règle du jeu en cours de
route.
Évidemment,
c'est clair que c'est... les choix qui devaient être faits, il faut qu'ils
soient faits par quelqu'un. C'est certain qu'on préfère que ce soit fait par le
gouvernement que par Hydro-Québec, parce qu'on ne voulait pas avoir une boîte noire. Ce que j'entends de mes
membres, c'est que ce n'est pas... ce n'est pas toujours clair, l'ensemble des
critères qui guident l'attribution, et ça, ça a besoin, effectivement, d'être raffiné,
puis que ça puisse nous aider à mieux comprendre qu'est-ce qui va
prévaloir pour certains... certaines attributions par rapport à d'autres.
M. Bouazzi : Donc,
ça ne vous gêne pas qu'il n'y a pas de processus d'appel, par exemple, ou que
c'est la même personne, le ministre, qui approuve et qui met les critères? Je
vous avouerai que moi, je viens d'un domaine bancaire,
où, quand on donnait un prêt de 200 000 $ à une PME, on avait
beaucoup plus de transparence, et de critères, et de gouvernance que
dans des choses aussi importantes qu'avoir accès à l'électricité ou pas.
M. Allard (Jocelyn B.) : Oui, si ça avait été... Évidemment,
on aimerait avoir des critères qui soient élaborés, puis qu'on soit capables... que ce soit... que ce soit discuté publiquement, qu'on soit capables de comprendre le pourquoi.
Chose certaine, ça aurait certainement aidé lorsqu'on a décidé d'attribuer des
mégawatts à l'exportation long terme...
M. Bouazzi :
Il me reste...
M. Allard (Jocelyn
B.) : ...qui est un problème, parce qu'évidemment on aurait utilisé
les 20 térawattheures qu'Hydro-Québec a commis, à long terme, aux
Américains.
M. Bouazzi : On
a une seconde.
M. Allard (Jocelyn
B.) : On l'aurait utilisé pour nos usines du Québec.
M. Bouazzi :
Je m'excuse, on a une seconde. Est-ce que le tarif L pourrait être conditionnel
au fait que vous décarbonez vos industries, par exemple?
M. Allard (Jocelyn B.) : Nos
gens tentent de réduire tous les coûts. Alors, il y a déjà des coûts de carbone
au Québec...
M. Bouazzi : C'est
oui ou non?
M. Allard (Jocelyn
B.) : Alors, on...
Le Président (M.
Montigny) : En conclusion.
M. Allard (Jocelyn B.) : ...on fait en sorte de
tenter de minimiser l'ensemble des coûts, puis ça inclut les coûts de
carbone, puis avec le moins de carbone possible.
Le Président (M.
Montigny) : Merci, le temps est terminé. Sans plus tarder, je cède
maintenant la parole au député de Jean-Talon.
M. Paradis : L'Association québécoise des consommateurs
industriels d'électricité existe depuis 1981. Depuis votre fondation, est-ce
qu'il vous est arrivé de dire officiellement que les tarifs que vous payez sont
justes, ou même, que vous pourriez payer plus? Est-ce que ça vous est
déjà arrivé de dire ça?
M. Allard (Jocelyn
B.) : Pas de dire qu'on veut payer plus. Effectivement, je ne veux
pas... Moi, je suis en poste depuis 2018, là. Alors, on a fait des
représentations quand il y avait un débat sur les... la portion des tarifs qui
était débattue dans la Régie de l'énergie, et, malgré les demandes
d'Hydro-Québec d'augmenter nos tarifs, la régie a reconnu que ce n'était pas nécessaire.
M. Paradis :
Est-ce qu'à votre connaissance... est-ce qu'à votre connaissance votre
association a déjà eu ce discours-là que les tarifs qui sont payés par vos
membres sont justes?
M. Allard (Jocelyn
B.) : Nos tarifs sont... ont toujours été... On a toujours
contribué...
M. Paradis :
Est-ce que, oui ou non, vous avez déjà eu cette position-là?
M. Allard (Jocelyn
B.) : On paie l'interfinancement. On paie plus que ce qu'on coûte.
M. Paradis :
Très bien. Vous êtes en faveur du fonds qui va soutenir le programme d'aide
financière visant à limiter les hausses de tarifs de distribution pour la
clientèle domestique, parce que vous dites : Ça va mettre fin à l'interfinancement, et ça, ça va être alimenté par
les fonds généraux du gouvernement. C'est donc dire que, pour vous, vous êtes d'avis que ce fonds-là va faire en sorte
que les clients résidentiels vont payer plus, à travers le fonds général, que
le plafonnement des hausses à 3 % annoncé par le gouvernement?
M.
Allard (Jocelyn B.) : L'important, c'est de faire en sorte que les
tarifs d'électricité représentent vraiment les coûts pour desservir en
électricité. Ça, c'est une chose. Maintenant, l'utilisation des fonds publics,
à travers les impôts qui sont collectés, puis est-ce qu'on veut aider les
clients les plus vulnérables, nous, on n'a pas de... on n'a pas de position là-dessus, mais on est... je pense
que c'est, effectivement, une bonne idée. Puis je pense que le Pr Pineau
a expliqué en long et en large comment on pouvait faire pour aider, bien cibler
les gens. Mais ce n'est pas le rôle d'Hydro-Québec. Le point, c'est que le
tarif d'électricité, tout le monde devrait payer le vrai coût, puis, ensuite,
ceux qui ont besoin d'aide, pour toutes
sortes de raisons, devraient être aidés par les programmes gouvernementaux.
M. Paradis : Ma question, c'est... Parce que... parce que vous dites que c'est
alimenté par les fonds généraux. C'est donc dire qu'il va y avoir des
hausses plus que le plafonnement de 3 % qui vont être payées par les
Québécois. Vrai ou faux?
Le Président (M.
Montigny) : ...en conclusion.
M. Allard (Jocelyn B.) : Non, parce que les gens qui ne paient pas
d'impôts... une grande partie des Québécois, qui sont des gens plus
vulnérables, ne paient pas d'impôts... ils ne paieront pas...
Le Président (M. Montigny) : Merci, merci, le temps est écoulé. Je suis
désolé, c'est allé très vite. Je vous remercie pour votre contribution
aux travaux de la commission.
Je
suspends les travaux quelques instants afin de permettre au prochain groupe de
s'installer. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à
12 h 10)
(Reprise à 12 h 13)
Le Président (M.
Montigny) : ...maintenant la bienvenue aux représentants de la Fédération
canadienne de l'entreprise indépendante. Je vous rappelle que vous disposez de
10 minutes pour votre exposé, puis nous procéderons par la suite à la période d'échange avec les
membres de la commission. Donc, je vous invite à vous présenter, nommer
et commencer votre exposé de 10 minutes. Merci.
Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI)
M. Vincent (François) : M. le Président, Mme la ministre, Mmes et MM. les
députés, bonjour. Je me présente, François Vincent, je suis vice-président pour
la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante, la FCEI. Je suis accompagné, à droite, de Francis Bérubé, qui est
directeur des affaires provinciales à la FCEI et rédacteur du mémoire, et, à
gauche, de Me André Turmel, de Fasken, un expert reconnu en énergie. La FCEI,
c'est le plus gros regroupement de PME
du pays. On compte 21 000 dirigeants de PME de partout au Québec,
dans tous les secteurs d'activité économique.
Nous
vous remercions de nous recevoir aujourd'hui pour le projet de loi... à la
consultation du projet de loi n° 69. Cette proposition législative, conjuguée au plan d'investissement massif
déposé par Hydro-Québec, de 150 milliards, aura des impacts directs
pour les petites et moyennes entreprises au cours des prochaines années.
En analysant le
projet de loi, nous étions heureux d'y retrouver de bonnes orientations, mais
je dois vous confier, M. le Président, que
notre bonne humeur a quelque peu été éteinte par les propos du premier ministre
du Québec la semaine passée, affirmant que ce seront les entreprises qui
ramasseront la facture. En fait, dans les faits, par souci de précision, ce
sont les PME québécoises qui seront défavorisées, et cela n'est pas une bonne
avenue à prendre pour l'économie. Pourquoi, M. le Président? Parce que ce sont
nos PME qui sont le coeur de notre économie du Québec. Les entreprises de moins de 50 employés, ça représente 89 %
à 97 % des entreprises des différentes régions administratives du Québec. Les PME emploient près de
2 millions de Québécoises et Québécois. Leur rôle est névralgique pour
avoir une économie prospère.
Lorsqu'on regarde les
données de la FCEI, particulièrement le Baromètre des affaires, indicateur
économique reconnu qui est regardé par la Banque du Canada et les ministères
des Finances du pays, on constate que les temps sont encore rudes pour nos PME.
L'indice de confiance, l'an dernier, au Québec, a été à son plus bas niveau en
15 ans d'indicateurs, à l'exception de l'année 2020, mais là on avait
fermé l'économie. La confiance a un peu remonté cette année, puis il y a les
données du mois d'août. Le Québec se classe quand même en avant-dernière
position des provinces. Ce que vivent les PME cette année est similaire à l'an
dernier. D'un côté, les coûts d'opération montent de partout, tout en étant
significativement plus élevés que notre indicateur historique sur 15 ans,
puis, de l'autre... puis, de l'autre, il y a une diminution des ventes. De
l'autre côté, les ventes et la production des PME
sont freinées par la demande qui est insuffisante, la pénurie de main-d'oeuvre
qualifiée et les problèmes de fonds de roulement.
Puis quand on parle
des charges qui augmentent, les charges salariales, les coûts d'assurance, les
coûts de carburant, les coûts d'emprunt, les coûts d'électricité... Puis
d'ailleurs ces coûts d'électricité là, les PME ont connu, cette année et
l'année passée combinées, les plus fortes hausses de tarifs d'électricité en un
quart de siècle. Il faut le faire. Ça ne
prend pas un doctorat en économie, en finances ou en entrepreneuriat pour
comprendre que ce calcul n'est pas positif, pas positif pour personne,
et ce n'est... c'est dans ce contexte que les dirigeants de PME entendent le
premier ministre du Québec suggérer que les entreprises seront heureuses de
payer des fortes hausses d'électricité.
Pour
aider les PME à se positionner, elles doivent pouvoir avoir la marge de
manoeuvre d'investir, investir dans leur main-d'oeuvre, investir dans
leurs processus d'automatisation, investir dans la transition énergétique. Mais
le gouvernement du Québec leur impose la fiscalité pour la petite entreprise la
plus désavantageuse du pays, avec des taxes sur la masse salariale de 30 %
plus élevées que la moyenne canadienne. Et on est la seule, la seule province
qui n'offre même pas le taux d'impôt réduit
pour les plus petites entreprises des secteurs de la construction et des
services, qui n'ont pas accès aux taux d'impôt réduits pour petites
entreprises.
Puis en
manière... en matière d'électricité, bien, c'est la PME qui paie pour les
autres, pour les multinationales et
pour les clients résidentiels. Oui, M. le Président, en raison de
l'interfinancement, selon les données de la régie, de 2021, les PME
paient, en moyenne, entre 18 % et 28 % de plus les coûts réellement
encourus pour les desservir. Les données de 2022... de 2022 de la régie, cet
interfinancement gonfle de 23 % à 34 %. En 2023, les PME ont versé 4,4 milliards de dollars à Hydro-Québec,
comparativement à 2,9 milliards de dollars pour les grands clients
industriels.
Les investissements massifs d'Hydro-Québec
feront exploser la facture des PME de 2,5 fois à 1,5 fois leur facture en 2035,
selon notre évaluation. Vous pourriez me dire, M. le Président, que ce n'est
pas si intense que ça, parce que, bien,
c'est dans 10 ans, mais je vous rappellerai la situation économique que je
vous ai décrite précédemment. Puis aussi, pour vous donner un ordre de
grandeur, bien, admettons, un manufacturier qui paierait une facture mensuelle
de 4 500 $ aujourd'hui paierait 11 133 $ par mois en 2035.
Si le projet de loi est adopté sans modification, ce sera une facture de
8 239,50 $ par mois. Pour une petite entreprise qui a une facture de
500 $ par mois, bien, annuellement, son coût passera de 6 000 $
à 14 844 $, ou 10 986 $ avec le projet de loi n° 69.
Comme nous l'avons démontré dans une étude
publiée il y a deux ans, la majorité va être refilée dans le prix des
consommateurs, mais c'est moins le cas pour les petites entreprises, qui,
elles, vont réduire davantage leur marge bénéficiaire, vont diminuer leurs
investissements, vont augmenter leur endettement. Les petites entreprises n'ont
pas le luxe de perdre des clients. Donc, ça
va affaiblir la petite entreprise, ça va diminuer les possibilités d'investissement
des PME, ça va réduire les avantages compétitifs et ça va faire pression sur le
prix des consommateurs.
• (12 h 20) •
Les dirigeants de PME veulent un appui du
gouvernement du Québec, et près de 4 000 ont signé une pétition pour
demander d'arrêter d'être la vache à lait d'Hydro-Québec, et qu'on s'engage à
régler l'interfinancement. La FCEI croit que le législateur devrait donner le
mandat à la régie de régler l'interfinancement sur le long terme, en ayant comme mandat de ne pas créer de choc
tarifaire. Maintenir un système défavorable à nos propres PME, ça suffit.
Le projet de loi n° 69 fait certains pas pour
l'atténuer, mais le fond du problème demeure encore. On note quand même que, par l'application de l'indexation du
coût moyen de l'électricité patrimoniale à la catégorie des consommateurs des grands industriels, le coût alloué au tarif L,
cela permettra une diminution des coûts alloués aux autres catégories de
consommateurs, dont les clients domestiques et commerciaux. Ça, c'est une bonne
chose.
Ensuite, le projet de loi ne protège plus les
augmentations du secteur résidentiel comme il le faisait avec le projet de loi
n° 2, donc les PME cesseront d'encaisser des tarifs plus élevés pour cette
raison dans les prochaines années. Pour
protéger et maintenir le tarif des citoyens à un maximum de 3 %, le
gouvernement souhaite créer un fonds venant compenser la différence, qui
serait administré par Hydro-Québec et financé à même les dividendes versés par
la société d'État. Pour la FCEI, ce fonds n'aidera pas réellement le Québec
dans la transition énergétique. Pour nous, il
serait nettement plus stratégique de prioriser les programmes d'économie
d'énergie pour soutenir tant le citoyen que les entrepreneurs à
compenser avec une hausse tarifaire d'électricité à venir, en faisant des
investissements pour économiser l'énergie. Ce sont neuf dirigeants de PME sur
10 qui le disent dans un de nos sondages. Selon nous, cela représenterait une
politique publique plus structurante que ce qui est sur la table actuellement.
Dans un contexte de forte demande et d'investissements majeurs prévus, qui
augmenteront les coûts, chaque kilowattheure économisé a une énorme valeur
individuelle et collective.
Les PME demandent aussi une meilleure
gouvernance en réhabilitant la Régie de l'énergie. Sur ce point, le projet de
loi fait un pas en avant. Nous soulignons les modifications concernant la Régie
de l'énergie. En redonnant à la régie un
rôle accru, le législateur assurera une prise de décision neutre sur les
tarifs, arrimée sur les véritables besoins d'Hydro-Québec, mais nous
aurions préféré un retour comme avant le projet de loi n° 34.
Mais en ayant à statuer aux trois ans, cela va permettre d'offrir une meilleure
prévisibilité pour les propriétaires de PME, puis c'est souhaité par 83 %
d'entre eux.
Pour assurer une meilleure prise de décision, le
projet de loi n° 69 va également dans la bonne direction
par la mise en place d'un plan de gestion intégrée des ressources énergétiques,
qui couvrira une période de 25 ans, en vue de prendre collectivement la
voie de la décarbonation de l'économie. Une planification intégrée des
ressources favorisera des solutions plus efficaces pour assurer l'équilibre
entre l'offre et la demande. La FCEI croit que cette planification devrait viser l'atteinte des objectifs de la transition
énergétique dans une perspective de minimalisation des coûts et d'équité
entre les clientèles.
Nous vous remercions pour votre écoute et nous
serons heureux de répondre à vos questions.
Le
Président (M. Montigny) : Merci. Alors, je vous remercie pour votre exposé.
Nous allons maintenant débuter la période d'échange. Mme la ministre, la parole
est à vous, mais vous disposez d'une période d'échange de
12 min 30 s.
Mme Fréchette : D'accord. Merci
beaucoup, M. le Président. Merci, MM. Vincent, Bérubé et Turmel. Bien,
merci de votre participation à cet... à cet échange, à cette commission, merci
de nous partager votre point de vue.
Alors, bon, bien sûr, la question des tarifs est
au centre de vos préoccupations et de vos intérêts. C'est aussi notre cas. On veut faire en sorte, notamment à
travers le projet de loi n° 69, qui va nous permettre, en fait, de décarboner
l'économie puis de poser un cadre pour le secteur
énergétique qui soit plus efficient, plus flexible, plus efficace, également, qui va nous permettre de réduire aussi
la durée d'analyse pour des projets... on veut, dans le fond, simplifier
les démarches et faire en sorte qu'il y ait
davantage de développement dans le secteur des énergies renouvelables. Donc,
c'est une des choses que l'on souhaite
obtenir. Et, en ce sens-là, j'aimerais ça savoir si, notamment, vos membres
sont engagés dans la transition énergétique. Est-ce que vous voyez
qu'ils prennent des actions, que ce soit pour atteindre des objectifs
d'efficacité énergétique ou de décarbonation? Donc, j'aimerais vous entendre
là-dessus.
Mais, dans un premier temps, j'aimerais revenir
sur la notion d'équité, parce qu'en fait il est quand même assez étonnant que,
depuis 10 ans, les PME du Québec soient indexées pour ce qui est de leur
consommation du bloc d'énergie patrimoniale. Parallèlement, et depuis
10 ans, il n'y a pas eu d'indexation du tarif d'électricité qui est consommé par les industriels. Moi, ça m'apparaît
inéquitable comme situation, d'autant que les clients résidentiels ont été, eux
aussi, indexés, tout comme les PME, pour leur consommation au niveau du bloc
patrimonial.
Donc, est-ce que vous voyez là deux poids, deux
mesures dans les règles entre différents types d'entreprises? Le Parti libéral,
pour eux, ça respecte tout à fait la logique des choses, là, d'avoir, comme ça,
deux types de mesures, mais, de notre côté, il me semble que c'est un peu
déloyal, inéquitable ou injuste. Je vous laisse nous partager votre point de vue là-dessus que vos membres, depuis
10 ans, soient indexés alors que, du côté des industriels, eh bien, non, on
leur offre, en fait, un prix non indexé pendant plusieurs années. Donc,
j'aimerais vous entendre là-dessus.
M. Vincent
(François) : Bien, là-dessus, je peux vous dire qu'on est... on
est d'accord avec ça, on le met dans notre mémoire puis on trouve que
c'est un pas pour réduire l'interfinancement. Donc, on est d'accord avec vous. Puis je
peux vous dire aussi que je suis d'accord avec vous que ça prend un tarif
juste. Je vous ai vue dans les médias, hier, là-dessus. Bien, ça fait...
ça fait une vingtaine d'années ou plus qu'on le demande. Pour avoir un tarif...
juste tarif, il faut que le tarif soit juste, puis le tarif n'est pas juste
avec l'interfinancement. Puis si on veut, justement, avoir un tarif juste, il
faut s'attaquer à cette question-là pour débalancer, justement, arrêter que ce
soit la PME qui finance tout le monde, puis si ce n'est pas changé dans le
projet de loi, bien, l'impact de la transition énergétique, bien, ça va être
pris dans les poches des dirigeants des petites et moyennes entreprises.
Puis vous dites... vous voulez savoir, bien,
quelles actions sont prises. Je peux vous dire qu'elles sont, au Québec, engagées à vouloir la réduction des
émissions de 40 % à 45 % au-dessus des niveaux de 2005 d'ici 2030, à
74 % en faveur, mais elles ne veulent pas être celles qui doivent
payer pour tout le monde, puis, ça, bien, si on ne permet pas d'avoir une attraction du tarif du
kilowattheure, on n'aide pas les entreprises à aller vers cette source
d'énergie là. Puis si on n'engage pas les citoyens dans la transition
énergétique par l'efficacité énergétique, bien, c'est tout le petit bâtiment
qui ne va pas, justement, faire des efforts, puis ça va être refilé sur une
production plus grande, puis une facture plus grande pour les petites
entreprises.
Mme Fréchette : Oui, la
démarche dans laquelle on s'inscrit, en fait, c'est de faire en sorte, et je
vous rejoins là-dessus, qu'on applique la
juste valeur à notre tarif d'électricité. Quand j'entends les gens nous
dire : Bien, vous savez, les
infrastructures ont été amorties, c'est déjà payé, alors vous devriez nous le
donner, parce que ça ne vous coûte rien, bien, c'est comme de laisser
aller la plus-value qu'a prise cet actif-là au bénéfice des Québécois et de le
transformer en un don aux entreprises. Il me semble que c'est l'envers de la
logique. Si ces investissements-là ont été faits depuis des décennies, eh bien,
il me semble que c'est aux Québécois à aller récupérer ce qu'ils ont créé comme
richesse. Ce n'est pas aux industriels à bénéficier d'un prix sous la valeur
réelle.
Alors, la notion de valeur, de juste valeur que
vous apportez, elle est centrale dans le débat qu'on est en train de mener
parce que, si on n'applique pas la juste valeur, eh bien, c'est qu'on
s'abstient d'aller capter la plus-value qu'on a réussi à générer grâce à des
efforts, à des investissements avant-gardistes qui ont été faits dans un
secteur stratégique qui nous positionne d'une manière idéale dans le contexte
de la transition énergétique. Alors, je pense qu'il
y a là vraiment un débat, vaste, de société qu'on est en train de tenir, qu'on
va continuer à tenir parce qu'il va être fondamental dans la suite des choses, pour le développement économique
du Québec. Alors, de ce côté-là, on se rejoint sur l'importance de la...
de la juste valeur.
De votre côté, parmi vos membres, est-ce que
vous constatez qu'il y a une reconnaissance justement, de la valeur de
l'électricité québécoise, du fait qu'elle soit verte? Est-ce qu'il y a... c'est
perçu comme un atout, comme un avantage? Je
pense que beaucoup d'entreprises souhaitent montrer non pas nécessairement
patte blanche, mais patte verte, en ce
sens qu'ils veulent montrer qu'ils ont des intrants décarbonés. Et, en ce
sens-là, donc, est-ce qu'il y a une
reconnaissance, parmi vos membres, de l'intérêt de notre électricité
verte, puis est-ce que c'est quelque chose dont ils peuvent tirer parti, ou si
ce n'est pas encore amorcé, comme phénomène, là, de parvenir à capter la
plus-value que notre électricité verte peut générer?
• (12 h 30) •
M. Vincent
(François) : Mais, je dirais, sur le don aux entreprises, là,
qu'on paie 23 % à 33 % plus cher les coûts de desservir, moi,
je n'appelle pas ça un don, hein? C'est peut-être aller piger dans les...
Mme Fréchette : Industriels, pardon,
je faisais référence aux industriels, à qui on fait un don parce qu'on ne va
pas capter la plus-value au fil des ans, parce qu'on n'a pas indexé le prix. Je
n'ai pas précisé, donc je le fais.
M. Vincent (François) : OK. Mais si
on ne règle pas l'interfinancement, le problème de fond demeure, puis ça va
être la PME qui va payer pour tout le monde. Et puis, par rapport à
l'augmentation du tarif, bien, nos PME vont avoir
moins d'argent, dans un moment où ils n'en ont pas, pour investir dans leurs
milieux stratégiques. Puis le kilowattheure, quand on regarde les autres provinces, la consommation
d'énergie est différente, là. À part les provinces du Nouveau-Brunswick ou
de Terre-Neuve, la consommation de l'électricité pour le commercial, l'utilisation
de l'énergie est plus basse dans les autres
provinces, mais ça vient aussi avec le coût. Je veux dire, le gaz naturel est
moins cher dans les autres provinces
aussi. Puis la PME d'ici, qui va avoir des augmentations significatives des
investissements d'Hydro-Québec, paie une fiscalité plus grande que dans
le reste du Québec.
Donc, dites à un
entrepreneur au... à Shawinigan, là, qui a fondé son entreprise il y a trois
générations, qui a payé des taxes sur la masse salariale plus importantes, qui
a créé des emplois qui ont créé des salaires, qui n'a pas participé à la
construction d'Hydro-Québec, puis lui, il va voir son kilowattheure augmenter,
sa facture d'électricité augmenter de façon significative sur les prochaines...
les prochaines années, bien, il paie la facture d'ici, il ne paie pas la facture de l'entrepreneur de Medicine Hat,
qui a été fondée dans le même secteur d'activité il y a trois ans. Je ne sais
pas si tu voulais rajouter quelque chose?
M. Turmel
(André) : Peut-être ajouter, si vous permettez, sur la juste valeur.
C'est tout à fait... on est tout à fait d'accord avec ce qui est dit, mais
j'ajouterais : la juste valeur au bon endroit, allouer au... donc, allouer
les bons coûts, et le projet de loi, en ce sens, il ramène le coût de service,
et ça, on est très contents, finalement, de ce qu'on avait enlevé en 2019. Mais
il faut faire l'exercice jusqu'au bout, le juste coût, oui, le juste coût
alloué... alloué au bon consommateur, et vous avancez un pas à l'égard de la
réduction de l'interfinancement, mais ce pas-là n'est pas franchi, et tant que ce pas-là n'est pas franchi,
je pense que vous retardez la décarbonation, parce que vous n'envoyez
pas le signal de la juste valeur à l'ensemble des consommateurs.
On
est tous des consommateurs résidentiels, on les voit, les factures, mais tant
qu'on les voit, les factures, et que ce
n'est pas trop cher, bien on n'a pas un réflexe de réduire notre consommation,
et ne pas réduire notre consommation, ça
affecte, dans le temps, notre action pour réduire la consommation d'énergie.
Donc, ça fait en sorte qu'on demande plus de projets, et ainsi de suite.
Donc, il y a une logique, là. La juste valeur, mais jusqu'au bout.
Mme Fréchette :
Oui. J'entends votre logique. On
a abordé la question, d'ailleurs, hier soir avec M. Mousseau, de
l'Institut Trottier, où il nous mentionnait à quel point c'est important que
le... que ce soit sur le plan structurel, surtout,
que l'on fasse des interventions, parce que ce n'est pas tant dans la
consommation individuelle qu'on va générer les... la réduction que l'on
souhaite obtenir, mais c'est avec des changements de nature structurelle, par
exemple avec le code du bâtiment, faire en
sorte que nos... nos bâtiments soient davantage verts. Donc, c'est dans ce type
de modes là, l'utilisation des transports en commun... Donc, c'est dans
des... des actions de nature structurelle qu'on va se trouver à pouvoir
bénéficier des... des retombées qui sont souhaitées dans le cadre de la
transition énergétique. Donc, merci. Je vais céder la parole à des collègues
pour la suite. Merci.
Le Président
(M. Montigny) :
Parfait. Merci. Alors, la partie
gouvernementale... Parfait. Je cède la parole maintenant au député de Dubuc.
Merci.
M. Tremblay : Merci. Bonjour. Dites-moi...
Je comprends... je comprends très bien votre position. D'ailleurs,
certains évoquent leurs formations d'économistes, d'ingénieurs, je suis plutôt
politologue de formation. Je dirais que votre non-verbal aussi est très campé.
Maintenant, outre... outre le volet... Vous me permettez, c'est en tout... en
tout respect. Outre l'aspect de tarification versus les PME, puis je prendrais
un exemple... Puis ce que j'aimerais savoir, c'est :
À quel niveau se situe votre ouverture par rapport au projet de loi et la
reconnaissance de... de son importance dans la conjoncture, dans le
contexte, autant international que chez nous?
Puis je prendrais un
exemple qui s'appelle IDEA Contrôle, dans ma circonscription, je ne sais pas si
vous connaissez, c'est une cinquantaine
de... de professionnels ingénieurs qui... qui ont, entre autres... qui arrivent
à transformer, à convertir des sécheurs à bois du mazout à
l'électricité. Ils ont inventé un truc qui s'appelle Synapse, qui vient gérer
la pointe et puis qui vient ensuite la contrôler, pour le profit, jusqu'à des
20 %, ou 25 %, ou 30 % pour des PME qui s'impliquent à ce
niveau-là. Il y a déjà des incitatifs qui existent. On travaille pour aller
plus loin. Maintenant, ils sont allés encore
plus loin au niveau de la décarbonation, où le fait de récupérer dans la perte
de gestion de pointe... Bien, eux,
ils ont créé des batteries jusqu'à 1 MW puis ils travaillent sur une...
une biénergie avec, bon... pour être capables de récupérer ça, puis,
ensuite, possiblement de la revendre.
Mais
ceci dit, dans l'ensemble de l'oeuvre, c'est du «know-how». M. Lévesque
parlait de «know-how» à l'époque des grands chantiers hydroélectriques.
Comment voyez-vous le
projet de loi 69, les opportunités que va provoquer, comme ça, de l'essaimage
et du développement pour améliorer la situation puis venir contrer un peu,
peut-être, l'approche plus... plus campée de fermeture
sur l'opportunité de faire du développement sur l'axe au Québec? Voilà. Je ne
sais pas si vous comprenez bien ce que je veux dire, ça fait peut-être
un peu philosophique, là.
M. Vincent
(François) : Bon...
Le Président (M. Montigny) : ...il
ne vous reste pas de temps, là, pour répondre. Alors, merci. Je cède maintenant
la parole à la députée de Saint-Laurent, pour une durée de huit minutes, tout
au plus.
Mme Rizqy :
Merci beaucoup, M. le Président. Bonjour, M. Vincent, M. Bérubé,
Me Turmel. Merci d'être présents avec nous
pour nos échanges. Je pense qu'on va avoir besoin d'un page pour aider notre
collègue, qui, malheureusement, a échappé son café.
J'aimerais vous entendre,
parce que, vous savez, mes collègues, Marguerite-Bourgeoys, Jacques-Cartier,
mon chef, mais aussi le député de Nelligan se sont époumonés au salon bleu,
maintenant qui est rendu le salon rouge, pour poser des questions au nom des
PME, pour vos tarifs, et à savoir pourquoi on vend au rabais des blocs
d'énergie à des entreprises qui n'ont pas
encore oeuvré, qui n'ont pas encore fait leurs preuves au Québec, au détriment
des PME québécoises, à qui on a refilé la facture.
Jusqu'à présent, je sais que, M. Vincent,
vous êtes une personne qui est quand même assidue, je vous vois quand même dans
les nouvelles très souvent, est-ce que, de ce que vous avez entendu des
échanges au salon bleu... est-ce que ça vous a rassuré, les propos du
gouvernement par rapport aux hausses pour les PME?
M. Vincent (François) : Je veux
peut-être répondre au non-verbal, avant, là. Moi, je ne suis pas quelqu'un qui sourit facilement, puis avec le stress, encore
moins. Mais j'ai mis plein de notes ici, là, «sourire», puis tout, mais je ne
les ai pas vues.
Tu sais, on voit positivement...
Mme Rizqy : Vous gérez très
bien votre stress.
M. Vincent (François) : Hein?
Mme Rizqy : Vous gérez très
bien votre stress.
M. Vincent (François) : On voit
positivement le projet de loi, notamment sur le plan des gestions intégrées. On pense que c'est la meilleure façon pour faire
la transition énergétique, la réhabilitation de la régie. Maintenant, on ne veut
pas que la PME fasse les frais de cette transition énergétique là. Puis, dans
les propos, bien, ça... ça a campé... ça a campé notre position, parce que
c'est ça qui arrive. Puis ça arrive dans un contexte qui ne fonctionne... qui
n'est pas bon pour les PME.
