(Neuf
heures quarante-six minutes)
Le
Président (M. Montigny) :
Bonjour. Alors, à l'ordre, s'il
vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la
Commission de l'agriculture, des pêcheries, de l'énergie et des ressources
naturelles ouverte. Je vous souhaite la
bienvenue et je demande à toutes les personnes dans la salle de bien vouloir
éteindre leurs sonneries de leurs appareils électroniques et de
vérifier, selon le cas.
La commission,
aujourd'hui, est réunie afin de poursuivre les consultations particulières et
auditions publiques sur le projet de loi n° 69, Loi assurant la
gouvernance responsable des ressources énergétiques et modifiant diverses
dispositions législatives.
Alors, Mme la
secrétaire, est-ce qu'il y a, aujourd'hui, des remplacements?
La
Secrétaire : Oui, M. le Président. M. Sainte-Croix (Gaspé) est
remplacé par Mme Blais (Abitibi-Ouest); M. Fortin
(Pontiac), par Mme Dufour (Mille-Îles); et Mme Zaga Mendez (Verdun),
par M. Bouazzi (Maurice-Richard).
Auditions (suite)
Le Président (M.
Montigny) : Merci beaucoup. Alors, ce matin, nous entendrons les
organismes suivants : le Conseil Patronal de l'Environnement du Québec par
visioconférence, l'Union des consommateurs sera avec nous, et le Front commun
pour la transition énergétique.
Alors,
sans plus tarder, je souhaite donc la bienvenue aux représentants du Conseil
Patronal de l'Environnement du Québec. Je vous rappelle que vous disposez de
10 minutes pour votre exposé, puis nous procéderons par la suite à
une période d'échange avec les membres de la
commission. Je vous invite donc à vous présenter et à débuter sans plus tarder votre
exposé de 10 minutes. Merci beaucoup.
Conseil Patronal de l'Environnement du Québec (CPEQ)
Mme Lauzon
(Hélène) : Bonjour. Je vous remercie, M. le Président. Bonjour, Mme la
ministre et Mmes et MM. les parlementaires. Je suis Hélène Lauzon, la PDG du
Conseil Patronal de l'Environnement du Québec. C'est l'organisation parapluie
qui représente le secteur d'affaires du Québec pour toutes les questions
d'environnement et de développement durable, dont les membres génèrent plus de
300 000 emplois directs et affichent des revenus combinés de plus de
45 milliards de dollars. Je suis accompagnée ce matin de
M. Louis Germain, qui est consultant, expert
en énergie et conseiller spécial chez TACT, mais également membre du CPEQ,
l'acronyme de notre organisation. Donc, on vous remercie de nous inviter
ce matin.
À titre de
commentaire général, ce que je vous dirais, c'est que le CPEQ salue d'emblée le
projet de loi comme étant la pièce maîtresse
de modernisation de la gouvernance des ressources énergétiques. Puis nous
constatons que le gouvernement fait preuve de cohérence en s'appuyant
sur l'élément structurant du projet de loi, qui est le PGIRE, là, j'imagine qu'après quelques jours — c'est
le plan de gestion intégrée — tout
le monde connaît l'acronyme, puis aussi en s'assurant qu'il soit
conforme aux orientations gouvernementales tant en matière de développement
économique qu'en matière de respect des orientations en changements
climatiques.
Le CPEQ regrette, par
contre, que le projet de loi ne met pas de l'avant l'efficacité énergétique,
alors qu'elle doit être au coeur même de la
transition énergétique. Oui, elle se retrouve au PGIRE, mais nous croyons
qu'elle devrait faire partie aussi des responsabilités du ministre.
Pour les commentaires
spécifiques, je cède la parole à mon collègue, Louis Germain.
M. Germain
(Louis) : M. le Président, Mme la ministre, MM. et Mmes les députés,
bonjour. Écoutez, je tiens pour acquis que vous avez eu l'occasion, j'espère,
de parcourir le mémoire qu'on vous a soumis la semaine dernière. Pour notre
entretien aujourd'hui, je vais me concentrer et attirer votre attention sur les
points du mémoire qui, à nos yeux, sont les plus importants et qui nous
préoccupent davantage.
Je veux revenir
rapidement sur ce que Mme Lauzon a soulevé tantôt concernant la question
de l'efficacité énergétique. C'est
fondamental dans toute transition énergétique. C'est la pierre angulaire de la
transition énergétique puis elle doit en être au coeur même. Rapidement,
ce qu'on recommande, c'est que cette notion-là soit directement intégrée aux responsabilités du ministre.
L'efficacité énergétique devrait faire partie de façon explicite des
responsabilités du ministre définies à l'article 14.1 du projet de
loi.
• (9 h 50) •
J'y vais
rapidement sur la question du plan de gestion intégrée des ressources
énergétiques. C'est un élément... On salue cette idée-là de réaliser un
plan de gestion intégrée des ressources énergétiques. C'est la pièce maîtresse
et l'élément le plus structurant du projet de loi.
Gardons à l'esprit qu'on n'a pas de politique énergétique au Québec depuis 2015. Alors, l'idée d'avoir un plan de
gestion intégrée des ressources énergétiques va permettre au gouvernement de
faire connaître ses orientations gouvernementales en matière de développement
énergétique et d'avoir une vision puis un horizon sur une période de
25 ans.
Le projet de loi prévoit que le PGIRE doit faire
l'objet d'une consultation. Le CPEQ juge primordial que la population soit
consultée très en amont sur le plan dans le but d'assurer la transparence tout
au cours de son élaboration. Un plan bien conçu facilitera son déploiement,
tout en favorisant l'acceptabilité sociale des nombreux projets
d'infrastructure qui verront le jour dans les communautés d'accueil. Le CPEQ
s'interroge toutefois sur la forme que prendra cette consultation et qui la
conduira, le projet de loi ne donnant aucune indication à cet effet. Cela
mériterait, à notre avis, d'être précisé.
Également, il
est prévu, à l'article 126, que le ministre doit, au plus tard le 1er avril
2026, soumettre à l'approbation du gouvernement la première mouture de
ce plan. En formulant l'hypothèse que le projet de loi soit sanctionné à
l'automne 2024, le PGIRE serait soumis au gouvernement pour approbation
environ un an et demi plus tard. Dans un contexte où il est urgent de se doter
de ce plan, le CPEQ estime que le délai avant la production de sa première
mouture est long et est d'avis que le gouvernement devrait envisager son
devancement, en s'assurant toutefois de donner suffisamment de temps pour la
conduite adéquate d'un processus de consultation.
Concernant le dossier du fonds d'aide à la
clientèle domestique, le CPEQ émet des réserves sur la création de ce fonds,
notamment sur son impact sur les finances publiques, et la pertinence de
maintenir le plafonnement des tarifs d'électricité domestique. L'adoption coup
sur coup, en 2019 et en 2023, de lois portant sur la simplification des tarifs
d'électricité et leur indexation est venue introduire une différenciation dans
le processus de fixation de tarifs entre des catégories de clientèles,
modifiant, par le fait même, le mécanisme d'allocation des coûts et de services
devant être établis par la Régie de l'énergie. Dans un contexte où la
consommation d'énergie doit être faite de façon responsable, la création de ce
fonds, qui a pour objet de maintenir des tarifs bas pour la clientèle
résidentielle, n'est pas de nature, à notre
avis, à envoyer un bon signal de prix pour inciter à une plus grande sobriété
dans la consommation d'électricité.
Un mot sur les fonctions et les pouvoirs de la
régie. À l'article 13 du projet de loi, on introduit dans les
responsabilités de la régie, qui sont définies dans la loi actuelle par
l'article 5, que la régie va pouvoir prendre en considération la maximisation des bénéfices économiques, sociaux et
environnementaux d'énergie. Nous nous interrogeons sur la portée de cet
article qui élargit les fonctions de la régie et l'interprétation qu'il faut en
faire, de savoir si, dorénavant, les facteurs environnementaux et sociaux
seront considérés dans les revenus requis dans le processus de fixation des
tarifs.
Le CPEQ est d'avis que l'article 5 de la
Loi sur la Régie de l'énergie actuel donne la latitude nécessaire à la régie
pour prendre en compte, dans le processus de fixation des tarifs, les
principales orientations du gouvernement en matière de politique énergétique et
de développement durable. Le CPEQ considère que cette question de maximisation
des bénéfices économiques, sociaux et environnementaux de l'énergie est de la
compétence du gouvernement et non d'un organisme de régulation économique comme
la régie.
Concernant la fameuse question d'indexation
d'électricité patrimoniale, j'ai suivi les travaux de la commission la semaine
dernière. On en a beaucoup parlé. Nous nous inquiétons de la disposition du
projet de loi qui prévoit la fin de la
non-indexation du tarif L et des contrats spéciaux. À notre avis, cela conduira
à une augmentation de ce tarif, plus particulièrement dans le contexte
où le PL n° 69 ne règle pas l'iniquité que constitue
l'interfinancement des tarifs domestiques. La non-indexation du tarif L
actuellement en vigueur est un outil que le Québec s'est donné pour permettre
d'attirer des investissements industriels grâce à des tarifs d'électricité compétitifs
et ça doit demeurer. Le CPEQ craint donc des conséquences économiques
potentielles qui sont inconnues et qui, à notre connaissance, n'ont pas été
documentées. Nous recommandons donc de maintenir la non-indexation.
Production d'électricité privée. Le CPEQ note
l'ouverture que fait le projet de loi pour faciliter la production privée.
Toutefois, nous considérons que l'ouverture, elle demeure... demeure très
limitée. Il y aurait possiblement... possibilité de... il y aurait la
possibilité d'ouvrir davantage, notamment sur la question de terrains
adjacents, qui est très restrictive et qui pourrait être plus large. On
pourrait reconsidérer cette notion-là et aussi on pourrait envisager, je pense,
assez facilement de permettre à un producteur de fournir de l'électricité à
plusieurs clients et non à un seul, comme le projet... comme le prévoit le
projet de loi.
L'autorisation des contrats d'approvisionnement,
un mot là-dessus. Le CPEQ constate que le projet de loi fait disparaître, à toutes fins pratiques, l'examen des appels d'offres
par la régie. Le projet de loi maintient, par ailleurs, que la régie
doit approuver les contrats d'approvisionnement des distributeurs
d'électricité, mais prévoit des exceptions pour
lesquelles l'autorisation de la régie n'est pas requise dans le cas de la LRE
actuelle. Parmi les exceptions prévues, il y a les situations d'urgence.
Le CPEQ considère que le concept de force majeure, qui est bien établi en droit
québécois et utilisé dans diverses lois et
règlements, dont le Code civil du
Québec, serait sans doute plus
approprié pour qualifier ce type
d'exception. Pour les deux autres cas d'exception, nous craignons que le
maintien de ces exceptions-là conduise à des processus d'octroi de
contrats qui manqueraient de transparence et qui pourraient avoir
éventuellement un impact sur les prix des contrats qui sont octroyés.
Un point très important qu'on veut soulever
aujourd'hui, qui n'a pas été beaucoup abordé dans le cadre des travaux de la
commission, est celui du plan de développement du réseau de transport, qui, de
l'avis du CPEQ, est une excellente idée, et c'est quelque chose qui était
absolument requis. Donc, nous recevons cette idée-là de manière très favorable,
surtout dans le contexte où Hydro-Québec prévoit, dans son Plan
d'action 2035, investir entre 45 et 50 milliards de dollars... (panne
de son) ...2035, pardon, pour l'ajout de 5 000 kilomètres de lignes
de transport.
Ce
plan est plus que jamais nécessaire. Il permettra d'avoir plus de transparence
et de prévisibilité sur le développement du réseau et favoriserait
l'acceptabilité sociale des projets à venir... (panne de son) ...la question
qui va venir dans la communauté : Mais
où ces lignes vont-elles passer? Et je peux vous dire que la dernière ligne à
haute tension qui a été présentée par
Hydro-Québec, Chamouchouane—Bout-de-l'Île, de 400 kilomètres, une ligne à 735 kilovolts, a
été contestée, et ça s'est retrouvé en Cour suprême. Ce n'est pour ça qu'on
veut.
Un
dernier point avant de compléter, on aimerait soumettre une réflexion à la
commission sur Hydro-Québec. Hydro-Québec a été créée en 1944 ou à peu près,
là, sous le gouvernement d'Adélard Godbout. La réalité énergétique a beaucoup changé. Les fonctions d'Hydro-Québec ont
beaucoup changé. Hydro-Québec ne fait plus de grande hydraulique
aujourd'hui. Il fait beaucoup de choses, s'oriente beaucoup vers le
développement d'éolien. La question qu'on soumet, c'est : Est-ce que le
nom d'Hydro-Québec devrait être revu pour refléter la réalité énergétique
actuelle? On pourrait penser à quelque chose
comme Énergie Québec, par exemple. Alors, on voulait soumettre cette
proposition à la régie pour peut-être en discuter. Merci beaucoup.
Le Président (M. Montigny) : Merci
beaucoup. Alors, je vous remercie beaucoup pour votre exposé. Nous allons
maintenant commencer la période d'échange
avec les membres de la commission. Mme la ministre, la parole est à vous.
Vous avez 16 min 30 s.
Mme
Fréchette : Merci beaucoup, M. le Président. Donc, bien, d'une part,
bonjour à tous, chers collègues. Merci,
Mme Lauzon, M. Germain, d'avoir pris part à cet exercice en nous
présentant votre mémoire. Je vois que vous avez une bonne connaissance
du secteur. Alors, ce sera intéressant de vous entendre plus avant.
Donc,
j'aimerais, en fait, commencer par le rôle que vous associez au gaz naturel
renouvelable dans le secteur industriel.
Dans le contexte de la transition énergétique, quel rôle voyez-vous pour le
secteur du gaz naturel renouvelable? Est-ce qu'il y a une place
significative que vous voyez pour cette source d'énergie?
M. Germain
(Louis) : ...que je pense avoir bien compris. J'espère que vous
m'entendez bien de votre côté.
Mme
Fréchette : On dirait que les communications sont en pointillé.
Le Président (M. Montigny) :
... un petit problème. On semble avoir un petit problème de communication.
Peut-être... Si vous n'avez pas entendu la question de Mme la ministre,
peut-être nous le signifier. Mme la ministre peut peut-être revenir sur son
intervention. Allez-y, M. le témoin.
M. Germain
(Louis) : Je pense que j'ai bien compris la question de la ministre...
(panne de son) ...les besoins, pour les
industriels, en matière d'énergie renouvelable... (panne de son) ...d'y répondre. Est-ce que le gaz naturel renouvelable pourrait être
une option? Est-ce que c'est bien ça?
Mme
Fréchette : En fait, c'est le rôle que vous voyez pour le gaz naturel
renouvelable dans le domaine industriel, donc, oui, les besoins des
industriels, mais aussi leur rôle. Est-ce qu'on devrait travailler pour
susciter un rehaussement de cette demande ou vous voyez un avenir différent?
M. Germain
(Louis) : ...le gaz... je m'excuse.
Mme
Fréchette : Est-ce que Mme Lauzon peut vous entendre?
M. Germain
(Louis) : ...incontournable en matière de transition énergétique, on
ne pourra pas...
• (10 heures) •
Le Président (M.
Montigny) : ...je ne sais pas si c'est la même communication. On va
essayer... on va essayer de s'assurer, pour la communication, que ça fonctionne
bien. Je ne sais pas si Mme Lauzon a le même lien. Parfait. Si,
Mme Lauzon, vous voulez essayer aussi, on peut essayer votre
communication, voir si ça fonctionne bien. Vous pouvez y aller peut-être avec
une... en répondant ou... Vous pouvez ouvrir votre caméra, Mme Lauzon.
Mme Lauzon
(Hélène) : J'entends et je vous vois.
Le Président (M.
Montigny) : Oui, on a besoin de vous voir, nous. C'est nécessaire pour
les travaux de la commission. Alors,
peut-être, allez-y, on va se réessayer encore. Au niveau de la communication,
là, ce n'est pas simple.
Mme
Fréchette : ...
Le Président (M.
Montigny) : Oui, je crois qu'on va devoir, avec la technique, trouver
une autre solution parce qu'on a beaucoup de problèmes de connexion ce matin.
Alors, on va trouver un plan B. Les équipes travaillent là-dessus.
Mme Lauzon
(Hélène) : Est-ce que, M. le Président...
Le Président (M.
Montigny) : Peut-être, on va le réessayer une dernière fois. Allez-y,
Mme Lauzon.
Mme
Lauzon (Hélène) : Est-ce que... (panne de son) ...oui, je m'excuse,
là, vous...
Le Président (M.
Montigny) : C'est beaucoup saccadé. On va réessayer.
Mme Lauzon
(Hélène) : ...change de pièce de notre côté, ça peut aider, là, on...
Le Président (M.
Montigny) : Allez-y à nouveau.
Mme
Fréchette : ...
Le Président (M.
Montigny) : Oui, on va... on va essayer un lien, oui, c'est parfait.
On va suspendre les
travaux. On va suspendre les travaux. On va revenir. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à
10 h 02)
(Reprise à 10 h 04)
Le Président (M.
Montigny) :
Bonjour. Bonjour, tout le monde. Nous reprenons nos
travaux. Nous sommes présentement à changer de témoins. Je vous explique la
situation. On a eu un problème technique avec les témoins précédents. Donc, avec l'accord des membres de la
commission, nous avons choisi d'entendre dès maintenant l'Union des consommateurs, qui était prévue un peu plus
tard aujourd'hui, pour nous permettre de rétablir le lien avec le Conseil
patronal de l'environnement.
Alors,
je souhaiterais tout de suite la bienvenue à l'Union des consommateurs. Je veux
vous dire que vous avez 10 minutes pour votre présentation. Vous
devez vous présenter et entamer tout de suite la période de discussion de
10 minutes avec les membres de la commission. Merci. La parole est à vous.
Union des consommateurs (UC)
M. Dorais
(Maxime) : Mme la ministre, M. le Président, mesdames et messieurs les
députés, je me présente, Maxime Dorais, codirecteur général de l'Union des
consommateurs. Alors, je suis accompagné de ma collègue Joanie Ouellette,
analyste en enjeux économiques et énergétiques.
Permettez-moi de vous
présenter l'Union des consommateurs. Alors, nous regroupons
15 associations de défense des droits
qu'on connaît habituellement sous le nom de l'ACEF. En plus de défendre les
droits des consommateurs et, en particulier, les ménages à revenus
modestes, notre équipe d'analystes et de juristes s'intéresse aussi de près aux
politiques sociales, fiscales et publiques. C'est donc cet éclairage que nous
souhaitons apporter à la commission.
D'entrée
de jeu, j'aimerais vous remercier de votre invitation. Nous sommes très heureux
d'avoir cette précieuse occasion de nous adresser directement aux
législateurs. Cela dit, je ne peux pas vous cacher que nous aurions de loin été plus heureux d'être ici devant vous dans six
mois, dans un an, voire plus, mais avec un PGIRE en main. La présente
démarche est, à notre avis, prématurée. L'élaboration du PGIRE aurait dû être
réalisée avant de se pencher sur le présent projet de loi et avant l'octroi,
par le gouvernement, de blocs énergétiques que nous n'avons pas. C'est pourquoi
nous demandons, et c'est là notre première recommandation, qu'à la suite des
présentes consultations particulières, le gouvernement suspende l'étude du
projet de loi n° 69 jusqu'à ce que l'élaboration du
PGIRE soit terminée. Il n'est pas trop tard
pour prendre un temps d'arrêt et ramener les boeufs en avant de la charrue.
C'est à notre avis une condition essentielle pour que cet immense
chantier collectif, d'une importance capitale pour notre avenir, soit un succès
et un objet de fierté, comme l'a été et continue de l'être Hydro-Québec pour la
population québécoise.
Alors, sur ces
considérations, je céderais maintenant la parole à ma collègue et analyste
Joanie Ouellette.
Mme Ouellette
(Joanie) : Bonjour. Mon intervention va se diviser en trois constats
fondamentaux, chacun accompagné de recommandations.
Sans
plus tarder, premier constat, le financement actuel de la transition
énergétique est injuste. Aujourd'hui, les consommateurs d'électricité
sont appelés à assumer une part démesurée du fardeau financier associé à la
transition énergétique. Pourtant, il est
paradoxal que ce soit eux qui assument ce poids, alors que ce sont les
utilisateurs d'énergies fossiles qui sont à l'origine du besoin de cette
transition. Hydro-Québec doit actuellement développer de nouvelles sources de production pour répondre à une demande
industrielle en pleine expansion, en partie due à la décarbonation, mais
aussi au développement de nouvelles industries. Le coût de ces nouveaux projets
sera répercuté sur les tarifs des ménages, alors que ces derniers ne bénéficieront
que marginalement de cette production supplémentaire. Le défi est clair :
avec les bas coûts de production actuels, toute nouvelle production entraînera
une hausse des tarifs. Non seulement cela, cette nouvelle électricité sera
vendue en dessous de son coût de production à l'industrie. Le manque à gagner
sera comblé via les factures des autres clients d'Hydro-Québec. Ce modèle est
fondamentalement injuste. Les consommateurs résidentiels d'électricité se
retrouvent à financer à la fois la décarbonation et le développement
économique, alors qu'ils ne sont pas responsables du besoin de décarbonation et
ne sont pas les principaux bénéficiaires de
la nouvelle électricité produite. Le projet de loi n° 69
n'aborde pas cette question qui marque pourtant un véritable
renversement dans la mission première d'Hydro-Québec : fournir une
électricité fiable et abordable à tous les Québécois.
Nos
recommandations sont les suivantes : un, déterminer rapidement quels
secteurs doivent assumer le coût marginal des nouveaux approvisionnements; et,
deux, mobiliser d'autres sources de financement pour la transition énergétique.
Second constat :
un risque réel de choc tarifaire menace les ménages qui ne sont pas
suffisamment protégés. Dès 2028, on pourrait
voir des hausses annuelles des tarifs résidentiels de plus de 5 %. C'est
bien au-dessus de la moyenne de
1,5 % des 25 dernières années. Cela s'explique par les
investissements croissants d'Hydro-Québec, la réduction des approvisionnements
issus du bloc d'électricité patrimonial et l'écart entre le coût marginal des
nouveaux approvisionnements et les tarifs accordés à la grande
industrie.
Les mesures d'aide
prévues dans le projet de loi n° 69 ne suffiront pas à protéger les
ménages à long terme. Nous saluons le retour à un principe de tarification lié
aux coûts de service et le rapprochement de la fixation des tarifs par la Régie
de l'énergie, même si nous aurions souhaité que celle-ci s'effectue à chaque
année. Pour ce qui est du programme de soutien aux ménages, celui-ci reste
facultatif et n'a aucun objectif concret de défini, ce qui mène à un flou quant
à la protection réelle à laquelle auront droit les ménages dans le futur. Au
lieu de mettre en place des structures complexes pour aider les ménages à faire
face aux hausses, nous préconisons des mesures permettant de prévenir ces
hausses en priorisant une gestion rigoureuse de la demande énergétique et des
mesures ambitieuses d'efficacité énergétique. Des mesures de soutien
supplémentaires restent tout de même nécessaires pour aider les ménages à faire
face aux hausses tarifaires.
• (10 h 10) •
Par ailleurs, on
constate une volonté d'inciter les ménages à réduire leur consommation
d'électricité en mobilisant les tarifs, et ce, malgré le fait que les tarifs
sont déjà appelés à augmenter. Cette approche repose pourtant sur des constats
erronés en plus d'avoir de graves répercussions sur les ménages vulnérables. En
traitant l'électricité comme un simple bien de consommation, alors qu'elle est
un service essentiel, on détourne une nouvelle fois la mission d'Hydro-Québec.
Nos
recommandations sont les suivantes : un, avoir une approche qui vise
d'abord à limiter les hausses tarifaires, et non à permettre d'y faire face.
Pour cela, limiter le développement de la demande énergétique, notamment
par un soutien important pour des mesures
énergétiques et une sélection accrue pour l'octroi de blocs de puissance.
Deux : garantir aux ménages un
accès prioritaire au bloc d'électricité patrimonial afin d'assurer des tarifs
bas et stables. Trois : développer une stratégie québécoise de
lutte contre la précarité énergétique. Et quatre : inscrire dans la loi un
plafond de hausse de 3 %, comme promis
par le gouvernement. Cette mesure devrait toutefois être complémentaire aux
recommandations précédentes.
Troisième
et dernier constat : le projet de loi n° 69 ouvre la porte à une
libéralisation du secteur de l'électricité. Les services publics comme
l'électricité ne doivent pas être gérés comme des entreprises privées, car
leurs missions divergent fondamentalement. Les services publics doivent
être gérés de manière à servir l'intérêt général, notamment par l'accès
équitable aux services essentiels. Il est également crucial que ces services
soient soumis à des régulations strictes, que leurs structures de gouvernance
soient claires et qu'il y ait transparence et reddition de comptes.
Le
projet de loi n° 69 va dans une direction opposée qui ouvre la porte à la
libéralisation du secteur. Il propose notamment de réduire les processus
de régulation pour répondre plus rapidement aux besoins du marché, il facilite
la vente des actifs d'Hydro-Québec et remet
en question le monopole de distribution de la société d'État, le tout en plus
de compromettre l'accès pour les ménages à une électricité abordable.
Cette libéralisation comporte des risques importants, dont des hausses
tarifaires et une concurrence pour l'accès à la main-d'oeuvre et aux ressources
énergétiques. L'ouverture à la privatisation
est particulièrement préoccupante alors que le gouvernement n'a jamais été élu
sur un tel mandat. La perte de contrôle sur l'actif stratégique que constitue
aujourd'hui l'électricité compromet également le succès de la transition
énergétique. Il est donc crucial d'empêcher toute privatisation du secteur
québécois de l'électricité et d'assumer l'administration de ce service selon
les principes phares d'une saine gestion publique.
Nos recommandations
sont les suivantes : un, accroître la transparence et renforcer la
régulation du secteur énergétique; et, deux,
avoir un contrôle entièrement public de la production, du transport et de la
distribution d'électricité.
En
conclusion, l'électricité est bien plus qu'un simple bien de consommation,
c'est un service public essentiel à la satisfaction de besoins
fondamentaux et au succès de la transition énergétique. Sa gestion doit donc
rester centrée sur l'intérêt collectif. Il
est impératif de préserver la mission d'Hydro-Québec et de protéger davantage
les ménages face aux défis à venir. Nous sommes conscients que nous présentons
devant vous avec de nombreuses préoccupations, mais nous arrivons également avec des solutions et des recommandations,
et nous avons confiance que si ces recommandations sont appliquées, de
nombreux problèmes mis de l'avant ici pourront être solutionnés, notamment le
fait d'avoir des hausses tarifaires, pour les ménages, inférieures à 3 %
par année.
Le Président (M. Montigny) : Merci beaucoup pour votre exposé. Nous allons
maintenant débuter la période d'échange avec les membres de la commission.
Mme la ministre, vous disposez de 16 min 30 s.
Mme Fréchette : Merci beaucoup, M. le Président. Alors, merci, M. Dorais, Mme
Roussin, de votre présence, de nous avoir partagé vos propositions en
lien avec le PL n° 69. C'est très apprécié.
Donc, je vais démarrer la période d'échange et ensuite mes collègues suivront.
Alors, vous avez mentionné, notamment, que vous vouliez des mesures ambitieuses
d'efficacité énergétique. C'est un élément important, je pense, de la transition
énergétique qu'on doit opérer. Le
consommateur doit être amené à modifier ses comportements, à adopter des saines
habitudes de consommation énergétique. Donc, quand vous parlez de
mesures ambitieuses, à quoi référez-vous? Quels seraient des exemples de
mesures qui vous apparaîtraient pertinentes?
Mme
Ouellette (Joanie) : Le côté ambitieux de ce que nous proposons
sous-entend qu'on ne peut laisser une responsabilité individuelle prendre en
charge ce chantier. Ça doit être un chantier qui est accompagné par des efforts
publics sérieux et, eux aussi, ambitieux. Il y a un intéressant rapport
d'écohabitation qui montre que, en faisant un large chantier de rénovations
énergétiques sur l'ensemble du parc locatif... pas locatif, pardon, du parc
d'habitation datant d'avant 2010, nous pourrions libérer suffisamment de
kilowattheures pour répondre à la demande résidentielle issue de
l'électrification des transports. Ça nécessite cependant de mettre en place des
enveloppes importantes destinées à des
travaux pour renforcer l'étanchéité des fenêtres, modifier l'enveloppe
thermique, notamment, des logements, des travaux comme ça, pas
simplement des pommes de douches qui permettent d'économiser de l'eau chaude. Mais l'ensemble de ces travaux
coûterait moins cher que la construction de nouveaux barrages. En somme, ce que
nous concluons, c'est que pour moins que la construction de nouveaux barrages
ou de nouveaux parcs éoliens, on peut
combler le développement de la demande issue du résidentiel. Donc, c'est ce que
nous proposons. Il nous semble que c'est une manière moins coûteuse et plus
efficace, gagnante-gagnante, de venir en aide aux ménages face aux défis de
la transition énergétique et à moindre coût.
Mme Fréchette : Donc vous verriez que ça s'opère via des nouvelles normes en matière de
bâtiments, par exemple, quand vous parlez de lancer un grand chantier?
Mme Ouellette
(Joanie) : Des normes réglementaires seraient effectivement
intéressantes, notamment pour le parc
locatif, donc pour les nouvelles constructions, mais aussi pour le parc
locatif, avoir des habitations qui sont dotées d'une cote de performance
énergétique serait intéressant, également.
Mme
Fréchette : OK, pour faire une sorte de compétitivité.
M. Dorais (Maxime) : ...dont des incitatifs financiers, également, pour les ménages. Je
pense que c'est vraiment au coeur de
la démarche que le gouvernement doit envisager. Donc, ce qu'on dit,
c'est : Ces investissements-là, par le gouvernement, finalement,
c'est des investissements qui vont revenir moins chers que de construire des
barrages. Donc, il faut que, finalement, le
gouvernement mette la main à la poche pour aider les contribuables à avoir une
meilleure efficacité énergétique.
Mme
Fréchette : Si on se penche du côté des ménages les plus vulnérables.
Donc, vous avez parlé de la nécessité de limiter la hausse à 3 %, tel que
notre gouvernement le met de l'avant. Vous mentionniez, à la fin, qu'il
faudrait que cette hausse soit moindre, peut-être, pour des ménages encore plus
vulnérables. Et si c'est le cas, à quel niveau considérez-vous qu'il faudrait
que ce soit fixé, les hausses? Si c'est en bas de 3 %, est-ce que ça vous
semble un seuil adéquat pour les ménages les plus vulnérables ou il faudrait
des mesures additionnelles?
Mme Ouellette
(Joanie) : Peut-être que je me suis mal exprimée. Je pense que le
plafond de 3 % est adéquat, mais que
nous devrions viser à avoir des hausses de moins de 3 %. Je pense qu'en
mettant en place des mesures, notamment, d'efficacité énergétique et de
réduction de la demande énergétique, en ayant une sélection accrue de l'octroi de blocs de puissance, on peut limiter en
donnant en priorité le bloc d'électricité patrimonial aux ménages. Ce
sont toutes des solutions qui permettraient d'avoir des hausses qui, selon
nous, seraient inférieures à 3 %. Toutefois, nous jugeons que le plafond
de 3 % est une sécurité supplémentaire qui est importante, parce que ça
assure aussi une stabilité des tarifs d'électricité, ce qui est important.
Mme Fréchette :
Merci. Je mentionnais, au départ,
qu'il faut tendre vers, parfois, des changements de comportement des gens pour que l'efficacité soit
davantage au rendez-vous. Si je m'en remets à vos mesures proposées, je
vois que c'est surtout le gouvernement et puis les normes résidentielles, le
cadre dans lequel on évolue, qui viendraient
amener les changements souhaités. Est-ce que vous considérez que les
consommateurs eux-mêmes, aussi, ont une part de responsabilité et
devraient modifier, parfois, leurs comportements? Si oui, de quelle façon et à
travers quels incitatifs?
• (10 h 20) •
Mme Ouellette
(Joanie) : Ce que nous considérons, c'est lorsqu'on demande à la
population d'entraîner des changements de
comportement, des changements de consommation, il faut leur offrir une réelle
possibilité d'effectuer ces
changements. À l'heure actuelle, de nombreux ménages ne peuvent pas modifier
leur consommation d'électricité. Cette consommation est destinée, en
très grande partie, à la réponse à des besoins essentiels. Ils ne peuvent
pas... Leur besoin de chauffage ne va pas diminuer parce qu'il y a une campagne
leur disant qu'il faut consommer moins. C'est
pourquoi on met de l'avant des mesures qui passent par le gouvernement, parce
que c'est le gouvernement qui a entre ses mains la capacité de leur donner le
pouvoir de changer ou non leur consommation. On met beaucoup l'accent sur l'efficacité énergétique parce que la
consommation d'électricité des ménages, c'est en majeure partie le chauffage. Le
chauffage dépend de facteurs qui est hors du contrôle des ménages, notamment de
l'efficacité énergétique de leur logement,
mais aussi des conditions météorologiques. On ne peut pas demander aux ménages
de faire des changements qu'ils ne sont pas en mesure de mettre en
place.
Mme
Fréchette : Merci. Je vais laisser la parole aux collègues.
Le Président (M. Montigny) : Parfait.
Merci. Maintenant, la parole est au député de Dubuc. Merci.
M. Tremblay : Bonjour.
Bon matin. Bonjour aux collègues, M. le Président. J'ai entendu... bien, on
entend «injuste», à quelques reprises, «collectif», «le gouvernement devrait
davantage», une espèce de «détournement de la mission d'Hydro-Québec». Tout à
l'heure, malgré le cafouillage plus technique qui peut arriver, monsieur avait
eu le temps de signifier, votre prédécesseur, qu'il faudrait peut-être revoir
le nom d'Hydro-Québec pour le remettre en lien avec sa véritable mission.
Au cours des échanges qu'on a eus la semaine
dernière, bien, il y a un débat qui est ouvert. Certains prétendent qu'il faudrait ralentir la cadence.
Vous avez parlé de la charrue devant les boeufs, de l'inverser. D'autres
croient qu'effectivement... puis la ministre leur a signifié,
évidemment, qu'il faudrait plutôt profiter de la conjoncture, du contexte où
est-ce que, justement, on est actuellement dans l'amorce d'une réflexion
collective et où est-ce que toute cette
démarche-là, qui se présente comme une opportunité, à mon sens, historique, là,
pour le Québec dans le contexte de la
réforme de l'énergie, du potentiel que ça peut impliquer de développement dans
nos régions, de création d'emplois, de nouvelles approches
technologiques de biénergie...
Moi, je comprends bien votre position sur
l'approche consommateur, mais en... dites-moi, ce que j'en comprends aussi,
c'est qu'il faudrait pratiquement isoler... Puis la FTQ était venue signifier
qu'on devrait freiner la démarche, puis de
planifier le PGIRE, puis de revenir ensuite. J'aimerais vous entendre davantage
sur cette position-là, de votre part. Êtes-vous d'accord pour dire que,
quand on entreprend un chantier comme celui-là... Comment on peut isoler un
groupe ou un segment de notre société puis de les protéger, alors que la
démarche est fondamentalement collective et implique l'ensemble, aussi, des
consommateurs et puis des gens du Québec dans une démarche qui n'est pas encore
arrêtée?
On a même
parlé, dans un autre groupe qui est venu présenter, d'une tournée... de la
nécessité d'une tournée des régions pour aller recueillir des commentaires,
mais surtout d'identifier les besoins réels actuels de térawattheures, etc. Ça
fait que vous comprenez? J'ai l'impression
que le frein est un peu rapide, à mon sens. Est-ce qu'il y a des nuances dans
vos propos? Comment vous voyez la fameuse réflexion collective, dans le
contexte?
M. Dorais (Maxime) : Peut-être
commencer par une demande de précision. Vous parlez
d'isoler un groupe. Je ne sais pas
exactement à quel groupe vous
faites référence, est-ce que vous parlez des ménages à revenus modestes
ou des consommateurs résidentiels en général?
M. Tremblay : Oui, exact, tu sais,
isolés dans le sens de les mettre dans un segment à part, de les protéger par
des interventions du gouvernement, qui devraient... Alors que finalement, vous
faites partie de l'équation, vous êtes partenaires aussi avec ceux que vous
défendez. Voilà.
Mme Ouellette (Joanie) : C'est une
question intéressante que nous allons devoir aborder, effectivement,
collectivement. Donc, qui doit financer quel aspect du développement économique
et de la décarbonation de l'économie? Je commencerais par préciser le besoin
urgent de dissocier ces deux objectifs, celui de la décarbonation et celui du
développement économique ne devraient pas requérir les mêmes critères de
financement lorsqu'il est question de l'électricité. On doit... Je pense qu'il
va y avoir une manière de répondre aux besoins de financement de la
décarbonation de l'économie et qu'il doit y en avoir une autre pour le
financement du développement économique, lequel, non, ne doit pas incomber aux
consommateurs résidentiels d'électricité. Ensuite, lorsqu'il est question de
financement, c'est important de prendre en compte le principe de causalité des
coûts. Il faut donc se demander qui est à
l'origine de la dépense que nous sommes en train de faire et qui va bénéficier
de cette dépense. Lorsqu'on regarde cette
situation-là, ce qu'on voit, c'est que, d'un côté — donc, décarbonation, nous sommes encore sur
la même longueur d'onde — ce ne sont pas les consommateurs
résidentiels d'électricité qui sont à l'origine du besoin de décarbonation
parce qu'ils consomment une électricité qui est déjà décarbonée, d'où le fait
qu'il faudra entrer dans le financement... des sources de financement issues
des grands pollueurs. On propose notamment d'utiliser le Fonds
d'électrification et de changements climatiques, mais on pourrait aussi
réallouer toutes les subventions qui sont aujourd'hui destinées à financer les énergies fossiles, par exemple,
pour des fins de décarbonation. Ce sont des exemples, j'imagine qu'il y a d'autres
solutions.
Ensuite, qui
bénéficiera de ces développements? Et ce qu'on constate, c'est que le
développement de la nouvelle production
va bénéficier davantage à la grande industrie. Nous nous demandons donc sous
quelle légitimité, suivant le principe de causalité des coûts, cette
facture incombe aux ménages.
Enfin, un dernier point, que je considère
majeur. Le problème n'est pas en soi que celui du financement de la transition énergétique par les ménages, le
problème fondamental, c'est aussi celui du détournement de la mission de la
transition énergétique pour des fins de développement industriel. Les ménages
se retrouvent donc... se retrouveraient donc appauvris pour financer ce qu'on
appelle la transition énergétique, un projet de société qui n'est finalement qu'un développement industriel déguisé qui mène
très peu à la décarbonation. Donc, notre suggestion, c'est vraiment de commencer par dissocier décarbonation et
développement économique, développement industriel et, ensuite, de revoir
les principes de financement de ces deux fins.
Le Président (M. Montigny) : Maintenant,
je céderais la parole au député de Côte-du-Sud.
M. Rivest : Oui. Merci, M. le
Président. Bienvenue. Bienvenue à vous. Pour faire suite un peu aux propos de
mon collègue, il est certain que c'est intéressant, la sobriété énergétique
puis voir quels pas on peut faire. On est ici à travailler pour bonifier,
améliorer le projet de loi n° 69, s'assurer d'entendre l'ensemble des
visions qu'on peut avoir dans différents secteurs de
l'économie du Québec, mais aussi de la protection des consommateurs, puis de
s'assurer qu'on fait les bons pas. On a aussi mis sur pied, avec le temps, de
nombreux programmes, on peut penser, entre autres, là, je vais vous en nommer
quelques-uns : LogisVert, Éconologis, Rénoclimat. Et ça, dans différents
secteurs de l'économie. On n'en a pas parlé. Vous mentionnez beaucoup que le
gouvernement pourrait faire davantage, faire tels éléments. Que pensez-vous de
ce type de programme là? Leur apport pour les consommateurs pour les domiciles
du Québec pour, aussi, des gens qui peuvent être plus vulnérables? Il y a des
programmes qui ont fait leur marque. Avez-vous
quelques idées pour nous? Et de s'assurer qu'on prenne en compte aussi des
programmes qui existent déjà, déjà sur pied, qu'on peut assurément
bonifier. J'aimerais vous entendre à ce propos.
Mme Ouellette (Joanie) : Nous
reconnaissons que le gouvernement a accéléré ses efforts en efficacité énergétique dans les dernières années et que de
nombreuses annonces dans ce sens ont été faites au cours des derniers mois. Je pense que c'est un pas dans la bonne
direction. Il va cependant falloir penser à des mécanismes pour atteindre davantage
les ménages vulnérables, qui sont souvent locataires ou qui n'ont pas la
possibilité financière de mettre en place des rénovations importantes, donc,
notamment, par exemple, pour des programmes avec... offrant des thermopompes.
C'est très bien, c'est un pas dans la bonne direction, mais lorsqu'il faut
mettre minimum 10 000 $ pour avoir accès à ce programme pour,
finalement, avoir accès à la thermopompe, on ne rejoint pas les ménages vulnérables. Les ménages vulnérables, d'autant
plus, vivent souvent dans des logements qui sont très mal isolés, donc ça
va être difficile, en fait, de les atteindre. Probablement qu'il va falloir
faire des programmes qui visent davantage les propriétaires et non les ménages
directement, sinon il y a un frein. Donc, en fait, il y a deux freins
principaux pour rejoindre ces ménages-là. Il
y a le frein économique et le frein d'information, des barrières, en fait.
Donc, ça, ça va être difficile à mettre en place, mais c'est possible.
• (10 h 30) •
M. Rivest : C'est bien. Vous avez
assurément des bonnes idées. Est-ce que vos... vos idées sont chiffrées? Avez-vous une proposition à faire? Est-ce que...
est-ce que vous avez des idées dans ce sens-là? Comment rejoindre les
clientèles vulnérables : sous forme de subventions, sous forme d'appuis
directs? Est-ce que vous avez ces éléments-là d'une façon structurée,
chiffrée?
Mme Ouellette (Joanie) : Pas d'une
façon chiffrée...
Le Président (M. Montigny) : En
30 secondes, 30 secondes.
Mme
Ouellette (Joanie) : Pas
d'une façon chiffrée. Nous... nous sommes un groupe de protection des
consommateurs. Il faudrait travailler, aussi, avec les groupes de
protection des locataires. Une première étape serait de se doter d'une cote de
performance énergétique pour pouvoir mieux cibler en priorité les ménages qui
sont des passoires énergétiques. Ensuite, j'irais voir du côté des clients qui
font des ententes de paiement avec Hydro-Québec, peut-être, élargir l'accès à
l'information sur ces programmes-là. Et, comme je dis, cibler les propriétaires
également.
Le
Président (M. Montigny) :
Merci beaucoup. Le temps étant écoulé, c'est maintenant le temps de céder la
parole à Mme la députée de Mille-Îles. Vous avez donc
10 min 24 s. Merci.
Mme Dufour : Merci, M. le Président.
Bonjour à tous, chers collègues. Merci, Mme Ouellette, M. Dorais,
pour votre présence et votre mémoire fort exhaustif.
Peut-être continuer sur ce que vous veniez
juste, juste, juste de mentionner, la cote de performance des bâtiments. Il y a eu un projet de loi qui a été
adopté plus tôt, au début de l'année, le projet de loi n° 41, qui vise,
justement, à établir des cotes éventuellement. Mais, de ce que j'ai compris,
éventuellement, si ça va venir par règlement, les bâtiments de plus
grande ampleur, et donc, les plus industriels vont être... vont être... avoir
une cote en priorité, et les résidentiels vont venir vraiment à la toute fin.
Donc, si je comprends bien, vous seriez plutôt d'avis qu'il faudrait commencer
par le résidentiel. Est-ce que c'est bien... c'est bien la nature de votre
propos?
Mme
Ouellette (Joanie) : Je
pense que d'avoir une cote de performance énergétique au niveau de
l'industriel, c'est également important. Mais je pense que les ménages ne
devraient pas passer à la toute fin. Mais l'important, c'est de ne pas en prioriser un sur l'autre. Je pense que
ce ne sera pas les mêmes équipes ou, peut-être, l'équipe est insuffisante,
il faut... s'il faut commencer par un et, dans quelques années, aller à l'autre.
Mais il faut définitivement, dans les prochaines
années, de manière assez rapide, faire une cote de performance énergétique pour
l'habitation, pour le résidentiel.
Mme Dufour : Oui, effectivement, on
a constaté, dans les derniers... dernières années, on a vu beaucoup d'histoires de bâtiments qui étaient des
passoires, des passoires énergétiques, malheureusement, et ce n'est
effectivement pas la faute des locataires qui y vivent et ce seraient
peut-être ceux qui seraient les plus touchés si les tarifs étaient augmentés.
Mais est-ce que ça veut dire que les programmes qui existent actuellement,
comme Rénoclimat, ce n'est pas... actuellement, ça ne fait pas le travail, là,
si je vous entends bien, là.
Mme Ouellette (Joanie) : Nous
n'avons pas fait d'évaluation des programmes existants. Nous sommes en contact
avec nos membres qui sont sur le terrain et parlent avec des ménages. Et ce
qu'ils constatent, c'est que ces ménages-là, des ménages principalement à
faibles revenus, n'ont pas accès à ces programmes, soit parce qu'ils n'en ont pas connaissance,
soit parce qu'ils n'ont pas l'argent suffisant pour avoir accès à ces
programmes. Mais nous n'avons pas fait d'évaluation nous-mêmes de ces
programmes.
Mme Dufour :
Oui, puis c'est évidemment pour les propriétaires, ces programmes-là. Donc, ça
n'a pas d'incidence pour les locataires non plus, puisque les investissements
qui sont requis sont actuellement assez élevés, vous l'avez mentionné, là, vous
parlez de 10 000 $, là, pour une thermopompe, là. Est-ce que...
est-ce que vous... vous voyez, par exemple,
qu'il y avait... avant, dans le passé, il y avait un programme qui s'appelait
RénoVert. Est-ce que ça, c'était
quelque chose que vous aviez analysé, à l'époque? Est-ce que c'est un programme
que vous voyez qui avait comme un impact positif?
Mme Ouellette
(Joanie) : À ma connaissance, nous n'avons pas analysé ce programme.
Mme Dufour :
OK. Parfait. Écoutez, je vais peut-être vous amener, là, sur la question des
tarifs. Vous avez mentionné que vous vouliez
que soit inscrit dans la loi un plafond de 3 % pour l'augmentation
annuelle des tarifs résidentiels.
Sinon, selon ce que j'ai compris, les tarifs, selon vous, pourraient exploser.
Et vous avez même mentionné que ça pourrait monter jusqu'à 5,6 %...
entre 5,6 % et 9 % d'ici 2028. Ça, c'est bientôt, hein, c'est très
bientôt. Pouvez-vous m'expliquer exactement, là, comment ça pourrait exploser,
les tarifs? Surtout qu'on entend le premier ministre
dire que ça ne sera pas plus que 3 %, tant qu'il sera premier ministre.
Mais ce que je comprends par votre propos, c'est que ce n'est pas dans
la loi et donc ça pourrait changer.
Mme Ouellette
(Joanie) : Oui, effectivement. On peut se pencher un peu sur les
chiffres, ils sont importants. Nous avons lancé l'alarme un peu sur le choc
tarifaire, dans les dernières semaines. Cela a été corroboré par de nombreux groupes et experts. Les tarifs devraient,
si rien n'est fait, augmenter de minimalement 5 % à 6 %. Il y a quand
même consensus sur la question. Mais on peut se pencher de plus près sur les
chiffres.
Donc, une première
cause d'augmentation, c'est la montée en flèche des investissements
d'Hydro-Québec qui devraient mener, à eux seuls, à des augmentations d'au moins
5 % par année, donc une augmentation de 60 % d'ici 2035. C'est... Ça
s'ajouterait aux augmentations tarifaires habituelles. Ensuite, il va y avoir
une hausse tarifaire qui va être liée au
fait que les approvisionnements vont provenir de sources de production plus
chères. Donc, présentement, 90 %
des approvisionnements ont un coût de production à 3 cents le
kilowattheure. Les nouveaux approvisionnements vont avoir un coût de
production d'entre 11 et 12 cents le kilowattheure. Donc, les
approvisionnements vont être plus de deux
fois plus coûteux. Ça va très certainement augmenter les tarifs de plusieurs
points de pourcentage chaque année. Enfin, il y a le coût marginal qui
est à prendre en compte, donc le fait que l'électricité coûte plus cher à
produire que ce qu'elle est vendue à la grande industrie. Donc, ils ont un
déficit d'environ 7 cents entre le coût des nouveaux approvisionnements et les
tarifs qui sont payés par la grande industrie. Ça va causer un déficit, pris en
charge par les clients d'Hydro-Québec, de 22 milliards d'ici 20 ans,
donc environ 32 % d'augmentation, ce qui signifie une hausse de
1,6 %, de hausse tarifaire, par année.
Donc, juste avec des
estimations assez conservatrices sur l'impact sur les factures des
investissements d'Hydro-Québec et du coût
marginal, on est déjà à 5,6 % d'augmentation. Et on ne prend même pas
là-dedans en compte le fait que les
nouveaux approvisionnements vont être plus élevés. Donc, certainement, ça va
être plus élevé que 5,6 %.
Mme Dufour : Parfait. Donc, présentement, là, votre compréhension,
c'est que, malgré les propos du premier ministre, actuellement, il n'y a
pas rien qui limite, là, les tarifs dans le projet de loi, là, pour le
résidentiel?
Mme Ouellette
(Joanie) : Dans le projet de loi, il n'y a actuellement rien qui limite
les tarifs. Il n'y a pas de plafond de 3 % dans le projet de loi, et le
programme d'aide aux ménages est entièrement facultatif. Je pense qu'il n'est
pas trop tard pour revenir sur le projet de loi et mettre en place, notamment,
l'allocation en priorité du bloc patrimonial pour les ménages, donc pour les
consommateurs résidentiels. Si nos recommandations sont mises en place, les
tarifs pourront être limités à 3 %, mais présentement, dans le projet de
loi, il n'y a pas de protection.
Mme Dufour : Parfait, merci. Un des éléments qui a été proposé dans le projet de loi
pour, justement, peut-être amoindrir cette hausse, c'est le Fonds d'aide
à la clientèle domestique. Du moins, c'est comme ça que c'est présenté. Vous
n'en parlez pas dans votre mémoire. Est-ce que ce serait possible de vous
entendre sur, sur... votre opinion concernant ce fonds-là?
