(Onze
heures vingt-trois minutes)
Le Président (M. Montigny) :
À l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance
de la Commission de l'agriculture, des
pêcheries, de l'énergie et des ressources naturelles ouverte. Je vous souhaite
bienvenue, et je demande à toutes les personnes dans la salle de bien
vouloir éteindre leurs sonneries d'appareils électroniques.
La
commission est réunie afin de poursuivre les consultations particulières et
auditions publiques sur le projet de loi n° 69, Loi assurant la
gouvernance responsable des ressources énergétiques et modifiant diverses
dispositions législatives.
Mme la secrétaire,
est-ce qu'il y a des remplacements?
La
Secrétaire : Oui, M. le Président. M. Sainte-Croix (Gaspé) est
remplacé par M. Lemay (Masson); M. Fortin
(Pontiac), par Mme Dufour (Mille-Îles); et Mme Zaga
Mendez (Verdun), par M. Bouazzi (Maurice-Richard).
Auditions (suite)
Le Président (M. Montigny) : Merci. Alors, ce matin, nous entendrons les
organismes suivants : le Regroupement des organismes environnementaux en énergie et l'Association coopérative
d'économie familiale du Nord de Montréal.
Alors, je souhaite
donc maintenant la bienvenue au Regroupement des organismes environnementaux en
énergie. Je vous rappelle que vous disposez,
donc, de 10 minutes pour votre exposé, puis par la suite nous procéderons
à une période d'échange avec les membres, ici, de la commission. Donc, vous...
je vous invite à vous présenter et à débuter votre exposé. Merci.
Regroupement des organismes environnementaux en énergie
(ROEE)
M. Finet (Jean-Pierre) : Bien, merci beaucoup, merci de nous accueillir.
Bonjour à tous les députés, Mme la ministre. Je me présente, je
m'appelle Jean-Pierre Finet, je suis analyste en régulation économique de
l'énergie pour le Regroupement des organismes environnementaux en énergie. Je
suis accompagné de Me Gabrielle Champigny, du cabinet de Franklin Gertler,
qui est le cabinet qui accompagne la ROEE depuis 27 ans maintenant.
La ROEE, c'est un
regroupement de 11 organismes environnementaux. Donc, vous avez la liste dans
notre mémoire, là, mais ça inclut, entre autres, Nature Québec, Fondation
Rivières, Fondation David-Suzuki, l'Association québécoise des médecins pour l'environnement, etc. On a plusieurs
principes directeurs, mais ce que vous devez retenir, finalement, c'est
qu'on favorise l'économie d'énergie avant toute production, même d'énergie
renouvelable. On a participé dans
différentes commissions parlementaires au cours des dernières années, dont
celle sur le projet de loi n° 34, le projet de loi n° 2
aussi, le projet de loi n° 41, récemment, avec le ministre de
l'Environnement, et maintenant celui-ci, le projet de loi n° 69.
Donc, je vais passer
simplement à travers les messages clés. On a déposé un mémoire, tard hier soir,
qui... je suis désolé, mais ça a pris plus
de temps que prévu. On voulait vous faire quelque chose de... le plus complet
possible, mais donc, c'est ça, je vais passer à travers les messages
clés, puis ma collègue pourra compléter sur différents points particuliers, là,
qui sont plus l'aspect juridique.
Donc, nous, les
messages clés, de un, selon nous, le PL n° 69
surestime les besoins en énergie plutôt que de favoriser la diminution de la
consommation énergétique. Les besoins sont gonflés par la demande industrielle,
qui représenterait 25 % de la
croissance de la demande d'ici 2035. Donc, selon nous, puis je pense que vous
l'avez entendu quelques fois, à date, aussi d'autres intervenants, plus on va
produire de l'électricité, plus les tarifs augmenteront, c'est
mathématique. Donc, on a tout intérêt à limiter nos besoins et favoriser, avant
tout, la réduction de la consommation énergétique du Québec, notamment par
l'efficacité énergétique et la sobriété énergétique. La nouvelle production d'électricité et les nouvelles infrastructures de
transport généreront des enjeux d'acceptabilité sociale, de respect des droits
des peuples autochtones sur le territoire et les ressources ainsi que de
préservation de la biodiversité. La décarbonation représente un
important défi qui devrait être la priorité prioritaire du gouvernement du
Québec.
Et
enfin le PL n° 69 ne doit pas sous-estimer le potentiel
d'efficacité énergétique. Puis juste un mot là-dessus, selon nous, en ce moment, Hydro-Québec
sous-estime... pourrait sous-estimer considérablement le potentiel d'économie
d'énergie au Québec, qui est basé sur des vieux coûts évités de 2013. Ces
coûts-là ont doublé depuis ce temps-là, donc il y aurait lieu de croire que le
potentiel aurait suivi, là, si on regarde les tableaux d'analyse de sensibilité,
et le problème, c'est qu'Hydro-Québec fait
le potentiel... l'étude du potentiel à tous les 10 ans, et donc la dernière
fois, c'était en 2021, et nous, on pense qu'il faudrait le remettre à
jour, dans la perspective où on étudie le projet de loi n° 69.
Le PL n° 69
fragilise le rôle et les pouvoirs de la Régie de l'énergie, selon nous. Donc,
le plan de gestion intégrée des ressources,
qu'on appelait il y a 27 ans, lors de la création de la Régie de
l'énergie, la planification intégrée des
ressources, là, ce n'est pas nouveau, le PGIRE, a été à l'origine de la
création de la Régie de l'énergie. Ça n'a pas duré, cependant, mais donc
ce n'est pas nouveau, là.
Ça constitue une avancée, le PGIRE, mais la
concentration des pouvoirs dans les mains du ministre et des distributeurs
n'est pas souhaitable. Un PGIRE ferait... qui ferait une trop grande place au
développement industriel nuirait aux efforts de décarbonation. Le PL n° 69 devrait établir des balises pour que le PGIRE
s'appuie sur une véritable planification intégrée des ressources, un concept
central reconnu au... un concept central au rôle reconnu à la régie lors de sa
création en 1996.
L'assouplissement des règles concernant les
appels d'offres pour de nouveaux approvisionnements ne doit pas ouvrir aussi la
participation du secteur privé ultérieurement. Le ROEE s'oppose à la
modification de l'article 60, qui favorise la privatisation des ressources
naturelles via l'autoproduction et les contrats de gré à gré entre un
fournisseur et un client, qui constitue une brèche au monopole de distribution
d'Hydro-Québec. Le caractère public de cette société d'État doit demeurer.
En plus, bon, c'est ça, le ROEE craint que le PL
n° 69 cristallise la place accordée au gaz naturel
dans le paysage énergétique québécois. Donc, le gaz de sources renouvelables,
souvent produit à partir de gaz fossile, demeure
une forte source d'émission de GES, et son utilisation devrait être restreinte
aux procédés industriels difficilement électrifiables. Plusieurs
modifications à la Loi sur la Régie de l'énergie prévues par le PL n° 69, incluant la notion de transition énergétique
ordonnée et au moindre coût, introduite dans l'article 5, sur la mission et les
fonctions de la régie, favorisent indûment le gaz naturel et la biénergie plutôt
que des solutions électriques, telles que le déplacement des charges grâce au
stockage thermique.
Là-dessus, on parle un peu, dans notre mémoire,
du stockage thermique, puis, dans une réplique, récemment, dans un article de La
Presse, je mentionnais que le premier ministre, d'ailleurs, ses
appartements de fonction à l'édifice Price
sont chauffés par un accumulateur de chaleur qui a sorti le gaz au début des
années 2000. Donc, ce n'est pas impossible de sortir le gaz des bâtiments, même
dans les gros bâtiments. Je ne sais pas s'il pourrait vous organiser une
visite, là, mais ce serait bien.
Donc, offert sur une base d'achat volontaire, le
gaz de sources renouvelables devrait être réservé aux usages difficilement
électrifiables. Autrement, il devrait être socialisé à l'ensemble de la
clientèle, en respect du principe du pollueur-payeur. La responsabilité et le
risque associés à la valorisation de l'intensité carbone du GSR, donc des
attributs environnementaux, dans un marché concurrentiel est une activité non
réglementée et devrait appartenir au producteur et non à Énergir. En tant que
distributeur de gaz naturel, Énergir, sa job, c'est de distribuer du gaz, pas
de faire du courtage d'unités de conformité.
Le plafonnement à 3 % des tarifs
domestiques est une fausse solution à un problème créé par l'appétit
énergétique du gouvernement. Le gouvernement ne devrait pas intervenir dans la
fixation des tarifs d'électricité. C'est la compétence de la régie, qui a
prouvé à maintes reprises par le passé qu'elle pouvait gérer les chocs
tarifaires appréhendés, notamment quand il y a eu des hivers très froids qui
ont provoqué des hausses de tarifs ou quand le gouvernement a forcé Hydro-Québec à acheter de l'énergie
postpatrimoniale à fort prix alors qu'on n'en avait pas de besoin.
Les dossiers
tarifaires doivent être étudiés à la régie sur une base annuelle, considérant
la nécessité de décarboner le secteur énergétique. On ne peut pas faire ça, là,
surtout considérant les «gaps» de planification d'Hydro-Québec.
L'interfinancement tarifaire — il en
a été beaucoup question aussi, même si ce n'est pas spécifiquement indiqué dans le projet de loi — en
faveur des tarifs domestiques doit être maintenu. Autrement, le gouvernement
devrait agir de façon très graduelle, tel que recommandé par la Régie de
l'énergie dans son avis au ministre de l'Énergie de l'époque, en 2015. Le PL n° 69 concentre indûment
les pouvoirs entre les mains du ministre ou de la ministre de l'Économie, de
l'Innovation et de l'Énergie.
Donc, c'est
l'essentiel de nos messages qu'on voulait vous passer aujourd'hui. S'il
reste... il nous reste quelques minutes, M. le Président, je laisserais
peut-être ma collègue compléter.
• (11 h 30) •
Le Président (M. Montigny) :
1 min 50 s.
M. Finet (Jean-Pierre) :
Parfait.
Mme Champigny (Gabrielle) :
Parfait. Merci beaucoup. Bonjour à tous.
Donc, je voudrais juste peut-être revenir sur le
concept de planification intégrée des ressources dont M. Finet vous a
parlé. C'est un concept, comme il vous l'a dit, qui est à la base de la
création de la régie, et c'est un concept important, puis il faut lui donner
toute sa substance, sa signification. Puis on vous a mis dans le mémoire une
section expliquant un peu plus ce concept-là
puis ce à quoi on s'attend d'une véritable planification intégrée des
ressources dans le cadre du projet de loi qui est présenté, du projet de
loi n° 69.
Puis le... c'est un concept, dans le fond, qui
est assez simple à résumer, là, c'est d'examiner toutes les solutions
possibles, en priorisant les économies d'énergie, puis de, dans le fond, ne pas
avoir d'a priori, là, de ne pas, donc,
penser qu'acheter toujours plus de gaz naturel et d'électricité, ce sont les
seules solutions possibles. Donc, il faut examiner toutes les solutions
puis faire un choix éclairé à partir de ça. Donc, c'était, comme je vous dis, à
la base des pouvoirs de la régie en 1996.
Puis juste un
petit point aussi peut-être sur les... certaines dispositions qui sont très
larges dans le projet de loi actuel, je pense entre autres à
l'article... à la modification proposée à l'article 60 de la Loi sur la
Régie...
Le Président
(M. Montigny) : ...10 secondes.
Mme Champigny
(Gabrielle) : ...puis aux définitions, par exemple, de gaz de
sources renouvelables ou gaz naturel renouvelable. On propose des...
Le Président (M. Montigny) : Merci.
Merci beaucoup...
Mme Champigny (Gabrielle) : ...d'augmenter
les balises...
Le
Président (M. Montigny) : Je suis désolé, votre temps étant écoulé, c'est
maintenant le moment de laisser la parole à Mme la ministre. Vous
disposez donc de 15 min 15 s.
Mme Fréchette : Oui,
merci, M. le Président. Écoutez, j'aimerais offrir de mon temps à Me Champigny
pour terminer son mot, elle a été un peu bousculée, là. Donc, voilà, je
vous laisse poursuivre.
Mme Champigny (Gabrielle) : Merci
beaucoup. Donc, ce que je disais, c'est que sur ces concepts-là qu'on introduit, par exemple, à l'article 60, là,
sur les sources d'énergies renouvelables, c'est un concept qui devrait être
précisé. Puis plus on met de balises,
en fait, c'est... ça aide véritablement les tribunaux, par la suite, à faire
une bonne interprétation de cette
loi-là. Puis, dans le cadre de l'urgence climatique, bien, je pense que c'est
nécessaire de mettre certaines balises puis orienter, vraiment, la
formulation de l'article vers son objectif, qui devrait être, comme on vous l'a
présenté, la décarbonation.
Mme Fréchette : Merci.
Alors, merci à nouveau, M. le Président. Merci à vous deux, M. Fiset,
Me Champigny, pour votre présence et pour nous partager votre vision et de
venir en audiences, très apprécié. Donc, moi, j'aimerais vous entendre
sur le projet de loi n° 69, sur sa dimension de flexibilité. On sait que
le contexte énergétique a évolué à grande vitesse, hein, ces dernières années,
ça a changé rapidement. Est-ce qu'à votre avis le projet de loi n° 69
comporte des éléments de flexibilité suffisants pour faire en sorte que,
justement, on va pouvoir ajuster nos décisions, nos orientations en fonction de
l'évolution du contexte, là, ce qui, en soi, est un défi, là? Est-ce que vous
trouvez que ça comporte ces éléments-là de manière adéquate?
M. Finet (Jean-Pierre) : Bien,
parlant de flexibilité, si vous faites référence à la modification à
l'article 74.1 puis la procédure d'appel d'offres, là, oui, on comprend
que la procédure d'appel d'offres pour des projets éoliens d'envergure, comme
celui qui a été annoncé récemment, qui découle de la stratégie éolienne
d'Hydro-Québec... oui, on pense que c'est nécessaire, là, et ça, ça peut offrir
la flexibilité.
Sauf qu'il y a un paquet d'autres choses dans le
projet de loi qui est... qui fait problème, là, tu sais. Mais ça, on est
d'accord, là, on n'est pas déraisonnables, là. Là où on n'est pas d'accord,
c'est entre autres la façon dont on a modifié
l'article 60 pour dénaturer son objectif original, là, qui était de
valoriser la biomasse, là, en autoproduction, là. Là, on parle d'adjacence, mais, comme on a vu avec
le projet de TES, là, l'adjacence est pas mal élastique, là, ça couvre des
centaines de territoires. Tout ça, là, c'est... Quant à nous, le projet de
loi... le projet de TES est... il ne correspond absolument pas à l'esprit de
l'article 60 qui a été adopté à l'époque. Donc, c'est ça.
Puis la conclusion d'un contrat de gré à gré,
bien, vous avez entendu M. Sabia, la semaine passée, qui a répété sensiblement la même expression que j'avais
utilisée en novembre dernier à l'annonce du projet de TES, que ça va être le far west énergétique, là. Ce n'est pas
souhaitable de mettre de la concurrence à Hydro-Québec, là, il faut préserver
le monopole d'Hydro-Québec. Puis on n'a pas le temps, là, tu sais, avec tous
les investissements qu'Hydro-Québec peut
faire, et donc on ne peut pas se permettre d'avoir de la concurrence à
l'interne comme ça, il faut conserver le monopole d'Hydro-Québec.
Mme Fréchette : D'accord.
Merci, M. Finet. Désolée, j'ai dit... la langue m'a fourché tout à
l'heure.
M. Finet (Jean-Pierre) : ...ce
n'est pas grave.
Mme Fréchette : J'avais bien
noté, mais j'ai mal lu.
Alors, bon, vous misez beaucoup sur l'efficacité
énergétique, la sobriété énergétique dans votre approche. Est-ce que vous pourriez nous parler plus en
détail des moyens que vous proposez pour, justement, réduire la consommation
énergétique soit des individus ou des entreprises aussi? Parce qu'on pense
souvent, j'ai l'impression, aux individus quand on vient de... quand on vient
parler de sobriété énergétique, mais les entreprises aussi, les joueurs
industriels, commerciaux doivent être
interpelés par ça. Donc, voilà, j'aimerais vous entendre sur les mesures que
vous mettriez de l'avant.
M. Finet (Jean-Pierre) : Il y
en a plusieurs. D'ailleurs, un des seuls points avec lesquels j'étais d'accord avec votre prédécesseur, c'était qu'il disait
qu'il y avait 50 % de trop de voitures sur les routes, et donc de
favoriser une conversion énergétique plutôt qu'une transition
énergétique, là, c'est un problème, là. Si on passe de l'auto solo à essence à
l'auto solo électrique, ce n'est pas une bonne chose, là, puis on n'y arrivera
pas, là. Même à Québec, là, il commence à y avoir beaucoup de trafic, là, de ce
que j'ai pu voir. Donc, c'est... donc, il faut réduire à la source.
Et
c'est la même chose aussi pour les entreprises, il y a beaucoup de potentiel
d'économie d'énergie dans les entreprises. D'ailleurs, Hydro-Québec, dans
son... sa nouvelle cause tarifaire à la Régie de l'énergie, prévoit même plus d'économie d'énergie qui va venir du secteur
industriel, entre autres, par l'adoption de plans de gestion... comment qu'on
appelle ça, donc, avec la norme ISO 50001, là, donc, pour faire des plans de
gestion des... de l'énergie à l'interne, des systèmes de gestion de l'énergie.
Mme Fréchette :
Et comment, dans tout ça aussi, susciter de l'acceptabilité sociale? Parce
qu'on vient... quand on vient parler, notamment, de sobriété énergétique, je
pense qu'il faut que la population y contribue.
• (11 h 40) •
M. Finet (Jean-Pierre) : Bien, justement, là-dessus... puis en passant,
Hydro... BC Hydro, hier, a annoncé un programme où ils vont rénover en
profondeur 11 000 bâtiments, et ça, là, c'est une...
Mme Fréchette :
...
M. Finet (Jean-Pierre) : BC Hydro, oui, en Colombie-Britannique. Mais là,
excusez, vous me disiez, là... j'ai... on parlait...
Mme Fréchette : Comment embarquer... comment générer de l'acceptabilité sociale par
rapport aux changements de comportement énergétique qu'on doit susciter?
M. Finet (Jean-Pierre) : Ah oui. L'approvisionnement qui a le moins de
problèmes d'acceptabilité sociale, là, c'est l'efficacité énergétique.
Non seulement il n'y a pas de problème d'acceptabilité sociale, mais ça
améliore le pouvoir d'achat des individus, donc ça leur permet plus facilement
d'acheter des voitures électriques, qui sont encore dispendieuses, là, ça
améliore la position concurrentielle des entreprises. Ça a juste des bénéfices,
l'efficacité énergétique, ça... Et donc, c'est pour ça qu'en harnachant cet
énorme potentiel là, ce gisement d'énergie là, je pense que tout le monde est
gagnant à plusieurs, plusieurs niveaux, là.
Puis on a mis aussi,
dans le... dans notre mémoire, une petite... un petit extrait d'un rapport sur
les trajectoires qui a été remis au ministre de l'Environnement il y a... en
2021, qui dit que, si on implantait l'entièreté du potentiel d'efficacité
énergétique, on augmenterait le PIB de 4 milliards de dollars par
année au Québec. Donc, je pense que c'est quelque chose qui est... auquel le
gouvernement est sensible, l'augmentation, là, du PIB. Et donc ça, ça a juste
des aspects bénéfiques, là, et ça créerait même... ça créerait et maintiendrait
25 000 emplois.
Donc, pour vous dire,
si Hydro-Québec monopolise toute la force, la main-d'oeuvre sur la construction
d'équipements et non pas... Je pense qu'autrement dit on pourrait mettre à
l'oeuvre le... toute la petite et moyenne entreprise à l'amélioration de
l'efficacité énergétique du Québec. En même temps, harnacher des ressources,
stimuler l'économie en même temps, ce n'est pas juste de tout mettre nos oeufs
dans les... dans le même panier des grosses entreprises qui, des fois,
représentent des investissements risqués.
Mme Champigny
(Gabrielle) : ...dans le fond, c'est que ça a non seulement un impact
sur la facture d'électricité, de juste économiser l'énergie, mais ça a aussi un
impact sur à quel point on va gruger nos ressources naturelles. Puis les impacts sur les territoires sont visibles, sont
ressentis par la population. Quand on parle de parcs éoliens qui sont... dans
des dimensions assez importantes, les citoyens réalisent, en fait, que ces
projets-là de consommation, qui résultent en de la consommation
d'énergie, très, très faramineuse, bien, il y a des impacts environnementaux.
M. Finet
(Jean-Pierre) : ...quand c'est pour le bien commun, l'acceptabilité
sociale est généralement plus présente. Si c'est pour des entreprises comme
TES, bien là, vous allez voir que l'acceptabilité sociale, ça représente tout
un... toute une barrière. Donc, je pense que même les gens alentour de la
Mauricie ne seraient pas contre avoir un parc éolien, mais, si c'est pour
profiter à une entreprise, qui par surcroit, en passant, pourrait envoyer la
totalité de sa production en Europe, là,
parce qu'il n'a pas besoin d'infrastructures, là, non, l'acceptabilité sociale
ne serait surtout pas là, là.
Mme Fréchette :
Vous semblez considérer que le secteur privé devrait être complètement
écarté, en fait, des nouveaux
approvisionnements qui seront nécessaires, là, dans le contexte de la
transition énergétique. Est-ce le cas ou...
M. Finet (Jean-Pierre) : ...nécessairement.
Dans la mesure où on maintient l'article 74.1 pour les appels d'offres dans
les milieux qui sont plus habités, tout ça, moi, je... c'est... le privé doit
continuer de jouer un rôle.
Mme Champigny (Gabrielle) : ...où
la distribution de l'énergie demeure dans le secteur public, donc demeure
contrôlée par la Régie de l'énergie.
Mme Fréchette :
OK, merci. Je vais céder la parole aux collègues, M. le Président.
Le Président (M. Montigny) : Merci
beaucoup. C'est maintenant le temps de céder la parole au député de Masson. Vous
disposez, donc, de six minutes.
M. Lemay : Merci,
M. le Président. Merci d'être ici avec nous, aujourd'hui, en commission. Vous
savez, dans une de vos premières recommandations, à la page 10 de votre
mémoire, vous parlez de l'article 126 du projet de loi n° 69, avec la cible ou l'objectif d'atteindre
255 térawattheures à l'horizon 2035, puis vous avez un grand
argumentaire pour dire que c'est trop
comme... bien, en fait, c'est mon impression quand je lis votre mémoire, que
vous dites qu'on devrait revoir à la baisse cette cible et de ne pas
surestimer nos besoins énergétiques, parce que ça pourrait avoir un impact sur
les tarifs futurs.