Puis, tu sais, si on n'avait pas adopté le
projet de loi 34 sous le bâillon, si on n'avait pas adopté le projet de
loi 2, bien, on serait probablement ici juste pour parler d'un plan de
gestion intégrée des ressources puis il n'y aurait pas de levée de boucliers.
C'est ça qui est triste, là. On est rendus à faire une politisation des tarifs
d'électricité. On avait été capables de se sortir de tout ça avec la Régie de
l'énergie. Me Turmel, il fait le tour du monde pour aller implanter des régies
de l'énergie partout à travers le monde, parce que le modèle québécois
fonctionne. Puis là on va aller faire une transition énergétique qui doit
impliquer l'ensemble des parties prenantes de la société pour que ça fonctionne, et notamment nos PME qui sont le coeur
de l'économie, puis, si on se cante dans une position qu'on ne touchera
pas aux tarifs résidentiels, ça ne marchera pas.
Puis on est sensibles à la question des
citoyens. C'est difficile actuellement de rejoindre les deux bouts, on le sait. C'est la même chose pour les dirigeants de
PME. Mais pour ça, il faut... On a 10 ans devant nous, faisons une... un effort
de programme d'efficacité énergétique sur les stéroïdes en même temps qu'on va
arriver. Puis peut-être que, même en augmentant les tarifs du résidentiel, ça
coûterait moins cher aux personnes de payer leur énergie.
Puis, pour
les PME, bien, c'est assez simple, là, ça, c'est l'indice de confiance des PME,
OK? Quand c'est à 60, l'énergie roule à plein régime. On voit qu'il y a
eu une chute drastique avec la pandémie, que c'est remonté puis que c'est
redescendu. Puis, en même temps, bien, c'est ça qui s'est passé avec les tarifs
d'électricité sur une base 100. Puis ça, ça n'inclut pas le plan d'Hydro-Québec,
massif, d'investissement qui va être refilé dans la cour des PME si on ne règle
pas l'interfinancement.
• (12 h 40) •
Mme Rizqy : Merci. Dites-moi...
Parce que vous dites qu'il faut mettre ça sur les stéroïdes, mais, moi, je me
pose la question, parce que... toujours le danger d'avancer sous stéroïdes,
pour reprendre votre expression... Je me pose d'abord la question : Mais
pourquoi on est rendus là? Parce que, moi, je me rappelle très bien qu'en 2020,
juste avant que le gouvernement signe un contrat important, il disait qu'on
avait encore des surplus, puis là, pouf! trois semaines après, il n'y avait
plus de surplus. Puis là il faut faire un immense plan important à vitesse
grand V, mais on... j'ai l'impression qu'on est... qu'on nous demande de
trouver une solution à un problème que le gouvernement a lui-même créé.
M. Vincent (François) : Non,
non, ça, je ne pense pas. Hydro-Québec, c'est... je pense que c'est 75 %
pour la décarbonation, 25 % pour les projets économiques. Si on veut faire
une décarbonation, c'est clair que ça va avoir un impact sur les productions
énergétiques propres. Le problème, c'est que, là, on va... il y a quelqu'un qui
va payer pour ça. Puis tout le monde veut faire des efforts pour faire une
transition, mais, quand ça touche au portefeuille, là, c'est un petit peu plus
difficile. Puis, dans le cadre actuel, bien, c'est la PME qui... qui se ramasse
à payer davantage les tarifs d'électricité. Puis on ne pense pas que c'est
quelque chose de... de positif, parce qu'on a aussi la fiscalité la plus
grande.
Donc, tu sais, le seul avantage compétitif qu'on
pouvait avoir, bien, on va le perdre. Ça fait qu'on va se ramasser à payer le
même coût que les autres au niveau du kilowattheure, qui utilisent d'autres
sources d'énergie, par ailleurs. Mais on va garder quand même l'injustice
fiscale des petites entreprises, on va garder les taxes sur la masse salariale
plus élevée, dans un moment où, admettons, on veut automatiser, puis nos
données démontrent que le principal frein à l'automatisation, c'est le coût.
Bien, ils n'ont pas de marge de manoeuvre pour investir. Donc, il faut vraiment
aider toute la transition. Puis les défis, bien, il faut faire plus pour nos
PME.
Mme Rizqy : Merci.
Bien, juste que vous sachiez qu'au niveau des blocs d'énergie qui ont été
alloués, il n'y en a pas un qui a été alloué avec un objectif clair de
décarboner. Donc, je me mets des... une certaine réserve là-dessus.
Tantôt,
vous avez dit... vous avez parlé de la juste valeur. Vous avez aussi ici un
plan où vous dites que le résidentiel, c'est à -14 %, les grandes
entreprises, 0 % à 13 %, puis les PME, 18 % à 28 %.
Pour vous, c'est quoi, la juste valeur pour le consommateur résidentiel?
M. Turmel
(André) : Dans toute l'Amérique du Nord, aux États-Unis, au Canada, il
y a des... il y a des régies d'énergie, des «public utility boards», ça fait 75
ans que ça fait ça, même avant la Régie de l'énergie, il y avait la régie du
gaz. Et le principe était toujours le même, on établissait le tarif sur la base
du revenu requis, les coûts, cette année...
l'année passée, c'était 100, cette année, c'est 105, on fixait le tarif en
conséquence. Tout va bien quand... Et, en général, les politiciens ne se
mêlaient pas de ça. Parce qu'on confiait ça à des spécialistes, et des
associations de consommateurs résidentiels, petits, grands, moyens, faisaient
valoir leurs doléances, et les gens voyaient les coûts et comprenaient.
La
FCEI, elle, elle va payer le prix qui sera bien, bien démontré, point final. Et
on pense que ça devrait être le cas
pour les consommateurs industriels, et également, même si ça va peut-être faire
un peu mal, pour les consommateurs résidentiels, oui, avec peut-être le support
du fonds d'aide qui sera créé, là. Ça, c'est une mesure fiscale en apport, mais
il faut que le coût réel soit ressorti. Il faut que tous le voient en plein
jour. Et avec ça, on a peut-être de meilleures chances de réussir notre
décarbonation.
Mme Rizqy :
Puis, est-ce que...
M. Vincent (François) : Puis
il faut que ça vienne aussi avec des programmes d'économie d'énergie. Puis
l'expert, M. Pineau, l'a dit aussi que la décarbonation pouvait
passer par l'amélioration de l'efficacité de... du résidentiel ou du bâtiment.
L'APCHQ a fait une recherche aussi qui démontrait que, par la rénovation...
Mme Rizqy :
Bien, ça, on est d'accord avec vous.
M. Vincent
(François) : ...par le bâtiment, c'était 2,5 barrages, là.
Mme Rizqy :
Ça, on est d'accord avec vous. Le seul hic, c'est que le programme RénoVert
a été aboli. Donc, les gens voudraient
peut-être faire des rénovations à la maison, bien, encore faut-il avoir les
moyens et les outils.
Mais, ma dernière
question, pour revenir sur votre tableau : Quand... Est-ce que, quand vous
marquez -14 % pour le domestique, c'est... Vous, quand vous parlez de
juste valeur, est-ce que vous voulez qu'on... C'est quoi, votre souhait
exactement? Parce que je veux juste être certaine de bien vous comprendre.
M. Vincent
(François) : Là, c'est la PME qui finance pour le bas tarif
résidentiel, qui finance pour les bas tarifs des multinationales, donc, oui, le
-14 viendrait à zéro. Mais on veut donner le mandat à la régie de régler
l'interfinancement, puis c'est important pour nous, pour ne pas faire que ça
fasse un choc tarifaire. Donc, on n'a pas donné un nombre d'années. Est-ce
qu'on doit régler l'interfinancement sur 10 ans ou sur 20 ans...
Le Président (M. Montigny) : ...temps
est écoulé. Merci. Je cède maintenant la parole au député de Maurice-Richard, pour 2 min 44 s.
M. Bouazzi :
Vous avez parlé effectivement de ce que plusieurs spécialistes nous disent,
c'est que, s'il y a augmentation des tarifs d'électricité pour les
particuliers, il faudrait que ce soit associé à un large programme d'efficacité
énergétique qui les aide à passer à travers ça. Il y a toutes sortes de
mécanismes qui permettent aussi d'aider les personnes les moins nanties de...
pour payer tout simplement l'électricité. Est-ce que vous auriez besoin, vous, en fin de compte, au niveau des PME, tout
simplement aussi, de larges programmes qui pourraient être accompagnés
avec les grosses augmentations? On ne vous a pas entendus sur ce sujet.
M. Vincent (François) : Oui,
puis c'est neuf PME sur 10 qui le disent dans un sondage, tant pour les
citoyens que pour les entreprises. Puis là-dessus, Hydro-Québec... on
voit que les programmes sont... ils ne sont pas utilisés par les petites
entreprises, parce qu'en gros le dirigeant d'entreprise, plus l'entreprise est
petite, c'est lui qui va faire toute la prospection, le suivi, etc., puis il se
ramasse dans une situation de pénurie de main-d'oeuvre, où la première conséquence, c'est qu'il travaille plus d'heures.
Donc, on voit que c'est plus difficile à rentrer, là, pour les petites
entreprises.
Mais
on est contents de voir l'effort significatif qu'Hydro-Québec vient de faire
pour faire connaître davantage ses programmes. C'est dur de se promener
dans le métro ou d'écouter la radio sans entendre une publicité de... d'Hydro-Québec.
Puis on voit que dans leur plan aussi, il y a 10 milliards qui est prévu
pour l'économie d'énergie. Ça, c'est vraiment la voie à suivre, mais il
faudrait aussi en faire davantage.
Puis, nous, la FCEI,
on va s'engager aussi à aller rencontrer les dirigeants d'entreprises pour leur
faire connaître les programmes, pour les préparer,
justement, aux futures hausses, parce que c'est... c'est la clé de la solution.
Puis, plus on économise, moins on a besoin de produire, ça fait que
probablement que même les investissements peuvent être moins importants et
l'augmentation de tarifs moins importante aussi.
M. Bouazzi : Juste
pour être clair, donc... Mais si... Moi, je compatis énormément avec les
entrepreneurs que je sais qu'ils travaillent très, très fort en ce moment
depuis déjà plusieurs années, étant donné le manque de main-d'oeuvre, entre
autres. Mais le fait que ça coûte plus cher, ça peut justement pousser à
prioriser, les entrepreneurs, pour accélérer ce genre de transition, si,
évidemment, ils ont accès à des programmes qui les aident à améliorer
l'efficacité énergétique de leurs processus ou de leurs bâtiments, tout
simplement.
M. Vincent
(François) : Bien, c'est... Nous, c'est clair que la transition
énergétique doit venir aussi avec un accompagnement pour l'économie d'énergie.
Puis les PME, là, actuellement, sont vraiment pressées comme des citrons. Ils
ont été 4 000 à signer une pétition — puis on aimerait ça la
déposer — d'entrepreneurs,
puis ça, c'est à partir du 27 mai.
Donc, c'est des dirigeants d'entreprises qui demandent d'être pris en
considération dans tout ce débat.
Le Président
(M. Montigny) : Merci. Il n'y a plus de temps. On va procéder
tout de suite... donner la parole au député de Jean-Talon, pour
2 min 5 s.
M. Paradis :
En connaissez-vous beaucoup des endroits dans le monde où, comme au Québec,
il y a une telle différence entre les tarifs qui sont payés par les PME locales
puis les grandes entreprises multinationales?
M. Turmel (André) : À ma connaissance, en
général, il y a... c'est toujours basé sur les coûts, hein, puis il y a
toujours un rapport qui est à peu près le... à peu près similaire à ce qu'on
voit au Québec. Évidemment, les coûts peuvent varier, mais... mais... Parce
que, tu sais, les grandes entreprises, leur tarif est beaucoup moins, parce
qu'il prend de grandes quantités d'énergie. Les PME, c'est un peu moins. Mais
le rapport qu'on a au Québec par rapport à d'autres juridictions, je pense
qu'il est relativement similaire. Évidemment, ici au Québec, en général, c'est
plus bas à cause de l'avantage que nous avons.
Mais donc, notre
système... La loi sur la régie a été adoptée en 1997, et en 2000 on a ajouté le
fameux article pour empêcher la régie de bloquer l'interfinancement. Ça pose un
problème.
M. Paradis :
Très bien. J'ai compris de votre témoignage et de votre mémoire que vous
êtes quand même d'accord sur le fait que les
grandes entreprises multinationales peuvent en faire plus dans le partage.
Est-ce que... est-ce que je résume bien votre position?
M. Vincent
(François) : ...dans la... dans les recommandations, dans
l'allocution.
M. Paradis : Très bien. En ce qui
concerne le résidentiel — parce
que l'interfinancement, c'est ça, qui paie quelle part de l'énergie — vous
êtes d'accord avec la position de HEC, avec la création d'un fonds. Mais, en
filigrane, ça veut dire... vous le dites dans votre mémoire, ça implique des
dépenses de la part du gouvernement, qui sont payées par M. et Mme Tout-le-Monde. Donc, vous aussi, vous êtes d'avis que le
fonds, il a comme effet de faire en sorte que les Québécois, les
contribuables vont payer au-delà de... de l'augmentation, plafonnée à 3 %,
par ce mécanisme-là. C'est ça que le projet de loi dit. On est bien d'accord?
M. Vincent
(François) : Le fonds, on le voyait positivement, parce qu'avant il y
avait un 3 % «locké» dans le projet de loi qui faisait en sorte que
nécessairement le tarif des entreprises augmentait, des PME, puis ça accentuait
l'interfinancement. Donc, c'est moins pire.
Mais,
après ça, ça va coûter combien? Le premier ministre, l'ancien ministre
Fitzgibbon disaient : 100 millions à 300 millions.
Le Président
(M. Montigny) : En conclusion.
M. Vincent
(François) : Mettons, par exemple, que c'est 100 millions une
année, ça va être...
M. Paradis :
Vous dites...
M. Vincent
(François) : ...100 millions de plus l'année d'après...
Le Président
(M. Montigny) : Merci. Je suis désolé, le temps est maintenant
écoulé. Alors, je vous remercie pour votre contribution aux travaux.
La commission suspend
ses travaux jusqu'à 15 heures.
(Suspension de la séance à
12 h 50)
(Reprise à 15 h 02)
Le Président (M. Montigny) : Alors,
à l'ordre, s'il vous plaît. La Commission
de l'agriculture, des pêcheries, de l'énergie et des ressources
naturelles reprend ses travaux. Je demande à toutes les personnes dans la salle
de bien vouloir, là, éteindre leur cellulaire, la sonnerie, tout ça, pour ne
pas se faire déranger. Alors, voilà.
Maintenant, on va poursuivre
avec les consultations particulières et les auditions publiques sur le projet
de loi n° 69, la Loi assurant la gouvernance responsable des ressources
énergétiques et modifiant diverses dispositions législatives.
Pour ce faire, aujourd'hui, on va accueillir les
groupes suivants, cet après-midi : l'Association de l'industrie électrique du Québec, le Regroupement national des
conseils régionaux de l'environnement du Québec, l'Association des redistributeurs d'électricité du Québec,
l'AREQ, et la Fédération des chambres
de commerce du Québec. Alors, voilà.
Je souhaite
maintenant... Évidemment, vous êtes déjà installés. C'est parfait. Je souhaite
maintenant la bienvenue à l'Association de l'industrie électrique du
Québec. Je vous rappelle que vous disposez, donc, de 10 minutes pour votre exposé, puis nous procéderons, là, par la
suite aux échanges avec les membres de la commission. Je vous invite donc à
vous présenter, madame, et à commencer votre exposé pour 10 minutes.
Merci.
Association de l'industrie
électrique du Québec (AIEQ)
Mme Lapointe (Marie) : Merci
beaucoup. Ça me fait un grand plaisir. J'aimerais vous souhaiter un bon
après-midi à tous. Et c'est un grand plaisir pour moi de représenter
l'industrie électrique du Québec cet après-midi. J'aimerais tout d'abord souhaiter la bienvenue à notre ministre,
Mme Fréchette. Félicitations. Et j'aimerais également souhaiter la
bienvenue à votre sous-ministre adjointe, Mme Deschênes.
Mon exposé est en trois parties : un court
exposé sur la décarbonation, sur les avantages qu'on voit sur le projet de loi
et aussi sur des recommandations d'amélioration. Le Québec pourrait devenir le
premier État décarboné au monde d'ici 25 ans, ou du moins un des premiers
États. Soyons prêts, allons de l'avant. L'électricité représente 43 % du
portfolio d'énergie au Québec, déjà. Et à 99 % d'énergie renouvelable,
bien, ça veut dire qu'on est déjà en situation
unique au monde, avec l'Islande. Toute notre électricité est d'énergie propre.
Ce qu'il nous reste à faire, c'est de tasser le 50 % d'énergies
fossiles. Donc, on a eu plusieurs questions dans les derniers jours, dans la
commission : Pourquoi on a besoin de plus d'énergie? Bien, c'est parce que
pour tasser ces énergies fossiles là, il faut électrifier.
Depuis 70
ans, nous avons développé, au Québec, un formidable écosystème de savoirs, de
compétences, avec 70 000 personnes
qui travaillent dans cette industrie-là — dont 20 000 à Hydro-Québec — dont les
firmes d'ingénierie et de services qui sont compétitives et qui offrent
leurs services partout au Canada et en Amérique, les PME, qui sont exportatrices à 60 % et les grands
manufacturiers qui offrent des solutions au Québec, mais aussi partout dans le
monde. On est donc excessivement bien équipés en compétences pour être capables
de décarboner.
Décarboner, ça veut dire quoi? Ça veut dire
éliminer d'ici 2050, comme vous le savez, 80 millions de tonnes de CO2, et ça veut dire 30 millions de
tonnes d'ici 2030. 30 millions de tonnes de CO2, qu'est-ce que
ça veut dire? 30 % viennent de l'industrie. Ça veut dire éliminer
10 millions de tonnes de CO2, donc 3 500 à
4 000 mégawatts de puissance. Ça veut dire 45 % du transport,
80 % est terrestre, donc à peu près 9 000 tonnes...
9 millions de tonnes de CO2, à peu près
3 500 mégawatts. C'est quand même beaucoup. Et une autre portion,
aussi, que ça va prendre pour des biocarburants et de l'hydrogène pour être
capables de décarboner le transport ferroviaire, maritime, d'avions.
Le cluster d'électricité au Canada, il est au
Québec. C'est ici que sont les compétences. Puis nos gens donnent déjà des
services partout dans le monde. Notre électricité propre, c'est notre carte de
visite. C'est ça qui attire puis qui fait l'envie de partout dans le monde, puis
c'est pour ça qu'il y a des entreprises qui veulent venir s'installer chez
nous. Électrifier puis décarboner nos activités, ça va être l'économie de
demain. C'est le message que je voudrais que vous gardiez aujourd'hui. S'il
faut investir, c'est bien en électricité et dans ce savoir-là.
Voici pourquoi on croit aux forces de ce projet
de loi là. D'abord, du côté du ministère, le PGIRE, qu'est-ce que ça apporte?
Ça apporte de la prévisibilité, de la prévisibilité pour tous les fournisseurs
de notre chaîne de valeur, mais aussi pour établir les meilleurs choix, les
meilleurs scénarios. Et normalement, ce PGIRE-là, il devrait être un outil
vivant qu'on va réviser régulièrement, mais qui va être... qu'on va être
capables de moduler aussi. Donc, s'il y a des options qui ne sont pas possibles
pour une raison x, on va avoir d'autres solutions dans nos poches.
C'est aussi pour la première fois qu'on met la
production d'électricité et l'efficacité énergétique. Ici, je regarde les
personnes qui ont participé à la rédaction de ce projet de loi là. C'est une
première. Et qu'est-ce que ça permet, ça?
Les deux sont sur le même pied d'égalité. Bien, enfin, on s'en va vers la
sobriété, on s'en va vers l'économie, on s'en va à ne pas harnacher des
rivières pour rien, à ne pas aménager des territoires pour rien et à commencer
à optimiser toutes les ressources qu'on a. Ça veut dire, aussi, qu'on va être
capables d'être complémentaires dans nos approches. Ça amène une autre façon de
gérer l'énergie. Ça apporte de la transparence, au niveau de la régie, parce qu'on remet le rôle à la régie où il doit être,
c'est-à-dire d'accepter des projets et d'avoir une position de proposition. Ça
va nous aider pour la gestion des projets qu'on aura choisis et ça va nous
aider pour sécuriser l'approvisionnement.
Au niveau de la régie, bien, il y a toute la
notion de performance que ça amène. Lorsqu'on est en position où c'est une grosse société d'État qui offre les
services, bien, ça va nous aider, aussi, à être capables de mettre des
performances, des critères de performance finaux au lieu de contrôler
tout le processus. Pour Hydro-Québec, ce que ça veut dire, le PGIRE, ce que ça veut dire aussi, dans ce projet
de loi là, l'élément le plus important, le plus gros atout qu'on a, c'est la
flexibilité que ça apporte. Être capable, pour Hydro-Québec, de faciliter les
processus, c'est un atout majeur pour accélérer la transition énergétique. Ça
va permettre de faire des projets gré à gré sans appel d'offres, ça va
permettre d'être capables d'électrifier plus
rapidement tout en conservant la transparence d'information tout au long du
processus. Et enfin, bien, c'est un
formidable outil pour s'ouvrir à l'innovation et à tout ce qui se passe dans le
monde. C'est une chance unique de
penser autrement, d'innover les façons de faire, d'accélérer la transition puis
de bâtir une nouvelle société.
Donc, si on
regarde dès maintenant les recommandations que nous faisons, la première :
confirmer la demande par le biais
d'une consultation publique régionale. Je pense que ça va résonner auprès de
certaines personnes. Ce n'est pas tout le monde
qui comprend les besoins. Pourquoi on décarbone? Pourquoi on remplace le
pétrole, le gaz, le mazout, le kérosène par de l'électricité? Ça amène des
contraintes, ça amène des investissements. Donc, c'est très important de faire
une tournée régionale en parallèle de l'élaboration du PGIRE. Et peut-être, Mme
la ministre, vous allez décider avec quel escadron vous allez le faire,
peut-être avec des gens du ministère de l'Environnement, avec les gens de la transition énergétique, mais c'est
essentiel de faire une tournée régionale pour garder la voix des clients,
la voix de l'industrie, la voix des fournisseurs.
• (15 h 10) •
Deuxième
proposition : développer une stratégie manufacturière d'approvisionnement
durable et compétitive. On a une
chaîne de valeur, déjà, on a 70 000 employés. Le taux
d'investissement va passer, avec le plan qui a été présenté
d'Hydro-Québec, 110 millions par année. On passe de 3 à 4 milliards
par année, au Québec, à 10 à 12 milliards au Québec. L'AIEQ a fait faire
une étude, ça, ça peut amener au moins 400 millions de plus de revenus pour...
pour nos manufacturiers qui sont déjà parmi les meilleurs au monde. Ça mérite
d'être soutenu.
Troisièmement : Assurer une agilité de
marché et d'innovation au Québec grâce à un plan de clientèle et d'efficacité
énergétique. Ce qu'on propose, c'est que le plan de clientèle qui va vous être
proposé, à la régie et au ministère, il soit révisé plus souvent, il soit
révisé, il soit déposé aux six ans, mais soit revu aux trois ans. Pourquoi?
Parce que les technologies évoluent très rapidement et ça va nous éviter de
faire des investissements massifs, parce qu'on
est capables, on rapproche l'énergie des gens, on rapproche l'électricité des
gens. La façon de gérer va changer.
Quatrièmement :
Faire contribuer l'industrie électrique à une vigie des meilleures pratiques
mondiales. Peut-être juste des coquilles dans le projet de loi, mais on
parle de l'implication du ministère, de la régie dans l'innovation, de la société d'État. Le plan... le plan d'action
d'Hydro-Québec parle d'impliquer ses employés. Nous, on dit : Impliquez,
s'il vous plaît, les grands manufacturiers
qui offrent des solutions, déjà, partout dans le monde au niveau de
l'innovation, nos PME aussi puis nos firmes d'ingénierie. C'est une
ouverture aux meilleures pratiques extraordinaire dans toutes les régions du
Québec.
Cinquièmement, puis ça va avec la
précédente : explorer la formation d'un pôle de compétitivité et
d'excellence en électrification au Québec. Pourquoi? Pour bâtir une société de
savoir. On a des universités, on a des centres
de recherche, on a nos employés, déjà, et on a déjà des zones d'innovation.
Mais être capables de tous travailler ensemble
vers le même objectif, être capables de se coordonner et, s'il nous manque des
ressources, d'aller les chercher.
Sixièmement : s'assurer, à l'instar du
reste du Canada, d'intégrer les communautés autochtones dans le développement
durable des projets de croissance et de décarbonation ou de résilience à
travers les processus de décision, d'approvisionnement, de recrutement et
d'implication communautaire. Et ça, c'est déjà dans la feuille de route de nos
grandes firmes d'ingénierie, de nos groupes de service-conseil qui sont
avancés, ainsi que de nos manufacturiers qui
travaillent déjà comme ça avec le reste du Canada. Nous autres, on a une histoire
pour ça. On n'en avait pas besoin, on était proches des communautés
autochtones, eux, ils avaient des traités. Maintenant, tournons ça à notre
avantage à tous.
Et dernière
proposition : diversifier les sources d'approvisionnement, diversifier les
sources d'approvisionnement en valorisant l'autoproduction des
communautés et des partenaires industriels. On doit changer de paradigme, on
doit changer de «mindset» de ce côté-là. On devrait permettre l'autoproduction
de gens qui le veulent, mais à condition qu'ils puissent stocker l'énergie puis
la redonner si on en a besoin. Imaginez qu'on ait une centaine de
partenaires...
Le Président (M.
Montigny) : En conclusion.
Mme Lapointe (Marie) : Alors, les
abonnés deviennent des clients, et les clients deviennent des partenaires.
C'est tout.
Le
Président (M. Montigny) : Parfait, merci beaucoup. Alors, sur ce, on va
procéder maintenant à la période d'échange. Mme la ministre, c'est à
vous pour une période de 16 min 30s.
Mme Fréchette : Merci beaucoup, M.
le Président. Grand merci, Mme Lapointe. Très heureuse d'avoir l'occasion
de vous entendre, de vous rencontrer. On sent toute la détermination et
l'enthousiasme qui vous habitent, et j'ai l'impression que vous allez avoir un
effet de contamination positive sur le secteur.
Vous parliez de l'intérêt qu'il y aurait à
avoir... à faire une tournée. Je suis de cette eau-là, de faire des tournées,
c'est d'ailleurs ce que j'avais fait en premier quand j'étais arrivée à
l'Immigration. Et là, ce que je trouve fascinant,
bien, c'est que la tournée vient à nous, parce que tous les acteurs viennent
nous rencontrer. Alors, le timing ne pourrait pas être plus idéal pour
moi pour, justement, rencontrer l'ensemble de ceux qui font bouger le secteur énergétique.
Alors, merci d'être de ce nombre. C'est très, très intéressant, instructif et
éclairant.
Alors, bon, d'une part, j'entends toute votre
ambition en lien avec votre secteur et je me disais : Dans quelle mesure
est-ce que vous considérez que de doubler la production d'Hydro-Québec
permettra d'aller plus avant dans ce que
vous proposez de faire, là? Est-ce que c'est un incontournable? Est-ce que ce
doublement est quelque chose qui...
Mme Lapointe (Marie) : Bien, en
fait, c'est clair qu'il faut électrifier. Donc, le 10 milliards de litres
qu'on achète, bien, il va falloir qu'on l'enlève. En passant, l'argent, on l'a,
hein, parce qu'on l'achète, cet argent-là, on devrait
l'avoir pour décarboner, on doit... on devrait se donner des mécanismes pour le
faire. Donc, il est clair, par contre, on n'est pas obligés de tout
électrifier ce qui est inefficace. Il faut commencer par faire un exercice de
revue. On sait qu'au niveau industriel, il y a des pertes de chaleur, il y a
des inefficacités, au niveau des commerces aussi, au niveau des
résidents aussi. Donc, c'est clair qu'un vaste programme d'efficacité, ça va
être la première chose. Ça veut dire se mesurer en premier, et ça veut dire,
aussi, donner des incitatifs en parallèle avec le ministère de l'Environnement
pour être sûrs que les gens vont travailler pour isoler leurs maisons,
installer des thermopompes, faire tout ce qu'ils peuvent. Ça, c'est la première
chose.
Doubler? Je ne sais
pas. Est-ce que c'est 1,5? Est-ce que c'est deux fois? Il faut bien comprendre
qu'à chaque fois qu'on fait de l'efficacité énergétique, on baisse la demande.
Donc, est-ce que c'est... on a besoin de... Ce qu'on sait, c'est qu'à peu
près... C'est pour ça qu'on veut vérifier, une tournée pour faire la
vérification des besoins. Est-ce que c'est
60 térawattheures qu'on va mettre d'ici 2035? Est-ce que c'est plus,
est-ce que c'est moins? Les HEC arrivaient
à peu près à 80, 60 plus 21 d'efficacité. Est-ce que c'est ça, maintenant?
Est-ce que c'est plus, est-ce que c'est moins, d'ici 2035-2040?
Maintenant, le 200,
est-ce qu'on va s'apercevoir qu'on peut travailler autrement? Est-ce que les
gens vont tellement vouloir venir s'installer chez nous qu'on va vouloir aussi
créer de la valeur? On ne le sait pas.
Mme Fréchette :
Vous accordez, justement,
beaucoup de valeur au PGIRE. Vous considérez, donc, que c'est un outil
incontournable et vous proposez aussi de faire une consultation. De quelle
manière est-ce que vous verriez que les gens puissent participer à
l'élaboration du PGIRE? Parce que c'est quelque chose qu'on va vouloir mettre
en place. Donc, j'aimerais bien vous entendre de ce côté-là, pour le
fonctionnement.
Mme Lapointe
(Marie) : Bien, Mme la ministre, vous savez que nous, on défile devant
vous en qualité d'experts, ou en qualité de lobbies, ou en qualité de parties
prenantes, mais la population, elle, elle doit comprendre quels sont les besoins, pourquoi on fait ça.
Alors, il y en a qui pensent qu'on peut se débarrasser du fossile puis ne pas
rajouter de capacité. Ça fait qu'il y a tout un côté d'acceptabilité sociale
puis d'éducation.
Ça fait que c'est sûr
que ce que je verrais, c'est qu'être capables de repartager, Hydro-Québec l'a
déjà fait, mais refaire vraiment un effort de besoins, mais ne pas empêcher
Hydro-Québec d'avancer, par exemple, et ne pas retarder le PGIRE non plus. Parce que, vous savez, on pourrait avoir des
vents de face, là, qui pourraient nous ralentir, dans les prochaines
années. Il faut être prêts, là, il faut être prêt l'année prochaine.
Donc, ce que ça
prend, c'est sûr que je verrais une consultation avec des représentants des
différentes parties prenantes qui feraient des consultations régionales. C'est
comme ça que je verrais ça. Et en même temps, les gens travaillent le PGIRE
avec des experts, ils regardent les scénarios, les coûts économiques, qu'est-ce
que ça donne, aussi, en CO2. Il y a qu'est-ce que ça coûte et
qu'est-ce que ça donne, et comment on va être capables de s'assurer qu'on va maintenir des emplois de qualité dans les
régions partout au Québec, avec des entreprises qui vont être pérennes,
qui vont pouvoir vivre 20, 30, 40 ans avec ça, 50 ans.