Mme Ouellette
(Joanie) : On ne parle pas du fonds d'aide tout simplement parce qu'il
n'y a pas d'objectif associé à ce fonds d'aide. Donc, on sait que c'est pour
aider la clientèle domestique. Qui est cette clientèle domestique, déjà? Pour
les aider à quoi? Il n'y a aucun... aucune modalité précise. Donc, c'est un peu
difficile présentement de commenter à quoi va servir ce fonds d'aide. C'est une
bonne chose, je pense, de mettre en place un fonds
d'aide, mais je ne peux pas... Il est difficile de se prononcer sur s'il est
bénéfique, quand on ne sait pas l'argent va provenir d'où et qui va en
bénéficier.
Mme Dufour :
Oui, et si les tarifs sont limités à 3 % et qu'il y a des déficits. Parce
que, vous l'avez... vous l'avez expliqué, là, que ça pourrait monter de...
jusqu'à 5,6 % par année. Le fonds d'aide viendrait combler cette différence. Mais, dans le fond, ce serait payé
comment, ce fonds d'aide là, selon vous? Ça viendrait d'où les... l'argent qui
serait mis dans le fonds d'aide? Nos impôts, j'imagine?
Mme
Ouellette (Joanie) : Pas nécessairement les impôts. Moi, je ne peux
pas me prononcer, l'argent va venir d'où. Ce
n'est pas indiqué dans le projet de loi. Ça pourrait venir directement du
dividende d'Hydro-Québec versé au gouvernement, ce qui pourrait avoir
tout de même un impact sur les contribuables. Mais je ne suis pas en mesure de
me prononcer d'où viendra l'argent.
• (10 h 40) •
Mme Dufour : Merci.
Peut-être...
M. Dorais (Maxime) : ...dans le fond, vraiment revenir au fait que, pour nous, là, c'est
un... la question du 3 %, c'est un garde-fou. Donc, ce qu'on vous dit,
c'est il y a plein de solutions pour éviter d'avoir recours à des méthodes
compensatoires pour éviter d'excéder le 3 %. Donc, les solutions sont là.
Mais ce qu'on vous dit, c'est : Dans l'état actuel des choses, nous, on
commente le projet de loi, et ce qu'on voit dans le projet de loi en ce moment
ne nous indique pas que les tarifs ne
pourront pas excéder 3 %. Mais les solutions sont là. Et évidemment notre
recommandation, c'est de tout faire en sorte pour ne pas avoir à les compenser,
le... une augmentation de tarif qui serait normalement de plus de
3 %.
Mme Dufour : Parfait.
Merci beaucoup. D'emblée, vous êtes arrivés en disant que vous auriez préféré
que le PGIRE soit déjà fait avant d'arriver
ici. Et vous dites dans votre mémoire, dans le fond, que tous les changements
qui sont proposés se sont faits sans débat public. Et vous avez même mentionné
que les blocs d'énergie, dans le fond, ont déjà été attribués, la... une grande
partie, sans qu'il y ait eu ce débat public là. Donc, si je comprends bien,
vous auriez souhaité une conversation nationale de la société entière, avant
même qu'on soit assis ici pour discuter, là.
Mme Ouellette
(Joanie) : Du moins, de toute personne qui souhaite participer à ce
débat et une discussion sur les principes devant guider cette transition
énergétique là. D'où le fait qu'elle aurait dû avoir lieu avant d'octroyer, en
fait, une grande capacité électrique à certaines filières. Mais ensuite il y a
une conversation, aussi, sur plusieurs scénarios de transition. Donc, il faut
discuter des principes, mais il faut aussi s'entendre ensemble sur quel
scénario est le plus bénéfique pour le Québec.
Mme Dufour : Tout
à fait. Bien, écoutez, je vous remercie beaucoup pour votre temps. Il reste
quelques secondes seulement. Alors, merci.
Le Président (M.
Montigny) :
Merci beaucoup. Le temps étant écoulé, je vais
céder maintenant la parole au député de Maurice-Richard. Vous disposez donc de
3 min 28 s.
M. Bouazzi : Merci.
Merci énormément pour votre contribution. Elle est vraiment importante, surtout
que la question des tarifs d'électricité
pour les particuliers est centrale, même dans l'existence même d'Hydro-Québec,
hein, et son histoire. Ça fait que merci.
Je voudrais juste
revenir, pour être sûr que tout le monde comprenne de quoi vous parlez quand on
dit que le fait qu'il y ait du développement
économique ou même de la décarbonation des industries, dans les prochaines
années, va augmenter nécessairement le prix des particuliers si ce...
ces nouveaux développements sont, si on veut, répandus par tout le monde à la
fois, et les particuliers et les... et les industries.
Mme Ouellette
(Joanie) : Ah! Oui, effectivement, c'est ce qu'on dit.
M. Bouazzi : Donc, ce que je comprends de ce que vous dites,
c'est : En gros, les tarifs, c'est comme une marée qui monte, là;
si les nouvelles électricités coûtent, en sous, voire même, plus cher du
kilowattheure, bien, la moyenne qu'on va
faire payer au monde, bien, va augmenter. Et comme les tarifs qu'on a au niveau
patrimonial est autour de trois sous ou même, possiblement, moins,
suivant les barrages, bien, on va se retrouver à faire payer toute la nouvelle
électricité pour l'industrie aux particuliers.
J'aimerais vous
entendre sur ce qui a déjà été distribué sur les 18 derniers mois. Est-ce
que vous pensez que ça va augmenter les prix, à terme? Et, si oui, est-ce que
vous avez évalué de combien?
Mme Ouellette
(Joanie) : Ce qui a déjà été distribué, dans la dernière année et
quelques, c'est... il y a le tiers de la croissance de la production
d'Hydro-Québec qui est estimée d'ici 2035 qui a déjà été donnée et pour des
objectifs de développement économique. Donc, vous étiez là, la semaine
dernière, lorsque M. Sabia a réitéré le fait que leur objectif était de
25 % de nouvelle production destinée à la croissance économique. On l'a
déjà dépassé, ce 25 % là. Donc, ce qui
a déjà été donné, il va y avoir un impact sur les ménages, à cause qu'il va
falloir en produire encore plus, maintenant, pour répondre aux besoins
de décarbonation. Mais encore plus parce que la... ces industries-là qui
bénéficient de ces contrats-là paient moins que ce que les nouveaux barrages
qu'on va construire pour répondre à leur demande... Ils paient moins que ce
coût-là. Donc, il y a un déficit de plusieurs millions de dollars qui va être
pris en charge par les ménages. Nous n'avons
pas estimé l'impact de l'octroi de ces blocs-là sur les factures d'électricité,
mais, juste pour Northvolt, ça a été évalué à 13 $ par ménage par
année, par Jean-François... Jean Pierre Finet. Et donc vous pouvez étendre cela
aux autres... aux autres grandes industries.
M. Bouazzi : Donc,
13 $ par année d'électricité, à part évidemment les 6 milliards
d'argent public, 3 milliards pour le Québec et 3 milliards pour le
fédéral, qu'on paie autrement par nos impôts, évidemment.
Ça fait que je veux juste être sûr. Donc, ce que
vous dites, c'est qu'Hydro-Québec est arrivée avec un plan, ils ont dit : 75 % décarboné, 25 %
de nouvelle économie; ce qui a été distribué sur la dernière année dépasse déjà
le 25 %. Son coût va évidemment
dépasser le cinq point quelques sous du kilowattheure qu'on leur fait payer. Et
à terme, bien, c'est tout... si on ne
fait pas... si on ne suit pas vos recommandations qui consistent à dire :
Protégeons les consommateurs, tout le monde va payer plus cher.
Mme Ouellette (Joanie) : Oui.
Le
Président (M. Montigny) : ...écoulé. C'est maintenant le temps de céder la
parole au député de Jean-Talon. Merci.
M. Paradis : Alors, voyons, donc, si
j'ai bien compris. Vous dites : L'article 28 du projet de loi
n° 69 prévoit que le financement des mesures de transition énergétique...
vont finalement être payées par les ménages, les consommateurs. Vous dites dans votre mémoire que l'article 30, qui
met fin... ouvre la porte à ce qu'on arrête l'interfinancement. Donc, des tarifs plus élevés pour les ménages. Vous
dites que l'intensification des investissements d'Hydro-Québec, au fil
des prochaines années, va entraîner aussi une augmentation du coût marginal et
donc une diminution du bloc patrimonial qui fait qu'on paie moins cher, les
ménages. Vous demandez de prévoir l'insertion du plafond à 3 % maximum
d'augmentation par année, parce qu'il n'est pas dans le projet de loi
n° 69. Est-ce que je comprends bien que vous êtes en train de dire, à
travers tout votre mémoire, que le projet de loi n° 69 met la table à une
augmentation des tarifs pour les ménages au-delà de 3 % par année?
Mme Ouellette (Joanie) : Oui,
effectivement. Donc, il met en place les conditions pour des augmentations de
tarifs importantes, substantielles, et il ne vient pas protéger les ménages
face à ces hausses. Et j'ajouterais même que l'article 130 vient demander
à ce que la Régie de l'énergie mette en place un tarif pour inciter les ménages
à réduire leur consommation, alors que leur
consommation n'est pas astronomique. Ils ont une consommation d'électricité
qui sert à des besoins essentiels et que les tarifs sont déjà appelés à
augmenter. Donc, pourquoi vouloir augmenter encore davantage les tarifs, là?
M. Paradis : Très bien. Vous nous
dites par ailleurs que l'article 38 du projet de loi n° 69 prévoit un
affaiblissement du monopole de distribution d'Hydro-Québec et que
l'article 116 du projet de loi n° 69, qui autorise Hydro-Québec à
vendre des actifs de production, ça ouvre la porte à la libéralisation et donc
à la privatisation de la production d'énergie. C'est bien ce que vous dites?
Mme Ouellette (Joanie) : C'est bien
ce qu'on dit. Et un peu partout, là où il y a eu privatisation, il y a
également eu augmentation des tarifs.
M. Paradis : C'est ça, l'expérience
que vous nous rappelez, c'est que la privatisation, ça mène à une augmentation
du coût de l'électricité pour M. et Mme Tout-le-monde. C'est bien ça?
Mme Ouellette (Joanie) : C'est bien
ça, en plus d'une augmentation de leur volatilité.
Le Président (M. Montigny) : 30 secondes.
M. Paradis : Et vous dites aussi,
vous avez commencé par ça : On ne devrait pas être ici, parce qu'on n'a
jamais eu le plan du gouvernement, on ne sait pas où est-ce que le gouvernement
veut s'en aller avec le projet de loi, au
terme de ces consultations qui se terminent jeudi. Quelle invitation faites-vous
à la ministre Fréchette... à la ministre de l'Énergie?
Mme Ouellette (Joanie) : Nous
recommandons à la ministre de l'Énergie de suspendre l'étude détaillée du
projet de loi n° 69, de mettre en place, peut-être, une commission
particulière ou une instance indépendante chargée de prendre... de mettre en
place un large débat...
Le Président (M. Montigny) : Merci
beaucoup. Désolé, le temps est écoulé...
Mme Ouellette (Joanie) : ...et
d'avoir un PGIRE.
Le
Président (M. Montigny) : Je vous remercie beaucoup pour votre contribution
aux travaux de la commission.
Je vais suspendre les travaux afin de permettre
au prochain groupe de prendre place. Nous allons reprendre des échanges avec le
Conseil Patronal de l'Environnement du Québec. Merci.
(Suspension de la séance à 10 h 49)
(Reprise à 10 h 51)
Le Président (M.
Montigny) : Alors, bonjour, tout le monde. Nous reprenons nos travaux.
Nous allons reprendre la partie avec le Conseil Patronal de l'Environnement.
Mme la ministre, vous allez disposer de 16 minutes. Rebienvenue au Conseil Patronal de l'Environnement. Mme la ministre, je vous cède la parole maintenant pour
16 minutes.
Conseil Patronal de l'Environnement
du Québec (CPEQ) (suite)
Mme Fréchette :
Oui. Merci, M. le Président. Alors, en espérant que cette fois-ci sera la
bonne. Rebonjour à vous deux. Donc, voilà,
j'avais lancé la première question, je ne sais pas si vous l'aviez captée, mais
c'était sur, donc, le gaz naturel renouvelable : Quel rôle, quelle
importance voyez-vous pour le gaz naturel renouvelable pour le secteur
industriel? J'aimerais vous entendre sur cette question.
M. Germain (Louis) : Je vous dirais que le gaz
naturel renouvelable... Le gaz naturel tout court, au départ, là, est
essentiel pour assurer la transition énergétique, parce qu'il y a encore des
secteurs industriels qui doivent se débarrasser des hydrocarbures, qui sont
plus émetteurs de GES que le gaz naturel. Ça fait que, si on y allait de manière progressive, on ferait... on
privilégierait le gaz naturel à toute forme d'hydrocarbure plus lourd, et le
gaz naturel renouvelable est encore l'option préférable. Il va falloir
que ça se développe puis que ce soit accessible à des prix qui sont compétitifs
avec les autres prix des hydrocarbures auxquels on doit recourir.
Donc,
pour compléter ma réponse, le gaz naturel renouvelable est essentiel aux
besoins industriels du Québec. Dans un contexte aussi où il y a des
activités industrielles qu'on ne peut pas électrifier et dans un contexte aussi
où... où l'électricité n'est pas toujours disponible au moment où on en aurait
besoin.
Mme
Fréchette : D'accord. Merci. Si c'était possible de rehausser un peu
le son, lors des réponses, ce serait apprécié. Merci. Donc, vous mentionnez,
dans votre mémoire, que vous êtes d'accord, là, avec le droit de produire de l'électricité privée et de la distribuer. Vous
proposez aussi d'élargir ce droit pour répondre aux besoins du Québec.
Donc, est-ce que vous pouvez nous en dire plus, là, sur cette possibilité
additionnelle que vous verriez qui devrait être mise de l'avant? Et en quoi ça
pourrait aussi aider ou accélérer la transition énergétique?
M. Germain
(Louis) : La transition énergétique, ça veut dire qu'on veut
électrifier l'économie du Québec puis qu'on
veut décarboner l'économie du Québec. Ça veut dire qu'il faut avoir la
production d'énergies renouvelables pour pouvoir le faire. Et, nous, ce
qu'on pense, c'est qu'actuellement Hydro-Québec, avec son parc de production puis les équipements de production privée qu'on a
au Québec, on peine à suffire à la demande qui, elle, va augmenter. Ça
fait que ce qu'on dit, c'est : Donnons-nous un outil supplémentaire pour
être capables de répondre à la croissance de la demande en favorisant davantage
de production privée.
L'ouverture qui est
faite dans le projet de loi est bien reçue, sauf qu'elle est quand même
limitée. Il faut que ce soit sur un terrain adjacent, donc il n'y aurait pas de
possibilité pour un producteur d'électricité de transporter son électricité via le réseau du transporteur vers le
consommateur. Ça pourrait être une option. À ce moment-là, le producteur
d'électricité pourrait payer l'utilisation du réseau d'Hydro-Québec. Et aussi
on limite la production privée à un seul consommateur,
c'est-à-dire qu'un producteur d'énergie qui est en autoproduction, par exemple,
peut fournir de l'électricité à un seul consommateur. Ce qu'on dit,
c'est qu'il devrait pouvoir livrer de l'électricité à plusieurs consommateurs,
ce qui fait que, les consommateurs, s'il y en a deux ou trois, bien entendu,
leur coût pour accéder à cette électricité-là serait moins chers, et ça
permettrait, surtout quand on est à un bout de réseau, là où le réseau est
peut-être un peu plus faible, de pouvoir un peu décentraliser la production
d'énergie puis de répondre aux besoins des consommateurs d'électricité, encore
là, quand ils en ont besoin.
Mme
Fréchette : Merci. Pour les secteurs industriels, est-ce que vous
considérez qu'il y en a certains de ces secteurs industriels pour lesquels ce
ne sera pas possible d'électrifier le secteur? Et comment est-ce qu'on pourrait
amener ces secteurs-là à se décarboner, si l'électrification n'est pas la
réponse simple?
M. Germain (Louis) : C'est sûr que souvent, dans les... il y a certains des procédés
industriels qui empêchent l'électrification parce que la consommation
d'électricité serait trop grande, les chaleurs à atteindre seraient trop
grandes, et on n'a pas les moyens de pouvoir le faire, ce qui fait qu'on doit
pouvoir recourir à d'autres types de sources d'énergie comme des hydrocarbures
par exemple. Alors, dans ce cas-là, ça peut être plus difficile de le faire.
Les options qui
peuvent se présenter sont, bien, de pouvoir recourir à des sources carbonées,
mais qui seraient peut-être moins émissives, première des choses. Deuxièmement,
il y a toujours la possibilité de pouvoir capter le CO2 qui est émis
par des procédés industriels, donc de capter et de séquestrer le CO2
qui est émis au niveau des cheminées, s'il
n'y a aucune possibilité de pouvoir électrifier. L'enjeu que ça soulève, c'est
que, quand on fait ça, il y a des coûts. Et c'est sûr que, pour un
industriel qui voudrait pouvoir décarboner ses opérations, ne pouvant pas le faire par l'électrification, il est obligé de
passer à des équipements de captation puis de séquestration du CO2.
Les coûts peuvent être importants, mais c'est une option. Puis j'imagine
que les options de captation de CO2, c'est des technologiques qui
sont appelées à se développer et, probablement, vont devenir plus abordables
dans le temps.
Mme Fréchette : C'est ce qu'on
souhaite. Merci. Je vais céder la parole aux collègues, M. le Président.
Le Président (M. Montigny) : Merci beaucoup. Alors maintenant, un collègue du
gouvernement. M. le député de Gatineau, je vous cède la parole.
M. Bussière :
Oui. Bonjour. Bienvenue à notre consultation. Quel avantage voyez-vous dans le
fait que la Régie de l'énergie approuve les contrats de provisionnement en
électricité qui sont issus d'un processus compétitif tel que les appels
d'offres?
M. Germain
(Louis) : Donc, dans le mémoire, vous l'avez probablement noté, on a
soulevé une inquiétude par rapport à la disparition de l'examen des appels
d'offres par la Régie de l'énergie. On maintient quand même la possibilité
d'examiner des contrats, mais on prévoit des exceptions qui pourraient
soustraire l'examen des contrats par la Régie de l'énergie.
Ce qu'on pense, c'est
que le processus d'appel d'offres puis d'examen des contrats par la Régie de
l'énergie, actuellement, est un processus qui était bon, qui était valable puis
qui permettait d'avoir une certaine transparence. Parce que, quand la régie se
penche sur un dossier, tout ça c'est public, et ça permet aux intervenants puis
aux parties prenantes de pouvoir intervenir,
poser des questions devant la régie. Et ça donne un processus qui est plus
transparent, aussi, puis qui permet à tout le monde de savoir, bien,
s'il y a un appel d'offres qui est fait puis s'il y a des contrats qui sont
délivrés, à quel coût les contrats sont délivrés et est-ce qu'on est allés au
meilleur coût. Et la Régie de l'énergie va s'assurer que, s'il y a des appels
d'offres et des contrats qui sont délivrés pour de la production privée, notamment, ça va se faire au meilleur coût. Et ça,
on craint que, si la Régie ne se penche pas sur ces questions-là, bien,
ça va être un peu plus opaque, et on craint qu'il y a des coûts qui ne nous
seront peut-être pas connus et que, surtout, les intervenants ne pourront pas
questionner.
M. Bussière :
Merci.
Le Président (M. Montigny) : Bonjour, M. le député de Côte-du-Sud. C'est à
votre tour. Je vous cède la parole maintenant.
M. Rivest :
Merci à vous. Vous avez... Bon, vous savez, on cherche, là, à trouver un point
d'équilibre. On parle du domestique, on
parle du volet de l'industriel, on parle de l'indexation du tarif L. Est-ce que
vous pouvez nous aider à voir de quelle façon, là, bien que vous ne
semblez pas, là, en faveur du fonds d'aide aux tarifs, là, au niveau domestique, de quelle façon... Si vous aviez à
proposer, justement, un plan, là, qui pourrait nous aider à trouver ce point
d'équilibre là, de quelle façon pourriez présenter ça? D'autant plus que vous
avez mentionné aussi que le rôle de la Régie,
s'il veut élargir son mandat pour des bénéfices économiques, sociaux et
environnementaux... bien, vous êtes aussi dans cette crainte-là, là,
d'une répercussion en lien avec les tarifs. Si vous aviez à faire un plan, si
vous aviez une baguette magique, de quelle
façon vous pourriez proposer au gouvernement d'avoir ce point d'équilibre là
entre l'industriel, entre le
domestique, entre les PME, puis de s'assurer d'avoir des tarifs qui permettent
d'assurer la transition énergétique puis qui soient aussi équitables
pour tous?
M. Germain
(Louis) : À mon avis, vous savez, on n'est pas loin de cet
équilibre-là. C'est juste qu'il y a des éléments qui font en sorte qu'on a créé
des déséquilibres. Au départ, les tarifs au Québec sont bas puis, admettons-le,
ils sont bas pour tout le monde, sont bas pour une clientèle résidentielle,
sont bas pour les clientèles d'affaires puis ils sont bas pour les clientèles
industrielles.
Au
niveau des clientèles industrielles, la préoccupation qu'on a soulevée, c'est
que le tarif L, qu'on a toujours jugé compétitif puis qui apparaît bas, quand
on regarde que ça coûte, je ne sais pas, moi, 5 cents le kilowattheure...
Aujourd'hui c'est beaucoup moins vrai et
c'est beaucoup moins vrai parce que plusieurs juridictions ont développé leur propre
production d'énergies renouvelables à des coûts très inférieurs à ce qu'ils
faisaient avant. Ce qui veut dire qu'Hydro-Québec, qui produisait de
l'électricité à pas cher, puis nos parcs éoliens qui produisent de
l'électricité à des prix très intéressants... Bien, tout le monde le fait
ailleurs dans le monde aussi. Ce qui fait que le tarif L est un avantage qui doit être maintenu parce que ça
attire des investissements. Puis, en plus, le tarif L, il ne faut pas le
prendre tout seul en disant : Il coûte tant aux consommateurs d'énergie. Il
faut considérer que le tarif L sert à des industriels de pouvoir se
développer, maintenir leur compétitivité, créer de l'emploi puis faire des
retombées fiscales. Ça, c'est le côté affaires industrielles.
• (11 heures) •
Côté consommateurs
résidentiels, ce qu'on dit, c'est qu'il faut envoyer un signal de prix. Moi, si
je paie mon kilowattheure d'électricité chez nous à 8,25 cents puis qu'il
est financé à 13 % ou 30 % par les clientèles d'affaires... pas que
ce soit équitable. Et on a soulevé, en début de mémoire, que la question de
l'efficacité énergétique doit être à l'avant-plan.
Il faut envoyer un signal aux consommateurs de toutes sortes, industriels,
résidentiels, de pouvoir consommer son électricité de manière plus
rigoureuse, je dirais.
Alors, ça fait qu'on
n'est pas loin de l'équilibre. Ce qu'on dit, c'est : Maintenons la
compétitivité du tarif L, indexons les tarifs d'électricité selon le processus
d'indexation habituel déterminé par la régie et maintenons tous les pouvoirs
d'examen des tarifs à la Régie de l'énergie. Il ne faut pas que le gouvernement
se mêle de la détermination des tarifs.
C'est une responsabilité qui, à notre avis, appartient directement à la régie,
c'est à elle de le faire et c'est elle qui va trouver l'équilibre
dans... parce que... dans... pour répondre à votre préoccupation.
M.
Rivest : Très bien. Est-ce que... Vous parliez aussi de la production,
là, privée d'électricité. Jusqu'où vous pensez qu'on pourrait aller dans ce
type d'idée là, qui correspondrait aux besoins de vos membres, là? Je crois
qu'on parle d'environ 300 entreprises. Avez-vous des liens directs ou une
idée qui vient d'un besoin de vos membres et qui vous permet, là, d'affirmer
puis de proposer, là... bien, d'abord, d'être d'accord avec ce volet-là de
pouvoir permettre, là, sous conditions, certains volets de production pour des
entreprises éloignées où qu'il y a des réseaux de transport plus complexes?
Est-ce que c'est un besoin, selon vous, de vos entreprises?
M. Germain
(Louis) : Bien, ce qu'on entend, au CPEQ, puis ce qu'on entend
ailleurs aussi, c'est l'intérêt des consommateurs industriels d'électricité,
notamment, puis des PME aussi, dans une certaine mesure, de pouvoir avoir accès
à de l'électricité, première des choses, et à des prix compétitifs. Si j'ai une
installation industrielle puis que je suis capable d'avoir... de faire de
l'autoproduction à des prix qui vont réduire mes coûts d'opération, parce que
souvent la facture d'électricité peut occuper entre 30 % et 40 % des
coûts d'opération... bien, si je suis capable de pouvoir autoproduire mon
électricité à des prix équivalents ou plus bas que ce que fait Hydro-Québec,
bien, les gens ont beaucoup d'intérêt à
pouvoir le faire. On entend beaucoup ça. Ça se passe ailleurs au Canada,
d'ailleurs. Il y a des entreprises qui sont installées ailleurs au
Canada qui peuvent... qui peuvent bénéficier de l'autoproduction pour répondre à leurs besoins dans des conditions
beaucoup plus souples que ce qui se passe au Québec. Alors, c'est ça qu'on entend
de la part des membres d'affaires.
M. Rivest : Dans ce que... dans ce que vous entendez, quel
type de production, à ce moment-là, est privilégié?
M. Germain
(Louis) : Bien, la plus facile, je dirais, c'est de planter une
éolienne à côté de son usine, comme certaines
mines qui sont situées dans le Nord du Québec. Et l'industrie solaire... les
panneaux solaires sont des équipements qui sont assez faciles à installer aussi
sur... à proximité, sur le terrain adjacent, sur le terrain adjacent ou
directement sur le toit de... sur le toit de l'installation.
M. Rivest : Peut-être...
Merci. Comme dernière question, vous en avez... vous avez abordé ça en disant
que ce n'était pas beaucoup abordé dans le projet de loi, en spécifiant que, le
plan de développement du réseau de transport, il y a un lien direct entre ce
plan-là, entre la mise sur pied de ce qu'Hydro met aussi comme budget pour
développer un réseau de transport efficace, mais aussi le volet de
l'acceptabilité sociale. Auriez-vous des éléments que vous pouvez proposer à la
commission pour s'assurer qu'on voie venir d'avance ces besoins-là de transport
et ce volet-là de s'assurer qu'on fasse bien ça avec les communautés, avec les
municipalités, avec les territoires publics, avec les communautés autochtones?
De quelle façon vous pourriez nous aider à bonifier, là, ce volet-là, qui est
très important, en fait?
M. Germain
(Louis) : C'est très important, puis vous mettez vraiment le doigt sur
un point extrêmement sensible. On l'a dit
dans la présentation du mémoire, 5 000 kilomètres de ligne sur le territoire
du Québec, il va falloir passer ça quelque part et
il va y avoir des enjeux importants d'acceptabilité sociale. Comment on
contourne ça? Bien, justement, on a un PGIRE
puis on va avoir un plan de transport. Déjà, c'est deux excellents outils qui
vont permettre de préparer le
terrain, si vous me prêtez l'expression, pour être capables de recevoir les
infrastructures de transport d'énergie.
Mais,
une fois qu'on a dit ça, il faut que l'ensemble de la... que tout le Québec
soit mobilisé autour de la transition énergétique. Parce que demain
matin, si on va vers des objectifs de production d'énergie, tel que c'est prévu
dans les plans d'Hydro-Québec, bien, ça a une conséquence. Il va y avoir des
incidences à plusieurs niveaux. Ça va prendre des
nouveaux équipements de production puis des nouvelles lignes transport. Ça veut
dire qu'il faut que le gouvernement, quelque part, prenne acte de ça et prenne
les moyens nécessaires pour faire connaître sa transition énergétique,
mobiliser l'ensemble de la population du Québec et des communautés pour
être prêtes à accueillir les infrastructures que ça va impliquer. Parce que
c'est à peu près sûr qu'il va y avoir des obstacles un peu partout sur le
territoire si on n'a pas planifié puis amené les populations à être prêtes à
recevoir ces infrastructures-là le plus en amont possible. C'est ce qu'on dit. Il faut... Il faut que le PGIRE, entre
autres, il fasse ces consultations le plus en amont possible. Il faut que le
gouvernement ait une stratégie, puis peut-être pas tout seul, avec les
distributeurs, avec les parties prenantes, pour essayer de préparer la
population à la transition énergétique, parce que ça ne se fera pas
nécessairement simplement.
M. Rivest : Merci.
Le Président (M. Montigny) : Merci
beaucoup. Alors, il reste un peu de temps, 1 min 25 s. Je céderais la parole
au député de Rouyn-Noranda—Témiscamingue.
M. Bernard : Merci,
M. le Président. Bonjour. Merci d'être là. Je vais revenir sur
l'autoproduction. Les... Vous avez donné des exemples de mines, puis aussi on a
des entreprises forestières qui font de la cogénération, et autres, pour leurs besoins. Mais, quand vous dites
d'élargir au niveau des consommateurs... Les projets que moi, je connais...
Par exemple, chez... chez nous, les gens font de la cogénération. C'est
Hydro-Québec qui achète les surplus puis qui redistribue.
Quand vous voyez... Vous, vous parlez de distribution puis de consommateurs.
Est-ce que vous pensez que c'est le producteur qui devrait le faire
directement ou par l'intermédiaire d'Hydro-Québec? Parce que, là, on revient
dans la notion de privatisation, qui fait craindre beaucoup aux gens, là, ici,
en commission parlementaire.
M. Germain
(Louis) : ...bien, il y a plusieurs modèles, hein, vous savez. La
cogénération, c'est un excellent modèle. Et,
ça aussi, c'est... c'est de l'autoproduction. Et le fait d'avoir une entente,
de faire un contrat d'approvisionnement avec Hydro-Québec permet à
Hydro-Québec d'obtenir l'énergie et de la puissance.
Le Président (M. Montigny) : 15 secondes.
M. Germain
(Louis) : Puis ça permet à l'usine aussi de répondre à ses
propres besoins pour... énergétiques et de production.
Le Président (M. Montigny) : Merci
beaucoup. Le temps étant écoulé, il est maintenant le moment de céder la parole
à la députée de Mille-Îles. Vous avez donc 10 min 24 s. Merci.
Mme Dufour : ... (panne de son) ...
Le Président (M. Montigny) : ...
Mme
Dufour : Bon. Bien, écoutez, merci, Mme Lauzon,
M. Germain. J'espère que vous m'entendez. Le micro est un peu loin. Ah!
bon. Parfait. Maintenant on a le bon micro. Merci. Donc, merci pour votre... votre
exposé avant la pause technique.
Je voudrais vous... vous entendre de nouveau sur
la non-indexation du tarif L, votre... votre recommandation de la maintenir. Vous mentionnez, là, qu'il y a...
qu'il y a des risques. Vous parlez, là, de... que ça pourrait conduire, en
fait, à une hausse de ce tarif, dont les conséquences économiques potentielles
sont inconnues. Pouvez-vous nous en parler davantage, là, ces conséquences
économiques potentielles?
M. Germain (Louis) : Oui. Bien, vous
avez bien noté que j'ai dit que c'était inconnu. Parce que souvent, quand le
gouvernement propose des pièces réglementaires ou législatives, c'est
accompagné d'une analyse d'impact réglementaire. Dans le présent cas, je ne
sais pas si ça a été fait. Mais là le gouvernement, dans... dans le projet de
loi qu'il propose, dit : On va arrêter la non-indexation du tarif L.
Arrêter la non-indexation du tarif L, ça veut dire nécessairement une
augmentation du tarif L. Et, dans des causes récentes devant la Régie de
l'énergie, la question du taux multiplicateur du tarif L qui était dans le
projet... dans l'ancien projet de loi n° 34, là, puis qui est encore là d'ailleurs, il y a des dossiers qui ont été
déposés devant la régie qui ont montré l'érosion de la compétitivité du tarif L
et, par rapport aux villes, de comparaisons qui sont utilisées par
Hydro-Québec. Quand on le prend année par année, le tarif québécois demeure
compétitif, le tarif L québécois demeure compétitif, mais, quand on fait
l'examen dans le temps sur une période de quatre,
cinq ou six ans, on réalise que l'avantage comparatif du tarif L du Québec
s'érode par rapport aux autres juridictions au Canada, dont notamment nos
voisins en Ontario. Alors... Et ça, il y a donc deux choses : il y a une augmentation du tarif puis il y a une
érosion de la compétitivité. Puis, en ce qui concerne les grands industriels,
la compétitivité est agressive, puis les prix de l'énergie produite dans les
autres juridictions baissent parce qu'ils développent leur réseau d'énergies
renouvelables à des coûts qui sont compétitifs avec les coûts marginaux de nos
nouveaux approvisionnements. Alors, il y a comme beaucoup d'enjeux qui sont...
qui sont reliés à ça. Quel sera le montant
ou l'impact économique de cette non-indexation... de cette indexation-là
maintenant? On aimerait ça, le savoir.
• (11 h 10) •
Mme Dufour : Oui. Et là on sait que
les futurs approvisionnements québécois vont coûter plus cher, tous les experts l'ont dit, Hydro-Québec l'a dit. Et là
vous nous mentionnez que les autres juridictions, eux, les tarifs baissent.
Est-ce que vous prévoyez que dans le futur,
dans le fond, s'il n'y a pas le maintien du tarif L... Est-ce que cette perte
de compétitivité là, du tarif L, va diminuer encore davantage?
M. Germain (Louis) : Bien, c'est sûr
qu'il va y avoir au Québec une augmentation des tarifs parce que le coût
marginal de la nouvelle production va être pas mal plus élevé que le
0,03 $ de notre patrimonial, là. Alors, ça, c'est clair. Ça va augmenter
dans les autres provinces aussi, parce que les nouveaux approvisionnements vont
coûter en Ontario, par exemple, le même prix
que ce que ça va coûter au Québec. Donc, ça va évoluer à peu près pareil, ça
fait que ça va coûter plus cher pour tout le monde. Mais, ce qu'on dit,
c'est qu'en ce qui concerne le tarif L, si en plus on l'indexe, ça va avoir un impact supplémentaire. Les industriels
reconnaissent qu'ils vont... qu'ils vont payer plus cher leur tarif
d'électricité avec... à cause du coût marginal des nouveaux approvisionnements.
Mais, en plus, on vient ajouter l'indexation
du tarif L, ça fait que, là, c'est comme... c'est comme une augmentation qui
est encore plus importante.
Mme Dufour : Oui. Et puis il n'y a
pas que le tarif d'hydroélectricité, là... d'électricité, j'imagine, dans
les... pour les entreprises. La
compétitivité des entreprises qui sont ici, mais qui sont sur le marché
mondial, par exemple, si on parle de la main-d'oeuvre, les
investissements qu'elles doivent faire, est-ce que... est-ce que le Québec est compétitif
à cet... à cet égard-là? Parce que les entreprises qu'on a ici, mais qui sont
sur le marché mondial, ont à compétitionner avec des entreprises qui peut-être
opèrent dans des marchés moins coûteux pour le reste des intrants. Est-ce
que... Est-ce que vous l'avez regardé, cet aspect-là?
M. Germain
(Louis) : Bien, pas... pas directement. Mais on connaît bien
la réalité des entreprises, aujourd'hui, qui doivent conjuguer avec les
coûts des intrants puis les coûts de la main-d'oeuvre qui augmentent. À plus
forte raison, ce qu'on
dit, c'est : Essayons de préserver les avantages comparatifs qu'on a. Ça
fait qu'on le sait qu'au Québec on a l'avantage comparatif du tarif L,
qui a toujours été important puis qui a permis l'implantation et la croissance
d'industries importantes qui ont structuré l'économie du Québec, puis qu'on
dit : Il faut... il faut absolument garder ces atouts-là. Pour le reste,
on a peut-être moins le contrôle. Quand... quand le coût des intrants augmente
à cause des imports-exports, c'est... c'est
plus difficile de pouvoir intervenir là-dessus. Mais, les tarifs, c'est...
c'est le Québec qui les détermine.
Mme Dufour : Oui, puis la
main-d'oeuvre aussi, qui rentre en ligne de compte. Moi, j'ai souvenir de Bell Helicopter, là. Mon ex-conjoint, il travaillait là
quand il y avait beaucoup, beaucoup de discussions à délocaliser Bell. Et
d'ailleurs il y a une usine qui a été construite au Mexique. C'est évident que
les coûts de production là-bas étaient moins
élevés qu'au Québec. Bon, ce n'est peut-être pas l'intrant, l'électricité, qui
est le plus grand, mais je peux imaginer qu'une entreprise qui a autant... qui a de la main-d'oeuvre et de
l'électricité, bien, si on augmente beaucoup la facture d'électricité,
bien, à ce moment-là, elle devient moins compétitive sur le marché
international.
M. Germain (Louis) : C'est sûr. Puis
ce que... ce qu'on dit dans notre mémoire aussi, c'est que le tarif L permet
d'attirer des investissements. Ça fait que si je suis un... je suis une
industrie qui doit consommer beaucoup d'électricité,
puis qu'on m'offre des tarifs avantageux, bien, ça rentre directement dans la
croissance de l'économie du Québec. Alors, c'est pour ça que cet
avantage-là, on pense qu'il va être protégé.
Mme Dufour : Parfait. Merci. Je
voudrais peut-être vous entendre sur votre recommandation, là, de rehausser à
25 mégawatts pour les entreprises déjà établies au Québec, le seuil, dans
le fond, là, qu'on... dans le fond, qu'il y
aurait une obligation de distribuer de l'électricité. Je voudrais vous entendre
peut-être sur... Parce qu'il y a M. Sabia qui est venu nous parler
aussi, qui nous a mentionné qu'il y aurait peut-être eu un... qu'il y aurait
peut-être un rééquilibrage à faire par rapport à ça. Qu'est-ce que vous en pensez,
de ces propos-là?
M. Germain (Louis) : Bien, on pense
qu'il y a un rééquilibrage à faire, là. On est assez d'accord avec ça. Dans le fond, ça, c'est le projet de loi n° 2
qui est venu dire : Dorénavant, tout... toute demande de bloc d'énergie
au-dessus de 5 mégawatts, ce ne
sera pas délivré automatiquement par Hydro-Québec, ça va prendre une décision
du gouvernement. Puis ça, c'était mur à mur. Ce qu'on dit, c'est que peut-être
pas les nouveaux secteurs industriels, les secteurs émergents, mais pour
la base industrielle du Québec qui existe déjà, on ne devrait pas être soumis à
ce bloc de 5 mégawatts là quand on a besoin d'avoir de l'énergie pour
assurer soit le maintien de ses activités, ou pour se décarboner, ou pour assurer sa croissance. Ce qu'on dit plutôt,
c'est : Modulons ça et montons le seuil à 25 mégawatts pour les
entreprises qui sont présentes sur le territoire du Québec, qui
constituent son tissu industriel, puis pour les autres, gardons-le à
5 mégawatts.
Mme Dufour : Parfait. Bien, quand...
quand vous mentionnez les entreprises, pour qu'elles puissent se décarboner,
pour qu'elles restent compétitives, pour... vous avez mentionné trois choses.
Il n'y a pas une certaine corrélation entre ça? Si une entreprise peut se
décarboner, elle va d'emblée peut-être être plus compétitive. Et donc il y a...
il y a tout un intérêt, là, je pense, à soutenir nos entreprises d'ici, à
voir... à soutenir leurs besoins, là.
M. Germain
(Louis) : Oui, puis de là la proposition de trouver une
position d'équilibre, je dirais, en fixant le seuil à 25 mégawatts plutôt
que de le laisser à 5 mégawatts, 25 mégawatts pour les entreprises déjà
présentes au Québec.
Mme Dufour : Est-ce que... Est-ce
que vous avez des entreprises membres de votre réseau, là, qui ont... qui ont
souffert d'avoir reçu des blocs d'énergie qu'elles avaient besoin pour... pour
leur croissance?
M. Germain (Louis) : Écoutez, j'ai
été dans plusieurs secteurs, là, puis je peux vous dire qu'il y a des
industriels qui ont été frustrés de se voir refuser des blocs d'énergie, et pas
des gros blocs d'énergie, mais des blocs qui sont essentiels à leurs activités.
Alors, avant, ce n'était pas un problème, c'étaient 50 mégawatts.
Au-dessus de 50 mégawatts, là, il y avait une discrétion qui était confiée
au ministre. Mais là, à 5 mégawatts, c'est difficile de... c'est difficile de se voir refuser des blocs
d'énergie alors qu'ils sont... sont attribués ailleurs. Bon, ça ne veut pas
dire que ce n'est pas bien ailleurs. C'est juste qu'il faut qu'il y ait
une réflexion puis une discussion qui se fassent. On ne peut pas décider de
fixer un seuil à 5 mégawatts comme ça sans que ça ait des conséquences.
Mme
Dufour : Oui. Et qu'est-ce qui arrive à ces entreprises-là,
qui se sont fait refuser, là? Comment ils ont pallié à cette
situation-là?
Mme Lauzon (Hélène) : Ce que je
pourrais dire, c'est que les projets de décarbonation que les entreprises ont
déployés, bien, ils sont... ils sont suspendus en attendant d'avoir les blocs
nécessaires.
Mme Dufour : Donc... donc, ça nous
éloigne de l'atteinte de nos objectifs, éventuellement, parce que ces
entreprises-là, j'imagine, auraient contribué à la décarbonation du Québec avec
leurs projets. Parfait.
Peut-être une dernière question, là. Ça
concerne... Vous avez mentionné la régie, qu'il faudrait les ressources
compétentes nécessaires pour garantir les délais. Est-ce qu'il y a un enjeu
actuellement que vous considérez?
M.
Germain (Louis) : Bien, si... Il y a... il y a une volonté claire dans
le projet de loi d'essayer d'améliorer les
processus d'autorisation de la régie, d'agir avec davantage de célérité, et en
même temps, on vient modifier l'article 5 de loi sur la régie pour
élargir ces compétences, pour toucher à des aspects sociaux et
environnementaux. En soi...
Le Président (M.
Montigny) : 30 secondes.
M. Germain
(Louis) : En soi, ça peut être une bonne chose. Mais, si la régie veut
faire tout ça avec les effectifs qu'elle a,
ma crainte, c'est que s'il y a des engorgements puis qu'elle ne soit pas
capable de livrer ses décisions dans les délais requis.
Mme Dufour : Parfait.
Bien, merci beaucoup. Merci.
Le Président (M.
Montigny) : Merci beaucoup. Maintenant, c'est le temps de céder la
parole au député de Maurice-Richard. Vous disposez donc de
3 min 28 s. Merci.
M. Bouazzi : Merci,
M. le Président. Merci, madame... Mme Lauzon, M. Germain, d'être ici.
Ma première question
est justement concernant les allocations des mégawatts et qui... donc des
industries qui demandent plus que 5 mégawatts. Actuellement, il y a des
critères quelque part qui sont détaillés, mais que personne... enfin, s'il y en a, en tout cas, personne ne les a vus.
C'est la même personne qui décide des critères, qui décide si les critères sont
effectivement rencontrés pour distribuer les mégawatts, cette personne-là étant
la ministre actuellement et le
ministre auparavant, M. Fitzgibbon, et il n'y a pas de procédure d'appel. Donc,
quand on est refusé, effectivement, c'est
un problème de vie ou de mort, hein, pour les industries, quand ils n'ont pas
accès à l'électricité dans une période de décarbonation. Est-ce que...
Qu'est-ce que vous pensez de ce processus?
M. Germain
(Louis) : Bien, on l'a un peu... on l'a un peu... C'est... c'est un
peu opaque. Ce que... ce que les clientèles, ce que les membres disent, ce que
les industriels disent, c'est : Le processus est un peu opaque parce
que... parce qu'on ne connaît effectivement pas les critères qui vont être
utilisés par le ministère, ou on en a une idée, quand même, là, des critères
qui seront utilisés par le ministère pour octroyer... octroyer les mégawatts.
Mais c'était déjà là, hein? Sauf que le seuil a changé. Dans le fond, on
réalise aujourd'hui que ça a créé des difficultés, puis on profite du projet de
loi pour remettre ça en question, mais c'était déjà dans la loi. Le seuil était
établi à 50 mégawatts. On l'a ramené à 5. Puis je reviens à ce que je
disais tantôt... Allez-y.
M. Bouazzi : Oui,
oui. Bien, M. Germain, je comprends que c'était déjà là, mais la limite de
50 mégawatts n'était à peu près jamais atteinte. Et donc il y avait le
fait qu'il n'y ait pas de processus. Je comprends le «un peu opaque». Je pense
que c'est plutôt un euphémisme quand il n'y a absolument rien de public,
mais... mais prenons la partie «opaque» de votre réponse.
J'ai une question
pour vous, ceci étant dit. Vous... vous dites qu'il faut plus de place dans le
privé, de privé à privé, enlever la notion
d'adjacent pour pouvoir distribuer plus largement l'électricité du privé au
privé. Est-ce que vous pensez que ceci est possible si, par ailleurs, il n'y a
pas un apport pour stabiliser l'électricité de la part d'Hydro-Québec?
• (11 h 20) •
M. Germain
(Louis) : C'est...
M. Bouazzi : C'est
impossible.
M. Germain
(Louis) : Il faut que... il faut qu'Hydro-Québec soit là pour
équilibrer la production d'énergie renouvelable. On a pu développer l'éolien au
Québec parce qu'Hydro-Québec était là pour supporter l'équilibrage de ces
équipements-là.
M. Bouazzi : On
partage cette conviction. Donc, c'est impossible d'avoir des ventes du privé au
privé si, par ailleurs, Hydro-Québec ne palie pas, évidemment, quand il n'y a
pas de vent ou pas de soleil, tout simplement.
Actuellement,
Hydro-Québec a mis dans son plan comme risque numéro un l'accès à la
main-d'oeuvre. Et le fait d'ouvrir du privé au privé vient évidemment accaparer
une partie de la main-d'oeuvre, donc mettre à risque le programme
d'Hydro-Québec qui permet justement de répondre à vos besoins. Est-ce que vous
pensez que c'est une bonne idée de mettre à risque le programme d'Hydro-Québec
d'implantation d'électricité?
M. Germain
(Louis) : C'est une bonne question.
Le Président (M.
Montigny) : ...secondes. 25 secondes.
M. Germain (Louis) : C'est une bonne question.
Mais il y a déjà tout un écosystème de production d'énergie privée qui s'est
développé au Québec actuellement, puis qui est performant, puis qui ont déjà
leur main-d'oeuvre. C'est sûr que, si
Hydro-Québec veut développer toute l'énergie renouvelable de son côté,
elle-même, bien, ils vont piger dans la même... dans le même bassin de
travailleurs. Mais actuellement l'écosystème tient bon la route.
M.
Bouazzi : Mais, vous, ce que vous voulez, vous voulez en avoir plus.
Ce n'est pas ceux qui sont déjà là, là, de ce que je comprends de ce que vous
dites.
Le Président (M.
Montigny) : Merci.
M. Bouazzi : C'est :
Ouvrez, laissez-nous faire du privé au privé.
Le Président (M.
Montigny) : Le temps est maintenant écoulé. C'est maintenant le temps
de... de céder la parole au député de Jean-Talon. Vous disposez de
2 min 38 s.
M. Paradis : Dans
votre mémoire, vous écrivez qu'«à défaut d'avoir une politique énergétique en
vigueur faisant état des orientations gouvernementales en la matière, le plan
qui est prévu à même le projet de loi va nous permettre
d'avoir ça». Donc, vous aussi, comme à peu près tout le monde qui est venu ici
en consultations particulières, vous nous dites : On a un cadre
législatif qui nous est proposé sans savoir qu'est-ce qu'on veut faire avec
parce qu'on n'a pas le plan énergétique du gouvernement du Québec actuellement.
M. Germain
(Louis) : Bien, écoutez, il y a... il y a un plan de gestion intégrée
des ressources énergétiques. Ça fait qu'on... Quand... quand j'ai fait la
présentation, tantôt, j'ai soulevé qu'on agit par voie législative pour
encadrer le développement de l'énergie au Québec, mais on prévoit, dans ces
encadrements-là, un plan qui va venir, je pense, compenser l'absence d'une
politique énergétique.
M. Paradis : Mais
l'absence, parce qu'actuellement il n'y en a pas.
M. Germain (Louis) :
Il n'y en a pas.
M. Paradis : Très
bien. Vous parlez du fonds d'aide qui est mis en place, à l'article 75 du
projet de loi, pour soutenir un programme d'aide financière visant à limiter
l'impact de la hausse des tarifs de distribution d'électricité d'Hydro-Québec
pour la clientèle domestique. Vous dites que c'est une forme de subvention à la
consommation d'électricité qui aurait une incidence directe sur les finances
publiques. Les finances publiques, c'est les fonds du gouvernement du Québec
qui sont payés par les contribuables, M. et Mme Tout-le-monde. Donc, vous
dites : Ce fonds-là, en réalité, ce que
ça veut dire, c'est qu'en fin de compte ce sont les contribuables qui vont
payer pour le fonds. C'est bien ça?
M. Germain
(Louis) : Bien, ça prend un payeur en bout de piste...
M. Paradis : Excusez-moi,
je n'ai pas entendu votre réponse.
M. Germain (Louis) : Ça prend... ça prend un
payeur en bout de piste. Si ça vient d'un programme gouvernemental,
bien, ça va être financé à même les taxes et impôts. Si ça vient des tarifs
d'électricité, ça va être financé à même les tarifs d'électricité. Puis on ne
dit pas que l'un et l'autre est bon. On dit qu'il faut essayer de trouver un
bon équilibre puis une juste... une juste allocation des tarifs, et au bon
endroit, puis à des coûts qui sont justes, qui représentent le coût de service.
M. Paradis : Et
ça inclut donc les consommateurs résidentiels. Vous, c'est ce que vous voyez
derrière ça, là. Quand on regarde
l'article 3 de la nouvelle loi mise en place par l'article 75, là,
ça, c'est tous des fonds publics, c'est payé par les contribuables.
C'est ça que vous...
Le Président (M.
Montigny) : 30 secondes.
M. Paradis : C'est
ça que vous nous dites, là?
M. Germain (Louis) :
Oui.
M. Paradis : Et
puis ça, ça pourrait... Est-ce que vous voyez quelque part une limitation
annuelle à 3 % dans ces articles-là? Est-ce que vous avez une garantie que
ça va être limité à 3 %?
M. Germain
(Louis) : En fait, le 3 %, là, pour nous, ce n'est pas une
réalité qui est basée sur les coûts de service. Il faut se rabattre sur la
régie, qui, elle, va déterminer quel est le juste tarif à payer pour les
consommateurs en fonction des coûts de service puis des revenus requis par les
distributeurs.