Mais, bref, j'aimerais avoir plus d'explications
de ce côté-là, considérant quand même que, Hydro-Québec, on a une cible de
réduire de 8,2 térawattheures au niveau de l'efficacité énergétique. Et
vous l'avez mentionné tantôt dans votre exposé initial, que vous avez participé
aux consultations du projet de loi n° 41 menées par le ministre de
l'Environnement, de la Lutte aux changements climatiques, de la Faune et des
Parcs et qu'on s'en vient avec un code du bâtiment durable pour, justement,
avoir plus d'efficacité énergétique dans nos bâtiments existants et futurs.
Donc, j'aimerais vous entendre sur cette cible de 255 térawattheures.
M. Finet (Jean-Pierre) : C'est-à-dire
qu'on va en avoir besoin, d'électricité, quand même, même si on faisait tout le
potentiel d'économie d'énergie qu'on aurait besoin, surtout si on fait une
conversion, là, d'un à un, là, de l'auto
solo à essence, comme je disais, vers l'auto solo électrique, là. Mais il reste
que, même si on réduit nos besoins, on va avoir quand même besoin
d'énergie.
Le problème,
là, c'est qu'en ce moment... Puis, oui, là, les mesures qui visent le bâtiment,
tout ça, ça va aider. Le
8,2 térawattheures, en passant, là, c'est sur le plan d'approvisionnement,
Hydro-Québec, dans son plan d'action... 2035, parle de
21 térawattheures, mais on ne sait pas si c'est net ou pas net, là, donc
c'est encore pas évident. Mais, oui... mais,
si on ajoute puis on monte à 255 térawattheures puis qu'on alloue, comme
on vient de faire avec le ministre précédent, l'entièreté des blocs de puissance de cinq mégawatts et plus à l'industrialisation,
sans réduction nette de CO2, bien là, on fait juste
pelleter par en avant le problème, là, on ne priorise pas la décarbonation, là.
Et donc il faut favoriser, d'abord et avant tout, l'économie d'énergie
plutôt que le productivisme.
M. Lemay : ...la
stratégie de développement durable, je crois que c'est 2023‑2028,
mentionne que les 110 organismes et ministères sont assujettis, et
par conséquent doivent adhérer aux 16 principes du développement durable. Donc, pourquoi est-ce que vous... vous
venez mentionner que des projets qui viennent... en lien avec l'augmentation
des gaz à effet de serre, alors qu'on a quand même nos cibles de ce côté-là et
qu'ils sont tous assujettis, donc, en... Tu
sais, si on... sans que ce soit spécifié précisément à cet endroit-là, il n'en
reste que l'objectif de décarbonation, c'est un objectif global pour le
gouvernement du Québec.
M. Finet (Jean-Pierre) : Oui,
c'est un objectif, mais qui ne se traduit pas nécessairement dans les
politiques réelles. Je vais vous donner un bon exemple, le programme
ÉcoPerformance, pour les grands émetteurs, il y a... le gouvernement a accordé
quatre subventions pour à peu près un peu plus que 115 millions de
dollars. Tous ces projets-là, tous ces...
qui ont été faits, c'était pour de la production additionnelle décarbonée, zéro
réduction nette de GES, là, et c'est
juste... on les paie un peu comme une rançon pour éviter qu'ils en rajoutent.
On fait du surplace, là, quand on fait ça, là.
Puis il n'y a
pas de loi-cadre, non plus, au gouvernement qui oblige chacun des ministères à
implanter des mesures. Il y a des
guides, là, par exemple, un guide pour l'exemplarité de l'État pour les
bâtiments, là, mais c'est encore de façon, là, assez volontaire, là, ce
n'est pas... il n'y a pas de loi-cadre qui l'exige, là.
M. Lemay : OK.
Le
Président (M. Montigny) : Parfait. C'est maintenant le temps de passer la
parole au député de Rouyn-Noranda—Témiscamingue.
Il vous reste deux minutes.
M. Bernard : ...M. le
Président. Bonjour, M. Finet. Bonjour, Mme Champigny. Dans votre
mémoire, je voyais que Fondation... Rivières, pardon, est un de vos membres
dans votre organisation. Fondation Rivières se sont présentés ici hier ou
avant-hier, et on a eu un échange sur la définition de qu'est-ce qui était une
entreprise privée versus des projets
communautaires, et il y avait vraiment un genre de confusion dans qu'est-ce
qu'ils appelaient «privé».
Faites-vous une distinction, de votre part, là,
le regroupement, entre qu'est-ce qui est une... un projet privé versus un
projet communautaire? Puis qu'est-ce que j'entends par projet communautaire, le
cas qui avait été parlé, c'était dans ma
circonscription, un projet qu'eux appelaient privé, mais qui était détenu par
la MRC, deux communautés anichinabées
puis la communauté de Mashteuiatsh. Alors, j'aimerais voir, de votre côté, quelle
est la distinction entre un projet privé puis un projet communautaire.
M. Finet (Jean-Pierre) : Je
n'ai pas suivi ces débats-là, on était occupés à rédiger notre mémoire, là, je
n'ai pas... je ne les ai pas tous suivis, j'en ai suivi quelques-uns. Mais oui,
je dirais qu'un projet qui regroupe des MRC puis des communautés autochtones se
qualifierait pour être un projet communautaire. Là, par contre, si on cède des ouvrages, par exemple, au privé puis qu'on permet
de faire une vente directe, bien, ce n'est plus des projets communautaires, là.
M. Bernard : Bien,
ça, je comprends très bien. L'autre point, à la page 20 et tout, vous
avez... vous faites un long plaidoyer
sur la définition de «site adjacent». Alors, j'aimerais vous... Puis, vous
dites, c'est un terme flou. Avez-vous une définition que vous voudriez
proposer de «site adjacent»?
Le
Président (M. Montigny) : ...je suis désolé, en 10 secondes
M. Finet (Jean-Pierre) : Écoutez,
je vais essayer de le faire en 10 secondes, là. Si je mets un panneau
solaire sur ma maison, là, c'est chez
nous, mais, si j'en mets partout, sur tous les voisins, là, ce n'est plus... ce
n'est plus adjacent.
Le Président
(M. Montigny) : ...merci, le temps est maintenant écoulé. Merci.
Maintenant, c'est le
temps de céder la parole à Mme la députée de Saint-Laurent. Merci.
• (11 h 50) •
Mme Rizqy : Merci beaucoup, M. le
Président. Merci d'être présents avec nous. Aussi, merci de votre mémoire. Tantôt, j'écoutais l'échange avec le député de
Masson, qui disait qu'il y avait des cibles, qu'il ne comprenait pas pourquoi que les entreprises n'iraient pas de
l'avant, mais peut-être qu'on pourrait mettre les choses en contexte. C'est
important, les cibles, bien évidemment, mais
il faut aussi outiller les entreprises pour faire ce pas qui est assez
important, n'est-ce pas?
M. Finet (Jean-Pierre) : ...oui,
puis je ne sais pas si vous référez à l'article d'avant-hier dans La Presse,
mais quand le ministre...
Mme Rizqy :
...les articles de la... du Journal de Montréal, j'ai Les Forges de
Sorel, j'ai aussi les Vegpro, aujourd'hui,
de Francis Halin, j'ai aussi First Phosphate, du Journal de Montréal. Puis ça continue, les gens nous écrivent.
M. Finet
(Jean-Pierre) : Oui. Non, mais le problème, c'est qu'avant-hier le
ministre de l'Environnement disait que c'est normal de ne pas octroyer des
blocs de puissance ou de refuser des projets de décarbonation, et ça, ça m'a
irrité un peu beaucoup, dans la mesure où ce n'est pas la prérogative seulement
du ministre de décider qui va décarboner et
quand. Je donne l'exemple, Les Forges de Sorel ou n'importe quelle autre
organisation qui a des chaudières qu'il veut convertir à l'électricité, les
chaudières sont arrivées à la fin de vie utile, là, quand même qu'on aurait
un bloc de puissance de 1 500 mégawatts dans trois ans, il va être
trop tard, il va falloir que la décision se prenne là. Donc, soit qu'on
remplace avec d'autres chaudières au gaz qui vont durer encore 40, 50 ans
et/ou on va électrifier.
Donc, c'est ça, ce
n'est pas la simple prérogative du gouvernement, là, il faut suivre le marché,
il faut... il y a des règles du marché, là. Et sinon, bien, si on leur
dit : Mettez du gaz naturel renouvelable, bien là, écoutez, ça... le gaz
naturel renouvelable est beaucoup trop cher en ce moment, c'est pour ça qu'il y
en a peu qui en achètent. D'ailleurs, même
les fabricants de batteries vertes en passant, utilisent du gaz brun, puis les
fabricants de... bien, en tout cas. Donc, c'est ça, bien... plusieurs usines,
donc, vont favoriser le gaz traditionnel parce que ça coûte moins cher.
On fabrique même du gaz renouvelable avec du gaz fossile.
Mme Rizqy :
...de la question du député de Masson, parce que ça a quand même défrayé
les manchettes depuis maintenant deux semaines, particulièrement Les Forges de
Sorel. Et nous, on est allés sur place lundi, on était dans l'usine, et le PDG,
M. Lapierre-Boire, nous le disait, là, eux, en ce moment, ils ont déjà
investi 16 millions pour une nouvelle
cuve, et il va y avoir d'autres investissements, mais c'est là qu'ils prennent
leur décision, puis c'est un effet domino, donc, ils veulent se
décarboner. Et, vous savez, ils sont aussi assujettis au marché de la...
carbone, donc, s'ils ne le font pas, ils ont une pénalité financière, en plus.
M. Finet (Jean-Pierre) : ...donc,
on... C'est pour ça que... et il faut être à l'écoute de l'industrie, beaucoup
plus que de leur dire : Bien, toi, tu fais ci, toi, tu fais ça, puis toi,
attends, prends... bien, prends... tu passes ton tour, puis, bien,
achète du gaz cher en attendant.
Mme Rizqy :
...qui passent leur tour, c'est collectivement qu'on passe notre tour.
M. Finet (Jean-Pierre) : Bien, aussi, puis on ne réduit pas les émissions
de gaz à effet de serre depuis ce temps... dans ce temps-là.
Mme Rizqy :
Bien, écoutez, je suis contente de vous entendre parce qu'on a aussi une
autre entreprise qui est au Saguenay qui, elle, veut faire des batteries, mais
elle a juste besoin de 10 mégawatts. Puis il y a 90 millions de
dollars qui sont en jeu parce qu'ils veulent faire l'investissement, mais on ne
peut pas faire un investissement de 90 millions de dollars si on n'a pas
les mégawatts puis on n'est pas capables de le faire de façon électrique, puis l'objectif, c'est que, en plus, ce soit vert.
Alors là, on... j'ai l'impression qu'on tourne en rond si on n'a pas les
mégawatts, puis on a des gens d'ici... pas de la Corée du Sud, là,
d'ici, là, à Chicoutimi...
Une voix :
...
Mme Rizqy :
Non, pardon, La Baie. Oui, je le sais, j'ai habité à La Baie, vous le savez.
M. Finet (Jean-Pierre) : ...donc, oui, mais, encore là, ça, ce serait de la
production qui ne réduirait pas nécessairement
les gaz à effet de serre. Je ne dis pas qu'on est contre le développement
industriel. Dans le deal d'Hydro-Québec, ça nous disait 75 %
décarbonation, 25 % industrialisation, je n'avais pas de problème avec ça,
dans la mesure où il ne faut pas arrêter l'économie pour autant. Le problème,
c'est que, dans la réalité, ça a été 100 %...
Mme Rizqy :
...qui iraient dans les Tesla.
M. Finet
(Jean-Pierre) : Ah! bien, OK, c'est moins pire que si ça va dans des
Hummer puis des Silverado, comme celles de
GM à Bécancour, mais bon. Donc, oui, ça va décarboner un peu au Québec si on
achète des Hummer électriques, mais, bon, ça, c'est une autre affaire.
Mme Rizqy :
...moi, je vous parle de Tesla électriques.
M. Finet
(Jean-Pierre) : Mais donc, c'est ça, et... Mais il faut... c'est pour
ça... c'est à ça que ça sert un PGIRE, dire... bien, un PGIRE, il faut que ce
soit basé sur des cibles de réduction de GES claires, il y a une politique
industrielle claire. Là, en ce moment, on nous dit que 75 %... on nous
laisse penser que la priorité va aller à la décarbonation en disant :
75 % de la prochaine énergie va aller là puis 25 % à l'industrialisation.
Sauf que, quand on regarde le bilan, c'est 100 % qui a été à
l'industrialisation puis 0 % qui a été à la décarbonation.
Mme Rizqy : ...moi,
je suis toujours surprise, parce que le gouvernement dit, puis il n'arrête pas
de le dire... mais les mégawatts qu'on a donnés à Northvolt, sans aucune clause
de péremption, là, puis ils sont gelés, avec une situation financière qui est
présentement très chancelante, et c'est un euphémisme, ce que je dis. Le
gouvernement dit : Non, non, mais ça
sert à décarboner, mais moi, j'ai une photo de Pierre Fitzgibbon avec, en
dessous : Non, ça ne sert pas à décarboner.
M. Finet
(Jean-Pierre) : ...et il avait raison, M. Fitzgibbon, à moins les
quelques autos qu'on va acheter qui vont être équipées de ces batteries-là, là,
vont décarboner, mais non. Et... mais pour M. Fitzgibbon, lui, TES Canada,
ça produisait 800 000 tonnes de GES... est réduite. Bien, ce n'est
pas ça du tout, la production d'hydrogène ne réduit rien. L'utilisation de cet
hydrogène-là, éventuellement, pour un remplacement de combustible fossile, ça
va être un projet de décarbonation. En passant, le mot «décarbonation»
n'apparaît pas dans le PL n° 69.
Mme Rizqy : Ah! mais le «en passant»,
ce n'est pas pour nous, hein, j'imagine que c'est pour l'autre côté. On est
bons preneurs, on va le prendre. On le prend en note... Je vais céder la parole
à ma collègue la députée de Mille-Îles.
Le Président (M. Montigny) : ...c'est maintenant le moment pour la députée de
Mille-Îles, je vous cède la parole. Merci beaucoup.
Mme Dufour : Merci, M. le Président.
Merci, M. Finet et... je m'excuse, je n'ai pas votre nom devant... mais
merci d'être présents tous les deux.
Écoutez, le ministre
de l'Environnement a dit que c'était normal, là, de refuser des projets de
décarbonation pour favoriser, finalement,
des projets qui favoriseraient des entreprises étrangères à venir ici créer de
l'emploi, c'est ce qu'on nous dit.
Mais de ce que je comprends et de ce que je lis dans votre mémoire, de
décarboner les entreprises d'ici, c'est aussi payant au niveau
économique.
M. Finet
(Jean-Pierre) : ...cependant, ça me donne l'opportunité de parler,
justement, de primes vertes dans les tarifs.
Les tarifs, là, ce n'est pas juste pour des entreprises manufacturières, les
tarifs, là, ça va... les tarifs généraux puis les tarifs M, là, ça va
pour les écoles, les hôpitaux, puis etc. Ce n'est pas tout le monde qui a une
valeur ajoutée à sa production parce qu'il
achète de l'électricité verte. Si c'était le cas, bien, il fallait vendre
l'électricité plus cher aux fabricants comme Northvolt puis à des
entreprises comme TES Canada qui, c'est ça, vendent de l'électricité verte...
qui vendent des produits verts.
Mme Champigny
(Gabrielle) : ...petit peu,
là, je pense que, vraiment, ce qu'on dit, c'est : Occupons-nous des usages
existants, de ce qui existe déjà sur le territoire, qui produisent des GES et
décarbonons ces projets-là, ces usages-là au lieu d'en ajouter et de dire : Bien, on va toujours gruger plus
de ressources et contribuer au bilan en GES du Québec.
Mme Dufour : Les Forges de Sorel nous
disaient à quel point, pour eux, c'était essentiel de faire ce projet-là pour préserver les emplois, les 320 emplois qui sont
ici. Vous mentionnez, dans votre rapport, que l'efficacité énergétique
permettrait aussi de créer ou
maintenir 25 000 emplois et faire croître le PIB du Québec de
4 milliards de dollars par année. C'est beaucoup.
M. Finet (Jean-Pierre) : C'est
ce à quoi je référais tout à l'heure dans l'étude, là, le document qui a été
déposé au ministère de l'Environnement par la firme Dunsky. C'est une
citation qui vient directement de ce document-là qui a été fait pour le
ministère de l'Environnement, oui.
Mme Dufour :
Donc, c'est un document du... que le ministre de l'Environnement devrait
connaître.
M. Finet
(Jean-Pierre) : Exactement.
Mme Dufour : Quand il dit : C'est
normal de refuser des projets qui permettraient de créer des emplois et en plus
améliorer notre bilan de GES et aider les entreprises de chez nous, bien,
finalement, ce n'est pas normal, c'est ce que je comprends.
M. Finet
(Jean-Pierre) : ...que le remplacement...
Mme Dufour :
On devrait les favoriser, au contraire.
M. Finet
(Jean-Pierre) : Oui, malgré... Oui.
Mme Dufour :
Bien, merci beaucoup pour votre temps.
Mme Rizqy :
...
Le Président
(M. Montigny) : C'est parfait. Merci. Il y avait consentement,
aussi, de l'ensemble des gens autour de la table pour faire ça. Ça fait
plaisir. Alors, 2 min 52 s qui va être attribué au Parti
québécois.
Maintenant, on va y
aller dans l'ordre. On a le député de Maurice-Richard qui a la parole pour
3 min 49 s.
M. Bouazzi : Merci beaucoup, M. le
Président. Merci beaucoup d'être ici parmi nous aujourd'hui. Donc, ce que je
comprends de ce que vous dites, c'est que, d'abord, le mot «décarbonation»
n'existe pas, effectivement, dans le projet de loi, c'est bien ça?
M. Finet
(Jean-Pierre) : Oui.
M. Bouazzi : Que vous évaluez que, les
différents développements de nouvelles énergies, plus il va y en avoir, plus
l'électricité va coûter cher aux Québécoises et Québécois, c'est bien ça?
M. Finet
(Jean-Pierre) : ...
M. Bouazzi : Et que, si on investit
plus dans la sobriété et dans l'efficacité, ça va rapporter plus et ça va moins
augmenter l'électricité, et même, en fait, comme on va consommer moins
d'électricité, ça va coûter moins cher, c'est bien ça?
M. Finet
(Jean-Pierre) : L'efficacité énergétique, là, un kilowattheure
économisé pour Hydro-Québec, là, en 2019, ça coûtait... ça revenait à
1,6 sou du kilowattheure.
M. Bouazzi :
Et est-ce que vous... Parce qu'on comprend qu'une vision qui s'appuie sur
beaucoup plus de développement économique, beaucoup plus de développement de
barrages, ou autres, devrait se retrouver dans le PGIRE, ou une autre vision, c'est-à-dire qu'il y a une vision à choisir
au niveau du PGIRE, entre l'une des deux visions dont on parle, une...
• (12 heures) •
M. Finet (Jean-Pierre) : ...un PGIRE offre un
paquet de scénarios dans lequel... parmi lesquels on va choisir, là, quel est
le meilleur remède, là, plus...
M. Bouazzi :
...vous... est-ce que vous considérez que ce projet de loi a un biais
envers un de ces scénarios déjà?
M. Finet
(Jean-Pierre) : Bien, pas juste le projet de loi, mais je pense que
les agissements du gouvernement à date, là... Là, si on a un PGIRE qui est
adopté en 2026, là, on va avoir le temps de dilapider combien de blocs additionnels de puissance à l'industrialisation
pendant qu'on ne réduit pas les gaz à effet de serre? Puis là après on va
dire : Bon, bien, OK, pour
décarboner, bien, il va falloir prendre du nucléaire, il va falloir harnacher
des rivières, etc., etc., tandis qu'on aurait déjà pu faire du chemin
avec les mégawatts qu'on avait pour décarboner en priorité.
Mme Champigny
(Gabrielle) : ...deux visions sont possibles. Donc là, maintenant, on
a l'opportunité, dans le projet de loi, d'orienter cette vision-là, il faut la
saisir.
M. Bouazzi : Et vous, vous dites...
pour éviter de choisir celle qui va coûter plus cher, avec tous les problèmes
d'acceptabilité sociale dont vous avez parlé, un de vos points, c'est de
dire : On ne démantèle pas la nationalisation d'Hydro-Québec.
M. Finet
(Jean-Pierre) : C'est primordial, là, que l'électricité demeure dans
le giron public, là, c'est... Et d'ailleurs je pense qu'il y avait, hier, la
représentante de l'Union des consommateurs qui vous disait que l'expérience
internationale, où il y a eu la libéralisation des marchés, ça a eu un effet à
la hausse sur les tarifs encore davantage.
D'ailleurs, ce matin,
aussi... je sais que vous n'avez pas beaucoup de temps, mais, ce matin, il y
avait eu un article dans le... Radio-Canada
qui dit que les tarifs auraient pu augmenter de 5,6 % ou 7 %, je
pense, plutôt que de 3,9 %, donc, qui était là, parce qu'on a
pelleté par en avant, là, les coûts reliés à la végétation, là. On n'a même pas
encore recommencé à absorber les... l'effet des investissements massifs
d'Hydro-Québec dans la production puis dans les lignes de transport. Juste l'entretien de la
végétation, juste la fiabilité du réseau va amener un impact tarifaire à la
hausse, là. Là, on vient exacerber ça en rajoutant un paquet de
productions...
Le Président (M. Montigny) : ...30 secondes.
M. Finet (Jean-Pierre) : ...c'est
ça, oui.
M. Bouazzi : ...c'est
de dire que la Régie de l'énergie doit avoir un rôle particulier pour s'assurer
de la réussite, justement, et qu'il soit renforcé. Est-ce que vous voyez
des risques dans ce projet de loi par rapport à la régie?
M. Finet (Jean-Pierre) : Ah!
Beaucoup, puis on en a identifié plusieurs. D'ailleurs, là, le fait que le
ministre a des... a pratiquement un droit de veto, même, sur le PGIRE, qu'il
pourrait décider qu'à la dernière minute... que, finalement, ça, ça ne fait pas, puis on va mettre un petit réacteur
nucléaire quelque part, tout ça... Non, non, il faut vraiment concentrer
les pouvoirs dans les mains de la régie, c'est pour ça qu'elle a été créée.
Le Président (M. Montigny) : ...merci
beaucoup. Il n'y a plus de temps.
Maintenant,
c'est le moment de céder le nouveau temps au député de Jean-Talon.
Vous disposez donc maintenant de 2 min 52 s. Merci.