Mme
Fréchette : Vous parlez aussi de l'importance d'avoir une... de faire
une vigie des meilleures pratiques à l'international. C'est sûr que l'idée est
intéressante parce que c'est un secteur qui évolue à vitesse grand V, et puis je pense que la plupart des pays, occidentaux, du
moins, sont dans cette mouvance-là d'agir rapidement, de se positionner rapidement. Est-ce que vous auriez quelques
exemples de pratiques intéressantes qui se sont déployées ailleurs, peut-être en
Islande, où vous faisiez un parallèle avec le Québec, ou ailleurs?
Mme Lapointe
(Marie) : Bien, l'Islande, en fait, c'est parce qu'ils sont... ils
sont à 100 %. Donc, ce n'est pas... Ils sont bons, mais bon. Mais ce qu'on
voit, c'est que la Californie, l'Angleterre, l'Allemagne, les endroits où il n'y a pas beaucoup d'énergie, la Norvège, le
Danemark, ils ont été obligés d'accélérer les biocarburants ou de gérer la demande
de façon beaucoup plus dynamique, de façon beaucoup plus serrée. Donc, tout ce
qui est de robotisation, numérisation, information au client, donner la
capacité au client, qui devient un partenaire, de baisser sa demande quand il y
a une... elle est forte au lieu d'investir énormément plus de capacité, et
permettre à Hydro-Québec, aussi, d'avoir toute l'information sur le niveau de
charge, par exemple, ça, c'est ce que les autres font.
Donc, c'est... Quand
on parle de numérisation, on parle de données, la société d'État est déjà là,
elle est déjà en train de le faire. Ce qu'on peut faire, c'est l'accélérer. Il
y a des choses que les gens font parfois un peu plus rapidement, pas
nécessairement mieux. Il y a des solutions aussi qui ne seront pas bonnes pour
Hydro-Québec, parce que c'est lui, quand
même, qui est le chef d'orchestre de cette transition-là. Mais, par exemple,
Hydro One sait, par exemple, où sont
toutes les charges des autos. Bien, ça, c'est quelque chose qu'Hydro-Québec va
avoir dans quelques mois, OK? Donc, Hydro-Québec s'est donné une
prévisibilité pour les voitures.
Ensuite, il y en a...
En Californie, ils sont capables de gérer la demande, comment le solaire puis
les éoliens travaillent. Puis la grande
chose qu'il y a présentement, on va être capables de stocker l'énergie, donc
ça, ça ouvre des opportunités extraordinaires qui n'existaient pas
avant. Et là-dessus, on a des choses à apprendre, où est-ce qu'on va placer
les...
Mme
Fréchette : Oui. Pourriez-vous nous parler des différentes formules de
stockage, justement?
Mme Lapointe
(Marie) : Pardon?
Mme Fréchette :
Pourriez-vous nous parler des
différentes formules de stockage, ce qui fait l'objet d'innovations?
Mme
Lapointe (Marie) : Bien, en fait, c'est parce que les
intermittents... vous le savez, les intermittents, quand ils passent,
bien, des fois, il y a des...
Mme Fréchette : Ce
n'est pas au bon moment.
• (15 h 20) •
Mme Lapointe (Marie) : ...il y a des
systèmes qui sont obligés de ralentir leur production hydroélectrique ou autre,
ou nucléaire, en France, pour faire passer l'intermittent pendant qu'il vente
ou pendant qu'il fait soleil. Et ça crée des frustrations, parfois, par les
opérateurs, ou des inefficacités. Alors que si vous êtes capables de stocker
l'énergie, bien là, ça devient... pas simplement avec les barrages, mais de
façon correcte, près des charges, près des consommateurs,
bien, après ça, eux autres, ils peuvent vous le redonner, le redonner au système
quand c'est le temps. Donc, c'est des... c'est des options qui existent
déjà dans d'autres endroits.
Mme Fréchette : Oui. La question
était plus à savoir est-ce qu'il y a des innovations dans les formes de
stockage?
Mme Lapointe (Marie) : Oui, oui.
Mme Fréchette : Si vous pouviez nous
en parler.
Mme
Lapointe (Marie) : Bien, en fait, il y a... il y a eu... il y a EVLO
qui a fait une présentation, hier, à notre...
lors de notre entrée, qui est capable de... qui, avant, avait 1.2 mégawatt
sur des camions de 40 pieds, maintenant c'est rendu cinq mégawatts dans 20 pieds. Déjà là, eux autres font
beaucoup d'innovations. On est capables de mettre ces batteries-là en
série. Et plus ça va, plus il y en a qui sont en train de développer des solutions
pour être capables de tenir des charges
pendant très longtemps. Puis si vous regardez dans l'évolution des batteries,
bien, il y a des nouvelles solutions qui vont s'en aller tranquillement
vers d'autres façons de stocker l'énergie, dont l'hydrogène ou dans des
matériaux avancés.
C'est pour ça que ça nous prend un leadership,
aussi, au niveau de nos centres de recherche. Ça prend une entreprise qui est
nationale. Dcbel, qui est une entreprise, par exemple, qui est capable de
faire... de stocker l'énergie, le soir, des voitures, de le gérer puis de le...
avec des bâtiments intelligents, puis de le redonner. C'est des... c'est des
exemples d'innovations qui existent déjà au Québec.
Mme Fréchette : Excellent. Merci. Et
je vais laisser la parole à mes collègues. Merci.
Le Président (M. Montigny) : Merci
beaucoup. Maintenant, c'est le temps de donner la parole au député de Côte-du-Sud.
Il vous reste 8 min 10 s.
M. Rivest : Combien?
Le Président (M. Montigny) : 8 min 10 s.
M.
Rivest : D'accord. Merci. J'abonde dans le même sens que
Mme la ministre, merci de votre enthousiasme. De retour de dîner, ça
fait vraiment beaucoup de bien de vous entendre.
Mme Lapointe (Marie) : Vous ne
voulais pas vous endormir. J'en suis fort aise. Merci.
M.
Rivest : On n'est pas endormis du tout. C'est... c'est
plaisant. Puis j'apprécie la clarté, aussi, de vos propos puis la
pertinence, aussi, du mémoire que vous avez déposé.
Puis j'aimerais vous demander, au fait, dans le
projet de loi, est-ce qu'il y a... Vous semblez, évidemment, très enthousiaste,
on vous l'a dit, mais quels sont les outils qui vous paraissent les plus
pertinents? Est-ce que vous voyez des éléments qui peuvent manquer au projet de
loi? Quelles seraient vos priorités qui pourraient être apportées et changées,
modifiées, modulées, bonifiées? Mais, particulièrement, les... est-ce que vous
pensez que les outils sont assez nombreux, là, à l'intérieur du projet de loi
proposé?
Mme Lapointe (Marie) : Bien, en
fait, l'équilibre entre... entre le ministère, le rôle du ministère, la régie
puis Hydro-Québec me semble assez... assez bien expliqué. Ça, c'est très bien.
Ce qui... ce qui ressort, c'est la volonté d'innovation, mais il va falloir le
mettre en place. Quels outils d'innovation on va se donner? Je pense, c'est ça qui est le... qui est le point qu'on doit
clarifier. Le PGIRE, aussi, pourrait laisser entendre à certaines personnes que
ça retient Hydro-Québec d'agir. Ce serait
une grosse erreur. Parce qu'on est... il faut absolument électrifier plus
rapidement. Il ne faudrait pas
retenir les projets qui ont été annoncés, le 3 500 mégawatts
d'éolien, il ne faudrait pas retenir... Il y a six projets de
lignes 735, peut-être qu'ils veulent en faire un ou deux, je ne sais pas,
je n'ai pas les plans détaillés. Je pense qu'il ne faudrait pas retenir les
premiers plans d'Hydro-Québec.
M.
Rivest : Mais pour ne pas retenir tout ça, réaliser le
projet de loi, avoir les objectifs de l'échéancier qu'on a, c'est un bon
défi.
Mme Lapointe (Marie) : Oui, mais ça
se fait en parallèle, hein? Il y a l'opérationnel, puis il y a l'agenda
stratégique. Puis je pense qu'on est capables de faire les deux, c'est quelque
chose qu'on est capables de faire.
M.
Rivest : Vous avez mentionné, sur le PGIRE, les mécanismes de
consultations. Compte tenu du dépôt qu'on souhaite, aussi, assez rapidement, il
y a-tu des éléments que vous pouvez, justement, nous aider à faire en sorte que
ça puisse se faire assez rapidement dans...
Mme
Lapointe (Marie) : Bien, en fait, on connaît... on connaît des
recettes gagnantes. On sait, par exemple, qu'en France, là, RTE a développé,
avec des firmes internationales, huit scénarios, par exemple, avec des
portfolios différents : les coûts, les
impacts, les délais, qu'est-ce que ça donne, comme... le risque, et l'État a
choisi un scénario avec des «backups».
Maintenant, est-ce qu'ils sont capables de l'implanter puis de l'expliquer à la
population? C'est quelque chose.
Nous,
ce qu'on dit, c'est : Ça va prendre des gens extérieurs, suffisamment, des
tiers suffisamment extérieurs, impliquer Hydro-Québec, impliquer
l'institut Trottier, impliquer le HEC, bien sûr, mais être sûrs qu'il va y
avoir un bras de distance pour la personne
qui va être engagée par l'État pour faire ça. Il y a l'ADEME, aussi, qui offre
différents scénarios de décarbonation
au niveau de l'environnement. Ça fait que ça, c'est des balisages à retenir. Ça
fait partie des meilleures pratiques à faire.
M. Rivest : Je
comprends. Dans votre mémoire, vous parlez aussi, puis vous l'avez bien dit
aussi, de tasser, même, vous avez pris cette
expression-là, l'énergie fossile, 50 %, tout ce volet-là, d'électrifier
l'écosystème, etc. Dans cet écosystème-là, vous avez mentionné votre
recommandation n° 5, la mise sur
pied de tout un volet d'un pôle de compétitivité.
Vous en avez parlé un petit peu, mais pouvez-vous nous donner plus
d'informations? Comment voyez-vous ça? Surtout, une fois qu'on a nommé
les acteurs, de quelle façon cette coordination-là, ce travail ensemble là
pourrait être réalisé?
Mme Lapointe
(Marie) : Bien, il y a... il y a... Moi, je dirais, il faudrait... il
faudrait regarder les champions d'innovation dans le monde, de façon générale.
Hier, le...
M. Rivest : En
avez-vous en tête?
Mme Lapointe
(Marie) : Oui, absolument. L'Allemagne, par exemple. Le consulat
d'Allemagne était avec nous hier. Ils nous ont présenté comment ils voyaient
les choses pour s'approvisionner, pour se décarboner. Parce qu'ils n'ont pas
d'énergie, mais ils ont des cerveaux. En Allemagne, ils ont des cerveaux, ils
sont capables d'encourager l'innovation puis d'investir dans l'innovation. Ça,
ils ont ça. Ils sont capables de s'entendre, aussi. Ça fait qu'il y a des bonnes pratiques, ailleurs. Il y en a qui vont vite.
Puis, en Californie, par exemple, c'est des gens qui vont vite aussi.
Donc, je pense qu'il faut aller voir les meilleurs. On veut établir un
corridor, avec notre gouvernement, avec la France. Les zones d'innovation,
c'est bien, mais des pôles de compétitivité, c'est bien aussi, parce que tu
réunis la technique, les universités, tu formes les gens, un peu comme
l'institut que l'Hydro-Québec veut faire, mais il faut le soutenir au niveau gouvernemental. Ça va nous prendre des
cerveaux, ça va nous prendre des dizaines de milliers d'ingénieurs, de techniciens, de soudeurs, de
machinistes, qu'on va chercher présentement au Cameroun, au Pérou, en
Colombie. Ça fait qu'il va falloir les former, hein?
Une voix : ...
Mme Lapointe
(Marie) : Oui, les franciser.
M. Rivest : On
a des beaux défis, on a des beaux défis.
Mme Lapointe
(Marie) : On a des beaux défis. Mais un pôle de compétitivité, ça
permet d'avoir une vision complète puis d'être au service de la société.
M. Rivest : Qui
devrait être... qui devrait être le porteur de...
Mme Lapointe (Marie) : C'est l'État. Le
leadership et l'innovation, ça vient de l'État. Ça devrait être le ministère.
J'ai confiance.
M. Rivest : Merci,
merci. Merci pour cette confiance. Comme dernière question, je voudrais
savoir... vous en avez parlé aussi, mais la
partie d'autoproduction, le volet des sources d'approvisionnement et de
stockage. Mme la ministre a posé la
question, puis sur ce volet-là, de stockage, là, vous en avez parlé un petit
peu, de certaines innovations, mais
ici, est-ce qu'on a la capacité, aujourd'hui ou dans les prochaines années,
d'avoir cette capacité-là, cette volonté-là aussi? Comment vous
envisagez ce volet-là, d'autoproduction, en lien avec le stockage?
Mme Lapointe
(Marie) : La capacité? Certainement, c'est la volonté. Quelqu'un...
une compagnie privée puisse générer un peu d'énergie, pouvoir la stocker puis
la redonner, au besoin, à Hydro-Québec, il y a plein d'organisations, présentement, puis de mines, d'organisations de...
pétrochimiques, de commerces qui seraient prêts à jouer ce jeu, ce rôle
de partenaire.
M. Rivest : À grande échelle?
Mme Lapointe (Marie) :
Bien, c'est-à-dire que c'est la petite échelle cumulée avec les
microréseaux qui finit par faire la grande échelle. Mais c'est... imaginez si
on était capables de... Et, en plus, ça va les légitimer.
M. Rivest : Merci beaucoup.
Le
Président (M. Montigny) : Merci beaucoup. M. le député de Rouyn-Noranda—Témiscamingue, il resterait 1 min 50 s.
M.
Bernard : Merci, M. le Président. Bonjour,
Mme Lapointe. Merci énormément pour vos propos. Petite question. Ce matin,
on avait la FCEI qui était ici, puis vous êtes dans
le secteur manufacturier, donc ça devrait dire que normalement,
techniquement, vos membres sont également membres de la FCEI.
Mme Lapointe (Marie) : Ça arrive.
M. Bernard : Pas tout le temps à la
majorité.
Mme Lapointe (Marie) : Bien,
c'est-à-dire qu'il y en a qui le sont, ils ne le sont pas toujours. Par
exemple, vous avez des grands manufacturiers électriques qui, eux, sont plus
avec nous. OK? Il y a des firmes d'ingénierie qui sont aussi avec les firmes d'ingénierie,
bien, l'association des firmes d'ingénierie, c'est clair. Quand on parle des
tiers deux et des tiers trois, c'est-à-dire des gens qui travaillent pour les
grands manufacturiers puis pour les donneurs d'ordre, bien, il y en a qui
travaillent dans l'aluminium, il y en a qui travaillent dans l'acier, il y en a
qui travaillent dans les pâtes et papiers,
il y en a qui travaillent aussi dans les grands secteurs d'aérospatial. Donc,
pour eux, l'électrification, ça représente un créneau, pour eux, extraordinaire,
de stabiliser le cash-flow, de développer des compétences latérales. Puis des fois, on le sait, que les
pâtes et papiers descendent, donc, de pouvoir être capables de migrer vers des
créneaux d'avenir.
M. Bernard : OK. Bien, je comprends un
peu ce que vous dites, parce que moi, je viens du secteur minier, je viens de l'Abitibi-Témiscamingue,
donc il y a beaucoup d'entreprises, au niveau électrique, qui ont fait beaucoup
d'innovations, entre autres, en partant du secteur minier, mais, par la suite,
les besoins vont dans d'autres secteurs d'activité. Mais je revenais... les
propos, vous, les gens... Ce matin, les propos de la FCEI touchaient les
tarifs. Est-ce que vos membres vous en
parlent, pour... Eux, ils s'inquiètent moins, ils ne sont pas touchés par les
tarifs d'électricité qui vont s'en venir ou ce n'est vraiment pas leur
préoccupation?
Mme
Lapointe (Marie) : En réalité, nos... les manufacturiers fournissent
des services pour amener les infrastructures à la mobilité...
Le Président
(M. Montigny) : Merci beaucoup. Merci. Il ne reste malheureusement
plus de temps. Je suis désolé de vous
couper. C'est maintenant la période pour... Je vais céder, maintenant, la
parole à Mme la députée de Saint-Laurent pour une période de 10 min 24 s.
• (15 h 30) •
Mme
Rizqy : Merci beaucoup, M. le Président. Bonjour,
Mme Lapointe. Un grand merci. Vous faites souvent... Je vous
écoutais parler avec vos gestes, vous me faisiez penser aux professeurs
d'université, là, qui s'assuraient les élèves suivaient, là, à un bon rythme.
Vous êtes très bonne.
Dites-moi, j'aimerais aller directement dans
votre mémoire, parce qu'il est bien écrit, mais surtout concis, droit au but,
j'aime ça. Vous avez parlé tantôt, mais... capacité de stocker, vous en avez
fait mention, hier on avait un autre groupe
qui nous disait qu'au Québec, ça pourrait être peut-être plus difficile de
stocker parce qu'on a des hivers, c'est froid. Mais moi, j'avais entendu
d'autres spécialistes dire : Non, la technologie a tellement avancé, ce
n'est plus comme avant, les batteries de stockage. Alors, je voudrais vraiment
vous entendre là-dessus, s'il vous plaît.
Mme Lapointe (Marie) : Bien, en
fait, vous comprendrez qu'il y a beaucoup d'experts dans le domaine. Si vous voulez, je pourrais organiser des sessions
spéciales avec les grands manufacturiers puis avec les firmes d'ingénierie,
qui sont toutes là et qui offrent ces services-là aux mines, qui offrent ces
services à la mobilité, qui offrent ces services-là aux municipalités. Donc,
les options de stockage évoluent à vitesse grand V, présentement.
Mme
Rizqy : Hier, un groupe disait que mettre de l'argent dans
le stockage, c'est du gaspillage de fonds publics. Est-ce que vous êtes
d'accord avec cette affirmation-là?
Mme Lapointe (Marie) : Absolument
pas.
Mme Rizqy : Parfait. Parce que nous,
on croit, effectivement... Puis on a fait une proposition pour faire ce virage
qui inclurait aussi le solaire, mais le grand enjeu qu'on a, par la suite,
c'est de stocker, particulièrement lorsqu'il y a des pointes, et...
Mme Lapointe (Marie) : Bien oui.
Mme
Rizqy : Bon, vous pouvez...
Mme Lapointe
(Marie) : Bien oui, bien oui.
Mme Rizqy : Bien,
c'est là-dessus que je veux vous entendre parce que j'aimerais vraiment
comprendre pourquoi on a des experts qui
disent : Non, ce n'est pas bon, ça ne marche pas, et vous, qui êtes là...
Et moi, j'entends aussi des entreprises que j'ai côtoyées qui disent :
Non, on est prêts et on a la capacité de le faire, la technologie est au
rendez-vous.
Mme Lapointe
(Marie) : C'est-à-dire qu'il y a des façons de faire qui combinent et
la digitalisation ou la numérisation, la collecte de données... Le panneau
solaire, par exemple, est là, on est capables de stocker l'énergie et, après ça, de le redonner en période de pointe,
parce que vous le savez, des fois, que l'ensoleillement n'est pas en même
temps que, au Québec, que l'heure de pointe, qui est en fin de journée, ou qui
se déplace en fin de journée, avec la charge des voitures, présentement, elle
est le matin mais elle se déplace en fin de journée. Et il y a des nouvelles
technologies, en passant, en Allemagne, qui permettent de prendre le solaire le
matin puis l'après-midi.
Donc,
effectivement, si on veut déployer, au Québec, le solaire, il va falloir que ça
se fasse avec des batteries. En fait, la valeur est dans la batterie, pour être
capable d'optimiser ça. Puis, en plus, si on a une batterie avec notre auto,
bien, là, on est capables de jouer puis d'avoir des bâtiments intelligents puis
des villes intelligentes.
Mme Rizqy : Et
on a du savoir-faire intelligent québécois.
Mme Lapointe
(Marie) : Absolument.
Mme Rizqy : Merci.
Là, j'aimerais aussi vous entendre, parce que vous en avez fait mention,
qu'ici, vous, dans ce que vous avez dit, puis je vais... je vais le dire, puis
corrigez-moi si je me trompe : On stocke et on redonne à la société d'État. Donc, ce n'est pas pour
revendre à tous et chacun, là, c'est vraiment gagnant-gagnant. Hydro-Québec reste, à ce moment-là, vraiment, notre cheval...
notre bateau amiral, et, si jamais, par exemple, il y a un surplus
d'énergie, l'entreprise pourrait le retourner à Hydro-Québec. C'est ça que vous
avez dit tantôt. Juste le confirmer.
Mme Lapointe
(Marie) : C'est ce que j'ai dit. C'était mon propos ou c'était l'idée
que j'avais. Parce que, normalement, si on stocke, c'est pour redonner à la
société. Donc, si ce n'est pas directement en bidirectionnalité, dans le
réseau, ça peut être dans son quartier, à l'intérieur d'un microréseau. Il y a
différentes façons de le faire.
Mme Rizqy : OK.
Parce que, là, présentement, dans l'article 38 du projet de loi, la façon
que c'est écrit, c'est pour une personne adjacente. Adjacente, hein, vous
comprendrez, là, c'est à côté. Il y a un groupe qui est venu dire : Non,
ouvrez ça de façon très large. Et nous, on a fait : Un instant! Parce
qu'on a nationalisé Hydro-Québec avec les
objectifs très clairs d'assurer qu'on a une société d'État très forte et
surtout de s'assurer que le coût, partout au Québec, soit le même et non pas
comme à une certaine époque où est-ce que les gens de Rivière-du-Loup payaient trois fois plus cher que les gens de Montréal.
Mme Lapointe
(Marie) : Exactement.
Mme Rizqy : Parfait.
Donc...
Mme Lapointe
(Marie) : Puis ce n'est pas ça qu'on veut.
Mme Rizqy : Parfait.
On aurait dû vous inviter avant, vous. Bon, alors, on continue. Recommandation n° 2 : «Développer une stratégie manufacturière
d'approvisionnement durable et compétitive.» Dans le projet de loi,
présentement, il n'est pas mention d'un pourcentage qui pourrait être local,
qui pourrait être québécois. Dans les anciens
appels d'offres, jusqu'à tout récemment, jusqu'en 2022, il y avait quand même
un pourcentage qui devait être québécois,
et même, on allait le préciser plus loin, on disait : 50 % québécois,
mais 35 % régional. Est-ce que ça, c'est quelque chose que vous pensez que le groupe que vous représentez
aimerait quand même, sans parler de pourcentage, mais d'avoir au moins
une... un pourcentage québécois, sans le dire...
Mme Lapointe
(Marie) : Il y a déjà un pourcentage québécois, hein, il existe.
Mme Rizqy : Oui,
mais là, dans le...
Mme Lapointe
(Marie) : Il y a déjà un pourcentage. En fait, dans l'expérience qu'on
a eue, on évite de mettre un pourcentage,
parce qu'il faut que l'entreprise soit compétitive avant tout. Donc, il faut
qu'elle présente dans son plan d'affaires une façon de se robotiser, ou
d'augmenter ses capacités, ou d'aller chercher des compétences, ou d'amener des
nouveaux procédés pour être compétitive. C'est ça, la notion qu'on a fait
développer avec PASQÉ, qui est une initiative d'approvisionnement stratégique
pour l'industrie...
Mme Rizqy : Ah! j'ai peut-être mal
formulé ma question.
Mme Lapointe
(Marie) : Allez-y.
Mme Rizqy : Au niveau, par exemple,
des appels d'offres d'Hydro-Québec, lorsqu'on va de l'avant, par exemple, avec des éoliennes ou peu importe, là,
là, à ce moment-là, est-ce qu'il doit y avoir... devons-nous nous assurer
que notre manufacturier québécois fasse partie de l'équation?
Mme Lapointe (Marie) : Oui.
Mme Rizqy : Oui...
Mme
Lapointe (Marie) : Définitivement. Et, si vous vous rappelez bien, ça
faisait partie du plan d'Hydro-Québec aussi d'encourager la richesse
collective quand ça faisait du sens.
Mme Rizqy : Oui, mais là, ça, vous
l'avez conjugué au passé puis vous faites bien parce que ça s'est arrêté en
2022, là, au niveau des nouveaux appels d'offres qui avaient été retirés. C'est
un article du Journal de Montréal qui en faisait mention, que, jusqu'en
2022, dans les appels d'offres d'Hydro-Québec, c'était marqué
textuellement : «50 % québécois»
et même «35 % régional», dans la mesure du possible, évidemment. Mais là,
après ça, les nouveaux appels
d'offres, on a complètement retiré le pourcentage québécois. Mais je pense que
vous nous confirmez qu'on est capable de fournir, là, en matière de manufacturier.
Mme Lapointe (Marie) : Plus,
beaucoup plus que ce qu'on fait présentement.
Mme Rizqy : Beaucoup plus? Ah oui?
Mme
Lapointe (Marie) : Bien, il y a de la... il y a de la place pour
enrichir le Québec, avec des manufacturiers de classe mondiale...
Mme Rizqy : Vous savez que vous êtes
une excellente ambassadrice du Québec, hein, vous?
Mme Lapointe (Marie) : ...de classe
mondiale.
Mme
Rizqy : Bien, en arrière de vous, il y a... vous avez un
fan-club, hein? Vous, vous ne le voyez pas, mais nous, on le voit.
Une voix : ...
Mme Rizqy : Hein?
Une voix : ...
Mme Lapointe (Marie) : Ça nous prend
des fournisseurs de classe mondiale. On en a déjà.
Mme Rizqy : Non, mais moi...
Mme Lapointe (Marie) : Ils exportent
déjà partout à travers la planète.
Mme
Rizqy : Ici, recommandation... Il me reste combien de
temps? Recommandation n° 4 : «Faire contribuer l'industrie
électrique à la vigie des meilleures pratiques mondiales.» Tantôt, vous avez
fait mention. Donc, vous, idéalement, ce
serait, oui, Hydro-Québec, on peut penser... Parce que, vous savez, en région,
on a beaucoup nos cégeps qui sont directement en lien avec...
Mme Lapointe (Marie) : Les CCTT. Ah
oui! Bien oui!
Mme Rizqy : Oui, puis ils sont bons,
vous le savez.
Mme Lapointe (Marie) : Ils sont
bons.
Mme Rizqy : Oui.
Mme Lapointe (Marie) : On l'a, la
recette. Ça, ça marche, oui.
Mme Rizqy : Alors, vous, au fond,
dans l'équation, c'est... la vigie, c'est vraiment de s'assurer d'avoir aussi les gens de l'industrie, mais aussi de nos
secteurs de recherche qui existent. Et cette vigie-là, vous, vous la voudrez en
continu, avec des rapports qui seraient déposés à chaque combien de
temps? Pouvez-vous juste, peut-être, nous...
Mme Lapointe
(Marie) : En réalité, ce qui est important, c'est que ce soit sur une
base régulière, de passer d'un mode d'innovation fermé à un mode d'innovation
ouvert. On sait qu'on a déjà un... Hydro-Québec a un centre de recherche. On pense que l'industrie électrique
devrait participer à l'innovation au Québec. Ils savent déjà qu'est-ce qui se
passe ailleurs. Il y a des choses qu'on peut faire plus rapidement, on peut
être plus efficace, puis ça va bénéficier à tous les Québécois.
Mme
Rizqy : Bon, là, excusez-moi de vous poser la question,
là : Est-ce que vous avez un colloque prochainement?
Mme Lapointe (Marie) : Oui.
Mme Rizqy : Bon, c'est quand, là?
Mme
Lapointe (Marie) : C'est le 16 octobre. D'ailleurs, on avait
invité M. Fitzgibbon et on invite Mme Fréchette. Ça va être le
16 octobre au Paddock.
Mme Rizqy : Là, je suis un petit
peu... je suis un peu...
Mme Lapointe (Marie) : J'espère
que...
Mme Rizqy : Vous ne m'invitez pas?
Mme Lapointe (Marie) : On va vous
inviter aussi.
Mme Rizqy : Ah! Vous allez
m'inviter? Parce que je n'ai pas reçu l'invitation, moi, là.
Mme Lapointe (Marie) : Vous allez...
On le...
Mme Rizqy : Merci,
Mme Lapointe.
Mme Lapointe (Marie) : Je vous
remercie.
Mme Rizqy : Vous avez dit
16 octobre?
Mme Lapointe (Marie) : 16 octobre,
au Paddock.
Mme Rizqy : Parfait. Non, mais je
trouve ça intéressant parce qu'effectivement...
Mme Lapointe (Marie) : Sur la
transition énergétique, justement.
Mme
Rizqy : En plus! Bon, dites-moi — on
continue parce que, moi, mon temps file — la
recommandation n° 5, s'il nous manque des ressources, vous avez
dit : Allez les chercher. Vous, présentement, quand vous écoutez le
monde... Parce que vous avez dit : S'il nous en manque, allons en
chercher. Est-ce que les gens vous disent qu'est-ce qui nous manque, présentement, qu'est-ce qu'on peut faire de mieux pour
aider puis appuyer nos manufacturiers québécois?
Mme Lapointe (Marie) : Ils ont
besoin d'aide pour accélérer les investissements. Donc, un programme comme PASQÉ, par exemple, donnait des subventions
puis aidait une portion de leurs plans d'affaires pour qu'ils puissent doubler
leur capacité, augmenter leur capacité, sur la Côte-Nord, en Abitibi, au
Saguenay, dans le Bas-Saint-Laurent, dans toutes les régions du Québec. On a
aidé déjà 13 entreprises avec un programme que le MEIE nous a offert, de
3,75 millions, il y a 13 entreprises qui ont bénéficié de ça puis qui
vont accélérer leurs projets. À quoi ça sert? C'est pour faire plus de
sectionneurs, plus de disjoncteurs, plus de câbles électriques, des pylônes, toutes
des usines pour fournir des turbines, des
portions d'usines. Donc, c'est à ça que ça sert, c'est pour alimenter puis
amener de la robustesse à toute la chaîne de valeur. Parce que depuis la
pandémie, depuis 2020, les délais ont augmenté. Si on veut être capables de
répondre à temps, il faut qu'on sécurise notre approvisionnement.
Mme
Rizqy : Puis donc, au fond, les aider là-dedans. Ils ont
une capacité et une volonté. Manifestement, la volonté, on la sent, là.
Donc, ce serait au niveau...
• (15 h 40) •
Mme Lapointe (Marie) : Pour nous
aider, ce serait d'autoriser PASQÉ 2.0. Puis on a assez de projets au
Québec pour faire trois autres, quatre autres PASQÉ point zéro pour aider les
entreprises.
Mme Rizqy : OK. Puis est-ce qu'il y
a des entreprises chez vous qui ont demandé... — mais non, vous ne
pouvez pas me répondre, là, sans nommer d'entreprises, bien évidemment, parce
qu'on sait que c'est très important de ne
jamais nommer des entreprises — qui
ont peut-être besoin de blocs d'énergie ou de mégawatts pour continuer leur
décarbonation?
Mme
Lapointe (Marie) : Nous, on travaille surtout avec les fournisseurs.
Mme Rizqy : Avec
les fournisseurs.
Mme Lapointe
(Marie) : OK? Par contre, oui, votre point est bon, il y en a qui ont
besoin de mégawatts, puis à ce moment-là c'est plus au niveau des biocarburants
puis de l'hydrogène.
Mme Rizqy : L'homme
derrière vous?
Mme Lapointe
(Marie) : Voilà.
Mme Rizqy : D'accord.
Parfait. Bien, un gros merci. Il me reste juste neuf secondes. Je vous dis
sincèrement un immense merci d'avoir participé à nos travaux, grandement
apprécié. Je vous dis au 16 octobre.
Mme Lapointe
(Marie) : Merci beaucoup. Vous êtes la bienvenue.
Le Président (M.