Le Président (M.
Montigny) : Alors, je vous remercie beaucoup pour votre contribution
aux travaux de la commission.
Je
suspends donc les travaux quelques instants afin de permettre au prochain
groupe de prendre place. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 11 h 24)
(Reprise à 11 h 25)
Le Président (M. Montigny) : Alors,
rebonjour. Je souhaite maintenant la bienvenue au front commun de la transition énergétique. Je vous rappelle que vous
disposez donc de 10 minutes pour votre exposé, puis nous procéderons
à la période d'échange avec les membres de la commission. Je vous invite donc à
vous présenter ainsi qu'à commencer immédiatement votre exposé de
10 minutes. Merci. Bienvenue.
Front commun pour la
transition énergétique (FCTE)
Mme Busby (Mélanie) : Merci. Merci,
Mme la ministre, de nous recevoir pour cette audience sur le PL 69. Mon nom est Mélanie Busby. Je suis responsable des
dossiers énergie au Front commun pour la transition énergétique. Et puis j'ai
avec moi un membre, Patrick Bonin, responsable de la campagne Énergie-Climat
chez Greenpeace.
Donc, le Front commun pour la transition
énergétique, c'est une coalition formée en 2015 qui regroupe plus de
80 organisations qui souhaitent une transition énergétique porteuse de
justice sociale. Et, en 2020, on a rendu publique une feuille de route pour la
transition du Québec vers la carboneutralité, donc, qui aborde ce qu'il faut
faire pour la transition dans les différents
secteurs émetteurs, la consommation, la production d'énergie, les aspects
politiques et sociaux, les impacts
sur les territoires, et tout ça. Cette feuille de route, c'est le fruit du
travail de plus d'une centaine... d'une
centaine de rencontres étalées sur deux ans avec environ 200 personnes
issues de 85 organisations et des académiques d'une douzaine d'universités. Donc, on a développé
une compréhension assez systémique de la transition énergétique. Et, le principal apprentissage qu'on en a tiré,
c'est que la transition énergétique, c'est un défi de transformation sociale bien
davantage qu'un défi technique ou technologique.
Pour nous, la décarbonation, c'est en effet un
projet de société à propos duquel on est enthousiastes, fébriles et déterminés,
comme vous avez dit qu'il fallait l'être jeudi dernier en commission. Et on a
assurément besoin d'un plan de gestion
intégrée des ressources énergétiques, donc on approuve assurément, mais on
pense qu'il faut au préalable un vrai débat public large, et que plusieurs
scénarios devraient être présentés dans l'élaboration de ce PGIRE.
Par exemple, la chaire en gestion de l'énergie
du HEC a soutenu que nous pourrions décarboner l'économie du Québec sans augmenter la production
d'électricité. Lors de l'élaboration du PGIRE, il y a des scénarios de sobriété
qui devraient donc impérativement être présentés à la population pour plusieurs
raisons, notamment parce que la sobriété est préconisée par un grand
nombre d'experts, parce que la réduction de la demande rend la transition énergétique beaucoup moins coûteuse, parce que les
seuls scénarios qui permettent de respecter les limites des territoires sont
ceux qui impliquent la sobriété puis parce que c'est nécessaire pour éviter
d'avoir recours probablement au nucléaire ou
à des technologies qui auraient un plus grand impact sur l'environnement malgré
qu'ils permettent de réduire les émissions.
Donc, dans le projet de loi 69, tel qu'il
est présenté, il y a cependant déjà un scénario qui est choisi, c'est celui qui n'est pas associé à la sobriété. Donc,
le plan d'Hydro-Québec 2035, qui, pour le moment, fait office de politique
énergétique, prévoit à terme de doubler la production d'électricité. Est-ce
qu'on a besoin de toute cette énergie-là? Bien, ça devrait être la première
question à débattre dans le cadre d'un débat public devant éclairer
l'élaboration d'une politique énergétique,
d'une cible de réduction des émissions de GES pour 2035 pour le Québec et d'un
PGIRE. Pour faire la transition...
Une voix : ...
Mme Busby (Mélanie) : Alors, je
passe la parole.
M. Bonin (Patrick) : Merci. Donc
évidemment, pour faire la transition énergétique, il ne suffit pas juste
d'augmenter la production d'électricité renouvelable. Ça va nous prendre un
plan de sortie rapide et prévisible des énergies fossiles. Et, en l'absence
d'un tel plan puis sans définition de ce qu'est la transition énergétique, il y
a fort à parier que le gouvernement va continuer de confondre transition
énergétique et développement industriel.
Par exemple,
cet été, le gouvernement a annoncé un appui de 70 millions de fonds
publics pour la construction d'une nouvelle ligne électrique privée qui
alimenterait une nouvelle mine d'or à laquelle le gouvernement a octroyé
un bloc de 28 mégawatts. Donc, le
gouvernement a ajouté de la consommation d'énergie, et on ajoute des activités
minières qui vont avoir un impact significatif sur l'environnement. Et donc on
ne parle pas ici de réduction de gaz à effet de serre. On parle de gaz à
effet de serre évités. Il n'y a pas de remplacement d'énergies fossiles qui
sont actuellement consommées. Il n'y a aucune réduction réelle des gaz à effet
de serre dans l'économie actuelle. Le gouvernement présente cet investissement dans la mine... ou plutôt dans la ligne
comme un investissement dans la transition énergétique. Mais ce n'est pas ça, la transition énergétique.
Actuellement, ce qu'on voit, c'est que, sous prétexte de décarbonation,
le projet de loi 69 risque de favoriser un développement industriel
énergivore et effréné.
• (11 h 30) •
Évidemment, on entend qu'il faut vite produire
plus d'énergie renouvelable. Mais il faut se rappeler pourquoi on est rendus là, pourquoi il y a une urgence
actuellement au Québec et à quoi cette urgence... le PL prétend répondre
à cette urgence. Pourquoi elle a été créée en partie artificiellement, cette
urgence-là? Parce qu'il y a eu des maintiens de tarifs industriels parmi les
plus bas dans le monde, parce qu'il y a eu des rabais supplémentaires de
20 % aux industriels, parce qu'il y a des efforts actifs qui ont été faits
pour vanter l'énergie partout dans le monde de manière à octroyer des blocs
d'énergie à de nouvelles industries. Il y a eu évidemment des signatures de
contrats d'exportation de
grandes quantités d'énergie. Il y a eu également et surtout une sous-estimation
importante des besoins énergétiques à court
terme pour décarboner l'économie du Québec, sous-estimation importante, entre
autres de la part d'Hydro-Québec et du gouvernement, de ce que sont les
véritables besoins en termes d'énergie pour la décarbonation.
Et on l'a vu la
semaine passée, lors de son passage à la commission parlementaire, le PDG
d'Hydro-Québec, M. Sabia, a estimé que le Québec a donné trop de mégawatts aux
sociétés étrangères aux dépens de la décarbonation. Presque tous les derniers raccordements de grandes puissances, soit plus
de 5 mégawatts autorisés par Québec depuis 2023, ont servi à du développement économique et à de
nouvelles industries, pas à la décarbonation de l'économie actuelle, pas à
se libérer des énergies fossiles qu'on consomme actuellement.
L'exemple
classique aujourd'hui, ce sont Les Forges de Sorel qui n'ont pas d'électricité
requise pour décarboner leur
activité. Et ce qui démontre bien que malheureusement la priorité a été le
développement économique et que ça, ça se fait aux dépens de la
décarbonation de l'économie actuelle.
On
a même demandé, Greenpeace et plusieurs organisations, en novembre dernier, un
moratoire sur l'octroi de nouveaux mégawatts aux nouvelles industries,
et ce, tant et aussi longtemps que le Québec ne se soit pas doté d'une
politique énergétique crédible, cohérente et soutenue par la population.
Outre cet octroi
d'énergie à de nouvelles industries étrangères, on voit dans le PL 69,
dans ce projet de loi, d'importants risques pour la décarbonation du Québec,
notamment en raison de la cannibalisation fort potentielle des ressources par le privé, qui viendrait
compétitionner la production d'électricité publique par Hydro-Québec. Pensez à
la compétition pour les matériaux, pour la main-d'oeuvre, pour
l'utilisation du territoire, entre autres.
Un autre risque qu'on
voit, c'est l'absence totale d'outils de taxation, de fiscalité ou de
réglementation qui permettraient de s'assurer une diminution nette, rapide et
concluante de la consommation d'énergies fossiles, produits pétroliers et
gaziers sur le territoire québécois.
Donc, on n'a pas de
garantie, dans ce projet de loi là, que ça va permettre la décarbonation. On
n'a aucune garantie que ça va permettre une
sortie rapide des énergies fossiles en misant, entre autres, sur la sobriété
énergétique. Et d'ailleurs, le mot «décarbonation», il n'apparaît pas
dans ce projet de loi là.
Ce dont le Québec a
besoin, c'est un véritable débat public sur l'énergie de manière à identifier
c'est quoi, les véritables besoins en énergie, c'est quoi, les meilleurs moyens
de répondre à ces besoins-là, et qu'on arrive avec un plan collectif pour se
libérer complètement et rapidement des énergies fossiles.
Mme Busby
(Mélanie) : Donc, plus on... plus on aura besoin d'augmenter la
production d'électricité, plus ça coûtera
cher. Puis le PL 69, donc, il reporte le coût de ce développement de
nouveaux projets industriels sur les tarifs des clientèles existantes
d'Hydro-Québec. Et ça, c'est injuste pour deux raisons.
Premièrement,
l'Union des consommateurs en a parlé plus tôt, les factures résidentielles
d'électricité pourraient doubler d'ici 2035 alors que la hausse du coût de la
vie est assez importante, puis qu'on vit une crise du logement, puis ça
frappe durement les ménages. Ça peut juste exacerber les problèmes de précarité
énergétique qui touchent environ 16 % des foyers. Puis, on se rappelle,
les personnes, les ménages les plus vulnérables sont ceux qui contribuent le moins à la crise climatique. Pourtant... Puis
l'accès à l'énergie, ça assure nos besoins, hein? Ça permet de répondre à des droits
fondamentaux, notamment des droits humains tels que le logement, la santé,
l'alimentation et la dignité. Donc, c'est vraiment important d'avoir accès à
cette énergie-là. C'est donc une injustice sociale.
C'est aussi une
injustice environnementale en ce sens que la crise climatique est causée en
majeure partie par la production et la consommation
d'énergies fossiles. Mais on veut refiler de manière démesurée le coût de cette
transition sur les consommateurs et consommatrices d'électricité. Cette
approche est d'autant plus inéquitable que le PL 69 maintient l'exigence de préserver la compétitivité
du gaz parmi les énergies. Donc, c'est une injustice environnementale.
Donc, une autre
problématique aussi qui nous amène à penser qu'il faut débattre de tout ça,
c'est que le PL 69 aide le secteur
privé à s'approprier notre patrimoine énergétique.
Donc, Mme la ministre, la semaine dernière, vous avez dit : «Il est
hors de question de privatiser Hydro-Québec, ce n'est pas du tout l'intention
du gouvernement.» Ce que j'entends là, c'est
qu'on joue un petit peu sur les mots. Parce qu'en effet, le PL 69 ne
privatise pas Hydro-Québec comme tel, mais il permet de privatiser la
production d'électricité actuelle et future dans des proportions qui sont
difficiles à estimer. Puis on fait tout ça en partenariat. C'est les
termes qu'on utilise.
Donc, par exemple,
l'article 115, 116 permettent à Hydro-Québec de vendre des actifs de
production, de transport et de distribution. Ils permettent explicitement la
vente de centrales de moins de 100 mégawatts et de tout autre immeuble ou infrastructure, si c'est en faveur
d'une personne morale ou d'une société de personnes en partenariat avec une communauté autochtone ou une municipalité.
L'article 95 abolit également le plafond de 50 mégawatts pour
les approvisionnements d'Hydro-Québec auprès des producteurs privés.
Donc,
on voit une limitation... on ne voit pas de limitation claire à ça, jusqu'où ça
va aller. Donc, si le gouvernement n'a pas l'intention de...
d'égrener...
Le Président
(M. Montigny) : Merci...
Mme Busby
(Mélanie) : ...le monopole d'Hydro-Québec...
Le Président
(M. Montigny) : Merci...
Mme Busby
(Mélanie) : ...on vous invite clairement à ce que soit précisé dans le
projet de loi.
Le Président
(M. Montigny) : Merci. Merci beaucoup pour votre contribution aux
travaux.
Maintenant, on va passer à la période d'échange.
Mme la ministre, je vous donne la parole pour 16 min 30 s.
Mme Fréchette : Merci. Merci,
M. le Président. Merci à vous deux de votre participation à la consultation,
qui... qui est une forme de débat public, là, et on est à l'Assemblée
nationale, on entend les gens venir en audience devant le gouvernement, les
partis d'opposition. Tout le monde peut déposer un mémoire, tous vont être lus,
pris en considération. Alors, c'est une forme de débat public d'importance,
assez formel, par ailleurs, la commission que l'on tient actuellement. Donc,
voilà, je voulais juste souligner cette... cette perspective, qui est la
mienne, de cette commission parlementaire.
Je voulais revenir aussi... un bref point sur
notre dépendance aux énergies fossiles, parce qu'en fait, bien, les véhicules
électriques qu'on voudra produire, les équipements des véhicules électriques
qu'on voudra produire à travers la filière
batterie, bien, ça vise notamment à mettre fin à notre dépendance ou du moins à
la réduire de manière significative, notre dépendance à l'égard des
pétrolières. Alors, je pense que c'est un élément important à mettre dans
l'équation. Ça ne fait pas partie du projet de loi 69, mais ça fait partie
de notre stratégie gouvernementale.
Le Québec, on importe, là, plus de
10 milliards de dollars d'hydrocarbures à chaque année, et ce n'est
pas moi qui... qui vous l'apprend. Donc, si on peut réduire cette dépendance
aux énergies fossiles grâce à la création d'une filière batterie au Québec,
bien, je pense qu'on aura atteint pas juste un objectif, de réduire notre
dépendance, mais en plus l'objectif également de créer des bons emplois bien
rémunérés dans un créneau d'avenir. Alors bref, on a atteint plusieurs
objectifs avec cette... cette filière batterie. Donc, je trouve que c'est
important de le rappeler, parce que ça fait
partie de l'équation globale de la volonté de décarboner, d'une part, mais
aussi de réduire notre dépendance aux énergies fossiles, et en plus de
créer des bons emplois en différentes... différents secteurs du Québec.
Donc, si je m'en remets à votre mémoire, bon, je
vois que vous misez beaucoup sur la sobriété énergétique. Vous êtes revenus sur
le concept, l'efficacité et la sobriété énergétique. Je voudrais vous entendre
sur les moyens, les mesures, les meilleures pratiques qui nous permettraient
d'atteindre notre objectif de rehaussement, rehaussement de la sobriété
énergétique. Donc, qu'est-ce que vous proposeriez de mettre de l'avant pour
vraiment faire changer des... des comportements en ce sens-là?
Mme Busby (Mélanie) : Bien, je
ferais le lien avec ce que vous venez de dire, là. Vous dites : On a un
objectif d'électrifier le parc automobile. Est-ce que ça, c'est vraiment le
choix qui nous amène vers la sobriété, de remplacer toutes les voitures au
Québec et puis de... d'augmenter tellement la consommation énergétique qu'on
sait qu'en électrifiant les transports ça va augmenter beaucoup la consommation?
Si on mettait en place, par exemple, des moyens pour se déplacer avec les
transports collectifs et actifs, on diminuerait beaucoup la demande. À l'heure
actuelle, les personnes en région n'ont souvent pas accès à du transport
collectif.
Puis, tout à l'heure, quand vous parliez de
responsabiliser les gens, je pense qu'on peut ramener ça à la question de,
socialement, comment on organise nos infrastructures pour que les gens changent
leurs comportements. Quand on est en région, qu'on n'a pas accès à du transport
collectif ou quand on est entourés d'autoroutes, qu'on n'a pas accès à des
transports actifs, c'est ça qui va déterminer notre mode de transport. Donc,
des fois, on aura beau avoir beaucoup de
volonté, des fois il faut faire beaucoup, beaucoup, beaucoup de sacrifices pour
prendre les transports collectifs et actifs.
Ça fait que c'est là où cette discussion-là sur
l'énergie est liée aussi à des discussions sur les usages de l'énergie, donc ce
qu'on n'a pas beaucoup ici comme discussions. À quoi vont servir tous ces
mégawatts qu'on veut produire? Bien, ça dépend des choix de société qu'on va
faire. Puis ça, ça devrait clairement être débattu.
M. Bonin (Patrick) : Et,
peut-être juste en complément...
Mme Fréchette : Oui. Allez-y.
M. Bonin (Patrick) : Bien,
évidemment, pour la sobriété, je pense qu'on pourrait avoir tout un plan sur la
sobriété, parce qu'on... il y a quand même peu de mesures actuellement.
Juste revenir rapidement sur la notion de débat
public. On en convient, en effet, qu'il y a une forme de débat public. On est ici avec plaisir aujourd'hui, même
si malheureusement Greenpeace n'avait pas été invité. Donc, on peut participer,
mais il y a plusieurs autres organisations, de grands groupes environnementaux,
je pense par exemple à Équiterre, la
Fondation David-Suzuki, qui, eux, n'auront pas la chance d'être ici. Même chose
pour plusieurs groupes sociaux. Et,
quand on compare les débats publics qu'on a eus au Québec sur l'énergie, on
peut retenir, dans les années 90, le débat public sur l'énergie qui
a mené à... le rapport qui s'appelait Pour un Québec efficace. Même
chose dans les années 2010 avec MM. Mousseau et Lanoue, qui ont eu la
commission... qui ont fait un rapport. Ce fut une vaste consultation de la
population du Québec et des différentes organisations qui a permis, justement,
de poser les bases de cette discussion sociétale dont on a besoin pour arriver
à un plan collectif auquel les gens doivent adhérer.
• (11 h 40) •
Et on a de grands choix à faire au Québec. Et ce
n'est pas vrai que c'est ici, entre spécialistes, essentiellement, que ça va se
décider. Je pense qu'il faut avoir cette discussion-là de la même ordre qu'on a
eu dans le passé. Elle est demandée depuis longtemps. Ça fait trop longtemps
qu'on l'attend. Maintenant, on a une occasion, en effet, de... de voir à quel
point ces enjeux énergétiques sont complexes, à quel point on a besoin de faire
de l'éducation de la population aussi, de se dire les vraies choses, de
regarder ce qu'est la science, de regarder d'un point de
vue social, économique et environnemental comment on peut faire ce virage-là.
Et maintenant, je pense que vous avez l'occasion, justement, de corriger le
tir.
Maintenant, on est pressés dans le temps, parce
qu'il y a beaucoup de temps de perdu avec le ministre précédent, qui ne voulait
pas avoir ce débat-là, mais ce n'est pas vrai que, par exemple, une journée de
spécialistes, comme il y a eu au mois de mai 2015, suivie d'une consultation en
ligne et d'une commission parlementaire, c'est un véritable débat public à la
hauteur de ce qu'on a besoin au Québec.
Pour la sobriété, on pourrait en parler pendant
une demi-heure facilement, mais il est certain que ça ne repose pas juste sur
les individus. Oui, en effet, il faut qu'on ait, par exemple, de la sobriété au
niveau des transports. Ça, ça implique
également de mettre, par exemple, des limites à ceux et celles qui veulent
s'acheter des véhicules ultrapolluants neufs,
qui ont le choix de choisir des véhicules qui coûtent moins cher. Donc, on
appelle, par exemple, un bonus-malus, donc
de mettre des surtaxes. Et ça, c'est le gouvernement qui doit mettre,
justement, des balises pour orienter la sobriété dans les transports,
dans l'habitation.
Mais il faut évidemment mettre, aussi, au-delà
de la réglementation pour les individus... travailler sur les industries. Actuellement, 99 % des droits de
polluer aux industries sont donnés gratuitement au Québec, quand on parle des
grands émetteurs, 99 % de droits de polluer gratuits. Ça, c'est la réforme
du système de plafonnement et d'échange d'émissions du gouvernement du
Québec qui n'a pas été fait encore, qu'on attend, qui devait arriver et qui
fera en sorte qu'on mettra un prix adéquat sur le carbone, qu'on resserrera les
allocations, les droits de polluer gratuits, donc les allocations gratuites aux entreprises. Et c'est, entre autres, le
dernier rapport du comité-conseil, le comité aviseur du ministre de
l'Environnement au niveau des changements climatiques, c'est ses
recommandations principales, donc, de travailler aussi sur les industries.
Et, à ça,
bien, rajouter l'aménagement du territoire. Évidemment, on parlait de transport
collectif. Rajouter les normes au niveau de l'habitation, les nouvelles
constructions, entre autres, les normes... les programmes de rénovation. Donc,
il y a une panoplie de mesures, que ce soit dans l'habitation ou même dans
l'alimentation au niveau, par exemple, du
type de nourriture, comment on peut faire un passage à un... à davantage de
végétaux qui ont moins d'impact environnemental, mais ça prend une
vision gouvernementale et un plan que vous n'avez pas actuellement en l'absence
de politique énergétique de la part du gouvernement. Une PGIRE... un PGIRE,
oui, on en veut un, et on vous salue de... d'avoir l'intention d'arriver avec
un... un plan de gestion intégrée des ressources énergétiques, mais ça prend
également la vision qui est portée par une politique qui doit découler d'un
débat public auquel les gens seront conviés et qui permettra justement de
dégager ces consensus-là et d'avoir les vraies discussions.
Parce que ce n'est pas vrai que, si on veut
respecter, par exemple, les objectifs de l'Agence internationale de l'énergie,
et ça, ce n'est pas Greenpeace, là, c'est l'Agence internationale de
l'énergie... Elle dit : «Les pays avancés doivent réduire leurs émissions de 80 % d'ici 2035.» Ça, c'est
l'Agence internationale de l'énergie. On a une commission aujourd'hui
sur l'énergie. Il faut regarder ce que la science demande. Et, si on n'est pas
capables d'avoir cette discussion-là au Québec, on ne fera pas les bons choix
et on va s'orienter de la mauvaise manière.
Aujourd'hui, on ouvre le débat, mais on espère
que c'est le début d'une longue conversation qui va se faire le plus rapidement
possible, mais qui va se faire dans l'ordre et qui aura de l'indépendance
également au niveau, par exemple, de ceux
qui seront ou celles qui seront appelés à... à articuler cette commission-là et
qu'on se donnera le temps de bien faire les choses, malgré qu'on est
contraints dans le temps parce qu'on la veut, cette PGIRE.
Mme Fréchette : Parmi les défis
qu'on a, c'est notamment celui de... de refléter la vraie valeur de l'énergie et également d'envoyer un signal de prix. On
recevait la semaine dernière Pierre-Olivier Pineau, professeur aux HEC, et il mentionnait que le signal de prix devrait
être plus clair pour refléter davantage les coûts marginaux
d'approvisionnements énergétiques. Donc, comment est-ce que vous voyez
la chose de votre côté en termes de signal
de prix? Est-ce que, vraiment, ce signal devrait être complètement transparent
et refléter totalement, là, donc, les... les coûts marginaux, pour les
futurs approvisionnements énergétiques, ou encore devrait être balisé suivant
le type de clientèle?
M. Bonin (Patrick) : Bien, je
peux commencer, tu compléteras. En effet, il faut parler de type de clientèle.
Dans un contexte où on n'est plus en surplus énergétique au Québec, et on le
voit, actuellement, là, il y a des villes, des municipalités qui voulaient
passer des règlements pour interdire le gaz, on leur a dit... dans les nouveaux
bâtiments, on leur a dit... le gouvernement
leur a dit : Non, vous ne devriez pas faire ça, parce qu'on...
Hydro-Québec, essentiellement, et le gouvernement a mal planifié la demande
énergétique, on n'a pas assez d'énergie pour faire ça. Il y a des
usines, on en a parlé, les Forges de Sorel, toujours comme exemple, mais il y
en a plein d'autres, des PME qui veulent de l'électricité.
Donc, on n'est plus en surplus, ce qui veut dire
que, par exemple, toute nouvelle industrie qui devrait arriver au Québec,
pourquoi ne paierait-elle pas le coût marginal, donc le nouveau coût de la
production, au lieu d'un tarif subventionné actuellement? Eh oui, il y en a,
des... des industries, là, qui en veulent, de l'électricité propre. Mais ça a un coût, ça, également, et ça ne doit pas être
refilé, par exemple, à l'ensemble des utilisateurs, dont les petits utilisateurs
domestiques, les personnes les plus vulnérables, qui, lorsqu'elles voient une
augmentation de 3 %, est frappé de manière disproportionnée
comparativement à des gens qui ont les moyens de se payer ça ou à des
industries qui ont les moyens de payer une hausse.
Donc,
toute... Évidemment, la transition... Parce qu'il risque d'y avoir des besoins
d'augmentation de la production, on pense qu'il y a des scénarios de
sobriété comme les HEC en parlaient, où c'est possible de ne pas augmenter la
production et faire la transition. Ce sera extrêmement difficile, et c'est une
réforme complète, en transport, en bâtiment et au niveau
des industries. Donc, il risque d'y avoir une augmentation des coûts, mais il
ne faut clairement pas que ce soit
disproportionné sur les petits ménages, les ménages à faible revenu, ceux qui,
on l'a vu avec l'Union des consommateurs, n'ont pas les moyens, les
capacités d'absorber une hausse, et n'ont pas l'alternative non plus. Ils ne peuvent pas baisser leur chauffage en hiver, ils
ne peuvent pas isoler leurs maisons, ils ne sont pas propriétaires, par
exemple.
Donc, il faut qu'il y ait, en effet, une... un
reflet du nouveau coût, mais, encore une fois, les coûts de la transition, ça
ne doit pas être refilé au payeur d'électricité renouvelable, en ce sens que ce
qu'il faut faire... s'il faut faire la transition, il faut que ce soient les
grands consommateurs, les grands émetteurs, les grands pollueurs, d'une
certaine manière, qui paient pour cette transition-là. Et, actuellement, ce
n'est pas le cas. Ceux qui doivent approvisionner,
par exemple, le Fonds vert, ou le fonds d'économie verte, comme vous l'appelez,
eh bien, ça devrait être les pollueurs.
Actuellement, encore une fois, j'y reviens,
99 % des droits de polluer des grands émetteurs sont donnés de manière
gratuite au Québec. Ils ne contribuent pas. Ce sont les premiers. Si on veut
faire la transition, il faut qu'on mette un prix sur la consommation de pétrole
et de gaz, des hydrocarbures en premier, pas surtaxer ou surcharger les
consommateurs d'électricité propre. Mais, oui, il risque d'y avoir une augmentation
des tarifs.
Mme Fréchette : ...le 3 %
pour les clients résidentiels est un seuil adéquat?
Mme Busby (Mélanie) : Est-ce
que je peux juste compléter pour la réponse? J'aimerais aussi amener une nuance, parce qu'on dit souvent que les Québécois
consomment beaucoup d'énergie. Il faut... il faut avoir une certaine
granularité, là, quand on regarde ces chiffres-là. Ce qui fait qu'on a une
grande consommation, au Québec, c'est une consommation industrielle importante.
Donc, on a attiré des industries très énergivores, au Québec, puis on devrait
sûrement se réjouir de ça, qu'on a des... une industrie qui consomme de
l'électricité propre plutôt que du charbon, tu sais. Ça fait qu'il faut faire
attention de ne pas reporter sur les ménages une consommation importante. Tu
sais, on a tendance à manquer de nuance, on
dit : On consomme beaucoup. C'est une contribution quand même assez
importante du secteur industriel.
Puis l'autre chose que je voulais dire aussi...
notre collègue plus tôt a mentionné l'élasticité aussi, là. Ça fait qu'il y a
de la granularité aussi à aller regarder. C'est quoi, les usages qu'on veut?
Quand on parle de chauffage puis de répondre à des besoins de base pour la
population, on touche à quelque chose qui... qui compromet la réalisation de
droits fondamentaux. C'est certain que la population n'est pas... elle ne
consacre pas juste l'énergie... en fonction des différentes populations, ne
consacre pas toujours seulement de l'énergie au chauffage.
Ça fait qu'il faut regarder. Ce n'est pas un
bloc monolithique, les gens n'ont pas toujours les mêmes usages avec l'énergie.
On peut penser, par exemple, à des gens qui chauffent leur «driveway» pour
faire fondre la neige. Est-ce que ça, c'est un usage fondamental? Bien, on peut
se poser la question. D'où encore la nécessité d'avoir le débat sur quels sont les usages qu'on veut
prioriser au sein de la société. Puis assurément, répondre aux besoins de base,
ça devrait être quand même en haut de la liste.
Mme Fréchette : Et, si je reviens
aux différents types de clientèle, là, est-ce que vous êtes d'avis que 3 %
maximum, comme plafond de hausse tarifaire pour les clients résidentiels,
c'est... ça vous apparaît adéquat?
M. Bonin (Patrick) : Bien, il
faut comprendre que 3 % pour des ménages à faible revenu, ça a un impact énorme pour quelqu'un qui lui reste à peine
quelques dollars à la fin du mois, bien, il reste... il y a déjà 16 % des
gens, des clients d'Hydro-Québec, là, qui n'arrivent pas à la fin du mois pour
payer et qui ont... sont dans la précarité énergétique, qu'on appelle,
donc ils n'ont pas cet argent-là. Donc, toute hausse, 3 %, c'est quand
même énorme. Vous mettez ça sur 10 ans,
ce que c'est, ça devient majeur. Ce qu'il faut comprendre, c'est d'où vient
aussi ce 3 %-là, pourquoi, ce 3%-là? Est-ce que c'est pour faire un
développement industriel et donner des tarifs concurrentiels à de l'industrie
qui sont absorbés par la suite à travers les
factures des clients d'Hydro-Québec? Parce que c'est ça qui est en train de se passer,
entre autres, là. Donc, il est là aussi, le problème.
• (11 h 50) •
Et, nous, c'est sûr que l'idée de voir politisés
les tarifs, on trouve que c'est problématique. On ne parle pas, encore une
fois, des nouvelles industries, par exemple. Ça, c'est autre chose. Je pense
qu'on doit avoir ce débat-là, là-dessus. Combien vaut notre électricité pour
des nouvelles industries? Est-ce qu'on a les moyens, les capacités de
satisfaire de la nouvelle demande industrielle? Actuellement, il n'y a pas de
plan qui démontre qu'on est capables de sortir
le gaz des bâtiments, le pétrole des transports, le pétrole et les
hydrocarbures des industries. Il n'y a pas ce plan-là, actuellement. Le seul plan qu'il y a, c'est Hydro-Québec qui est arrivé avec une proposition qui n'a jamais été débattue,
sociétalement parlant.
Donc, c'est... le gouvernement a le devoir
d'arriver avec sa propre politique, sa propre vision, et, nous, si vous êtes
capables de faire la démonstration qu'on est capables de s'aligner sur les
cibles climatiques, qu'on est capables de réduire notre consommation
d'hydrocarbures, de pétrole et de gaz à la vitesse que la science demande de la
part d'une nation riche comme le Québec, là...
Je reviens à l'Agence internationale de
l'énergie. Elle dit 2035, 80 % moins d'émissions. Le GIEC, là, les Nations
unies nous disent qu'une nation riche comme le Québec, le secrétaire... pardon,
le secrétaire général des Nations unies nous
dit qu'on devrait viser la carboneutralité le plus possible près de 2040 comme
nation riche, près de 2040. Donc,
c'est certain que tant qu'on n'a pas de preuve absolue qu'on est sur la bonne
voie pour avoir l'énergie pour sortir les hydrocarbures... que de donner
de l'énergie à de nouvelles industries, bien là, on trouve que c'est
problématique.
Et, si vous voulez en
donner, à quelle industrie et à quel prix? Et c'est ça la discussion qu'on doit
avoir et, selon nous, ce n'est clairement pas en bas du coût marginal. On doit
choisir les énergies de l'avenir qui permettent de décarboner le Québec si on a
de l'énergie pour les alimenter après avoir répondu aux besoins de base qui
doit être la décarbonation.
Le Président (M. Montigny) :
...
Mme Fréchette : Oh! seulement. J'allais passer la parole au
collègue... Bon, je vais continuer, dans ce cas-là, là. Au niveau du
plan, bien, en fait, nous, notre plan, il va... il va être présenté à travers
le PGIRE. Donc, ça va être une fois que le
projet de loi sera adopté, parce que c'est important, en fait, d'avoir un cadre
qui permette que le PGIRE soit l'outil
de référence. J'entends parfois les groupes venir dire qu'on aurait dû faire
l'inverse, commencer par le PGIRE...
Le Président (M. Montigny) :
...Merci.
Mme Fréchette : Mais voilà, ce
serait ça, l'impact. Merci.
Le Président (M. Montigny) : Je
suis désolé. C'est maintenant le moment de céder la parole à la députée de Mille-Îles,
pour 10 min 24 s. Merci beaucoup.
Mme Dufour : Merci, M. le
Président. Merci, Mme Busby et M. Bonin. Je vous salue. D'ailleurs,
M. Bonin, j'en profite pour mentionner
que j'aurais bien aimé entendre Greenpeace à cette table et... et je pense que
c'est quelque chose qu'on aurait pu faire si on avait eu une commission
nationale itinérante sur l'énergie, comme on avait demandé, notre groupe
parlementaire. Et je constate, là, que vous auriez souhaité qu'un débat public,
là... C'est ce que vous avez mentionné, exactement. Donc, je... on
partage votre opinion là-dessus.
Je vais
peut-être vous amener sur... sur un élément, là. Vous mentionnez dans votre
mémoire que la production d'électricité doit en priorité servir à
l'électrification des transports et des industries existantes avant, donc, les
nouveaux projets industriels. Et là je voudrais peut-être lire un tweet
que vous avez écrit pas plus tard qu'hier, que vous avez publié, c'est hier, si je ne me trompe pas, où
vous dites : «Il faut mettre une date limite au-delà de laquelle Northvolt
devra libérer les 354 mégawatts sur lesquels elle s'assoit et qui
ne sont donc pas disponibles pour décarboner le Québec et permettre aux PME,
industries, villes, etc., de se libérer des énergies fossiles.»
En lisant
votre tweet, est-ce que je comprends donc qu'actuellement, là, ce n'est pas le
cas? Il n'y en a pas, de date limite, sur... sur ces blocs d'énergie là
qui ont été alloués?
M. Bonin (Patrick) : Bien,
évidemment, ces contrats-là ne sont pas publics. On ne sait pas c'est à quel
prix. On ne sait pas s'il y a une clause où,
par exemple, lorsqu'on a une industrie qui change son plan de match... Parce
que, dans le cas de Northvolt, on parle quand même de délais de 12 à
18 mois. Peut-être qu'ils vont encore prolonger encore plus longtemps. Quelles sont les clauses pour le gouvernement de
s'en sortir? J'ai cru comprendre qu'il n'y en avait pas, aux propos que
j'ai lus rapidement de la part de la ministre, et qu'elle voulait
éventuellement intégrer ce genre de clause
là. J'avoue que je n'ai pas le... le fin détail, mais je pense que Northvolt,
dans ce cas-ci, a changé les règles du jeu en cours de route, a des
délais supplémentaires. Et ce n'est pas vrai qu'on va attendre pendant des
années qu'une entreprise reste assise sur des précieux mégawatts qu'on n'a pas
pour décarboner nos PME, nos industries et attendre
indéfiniment. Donc, je pense que le gouvernement doit sérieusement envisager la
possibilité de mettre une date limite
à Northvolt, tout comme évidemment on pense qu'il devrait y
avoir un vrai... une vraie évaluation environnementale indépendante de
ce projet-là et des audiences publiques. Parce que l'entreprise a retardé de 12
à 18 mois ses travaux, bien, va le
confirmer sous peu, fort probablement, et que maintenant il n'y a aucune raison
de ne pas avoir ce genre de débat là et d'évaluations indépendantes qui
permettraient aussi d'avoir ce genre de discussion-là.
On donne quand même 360 mégawatts à une
entreprise qui ne permettra pas, à moins de preuves contraires, de décarboner le Québec, à moins que les batteries,
certaines batteries, viennent ici. Mais, pendant ce temps-là, il n'y aura
pas de réduction des émissions de gaz à effet de serre actuelle au Québec, ou
du moins il n'y a pas de preuve. Et M. Fitzgibbon, c'est lui-même qu'il
l'a dit que ça ne mènera pas à une décarbonation du Québec, Northvolt.
Mme Dufour : Tout à fait. La...
Mme Busby (Mélanie) : Est-ce
que je peux compléter...
Mme Dufour : Oui, oui. Allez-y,
madame.
Mme Busby
(Mélanie) : Bien, je pense aussi qu'on peut prendre cet
exemple-là, Northvolt, comme un exemple où on n'avait pas de
planification. On met des projets de l'avant, on... on escamote les évaluations
environnementales puis le débat
social. Puis qu'est-ce que ça crée, ça? Ça crée de la résistance, ça crée... ça
crée qu'il y a beaucoup de gens qui s'opposent. Ça fait des débats dans
la... dans les journaux.
Puis, si on ne planifie pas comme il faut puis
qu'on ne s'assoit pas sur un débat public où on a tiré nos orientations de façon démocratique de ce que la
population souhaite, on va se retrouver avec des projets énergétiques qui vont générer
beaucoup de résistance. Puis, ça, je vais parler un langage que vous allez
comprendre : ça compromet le climat de
l'investissement au Québec. Il y a des projets qui ont été refusés au Québec,
dont la population ne voulait pas. Puis on a essayé de le pousser dans la gorge
des Québécois, et ils ont dit non, puis, ça, ce n'est pas bon pour
l'environnement d'affaires. Ça fait que je trouve que c'est une raison
supplémentaire de dire : Bien, il faut faire les choses comme il faut, à
l'endroit, et puis s'assurer que la population est à bord dans cette
transition-là.
Mme Dufour : Merci,
Mme Busby, c'est bien résumé. La... Si... Advenant le cas, là, où il n'y
en avait pas, de limite dans ce contrat-là d'octroi de... de blocs d'énergie,
est-ce que ça aurait été... est-ce que ce serait, selon vous, une mauvaise... dans le fond, une mauvaise
décision du gouvernement d'octroyer des blocs, peut-être, pour... sans limites,
là, sans date limite? Est-ce que c'est une mauvaise décision selon vous?
M. Bonin (Patrick) : Bien, de
toute évidence, si on donne comme ça des mégawatts puis qu'on perd le contrôle
et qu'une entreprise peut s'asseoir dessus ad vitam aeternam, là, c'est problématique.
C'est problématique aussi d'octroyer des mégawatts à Northvolt quand on entend
que des villes tout près de Saint-Basile, que ce soit Saint-Bruno ou autre,
veulent décarboner, veulent passer la réglementation pour interdire le gaz dans
les nouvelles habitations et qu'ils se font répondre qu'on manque de puissance,
on manque d'énergie, alors qu'il y en a pour Northvolt. Donc, la priorisation de l'octroi des mégawatts,
elle est faite de manière aléatoire. On n'a pas cette grille-là, on ne
sait pas quels sont les critères, et très clairement la décarbonation de
l'économie actuelle du Québec ne fait pas partie des critères essentiels
prioritaires qui sont respectés. Parce que, sinon, on n'aurait pas de nouvelles
industries qui s'en viennent au Québec et qui
ne permettent pas de réduire les émissions de gaz à effet de serre et
s'accaparent le peu de mégawatts qu'on a pour le faire.
Mme Dufour : Tout à fait.
Est-ce que les grands projets, là, de cette ampleur-là, est-ce que, selon vous,
ils devraient prévoir une portion d'autoproduction, particulièrement quand il y
a des bâtiments d'une très grande taille ou
qui occupent un immense terrain, qu'il y a de l'espace pour des éoliennes ou
du... du solaire? Est-ce que vous croyez que ça devrait être une exigence
du gouvernement?
M. Bonin
(Patrick) : On pense que tout grand projet, surtout le plus
grand projet industriel privé de l'histoire du Québec, devrait faire
face à une évaluation environnementale indépendante et des consultations
publiques qui permettraient de soulever ce genre de questionnements-là. Eh oui,
lorsqu'on parle de nouvelles industries, si vous avez un Northvolt qui arrive, bien, il devrait y avoir des bâtiments
qui visent la carboneutralité, définitivement. Et même quand on parle
d'usines de batteries, là, il devrait y avoir du stockage, et Northvolt devrait
contribuer, par exemple, à... à aider à
passer la pointe au Québec et à permettre justement de même s'effacer en pointe
et injecter de l'énergie sur le réseau. Lorsqu'on a une usine de
batteries, imaginez, là, à quel point ce serait facile à faire. Eh oui, ce
serait... ça pourrait être des critères, surtout quand le gouvernement met des
centaines de millions dans une industrie du genre.
Mme Dufour : Merci. Je vais
peut-être vous amener sur... sur les... Vous avez mentionné, là, les coûts risquent d'augmenter, puis le groupe qui vous a
précédé, là, l'Union des consommateurs, eux, ils sont assez affirmatifs que les
coûts vont augmenter. Est-ce que... Puis vous craignez, là, pour les... les...
que ces hausses-là pourraient pénaliser les ménages à plus faible
revenu. Est-ce que vous croyez que le fonds d'aide, lui, va être... est la
solution pour palier à cette... à cette fragilisation des ménages?
Mme Busby (Mélanie) : Je pense
que... je pense que les groupes de... de défense des consommateurs sont les
meilleurs pour répondre à ces questions-là. Mais il a été clairement souligné
qu'on n'a pas de garantie dans ce programme-là. Donc, on essaie de rassurer les
ménages en disant qu'il y aura un programme. Mais, dans la loi, il n'est pas
inscrit de cibles claires. Et on dit que le gouvernement peut mettre en place
ce programme-là. On n'a pas de garantie qu'il va être... Donc, ce que les
groupes de défense des... des consommateurs disent, c'est qu'il n'y a pas de
garantie... il n'y a pas de garantie qu'il y a une protection des ménages les
plus vulnérables et pas de garantie que c'est protégé à long terme.
• (12 heures) •
Mme Dufour : Merci. La... la
rénovation résidentielle, vous en avez parlé, là, vous avez mentionné, là,
qu'il y a une efficacité énergétique qu'on
doit... qu'on doit prioriser avant même, peut-être, de développer des nouveaux
marchés. C'est quoi, selon vous, l'apport que les Québécois devraient avoir
dans cette efficacité énergétique là? Individuellement, là, qu'est-ce que ça représenterait, l'effort
individuel, pour améliorer l'efficacité énergétique, par exemple, des
bâtiments?
Mme Busby
(Mélanie) : Bien, qu'est-ce que vous voulez dire, l'effort
individuel en contribution financière ou...
Mme Dufour : Bien, en fait, ce
que... ce que j'essaie de savoir, c'est est-ce que vous croyez
qu'actuellement les mesures qui sont en place, les programmes qui sont en place,
est-ce qu'ils sont efficaces pour améliorer l'efficacité énergétique des
bâtiments.
Mme Busby (Mélanie) : Bien, je
répondrais qu'on n'a pas évalué les programmes dans ce détail-là...
M. Bonin
(Patrick) : Je pense clairement qu'il pourrait s'en faire
plus, là, autant dans le résidentiel que le locatif, particulièrement
quand on parle de logements à... à loyer modique, pardon. Mais il est certain
que la première chose qu'on devrait faire au Québec...
Parce qu'on s'entend, là, plus on va produire, plus ça va coûter cher, là.
Gardons ça simple, plus on produit de l'électricité, plus ça coûte cher en
raison des coûts marginals. Mais la première chose qu'on devrait faire, c'est de revoir le potentiel technico-économique
d'efficacité énergétique au Québec, qui n'a pas été revu. On utilise
encore le coût de la production évité de 2013.
Clairement,
si on changeait juste ça, on doublerait probablement le potentiel
technico-économique, justement, en termes d'efficacité énergétique, on
pourrait avoir beaucoup plus de programmes déployés dans le résidentiel, mais
aussi dans le commercial, l'institutionnel et l'industriel.
Mme Dufour : Merci.
Le Président (M. Montigny) : ...cède
la parole à la députée de Saint-Laurent. Mme la députée.
Mme Rizqy : Allez-y, madame.
Vous vouliez compléter.
Mme Busby (Mélanie) : ...aussi
on... tu sais, on demande des programmes. Il y a moyen d'aller chercher ce
financement-là, des fois, à des endroits où le gouvernement va donner de
l'argent et où les objectifs s'entrechoquent. Tu sais, je n'ai pas les données
récentes, mais le dernier rapport faisait état d'environ
300 millions de dollars qui est accordé
à l'industrie fossile en subvention, bien... en soutien, bien, ce n'est
clairement pas là qu'on va faire des gains en efficacité énergétique
puis en électrification. Ça fait qu'il y a des façons d'aller chercher des
fonds pour les consacrer à la transition puis en ayant plus de cohérence dans
les programmes gouvernementaux.
Mme Rizqy : Merci. Hier, la
ministre actuelle de l'Énergie a fait un gazouillis : «Il est étonnant de
voir le Parti libéral s'opposer à un projet — en
parlant de Northvolt — aussi
important et porteur pour enrichir et décarboner le Québec.» Moi, je me
rappelle d'un certain M. Fitzgibbon qui disait — il a
contredit, à l'époque, le ministre de l'Environnement :
«Le projet de giga-usine de batteries de Northvolt ne réduira pas les
émissions de gaz à effet de serre du Québec.» Qui dit vrai,
M. Pierre Fitzgibbon, le ministre de l'Environnement ou l'actuelle
ministre?
Le Président (M. Montigny) : ...les
images que l'on doit déployer, ce doit être des tableaux didactiques, là...
Mme Rizqy : Pas sur le temps
des gens, monsieur.
Le Président (M. Montigny) : ...c'est
important de le rappeler. Merci.
Mme Busby (Mélanie) : Mais
le... c'est clair que...
Mme Rizqy : Est-ce que c'est
Pierre Fitzgibbon qui dit vrai...
Mme Busby (Mélanie) : Bien...
bien, on n'a pas de garantie...
Le Président (M. Montigny) : Merci.
Mais malheureusement, le temps...
Mme Busby (Mélanie) : ...qu'il
y a une contribution à la décarbonation.
Le
Président (M. Montigny) : Je suis désolé, le temps est écoulé. C'est
maintenant le temps de céder la parole au député de Maurice-Richard.
Une voix : ...
Le Président (M. Montigny) : Il
reste trois secondes.
M. Bouazzi : Merci, M. le
Président. Merci beaucoup d'être ici aujourd'hui. Alors, je n'ai pas beaucoup
de temps, je vais vous demander d'être
concis. Première chose, vous parlez justement du plan du PGIRE que vous
voudriez voir, vous avez salué qu'il se trouve dans le projet de loi,
est-ce que vous pensez qu'on a besoin d'un projet de loi pour que le
ministre... le ministère, en fait, de l'Énergie fasse, produit ce PGIRE en
collaboration avec la société?
Mme Busby (Mélanie) : De notre
compréhension, ce n'est pas nécessaire, mais, si c'était nécessaire, on inviterait à ce que les autres dispositions ne
soient pas adoptées. Celle-là, on est favorables. Mais je pense qu'il y a des
débats à avoir à propos de plein d'autres dispositions du projet de loi.
M. Bouazzi : Donc, qu'un
ministère planifie, c'est comme un peu normal, on n'a pas besoin d'un projet de
loi pour commencer la planification. On a vraiment beaucoup de choses qui...
faute de plan, hein, beaucoup de choses qui ont été mises sur le... sur le
terrain. Puis, moi, depuis que je suis élu, ça fait juste deux ans, au début,
bien, Mme Brochu parlait d'augmenter de
100 térawattheures la production. M. Legault, à l'époque, était
d'accord, et on parlait d'un demi-Hydro-Québec. Ensuite, bien, il y a l'étude de Dunsky qui nous parle de
137 térawattheures. Et puis, maintenant, il y
a le plan d'Hydro-Québec qui nous parle de 200 térawattheures, et,
surprise, M. Legault est d'ailleurs d'accord maintenant avec doubler la
taille d'Hydro-Québec. Vous, vous pensez quoi? Qu'est-ce qu'il nous faut pour
atteindre la carboneutralité à ce stade?
Mme Busby (Mélanie) : On est
d'accord, il faut avoir un débat à ce sujet-là, puis que, là, présentement, on
a déjà choisi le scénario de 200 térawattheures et qu'on presse tout le
monde de faire les efforts puis de... d'aller rapidement
vers un scénario qui n'est pas du tout la sobriété et qui risque de
compromettre vraiment la décarbonation, si on veut produire cette
énergie-là pour du développement industriel.
M. Bonin (Patrick) : ...je pense que
même la chaire du HEC en énergie a parlé de scénarios, et on doit les voir ces
scénarios-là. On doit avoir ce débat là-dessus. Quels sont les scénarios de
véritable sobriété énergétique? La chaire
parle, par exemple, d'avoir des scénarios où on n'a pas d'ajout de production
et on a des changements drastiques dans les bâtiments, dans les
transports, dans les industries.
Donc, très
clairement, quand le gouvernement parle de 200 térawattheures, là, ça, c'est
nouveau, c'est complètement de l'enflure. On parle d'une balloune qui ne
cesse de grossir, qui vise un développement industriel effréné, dont on n'a
même pas les moyens de se payer, et qui amènera des impacts environnementaux
majeurs sur le territoire, des impacts sociaux en raison d'une production
ajoutée massive, comme ils sont en train de le faire, alors que les autres alternatives... alors que le besoin n'a pas été
présenté, à quoi on va répondre avec cette électricité-là, et les meilleurs
moyens d'y répondre n'ont pas été étudiés.
M. Bouazzi : Donc, rapidement, je
comprends que ce projet de loi, pour vous, donc, il ouvre déjà la place à plus de privatisation, à plus de place dans le
privé, à une augmentation des coûts pour les... et qui, en fait... On comprend
que la prémisse, c'est qu'on a déjà choisi un scénario, qui est un scénario de
développement tous azimuts, qui est en...
qui marche avec des visions, en fait, des années 70, là, avant qu'on soit
au courant que c'est la fin du monde bientôt.
Quelle forme pourrait prendre cette consultation
publique pour pouvoir justement choisir le bon scénario?
Mme Busby (Mélanie) : Bien, je pense
qu'assurément la consultation qu'on a ici en six jours avec des experts, puis
fortement biaisée en faveur de l'industrie, bien, je dirais, biaisée en faveur
de l'industrie, ce n'est pas suffisant, on a
besoin d'expertise, de gens qui ont des horizons différents, des expertises
différentes, des gens qui viennent parler,
justement, de transport, d'industries et d'alimentation puis de bâtiments. Puis
après ça, la forme exacte, bien, ça devrait être dans une enceinte où
cette participation-là est bien encadrée, est indépendante. Et puis...