M. Paradis : Vous parlez, à la
page 28 de votre mémoire, du Fonds d'aide à la clientèle domestique
d'Hydro-Québec, qui est créé pour financer un programme d'aide financière
visant à limiter l'impact de la hausse des
tarifs de distribution d'électricité d'Hydro-Québec pour la clientèle domestique. Vous dites que ce
fonds-là va... vise, en fait, à
compenser la société d'État, Hydro-Québec, pour les pertes de revenus induites par le
plafonnement à 3 % des augmentations de tarifs jusqu'en 2026. Quand
on dit que ça vise à compenser la société d'État, qui compense la société
d'État? Avec quel argent on fait ça?
M. Finet (Jean-Pierre) : Bien
là, en ce moment, Hydro-Québec, c'est à même ses profits, là, dans... parce
qu'Hydro-Québec a appliqué ce principe-là avant même, là, que la loi soit
passée, mais éventuellement, de ce qu'on a vu, là, c'est... je pense que c'est
le Fonds des générations. De toute façon, ça va être les impôts des
particuliers qui vont compenser ça, là. Rien ne se perd, rien ne se crée. Ce
n'est pas... on ne fait pas disparaître ça par magie. Et là vous avez vu, cette
année, c'était 60 millions, mais ça aurait dû être beaucoup plus, si on
avait appliqué les principes tarifaires réguliers de... de solder les frais
d'entretien de la génération... de la végétation dans la même année.
Donc, non, ce n'est pas une bonne idée. Nous, on
dit : Laissez la régie s'occuper de ça, la régie fait une bonne job pour
ménager les clientèles à faibles revenus, entre autres, et c'est sa job
d'établir les tarifs.
M. Paradis : Donc, est-ce que
vous êtes d'accord que, malgré ce que le gouvernement dit... On nous parle tout le temps : C'est limité à 3 %,
contribuables, là, consommateurs, ça ne vous coûtera pas plus que 3 %
d'augmentation par année. Malgré tout, ce que le projet de loi dit,
c'est qu'à la fin du compte les contribuables vont payer plus cher à même leurs
impôts.
M. Finet
(Jean-Pierre) : Oui. Ça, c'est jusqu'en 2026, parce qu'après ça se
pourrait qu'il n'y ait plus 3 %, là.
M. Paradis : Il n'y a pas de
garantie dans le projet de loi, nulle part?
M. Finet (Jean-Pierre) : Bien
non, c'est ça. Et donc c'est ça, là on va augmenter beaucoup le nombre d'ententes de paiement avec Hydro-Québec, le
nombre de ménages qui vont se faire couper l'électricité aussi, et tout ça. Non, ce n'est pas viable. Nous, on est signataires
du Manifeste pour un avenir énergétique juste et viable, et là-dedans
il y a un paquet de principes, dont le respect de la capacité de payer des
individus, là. Et, c'est ça, si vous voulez maintenir les tarifs plus bas,
bien, faites payer les entreprises comme Northvolt puis TES Canada le prix
marginal... ou de s'approcher du coût
marginal de l'électricité, comme ça vous allez voir que les tarifs ne vont pas
augmenter tant que ça, on n'aura pas besoin de les caper à 3 %.
M. Paradis : Le
projet de loi 69, tel qu'il est actuellement, ce n'est pas ce qu'il dit,
il dit : Les individus, M. et Mme Tout-le-Monde, vont payer plus
cher à travers leurs impôts pour le fonds.
M. Finet
(Jean-Pierre) : Oui. On a l'impression que le gouvernement a
commandé un énorme buffet puis que, là, il nous consulte sur savoir
comment on va payer la facture, comment on va splitter la facture.
Le Président (M. Montigny) : En
conclusion, pour 10 secondes.
M. Paradis : On aurait eu
besoin de se parler beaucoup plus, hein, avant d'arriver ici?
M. Finet
(Jean-Pierre) : Bien, on a besoin de faire un PGIRE avant de
dilapider tous les blocs de puissance à gauche, à droite.
Le Président
(M. Montigny) : Je vous remercie pour votre contribution aux
travaux de la commission.
Je suspends donc les travaux quelques instants
pour permettre au prochain groupe de prendre place. Merci.
(Suspension de la séance à 12 h 06)
(Reprise à 12 h 08)
Le Président (M. Montigny) : Alors,
bonjour. Nous débutons nos travaux à nouveau.
Je souhaite maintenant la bienvenue à
l'Association coopérative d'économie familiale du Nord de Montréal. Je vous rappelle que vous disposez donc de
10 minutes pour votre exposé, puis par la suite il y aura un échange avec
les membres de la commission. Je vous invite donc à vous présenter et à
débuter votre exposé maintenant.
Association coopérative
d'économie familiale du Nord
de Montréal (ACEF du Nord de Montréal)
Mme Guillemette (Roxanne) : Merci
beaucoup. Roxanne Guillemette, responsable de la défense des droits à l'Association coopérative d'économie familiale
du Nord de Montréal, plus communément appelée l'ACEF du Nord de Montréal. Je
suis accompagnée aujourd'hui de ma collègue Mme Émilie Laurin-Dansereau,
responsable du dossier accès à l'énergie et conseillère budgétaire à
l'ACEF.
M. le Président, Mme la ministre, Mmes et MM.
les députés, bonjour. Merci de l'invitation aujourd'hui. Depuis 1974, l'ACEF du Nord de Montréal aide et
défend les droits des consommateurs et consommatrices. Nous sommes un organisme
communautaire de défense collective des droits. Nous luttons depuis plus de
40 ans pour un meilleur accès à l'énergie
pour l'ensemble des ménages québécois. Chaque année, nous négocions auprès d'Hydro-Québec des ententes pour des ménages en difficulté de paiement.
Je laisse Mme Laurin-Dansereau vous
présenter les principaux éléments de notre mémoire.
• (12 h 10) •
Mme Laurin-Dansereau (Émilie) : Merci.
Bonjour à tous et toutes. Alors, on est ici aujourd'hui pour porter la voix des centaines de milliers de personnes qui
ont de la difficulté à payer leur facture d'électricité, parce que, même
si on a des tarifs d'électricité parmi les plus bas en Amérique du Nord, de
plus en plus de personnes n'arrivent pas à payer la facture. Au Québec, c'est
16 % de la population qui est en situation de précarité énergétique. Dit
autrement, c'est un ménage sur sept qui
éprouve des difficultés à avoir l'énergie nécessaire dans son logement pour
satisfaire ses besoins de base ou qui y arrive au détriment d'autres
besoins essentiels, comme manger.
Pour se
situer, la précarité énergétique, c'est la combinaison de trois causes :
le manque de revenus, les mauvaises conditions de logement et le coût de
l'énergie. Le problème est exacerbé par deux crises majeures : la crise
climatique et la crise du logement. La précarité énergétique, c'est un problème
qui mérite plus d'attention au Québec parce qu'elle a des impacts sur la santé
de la population. La question énergétique ne peut pas être réduite à un simple
enjeu technique ou économique. Je vous le
rappelle, c'est un drame, d'être privé d'électricité ou de ne pas en avoir
assez. Il est donc impératif de veiller à ce que l'énergie reste
abordable.
Malheureusement, le projet de loi n'apporte pas
de réponse à ce problème. Au contraire, il risque de l'accentuer et on se prive au Québec d'une occasion en or de s'attaquer
à cet enjeu. Je vais me concentrer aujourd'hui sur les trois éléments
principaux de notre mémoire.
Le premier concerne la lutte contre la précarité
énergétique. Le projet de loi ne propose actuellement aucune mesure conséquente pour lutter contre ce problème.
Contrairement à ce qu'on a souvent entendu, consommer de l'énergie dans
son logement, ce n'est pas un choix, c'est essentiel pour répondre à ses
besoins de base et être en santé. Le chauffage et la climatisation peuvent être
une question de vie ou de mort; rappelons-nous la vague de chaleur de juillet
2018 qui a causé directement la mort de 210 personnes au Québec.
La précarité énergétique représente un danger
pour la santé. Les habitations froides et humides augmentent le taux de
mortalité et de maladies, principalement de maladies cardiovasculaires,
respiratoires et de maladies mentales. Rappelons aussi qu'une coupure d'énergie
prive d'eau courante les personnes qui ont des puits artésiens. La précarité énergétique est une source de souffrance morale et
physique qui cause honte, stigmatisation, isolement et exclusion sociale.
Les bénéfices de la lutte contre la précarité
énergétique pour la société sont également très importants. Ça diminue les
coûts directs sur le système de santé et indirects, comme l'absentéisme au
travail ou à l'école, la perte de productivité, et autres. La précarité
énergétique est un véritable enjeu de santé publique.
On voit quand même, dans le projet de loi,
l'intention du gouvernement de vouloir venir en aide aux consommateurs
résidentiels avec le programme d'aide aux ménages. On se questionne quand même
sur le moyen choisi. D'abord, la proposition
est floue. Les modalités ne sont pas définies. Ensuite, le programme annoncé
est facultatif, le gouvernement n'a pas l'obligation de le mettre sur
pied. Ça laisse les ménages à la merci des choix politiques qui seront faits
dans le futur. Le projet de loi ne donne aussi aucune indication sur la façon
dont les ménages pourront bénéficier de l'aide. On veut ici mettre en garde le
gouvernement contre le phénomène de non-recours aux droits.
À l'ACEF du Nord, on croit que les ménages ont
besoin de mesures structurantes, pas d'un programme de soutien qui vient
pallier à l'augmentation des tarifs. Le programme d'aide ne devrait pas
remplacer une action plus large qui
s'attaque aux causes structurelles de la précarité énergétique. C'est pourquoi
l'ACEF propose d'inclure la mise en place d'une stratégie nationale de
lutte contre la précarité énergétique au projet de loi.
On
recommande aussi de modifier l'article 76.2 de la Loi sur la Régie de
l'énergie pour interdire la coupure d'électricité ou du gaz dans le logement
principal pour les personnes qui n'arrivent pas à payer leur facture. Les coupures d'énergie sont déshumanisantes et
inutilement punitives. Ça sanctionne les personnes dont la seule faute est d'être
trop pauvres pour payer la facture d'électricité. Il faut protéger tous les
ménages de l'expérience traumatisante du débranchement. Le projet de loi actuel
est une occasion unique de régler ce problème.
Le deuxième élément
concerne l'importance d'une transition juste. Malgré la promesse du
gouvernement de limiter les hausses de tarifs
à 3 %, le projet de loi 69 ne comporte aucune mesure concrète en ce
sens. Si aucun changement n'est fait, la population québécoise devra
inévitablement assumer une part significative des coûts de la transition à
travers ses factures d'électricité. Sachant que plus on produit d'énergie, plus
les tarifs d'électricité vont augmenter, la prudence est de mise.
La décarbonation et
le développement économique sont des cibles politiques. C'est donc la
responsabilité de l'État et non celle des clients et clientes résidentiels d'Hydro-Québec.
Utiliser les tarifs d'électricité pour financer la transition équivaut à une
taxation régressive. Ça fait porter une proportion injuste des coûts de la
transition sur les ménages à faibles
revenus, qui consacrent déjà une part plus importante de leurs revenus à la
facture d'électricité alors qu'ils sont ceux qui ont le moins contribué
à la crise climatique.
Pour
protéger davantage les ménages des hausses de tarifs, on devrait réserver
l'électricité du bloc patrimonial au secteur résidentiel. Le
gouvernement devrait également arrêter de se financer à même la facture
d'électricité. Comme c'est un service essentiel, l'électricité ne devrait pas
être taxée. L'abolition de la taxe de vente sur la facture d'énergie est une action simple qui permettrait
aux ménages d'économiser. Comme plusieurs groupes, l'ACEF du Nord de
Montréal considère que le projet de loi arrive trop tôt. On a d'abord besoin
d'un débat de société sur l'avenir de notre
énergie. C'est seulement après avoir réalisé le PGIRE qu'un nouveau projet de
loi pourra véritablement être légitime.
Pour
minimiser les hausses de tarifs, il faudrait miser davantage sur la réduction
systémique de la consommation plutôt
que sur le développement massif de nouvelles sources de production. On devrait
mettre en place des mesures de sobriété
collective en investissant davantage dans les services publics, comme le
transport en commun. Il est primordial d'envisager
la transition dans sa globalité pour que les ménages les plus fragiles n'en
subissent pas l'essentiel des coûts.
Le
dernier élément concerne l'efficacité énergétique. L'ACEF du Nord de Montréal
déplore l'absence de mesures s'attaquant
au problème des logements mal isolés. Pourtant, les avantages des programmes
visant l'amélioration de la performance énergétique des bâtiments sont
nombreux. À l'heure actuelle, les programmes d'efficacité énergétique sont porteurs de nombreuses injustices. Aucun
programme n'existe pour les locataires. Les locataires à faibles revenus
ont juste accès au programme Éconologis, qui mise sur des mesures légères
d'efficacité énergétique. On peut questionner l'impact réel de ces mesures. Ils
peuvent aussi entraîner des hausses de loyer ou des rénovictions, et
actuellement ce sont les plus riches qui en profitent le plus parce que les
programmes financent une partie seulement des travaux et les subventions sont
données une fois les travaux réalisés. Il faut développer une politique
inclusive d'amélioration de l'enveloppe thermique pour s'assurer que tous et
toutes, locataires et propriétaires, y aient accès et que ces programmes
n'entraînent pas d'augmentation abusive de loyer ou de rénovictions.
Sur la tarification
dynamique, maintenant. Pour nous, il faudrait retirer l'article 130.1. On
pense que c'est la Régie de l'énergie qui devrait débattre de sa pertinence ou non.
C'est simple, la tarification dynamique, c'est inéquitable. L'option
crédit hivernal récompense les clients qui réussissent à s'effacer en période
de pointe. Ça favorise les personnes qui vivent dans des logements bien isolés
et qui ont des meilleurs équipements, moins énergivores. Ces personnes sont généralement mieux nanties. Au
final, on se retrouve avec deux tarifs : un pour ceux qui peuvent
s'effacer et un autre pour ceux qui ne peuvent pas.
L'option tarif Flex,
qui fait payer plus cher les kilowattheures consommés en période de pointe, est
encore plus dommageable, car elle risque de coûter très cher aux personnes qui
ne peuvent pas diminuer leur consommation. La tarification dynamique est
souvent présentée comme une mesure d'efficacité énergétique ou de réduction de
la consommation, or il n'en est rien. La tarification dynamique comme méthode
de gestion de la pointe, ce n'est rien de plus
qu'une mesure de déplacement de la consommation. Partir un lave-vaisselle à
minuit, ça ne consomme pas moins d'énergie
qu'à 5 heures. La notion de signal de prix en électricité résidentielle,
ça ne fonctionne pas parce que l'utilisation d'un signal de prix suppose
qu'on puisse y réagir. La majorité des gens ne peuvent pas diminuer ou déplacer
leur consommation d'électricité, donc on doit être très prudents avec l'idée
d'un signal de prix. Il faut aussi se rappeler qu'il n'y a pas d'adéquation directe entre la consommation d'électricité
et la capacité de payer des clients. Les impacts pourraient être dévastateurs sur les personnes qui ne peuvent pas y
réagir. Finalement, un signal de prix basé sur un tarif, ça ne veut rien
dire pour les gens parce qu'on fait une facture et non un tarif.
En conclusion, la
transition énergétique ne doit pas causer plus de vulnérabilité. Nous sommes
d'accord que c'est pressant de décarboner l'économie du Québec, mais mener une
transition qui laisserait des gens en plan serait un échec majeur. La précarité énergétique, c'est un problème qui ne doit
plus être ignoré des pouvoirs publics. Compte tenu du nombre important de
ménages québécois qui y sont confrontés, la résolution de ce problème devrait
faire partie intégrante des discussions relatives à une transition
énergétique juste. Le projet de loi porte sur la gouvernance responsable des ressources énergétiques; une
gouvernance responsable doit prendre en compte la précarité énergétique. Merci.
Le Président
(M. Montigny) : Merci pour votre exposé.
Nous allons maintenant
débuter la période d'échange avec les membres de la commission. Mme la
ministre, vous avez la parole pour 15 min 7 s.
Mme Fréchette : Merci
beaucoup, M. le Président. Alors, merci, mesdames. Mme Laurin-Dansereau,
Mme Guillemette, merci de votre participation. Merci de prendre le
temps aussi de vous investir dans ce dossier-là complexe et qui...
d'importance, en fait, pour les personnes que vous représentez.
Alors, moi, je vous amènerais, dans un premier
temps, là, sur certaines de vos propositions, notamment la taxe de vente sur
l'électricité. Donc, vous proposez d'abolir la taxe de vente sur l'électricité
et que l'électricité qui provient du bloc patrimonial soit réservée au secteur
résidentiel, et vous ne voulez pas que l'on aille dans la tarification
dynamique, là, si ça a pour effet d'augmenter les tarifs. En même temps, vous
considérez la sobriété énergétique comme étant essentielle. Donc, j'aimerais ça
savoir de quelle manière est-ce que vous envisagez qu'on puisse faire changer
les comportements, changer la consommation énergétique s'il n'y a pas aucun
signal de prix qui puisse être envoyé, parce
que, souvent, c'est ça qui génère les transformations. Donc, de quelle manière
vous proposez qu'on opère, si ce n'est pas dans cette voie-là?
Mme Laurin-Dansereau
(Émilie) : Bien, d'abord, quand on... on a beaucoup parlé,
là, de... des comportements des ménages. On met souvent la faute, là,
sur les ménages pour la grande consommation d'énergie du Québec, mais il faut
quand même se rappeler qu'il y a plusieurs secteurs d'activité qui consomment
vraiment beaucoup plus que le résidentiel puis que le développement économique
est grandement responsable, en ce moment, là, de la hausse de la demande
d'électricité. On peut se demander, là, tu sais, ça prend combien de spas
chauffés pour équivaloir, là, la consommation d'énergie d'une minière, par
exemple.
Aussi, tu sais, ce qu'il faut voir, c'est que
54 % de la facture d'électricité, c'est pour le chauffage, puis 20 %,
c'est pour le chauffe-eau. Donc, on a
presque 75 % de la facture qui est consacré, là, à ce qu'on pourrait
mettre dans la grande catégorie de chauffage, là, puis c'est des choses sur
lesquelles les gens n'ont pas beaucoup de contrôle, donc ne peuvent pas
vraiment réagir à un signal de prix par rapport à ça.
Ceci dit, si on veut amener les consommateurs à
changer leurs comportements, bien, nous, on pense qu'il faut leur donner les moyens de le faire, donc on envisagerait plutôt un
large programme, là, de rénovation des logements pour améliorer, là,
l'enveloppe thermique, ce qui permettrait d'améliorer la santé, le confort,
mais diminuer aussi la consommation.
Mme Fréchette : OK.
Et, bon, globalement parlant, si on abolit la taxe sur l'électricité, bien, il
y aura des pertes de revenus pour Hydro-Québec, donc de quelle manière est-ce que vous proposez qu'on compense cette
perte de revenus si on abolit la taxe?
• (12 h 20) •
Mme Laurin-Dansereau (Émilie) :
...je n'ai pas vraiment de solution à proposer sur comment compenser Hydro-Québec,
mais peut-être quand même porter à votre attention qu'il y a des provinces
canadiennes qui ont fait le choix d'abolir
la taxe de vente. En Colombie-Britannique et en Alberta, on ne taxe pas
l'électricité résidentielle. Donc, c'est possible de le faire.
Mme Guillemette
(Roxanne) : Puis aussi j'ajouterais que, alors que taxer
l'électricité, c'est une forme régressive d'imposition, les impôts, c'est une forme qui pourrait permettre aux
plus riches de participer plus à compenser ce manque-là.
Mme Fréchette : Merci. M. le
Président, je vais passer la parole aux collègues.
Le
Président (M. Montigny) : Parfait, merci beaucoup. Alors, je vais passer la
parole maintenant au député de Dubuc. Vous disposez donc, M. le
député, de 11 min 45 s.
M. Tremblay : Merci,
M. le Président. Bonjour à vous. Je tiens à saluer votre force d'engagement.
Bravo! Merci beaucoup pour l'exposé aussi.
Dites-moi, vous parlez de stratégie nationale,
de lutte contre la précarité énergétique, d'investir, entre autres, sur ce qu'on appelle les passoires... Hier, on a
eu, en commission, l'APCHQ. Je ne reprendrai pas l'exposé, mais ils sont
venus, finalement, nous présenter l'ensemble de l'oeuvre, avec la réalité du
terrain, avec chiffres à l'appui, et puis eux
semblaient y voir... bien, en tout cas, moi, je leur ai signifié que j'y
voyais, au regard de ce qu'ils nous disaient, un chantier dans le chantier. Autrement dit, eux voient des opportunités
très intéressantes de s'investir, entre autres, dans le PGIRE puis dans
toute la... dans cette réflexion collective que la ministre, que le
gouvernement propose et amorce, bien, vous en faites partie.
Par rapport à ça, si on considère qu'il y a un
potentiel, puis je ne parle pas de pénurie de logements, là, je parle aussi
de... des normes, de... du fait de mieux isoler les passoires, de peut-être
même travailler sur certains axes législatifs à ce niveau-là... On avait même
fait allusion à PL 41, à leur niveau.
Quand je vois
que vous souhaitez, entre autres, reporter l'adoption du projet de loi 69,
comment vous conciliez cette fenêtre-là d'opportunité d'une réflexion
collective et d'avancer sur vos champs de compétence, aussi, où vous
intervenez? Comment vous le conciliez versus l'agenda parallèle qui s'accélère
dans un contexte d'opportunité de réforme de l'énergie? Si on retarde
PL 69 et qu'il y a beaucoup de travail à faire en amont sur plusieurs
fronts, comment vous voyez qu'on puisse évoluer dans la dynamique? J'aimerais
vous entendre sur la stratégie nationale de la lutte. Comment vous l'envisagez?
Mme Laurin-Dansereau (Émilie) : ...beaucoup
de questions dans votre question, là.
M. Tremblay :
Ah! allez-y comme vous le sentez. Est-ce que c'était assez clair ou c'était
trop éclaté?
Mme Laurin-Dansereau (Émilie) : Bien,
on va répondre, puis, si on ne répond pas adéquatement, vous nous le
direz.
Bien, d'abord, pour
nous, pour revenir sur le PGIRE, là, pour nous, un PGIRE qui serait réussi,
c'est un PGIRE qui est réalisé, là, avec une multiplicité d'acteurs en concertation.