Montigny) : Merci beaucoup. Alors, maintenant, je cède maintenant la
parole au député de Maurice-Richard. Vous disposez de
3 min 28 s, M. le député.
M. Bouazzi : Merci, M. le Président. Merci beaucoup d'être ici.
C'était fort intéressant et puis, effectivement, énergie... énergétique,
très approprié pour cette heure de rencontre. Bien, moi, je reviendrai sur ce
que vous avez dit tout à l'heure sur les besoins qu'en fait on ne connaît pas.
Vous avez cité, effectivement, les travaux de la chaire HEC qui parlait d'un 60 térawatts plus un 21 térawatts
d'économie. Est-ce que vous pensez qu'on aurait gagné, en fait, à déjà
avoir évalué les besoins pour ensuite ouvrir toutes les modifications
législatives?
Mme Lapointe
(Marie) : Écoutez, c'est une question un petit peu rhétorique.
L'ingénieure que je suis va être un peu plus pragmatique. Je pense qu'il
fallait commencer quelque part. Hydro-Québec a des demandes. Puis les calculs
ont été faits à partir de notre consommation de pétrole, de mazout, de gaz
naturel, de kérosène, et ils ont fait des évaluations sur les besoins, selon
les...
M. Bouazzi : Vous
avez vu les calculs, vous?
Mme Lapointe
(Marie) : Non, sauf qu'il y a des... il y a des règles de trois à
faire.
M. Bouazzi : Ah!
Parce qu'en tout respect... en tout respect, il y a... ni vous ni moi n'avons
vu les calculs. Peut-être que la ministre a eu les calculs, mais...
Mme Lapointe
(Marie) : Vous avez tout à fait raison, vous avez tout à fait raison.
Ce serait présomptueux de ma part de vous dire que je les ai vus. Toutefois, ce
qu'on a vu, dans les dernières années, c'était où étaient les sources de
demandes. Ça, on l'a vu. On a vu qu'il y avait des besoins pour
l'électrification des véhicules puis que ça correspondait à beaucoup de
térawattheures, comme l'a dit M. Sabia hier. On a vu aussi qu'il y avait
des créneaux émergents. On a vu qu'il y avait des créneaux pour décarboner des
sections qui sont très difficiles à électrifier, qui demandent des
biocarburants et de... ou de l'hydrogène.
Par exemple, M. le
Président de l'Assemblée, vous avez un beau projet, à Baie-Comeau, d'ammoniac,
hein? On sait que c'est 3 % de gaz à
effet de serre dans le monde, l'ammoniac, ça va décarboner les engrais, ça va
décarboner aussi toute notre
maritime, dans le futur, pour le transport maritime, ça fait que c'est
stratégique. Donc, c'est des exemples comme ça.
Donc, il y a une...
il y a eu une évaluation des besoins qui a été faite. Notre point n'était pas
que cette évaluation-là n'est pas bonne,
était qu'il va falloir la partager avec les communautés, avec les députés, avec
la population.
M. Bouazzi : Ce
serait bien. Effectivement, l'ingénieur que je suis vous avoue qu'il préfère
avoir un plan avant de voir des changements.
Et je vous avouerais, même, c'est la première fois que je vois des choses aussi
faramineuses que 180 milliards de dollars d'investissement,
sans plan, et même une ouverture, dans ce projet de loi, de la vente du privé
au privé. Est-ce que vous avez un avis là-dessus, par exemple?
Mme Lapointe
(Marie) : Non, je n'ai pas d'avis.
M. Bouazzi : OK.
On a vu aussi... Vous parlez beaucoup de décarbonation, etc. Sur les derniers
mois, il y a eu toutes sortes d'investissement de nos mégawatts dans des
multinationales étrangères. Nous, on a fait une demande d'accès à l'information
pour comprendre si la filière batterie participait à la baisse de CO2
au Québec, et la réponse a été : Nous n'avons aucun document dans le
ministère de l'Économie, pas un seul, qui associe des baisses de CO2
ou même une étude de baisse de CO2. Est-ce que vous, vous avez une
idée d'à quoi ça contribuerait, en baisse de CO2, tout ce qui a été
fait sur les 18 derniers mois?
Le
Président (M. Montigny) : Malheureusement, il ne reste plus de temps
pour la réponse, et je dois passer maintenant la parole au député de Jean-Talon
pour une période de 2 min 38 s. Merci.
M. Paradis : Merci. Je vois dans les listes des membres de
votre association qu'il y a le ministère de l'Économie, de l'Innovation
et de l'Énergie.
Mme Lapointe
(Marie) : ...pas membres, mais ils sont...
M. Paradis : Non?
Mais ils sont dans votre liste de membres.
Mme Lapointe (Marie) : Ils sont dans notre liste
parce qu'on a des ententes avec eux. Et souvent ils vont venir comme
observateurs, puis on les invite pour venir à nos événements.
M. Paradis : Très bien. Je vois aussi que vous avez deux membres
d'Hydro-Québec à votre conseil d'administration. C'est bien le cas?
Mme Lapointe
(Marie) : C'est exact. C'est exact.
M. Paradis : Vous
avez aussi un membre d'Hitachi dans votre conseil d'administration.
Mme Lapointe
(Marie) : Hitachi, Siemens, tous les grands manufacturiers
sont là. Schneider, ABB, GE, ANDRITZ...
M. Paradis :
Très bien...
Mme Lapointe
(Marie) : Tous les grands leaders du monde... Voith.
M. Paradis : Donc,
vous avez deux membres d'Hydro-Québec à votre conseil d'administration puis
vous avez des ententes avec le ministère. Est-ce que vous avez eu des
discussions aux fins de la préparation de votre mémoire et votre témoignage
aujourd'hui?
Mme Lapointe
(Marie) : Avec nos membres?
M. Paradis : Avec
soit le ministère ou soit les membres de votre conseil d'administration
d'Hydro-Québec.
Mme Lapointe (Marie) : Avec les membres de notre
conseil d'administration, évidemment, on leur a partagé hier, puis il y a...
avec notre comité de gouvernance aussi, on a partagé les recommandations qu'on
vous envoie, qu'on a partagées avec vous.
M. Paradis : Est-ce
qu'ils ont été consultés aux fins de la formulation des recommandations que
vous nous faites aujourd'hui?
Mme Lapointe (Marie) : Aujourd'hui, oui, elles
ont été... Mais on n'a pas tenu de consultation, je m'excuse. L'an
passé, on a tenu une consultation avant le projet de loi. L'an passé, le projet
de loi n'était pas...
Des voix :
...
Mme Lapointe (Marie) : Excusez-moi.
L'an passé, le projet de loi n'était pas fait, on a tenu une consultation
avec tous nos membres. Mais là on n'a pas tenu de consultation.
M. Paradis : Et
vous, est-ce que vous avez été consultés aux fins de la préparation du projet
de loi n° 69?
Mme Lapointe
(Marie) : Non.
M. Paradis : Non? Très bien. Vous parlez, dans votre
recommandation n° 7, d'autoproduction.Puis c'est quoi, votre
définition à vous de l'autoproduction?
Mme Lapointe
(Marie) : Ça veut dire que c'est un privé, soit un commerce ou soit
une entreprise, soit une entreprise chimique, soit une entreprise qui se met un
panneau solaire, se met une batterie, se met un éolien.
M. Paradis : Et
qui...
Mme Lapointe
(Marie) : Autoproduit une portion de ses besoins.
M. Paradis : Pour lui-même?
Mme Lapointe
(Marie) : Oui. Par exemple la SÉPAQ, par exemple, un producteur de
ciment, par exemple, un producteur qui va... d'un centre d'achat.
M. Paradis : Est-ce que ça... Est-ce
que ça comprend, pour vous, la revente à d'autres acteurs privés?
Mme Lapointe (Marie) : Non, non.
M. Paradis : Jamais?
Mme Lapointe (Marie) : Non.
M. Paradis : Est-ce que ça compte...
est-ce que l'autoproduction, c'est nécessairement, donc, la production avec une
facilité adjacente, selon vous?
Mme Lapointe (Marie) : Non.
M. Paradis : Ça peut être à
distance?
Mme Lapointe (Marie) : Ce n'est pas
adjacent. Le principe est de stocker pour économiser de l'énergie.
Le Président (M. Montigny) : En
conclusion...
Mme Lapointe (Marie) : Puis ce que
je vous disais, c'est le donner... le redonner...
M. Paradis : Sur le site même?
Mme Lapointe (Marie) : Non, c'est de
redonner à la société d'État, à la société d'État.
Le Président (M. Montigny) : Le
temps est maintenant écoulé. Je suis désolé, le temps est maintenant écoulé. Je
vous remercie beaucoup pour votre contribution aux travaux de la commission.
Je suspends les travaux quelques instants afin
de permettre au prochain intervenant de prendre place. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 15 h 48)
(Reprise à 15 h 52)
Le Président (M. Montigny) : Alors,
bienvenue. Nous sommes de retour, maintenant, pour les travaux de la
commission.
Je souhaite maintenant la bienvenue aux
représentants du Regroupement national des conseils régionaux de l'environnement du Québec. Je vous rappelle que vous disposez de
10 minutes pour votre exposé, puis nous procéderons par la suite à
une période d'échange avec les membres de la commission. Je vous invite donc à
vous présenter et à commencer votre exposé. Vous avez 10 minutes. Merci
beaucoup.
Regroupement national
des conseils régionaux de
l'environnement du Québec (RNCREQ)
M. Turgeon (Alexandre) : Merci, M.
le Président. Mme la ministre, Mmes, MM. les députés, je m'appelle Alexandre
Turgeon, je suis directeur du Conseil régional de l'environnement de la région
de la Capitale-Nationale. Je suis un des
17 CRE membres du Regroupement des conseils régionaux de l'environnement.
Je suis accompagné du directeur général du regroupement, M. Martin
Vaillancourt, et M. Philip Raphals, directeur général du Centre Hélios,
avec qui le regroupement collabore depuis plus de 25 ans, à titre
d'analyste expert sur les dossiers sur lesquels nous intervenons, notamment, à
la Régie de l'énergie.
On vous remercie de nous donner l'occasion de
prendre la parole aujourd'hui sur un sujet qui est au coeur de nos préoccupations
collectives, le projet de loi n° 69 et la mise en
place d'un plan de gestion intégrée des ressources énergétiques, PGIRE. Ce
projet représente une avancée significative pour la planification énergétique
du Québec, mais il soulève aussi des questions
importantes sur la transparence, la participation et la cohérence des
politiques publiques en matière de transition vers une société
décarbonée.
Nous tenons tout d'abord à saluer l'initiative
du gouvernement en proposant ce plan. Depuis des années, le Regroupement national des conseils régionaux
d'environnement du Québec préconise la mise en place d'une gestion plus
intégrée et plus durable de nos ressources énergétiques. Par nos interventions
à la Régie de l'énergie ou lors de consultations publiques touchant les enjeux
de transport ou de production, le regroupement des CRE et ses conseils régionaux de l'environnement sont des acteurs qui
s'impliquent sur ces dossiers. Entre 2005 et 2020, les conseils régionaux
de l'environnement ont
animé les territoires sur les enjeux de transition énergétique en déployant la
démarche Par notre propre énergie,
qui visait à sensibiliser les acteurs territoriaux à notre dépendance
collective vis-à-vis les énergies fossiles.
Le PGIRE, tel que proposé dans le projet de loi n° 69, est une réponse, en partie, à nos recommandations.
Il constitue un pas dans la bonne direction pour mettre en oeuvre la transition
énergétique, notamment en prévoyant une place importante à l'efficacité
énergétique dans l'atteinte des cibles de décarbonation. Nous rappelons que le
Québec consomme beaucoup plus d'énergie par habitant que des pays comme la
Suède et l'Allemagne, malgré un PIB inférieur. Pour atteindre ses objectifs de
transition énergétique, le Québec doit améliorer sa sobriété et son efficacité
énergétiques. Le potentiel d'efficacité... d'efficacité reste sous-exploité, et
des mesures comme la réduction de la consommation énergétique doivent précéder
l'électrification.
Le regroupement des CRE souligne l'importance
d'incitatifs gouvernementaux pour accélérer ce processus et recommande d'intégrer les principes de sobriété et
d'économie circulaire dans les politiques énergétiques. Et je passe,
pour la suite, la parole à Martin.
M.
Vaillancourt (Martin) : La première préoccupation, là, qu'on souhaite
soulever, là, concerne la transparence dans
le processus d'élaboration du PGIRE. Actuellement, le projet de loi donne
beaucoup de pouvoirs et de latitude, là, à vous, Mme la ministre, et on
croit, comme d'autres intervenants, qu'il doit y avoir une plus grande
participation de la société civile et des experts à cette élaboration-là et
qu'il y a des moments qui pourraient être privilégiés pour les uns et pour les autres, là, de façon à avoir un PGIRE
le plus robuste possible et qui fasse surtout consensus, là, dans sa mise en
oeuvre. Donc, le projet de loi n° 69 devrait rendre
plus explicites les gens qui seront consultés, là, dans le cadre des
consultations publiques, là, qui sont déjà prévues.
Le PGIRE doit aussi s'arrimer aux politiques environnementales
existantes, bien sûr. Actuellement, le PGIRE fait directement référence à la
politique-cadre sur les changements climatiques, mais il devrait également
faire face... faire référence à d'autres politiques ou d'autres plans
gouvernementaux, là, notamment le Plan nature qui est à venir. Les enjeux qu'on a vis-à-vis nos écosystèmes et le maintien
de la biodiversité, là... On ne peut pas nous demander de transformer la manière de produire de
l'énergie, au Québec, au détriment de l'environnement, là, sans faire attention
à... sans prendre en considération ces éléments-là.
Un autre élément. Il y a une mention indirecte
que le PGIRE s'intéresse à toute forme d'énergie ou à toutes les énergies
distribuées. Par contre, il y a très peu d'éléments qui encadrent l'utilisation
des carburants dans le PGIRE qui est
proposé. On comprend bien que le but du PGIRE, c'est de sortir les carburants
de notre mix énergétique. Il faudrait donc, à notre avis, qu'il y ait
des objectifs chiffrés à atteindre, en cours de PGIRE, pour dire dans quelle
proportion ces carburants-là, là, vont être sortis de notre mix énergétique.
Lors des consultations, le groupe qui nous
précédait a mentionné, là, l'importance, là, d'aller à la rencontre des
régions. Nous, on va encore plus loin, on pense que les régions ont une
collaboration à offrir, en termes de planification intégrée des ressources
énergétiques. Et vous le savez, les MRC débutent actuellement des plans climat.
En Europe, on est rendu maintenant à faire des plans climat énergie, et qualité
de l'air, et territoire, là. Donc, le lien entre le climat et l'énergie est
très apparent, dans ces plans-là, et ça permet d'évaluer, dans chacune des
régions, quels sont les besoins, quelles sont les possibilités en termes
d'efficacité énergétique, mais... et de quelle manière ces mêmes régions-là pourraient contribuer à une
production additionnelle éventuelle. Il y a des régions au Québec qui ont
déjà entrepris ces réflexions-là, on pense
au Bas-Saint-Laurent, là, qui s'est donné une cible d'autosuffisance
énergétique. Et notre mémoire souligne, là, une démarche qu'un de nos
membres, là, le CRE de l'Outaouais, là, a développée, là, pour son territoire.
Le projet de loi aborde aussi tout ce qui touche
la Régie de l'énergie, et, pour cet élément-là, je vais donner la parole à
M. Philip Raphals et je reviendrai, là, dans les échanges par la suite,
pour amener certaines précisions.
M. Raphals
(Philip) : Bonjour, M. le Président, Mme la ministre, Mmes,
MM. les députés. Merci beaucoup de me recevoir aujourd'hui.
Notre mémoire est dense, et je l'admets, et vous
n'avez pas eu beaucoup de temps de le regarder. Alors, j'aimerais vous
présenter certains éléments parmi les plus importants. Je commence avec un bref
regard historique.
En 1996, après un vaste débat public,
l'Assemblée nationale adopte la loi n° 50 qui crée la
Régie de l'énergie avec le mandat, entre autres, de réglementer Hydro-Québec
dans son entièreté. Toutefois, ces compétences n'ont jamais pu être exercées,
surtout en raison de l'opposition d'Hydro-Québec à la réglementation de sa
production.
En 2000, malgré beaucoup d'opposition, le
gouvernement Bouchard adopte la loi n° 116 qui change
toute la structure. Il crée un régime dit de séparation fonctionnelle où les
trois fonctions principales d'Hydro-Québec, la production, transport et
distribution, sont séparées en trois divisions, avec un traitement
réglementaire différent pour chacun :
transport et distribution réglementés par la Régie, production non réglementée.
Cette approche devait donner à Hydro-Québec les coudées libres pour
vendre dans les marchés américains et pour construire afin de... pour produire
des dividendes pour son actionnaire.
Cet objectif a été, dans une grande mesure,
réalisé dans les derniers 20 ans. Toutefois, en 2024, l'avenir a une allure très différente. Le vaste chantier de
construction envisagé est destiné aux besoins du Québec, pas des Américains,
et, dans ce contexte, la séparation fonctionnelle n'a plus de pertinence. En
effet, Hydro a même rejeté la séparation fonctionnelle avec sa réforme Une
Hydro. Sur l'organigramme, il n'y a aucune trace des divisions de production,
de transport et distribution.
À son
honneur, le projet de projet de loi fait un pas important de reconnaître ce
changement fondamental avec la mise
en place du PGIRE qui inclut spécifiquement la production d'électricité.
Toutefois, à notre avis, il ne va pas assez loin.
Il laisse la séparation fonctionnelle intouchée, dans la loi sur la régie, ce
qui crée une incohérence importante, expliquée en détail dans le mémoire.
Maintenant,
sur le PGIRE. C'est effectivement un très grand pas vers l'avant, mais nous
avons deux préoccupations importantes. Le projet de loi est muet par
rapport au processus d'élaboration du PGIRE. Avant d'établir un plan énergétique pour six ans, il y a une quantité
énorme d'information qui doit être analysée et intégrée. Dans le mémoire,
nous proposons quatre étapes.
Un, établir les
prévisions des demandes pour chaque type d'énergie, avec plusieurs scénarios.
Deux,
définir la courbe d'offre, combien d'énergie de chaque type peut réellement
être obtenue et à quel prix. C'est un intrant essentiel et compliqué où
on risque d'avoir des opinions divergentes.
Et, numéro trois,
développer des scénarios de ressources en fonction des différents scénarios de
la demande. C'est une étape essentielle qui, encore, requiert beaucoup
d'analyse et de jugement.
Nous recommandons que
ces trois étapes préalables soient confiées, dans la loi, à la Régie de
l'énergie. Elle est sans doute l'institution appropriée pour les faire, tant
pour sa capacité d'analyse que pour sa structure qui permet d'entendre les
autres voix.
Ensuite,
finalement, il y a la consultation publique. Ça peut être fait par le BAPE ou
par une commission ad hoc, mais c'est une étape essentielle.
Ayant en main toutes
ces options développées par la régie et les fruits de la consultation publique,
ce sera au ministre de faire les grands choix pour établir le plan. Et avec
toutes ces étapes préalables faites de façon rigoureuse et transparente, on
peut avoir confiance que le plan soit aux mesures des besoins énormes, qui doit
être répondre non seulement maintenant, mais encore en six ans, en 12 ans, et
ainsi de suite.
• (16 heures) •
Toutefois, malgré
tout ça, il peut y avoir des surprises. Six ans est long, et un plan parfait
établi en 2019 n'aurait pas beaucoup d'utilité aujourd'hui. C'est pour ça, je
crois, qu'il y a des ajustements nécessaires dans les modifications dans... dans le projet de loi à l'égard de l'article 22
de la Loi sur Hydro-Québec et l'article 5 de la loi sur la Régie,
afin de donner la flexibilité requise pour faire face aux... aux situations
changeantes.
Le Président (M.
Montigny) : En conclusion. Il ne reste que 15 secondes.
M. Raphals (Philip) : L'efficacité est aussi
très importante et est traitée dans le mémoire. Et on va probablement en
parler pendant les échanges. Merci beaucoup pour votre écoute.
Le Président (M.
Montigny) : Merci beaucoup. Alors, je vous remercie pour votre exposé.
Nous allons maintenant commencer la période d'échange. Mme la ministre, vous
avez la parole et vous disposez de 16 min 30 s.
Mme
Fréchette : Merci beaucoup, M. le Président. Alors, merci beaucoup à
vous trois, messieurs. Très intéressant de vous entendre. Le Regroupement
national des conseils régionaux de l'environnement a vraiment une belle expertise pour contribuer à ces échanges
qu'on tient ces jours-ci. Je me réjouis que vous saluiez le PGIRE, en fait,
comme outil. Je pense que ça va être quelque chose qui va nous donner une
feuille de route qui va nous guider pour la
phase de transition énergétique qui doit interpeller l'ensemble des acteurs qui
ont tous un rôle à jouer, différentes mesures.
Mais je suis
intéressée par votre proposition à l'effet que vous souhaitiez qu'il y ait une
collaboration avec soit des collectivités ou des territoires de manière à les
engager dans la mouvance. Parce que c'est sûr que ce sont les gens, aussi, sur
le terrain, hein, qui devront prendre action. Donc, pour contribuer aussi à
l'acceptabilité sociale, je pense que les
parties prenantes ont un rôle à jouer quant à l'identification des différentes
mesures qu'on devra adopter. Alors,
je me... j'aimerais ça vous entendre sur comment vous verriez, justement, qu'on
fasse participer les collectivités, parce que ça reste que c'est
complexe, et est-ce que... si, par exemple, on y allait par région, est-ce que
les gens sont outillés déjà pour mener un tel exercice d'avoir des plans
régionaux ou des plans par collectivité? Donc, voilà, je voulais vous entendre
là-dessus.
M. Vaillancourt
(Martin) : Oui, merci pour cette intéressante question. Il y a une
capacité de concertation dans les régions du
Québec. Les gens sont habitués de se parler et réfléchir ensemble dans le
respect, là, des contraintes et des connaissances qu'ils possèdent déjà
sur le territoire, mais il y a également de bons efforts à faire en termes de
littératie énergétique pour qu'on ait un langage commun autour de ce qu'on
cherche à entreprendre.
Au Québec,
historiquement, on a travaillé beaucoup sur les saines habitudes de vie.
Aujourd'hui, ça devient assez normal de voir des gens qui joggent, des gens qui
courent, des gens qui cherchent à avoir une meilleure alimentation. Dans un
monde idéal, on serait capables d'avoir le même réflexe quand on pense à de
l'efficacité énergétique. Il faut que ça devienne aussi naturel que ça. De
cette manière-là, on va véritablement être capables d'atteindre la transition
énergétique si, dans nos choix personnels et collectifs, on fait toujours... on
fait toujours des choix en se posant la question : Est-ce le meilleur
choix, en termes énergétiques, aussi bien lors de la conception, la construction d'un bâtiment que dans l'usage de
l'énergie de façon générale, mais on n'en est pas là, malheureusement.
Donc, il faut
continuer à travailler ces éléments-là de communication. Il faut aussi faire
une analyse de ce qu'on fait dans les territoires. Historiquement, Hydro-Québec
a de la facilité à rejoindre sa clientèle commerciale, institutionnelle lorsqu'elle met en place des programmes en efficacité
énergétique. Par contre, la clientèle résidentielle est un peu... En tout cas, le taux de pénétration
des programmes, si je peux m'exprimer ainsi, est moins bon. Donc, il faut trouver
des partenaires qui sont en mesure d'intéresser... et les municipalités sont,
par nature, de bons ambassadeurs auprès de leur population pour les projets en
efficacité énergétique.
Donc,
les acteurs municipaux sont des parties prenantes importantes dans une
réflexion sur qu'est-ce qu'on peut faire sur les territoires en matière
d'efficacité énergétique. Ils sont aussi des gens qui devront porter et
défendre parfois les projets de production.
Donc, on n'a pas les mêmes potentiels partout au Québec; de les identifier va
favoriser, par la suite, l'acceptabilité sociale.
Mme Fréchette :
Comment vous verriez justement qu'on puisse développer, susciter cette
acceptabilité sociale? Parce que, souvent, c'est vu comme étant intrusif, là,
les changements que l'on propose. On vient changer le comportement des gens. On
vient changer les habitudes. Ça confronte, les gens questionnent. Donc, comment
est-ce que vous voyez qu'on puisse justement
amener une acceptabilité sociale plus grande? Est-ce que c'est via la participation
des communautés ou il y a des méthodes que vous mettriez de l'avant pour
faciliter ça?
M. Vaillancourt
(Martin) : La discussion est importante. Partout, de demander aux
acteurs régionaux de définir un plan ou une
planification pour leur territoire, ça aide énormément cette discussion
publique là. Il existe aussi des méthodes de communication grand public
pour rejoindre les citoyens directement, là, mais c'est un assemblage de toutes ces approches-là, mais, chose certaine,
de faire l'économie de discussions en région dans le cadre du PGIRE n'aidera pas à mettre en oeuvre le PGIRE par la
suite. Donc, il faut trouver une façon, dans le cadre de son élaboration,
de faire contribuer les régions à sa réalisation.
Mme Fréchette : Je vois également que vous parlez de l'importance particulière des
rejets de chaleur. Est-ce que vous pourriez élaborer davantage sur cette
question-là?
M. Vaillancourt
(Martin) : Oui, bien sûr, dans une société décarbonée, on voit
beaucoup une très grande place pour
l'électricité ou l'usage de l'électricité. Par contre, il y a un usage qui est
encore ingrat. C'est-à-dire, d'utiliser l'électricité à des fins de
chauffage, c'est un peu l'utilisation la moins noble qui existe...
Mme
Fréchette : La moins efficace, oui.
M. Vaillancourt
(Martin) : ...surtout quand c'est des plinthes électriques, de manière
très traditionnelle, là, qui sont, en fait, des engins peu efficaces. L'idée,
c'est de maximiser tout le potentiel de rejets thermiques qui existe déjà,
donc, que ce soit de la chaleur latente ou de la cogénération, là, de
différentes entreprises qui peuvent être situées à proximité de demandeurs de
chaleur, donc, qu'on puisse, au Québec, déployer davantage de réseaux... de
réseaux de chaleur qui exploitent ces potentiels-là, et on n'est pas à la case
départ dans ce domaine-là. Il y a... On est... L'inventaire de ces
potentiels-là existe déjà. Il y a des cartes interactives qui sont fournies par
le ministère de l'Environnement, notamment. Donc, on connaît le potentiel de
chaleur résiduelle. On connaît même là où sont situés les demandeurs. Il s'agit
maintenant de trouver une façon de rendre plus facile l'action des
distributeurs énergétiques pour qu'ils puissent combiner dans leur offre à la
fois l'usage de ces chaleurs résiduelles là... de manière à ne pas proposer du
gaz ou de l'électricité pour chauffer un centre-ville ou un nouveau quartier,
mais qu'on puisse utiliser une chaleur qui est déjà produite à d'autres fins.
Mme
Fréchette : Au niveau des nouvelles constructions, est-ce que vous trouvez
qu'on est quand même assez bien positionnés
ou il y a un coup de barre à donner de ce côté-là en matière d'efficacité
énergétique des bâtiments?
M. Vaillancourt
(Martin) : Je vais la laisser à mon collègue Alexandre...
M. Turgeon
(Alexandre) : Bien, je vous répondrais par une question : Est-ce
que vous trouvez normal que des pays qui ont un climat beaucoup plus clément,
là, je pense à la France, l'Allemagne ou d'autres pays européens, aient des normes d'efficacité énergétique de leurs
bâtiments qui sont plus exigeantes et plus rigoureuses que les nôtres depuis
plus de 20 ans? Alors, pour nous, non, nos normes ne sont pas suffisamment
exigeantes. C'est nous qui avons les... qui connaissons les moins 25, moins 30,
et pourtant nos normes nous permettent encore de concevoir des bâtiments qui vont difficilement atteindre une
carboneutralité malgré leur... l'amélioration de leur processus de chauffage.
Il faut qu'on resserre la vis et qu'on mette
en place des nouvelles réglementations dans les bâtiments. On a une section
dans notre mémoire, d'ailleurs, qui adresse cette question-là.
Mme
Fréchette : Merci. Je vais laisser la parole à mes collègues pour la
suite. Merci beaucoup.
Le Président (M.
Montigny) : Merci. Maintenant, je vais laisser la parole au député de
Rouyn-Noranda—Témiscamingue.
Il vous reste 8 min 48 s.
• (16 h 10) •
M. Bernard : Merci,
M. le Président. Je vais revenir à la suite de qu'est-ce que la ministre vient
de parler avec vous, puis il y avait votre... la page 8 de votre mémoire
et autres... Je vais vous amener sur un terme. Vous avez beaucoup parlé du territoire, mais en fonction de
production d'énergie. Il y a un sujet, moi, qui m'interpelle beaucoup en
région, c'est la carboneutralité. On voit beaucoup, ces temps-ci, des
entreprises qui veulent être carboneutres. Donc, l'approche qu'elles font, c'est de faire de la plantation d'arbres sur
des territoires privés, et, entre autres, je regarde chez nous, en région, les
terres en friche, puis, dans votre mémoire, vous parlez, entre autres,
justement, de classer les terres puis préserver le futur usage agricole.
Alors,
moi, j'ai une inquiétude un peu là-dessus, dans le sens que le gouvernement a
fait un programme, le ministère des Ressources naturelles, pour
accompagner les entreprises, mais... avec un plan de plantation d'arbres, mais,
quand tu vas dans le privé, les entreprises ne sont pas obligées de le faire.
Le potentiel de... puis les entreprises, beaucoup... puis même moi, je
dirais : Est-ce qu'un PGIRE devrait mieux encadrer les usages? L'autre
volet, pourquoi je dis ça, c'est que le gouvernement vient de déposer un plan,
les OGAT, les objectifs gouvernementaux d'aménagement du territoire. Est-ce
qu'on devrait, quelque part, mettre sur pause un peu tout ça pour qu'éventuellement
l'aménagement du territoire soit bien, je dirais, encadré avec le futur
programme de gestion intégrée des ressources énergétiques?
M. Vaillancourt (Martin) : M. Turgeon
va répondre à une partie de la question.
M. Turgeon (Alexandre) : Bien, je
suis content que vous fassiez le lien entre les deux. Quand on parle d'énergie,
des fois, j'ai l'impression qu'on parle strictement de sources énergétiques et
de lieux de consommation de ces
ressources-là, et, quand, dans notre mémoire, on fait appel aux notions puis
aux principes d'efficacité et de sobriété, bien, ça sous-entend une
planification en amont de plusieurs pans de notre société, incluant notre
aménagement du territoire, et, dans ce sens-là, je ne pense pas qu'il faut
mettre sur pause les OGAT. Je vous annonce qu'elles vont commencer à être mises
en oeuvre tout prochainement, puis que c'est un processus qui va prendre sans
doute six à huit ans avant que tous les schémas d'aménagement aient été révisés
et que les plans d'urbanisme des différentes municipalités soient rendus
conformes à ces schémas-là, là. Ça va être long.
Donc, il ne faut certainement pas mettre ça sur
pause. Je pense que les objectifs qui sont dans les OGAT concourent déjà à des
objectifs de sobriété en carbone, mais, quand on fait... Je pense que votre
point, ce qu'il amène... et je pense qu'il faut avoir la préoccupation que le
PGIRE, ce n'est pas... Quand on parle d'énergie, bien, on parle de comment on
s'installe sur le territoire aussi, où on les met, les industries. Quand on
parlait tout à l'heure de réseaux de chaleur, c'est sûr qu'un réseau de chaleur
est plus efficace selon la façon dont on conçoit nos parcs industriels. Quand
il y a une certaine densité dans ces parcs industriels là, il y a une proximité
entre les entreprises qui peuvent se partager des surplus de chaleur par
rapport à d'autres qui ont des besoins en chaleur. Et c'est vrai également dans
le résidentiel, dans les différentes activités. Être plus sobre en carbone,
être plus sobre en énergie, c'est s'affranchir d'une certaine dépendance de
l'automobile et ça sous-entend de mettre en place plusieurs des orientations
qui sont dans les... qui ont été adoptées par le gouvernement du Québec dans
les OGAT.