Le
Président (M. Montigny) : Très bien. Très bien. Merci. C'est maintenant le
temps de céder la parole au député de Jean-Talon pour
2 min 38 s.
M. Paradis : Votre mémoire et votre
témoignage sont de véritables cours de privatisation de la production
d'énergie.
L'article 95
du projet de loi n° 69 élimine la taille maximum de 50 mégawatts pour
la production privée, donc plus de production privée. L'article 38,
vous nous le dites, ouvre la porte à la vente d'électricité entre entreprises
privées, donc plus de privé. L'article 116 autorise la vente de barrages
de moins de 100 mégawatts, donc, au secteur privé. L'article 115 du
projet de loi autorise la vente d'actifs de production, de transport et de
distribution, donc plus de privé.
Et ce que vous nous dites, c'est que ça, ça
va... ça peut nuire aux efforts de décarbonation et ça peut avoir un impact à
la hausse des tarifs. C'est bien ça que vous nous dites?
Mme Busby (Mélanie) : Oui.
Absolument.
M. Paradis : Expliquez-nous donc ça,
comment ça nuit aux efforts de décarbonation.
Mme Busby (Mélanie) : Comment ça
nuit aux efforts de décarbonation? Bien, ce qu'on a besoin, là, ce qu'on dit depuis le début, on a besoin d'un plan
clair. Si on ouvre à plus de privé, bien, on ouvre à toutes les questions de
planification du territoire, d'accaparement des ressources énergétiques par le
privé. Puis à quoi va consacrer le privé... à quoi cette énergie-là va être
consacrée par le privé? Mais on n'a pas de contrôle là-dessus.
La raison pour laquelle on a nationalisé Hydro-Québec
dans les années 60, c'est parce qu'on avait confié, on avait laissé au
privé le privilège de développer l'électricité au Québec, puis le résultat
c'était un système énergétique désordonné avec un service insatisfaisant puis
des tarifs élevés et inégaux. Il y a une raison pour laquelle on s'est doté d'Hydro-Québec. On ne voudrait pas retourner dans le passé puis
laisser à ces entreprises-là le loisir de tout planifier.
Il y a aussi une raison au niveau des tarifs. Le
rapport de l'IREQ démontre que, parce qu'on a confié au privé le développement
de l'éolien, on a un manque à gagner de 6 milliards depuis 2009. Donc, ça,
c'est une raison aussi, c'est moins de fonds publics pour faire ces projets de
décarbonation.
M. Paradis : La ministre, tout à
l'heure, a commencé ses interventions en disant : Oui, mais vous êtes ici,
il y en a une consultation. Mais vous nous
rappelez qu'il n'y a pas de plan, qu'on ne sait pas où le gouvernement veut
aller avec ce projet de loi là.
C'est quoi la différence entre venir
témoigner ici sur le projet de loi n° 69, tel que présenté, puis avoir un
véritable débat sur l'avenir énergétique du Québec?
Mme Busby (Mélanie) : Est-ce que je peux poser des
questions? Moi, j'ai vu dans les interventions précédentes une absence
de débat. Nous, on est questionnés sur notre mémoire. Est-ce qu'on peut poser
des questions sur quels sont les scénarios,
à qui on va consacrer, challenger ces données-là? On n'a pas les données. On
n'a pas les questions. On n'a pas la
réponse à ces questions-là, donc on ne peut pas les challenger. On ne peut pas
remettre en question ce qui est mis sur la table. Et on n'a pas
l'occasion de poser la question au gouvernement non plus, c'est nous qui sommes
questionnés.
M. Bonin
(Patrick) : Et on est loin...
Le Président (M.
Montigny) : Je vous remercie...
M. Bonin
(Patrick) : ...de ce qu'on a eu comme débat public dans les
années 90 et 2010.
Le Président (M. Montigny) :
Je vous remercie pour votre... Le temps étant écoulé.
M. Bonin
(Patrick) : On est à des années lumières de ce qu'on...
Le Président (M.
Montigny) : Je vous remercie pour votre contribution.
La commission suspend
ses travaux jusqu'après les avis touchant les travaux des commissions.
(Suspension de la séance à
12 h 10)
(Reprise à 15 h 16)
Le Président (M.
Montigny) :
Et voilà, maintenant, c'est le bon moment. Alors, à
l'ordre s'il vous plaît! La Commission de l'agriculture, des pêcheries, de
l'énergie et des ressources naturelles reprend ses travaux. Je demande à toutes
les personnes dans la salle de bien vouloir éteindre leurs sonneries de leurs
appareils électroniques.
Nous poursuivons les
consultations particulières et les auditions publiques sur le projet de loi n° 69, la Loi assurant la gouvernance responsable des
ressources énergétiques et modifiant diverses dispositions législatives.
Cet
après-midi, nous entendrons d'abord le Conseil
de l'industrie forestière du Québec,
la Fédération québécoise des
municipalités, la Fondation Rivières,
l'Association des professionnels de
la construction et de l'habitation du Québec et l'Alliance Switch.
Maintenant, je
souhaite maintenant la bienvenue au Conseil de l'industrie forestière du
Québec. Je vous rappelle que vous disposez
de 10 minutes pour votre exposé, puis nous procéderons par la suite à une
période d'échange avec les membres de la commission. Je vous invite donc
à vous présenter et à débuter votre exposé. Vous avez 10 minutes.
Conseil de l'industrie forestière du Québec (CIFQ)
M. Samray
(Jean-François) : Alors, merci. M. le Président. Mme la ministre et
Mmes, MM. les députés, je vous remercie de nous permettre de prendre la parole
devant vous aujourd'hui au nom du Conseil de l'industrie forestière du Québec.
Mon nom est Jean-François Samray, je suis le PDG, et je suis accompagné
aujourd'hui de notre directeur, transition
énergétique et technologique, au CIFQ, M. Cyril Michaud, pour faire part
des commentaires et recommandations de notre organisation au sujet du
projet de loi n° 69.
Tout d'abord, comme
vous le savez, le CIFQ, c'est le principal porte-parole de l'industrie
forestière et ça représente les intérêts de ses membres, soit des entreprises
de sciage et de déroulage de pâtes papier, de carton, de panneaux ou de
transformation du bois. Tout d'abord, là, plutôt que vous parler des chiffres
que vous trouverez dans notre mémoire, sur
le nombre d'emplois, notre contribution au PIB, ou aux revenus du gouvernement
québécois, ou notre consommation
annuelle d'électricité, j'illustre en quoi l'industrie forestière, dans son
ensemble, est au coeur des enjeux relatifs de la décarbonation et de la
transition énergétique.
La
décarbonation, M. le Président, vous pouvez l'observer tous les jours dans les
bâtiments qui vous entourent, c'est lorsqu'on remplace du ciment, qui est un
des produits qui émet le plus de gaz à effet de serre au Québec dans le
secteur de la construction, notamment par du bois, comme au Marché public de
Sainte-Foy, dans la circonscription de
M. Paradis, ou au Stade de soccer de Montréal, juste à côté de la
circonscription de M. Bouazzi, avec leur magnifique structure en bois
lamellé-collé, c'est la centrale de cogénération de la biomasse forestière
d'Opitciwan, qui... qui va utiliser et
produire de l'électricité à partir des rejets forestiers d'une coentreprise que
la nation attikamek a avec Produits forestiers Résolu, c'est le complexe
intégré de Rémabec à Port-Cartier, où la valeur de la biomasse forestière est
maximisée, puisqu'on y produit du bois d'oeuvre et des biocarburants issus des
résidus de l'usine de sciage, vendus à l'usine
d'ArcelorMittal, à deux kilomètres, pour remplacer du mazout, et du biochar,
qui remplace les fertilisants chimiques, ou réduire l'empreinte carbone
des procédés métallurgiques. Et, la semaine dernière, c'était également le
lancement, également, dans... à Thurso... d'une relance de l'usine de Thurso,
où j'ai vu des membres de la commission.
Bien, c'est tout ça,
l'industrie forestière. Donc, je n'irai pas plus loin parce que, des exemples,
il y en a dans chacune des circonscriptions, mais ces quelques... ces quelques
exemples illustrent à quel point le secteur forestier innove et fait partie intégrante de la solution en matière de
décarbonation en profondeur de l'économie québécoise sur l'ensemble du
territoire, autant en région que dans nos métropoles, tout en créant et en maintenant
des emplois bien rémunérés, dont le salaire
moyen est dépassé les 90 000 $, faut-il le dire. Donc, ce sont des
emplois payants, des emplois comme on en veut au Québec.
• (15 h 20) •
Ensuite, en
quoi nos membres sont particulièrement interpelés par les enjeux d'offre et de
demande d'énergie, en particulier
d'électricité? Bien, nos membres sont à la fois des consommateurs d'énergie,
particulièrement électrique, mais ils sont aussi des producteurs
d'énergie qui contribuent à équilibrer le bilan d'offre et de demande
d'Hydro-Québec. Nos membres consomment l'électricité au tarif de moyenne et de
grande puissance.
Parmi
celles-ci, les papetières québécoises consomment le quart de la consommation
d'électricité des grandes industries du Québec tout en ayant réussi à
diminuer leur consommation de 40 % depuis 2000 et tout en ayant réduit des deux tiers leurs émissions de GES depuis 1990.
Ça signifie que nos membres sont aussi très concernés par les enjeux
relatifs de la tarification de l'électricité, en particulier celui de
l'interfinancement des tarifs domestiques pour les tarifs généraux et industriels, dont vous avez entendu... de la part des
autres groupes au cours des derniers jours. Nous y reviendrons.
J'ajouterais qu'ils sont des consommateurs
responsables d'électricité puisqu'ils participent activement à la gestion de la demande en puissance d'Hydro-Québec
par leur adhésion aux différentes offres interruptibles et de gestion de la puissance, ce qui bénéficie à l'ensemble des
consommateurs d'électricité, particulièrement ceux du secteur résidentiel
pendant la période hivernale.
En plus d'être des consommateurs responsables
d'électricité, plusieurs membres du CIFQ contribuent aux approvisionnements en
puissance d'Hydro-Québec par leurs moyens de production d'électricité,
principalement des sites de cogénération qui utilisent la biomasse forestière, constituée
des résidus issus de l'activité forestière. Ainsi, la cogénération fait partie d'un écosystème industriel dans lequel
l'industrie tente de maximiser la valeur de la biomasse forestière d'un
point de vue économique et environnemental.
Je souligne aussi qu'un des atouts des usines de
cogénération est celui de permettre de rencontrer des besoins géographiques
spécifiques et apporte certaines garanties à Hydro-Québec quant à la puissance
disponible durant l'hiver. Certains membres du CIFQ disposent aussi d'autres
moyens de production d'électricité dans quelques cas de barrages, de parcs éoliens, tel que le parc éolien exploité dans le
cadre du partenariat avec Kruger, avec la communauté de Kahnawake, dans
la circonscription de Mme la ministre.
Donc,
maintenant, abordons les enjeux de tarification. Les consommateurs industriels
d'électricité, dont ceux de l'industrie forestière, ne bénéficient pas de
cadeau d'Hydro-Québec ou du gouvernement. Qu'ils soient aux tarifs L, M ou G,
tous ces clients ont en commun de payer plus, et beaucoup plus, que ce qui est
justifié par les coûts de services en raison d'interfinancement. Ceci a pour
effet de freiner la compétitivité de nos entreprises et ne pas envoyer le bon
signal aux clients résidentiels pour qu'ils adoptent les bons gestes en matière
de sobriété et d'efficacité énergétique.
C'est
pourquoi nous réitérons de mettre fin au programme... de mettre fin
progressivement à l'interfinancement prévu à l'article 52.1 de la
Loi sur la Régie de l'énergie. Nous insistons sur le «progressivement» et nous
insistons aussi sur le fait qu'il serait approprié pour le... au gouvernement
de mettre en oeuvre et de financer parallèlement à ceci un programme d'aide
ciblant spécifiquement les ménages à faible revenu ainsi qu'une bonification
substantielle des mesures d'efficacité énergétique pour ces ménages afin
d'éviter une hausse trop importante de leur facture d'électricité.
Parallèlement à ceci, nous recommandons de
mettre fin à l'indexation à l'inflation du coût de l'électricité patrimoniale
et que ce coût fasse l'objet d'un examen par la Régie de l'énergie sur la base
du coût-service et que la répartition de ce coût entre les différentes
catégories de clients soit déterminée par la Régie de l'énergie également sur la base des facteurs de causalité réels. C'est
une mesure qui bénéficiera à l'ensemble de la clientèle, et nous y voyons
trois avantages. Ça permettrait, un, de maintenir la compétitivité des tarifs
industriels, deux, d'atténuer l'effet de fin progressive de l'interfinancement
pour les ménages résidentiels, et, trois, ça permettrait une plus grande
cohérence entre le reste du projet de loi puisque le PL n° 69
propose de mettre fin à l'indexation des tarifs de distribution selon
l'inflation et de retourner à la méthode du coût-service.
Deux autres éléments, M. le Président. J'aborde
d'abord la nécessité de la mise en place d'un mécanisme de réglementation
incitative et d'un mécanisme de traitement des écarts de rendement pour
Hydro-Québec. M. Sabia, Mme Bouchard, d'Hydro-Québec, ont évoqué devant
vous, plus tôt cette année, qu'il y avait une dégradation de la qualité du service et de la fiabilité du réseau
d'Hydro-Québec au cours des dernières années. Le CIFQ souhaite éviter que,
tous, nous nous retrouvions devant une telle situation, et, à nouveau, c'est
pourquoi on recommande aux législateurs de s'assurer qu'il y ait des incitatifs
en place pour qu'Hydro... afin qu'Hydro-Québec fasse des gains en productivité,
qu'elle continue à entretenir adéquatement son réseau et à maintenir ou
améliorer la qualité du service.
Le CIFQ souhaite aussi de s'assurer
qu'Hydro-Québec retourne à la clientèle les éventuels trop-perçus dans le cadre
d'un mécanisme de fixation des tarifs sur trois ans. Là encore, c'est une
question de transparence et de saine gouvernance. C'est aussi pour cette raison
que le CIFQ recommande de bonifier l'article 28 du PL n° 69
afin de réintroduire l'obligation de mettre
en oeuvre un mécanisme de réglementation incitatif, parce que les parties sont
de bonne volonté, mais ils ont besoin d'être motivés parfois. La
motivation, ça aide à arriver à quelque chose.
Ensuite,
le CIFQ veut souligner que la question de la disponibilité de l'électricité
pour les entreprises existantes actuelles sur le territoire du Québec
est primordiale si le gouvernement du Québec veut atteindre ses objectifs de décarbonation. Le CIFQ
compte parmi ses membres des entreprises qui n'ont pas pu remplacer une
chaudière fonctionnant avec un combustible fossile par une chaudière
électrique, donc faire de la décarbonation, parce qu'Hydro-Québec indiquait ne
pas disposer des mégawatts pour elles. Ce sont des entreprises qui offrent des
emplois bien rémunérés, qui investissent, qui innovent, qui contribuent à faire
de l'économie du Québec une économie prospère dans un secteur crucial de la
décarbonation du Québec. Pour cette raison, le CIFQ est d'avis que le
gouvernement devrait reconsidérer sa position quant à la disponibilité de
l'électricité pour les entreprises du Québec.
Maintenant, j'aborderai
la proposition relative au PGIRE. Le CIFQ appuie l'intention du gouvernement de
prévoir la mise en place du plan de gestion intégrée des ressources
énergétiques car un tel plan permettrait de prendre en compte les besoins énergétiques du Québec sur le long terme et est,
donc, une mesure de prévisibilité des investissements nécessaires, y
compris pour l'industrie forestière.
Le CIFQ recommande
toutefois de donner un rôle plus explicite et plus fort à l'efficacité et à la
sobriété énergétique dans l'établissement du PGIRE, particulièrement dans le
secteur résidentiel. J'en profite pour signaler que l'industrie forestière fait
déjà d'énormes efforts en matière d'efficacité énergétique, mais qu'elle fait
face à la compétition internationale et à
des enjeux de cohérence des politiques environnementales du gouvernement. Et là
je...
Le Président
(M. Montigny) : 30 secondes.
M. Samray
(Jean-François) : En 30 secondes? Bien, écoutez, il y a eu le
projet de loi sur le Fonds bleu, et le
ministre a dit : Consommez moins d'énergie, d'eau, on vous... on vous
charge plus, mais, pour refroidir les procédés, il faut de
l'électricité, allez demander au ministre de l'Énergie.
Et donc, voilà, donc,
sur ce, écoutez, mon temps est écoulé. Ça va me faire plaisir de répondre aux
questions.
Le Président (M. Montigny) : Maintenant,
c'est la période d'échange. Merci beaucoup pour votre présentation. On
va débuter la période d'échange. Maintenant, Mme la ministre, vous disposez de
16 min 30 s. À vous la parole.
Mme Fréchette : Merci. Merci beaucoup. Je
partagerai ces minutes avec les collègues. Alors, merci, messieurs, pour
votre présentation, pour votre participation à cet exercice de consultation.
Alors,
je commencerai avec une discussion sur le tarif patrimonial. Donc, vous
proposez de réviser à la baisse le tarif patrimonial. Alors, comment
est-ce que vous considérez que ça, ça aurait un impact sur les autres types de
clientèle s'il y avait effectivement une révision à la baisse dans le cadre, en
plus, de l'amorce d'une transition énergétique
qui va requérir qu'Hydro-Québec développe ses infrastructures? Donc, comment
est-ce que vous voyez que ça puisse impacter les autres types de
clientèle?
Le Président
(M. Montigny) : M. Michaud.
M. Michaud (Cyril) :
Oui. En fait, quand Hydro-Québec établit ses tarifs, ils tiennent en compte
tous les approvisionnements. Donc, il y a... une part, c'est l'électricité
patrimoniale, l'autre part, c'est le postpatrimonial. Notre prétention, c'est
que le patrimonial, actuellement, est à un prix beaucoup trop élevé parce qu'il
a été indexé depuis des années, alors que ça n'est pas justifié par le vrai
coût, en fait. Donc, si on cesse d'indexer le patrimonial pour toute la clientèle, ça bénéficiera
mathématiquement à toute la clientèle parce que ça rentre dans l'enveloppe
globale des coûts d'Hydro-Québec.
Mme Fréchette :
Donc, vous estimez que l'indexation était injustifiée?
M. Michaud
(Cyril) : Oui.
Mme Fréchette : OK. Vous ne trouvez pas
normal qu'il y ait une indexation de ces tarifs-là dans un contexte
inflationniste, là? Sur le plan économique, on vit quand même dans une période
avec un rehaussement de l'inflation.
M. Samray
(Jean-François) : Bien, écoutez, Mme la ministre, il y a l'indexation
du panier d'épicerie puis l'indexation du coût de production de l'énergie.
C'est deux... c'est deux facteurs d'inflation complètement séparés. Dans le cas
présent, on parle d'infrastructures qui ont été... qui sont... qui ont été
amorties, qui sont là, qui sont en production, et, si la société d'État doit
recapitaliser, bien, ça sera inclus dans le bilan comptable et ça permettra de
venir démontrer qu'il y a une
recapitalisation. Donc, il y a un nouveau coût de production pour ces
actifs-là. Par contre, ils sont amortis, pour la plupart, et donc, ce faisant,
c'est faux de prétendre que, parce qu'il y a une inflation, leur coût de
production suit la tendance. D'ailleurs, si on va voir l'alternative au bloc
patrimonial, c'est aussi... On peut... on pourrait se baser sur certains
marchés nord-américains, la zone M de New York, comme comparable, mais il y a
d'autres indicateurs que tout simplement de venir mettre l'inflation.
• (15 h 30) •
Mme
Fréchette : Est-ce que vous considérez que c'est un avantage pour
votre industrie d'avoir accès à de l'énergie verte? Ce qui caractérise, donc,
notre réseau électrique, est-ce que ça a une valeur en soi que d'avoir accès,
pour votre industrie, à une énergie verte?
M. Samray
(Jean-François) : Bien, ce qui a une valeur pour l'industrie, c'est de
savoir qu'elle va disposer d'énergie pour maintenir sa compétitivité puis
également pour mettre des projets de gains d'efficience derrière ça. C'est quelque chose de fondamental, puis ce qu'on remarque,
c'est qu'à l'heure actuelle la compétitivité des tarifs québécois diminue par
rapport à d'autres... d'autres régions en Amérique du Nord, et d'autres régions
y vont avec une énergie qui, elle, est
décarbonée. Le nucléaire reprend de la place dans beaucoup de régions, et c'est
vrai que, quand on fait le bilan
carbone, c'est important, de l'énergie verte, mais il y a des alternatives avec
de l'énergie décarbonée qui, elle, également, devient de plus en plus à
des prix compétitifs.
Mme
Fréchette : Donc, vous estimez qu'il y a une valeur, donc, associée au
fait qu'on a une énergie tirée de sources renouvelables et que ça, ça devrait
être reflété par le prix?
M. Samray
(Jean-François) : Bien, il y a une valeur dans la mesure... Est-ce que
le consommateur est prêt à payer une prime pour le produit transformé qui est
issu de cette électricité-là? Sinon, cette valeur-là, si elle est... s'il n'y a pas, de de la part du consommateur, une
volonté à payer moins... à payer plus, je veux dire, là, si le consommateur, lui,
s'en fout dans ses choix, bien, à un moment donné, c'est une perte de
compétitivité. C'est un peu la même chose pour
nous. Pour l'aluminium vert, on a beau vouloir dire : Je veux vendre de
l'aluminium vert, mais, si le client n'est pas prêt à payer la prime, ce
n'est pas...
Mme
Fréchette : Et vous diriez que le marché n'est pas rendu là, qu'il ne
veut pas payer de prime aucune, que ce n'est pas une considération?
M. Samray
(Jean-François) : Ce que je vous dis, c'est que, quand on voit des
appels d'offres de certains grands acheteurs de... ce n'est pas nécessairement
inclus à l'intérieur de ça qu'on va regarder l'intensité carbone de l'ensemble,
mais certains le font comme un «nice to have» et non pas comme un prérequis.
C'est zéro ou c'est un.
Mme Fréchette :
Je vous amènerais maintenant sur les bioénergies. En fait, l'industrie
forestière, est-ce qu'elle pourrait tirer avantage de la filière des
bioénergies pour consolider, là, son modèle d'affaires? Dans un contexte de transition énergétique, est-ce que
vous voyez là une orientation future intéressante ou déjà actuelle même?
M. Michaud
(Cyril) : Oui, puis, comme on l'a dit en début, en fait, le secteur
forestier contribue déjà à produire des bioénergies en produisant des
biocarburants qui sont issus des résidus, par exemple, ou des granules de bois, ou d'autres produits qui servent à
décarboner... en fait, qui sont renouvelables et qui servent à décarboner le
chauffage ou d'autres... d'autres usages industriels. Donc, oui, il y a
une possibilité.
Ceci
étant dit, il ne faudrait pas que les bioénergies viennent... comment dire,
viennent prendre de la biomasse qui peut être valorisée, par ailleurs,
par le secteur forestier et dans la transformation forestière. Il y a déjà
beaucoup de résidus qui peuvent être
utilisés dans notre secteur, soit pour faire des panneaux de bois ou pour faire
d'autres produits. Donc, il ne faudrait pas que la production de
bioénergie vienne détourner des flux de matières qui peuvent être valorisés
d'une manière plus intelligente et plus profitable pour notre secteur avant la
production de l'énergie.
Mme
Fréchette : OK.
M. Samray
(Jean-François) : En complément, si vous me permettez, je vous dirais
qu'il y a d'immenses potentiels. Il y a du
bois de tordeuse plein les forêts. Il y a des résidus de coupe qui sont
présents. Des potentiels, il y en a. Certaines formes de bioénergie sont
en... par des contrats de cogénération qui sont... bientôt, arrivent à
échéance, et qu'il fera plaisir d'y contribuer puis de les poursuivre, mais il
y a d'autres projets qui ont besoin d'électricité pour faire de la bioénergie, puis là, bien, pour ça, ça va prendre des blocs
d'approvisionnement pour pouvoir aider encore plus à décarboner le Québec.
Mme
Fréchette : Merci, M. le Président. Je vais céder la parole aux
collègues.
Le Président (M. Montigny) : Merci
beaucoup. Alors, maintenant, je laisse la parole au député de Dubuc. Il vous
reste 9 min 48 s.
M. Tremblay :
Bonjour. Dites-moi, j'ai manqué un petit bout, M. Samray, sur...
chaudières, vous avez parlé de chaudières à un moment donné. Je me demande si
c'est en lien avec un projet qui s'est tenu à Shipshaw, à la Scierie Girard, où on a converti des séchoirs de
bois du mazout à l'électricité, puis
il y avait des incitatifs avec Hydro-Québec à ce niveau-là. Et puis j'ai
pu comprendre que cette technologie-là, parce qu'on parle de... aussi de
projets d'efficience en région... J'arrive avec la question. Je pense que vous
avez signifié aussi qu'il y avait une... qu'il y avait des efforts à faire
pour... puis du potentiel pour accentuer l'optimisation de la gestion de pointe
dans des entreprises forestières. Et puis je
sais qu'il y avait un certain appétit pour l'industrie forestière, justement,
d'aller plus loin dans cette conversion-là des séchoirs au mazout vers
l'électricité.
Dans le fond, ce que
je veux dire, c'est : Comment vous verriez une dimension plus régionale
d'application du PGIRE, par exemple? Parce que vous faites aussi mention, dans
le document, de certaines incohérences qui feraient
en sorte que les applications seraient difficiles au niveau, là, du... Bien,
moi... Plus concrètement, sur le terrain, comment vous verriez une
dimension plus régionale au PGIRE?
M.
Samray (Jean-François) :
Bien, je vais vous donner l'exemple. Dans certaines régions... Prenons... prenons
la Côte-Nord. Sur la Côte-Nord — ce n'est pas parce que c'est la région de... de M.
le Président, mais c'est le meilleur... c'est l'exemple qui me vient tout de
suite en tête — sur
la Côte-Nord, il y a beaucoup de résidus forestiers, et puis il y a... il reste trois compagnies qui sont présentes sur
place. Et quand vient le temps de venir dire : On consomme les copeaux, il
y a Sacopan qui fait déjà beaucoup de transformation avec ça, mais il restait
un surplus de copeaux, parce qu'il n'y avait plus de papetière pour
faire de la transformation. Donc, dans cet endroit-là, précisément, le fait de
venir faire de la production énergétique, du
biochar, de venir faire de l'huile pyrolytique, c'est quelque chose qui vient
en structuration. La même chose que dans l'Outaouais, où, là, on a eu
une fermeture, que, là, on est en train de refaire une conversion.
Mais si vous me dites, dans la région de Lac-Mégantic,
que vous allez... vous allez installer une usine de bioénergie, alors que le plus important fabricant de panneaux en
Amérique du Nord qui est présent sur place... là, je vais vous dire que vous déshabillez Pierre pour
habiller... habiller Julie, là. Là, je ne sais pas si les vêtements de Pierre
font à Julie, mais, bref, je n'irai
pas là-dedans. Mais juste pour dire qu'il y a quand même une notion de
régionalisation à faire qui est fondamentale.
Et, oui, les entreprises se sont vu refuser des
projets qui ont été déposés qui auraient permis de... notamment dans les
séchoirs. Mais il y a également, avec des chargeurs électriques dans les cours,
il y a également des bulldozers électriques, qui sont... qui sont autant de
projets qui sont mis sur la place. Donc, pour eux, c'est essentiel d'avoir les
blocs d'énergie, puis c'est aussi essentiel, pour leur banquier, de venir
dire : Peux-tu venir me dire quel va être
ton coût d'utilisation? Donc, d'avoir... d'avoir une planification sur du long
terme, faite par une régie qui a des bases claires, et qu'on connaît les
critères, c'est fondamental pour faire ça.
Parce que
l'industrie, elle s'est beaucoup décarbonée. C'est celle qui s'est le plus
décarbonée dans l'économie du Québec. Mais ce sont des gens innovants,
des gens intelligents, puis des gens qui ont plein d'idées, et qui ont beaucoup d'endroits pour installer des panneaux
solaires sur leurs toits d'usines, et pour mettre du système d'écrêtage
de pointe pour abaisser l'appel de puissance. Donc, on fait partie de la
solution.
M. Tremblay : Merci.
Le
Président (M. Montigny) :
Maintenant, c'est le moment de laisser la parole au député de Rouyn-Noranda—Témiscamingue.
M. Bernard : Merci, M. le Président.
Le Président (M. Montigny) : Vous
avez 5 min 30 s.
M. Bernard : Parfait, merci.
Vraiment content de vous revoir, messieurs. On s'était croisés récemment dans
une consultation sur l'avenir de l'industrie forestière. Je vais continuer sur,
un peu, la... les propos de mon collègue. Il y a des gens qui avaient parlé, effectivement,
d'autres groupes, d'avoir, là, un PGIRE qui tient compte des réalités vraiment
régionales pour, justement, l'attribution pour les sources d'énergie. Mais, en
même temps, de votre côté... Moi, j'ai une
question, pour avoir votre avis : Est-ce qu'éventuellement le PGIRE
devrait tenir compte aussi des filières industrielles, c'est-à-dire, par
exemple, l'industrie forestière, avoir un portrait pour vraiment planifier au
niveau de l'industrie forestière, pour avoir l'énergie suffisante pour les
projets futurs de développement?
M. Michaud (Cyril) : Oui, oui,
assurément. En fait, ma compréhension est que, dans le PGIRE, il y aurait une
estimation des besoins sur les prochaines années, donc ça inclut, évidemment,
les besoins des différentes filières industrielles. On comprend, avec la
situation actuelle, que c'est très difficile de planifier sur un horizon assez
long les vrais besoins des différentes
industries. Mais la nôtre, elle existe actuellement au Québec, elle a des
projets de... de décarbonation, pardon, elle a des projets de
développement. Ce serait relativement faisable de tenir compte de ses besoins
dans le cadre d'un PGIRE, de ses besoins en matière d'énergie pour les
prochaines années.
• (15 h 40) •
M. Bernard : Puis vous parlez de
perspectives à long terme, et on parle beaucoup... Puis vous avez fait le
point, là, la révision des tarifs tous les trois ans plutôt qu'aux cinq ans. Il
y en a qui proposaient une révision un peu plus...
même, plus rapprochée dans le temps; il y en a d'autres, des révisions des
tarifs à plus long terme. Parce qu'à un moment donné, la vision que...
Quand, moi, je parlais aux gens... Éventuellement, il faut avoir une
prévisibilité sur les dépenses futures. Donc, vous considérez qu'avec une
révision aux trois ans, des tarifs, peu importe la manière qu'elle se ferait,
ce serait vraiment préférable qu'avoir des tarifs fixés sur une période de cinq
ans, et autres?
M. Samray (Jean-François) : Ce qui
est important, c'est d'avoir le juste tarif, et donc le tarif, d'avoir le
revenu requis en fonction des biens prudemment acquis, et de faire en sorte que
le revenu requis soit balancé en fonction de
ça. Donc, c'est fondamental. Et de faire... venir faire le balisage aux trois
ans vient donc dire que... écoutez, c'est
le «bar open» pendant trois ans. Tu procèdes aux investissements que tu veux,
puis, dans cinq ans, si tu t'es trompé, on reviendra puis on... tu as le temps de te... de te reprendre. Je pense
que d'avoir un balisage aux trois ans, ce n'est pas un luxe, c'est une
nécessité, et il n'y a rien de tel que d'avoir, sur... le véritable coût et
d'avoir le revenu requis basé là-dessus. C'est ce qui donne le plus de
prévisibilité.
M. Bernard : Je ne sais pas si un
collègue aurait une question?
Le
Président (M. Montigny) : ...la parole est à vous.
M. Bernard : On a parlé de la... vraiment de la transition
énergétique, puis là ce que je voulais savoir du côté... Je sais que la
ministre l'a abordé, mais peut-être un peu plus de détails. Quels sont pour la
transition, les enjeux et les défis auxquels vous faites face actuellement, si
vous en avez, et s'il y avait des pistes de solutions que vous voyez pour vous
aider, l'entreprise, soit en termes de programmes gouvernementaux, ou autres,
etc., pour vous aider? Surtout qu'actuellement, quand on regarde... l'industrie
forestière est dans une période un peu plus, je dirais, difficile ces temps-ci.
Mais êtes-vous bien positionnés, étant donné le contexte des marchés, des
possibilités forestières, et autres, pour
pouvoir faire une transition saine, et, vraiment, je vous dirais, avec les
moyens, sans vous mettre, l'industrie, globalement, en péril?
Le Président (M.
Montigny) : ...
M. Samray (Jean-François) : Bien,
c'est fondamental pour l'économie du Québec, là. L'industrie forestière, ça
génère 6 milliards de dollars en retombées fiscales, parafiscales, et
en tarification pour les gouvernements. Donc, compte
tenu de tout ce qu'il y a à payer, je pense que le Québec ne peut pas se passer
de l'industrie forestière, elle est là. La demande... Il y a la crise du
logement à laquelle répondre. On est présents, on est... On regarde également
pour décarboner les biens de consommation. Je vois le café de Mme Risky,
qui est... qui est fabriqué dans un verre fait à La Tuque, chez Westrock, et à
peu près tout ce que vous achetez qui a du carton, qui a du papier, c'est fait
de par l'industrie forestière, donc c'est fondamental. Si on veut remplacer les
plastiques à usage unique par de la cellulose, si on veut construire, le bois
est là, et c'est fondamental. Puis pour faire de la troisième transformation,
ça prend de la première, puis ça prend de
l'électricité parce qu'on veut le faire de façon encore plus décarbonée, puis
si vous en manquez, les membres vont se faire un plaisir de vous
proposer des projets de cogénération.
Le Président (M.
Montigny) : Peut-être en conclusion, 30 secondes, M. le
député, si vous voulez.
M. Bernard : Bien,
vitement fait, juste compléter sur les propos que vous dites. Je disais tout le
temps aux gens : L'industrie
forestière, c'est, globalement, l'industrie qui est omniprésente à la grandeur
du territoire québécois. Parce que, dans toutes les régions, que ce soit dans
le sud de la province, qui était de la forêt privée, et autres, puis de
la forêt publique au nord, c'est la seule
qui est vraiment omniprésente, puis elle est importante pour l'économie des
régions, entièrement d'accord.
M. Samray (Jean-François) : Ça
fait cinq siècles qu'on est... qu'on est présents, qu'on construit le Québec, puis
on est encore là pour longtemps.
Le Président (M.
Montigny) : Merci beaucoup. C'est maintenant le moment de céder la
parole à la députée de Saint-Laurent. Vous disposez donc de
10 min 24 s.
Mme Rizqy : Merci beaucoup, M. le Président. Bonjour,
M. Samray, bonjour, M. Michaud, merci d'être présents avec
nous.
Tantôt, j'écoutais
les propos de la ministre, elle vous a posé la question suivante : Est-ce
que vous seriez prêts à... est-ce qu'il y a une certaine valeur pour accéder à
l'énergie verte? La semaine passée, elle a posé la même question à plusieurs
acteurs de l'industrie. Elle est même allée un peu plus loin, en disant :
Est-ce que vous êtes prêts à payer une prime
verte? Moi, quand j'entends «prime», comme fiscaliste, je pense à «taxe verte».
Alors, est-ce que... pour un électron vert, êtes-vous prêts à payer plus
cher? Est-ce que vous êtes prêts à avoir une taxe verte?
M. Samray
(Jean-François) : Bien, l'électricité fait partie... les dimensions
énergie et puissance font partie des
intrants qui entrent dans une chaîne de production, c'est... tout comme le
bois, tout comme les salaires. Ça fait partie des intrants qui sont là,
puis il faut être le plus compétitifs pour être capables de se démarquer sur
les marchés, dans les marchés de masse. Quand on est dans... sur un marché de
niche, bien là, on peut peut-être avoir certaines marges de manoeuvre, mais,
quand on est sur les produits de commodité, comme on appelle, là,
l'électricité, c'est un intrant. Puis si le client est prêt à, lui, la
reconnaître, bien, c'est sûr qu'il y a une volonté à le compter dans tes
intrants tout comme il y a de la certification forestière qui se fait sur plus
de 70 % du territoire forestier. Mais si le consommateur n'est pas prêt à
y reconnaître une valeur, bien là, à ce moment-là, on ne peut pas se démarquer
par rapport aux autres.
Mme Rizqy : M.
Michaud?
M. Michaud (Cyril) : Bien, j'allais
ajouter : cette question, elle est tout aussi valable pour les consommateurs
résidentiels. Sont-ils prêts à payer le prix de... le vrai prix de leur énergie
verte?
Mme Rizqy : Et
votre réponse?
M. Michaud (Cyril) : C'est valable pour les
industriels, c'est valable pour les... le résidentiel, de la même façon. J'allais
ajouter qu'on est aussi, comme on l'a dit, des producteurs d'énergie verte. On
est prêts à, éventuellement... Si on paie plus, il faudrait qu'on soit
rémunérés plus aussi, pour notre énergie verte.
Mme Rizqy : Et,
dites-moi donc, pensez-vous que les consommateurs sont prêts à payer plus cette
prime verte?
M. Samray
(Jean-François) : Bien, moi, je...
M. Michaud (Cyril) : On ne représente pas les consommateurs industriels... les consommateurs,
pardon, résidentiels.
M. Samray
(Jean-François) : Moi, je vous dirais que, dans les consommateurs
résidentiels, il y a trois classes de consommateurs. Il y a ceux pour... il y a
ceux pour lesquels vous pourriez le tripler que ça ne change rien, parce que je
veux avoir le jacuzzi, les trois autos plus le déneigement au câble chauffant.
Pour eux, la socialisation revient à les subventionner puis à leur faire payer
moins cher l'électricité...
Mme Rizqy : ...parce
que vous êtes... vous êtes un acteur de l'industrie, vous produisez quelque
chose. Votre produit, une fois que vous le
mettez sur le marché, votre intrant, vous devez le refiler dans votre coût,
nécessairement, parce que le consommateur est prêt à payer plus cher.
M. Samray (Jean-François) :
Oui. Bien, il y a certains appels d'intérêt, certains projets sur lesquels
le... c'est spécifié. On voit de plus en plus des projets où la signature
carbone au mètre carré de... occupé au sol. La signature carbone est comptabilisée là-dedans. Ces gens-là pourraient
être prêts à le faire. S'il y avait une réglementation, au Québec, à venir dire : On met un seuil
carbone pour toute nouvelle construction, bien, peut-être qu'à ce moment-là il
y aurait une volonté de la part du consommateur, et donc que ce tarif-là
pourrait être intégré, mais, à l'heure actuelle, ce n'est pas le cas.
Mme Rizqy : À
l'heure actuelle, ce n'est pas le cas. Dans votre mémoire, vous parlez du tarif
L, M et G. Je vais me concentrer sur le tarif L, parce que, la semaine
dernière, la ministre, elle disait que c'était terminé, le cadeau pour les
industries. Est-ce que c'est... pour vous, est-ce que c'est un cadeau, le tarif
L, dans un marché quand même compétitif, international, là?
M. Samray
(Jean-François) : Bien, moi, je vais vous dire que le tarif L, il est
présent, il est utilisé par les papetières, c'est... les usines de cartonnerie,
c'est fondamental pour eux d'avoir accès à cette énergie-là pour faire leurs
procédés de fabrication. Le... Vous le voyez dans notre mémoire, on l'indique
que les tarifs sont de moins en moins
compétitifs par rapport au reste de l'Amérique du Nord. La journée où... Puis
l'électricité, c'est un des facteurs de production pris en considération dans
la rentabilité. La journée où l'industrie ne sera plus compétitive parce que
l'électricité est rendue trop chère, bien, il faudra se poser des très grandes
questions, parce que ça risque de faire mal.
Mme Rizqy : Ça
risque de faire mal?
Une voix : Oui.
Mme Rizqy : Mais
vous, dans votre mémoire... Parce que je ne pense pas que c'est tout le monde
qui prend la pleine mesure de votre secteur de l'industrie, permettez-moi de le
dire clairement. Vous dites : 130 000 emplois directs et
indirects, globalement, salaire moyen, 68 000 $, et...
M. Samray
(Jean-François) : En 2021.
Mme Rizqy : Donc,
ça a augmenté?
M. Samray
(Jean-François) : Oui.
Mme Rizqy :
Ah! vous, vous êtes fier, hein, M. Michaud?
M. Samray (Jean-François) : Bien, il y a l'inflation, il y a eu des
conventions. On est rendus autour de 90 000 $.
Mme Rizqy : 90 000 $. On est loin du
56 000 $, qui était le salaire plancher du premier ministre, qui
disait : Moi, 56 000 $, ça, c'est des jobs payantes. On
est vraiment au-dessus de ça, là, avec vous.
M. Samray
(Jean-François) : Je vais lui laisser le soin de fixer sa barre où il
veut.
Mme Rizqy : Ah! mais il l'a dit publiquement, c'est
56 000 $. Bien, moi, je trouve ça génial, parce qu'en plus
vous marquez que vous êtes dans toutes les régions.
M. Samray
(Jean-François) : Oui.
Mme
Rizqy : Alors, ça, c'est des vrais emplois existants. Et,
tantôt, vous avez dit que vous avez des entreprises que vous représentez
que, s'ils ont les fameux mégawatts, ils sont capables d'accélérer le pas pour
se moderniser et passer
directement à une énergie propre, de l'électricité. Mais vous, vos entreprises,
est-ce qu'elles sont aussi assujetties au marché de la carbone?
M. Samray
(Jean-François) : Les papetières le sont, oui.
Mme Rizqy : Ah!
donc, si elles ne le font pas, il peut y avoir une conséquence pécuniaire?
M. Samray
(Jean-François) : Il y aura une conséquence pécuniaire qui s'ajoutera
aux autres conséquences, qu'il va arriver que les conseils d'administration
vont avoir à regarder les cas des usines une par une.
• (15 h 50) •
Mme Rizqy :
Donc, si je fais l'effet domino, une entreprise qui, aujourd'hui, veut
investir, veut s'affranchir d'autres énergies, mais elle veut aller faire le
pas vers l'énergie verte, qui a l'argent pour investir, mais qui n'a pas les
mégawatts, elle est doublement pénalisée, parce que, un, son investissement ne
rentre pas, deux, le gouvernement pense même à augmenter le tarif L. Mais
j'ajoute un troisième... finalement, je ne l'ai même pas vu venir, vous voyez, ce n'était même pas scripté, mon affaire...
triple pénalité, c'est que le marché de carbone, elle peut avoir... elle peut
payer encore plus cher pour cela dans quelques années.
M. Samray
(Jean-François) : Je pense qu'on est ici sur le PL n° 69,
puis que le PL n° 69... Nous, ce qu'on vous dit,
c'est qu'il y a une dégradation de la compétitivité des tarifs sur
l'électricité. C'est un facteur auquel il faut prendre grandement attention, parce que l'industrie, elle est présente
dans toutes les régions, elle verse des retombées, et c'est une
industrie qui est... qui est au coeur de l'économie du Québec, effectivement.
Mme Rizqy :
M. Michaud, je vous regarde et j'ai l'impression que vous voulez...
vous voulez interagir. Gênez-vous pas, vous
êtes les témoins, on veut vous entendre. Alors, votre visage me dit :
Mme Rizqy, je veux parler. Alors, allez-y.
M. Michaud
(Cyril) : Merci. Mais c'est sur la notion de cadeau, en fait. Mettons
que ce serait un cadeau, ou un échange de
cadeaux, parce qu'actuellement les clients au tarif L, et c'est vrai aussi pour
le M, et encore plus pour le G, paient plus que leurs coûts de service
pour subventionner les clients résidentiels. Dans le système actuel, ceux qui
ont un cadeau, ce sont les clients résidentiels.
M. Samray
(Jean-François) : Bien oui. Puis j'ajouterai là-dessus que, vous
savez, il n'y a pas si longtemps, on entendait certains PDG de sociétés d'État
nous parler d'une spirale de la mort, que les panneaux solaires, c'était pour faire une spirale de la mort, et alors que...
Là, on a... la société d'État embrasse le solaire. Bien, il pourrait y avoir
une spirale de la mort s'il y avait trop de
décrochage du... de gens au tarif L, parce que, ce faisant, il en resterait
moins, et que, pour faire de l'interfinancement, bien, vous comprenez
qu'on va réaugmenter combien ils auraient à payer. Et donc, ce faisant, c'est
un cercle vicieux, qui va faire en sorte que ceux qui restent vont toujours
payer plus cher pour venir supporter la tarification du tarif domestique. Donc,
il y a une autre spirale de la mort à laquelle il faut faire attention que,
moins il y a de consommateurs industriels, moins il y a de gens pour supporter
l'interfinancement, et donc plus ça fait mal aux gens qui restent.
Mme Rizqy :
Dites-moi, sans faire de révélation de secret industriel ou commercial,
parmi les membres que vous représentez, est-ce qu'il y en a plusieurs qui se
sont fait refuser des blocs d'énergie? Et, si oui, est-ce qu'ils se sont fait
promettre des développements futurs pour d'autres blocs d'énergie à venir?
M. Samray
(Jean-François) : Bien, il y en a qui s'en sont fait refuser. Et puis
d'ailleurs la question a été discutée avec le ministre de l'Environnement, et,
comme je l'ai dit sur le projet de loi créant le Fonds bleu, si on demande à
l'industrie, qui a déjà réduit sa consommation des deux tiers d'eau, de venir
dire : Vous allez continuer à réduire encore votre consommation, bien,
j'ai deux choix : soit que je remplace l'eau, pour moi, dans mon procédé
thermodynamique, par un liquide qui refroidit grâce à des compresseurs, ou soit
que je ferme. Et quand c'est le cas de venir dire : Je remplace par des
compresseurs, bien là, ça me prend de l'électricité. Donc, à quelque part, si
l'État dit à l'industrie : Consomme
moins d'eau, bien, l'État doit également venir me permettre de le faire. Donc,
oui, il y a des gens qui se sont fait refuser.
Mme Rizqy :
Et est-ce qu'on vous a donné un horizon? Tantôt, vous avez dit qu'on vous
a... le ministre de l'Environnement vous a
dit de parler avec le ministre de l'Économie. Là, maintenant, c'est la ministre
de l'Économie. Parce que moi, j'ai
juste une petite inquiétude. Le gouvernement avait annoncé, en février
2023, 1 500 nouveaux mégawatts, mais, tantôt, on n'a pas voulu se commettre sur l'échéancier, qui a été
annoncé pour dès 2027. Donc, ça vient vite, 2027, et, jusqu'à présent, on n'a
pas eu de réponse de la part du gouvernement s'il maintenait l'échéancier de
2027. Donc, vous, est-ce que le
gouvernement ou le ministère de l'Économie vous ont donné des signes
qu'effectivement il allait y avoir des nouveaux blocs pour votre
industrie?
M. Samray (Jean-François) : Bien,
dans un premier temps, il y a des contrats qui viennent à échéance. Ces
contrats-là ne peuvent pas être considérés comme étant de la nouvelle énergie,
puisque le contrat vient à échéance. Donc, la réponse la plus rapide, c'est de
venir dire : Il existe des contrats de cogénération...
Le Président
(M. Montigny) : 30 secondes.
M. Samray (Jean-François) : ...renouvelons-les,
parce que ça va faire, justement... à cette époque-là, ça va remettre tout de
suite... dans le calcul, ça va remettre des mégawatts.
Mme Rizqy : Vos contrats ne
sont pas encore déjà renouvelés?
M. Samray
(Jean-François) : Bien, il y en a que non. Il y en a que l'échéance
arrive dans deux ans. Mais, comme je vous dis, dans deux ans, on ne peut
pas les calculer après, parce que le contrat n'est pas signé.
Mme Rizqy : Oh! c'est très
éclairant. Merci beaucoup. M. Michaud, est-ce que...
Le Président (M. Montigny) : Merci.
Mme Rizqy : Bien, merci à vous
deux.
Le
Président (M. Montigny) : Merci beaucoup. C'est maintenant le moment de
passer la parole au député de Maurice-Richard, pour
3 min 28 s.
M. Bouazzi : Merci beaucoup.
Merci, messieurs, pour vos éclairages. Vous revenez... Justement, je vais
peut-être continuer là où ma collègue s'est arrêtée, sur les distributions de mégawatts. Dans votre mémoire, vous parlez de la... le pouvoir discrétionnaire du
ministre pour tous les projets de plus de cinq mégawatts qu'ils demandent.
Je comprends, de ce que vous avez dit, qu'il y a des groupes qui ont été
refusés sur des demandes qu'ils ont faites. Est-ce que vous comprenez... est-ce
que vous considérez qu'il y a de la transparence concernant les critères qui
font que les gens soient acceptés ou pas?
M. Michaud (Cyril) : Non, les
groupes ne savent pas pourquoi, certains, leurs demandes sont refusées. Les
critères ne sont pas... ne sont pas transparents. Ils ne savent pas comment
faire pour présenter une demande qui serait acceptée. Ce n'est pas une
information qui est connue lorsque nos membres font une demande.
M. Bouazzi : Et, vous l'avez
signifié, par rapport à toutes les autres exigences qu'on vous demande, quand
on vous refuse des blocs d'électricité, pour un certain nombre de vos membres,
bien il se peut qu'on se retrouve à avoir
des compagnies qui ne peuvent juste pas continuer, là, c'est comme... Tu sais,
si on... si on doit décarboner, il faut bien avoir accès à de
l'électricité, là.
M. Samray (Jean-François) : Bien,
écoutez, je pense qu'on a des membres qui ont des projets, qui veulent innover,
qui veulent pousser dans la deuxième, dans la troisième transformation
davantage, parce qu'eux font déjà de la première. Là, la question, c'est que le
projet, il est retardé, puis, pour d'autres, il y a de l'achat d'équipement
dont le projet est retardé. Donc, il y a
du... des retards de projets, mais il y a également... Souvent, c'est le Québec
qui y perd, parce qu'il y a moins de décarbonation qui est faite ou il y
a moins de valeur ajoutée, donc moins de fiscalité et de parafiscalité qui
vient en oeuvre.
M.
Bouazzi : Ça, c'est clair. Et on est d'accord aussi qu'il
n'y a pas de procédure d'appel. Quand vous êtes refusé, c'est retardé on ne
sait pas jusqu'à quand, on n'a aucune idée de comment on peut s'y prendre pour
refaire une demande?
M. Michaud (Cyril) : C'est ça.
Actuellement, c'est la situation qu'on vit.