On pense que ça prend vraiment un large débat public pour s'entendre
collectivement sur les orientations, sur la vision, qu'est-ce qu'on veut faire
de notre énergie, on veut la réserver pour quels usages, et ça, on pense que ça
doit être plus large, là. Même si on salue la commission ici, c'est un début,
mais, pour nous, il faudrait, là, que toute la société civile puisse
participer, autant des experts que M. et Mme Tout-le-Monde, puis qu'on s'assure
que la voix des consommateurs, là, est entendue. Ça fait que ça, c'est la
première chose.
Par rapport à la
stratégie nationale de lutte, tu sais, je pense que ça peut se faire même si on
n'adopte pas le projet de loi, parce qu'il n'y a rien, actuellement, dans le
projet de loi qui porte là-dessus, puis pour nous, c'est vraiment, là, essentiel de mettre ça en place. Le
Québec a beaucoup de retard sur cette question de la précarité énergétique
parce qu'on a longtemps été dans l'idée que, comme on a les plus bas tarifs au
Québec, il n'y en a pas, de problème d'accès à l'énergie, mais dans les faits,
ce n'est pas vrai, alors qu'en Europe, ils en discutent depuis beaucoup plus
longtemps, là. Le Royaume-Uni, qui est précurseur, c'est depuis les
années 80 qu'ils parlent de ça. Donc, ils ont quand même mis en place...
bien, beaucoup de choses, ils n'ont pas non plus réglé à 100 % le
problème, mais on pourrait s'inspirer, là.
Puis il y a plusieurs pays d'Europe qui se sont dotés de stratégies nationales
qui sont incluses, là, dans des lois, donc, qui les rendent formelles.
Mme Guillemette (Roxanne) : ...je
pourrais aussi dire que, si on est pour reculer d'un pas pour avancer dans la bonne direction, la bonne direction étant celle
qu'on s'entend collectivement et socialement pour laquelle on veut avancer, c'est
mieux que devoir corriger le tir dans 10 ou 15 ans, si on ne s'est pas
entendus préalablement.
M. Tremblay :
OK, OK. J'ai d'autres questions. Vous permettez? J'ai encore du temps, M.
le Président?
Le Président
(M. Montigny) : Oui...
M. Tremblay :
Bien, au niveau de l'agenda puis de l'échéancier qui est enclenché, est-ce que
je comprends que vous trouvez que c'est trop précipité ou vous avez, sans dire
l'ambition, mais la capacité de vous impliquer puis de suivre la cadence avec les autres partenaires? Je donnerai des
exemples, on entend parler de... d'avancées avec l'éolien, avec le
solaire, avec d'autres sources de biénergie aussi, puis ça, ça peut créer des
retombées en région puis du développement en région aussi, puis ça, ça vient
contribuer. En tout cas, vous êtes axés sur Montréal, moi, je suis au Saguenay, je pense que l'opportunité de développer
puis d'apporter des plus-values au niveau de la tarification puis de la
suite... Comment vous conciliez les deux? Voyez-vous l'opportunité d'avancer
dans le projet?
Mme Laurin-Dansereau
(Émilie) : ...nous, juste dire qu'on n'est pas contre le développement
économique du Québec, là, on pense juste que
ça ne doit pas se faire au détriment de la santé de la population puis on pense
que... c'est important pour nous que la transition soit juste et qu'elle
ne laisse personne de côté et qu'on... que toute cette... ce développement
industriel là ne soit pas fait... financé par les tarifs d'électricité, parce
que ça fait porter une proportion injuste, là, des coûts sur les ménages à
faibles revenus.
De toute façon, les
clients d'Hydro-Québec financent déjà le développement économique. Depuis 1981,
Hydro-Québec remet une partie de ses profits au gouvernement, c'est
actuellement 75 %. Il y a une taxe de vente aussi sur la facture
d'électricité. Donc, le gouvernement se finance deux fois à même la facture
d'électricité, puis cet argent-là sert au développement économique, là, aussi.
On a beaucoup opposé clients et contribuables, là, mais en fait c'est la même personne. Donc là, les gens
financent deux fois : une fois à travers leur facture puis une fois à
travers les impôts.
Donc, pour nous, tu
sais, il ne faudrait pas aller plus loin dans cette voie-là. Après, si je
reviens à la stratégie nationale, bien, c'est une chose différente qui peut se
faire en parallèle, en même temps.
Le Président
(M. Montigny) : ...à ce stade-ci, je vais céder la parole au
député de Gatineau.
M. Bussière :
Oui. Bonjour et merci de participer à cette consultation.
Vous avez mentionné
qu'il serait important de créer des programmes pour inciter les propriétaires à
investir pour, finalement, la réduction de
la consommation électrique. Beaucoup de grands immeubles au Québec sont
appartenus par des propriétaires
privés sur lesquels beaucoup de gens y habitent, surtout... souvent des gens
qui sont dans le besoin, qui ont des revenus qui sont quand même
souvent, même, en bas de la moyenne et sur lesquels les locataires paient eux-mêmes
leur propre électricité. Comment amener le propriétaire, lui, à investir pour,
justement, amener à une réduction de consommation lorsque les bâtiments sont
mal isolés, et tout ça? Finalement, ils n'ont pas à gagner, finalement, à investir là-dedans parce que ce
n'est pas eux qui paient l'électricité. Avez-vous des recommandations à faire
ou suggestions?
Mme Laurin-Dansereau (Émilie) : Mais
ça, c'est une excellente question, à laquelle tous les experts... que tous les
experts, partout dans le monde, se posent actuellement, puis il n'y a pas une
réponse claire qui a été trouvée, là, pour cette
question-là. Parce que c'est vrai que, comme vous le dites, tu sais, c'est
complexe, c'est le locataire qui va bénéficier des économies... des
investissements faits pour les économies d'énergie parce que... en termes de
confort, mais aussi de diminution de la facture, mais c'est le propriétaire qui
doit faire les investissements. En même temps, c'est bénéfique pour lui aussi
parce que ça garde son actif en bon état. En même temps... Bon, donc, ce n'est
pas simple, mais, pour nous, c'est fondamental de trouver une... tu sais, de
commencer à réfléchir à cette question-là.
On est en 2024, ce
n'est pas normal, là, qu'on laisse des gens vivre dans des taudis puis qu'on se
penche... tu sais, qu'on n'arrive pas à
trouver des solutions pour ce problème-là. Nous, on pense que, si on s'y met
collectivement, on va y arriver.
Donc, c'est important de lancer rapidement un chantier pour réfléchir à ces
questions. Il y a beaucoup d'expériences qui ont été faites partout dans
le monde. On peut s'en inspirer, les adapter pour le Québec. Comme je disais, on a beaucoup de retard ici sur ces
questions-là, donc il faut commencer, là, à mettre en place des programmes
qui sont plus bénéfiques, surtout qu'en ce moment les programmes qui existent,
bien, ils creusent les inégalités parce que, finalement, c'est une catégorie de
propriétaires... parce que, même les propriétaires, il y a des propriétaires à faibles revenus qui n'arrivent pas non plus, là, à
se qualifier pour les programmes, là, ce n'est pas juste une question de locataires versus propriétaires, donc... puis
on... donc on a des gens qui vont être exclus, là, complètement, des logements
qui ont une bonne performance énergétique,
puis ça a des impacts sur la santé, puis ça, c'est des coûts qu'on paie, aussi,
collectivement, là, en soins de santé.
• (12 h 30) •
Mme Guillemette
(Roxanne) : ...
Le Président
(M. Montigny) : ...madame.
Mme Guillemette
(Roxanne) : ...ajouter que c'est un peu indécent qu'au Québec on se
laisse... on laisse la possibilité aux propriétaires de louer des immeubles qui
sont invivables, qui sont remplis de moisissures, où ce n'est pas possible d'habiter. Donc, c'est... Je vous
retourne peut-être la question : Pourquoi on ne veut pas mettre des lois
en place, peut-être un système de cotation
énergétique, tout en prenant en compte qu'on ne veut pas trop d'augmentations, pour
que les locataires puissent continuer à y habiter? Mais il y a des moyens, là,
législatifs pour améliorer le bâti.
Le Président (M. Montigny) : C'est
le moment, à ce stade-ci, de laisser la parole au député de Rouyn-Noranda—Témiscamingue,
pour une période de 1 min 2 s.
M. Bernard : ...merci, M. le
Président... Excusez. Mme Laurin-Dansereau, Mme Guillemette, je vous
remercie beaucoup d'être ici. J'ai, naturellement, regardé vitement
votre mémoire, puis il était vraiment essentiel qu'on l'ait soulevé.
Premièrement, la notion de précarité énergétique, je ne l'avais jamais
entendue, donc, puis votre mémoire est bien fait, il l'explique bien, puis on
voit que c'est multifactoriel, ça touche autant du côté des revenus que pour
les locataires qui sont pris dans des habitations ou des logements qui ne sont
vraiment pas adéquats.
Je
ne vous pose pas de question, je vous fais... simplement vous remercier, parce
que l'ACEF n'est plus, maintenant, présente à Rouyn-Noranda, d'ailleurs,
que vous mentionnez dans votre mémoire, le nombre de débranchements, mais, en tant que député, c'est un dossier qui
nous arrive fréquemment, des gens qui viennent nous voir pour être rebranchés pour
différentes raisons et autres, puis on réussit à le faire.
Le Président
(M. Montigny) : Merci...
M. Bernard :
Alors, je suis très sensible à votre mémoire puis à votre... Merci de votre
présence.
Le Président
(M. Montigny) : Le temps est maintenant écoulé.
C'est maintenant le
moment de céder la parole à Mme la députée de Mille-Îles pour
9 min 32 s.
Mme Dufour :
Merci, M. le Président. Merci, mesdames... bon, Mmes Laurin-Dansereau
et Guillemette, pour votre présence et votre
mémoire, qui est quand même très exhaustif, là, il est quand même assez
volumineux. Vous avez mentionné,
là... vous avez parlé beaucoup de la précarité énergétique. C'est un enjeu, des
gens arrivent difficilement à payer leur facture d'électricité, mais ce
n'est pas nécessairement parce que la facture d'électricité a beaucoup
augmenté, mais il y a certainement une pression beaucoup plus grande, dans les
dernières années, des coûts de loyer, j'imagine. Ça, on a dû vous en parler
beaucoup, là.
Mme Laurin-Dansereau
(Émilie) : Oui, effectivement. Bien, c'est pour ça qu'on dit : La
précarité énergétique, c'est vraiment trois causes : manque de revenus,
conditions de logement, coût de l'énergie, puis c'est les trois ensemble, quand
même, donc on ne peut pas juste en prendre un. Puis, quand on dit «manque de
revenus», bien, évidemment, c'est des revenus trop bas, mais ça peut aussi être
lié au fait qu'il y a des dépenses contraintes, là, des dépenses fixes, donc logement puis alimentation, tout ça augmente, ce
qui laisse moins de marge de manoeuvre après. Une fois qu'on a payé le loyer,
bien, il ne reste plus rien, là, pour payer, finalement, l'épicerie. Ça fait
que c'est sûr que l'augmentation des loyers, c'est un facteur important,
là, qui contribue. C'est pour ça qu'on dit que la crise du logement contribue à
exacerber, là, la précarité énergétique.
Mme Dufour : Oui,
tout à fait, puis il y a des logements... souvent, les loyers les plus bas
sont, malheureusement, des logements mal isolés. On a vu beaucoup,
beaucoup de cas. Et en tant que porte-parole du dossier de l'habitation, là, c'est quelque chose... je suis bien au fait. Vous, vous
nous dites, là, qu'on devrait investir massivement dans la rénovation des
logements et prioritairement les passoires énergétiques. Vous voyez ça comment?
Comment ça pourrait s'opérer sur le terrain? Puis je vous mets juste en
contexte qu'il y a un projet de loi, le projet de loi n° 41,
sur l'efficacité énergétique des bâtiments, qui a été adopté plus tôt cette
année et qui prévoit éventuellement un système de cotation de bâtiments et une
façon d'investir, mais avec une priorité, on commencerait avec les bâtiments
industriels plutôt qu'avec les bâtiments résidentiels. Donc, vous, vous voyez
ça comment, compte tenu de cette information-là?
Mme Laurin-Dansereau (Émilie) : Bien,
vous avez raison de dire que c'est... les gens avec moins de revenus vivent
dans des logements moins bien isolés. C'est un peu une roue qui tourne,
là : ils ont moins de revenus, ils vivent dans des logements moins isolés,
puis parce que le logement est moins bien isolé, ça augmente la facture. Mais
c'est le manque de revenus qui les rend captifs de ces logements-là,
finalement, tu sais, donc c'est un cercle vicieux duquel c'est difficile de
sortir.
Tu sais, on manque beaucoup de données pour bien
comprendre le problème de précarité énergétique, autant au niveau de qui sont
les ménages qui sont touchés, parce que comme c'est un problème multifactoriel,
ce n'est pas uniquement les ménages à faibles revenus, il y a des ménages qui
ne sont pas à faibles revenus qui sont aussi victimes de précarité énergétique.
Donc, on les connaît, tu sais, nous, on les connaît, on les rencontre, là,
mais, je veux dire, avoir une connaissance plus fine et théorique, là, de la
question, on ne sait pas tant ils sont où, ni c'est qui. Et même chose pour les
logements aussi, on connaît peu l'état du bâti au Québec. Donc, pour nous, déjà
d'avoir une cotation énergétique sur le bâtiment, ça pourrait être intéressant
pour comprendre elles sont où, les passoires énergétiques, c'est où que,
prioritairement, on doit faire les interventions. C'est sûr que, dans un monde
idéal, on les rénove tous, là, mais ça ne pourra pas tout être fait la même
année, donc faire un plan qui soit le plus près, là, des besoins du terrain.
Mme Guillemette (Roxanne) : Puis
j'ajouterais également qu'on n'est pas un organisme en logement. Donc, je vous
invite peut-être, dans vos prochaines commissions... Je sais que c'est des
groupes de base, mais les organismes en défense des droits des locataires sont
aussi à même de venir parler, peut-être mieux, de l'expérience du côté logement,
locataire.
Mme Dufour : Merci beaucoup.
Pour pallier à... Parce que, là, je pense que tout le monde convient que, les tarifs d'électricité, si on construit, si on
investit massivement dans la production de nouvelle électricité, éventuellement,
les tarifs vont augmenter parce que le coût, là, du nouveau kilowattheure va
coûter beaucoup plus cher, tu sais, à produire que celui... le patrimonial. Il
y a un fonds d'aide qui est prévu dans le projet de loi. Mais vous, vous dites que le projet de loi ne propose aucune mesure
conséquente pour lutter contre cette précarité énergétique. Donc, j'aimerais
vous entendre sur ça, là, qu'est-ce... pourquoi le fonds d'aide, pour vous, ça
ne répond pas à la... à cet élément-là.
Mme Laurin-Dansereau (Émilie) : Bien,
d'abord, le fonds d'aide, c'est difficile de se prononcer parce que le... la
mesure est extrêmement floue, à l'heure actuelle, puis c'est un peu un
fourre-tout. On ne sait pas exactement qu'est-ce que ça va être ni qui ça va
toucher, comment on va rejoindre les ménages. Puis c'est aussi facultatif, là,
tu sais, à la... tu sais, si le gouvernement veut, mais c'est... il n'est pas
obligé de le faire. Donc, ça rend quand même les ménages à la merci des choix
politiques.
Puis, pour
nous, bien, de venir... si on dit que c'est le 3 %, parce que c'est
beaucoup ça qu'on a entendu, bien là, on vient compenser les ménages, tu
sais, les aider avec... pour compenser les hausses de tarifs. Mais nous, on
pense qu'il faut trouver des solutions qui sont plutôt à la base du problème et
non pas une mesure qu'on pourrait dire, un peu,
un... venir mettre un plasteur sur le problème, donc s'attaquer vraiment aux
causes structurelles, protéger en amont les consommateurs. On a dit : Il y a trois causes à la précarité
énergétique, bien, ça prendrait des solutions structurantes pour chacune
de ces trois causes-là.
Puis aussi, tu sais, il faut regarder... Bien,
j'avais mis... on a fait un schéma, là, dans le mémoire, peut-être vous l'avez vu, mais pour montrer aussi que les
gens n'arrivent pas tous en situation de précarité énergétique par la même
porte. Donc, il y en a que ça va être plus le revenu, d'autres, c'est plus les
conditions de logement. Donc, d'avoir... Puis il y en a que c'est temporaire,
ils ont une situation difficile. Il y en a, ça va être... toute leur vie, ça va
être ça. Donc, il faut trouver des solutions
aussi qui tiennent compte vraiment, là, de la situation et du vécu de chaque
personne.
Mme Guillemette (Roxanne) : Puis
également, si on arrive à un programme d'aide qui est inclus dans une telle loi pour décarboner l'économie, si on arrive
à un tel... l'importance d'un tel programme, c'est qu'on a un peu fait
une décarbonation en laissant une certaine tranche de la population en plan.
Mme Dufour : Pour en revenir,
là, le fonds d'aide, si je comprends bien, dans le fond, il faudrait soutenir
les ménages les plus vulnérables. Le fonds d'aide, ce qu'on comprend, c'est que
ça pourrait être quelque chose qui serait un peu, disons, généralisé à
l'ensemble de la clientèle résidentielle pour limiter les hausses à 3 %.
Vous, ce que vous soulignez, c'est que... puis il y a d'autres groupes qui sont
venus parler de ça, que ce serait mieux... Je comprends qu'il y a des... il
faudrait investir dans les mesures structurelles, et tout ça, mais à plus court
terme, là, pour aider les ménages les plus
vulnérables à absorber la facture, dans le fond, d'autres groupes nous ont
dit : Bien, il faudrait vraiment plutôt quelque chose qui viendrait
soutenir ces ménages-là seulement, et non pas toute la clientèle résidentielle,
pour encourager, d'ailleurs, les grands consommateurs,
peut-être, à réduire. C'est ce qu'ils nous disaient. Vous en pensez quoi, de
ça?
Mme Guillemette (Roxanne) : ...pour
protéger les ménages, même à faibles revenus, c'est, premièrement, de les inclure dans une discussion collective. Là,
c'est sûr qu'on porte la voix de certaines personnes. Mais, à la base, si ces personnes-là n'ont pas choisi ces
investissements-là, n'ont pas envie que des usines viennent construire des
batteries, bien là, on les laisse en plan aussi.
• (12 h 40) •
Mme Laurin-Dansereau (Émilie) : Bien,
nous, on est quand même plutôt frileux, là, à l'idée de cibler un groupe en
particulier. Pour nous, l'électricité, c'est un service public puis c'est un
service essentiel, donc c'est pour tout le
monde. Et, quand on cible des groupes particuliers, bien, il y a des risques de
stigmatisation, aussi, qui peuvent faire en sorte que les gens ne vont
même pas demander l'aide parce qu'ils ont peur, là, du jugement ou des
préjugés. Donc, on vous parlait, notamment,
du phénomène de non-recours aux droits, aussi. Donc, quand c'est trop ciblé,
bien là, il y a le danger d'échapper des gens.
Puis il n'y a pas, tu sais, d'adéquation entre
la quantité d'énergie consommée et le revenu. On a toujours l'impression que les plus riches consomment plus,
mais ce n'est pas forcément vrai. Nous, on a vu beaucoup de trois et demie dans
Parc-Extension, à Montréal, par exemple, qui consomment plus que des «monster
houses» à Terrebonne parce que le logement,
il est mal isolé. Donc, ce n'est pas juste une question, là, de revenus. Puis
il y a des personnes plus riches qui
chauffent leur piscine l'été, mais qui passent l'hiver en Floride, donc, tu
sais, ça... au final....
Puis en Europe, par exemple, ils ont mis
beaucoup ça en place, des chèques énergie, puis partout, là, ils ont vu le
phénomène de non-recours, puis ils ont échappé des gens. Puis aussi on
dit : Bien, ce n'est pas seulement les personnes à faibles revenus. Donc,
si on met un plafond, bien, après ça, il y a tous ceux qui sont au-dessus,
modestes, mais qui seraient quand même en
situation de précarité énergétique, qui en auraient besoin, puis le pourcentage
qui est... qu'ils consacrent à la facture d'énergie est trop élevé,
bien, eux, ils ne se qualifieront pas, là. Puis nous, on pense que c'est plutôt
la régie qui doit déterminer les tarifs, pour terminer, en 30 secondes.
Mme Dufour : Il reste très peu
de temps, mais je voulais juste vous dire que je vous ai entendues. Pour ce qui est de la... que les... ces gens-là devraient
faire partie, dans le fond, de la conversation, nous, on... je le
rappellerai, là, qu'on avait demandé qu'il y ait une conversation nationale,
une commission itinérante qui aille à la rencontre de tous les Québécois pour
discuter, justement, de nos besoins futurs, et ça aurait permis, justement,
d'aller à la rencontre de ces gens-là. Merci beaucoup.
Le Président (M. Montigny) : Merci
beaucoup. Je cède maintenant la parole au député de Maurice-Richard pour
3 min 11 s.
M. Bouazzi : Merci. Vous avez
parlé un peu... évoqué l'aspect régressif, en fait, des revenus que l'État
ferait sur le... les bills d'électricité, les factures d'électricité. Est-ce
que vous pouvez développer un peu?
Mme Laurin-Dansereau (Émilie) : Pourquoi
on dit que c'est régressif? Bien, parce que c'est le même tarif pour tout le
monde, et donc ça fait en sorte que plus on est pauvre, plus on paie un
pourcentage important de nos revenus pour la facture d'électricité, alors que
les impôts sont plus progressifs parce que plus on fait d'argent, plus on
contribue. On voit que la moyenne pour le paiement, là... du revenu consacré au
paiement de la facture, au Québec, c'est
autour de 3 %, alors que les ménages à faibles revenus vont payer, là,
facilement 8 %, 9 %, 10 % de leurs revenus, et on a vu
des gens que c'est même plus que ça, là.
M. Bouazzi : Puis vous avez
aussi dit que les personnes les moins nanties sont plus souvent dans des
maisons mal isolées par rapport aux plus nantis. Ça fait qu'en plus leur 20°
leur coûte plus cher, de toute façon.
Mme Laurin-Dansereau (Émilie) : ...ne
l'atteindront jamais, ils vont chauffer... Nous, on a eu des gens qui nous ont dit : Moi, je chauffe beaucoup, puis
je n'ai jamais vu plus que 16° dans ma chambre, ou ils vont faire le choix eux-mêmes — bien,
un choix, entre guillemets, là — ils vont prendre la décision de baisser
le chauffage pour essayer d'économiser, là, sur la facture. En fait, on
critique beaucoup les ménages en disant qu'ils consomment trop, en ce moment,
mais il y a beaucoup de gens qui s'autorestreignent puis que, pour leur santé,
ils auraient besoin de consommer davantage.