Le Président (M. Montigny) : Parfait.
Merci. À ce stade-ci, je céderais la parole au député de Côte-du-Sud.
M. Rivest : Merci.
Merci à vous trois. Peu d'intervenants ont parlé de la biomasse forestière. Je
voyais que vous aviez quelques éléments aussi dans votre mémoire
là-dessus. Est-ce que vous pouvez nous donner vos impressions? Qu'est-ce que
vous voyez qui peut être fait dans le futur?
M. Vaillancourt (Martin) : Oui,
absolument, puis ça rejoint peut-être les préoccupations, là, qu'on observe
davantage en région. C'est-à-dire que la biomasse forestière au Québec
représente un très beau potentiel d'énergie calorifique
et pourrait alimenter des réseaux de chaleur là où il n'y a pas nécessairement
d'entreprises à proximité, là, qui ont des surplus de chaleur. Puis,
toujours dans un esprit de la meilleure énergie au meilleur endroit, là, donc, d'éviter d'avoir à électrifier davantage pour
chauffer l'aréna ou le centre communautaire local, la biomasse forestière,
ça, sait très bien le faire.
Après, il faut juste que cette filière-là...
puis ça paraît simple à dire, là, mais se développe de façon durable,
c'est-à-dire qu'on utilise les résidus forestiers, les résidus d'émondage des
villes lorsqu'elles sont à proximité, parfois
certains types de résidus agricoles et des résidus de matériaux de
construction, là, dans la phase de recyclage, là, des CRD, par exemple.
Là où nous,
on met, mettons, des drapeaux rouges, c'est lorsqu'on irait couper des arbres à
des fins uniquement énergétiques, ça fait un peu un non-sens, et, lorsqu'on met
en plantation des terres, qui auraient pu avoir des vocations agricoles,
pour des cultures énergétiques, là aussi, là, ça fait... ça devient un
non-sens, là, puis ça rejoint une partie de nos préoccupations sur la filière
des biocarburants, là. On devrait d'abord conserver la vocation agricole des
terres à des fins humaines et animales avant de produire de l'énergie avec.
M. Rivest : Il y a quelqu'un
derrière vous qui est pleinement d'accord avec ce que vous dites. Est-ce que...
Aussi, vous parlez beaucoup de sobriété énergétique, puis le gouvernement du
Québec en a déjà beaucoup, là, sur les bras.
Vous parlez aussi d'en faire des éléments de pédagogie, là, qu'on puisse
prendre à notre charge certains éléments, qui peut permettre d'avoir une
meilleure acceptabilité. J'aimerais ça avoir une baguette magique, puis
peut-être que vous pouvez nous aider
là-dessus, de savoir comment on pourrait faire en sorte que cet élément-là
devienne plus sexy, devienne un peu plus intéressant pour la population.
Est-ce que vous auriez des éléments à nous partager là-dessus?
M. Vaillancourt (Martin) : On a
abordé cette question-là avec Hydro-Québec il y a quelques années. En fait,
c'est eux qui nous ont approchés parce qu'ils avaient fait des sondages auprès
de leurs différentes clientèles et ils s'étaient rendu compte que les
18-34 ans n'avaient pas une meilleure compréhension des enjeux
énergétiques que les autres tranches de la
population. Eh oui, c'est surprenant comme résultat, là, mais c'était ce que
leurs sondages puis leurs «focus groups» donnaient. Et, depuis trois ans, on a
déployé des campagnes d'information sur TikTok pour cette clientèle-là,
et la dernière, là, c'est 9 millions de vues.
Donc, il y a moyen de
rejoindre certaines clientèles par des canaux qu'on utilise peu ou... Pour
parler de ces enjeux-là, c'est possible aussi. Donc, il faut se doter d'une...
Puis là, on s'entend, on n'est pas une boîte de pub, là, ni une boîte de com, là. On est des gens qui
réfléchissons à ça, qui identifiaient les messages à... puis on a travaillé
avec des influenceurs, mais, si on est capables de déployer des
campagnes de communication publique qui font que les réflexes des gens vont
changer, qu'ils vont avoir... qu'on va pouvoir se poser la question sur nos
choix personnels, mais aussi collectifs, il
y a moyen d'avoir un apprentissage autour des questions d'efficacité et de
sobriété énergétique.
Le Président
(M. Montigny) : Pour une minute, je céderais la parole au député de
Rouyn-Noranda—Témiscamingue.
M. Bernard : Merci.
Une question rapide : Minicentrales, oui, non, peut-être, comment,
pourquoi, minicentrales hydroélectriques?
M. Vaillancourt (Martin) : Il y
a un très grand attrait, de la part des acteurs municipaux, à être partie
prenante de ce type de projet là. Notre préoccupation, c'est que les critères
environnementaux de tout petits projets soient très rigoureux parce que,
souvent, ces projets-là ne seront pas nécessairement le meilleur projet au
meilleur endroit. Ils vont être le meilleur
projet possible dans une municipalité donnée. Donc, la même quantité d'énergie
aurait pu être produite ailleurs avec des effets collatéraux, sur
l'environnement ou sur l'acceptabilité sociale, moindres. Donc, lorsque de tels
projets se présentent, il faut avoir, je pense, la rigueur de se poser la
question, si on ne pourrait peut-être pas faire mieux ailleurs, mais...
Le
Président (M. Montigny) : Merci. Merci beaucoup. Alors, merci. Maintenant,
c'est le temps de céder la parole à la députée de Saint-Laurent pour
10 min 24 s. Merci.
Une voix : ...
Le Président (M. Montigny) : ...la
parole, évidemment... de Mille-Îles, excusez-moi.
Mme Dufour : Merci, M. le Président.
Comme c'est la première fois que je prends la parole, je vais en profiter pour saluer Mme la ministre et vous
féliciter pour la nomination. Merci, MM. Vaillancourt, Turgeon et Raphals,
si je ne me trompe pas, pour votre exposé et pour votre mémoire fort exhaustif.
Vous avez mentionné que les taux de pénétration
des programmes dans... pour les consommateurs résidentiels étaient moins bons,
vous avez dit qu'ils étaient moins connus peut-être aussi, ce qu'on comprenait
par le mémoire, mais il y avait un programme qui existait, qui était RénoVert.
Est-ce qu'à votre avis il fonctionnait, ce programme?
M. Vaillancourt (Martin) : Je vais
donner la parole à M. Raphals sur...
M. Raphals (Philip) : Je n'ai
malheureusement pas une vue globale sur l'efficacité de ce programme, mais, si
je peux rajouter, il est, selon nous, très important que la régie récupère sa
capacité, justement, de surveiller mais aussi de prescrire et insister sur les
programmes, les mesures et le financement requis, et c'est un aspect qui a été perdu dans une modification ultérieure à la loi.
Il y a 17 mots, dans l'article 85.41, qui excluent Hydro-Québec de
cette compétence, et je vous encourage fortement de remettre dans... ces
17 mots.
• (16 h 20) •
Mme Dufour : Merci. Bien, juste pour
vous donner une idée, il était... il y avait 300 millions qui étaient
alloués à ce programme et ils étaient utilisés en totalité. Donc, il était
utile. Et, quand on lit votre mémoire, vous parlez justement de la réduction de
la consommation énergétique qui va... va arriver seulement si les incitatifs
nécessaires sont mis en place, comme les gouvernements européens l'ont fait, et
vous dites... vous vous inquiétez de la vitesse à laquelle le gouvernement
québécois progresse sur ce terrain. Je me demande, lorsqu'on sait qu'en 2019 le
programme RénoVert a été retiré et que, récemment, on a annoncé la fin des
subventions pour les véhicules électriques, est-ce qu'on progresse avec les
incitatifs ou est-ce que ce n'est pas l'inverse qui se passe présentement.
M. Vaillancourt (Martin) : Oui,
actuellement, le signal de prix envoyé par les tarifs de consommation
domiciliaire, là, pour le résidentiel, font en sorte que, si les programmes en
efficacité... pardon, les programmes en efficacité énergétique ne sont pas
accompagnés d'incitatifs, ils ne seront pas mis en place, parce qu'il coûte
moins cher de gaspiller de l'énergie que d'investir pour régler certains
problèmes qu'on a en rénovant nos maisons ou en changeant les systèmes de
chauffage, malheureusement, là. Donc, il faut trouver un équilibre, au Québec,
entre les incitatifs qu'on offre et les tarifs de l'énergie, là, parce qu'il y
a... on est dans un contexte où on souhaite garder les tarifs accessibles.
Le taux de pénétration des programmes, c'est
souvent sur une base volontaire, et il n'y a pas de... il n'y a personne qui
est obligé, actuellement, de changer son chauffe-eau pour un chauffe-eau plus
économique, puis même les dernières approches d'Hydro-Québec, c'est de proposer
un certain nombre de chauffe-eau dits intelligents et que, sur la durée de vie
des chauffe-eau actuels, éventuellement, on réussisse à changer les chauffe-eau
en place, mais les chauffe-eau intelligents sont encore beaucoup trop
dispendieux par rapport à des chauffe-eau conventionnels, qui sont encore vendus, par ailleurs. Donc, lorsque le pépin
arrive, puis il faut prendre une décision rapide un mardi matin ou un dimanche
après-midi, bien, généralement, on remet la même chose puis on ne surinvestit
pas si on n'a pas la garantie d'avoir le coup de pouce qui nous permettrait
d'investir un peu mieux. Donc, tout est une question d'équilibre de ce côté-là,
mais il faut surtout... il faut conserver les incitatifs.
Mme Dufour : Il
faut conserver, mais ce que je comprends, c'est qu'il faut même accélérer,
parce que vous mentionnez ici que la vitesse à laquelle ça se déploie, ce n'est
pas assez rapide. Est-ce que vous croyez que le retrait des subventions pour
véhicules électriques va aller... va dans le sens de votre proposition?
M. Turgeon
(Alexandre) : Deux choses. D'abord, sur l'efficacité énergétique
versus les tarifs d'électricité, on ne l'aborde pas beaucoup, même si on l'a
déjà fait dans d'autres consultations, mais, pour nous, les bas tarifs d'électricité, aux entreprises comme aux
individus, sont un frein à une meilleure efficacité énergétique, et on est
d'avis que les ressources naturelles ne devraient pas servir à faire de
la redistribution des richesses.
D'ailleurs, au
Québec, ceux qui profitent de ces bas tarifs là, c'est souvent ceux qui ont des
belles grandes maisons de 4 000 pieds carrés et plus, et ces
personnes-là, en général, ce ne sont pas des personnes à faible revenu. Donc,
il faut se questionner sur à qui profitent nos bas tarifs d'électricité, et
mettre une limite à 3 % sans connaître l'indexation
de l'inflation pour les prochaines années, ça nous apparaît assez peu en termes
de rattrapage. On a beaucoup de place pour augmenter nos tarifs
d'électricité et rester parmi les tarifs les plus bas dans le monde.
Sur l'aspect des
subventions à l'achat de véhicules électriques, je pense qu'on s'entend, comme
la majorité des groupes environnementaux, à l'effet que, s'il doit y avoir une
subvention aux véhicules électriques, ça doit être dans un système de
redevance-remise, donc, où on tarifie davantage les véhicules les plus
polluants, et/ou pour remettre à l'achat... des subventions à l'achat de ceux
qui se procureraient des véhicules de moindre émission, donc, des véhicules électriques, mais, non, ça ne
devrait pas venir du Fonds vert, ces subventions-là. L'argent du Fonds vert
devrait servir à d'autres mesures de décarbonation.
Mme Dufour :
Dans l'étude du projet de loi n° 41 sur l'efficacité énergétique des
bâtiments, il a été mentionné qu'il y a des passoires énergétiques, qu'on
appelle. Là, vous avez mentionné les propriétaires de grandes maisons, mais
nombreux sont les propriétaires, en fait, d'immeubles à logements qui ne paient
pas la facture d'électricité. Ce sont leurs locataires qui la paie. Et donc il
faut les encourager à faire des rénovations. Actuellement, il ne semble pas y avoir de mesure pour le faire,
et je reviens encore à RénoVert. C'était une formule qui le permettait. Donc, est-ce qu'un incitatif du même genre, qui
permettrait, dans le fond, d'avoir... que ce soit, disons, rentable pour le
propriétaire de faire ces changements-là qui
amèneraient une meilleure efficacité énergétique, serait souhaitable, selon
vous?
M. Turgeon
(Alexandre) : Surtout que, dans le domaine du bâtiment, là, les
investissements sont quand même dans les
bâtiments anciens. Quand vous parlez du multilogement, que ce soient des
triplex, des sixplex, des huit logements construits dans les
années 50, 60, 70, les investissements doivent être extrêmement
conséquents pour refaire l'enveloppe de ces bâtiments-là puis en améliorer
l'efficacité énergétique. Regardez les quartiers ici, autour de l'Assemblée nationale,
là, puis dites-vous qu'il y a un potentiel d'économie d'énergie extrêmement
substantiel, mais que ça n'arrivera pas sans programme de subvention
extrêmement conséquent.
Mme Dufour :
Tout à fait. Donc, ça n'arrivera pas sans programme de subvention...
M. Raphals
(Philip) : Je peux rajouter...
Mme Dufour :
Oui, monsieur, je m'excuse.
M. Raphals
(Philip) : ...justement, pardon, effectivement, dans le plan d'action
2035, Hydro-Québec prévoit une grande expansion des efforts en efficacité
énergétique, mais, jusqu'ici, leur document déposé à la Régie de l'énergie ne
donne aucune trace de ça, et, encore une fois, je m'excuse, pour me répéter,
mais redonner les outils à la régie pour vraiment insister sur la mise en place
des programmes appropriés est un élément qui serait tout à fait pertinent pour
le projet de loi.
Mme Dufour :
Parfait. Merci beaucoup. Je voudrais peut-être vous amener ailleurs. Il y a
quelques groupes qui nous ont mentionné dans
leur mémoire, ceux qui sont passés hier, notamment, qu'il y avait une confusion
par rapport au PGIRE et les objectifs du Plan pour une économie verte, qui...
lequel est subordonné au... Votre compréhension, donc, de cette... de
cette situation, c'est laquelle?
M. Vaillancourt
(Martin) : Je ne sais pas si on a eu une discussion avec les groupes
qui sont passés hier, mais on a aussi... on trouve aussi que le... il y a un
manque de cohérence, là, c'est-à-dire que la... Je vais le dire en mes mots, là, mais, actuellement, dans le projet
de loi, on dit que le PGIRE doit tenir compte du Plan pour une économie
verte lorsqu'il va être structuré, mais qu'après le plan de mise en oeuvre du
Plan pour une économie verte, lui, est subordonné au PGIRE nouvellement en
place.
Donc, effectivement, là, on a l'impression qu'on
est dans un cercle vertueux ou vicieux, mais peu importe, mais il y a un
problème de cohérence à cet endroit-là qui mériterait d'être clarifié, et nous,
notre préoccupation, c'est que ça ne soit pas le Plan pour une économie verte qui soit pris en
compte par le PGIRE, mais que d'autres plans tout aussi importants,
comme le Plan nature, là, qui devrait être incessamment annoncé, puissent aussi
influencer la réalisation du PGIRE, de manière à ne pas générer des problèmes,
là, lors de sa réalisation.
Mme
Dufour : Il y a... il y a des... il y a, je pense, deux
groupes qui nous ont mentionné que le PGIRE devrait aussi prendre en compte les
orientations gouvernementales, les OGAT. Est-ce que ça, c'est quelque chose que
vous partagez une opinion avec eux?
M. Vaillancourt (Martin) : Oui, tout
à fait. C'est mentionné dans notre mémoire.
Mme Dufour : C'est mentionné dans
votre mémoire? Parfait. Bien, que... Si vous avez un choix à faire entre
qu'est-ce qui vient avant, le PGIRE ou le Plan pour une économie verte, selon
vous, lequel devrait avoir préséance sur lequel?
M. Vaillancourt (Martin) : En fait,
les grandes orientations gouvernementales d'abord, les politiques, donc, en
aménagement du territoire, puis ensuite l'étape de la planification, les plans
devraient être au même niveau, mais il n'a pas les mêmes buts.
Le Président (M. Montigny) : Merci,
en conclusion.
Mme Dufour : Parfait. Merci
beaucoup.
Le Président (M. Montigny) : Merci
beaucoup. Alors, merci. Maintenant, je cède la parole au député de
Maurice-Richard pour 3 min 28 s.
• (16 h 30) •
M. Bouazzi : Merci beaucoup, M. le
Président. C'est absolument passionnant de vous écouter.
Mes questions vont peut-être aller à
M. Raphals. Concernant le rôle de la régie dans l'élaboration de la... du
fameux PGIRE, vous avez parlé des trois étapes. Je veux juste être sûr de les
avoir comprises. Je comprends que vous faites... vous faites référence à une...
d'abord, à se donner des critères de succès du processus en tant que tel, mais aussi à une saine gouvernance, parce
qu'actuellement les pouvoirs sont très, très centralisés dans le projet de loi
tel... tel qu'il nous est proposé. Vous parlez de quatre étapes. Donc,
pour être sûr de comprendre les premières, les scénarios, etc., l'évaluation
des besoins, ça se ferait au niveau de la régie. Ensuite, il y aurait la
question de la consultation sur les
différents scénarios pour qu'enfin le politique puisse trancher, en fait, en
fonction de tout ça. Est-ce que c'est bien ça?
M. Raphals
(Philip) : Oui, c'est bien ça, effectivement, mais mon point,
c'est que ces trois premiers éléments, la prévision de la demande, la
définition des courbes de l'offre et l'élaboration des scénarios pour répondre,
avec ces offres potentielles, aux
différentes possibilités d'évolution de la demande, sont complexes et vraiment
fondamentales, et la régie est sans doute l'institution qui a la
capacité de le faire, et aussi la pratique de consulter, via des audiences
publiques, les gens, les parties intéressées, pour que ces informations soient
vraiment rigoureuses et robustes, parce qu'il
ne faut pas oublier... On ne parle pas seulement de ce gouvernement qui va
faire un plan bientôt, mais, dans six ans, ce sera un autre gouvernement
qui fera un plan, et, 12 ans après, un autre. Alors, il faut créer une
structure qui a cette robustesse et
transparence pour que le plan, finalement, se base sur des informations qui
sont solides et bien réfléchies.
M. Bouazzi : Et
vous dites qu'il faut sortir une première version, quand même, le plus vite
possible, et ne pas attendre, évidemment, six ans avant d'avoir une
première version, et entrer en amélioration continue, j'imagine, pour la suite.
M. Raphals
(Philip) : Mais, si je ne me trompe pas, il y a des dates
dans le projet de loi qui disent que le premier plan sera fait en 2026.
Alors, c'est prochainement. Surtout si on va faire des étapes préalables, il
faut commencer maintenant.
M. Bouazzi : OK. J'espère vraiment,
sincèrement, que la ministre sera sensible à ce point. Moi, j'ai été là pendant le projet de loi n° 2,
où le ministre de l'époque s'est doté de pouvoirs, de choisir des critères, de
ne pas rendre publics de critères, d'être juge et partie, de choisir
quelles compagnies auraient droit à de l'électricité, sans aucune séparation de
tâches, et, à l'époque, nous avions déjà proposé que la régie soit ou en charge
de définir les critères ou en charge de les appliquer, mais qu'elle ne puisse pas
faire les deux. J'espère vraiment qu'on va sortir de l'ère de la gouvernance, pour le moins, manquante, sinon tout à
fait inexistante, qui est partie, on l'espère, avec le ministre
démissionnaire.
Je vois que
je n'ai plus de temps. Merci encore. On va vous demander une rencontre très
prochainement pour être sûrs de continuer cette conversation. Merci, M.
le Président.
Le Président (M. Montigny) : Merci
beaucoup, M. le député. Je vais maintenant céder la parole au député de
Jean-Talon pour 2 min 38 s.
M. Paradis : D'un
côté, on a le gouvernement qui est allé vendre notre électricité un peu partout
dans le monde, puis là on dit aujourd'hui : On est en déficit d'énergie,
il faut produire, produire, investir 150 à 185 milliards, d'un côté, puis,
de l'autre côté, il y a des organisations comme la vôtre qui nous disent :
Oui, mais il faut regarder l'approche RTA, réduire, transférer, améliorer, il
faut parler d'efficacité énergétique, et que c'est une partie de la solution.
Vous citez notamment, là, une étude de HEC Montréal qui dit qu'on peut faire
des économies, de réduire la consommation d'énergie d'environ 10 %. Est-ce
que vous avez des modèles un peu plus détaillés de la part qu'on pourrait
gagner dans notre combinaison pour l'avenir en misant sur l'efficacité
énergétique, d'abord et avant tout? Vous nous dites : Il faut l'inscrire
dans le PGIRE, mais est-ce que vous avez des modèles, là, qui nous montrent,
bien, que ça pourrait réduire la part d'investissements qu'on a à faire pour
produire plus d'énergie?
M. Vaillancourt (Martin) : La
réponse est non, je n'ai pas de... je n'ai pas un modèle magique à vous
proposer. Ce que je répète, par contre, c'est : la cible qui est proposée
en termes d'efficacité énergétique, à la fois à travers le PGIRE, mais aussi à
travers ce qui a été déposé par Hydro-Québec, c'est ce qui est de plus
ambitieux qui n'a jamais été mis en place, au Québec, en termes d'efficacité
énergétique. Donc, si on veut l'atteindre... Parce que toutes les fois qu'on va
passer à côté de la cible en efficacité énergétique, bien sûr, on va devoir
produire davantage pour combler les mêmes besoins, la... ça nous oblige à
revoir la manière qu'on aborde l'efficacité énergétique puis par quels canaux
on passe, de quelle manière on convainc les gens de changer leurs habitudes. Et
c'est ce qu'on... et c'est ce que nous, on pense qu'on peut... où... c'est à
cet endroit-là qu'on peut contribuer, donc, dans ce message-là, puis de le
travailler aussi avec les collectivités.
M. Paradis : Est-ce qu'on n'aurait
pas eu intérêt à faire ce calcul-là avant, à travailler sur ce modèle-là avant de commencer un projet de loi qui met la table
pour d'autres choses, là, pour produire encore plus de l'énergie? Est-ce qu'on
n'aurait pas eu intérêt à avoir une vision pour dire : Voici ce dont on a
besoin, parce qu'on l'a calculée avant?
Une voix : C'est sûr.
M. Vaillancourt (Martin) : C'est
toujours difficile de...
M. Turgeon (Alexandre) : Vas-y,
Philip.
M. Vaillancourt (Martin) : Philip.
M. Raphals (Philip) : Oui, bien
évidemment, les deux vont ensemble, il faut prendre les bonnes décisions en tout temps sur la production, mais aussi sur
l'efficacité. Et, même s'il n'y a pas un modèle magique, il y a énormément
de débats parmi les experts, partout en Amérique du Nord et même... et en
Europe, sur la meilleure façon de faire, avec
tous les nouveaux outils informatiques qui permettent différentes choses, et il
faut participer à ces... à ces débats-là. Mais ce n'est pas le projet de
loi qui détermine la quantité de térawattheures...
Le Président (M. Montigny) : En
conclusion, en conclusion
M. Raphals (Philip) : Mais... mais
c'est bien, le PGIRE, et alors c'est pour ça que c'est important de bien...
Le
Président (M. Montigny) :
Merci. Merci beaucoup. Alors, je
vous remercie beaucoup pour votre contribution aux travaux de la
commission.
Je suspends les travaux quelques instants afin
de permettre à la... au prochain groupe de prendre place. Merci
(Suspension de la séance à 16 h 36)
(Reprise à 16 h 40)
Le Président (M. Montigny) : Et
voilà, nous reprenons nos travaux. Alors, je souhaite maintenant la bienvenue
aux représentants de l'Association des redistributeurs d'électricité du Québec.
Je vous rappelle que vous disposez d'une période de 10 minutes pour votre
exposé. Puis nous procéderons par la suite, là, à la période d'échange avec les
membres de la commission. Je vous invite donc à vous présenter et à commencer
votre exposé dès que vous êtes prêts.
Association des
redistributeurs d'électricité du Québec (AREQ)
Mme
Beaudin (Évelyne) : ...M. le Président. Je me présente, mon nom, c'est
Évelyne Beaudin. Je suis la mairesse de la belle ville de Sherbrooke,
mais aujourd'hui c'est en tant que présidente de l'Association des
redistributeurs d'électricité du Québec que
je viens m'adresser à vous avec mes collègues. Je suis donc accompagnée de
M. Christian Laprise, à ma gauche, qui
est directeur du service d'Hydro-Sherbrooke et également premier vice-président
de l'AREQ. On a également M. Martin Vachon,
de la ville de Saguenay, qui vient représenter aujourd'hui Hydro-Jonquière
et qui est second
vice-président de l'AREQ. Et j'ai également M. Damien Tholomier, directeur
général de la coopérative d'électricité de Saint-Jean-Baptiste.
Tout d'abord,
évidemment, on veut remercier la commission de nous donner l'opportunité de
participer à ces consultations particulières sur le projet de loi n° 69.
Peut-être une petite présentation de ce qu'est l'AREQ, l'Association des
redistributeurs d'électricité du Québec. Ce sont neuf distributeurs municipaux
d'électricité, ainsi qu'une coopérative régionale d'électricité. Donc, on a un
total de 10 membres dans notre association. On a été créé en 1990. C'est une association qui, depuis ce
temps, a multiplié ses efforts pour contribuer activement au développement
économique du Québec et de ses régions.
L'AREQ, c'est la
représentante des réseaux municipaux auprès d'Hydro-Québec et également auprès
des instances gouvernementales, ainsi
qu'auprès de la Régie de l'énergie. On a notamment comme objectif de promouvoir
les intérêts des réseaux municipaux afin de leur permettre d'offrir à leurs
clients un approvisionnement électrique fiable
et économique. Les réseaux municipaux, c'est 170 000 clients,
41 municipalités desservies, 300 millions de dollars d'achat d'électricité à Hydro-Québec.
M. Laprise pourra vous expliquer notre modèle d'affaires juste un peu plus
tard. Ça équivaut à un achat de
5,5 térawattheures, et donc 315 emplois directs. On est également la
seule expertise publique en distribution électrique au Québec,
évidemment à part Hydro-Québec.
Comme vous le
constatez... comme vous le constaterez à la présentation de notre mémoire,
l'AREQ soutient les orientations générales du gouvernement dans le cadre de la
transition énergétique et accueille donc favorablement les objectifs visés par
le projet de loi n° 69. Un des enjeux extrêmement importants pour tous les
Québécoises et les Québécois, c'est la
transition énergétique et les changements climatiques. Pour ça, ça va
nécessiter des investissements accrus, et surtout en période de forte
inflation, on le sait, les équipements d'appareils électriques coûtent de plus
en plus cher, alors ça nous demande des
investissements accrus. Pour maintenir la pérennité de nos infrastructures et
pour répondre à la nouvelle demande d'électrification, encourager une
meilleure consommation d'énergie et améliorer la fiabilité et la résilience de
nos réseaux de distribution, il est essentiel d'intensifier ces différents
investissements.
Maintenant, passons
aux choses sérieuses. Dans le mémoire, si vous allez voir en annexe, on a fait
la liste très claire des modifications qu'on vous suggère. Il y a trois
éléments sur lesquels je voudrais apporter l'attention des membres de la
commission en particulier. Le premier élément, c'est qu'on veut préciser que le
projet de loi, et particulièrement le programme d'aide financière, vise la
clientèle des réseaux municipaux, donc pas seulement la clientèle d'Hydro-Québec, mais vraiment la clientèle québécoise. Donc,
ça, c'est la première modification qu'on vous demande. Vous pouvez le
voir à la page 18 du mémoire, dans l'annexe.
La deuxième
modification, c'est que, dans le contexte de multiplication des tarifs, on veut
apporter une précision au texte des lois constitutives des réseaux municipaux
afin que les obligations de tarification de ceux-ci ne soient pas supérieures à celles d'Hydro-Québec, pour une même catégorie
de consommateurs, tarif pour tarif, et non liées par une comparaison des coûts.
C'est l'article 89. Vous le retrouvez en bas de la page 19, où on
aurait dû lire, d'ailleurs, «article 89». Est-ce qu'on pourra envoyer une
version révisée du mémoire s'il y a juste une petite coquille? Oui.
Donc, on vous enverra la version où on corrige cette petite coquille, mais vous
pouvez le retrouver au bas de la page 19. Et, de plus, on considère que, pour la compensation financière qui est prévue,
on... il faudrait qu'elle soit calculée en s'assurant que l'effet cumulé
de l'impact financier soit reconnu. Donc, vous allez retrouver ça à
l'article 113, à la page 22 du mémoire qu'on vous a partagé.
Donc,
ça, c'est les trois éléments qui touchent le projet de loi, mais, également, ce
qu'on demande aujourd'hui aux membres de la commission, c'est qu'on
voudrait que la... que le gouvernement émette un décret de préoccupation auprès de la Régie de l'énergie pour
qu'elle se... pour se prononcer sur une solution pérenne et raisonnable liée
à la tarification des réseaux municipaux au Québec.
Donc,
pour vous présenter d'autres éléments et préciser certaines choses que j'ai
mentionnées, je vais maintenant céder la parole à mon collègue,
M. Laprise.
M. Laprise
(Christian) : Merci, Mme Beaudin. Dans un premier temps, il est
important de comprendre que depuis plus de 100 ans les réseaux municipaux
sont des outils de développement durable, dans le sens économique et social, dans les régions. Alors, ça appartient à
la société. Les municipalités ont pris des risques financiers au tout début
pour bien investir, puis ça n'a pas toujours été rentable. Ils sont titulaires
des droits exclusifs de distribution dans un territoire bien défini. Ils
possèdent les poteaux, les conducteurs, les transformateurs, les services à la
clientèle, mais aussi des postes et, dans
certains cas, des capacités de production. Alors, il faut comparer en partie
avec Hydro-Québec Distribution, mais aussi avec Hydro-Québec Transport pour les postes et, dans...
pour certaines parties, avec la production, Hydro-Québec Production.
Dans le contexte du
projet de loi n° 69, nous sommes heureux de collaborer à la planification
en lien avec le PGIRE. On fait déjà des planifications, puis tant mieux si on
peut en faire encore de plus longues. Aussi, nous félicitons la modification de
la mission de la Régie de l'énergie pour une plus grande flexibilité, qui
pourrait prendre en fait une décision sur un décret de préoccupation pour les
réseaux municipaux.
Dans le contexte de
la mouvance des technologies, des demandes énergétiques et aussi de la
décarbonation, nous accueillons aussi favorablement la périodicité des causes à
la régie, qui... qui serait aux trois ans. D'ailleurs, bien, comme on disait,
on vous invite à lire le mémoire, qui explicite plusieurs éléments. Le modèle
d'affaires existant des réseaux municipaux consiste à acheter au tarif LG. Le
tarif LG, c'est un tarif de centres commerciaux et d'institutions, c'est un
tarif de consommation. Puis les réseaux municipaux, ils ne consomment pas de
l'électricité, ils redistribuent. Alors, ça fait partie de... du modèle
existant. Ensuite, une obligation des réseaux municipaux, c'est de... qu'ils ne
peuvent pas vendre plus... plus cher que le... les tarifs d'Hydro-Québec dans
la même catégorie de consommateurs. Alors, on voit qu'à l'entrée et à la
sortie, c'est... c'est défini.