M.
Bouazzi : Est-ce que vous pensez que c'est un processus,
dans une démocratie digne de ce nom, qui mériterait quand même
d'évoluer?
M. Samray (Jean-François) : Bien,
moi, je vous dirais qu'à un certain moment donné... Les appels d'offres ont ceci de clair, c'est qu'on connaît les
critères sur lesquels il faut compétitionner. Rentrer des bons projets,
l'industrie a... est capable de le faire, il y en a de multiples, mais
encore faut-il qu'on soit capables de bien les vendre, d'utiliser les bons
ratios, les bons chiffres pour venir les présenter. Je pense que, que ce soit
l'industrie forestière ou n'importe quelle autre industrie, de savoir pourquoi
tu as... tu as été refusé, bien, ça peut être... ça peut être bénéfique à court
terme, parce que ça peut t'amener à revoir
ton projet puis à le représenter pour dire, finalement : Non, c'est oui la
prochaine fois. Là, pour le moment, non, c'est non.
M. Bouazzi : Quand vous recevez un
prêt d'Investissement Québec pour un petit 150 000 $, il y a beaucoup
plus de gouvernance, de procédures qui entoure un petit prêt par rapport à des
choses qui ont accès à l'électricité aujourd'hui, une force de vie ou de mort.
J'aurais voulu parler des transformations,
justement, et on n'en a pas assez parlé. Vous en avez parlé, des efficacités, etc., puis on sait à quel point le
bois est une des solutions importantes, dans le bâtiment, surtout, et puis on n'a
rien fait à date. Mais, malheureusement, je n'ai plus de temps, ça fait que ce
sera pour une autre conversation.
Le
Président (M. Montigny) : En sept secondes. Je suis désolé, il ne
reste que sept secondes.
M. Samray (Jean-François) : On
est toujours prêts à prendre un café. Appelez-nous, on va venir en prendre un.
Le Président (M. Montigny) : Merci.
Maintenant, je cède la parole au député de Jean-Talon, pour
2 min 38 s.
M. Paradis : On
a reçu plusieurs personnes ici qui sont venues nous rappeler que le plan de
développement de la capacité de production d'énergie... elle dépend surtout
d'une volonté de répondre au développement industriel, économique du Québec.
Beaucoup nous ont dit ça. Quand je regarde le plan d'Hydro-Québec... Parce que
le gouvernement, lui, on ne sait pas c'est
quoi, son plan, mais Hydro-Québec, lui, il a un plan d'action à l'horizon 2035,
puis il dit que... voici l'effort supplémentaire en production : c'est
40 % pour l'électrification des transports et la décarbonation des
bâtiments, y compris commerciaux et industriels, 35 % pour la
décarbonation des industries et 25 % pour la croissance économique,
principalement, donc, avec les entreprises. Est-ce que vous êtes d'accord avec
ce constat que notre capacité augmentée de production va être notamment
destinée aux entreprises? Puis là on parle de l'octroi des blocs commerciaux et industriels. Et, si oui,
pourquoi on devrait penser à mettre fin à l'interfinancement puis à transférer
un poids plus important de cette
augmentation-là sur le secteur résidentiel, ce que vous proposez aux
pages 21 à 22 de votre mémoire?
M. Michaud (Cyril) : Je veux être juste sûr
d'avoir bien compris. Quand vous parlez de la décarbonation des bâtiments,
vous parlez, en fait, essentiellement, du chauffage des bâtiments?
M. Paradis : Entre
autres, mais ça ne vise pas uniquement le résidentiel. Est-ce qu'on est
d'accord?
M. Michaud
(Cyril) : La décarbonation du chauffage, dans la réalité, c'est
beaucoup un enjeu de chauffage résidentiel.
C'est la substitution de gaz naturel, notamment, ou, si ça existe encore un
peu, le chauffage au mazout. Mais ça, c'est surtout à l'avantage de la
clientèle résidentielle.
• (16 heures) •
M. Paradis : Très
bien. Est-ce que — on
a vraiment peu de temps — est-ce
que vous êtes d'accord avec ceux qui nous
disent ici que les efforts additionnels de production d'énergie, c'est
principalement destiné à répondre à une demande des industries et du
commerce? Est-ce que vous êtes d'accord avec ce constat-là?
M. Samray
(Jean-François) : Bien, écoutez, moi, à ce que je sache, le transport,
on n'a pas vraiment une flotte immense de camions qui sont à l'électricité, et
je pense que la volonté, quand on voit les bornes de recharge, c'est pour les véhicules des consommateurs. Donc,
de venir dire que c'est majoritairement pour l'industrie, je ne peux pas
être d'accord avec vous, non.
M. Paradis : Donc,
vous n'êtes pas d'accord avec ce constat-là...
M. Samray
(Jean-François) : Bien, moi, je pense...
M. Paradis : ...d'où
votre proposition de transférer les futures augmentations surtout au secteur
résidentiel.
M. Samray
(Jean-François) : Non. Notre proposition, elle est à l'effet de dire
qu'il faut que le signal... le signal envoyé au consommateur, qu'il soit
commercial ou résidentiel ça doit être un vrai signal lié au prix, lié à la marge, ce que... ce que je demande à la société
d'État, de façon supplémentaire. Si quelqu'un d'autre paie 30 % de plus
pour que, moi, je l'aie moins cher, à un moment donné, est-ce que j'envoie le
bon signal? La réponse, c'est non.
Le Président (M. Montigny) : Désolé,
le temps est terminé. Je vous remercie beaucoup pour votre contribution
aux travaux de la commission.
Je suspends donc les
travaux quelques instants afin de permettre au prochain groupe de prendre
place. Merci.
(Suspension de la séance à 16 h 01
)
(Reprise à 16 h 06)
Le Président
(M. Montigny) : Nous débutons maintenant les travaux. Je souhaite
maintenant la bienvenue à la Fédération québécoise des municipalités. Je vous rappelle que vous disposez de
10 minutes pour votre exposé, puis nous procéderons à la période
d'échange avec les membres de la commission. Je vous invite donc à vous
présenter et à débuter votre exposé dès que vous êtes prêts.
Fédération québécoise des municipalités (FQM)
M. Demers (Jacques) :
Parfait. Bien, merci beaucoup. Mme la ministre de l'Économie, de l'Innovation
et de l'Énergie, M. le Président de la
commission, mesdames messieurs, membres de la commission. Je remercie les
membres de la commission de nous permettre de
commenter le projet de loi 69, Loi assurant la gouvernance responsable des
ressources énergétiques et modifiant les diverses dispositions législatives.
Comme vous le savez,
la Fédération québécoise des municipalités regroupe plus de
1 040 municipalités locales et
régionales, l'ensemble des MRC, et est à ce titre la porte-parole des régions.
Aujourd'hui, je suis accompagné de Me Myriam Trudel et de Pierre
Châteauvert. Myriam se trouve être la directrice de la performance énergétique
et de la décarbonation au niveau de la fédération, et M. Châteauvert,
notre directeur des politiques.
Le 6 juin dernier, le
gouvernement déposait le projet de loi 69, Loi assurant la gouvernance
responsable des ressources énergétiques et modifiant diverses dispositions
législatives. La pièce majeure du projet de loi prévoit que le ministre
établisse aux six ans un plan de gestion intégrée des ressources énergétiques
pour une période de 25 ans. Au total,
le projet de loi vise à modifier 15 lois, 5 règlements et abroger
deux règlements et édicter une loi. Outre le plan de gestion intégrée
des ressources énergétiques, quelques-unes de ces modifications seront
d'intérêt pour le monde municipal,
particulièrement lorsqu'il est question de la Loi sur les compétences
municipales, la Loi sur Hydro-Québec, la Loi sur la Régie de l'énergie
ou celle sur le régime des eaux. Afin de rédiger ce mémoire, la FQM a consulté
et pris en compte les préoccupations de ses
membres, entre autres par la commission permanente sur l'énergie et les
ressources naturelles. Bien que la
FQM soit intervenue à maintes reprises auprès des décideurs concernant la question
énergétique au cours des dernières années et qu'elle accueille très
favorablement la volonté du gouvernement de se doter d'une vision à long
terme, vous nous permettrez de suggérer certaines améliorations pour faire en
sorte que les communautés soient de
véritables parties prenantes dans la planification, la réalisation et le
contrôle des projets énergétiques renouvelables. En ce sens, permettez-moi d'inviter Me Trudel à vous présenter
quelques-unes de nos recommandations. Me Trudel. Oui.
Mme Trudel (Myriam) : Alors, bonjour. Myriam Trudel, vous avez deviné
que je ne suis pas Pierre Châteauvert, donc je me permets... Je suis la
directrice Performance énergétique et décarbonation à la fédération. C'est un
plaisir, en fait, pour nous d'être avec vous aujourd'hui, et merci,
M. Demers.
Donc,
comme mentionné précédemment, la FQM est ici comme fier témoin, en fait, de la
réalité municipale qui s'observe partout sur le territoire québécois,
notamment au niveau du développement énergétique, qui est fièrement porté par
les MRC, les communautés municipales, notamment dans la production éolienne et,
sous peu et sans aucun doute de plus en
plus, dans l'énergie solaire et dans d'autres formes d'énergies renouvelables.
Plus précisément, notre expérience terrain, et plus particulièrement
celle des dernières années en accompagnement direct dans une multitude de projets,
soit en déploiement, soit en préparation de projets potentiels avec notre
équipe à l'interne et les équipes municipales
des MRC et des organisations municipales, nous met au fait de l'importance de
l'intégration des communautés à la mise en route des projets, dans la
cohérence, la transparence, mais surtout la prévisibilité pour obtenir l'appui
du milieu et participer efficacement aux projets qui se déploient sur leur
territoire et/ou qui sont à être déployés.
• (16 h 10) •
À
cet effet, il est de notre avis qu'il est primordial que la participation du
monde municipal soit significative, et ce, à toutes les étapes des
projets, et qu'elle soit, pour ce faire, ancrée à l'intérieur d'un cadre
national de développement et de gouvernance. Nous y reviendrons. De même, le
programme ÉcoÉnergie 360, qui est un programme innovant et unique à la FQM et
qui est destiné au monde municipal, un programme que j'ai la chance de piloter
avec les équipes de la fédération et qui a pour but de décarboner et de rendre
plus efficaces énergétiquement les actifs municipaux des nombreuses
organisations municipales québécoises, ce qui nous place dans une position qui
nous permet davantage de cibler certains des écueils à l'implantation et au
déploiement de ce programme au long cours, avec l'adoption telle quelle du
projet de loi 69.
Si nous abordons le
PGIRE, dont on a entendu parler abondamment dans cette commission sous divers angles, la FQM est globalement d'accord avec le
projet de loi parce qu'il est essentiel que le Québec se dote d'un plan de
gestion intégrée des ressources énergétiques. En ceci, on salue l'arrivée du
PGIRE. Il est cependant nécessaire, à notre
avis, que ce plan de gestion prenne en considération un ensemble d'intrants qui
sont économiques, qui sont sociaux et qui sont environnementaux. Pour être en
mesure, en fait, de mener un exercice qui est significatif, il est
incontournable que l'équipe qui sera chargée de mener à bien ce
processus de consultation aille à la rencontre des gens sur le terrain, dans le
contexte des réalités régionales de nos territoires québécois. Hydro-Québec a
fait récemment une tournée similaire et, à
ce jour, ce que nous entendons de nos membres, ce ne sont que les retombées
positives et nombreuses de cette participation et de cette écoute sur le
terrain.
Le
projet de loi, à notre avis, doit également stipuler clairement que les
municipalités locales et régionales seront consultées, toujours aux fins
de l'élaboration du plan. Il importe également que la fédération soit parmi les
parties prenantes qui seront consultées à
l'échelle nationale. Il en sera de même pour l'application du PGIRE, qui devra
avoir une forme de suivi, certes, et sa modulation dans le temps.
À notre avis une très
bonne harmonisation entre les orientations gouvernementales en aménagement du
territoire qui sont essentielles à une vision à long terme de développement du
PGIRE et d'application des schémas d'aménagement et de développement des MRC,
en se faisant, le PGIRE permettra d'atteindre plus facilement l'équilibre entre
l'offre et la demande énergétique anticipée dans chaque région,
particulièrement pour le volet du développement commercial et industriel, donc
économique, dont vous avez entendu parler beaucoup par d'autres intervenants. Par exemple, pour le secteur
agricole, c'est aussi ce type d'équilibre énergétique que l'on recherche et qui
rendrait... qui rendrait possible, par exemple, le développement de
l'acériculture en améliorant par le fait même notre autonomie alimentaire et
favorisant la continuité du développement de nos territoires.
Il y a lieu
aussi, à notre avis, qu'il y ait une courroie de transmission dynamique entre
le ministère de l'Économie, de l'Innovation et de l'Énergie et le
ministère des Affaires municipales et de l'Habitation, incluant l'élaboration, l'application et la mise à jour du PGIRE dans le
but d'en assurer, encore une fois, le déploiement et l'application cohérente.
Parlons maintenant de la
participation communautaire dans les projets de développement en énergie
renouvelable ou dans les projets qu'on dit énergétiques. On sait, plusieurs
projets prendront place à proximité de milieux habités, de milieux à haute
valeur écologique, ou encore à proximité de zones agricoles, récréotouristiques
ou de villégiature. L'acceptabilité sociale et l'appui du milieu dont on entend
tant parler quant au développement de ces
infrastructures sont des pierres angulaires et feront partie du succès des
différentes stratégies qui seront déployées par le gouvernement et par
Hydro-Québec. Le développement en amont, et non pendant, de ces projets, par
une participation des décideurs locaux aux travaux de planification et le
dialogue avec les citoyens, sont des étapes incontournables auxquelles
souhaitent participer les membres de la fédération. Il est aussi clair qu'une
prise de participation significative des
communautés ainsi que le partage de la richesse créée seront des facteurs clés
dans la réussite des projets à être développés et à être implantés.
Afin d'améliorer les délais des processus d'approvisionnement
en électricité, l'article 45 du projet de loi modifie la Loi sur la Régie de l'énergie en retirant l'obligation à
Hydro-Québec de procéder par appel d'offres pour les contrats
d'approvisionnement en électricité. La fédération ne s'oppose pas à cette
modification, mais souhaite s'assurer que le
gouvernement rende obligatoire, peu importe le modèle choisi, que tous les
projets d'énergie renouvelable à venir incluent une prise de participation
communautaire significative et des redevances pour les milieux locaux.
Nous proposons ainsi qu'un cadre national de
développement et de gouvernance soit défini pour assurer notamment
l'implication des communautés comme parties prenantes et ainsi consolider à
l'intérieur de la loi la place des collectivités. Ce cadre devrait également
prévoir le partage d'information, donc on parle encore ici une fois de
prévisibilité et de transparence, afin d'assurer les projets et le... le
succès, pardon, des projets à venir, donc en nous assurant ainsi de cheminer
vers la réussite des projets que nous...
Le Président (M. Montigny) :
30... 30 secondes.
Mme Trudel (Myriam) : Oui. Nous
allons paraphraser ici M. Sabia, que nous avons bien écouté lors de son
passage à la commission parlementaire : Prenons garde au piège des délais
administratifs, les processus doivent être efficaces, l'agilité doit être la
pièce maîtresse de notre action collective à tous. Merci.
Le
Président (M. Montigny) :
Je vous remercie beaucoup pour votre exposé. Nous allons maintenant débuter la
période d'échange avec les membres de la commission. Mme la ministre, vous
disposez donc de 16 min 30 s.
Mme Fréchette : Merci, M. le
Président. Donc, bonjour, M. le Président. Me Trudel, M. Châteauvert,
merci d'être là. Très contente que vous
soyez parmi nous. Alors, j'ai pris connaissance, donc, de votre... de vos
propositions. Je vois que vous mettez
un accent assez important sur la participation des communautés locales et je
pense que c'est une bonne orientation, faire en sorte qu'ils soient de
véritables parties prenantes dans la planification puis la réalisation
des projets, puis cette notion d'acceptabilité sociale est bien sûr centrale
aussi dans toute cette mouvance-là.
Donc, vous
proposez des consultations régionales pour le PGIRE, notamment, qui viendra
dans un an et demi, donc relativement bientôt. Alors, je me demandais
sous quelle forme vous proposez ou vous recommanderiez de procéder pour,
justement, cette consultation de type régional, pour faire en sorte qu'on aille
chercher le pouls des différentes communautés qui seront à la fois touchées et
bénéficiaires, donc des différents projets de développement énergétique?
M. Châteauvert
(Pierre) : Merci, Mme la ministre, pour la question.
Effectivement, c'est... c'est quelque chose d'important pour connecter les
régions sur l'équipe, parce qu'on imagine que la préparation de ce projet-là, vu
que c'est un projet gouvernemental, il va y
avoir une équipe dédiée à sa... à sa rédaction, la consultation, il faut qu'elle
se déplace en région sur la base des territoires. Nous, par définition, au
niveau de la MRC, les communautés locales et
les communautés autochtones présentent sur le territoire qui définissent le
milieu territorial doivent être directement associées à la démarche. Ça peut prendre différentes formes, sous la
forme de journées d'études, de journées de consultations plus formelles,
mais de discussions. C'est... c'est une... pour nous, c'est une condition qui
va assurer une réussite parce que ce
document-là, dans notre... dans notre mémoire, on indique... il est... il est
plus que bienvenu et on aurait dû le faire avant.
C'est une excellente
idée de développer une vision. Ça a des impacts sur nous, sur l'ensemble, sur
le développement local, la distribution de la puissance, la construction
de l'unité de production d'énergie qui vont modifier le territoire,
l'utilisation du territoire, ce qui fait que cette équipe-là, qu'elle...
qu'elle soit politique, administrative ou hybride, il faut qu'elle se déplace
en région et rencontrer les communautés sur une base territoriale. Territoriale
ne veut pas dire nécessairement régions
administratives, c'est trop grand, une région administrative. Territoriale, il
y a des différences entre les territoires. La... Par exemple, le
Bas-Saint-Laurent, il y a huit MRC, donc différentes et on pourrait continuer
avec toutes les régions, c'est... c'est des réalités qui diffèrent.
Mme Fréchette : Est-ce qu'à
votre avis les municipalités sont suffisamment outillées pour avoir un portrait
d'état de situation sur le plan énergétique notamment?
M. Châteauvert
(Pierre) : De plus en plus.
Le gouvernement vient de publier les orientations gouvernementales en
aménagement et une des orientations, c'est de définir le déploiement de
l'économie, en fait, les... les parcs industriels et... et de plus en plus au
niveau de la MRC, peut-être pas au niveau de la municipalité, mais la MRC a de plus en plus de compétences et de gens pour définir ça. On
est capables de savoir vers où s'en va le développement et c'est ce qui est absolument essentiel, c'est ce qui a manqué au
Québec pendant des années, définir la connaissance, prioriser et
développer le territoire, définir des orientations quant au développement du
territoire. Donc, il faut... il faut
faire... Nous, ce qu'on dit, c'est qu'il faut faire le lien entre cette
planification territoriale là du développement, de l'occupation et du
développement du territoire, tant du point de vue économique que résidentiel et
les communautés, avec ce plan-là qui est, pour nous, un outil essentiel. Donc,
il faut connecter ces deux plans-là.
• (16 h 20) •
Mme Fréchette : Et quelles... quelles
pratiques ou quels outils permettraient de susciter aussi de l'acceptabilité
sociale? Parce que ça va être un enjeu important, dans la... dans la mesure où
on consulte les gens, de faire valoir, en fait, l'impact positif que ça
pourrait avoir ou...
M. Demers (Jacques) : ...puis on voit dans les régions qu'on réussit à... On le voit dans le Bas-Saint-Laurent, on le voit en Gaspésie, on le voit à certains endroits où
est-ce que la communauté l'a pris puis ils ont des impacts directement chez
eux. Tu sais, lorsqu'on veut avoir de l'acceptabilité sociale, puis qu'on dit à
un territoire : Vous allez avoir des désavantages, puis, nous autres, on
va avoir les revenus de vos désavantages, ça ne passe pas fort, là, c'est un
calcul qu'on n'a pas besoin de faire longtemps. Mais quand on explique aux gens
l'impact que ça peut avoir, d'abord chez eux, des retombées économiques
directes, puis probablement de l'utilisation locale, puis après ça, oui,
l'ensemble, ils peuvent s'en servir. De là où est-ce qu'on peut... On ne peut
pas parler d'acceptabilité sociale sans que
les communautés soient impliquées dans ces projets-là. Puis, à tous les
endroits qu'on a réussi de l'implication, on voit que l'acceptabilité
vient avec, là. Puis il y a beaucoup d'exemples, là, on pourrait embarquer
là-dessus.
Mme Fréchette :
Oui. Pourriez-vous nous en nommer quelques-uns, les exemples?
M. Demers (Jacques) : Bien, tout ce qui est Bas-Saint-Laurent et Gaspésie, on l'a vu avec...
Tout dans l'Est, là, puis on pourrait
parler même dans Le Granit, on pourrait parler dans plusieurs MRC où est-ce que
ça se développe, les gens ont vu les retombées. Ça prend un certain
temps, au début, ils peuvent y voir des désavantages, on parle de changement,
ça... ça va bouger au Québec, là, quand on parle d'investir de ce côté-là, mais
il faut que les gens voient aussi là où on va aller. Puis c'est... c'est bien
parce que le monde municipal, aujourd'hui, est capable de prendre des exemples concrets qui se sont passés puis
dire : Regardez ce que ça donne au bout de cinq, 10, 15 ans. Bien là,
on commence à être dans le concret, beaucoup plus facile à expliquer à
tout le monde.
Mme Trudel
(Myriam) : Bien, en fait, j'ajouterais, parce que vous avez parlé
d'outils, quels seraient les outils qui pourraient soutenir... M. Demers a
fort justement souligné, bien, le succès de nos pairs. C'est... c'est
effectivement un outil qui nous aide dans certains... dans certains cas.
Dans... dans les dossiers où on est présents, là, on peut le constater, en
fait, là où on voit la différence, c'est au niveau de la connaissance que, par
exemple, ne serait-ce que les élus
municipaux et les gestionnaires municipaux peuvent acquérir de la connaissance
supplémentaire. Le domaine de l'énergie, c'est un domaine qui est
complexe, c'est un domaine qui ne fait pas partie de ce que certains élus ont à
côtoyer quotidiennement. Donc, de leur apprendre à eux comment ça fonctionne,
puis de leur apprendre... Bien, quand on a des questions qui nous... qui nous
sont posées, bien, qu'est-ce qu'on répond, comment on le fait? Tu sais, je veux dire, ce sont des habitués de tout cela
dans des projets autres, mais dans les projets énergétiques, c'est... c'est parfois plus difficile puis il y a
un peu plus de tension, donc à ce moment-là, si on est moins bien préparé,
bien, on s'expose à un échec.
Si on fait la
comparaison avec des milieux qui sont plus préparés et d'autres qui le sont
moins, on voit nettement la différence et on
voit la rapidité de l'avancement des projets. Donc, d'outiller en amont,
actuellement, tu sais, c'est extrêmement important, d'outiller en amont
pour permettre, en fait, d'avoir un dialogue ouvert et transparent sur où on souhaite s'en aller avec nos projets
énergétiques puis de transmettre de la connaissance, parce qu'on en parle
souvent, là, on est plusieurs à être des
parents ici ou à parler de l'éducation, tout part de la connaissance puis de
l'éducation.
Donc, à partir du
moment où on outille bien nos milieux et on axe sur des moyens de communication
transparents, ouverts et en étant à l'écoute, ce qui ne veut pas dire qu'il n'y
aura pas de débat, ce qui ne veut pas dire qu'il n'y aura pas une certaine
opposition, c'est... ce qui est très sain, par contre, ça va faciliter le
développement des projets et on va se retrouver avec des succès similaires avec
ce qu'on constate dans l'Alliance de l'Est, où ça a été fait il y a plusieurs
années et où les questions ne sont plus les mêmes, c'est-à-dire qu'il y a
beaucoup plus d'adhésion aux projets, beaucoup moins d'opposition, bien, en
fait, aveugle, je dirais, là, tu sais, puis je ne dis pas que tous les
opposants sont aveugles, mais parfois, tu sais, on a un peu peur de ce qu'on ne
connaît pas.
C'est
ce qui va nous mener à, ultimement, et dans peu de temps, je pense, à être tous
pour ce type de projets là. Mais si on ne sait pas à quoi on fait
affaire puis si on n'a pas de transparence, bien, il y a une forte chance à ce
qu'on s'y oppose parce qu'on ne connaît pas
ça. Donc, c'est de ça dont le Québec a besoin actuellement, a besoin d'entraide
collective, de partage, et on va tous grandir vers des projets qui vont, en
fait, nous mener vers, en fait, cette transition énergétique qu'on souhaite
tous.
Mme
Fréchette : Merci. Vous parlez, dans le... dans le mémoire, là, de
l'importance de fixer, dans le projet de loi, le type de partenariat qu'il
devrait y avoir entre les promoteurs et les milieux locaux pour les projets de
développement énergétique. Est-ce que vous pouvez détailler un peu plus, là, ce
que vous entendez par...
M. Demers (Jacques) : ...c'est
qu'on veut s'assurer d'un pourcentage suffisamment élevé pour que ça ait un
réel impact sur le terrain, dans les communautés. C'est toujours ça, dire, on
parle de 50 %, on dit, bon, bien, il me semble
que c'est un minimum pour avoir un impact réel, puis les gens sont prêts à
embarquer, ils sont prêts à investir, là, aussi. Il va y avoir beaucoup
d'argent dans... là-dedans, là, qui va devoir venir du milieu. C'est...
L'acceptabilité sociale va avoir différentes facettes, parce qu'il va y avoir
de l'argent à investir pour arriver à des revenus puis à un partenariat. Moi,
je pense que c'est là qu'on y voit l'occasion, là, de travailler en groupe. Il
y a de la place pour tout le monde, il y a de l'expertise de personnes, ça ne
prend pas juste un joueur autour de cette table-là.
Mme Trudel (Myriam) : Oui, bien, je
poursuivrais en disant que votre collègue a fait mention de la stratégie
d'Hydro-Québec, on est bien au fait, mais il reste certaines zones grises,
notamment quelle prendront la forme de ces partenariats? Les communautés,
clairement, doivent y avoir une part significative, ce qui ne signifie pas que
nous souhaitons que certains promoteurs privés ne fassent pas partie des
projets à être développés par Hydro-Québec. Évidemment, il doit y avoir une
concertation, un échange, il y a une certaine expertise qu'ils ont, on
participe avec eux dans certains projets, ça fonctionne bien.
Maintenant, il doit y
avoir une discussion sur quelle sera la forme de partenariat et quel sera le
partenariat de chacun, parce que si, par exemple... Et puis il peut être
différent d'un projet à l'autre, là, quand on parle des plus gros projets,
évidemment, la donne peut être différente, quand on parle des plus petits
projets, on pourrait s'attendre à ce qu'il y
ait des... des modèles similaires à ceux des appels d'offres avec un petit peu
moins, bon, je dirais, d'incertitude quant
à qui sera le leader du projet, ce qui a... En fait, ce qui a... ce qui a
compliqué la tâche des communautés, là, dans le dernier appel d'offres
de 2023.
Donc, en fait, au
niveau de la place du communautaire, il peut y avoir divers types de
partenariats. En fait, le meilleur partenariat, ce sera celui qui aura été
convenu entre les parties, qui... et dont on aura discuté avant de se le faire
imposer, et ce sera celui qui donnera une juste part à tous pour en arriver au
meilleur projet possible.
Mme
Fréchette : Merci. Je vais céder la parole aux collègues.
Le Président (M. Montigny) : Merci
beaucoup. Maintenant, il serait le moment de laisser la parole à d'autres
collègues de la partie gouvernementale. M. le député de Dubuc, vous avez la
parole. Il reste 5 min 32 s.
M. Tremblay :
Merci, M. le Président. Bonjour,
bonjour à vous. Par rapport à l'arrimage, il y a... il y a une cadence
qui est accélérée, on en convient, un contexte de compétitivité. Bon, la
ministre, le gouvernement amorcent une réflexion collective sur des enjeux
majeurs, on en convient. Par rapport aux municipalités — j'aurai
été conseiller municipal — comment
vous voyez — vous
avez parlé des outils — comment
vous voyez l'agenda actuellement sur le
terrain? Est-ce que les... Vous avez même signifié que, dans certains
contextes, il y en a qui sont plus prêts que d'autres à bouger, mais,
dans l'ensemble de l'oeuvre, est-ce que vous ressentez l'ambition et la
disposition de l'ensemble des municipalités à s'arrimer à la cadence de travail
qui... qui s'enclenche?
M.
Demers (Jacques) : ...une évidence pour plein
de raisons. D'abord, évidemment, il y a une question de revenus pour le monde
municipal. On veut s'éloigner de la taxe foncière, on a... Tu sais, taxer...
Bon, on dit : On peut-tu faire partie de ceux aussi qui ont des revenus
autres que ceux-là? Puis l'énergie qui commence à nous manquer à plein
d'endroits. Quand, dans nos parcs industriels, on doit refuser des entreprises
parce qu'on n'a pas l'énergie à cet endroit-là, bien, on ne peut pas faire
semblant, là, c'est notre économie qui... qui a un impact, ça fait que... Mais
tout le monde n'est pas nécessairement au courant, il y a tellement peu
d'années qu'on avait l'impression qu'on avait des surplus, puis là, on est en
train d'apprendre à tout le monde, bien, ce n'est plus le cas, le virage... Mais
qu'avant que tout ça chemine puis que la population soit en arrière, là,
l'acceptabilité sociale de dire... Il faut que
tout le monde parle d'une même voix, qu'ils aient les mêmes connaissances,
qu'il y ait de la transparence, parce que si le citoyen a l'impression
qu'on fait ça juste pour lui imposer quelque chose qui pourrait être négatif
pour certains, bien, jamais que, selon moi,
ça va passer, tandis que si on est capables de l'exprimer collectivement que le
besoin est là, et est fait de façon...
Puis on pourrait
parler de la décarbonation aussi, là, qu'on est sur un méga projet de ce
côté-là qui va avoir des impacts énormes. C'est beau avoir besoin d'énergie,
mais il faut trouver la façon aussi d'en sauver puis on peut travailler
facilement, dans le monde municipal, sur les deux tableaux, là.
• (16 h 30) •
M. Châteauvert
(Pierre) : Si vous permettez, pour
répondre aussi à votre question, effectivement, oui, les gens... Parce que, supposons, dans l'éolien, il
n'y a pas du vent partout, donc il n'y a pas des potentiels partout. Je peux
vous dire qu'au niveau de la FQM, notamment, à chaque assemblée des MRC, on
fait le point. D'ailleurs, le président d'Hydro-Québec est venu à celle... la
dernière. On a passé presque deux heures avec lui. C'est une question prioritaire. Nous... La direction de Myriam
travaille avec une vingtaine, 20, 25, si ce n'est pas plus, MRC, là,
directement, pour ces projets-là, pour préparer les choses pour...
justement parce que c'est fondamental. On le sait que ça va arriver, puis c'est
essentiel, c'est essentiel, cette situation, c'est clair, là, qu'il va y avoir
des projets.
Donc, on veut être
là, parce que les gens aussi veulent en profiter localement. Souvent, on a bâti
des barrages, on a mis... On a fait des
lignes puis on a servi à... On a développé le sud du Québec. Il y avait aussi
des... Il y a des projets qui sont réalisés dans les régions, mais,
grosso modo... Et c'est correct, tout ça, mais, à quelque part, les gens
veulent aussi travailler pour que cette énergie-là, qui va être produite, qui
va profiter à tous les Québécois, profite aussi à leur région, donc, de là une
motivation supplémentaire.
M. Tremblay :
Merci.
M. Châteauvert
(Pierre) : Et, si vous permettez, juste
une petite dernière aussi par rapport à ça. Nous, on voit, dans tout le développement, ce qui s'en vient, un moment
privilégié pour consolider, construire avec les communautés autochtones
présentes sur le territoire. On ne se le cachera pas, les liens entre les
communautés dites... tu sais, québécoises, là, en fait, il faut les appeler
comme ça, là, et les communautés québécoises autochtones, là, n'ont pas toujours été... Il y a des endroits, ça se passe
superbien, il y a des choses, il y a des collaborations. Mais c'est d'aller
encore plus loin pour se trouver puis utiliser les ressources de ces...
ensemble et développer ensemble.
Pour nous, c'est
depuis le début. Ça fait cinq, six ans qu'on est là-dedans de façon très
active, on publie les documents, on accompagne, et c'est un... D'ailleurs, l'alliance
de l'Est, ils sont avec les Malécites, puis un peu partout, puis il y a des projets qui se développent avec les Abénakis
que l'équipe de Myriam accompagne. C'est un élément fondamental pour nous, se retrouver, à travers ces
projets-là, pour bâtir ensemble sur ces territoires-là. C'est quelque chose
de fondamental.
M. Tremblay : Merci. Dites-moi, sur le
plan du... le cadre national de développement gouvernance, comment vous
voyez le déploiement? Le cadre devrait couvrir quoi?
Mme Trudel (Myriam) : Bien,
minimalement, ce cadre de gouvernance devrait, en fait, prévoir, bien, ce dont
on parle actuellement, c'est-à-dire...
Le Président
(M. Montigny) :
Il reste 30 secondes.
Mme Trudel
(Myriam) : ...comment s'articuleront les projets en énergie
renouvelable et quels en seront les partenaires. L'élément de ce cadre de
gouvernance là, bien, c'est, en fait, d'avoir de la prévisibilité, d'avoir de
la transparence afin de permettre un meilleur déploiement des projets. Donc, en
fait, c'est un ABC de comment on fait un projet tous ensemble, là. C'est ça, un
cadre de gouvernance et de développement.
M. Tremblay :
...pour la prévisibilité, la révision?
Le Président (M. Montigny) : Merci
beaucoup. Le temps est maintenant écoulé. C'est maintenant le moment de
céder la parole à Mme la députée de Mille-Îles. Vous avez
10 min 24 s.
Mme Dufour : Merci beaucoup, M. le
Président. Bon. Merci à vous, M. Châteauvert, M. Demers et
Mme Trudel, pour votre présence.
J'aurais peut-être
une question. Je voudrais revenir... Vous avez mentionné qu'il y a des parcs
industriels, là, qu'il y a des projets qui
sont refusés, parce qu'il manque d'énergie, c'est ce que je comprends. Les
projets industriels... Moi, vous le savez, M. Demers, je suis une
ancienne élue municipale. On sait à quel point c'est intéressant au niveau
financier, puis c'est important dans un bilan d'une municipalité d'avoir des
projets industriels, c'est ce qui permet, disons,
d'alléger les taxes résidentielles. Donc, les... Quels genres de projets?
Est-ce que vous pouvez nous donner des exemples de l'impact de ces
refus-là?
M. Demers
(Jacques) : Oui. Bien, absolument. Mais ce
qui arrive, c'est que les lignes qui ont été installées sont rendues datées d'il
y a très longtemps, elles ne sont pas capables supporter, envoyer plus
d'énergie, et on ne fournit pas. Il manque réellement de courant dans bien des
régions présentement. L'impact... Quand on est en train de dire à des
entreprises : Allez voir chez le voisin, allez voir ailleurs, quand on
sait que, localement, on aurait besoin de
ces entreprises-là chez nous, c'est ce qui fait mal. Je ne veux pas nommer de
noms ou d'endroits présentement, mais c'est facile à vérifier, puis,
oui, il y en a sur le territoire, à différents endroits, là, qui ont... On
entend régulièrement, présentement, là, le manque de ce côté-là.
Mme Dufour : Puis est-ce que ce sont
des projets que vous considérez qui sont nécessaires au dynamisme des différentes
régions que vous présentez?
M. Demers
(Jacques) : Chaque projet, dans... Surtout
quand on prend des endroits, je pense à certaines municipalités où est-ce
qu'ils étaient souvent sur une grosse industrie, parce que c'est ce qu'on
retrouve souvent en région, là. Et on a souvent
développé des villages, des endroits, il y avait une grosse industrie à cet
endroit-là, du jour au lendemain, ce n'est plus ce qu'on a besoin comme
produit ou c'est terminé, mais on continue à vouloir faire vivre cet endroit-là. Ça fait que chaque petite PME qui va
rentrer, c'est un plus puis c'est... C'est plus de ça qu'on veut présentement
construire nos régions. Parce qu'on veut arrêter d'être aussi fragile,
qu'aussitôt qu'un produit n'est... le besoin est moins grand, mais que, cette
région-là, bien, on doit quitter. Ça ne peut pas fonctionner comme ça.
Ça
fait que de là de s'arranger quand on a des opportunités d'avoir des
entreprises qui approchent notre territoire, d'être capables de les accueillir. Quand la raison de leur dire non,
c'est le manque d'énergie, je pense qu'on voit l'urgence.
Mme Dufour : Oui. Donc, dans le fond, ces projets-là, ça
permettrait, là, de diversifier l'économie dans la région.
M. Demers (Jacques) : Exact.
Ce n'est pas toujours les plus grosses entreprises, là, tu sais, mais, quand tu
n'es pas capable de la prendre, tu dis : Non, c'est saturé, on ne peut pas
en rajouter d'autres. C'est là que ça fait le plus mal, j'ose dire.
Mme Dufour : Vous
mentionnez dans votre mémoire qu'il y a plusieurs... en fait, régulièrement,
que des projets de serre ne peuvent se
réaliser. Des projets de serre, là, on parle pour produire de la nourriture
pour les Québécois ou de l'exportation, mais surtout pour ici?
M.
Demers (Jacques) : Oui, exact. On comprend
que chaque industrie voudrait avoir des rabais, des coûts moindres, on voudrait produire... On pourrait même
parler des centres de ski, que je connais très bien, qui aimeraient ça. Mais, en même temps, s'il y a un domaine qu'on se
dit... consciemment, il faut se nourrir, on en a besoin. Puis on sait qu'on
veut être le plus indépendant possible des autres pays, de ramener de la
nourriture ici. Il arrive des choses. Ça ne marche plus maintenant, là,
sur la planète, de dire : On va tous produire le même produit au même
endroit. Aussitôt qu'il y a une maladie, aussitôt qu'il y a quelque chose, ça
ne marche pas. Il faut être capable de produire localement.
Puis c'est pour ça
qu'on se dit particulièrement les serres où est-ce qu'ils ont besoin beaucoup
d'énergie, c'est un endroit qu'on pense
qu'on devrait investir, qu'on devrait penser à eux plus que... Bien, on... on
va avoir des choix à faire. Quand on manque d'énergie, bien, il va
falloir choisir dans quoi qu'on l'investit, on pense que de se nourrir devrait
être une priorité.
Mme Dufour : Bien, effectivement, se nourrir, on l'a vu pendant
la pandémie, à quel point on était dépendant de marchés extérieurs. Et
c'est là qu'on s'est dit : Il faudrait peut-être plus produire chez
nous...
M.
Demers (Jacques) : Exact.
Mme Dufour : ...et
on a la capacité de le faire, on a les...
M.
Demers (Jacques) : L'expertise, on a tout
ce qu'il faut de ce côté-là, oui.
Mme Dufour : Exactement.
Donc, est-ce que, pour vous, c'est... ça fait un sens, donc, qu'on refuse des projets de serre, alors qu'on dit qu'on veut aller
vers l'autonomie alimentaire? Est-ce qu'on respecte notre propre stratégie
bioalimentaire qu'on s'est donnée à ce moment-là?
M.
Demers (Jacques) : Je comprends qu'il y a
peut-être des projets que je ne connais pas, il y a des choses... Mais, de
façon générale, quand on parle de s'alimenter puis qu'on a besoin d'énergie de
ce côté-là, je pense que, collectivement, c'est ce qu'on devrait défendre.
Mme Dufour : Oui.
Et, quand ces projets-là sont refusés, là, sur vos territoires, ils ne vont pas
ailleurs, là, ils ne se font juste pas ou...
M.
Demers (Jacques) : Bien, de façon
générale, c'est qu'ils ne se font pas. Si on n'est pas capables de le faire au Québec, on se dit : Bon, mais où
est-ce qu'on va se retrouver avec ça? Bien, on continue de faire de l'importation
de produits qu'on pourrait sûrement produire directement ici.
Mme Dufour : Merci.
Mme Rizqy : Bonjour, M. Châteauvert, bonjour...
Me Trudel, pardon, et M. Dermers. Merci d'être avec nous. J'aimerais
revenir, Me Trudel, vous avez dit un mot tantôt que j'ai beaucoup aimé,
«agilité», et ça, pour vous, c'est assez le nerf de la guerre pour les
municipalités. Parce que vous, vous n'avez pas des puits d'argent puis des
sources diversifiées, là. Alors, c'est
important lorsqu'on parle de parcs industriels, d'entreprises, parce que,
clairement, c'est... ça peut être carrément la vie ou la survie d'une
municipalité.
Mme Trudel (Myriam) : Bien oui, oui, on fait
référence à survie, vie de municipalités, mais aussi développement.
Donc, on parle de... de persistance puis de changement de visage de certains de
nos... de nos territoires régionaux. En fait,
on a des opportunités qui sont quand même uniques à saisir. On parle d'agilité.
On le sait, là, on... tout le monde parle de consultations, on parle de changer puis de... Mme la ministre, vous
avez posé des questions très pertinentes là-dessus. On souhaite être ensemble
pour définir quelle sera la meilleure façon de le faire. Par contre, il faut
être sage et, tous ensemble, se diriger vers... vers un choix agile. Et
je le dis, parce que, dans les projets qu'on... qu'on accompagne, par exemple,
on parle des projets en énergie renouvelable, mais aussi ce qu'on est en train
de faire au niveau de la décarbonation des
actifs municipaux, ça nous demande beaucoup de temps à nous. On sait que le
temps manque, on pèse sur l'accélérateur. Malgré ça, on ne va encore pas
assez rapidement. Donc, oui, soyons agiles à s'entraider collectivement et à
s'entendre sur la façon de le faire, mais faisons-le rapidement, on est tous
capables de faire ça.
Je
faisais référence à certains mémoires qui sont fort intéressants, mais où il y
a peut-être un peu de lourdeur, là, dans quand est-ce qu'on va finir par
arriver à quelque chose, là. Donc, dans notre cas à nous, tu sais, on plaide
pour ça et on est prêts à faire partie de cette agilité.
• (16 h 40) •
Mme Rizqy : M.
Demers, est-ce que vous voulez ajouter quelque chose?
M. Demers (Jacques) : Non, je pense que ma collègue...
Mme Rizqy : Oui, c'est... non, c'est
très clair, les propos de Me Trudel. Gardez-la. Je me permets, parce que, dans
le thème de l'agilité, vous savez, tantôt vous l'avez dit, M. Demers, il
faut choisir. Et un gouvernement, c'est ça qu'il doit faire, c'est des arbitrages.
Vous, vous avez des projets qui sont réels, concrets. Vous avez déjà des parcs
industriels, avec des entreprises qui sont déjà établies, avec du vrai monde
qui sont dedans. Là, présentement, il y a des blocs d'énergie qui sont réservés
pour des entreprises à venir. Nous, on a vu que, dans un certain cas, qu'une
entreprise, pour ne pas la nommer, Northvolt, que c'est très chancelant,
présentement, le projet, mais il y a quand même 360 mégawatts qui sont
réservés, pas pour 2026, peut-être 2028, si on est chanceux, ou peut-être même
2029 ou 2030. On est rendus dans quatre ans,
là, mais nous... En attendant, il y a quand même des entreprises qui sont chez
vous et des municipalités qui sont prêtes à se décarboner, qui ont besoin de
ces blocs d'énergie.
Considérant que le gouvernement lui-même a dit
qu'il allait y avoir 1 500 mégawatts de nouveaux blocs d'énergie
disponibles d'ici 2027, est-ce qu'on peut faire preuve d'agilité, dire :
En attendant que d'autres entreprises soient prêtes à fonctionner, ces blocs
d'énergie, on peut les libérer pour les entreprises et les municipalités qui
ont des vrais projets maintenant
disponibles, qui veulent aller de l'avant, et, pour la suite des choses, en
2027, les nouveaux blocs d'énergie que le gouvernement a promis, qui seront
prêts en 2027, les réserver plus tard pour l'entreprise qui n'est pas
encore prête à agir?
M. Demers (Jacques) : Je ne sais pas si je peux me permettre réellement
d'embarquer dans cette ligne-là, en ce sens
que ça serait de gérer quelque chose que je n'ai pas à gérer. Moi, je suis
capable d'exprimer le besoin qu'on a, de la façon... puis on demande
d'être agile. Si ça permet de l'être, je ne peux pas être contre, mais est-ce
que, dans la décision, dans ce qui se passe dans un dossier aussi particulier,
non...
Mme Rizqy : Je vais reformuler.
Vous, des mégawatts, si, demain, vous en avez, vous êtes capables d'être
opérationnels dès demain, là, avec les projets qui sont sur la table, qui ont
été déposés.
M. Demers (Jacques) : C'est que ça dépend tellement, l'endroit où est-ce qu'il
est. Parce qu'on a beau... Est-ce qu'on a les lignes pour le recevoir? Est-ce
qu'on peut le descendre dans la région où est-ce qu'il y a le besoin? Il y a... Les dossiers qu'on parle là, là, ils
sont à différents endroits. Ce n'est pas à cause que, dans la Montérégie, il y
aurait une disponibilité qu'on peut
l'amener en Estrie, à cet endroit-là. On n'a peut-être pas les lignes,
présentement, qui peut descendre les volumes dans le parc industriel qui
en a de besoin...
Mme
Rizqy : Mais ceux qu'il n'y a pas d'enjeu de
raccordement... Parce que ceux qui ont été refusés, il y a eu différentes
catégories, il y a des entreprises ou des municipalités que ça a été une
question de raccordement, ça, on peut comprendre. Mais d'autres, c'est parce
que c'est tout simplement qu'on n'avait pas d'énergie. La batterie est à plat, en d'autres mots. Donc, ceux que la batterie
est à plat, là, puis qu'on a refusé les blocs d'énergie, ce n'est pas des
projets hypothétiques, ce sont des vrais projets réels où est-ce qu'ils peuvent
démarrer assez rapidement, oui ou non?
Le Président (M. Bernard) : Il vous
reste 30 secondes.
M.
Demers (Jacques) : Oui, bien, à votre... réponse, oui, ceux qui sont
disponibles. On souhaite sérieusement qu'il y ait cette agilité-là pour
pouvoir l'utiliser au maximum, mais j'ai de la misère à penser que les gens ne
font pas leur possible de ce côté-là non plus, tu sais. Je ne veux pas accuser
quelqu'un de ne pas le faire, tu sais, c'est juste ça.
Mme
Rizqy : Ah! non, on n'accuse personne. On regarde la revue
de presse internationale puis on fait des constats malheureux, là.
M. Demers (Jacques) : OK.
Mme Rizqy : Merci beaucoup.
M. Demers (Jacques) : Merci à vous.
Le Président (M. Bernard) : Merci
beaucoup. Je cède maintenant la parole au député de Maurice-Richard.
M. Bouazzi : Merci beaucoup. Merci
d'être là et de nous éclairer sur votre volonté de faire partie de cette
transition énergétique. C'est beaucoup ce que j'entends de votre part. Il y a
toute la question des coûts, il y a toute la question de la prévisibilité des
projets, de l'acceptabilité sociale. Il y a beaucoup de sujets. Je vais aller
dans un, parce que vous en parlez, la question d'être partie prenante des
différents projets qui se font sur vos territoires.
Nous, à Québec solidaire, on est partisans du
fait qu'Hydro-Québec, en fait, soit propriétaire des éoliennes qui sont un peu partout. On pense que faire appel
au privé, bien, ça fait que le privé se garde une cote, là, et ça coûte plus
cher, à vous, citoyens, comme au reste du
Québec. Et on pense aussi que les municipalités doivent absolument recevoir
aussi des
compensations, de l'argent du fait d'avoir des éoliennes sur leurs territoires,
là, et, entre autres, sur la question de l'accessibilité sociale, mais
pas seulement, je pense que c'est tout simplement légitime.
Ça
fait que, parmi les mécanismes, là, si on trouve des mécanismes... Une
éolienne, typiquement, c'est 20 ans, si on l'allonge un peu, c'est
un petit 10 ans de plus, mais vraiment parce qu'on pousse. Est-ce que,
pour vous, ça fait vraiment une différence
que vous ayez des... des contrats, par exemple avec Hydro-Québec, sur
30 ans, pour dire : Voilà, sur 30 ans, voici ce qu'on va
vous verser à chaque... à chaque mois ou à chaque année?
M. Châteauvert (Pierre) : Depuis longtemps, on a développé le territoire et, effectivement,
Hydro-Québec a fait... sur l'ensemble. Nous, ce qu'on dit, c'est que ce
territoire-là, il y a des gens qui vivent dessus puis ils doivent... ils
doivent pouvoir participer. On a beaucoup, depuis cinq, six ans, là, Myriam, on
intervient là-dedans, on a beaucoup travaillé avec le modèle de l'alliance de
l'Est, à partir du modèle de l'alliance de l'Est, où les communautés, l'ensemble des MRC des trois régions, en fait, de
la Gaspésie, du Bas-Saint-Laurent, des Îles-de-la-Madeleine ont 50 %
et ont des retours sur l'investissement.
Elles sont capables ensemble d'investir. Ce sont des corps publics et le... le
retour sert à la population locale.
On trouve que c'est fondamentalement un retour légitime à la population qui a à
vivre avec les installations, de là pourquoi.
Et nous avons été...
Effectivement, nous avons demandé et nous avons été des partisans, d'ailleurs,
c'est écrit dans nos documents dès 2022, d'une intervention directe
d'Hydro-Québec, un changement au processus d'appel d'offres qu'on a vécu, dont Myriam a cité tout à l'heure... Et, pour
nous, le modèle... Effectivement, Hydro-Québec doit faire partie de l'ensemble du développement, mais
les communautés regroupées par MRC, par territoire, par regroupement, en fait,
c'est selon... doit participer directement au processus. Ce sont des corps
publics et des gouvernements de proximité, et nous pensons qu'ils ont le
droit aux...
M.
Demers (Jacques) : Je pense que Myriam...
Mme Trudel (Myriam) : Bien, simplement, la
réponse à votre question, c'est oui, il y a une importance à avoir, en
fait, une garantie, là. Quand on est avec un partenaire dans un projet, on
souhaite...
Le Président (M.
Montigny) : ...secondes.
Mme Trudel
(Myriam) : ...que ce soit solide, donc, que ce soit pérenne.