M. Bouazzi : Hier, on a reçu
les représentants du patronat qui nous ont dit qu'il fallait laisser de côté
l'interfinancement et assumer vraiment, avec un front qui leur est propre, le
fait que les factures d'électricité vont donc augmenter plus vite pour les
particuliers que pour les industries. On a aussi reçu toutes sortes
d'industriels qui nous ont expliqué à quel
point c'était important que l'électricité patrimoniale n'augmente pas puis,
évidemment, qu'ils aient droit à une grosse partie, etc. Dans votre
mémoire, vous dites que l'électricité patrimoniale doit rester réservée aux
particuliers. Est-ce que vous pouvez développer sur cette idée?
Mme Laurin-Dansereau (Émilie) : Bien,
pour nous, c'est une solution qu'on peut mettre en place pour limiter les
hausses de tarifs. Électricité patrimoniale, interfinancement, c'est quand même
des résultantes du pacte social aussi. C'était, à la
base, pour remercier les Québécois d'avoir pris le risque financier de mettre
en place Hydro-Québec. Puis l'interfinancement, entre autres, c'était aussi
parce qu'on a voulu inciter les gens à changer leur système de chauffage pour
passer du gaz mazout à l'électricité. Donc, si on l'abolit maintenant, bien,
c'est un peu aussi comme si on ne respecte plus notre part du contrat :
maintenant que tout le monde a changé, bien là, vous allez payer le gros prix.
Mais il faut penser, tu sais, les gens ont déjà de la difficulté à payer la
facture d'électricité; si on abolit
l'interfinancement ou si on ne réserve pas le bloc patrimonial, bien, ça va
faire augmenter, là, vraiment beaucoup la facture, on risque d'arriver à
un choc tarifaire, puis les gens, ils n'y arriveront juste plus.
M. Bouazzi : Et vous me
laisserez rajouter que, si la plus grosse partie de l'électricité dont on va
avoir besoin à partir de maintenant est pour l'industrie et qu'on répartit
proportionnellement notre électricité patrimoniale, bien, plus ça va, plus on
fait des cadeaux à...
Le Président (M. Montigny) : Merci.
Je cède maintenant la parole au député de Jean-Talon,
2 min 25 s.
M. Paradis : Vous nous dites,
dans votre mémoire, que malgré la promesse du gouvernement de limiter les
hausses de tarifs à 3 %, le projet de loi n° 69 ne comporte aucune
mesure concrète en ce sens. Et vous continuez en disant que, si le projet de
loi, il est adopté tel quel, ce que ça va vouloir dire, c'est, pour les
contribuables, pour toutes les citoyennes et citoyens, des augmentations de
coût pour l'électricité. C'est bien ça?
Mme Laurin-Dansereau (Émilie) : C'est
ça qu'on dit.
M. Paradis : Et ce que vous nous
rappelez, tout de suite après, c'est que... Là, on a beaucoup entendu ici, en
commission, des gens nous dire : Ah, bien, il y a des gens en résidentiel
qui ne paient pas ce que ça coûte vraiment, produire de l'électricité, puis ce
n'est pas juste, ils veulent rééquilibrer ça. C'est ce qu'on appelle
l'interfinancement. Vous, vous nous arrivez
avec l'argument de la justice sociale, mais de l'autre côté, en disant que, là,
actuellement, il y a un travail de
décarbonation à faire et que, le projet de loi n° 69, ce qu'il fait
actuellement, c'est qu'il fait porter le fardeau de cette transition-là
sur ceux qui ont le moins contribué à la crise climatique. C'est ce que vous
dites?
Mme Laurin-Dansereau (Émilie) : C'est
ce qu'on dit.
M. Paradis : Pourquoi?
Mme Laurin-Dansereau (Émilie) : Bien,
en utilisant les tarifs d'électricité pour financer la transition, ça fait
porter une proportion injuste des coûts de la transition sur les ménages à
faibles revenus, qui sont ceux qui ont le moins contribué à la crise
climatique. Pour nous... bien, je vais le répéter, mais la décarbonation, c'est
important, mais c'est une cible politique
puis c'est collectivement qu'on doit y arriver. La diminution des gaz à effet
de serre, c'est bon pour tout le monde, ce n'est pas bon seulement pour les
clients d'Hydro-Québec. Donc, c'est collectivement qu'on doit financer
la transition, ce n'est pas la responsabilité des clients d'Hydro-Québec,
d'autant que ça va impacter particulièrement, là, les ménages à faibles revenus
qui y ont moins contribué.
M. Paradis : Une autre chose
qu'on a beaucoup entendue, c'est que, là, il faut envoyer un signal de prix,
parce que, là, on dépense trop d'énergie, donc il faut monter les prix des
gens. Et là vous nous rappelez, vous, que ça a été démontré qu'il n'y en a pas,
d'élasticité, que les gens qu'on vise, ils ne seront pas capables de changer
leur consommation parce que, comme vous le disiez tout à l'heure, les grandes
maisons ou des logements mal chauffés... C'est bien ce que vous dites, c'est
que ça ne marchera pas, ça?
Mme Laurin-Dansereau (Émilie) : Ça
ne marchera pas. Les gens n'ont pas la capacité de réagir au signal de prix en
électricité résidentielle, puis ceux qui avaient la capacité, ils l'ont déjà
fait le plus possible. Mais il y a beaucoup
de facteurs qui influencent la consommation puis c'est souvent des facteurs sur
lesquels on n'a pas de contrôle : l'âge des habitants, le nombre de
personnes dans le logement, le lieu d'habitation...
Le Président (M. Montigny) : Merci.
Je vous remercie pour votre contribution aux travaux.
La commission suspend ses travaux jusqu'à
14 heures.
(Suspension de la séance à 12 h 49)
(Reprise à 14 h 03)
Le Président (M. Montigny) : À
l'ordre, s'il vous plaît! La Commission de l'agriculture, des pêcheries, de l'énergie
et des ressources naturelles reprend ses travaux. Je demande à toutes les
personnes dans la salle de bien vouloir éteindre leurs sonneries d'appareils
électroniques.
Nous poursuivons les consultations particulières
et auditions publiques sur le projet de loi n° 69, Loi assurant la
gouvernance responsable des ressources énergétiques et modifiant diverses
dispositions législatives.
Cet
après-midi... voici l'ordre du jour de cet après-midi :
M. Jean-François Blain, Nature Québec et l'Alliance de l'énergie de
l'Est.
Maintenant, sans plus tarder, je souhaite
maintenant la bienvenue à M. Jean-François Blain. Je vous rappelle que vous allez disposer de 10 minutes pour
votre exposé, puis par la suite nous procéderons à un échange avec les membres
de la commission. Je vous invite tout de suite à vous présenter et à débuter
votre exposé maintenant. Merci.
M. Jean-François
Blain
M. Blain (Jean-François) : Merci,
M. le Président. Alors, merci à tous les membres de la commission. Bonjour, Mme la ministre, députés, membres des
partis d'opposition. M. le Président, une demande spéciale pour vous,
parce que j'ai toujours plus de contenu que le temps accordé, faites-moi un
signe quand il restera deux minutes puis une minute, ce sera apprécié.
Le Président (M. Montigny) : Avec
plaisir.
M. Blain (Jean-François) : J'ai
énormément de matériel à partager avec vous. Le document déposé fait
37 pages, dont la partie principale est le mémoire que j'ai préparé
conjointement avec Bertrand Schepper et qui a été publié par l'Institut de
recherche et d'informations socioéconomiques, l'IRIS, d'ailleurs, déposé au cabinet de Mme Fréchette dès
la fin de la semaine dernière, auquel s'ajoutent cinq annexes que je ne
pourrais pas aborder dans le détail. Je vais simplement faire une énumération
rapide, une description sommaire des documents pour... en guise d'introduction,
après quoi je commencerai mon développement de ce qui m'apparaît être les
enjeux fondamentaux. Alors, donc, aux fins de cette présentation-là, j'adopte comme
mien le mémoire préparé conjointement et publié par l'IRIS intégralement et je vous énumère simplement, de façon descriptive
et rapide, le contenu couvert par les cinq annexes qui se sont
rajoutées.
D'abord,
l'annexe A est une représentation détaillée des volumes d'approvisionnement et
des coûts d'approvisionnement que nous
allons encourir d'ici 2035 selon les valeurs unitaires revenus et coûts, de
même que les volumes d'approvisionnement additionnels prévus en vertu du
plan d'action 2035 d'Hydro-Québec et son plan en approvisionnement
actuellement en vigueur. J'ai rajouté à l'annexe A... en fait, c'est une
reproduction des graphiques 2 et 3 du document principal. J'ai rajouté
simplement la colonne 2035, parce qu'il y avait seulement la colonne 2050
à l'horizon de décarbonation, puis évidemment, si on regarde ça, on peut se
dire : Bien, on aura le temps de
rectifier le tir, mais, non, d'ici 2035, on a un projet qui est déjà sur la
table, c'est le plan d'action d'Hydro-Québec, avec des conséquences énergétiques
et financières immédiates.
À l'annexe B, bien, c'est une estimation
détaillée de l'impact du plan d'action 2035 d'Hydro-Québec sur les tarifs.
Sommairement, on calcule, de la façon la plus conservatrice possible, que ce
sera un impact cumulatif de l'ordre de 65 % à 75 % sur les
11 prochaines années, donc entre 5,2 % et 6,3 % par année en
moyenne. Il y a aussi, à l'annexe B, une illustration de ce qui constitue le
principal risque d'emballement tarifaire, et ce risque-là, c'est celui de la
non-concrétisation de la croissance des volumes de vente qui sous-tend le plan
d'action. Les volumes de vente, c'est le
dénominateur par lequel on divise les revenus requis d'année en année pour
déterminer le tarif. Si les volumes ne
se concrétisent pas, mais que les investissements et les approvisionnements ont
été engagés, on va devoir récupérer ces coûts-là sur un moins grand
nombre d'unités vendues.
À l'annexe C, là, ce qui est illustré, c'est
l'impact tarifaire des 2 500 mégawatts, à peu près, qui ont été accordés par votre prédécesseur, Mme la ministre,
des blocs de puissance accordés principalement dans la filière batterie,
les nouvelles filières dites vertes — acier vert, hydrogène vert — de
même qu'à un certain nombre de centres de données. Donc, il y a une mesure
précise de l'impact tarifaire de ces volumes d'électricité là qui ont été
consentis à des investisseurs industriels. C'est la mesure, en fait, précise de
l'écart entre les revenus qui seront générés au tarif L, en prenant un tarif L de départ de 2024, et les
coûts d'approvisionnement qu'on va devoir engager, qui sont de l'ordre
de plus... de deux fois plus élevés que les
revenus qui seront générés. Ça se traduit par une dette à éponger, sur le plan
tarifaire, de l'ordre de 23 milliards de dollars sur les
20 prochaines années.
À l'annexe D, puisqu'on vient de parler des
clients industriels et des volumes qui leur ont été consentis, c'est
l'illustration des volumes de vente au tarif L, la proportion des volumes de
ventes au tarif L qu'ils se sont prévalus et qu'ils bénéficieront possiblement
jusqu'en 2032... du rabais offert en vertu du programme d'aide au financement
de l'investissement, payé par le ministère des Finances. D'ailleurs, il n'y a
pas eu de mise à jour de ça depuis la fin 2023, qui était la date limite
pour le dépôt des demandes.
À l'annexe E, j'aborde, en parallèle,
différentes options parmi celles qui ont été proposées pour assurer la
protection des acquis patrimoniaux, notamment l'idée de plafonner les tarifs
résidentiels, et d'autres propositions. Alors, je les examine avec leurs
avantages et inconvénients respectifs. Et, pour conclure, l'annexe E, il y a
également un document de travail qui a été partagé dans des échanges avec
Hydro-Québec, et je pensais que c'était utile de le rendre public et de l'offrir à la réflexion du ministère comme les
oppositions, comme quoi on a des façons d'améliorer le signal de prix
des différents tarifs, des différentes catégories tarifaires, et de rapprocher
du coût marginal les niveaux de consommation qu'on considère excessifs, tout en
protégeant le coût moyen ou les acquis patrimoniaux pour les niveaux de consommation les plus faibles et qui sont dédiés aux
usages de base, donc, sans pénaliser personne.
Le projet de loi n° 69 a suscité de grandes
interrogations, pour ne pas dire de grandes inquiétudes, dans la société civile
avec laquelle... au milieu de laquelle, finalement, je navigue, et, comme
analyste indépendant dans le secteur de l'énergie, je peux vous dire que j'ai
rarement vu, au cours des 25 dernières années, une telle mobilisation, coordonnée sur le plan de la réflexion, entre tous les
acteurs de la société civile, ce qui témoigne de l'importance et des conséquences que ce projet de loi là pourrait
avoir à tous égards, non seulement d'un point de vue économique, mais
quant à la réalisation même d'une décarbonation de notre économie et aussi sur
le plan environnemental et social, je mentionnerai même, et j'y reviendrai, sur
le plan de la cohésion démocratique.
Donc, depuis
un an, la plupart des acteurs, groupes sociaux, représentants de différents
groupes de consommateurs, groupes environnementaux, grandes centrales
syndicales, à tour de rôle, Institut de recherche en économie contemporaine,
l'IRIS plus récemment, les HEC Montréal, l'institut de recherche Trottier de
Polytechnique, tous ont, à leur propre initiative, organisé ou participé à
différents colloques, différents débats publics sur les enjeux soulevés par le
projet de loi n° 69.
• (14 h 10) •
Ce projet de loi là, ce qui est problématique,
c'est qu'il est présenté sous le principal motif d'amorcer une transition énergétique, mais la transition
énergétique, aujourd'hui, en 2024, ça veut dire commencer à réduire notre usage
d'énergies fossiles, et pour ça, ça prend un dispositif. Ça prend un dispositif
assorti de moyens précis, de moyens qui sont contraignants, d'objectifs
de réduction à des échéances déterminées, et ça prend aussi un mécanisme de
suivi et de reddition de comptes. On n'a
rien de ça sur la table. On n'a pas de plan de décarbonation contraignant,
garant de résultats devant nous.
On n'a pas
non plus de plan financier du gouvernement. On a, par délégation de
responsabilités, le plan d'action d'Hydro-Québec
avec des investissements prévus de l'ordre de 160 à 180 milliards de dollars
d'ici les 11 prochaines années. 180 milliards de dollars, soit
dit en passant, c'est à peu près le double de la valeur totale d'Hydro-Québec
au 31 décembre 2023 pour mettre les
choses en perspective. Et ce plan d'action là, ce qu'il va faire, c'est qu'il
va engager des dépenses colossales qui devront être ponctionnées à
partir des tarifs de la collectivité, et ce qui est absurde dans cette
approche-là, c'est qu'on risque... on ne risque pas, on va faire porter au
tarif d'électricité de la collectivité — la forme d'énergie propre qu'on devrait vouloir favoriser — les
coûts générés par les externalités économiques, sociales et
environnementales de l'usage des produits des énergies fossiles. Alors, c'est
exactement le contraire du principe de
causalité des coûts qui nous inciterait et qui devrait nous amener à
réinternaliser la valeur de ces dommages-là dans le prix des produits
pétroliers.
Le dernier problème, et non le moindre, c'est
l'absence d'un processus adéquat. Ça fait maintenant au moins deux ans qu'à peu près tous les groupes concernés
et tous les acteurs de la société civile réclament un débat à la hauteur
de ce que requiert la planification d'une
transformation aussi profonde que celle-là, amorcer une transition énergétique,
ce qui implique non seulement de remplacer des énergies fossiles par des
énergies propres, mais aussi de remplacer des
équipements, des procédés industriels, des véhicules tant pour les ménages que
pour les entreprises. Leur capacité n'est pas uniformément répartie. Les
coûts et les bénéfices de la transition énergétique ne seront pas uniformément
répartis, et c'est une raison de plus qui devrait nous inciter à être d'une
grande prudence et même parcimonieux dans la hiérarchisation des moyens.
Le
Président (M. Montigny) : Très bien. Merci beaucoup. Alors, maintenant,
c'est la période d'échange avec les membres de la commission. Mme la
ministre, je vous laisse la parole, vous avez 16 min 30 s.
Mme Fréchette : Merci. Merci,
M. le Président. Alors, merci, M. Blain, pour votre présence, pour votre participation, pour l'élaboration d'un mémoire
avec beaucoup de matière. Je sais que vous y avez travaillé ardemment, là, on
en parlait tout à l'heure. Donc, entrons dans le vif du sujet. Je vous poserai
quelques questions, de même que mes collègues.
Alors, bien,
d'une part, vous expliquez, dans votre mémoire, là, que, selon vous, les
prévisions d'Hydro-Québec qui
apparaissent dans le plan, donc, et qui présentent une augmentation de
production d'électricité de 100 à 200 térawattheures d'ici 2050, vous
les considérez comme étant irréalistes. À moins que je me trompe, là, précisez
la nature de votre analyse là-dessus, mais je me demandais, en fait, quelles
sont vos estimations à vous de hausses que vous considéreriez comme étant
réalistes en comparaison de celles offertes par Hydro-Québec?
M. Blain (Jean-François) : C'est
une bonne question, une question de base. D'abord, le plan d'action d'Hydro-Québec, à l'horizon 2035, vise l'ajout de
60 térawattheures d'énergie en disponibilité, 8 000 à 9 000
mégawatts de puissance additionnelle. Ça, c'est une trajectoire, si on
la projette de façon linéaire jusqu'en 2050, qui reflète un objectif puis là un
peu leur référence, là, un objectif linéaire d'ajouter au total 150
térawattheures d'électricité par rapport à notre consommation actuelle en,
disons, 2024 d'un peu moins que 180 térawattheures.
Alors, votre sous-question, donc... donc là,
première chose, je constate qu'Hydro-Québec elle-même ne met pas un scénario qui impliquerait de doubler notre
capacité de production... un scénario un petit peu plus conservateur, et
aussi, à l'intérieur de ce scénario, d'un ajout de 150 térawattheures à
l'horizon 2050, bien, il y a un relèvement des objectifs d'efficacité énergétique de 15 à 20 térawattheures. Donc,
Hydro-Québec considère que la transition énergétique, si elle devait se
réaliser, pourrait se faire avec 120 à 130 térawattheures de capacité de
production additionnelle, auxquels s'ajouterait une vingtaine de térawattheures
obtenus par la remise en disponibilité de capacité dont on dispose déjà, mais
qu'on pourrait éviter de consommer.
C'est à peu près ça, le portrait, et moi,
personnellement, si vous me demandez mon opinion d'analyste, bien, il y a
plusieurs des... il y a plusieurs des raisons pour lesquelles, en fait, j'en
viens à une conclusion qu'effectivement on
pourrait faire une décarbonation complète de l'économie du Québec pour
possiblement autour de 120 térawattheures, notamment parce que, bien, il
y a une partie des usages des énergies fossiles qui ne sont pas énergétiques,
entre 4 % et 5 %, qui sont de l'énergie... en
fait, c'est des sources d'énergies fossiles utilisées à des procédés
pétrochimiques, par exemple, et puis aussi qu'il y a
une proportion des usages des énergies fossiles aujourd'hui, dans le secteur
industriel en particulier, qui ne
sont pas électrifiables parce que les procédés... en fait, il n'y a pas
d'alternative aux procédés basés sur les énergies fossiles pour
l'instant.
Alors donc, si on met tout ça bout à bout, bien,
en fait, on ne peut pas décarboner à 100 % toutes les activités
économiques du Québec. Et puis j'oublie aussi un facteur important, c'est que,
pour ce qui est du transport, notamment, on a besoin d'une bien... en fait, on
a un facteur d'efficacité beaucoup plus élevé pour la propulsion des véhicules
en utilisant l'électricité qu'en utilisant les énergies fossiles, qui peut se
traduire par une perte de chaleur jusqu'à...
dans une proportion de 90 %. Donc, le taux d'efficacité de l'énergie
consommée par un moteur pour la propulsion d'un véhicule est de l'ordre de deux à trois fois plus élevé quand on
utilise l'électricité plutôt que les énergies fossiles.
Toutes ces raisons-là mises bout à bout me
mènent à conclure que, si la décarbonation est vraiment l'objectif collectif qu'on se donne, on pourrait la réaliser
d'ici 2050 ou mieux pour à peu près... avec à peu près 120 térawattheures
de plus. Et puis, même là, c'est une estimation prudente, plutôt à la hausse
qu'à la baisse, là, oui.
Mme Fréchette : OK. Merci. Dans
quelle mesure est-ce que, à votre avis, on devrait s'en remettre aussi au
potentiel de la sobriété énergétique pour atteindre nos objectifs?
M. Blain (Jean-François) : Ah!
bien, ça aussi, c'est une très bonne question. Choisir de rajouter de la
capacité de production, c'est la façon la plus coûteuse et la plus risquée
financièrement, pour la collectivité, d'amorcer une décarbonation parce que ça
implique de produire de l'électricité, aujourd'hui, à un coût de 0,11 $ ou
0,12 $ le kilowattheure, alors que le coût moyen des approvisionnements
dont on dispose aujourd'hui, 90 % des volumes
étant de l'électricité patrimoniale à peu près à 0,035 $ et 11 % des
volumes étant des achats postpatrimoniaux d'une valeur de 0,11 $ à
0,12 $, donc la somme des approvisionnements dont on dispose déjà comporte
un coût moyen de 0,046 $ le kilowattheure, valeur moyenne pondérée. Et
donc on aurait... Évidemment, de là, ça coûterait deux à trois fois moins cher,
au bas mot, de mettre en... de remettre en disponibilité une partie de
l'énergie dont on dispose déjà en évitant de la consommer, donc, via des
économies d'énergie ou des réductions de nos besoins en puissance, surtout à la
pointe, que de choisir l'avenue la plus à risque et la plus coûteuse, qui est
de produire de l'électricité additionnelle à un coût de 0,11 $,
0,12 $ le kilowattheure, c'est-à-dire presque trois fois plus.
Mme Fréchette : OK. Est-ce que
vous pensez qu'Hydro-Québec pourrait à elle seule fournir le surplus d'énergie
qui sera requis ou il faut que le secteur privé y mette du sien également
puis... Voilà, quels avantages ou inconvénients que ça...
M. Blain (Jean-François) : La
première question à se poser, c'est... L'énergie additionnelle qu'on prévoit
produire ou dont on aurait besoin, dont il faudrait pouvoir disposer pour
remplacer les produits des énergies fossiles, bien, elle sera utile à condition
qu'on a un plan de décarbonation et qu'on commence à réduire notre consommation
totale de produits pétroliers et gaziers. Il n'y a aucun indicateur qui pointe
dans ce sens-là, là, pour l'instant. Il n'y a aucun indicateur qui pointe vers
même une amorce de décarbonation de notre économie.