Alors,
l'idée de revoir le modèle d'affaires, c'est que... il faut nommer quelques
éléments, c'est que les marges s'effritent depuis 2009. La transition
énergétique... En fait, les investissements majeurs pour la croissance, la
croissance de l'électrification pour les autos électriques, les procédés
d'électrification des usines, mais aussi pour le chauffage demandent évidemment beaucoup d'investissements. L'offre de
services doit aussi s'élargir. On parle ici d'une offre avec la tarification différenciée dynamique,
des portails plus sophistiqués et plus... pour instruire, et communiquer, et
engager les consommateurs pour finalement améliorer les... la consommation.
Donc, le tarif LG,
c'est... qui vise une optimisation d'une consommation, alors que nous, on doit
viser une efficacité, une décarbonation, alors c'est là qu'on dit qu'on doit
adapter, aménager, revoir le modèle d'affaires pour être dans la mission de la
transition énergétique.
• (16 h 50) •
Ça
fait qu'en conclusion, les réseaux municipaux sont impliqués localement, ils
participent à la... au développement, ils sont proches de leurs clients. Puis,
on entend souvent parler d'acceptabilité sociale. Bien, ils sont bien positionnés
pour faciliter les défis que pose la transition énergétique localement. Il faut
moderniser le modèle d'affaires, puis, dans ce contexte-là, on voit qu'un
décret de préoccupation, dans le contexte où il y aurait une tarifaire en 2026,
bien, pourrait être une opportunité pour ensuite que la régie puisse adopter
des aménagements, ou un tarif, ou quoi que ce soit dans ce domaine-là. Ça
complète notre présentation, là. On vous remercie de votre écoute.
Le Président (M. Montigny) : Merci
beaucoup. Simplement vous aviser, là, que quelqu'un de la commission va s'occuper de vous contacter dans... juste après
votre témoignage pour s'assurer que vous puissiez envoyer la nouvelle
version de votre mémoire sans problème.
Alors,
maintenant, il est maintenant temps de... Je vous remercie d'abord pour votre
exposé, et puis nous allons maintenant commencer la période d'échange.
Mme la ministre, la parole est à vous pour 16 min 30 s.
Mme Fréchette :
Merci beaucoup, M. le Président. Alors, merci à vous tous. Mme la mairesse,
messieurs, merci de votre présence, merci de venir nous partager, en fait,
votre réalité, qui est distincte, hein, et puis c'est vrai qu'on a le réflexe de parler d'Hydro-Québec quand
on parle des fournisseurs, mais il faudra vous considérer aussi dans le
paysage, ce qui est une bonne chose.
Alors, bien,
j'aimerais ça que vous nous parliez davantage, là, parce que, bon, votre temps
était assez limité, davantage, donc, des mesures que vous pourriez mettre en
place ou que vous aimeriez qui soient mises en place pour vous inscrire davantage dans la transition
énergétique, considérant votre modèle, vos contraintes. Et aussi est-ce que les
propositions, dans le fond, devraient
s'appliquer à l'ensemble de vos membres, ou là aussi vous voyez des
distinctions? Parce qu'il y a une
coopérative, il y a les autres modèles. Donc, voilà, j'aimerais ça que vous
élaboriez davantage là-dessus.
Mme Beaudin
(Évelyne) : Tout à fait. Actuellement, notre modèle est vraiment basé
sur une optimisation de la consommation d'électricité. Donc, on achète à
Hydro-Québec et on revend au consommateur final, là, que ce soit un commerce ou
le... dans le résidentiel. Mais, si on veut aller vers de l'efficacité
énergétique, de la décarbonation et vraiment s'arrimer avec le modèle
d'Hydro-Québec, bien, c'est notre... c'est notre modèle d'affaires qui a besoin
d'être optimisé. Parce qu'actuellement, si
on fait juste continuer avec le modèle actuel d'optimisation de la
consommation, c'est sûr que ça ne va pas en phase, là, tout à fait
avec... avec les... le positionnement d'Hydro-Québec. Ça fait que peut-être que
M. Laprise va pouvoir préciser un peu, là.
M. Vachon (Martin) : ...je pourrais offrir un
exemple, pour que ce soit plus clair, Mme la ministre. Par exemple, si
on prend l'option de mesurage net, qui est proposée dans la nouvelle
tarification d'Hydro-Québec de 2025, elle a un
effet sur Hydro-Québec Production en permettant de conserver des ressources
énergétiques dans ses barrages, un effet qui n'existe pas pour les réseaux municipaux. Alors, lorsqu'on veut
offrir le mesurage juste à nos clients, il faut le faire à nos dépens,
donc à un coût additionnel pour notre clientèle.
Tout ce qu'on souhaite,
par exemple, dans ce cas-là, c'est qu'on puisse faire la passerelle afin que
notre clientèle puisse participer à la décarbonation et s'engager dans les
nouvelles trajectoires d'efficacité énergétique, sans nécessairement que les
villes, on ait à compenser la différence. On ne veut pas nécessairement avoir
un gain sur... sur la compensation, mais on
ne veut pas que ça se fasse... qu'on ait à financer cette... puisqu'elle ne
nous rapporte absolument rien,
puisqu'on n'est pas producteurs ou on n'approvisionne pas Hydro-Québec à
proprement dit. C'en est un, exemple, là, d'aménagement qu'on
souhaiterait.
M. Laprise
(Christian) : On peut nommer plusieurs exemples, parce qu'il y a
plusieurs enjeux puis il y a... il y a
plusieurs pistes de solution, puis c'est quelque chose qu'on peut effectivement
discuter avec Hydro-Québec et le ministère dans un comité pour... pour
arriver à des belles solutions.
Mais un autre
exemple, notre tarif, c'est une pointe de 15 minutes, comme les autres
tarifs. Alors, une proposition qu'on a, c'est plutôt d'avoir une moyenne
d'heures annuelle pour gérer davantage le réseau local, pour mieux aider le réseau provincial, au lieu de gérer
quelque chose qui est moins utile, qui est dans une... un tarif de centre commercial,
en quelque sorte. Par exemple, lorsqu'on fait du délestage pour la pointe, on
est obligés de délester à des moments où
Hydro-Québec n'est pas en pointe et nous non plus. Mais on doit, à cause de
notre contrainte tarifaire, gaspiller du... du délestage ou partir des fournaises
au mazout et au gaz, alors que le modèle ne concorde pas avec le besoin qu'on
a. Alors, voici un autre exemple.
Alors, je pense que la
piste de solution, c'est de parler des enjeux, trouver des solutions robustes,
puis évidemment une pointe plus annuelle avec une pointe ensuite qu'on paierait
pour chaque mois au lieu d'un tarif qui est à la PFM, effectivement.
Mme Fréchette : ...des profits que
vous dégagez, est-ce que vous parvenez à réinvestir dans des nouveaux
équipements, des nouvelles façons de faire, nouveaux procédés qui vous
permettent d'être davantage en phase avec la transition énergétique?
M. Laprise (Christian) : Bien,
présentement, on est déjà dans la transition énergétique, hein? On installe des
bornes, on est en train de grossir des artères ou satisfaire... ajouter des
postes à certains endroits puis... Mais ce qu'on voit à l'horizon déjà de 2030,
c'est des investissements colossaux pour... pour l'ensemble des technologies, pour suivre toute la panoplie de tarifs qu'on veut
bien desservir, mais, en même temps, pour satisfaire la charge. Puis notre
modèle d'affaires, il ne crée pas de supplément de revenu pour ces éléments-là,
vraiment. Alors, il faut... Ça fait partie des enjeux, effectivement, dans...
dans le contexte de modernisation.
Mme
Fréchette : Est-ce que vous
vous êtes donné aussi l'objectif de décarboner vos collectivités d'ici 2050?
Mme Beaudin (Évelyne) : ...du modèle
d'affaires va... nous permettrait d'être beaucoup plus efficaces dans cette
décarbonation puis dans l'efficacité énergétique. Il faut savoir... en ce
moment, on achète un bloc minimal, puis ensuite on... plus on consomme, plus on
achète et qu'on revend, et plus on fait de... tu sais, plus notre marge est
importante. Donc, c'est sûr que notre modèle, qui est vraiment basé uniquement
sur la distribution, alors que, chez Hydro-Québec, il y a la production, il y a
la distribution, et tout ça, fait en sorte qu'on a de la difficulté à suivre
les orientations gouvernementales.
C'est pour ça qu'il existe, justement, depuis...
depuis peu, une table de discussion tripartite avec le ministère et avec nous, notamment, où on arrive à avoir...
Il existe des solutions, on a... on a plusieurs propositions à vous faire,
peut-être à l'extérieur, désolée, de cette commission parlementaire. Donc, on a
plusieurs propositions à vous formuler qui nous permettraient d'avoir un modèle
d'affaires qui nous permettrait d'être beaucoup plus efficaces puis d'avoir un
plus grand incitatif à accélérer la décarbonation et l'efficacité énergétique.
Donc, nous, on veut vous suivre et on a des
propositions d'outils qui seraient... qu'il serait possible de mettre en place
pour vous suivre de manière... de manière plus efficace.
Mme
Fréchette : ...en
concordance. Bien, merci. Je serais intéressée à en connaître davantage. Donc,
d'ici là, d'ici cette rencontre-là, je vais laisser la parole à mes
collègues.
Le Président (M. Montigny) : Merci
beaucoup. À ce stade-ci, je vais laisser la parole au député de Dubuc. Vous
avez 10 min 3 s.
M. Tremblay : Merci. Merci, M. le
Président. Bonjour à vous. Vous parlez de révision du modèle d'affaires. Des
prédécesseurs, tout à l'heure, ont parlé d'une tournée potentielle régionale
d'information, mais surtout pour... pour
évaluer les besoins réels dans un processus qui va évoluer quand même assez
rapidement, là, étant donné le contexte. Vous avez évoqué tantôt la nécessité,
ou je l'ai lu, d'un décret, d'un décret de préoccupation pérenne et raisonnable.
Dans le contexte où certains avancent la
nécessité d'aller récupérer des données sur le terrain pour avoir un portrait
actuel de la situation, en quoi on viendrait justifier un décret de
préoccupation pérenne raisonnable, au même titre que d'autres qui... qui font
état de leurs préoccupations sur des... la tarification? Vous comprenez?
Mme Beaudin (Évelyne) : Oui, Bien,
en fait, c'est que, dans le modèle d'affaires, c'est sûr que le bout du tarif
est extrêmement important. Comme on a mentionné, actuellement, nous, on... on
est considérés un peu comme un centre d'achats. On achète au tarif LG, mais on
n'est pas des consommateurs. Le... le centre d'achat, lui, il allume ses
lumières puis il consomme. Nous, on achète uniquement pour revendre. On ne
prend pas d'électricité au passage, on... on
redonne. Donc, c'est sûr que le bout de tarif va être extrêmement important.
Mais pour que la régie tienne compte finalement de nos besoins, il faut
qu'il y ait de votre côté un décret de préoccupation pour que ce soit... c'est
ça, pour que ce soit considéré. Est-ce que j'ai bien résumé?
M. Laprise (Christian) : ...le tarif
puis, effectivement, ça demande... si on reste dans les mêmes paramètres, qu'il
n'y a pas une préoccupation de se tourner vers une nouvelle mission, et ça
risque de rester la racine carrée de un qui donne un.
M. Vachon (Martin) : ...une question
de temps. Le temps presse. On doit être en amont, on doit... on doit investir
avant l'arrivée de la charge. Actuellement, même si on a des discussions avec les
parties prenantes, on croit qu'un décret... un décret de préoccupation nous
permettrait peut-être d'accélérer le processus. Parce que, pour nous, vraiment,
les investissements doivent se faire et rapidement. Actuellement, on croit que
l'intérêt de... que porterait le gouvernement à notre demande nous permettrait
peut-être d'accélérer les choses pour nous permettre d'investir rapidement, là,
dans... dans les modifications nécessaires.
• (17 heures) •
M. Tremblay :
OK. Autre question. Bien, d'abord, M. Vachon, vous êtes originaire de?
M. Vachon (Martin) : Jonquière.
M. Tremblay : Ah! Au Saguenay.
Merci. C'était simplement pour l'entendre.
Des voix : ...
M. Tremblay : Dites...dites-moi...
Le Président (M. Montigny) : Ah! Allez...
allez-y.
M.
Tremblay : Ah! oui, oui,
j'ai une question. Je ne me limiterai pas à de l'humour, M. le Président. Oui,
oui, c'est gratuit. J'ai... Dites-moi, au Saguenay, au Saguenay, je prends un
exemple, parce que vous parlez d'optimisation des coûts, de comment...
Moi, je me pose la question : Est-ce que, selon vous, il y a une étape, il
y a un... du cheminement à faire quant à l'approche de gestion de pointe,
d'énergie qui peut être perdue actuellement et qui pourrait être récupérée? Puis, sans vouloir être chauvin, je parlerai de
l'approche IDEA Contrôle au Saguenay. Et il y en a d'autres, sans doute, au Québec, qui y
travaillent. Est-ce que vous croyez que, dans le processus de réflexion, il y a
un travail nécessaire à faire où on pourrait aller récupérer de
l'énergie et optimiser davantage là, même au niveau municipal et en région,
avec ça, avec un modèle comme celui-là?
M. Vachon (Martin) : Absolument.
Effectivement, c'est crucial que la consommation d'électricité se fasse d'une
meilleure façon au Québec. Je vous dirais que les réseaux municipaux, en
général, depuis des années, compte tenu du modèle d'affaires dans lequel on
oeuvre, on est déjà très proactifs. Ville de Sherbrooke étant un exemple, là, au Québec dans la... dans la capacité à réduire la
pointe. On le fait, on le fait depuis longtemps, de manière nécessaire.
La difficulté actuellement avec la transition
énergétique, c'est de permettre à l'ensemble de la clientèle de participer, et
c'est pour ça qu'on s'adresse, vous allez voir, dans notre mémoire, on met des
aides... précisément, là, l'exemple que vous donnez d'IDEA Contrôle. C'est une
façon de faire de la GDP, mais la manière dont on est tarifés, c'est difficile
de la transposer de la même valeur pour les besoins de la pointe nationale.
Alors, c'est des éléments qu'on veut faire converger, c'est un peu de
l'innovation, si vous voulez, au niveau tarifaire pour maximiser ce
potentiel-là, effectivement. Alors, pour nous, c'est crucial et on y est déjà,
comme disait Christian, on est dedans depuis longtemps et il y a même un
exemple, là, en termes de réduction de pointe, contrôle de pointe.
Mme Beaudin (Évelyne) : ...si je
peux me permettre de compléter, en 2014, il y a eu une révision du tarif auquel
on achète auprès d'Hydro-Québec, ça a affecté énormément nos marges, ce qui a
fait qu'on a réussi quand même à maintenir,
tu sais, qu'on a réussi à dégager des marges malgré tout. C'est la gestion de
la pointe, mais il y a quand même une limite à un moment donné à ce que
ça peut nous apporter, la gestion de pointe. C'est pour ça qu'on veut aussi
aller vers d'autres... vers d'autres solutions en matière d'efficacité
énergétique. Pour la ville de Sherbrooke, le 3 février 2022... c'est ça?
2023...
Des voix : ...
Mme Beaudin (Évelyne) :
3 février 2023, on a eu une pointe de 15 minutes qui a eu un impact
sur l'année de 6 millions de dollars, là. Et ça, ce
6 millions de dollars là, bien, ce n'est pas investi ensuite dans les
équipements, qui coûtent de plus en plus cher, puis qui nous permettraient
d'être plus performants dans notre sobriété énergétique.
M. Tremblay : OK, puis...
M.
Tholomier (Martin M.) :
Peut-être, je peux aussi rajouter, là. Là, effectivement, quand on parle de
transition énergétique, il y a, entre autres, l'électrification des
transports. Bien, avec les voitures électriques, effectivement, les voitures
vont être chargées pendant les périodes de pointe lorsque les gens vont rentrer
chez eux à... vers 17 h 30 et 18 heures,
et donc ça va aussi amplifier l'impact, évidemment, sur la gestion de la
pointe. Comme... Comme mentionné précédemment, les réseaux municipaux et
la coopérative, on gère déjà notre pointe. Et effectivement on a besoin de
nouveaux outils pour effectivement optimiser et puis, en fait, mieux consommer,
effectivement, pendant les périodes de
pointe. Donc, ça veut dire, en fait, déplacer la pointe. Donc, ça demande des
investissements au niveau des réseaux, que ce soit dans les compteurs
intelligents ou des solutions de gestion ou de distribution de réseaux
électriques.
Le Président (M. Montigny) : ...je
vais céder la parole au député de Côte-du-Sud.
M. Rivest : Merci. Afin de bien
comprendre, là, parce que vous avez un modèle particulier, là, puis je... on
est très contents de vous accueillir, de vous accueillir et vous entendre, mais
j'ai l'impression que vous avez quand même un besoin très spécifique en lien avec
la tarification, là, que je connais d'ailleurs, aussi. Ces éléments-là se
passaient aussi dans... Dans ma vie passée, il y avait ces éléments-là, quand
il y avait la consommation qui dépassait, qui avaient un impact, là, sur toute
l'année. Je peux... je peux très bien comprendre. En même temps, est-ce qu'il y
a des solutions qui existent déjà? Dans le sens que, là,
deux... une question, deux volets : Est-ce qu'il y a des solutions qui
existent déjà dans ce modèle de tarification là, puis qu'il y a une négociation
à y avoir?
Puis là, vous parlez du décret, là, pour pouvoir
que la régie puisse vous donner plus d'informations là-dessus ou trouver des
solutions. Mais quel est le lien actuellement avec le projet de loi qu'on
présente? Quels sont les éléments qui, pour vous, peuvent être intéressants?
Parce que pour moi, là, actuellement, je ne saisis pas tant le lien avec le
PL 69 sur la problématique de la tarification que vous vivez.
Mme Beaudin (Évelyne) : Bien, je
vais... Juste rapidement. Le... Déjà, dans le projet de loi n° 69, vous
venez inscrire dans la loi une compensation financière que vous donnez aux
réseaux municipaux.
M. Rivest : Au domestique. Au volet
domiciliaire.
Mme Beaudin (Évelyne) : Donc...
donc, pour nous, ça, c'est vraiment un gain très important. Mais néanmoins, si
on parle d'une compensation, c'est parce qu'il y a un enjeu au niveau du
modèle, sinon, on n'aurait pas besoin de
cette compensation-là. C'est pour ça, le lien entre le projet de loi et...
C'est sûr qu'on est tout le temps... Surtout... surtout eux, ils ont
plusieurs coups d'avance, là. Donc, on est déjà en train de réfléchir, nous, à
2030 puis au rendez-vous 2026, là, qu'on pourra avoir au niveau tarifaire.
Mais je vais laisser les autres exprimer des solutions ou des propositions.
M. Laprise (Christian) : Je vais...
Lorsqu'on lit le titre du projet de loi, qu'on parle de transition énergétique
et de gouvernance, dans le contexte qu'on a un modèle que, dans le passé,
c'était l'efficacité de nos opérations qui pouvait dégager des marges,
aujourd'hui, le modèle, il nous encourage à ne pas faire ce qu'on veut faire
dans la transition énergétique. Il nous encourage à remplir... à faire...
faire... à trouver de la charge pour être rentables
puis à... Ce n'est pas le... Ce n'est pas la même mission. Puis nous, on veut
supporter le gouvernement. On est alignés sur... sur le support de cette
orientation de changer le modèle où on travaille sur... une efficacité, on
travaille à... Si on... Il y a plein, plein
d'options, comme on vous nomme des enjeux de délestage, de travailler davantage
dans un paradigme de provincial et
charge locale en même temps que juste la facture du centre d'achats. C'est
assez différent. Puis on pense que ça
cadre dans une mission de peut-être dégager des capacités puis d'être dans un
même... dans une même vision.
M. Vachon (Martin) : ...à la Régie
de l'énergie, qui permettent d'apprécier les tarifs sous un autre angle
qu'uniquement l'angle, là, des revenus requis chez Hydro-Québec...
Le Président (M. Montigny) : Merci.
Merci beaucoup. Le temps étant écoulé, maintenant c'est le temps de céder la
parole à la députée de Saint-Laurent. Vous avez 10 min 24 s.
Mme Rizqy : Merci beaucoup, M. le
Président. Merci d'être présents avec nous aujourd'hui.
J'aimerais revenir sur la page 18 de votre
mémoire. Je ne suis pas certaine d'avoir bien compris votre propos par rapport
à ce que vous suggérez à l'article 75. Est-ce que vous pouvez peut-être
nous éclairer?
Mme
Beaudin (Évelyne) : ...en
fait, c'est... c'est tout simple. C'est qu'on réfère à la clientèle
d'Hydro-Québec. Et, dans la colonne
de gauche, on reprend le texte du projet de loi, et dans la colonne de droite,
on indique qu'il faudrait changer «Hydro-Québec» par «la clientèle
québécoise». Parce que nous, notre clientèle, ce n'est pas une clientèle
d'Hydro-Québec. Est-ce... Est-ce que c'est plus clair?
Mme Rizqy : Parce qu'au fond, vous,
vous êtes l'intermédiaire, donc...
Mme Beaudin (Évelyne) : C'est ça.
Nous... Mettons, moi, là, j'habite à Sherbrooke, et ma facture, c'est écrit Hydro-Sherbrooke,
là. Je ne suis pas une cliente d'Hydro-Québec. Donc, vraiment, le fournisseur,
c'est le redistributeur. Et nous, dans l'association, là, on en a 10 comme ça,
là, des fournisseurs comme Hydro-Sherbrooke.
M. Tholomier (Damien M.) : Hydro-Québec
fournit à peu près 86 % de l'électricité aux Québécois et un... moins de 4 %... Effectivement, les
distributeurs d'électricité n'est pas Hydro-Québec, mais les neuf réseaux
municipaux et la coopérative d'électricité.
Mme
Rizqy : OK. Alors, c'est de
là que vous voudriez, à la page 18, qu'on enlève «distribution
d'électricité». On enlèverait «Hydro-Québec pour la clientèle domestique
québécoise»...
Mme Beaudin (Évelyne) : Exactement.
Mme Rizqy : Je pense, ça va être un
petit peu... je pense, un petit peu plus... On va réfléchir parce que, je pense, c'est un petit peu compliqué au niveau des
légistes. Mais là, vous, vous nous expliquiez aussi tarif pour tarif au
niveau commercial, industriel et résidentiel. C'est ça que vous voulez dire,
tantôt, quand vous faisiez allusion à tarif pour tarif?
Mme
Beaudin (Évelyne) : Oui.
Tarif pour tarif, je vais peut-être laisser M. Laprise expliquer. C'est au
bas de la page 19.
M. Laprise (Christian) : Bien, le
deuxième élément, c'est la loi des réseaux municipaux qui mentionne qu'on doit
respecter que le... on doit offrir à un coût qui n'est pas supérieur. Puis on
croit que ce serait mieux... ce serait mieux d'être spécifique que le tarif ne
doit pas être plus élevé, et non pas comparer à un coût qui est... qui n'est pas nécessairement... Parce que la... la journée
qu'il y a des nouveaux tarifs, puis que nous, on n'a pas mis en place encore
les tarifs, c'est... on compare un coût sur quelque chose qui n'existe pas, là,
un tarif qui n'existe pas. Ça fait que...
• (17 h 10) •
Mme
Beaudin (Évelyne) : Donc, en
d'autres mots, vous utilisez le terme «coût», puis nous, on propose d'utiliser
le terme «tarif».
Mme Rizqy : OK. L'article 38 du
projet de loi n° 69, où est-ce qu'on... c'est écrit
noir sur blanc qu'il est possible de vendre de l'électricité à un consommateur.
Comment ça... C'est quoi, l'impact, pour vous?
M. Laprise (Christian) : Bien, il y
a... il peut toujours y avoir un impact, mais notre alignement, c'est de
toujours... d'être en support aux volontés du gouvernement puis d'Hydro-Québec,
là, qui est quand même une intelligence importante dans le domaine de la
distribution. Alors, on se positionne normalement pour être totalement en appui aux décisions du gouvernement. Alors, on
n'a pas fait de recommandations différentes à ce sujet-là. Pour nous, on est... on intègre ça. Donc, s'il y avait, dans
notre réseau, un producteur voisin à un consommateur, bien, ça pourrait exister.
On... C'est inclus dans notre... dans notre territoire.
Mme Rizqy : Donc, vous, vous pourrez
acheter l'électricité d'un tiers?
M. Laprise
(Christian) : Nous, on ne
peut pas. La loi sur les réseaux municipaux ne nous permet pas d'acheter
à autre qu'Hydro-Québec.
Mme Beaudin (Évelyne) : Par contre,
on produit... on peut produire de l'électricité dans... Certains de nos membres
produisent, comme, par exemple, Hydro-Sherbrooke. On produit à peu près
3,5 % de toute l'électricité qu'on distribue à nos clients.
Mme Rizqy : OK. Donc, si je veux
être certaine de vraiment bien comprendre, vous, votre loi constituante, vous pouvez seulement acheter 100 %
d'Hydro-Québec, d'aucune autre personne, et la loi 69 ne le change pas.
Mais là, vous, côté Jonquière, vous faites un bémol. Je vous écoute.
M. Vachon
(Martin) : ...sur les... sur
les marchés voisins. Pour être précis, on peut... on peut s'approvisionner en
dehors du Québec, mais on ne peut pas s'approvisionner d'une entreprise privée
au Québec. Mais on pourrait s'improviser sur les marchés.
M. Laprise (Christian) : ...un
décret...
M. Vachon
(Martin) : ...un décret.
Mais, selon la loi, là, on aurait la possibilité de, ce qu'on ne fait pas, là,
mais...
Mme Rizqy : OK. Donc, au niveau de
l'article 38, c'est... Est-ce que c'est pour ça que vous n'avez pas aucun
commentaire? C'est parce qu'il n'y a pas d'impact pour vous?
M. Laprise (Christian) : Bien, s'il
y a un impact, on l'accepte. On l'accepte. Bien, parce qu'il pourrait... on
pourrait avoir un client qui achète d'un autre client... d'un fournisseur à...
dans notre territoire, puis on ne s'objecte pas à ça.
Mme Rizqy : OK. Puis à quoi ça peut
être bénéfique ou non bénéfique pour vos marges?
M. Laprise (Christian) : Exact. On
accepte...
Mme Rizqy : Mais en quoi ça peut
l'être, bénéfique ou pas?
M. Laprise (Christian) : Ah bien,
bénéfique... Bien, si c'était un très mauvais client qui consomme très mal, ça pourrait être bénéfique pour nos marges. Mais,
si c'est un très bon client puis il a un très bon fournisseur, c'est... on perd
un bon client. Alors... Mais on ne s'objecte pas à ça dans le cadre de la loi.
Mme Rizqy : OK. Parce que tantôt,
vous faisiez référence à vos marges, donc j'essaie... Vous, vous avez... vous
dégagez des marges?
Mme Beaudin (Évelyne) : Oui.
M. Laprise
(Christian) : Oui.
Mme Rizqy : OK. Donc, si, par
exemple, dans l'article 38, un consommateur, disons un manufacturier, a
maintenant, à partir de... une fois qu'il serait... disons qu'il... tel... tel
qu'écrit, adopté, l'article 38 permettrait à un... à autre producteur
n'étant pas Hydro-Québec de vendre à un consommateur, disons, adjacent, pour
reprendre le terme écrit dans la loi actuellement. Disons que lui, en ce
moment, se fournit chez Hydro-Sherbrooke. Et là, il se dit : Ah bien, finalement, je vais aller vers l'autre, qui
est, disons, Énergie éolienne — je
donne un exemple à tout hasard. Bien, à ce moment-là, ce n'est plus un
de vos consommateurs, donc ça peut avoir un impact sur vos marges.
Mme Beaudin (Évelyne) : ...tout à
fait. Mais, en fait, nous, là, ce qui nous intéresse, c'est à quelle heure il consomme. S'il consomme pendant la pointe, on est
contents de le perdre, puis s'il consomme en dehors des heures de
pointe, on est tristes.
M. Laprise (Christian) : Mais on
n'aura pas le contrôle sur ça.
Mme
Rizqy : Mais s'il consomme
tout le temps? Oui, mais le... il consomme tout le temps? Les manufacturiers...
Les manufacturiers, maintenant, sont sur des quarts qui n'arrêtent presque
jamais, là. Bien, ils ont des quarts de soir, des quarts... C'est rendu,
quand même, des quarts de nuit.
Mme
Beaudin (Évelyne) : Tout à fait. Non, mais c'est ça. Bien, dans le
fond, la réponse, c'est que ça dépend. Quand
on dit : Ça dépend, l'impact sur nos marges va dépendre du type de
consommation, de l'intensité de la consommation. Donc, c'est... c'est
difficile de vous dire si c'est un impact positif ou négatif de façon générale.
Mme Rizqy : Donc, si je comprends
bien, si c'était... disons, un consommateur qui est plus énergivore lors des
pointes, ça ne vous dérange pas trop, mais si c'est une... un consommateur qui
consomme en continu, ça peut avoir un impact sur vos marges.
Mme Beaudin (Évelyne) : Bien, en
fait, idéalement, c'est quelqu'un qui ne consomme presque pas pendant les
pointes. C'est surtout ça que... C'est... c'est ça, pour nous, les... le
meilleur client, là, typique, là. C'est quelqu'un qui consomme beaucoup en
dehors des heures de pointe puis qui ne consomme pratiquement pas pendant les
heures de pointe.
Mme Rizqy : L'ex-ministre parlait
d'ajouter peut-être, il avait lancé ça dans l'univers, des tarifs différenciés
selon la journée. Moi, j'ai vécu à Sherbrooke une bonne dizaine d'années,
étudiante, après ça professeure à l'Université de Sherbrooke.
Mme Beaudin (Évelyne) : Oui. La même
faculté que moi.
Mme Rizqy : Eh oui! Et, quand je
suis arrivée à Sherbrooke, quel a été mon étonnement de recevoir
Hydro-Sherbrooke. J'ai fait : Coudon! Je ne le savais pas. Et c'est là que
j'ai aussi découvert, dès l'époque 2005, que finalement, si je partais ma
sécheuse un peu plus tard, c'était bénéfique. J'avais même un petit compteur
qui allumait rouge pour me dire : Non, non, non, ce n'est pas le bon
moment, vert quand c'est le bon moment. C'est... Donc, vous, à Sherbrooke, ça fait quand même plusieurs années que ça existe.
Comment vous accompagnez les citoyens là-dedans?
Mme Beaudin (Évelyne) : C'est sûr
que moi, j'ai envie de vous dire que l'existence de nos membres, ça rajoute des
gens dans le domaine de la distribution d'électricité puis ça favorise
l'innovation. Donc, effectivement, dans le
passé, il y a des choses qui ont pu émerger chez Hydro-Sherbrooke ou chez
d'autres membres de l'AREQ puis qui ont pu, tu sais, contribuer à faire
avancer le domaine.
Aujourd'hui, un des défis qu'on a, c'est justement
l'effritement de nos marges, qui limite assurément nos capacités d'innovation. Donc, par exemple, il y a des innovations qui...
il y a des nouveaux programmes, des nouveaux... des nouvelles choses qui sont
mises en place par Hydro-Québec que nous, on a de la difficulté à suivre le
rythme.