M. Bouazzi : On est d'accord, donc, sur le long terme. Parce qu'un des
problèmes, c'est que les endettements sont énormes, hein, et ça
fonctionne, parce qu'en fait il y a... le risque, il est pris par Hydro-Québec
ou... Et donc... et donc l'idée, c'est de trouver des manières de vous
compenser sans rentrer dans des affaires qui, d'après moi, d'un point de vue financier, sont une passe passe qui
ne fait pas de sens d'un point de vue financier, là, je veux dire. Votre job,
c'est la démocratie, l'échange, et s'assurer que, sur le long terme, bien, il y
a de l'argent qui arrive dans les communautés.
Le Président (M. Montigny) : Merci.
Merci beaucoup. C'est maintenant le moment de céder la parole au député de
Jean-Talon pour 2 min 38 s.
M. Paradis : Votre mémoire et votre témoignage sont de vibrants
plaidoyers pour une participation communautaire, municipale ou MRC,
significative dans les futurs projets de production d'énergie, pour la
décentralisation, pour la valorisation du pouvoir local. On est très sensibles
à ce plaidoyer-là. Vous vous montrez, dans votre mémoire, favorables aux
mécanismes instaurés par les articles 76 et 77 du projet de loi, par
l'article 83 et par l'article 116, ça, c'est tous des moyens de
décentralisation, selon vous. D'autres y ont vu des mécanismes permettant la
privatisation. Mais là, aujourd'hui, vous ajoutez quelque chose, dans votre
mémoire, vous dites : Ça prend... Hydro-Québec doit jouer un rôle accru
dans la gouvernance de tous les projets de développement. Et c'est ce
qu'Hydro-Québec dit dans son plan. Vous nous avez dit tout à l'heure, en
réponse à une question de la ministre, que, pour vous, ça voulait dire au moins 50 % du secteur public. Je comprends
que ça veut dire minimum 50 % dans votre vision de ce que pourra être ce
nouveau partenariat là, là, c'est bien ça?
M.
Demers (Jacques) : Oui, exact, c'est... Il
faut y mettre un chiffre, à un moment donné, il faut s'avancer là-dessus, puis
on dit : C'est la façon. Puis on ne veut pas être juste celui qui est là
pour dire : On va avoir des redevances, on va être sur le terrain. On veut
être des acteurs pour de vrai puis, pour ça, il faut que la communauté soit là.
On va le connaître. Puis, des fois, des questions, tantôt, je me dis :
Plus qu'on va être près de l'industrie, plus que
c'est nous qui va le fournir, plus qu'on va connaître ce domaine-là. Je pense
que ça va être mieux pour les communautés de toute façon. Puis l'expertise qu'Hydro-Québec va avoir de plus en plus
dans ce domaine-là, bien, va servir à tout le monde aussi.
M. Paradis : Est-ce que vous êtes d'accord... Est-ce que ça
voudrait dire, donc, pouvoir municipal et Hydro-Québec ensemble, au moins, 50 % du pouvoir
décisionnel, au moins 50 % de la propriété des actifs, c'est de ça dont on
parle?
M.
Demers (Jacques) : C'est de ça qu'on
parle. On comprend qu'il va y avoir différents cas. Ça ne sera peut-être pas
dans tous les cas, même chose. Il y aura peut-être des plans plus grands sur
des territoires. On dit : On va... on va s'asseoir, on va négocier, on
veut avoir des choses, on veut faire partie de l'équation...
Le
Président (M. Montigny) : 30 secondes.
M.
Demers (Jacques) : ...puis d'une entente
commune, et avec les communautés, avec les gens qui sont sur le terrain.
50 %, on se dit : Bon, bien, partons de ça, en disant : Ça se
passe chez nous. Est-ce qu'il y a des contrats qui vont être à 30 %? Ça se peut. Il y aura peut-être des
variantes. Ce qu'on veut, c'est des retombées assurées pour chacun des
territoires là où ça se trouve.
M. Paradis : Ça
devrait être inscrit, là, dans les mécanismes prévus par les articles 76, 77,
83 et 116 du projet de loi 69, à condition que ce soit un pouvoir
majoritaire.
Mme Trudel
(Myriam) : Bien, en fait...
Le Président (M.
Montigny) : Merci. En conclusion.
Mme Trudel
(Myriam) : ...significatif.
Le Président (M. Montigny) :
Merci beaucoup. Alors, je vous remercie beaucoup pour votre contribution
aux travaux de la commission.
Je suspends les
travaux quelques instants afin de permettre au prochain groupe de prendre
place. Merci.
(Suspension de la séance à
16 h 50)
(Reprise à 16 h 55)
Le Président (M. Montigny) : Alors,
nous reprenons maintenant nos travaux. Alors, c'est maintenant le temps de souhaiter la bienvenue aux représentants de la
Fondation Rivières. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé, puis nous procéderons par la
suite à une période d'échange avec les membres de la commission. Je vous
invite donc à vous présenter et à commencer votre exposé de 10 minutes à
partir de maintenant.
Fondation Rivières
M. Bélanger (André) : Je veux juste indiquer
que nous allons commencer par Mme O'Neill, ensuite, M. Bourdages, puis
ensuite ce sera moi. Donc, Mme O'Neill.
Mme Neill (Carole) : Mme la ministre, Mmes,
MM. les députés, je tiens d'abord à remercier la Fondation Rivières de
me permettre de prendre la parole aujourd'hui.
Alors, TES Canada,
qui me concerne, a la prétention de décarboner le Québec avec son projet. C'est
là où le bât blesse, parce que de nombreux
experts sont venus contester cette prétention, et certains ont même qualifié ce
projet d'aberration énergétique, mais
une aberration énergétique qui s'accompagne, toutefois, de l'implantation de
130 éoliennes sur le territoire de deux MRC. Alors, la question se
pose : Pourquoi devrait-on laisser une multinationale faire du profit avec
notre potentiel éolien, s'il y en a un, en s'appropriant nos terres agricoles
et en détruisant notre patrimoine paysager pour une aberration énergétique?
Alors, il n'y a pas d'acceptabilité sociale pour ce projet. Il n'y a, surtout,
aucune intention de la mesurer. Pour TES Canada, l'acceptabilité sociale repose
sur les élus et les propriétaires qui accueillent
les éoliennes. Nous avons donc une acceptabilité sociale basée sur les
redevances, une acceptabilité sociale que TES Canada achète.
Alors,
pour illustrer mes propos, parce que c'est important, je vais vous parler de ma
municipalité, Saint-Adelphe-de-Champlain,
composée de 920 habitants. Alors, TES Canada prévoit y installer 22 à
29 éoliennes — 20,
parfois, enfin, ça dépend — industrielles,
j'insiste, quand même, avec le nom. Il y aurait donc sept élus et, à peu près,
un maximum de 25 propriétaires terriens
qui accueilleraient les éoliennes. Donc, si j'arrondis les chiffres, il y a
35 personnes, selon TES Canada, qui détermineraient s'il y a
acceptabilité sociale ou non. Alors, nous avons déjà recueilli, par une pétition, plus de 400 signatures de personnes
qui sont opposées au projet de TES Canada. Donc, il y a donc une énorme
différence entre les 35 et les 400 personnes qui ont signé la pétition.
Mais ce qui est le plus inquiétant, c'est que, sur le terrain, il y a beaucoup
d'amertume et de ressentiment face à ce projet qu'on impose à tout le monde,
sans une consultation digne de ce nom.
Pourtant, la majorité des opposants ne sont pas contre les éoliennes, mais ils
sont contre les éoliennes en territoire habité. Merci.
M. Bourdages
(Shawn) : Mme la ministre, Mmes et MM. les députés, mon nom est Shawn
Bourdages, je suis coordonnateur de la Table
régionale des organismes communautaires et Corporation de développement
communautaire de la Côte-Nord.
Je suis ici,
effectivement, à l'invitation de la Fondation Rivières, parce que ce qu'on voit
en Mauricie nous interpelle et nous
inquiète. Il y a un grand, extrêmement grand potentiel éolien, là, en
Côte-Nord. Il y a des projets, aussi, là, d'hydrogène, d'ammoniac vert
qui sont en réflexion, en développement, également, sur le territoire.
De notre perspective, du moins, nous, pour le
milieu communautaire, c'est vraiment la question d'à qui appartient, en fait, les ressources énergétiques
renouvelables de notre territoire, qui sont dues à notre grande superficie, à notre géographie particulière. On trouve important de
minimiser le plus possible la place, en fait, du privé dans cette énergie... dans
ces industries-là qui vont être émergentes. La Côte-Nord, déjà, est une région
d'une grande richesse, dont les richesses nous glissent énormément entre les
mains. On parle d'un PIB par habitant de 96 000 $ en Côte-Nord.
N'importe qui qui est allé en Côte-Nord va se rendre compte qu'il ne reste pas
beaucoup de cet argent-là entre les mains
des Nord-Côtiers, entre les mains des communautés, donc d'où, vraiment, notre
inquiétude. Puis on rejoint plusieurs observations qui sont faites par
la Fondation Rivières.
Ce qu'on veut éviter
le plus possible, là, c'est de poursuivre, là, dans... dans ce modèle
industriel colonial de dépossession des ressources naturelles et énergétiques
de notre région. On veut qu'elles soient utilisées, là, au profit de nos
populations puis de nos communautés.
• (17 heures) •
M. Bélanger
(André) : Bien, merci, Shawn, merci, Carole. Bien, on... Le
développement énergétique du Québec, là, il va se faire en région, ça fait
qu'on a décidé d'inviter des gens de la région pour venir avec nous, parce que
c'est important que vous entendiez les citoyens, Mme la ministre, en
particulier. Il y a un défi en ce moment. On est très inquiets du far west ou
du mode de développement qui a été préconisé dans la dernière année. Ça génère
énormément d'inquiétude dans la population. Et l'acceptabilité sociale... La
transition énergétique, elle va se faire avec
les citoyens. Donc là, on n'est pas enlignés vers ça. Si la CAQ ne voulait pas
un débat public, vous en avez un, puis ce n'est pas le bon. Donc, on
souhaite que ce soit corrigé.
On
s'inquiète beaucoup du projet de loi n° 69. Vous allez dire :
Qu'est-ce que les rivières viennent faire là-dedans? Bien, c'est essentiellement le couplage entre la
production éolienne et l'hydroélectricité, production éolienne, production
intermittente, hydroélectricité, production stable. Donc, le... on a le
potentiel avec Hydro-Québec. On a été très heureux
de voir qu'Hydro-Québec se lançait dans la production à grande échelle de
l'éolien, puisque le couplage éolien et nos barrages existants, c'est un
atout extraordinaire, si on se sert de l'éolienne non pas en période de pointe,
mais si on optimise les barrages et qu'on fait en sorte que nos barrages
puissent produire plus. Mais, quand on est dans des projets d'autoproduction
tels que TES Canada ou les projets qu'on a vus... on voit poindre sur la Côte-Nord,
on se retrouve dans une dynamique où là, c'est clair que l'autorisation de
produire... d'autoproduction d'énergie éolienne va devoir venir avec du
couplage. Puis le couplage, ce n'est pas Hydro-Québec qui va fournir le
courant. On sait déjà qu'il n'y en a plus. Donc, ce qu'on craint, c'est qu'avec
l'augmentation du 50 à 100 mégawatts des droits hydriques qui sont préconisés dans le projet de loi, bien
là, on ouvre au moins 24 nouvelles rivières sur la Côte-Nord qui pourront
être harnachées.
On
s'entend, il n'y a pas de projet actuellement. Mais il y en a deux, là, il y en
a deux, un qui est Onimiki, avec la rivière Kipawa, puis il y en a un
autre sur la rivière Gatineau. Ça tombe bien, ils sont en bas de
100 mégawatts, mais plus de 50. Donc, on voit, dans cet... dans cet
élément-là, une ouverture à de la production privée de petites centrales. Donc,
rappelons que la production privée de petites centrales, malgré la
participation, qu'elle soit à 25 % ou
30 % des intérêts locaux, elle divise les populations, et surtout, elle ne
sert pas les besoins de pointe du Québec. Ça ne produit pas, les
centrales, en hiver, au fil de l'eau. Les réservoirs, oui, mais pas les
centrales au fil de l'eau. Et là, on se
retrouve avec deux projets qui sortent de nulle part, qui arrivent et qui
ne répondent pas aux besoins d'Hydro-Québec, mais qui sont... qui vont... qui pourraient servir au développement
économique ou, en tout cas, supposé développement économique.
On
s'inquiète beaucoup de ça. On s'inquiète de ça parce que c'est comme si on
revivait... c'est Back to the future avec la commission Doyon,
qui a réalisé... qui a fait une commission d'enquête publique quand il y avait
justement une prolifération de ce type de
projets privés là. On pense qu'Hydro-Québec est en posture pour répondre à la
demande et que la nouvelle stratégie d'énergie éolienne, de production
éolienne, elle est pertinente.
Dans
nos éléments qui... dans les éléments qu'on souligne dans notre mémoire, bien,
on s'inquiète un peu... on s'inquiète en fait de la concentration des
pouvoirs au sein du bureau du ministre de l'Économie, de l'Énergie et de
l'Innovation. Et cette notion-là, d'inscrire dans la loi que les projets en
conformité avec les objectifs économiques du gouvernement pourraient être
permis, on est loin de cette idée que la production doit servir la
décarbonation d'abord. D'autres ont souligné évidemment ce point-là.
Puis finalement, une
idée qu'on a discutée, on en a parlé avec Hydro-Québec puis on sent que ça
commence à faire son chemin, c'est cette possibilité-là de réduire au maximum
l'impact sur le territoire en utilisant les espaces déjà perturbés que sont les
zones de La Grande, la Manic, les endroits où il y a déjà eu des perturbations.
Et quand on veut atteindre l'objectif de
30 % de protection du territoire, tu sais, on ne parlera pas... on ne
parlera pas du caribou aujourd'hui, mais ça compte, il y a des routes,
des chemins, n'importe quelle production énergétique a un impact sur le
territoire. On peut le limiter, on a les moyens de le faire, on a le territoire
pour le faire.
Donc,
ça, c'est les éléments les plus importants. Puis je serais... je considère
que... bien, un des éléments qu'on considère, la fondation, c'est le
débat public, il doit se faire sur la question de nos besoins. On doit bien
comprendre pourquoi on fait ces choix-là. Ce que TES Canada, ce que les gens de
Shawinigan nous expriment, c'est : Bien là, on n'en veut pas, de ce
projet-là, mais on n'est pas contre l'éolienne. Mais là, «on n'est pas contre
l'éolienne», ça glisse vers : On ne
veut pas d'éoliennes dans notre cour. Mais des éoliennes dans notre cour, ça va
en prendre, du solaire, ça va en prendre. Des barrages, il y en a déjà.
Comment on... Et des fils et des pylônes, il va y en avoir. Donc, toute
nouvelle construction va affecter le territoire. Puis ça, ça ne peut se
discuter que s'il y a un véritable dialogue social, autrement vous allez avoir
de la résistance, de l'opposition, et personne ne sera avancé vers... on va
s'éloigner de la décarbonation. C'est ce qui nous inquiète.
Je pense, ça fait mon
10 minutes, ça, hein? Ça couvre pas mal le 10 minutes.
Le
Président (M. Montigny) :
Merci beaucoup. C'est maintenant
la période d'échange, et nous allons maintenant commencer cette période.
Mme la ministre, vous disposez donc de 16 min 30 s.
Mme
Fréchette : Oui, merci, M. le Président. Alors, merci, merci à
vous quatre d'être des nôtres et de partager votre vision et vos
propositions.
Je nous ramènerais sur le contexte global, hein?
On est dans un contexte de transition énergétique. Donc, j'imagine que vous
endossez cette idée d'entrer dans une transition énergétique, et si tel est le
cas, comment est-ce que vous voyez qu'on puisse répondre à la demande accrue
que ça génère pour notre fournisseur d'électricité? Donc, comment est-ce qu'on
peut concilier l'idée qu'il faille... bien, je présume qu'il faille entrer dans
la transition énergétique puis que ça génère une demande. Et donc comment
est-ce qu'on peut répondre à cette demande-là? Il y a certainement des mesures d'efficacité énergétique accrues qui peuvent
être mises de l'avant, mais bon, je doute que ça puisse répondre à
l'ensemble de la demande. Alors, comment est-ce que vous conciliez, bref, ces
deux objectifs-là?
M. Beaudet
(Normand) : En fait — moi,
c'est Normand Beaudet, de la Fondation Rivières — essentiellement, il y a des orientations qui
sont intéressantes qui se développent actuellement chez Hydro-Québec. Toute la
question de l'optimisation des barrages est une avenue extrêmement
intéressante. Il y a des technologies aussi d'optimisation au niveau, par
exemple, des barrages pompés, qui est une avenue qui peut avoir un bon
potentiel. On a aussi toute la question éventuellement d'être capable de
produire avec l'éolien, comme André le disait, de façon à utiliser l'éolien en couplage avec les barrages, donc pour stocker
de l'eau et non pas pour produire de la puissance. Il y avait une erreur.
En tout cas, quand on a eu des discussions avec Hydro-Québec, là, il y avait
une conception de l'éolien qui était en puissance,
et l'éolien n'est pas un élément de puissance. Mais maintenant, si on veut
rajouter un élément de puissance important, Hydro-Québec a
60 barrages, a 600 ouvrages de rétention d'eau, et ils seraient en
mesure d'optimiser ou d'installer une surcapacité pour être capable de générer
de la puissance, surtout avec le couplage éolien qui maintient du stockage,
c'est-à-dire que...
Mme
Fréchette : Donc, l'optimisation, vous la voyez dans ce
couplage avec l'éolien, l'optimisation des barrages.
M. Beaudet (Normand) : Oui, c'est
ça. L'éolien, en fait, réduit la quantité de turbinage qu'on a à faire, donc on
garde plus d'eau dans les réservoirs. Et là, quand on veut de la pointe dans la
fine pointe qu'on a à couvrir d'une centaine... on me dit même que c'est moins
que 100 heures à Hydro-Québec, là, dans cette période-là, on pourrait
mettre en surcapacité un paquet d'équipements d'Hydro-Québec. On a dit à la
haute direction d'Hydro-Québec qu'il y avait 600 ouvrages, dont plusieurs
pourraient être optimisés de façon à être capables d'atteindre ces
objectifs-là.
Maintenant, décarbonation, on a l'éolien.
L'éolien a une capacité de loin supérieure à ce qu'il reste en termes de
rivière au niveau du harnachement. On évalue en fait qu'on ne serait pas
capable d'aller chercher beaucoup plus que 10 000 mégawatts avec des
nouvelles rivières, et vraisemblablement il faudrait faire revivre des projets
comme Grande-Baleine. Donc là, on aurait un problème sérieux de fonte de
pergélisol et de catastrophe climatique si on s'oriente vers des projets de ce
genre-là. Ce qui reste, c'est la Côte-Nord, et on évalue à une vingtaine de
rivières qui pourraient être harnachées, mais c'est pour des relativement
faibles puissances. Ça fait que le potentiel hydraulique est quand même
relativement limité comparativement à l'éolien. Donc, on trouve très
intéressantes les annonces au niveau de l'éolien, de mettre entre les mains
d'Hydro-Québec la production de la grosse éolienne, et les annonces qui ont été faites sur des territoires déjà perturbés
a... plaît beaucoup aux organisations environnementales puis à nos réseaux
actuellement.
• (17 h 10) •
Par contre, on a une inquiétude au niveau, par
exemple, d'un des projets qui serait au Lac-Saint-Jean, et là on n'est pas sûrs qu'on soit en territoire réellement
perturbé. Il y aurait une réflexion à faire. Un autre des projets est dans le
secteur de Labrieville, si je ne me trompe pas, dans les grands projets, et ce
secteur-là est un secteur qui a été déjà perturbé par le harnachement de la
rivière Betsiamites pour des projets anciens d'Hydro-Québec. Là, il y a un fort
potentiel d'optimisation et de couplage
d'éolien. L'option a du sens. Donc... En fait, il y a... il y a une réflexion
importante à faire à ce niveau-là, de... de bien gérer.
M. Bélanger
(André) : J'aimerais compléter sur la question de l'éolien.
Le plan d'approvisionnement d'Hydro-Québec
à 10 000, 9 000 mégawatts d'éoliennes, il table sur une... un
facteur d'utilisation de 10 % de l'éolienne en période de pointe. L'éolienne a 35 % en moyenne, 10 % en
période de pointe, quand on a une masse de production, si on se sert
de... si on... tandis que, les barrages, on n'est pas loin du 100 % en
période de pointe.
Ici, il y
a... il y a quelque chose à repenser et même dans la... C'est difficile de convaincre
les citoyens : On va installer des éoliennes pour de la pointe,
quand il y a juste 10 % des éoliennes qui vont être utiles. On s'entend
que ça vient... que ça vient contrecarrer le discours.
Mais donc, pour répondre à votre question de
départ, oui, on comprend qu'il va falloir produire. Là où on... Ce qu'on vous dit, c'est que, oui, produire, mais
après avoir compris le véritable besoin puis après avoir exploré l'ensemble
des perspectives de sobriété et d'économie. Tant que vous n'allez pas faire cet
exercice-là, il va toujours y avoir un doute sur le besoin. Puis ici, si on a
un doute sur le besoin, bien, on va résister au besoin, à la construction.
M. Bourdages (Shawn) : J'aimerais amener un
complément d'information. Bon, du moins pour la Côte-Nord, je pense
qu'au niveau de l'harnachement des rivières, on est une région qui a beaucoup
donné. Je ne parlerai pas de la Basse-Côte-Nord et ces
communautés-là qui voudront peut-être utiliser ça comme levier de
développement, là, on sait que c'est un secteur qui est particulièrement
enclavé. Mais, pour ce qui est du reste des rivières, s'il vous plaît, laissez... laissez nos rivières tranquilles. On a
besoin, en fait, de diversification économique, de développement, peut-être,
récréotouristique aussi, puis commencer à développer de nouveaux créneaux. Il y
a de plus en plus de Québécois qui viennent
découvrir notre région. Mais je pense que la Côte-Nord, en gros, a assez donné,
là, au niveau du développement hydroélectrique, là. Je vais laisser les gens de
la Basse-Côte-Nord, par contre, parler pour eux-mêmes parce qu'ils sont
vraiment dans une situation particulière.
Mme Neill
(Carole) : ...je me permettrai aussi de dire que c'est là un débat de
société. Même la notion de besoins énergétiques, c'est là un débat de société.
Si nos besoins énergétiques, qu'on comprend mal ou qu'on semble même, dans une
certaine mesure, inventer, et c'est pour répondre aux besoins des entreprises
étrangères ou aux multinationales, je pense
que c'est un débat qui est mal parti. Donc, il y a là une consultation qu'il
faut faire du public et de l'ensemble des citoyens pour s'entendre sur
la notion de besoins énergétiques.
Quand j'ai dit, tout
à l'heure, que les gens qui s'opposent au projet de TES Canada, parce qu'ils
n'y croient pas, au projet de TES Canada, et
parce que c'est un projet qui nous est imposé, et parce que ce sont... parce
que c'est une acceptabilité sociale qui est, en fait, achetée par la compagnie,
ce besoin-là, il n'est absolument pas accepté. Donc, si on veut
s'entendre sur la notion de besoins énergétiques, il faut qu'il y ait un débat
public sur cette notion qui est fondamentale pour la transition énergétique.
Mme Fréchette :
Je reviens sur la notion
d'optimisation, parce qu'on a certaines petites centrales hydroélectriques, là, qui sont aujourd'hui à un...
à l'arrêt, à l'arrêt prolongé, en fait. Est-ce que vous voyez qu'ils aient
un rôle, ces barrages, dans la notion d'optimisation? Est-ce qu'on devrait
réactiver ces ouvrages, bref?
M. Bélanger
(André) : C'est ça. Bien, aux États-Unis, on est en discussion, nous,
avec American Rivers, qui, eux, sont en
train de démanteler leurs barrages. Parce que ces barrages-là, il y a... il y a
sûrement... dans certains cas, il y a moyen de reprendre la production,
parce que c'est un milieu perturbé, mais ce ne sont pas des... une réponse aux
besoins énergétiques. Ça produit au printemps, ça produit à l'automne, quand il
pleut. On parle de rivières... de barrages au fil de l'eau. Donc, à l'hiver,
quand on en a besoin, il n'y a pas d'eau qui coule dans les rivières, et on se
retrouve dans une situation où ça ne répond pas aux besoins, le besoin principal
qui est le besoin de pointe, là.
M. Beaudet
(Normand) : Il faut comprendre que les petites rivières au Québec, là,
sur la puissance installée d'Hydro-Québec, qui est de
40 000 mégawatts, c'est à peu près 900 mégawatts, là. Puis,
quand on choisit les petites rivières comme voies, bien là, on se ramasse à
prendre les lieux idylliques des communautés, prendre les chutes, les rapides,
et c'est les endroits où on est capable d'installer des équipements, mais c'est
pour des quantités marginales. Et le problème, c'est qu'actuellement, avec les
appels d'offres, à 50 mégawatts, la rentabilité pour une entreprise ne
peut se faire que si c'est à proximité des lieux de consommation. Donc, ça veut
dire que tu vas harnacher les lieux idylliques à proximité des endroits où les
gens vivent.
Avec
le 100 mégawatts, puis là avec la perspective de couplage avec l'éolien,
avec l'approche d'autoproduction, là, au
niveau de la rentabilité, il va y avoir énormément de demandes parce que la
perspective de rentabilité pourrait être là. Mais là on se ramasse dans la situation de sollicitation par le secteur
privé, surtout avec l'empressement de production qu'on impose à
l'industrie, en fait, surtout au niveau des appels d'offres, on va se ramasser
avec de la sollicitation des communautés non seulement juste pour les
éoliennes, mais pour les rivières. Et là, c'est là que la Côte-Nord devient un enjeu majeur au niveau des prochains
développements, parce c'est l'endroit où la concentration des rivières est
importante, là. On fait face à un problème d'acceptabilité sociale à court
terme qui va être extrêmement important.
M. Bélanger
(André) : ...je parlerais juste des deux projets de barrages qui
sont rendus publics, celui de la rivière Kipawa. La rivière... je vais
commencer par celui-là. La rivière Kipawa, il y a un parc national, il y a le
parc national Opémican qui est... qui a été développé par la voix de la
communauté. Et là, maintenant, ce qu'on dit, c'est : L'eau dans le parc... dans le parc de la rivière
Kipawa provient d'un réservoir. Alors, le projet privé consiste à prendre l'eau
du réservoir et l'envoyer dans des turbines, et d'enlever de l'eau d'un parc
national. Drôle de choix, ici, là. Donc, on va débattre un projet privé ou un
parc national public. L'eau appartient à qui? Ça, c'est un des débats. La rivière Gatineau, les deux projets qui viennent
d'apparaître, bien, c'est les deux chutes sur la rivière Gatineau qui sont
utilisées par des adeptes de plein air.
Nécessairement, on impacte sur le territoire puis, nécessairement, on n'en a
pas besoin.
Mme
Fréchette : J'aimerais céder la parole à mon collègue de Rouyn-Noranda—Témiscamingue.
Le Président (M.
Montigny) : ...
M. Bernard : Combien
de temps?
Le Président (M.
Montigny) : ...Rouyn-Noranda—Témiscamingue, vous disposez de
cinq minutes.
M.
Bernard : Merci. Bonjour, Mme Neill, M. Bourdages,
M. Bélanger, M. Beaudet. Naturellement, mon nom de comté, la
circonscription, c'est Rouyn-Noranda—Témiscamingue, donc je vous écoute parler
depuis tantôt, puis naturellement le dossier m'interpelle, puis je le connais
bien.
Première
question. Je reviens naturellement sur le projet Onimiki que vous parlez.
Première question, OK? Dans votre document, vous dites : C'est un projet
privé. Antérieurement, le groupe avant vous, qui était la FQM, qui était là, eux préconisent beaucoup les projets du
milieu. Alors, pour les gens qui nous écoutent, le projet Onimiki, il est
détenu à... c'est une société en commandite
qui est détenue par la première nation de Kebaowek, des Anichinabés, à
20 %, première Nation de Wolf Lake, qui est anichinabée, qui a
l'autre 20 %, la MRC du Témiscamingue qui a 40 %, et le dernier partenaire, c'est... demandez-moi pas de
prononcer le nom de la compagnie, mais essentiellement c'est Mashteuiatsh,
OK, qui détient 20 %. La semaine
dernière, le chef Gilbert Dominique était ici, d'ailleurs, puis montrait les
succès qu'il a eus, ce modèle
d'affaires là, et qu'eux, maintenant, ils deviennent partenaires dans d'autres
projets, par leur expertise et aussi au niveau financier.
Vous dites que c'est
un projet privé, puis quand je regarde la société en commandite, ce sont toutes
des communautés, autant une MRC à une autre, qui ne sont pas des entreprises
privées. Quelle est la distinction que vous allez faire entre des projets
communautaires, qu'ils soient éoliens et autres, et des projets essentiellement
privés? Quelle est votre définition du mot «privé»?
M. Beaudet (Normand) : En fait, c'est la question
qu'on discute profondément à la Fondation Rivières actuellement. C'est-à-dire qu'on est en train de
voir... Une des problématiques, c'est qu'on voit dans des communautés le
fait que des promoteurs s'en vont voir des communautés autochtones, et
s'entendent avec des communautés autochtones,
et viennent rencontrer après ça les autorités locales et la population, et ils
disent : Bien, vous ne pouvez pas vous
opposer, une communauté autochtone est intéressée par le projet. Donc, on a une
problématique, en fait, de faire en sorte que les allégeances ne soient
pas gagnées par les promoteurs.
Donc, il faudrait
réfléchir à une autre façon de faire et se dire : Est-ce qu'il n'y aurait
pas moyen, au Québec, que, par exemple, Hydro-Québec crée un fonds? Et, dans le
projet de loi, il y a l'idée de créer un fonds pour aider les gens qui seraient impactés au niveau de la
tarification, mais là on pourrait élargir ce fonds-là puis dire : Un fonds
aussi pour assister les organisations publiques, pour être capables de
participer à des projets de façon à faire en sorte que personne ne tire les
ficelles derrière. Et là il y aurait une dynamique à implanter avec les
communautés autochtones au niveau de cette mécanique-là. Je le sais, ce n'est
pas simple, et il y a toute une question de... de...
• (17 h 20) •
M. Bernard : Si
je peux me permettre, vous ne répondez pas. Moi, personnellement, quand on
vient de dire que c'est un projet privé, quand c'est un projet communautaire
avec les gens du milieu, je ne dirais pas que c'est un projet privé, OK?
M. Beaudet
(Normand) : La propriété... la propriété va être à qui?
M. Bernard : C'est, tu sais... Et c'est quatre... une MRC, des
communautés autochtones, OK? C'est... ce sont eux qui sont la société en
commandite.
Deuxième point, puis
on pourrait se... Là, le point, c'est... OK, le Témiscamingue, les barrages qui
sont là, ça fait partie des premiers
barrages, OK, Rapide-2, Rapide-7, qui sont parmi les premiers barrages qui se
sont faits au Québec. Il y a eu aussi
des barrages de contrôle d'eau de la rivière des Outaouais. Ces projets-là,
c'est les... on a... les communautés n'ont
jamais bénéficié des retombées de ces projets-là, comparativement, maintenant,
au projet actuel que le gouvernement veut mettre en place avec Hydro-Québec et
tous les intervenants, OK, les nouveaux projets bénéficient. Moi, je me
ramasse, au Témiscamingue, que j'ai des communautés qui sont là, qui n'ont
jamais eu les bénéfices, sauf les effets
négatifs des barrages. Par la suite, le potentiel éolien, si on le prend au
Témiscamingue, il n'est pas démontré.
Alors, le milieu veut
se prendre en main, essayer d'avoir des sources de retombées économiques pour
leur population et leurs communautés puis... Puis là je ne dis pas que je suis
favorable...
Le Président (M.
Montigny) : 30 secondes.
M. Bernard :
...oui, au projet Onimiki, il va aller au BAPE ultérieurement, et autres, mais
vous répondez quoi à ces gens-là, en disant : On ne veut pas de votre
projet, puis maintenant, comment vous allez vous développer économiquement? Tu sais, c'est facile, mais il n'y
a pas de réponse à ces communautés-là, outre de dire : On ne veut pas votre
projet, débrouillez-vous.
Le Président (M.
Montigny) : Rapidement.
Des voix : ...
Le Président (M.
Montigny) : ...secondes.
M. Bélanger (André) : D'accord. Écoutez,
c'est... Le défi, ici, qu'on a, c'est : D'abord, ce projet-là, est-ce que
c'est un projet de développement économique ou c'est un projet de développement
énergétique? Si c'est un projet...
M. Bernard : ...
M. Bélanger (André) : Bien, c'est là
où ça mélange les cartes, là. Parce que, quand on mélange les deux, bien là, on
peut prétexter le développement... ce n'est pas... on peut prétexter un besoin
énergétique pour faire du développement économique, mais
si, si c'est le cas, dans le cas du projet Onimiki en particulier, ça ne
répondra pas aux besoins d'Hydro-Québec, ça
ne répond pas aux besoins de la province. Donc, il y a de l'argent qui est a
été investi dans un projet qui ne
répond pas des besoins pour faire du développement économique. Pourquoi on ne
le passe pas...
Le Président (M. Montigny) : Merci.
M.
Bélanger (André) : ...dans
un fonds de développement économique, pour d'autres choses que des projets qui
ne répondent pas aux besoins? Et là où...
Le Président (M. Montigny) : Merci.
M. Bélanger (André) : ...où là ce
sont du privé, c'est que, c'est-à-dire, ce sont des intérêts, c'est des
intérêts limités dans le territoire pour... versus les intérêts de l'ensemble
de la population avec Hydro-Québec.
Le Président (M. Montigny) : Merci.
Mme la députée Saint-Laurent, maintenant, c'est à vous.
Mme Rizqy : Merci beaucoup, M. le
Président. Bonjour. Je voulais donner le temps pour que vous puissiez parler,
parce que vous vous êtes déplacés, et comme vous le savez, nous, au Parti
libéral du Québec, on a demandé d'avoir une
commission itinérante pour aller voir les gens sur le terrain. Puis tantôt,
vous l'avez dit : Venez nous voir. Bien, on aurait voulu venir vous voir parce qu'on pense
qu'effectivement, ce qui se passe présentement au Québec, c'est immense
comme chantier, cette transition énergétique. C'est aussi Hydro-Québec qui
est... dont il est question, qui est notre joyau national, qui ne nous
appartient pas à nous, chacun des élus, mais qui appartient à l'ensemble des
Québécois, donc, nous autres, tous ensemble.
Tantôt vous avez dit : Si vous venez sur le
terrain, bien, les gens ont de quoi à dire. Nous, on ne pourra pas, malheureusement, faire la commission itinérante,
mais on veut vous entendre, vous êtes les porte-voix de ces gens-là.
C'est quoi, leurs principales préoccupations, leurs principales craintes?
M. Bourdages (Shawn) : Je peux
parler au niveau de la Côte-Nord. La... Une grande crainte, puis on le voit
quand on travaille dans le milieu communautaire, qui est... qui est un...
disons, l'autre face de la médaille du milieu économique, on a des rôles quand
même très, très distants, en Côte-Nord, les rôles économiques sont très genrés également. On a les femmes du milieu
communautaire, les hommes dans le milieu économique. Moi, je suis une aberration,
étant un gars dans le milieu communautaire. Mais ce qu'on voit, c'est que ce
sont des grands projets qui mettent des grandes pressions sur les communautés
et qui, au final, bien, bon, vont... n'aident pas à développer, par exemple,
l'offre de logements dans les villes et les villages, mettent une pression sur
les systèmes de santé.
Au niveau des
retombées économiques, on parle souvent de grandes retombées, de millions, des
fois de milliards, en Côte-Nord, mais au niveau de la propriété du capital,
elle n'est pas nord-côtière. Au niveau de la main-d'oeuvre, elle n'est
souvent pas nord-côtière également. Au niveau de l'achat des matériels, ce
n'est souvent pas nord-côtier non plus.
Donc, on... disons qu'on n'a pas, en fait, les retombées positives des projets
qui sont développés sur notre territoire parce qu'il y a un manque au
niveau d'avoir une vision d'un développement régional plus large et plus vaste.
On a des problèmes de connectivité. On a des problèmes d'iniquité au niveau des
revenus entre les hommes et les femmes. On score très fort au niveau de la
violence conjugale, entre autres, et au niveau de la maltraitance des enfants,
parce qu'on ne nous offre pas d'autres choses comme région que ce genre de
projets là.
Donc, ce n'est pas qu'on n'en veut pas, mais on
a besoin... on a besoin, je pense, que la société québécoise investisse en
Côte-Nord plus largement. On veut que le Québec nous voie comme un milieu de
vie potentiel et non juste une batterie énergétique ou un lieu pour sortir du
minerai. Je veux dire, le minerai de fer a des services publics, des transports
collectifs, «name it», mais les citoyens de la Côte-Nord, en échange, ils n'ont
pas grand-chose. Et, comme je vous ai dit, le PIB par habitant en Côte-Nord est
de 96 000 $. Quand vous allez sur le terrain, vous ne le voyez pas
parce que l'argent sort de notre région. Il n'y a pas grand-chose qui nous
appartient collectivement, les Nord-Côtiers.
Mme Rizqy : ...on veut vous
entendre, absolument. Je vais tous vous donner le temps. On va faire le tour,
inquiétez-vous pas.
Des voix : ...
Mme Rizqy : Mme Neill. Oui.
Allez-y, Mme Neill. Je vous donne la parole.
Mme Neill
(Carole) : ...TES Canada, c'est privé. Donc là, on ne
s'obstinera pas entre société en commandite avec le milieu, pas le
milieu. C'est une... C'est un projet entièrement privé. C'est quand même, je
répète, là, 130 éoliennes industrielles
de 200 mètres de haut pour quelque chose dont on n'est pas convaincu et
dont même les experts ne sont pas convaincus, et c'est un chambardement
complet de nos communautés.
Bien sûr, les élus sont attirés par les
redevances, puis on peut les comprendre parce que la situation financière est parfois difficile, mais quel est le prix à
payer? Donc, s'il y a des profits avec le parc éolien et TES Canada, son projet
d'hydrogène vert, il ne sera pas dans les poches des communautés. C'est des
miettes qui reviennent aux communautés, vraiment
des miettes. Ils ont beau se vanter de dire 238 millions sur 20 ans,
mais c'est des miettes par rapport aux profits
qu'ils vont faire. Alors que, si c'était un projet de moins grande ampleur...
parce que je vous rappelle que c'est un parc privé, le plus gros parc privé
d'éoliennes au Québec, si c'était un projet de moins grande ampleur mais adapté
aux régions, pas d'aussi grosses éoliennes, et qui permettraient aux
régions d'en tirer un peu de profit, probablement que le débat serait
différent. Mais là, pour l'instant, c'est un projet, pardonnez-moi
l'expression, en tout respect, qu'on nous rentre dans la gorge et qui suscite
énormément de grogne.
Mme Rizqy : Est-ce
que je peux vous donner un exemple? La semaine dernière, on a reçu différents intervenants, dont un qui nous a parlé des Îles-de-la-Madeleine, que ça s'est fait un tiers la municipalité, un tiers Hydro puis
un tiers le privé. Et ils disaient que ça, ça s'est bien passé. Il y a eu
deux tours éoliennes. Ils ont dit : Ça n'a pas été rentré dans la
gorge. Est-ce que ça, pour vous, c'est quelque chose qui a bien fonctionné aux
Îles-de-la-Madeleine parce que la communauté a participé, la ville a participé
et quand même ça... les gens ont été entendus?
Mme Neill
(Carole) : Ce serait acceptable dans la mesure où les élus acceptent
d'intégrer les citoyens à la consultation et
aux débats. Et, quand on décide de faire ça, il faut absolument géolocaliser le
territoire pour mettre les éoliennes, pas aussi grosses que
200 mètres de haut, mais pour mettre les éoliennes le plus loin possible,
qui a le moins d'impact possible sur la communauté. Mais sûr que, si la communauté
fait partie des discussions, il y a une consultation
digne de ce nom, qu'il y a une partie au privé, qu'il y a une... les choses
seraient complètement différentes. Mais, pour l'instant, il n'y a pas
beaucoup de débats publics.
Mme Rizqy : Dites-moi,
en six ans, est-ce qu'il y a eu une consultation digne de ce nom qui a été
faite par le gouvernement de la CAQ?
Mme Neill (Carole) : Pas pour TES Canada, en
tout cas. Ça, je peux vous l'assurer. Mais même pas les élus non plus.
Ça, je peux vous l'assurer.
M. Bourdages
(Shawn) : ...pour ma région, vous mentionnez l'exemple des
Îles-de-la-Madeleine, mais je pense que, dans le cas de la Côte-Nord, c'est
peut-être, effectivement, une participation des Premières Nations, des MRC, des
villes et Hydro-Québec. Mais c'est parce que, tant qu'il va y avoir... aussitôt
qu'il va y avoir du privé en Côte-Nord, le
capital ne sera probablement pas nord-côtier. Puis c'est encore là où on se
retrouve à avoir de la richesse qui
nous glisse dans les doigts. Donc... Mais un modèle avec une participation
publique à différents niveaux et avec les Premières Nations,
effectivement, ça peut être intéressant pour nous.
• (17 h 30) •
M. Bélanger
(André) : Moi, j'aimerais souligner qu'il y a une alternative dont on
parle peu puis qui est ce qui s'est passé à Lac-Mégantic, les microréseaux
électriques. Et donc, les microréseaux électriques, nous avons déposé un projet de financement pour étudier
l'allègement de la réglementation qui permettrait d'accélérer le développement
de microréseaux électriques, parce qu'on considère que c'est un élément qui
permettrait de faire du développement économique régional avec l'acquisition
d'expertise, de connaissance et de maîtrise sur le territoire. Donc, on parle
ici d'une combinaison d'économie, de
mobilisation citoyenne, c'est ça que Lac-Mégantic nous a appris, et aussi de
construction de petites éoliennes, de solaire, de... bon, de toutes
sortes de combinaisons. Et ça, c'est... c'est probablement quelque chose qui
serait extraordinairement rentable et intéressant en région. Parce que, là, tu
règles un enjeu d'autonomie énergétique. Tu règles... tu développes aussi une
capacité, une capabilité des communautés à s'intéresser et à devenir capables
justement de prévoir, de développer une pensée énergétique. Et ça, bien, on
espère avoir le financement. Mais Hydro-Québec est partenaire dans le projet.
Mme Rizqy : Bien,
vous savez, vous prêchez à une convertie, et des convertis, parce que le député
de Jacques-Cartier, qui se trouve à être aussi mon mari, a écrit une lettre
ouverte, a déposé ce projet-là en prenant ses assises par rapport à Lac-Mégantic,
qui fonctionne très bien. Il l'a proposé à l'ex-ministre, qui semblait très
ouverte, mais là, on a une nouvelle ministre, donc on va... on va voir s'il y a
de l'ouverture. Parce que nous, on y croit, aux microréseaux, et là il ne reste
pas beaucoup de temps, il reste 1 min 30 s, c'est à vous.
M. Beaudet
(Normand) : En fait... en fait, on est dans... Ce qui est ahurissant,
c'est qu'au Québec, on est dans les premiers
balbutiements de ce genre d'initiative là, qui est très bien implanté en
Europe, dans les communautés, où on fait... on est capables de faire
l'harmonisation d'une diversité de sources énergétiques à l'aide des réseaux
intelligents. Donc là, on est capables d'avoir une intégration de l'éolien, qui
vient en complémentarité, de façon à assurer la stabilité du réseau local.
Donc, on a vraiment une assise de développement économique régional. Et le couplage éventuellement avec des rivières peut
s'avérer extrêmement intéressant aussi pour des vieilles installations, pour
leur donner une seconde vie. Mais, je reviens, il faut faire attention, ce
n'est pas les premières solutions à implanter au
niveau du harnachement de nouveaux... de nouveaux modes de production. Juste
l'implantation de l'infrastructure qui permet d'intégrer une diversité
de technologies localement, et l'assise sur laquelle on doit construire...
Le Président (M.
Montigny) : 30 secondes.
M. Beaudet
(Normand) : ...et c'est impossible de penser à l'économie
d'énergie ou à l'efficacité énergétique si on n'a pas un réseau local
intelligent. C'est très difficile, là. Donc...
Mme
Rizqy : Il me reste peut-être une dernière question. L'ancien
ministre, M. Pierre Fitzgibbon, a aussi parlé de différentes options, mais
on a parlé du solaire, on a parlé des barrages, mais il a aussi ouvert la voie
à du nucléaire. Vous, sur le terrain, vous entendez quoi par rapport au
nucléaire?
Le Président (M.
Montigny) : Alors, il ne reste plus de temps.
Des voix :
...
Le
Président (M. Montigny) : Je
suis désolé. C'est déjà le temps de céder la parole au député de Maurice-Richard,
pour 3 min 28 s.
M. Bouazzi : Merci beaucoup. Peut-être rapidement sur TES
Canada, comme vous le savez, c'est un dossier qui... qui est important, et je
pense qu'on n'en a pas assez parlé dans cette... dans cette commission.
Premièrement, est-ce qu'il y a eu un
appel d'offres pour que... TES Canada a-t-il gagné un appel d'offres pour
exploiter les gisements éoliens dans votre région?
Mme Neill (Carole) : Tout ce qu'on... tout ce
qu'on a su par les journaux, c'est que France Desmarais Chrétien a
réussi à convaincre le gouvernement caquiste de lui octroyer un bloc de
150 mégawatts pour son usine de production d'hydrogène. Et le PDG était
fier de dire que le projet a été rapidement accepté par votre prédécesseur, Mme
la ministre. Et donc il n'y a pas eu d'appel d'offres, là, c'est... c'est
octroyé rapidement à TES Canada.
M. Bouazzi : Est-ce
que vous êtes au courant d'un «business case», excusez l'anglicisme, là, qui
explique en quoi c'est positif pour votre région que TES Canada s'installe?
Mme Neill (Carole) : Les deux seuls arguments
de TES Canada, dans toutes leurs publicités, c'est la fameuse décarbonation,
que les experts ont battue en brèche, et les redevances. C'est les deux seuls
arguments sur lesquels repose le projet de TES Canada, les redevances.
M. Bouazzi : Je vais... je vais vous
partager une anecdote ou une information. J'ai rencontré TES Canada, qui m'ont
bien expliqué qu'ils avaient des pourparlers avec Énergir
pour leur vendre une grosse partie, etc., avec des jolies courbes, etc. Et,
joie du calendrier, par hasard, j'ai rencontré les représentants d'Énergir, une
semaine plus tard, qui m'ont dit qu'ils n'avaient absolument rien signé avec
TES Canada, que si TES n'était pas capable de fournir l'électricité pas
chère... et vous avez vu comme moi les études... l'électricité, pardon, le
gaz... le gaz renouvelable pas cher, et vous avez vu comme moi les études qui montrent à quel point ça va être cher — bien,
qu'en fait, ils avaient zéro engagement pour acheter ce gaz-là.
Il me reste très peu
de temps. Je voudrais revenir à ce que vous avez dit sur le harnachement des
rivières plus au nord et du pergélisol. Est-ce que vous pouvez développer, s'il
vous plaît?
M. Beaudet (Normand) : Oui, en fait, dans... dans
l'analyse qu'on a faite des rivières disponibles, actuellement, il y a... les grandes rivières qui auraient un potentiel
sont en haut du 55e parallèle. En fait, Hydro-Québec a
essentiellement harnaché tout ce qui était pas mal harnachable lorsqu'on va
vers le Nord, en bas du 55e parallèle. Ça,
ça veut dire qu'on se retrouverait, si on fait revivre des projets comme
Grande-Baleine, par exemple, on se retrouverait à inonder des
territoires de pergélisol. Donc, on a...
M. Bouazzi : Et
donc des émissions majeures de gaz à effet de serre.
M. Beaudet (Normand) : Oui, effectivement, c'est
un danger majeur. En fait, on pourrait parler d'une bombe climatique,
là, au Québec. Balance...
Le Président (M.
Montigny) : ...
M. Bouazzi : En
30 secondes. Oui, j'ai une dernière question, c'est clair, j'ai une
dernière question pour vous. Sur les éoliennes, on sait qu'il y a toutes sortes
de problèmes d'acceptabilité sociale autour des milieux de vie des gens. On sait aussi qu'il y a des endroits
naturels qu'on ne veut pas toucher. Parlez-nous des endroits perturbés où vous
pensez qu'il faudrait mettre des éoliennes.
M. Beaudet (Normand) : Bien, en fait,
Hydro-Québec a 60 barrages importants. On a cinq ou six grands réseaux de
barrages qui...
Le Président (M.
Montigny) : Merci. Il ne reste plus de temps, je suis désolé.
M. Beaudet
(Normand) : ...qui sont des centrales... Oui.
Le Président (M. Montigny) : C'est
maintenant le moment de laisser la parole au député de Jean-Talon pour
2 min 38 s.
M. Paradis : Vous nous dites qu'en permettant à Hydro-Québec de
vendre les ouvrages de moins de 100 mégawatts au privé, c'est
l'article 116 du projet de loi n° 69, qu'en permettant au
gouvernement de hausser à 100 mégawatts les constructions
puis les installations de production d'hydroélectricité du secteur privé et,
surtout, en permettant à des entreprises privées de vendre de l'électricité à
d'autres entreprises privées, aux articles 38 et suivants du projet de
loi, vous nous dites que ça, ça ouvre la porte à une privatisation de la
production, sans contrôle adéquat, menaçant à nouveau notre environnement,
notre économie et la paix sociale, c'est bien ça?
Une voix : Oui.
M. Paradis : Vous
nous dites aussi que c'est un far west qui s'annonce, je vous cite, parce qu'il
va y avoir un développement énergétique débridé et sans contrôle. Et vous nous
dites que ça va nous faire revenir, en quelque sorte, à la situation qui
prévalait au Québec avant la nationalisation de l'électricité...
M. Beaudet
(Normand) : ...la commission Doyon.
M. Paradis : Avant
la commission Doyon. Pourriez-vous en parlez? Est-ce que vous pourriez nous
parler de ça ici quelques minutes — bien, en fait, 1 min
30 s?
M. Bélanger
(André) : Oui, c'est ça. Bien, tu sais, on... TES Canada vient
illustrer ce qu'on craint, OK? Ici, dans un
cas de même, on a un promoteur qui arrive avec un projet, qui dit qu'il y a des
ententes, qu'il n'y a pas des ententes, qui dit qu'il connaît, qu'il ne
connaît pas, et qui est... qui signe des ententes avec des... avec des
propriétaires pour obtenir des... faire verser des compensations qu'il n'aura
peut-être pas besoin à verser, parce qu'on ne sait pas si le projet va arriver.