Les chiffres de 2023, notre consommation totale
de carburant, ont été rendus publics par Statistique Canada ça fait à peine une
semaine, là, c'est 9,2 milliards de litres d'essence et 3,2 — ou
presque — milliards
de litres de mazout, donc, mettons 12,4 milliards de litres de carburant.
Je n'ai pas vérifié le coût moyen de l'essence et du mazout, là, c'est
vérifiable facilement sur le site de la régie, mais, si on prend une hypothèse
de 1,60 $ par litre, ça veut dire que nous avons dépensé collectivement à
peu près presque 20 milliards de dollars juste à mettre des carburants
dans des véhicules, et ça, c'est malgré la lente, mais, quand même, qu'il faut
mentionner, là, croissance de la proportion de véhicules qui sont de motricité
électrique au Québec.
Alors, il n'y a pas de diminution de notre
consommation, au contraire. Il n'y a pas de diminution du nombre de véhicules,
au contraire, il y a même une augmentation non seulement du nombre de
véhicules, du calibre de véhicules, du poids des véhicules sur nos routes,
alors, puis là je parle juste du secteur du transport. Je ne sais pas si ça
fait le tour de votre question. Oui?
• (14 h 20) •
Mme Fréchette : Oui,
oui, c'est bon. J'ai une autre question pour vous. Alors, bien, le projet de
loi, là, propose de réviser le rôle de la Régie de l'énergie. Alors,
comment est-ce que vous voyez que cette instance-là, la régie, là, puisse jouer
son rôle pour assurer un encadrement transparent, efficace, là, pour les
orientations énergétiques que l'on souhaite mettre en place?
M. Blain (Jean-François) : Oui.
Je reprends la conclusion de la dernière question parce que j'ai oublié un
élément important de votre question puis je reviens au rôle de la régie, est-ce
que... parce que le sens de votre question, c'est : Est-ce qu'Hydro-Québec
serait capable à elle seule...
Mme Fréchette : Peut à elle
seule, oui.
M. Blain (Jean-François) : ...oui,
de suppléer à tout ça? Oui, Hydro-Québec a des capacités de lever des emprunts dans des meilleures conditions
financières, à des meilleurs taux que n'importe quel compétiteur ou éventuel
partenaire privé. Mais, si on veut absolument qu'Hydro-Québec soit incapable de
fournir une tâche comme celle-là, il n'y a rien de mieux
que le scénario qui est actuellement mis sur la table, que j'appelle un
scénario pharaonique, qui va se traduire par une pression financière tant sur
Hydro-Québec que sur les tarifs, parce que ça demeure être ça, la pompe
financière, les tarifs de la collectivité, que ça va, en fait, discréditer soit
la société d'État soit sa capacité de tout faire dans ces circonstances-là.
Évidemment, la barre est mise tellement haute, mais de façon inutile, en
absence de plan de décarbonation qu'on ne
peut pas arriver à un autre résultat que la maison est en feu, Hydro-Québec
n'est pas capable. On aurait voulu le mettre en scène qu'on n'aurait pas
fait autrement.
Maintenant, le rôle
de la régie, bien, c'est essentiel. Moi, comme analyste, j'ai fait des dizaines
et des dizaines — je
ne les ai pas comptés — de
dossiers de réglementation depuis un quart de siècle, pas juste dans le secteur électrique, le secteur gazier aussi, et
quelques participations à des dossiers d'encadrement du prix des produits
pétroliers, et j'ai vu les intervenants les
plus aguerris, les plus préoccupés d'intérêt public, d'indépendance
institutionnelle de notre tribunal administratif, prendre à répétition
la défense de la régie au fur et à mesure que les gouvernements qui se
succédaient amendaient, et réamendaient sa loi, et réréréamendaient sa loi.
Donc, il y a une
question de séparation des pouvoirs qui n'a pas été respectée — puis
là ce n'est pas une accusation particulière au gouvernement actuel — par à
peu près tous les gouvernements depuis 25 ans, et puis, bien, les projets
de loi 34, puis 2, puis 13 que votre propre gouvernement a adoptés n'ont pas
amélioré les choses, tout au contraire. Ça a été des interventions qui ont eu
comme conséquence d'entraver une fixation des tarifs et des décisions
réglementaires, quant au secteur non seulement électrique, mais énergétique, à
répétition et puis sans... avec des résultats
qui, finalement, ne corroboreraient pas les intentions ni les objectifs visés
par votre prédécesseur, M. Fitzgibbon.
Et donc
l'indépendance de la régie... Je vois des éléments dans ce projet de loi là qui
accordent, d'une part, un peu plus de responsabilités à la régie, mais je vois
aussi, en contrepartie, des éléments qui accordent au ministre plus de pouvoirs
d'intervention encore. Alors, je me dis, bien, plus de délégation de pouvoirs,
quand c'est assorti de plus de possibilités d'intervention politique face à un
tribunal qui est supposé être non seulement compétent, mais indépendant, ce
n'est pas souhaitable.
Mme Fréchette :
En tout cas, on intègre dans la mission de la Régie de l'énergie un
objectif de transition énergétique. Donc,
ça, ça devrait contribuer à une prise de décision qui va être en concordance,
là, avec notre objectif de décarbonation d'ici 2050, là.
M. Blain
(Jean-François) : Ça, c'est une avancée intéressante, que de redéfinir
la mission élargie de la régie, mais pour
qu'elle puisse se prononcer et rendre des décisions susceptibles d'application,
encore faut-il qu'on ait un plan de décarbonation, qu'on ait un
dispositif pour ça et...
Mme Fréchette :
Bien, le plan de décarbonation viendra avec le PGIRE, là. On crée le cadre
qui fera en sorte que le PGIRE va devenir la référence, parce que, si on
adoptait un PGIRE sans avoir un cadre qui amène à cette référence-là commune,
c'est sûr qu'il vivrait par lui-même, mais sans impact réel. Donc là, à partir
du moment où le PGIRE... et après le projet
de loi qui permet un encadrement mieux défini, ça va aider à mettre en place le
plan d'action dont on aura besoin, mais...
M. Blain (Jean-François) : Oui.
Vous faites bien de m'amener sur le sujet du PGIRE, justement, parce que je voulais
conclure sur la question du processus, puis on va manquer de temps pour nos
échanges.
Mme Fréchette :
Oui, c'est ça, je voudrais céder la parole.
M. Blain (Jean-François) : Bien, rapidement, le PGIRE, la planification
intégrée des ressources, c'est d'abord un processus démocratique. Ce
n'est pas supposé arriver après un projet de loi qui nous annonce : On va
faire une transition puis on va faire... Non,
la planification intégrée des ressources, c'est d'abord réunir, et de façon
concertée, tous les acteurs concernés, les personnes compétentes pour
déterminer un objectif. Si c'est la décarbonation, l'objectif dont on convient collectivement, bien, après ça,
on définit les moyens qu'on va utiliser puis leur ordonnancement et, après
avoir convenu de l'objectif, déterminer les moyens...
(Interruption)
M. Blain (Jean-François) : ... — fermer
nos cellulaires — on
arrive à l'étape d'élaborer un projet de loi ou des règlements pour la mise en
oeuvre d'une feuille de route. Alors là, j'ai de la difficulté à constater, malheureusement,
que ce processus-là qui est proposé dans le projet de loi, il est tout à
l'envers, malheureusement. La planification intégrée des ressources, ça aurait
dû être commencé il y a trois ans, et toutes les questions fondamentales qui
sont énoncées dans le mémoire de l'IRIS, on
ne les a pas débattues, évidemment, on ne les a pas... on n'a pas de réponse à
ça, mais c'est des questions préliminaires qui sont inévitables.
Mme Fréchette :
Alors, comme je disais, bon, on crée le cadre, avec le projet de loi n° 69, pour faire en sorte
que le plan, le PGIRE, soit une référence commune, et puis on entend un
ensemble d'acteurs, dont vous êtes, pour, justement, prendre le pouls
des principaux acteurs concernés par le secteur énergétique et puis les défis
collectifs auxquels on fait face, et puis on
fera aussi une démarche de nature participative dans le cadre de l'élaboration
du PGIRE. Donc, c'est notre action,
c'est notre volonté aussi de s'inscrire dans cette idée de prise de
participation des principaux acteurs.
Bon, je vais m'arrêter ici
parce que je voudrais céder la parole à mes collègues qui ont aussi des
questions pour vous. Merci.
Le
Président (M. Montigny) : Merci. Pour 2 min 30 s, je vais
laisser la parole au député de Dubuc pour commencer.
M. Tremblay : Merci,
M. le Président. M. Blain, d'abord, je veux saluer votre intelligence.
Vous êtes visiblement un passionné. Je n'ai pas la prétention de votre
niveau d'expertise.
Ceci dit, quelques questions. Vous craignez des
partenariats financiers avec les communautés locales, avec les MRC, avec les communautés autochtones. Chez
nous, au Saguenay, terre d'accueil qui est privilégiée par ma collègue de Saint-Laurent, d'ailleurs, j'allais dire, il y
a du potentiel éolien, il y a du potentiel hydroélectrique aussi. Pourriez-vous
imager, nous permettre de mieux comprendre, s'il vous plaît?
M. Blain (Jean-François) : Oui,
oui. Depuis la nationalisation, on a... on a mis en commun, depuis la
nationalisation du secteur électrique... on a créé une société d'État dont
notre gouvernement est l'actionnaire unique et on a créé des processus
financiers qui consistent à mettre en commun nos ressources financières par
l'entremise de nos tarifs perçus par notre
distributeur monopolistique sur l'ensemble du territoire, qui versait des
dividendes et d'autres... et des
revenus sous d'autres formes, d'ailleurs, au gouvernement : redevances
hydrauliques, frais de garantie d'emprunt, je ne les nommerai pas
toutes. Et donc, par l'entremise de l'actionnaire public, il y avait, en
contrepartie de notre... de la mise en
commun de nos ressources financières, une redistribution universelle de la
richesse. Là, c'est un tout autre régime si on introduit des
partenariats dans chacun des projets ou dans chacune des filières. Puis les
aspirations des régions sont bien légitimes, là, non seulement sont légitimes,
mais sont réelles, c'est d'abord des aspirations d'avoir un peu d'oxygène
économique, des sources de revenus autonomes, ça, c'est clair, mais on n'a pas
besoin...
Le Président (M. Montigny) : 30 secondes.
M. Blain (Jean-François) : ...on
n'a pas besoin de morceler la propriété et l'actionnariat des projets, et donc,
graduellement, l'actionnariat de tous les projets dans lesquels participera
Hydro-Québec par la suite, parce qu'Hydro-Québec est elle-même promoteur de ces
partenariats-là, pour amener cet oxygène économique là aux régions. On pourrait prévenir toute forme de
surenchère des revendications, là, ou de distorsion dans la valeur économique
qu'on leur attribue, à ces partenariats-là,
en créant, par exemple, un fonds national de développement des régions dans
lequel Hydro-Québec serait tenue de verser annuellement 10 %, 15 %,
20 % de ses bénéfices et qui seraient répartis. C'est ce fonds-là qui serait alimenté à hauteur de centaines de millions
de dollars par année, selon des critères déterminés par les instances de toutes les communautés, la
FQM, en fonction du taux d'emploi, du taux d'éloignement, de la densité de
population, de sorte que les régions disposeraient d'une alimentation
financière statutaire garantie pour diversifier leur économie puis apporter
l'oxygène économique dont elles ont besoin.
• (14 h 30) •
Le
Président (M. Montigny) : Mme la députée de Saint-Laurent, c'est à vous.
C'est sur votre temps maintenant. Je vous cède la parole.
Une voix : ...
Le
Président (M. Montigny) : Non, non, c'est maintenant le temps de la députée
de Saint-Laurent. C'est votre temps à vous. Allez-y.
Mme Rizqy : Merci beaucoup, M.
le Président. Bonjour, M. Blain. Merci d'être avec nous. Merci pour votre
mémoire très détaillé.
Vous nous avez dit plusieurs choses, mais je
vais me concentrer sur un élément qui est très important, le PGIRE, planification. Vous avez dit que ça a été
fait à l'envers, qu'on aurait dû commencer il y a trois ans. Or, en 2020,
le gouvernement a signé un contrat pour la vente d'électricité avec New York,
puis par la suite, trois semaines après avoir signé le contrat, on nous
apprend : Bien, finalement, on manque d'énergie. Et là, rapidement, le
gouvernement s'est dit : Il faut
trouver une solution. J'ai l'impression qu'on est victimes, ici, du
gouvernement, de leur propre turpitude. Mais c'est intéressant, ce que vous
nous amenez, la planification aurait dû être faite il y a trois ans. J'ai
l'impression, pour reprendre la
formule consacrée par le premier ministre, qu'ils sont en train de construire
l'avion en plein vol. Ça me donne ça comme impression.
M. Blain (Jean-François) : C'est
une bonne... c'est un bon exemple que vous soulevez là, le contrat signé avec
New York, là. D'abord, d'abord, il faut que je précise une chose, quand on dit
qu'on est en surplus d'énergie, c'est Hydro-Québec, dans ses activités de
distribution et son obligation de servir tous les clients québécois, qui a engagé des achats sur la base de ses prévisions de
ventes à long terme, et ces prévisions-là ne se sont pas concrétisées,
et donc on a des livraisons à recevoir d'énergie éolienne, de toute filière, en
plus du volume d'électricité patrimoniale, qui
sont en excédent par rapport à nos besoins réels. Donc, on est... on se
retrouve en situation de surplus. Aujourd'hui, on nous dit, on
appréhende un déficit, mais un déficit par rapport à quoi? Par rapport au
niveau de ventes qu'on prévoit dans cinq ans ou dans 10 ans. Mais
évidemment, si la perspective de croissance des ventes d'Hydro-Québec sur les
11 prochaines années, là, ça serait 56 térawattheures de croissance
de la consommation d'électricité au Québec, ça ne s'avérera pas.
Mme Rizqy : Donc, quand vous
dites qu'ils ont vendu... Le déficit est en prévision des ventes. Est-ce qu'ils
ont vendu ce qu'ils n'avaient pas? En d'autres mots, est-ce qu'ils ont «shorté»
l'électricité?
M. Blain (Jean-François) : Oui,
il faut distinguer l'obligation de fournir d'Hydro-Québec, dans ses activités de production, qui est limitée au volume
d'électricité patrimoniale, 179 térawattheures par année, incluant pertes,
de sa marge excédentaire. Une fois qu'elle s'est acquittée de son
obligation de fournir l'électricité patrimoniale, il lui reste une marge excédentaire
de l'ordre de 35, maintenant, même 35 à 40 térawattheures par an, qu'elle
vend sur les marchés extérieurs. Là, on a
engagé deux contrats fermes d'une durée de 20 ans qui vont accaparer
10 térawattheures par année chacun.
Mme Rizqy : 20 et le second,
celui de New York, qui a été signé en 2020, c'est 25 ans.
M. Blain (Jean-François) : Bon.
Mais on a engagé de façon ferme à peu près 20 des 35 térawattheures qu'on peut exporter. Il reste
15 térawattheures sur 35 qu'on vend dans les marchés de court terme,
à discrétion, en fonction des prix qui prévalent. Ces
15 térawattheures-là, là, il n'y a rien qui nous empêche de les rapatrier
temporairement et de les ajouter à une réduction de notre consommation, donc
libérer une partie des kilowattheures à 0,045 $ dont on dispose déjà pour
amorcer la décarbonation. Ça se ferait, donc, à un coût bien inférieur à... par
rapport à celui de lancer d'immenses projets de production à 0,11 $,
0,12 $ le kilowattheure et plus. En toute logique financière, là, c'est ça qu'on devrait prioriser. Puis on lève,
après, l'argument : Oui, mais la réduction des émissions de GES, c'est une
affaire internationale, il ne faut pas se limiter à nos frontières. En
pratique, là, quand on vend de l'électricité à un client hors frontières, il
n'a pas de comptes à nous rendre après. Il n'y a aucune garantie qu'il
l'affecte en totalité ou même à 50 % à la décarbonation, ça peut être sa
propre croissance de la consommation, alors que, si on rapatrie ces térawattheures-là pour quelques années, nous, on a
la possibilité de les allouer, mais véritablement, à la décarbonation de notre
économie. Donc, voyez-vous, là, cette logique-là? Que la décarbonation se fasse
ici ou ailleurs, c'est quand même
contributif à la décarbonation et à la réduction des GES à l'échelle mondiale.
La différence, c'est que, si on dédie nous-mêmes l'excédent de
production dont on dispose à notre propre décarbonation, on est sûrs du
résultat.
Mme Rizqy : Mais vous avez
entendu le ministre de l'Environnement, hier, par rapport à l'allocation des
blocs d'énergie pour la décarbonation, il ne veut pas prendre d'engagements
là-dessus, là. Ça vous laisse sans mots?
M. Blain (Jean-François) : Le
ministre de l'Environnement... ça me laisse sans mots.
Mme Rizqy : D'accord. Tantôt, vous parliez que, maintenant,
les nouveaux kilowattheures, on parle de 0,12 $ le kilowattheure.
M. Blain (Jean-François) : Oui.
Mme Rizqy : C'est quand même très important, comme
augmentation, par rapport au bloc patrimonial. Il y a eu des projets qui
sont lancés, puis on a entendu des experts en matière d'énergie solaire qui
disaient que le coût avait grandement diminué. Puis, avec la technologie qui
s'accélère, non seulement les panneaux solaires diminuent, mais aussi les
batteries de stockage coûtent de plus en plus moins cher. Est-ce qu'on aurait
intérêt... Hier, on nous soulevait c'est autour de 0,07 $ à 0,08 $,
maintenant, le kilowattheure, alors est-ce que ça pourrait être une avenue,
aussi, à considérer pour l'autoproduction résidentielle, notamment, mais
aussi... Vous savez, toutes les entreprises qui
ont des gros toits, là, à qui on a donné des gros blocs d'énergie, vous savez
que, par exemple, eux, on ne leur a même pas demandé de faire leur propre
effort de guerre, à ces entreprises, pour avoir soit des panneaux solaires sur
leurs toits, mais aussi ce qu'on
appelle les murs énergétiques. Moi, j'en ai dans Saint-Laurent, c'est très
joli. Bien, il me semble que tout le monde devrait faire leur effort de
guerre.
M. Blain (Jean-François) : Il y
a un gros potentiel solaire inexploité. Il y a un gros potentiel géothermique
qui est complètement inexploité au Québec,
il y a différentes filières qui ne sont pas développées du tout. Maintenant,
quand on décide de diversifier nos sources d'énergie, il faut se poser la
question : Est-ce que cette forme d'énergie là, de la façon dont
elle va être produite, de la façon dont, par exemple, les clients résidentiels
ou même commerciaux, institutionnels, injecteraient dans le réseau le surplus
d'énergie solaire dont ils n'ont pas besoin pour leur propre consommation,
est-ce que ça réduit les coûts unitaires de desserte de l'ensemble de la
clientèle ou si, au contraire, ça contribue à augmenter les coûts unitaires? Ce
que je veux dire, c'est que, si vous ou moi, on a des panneaux solaires sur notre toit, là, mais qu'à la pointe... et
qu'on réduit, donc, la quantité d'électricité qu'on attend d'Hydro-Québec, vu qu'on
a un peu notre propre production, mais qu'à la pointe hivernale, nos panneaux
solaires, en absence de stockage et d'une autonomie prolongée, ne peuvent
pas... Bien, en fait, on ne peut pas suppléer à nos besoins de chauffage avec l'énergie solaire, là, pas très longtemps,
même si on avait des batteries, et donc le résultat, c'est qu'Hydro-Québec
vendrait, sur une base annuelle, des moins grands volumes d'énergie, aurait des
coûts, à la pointe, aussi élevés parce que les clients qui produisent une
partie de leurs besoins avec l'énergie solaire ne couvriraient pas leurs
besoins en puissance dédiée au chauffage. Et donc ce
qu'on appelle le facteur d'utilisation du réseau serait plus bas encore et les
coûts unitaires à récupérer, tant pour les investissements en production
d'Hydro-Québec elle-même et en transport et distribution, seraient non seulement
répartis sur un moins grand nombre de kilowattheures vendus, mais on aurait les
mêmes coûts à la pointe, avec une pointe hivernale encore plus disproportionnée
par rapport à la demande.
Mme Rizqy :
Mais hier on disait que les nouvelles batteries de stockage, ça pouvait
être de sept à 10 jours, maintenant, qu'il y a vraiment une nette
amélioration, parce qu'avant, c'était... on parlait de quelques heures, qu'une
batterie de stockage pouvait nous alimenter; maintenant, les nouvelles, on parle
de, carrément, sept à 10 jours. Évidemment,
si vous en avez deux, vous pouvez multiplier. Les nouvelles technologies qui
s'appellent le «plug and play», donc, on peut immédiatement se brancher
à la maison, avec le panneau solaire, avec la prise de courant, et on peut
carrément, même, retourner cette énergie. Ça existe, d'ailleurs, dans d'autres
marchés, notamment européens, et c'est vendu au grand public, là.
M. Blain
(Jean-François) : Mais là, Mme Rizqy, je ne fais pas un plaidoyer
pour disqualifier l'énergie solaire, ce dont
je vous parle, c'est de... justement, du... de l'importance du stockage. Et
puis on ne parle pas de petit stockage dans des batteries pour un
autoproducteur résidentiel, on parle de stockage de beaucoup plus gros calibre,
qui est, effectivement, un moyen de gestion
des pointes du réseau qui va se développer dans les prochaines années. Alors
là... Donc, la critique que je vous
faisais, là, était relative à la dispersion de plein de petites capacités
solaires entre des milliers d'autoproducteurs
qui se trouvent tous à avoir quand même besoin d'Hydro-Québec à la pointe
hivernale. C'est ça, la problématique dont je parlais.
Mme Rizqy :
Non, non, c'est très bien. Oui, oui, bien, merci.
M. Blain
(Jean-François) : OK. Il faut distinguer les deux, là.
Mme Rizqy :
Non, mais, au contraire, j'apprécie beaucoup votre éclairage, parce que c'est
très clair, et en fait on aimerait peut-être
vous garder pour le reste de l'étude détaillée. Mais, bon, je pense que ça
serait pertinent. Je ne sais pas si votre emploi du temps nous le
permet.
Et en terminant — il me
reste juste 20 secondes — est-ce qu'il y a quelque chose que vous
aimeriez ajouter à la commission?
• (14 h 40) •
M. Blain
(Jean-François) : Bien, en fait, je n'ai pas eu le temps de conclure
mon adresse à la ministre. Le processus, jusqu'ici, puis c'est un dossier dont
vous héritez, bon, dans les circonstances qu'on connaît, le processus a été tellement inadéquat par rapport à l'ampleur
des défis d'une transition énergétique, si on veut vraiment en mettre une
en place, là, je vous implore, à toutes fins
pratiques, de reconsidérer, non seulement sur le fond, le contenu du projet de
loi...