Donc, vous, vous avez vécu une situation où vous
aviez quelque chose chez Hydro-Sherbrooke qui n'existait pas chez Hydro-Québec,
mais en ce moment, on a la situation inverse. Il y a des services qui existent
chez Hydro-Québec, que, nous, on n'est pas encore en mesure d'offrir. Puis
c'est sûr que les clients comme vous, surtout à Sherbrooke, qui... tu sais, qui viennent étudier, qui vont ailleurs,
voient qu'il y a des choses qui sont disponibles ailleurs, qui voudraient
pouvoir contribuer à cette vision du gouvernement de sobriété et d'efficacité
énergétique... bien, à la vision de toute l'Assemblée nationale, mais qui ont
de la difficulté, tu sais, à comprendre pourquoi ce n'est pas disponible chez
vous. Puis ça devient difficile d'expliquer : Bien, c'est parce que nos
marges s'effritent depuis... depuis plusieurs années, tu sais.
Mme Rizqy : Je ne sais pas si vous
voulez ajouter quelque chose. C'est que je... je prenais un exemple de
Sherbrooke parce que je le connais, mais gênez-vous pas, les autres régions, je
vous apprécie tout autant. J'ai aussi travaillé au Saguenay, là. Donc, je ne
sais pas si vous voulez ajouter quelque chose. Jonquière, c'est toujours
apprécié.
Une voix : ...
Mme Rizqy : On ne va pas là. Bon,
bien, je ne sais pas...
Une voix : ...
Mme Rizqy : D'accord. Bien, c'est
terminé. Merci.
Le Président (M. Montigny) : Bien,
merci. Aucun problème. Alors, maintenant, merci. Je cède maintenant la parole
au député de Maurice-Richard. Vous avez
3 min 28 s.
M. Bouazzi : Merci beaucoup, M. le
Président. Merci beaucoup d'être là. J'ai l'impression que c'est un peu le jour de la marmotte. À chaque projet de loi, on
vous oublie un peu dans... C'est... Ça fait juste deux ans que je suis là,
et c'est...
Mme Beaudin (Évelyne) : ...veut pas.
M.
Bouazzi : ...c'est systématique. Ça fait que j'inviterais à
un réflexe, n'est-ce pas, pour le petit 4 %, effectivement, que
vous distribuez, et que ce n'est pas Hydro-Québec.
Je veux être sûr d'avoir compris ce dont vous
parliez concernant les 15 minutes de pointe qui vous a coûté terriblement
cher. Est-ce que c'est parce que vous vous fournissez à ce moment-là sur le
réseau spot? C'est... Ça marche comment?
Mme Beaudin (Évelyne) : Bon. Je vais
l'expliquer dans mes mots de non-experte puis ensuite je vais passer la parole
aux experts.
M. Bouazzi : OK. J'ai juste... J'ai
juste 3 min 30 s, là, juste pour vous dire, donc.
Mme Beaudin (Évelyne) : Tout à fait.
Donc, il faisait à peu près moins 75 degrés.
M. Bouazzi : Non, mais ça, je
comprends. Il y a un moment où vous manquez d'électricité.
Mme
Beaudin (Évelyne) : Exactement. Et donc, pendant... Et, à toutes les
15 minutes, on mesure la puissance, le jus qu'on tire. Donc,
pendant ce 15 minutes-là, on a... on a mesuré, et c'était une très... une
très grande puissance demandée. Et ça impacte notre tarif auquel on achète pour
l'année entière. C'est pour ça que M. Laprise dit : Si notre tarif était
plutôt basé sur la pointe moyenne plutôt que sur la pire pointe, bien, c'est
sûr que nous, ça nous permettrait d'avoir des marges plus... plus
intéressantes.
M. Bouazzi : Et ça, c'est le tarif
qu'Hydro-Québec... c'est votre... votre tarif...
M. Laprise (Christian) : Le tarif
LG.
M. Bouazzi : Exact.
Mme Beaudin (Évelyne) : Le tarif
centre d'achats, comme on l'appelle, effectivement.
M. Bouazzi : OK, qui est...
M. Vachon (Martin) : J'ajouterais
pour votre compréhension que, comme on n'en fait pas l'usage, contrairement aux
autres consommateurs, mais qu'on le redistribue, bien, dans cette journée-là,
entre autres, c'est le chauffage résidentiel où on n'a pas beaucoup de contrôle
encore. Les outils technologiques qu'on veut introduire ne sont pas encore
implantés et disponibles pour aider le client, par exemple, comme la solution
Hilo, à contrôler sa pointe domestique. Bien, on subit l'usage par nos clients
pour un seul 15 minutes de manière disproportionnée, selon nous, par
rapport à nos obligations de distributeurs et aussi par rapport maintenant à
nos obligations d'implanter des nouvelles solutions.
M.
Bouazzi : Excusez mon... mon ignorance : Vos clients,
eux, paient les mêmes tarifs que les tarifs d'Hydro, là?
Mme
Beaudin (Évelyne) :
...similaire, là. Parce qu'on ne peut pas... On a l'obligation. On ne peut pas
vendre plus cher que les autres, là. Donc, c'est les... c'est la même
chose.
M.
Bouazzi : Intéressant. Et
tout à l'heure vous disiez : Vous auriez pu vous... enfin, vous pourriez
théoriquement vous... acheter de
l'électricité à l'extérieur du Québec, donc sur le marché spot. Ce n'est pas
sur le marché instantané. Ce serait un truc long terme?
M. Laprise
(Christian) : Mais il y aurait... il y aurait une formule instantanée
puis une formule avec des contrats. Mais
c'est quelque chose qui demande quand même un décret aussi. Puis, ceci dit, on
en a déjà discuté ouvertement avec Hydro-Québec, puis c'est... ce n'est
pas quelque chose qui a été... C'était mieux de rester au Québec pour...
M. Bouazzi : C'est sûr que c'est
moins cher techniquement.
M. Laprise
(Christian) : Pas juste ça.
Imaginez qu'on doit réserver des capacités de ligne, ça enlève l'optimisation
qu'Hydro-Québec peut faire au niveau
provincial de tout le réseau, mais en même temps, avec les achats et les ventes
aux États-Unis. Puis on est plutôt preneurs de ça. On veut... On veut...
• (17 h 20) •
M. Bouazzi : Il me reste
10 secondes. Sur les 180 milliards d'investissements qu'Hydro-Québec
a annoncés pour mettre à jour tout ce qu'il
y a à mettre à jour, vous, là, ce que vous dites, c'est : Vous avez des
dépenses à faire de votre côté, ce n'est pas là-dedans que vous piochez,
là.
M. Laprise (Christian) : Bien, nous,
il n'y a pas de sous pour nous là‑dedans, hein? Nous, on doit mettre peut-être
200 millions sur cinq ans, là.
M. Bouazzi : Donc, si on n'organise
pas tout ça, on peut se retrouver avec un réseau qui est entièrement mis à jour
et un 4 % qui reste à l'âge de pierre?
Mme Beaudin
(Évelyne) : ...ça va être
beaucoup plus long probablement pour nous, là, parce qu'on y va avec
nos... nos petites marges. Ça fait que...
M. Bouazzi : Comptez sur nous, on va
porter cette voix-là.
Mme Beaudin (Évelyne) : Merci
beaucoup.
Le Président (M. Montigny) : M. le
député de Maurice-Richard, il vous resterait un peu de temps, parce qu'il y a
eu un petit peu de temps qui n'a pas été utilisé, si vous voulez continuer.
C'est rare, hein?
Mme Beaudin (Évelyne) : C'est Noël.
M. Bouazzi : Alors là, je l'ai
perdu, j'imagine. Il me reste combien de temps?
Le
Président (M. Montigny) :
Malheureusement, c'est terminé. Je suis désolé. Alors... maintenant, merci.
C'est le temps de céder la parole au député de Jean-Talon pour
2 min 38 s. Merci.
M.
Paradis : Merci. Pour ceux
qui suivent ces consultations particulières, vous aurez remarqué que je
m'intéresse beaucoup au programme d'aide financière visant à limiter
l'impact de la hausse des tarifs domestiques d'électricité. Et là, vous, vous
faites une proposition relativement à l'article 75 du projet de loi, qui
traite de ce fonds. Je veux être bien sûr que je comprends bien la mécanique
que vous proposez. Vous dites : Les réseaux municipaux ne peuvent pas vendre plus cher qu'Hydro-Québec, donc ils
sont plafonnés comme est plafonné Hydro-Québec, puis ils doivent donc
pouvoir avoir accès à la compensation pour cette limitation-là. Mais là, après
ça, vous dites dans votre mémoire : On doit donc prévoir que la clientèle domestique
municipale ait accès au fonds. Donc, c'est la... c'est le réseau qui est... qui
est plafonné, mais la clientèle devrait avoir accès. Je veux être bien sûr que
je comprends la mécanique que vous proposez.
M. Laprise
(Christian) : Hydro-Québec reçoit
un... selon le projet, là, il reçoit un programme pour subventionner les
tarifs... plafonner les tarifs domestiques. Ce qu'on lit du projet. Mais c'est
de la façon que c'est formulé. C'est «les tarifs domestiques d'Hydro-Québec».
Les tarifs domestiques, chez nous, c'est Hydro-Québec qui nous transfère cet
argent-là. Mais ça prend le total de l'ensemble des Québécois pour les tarifs
domestiques. Puis lui, il nous transfère une partie qui sont pour nos clients
au domestique.
M. Paradis : Le fonds qui est créé
pour soutenir ce programme-là, c'est un fonds qui est payé par l'ensemble des contribuables québécois. C'est M. et Mme
Tout-le-monde de l'ensemble du Québec qui paient ce fonds-là. Mais là, même
si... C'est-tu comme une clientèle séparée dans la municipalité? Vous
dites : Nous, on devrait quand même... notre clientèle ou nos réseaux
devraient avoir accès à ce même fonds.
M. Laprise (Christian) : Mais, en
fait, c'est... c'est prévu dans le projet de loi n° 2 que les réseaux
municipaux sont compensés pour ce manque à gagner là, qui est le plafonnement
des tarifs domestiques. Alors là, la mécanique, elle continue dans cette
loi-là.
M.
Paradis : OK. Puis c'est...
c'est le réseau qui a accès à la compensation, dans votre vision des choses, ou
c'est le... c'est le client domestique?
M. Laprise
(Christian) : Bien, c'est... Le client, on plafonne son tarif de la
même façon, mais c'est le réseau qui a le manque à gagner. C'est ça.
M. Paradis : Donc, c'est le réseau.
Donc, la phrase, c'est «le réseau devrait avoir accès au fonds»?
M. Laprise
(Christian) : Bien, c'est
administré par Hydro-Québec, qui nous transfère l'argent. Mais la quantité
de volume, c'est pour les tarifs domestiques de l'ensemble des Québécois.
M. Paradis : Très bien. Merci.
Le Président (M. Montigny) : Merci
beaucoup.
M. Laprise (Christian) :
Peut-être...
Le Président (M. Montigny) : Oui.
Allez-y. Vous avez 15 secondes.
M. Laprise (Christian) : Il faut
comprendre que notre tarif augmente de 6 %, et les tarifs auxquels on
vend, ils augmentent de 3 %. Il y a...
Le Président (M. Montigny) : ...vous
remercier pour votre contribution aux travaux de la commission.
Je suspends
donc les travaux quelques instants avant... pour permettre à la... au prochain
groupe de prendre place. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 17 h 24)
(Reprise à 17 h 29)
Le Président (M. Montigny) : Merci.
Nous reprenons nos travaux. Je souhaite maintenant la bienvenue aux
représentants de la Fédération des chambres de commerce du Québec. Je vous
rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé, puis nous
procéderons à la période d'échange par la suite avec les membres de la
commission. Je vous invite donc à vous présenter et à commencer votre exposé de
10 minutes. Merci. Allez-y.
Fédération des chambres
de commerce du Québec (FCCQ)
M. Noël (Philippe) : Oui. Bonjour. Je me présente. Philippe Noël. Je suis vice-président aux
Affaires publiques et économiques à la Fédération des chambres de
commerce du Québec. Je suis accompagné par mon collègue Mathieu Lavigne, directeur aux Affaires publiques et économiques, et qui
est responsable aussi de notre comité Énergie et environnement, entre
autres, à la FCCQ.
À titre de rappel, on représente plus de
45 000 entreprises exerçant leurs activités dans tous les secteurs de
l'économie et sur l'ensemble du territoire québécois, dans les 17 régions.
On est le plus important réseau de gens d'affaires et d'entreprises du Québec.
Nous sommes à la fois une fédération de chambres de commerce et la Chambre de commerce du Québec. Nos membres, que ce
soient des membres ou des entreprises, poursuivent tous le même but,
favoriser un environnement d'affaires innovant et concurrentiel.
• (17 h 30) •
D'abord, je
tiens, au nom de mon organisation, d'entrée de jeu, à féliciter la ministre de
l'Économie, de l'Innovation et de l'Énergie pour sa nomination, et à souhaiter
une excellente session parlementaire à tous les députés réunis
aujourd'hui pour étudier ce projet de loi aussi attendu qu'important. Nous vous
remercions aussi pour l'invitation pour que nous puissions exprimer, en fait, les commentaires de la FCCQ à propos du
projet de loi n° 69. Nous avons d'ailleurs transmis un mémoire à ce
sujet.
D'abord, quelques éléments de contexte.
Le double défi de la décarbonation des activités
économiques existantes ainsi que du développement de nouvelles filières
industrielles ou encore de nouveaux modes de transport décarbonés engendre une
hausse sans précédent de la demande en énergies propres. Nous souhaitons
évidemment que le Québec prenne sa place dans le développement de ces filières
d'avenir, et adhérons aussi à l'objectif de décarboner notre planète, notre
économie, comme en témoigne, par exemple, le
guide de décarbonation de la FCCQ publié récemment et réalisé avec la firme
Dunsky, adressé aux entreprises, de la petite à la grande, afin de leur
permettre plus facilement de poser les gestes nécessaires pour réduire
significativement leur empreinte environnementale.
Il est
évident pour nous qu'on ne pourra répondre à ce double défi sans une approche
basée sur deux principes fondamentaux : premièrement, la pluralité
énergétique puisque le Québec dispose de nombreuses sources d'énergie propre, l'hydroélectricité, l'éolien, le solaire,
le gaz naturel renouvelable, la biomasse, et j'en passe, mais, deuxièmement, la
productivité énergétique aussi, c'est-à-dire que chaque électron et chaque
molécule doit donner le meilleur rendement possible. La réussite de la
transition énergétique passera aussi nécessairement par un allègement des
processus et contraintes réglementaires et administratives afin d'accélérer la
réalisation de projets de décarbonation.
Maintenant,
la FCCQ est enthousiaste de retrouver ces grands principes dans le projet de
loi n° 69 de même qu'une grande partie des recommandations qu'elle avait
formulées l'an dernier dans le cadre de la consultation sur l'encadrement et le
développement des énergies propres au Québec tenue par le ministère de
l'Économie, de l'Innovation et de l'Énergie. Notre enthousiasme est en revanche
tempéré par certains éléments que nous jugeons préoccupants, notamment en ce
qui a trait à la tarification. Nos premières recommandations, d'ailleurs,
concernent cet enjeu.
Rappelons que depuis
2019, le présent projet de loi est le quatrième à être présenté par le
gouvernement concernant les tarifs d'électricité. La FCCQ avait exprimé ses
réserves face à l'idée d'animer... d'arriver... d'arrimer la hausse des tarifs
à l'inflation puisque la Régie de l'énergie avait alors perdu son rôle
d'arbitre indépendant des tarifs. Cet arrimage à l'inflation est devenu
rapidement problématique avec le choc inflationniste postpandémique qui a amené
le gouvernement à proposer en juin 2022, quelques jours avant la fin de la
session parlementaire, un plafonnement à 3 % de tous les tarifs
d'électricité, tant pour la clientèle résidentielle que pour la clientèle
d'affaires. Malheureusement, à la fin de l'année 2022, le gouvernement a fait
le choix d'exclure la clientèle d'affaires de ce plafonnement, ce qui a eu pour
effet immédiat de faire hausser grandement la facture d'électricité des
entreprises, avec un impact disproportionné sur les PME, soit des hausses de
6,5 % en 2023 et de 5,1 % en 2024.
Ainsi, d'année en
année, l'interfinancement s'accroît. C'est-à-dire que les tarifs de la
clientèle résidentielle sont gardés artificiellement bas en augmentant
continuellement le fardeau tarifaire des PME québécoises. Bien évidemment, ça
produit un impact sur le coût des biens et services que produisent ces PME
ainsi que sur leur compétitivité. Et ça
concerne aussi les grandes entreprises industrielles, les employeurs majeurs
dans plusieurs régions, puisque le projet de loi propose des hausses
automatiques de leurs tarifs liés au bloc patrimonial. Selon nous, la fixation
des tarifs ne devrait être soumise ni aux aléas de l'inflation ni aux aléas des
décisions d'un gouvernement ou un autre. Elle devrait revenir à une autorité
indépendante : la Régie de l'énergie. C'est pourquoi nous recommandons de
mettre fin à ces déséquilibres et à revenir à une fixation des tarifs par la
régie sans indexation automatique ni plafond artificiel.
Cela dit, même en
matière de tarification, ce projet de loi contient plusieurs avancées et
prévoit notamment que les révisions tarifaires auraient désormais lieu à tous
les trois ans, ce qui constitue, selon nous, un excellent point d'équilibre
entre la prévisibilité souhaitée par les consommateurs et la flexibilité
souhaitée par le distributeur.
Il introduit aussi
enfin une modernisation des règles entourant le gaz naturel renouvelable afin
de le rendre plus attractif pour la clientèle d'Énergir et de Gazifère, les
deux distributeurs présents au Québec en la matière.
Passons maintenant
aux aspects de gouvernance qui ont moins retenu l'attention, mais qui sont au
moins tout aussi importants. Plusieurs gains seraient obtenus avec l'adoption
de ce projet de loi, à commencer par la mise en place d'un plan de gestion intégrée
des ressources énergétiques, soit le PGIRE, sur un horizon de 25 ans et
incluant toutes les ressources, y compris l'efficacité énergétique.
L'élaboration du PGIRE devrait se faire, selon nous, en consultant notamment
les producteurs et distributeurs privés des différentes énergies présentes au
Québec ainsi que les consommateurs, incluant les consommateurs commerciaux et
industriels. C'est pourquoi pour nous, à la FCCQ, il serait important de doter
le PGIRE d'un volet régional afin de tenir compte du portrait énergétique et
des capacités d'approvisionnement qui diffèrent de région en région selon le
contexte et la demande. Nous proposons d'ailleurs de modifier les
articles 14.2 et 14.3 de la Loi sur le ministère de l'Économie et de
l'Innovation, introduits par l'article 4 du
projet de loi. Au même endroit dans le texte législatif, pour
l'article 14.5, nous recommandons également de baliser le pouvoir
de modifier le PGIRE, d'autant plus que des révisions aux six ans sont déjà
prévues.
L'inscription de la transition
énergétique dans la mission de la Régie de l'énergie constitue une avancée
importante que nous réclamions et qui mérite d'être saluée.
Nous
saluons aussi l'introduction de cibles en matière de délais de traitement des
dossiers, mais nous recommandons d'en faire de vraies obligations. C'est
ce que fait la Régie de l'énergie du Canada. Nous ne voyons pas pourquoi la Régie
de l'énergie du Québec n'en serait pas capable. Le tout serait en cohérence
aussi avec les objectifs gouvernementaux en matière d'allègements
réglementaires et administratifs, afin de limiter les délais indus et
évitables.
L'ouverture plus
grande aux partenariats avec les collectivités est aussi un progrès important
puisque le cadre juridique actuel avait notamment requis qu'un projet de loi
soit rédigé et adopté afin de permettre à Hydro-Québec de réaliser un
partenariat avec une communauté autochtone dans le cadre du grand projet de
ligne de transport Montréal-New York. Nous recommandons toutefois de baliser
les dispositions du projet de loi qui retireraient l'obligation de tenir des
appels d'offres pour l'approvisionnement en électricité. Que l'on dispense le
distributeur de procéder par appel d'offres pour de la puissance d'équilibrage,
que réalistement il est le seul à pouvoir se fournir via ses barrages et ses centrales hydroélectriques,
tombe sous le sens, mais ça devrait demeurer l'exception. Les consommateurs
seront toujours mieux servis par un processus d'approvisionnement compétitif où
tous les producteurs et opérateurs privés peuvent soumettre des projets et que
les meilleurs d'entre eux soient sélectionnés.
Enfin, concernant un
sujet qui a fait beaucoup jaser, soit l'article 38 du projet de loi sur
les achats corporatifs d'énergie d'un producteur privé à un consommateur privé,
nous considérons que le projet de loi en arrive à un point d'équilibre
satisfaisant.
La
production privée d'énergie existe déjà au Québec au sein de grandes
entreprises. Permettre que cela se poursuive entre entreprises tout en
demeurant limité aux sites adjacents l'un de l'autre ne remet aucunement en
question le modèle énergétique québécois, il
s'agit simplement de lui permettre d'évoluer en tenant compte des réalités
d'aujourd'hui.
Merci de votre
attention. Nous sommes prêts à répondre à vos questions.
Le
Président (M. Montigny) : Parfait. Merci beaucoup pour votre
présentation. Nous sommes rendus maintenant à la période d'échange avec les
membres de la commission. Alors, maintenant, je vous donne la parole, Mme la
ministre. Vous avez 16 min 30 s.
Mme
Fréchette : Merci. Merci beaucoup, M. le Président. Merci à vous,
MM. Noël et Lavigne, de participer à cette commission au nom de la FCCQ.
Ça nous fait plaisir de vous entendre. Merci de nous avoir préparé le mémoire
et de nous l'avoir présenté.
Alors, je vous ai
entendu notamment souligner le fait que le système d'interfinancement fait en
sorte que les clients résidentiels, bon, bénéficient d'un tarif
artificiellement bas. Bon. On sait qu'il y a une part de pacte québécois, je dirais, qui fait en sorte de faire bénéficier
l'ensemble des Québécois à ce qui a été construit à travers Hydro-Québec et bénéficier de ses retombées
également, donc... Mais, en fait, je suis... J'aimerais vous entendre sur
pourquoi c'est à questionner, ce prix artificiellement bas pour les clients
résidentiels, alors que vous ne semblez pas questionner le prix
artificiellement bas que paient les industriels en lien avec le bloc
patrimonial, prix qui n'est pas indexé depuis 10 ans.
Alors, en soi, c'est un prix artificiellement bas s'il n'est pas indexé depuis
10 ans, mais vous semblez dire que ça, c'est moins préoccupant, en
fait, qu'il faudrait maintenir ça, alors que pour les clients résidentiels la
logique est différente. J'aimerais vous entendre là-dessus.
M.
Noël (Philippe) : Je vais y aller puis je
vais peut-être laisser mon collègue compléter.
En fait, ce qu'il
faut comprendre, c'est, pour nous, le tarif L, le bloc patrimonial est
important, parce que ça permet de préserver, pour les grandes entreprises
industrielles, qui sont déjà des employeurs importants, surtout, pour certaines
régions... d'être concurrentielles au maximum par rapport aux États autour de
nous, qui ont parfois des coûts beaucoup moins élevés en matière de
main-d'oeuvre, des coûts de fiscalité moins élevés, des fois, moins aussi — puis
il faut le dire — de
contraintes environnementales à respecter qu'ici, et ça, ça amène des coûts
supplémentaires, des fois, aux entreprises. Donc, le bloc patrimonial demeure,
à bien des égards, souvent, notre principal argument en matière de
compétitivité, pour non seulement attirer des joueurs mais aussi les maintenir
au Québec. Puis là on est vraiment dans une
perspective de maintien, et là... et de rehausser systématiquement le
tarif L, bien, ça amène une pression supplémentaire financière
auprès des entreprises, de ces entreprises qui sont visées.
• (17 h 40) •
Mme
Fréchette : Mais vous comprenez que, si on n'indexe pas ce prix-là,
dans un contexte inflationniste, on réduit le prix, dans les faits, puisqu'on
est dans un contexte inflationniste. Alors, est-ce que vos membres, leurs
succès reposent sur le fait qu'un des intrants importants va diminuant, en
termes de prix, d'année en année? Est-ce que c'est ce qui fait notre
compétitivité? Parce que, si c'est le cas, je pense qu'il faut peut-être s'en
inquiéter.
D'autant plus que les
PME, les petites, les moyennes entreprises qui ont moins de marge de manoeuvre,
elles, on leur impose une indexation depuis
ces 10 dernières années, alors pourquoi leur demande-t-on d'avoir du
succès en affaires alors qu'aux
industriels on leur dit : Bien, vous, on vous offre une réduction, dans le
fond, en dollar constant, là, mais c'est une réduction de prix, là, sur
10 ans? Alors, comment vous expliquez ces deux... ces deux barèmes de
compétitivité, là?
M. Lavigne
(Mathieu) : Bien, dans le cas... Ce que j'ajouterais par rapport au
tarif L, c'est qu'il faut tenir compte
du fait que dans d'autres juridictions aussi le prix de l'énergie baisse. Ceux
qui s'approvisionnent, par exemple, en
gaz naturel aux États-Unis, leur coût d'approvisionnement a baissé dans les
dernières années, dans d'autres juridictions, également, ailleurs dans
le monde.
Parlons de nos grands
industriels qui concurrencent, par exemple, la Chine ou la Russie sur les
marchés internationaux, eux aussi ont des
opportunités d'avoir des gains de coût basés sur d'autres éléments, parce qu'on
parle beaucoup de l'électricité, mais parlons, en fait, de la charge
fiscale complète de ces entreprises-là, des subventions massives qu'elles
peuvent recevoir de certains États. Donc, il y a plein d'éléments. Pour nous,
ce qu'on regarde, c'est le portrait fiscal et la charge tarifaire globale des
entreprises.
Au Québec, l'argument
que nous avons, principal, pratiquement, c'est les tarifs d'électricité pour
ces entreprises-là. Donc, c'est sûr que, si
on nuit à cet avantage-là, bien, on rend le portrait plus difficile pour eux.
Mais quand on parlait tantôt de garder les tarifs artificiellement bas
pour la clientèle résidentielle, c'était par rapport aux PME qui, elles, vivent un choc tarifaire. Donc, nous,
tout ce qu'on souhaite, c'est que ce soit rééquilibré, et que les PME
et la clientèle résidentielle, tous les deux, les tarifs soient fixés
par la Régie de l'énergie, et que ça reflète donc le coût d'approvisionnement
réel d'Hydro-Québec.
Donc, on comprend que
les tarifs d'électricité soient bas pour la clientèle résidentielle. Le
principe de l'interfinancement, on ne le remet pas en question, ce qu'on remet
en question, c'est le fait qu'il s'accroît d'année en année, en ce moment,
depuis 2019.
Mme
Fréchette : J'aimerais bien vous entendre sur la transition
énergétique. Dans quelle mesure est-ce que vous,
vos membres, vous les sentez engagés dans cette mouvance de la transition
énergétique? On en parle beaucoup. Bon, il faut dire que là on a un
cadre particulier pour en parler ici, mais il n'en demeure pas moins que c'est
un sujet d'importance, dont l'importance va croissante aussi au fil des ans,
puis ça a démarré il n'y a pas si longtemps, mais ça va à grande vitesse parce qu'on voit les changements climatiques
s'opérer. Donc, dans quelle mesure les entreprises de la FCCQ sont-elles
engagées et de quelle manière le sont-elles aussi? Alors, j'aimerais vous
entendre là-dessus.
M. Noël (Philippe) : Bien, en fait, la raison pour laquelle on a créé un guide de
décarbonation, c'était justement parce
qu'on avait souvent la question des entreprises : OK, comment s'y prendre
pour réduire mon empreinte environnementale puis décarboner, voire même
viser la carboneutralité de mes opérations?
Et on réalise, avec
le guide de décarbonation, qu'on a fait avec Dunsky entre autres, qu'il y a des
économies d'échelle extrêmement importantes
à réaliser, notamment en limitant les pertes énergétiques pour plusieurs
entreprises et pas juste les grandes
entreprises. Évidemment, Bridgestone est un modèle à Joliette,
là, qu'on a d'ailleurs représenté dans le guide de la décarbonation,
mais la PME également, ne serait-ce qu'en posant de simples gestes en
matière... en matière d'écoénergétique. Et ça, nous, on s'engageait à faire le
tour du Québec pour aller présenter de manière la plus vulgarisée possible,
autant pour la grande entreprise que pour la PME, le plan de match à faire pour
réaliser, emboîter le pas vers la décarbonation. Donc, on a déjà fait quelques
présentations, on va continuer à en faire, mais c'est parce que ça venait
vraiment d'un intérêt des entreprises à pouvoir participer à cet effort
collectif là, mais aussi à réduire leurs coûts et leurs pertes énergétiques.
Mme
Fréchette : Donc, seriez-vous d'avis qu'elles valorisent le fait que
notre électricité est verte, notre électricité
est propre? En fait, on a un des réseaux d'électricité les plus verts au monde.
Est-ce que c'est quelque chose qui est valorisé par les entreprises?
M.
Noël (Philippe) : Oui, puis je dirais même également les autres
sources énergétiques qui sont présentes au Québec, il y a un appétit pour ça à
les utiliser également et que ça passe partie, en fait, de l'équation totale,
étant donné la demande qui est de plus en plus élevée et l'offre qui s'amenuise
graduellement. Les autres sources énergétiques
sont aussi importantes et à considérer, là, lorsque vient le temps, notamment,
de décarboner ses opérations. La meilleure source au meilleur endroit,
c'est ce qu'on a dit régulièrement dans les dernières années, puis on va à la
rencontre des chambres de commerce, de leurs membres également pour leur en
parler également.
Mme
Fréchette : Donc, j'imagine qu'elles seraient aussi d'avis qu'il y a
lieu de valoriser le fait que notre électricité est verte, de donner une valeur
à cette électricité propre, valeur qui, actuellement, n'a pas été reflétée dans
les prix, parce qu'on s'en est remis essentiellement au coût de service et non
pas à la valeur verte de notre électricité propre. Donc, j'imagine que vos
membres vont être sensibles à cet... à cet argument-là.
M. Lavigne
(Mathieu) : Oui. Ce qui est embêtant, par contre, c'est que cette
valorisation-là diffère selon les secteurs d'activité, diffère selon le type de
produit que vend une entreprise ou ce qu'elle fabrique. Or, les tarifs, dont le
tarif L, s'appliquent à tous les secteurs de manière égale. Donc, c'est
pour ça que pour nous, il y a un enjeu. C'est pour ça qu'Hydro-Québecet le
gouvernement n'ont jamais reçu autant de projets d'entreprises pour décarboner
leurs opérations, donc les fameuses demandes de mégawatts. Donc, on voit
clairement qu'il y a de l'engouement pour la décarbonation puis qu'il y a une
certaine valeur accordée à ça dans certains secteurs, très clairement.
Par contre, là,
l'enjeu qu'on a, nous, c'est que, quand on parle des tarifs, ils s'appliquent
de manière égale pour tous les secteurs. Donc, il faut tenir compte des
réalités de chacun puis ne pas rendre des industries moins compétitives, parce
que, dans leur secteur, il n'y a pas encore cette fameuse prime verte qui est
accordée au produit ou du moins pas
suffisamment. On souhaiterait qu'elle soit entièrement reflétée. Parce que le
Québec gagne à ce jeu-là. On a la chance d'avoir de l'énergie propre de
manière extraordinaire, mais tant que cette prime verte là ne sera pas intégrée
dans tous les secteurs, bien, si on augmente les tarifs, nécessairement, on les
rend moins compétitives.