Ça commence à ressembler à du far west.
La
commission Doyon, ce qu'elle... ce qu'elle dénonçait, c'était le fait qu'il y
ait des appels d'offres... qu'il y ait des contrats de gré à gré,
pardon, entre des promoteurs privés et Hydro-Québec, dont on ne connaît pas les
prix, on ne connaît pas les coûts. Et toute
cette négociation sous la couverte a mené à la commission, qui a dit :
C'est fini, ne faites plus ça, ça nous prend des appels d'offres qui
répondent à des besoins énergétiques, ça nous prend des contrats qui soient publics et ça nous prend une compétitivité,
une visibilité et une justification énergétique. Puis ça, bien, ce n'est... ce
n'est pas ce qu'on constate avec le projet de TES, qui vient illustrer ce qui
nous attend si on ne fait pas attention.
Le Président (M.
Montigny) : 30 secondes, 30 secondes.
M. Paradis : Bien,
en fait, je vais vous laisser terminer là-dessus parce que le projet de TES Canada,
là, c'est celui qui a été vendu et complimenté par l'ancien ministre.
M. Beaudet
(Normand) : Il est complètement à l'extérieur des cadres qu'on s'est
donnés.
M. Paradis : Vous
dites que, si c'est ça, le modèle, ça va nous mener vers le far west.
M. Beaudet
(Normand) : D'ailleurs, le projet de loi n° 69 corrode les cadres
qu'on s'est donnés suite à la commission
Doyon. La commission Doyon a fait 100... au-dessus de 100 recommandations,
de là sont venues l'obligation de faire des appels d'offres
d'Hydro-Québec...
Le Président (M.
Montigny) : En conclusion.
M. Beaudet
(Normand) : ...et même la création de la Régie de l'énergie.
Le Président (M.
Montigny) : Merci. Très bien...
M. Beaudet
(Normand) : Et, actuellement, le projet de loi va dans tous les
articles de loi et corrode...
Le Président (M.
Montigny) : Très bien. Merci... Merci. Il ne reste plus de temps.
M. Beaudet
(Normand) : ...ces cadres-là.
Le Président (M.
Montigny) : Je suis désolé, il ne reste plus de temps. Je vous
remercie vraiment pour votre contribution aux travaux de la commission.
Je
suspends les travaux quelques instants afin de permettre au prochain groupe de
prendre place. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à
17 h 39)
(Reprise à 17 h 44)
Le Président (M.
Montigny) : Alors, bonsoir. Nous redébutons nos travaux. En fait, nous
continuons les échanges avec... Maintenant, c'est le moment de souhaiter la
bienvenue à l'Association des professionnels de la construction et de l'habitation du Québec. Donc, je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre
exposé, et puis nous procéderons par la suite à la
période d'échange avec les membres de la commission. Je vous invite donc à vous
présenter et à commencer votre exposé. Vous disposez de 10 minutes. Merci.
Association des
professionnels de la construction
et de l'habitation du Québec (APCHQ)
Mme Demers (Isabelle) : Très bien.
Merci. Merci, M. le Président. Mme la ministre, chers membres de la commission,
je vous remercie de nous recevoir dans le cadre des consultations particulières
sur le projet de loi n° 69 sur la gouvernance responsable des ressources
énergétiques. Je m'appelle Isabelle Demers, je suis vice-présidente, Développement stratégique, Affaires publiques,
Innovation à l'Association des professionnels de la construction et de l'habitation du Québec, l'APCHQ. Je suis
aujourd'hui accompagnée de mes collègues Karine Casault, directrice principale,
Communications stratégiques et
Développement durable, ainsi que de Marco Lasalle, directeur des services
techniques.
Brièvement,
fondée en 1961, l'APCHQ est un organisme privé à but non lucratif. À travers
son réseau et associations régionales, représente et soutient plus de
28 000 entreprises de l'industrie de la construction résidentielle et de la rénovation au Québec. L'APCHQ a pour
mission d'être un acteur de changement rassembleur au bénéfice de la société québécoise, agit comme un moteur de
développement social et économique par la promotion de la durabilité et de la qualité en habitation. Nos membres, par
leurs activités en construction et en rénovation, jouent un rôle d'importance
dans l'amélioration des performances
environnementales des bâtiments et la transition énergétique que le Québec doit
entreprendre. L'APCHQ soutient l'orientation générale du projet de loi
n° 69, mais tient à réaffirmer l'importance cruciale de l'efficacité
énergétique dans le secteur du bâtiment résidentiel existant.
Face à
l'anticipation d'une hausse significative de la consommation et de la pointe
électrique au Québec, et due à la croissance de la demande, l'efficacité
énergétique s'impose comme un levier incontournable. Nous souhaitons d'ailleurs
mettre en lumière qu'une étude menée en 2023 par l'APCHQ, en partenariat avec
Dunsky et Ressources naturelles Canada, a démontré un potentiel de gain en
efficacité énergétique de 11 à 15 térawattheures sur 10 ans dans le petit bâtiment résidentiel existant,
particulièrement pour les maisons unifamiliales construites avant 1960. Pour
illustrer, ce gain représente l'équivalent en capacité de 2,5 barrages de La
Romaine. Ce potentiel représente donc une contribution significative aux
150 à 200 térawattheures supplémentaires nécessaires, d'ici 2050, pour la
transition énergétique au Québec, ceci sans
les enjeux d'acceptabilité sociale que suscitent de nouveaux barrages ou de
nouvelles infrastructures de production d'énergie.
Je cède maintenant la parole à ma collègue
Karine Casault pour la suite de l'allocution. Merci.
Mme Casault (Karine) : Merci,
Isabelle. Donc, pour faire le lien avec le potentiel d'efficacité énergétique qui est disponible dans le bâtiment résidentiel
existant, l'objectif du PL 69, selon son analyse d'impact réglementaire,
et je cite, «serait de doter le Québec d'outils législatifs et réglementaires
qui permettent de stimuler l'efficacité énergétique».
Or, cet objectif ne se retrouve pas ni dans le projet de loi ni dans les
nouvelles responsabilités attribuées à la ministre de l'Économie, de
l'Innovation et de l'Énergie dans le cadre du projet de loi.
Un plan de gestion intégrée des ressources
énergétiques sans mesure d'efficacité énergétique serait incomplet et potentiellement
inefficace. Négliger cet aspect dans le cadre de ce projet de loi là, qui est
fort pour le Québec, serait, pour le gouvernement, de se priver d'une occasion
majeure de réduction de la consommation énergétique qui, comme ma collègue vous
le mentionnait, représente une bonne part du gâteau, soit entre le quart ou le
sixième de la production supplémentaire qui est requise. Tout à l'heure, on
parlait d'ici 2050, mais, si on regarde d'ici 2035, selon Hydro-Québec, c'est
60 térawattheures, donc, entre le quart et le sixième, qui peut provenir
du bâtiment résidentiel existant. Pour cette
raison-là, l'APCHQ recommande d'intégrer, de façon explicite, des mesures
concrètes d'efficacité énergétique directement dans le projet de loi et
non pas seulement dans l'analyse d'impact réglementaire. Et on pourra revenir
plus en détail avec vous sur ces mesures concrètes lors de la période de
questions.
Ceci étant
dit, cet objectif doit être une priorité, et ce qui ne semble pas être le cas
dans le présent projet de loi, autre que dans l'analyse d'impact
réglementaire. On souligne également, à l'APCHQ, que la planification de la croissance de l'offre ne peut pas se faire sans
planification de la gestion de la consommation. Il faut que ça se traduise
par des dispositions spécifiques dans le texte de loi. L'APCHQ craint que ces
absences, combinées à l'attribution de responsabilités en matière d'efficacité
énergétique du bâtiment au ministre de l'Environnement, dans le cadre du récent
projet de loi n° 41, créent une incohérence dans la gouvernance
énergétique du Québec.
Donc, l'absence d'efficacité énergétique dans
les fonctions du ministre de l'Économie et de la Régie du bâtiment,
l'attribution de l'efficacité énergétique au ministre de l'Environnement et
l'ajout à l'actuel Code de construction d'un futur code québécois du
bâtiment durable, qui a été entériné dans le cadre du projet de loi n° 41,
risquent, selon l'APCHQ, de conduire à des
approches qui pourraient être potentiellement contradictoires dans la gestion
des ressources énergétiques du Québec.
• (17 h 50) •
L'APCHQ recommande donc une répartition des
responsabilités qui optimiserait l'expertise de chacune de ces entités-là, tout
en assurant une cohérence globale dans la gouvernance énergétique du Québec. Ça
signifie donc que le MEIE devrait avoir la
responsabilité d'assurer la planification énergétique globale de la province,
en incluant la gestion de l'offre et
de la demande pour tous les secteurs, pour une vision qui serait cohérente et
holistique de la transition au
Québec. La Régie du bâtiment du
Québec, la RBQ, qui est forte d'une
expertise technique et réglementaire dans le domaine de la construction,
devrait conserver la responsabilité de l'efficacité énergétique dans le secteur
du bâtiment, et ça comprendrait l'élaboration et la mise à jour des
normes d'efficacité énergétique dans le Code de construction. Le ministère de l'Environnement devrait quant à lui jouer un
rôle de soutien, apporter toute son expertise en matière d'impact
environnemental, de lutte aux changements climatiques et collaborer avec le
ministère de l'Environnement, Innovation et
Énergie et également avec la RBQ pour assurer l'alignement des politiques
énergétiques avec les objectifs environnementaux
du Québec. Pour l'APCHQ, une gouvernance clarifiée aiderait à la mise en oeuvre
rapide et efficace des mesures
d'efficacité énergétique au Québec afin de nous aider à atteindre nos objectifs
ambitieux en la matière et en matière de décarbonation également.
Ensuite, concernant
la tarification, l'APCHQ déplore l'absence de disposition dans le projet de loi
no 69 concernant l'interfinancement tarifaire d'Hydro-Québec. Pour nous,
il y a un risque de distorsion significative dans la tarification. Je vous
donne un exemple. En 2022, les clients commerciaux payaient 133 % de leurs
coûts, tandis que les clients résidentiels
payaient ou ne couvraient que 86 % de leurs coûts réels. Et donc une
structure tarifaire qui est... inéquilibrée,
bien déséquilibrée, en fait, pardon, encourage potentiellement un gaspillage
d'énergie par des consommateurs, notamment des ménages à revenu élevé
qui pourraient consommer davantage. Donc, on plaide à l'APCHQ pour une révision
de la structure tarifaire pour promouvoir une utilisation qui serait plus
responsable de l'électricité dans le secteur résidentiel et favoriser la
transition énergétique, qui serait efficace, économiquement viable pour le
Québec, mais sans pénaliser les ménages à faible revenu.
Donc, on insiste sur
l'importance de concevoir un programme d'aide financière qui ne perpétuerait
pas les inégalités existantes et ne récompenserait pas, involontairement, bien
sûr, une consommation excessive d'énergie. Pour nous, c'est nécessaire pour
assurer une meilleure équité quant à l'usage et éviter le gaspillage.
Mme Demers
(Isabelle) : Oui, merci, Karine. On aimerait par ailleurs aussi saluer
l'ajout de l'article 85.1.2 dans la Loi sur la Régie de l'énergie, qui
oblige le transporteur d'électricité à rendre accessibles en ligne des
renseignements sur les capacités de raccordement du réseau. C'est une mesure
qui est importante pour nous et qui représente une avancée importante en
matière de transparence et de planification pour le secteur de la construction.
Néanmoins, l'APCHQ
souligne l'importance d'instaurer un processus rigoureux de reddition de
comptes. Ce processus devrait permettre de suivre, d'évaluer régulièrement
l'efficacité des mesures qui sont mises en place, notamment en ce qui concerne
le traitement des demandes de raccordement. L'association insiste sur la
nécessité de diminuer les délais de raccordement du réseau, qui peuvent parfois
être longs et imprévisibles, et qui constituent un frein au développement de
projets immobiliers, qui empêchent la prise de possession d'habitations.
L'APCHQ salue
également la mise en oeuvre d'un plan de gestion intégrée des ressources
énergétiques sur une période de 15 ans. Ça nous semble une approche très
prometteuse pour une planification énergétique cohérente à long terme. L'APCHQ exprime finalement son intérêt
à être impliquée dans les consultations en amont de l'élaboration de ce
premier plan. En tant qu'acteur majeur du secteur de la construction et de
l'habitation, l'association estime que sa participation permettrait d'apporter
une perspective essentielle sur les enjeux énergétiques liés aux bâtiments.
En
conclusion, comme démontré, l'APCHQ soutient l'orientation générale du projet
de loi no 69. L'association insiste sur la nécessité d'y intégrer
des mesures concrètes d'efficacité énergétique, particulièrement dans le
secteur résidentiel, réitère qu'un plan de gestion intégrée des ressources,
afin d'être réellement optimal, doit inclure des mesures d'efficacité
énergétique qui assureraient que les rénovations du parc immobilier contribuent
à limiter le gaspillage énergétique. En effet, l'APCHQ réitère que le
gouvernement ne peut se priver d'une opportunité majeure de réduction de la
consommation qui permettrait de réallouer l'énergie vers d'autres secteurs qui
en ont besoin. En plus de permettre une approche positive en termes
d'acceptabilité sociale, l'APCHQ croit fermement que...
Le Président
(M. Montigny) : En conclusion.
Mme Demers (Isabelle) : Bien,
en conclusion, on croit fermement que l'exploitation du potentiel d'efficacité
énergétique...
Le Président (M.
Montigny) : Merci...
Mme Demers
(Isabelle) : ...est cruciale pour atteindre les objectifs.
Le Président (M.
Montigny) : Merci.
Mme Demers
(Isabelle) : Merci.
Le Président (M. Montigny) : Merci
beaucoup. Merci pour votre exposé. Nous allons maintenant commencer la
période d'échange. Mme la ministre, la parole est à vous.
Mme Fréchette :
Oui. Merci, M. le Président. Alors, merci à vous trois de prendre part à
cette consultation. C'est très intéressant
d'entendre votre point de vue terrain. Je vois que vous accordez donc une
grande importance, là, à la sobriété énergétique. Maintenant, ce n'est
pas toujours une mesure très populaire au sein de la population. Alors, comment
est-ce que vous voyez qu'on en vienne à les convaincre d'adopter des nouveaux
comportements? Est-ce qu'il y a des
exemples, des précédents dont vous avez été témoin qui pourraient nous inspirer
pour la suite des choses? Et quel
genre de mesures vous proposez de mettre de l'avant pour justement susciter
cette adhésion chez les citoyens?
Mme Demers (Isabelle) : Marco,
peut-être veux-tu y aller?
M.
Lasalle (Marco) : Tout à fait. Merci, Mme la ministre. Bien, je dois
m'inscrire en faux avec ce que vous venez de dire par rapport au niveau de
l'adhésion des gens. Si on veut prendre des mesures qui changent les habitudes
de vie des gens, c'est vrai qu'il n'y a pas d'adhésion. Partir mon
lave-vaisselle à minuit, je ne suis pas sûr que ça me tente. Mais si je fais de
l'efficacité énergétique, je fais une rénovation, je mets à niveau mon
habitation, une fois que c'est fait, ça ne change rien dans mes habitudes de
vie, l'adhésion va être immédiate et totale, et à l'infini à ce moment-là.
Donc, c'est de prendre les bonnes décisions pour permettre aux gens de pouvoir
continuer à vivre et jouir de leur qualité de vie normale. On est capables de
faire les deux.
Mme
Fréchette : Donc, vous dites : Aussi bien ne pas espérer des
changements de comportement, il faut changer le cadre dans lequel les gens
évoluent, puis à partir de là on obtient des résultats suffisamment
convaincants.
M. Lasalle
(Marco) : Allons au plus facile au départ, et puis tranquillement il y
a certaines cultures qu'on pourra changer et
qu'on pourra élaborer. La société québécoise a toujours évolué avec le temps,
puis j'ai confiance qu'on va continuer à le faire. Mais il y a tellement des
éléments faciles, actuels, qu'il est possible... puis on n'en profite pas.
Je
vais vous donner un exemple bien simple, Mme la ministre. Combien de
Québécois présentement sont en train de creuser le périmètre de leur maison
pour refaire les drains suite au passage de la tempête qu'on a eue? Parmi tous ceux qui font ça, combien en profitent pour
isoler leurs fondations? À peu près pas. C'est des anecdotes, ceux qui le font. Pourtant, ce qui coûte cher, c'est de
creuser le trou pour se rendre au drain. Une fois que le trou est fait, prendre
une feuille de styromousse et la mettre sur
la fondation, c'est des pinottes. On ne le fait pas, on n'a pas cette
culture-là. Ça fait qu'il faut que ce soit fini.
Ça, c'est juste un
exemple, mais on se promène dans des quartiers, on voit les rénovations où tous
les revêtements extérieurs sont retirés au complet, puis tout ce qu'on remet,
c'est une pellicule plastique blanche qui est un pare-pluie qui est d'une
technologie de 1983. Non, non, on isole, on fait de l'étanchéité à l'air, c'est
là qu'on doit aller, et tout ça. Une fois
que c'est fait, j'ai une qualité d'air intéressante, un immeuble résilient et
j'atteins de l'efficacité énergétique, puis ça, il n'y aura aucune
contestation sociale là-dessus.
Mme
Fréchette : Pour les mesures que vous évoquez, est-ce que vous... vous
pensez qu'il est préférable de procéder avec
des incitatifs ou plutôt y aller d'obligations? À partir du moment où il y a
une rénovation, par exemple, que l'on
soit obligé, ou vous pensez plutôt que c'est par des incitatifs qu'on serait
plus à même de susciter les changements?
M. Lasalle
(Marco) : On revient à la carotte et au bâton. Je préfère toujours la
carotte, surtout que la carotte peut être bénéfique autant pour le fournisseur
d'énergie public, autant pour Hydro-Québec que pour l'ensemble de la société,
qu'on peut avoir à ce moment-là. Je vous donne un exemple bien, bien, bien
rapidement, là. Si je prends les chiffres pour construire, là, les quatre
barrages, là, du domaine de La Romaine, on est à quoi? On est à
7 milliards... On est à
8 térawattheures pour 7 400 000 000 $,
7,4 milliards, ça veut dire que ça revenait à 0,925 $
du kilowattheure.
Bien,
je fais juste vous donner, exemple, quelqu'un qui fait une rénovation qui
inclut de l'efficacité énergétique. Je reviens avec mon exemple du
drain. Bien, si je lui donnais, exemple, un incitatif de 0,75 $ du
kilowattheure, ce serait super rentable. Il
y aurait une économie, à ce moment-là, pour une maison à peu près de
30 pieds par 30 pieds, là, le
standard québécois, là, ça lui donnerait un retour de 4 000 $, parce
qu'il irait sauver quelque chose comme 5 500 kilowattheures.
Puis ça, c'est récurrent à chaque année. On aurait juste à débourser un
0,75 $ une fois, c'est instantané et
c'est à tout jamais, acceptabilité sociale à 100 %, et on débourse une
fois. Il n'y a plus de frais d'entretien pour ça. Également, on... on
soulage un fardeau financier au niveau des familles, c'est souvent les plus
vieilles... bien, ce n'est pas souvent, c'est les plus vieilles maisons qui
sont les moins performantes à ce niveau-là. Ça fait que souvent c'est des gens peut-être qui paient des factures
d'hydroélectricité qui sont beaucoup trop élevées, et ça, c'est un autre
facteur.
• (18 heures) •
Présentement, on a
des programmes, des incitatifs financiers qui peuvent sembler intéressants, on
a toutes sortes de programmes, mais c'est... je m'excuse, je vais le dire en
anglais, mais je pense que c'est ça qui le décrit le mieux, c'est du «one size», «one size fits all». Or, il n'y a rien de
plus faux que ça. Je donne le même incitatif financier à quelqu'un qui
met... qui améliore l'isolation de son entretoit d'une maison construite en
1995 que la personne que ça a été construit en 1940, or, ce n'est pas le même
impact du tout.
Je vais vous donner
des chiffres bien, bien, bien précis, Mme la ministre. Si, exemple, je mets...
j'isole mes murs de fondation pour une maison construite en 1975, par exemple,
bien, je vais aller sauver, avec cette maison-là, 1 500 kilowattheures
par année. Pour une maison de 1985, bien, je ne sauve à peu près rien, il n'y a
pas de... il n'y a aucun incitatif à le faire. Présentement, dans les rapports,
dans les... dans les incitatifs, on va donner le même chèque à tout le monde,
1 500 $. OK, mais c'est de l'argent gaspillé.
Je vais vous donner
un autre... un autre exemple. LogisVert, présentement, offre 1 500 $
à quelqu'un qui s'en va calfeutrer ses portes et ses fenêtres. C'est quoi, le
rapport? Je pense que c'est par rapport à l'étanchéité à l'air. C'est n'importe
quoi, ça. C'est l'équivalent de mettre un verre d'eau dans un aquarium pour
permettre au poisson de boire, ça ne va pas
lui nuire, mais ça ne donne absolument rien de faire ça. Pour faire
l'étanchéité à l'air, ce qui est super important
à faire, ça prend des tests d'infiltrométrie. Donc, il faudrait que les
programmes... il faudrait que les programmes...
(Interruption)
M. Lasalle
(Marco) : C'est rare qu'on me dit que je ne parle pas assez fort. Il
faudrait que les programmes mesurent qu'est-ce qui va vraiment être sauvé. Au
lieu d'être prescriptible, de dire : Tu vas mettre tant d'isolation,
laisser les conseillers en efficacité énergétique aller sur place, faire un
portrait énergétique du bâtiment, suggérer des travaux et, après ça, il revient quand que les travaux sont finis, il
module combien... il fait une modélisation de combien d'électricité qui a été sauvée puis qui va être
sauvée, année après année. Et l'ensemble du Québec se retrouve gagnant
avec une telle mesure comme ça.
Mme Fréchette : Merci. Une dernière
question avant de céder la parole à mes collègues. Quand on parle construction,
on parle assez rapidement de main-d'oeuvre. Est-ce qu'il y a là un enjeu pour
le Québec, au niveau de la disponibilité de la main-d'oeuvre? Si on veut, en
fait, rehausser les exigences particulières qui seraient appliquées dans le
domaine de la construction en matière d'efficacité énergétique, est-ce que la
main-d'oeuvre, d'une part, est suffisamment formée pour faire face à ce
défi-là, pour bien comprendre ces notions-là? Et sinon, bien, qu'est-ce qu'il
faudrait pour être mieux... mieux pourvus?
Mme Demers (Isabelle) : Merci de
votre question, Mme la ministre. Évidemment, c'est quelque chose qui nous
préoccupe aussi parce que c'est important de pouvoir répondre à cette... à
toutes ces rénovations-là. Mais ce qu'il faut savoir et ce qu'il faut voir,
c'est que les rénovations se font déjà, en ce moment. C'est-à-dire qu'il y a
déjà une main-d'oeuvre qui fait des rénovations.
Ce que l'on prône et ce que l'on dit, c'est
qu'une rénovation devrait être écoénergétique. Parce que, de toute façon, les
gens sont déjà en train de faire les rénovations sur l'enveloppe du bâtiment. À
ce moment-là, ça devrait être des mesures d'efficacité énergétique qui soient
mises... qui sont mises en place et qui, au final, ne sont pas... n'amènent pas
de complexité beaucoup plus grande. Le nombre d'heures de formation pour être
en mesure d'être en niveau sont assez simples, et c'est d'utiliser les
rénovations déjà existantes qu'il y a à travers la province pour être en mesure
d'emboîter le pas de l'efficacité énergétique.
Mme Fréchette : Merci. Je vais céder
la parole à mes collègues.
Le Président (M. Montigny) : Merci
beaucoup. C'est maintenant le temps de céder la parole au député de Rouyn-Noranda—Témiscamingue.
Vous disposez donc de 7 min 40 s.
M. Bernard : Merci, M. le Président.
Bonjour, Mme Demers, Mme Casault puis M. Lasalle.
Je vais revenir sur les programmes d'aide de
rénovation de bâtiments, parce que j'ai passé au travers de ce processus-là au
cours des dernières années. Mais la première chose que je voudrais savoir avec
vous, c'est... puis la raison pourquoi je
vous parle de ça, je commence... j'ai une vieille maison que je vais vous reparler,
puis éventuellement, je veux déménager. Puis je commence à regarder des
nouveaux développements résidentiels. Puis la question que je me demandais, par rapport à ça : Est-ce qu'au
niveau des nouveaux bâtiments, est-ce qu'on va assez loin? Puis je pense, par exemple, avoir des incitatifs, soit pour la
géothermie... Je viens de m'installer une thermopompe extérieure. Est-ce que
les nouveaux bâtiments, on pourrait faire encore plus avec des aides
gouvernementales pour les nouvelles constructions pour faire des quartiers
résidentiels qui sont beaucoup plus efficaces en termes d'énergie et autres,
puis qu'on pourrait ne pas attendre 20 ans pour refaire des programmes
pour qu'est-ce qu'on fait actuellement?
M. Lasalle
(Marco) : Merci de votre question. Première chose, on n'a
pas atteint le sommet de ce qu'on peut avoir comme performance
énergétique au niveau des bâtiments. Mais les bâtiments qu'on fait
présentement, avec les normes énergétiques qu'on a, sont déjà très bons. Et on
a... on a une certaine avance sur le reste du Canada à cet effet-là. Est-ce
qu'on peut faire mieux? Certainement. Premier élément qu'on devrait... qu'on
doit faire mieux : on doit vivre la révolution qu'on avait eue à la fin
des années... bien, à la fin des années 1970, début des années 1980,
suite à la crise énergétique, quand on est passé du mazout à l'électricité.
Bon, bien, il faut revivre cette transition-là, qu'il y avait eu, pour lâcher
les plinthes électriques et aller 100 % avec la thermopompe. Ça, ça va
être important. Pourquoi? Parce qu'on est capable, à partir d'un watt
d'énergie, de générer trois watts de chauffage, à ce moment-là, c'est du
300 %, c'est super bon, comme rendement.
Ceci dit, il
y aurait peut-être ça, de mettre... bien, on ne pourra pas le mettre en... en
tout cas, on pourrait avoir des
incitatifs qui seraient plus intéressants à ce niveau-là. Par contre, là, on
s'en va beaucoup trop vers juste des thermopompes.
Thermopompe, c'est bien, mais ce n'est pas suffisant. Je vais vous donner un...
Si la maison reste une passoire, une
thermopompe, bien oui, elle va consommer moins d'énergie, mais elle va
continuer à en consommer trop pareil
parce qu'on va gaspiller la chaleur qu'on crée à l'intérieur. Exemple bien
simple : si j'ai un pommeau de douche économique, je vais sauver de
l'eau chaude, mais si je n'éteins pas ma douche entre mes passages, je vais
continuer à gaspiller de l'eau chaude pour rien.
Donc, thermopompe, c'est une bonne initiative.
Ça, c'est quelque chose qu'on va devoir faire dans les nouvelles maisons,
autant que possible, mais également, ce n'est pas suffisant, c'est vraiment
l'enveloppe, et puis ça, présentement, on ne fait rien à ce niveau-là, on ne
mesure pas la performance de l'enveloppe. Juste pour vous donner une idée et
imager un peu, l'étanchéité à l'air, puis vous l'avez vécu, fort probablement,
un test d'étanchéité, un test d'infiltrométrie, lors de vos rénovations, bien,
dans le fond, c'est comme mon manteau, je peux m'en mettre un plus épais pour avoir plus chaud, oui, mais si je n'ai
pas fermé ma fermeture éclair, je vais avoir froid. L'étanchéité à l'air, c'est
de venir fermer. Bien, à ce moment-là, c'est des tests d'étanchéité à l'air, et
ça, il faudrait que ce soit normé avec des... il y
a des cadres qui existent déjà. D'ailleurs, il y a des programmes
gouvernementaux qui l'exigent, exemple, Novoclimat, qui est un bon programme.
Au niveau des sous,
Novoclimat pour les maisons neuves, votre question était là-dessus, Novoclimat
est en bas de 10 % du marché. Or, bien
là, il y a de l'information à faire au niveau de l'industrie, parce que faire
une maison Novoclimat, la première version qui a sorti, là, de... du...
Novoclimat revampé, au début des années 2010, 2012, c'était beaucoup trop
compliqué, beaucoup trop gros, pas de subvention. Ça a mal été vendeur et ça
n'a jamais été récupéré. Or, aujourd'hui,
construire une maison Novoclimat, pour une maison standard, ça coûte moins cher
qu'une maison ordinaire, car les
retours sur... les encouragements, les incitatifs financiers sont plus élevés
que le surcoût. Ça fait que c'est bon, les incitatifs financiers, mais
il faut les annoncer.
M. Bernard : Oui,
effectivement. Puis je vais revenir, maintenant, aux programmes puis au
résidentiel, là, des bâtiments plus vieux
que 2010 et autres. Ce matin, nous avions ici l'Union des consommateurs, puis
naturellement, on a beaucoup parlé d'efficacité énergétique avec eux, et
de coûts, autant au niveau des bâtiments locatifs, OK, que... pour aider, inciter les propriétaires de
logements, d'édifices à logements de faire des investissements et pas
nécessairement les retransférer à la clientèle, puis au niveau
résidentiel.
Puis
au niveau... Puis là, je vais vous faire part de ma réflexion. Moi, la maison
que j'ai achetée, à l'époque, 1974, OK, puis j'avais les moyens, puis
j'ai même réhypothéqué pour refaire... J'ai tout refait la coquille extérieure,
changé les fenêtres, on a retapé au complet, mais le prix que j'avais payé,
puis versus les montants que j'ai pris où je sais que mon gain, même si j'ai
pris... ça va être à la revente de la maison que je vais pouvoir... J'ai tout
documenté, puis l'acheteur qui va le prendre, à ce moment-là, lui, il va savoir
qu'il a un bâtiment qui est efficace, et autres.
• (18 h 10) •
Le problème des
maisons plus vieilles... Puis quand on recule dans le passé, puis moi, je vais
vous prendre un exemple qu'on voit en Abitibi, quand on a des maisons,
habituellement, de 1940, 1950, et autres, c'est des maisons, comme vous avez
dit, elles sont souvent... disons, elles ne sont pas aux normes. Et les
personnes, souvent, qui vont acheter ces
maisons-là ne sont pas des personnes à hauts revenus. Alors, donc, ils achètent
des maisons puis ils n'ont pas nécessairement les moyens de faire les
rénovations et autres qu'on a. Donc, tantôt, précédemment, quand vous disiez : Adapter les programmes, et autres,
ça va toujours demeurer notre point faible, de dire : Les vieilles maisons
sont souvent achetées par des personnes à plus faibles revenus, et la
spirale va continuer pour ces personnes-là. Je ne sais pas comment qu'on pourrait les aider, à long terme, à cet égard-là. Et
le dernier point, c'est difficile... puis c'est le gros des enjeux qu'on
a, la sobriété énergétique, de dire : Mieux
consommer et autres, est-ce que nos tarifs d'électricité ne sont pas assez élevés pour que les gens prennent
conscience du gaspillage, entre guillemets, qu'ils font et qu'ils pourraient
faire mieux en termes d'utilisation de leur énergie?
Mme Demers
(Isabelle) : Merci. Merci pour votre question. Plusieurs éléments,
là-dedans. Effectivement, le Québec... on a juste à se promener à travers la
province, puis on le voit, là, qu'il y a beaucoup d'habitations qui sont ce que nous, on appelle des passoires en termes
d'efficacité énergétique. On ne prône pas nécessairement la sobriété plus
qu'une utilisation optimale de l'usage, ce
qui n'est pas le cas en ce moment. Et non seulement ce n'est pas le cas, en ce
moment, mais le contexte fait en sorte qu'on ne valorise pas la rénovation
efficace. Une personne qui veut rénover, qu'elle soit propriétaire ou
propriétaire de plusieurs logements, doit payer des rénovations avec de
l'argent taxé à un service...
Le Président (M. Montigny) : Merci
beaucoup. Il ne reste plus de temps. C'est maintenant le moment de passer
la parole à la députée de Saint-Laurent pour une période de
10 min 24 s. Merci.
Mme Rizqy : Merci
beaucoup, M. le Président. Bonjour. Tantôt, vous avez parlé de la juste valeur
pour le prix des consommateurs résidentiels. Pouvez-vous développer? Parce que
vous avez aussi émis la notion de 86 %.
Mme Demers
(Isabelle) : Est-ce que c'est possible de préciser la question, Mme la
députée, juste pour qu'on soit sûrs d'être bien alignés dans nos réponses?
Mme Rizqy : Non, mais c'est que, tantôt, vous avez dit que
pour le secteur résidentiel, on ne payait pas la juste valeur. Qu'est-ce
que vous voulez dire par là?
Mme Demers
(Isabelle) : Oui, Karine...
Mme Casault
(Karine) : Oui, je peux... je peux peut-être préciser. En fait, c'est
qu'au niveau de la répartition des tarifs, les clients commerciaux paient
133 % et les clients résidentiels, 86 % des coûts réels. Donc, ce qui
fait que les clients commerciaux subventionnent, d'une certaine façon, les
clients résidentiels. Et donc, au final, on
peut... on peut voir, dans cette... dans cette inégalité-là, finalement, une
certaine incitation au gaspillage d'énergie et, notamment, des ménages
favorisés, tu sais, par exemple, qui ont un spa, qui ont une piscine chauffée,
etc., qui vont avoir une consommation importante d'énergie, ne paient
pas la juste valeur pour cette énergie-là. Et c'est un signal de prix qui pourrait inciter au gaspillage, et,
donc, au niveau de l'interfinancement, on soulignait qu'il serait important, là,
de rétablir cette iniquité-là.
Mme Rizqy : Quand
vous dites «rétablir cette iniquité-là»... parce que là, si vous faites une...
86 %, est-ce que vous, vous voulez monter la barre à 100 %,
c'est-à-dire d'augmenter à 14 %? J'essaie de comprendre votre point.
Mme Casault (Karine) : Bien, en fait, on n'a pas
une formule... une formule mathématique, mais, oui, de rétablir, d'éviter que, finalement, les clients résidentiels
sous-paient leurs tarifs d'électricité, ce qui est le cas, actuellement, là, mon
exemple datait de... c'est des données de 2022, mais d'éviter cette... cette
iniquité-là.
Mme Demers
(Isabelle) : Ce qu'on...
Mme Rizqy : Oui,
allez-y.
Mme Demers
(Isabelle) : Bien, en fait, j'allais préciser, ce qu'on souhaite,
surtout, c'est essentiellement que les mesures favorables d'efficacité
énergétique permettent de faire en sorte que... permettent de faire en sorte
qu'on puisse aller chercher un gain pour être capables de réutiliser cette
énergie-là à d'autres secteurs et non pas de faire en sorte que, parce qu'on a
un contexte qui est très efficace, qu'on se mette en mode de gaspillage. Alors,
au Québec, malheureusement, notre... chaque... chaque kilowattheure utilisé ou
produit ne contribue pas à sa pleine capacité de performance. Ce que l'on pense, c'est qu'on devrait être plus productifs
avec l'usage que l'on fait, étant donné la quantité de secteurs qui ont
besoin d'énergie. Alors, c'est ce que l'on prône, l'efficacité énergétique.
Le Président (M.
Montigny) : Oui, vous pouvez y aller, Mme la députée de Mille-Îles.
Mme Dufour : Merci.
Excusez-moi, changement de députée, ici. Vous avez mentionné, puis on a eu ces échanges-là lors de l'étude du projet de loi
n° 41, là, qui avait quand même un potentiel d'énergie assez important, là,
dans l'efficacité énergétique des bâtiments actuels, et je comprends qu'aussi,
dans les futurs, on aurait tout intérêt à être proactif pour économiser tout de
suite l'énergie au lieu de construire des nouveaux bâtiments. Puis on sait que,
vous l'avez estimé, là, on a besoin de...
Mon Dieu! Vous étiez à quoi? 700 000 logements qu'on a besoin de
construire?
Mme Demers
(Isabelle) : 1,2 million, Mme la députée.
Mme
Dufour : 1,2 million,
donc, c'est énormément de logements par rapport au parc actuel. Donc, ça
représenterait combien de térawattheures qu'on pourrait sauver si on
était écoénergétiques tout de suite?
Mme Demers
(Isabelle) : Bien, en fait, Marco, je vais... je vais te laisser
répondre pour la partie des constructions nouvelles, mais sur la rénovation du
parc actuel, en priorisant vraiment les habitations qui ne sont absolument pas efficaces en termes
écoénergétiques, on serait en mesure d'aller en chercher 15...
15 térawattheures, ce qui est... ce qui équivaut à la grande région
de Québec au complet, à l'année, chauffée, éclairée. Donc, c'est... c'est important, le gain, le... le gain qu'on est en
mesure d'aller chercher est non négligeable. Puis je vais laisser Marco compléter
pour ce qu'on est capables d'aller chercher avec une construction optimale au
niveau de la construction neuve.
M. Lasalle
(Marco) : Mme la députée, le Québec est dans l'escalier, avec le reste
des autres provinces canadiennes, vers ce
qu'on appelle des maisons à émission zéro, c'est-à-dire... bon, c'est en
anglais, le terme, «Net Zero», c'est des paliers qu'on va monter, on va
se rendre là, je ne dirais pas tranquillement pas vite, d'un rythme assez soutenu. Et on a déjà une bonne position, déjà, au
Québec, là-dessus. Et, grosso modo, on va avoir des bâtiments qui... entre ce qu'ils vont produire puis ce qu'ils vont
être capables de générer, on va être à peu près nul, au cours d'une année.
Donc, ce qui va
surtout être important par rapport aux nouveaux bâtiments, les bâtiments de
dans 10 ans, bien, ça va surtout être
la gestion de la pointe. C'est surtout ça qui est l'enjeu. Alors que le parc
immobilier, il va y avoir de la gestion de la pointe, mais il y a
également la consommation générale qui est démesurée. Donc, ce qui est le plus
pertinent, à notre avis, où est-ce qu'on a besoin de plus de l'intervention du
gouvernement, c'est vraiment par rapport à ce qui est bâti. Parce que ce qui
s'en vient, c'est quand même déjà bien adressé. On sait où est-ce que ça s'en
va, là, présentement, là.
Mme Dufour : OK.
Donc, présentement, les normes du bâtiment, vous dites : On avance déjà
assez bien. Lors de l'étude du projet de loi
n° 41, on a discuté du fait que c'était la... la RBQ, la Régie du bâtiment du Québec, qui était responsable du Code de
construction. Vous aviez soulevé, là, que c'était une... une incohérence que ce
soit le ministère de l'Environnement qui travaille sur un code distinct, le
code du bâtiment durable. Donc, on retrouve ces éléments-là dans ce mémoire... dans votre mémoire, aujourd'hui. Est-ce
que vous pouvez nous en reparler davantage? Qu'est-ce que ça serait,
l'impact?
M. Lasalle
(Marco) : ...et, première chose, pour compléter avec la question
d'avant, qu'est-ce qui pourrait faire... qu'est-ce que le gouvernement ici
pourrait faire pour aller un peu plus vite, ce serait de doter les
constructions neuves d'une cotation énergétique
obligatoire pour tous les bâtiments neufs. Et je veux faire une nuance, je ne
parle pas d'une divulgation, je parle d'une vraie cotation énergétique faite
par un conseiller en efficacité énergétique qui va mesurer le portrait
réel à cette échelle-là.
Par rapport à
qu'est-ce qui avait été discuté dans le PL n° 41,
bien, c'est parce qu'il y a comme une... On confond deux dossiers distincts, on
confond le carbone et l'efficacité énergétique. Et puis, au niveau des
bâtiments d'habitation, au Québec, on est les champions
de l'Amérique du Nord. Au niveau du carbone opérationnel, on n'en produit pas.
Une... On a modulé, exemple, une maison à Trois-Rivières, deux étages. C'est
0,03 tonne de carbone par année qu'elle
va émettre. La même maison, en Nouvelle-Écosse, elle va en émettre une tonne
par année. Donc, au bout de 30 ans, c'est une tonne contre
30 tonnes. On est... on est déjà les chefs. Or, bien, je ne comprends pas
pourquoi c'est le ministère de
l'Environnement qui s'occupe de ça, c'est plus un dossier sur l'utilisation
d'électricité, puis ça, c'est un dossier du ministère de l'Économie,
comme on est là présentement. Et la Régie du bâtiment le légifère déjà très,
très bien, on encourage à ce que ça soit eux qui continuent de faire ce
travail-là.
Mme Dufour : Oui,
exactement. Donc, ils ont déjà l'expertise, là, la Régie du bâtiment en...
M. Lasalle
(Marco) : Oui.
Mme Dufour : ...pour
tout ce qui touche l'efficacité énergétique des bâtiments.
M. Lasalle
(Marco) : La preuve, on est déjà très bien positionnés par rapport au
reste du Canada.
Mme Dufour : Exactement. Donc... parfait. Et que... Ça peut
causer quoi, comme incohérences, selon vous, si c'est maintenu tel quel?
• (18 h 20) •
M. Lasalle
(Marco) : Bien, déjà, c'est un peu inquiétant que, là, il n'y ait...
qu'on confonde... Peut-être pour les autres domaines, mais je parle pour
l'habitation, on a confondu le carbone intrinsèque et le carbone opérationnel.
Puis il est là, l'enjeu. Puis le ministère de l'Environnement, c'est là qu'il
aurait peut-être eu un enjeu à aller dire, parce que c'est là qu'il y a... et
il est complètement passé à côté dans le PL n° 41. Je
vais vous donner un exemple. Ma même maison, à Trois-Rivières, deux étages, on
va avoir 24 tonnes de carbone intrinsèques pour la construction standard. Si je la fais avec une grosse efficacité
énergétique, 100 % en béton, coffrage isolant, je vais en avoir
45 tonnes, de carbone, mais elle est efficace énergétique. Et si je fais
des choix avec des matériaux locaux, de la fibre de bois, des éléments
de même, je vais pouvoir la diminuer à 12 tonnes. Ça fait que là, selon le
choix... et là, le ministère de l'Environnement avait dit : Bien non, nous
autres, on va mettre des mesures en efficacité énergétique pour enrayer le
carbone. Je m'excuse, mais tu es complètement à côté de la cible.
Mme Casault
(Karine) : Marco, en termes... en termes d'incohérences, peut-être
parler, aussi, de l'effort d'harmonisation des codes qui a été fait et la
création d'un code québécois du bâtiment durable. Quel effet ça aurait sur
l'application de deux codes, au Québec?
M. Lasalle
(Marco) : Bon, bien, déjà, c'est assez confondant au niveau du Code de
construction, au Québec, parce que pour les
bâtiments d'habitation, c'est un code par ville, certaines villes, ce n'est pas
clair, et puis là, déjà là, là, c'est le far west à ce niveau-là.
Le Président (M.
Montigny) : 30 secondes.
M. Lasalle
(Marco) : Bon, bien là, après ça, on s'en va rajouter d'autres codes
qui sont avec le ministère de l'Environnement,
et puis écoutez, moi, j'avais une épaisse chevelure bouclée avant de commencer
à lire ces règlements-là.
Mme Dufour : J'ai
une dernière question : Est-ce que vous considérez que les programmes
actuels qui incitent à la rénovation écoénergétique sont suffisants, puis
est-ce qu'on devrait mettre plus d'argent là-dedans?
M. Lasalle (Marco) : Il manque d'argent. Ils
sont mal conçus et ils cautionnent des travaux et non des résultats.
Le Président (M.
Montigny) : Merci. Il ne reste plus de temps.
Mme Dufour : Merci
beaucoup.
Le Président (M. Montigny) : Alors,
maintenant, c'est le moment de céder la parole au député de Maurice-Richard
pour une durée de 3 min 28 s.
M. Bouazzi : Merci
beaucoup. Je dois avouer que moi aussi, quand j'ai essayé de comprendre comment
marchait le code du bâtiment, je suis tombé de ma chaise à plusieurs reprises,
le fait que chaque municipalité a sa version,
son année, le fait qu'on n'a toujours pas un nouveau code depuis déjà, quand
même, beaucoup d'années, alors qu'on sait que la crise climatique nous
guette... Bref. Mais j'aimerais vous écouter sur la... on parle beaucoup des
mégawatts, là. Et vous n'êtes pas le seul groupe à nous dire : Bien,
l'efficacité, elle n'est comme pas si présente que ça dans ce projet-là, voire
inexistante à peu près. Bon. Le coût d'un mégawatt, là, d'un mégawatt qu'on
crée parce qu'on ne le consomme pas, là, vous, c'est quoi votre... votre
évaluation par rapport aux nouveaux développements d'éoliennes, par exemple?
Mme
Demers (Isabelle) : Bien, si je peux y aller, de façon générale, c'est
sûr que nous, on ne s'est pas positionné spécifiquement sur quel type
d'électricité est-ce que le Québec devrait produire. Évidemment, on pourrait penser qu'on devrait produire l'énergie,
l'électricité la plus propre qui soit, là, bien évidemment. Là où on s'est
positionné, c'est l'incohérence de chercher des gisements d'électricité
et d'énergie pour des besoins de développement de secteurs, de développement économique au Québec, alors
qu'essentiellement, en même temps, on laisse aller l'équivalent de
gisements importants, l'équivalent de 2,5 barrages de La Romaine qu'on
n'adresse pas. Donc, c'est...
M. Bouazzi : Mais... c'est ça. Ma question était... En fait,
vous avez parlé, effectivement, de plusieurs Romaine, facteur Romaine. Mais combien ça coûterait,
justement, d'économiser ces deux Romaine, ces deux barrages de la Romaine?
Mme Demers
(Isabelle) : OK, d'accord. Karine, veux-tu y aller, avec les coûts
qu'on a évalués? Vas-y.
Mme Casault
(Karine) : Oui. On a estimé que pour rénover les fameuses passoires,
les fameuses maisons unifamiliales
construites avant 1960, il en coûterait 6 milliards de dollars. Si on
regarde le coût total du plan Hydro-Québec pour produire
60 térawattheures supplémentaires d'ici 2035, donc les coûts estimés sont
entre 155 et 185 milliards. Donc,
finalement, on réalise ou, en tout cas, bref, il en coûterait près de trois
fois moins pour un gain équivalent, si on faisait cette rénovation-là de
ces maisons-là, donc un gain équivalent à un coût trois fois moindre,
essentiellement.
M. Bouazzi : Donc,
si on change d'état d'esprit et qu'on arrête de juste développer plus,
développer plus, développer plus, et qu'on se dit : On va rénover comme du
monde ce qu'on a et se mettre des règles pour y arriver, non seulement on va y arriver, mais, en plus, ça
va nous coûter trois fois moins cher que d'envoyer de l'argent au privé
pour faire nos éoliennes, c'est bien ça?
Mme Casault
(Karine) : Bien, non, ça ne sera pas suffisant, mais il reste qu'on
serait fous de ne pas aller chercher ce potentiel-là, vu que c'est un coup
trois fois... et de... bien, vous l'avez vu avec les précédents groupes,
notamment la Fondation Rivières...
Le Président (M.
Montigny) : 10 secondes.
Mme Casault
(Karine) : ...les nouvelles infrastructures, il y a, au-delà des coûts,
des enjeux d'acceptabilité sociale, notamment.
M. Bouazzi : Il me reste 10 secondes, ça fait que je vais
la fermer moi-même. Le projet de loi n° 41 ne règle pas ce
problème-là parce que ça touche juste 2 % du potentiel.
Le Président (M. Montigny) : Il
ne reste plus de temps. Maintenant, c'est le temps de céder la parole au député
de Jean-Talon pour 2 min 38 s.
M. Paradis : Si
je comprends bien, donc, vous nous dites qu'il y a un potentiel très
intéressant de gains en efficacité énergétique si on rénove, notamment, le
bâtiment, mais que ça, cet élément-là, n'est pas inclus dans le projet de loi n° 69, on ne voit pas ça, puis ça devrait.
Mme Demers
(Isabelle) : Exactement.
M. Paradis : Très bien. Vous nous dites, ensuite, qu'en
matière... dans cette matière-là, vous parlez, à l'item 8 de votre
mémoire, du programme d'aide qui a été créé... qui est créé par l'article 75,
le programme d'aide financière visant à
limiter l'impact de la hausse des tarifs de distribution d'électricité
d'Hydro-Québec pour la clientèle domestique. Et là, vous dites que vous
êtes d'accord avec la Chaire de gestion du secteur de l'énergie de HEC Montréal
dans son mémoire, parce que «le fonds d'aide
devrait être dédié uniquement à une clientèle qui a un niveau de vie
nécessitant une assistance sociale, et non pas être un fonds d'aide
universel à la clientèle domestique». C'est bien ce que vous dites?
Mme Demers
(Isabelle) : C'est ce qu'on dit.
M. Paradis : Donc,
je comprends aussi que vous êtes d'accord avec ce que disait cette même chaire,
qu'actuellement, ce que le projet de loi n° 69
prévoit, c'est que les contribuables, tous les contribuables du Québec, M. et
Mme Tout-le-monde, vont payer pour ce fonds-là, sans égard à leur niveau de vie
et sans égard à leur efficacité énergétique, sans égard à leur consommation.
Vous êtes d'accord... c'est ce que vous pensez aussi?
Mme Demers (Isabelle) : Bien, ce que l'on pense,
surtout, c'est qu'essentiellement, puis ça a été dit d'emblée par... en
ouverture, c'est-à-dire que le Québec a... il y a plein de gens qui sont
propriétaires et qui sont locataires et qui paient une... et qui paient l'électricité
à chaque mois et qui n'ont pas nécessairement les revenus pour être en mesure de faire les rénovations qui seraient
nécessaires pour aller chercher un gain d'efficacité énergétique. Ces gens-là, qui
n'ont pas nécessairement la capacité de rénover, ne devraient pas être
pénalisés. Ce qu'on devrait, plutôt, c'est
favoriser toutes les mesures qui... qui permettraient de rénover le parc
et d'amener plus d'efficacité énergétique pour avoir une plus grande équité.
M.
Paradis : Très bien, mais juste... parce qu'il me reste
quelques secondes seulement, parce que vous demandez qu'il y ait des changements dans le projet de loi n° 69, c'est parce que vous dites qu'actuellement, le projet de loi n° 69, il demande à tous les
contribuables du Québec de payer, sans égard à leur niveau de vie et sans égard
à leur consommation réelle, et donc, à leur niveau d'efficacité
énergétique. C'est bien ça?
Le Président (M. Montigny) : En
10 secondes.