Le Président (M. Montigny) : C'est
maintenant le moment de céder la parole au député de Maurice-Richard.
M. Bouazzi :
Je vous laisse finir votre phrase. Vous l'implorez...
M. Blain
(Jean-François) : Je vous implore en pratique, Mme Fréchette, de
reconsidérer non seulement le contenu du
projet de loi dans son entièreté, de le mettre sur la glace. Il vous reste deux
ans à votre mandat gouvernemental, vous
avez le temps d'amorcer une véritable planification, un véritable exercice de
planification intégrée des ressources. Ça serait un très beau legs à
laisser plutôt qu'un fiasco.
M. Bouazzi :
Très rapidement, j'ai peu de temps. Merci beaucoup pour vos éclairages.
Moi, je vais rester sur, justement, toutes
les décisions qui ont été prises sans plan, en tout cas sans plan public, et
leur impact sur le prix que les
Québécoises et Québécois vont payer. Donc, à l'annexe C de votre mémoire, vous
chiffrez le coût des 2 500 mégawatts qui ont déjà été
distribués sur les 18 derniers mois par M. Fitzgibbon, c'est bien ça?
M. Blain
(Jean-François) : Oui.
M. Bouazzi : Je vois qu'étant donné
que le coût marginal, donc, de la nouvelle électricité est autour de
0,11 $, actuellement, et qu'on leur vend au tarif L, il y a une
perte de 190 millions la première année, 387, la deuxième. À partir de
2028, on dépasse déjà le milliard. Et, si on additionne tout ça sur
20 ans, on a perdu 22 milliards de dollars, juste avec les décisions
qui ont été prises sur les 18 derniers mois par M. Fitzgibbon, c'est
bien ça?
M. Blain
(Jean-François) : C'est ça, c'est le déficit des revenus générés au
tarif L par rapport au coût des approvisionnements additionnels qu'on va devoir
acquérir. En prenant l'hypothèse de départ du tarif L de 2024, le revenu
unitaire généré par le tarif L, 5,43 cents, et en prenant une hypothèse de
coût unitaire des approvisionnements en 2024
de 0,11 $ par kilowattheure, ce qui est moins que ce qui est déjà dans le
plan de coût, donc c'est conservateur, et en indexant ces deux coûts
unitaires de départ là, de 2 % seulement par année, ce qui, aujourd'hui,
est encore une hypothèse très conservatrice, on aurait 22,9 milliards de
dollars de déficit de revenus à éponger sur 20 ans.
M. Bouazzi :
Plus de 1 milliard par an. Vous avez aussi donné l'exemple de la
production du privé. On sait déjà que le privé prend une cote à chaque fois qu'on
vend de l'électricité, c'est à ça que sert le privé, le coût plus une cote,
c'est les revenus. Mais en plus vous dites : Oui, mais le privé, quand il
s'endette, il s'endette à un taux qui est supérieur
à celui d'Hydro-Québec, qui est, lui, par contre, le même que celui du
gouvernement du Québec, qui est à peu près
le plus bas possible. Donc, dans les coûts du privé, le taux associé aux prêts,
évidemment, est supérieur, et celui-là, bien, on va le payer, vous et
moi, à chaque facture.
M. Blain
(Jean-François) : Bien, en fait, le privé a une capacité d'emprunt et
la possibilité de lever des capitaux qui n'est pas celle d'Hydro-Québec, donc,
en principe, il y a effectivement un risque, de façon générale, que le
financement de leurs projets soit plus coûteux.
Le Président
(M. Montigny) : 30 secondes.
M. Blain (Jean-François) : Mais
ce risque-là, de toute façon, à partir du moment où il s'agit d'un engagement
d'achat d'Hydro-Québec, bien, il est
transféré à Hydro-Québec, qui le récupère dans les tarifs, donc le risque
financier est de toute façon transféré à la collectivité.
M. Bouazzi :
Et on le paie.
M. Blain
(Jean-François) : Oui.
M. Bouazzi : Et le dernier risque que
vous dites, c'est que, si on engage trop d'argent dans les développements
et qu'on ne vend pas tout de suite cette
électricité-là, bien, ça, ça va faire que ça va coûter encore plus cher parce
qu'on aura mal planifié nos affaires.
M. Blain (Jean-François) : C'est
ce que j'appelle le risque de déraillement et d'emballement tarifaire
principal, l'éventualité que la croissance des volumes de vente prévus
par Hydro-Québec ne se concrétise pas.
M. Bouazzi :
C'est un manque de planification qui va nous coûter cher.
Le Président
(M. Montigny) : Merci. C'est maintenant la parole au député de Jean-Talon.
Merci beaucoup. M. le député de Jean-Talon, c'est à vous.
M. Paradis :
Bien, continuons, justement, sur cette thématique. Vous dites, dans votre
mémoire, que la démarche privilégiée par le gouvernement actuel, qui a mené à
la présentation de ce projet de loi, n'a satisfait aucune des exigences préalables, n'a pas donné lieu à un
véritable examen des enjeux ni à un débat public qui soit à la hauteur
des défis posés par la transition énergétique. Si la ministre s'entête à
continuer avec ce projet de loi là puis ne répond pas à votre appel de retirer
le projet de loi, que plusieurs nous ont fait ici, c'est quoi, les risques?
Qu'est-ce qui va arriver?
M. Blain
(Jean-François) : Bien, c'est un risque de légitimité démocratique,
c'est un risque de cohésion, c'est un risque de... c'est un risque pour la
collectivité. D'abord, c'est un risque financier, et c'est un risque non
seulement de morcellement de la propriété entre une multitude d'intérêts
particuliers — je
dis «intérêts particuliers» parce que c'est
des capitaux privés mais mis au service de partenaires communautaires, Premières Nations, municipalités — mais ce n'est pas seulement un risque de
morcellement de la propriété par l'impartition de l'actionnariat, c'est un
risque, aussi, de morcellement de la cohésion quant à l'usage et à l'occupation
du territoire aux fins de la production
d'énergie et même du commerce de l'énergie, parce qu'il y a même des
partenariats en matière de transport qui ont... il y a un précédent,
déjà.
M. Paradis :
Parce que, notamment, vous dites, le projet de loi n° 69 prépare une
privatisation accélérée de la production et du commerce de l'électricité et que
ça va faire un renversement important du principe de mise en commun des ressources énergétiques et financières
et de redistribution universelle des bénéfices hérités de la nationalisation
du secteur électrique. Donc, ça veut dire, en fin de compte, c'est les gens qui
vont payer pour ça.
M. Blain
(Jean-François) : C'est nous tous, pas seulement d'un point de vue
financier, d'un point de vue de la cohésion, de la pertinence des choix et, je
dirais même, des processus décisionnels, de la cohésion démocratique, parce qu'une fois qu'on a attisé les attentes
économiques, financières de x partenaires en région, là, puis qu'on cède,
petit à petit, davantage de participation financière, donc
d'actionnariat...
Le Président
(M. Montigny) : 30 secondes.
M. Blain
(Jean-François) : ...c'est l'actionnariat d'Hydro-Québec qui s'égrène
à petit feu, puis c'est une dénationalisation par encerclement progressif.
M. Paradis : Et
vous dites que le projet de loi n° 69, avec le plan annoncé par
Hydro-Québec, pourrait entraîner des hausses tarifaires de 65 % à
75 % sur 11 ans et il va appauvrir les ménages, notamment. Mais
pourtant le projet... le gouvernement dit : On va vous limiter ça à
3 % par année.
M. Blain (Jean-François) : Oui.
Je pense qu'il y a un député qui a utilisé le mot «stratagème». Vous allez
voir, à l'annexe...
Le Président (M. Montigny) : Je
vous remercie pour...
M. Blain (Jean-François) : ...à
l'annexe E, la qualification du temps étant des options...
Le Président (M. Montigny) : Le
temps est écoulé, je suis désolé. Je vous remercie
beaucoup pour votre contribution aux travaux de la commission.
Je suspends les travaux quelques instants afin
de permettre au prochain groupe de prendre place. Merci.
(Suspension de la séance à 14 h 48)
(Reprise à 14 h 50)
Le
Président (M. Montigny) :
Nous reprenons nos travaux, et je souhaite maintenant la bienvenue à Nature
Québec. Je vous rappelle que vous disposez, donc, de 10 minutes
pour votre exposé, puis nous procéderons à la période d'échange avec les
membres de la commission. Je vous invite donc à vous présenter et à commencer
maintenant votre exposé.
Nature Québec
Mme Simard
(Alice-Anne) : Merci. Merci,
M. le Président. Mme la ministre, bonjour. Mmes et MM. les députés,
bonjour. Je m'appelle Alice-Anne Simard, je suis la directrice générale de
Nature Québec. Je suis accompagnée de Mme Anne-Céline Guyon, qui est
analyste Énergie et climat pour Nature Québec, et de Mme Emmanuelle
Rancourt, qui est la coordonnatrice de la
Coalition Sortons le gaz!. Alors, on a décidé, là, d'inviter à notre audition,
là, la Coalition Sortons le gaz!, dont
nous sommes membres, afin de présenter, là, leurs recommandations spécifiques
concernant la sortie du gaz dans les bâtiments et les industries.
Nature Québec, en tant qu'organisme qui oeuvre à
la lutte à la crise climatique et à la protection de la biodiversité, on a,
bien sûr, à coeur la transition énergétique du Québec, mais cette transition-là
ne doit pas être mise en oeuvre sans être en
harmonie avec le vivant. C'est donc dans cette perspective-là qu'on a étudié le
projet de loi n° 69. Même s'il y a une grande majorité de
l'électricité qui est produite au Québec qui provient d'une source
renouvelable, il n'en demeure pas moins, en fait, qu'il y a encore 54 % de
notre énergie qui est consommée qui provient d'énergies fossiles. Et en plus il
y a 70 % des émissions de gaz à effet de serre du Québec qui sont liées à
la production et à la consommation
d'énergie, principalement à cause de notre dépendance au pétrole dans le
domaine du transport et de notre dépendance au gaz naturel d'origine
fossile, là, dans les bâtiments et les industries.
Donc,
décarboner notre système énergétique, c'est crucial et urgent pour atteindre
nos objectifs de carboneutralité, là, d'ici 2050. Et, dans ce contexte,
le développement des énergies renouvelables, c'est évidemment souhaitable, mais il ne faut pas que ça se fasse sur le dos des
ménages les plus vulnérables ou de la biodiversité. Malheureusement, là,
en l'absence, présentement, d'un grand débat de société qui aurait pu orienter
la transition énergétique au Québec, le
projet de loi n° 69, tel qu'il est présenté, là, aujourd'hui, il ne
remplit pas les bons objectifs. Non seulement il ne va pas permettre la
décarbonation du Québec, mais il introduit aussi des dispositions qui sont
profondément injustes sur le plan social et
néfastes sur le plan environnemental. On est particulièrement inquiets et
inquiètes, là, des impacts que va avoir la transition énergétique
proposée par le gouvernement du Québec, là, sur le... sur la biodiversité et
sur le territoire. Donc, on tient à rappeler,
là, qu'il n'existe pas seulement une crise environnementale, il y a deux crises
environnementales, et la crise de l'effondrement de la biodiversité remet tout
autant en question notre avenir collectif que la crise climatique. Jusqu'à
présent, les politiques qui visent à lutter contre la crise climatique et
celles pour la biodiversité ont été abordées
indépendamment l'une de l'autre, mais ces deux crises-là, elles sont
interreliées et on doit s'y attaquer
conjointement. Notamment, la transition énergétique doit tenir compte de nos
cibles de conservation et de restauration
des écosystèmes, elle doit être cohérente avec le futur Plan nature du Québec,
elle doit être cohérente aussi avec la
protection de l'habitat du caribou forestier montagnard et, entre autres, les
nouvelles orientations, là, gouvernementales en matière d'aménagement du
territoire, là, les OGAT.
Il faut aussi que le gouvernement comprenne et
intègre la notion de limites planétaires à ses politiques publiques. Les
scientifiques qui ont développé ce concept-là ont identifié neuf processus clés
du système terrestre, dont chacun a une limite qui, si elle est franchie,
pourrait compromettre la stabilité des écosystèmes et rendre la planète moins
habitable pour l'humanité. Donc, rester dans ses limites planétaires, c'est
essentiel pour préserver les conditions naturelles qui ont permis à la
civilisation humaine de prospérer.
Pourtant, le projet de loi n° 69 amènera le
Québec complètement dans la mauvaise direction, en mettant l'accent sur la production énergétique pour
favoriser le développement de nouvelles filières industrielles, ce, au détriment de la
décarbonation réelle de notre économie et surtout en continuant sur le modèle
de la croissance infinie qui ne respecte pas les limites planétaires.
Miser sur la sobriété est essentiel pour
respecter ces limites et rendre la transition énergétique la plus juste socialement, principalement en évitant des coûts
inutiles pour la société et les plus vulnérables. Le mégawatt le moins cher restera toujours celui qu'on ne produit pas,
et notre mémoire présente, justement, plusieurs recommandations qui visent à
améliorer le projet de loi pour que la notion de sobriété énergétique et le
respect des limites planétaires soient au coeur de la transition
énergétique du Québec.
Notamment, bon, ce qu'on recommande, c'est que
les futurs projets énergétiques ne fassent pas obstacle à l'atteinte de notre cible de conservation de
30 % des territoires d'ici 2030 et que le concept des limites planétaires
soit intégré au futur plan de gestion intégrée des ressources
énergétiques. On recommande aussi qu'un plan de réduction de la consommation
énergétique décliné par secteurs soit élaboré en coconstruction avec tous les
secteurs concernés, et on recommande que les impacts cumulatifs du
développement industriel sur l'environnement et sur les populations soient
mieux analysés.
On demande aussi que la notion de sobriété
énergétique et le respect des limites planétaires soient intégrés à la mission
de la Régie de l'énergie, à la mission d'Hydro-Québec et à la mission du
ministère de l'Économie, de l'Innovation et de l'Énergie, et on recommande que
le gouvernement déclare un moratoire sur l'octroi de capacités électriques ou de fonds publics à de nouvelles
entreprises énergivores tant qu'on n'est pas alignés sur le respect de nos
objectifs climatiques et que la sécurité énergétique de la population n'est pas
assurée.
Alors que les
impacts des dérèglements climatiques, là, se font de plus en plus ressentir, il
y a des communautés entières qui sont évacuées à cause des feux de
forêt, il y a des ménages qui doivent quitter en toute urgence leurs
habitations à cause des inondations, on doit plus que jamais accélérer la sortie
des énergies fossiles.
À ce niveau, la Coalition Sortons le gaz!, là,
présente aussi, dans son mémoire, plusieurs recommandations pour que l'électricité propre du Québec soit
utilisée avant tout pour décarboner les bâtiments et les industries existants
et non pour accélérer la croissance industrielle et favoriser les entreprises
étrangères.
Notamment, là, la Coalition Sortons le gaz!
recommande que le projet de loi soit révisé pour que l'électricité bénéficie de
conditions d'adoption plus compétitives que le gaz. La Loi sur la Régie de
l'énergie doit aussi être modifiée pour que
la mission de la régie se concentre exclusivement sur l'intérêt public, sans
conciliation avec les intérêts des distributeurs et transporteurs de gaz
et sans subventionner des pertes de revenus d'entreprises comme Énergir.
Le
gouvernement du Québec doit aussi privilégier le déploiement de systèmes de
chauffage basés sur la combinaison, là, thermopompes/accumulateurs de
chaleur pour la gestion de la pointe de la demande électrique au lieu de la biénergie électricité/gaz naturel
fossile pour réduire les coûts pour les consommateurs et surtout pour réduire nos
émissions de gaz à effet de serre.
Donc, la transition énergétique, là, ça ne se
résume pas simplement à ajouter de la capacité de production d'énergie renouvelable. Ça implique avant tout de
réduire notre consommation globale d'énergie, en particulier en ce qui concerne les énergies fossiles. Et malheureusement
le projet de loi n° 69 se concentre principalement sur l'augmentation
de la production, tout en maintenant un soutien au gaz naturel, sans fixer
d'objectifs contraignants de réduction de la consommation de ces énergies
polluantes.
Donc, pour nous, c'est clair que le projet de
loi ne constitue pas le véhicule dont le Québec a besoin pour encadrer notre
avenir énergétique. On recommande sa révision en profondeur et l'adoption de
mesures structurantes pour nous permettre
d'atteindre nos objectifs de décarbonation en harmonie avec le vivant, tout en
protégeant les ménages québécois. Merci.
Le
Président (M. Montigny) : Merci beaucoup. Nous allons maintenant procéder à
la période d'échange avec les membres de la commission. Mme la ministre,
vous disposez maintenant de 16 min 30 s.
Mme Fréchette : Merci.
Merci, M. le Président. Alors, merci, Mmes Simard, Guyon et Rancourt,
merci pour votre présence et pour participer à ce débat, à cet échange de
points de vue et d'avoir pris le temps de préparer un mémoire.
Donc, je vous ramène sur le concept de sobriété
énergétique. Est-ce que vous êtes d'avis qu'on devrait utiliser une
tarification dynamique pour envoyer un signal de prix pour inciter les gens à
s'inscrire dans un cadre de sobriété énergétique? Est-ce que c'est une mesure
que vous favorisez? Et, si tel n'est pas le cas, bien, quelles autres mesures vous verriez que l'on puisse mettre en
place pour inciter à la sobriété énergétique, tant pour les consommateurs
résidentiels que pour les consommateurs industriels et commerciaux?
Mme Guyon (Anne-Céline) : Bonjour,
Mme la ministre. Bonjour, MM., Mmes les députés.
Bien, déjà, concernant la tarification
dynamique, je me permettrais de dire que vous avez eu en commission
parlementaire, l'Union des consommateurs, notamment, ce matin aussi, l'ACEF du
Nord. Nos recommandations à ce niveau-là sont totalement alignées avec eux
autres. Il est clair que, pour nous, le... Mme Simard l'a dit, il faut
absolument que la transition énergétique soit juste socialement et que... donc,
il faut absolument que... notamment au niveau
de la tarification dynamique, à notre avis, l'industrie doit faire beaucoup
plus sa juste part qu'à l'heure actuelle. Ça, c'est une chose.
Concernant,
maintenant, la sobriété, je rappellerai qu'en termes de mesures de sobriété, la
transition énergétique n'est pas juste une question de mégawatts à
produire, c'est beaucoup plus large que ça. La transition énergétique s'inscrit dans la transition écologique et sociale
que nous devons mener. Et, en ce sens, la manière dont on voit les choses,
c'est clairement que, tu sais, il faut
consommer moins. Il y a... pas plus tard que la semaine dernière, RECYC-QUÉBEC lui-même
disait que l'économie du Québec va au-delà des limites planétaires. On consomme
beaucoup trop, de manière générale. Je vous
inviterais à... n'importe où vous posez votre regard, à l'heure actuelle, il
faut voir que chaque objet, c'est de
la matière qu'on a extraite de quelque part, qu'on a transformée et qu'on a
transportée. Si on veut travailler sur la sobriété énergétique, il faut
absolument travailler sur l'ensemble de cette chaîne-là et pas juste sur la
question de comment on produit de l'énergie
et à partir de quoi. Il faut vraiment chercher à réduire le plus possible notre
consommation énergétique et notre consommation de ressources naturelles.
C'est la seule manière qu'on aura de travailler
la sobriété. D'autres organismes alliés avec nous, avant nous, dans cette
commission-là, ont nommé le transport, par
exemple, qu'il fallait d'abord voir l'aménagement du territoire, développer les
transports collectifs, ensuite seulement électrifier l'auto solo, qui
est vraiment le dernier maillon de la chaîne, à ce niveau-là.
Le bâtiment,
c'est pareil. Peut-être même que je laisserai la parole à ma collègue
Emmanuelle sur la question de l'efficacité énergétique du bâtiment.
• (15 heures) •
Mme Rancourt (Emmanuelle) : OK.
Je n'étais pas sûre si j'avais cliqué ou pas, si c'est automatique.
Oui,
exactement, nous, c'est vraiment le point qu'on met de l'avant, c'est la sortie
du gaz naturel des bâtiments. Ça, ça passe, bien sûr, par la sobriété
énergétique, qui est une des solutions à prioriser. Entre autres, on peut
penser à tout ce qui est enveloppe du bâtiment. On prône à ce qu'éventuellement
toute nouvelle construction soit basée sur une
empreinte carbone zéro, ça passe... C'est ça, l'enveloppe, mais aussi tout ce
qui est accumulation de chaleur, tout ce qui est thermopompe, c'est des
choses qui ont été prouvées. Par exemple, thermopompe pour une... il y a une
étude d'Écohabitation — je
ne sais pas si vous connaissez — qui a montré, là, à travers différentes
études de différents types de bâtiments, que ça peut réduire jusqu'à 17 %
la facture énergétique. Juste de faire ce changement-là, c'est beaucoup plus efficace que des plinthes
classiques, qui sont encore subventionnées par Hydro-Québec. Donc, on se pose
la question : Pourquoi est-ce que ce n'est pas plus mis de l'avant? C'est
ça qui est la vraie solution.
Mme Fréchette : OK. Merci. M.
le Président, je vais céder la parole aux collègues.
Le Président
(M. Montigny) : Merci beaucoup. C'est maintenant le temps de céder
la parole au député de Dubuc. Vous disposez, donc, de
12 min 25 s.
M. Tremblay : Merci. Bonjour.
Merci pour la contribution. On est au coeur d'un débat, j'aimerais mieux comprendre. Dites-moi, est-ce que... Vous plaidez
qu'il est... qu'il serait pertinent de reculer, de réfléchir davantage, de consulter davantage. Votre prédécesseur, éminent
expert, mentionnait, tout à l'heure, qu'il y avait une fenêtre d'opportunité, selon
son expertise, il y a trois ans. Là, je me posais la question, si c'était
pertinent il y a trois ans, c'est un peu de dire
que c'est encore plus pertinent aujourd'hui, puis que d'entreprendre le
chantier... Vous parlez de gestion énergétique de bâtiments, on reçu l'APCHQ, qui ont signifié du potentiel à ce
niveau-là, qui ont le goût de s'impliquer au PGIRE. On a parlé d'éolien,
on a parlé de solaire, le débat est polarisé, on en convient. Maintenant, il a
même été question de mettre un peu tout ça à l'abri des aléas politiques et
économiques, alors que le Québec... la conjoncture internationale est
politique, est économique aussi. Et puis il y a des conjonctures où il faille,
je pense, accélérer certaines réflexions. Je
dis «accélérer», mais ça veut aussi dire de s'impliquer collectivement. Et puis
là on a plusieurs intervenants qui sont en train de vivre un exercice, là, qui
est démocratique, selon ma lecture — et
puis j'ai fait mes devoirs, autant au cégep qu'à l'université — au
niveau de la définition de la redistribution équitable de la richesse.