Mme
Fréchette : Bien, d'ailleurs, je trouve que c'est... Bien, c'est le
thème sur lequel je voulais vous amener. La prime verte, c'est certainement un
des axes sur lequel on aurait intérêt à collaborer pour faire en sorte de faire
reconnaître cette valeur additionnelle, du fait que notre énergie est verte,
elle est propre. Le marché devrait récompenser ça, d'autant plus qu'on est dans
une phase de transition énergétique et qu'il va falloir y aller en mode
accéléré probablement. Donc, bref, je voulais vous inviter à entrer dans la
danse de la valorisation de cet élément qui est quand même très caractéristique
de notre électricité puis de bien d'autres sources aussi d'énergie.
Je vois que vous...
En fait, il n'y a pas de dispositions, là, dans le projet de loi, qui visent
une tarification dynamique obligatoire, mais vous mentionnez, là, que vous êtes
plutôt contre cette introduction d'une telle mesure. Bon. Pourriez-vous nous expliquer, là, en quoi ce serait préjudiciable
pour les entreprises, d'autant qu'on veut justement générer aussi les bons
gestes au bon moment en lien avec la consommation énergétique?
M. Lavigne
(Mathieu) : Oui, on l'a inclus dans le mémoire, parce que c'est quand
même un élément de discussion qui est sorti de la conversation par rapport à
cette réforme-là. Donc, on souhaitait quand même adresser cet enjeu-là.
Pour nous, puis on le
voit, Hydro-Québec, dans sa demande tarifaire faite plus tôt cet été, a
introduit donc un tarif incitatif volontaire pour la clientèle résidentielle,
ce à quoi on adhère complètement. Dans le cas des entreprises, c'est que,
souvent, le déplacement de la consommation hors pointe est très difficile,
parce que soit la production se fait en
continu pendant toute la journée, donc c'est très difficile de déplacer la
consommation ou, dans le cas, par exemple, d'entreprises, de services ou
de commerces, bon, on utilise l'électricité sur les heures de bureau, heures de
bureau qui sont régies par soit une
convention collective ou par une façon de fonctionner de l'entreprise depuis de
nombreuses années.
Donc, c'est plus difficile pour les entreprises,
souvent, de faire ce déplacement-là, surtout si ça venait à être imposé, parce
qu'encore une fois si des entreprises sont capables de le faire...
Hydro-Québec
offre des incitatifs tarifaires pour ça, est-ce qu'ils devraient être mieux
connus, mieux valorisés? On adhère à ça entièrement, mais de l'imposer de
manière égale, pour nous, serait une erreur, d'où le fait qu'on tenait à le
mentionner.
Mme
Fréchette : D'accord. Vous proposez aussi que le PGIRE tienne compte,
là, des réalités régionales. À quelles mesures pensez-vous particulièrement?
Comment ça pourrait se traduire? Si on ne fait pas du mur-à-mur, comment est-ce
qu'on module ça, sur la base de quels critères? J'aimerais vous entendre.
M. Lavigne
(Mathieu) : En fait, un des enjeux par rapport au... qu'on voyait par
rapport à ça, il y a très peu, au Québec, de données énergétiques régionales,
puis je pense que les gens de la chaire de HEC, hier, vous l'ont peut-être
mentionné dans leur audition ou dans leur mémoire.
Ce qu'on observe,
c'est que, souvent, il y a un manque de données à l'échelle régionale en
matière énergétique. Donc, pour nous, le PGIRE serait une occasion de s'assurer
qu'on collecte ces données-là et qu'on développe ces indicateurs régionaux là.
Mais aussi c'est que les plans... Qu'il y ait un PGIRE national, c'est une
excellente chose, on est 100 % d'accord. Par contre, dans certaines
régions, les réalités sont un peu différentes, sur la base du fait que, par
exemple, dans certaines régions, la capacité d'approvisionnement en électricité
est plus limitée parce que les lignes de transport sont déjà surchargées, ça
prendrait de nouvelles lignes de transport, ou, dans certaines régions, à
l'inverse, il y a par exemple plus de biomasse forestière ou de biocarburant
qui sont facilement disponibles. Donc, qu'il y ait un PGIRE, évidemment, mais
il doit aussi tenir compte du fait que, dans certaines régions, il y a des réalités d'approvisionnement qui sont différentes
puis des réalités de consommation qui sont différentes. Donc, si on veut
avoir un vrai portrait énergétique, il faut aussi le décliner à l'échelle
régionale.
• (17 h 50) •
M.
Noël (Philippe) : Oui. Puis, tu sais, ça
permettrait de faire vraiment un suivi des profils régionaux, la production
jusqu'à la consommation, selon nous.
Puis, comme Mathieu
vient de l'expliquer, tu sais, les réalités régionales peuvent tellement être
différentes que je pense que ça ferait juste contribuer, en fait, même, à
l'atteinte et au suivi de ce que vous souhaitez faire en matière énergétique au
Québec.
Mme
Fréchette : Merci. Bon, vous mentionnez aussi que vous vous opposez à
l'élimination des appels d'offres publics, sauf dans certains cas spécifiques.
Est-ce que vous pourriez, là, nous préciser comment est-ce que vous voyez qu'on
puisse à la fois accélérer les procédures? Hein, c'est ce qui est souvent le
souhait des associations comme la vôtre. Donc, comment faire en sorte qu'on ait
ce juste équilibre d'accélérer les procédures, d'assurer une concurrence
équitable puis de s'inscrire dans la transition énergétique et comme plusieurs
variables, là, qu'il faudra qu'elles se rencontrent? Comment vous voyez ça?
M. Lavigne
(Mathieu) : Bien, effectivement, je pense qu'il faut toujours avoir un
souci d'accélérer les procédures, de les rendre plus efficaces. On est...
D'ailleurs, c'est ça, on soulignait la... l'introduction des délais à... l'énergie qu'on souhaite voir obligatoire. Mais
pourquoi est-ce qu'on propose la recommandation qu'on fait concernant les
appels d'offres? C'est qu'on est conscients qu'il y a des absurdités en ce
moment. Par exemple, Hydro-Québec, quand elle veut de la nouvelle puissance
d'équilibrage, doit se faire... se faire un appel d'offres à elle-même. C'est
vrai que c'est un peu absurde, parce qu'en réalité, de la puissance
d'équilibrage, il y a qu'Hydro-Québecqui peut la fournir par ses barrages et par centrales hydroélectriques. Donc, on
comprend que ça, dans ce cas-là, par exemple, c'est un peu absurde de le demander. On peut comprendre
qu'il peut y avoir des situations d'urgence ou encore des partenariats
avec des communautés autochtones dans une région donnée ou avec une
municipalité dans une région donnée, pour lesquels on souhaite faire le
partenariat, il n'y a pas d'appel d'offres à faire, on le fait directement.
Par contre, la règle
devrait demeurer que les approvisionnements se font via des appels d'offres,
parce que c'est ce qui garantit aux
consommateurs, qu'ils soient résidentiels, industriels, commerciaux, le
meilleur tarif, parce qu'on met en
concurrence plusieurs joueurs, puis il y en a beaucoup dans l'écosystème
québécois qui sont capables d'y répondre. Donc, c'est une façon de protéger les consommateurs et c'est également
une façon de s'assurer que, dans l'écosystème de producteurs privés, bien, les
meilleurs puissent soumissionner les meilleurs projets, et que ce soit ceux-là
qui soient retenus. Et souvent ces meilleurs projets là sont ceux qui ont de
l'acceptabilité sociale, parce qu'ils ont des partenaires locaux, donc
des municipalités ou des communautés autochtones. Donc, valorisons ces
projets-là. Donc, d'où notre recommandation.
Mme
Fréchette : OK. Merci. Il nous reste combien de temps, M. le
Président?
Le Président (M.
Montigny) : 1 min 47 s.
Mme
Fréchette : 1 min 47 s top chrono. Alors, écoutez,
j'aimerais ça vous entendre sur le potentiel que vous voyez pour le Québec,
pour se positionner dans un environnement très compétitif à l'international
mais engagé dans la transition énergétique. Je pense qu'on a des atouts
particulièrement intéressants qui font l'envie de plusieurs en matière d'énergie verte notamment, mais
également en matière de connaissances, d'expertise, d'audace, créativité.
Alors, j'aimerais vous entendre là-dessus.
M.
Lavigne (Mathieu) : Oui. Bien, c'est pour ça qu'on... qu'on adhère à
100 % au plan d'action d'Hydro-Québec et à son plan d'investissement.
Ce qu'on souhaite, c'est qu'on retrouve une
grande capacité énergétique au Québec, une énergie propre pour qu'on puisse
développer tous ces projets-là, parce qu'on a le savoir-faire, on a plein
d'énergie propre, soit qu'on a déjà ou qu'on peut développer de manière...
Donc, on a le potentiel de le faire. Et le Québec a énormément d'atouts en tant
qu'économie déjà en partie décarbonée et avec énormément de centres de
recherche et d'universités. On est vraiment
capables de bien se positionner à l'échelle internationale là-dessus. Et on
souhaite que ça aille plus loin et, par exemple, qu'on... qu'il y ait davantage de standards internationaux qui
se développent par rapport à la prime verte, comme vous le mentionnez.
Je dois également souligner que le gouvernement
du Québec et les municipalités pourraient peut-être en faire un peu plus pour valoriser les technologies vertes
et les innovations environnementales. Il y a quand même des... dans les processus d'appel d'offres aussi, il y a des
éléments qui pourraient être bonifiés de la part des gouvernements pour aller
plus loin. Le gouvernement fédéral en fait déjà un peu... un peu plus à cet
égard.
Donc, pour nous, il y a... les opportunités sont
très nombreuses pour aller plus loin pour l'économie verte.
Mme
Fréchette : Bien, sur ce, je vous remercie, à tous les deux,
pour votre mémoire, pour votre contribution, et à l'ensemble des équipes
qui ont... qui ont participé à son élaboration. Merci.
Le
Président (M. Montigny) : Merci beaucoup, Mme la ministre. Maintenant, je
cède la parole à la députée de Saint-Laurent. Vous avez
10 min 24 s.
Mme Rizqy : Merci beaucoup, M. le
Président. Bonjour, M. Lavigne. Je ne sais pas si M. Noël est
toujours avec nous, mais, dans tous les cas, il était présent dès le départ.
Merci beaucoup de participer à nos travaux.
Je ne sais pas si vous avez eu l'occasion
d'écouter l'entrevue de M. Louis Vachon, ex-numéro un de la Banque Nationale, avec Patrice Roy. Et il avait dit dans cette longue entrevue la chose suivante :
Je ne connais aucune juridiction qui
favoriserait des entreprises étrangères au détriment d'entreprises d'ici,
québécoises, tout en leur refilant la facture à eux.
J'ai cherché, je n'en ai pas trouvé. Vous,
est-ce que vous en avez trouvé?
M. Lavigne
(Mathieu) : On comprend le débat qui a été soulevé par
M. Vachon puis on a écouté la commission aussi hier, sur, en fait, la
notion de l'attribution des blocs de cinq mégawatts, là. C'était le contexte de
l'entrevue, je crois, de M. Vachon.
Pour nous, c'est sûr...
Mme Rizqy : ...blocs d'énergie,
hein? Parce que, si vous me permettez, c'est plus que juste sur les blocs
d'énergie, M. Vachon faisait aussi référence aux subventions, parce qu'il
y a quelqu'un qu'il faut qu'il paie, hein, parce que... à la fin, là.
M. Lavigne (Mathieu) : Oui. Je pense
que, c'est ça, dans ce contexte-là, il faut toujours regarder qu'est-ce qui se
fait ailleurs, il faut regarder qu'est-ce que... avec qui on doit se comparer
et qui sont nos compétiteurs.
Je pense que le Québec doit investir dans ses
entreprises, dans certains secteurs stratégiques pour les... leur assurer
une... assurer qu'elles puissent concurrencer leurs rivaux à l'échelle
internationale. Mais, dans le contexte énergétique, on a effectivement des
choix à faire. Puis on en convient, là, il y a une rareté de l'énergie
disponible. Il faut s'assurer que ça favorise à la fois la décarbonation des
opérations existantes, mais aussi qu'on demeure attractifs pour des nouveaux
projets.
Et, quand on parle de nouveaux projets, ce qui
est un peu dommage, c'est que souvent on nous réfère ça comme si tous les
nouveaux projets, c'étaient des projets d'entreprises étrangères qui
viendraient s'établir ici, mais, dans les nouveaux projets, il faut aussi penser
aux entreprises québécoises qui se développent. Donc, les nouvelles entreprises
du Québec qui veulent se développer, elles aussi font face à cette rareté
énergétique là.
Donc, pour
nous, il y a... il y a un équilibre à préserver entre les deux, et on comprend
que ce n'est pas... ce n'est pas évident du tout de faire ces choix-là.
Mme
Rizqy : Est-ce que vous partagez les propos de
M. Sabia au niveau que... justement, le rééquilibre, il faut
favoriser les entreprises d'ici avant de favoriser les entreprises étrangères?
Êtes-vous du même avis?
M. Lavigne
(Mathieu) : Bien, nous, bien, on partage l'avis qu'il faut
davantage s'attarder sur les entreprises d'ici qui ont des projets de
décarbonation et qui vont leur permettre de rendre leurs opérations plus
pérennes.
Ce qu'on mentionne notamment dans le mémoire,
c'est que, par rapport à l'attribution de ces... de ces blocs d'électricité là,
il y a un enjeu de transparence des critères, parce que beaucoup d'entreprises
nous disent : Bien, on a déposé une demande, on n'a pas été retenu, mais
on ne sait pas exactement pourquoi on n'a pas été retenu.
Et également ce qu'on ne sait pas, puis c'est
l'autre... l'autre élément qu'on mentionne dans le mémoire, c'est
qu'arrive-t-il des demandes qui n'ont pas été retenues? Est-ce qu'elles peuvent
redéposer dans six mois, dans un an, dans... Tu sais, il y a un élément de
transparence qu'on doit avoir avec ces entreprises-là pour dire : Voici
pourquoi vous n'avez pas été retenu. Voici ce que vous pourriez faire pour
devenir... pour être retenu à l'avenir.
Mme
Rizqy : Mais, écoutez, nous, on a fait des demandes, parce que, vous
savez, à chaque année, on a des crédits, donc on envoie nos questions, on a
demandé aussi c'est quoi, ces fameux critères, et on a aussi essayé de tenter
de savoir quelles entreprises ont été refusées, dans quelles régions, parce
qu'on considère que c'est important.
Malheureusement, on
n'a pas eu de réponse à nos questions, même si notre objectif, comme élu, quand
on est dans l'opposition, on a... on est
gardien de l'action gouvernementale. Donc, là-dessus, on n'a pas été en mesure
d'avoir, lors des demandes...
Une voix :
...
Mme Rizqy :
Vous avez la liste des entreprises qui ont été refusées, madame la...
Une voix :
...
Mme Rizqy : ...la
liste des entreprises.
Mme
Fréchette : Ils sont tous ici.
Mme Rizqy : Bien,
Mme la ministre, je vous ai déjà dit hier, vous ne pouvez pas m'interpeler
pendant mes questions.
Mme
Fréchette : Bien là, vous me questionnez.
Le Président (M.
Montigny) : Vous avez raison, là, on ne s'interpelle pas, on continue
les échanges. Vous avez la parole, Mme la députée.
Mme Rizqy : Respectueusement, j'aimerais ça que nos échanges
continuent d'être respectueux, M. le Président.
Le Président (M.
Montigny) : C'est très bien. Allez-y, Mme la députée, c'est à vous la
parole.
Mme Rizqy : Je
ne sais pas pourquoi qu'Hydro-Québec m'appelle en même temps. C'est une blague.
Alors, pour alléger peut-être la séance.
Donc,
la liste des critères, nous, on a demandé de l'avoir, on n'a pas eu une liste
exhaustive. On a aussi demandé de savoir quelles sont les entreprises qui ont
été refusées, dans quelle région, évidemment. Chose qu'on n'a pas.
Et,
à ce jour, plusieurs entreprises nous le disent en privé, qu'elles ont été
refusées. Évidemment, nous, on ne le dira
pas publiquement pour protéger ces entreprises, mais il y en a une qui est
sortie publique, et je veux m'attarder à celle-ci : Les Forges de
Sorel.
Eux se sont fait dire
non. Pendant ce temps-là, une entreprise chinoise, qui n'a pas encore fait ses
preuves au Québec, s'est fait dire oui.
Comment c'est perçu pour vous, qui représentez des membres à très grande majorité
qui sont établis depuis quand même plusieurs années au Québec?
M. Lavigne (Mathieu) : Bien, nous, quand ce
processus-là d'attribution... C'est pour ça que les commentaires qu'on fait
aujourd'hui, je présume, ne surprennent pas du tout le gouvernement, parce que
dès que le processus a été mis en place, d'attribution, depuis le début,
on a tenu le même discours, c'est-à-dire que les critères doivent être
transparents. Et on doit être transparents aussi avec les entreprises qui sont
refusées pour savoir pourquoi et qu'est-ce qu'elles
pourraient faire, par la suite, pour améliorer leur projet. Donc, pour nous, ça
a toujours été l'élément préoccupant par
rapport à ce processus-là, parce qu'on comprend qu'un processus décisionnel
doit être mis en place parce qu'il y a une rareté, mais il y a un
élément de transparence qui doit être communiqué. Pour nous, depuis le début,
c'est une préoccupation par rapport à ça, on l'a dit à maintes reprises.
Tu sais, ce qui est
difficile de savoir, c'est, dans ce cas-ci, pourquoi l'entreprise a été refusée
puis quelle est l'évaluation que le gouvernement en a faite.
Pour
nous, on ne commentera pas un dossier précis, mais si on avait une transparence
sur les projets et les critères, je pense qu'on gagnerait tous puis on
en ferait tous une réflexion plus intelligente.
• (18 heures) •
Mme Rizqy : Mais, tantôt, vous parliez, justement, de
décarboner, et M. Sabia l'a dit hier aussi, c'est vraiment un enjeu
très important d'accompagner les entreprises d'ici à le faire et qu'il fallait
faire un rééquilibrage là-dessus pour les favoriser.
Or, je prends
toujours mon exemple des Forges de Sorel, vous savez, on a accordé à des
entreprises étrangères des blocs par centaines. Dans le cas de Northvolt, c'est
360 mégawatts pour une jeune pousse qui n'a pas encore fait ses preuves
ici, qui, on apprend, va voir des employés de Corée du Sud, qui présentement...
Évidemment, il y a quelques nuages, on aura
l'avenir prochainement de cette entreprise, le 16 septembre, en ce qui
concerne le Québec. 360 mégawatts,
pour ceux qui nous écoutent, c'est l'équivalent de la ville de Longueuil. Or,
les Forges Sorel, qui, eux, ont un vrai projet pour être décarbonés, ont
demandé six mégawatts, six, et elles se sont fait refuser.
Est-ce que ça, ça
suit la logique qu'on essaie justement d'aider nos entreprises québécoises à se
décarboner quand on leur dit non à elles, mais, en d'autre part, on dit oui à
des sociétés étrangères qui, elles, on ne leur demande pas quels sont leurs
objectifs de décarbonisation?
M.
Lavigne (Mathieu) : Bien, c'est sûr... Tu es de retour, Philippe?
Donc, je te laisse...
M.
Noël (Philippe) : Oui.
Mme Rizqy : Rebonjour,
M. Noël.
M.
Noël (Philippe) : Rebonjour. Mégapépin.
Désolé pour ça. Nous, ce qu'on pense, c'est qu'on doit quand même demeurer ouvert aux investissements privés
étrangers massifs qui généreraient quand même beaucoup de retombées substantielles, mais on ne souhaite pas
compromettre les projets de nos entreprises québécoises, surtout s'il est
question de développement ou, ici, de décarbonation.
Ça fait plusieurs
années, dans le cadre des précédents projets de loi, où notamment j'ai eu la
chance d'avoir des échanges avec le
précédent ministre là-dessus, sur la clarification des critères d'évaluation
pour les projets en hausse de cinq mégawatts, et force est de constater
encore actuellement qu'il y a un flou.
Vous parlez des
Forges de Sorel. Ce matin, en entrevue, on entendait la personne des Forges de
Sorel dire : On m'a juste demandé des... des questions techniques sur le
projet, mais aucune sur les retombées, sur le nombre d'emplois, qu'est-ce que
ça générerait de manière économique et l'importance pour la région. Puis,
pendant ce temps, il y a une compagnie
étrangère qui a les autorisations d'aller de l'avant avec leur projet dans le
même coin de pays, qui plus est. Donc, c'est normal que ça vienne
susciter certains questionnements, certaines frustrations pour ce genre
d'entreprises là.
Et nous, c'est pour
ça qu'on demande vraiment une véritable clarification sur des caractéristiques
neutres et objectives pour attribuer les blocs et ne pas compromettre les
projets de nos entreprises québécoises, qu'elles soient de la grande entreprise
à la petite entreprise. Et voilà.
Mme Rizqy : Merci
beaucoup, M. Noël, on est contents de votre retour. Et je me permets de
m'autocorriger, j'ai dit six au lieu de 16. Désolé. Je n'aime pas induire les
gens en erreur. Je me corrige.
Tantôt,
la ministre vous questionnait à savoir... puis elle disait : Ah, bien, si
c'est juste à cause de l'électricité, je suis inquiète que vous n'êtes
pas rentable. Mais, or, juste pour mettre les choses en perspective, nous, au
Québec, on est sur un marché qui est mondial où est-ce qu'une entreprise doit
faire une compétition, là, assez... parfois même déloyale où est-ce que... Je vais donner des exemples très concrets.
Prenons l'exemple de l'aluminium. Le compétiteur est en Chine, eux ont
accès à des fonds souverains chinois qui, on va se le dire très franchement,
côté environnemental, pas certaine que ce soit leur grande priorité. Est-ce que
je me trompe?
M. Lavigne
(Mathieu) : Bien, c'est pour ça que, par exemple — en
tout cas, l'exemple est très bon — très récemment, on s'est prononcés en
faveur de tarifs à l'importation des véhicules électriques chinois, par
exemple, parce que la concurrence de ces juridictions étrangères là est, à
plusieurs égards, et dans plusieurs secteurs, déloyale, selon nous. Donc, il
faut s'assurer qu'on demeure compétitifs, puis il y a différentes façons. Dans
certains cas, ça peut être via des tarifs;
dans d'autres cas, ça peut être parce qu'on offre des avantages différents,
comme, par exemple, le tarif d'électricité plus bas. Donc, on doit
opérer... on doit composer avec le monde dans lequel on est, c'est-à-dire qu'il
y a des juridictions qui fonctionnent très différemment de la nôtre.
Mme Rizqy : Et,
très rapidement, en 30 secondes. On a, aux États-Unis, aussi maintenant
des marchés qui sont quand même... qui offrent de l'électricité verte, par
exemple l'énergie solaire, beaucoup moins chère. Ça aussi, ça fait partie des
raisons pour lesquelles vous êtes, des fois, sollicités à venir vous établir
ailleurs qu'au Québec.
M. Lavigne
(Mathieu) : C'est pour ça que je disais tantôt dans ma réponse à la
ministre, quand on regarde la concurrence ailleurs, même aux États-Unis, les
tarifs d'électricité, dans plusieurs secteurs, sont même en baisse, parce que
le prix soit de l'énergie solaire ou du gaz naturel...
Le Président (M.
Montigny) :
Merci.
M. Lavigne
(Mathieu) : ...est en baisse. Donc...
Le Président (M.
Montigny) : Merci. Merci beaucoup. Malheureusement, il n'y a plus de
temps pour cet échange.
Mme Rizqy :
Merci.
Le Président (M.
Montigny) : Maintenant, je cède la parole au député de Maurice-Richard
pour 3 min 28 s.
M. Bouazzi : Merci, M. le Président. Vous avez parlé tout à
l'heure des partenariats avec les municipalités, les Premières Nations.
Je voudrais rester sur les questions des municipalités. Est-ce que vous pensez
qu'il n'y a pas des meilleurs mécanismes de
compensation des municipalités qui reçoivent des éoliennes sur leurs terrains,
pour prendre un exemple, que de se retrouver à être copropriétaires
d'une entité qui fournit, donc, Hydro-Québec?
M. Lavigne
(Mathieu) : Bien, c'est-à-dire qu'il y a effectivement plusieurs
projets qui sont des partenariats où les municipalités, où les communautés
autochtones sont partenaires en tant que coentreprises, donc, ils ont des
actions d'entreprises.
M. Bouazzi : Exact.
M. Lavigne (Mathieu) : Pour nous,
c'est... ça peut faire partie de la panoplie de projets qui peuvent être développés. Pour nous, c'est un... Si les
municipalités y adhèrent, c'est qu'elles y trouvent leur compte, manifestement,
donc, c'est un projet qui est intéressant.
M. Bouazzi : Bien, en tout cas,
c'est le seul... c'est le seul modèle qu'on leur propose. Effectivement, elles
adhèrent à l'idée de recevoir de l'argent quand elles ont des éoliennes sur
leur terrain. Ça, on est tous d'accord, on pense que c'est une bonne idée,
hein, ce n'est quand même pas rien de recevoir une éolienne.
Les projets, dont on parle, ils ont... est-ce
que vous avez une idée de l'ordre de grandeur de l'endettement associé à ces...
justement, à ces partenariats pour les municipalités?
M. Lavigne
(Mathieu) : Bien, on fait confiance... on fait confiance aux
élus locaux pour prendre les meilleures décisions pour leurs concitoyens.
M. Bouazzi : Mais est-ce que vous...
Est-ce que vous avez une idée, parce que... Est-ce que c'est 10 millions,
50 millions, 100 millions, un projet d'éoliennes dans une MRC?
M. Lavigne (Mathieu) : C'est un
niveau de détail qu'il faudrait demander aux municipalités concernées, là.
M. Bouazzi : Bien, je vous
informe... je vous informe que les municipalités s'endettent d'un facteur 10,
20, parfois 50, par rapport à leur budget annuel. Est-ce que vous, en tant que
personnes qui comprennent, j'imagine, aux finances, est-ce que vous pensez que
c'est logique, comme investissement, qu'on endette des institutions publiques
d'un ordre de grandeur aussi énorme par rapport à leur budget?
M. Noël (Philippe) : Bien, je pense que ce serait préférable, de notre côté,
évidemment, d'aller à la source, de parler aux municipalités puis de voir, puis
après vous revenir avec cette réflexion-là. De notre côté, on ne l'a pas menée,
en toute transparence.
Cela dit, on a... on s'est commis à plusieurs
reprises sur des projets éoliens et pour faire valoir l'importance d'aller de
l'avant dans un contexte d'acceptabilité sociale, ce qui a souvent lieu, même
si on entend parfois des critiques. Mais, dans les projets éoliens, il y a
souvent de l'acceptabilité sociale et il y a de la demande, donc. Donc, à ce niveau-là, ça nécessiterait, pour... ça
nécessiterait, pour nous, d'aller auprès des municipalités puis peut-être vous
revenir là-dessus.
M. Bouazzi : Bien, je suis persuadé
que vous ne conseillerez pas à une petite compagnie qui a un budget annuel de
1 million ou 2 millions de s'endetter de 50 millions d'un coup.
Leur raisonnement consiste à dire que c'est des
investissements avec zéro risque, parce qu'Hydro-Québec avale tout le risque
derrière, étant donné qu'ils garantissent un prix. Vous savez comme moi
que les investissements avec zéro risque, ça n'existe pas, en tout respect...
tous les raisonnements qui affirment ça.
Ça fait que
nous, on pense qu'il y a peut-être d'autres mécanismes que celui d'endetter ces
institutions publiques pour pouvoir les dédommager et permettre une
acceptabilité sociale, mais sans faire appel à des mécanismes qui ne
fonctionneraient pas, en fait, pour le privé, normalement, mis à part acheter
l'acceptabilité sociale.
Le Président (M. Montigny) : Merci
beaucoup. Le temps est maintenant terminé. Merci. Je cède maintenant la parole
au député de Jean-Talon pour 2 min 38 s.
M. Paradis : Vous vous souviendrez
peut-être qu'en Chambre je suis intervenu pour parler de ce problème d'iniquité
du traitement des PME québécoises sur la question des tarifs. Je le comparais,
par contre, au traitement des multinationales étrangères. Et là-dessus je
m'inscris dans la foulée des questions de Mme la ministre. Je suis intrigué par
le fait que vous, quand vous parlez de la fin de l'interfinancement, vous
semblez vouloir protéger ces tarifs pour les
grandes multinationales étrangères par rapport au résidentiel. Est-ce que j'ai
bien compris que c'est ça que vous nous demandez de faire?
M. Lavigne
(Mathieu) : On ne souhaite
pas la fin de l'interfinancement. On indique même, dans le mémoire,
qu'on croit au principe de l'interfinancement. Ce qu'on ne souhaite pas, c'est
qu'il s'accroisse et qu'il s'aggrave au détriment des PME. Mais on comprend que
les tarifs...
M.
Paradis : Mais ce
rééquilibrage, si j'ai bien compris vos réponses à la ministre tout à l'heure,
vous le souhaitiez plus du côté résidentiel que du côté des tarifs pour
les grandes multinationales, pour l'industrie. Est-ce que j'ai bien compris?
M. Lavigne
(Mathieu) : En fait, nous, ce qu'on souhaite, c'est que la Régie de
l'énergie fixe les tarifs selon le coût réel des coûts d'approvisionnement
d'Hydro-Québec, indépendamment du type de clientèle, que ce soit la régie qui prenne ces décisions-là. Ce n'est pas à
nous de déterminer le tarif approprié. On ne croit pas que c'est une décision
politique non plus, c'est une décision qui doit revenir à un tribunal
indépendant comme la Régie de l'énergie.
• (18 h 10) •
M. Paradis : Très bien. Mais si
l'impact de ça, c'est d'augmenter les tarifs résidentiels puis de protéger ou
de ne pas toucher aux tarifs des grandes entreprises qui ont accès au
tarif L, est-ce que ça vous convient, ça? Est-ce que c'est la solution qui
vous convient?
M. Lavigne (Mathieu) : On ne sera
jamais favorables à des hausses de tarifs, personne n'aime les hausses de
tarifs, mais il faut que ça reflète le coût réel. Il y a des plans
d'investissement importants d'Hydro-Québec, c'est sûr que les tarifs vont augmenter. Donc, ce qu'on souhaite, c'est que ça
augmente de manière équitable. Dans le cas des grandes entreprises,
c'est un cas particulier, parce que, comme on l'expliquait, pour le
tarif L, il y a plein de facteurs de
concurrence internationale qui fait que ces tarifs-là existent pour les rendre
compétitives par rapport à ce qui se fait ailleurs dans le monde.
M. Paradis : Mais vous, là, vous
êtes, hein, vous représentez notamment les PME québécoises, vous n'êtes pas en
faveur, quand même, du maintien d'une partie du pacte qui fait en sorte
qu'Hydro-Québec, c'est une richesse collective qu'on a bâtie nous-mêmes, et que
ça doit contribuer à bâtir notre richesse des PME et des citoyens, des
citoyennes du Québec, d'abord et avant tout.
M. Noël (Philippe) :
Bien, en fait, la préoccupation sur la hausse des tarifs, puisque vous parlez
des PME, c'est qu'en ce moment, là, le nombre de faillites puis
d'insolvabilités, là, a augmenté de manière drastique. On est à 57 % par
rapport à l'été 2023...
Le Président (M. Montigny) : En
conclusion...
M. Noël (Philippe) :
...à l'été 2024. Donc, on jumelle ça...
Le Président (M. Montigny) : Désolé,
le temps est maintenant terminé. Je vous remercie beaucoup pour votre
contribution à nos travaux.
La commission ajourne donc ses travaux jusqu'à
demain, jeudi 12 septembre 2024, après les avis touchant les travaux des
commissions. Merci. Bonne soirée.
(Fin de la séance à 18 h 12)