Mme
Casault (Karine) : C'est exact. Il faudrait qu'il y ait une
considération au niveau du niveau de vie et de la consommation.
M. Paradis : Merci.
Le
Président (M. Montigny) : Alors, merci. Je vous remercie pour votre
contribution aux travaux de la commission.
Je suspends les
travaux quelques instants afin de permettre au prochain groupe de prendre
place. Merci beaucoup. Bonne fin de soirée.
(Suspension de la séance à 18 h 28)
(Reprise à 18 h 32)
Le Président (M. Montigny) :
Alors,
bienvenue. Nous redébutons les travaux. Je souhaite maintenant la bienvenue à l'Alliance Switch. Je vous rappelle
que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé, puis nous procéderons
par la suite à une période d'échange avec les membres de la commission. Je vous
invite donc à vous présenter et à procéder sans plus tarder, là, à votre exposé
de 10 minutes. Merci.
Switch, L'Alliance pour
une économie verte
M.
Vaillancourt (Martin) : Merci beaucoup. Martin Vaillancourt, DG du
Regroupement national des conseils régionaux en environnement et
coporte-parole de l'Alliance Switch.
M. Champalbert (Arnaud) : Bonjour.
Arnaud Champalbert, vice-président Affaires publiques au Conseil
du patronat et coporte-parole de l'Alliance Switch.
Mme
Dubé-Côté (Isabelle) : Bonjour. Isabelle Dubé-Côté, présidente et cheffe
de la direction d'Écotech Québec, la grappe des technologies propres, et
membre de l'Alliance Switch avec mes deux collègues ici.
M.
Vaillancourt (Martin) : M. le Président, Mme la ministre, Mmes et MM. les
députés, Mme la sous-ministre. Fondée il y a plus de 10 ans,
l'Alliance Switch regroupe des acteurs économiques, financiers et
environnementaux du Québec qui travaillent
ensemble pour accélérer la transition énergétique vers une économie bas
carbone. Elle promeut l'utilisation des ressources énergétiques
renouvelables, l'innovation et l'efficacité énergétique, tout en favorisant les
énergies renouvelables.
Switch joue
un rôle de concertation avec les décideurs publics afin de renforcer les
politiques et les actions qui soutiennent un avenir énergétique durable
et inclusif. L'organisation soutient des mesures concrètes pour atteindre la
carboneutralité d'ici 2050. Notre premier mémoire, en 2013, s'intitulait L'économie
que nous voulons — Les
choix énergétiques, clés du virage vers une économie verte, donc on a de la
suite dans les idées.
Aujourd'hui, nous sommes réunis pour discuter
d'une réforme cruciale pour l'avenir énergétique du Québec, le projet de loi 69.
Ce projet de loi marque un tournant décisif en matière de gestion et de
régulation de l'énergie. Il propose une révision en profondeur du cadre
législatif qui encadre nos ressources énergétiques et introduit des innovations
importantes attendues depuis des décennies.
Vous l'avez souvent entendu puis vous l'avez
vous-même mentionné, là, ce projet de loi là instaure le tout premier plan de
gestion intégrée des ressources énergétiques. C'est une initiative qui a
longtemps été discutée au sein des officines gouvernementales et qui devient
aujourd'hui une réalité. On le salue. Le plan va permettre une gestion
cohérente de nos ressources énergétiques sur le long terme en intégrant une
vision globale qui tient compte des enjeux économiques, environnementaux et
sociaux. C'est un changement fondamental qui nous permettra de mieux planifier et optimiser l'usage de nos ressources
dans une optique de décarbonation et de complémentarité énergétique.
La réforme qui est proposée ne se limite pas à
une simple réorganisation. Elle touche également la Régie de l'énergie, dont
les responsabilités et les modes de fonctionnement seront profondément
remaniés. Les obligations des distributeurs d'énergie, qu'il s'agisse de
l'électricité ou de gaz de sources renouvelables, sont également revues en profondeur, avec une insistance particulière sur
la complémentarité des approvisionnements. Ce n'est pas... Il ne s'agit
donc pas d'une réforme à la marge, mais bien d'une transformation complète du
cadre énergétique québécois.
On a un petit bémol. Il est regrettable que
l'analyse d'impact réglementaire qui doit accompagner un projet de loi, là, en
vertu de la Politique gouvernementale sur l'allègement réglementaire et
administratif, soit incomplète. L'analyse ne couvre qu'une partie des
dispositions de ce projet, notamment celles qui touchent la Régie de l'énergie et celles qui touchent le secteur gazier. Les modifications
apportées à la Loi sur Hydro-Québec, qui sont pourtant nombreuses et
significatives, sont absentes. C'est pourquoi Switch demande humblement à la
ministre de déposer l'analyse d'impact réglementaire complète, de façon à ce
qu'on puisse prendre connaissance, là, de l'ensemble des incidences de ces...
de ce projet de loi là.
Switch
soutient pleinement l'intention du gouvernement de favoriser les énergies
renouvelables et de promouvoir la
complémentarité des sources énergétiques. Il est donc crucial que la prise de
décision soit systématiquement fondée sur des critères de développement
durable. Nous proposons que la Régie de l'énergie adopte des outils d'analyse
tels que la Grille Éco+ pour évaluer de
manière cohérente les impacts économiques, environnementaux et sociaux des
projets qui lui sont soumis. Cela lui permettrait de guider ses
décisions tout en respectant les objectifs du développement durable du Québec.
La question de la
carboneutralité d'ici 2050 reste un enjeu central. Si le projet de loi 69
prévoit la mise en place d'un plan de gestion énergétique aux six ans, il est
crucial que ce plan soit élaboré en concertation avec les acteurs locaux et
qu'il inclue également une évaluation environnementale rigoureuse. Toute
nouvelle infrastructure de production ou transport devrait être soumise à des
consultations publiques.
Je vais m'arrêter ici
pour l'instant et je vais donner la parole à mon collègue Arnaud.
M. Champalbert
(Arnaud) : Merci beaucoup. Tout d'abord, il est crucial...
excusez-moi, il est aussi crucial d'examiner de manière rigoureuse les
opportunités de réduction de demande en énergie en comparaison avec des
investissements dans de nouvelles capacités. Comme l'a recommandé Switch lors
des consultations de 2023, il est essentiel d'appliquer un critère rationnel
sur le plan économique. À coût égal ou moindre, la priorité doit être donnée à
l'économie d'énergie plutôt qu'à la production de nouvelles énergies.
Ainsi...
Aussi, excusez-moi, la question de l'interfinancement des tarifs, qui perdure
depuis près de 50 ans, doit être
abordée, la structure tarifaire actuelle favorisant justement le secteur
résidentiel au détriment des secteurs commerciaux, institutionnels et
industriels. Cette distorsion tarifaire doit être corrigée de manière graduelle
afin d'encourager une utilisation plus
judicieuse de l'énergie et de permettre aux entreprises québécoises de
réinvestir dans des technologies propres et des procédés industriels
plus verts. Un ajustement des tarifs permettrait de rétablir une justice
tarifaire tout en maintenant les revenus globaux nécessaires à Hydro-Québec.
En
parallèle, le gouvernement doit également promouvoir la tarification dynamique
pour sensibiliser la population à une consommation énergétique responsable et
encourager les comportements de consommation plus efficaces.
Enfin,
il est essentiel de soutenir les ménages à plus faibles revenus dans cette
transition. Nous saluons l'introduction de mesures transitionnelles dans
le projet de loi et soutenons l'instauration d'un programme d'aide financière
pour atténuer l'impact des hausses tarifaires sur ces ménages.
Pour résumer, le
Québec a l'opportunité de se positionner en chef de file de la transition verte
en adoptant des politiques qui allient efficacité économique, équité sociale et
respect de l'environnement. Nos recommandations touchant la planification et
les tarifs vont en ce sens.
Mme Dubé-Côté
(Isabelle) : Merci. Dans le cadre des consultations en cours, il est
crucial de nous attarder au potentiel des technologies propres comme des
solutions incontournables pour répondre aux défis énergétiques actuels et à venir. En effet, le GIEC indique que
toutes les technologies propres devront être déployées pour atteindre nos
objectifs de transition à tous les niveaux.
De
très nombreuses entreprises québécoises en technologies propres sont actives
dans le domaine de l'énergie, autant en production dans les multiples
filières qu'en stockage et qu'en efficacité énergétique. Le projet de
loi 69 et le PGIRE ont le potentiel de
transformer profondément la société québécoise en mettant l'action... en
mettant l'accent sur l'intégration de critères de performance
environnementale, notamment : par l'utilisation d'outils d'analyse de cycles de vie, ce qui favorisera une croissance
économique respectueuse de l'environnement; stimuler l'innovation tout en mettant en valeur le savoir-faire québécois dans
le domaine de l'énergie, savoir-faire qui est reconnu à l'international; assurer une meilleure gestion des ressources,
notamment énergétiques; propulser le Québec dans les secteurs d'avenir liés aux technologies propres, renforçant ainsi
notre position de leader; renforcer la résilience énergétique en diversifiant
les sources d'approvisionnement, ce qui permet également de mettre en place des
structures adaptées aux spécificités locales; encourager la société à adopter
un comportement plus durable et responsable.
• (18 h 40) •
Je
souhaite donc attirer votre attention sur certains éléments qui sont absents ou
qui méritent une attention accrue pour améliorer le projet de
loi 69 ainsi que la préparation et la mise en oeuvre du PGIRE. Ces
éléments incluent notamment : la
nécessité de miser sur la sobriété énergétique pour l'atteinte de nos cibles
énergétiques et de réduction de GES; prioriser l'efficacité énergétique
avant la création de nouvelles installations de production, que ce soit au
niveau résidentiel, au niveau des PME, au niveau des industries; encourager un
mix énergétique diversifié qui intègre à la fois des sources établies et
prometteuses, dont notamment les biocarburants, qui sont absents du projet de
loi, car toutes les formes d'énergies renouvelables
devront être mises à contribution; assurer une prévisibilité afin que
l'entrepreneuriat dans les innovations vertes puisse se développer ici
et renforcer la compétitivité du Québec. Cette prévisibilité devrait notamment
être guidée par des cibles et un alignement avec les objectifs environnementaux
et économiques à long terme en identifiant des secteurs prioritaires et à fort
potentiel.
Les technologies
propres représentent un levier essentiel dans la planification énergétique du
Québec. Nous avons de nombreuses entreprises remarquables qui s'attaquent à
l'ensemble des enjeux environnementaux.
En ce qui concerne plus particulièrement le
secteur énergétique, nous pouvons citer plusieurs entreprises innovantes, notamment : dans le domaine du
numérique durable; de l'intelligence artificielle; de l'expertise professionnelle
de pointe pour le développement de projets en efficacité
énergétique; de gestion intelligente de l'énergie pour les bâtiments et pour les véhicules électriques; de
solutions intégrées pour des sites industriels et miniers en réseau autonome et
dans des régions éloignées; des initiatives de récupération de chaleur, de
géothermie, hydrothermie, boucle énergétique; de technologies optimisées selon le type de biomasse, dont les résidus ultimes;
des hydroliennes ou des microturbines qui sont parfaitement conçues pour
les rigueurs hivernales; des matériaux innovants pour réduire la consommation
et l'impact des bâtiments, notamment en
milieu urbain; des éoliennes et des systèmes photovoltaïques ajustés en
fonction des besoins et des... et des capacités des utilisateurs, en
complémentarité avec des systèmes de stockage; réutilisation de batteries ou de composantes de batteries pour
d'autres fins. L'enjeu consiste maintenant à leur offrir un environnement
d'affaires et les moyens nécessaires pour se développer et se déployer
pleinement.
Adopter ces technologies est non seulement une
nécessité écologique, mais aussi une opportunité stratégique pour un avenir plus durable et plus prospère. Nous
pourrons mieux répondre aux défis énergétiques et environnementaux tout
en favorisant l'innovation, l'optimisation des ressources et la croissance
économique.
Merci de nous
avoir donné l'occasion de commenter le projet de loi 69, et nous vous
offrons toute notre collaboration pour la réflexion et la mise en oeuvre
du PGIRE.
Le Président (M. Montigny) : Merci
beaucoup. Je vous remercie pour votre exposé. Nous allons maintenant commencer
la période d'échange avec les membres de la commission. Alors, Mme la ministre,
vous disposez donc de 16 min 30 s.
Mme
Fréchette : Merci beaucoup, M. le Président. Alors, merci à
l'Alliance. Merci à vous trois, M. Vaillancourt, Mme Dubé-Côté,
M. Champalbert, d'être présents parmi nous. Je salue les 10 ans de l'Alliance
Switch, une belle alliance, vraiment, assez unique en son genre. J'avais, au
moment de la création du groupe, assisté à quelques-unes de vos activités, donc c'était très novateur. Et
je suis contente de voir que vous êtes encore actifs et tout aussi intéressés.
Alors, si je
comprends bien, bien, globalement, vous êtes d'avis que le projet de
loi 69 favorise le développement de projets énergétiques dans le
respect des objectifs de développement durable, de développement économique et
de développement social et environnemental. J'ai bien compris?
M. Vaillancourt (Martin) : Oui, tout
en laissant une... en fait... Puis le projet de loi le prévoit également, c'est-à-dire... et ça, c'est... et c'est une
première au Québec, là, c'est-à-dire que l'efficacité énergétique est mise au
même niveau que la production énergétique. Donc, on... c'est deux moyens
d'atteindre la même cible, là, de... pour décarboner l'économie. Et, ça,
il faut que ça demeure dans le projet de loi. C'est une avancée significative.
Une fois ça dit, la... il faut faire autant
d'efforts dans l'un domaine... dans un domaine que dans l'autre, donc il y aura vraisemblablement à produire davantage,
mais il faut surtout, collectivement, apprendre à devenir beaucoup plus
efficace.
Mme Fréchette : Et vous nous
guiderez là-dedans, je suis convaincue. Vous suggérez notamment que «le
gouvernement demande que la régie se dote d'un outil standard puis
systématique», là, qui va «englober à la fois les préoccupations économiques,
sociales, environnementales pour quantifier, comparer et suivre les impacts.»
Alors, je lisais tout ce que ça peut faire
comme... cet outil-là. Est-ce qu'il existe déjà chez Switch? Vous avez référé à
la Grille Éco+. Est-ce que ça
consiste en l'outil auquel vous faites référence? Et, si oui, bien, comment...
comment ça procède? Comment ça fonctionne? Et est-ce que c'est
transposable à l'échelle du Québec?
M. Champalbert (Arnaud) : Bien, oui,
l'Alliance Switch a développé la Grille Éco+ à laquelle nous faisons référence. Humblement, cette grille, elle peut
être... elle peut être bonifiée pour répondre aux attentes qu'on mentionne,
mais elle peut certainement inspirer la démarche. Cette grille a été développée
avec l'Institut du Québec et avait pour vocation d'aider les entreprises,
notamment les plus petites, les PME, à pouvoir s'autoévaluer sur ces trois
aspects, environnemental, social et
économique, pour espérer scorer comme il faut sur ces aspects qui guident
souvent l'action gouvernementale.
Et donc, pour nous, il y avait ce besoin pour
les entreprises de se situer, d'être capable de comprendre que les règles qu'elles allaient utiliser étaient
sensiblement les mêmes que cette grille-là et de pouvoir améliorer certains
aspects. Donc, pour nous, cette grille a beaucoup d'avantages et aurait ces
avantages-là si elle était utilisée au niveau du gouvernement pour s'assurer de maximiser les impacts sur ces trois
aspects qui représentent le développement durable et le virage qu'on
essaie de faire, d'où la pertinence de l'Alliance Swtich d'aujourd'hui. Après
10 ans, on a encore des éléments à
amener, et c'est la contribution qu'on amène avec la référence à cette grille
qui peut certainement inspirer. Lorsqu'on
a créé cette grille-là, on comprenait que diverses grilles sont utilisées dans
diverses instances gouvernementales, qu'il n'y a pas forcément un
standard. Et donc, pour nous, il y avait peut-être un besoin d'avoir un outil
qui était... qui était sensiblement le même pour tout le monde.
Mme
Fréchette : Et actuellement, cet outil-là, vous l'utilisez à
l'échelle de projet, de région ou du Québec, même?
M. Champalbert (Arnaud) : Ah! bien,
il y a eu plusieurs surprises à travers cette mise au jeu de cet outil-là. On
le destinait beaucoup aux PME. Plusieurs entreprises, de grands donneurs
d'ordres l'ont utilisé pour que leurs fournisseurs
puissent se mettre à niveau également. Donc, ça a intéressé beaucoup de
donneurs d'ordres dans plusieurs régions du Québec. Et beaucoup de
villes aussi ont utilisé cette grille-là. On fait un suivi au niveau des
données de qui utilise la grille et donc on a vu que
plusieurs municipalités ou régions utilisaient la grille aussi. Donc, ça
dépasse le milieu économique.
Mme
Fréchette : OK. Merci. Vous proposez aussi d'optimiser les
infrastructures de transport d'électricité par des contrats de transport de
type «wheeling». Est-ce que vous pourriez nous expliquer, là, en quoi ça
consiste, ces contrats?
M. Champalbert
(Arnaud) : Oui, absolument. Avec toutes mes qualités de généraliste,
je vais essayer d'être très précis, mais le «wheeling» permettrait, dans le
fond, d'utiliser le réseau de transport à un tarif neutre. Et donc il y aurait
la capacité pour une entreprise ou une institution qui cherche de l'électricité
à avoir accès à un tarif d'un fournisseur
qui est autre que le distributeur actuel, donc ce qui permet d'aller
chercher... si le tarif est plus bas, par exemple, qu'Hydro-Québec,
d'aller chercher de l'électricité à plus bas coût. Donc, c'est une option qui
permettrait d'avoir accès à un tarif plus bas, advenant que les tarifs d'Hydro-Québec
ne soient... ne soient pas au prix du marché.
Tu voulais compléter?
Mme
Fréchette : OK. Et vous estimez aussi que le projet de loi doit...
Vous vouliez intervenir, compléter?
M. Vaillancourt
(Martin) : Oui. Je dirais que ça force... ce type de disposition là
force Hydro-Québec à être le meilleur,
c'est-à-dire la... il n'y a pas de raison, au Québec, qu'on ne soit pas
capables d'acheminer de l'énergie à ceux qui en ont besoin à un coût
concurrentiel. Mais, si ce mécanisme-là est en place, il existe une alternative
pour les grands consommateurs. Donc, il y
a... l'aspect monopolistique diminue, et le premier distributeur en énergie se
doit donc d'être exemplaire à la fois dans sa capacité à livrer puis
dans sa capacité à fournir des tarifs de qualité.
Mme
Fréchette : Merci. Vous indiquez aussi que le projet de loi doit
inciter l'ensemble des distributeurs à rechercher l'efficience dans leurs
opérations. Et donc vous proposez que la régie impose un mécanisme incitatif
qui va... lors de la fixation des tarifs des
différents distributeurs au profit des consommateurs. Pourriez-vous nous
parler, là, de ce modèle-là, de ses impacts, de sa méthodologie,
mécanique?
M. Champalbert
(Arnaud) : Bien, c'est d'avoir... d'être capable de mettre en commun
plusieurs énergies au niveau des tarifs. L'exemple de la biénergie est un
exemple intéressant, où le gaz naturel permet de remplacer l'électricité lors
de la pointe, et donc, là, les tarifs sont ajustés en conséquence, le modèle
est ajusté en conséquence pour avoir une complémentarité entre les énergies et
qui rend... le gaz naturel, dans ce cas-ci, est beaucoup plus avantageux en termes de qualité que de quantité
parce qu'il répond à un besoin précis au moment où le coût... le coût est intéressant.
Mme
Fréchette : OK, approprier la bonne énergie, au bon moment, au bon
récipiendaire.
M. Champalbert (Arnaud) : La bonne énergie, au bon
endroit, au bon coût, c'est souvent ce qu'on rajoute, voilà.
Mme
Fréchette : Il y a des barrières. Merci. Je vais céder la parole aux
collègues.
Le Président (M. Montigny) : Alors,
merci. C'est maintenant le temps de céder la parole au député de Dubuc.
Vous avez donc 9 min 25 s.
M. Tremblay :
Merci. Bonjour à vous. Vous parlez d'une bonne hiérarchisation. Vous faites
allusion à une clarification des rôles entre Environnement puis le ministère de
l'Économie, Innovation. Pourriez-vous élaborer? J'aimerais mieux comprendre, peut-être
avec des exemples, aussi.
• (18 h 50) •
M. Vaillancourt
(Martin) : Le... Oui. Puis ça reprend un peu les préoccupations que
j'avais exprimées devant vous la semaine
dernière. Le... Actuellement, le PGIRE est conditionné par le PEV. Et, quand le
PGIRE existe, le plan de mise en oeuvre du... du PEV est assujetti au
PGIRE, la... il y a... il y a d'autres plans gouvernementaux qui doivent aussi
faire partie de la réflexion entourant la réalisation du PGIRE, donc les
grandes orientations en termes de protection de la biodiversité, notamment, et
les autres grandes orientations gouvernementales. Donc, entre ce qui appartient à la fois au ministère de
l'Environnement et ce qui appartient au ministère de l'Économie, je pense qu'il
y a... il y a un arrimage à faire pour savoir... pour préciser
comment... de quels grands plans gouvernementaux, là, relève le PGIRE et, par
la suite, là... en fait, ça devient un plan parmi d'autres, mais il faut
assurer une cohérence au niveau du gouvernement, bien sûr, là, pour qu'on n'ait
pas d'effets non souhaités de la mise en oeuvre du PGIRE sur l'atteinte
d'autres objectifs qu'on s'est doté collectivement.
M. Tremblay :
Merci. Vous parlez aussi d'incongruité entre le traitement des
distributeurs électriques, gaziers et vous plaidez, finalement, un traitement
de l'information davantage uniformisé. J'aimerais aussi certaines précisions à
ce niveau-là.
M. Champalbert (Arnaud) : Bien, il y
a des dispositions, on voit qu'il y a des différences, notamment la clause tarifaire, de mémoire, trois ans pour
l'électrique et un an pour le gazier. Donc, c'est... c'est plus d'avoir un
timing parce que les exigences sont sensiblement les
mêmes. La préparation est aussi importante pour Énergir qu'Hydro-Québec dans ces démonstrations-là. Donc, c'était d'avoir la même... le même... le
même timing, excusez-moi l'anglicisme, et les mêmes exigences pour les
deux, là.
M. Tremblay : OK. Dites-moi, vous
avez parlé aussi de biénergie puis de transiter. Est-ce que je comprends qu'il
y a un sérieux potentiel au niveau de la gestion de pointe à l'heure actuelle
et qu'on pourrait aller beaucoup plus loin sur l'implantation à l'ensemble du
Québec, là, même... même avec du savoir-faire exportable à ce niveau-là?
M. Champalbert (Arnaud) : Bien,
sans... sans dire d'aller... d'aller partout au Québec, je dirais, déjà, avec
les réseaux existants, il y a certainement des choses à faire. Il y a des
réseaux gaziers existants dans plusieurs grandes villes du Québec. Il y a toute
une innovation qui se fait au niveau du gaz naturel renouvelable. Donc, c'est
sûr que la technologie apporte une partie de solution. Du moment qu'on parle de
qualité et non de quantité, comme l'exemple de la bioénergie, je trouve que
c'est assez parlant dans toute cette logique de transition.
Je ne sais pas si tu voulais intervenir.
Mme Dubé-Côté (Isabelle) : Bien, peut-être,
en fait, juste que, oui, c'est... c'est un outil, c'est une façon qui peut nous
amener à atteindre nos objectifs, sachant que la pointe, si on est capables
d'aller vers des comportements où on va
réduire la consommation, où on va avoir des comportements plus responsables,
déjà là, la pointe va être moins... moins grande. Donc, c'est vraiment
une combinaison de facteurs à regarder dans un ensemble, là.
M. Tremblay : OK. Merci, là.
Peut-être une dernière question. J'allais dire...
Le Président (M. Montigny) : ...
M. Tremblay : Oui. Par rapport aux
groupes précédents, ou l'APCHQ, qui nous ont fait un exposé sur tout le
potentiel qu'il y a à réaliser au niveau de leur champ de compétence, moi, j'en
comprenais, finalement, qu'il y a de la place pour un chantier dans le
chantier. Est-ce que ça vous parle, cette effervescence-là, potentielle?
M. Champalbert (Arnaud) : Absolument.
Puis je peux vous dire que, les différents codes du bâtiment, la difficulté...
J'ai vu les interventions en fin de rencontre sur la compréhension de quel code
s'applique, comment... comment le code fédéral et la démarche au niveau fédéral
pour un code durable peut s'ingérer dans... dans tous les travaux qui ont été faits aussi au Québec, bien,
crée peut-être un flou artistique en ce moment et qu'on pourrait davantage
mettre à contribution les acteurs, d'avoir un code unique qui donne la
direction pour un secteur qui peut réduire ses émissions, c'est certain.
M.
Vaillancourt (Martin) : Puis j'ajouterai qu'il y a... il y a un défi
aussi, le temps que ça prend pour faire le changement de code. Donc, le
gouvernement du Canada lance le bal, ensuite les provinces s'ajustent, et, au
Québec, les municipalités, après, récupèrent
ces éléments-là. Donc, le décalage, ça nous met... ça nous prend 10 ans,
au Québec, avant d'arriver à avoir un meilleur code, puis on n'a pas ce
luxe-là, malheureusement.
Le Président (M. Montigny) :
Merci...
M.
Vaillancourt (Martin) : Il
faut trouver une façon d'accélérer les réformes en termes de codes du bâtiment
et que les... que les objectifs qui sont
partagés par tout le monde soient mis en oeuvre partout au Québec le plus
rapidement possible.
Le Président (M. Montigny) : Merci.
Je céderais maintenant la parole à Mme la députée d'Abitibi-Ouest pour une
période de 3 min 40 s.
Mme Blais : Merci, M. le Président.
Merci à vous pour votre présence. Ma question : À votre avis, comment peut-on réconcilier la croissance importante de la
demande des entreprises du Québec, le pacte social, les besoins de la transition
énergétique et la tarification d'Hydro-Québec?
M. Champalbert (Arnaud) : C'est une
grande question. Martin, est-ce que tu veux commencer ou...
M. Vaillancourt (Martin) : Non,
non...
M. Champalbert (Arnaud) : Bien,
écoutez, vous m'amenez sur différents sujets. C'est sûr qu'il y a... dans le
mémoire, on met beaucoup d'emphase sur le besoin d'avoir un rééquilibrage au
niveau des tarifs et de réduire graduellement l'interfinancement. Donc, pour
nous, c'est un... c'est un passage obligé parce que le signal prix est
important, notamment pour les tarifs qui sont... qui ne reflètent pas les coûts
réels. Et pour ceux qui paient un tarif supérieur, bien, il y a certainement
une marge à avoir des investissements davantage en efficacité énergétique et en
procédés plus respectueux, en termes énergétiques, que de payer une facture
gonflée pour compenser le rabais des autres. Donc, c'est sûr que c'est une
discussion pas facile, mais qui doit faire partie de tout le débat qu'il va y
avoir, parce que c'est
certain que les consommateurs résidentiels consomment aussi une bonne partie de
l'énergie. La valoriser davantage, c'est collectivement, peut-être,
mieux l'utiliser, créer davantage de richesse. Et je pense qu'il faut aussi donner des alternatives. Le tarif n'est pas la
seule solution. Nos amis de l'APCHQ parlaient aussi de toute la rénovation
écoénergétique, du défi pour certains d'avoir accès au financement pour assurer
ces rénovations. Personnellement, je viens d'y passer et puis je peux
vous dire que ce n'est pas forcément abordable. Et donc je pense que c'est de
mettre plusieurs leviers en place, qui ne
sont pas juste de dire : On augmente les tarifs pour changer les
comportements. On donne des
alternatives pour que cette augmentation de tarifs ne se traduise pas forcément
par une augmentation de la facture. C'est bien souvent l'inverse qui se
produit. Est-ce que tu voulais compléter?
Mme Dubé-Côté (Isabelle) : Oui, puis
il y a différentes composantes ici, puis, vraiment, la valeur réelle de
l'énergie qu'on peut attribuer à une énergie propre versus une énergie qui est
non propre, par exemple, dans d'autres provinces qui sont au-deçà de ce qu'on a
en ce moment, il y a une réflexion à avoir sur la compréhension de la valeur réelle, une compréhension aussi sur les mécanismes
qui vont inciter les individus, les entreprises, les PME, les industries
à être capables de mettre de l'avant des
solutions qui vont réduire leur facture finale. Donc, effectivement, même s'il
y a une hausse des tarifs, est-ce que la facture finale va augmenter?
Et tout ça va entraîner une chaîne de
développement au niveau de l'innovation. Donc, toutes les technologies propres qu'on a au Québec vont devenir de plus en
plus rentables rapidement. Le retour sur investissement va être de plus en plus rapide, ça va être de plus en plus
intéressant. Donc, il y a vraiment tout un écosystème à considérer qui peut
être un écosystème extrêmement porteur pour le Québec.
Le
Président (M. Montigny) : Merci. Il reste 38 secondes. Peut-être
M. le député de Rouyn-Noranda—Témiscamingue?
M. Bernard : Répondre à une question
rapide. Votre point 15, OK, l'autoproduction des clients résidentiels,
pourquoi ce n'est pas en place puis quels seraient les bénéfices d'avoir ça?
Le Président (M. Montigny) : En
20 secondes.
M. Vaillancourt (Martin) : Le...
Pourquoi ce n'est pas en place? Beaucoup de normes en lien avec les onduleurs
pour réinjecter l'électricité sur le réseau. C'était une barrière à l'entrée
parce que la certification de ces onduleurs-là faisait en sorte que...
c'étaient des onduleurs qui coûtaient cher à mettre en place. Donc, si c'est
la...
Le Président (M. Montigny) : Merci.
M. Bernard : Merci.
Le Président (M. Montigny) : Merci
beaucoup. Désolé. C'est maintenant le moment de céder la parole à Mme la
députée de Saint-Laurent.
Mme Rizqy : ...beaucoup.
M. Vaillancourt, désirez-vous terminer votre... votre point, s'il vous
plaît?
M. Vaillancourt (Martin) : En fait,
lorsque... Dans les tout premiers moments de ce programme-là, là, qui
permettait aux clients d'Hydro-Québec les... Hydro-Québec avait prescrit un
type d'onduleurs qui était relativement dispendieux.
Sur le marché, il existe d'autres onduleurs qui respectent les mêmes normes qui
auraient pu être, à la limite, là, reconnus comme étant acceptables, et ça
aurait peut-être permis à davantage de clients résidentiels de se lancer dans
l'autoproduction à petite échelle.
Autre élément, c'est la facture nulle, c'est-à-dire
le programme qui était en place, là, à ce moment-là faisait en sorte qu'on ne pouvait pas vendre de
l'électricité à Hydro-Québec plus que ce qu'on en consommait soi-même. Donc,
avoir un bilan nul. La... Il y aurait assurément un intérêt plus grand si
quelqu'un qui se dotait de panneaux solaires pouvait
vendre le surplus énergétique à Hydro à un coût convenu. C'est prévu dans le
prochain plan d'action d'Hydro-Québec, là, d'ouvrir cette possibilité-là. Et c'est une
bonne chose. On va voir, à mon avis, davantage de gens se prévaloir de
ça et... de devenir de petits producteurs.
• (19 heures) •
Mme Rizqy : Merci beaucoup. J'ai le
goût de vous dire bienvenue à nouveau, et, évidemment, bonsoir à M. Champalbert, Mme Dubé-Côté. Merci de
participer à nos travaux. J'ai pris connaissance évidemment de l'article de
Mme Hélène Baril, de La Presse, où est-ce que... Le Fonds des
générations pour financer la transition énergétique, point d'exclamation.
Si on fait un petit pas en arrière, parce que je pense que l'histoire est un
petit peu intéressante, du Fonds des générations, à moins que ma mémoire me
fait défaut, mais il y avait Force Jeunesse, à l'époque, qui avait lancé l'idée, avec, d'ailleurs aussi, la
commission jeunesse du Parti libéral du Québec, mais, à l'époque, est-ce que le
chef de cabinet, M. Koskinen, n'était pas d'ailleurs avec Force Jeunesse
pour dire que c'était une bonne idée d'avoir le Fonds de générations
pour assurer l'équité intergénérationnelle?
M. Champalbert (Arnaud) : C'est une
très bonne question. Je ne me rappelle pas. Je sais qu'il était chez Force Jeunesse. Je ne me rappelle pas forcément
les prises de position, mais je vous fais confiance. Nous, ce qu'on dit, par
contre, bien, c'est que cette disposition-là n'a pas lieu d'être parce que le
fonds répond à un objectif qui est tout autre, tout simplement. Si je me fie aux annonces
des agences de crédit, ça a été en partie ce pour quoi ils n'ont pas baissé la
cote du crédit, parce que le fonds était prévisible malgré les changements de
gouvernement.
Donc, pour nous, dans
le contexte actuel, c'est encore plus important de ne pas venir ouvrir cette
brèche-là. S'il y a une discussion à faire sur la vocation du Fonds des
générations, je pense qu'elle doit se faire beaucoup plus largement et pas forcément à la pièce à travers
des articles de projet de loi qui n'ont pas un lien forcément direct avec les
dividendes versés.
Mme Rizqy : Mais déjà, le Fonds des générations a été amputé
pour des baisses d'impôt, n'est-ce pas? Est-ce que ça peut faire des
dommages par rapport aux intérêts composés? Puis tout le rendement du Fonds des
générations, lorsqu'on commence à l'amputer,
n'est pas nécessairement pour des projets... pour rembourser de la dette, là,
c'est pour faire une baisse d'impôt, là?
M. Champalbert
(Arnaud) : Bien, c'est pour ça que je pense qu'on essaie de faire des
choses pas forcément en lien avec la mission du fonds. Et, si ça vient
affaiblir ce pour quoi on a le fonds, je pense que c'est un peu la limite à ne
pas dépasser. Le jour où les agences de crédit nous disent que le fonds ne
remplit plus sa mission parce qu'on aurait alloué des sommes à d'autres
vocations, bien, il aurait fallu se poser la question avant, de savoir si on
voulait encore continuer à mettre l'argent
dans le fonds des générations. Donc, pour moi, c'est... ça peut être tentant
personnellement de le faire. Je le
comprends aussi. Par contre, dans la disposition qu'on discute, avec l'article
d'Hélène Baril, il y avait déjà des éléments qui permettaient de réduire
le 650 millions qui était annoncé si la santé financière d'Hydro-Québec était malmenée. Donc, je pense que si c'était une
volonté de réduire la pression financière, il y avait déjà dans l'article,
tel qu'annoncé, des éléments qui
permettaient de réduire cet impact advenant que la santé financière
d'Hydro-Québec n'était pas celle qu'elle était ou celle qu'elle est
aujourd'hui. Donc, on voyait mal le besoin, à ce stade-ci, d'enlever ce
650 millions qui venait avec les dividendes.
Mme Rizqy : Juste
pour bien situer le propos, parce que les gens qui nous écoutent ne sont pas
aussi ferrés que vous, alors pour bien asseoir ce que vous dites, il y a, dans
le projet de loi à l'étude actuelle, une disposition, l'article 3, qui
renvoie à l'article 15.1.1, qui viendrait retirer l'obligation à
Hydro-Québec de faire sa contribution, et je tiens à le dire, minimale de 650
millions de dollars, si les ratios financiers ne sont pas au rendez-vous.
Mais nous, on a reçu Hydro-Québec, et ils doivent faire des milliards de
dollars d'investissements. Est-ce qu'on peut, de façon raisonnable, présager qu'il est possible que les ratios financiers
d'Hydro-Québec ne puissent pas leur permettre justement de faire la
contribution minimale de 650 millions une fois que le projet de loi est
adopté tel que rédigé aujourd'hui?
M. Champalbert
(Arnaud) : C'est une bonne question, mais... et je ne suis pas
fiscaliste fiscaliste, mais...
Mme Rizqy : Non,
ça, c'est moi.
M. Champalbert
(Arnaud) : Voilà, et j'en suis bien conscient. Donc, vous me corrigez
si je me trompe, mais il me semble que, dans
l'article... il y avait justement une capacité de réduire le 650 millions,
advenant que la santé financière n'était plus la même. Mais je suis prêt
à prendre un cours de fiscalité si j'ai mal lu.
Mme Rizqy :
Ah! vous me voyez ravie. J'ai
l'impression que vous voulez ajouter quelque chose, M. Vaillancourt,
mais je doute que ce serait de vous inscrire à mes cours de fiscalité. Mais
allez-y.
M. Vaillancourt (Martin) : En fait, je ne pense pas que... On peut, je
crois, avoir un débat collectif sur l'avenir ou l'utilisation du Fonds
des générations, là, puis ça serait tout à fait sain puis... mais, à mon avis,
ce n'est pas à travers un projet de loi sur l'énergie qu'on doit aborder la
question à la pièce. Parce que je présume que les autres contributeurs au Fonds
des générations vont regarder comment eux-mêmes peuvent être éventuellement
soustraits si l'occasion s'en présentait.
Donc, de ramener le débat dans le cadre, par exemple, de consultations
prébudgétaires ou de... d'une consultation sur la fiscalité, ce serait
plus à propos.
Mme Rizqy : Donc là, ici... vous, dans le mémoire, vous
dites... vous portez à notre attention, les parlementaires... Là,
l'attention, moi, elle m'a été portée, ma collègue aussi. On a compris. Mais
est-ce que vous demandez de surseoir sur cet article le temps d'avoir une vraie
discussion plus globale sur le Fonds des générations? Parce que, là, nous, on
va aller de l'avant en étude détaillée. Alors, est-ce que vous, votre
recommandation, à ce stade-ci, est-ce que c'est de suspendre et d'avoir une
vraie... une discussion collective sur le Fonds des générations? Parce que,
sinon, il risque d'être adopté. Et la contribution de 650 millions de
dollars, d'un point de vue objectif, sans faire dans... moi, je ne suis pas JoJo Savard, là, mais, si on m'annonce
des milliards de dollars à vitesse grand V qui doivent être investis, il est
possible qu'Hydro-Québec n'a pas la marge de manoeuvre pour rencontrer les 650
millions de dollars.
M. Vaillancourt (Martin) : Selon
notre interprétation, il y a déjà, dans la Loi actuelle sur Hydro-Québec, des dispositifs
qui permettraient de moduler, là, son versement. Là, on fait, à mon avis,
peut-être, un pas de plus, là, pour diminuer cette possibilité-là. Donc,
probablement que le statu quo, tel que la loi est présentement écrite, est
suffisant, s'il y avait...
Mme
Rizqy : Parfait. Donc, on pourrait le retirer, et, avec le statu quo,
donc Hydro-Québec aurait déjà les coudées franches pour moduler, je vais le
dire ainsi, le financement, sans enlever au moins sa contribution, qui est
quand même, il faut le rappeler, 60 % des apports au Fonds des générations
. C'est quand même considérable.
Maintenant, parce
qu'on parle évidemment du projet de loi, vous avez sûrement vu d'autres
articles au niveau du projet de loi qui ouvraient la porte à une certaine
privatisation d'Hydro-Québec. Est-ce que ça, pour les générations futures,
c'est intéressant ou pas du tout intéressant? J'espère que ma question ne vous
indispose pas trop.
M. Champalbert
(Arnaud) : Non, non. En fait, je regardais un peu les articles
auxquels vous pouviez référer. C'est sûr
que, bien, pour l'Alliance Switch, le privé fait partie de l'équation. On ne
parle pas de privatiser l'énergie, loin de là, mais que le privé apporte
son lot de solutions. Hydro-Québec ne va pas pouvoir construire ses éoliennes
toute seule et elle va devoir s'appuyer sur le privé, sur tous les innovateurs
et toutes les entreprises dont parlait ma collègue. Donc, pour nous, c'est
d'avoir cette capacité de mobiliser le privé dans la bonne direction.
C'est
marrant parce que j'écoutais les débats de l'APCHQ et je sors tout juste de la
commission sur Mobilité Infra, et c'est
les mêmes mots, «concurrence», «transparence». Et donc, pour nous, c'est de
s'assurer que les propositions qu'on fait
vont permettre d'avoir assez de mobilisation du privé pour que, bien, les coûts
et les investissements d'Hydro-Québec soient les plus justes, les plus
efficaces, soient les meilleurs projets, et donc on est loin de parler de
privatisation. À moins que vous ayez un
article en particulier sur lequel vous faisiez référence, je pourrai y répondre
peut-être plus en détail.
Mme Rizqy : ...c'était
l'article 38, qui ouvrait pour des projets privés.
M. Champalbert
(Arnaud) : Adjacents. C'était cela.
Mme Rizqy : Oui.
Mais on a eu des groupes qui disaient adjacents, mais qui voulaient même
l'ouvrir plus qu'adjacent. Donc, évidemment,
les profits n'iraient pas nécessairement dans son entièreté à Hydro-Québec.
Parce que, si vous êtes dans le
secteur privé, généralement, c'est qu'on veut faire des profits. Et, si, à ce
moment-là, Hydro-Québec doit partager
la tarte, généralement, bien, ça fait en sorte que, si vous voulez avoir une
contribution d'un minimum de 650 millions
dans le Fonds des générations, bien, on peut mettre en péril le tout. Mais
allez-y, M. Vaillancourt. Oui, oui, allez-y. Un de vous deux.
M. Vaillancourt
(Martin) : Oui. Je vais laisser...
M. Champalbert
(Arnaud) : Juste avant, parce qu'on parle bien de projets en réseau,
c'est des projets pour fournir de l'électricité à des entreprises sans passer
par le réseau de distribution d'Hydro-Québec. Donc, c'est des...
Mme Rizqy : Non.
Le projet de loi parle de consommateur. Donc, quand qu'on écrit
«consommateur»...
Le Président (M.
Montigny) : 30 secondes.
Mme Rizqy : ...et
on n'est pas venu identifier quel type de consommateur.
M. Vaillancourt
(Martin) : Je pense que la planification, là, puis le PGIRE vont nous
permettre d'anticiper les besoins et, en fait, la demande. Et ça va être au
distributeur après de voir en quoi il est en mesure, lui, de répondre à cette
demande-là.
Le Président (M.
Montigny) : Merci, merci.
M. Vaillancourt (Martin) : Puis
je pense que l'apport du privé en termes de production à des consommateurs, là,
ça va demeurer des projets marginaux.
Le Président (M. Montigny) : Merci.
C'est maintenant le temps de céder la parole au député de Maurice-Richard
pour 3 min 28 s.
M. Bouazzi : Merci,
M. le Président. Merci beaucoup d'être là. Donc, effectivement, le projet ouvre
la possibilité d'une vente du privé au privé dans des espaces adjacents. Je
mets ça entre guillemets parce qu'on a vu que pour TES Canada Saint-Tite ou
Sainte-Thècle, c'est adjacent à Shawinigan, ce qui laisse un adjacent très
large. Mais vous, vous parlez de pouvoir
vendre, en fait, du privé au privé, mais à travers le réseau d'Hydro-Québec.
Dans... Est-ce que... Et vous avez
dit vous-même que c'était pour aider à la saine concurrence, pour
qu'Hydro-Québec continue à être la
meilleure version d'elle-même. C'est ce que vous venez de dire à l'instant. Je
ne suis pas sûr de comprendre exactement de quoi on parle, en fait. Est-ce que vous voulez dire qu'il ne faudrait
pas faire payer le coût du transport à ces compagnies? J'aimerais bien
comprendre.
• (19 h 10) •
M. Vaillancourt (Martin) : En
fait, le coût du transport, c'est toujours un coût juste pour le transport,
donc la...
M.
Bouazzi : Mais qu'est-ce que vous appelez juste? Parce que,
concrètement, Hydro-Québec, ils ont l'obligation de ramener des câbles
dans des endroits où ça coûte une fortune à Hydro-Québec, et évidemment la
personne qui est dans cet endroit-là ne paie pas pour
tous les câbles. Ça fait qu'on paie tous ensemble pour qu'à peu près partout
dans les régions ou, en tout cas, on essaie,
que les gens aient accès à l'électricité. S'il y a une compagnie A qui veut
vendre l'électricité à une compagnie B et qu'elle passe par les câbles
d'Hydro, est-ce que vous voulez qu'elle ne paie pas pour tout le reste du
réseau qui nous a tous coûté... Juste pour comprendre parce que...
Laissez-moi, en fait, dire ça à l'inverse.
Actuellement, les exemples où on a fait plus de place au privé, on peut parler
d'EDF par exemple, en France, où ça a été une catastrophe, c'est-à-dire que
plus on a laissé de la place au privé, plus
ça a coûté cher et plus on a coûté le... payé le coût marginal du prix, d'un
côté, et, d'un autre côté, bien, il y a le marché. Mais, si on laisse faire
le marché, bien, il y a une volatilité absolument terrible. Et la seule manière
avec laquelle ça fonctionne, en fait, c'est
qu'Hydro-Québec prend une énorme partie du risque ou ailleurs dans le monde le
public prend une énorme partie du risque, et les compagnies sont
subventionnées, de l'autre côté, pour pouvoir faire ces infrastructures qui
coûtent très, très cher dans un marché terriblement volatil.
Ça fait que j'ai du mal à comprendre comment
vous introduisez cette idée d'introduire quelque chose de large, là, dans
l'utilisation du transport d'Hydro-Québec, en nous expliquant que c'est pour le
bien de la concurrence.
M. Champalbert (Arnaud) : Bien,
écoutez, c'est peut-être plus de technicalités que ce qu'on a amené là, mais de
ce qu'on met de l'avant, le réseau de transport serait tarifé et il y aurait un
prix qui serait payé pour que l'électricité soit acheminée de point A à point
B. Donc, c'est sûr qu'à ce niveau-là il y aurait quand même une redevance à un
prix donné à Hydro-Québec pour l'utilisation de ce réseau-là. Est-ce que, dans
la fixation de ce prix, on est capables de
prendre toutes les externalités que vous nommez et le coût réel qu'a nécessité
le déploiement de ce réseau de transport? Certainement. Mais ça
permet...
M. Bouazzi : Est-ce que vous avez
des exemples dans le monde où ceci a baissé le prix pour les particuliers?
M. Champalbert (Arnaud) : C'est une
bonne question.
M. Bouazzi : Ça fait que vous le
proposez sans avoir aucune idée de ce que ça...
M.
Champalbert (Arnaud) : Si. C'est... je vous dirais, c'est là où moi, je
suis le livreur du... je livre le message.
Le Président (M. Montigny) : En cinq
secondes.
M. Champalbert (Arnaud) : ...et je
pourrais vous amener des compléments des gens qui sont plus...
Le Président (M. Montigny) : Merci.
M. Bouazzi : C'est gros comme
message. On s'attend à quelque chose de plus documenté, s'il vous plaît.
Le Président (M. Montigny) : Merci
beaucoup. Le temps est maintenant écoulé. C'est le temps de céder la parole au
député de Jean-Talon pour 2 min 38 s.
M. Paradis : Je vais juste compléter
ce que mon collègue disait, mais actuellement, dans votre mémoire, vous ne
citez pas d'exemple ailleurs dans le monde où l'introduction de plus de privé a
diminué les coûts?
Une voix : Non.
M. Paradis : Très bien. Vous parlez,
au tout début de votre mémoire, et vous l'avez fait au début de votre témoignage, du fait qu'il n'y a pas d'analyse
d'impact réglementaire complète du projet de loi n° 69. Donc, si je
comprends bien, vous joignez votre voix aux très nombreuses personnes
qui sont venues ici — et
organisations — dire
que les devoirs de la ministre ne sont pas
complets au moment où on arrive pour commencer l'étude de ce projet de loi là.
C'est bien ça? Parce que vous lui demandez de retourner faire cette étude
réglementaire, c'est bien ce que vous lui demandez? Avant...
M.
Vaillancourt (Martin) : Bien, habituellement, avec un... un projet de loi
suit une étude d'impact réglementaire puis on est... c'est apprécié de
pouvoir en prendre connaissance en parallèle du projet de loi.
M.
Paradis : «La ministre devrait déposer, avant l'adoption du
projet de loi, une analyse d'impact réglementaire complète.» C'est ce
que vous dites dans votre mémoire. C'est bien ça?
M.
Vaillancourt (Martin) : Bien, présentement, on constate que la portion qui
concerne Hydro-Québec est absente de l'analyse d'impact. Ça devrait être
là.
M.
Paradis : Très bien. Vous
nous proposez aussi... vous parlez de l'interfinancement, comme plusieurs
autres, et vous nous dites que la régie devrait tendre à minimiser
l'interfinancement. C'est-à-dire que les clientèles, la clientèle
domestique devrait payer plus, c'est ce que vous dites, parce que c'est une
distorsion. Ça veut dire quoi, minimiser? Est-ce que ça veut dire que la clientèle
domestique devrait payer 100 % du coût de production, 95 %,
90 %? Qu'est-ce que ça veut dire, minimiser?
M. Vaillancourt (Martin) : Oui.
D'une clause tarifaire à l'autre, qu'on observe à la régie, il y a un écart
grandissant souvent dans la... on accroît cette distorsion-là. Il devrait y
avoir un effort de la régie pour renverser cette tendance-là de façon à ce qu'à terme le signal de prix soit plus près de
la réalité, à la fois pour la clientèle domestique et à la fois pour la
clientèle commerciale et industrielle, et...
Le Président (M. Montigny) : 30 secondes.
M.
Vaillancourt (Martin) : ...en s'assurant que les clientèles vulnérables
soient supportées pour qu'il n'y ait pas de choc tarifaire.
M. Paradis : Qu'est-ce que ça veut
dire, ça, parce que vous parlez de distorsion, mais qu'est-ce que ça veut dire
par rapport au pacte fondamental depuis la nationalisation de l'électricité,
qu'on a construit Hydro-Québec, et donc que
ça veut dire que les gens, monsieur et madame Tout-le-Monde paient des tarifs
moins élevés? Qu'est-ce que ça veut dire par rapport à ce pacte-là?
M. Vaillancourt (Martin) : Le bloc
patrimonial permet d'assurer une tarification juste envers...
Le Président (M. Montigny) : En
conclusion.
M. Vaillancourt (Martin) : ...les
consommateurs québécois...
Le Président (M. Montigny) : Merci.
M. Vaillancourt (Martin) : ...mais a
induit un effet pervers pour...
Le Président (M. Montigny) : Alors,
merci. Il ne reste plus de temps. Alors, merci beaucoup pour votre contribution
aux travaux de la commission.
La commission ajourne ses travaux jusqu'à demain,
mercredi 18 septembre 2024, après les avis touchant les travaux des
commissions.
(Fin de la séance à 19 h 16)