Moi, j'aimerais mieux comprendre. Au regard du
potentiel qu'on nous a présenté de développement dans des régions ou de tout ce que ça peut amener comme
avancées pour la société du Québec, je comprends qu'il y a des irritants,
qu'il y ait des éléments qui se confrontent,
mais est-ce que vous reconnaissez... puis à quels égards que la démarche est
une opportunité? À mon sens, là, je pourrais même dire historique, mais, je
vais dire, c'est une opportunité intéressante de poursuivre cette
réflexion-là qui a été amorcée, qui est en continuité avec la ministre, avec le
gouvernement, avec les oppositions, à la limite. Comment vous voyez un
accostage en zone d'équilibre?
Mme Simard (Alice-Anne) : Bien,
écoutez, vous dites... L'expert qui nous a précédées a mentionné que la fenêtre
d'opportunité était il y a trois ans. Moi, je vous dirais, la fenêtre
d'opportunité, c'était dans les années 70, quand les scientifiques nous ont dit
qu'il fallait faire une transition énergétique de notre économie, de notre
société parce qu'on s'en allait vers le mur.
Maintenant, nous, Nature Québec, et plusieurs,
plusieurs autres organisations de la société civile, ça fait plus d'un an et
demi qu'on demande au gouvernement du Québec un débat public large sur l'avenir
énergétique. Donc, le gouvernement du Québec, ça fait déjà depuis un an et demi
qu'il le sait, que cette demande-là est faite. Et une commission parlementaire
particulière, des audiences particulières avec invitation, ce n'est pas un
débat large, public sur l'avenir
énergétique. C'est trop important, ça implique tout. Ça implique tous les
aspects de la société. Ça implique tellement le quotidien des gens, vers
où on s'en va, tout le monde ensemble, ça ne peut pas être seulement quelques jours d'audiences à l'Assemblée nationale qui
peuvent suffire pour remplacer un large débat public tel qu'on le demande
depuis un an et demi.
Donc, on est d'accord que, oui, il faut aller
vite. Ce qu'on demande dans notre mémoire, comme plusieurs autres organisations de la société civile, c'est
qu'en premier, la première étape, c'est le PGIRE, c'est le plan de gestion
intégrée des ressources énergétiques. Par la suite, c'est le projet de loi qui
devrait être remanié. Donc, pendant qu'on élabore
le PGIRE, c'est là qu'on aurait l'opportunité de tenir ce débat public là, et
on pourrait, après ça, se pencher sur les aspects de gouvernance,
finalement, qui sont au coeur du projet de loi 69.
Mme Guyon
(Anne-Céline) : Si je peux compléter ce que ma collègue vient de
dire, pour nous, cette commission-là ne constitue pas le débat public
dont on a besoin au Québec pour faire cette fameuse transition énergétique et cette transition écologique et
sociale. Par contre, pour nous, c'est clairement l'occasion de commencer la conversation et c'est l'occasion de vous
convaincre de la nécessité d'un tel débat. Oui, tout ça est une question
extrêmement complexe : il y a
des enjeux environnementaux, il y a des enjeux sociaux, il y a des enjeux
économiques. Nous ne pouvons que vous
inviter à embrasser cette complexité, en termes de gouvernement. Nous, on est
prêts à avoir cette conversation-là. Je pense qu'il y a énormément
d'acteurs de la société civile québécoise qui vous le demandent, et qui sont
prêts à avoir cette conversation-là, et qui
sont prêts, justement, à essayer de trouver les chemins de passage pour arriver
à faire en sorte que la transition écologique et sociale, qui est le
plus gros projet de société que le Québec peut se donner, peut avoir, doit...
peut être là, en tout cas. C'est vraiment ça, là. Juste... moi, le message que
j'ai envie de vous envoyer, c'est qu'on est prêts et on est prêts à collaborer.
Des voix : ...
Mme Rancourt (Emmanuelle) : Je
fais juste rajouter aussi, c'est un débat qui implique des régions
administratives, des régions du Québec qui sont dans des situations très
différentes les unes des autres. Ça implique donc, vraiment, de se déplacer sur
le territoire pour être sûrs que toutes ces personnes-là peuvent être
entendues. Je trouve que... C'est juste un
élément que je voulais rajouter. Nous, on se fait quand même contacter
régulièrement par des groupes citoyens d'un peu partout dans la province
qui ne veulent qu'être entendus, et ils passent par nous parce qu'ils savent
qu'on a peut-être une tribune qui écoute un peu plus. Mais, même nous, on n'a
pas été invitées. On a eu la gracieuseté d'être invitées grâce à Nature Québec,
là. Donc, ça illustre quand même ce besoin-là.
M. Tremblay : OK. OK. Mais,
sans dire que je persiste, il y a une certaine effervescence, il y a une
fenêtre d'opportunité. Ce que j'ai
l'impression d'en comprendre, à travers une palette d'intervenants et de
groupes, là, de différents horizons,
avec des opinions et des positions très, très diverses, c'est un peu comme si
on souhaitait que le gouvernement délègue l'agenda, alors qu'il est
imputable d'orienter le Québec vers un agenda... Puis là, alors qu'on est en
exercice démocratique d'une commission qui est reconnue par l'État, par le
Québec, un processus additionnel de réflexion, est-ce qu'il ne nous amènerait pas vers ce même point là où on est
aujourd'hui, au terme d'une discussion très élargie? Vous comprenez? J'essaie de voir dans quelle mesure
il faudrait encore davantage aller plus loin dans la réflexion, alors
qu'on est actuellement en train de travailler. Voilà.
Le Président (M. Montigny) : ...
Mme Simard
(Alice-Anne) : Bien, premièrement, il ne faut pas prêter
d'intentions, là. Il n'y a personne qui a mentionné qu'on souhaite que
le gouvernement délègue quelque agenda que ce soit, là. Ce n'est pas le cas du
tout, là. Ce qu'on dit, c'est que, entre
autres, il y a des éléments dans le projet de loi qui sont... qui n'ont jamais
été présentés à la population avant.
Quand on parle, notamment, des possibilités de contrat de gré à gré, de... il y
a plusieurs experts, expertes qui l'ont mentionné avant nous, tu sais,
une ouverture à une possible dénationalisation d'Hydro-Québec, ça n'a jamais été présenté avant à la population. Ça
n'a surtout pas été présenté dans la... durant les élections, les dernières
élections, finalement, de la part du gouvernement qui est au pouvoir en ce
moment.
Bref, c'est tout nouveau. Il y a des changements
majeurs qui sont présentés dans ce projet de loi là et qui ont été,
finalement... qu'il n'y a pas eu ce débat-là qui a été fait. Et, en tout
respect, cette institution est importante. Une commission, c'est un exercice
démocratique important, puis on est d'accord, c'est pour ça qu'on y participe,
puis on y participe à plusieurs commissions parlementaires, mais, pour nous, ce
n'est pas suffisant, pour la société civile, ce n'est pas suffisant. C'est trop gros, c'est trop important. C'est
majeur, c'est toute notre société, notre économie qui doit être
repensée. Ce n'est pas seulement une commission parlementaire qui peut
s'attaquer à cette tâche-là.
• (15 h 10) •
Le Président (M. Montigny) : Merci
beaucoup. C'est maintenant le temps de céder la parole au député de Rouyn-Noranda—Témiscamingue.
Vous disposez donc de 3 min 33 s.
M. Bernard : Merci. Merci, M.
le Président. Bonjour, mesdames. Merci d'être ici aujourd'hui.
Je vais y
aller très rapidement parce que vous venez juste d'aborder le sujet. Puis je
reviens à votre recommandation n° 9, qui s'inquiète, là, de la privatisation des actifs d'Hydro-Québec. Puis je vais prendre en référence les propos que j'ai tenus hier avec d'autres organismes. C'est des...
Comment considérez-vous les organismes, les entités communautaires qui
veulent faire soit la mise en place de barrages, minibarrages hydroélectriques
ou sinon des projets de nature éolienne?
Considérez-vous ça comme de la privatisation ou un outil, je vous dirais, de
développement des milieux? Parce que,
dans chacune des régions, les gens veulent se prendre en main, et
particulièrement, entre autres, dans
le cas du Témiscamingue, les Premières Nations anichinabées qui veulent devenir
partenaires et avoir une mainmise sur leur propre développement.
Mme Guyon (Anne-Céline) : Oui,
c'est une question extrêmement intéressante. Je pense qu'on n'est pas forcément contre, effectivement, le fait que les
régions puissent se prendre en main, jusqu'à une certaine mesure, grâce à des projets de développement d'énergies
renouvelables. Ceci dit, je pense que plusieurs de nos collègues, et notamment le
Front commun pour la transition énergétique, avec son annexe sur la
privatisation en cours à travers le projet... le PL 69,
le montrent extrêmement bien, et M. Blain le disait aussi, on est face à un
projet de loi qui est, en ce moment, assez insidieux à ce niveau-là et qui est
une forme de dénationalisation en forme d'encerclement d'Hydro-Québec. Ça,
là-dessus, pour nous, c'est extrêmement clair. Et notamment, à travers la
participation des municipalités ou des communautés
et/ou des communautés autochtones, il faut être clairs que, par exemple,
après... Notamment, d'ailleurs, l'APNQL le dit elle-même, elles auront
des difficultés, les communautés, à être partenaires financiers des projets et donc devront aussi elles-mêmes se mettre en
partenariat, certainement, avec des entreprises privées, etc. Et le projet de
loi, à l'heure actuelle, ne balise absolument pas le pourcentage que pourraient
avoir ces entreprises privées là en partenariat avec des municipalités
ou des communautés autochtones, et c'est... il y a de fortes chances qu'à un
moment donné il y ait un débasculement, et rien ne les empêcherait de devenir
actionnaires majoritaires, par exemple, à un moment donné. Donc, tu sais, on
voit, là, qu'il y a une porte qui est ouverte, et, croyez-moi, je ne me fais
aucune illusion sur le fait que la porte, elle sera traversée.
Le Président (M. Montigny) : M.
le député, il vous reste 50 secondes.
M. Bernard : OK.
Je vais ramener le développement éolien. J'aurais revenu là-dessus, mais, le
développement éolien, croyez-vous — puis
j'ai vu votre mémoire aussi — qu'il
soit possible de faire du développement éolien tout en préservant la
biodiversité?
Mme Simard (Alice-Anne) : Oui,
tout à fait, et justement c'est... l'important, c'est de s'assurer que les
impacts cumulatifs des projets soient analysés, et c'est pour ça que ça prend
un organisme qui a une vue d'ensemble. Puis on a accueilli favorablement,
justement, qu'Hydro-Québec se lance dans cette... le développement de cette
filière-là, ça va nous permettre d'avoir une meilleure vue d'ensemble. Donc,
c'est possible. Évidemment, c'est des chemins, évidemment, c'est de la
dégradation, c'est de la fragmentation d'habitats, mais il y a possibilité de
le faire à des endroits qui sont moins névralgiques pour les espèces, notamment
sur les espèces menacées.
Le Président (M. Montigny) : Merci.
Mme Simard (Alice-Anne) :
L'important, tout ce qu'on se dit, c'est qu'il faut juste s'assurer que le
bien-fondé de ces projets-là existe réellement.
Le Président (M. Montigny) : Très
bien.
M. Bernard : Merci.
Le Président (M. Montigny) :
Merci. Merci beaucoup.
C'est maintenant le moment de céder la parole à
Mme la députée de Mille-Îles pour 10 min 24 s.
Mme Dufour : Merci, M. le
Président. Merci, Mmes Simard, Guyon et Rancourt, pour votre plaidoyer, et
avec beaucoup de passion, d'ailleurs.
Vous avez mentionné que vous demandez depuis...
clairement depuis 18 mois qu'il y ait un débat public. Je peux vous dire
que d'autres groupes sont venus nous dire qu'ils le demandent depuis même plus
longtemps que ça, et nous-mêmes en avons fait une demande, là, de tenir,
notamment, une commission nationale itinérante. Donc, c'est quelque chose, là,
qu'on... si on l'avait fait au moment que tous ces groupes-là et vous-mêmes
l'avez demandé, bien, on ne serait pas ici aujourd'hui et on serait en train de
préparer ce fameux plan de gestion que vous souhaitez faire avant. Vous n'êtes
pas les seules non plus à l'avoir dit, là, plusieurs groupes ont dit qu'on
était comme en train de faire les choses à l'envers. Donc, votre souhait, si je
comprends bien, là, c'est de suspendre le projet de loi 69,
de commencer par ce débat national, ensuite la planification et, par la suite,
revenir avec un projet de loi.
Mme Simard (Alice-Anne) : Oui.
Mme Dufour : C'est clair.
Excellent. Merci.
Votre deuxième recommandation, elle, parle d'une
sortie graduelle des énergies fossiles. Quand vous entendez... Bien, je ne sais
pas si vous avez pris connaissance des nouvelles dans les derniers jours, mais
il y a eu l'exemple des Forges de Sorel, qui est une entreprise d'ici, qui est
à Sorel, comme son nom le dit, et qui fait appel à des énergies fossiles, et
qui souhaite s'en départir, qui aimerait décarboner ses procédés parce que, un,
il y a un coût économique, là, elle est... cette entreprise-là est sur la
bourse du carbone, et là... tu sais, on apprend que, dans le fond, ça leur a
été refusé, ces mégawatts-là qu'ils avaient besoin pour se décarboner. Ça, ça
vous dit quoi sur l'objectif, dans le fond, de l'octroi de nos mégawatts
actuels?
Mme Simard
(Alice-Anne) : Bien, si... comme on le disait, la priorité du
projet de loi, puis ce qui semble être la priorité, en ce moment, du
gouvernement, c'est vraiment d'aller vers attirer ici des entreprises pour
développer encore plus le... Bon, faire du développement industriel,
principalement, ça apporte toutes sortes d'enjeux — on l'a vu dans le cas
de Northvolt, pour ne pas le nommer — et que ça peut apporter... où
est-ce que, quand on réserve des blocs, finalement, d'électricité pour ces
entreprises-là qui sont, finalement, sujettes aux aléas du marché, bien, il
peut arriver ce qui arrive présentement. Et, pendant ce
temps-là, bien, évidemment, les entreprises ici, au Québec, qui souhaitent se
décarboner, bien, doivent trouver d'autres façons de le faire. Ça, c'est
quelque chose qui est déplorable. C'est pour ça qu'on mentionne que notre
électricité propre au Québec, ici, c'est... elle est excessivement précieuse,
elle fait l'envie de plusieurs États dans le monde. Elle doit être utilisée en
premier pour décarboner notre économie, pour assurer l'avenir énergétique de
notre population et, par la suite, pour faire du développement industriel.
Mme Dufour : C'est clair. Quand
vous... Pour vous, là, les blocs d'énergie qui ont été attribués à Northvolt
puis qui, présentement, ne sont pas
utilisés, est-ce que, pour vous, ça contribue à décarboner le Québec, comme le
mentionnait le ministre de l'Environnement?
Mme Simard
(Alice-Anne) : Présentement, non, parce qu'il n'y a pas de projet
qui... tu sais, qui est... présentement,
c'est mis un peu sur la glace. Donc, présentement, non, ça ne contribue pas.
Éventuellement, on le souhaite, évidemment.
Mme Dufour : Mais, si le projet se
réalise, est-ce que... puis ça, s'il se réalise, on est rendus probablement...
2029 et au-delà, est-ce que ça va quand même contribuer à décarboner le
Québec, selon vous?
Mme Guyon (Anne-Céline) : Bien, ça va... encore une
fois, c'est un projet, on le sait, qui... tu sais, il n'y a rien de dit que les
batteries qui seront produites là seront utilisées au Québec, déjà, un.
Deux,
je pense qu'il faut être clairs qu'on parle ici de GES évités, mais pas de GES
retirés, donc, tu sais, il y a ça aussi, là. C'est comme... Puis on parle
surtout de vouloir aider à l'échelle mondiale. Bien sûr, évidemment, les GES
n'ont pas de frontières, on s'entend, mais il y a quand même une
priorité. À un moment donné, il y a des limites à habiller Jacques... à
déshabiller Paul pour habiller Jacques, là.
C'est un peu comme
avec le dossier gazier, où on nous dit, par exemple, qu'on n'a pas assez
d'électricité pour aider les villes québécoises à sortir du gaz, et en même
temps on est très fiers de dire que New York va se départir du gaz grâce à
notre hydroélectricité. À un moment donné, il y a une question de cohérence et
de bonne gestion responsable de notre hydroélectricité.
Mme Dufour :
Donc, c'est incohérent. Ce serait incohérent, ce qu'on comprend,
actuellement?
Mme Rancourt
(Emmanuelle) : Puis, si je pouvais juste ajouter aussi, on l'a
mentionné tantôt, l'énergie qui coûte le moins cher, c'est l'énergie pas
consommée. Puis je regardais les passages de certains de nos membres de la
coalition, là, plus tôt en commission, puis je pense que c'était Mélanie Busby,
du Front commun, justement, qui avait mentionné tout l'enjeu, justement, à ces
batteries-là qui vont être pour des autos électriques. On peut se poser la
question, est-ce que les autos électriques, c'est la panacée, ou est-ce qu'on
doit reréfléchir aussi à notre système de transport, le transport en commun, le
transport actif? Tout ça, c'est des questions, justement, qu'on pourrait
vraiment creuser davantage si on prenait le temps d'avoir ce débat-là.
Mme Rizqy :
Écoutez, je vous entends très bien dans ce que vous venez de dire, mais, le
transport collectif, vous comprendrez qu'aujourd'hui le gouvernement invite les
citoyens à voter pour les conservateurs, alors que, clairement, ils vont retirer le financement pour le tramway, alors que
nous sommes la seule capitale en Amérique
du Nord avec plus de 500 000 habitants sans transport collectif
structurant, il n'y a même pas de question là-dessus.
Mme Dufour : Mais j'allais justement
parler... parce que vous avez mentionné le transport collectif. D'ailleurs, l'ancien
ministre de l'Énergie et de l'Économie a fait un plaidoyer pour la réduction du
nombre de véhicules sur nos routes. Est-ce que, selon vous, ça prend plus de
transport collectif pour atteindre cet objectif-là?
• (15 h 20) •
Mme Simard
(Alice-Anne) : On sort vraiment, là, un peu, là, de l'étude
d'aujourd'hui, là, du projet de loi 69. Donc, évidemment, ça prend plus de
transport collectif, là, c'est indéniable. Mais toutes ces questions-là, tous
ces débats-là, tout ce manque de cohérence, évidemment, c'est pour ça que c'est
essentiel de prendre notre temps, c'est pour ça que c'est essentiel d'analyser,
de prendre le temps d'avoir le débat public et d'analyser, finalement, quelles sont les ressources qu'on a, actuellement,
quel est le potentiel de ressources, aussi, qu'on peut développer, et que
notre territoire peut supporter, et que la biodiversité peut supporter aussi.
Et maintenant comment on distribue, finalement,
ces ressources-là énergétiques? Pour quel usage? Où est-ce que c'est le plus
pertinent? Où est-ce que ça va nous permettre de décarboner l'économie,
de s'assurer que la population a de la... une sécurité énergétique? Et ça, c'est par le plan de gestion intégrée des
ressources énergétiques, c'est par un débat de société, donc, toutes ces
incohérences-là pourraient être réglées avec
ça. Et c'est pour ça qu'on dit : Les choses sont faites à l'envers,
présentement, il faut, par exemple, commencer par le PGIRE d'abord.
Mme Dufour :
Oui, tout à fait. Même si ce n'est pas le sujet, le transport collectif, il
reste que, quand on lit que la ministre des
Transports nous dit «il n'y a plus d'argent pour le transport collectif», et
que, d'un autre côté, on nous... on est devant, ici, des investissements
majeurs, qu'on nous dit qu'on va avoir besoin d'investir et de dépenser des milliards, des milliards, des milliards pour créer
de l'énergie qu'on a déjà vendue à des entreprises, qu'on est... ce n'est
pas clair s'ils vont nous permettre de nous décarboner ou de nous amener là où
on a besoin, et qu'on empêche des entreprises de chez nous de se décarboner, il
y a énormément d'incohérences.
Donc, je comprends que le
transport collectif, ce n'est pas le sujet, mais il y a un lien, malgré tout,
parce que c'est des vases communicants. L'argent qu'on met pour créer des
nouveaux kilowatts, bien, c'est de l'argent que, visiblement, on n'a plus pour
le transport collectif.
Mme Simard (Alice-Anne) : Évidemment,
il y a des liens parce que l'énergie, elle est partout dans notre vie et dans
notre transport, elle est là aussi dans nos bâtiments. Elle est là partout.
Le Président (M. Montigny) : 2 min 30 s.
Mme Simard (Alice-Anne) :
Évidemment qu'il y a des liens très forts, mais c'est pour ça qu'on demande le
débat public et, surtout ça, qu'on... on veut s'assurer qu'avant tout on va
vers une réelle décarbonation de l'économie du Québec qui est en harmonie avec
le vivant, qui est au service, aussi, des ménages les plus défavorisés.
Mme Guyon (Anne-Céline) : Chose
certaine, c'est que ça montre une chose, c'est que la question de la transition
énergétique, ce n'est pas juste une question de production d'énergie. Il faut
absolument travailler aussi sur l'aménagement du territoire, il faut travailler
sur la gestion de nos matières résiduelles, il faut travailler sur notre agriculture, il faut travailler... Et c'est pour
ça aussi que j'ose aussi dire : On n'a peut-être pas la... les organes de
gouvernance capables de, présentement, nous permettre cette
interrelation entre les différents sujets sur lesquels il faut agir.
Mme Dufour : Oui. Et d'ailleurs
vous mentionnez, dans votre rapport, c'est votre recommandation 5, de
subordonner le PGIRE à la Loi sur la qualité de l'environnement puis aussi,
plus loin, de subordonner aussi à la politique-cadre
sur les changements climatiques. Actuellement, on est plutôt sous l'impression
que c'est l'inverse et donc que c'est
le PGIRE qui va dicter nos nouveaux objectifs climatiques. Donc, voilà, alors,
ça, c'est la compréhension, là?
Mme Simard (Alice-Anne) : Donc,
en fait, présentement, c'est la transition énergétique qui servira à la
transition socioéconomique, mais c'est le contraire, il faut voir quelle
transition socioéconomique on a besoin et utiliser, finalement, la transition
énergétique pour y arriver. Puis notamment, nous, c'est sûr qu'on déplore aussi
le fait que Transition énergétique Québec a été, là, réabsorbé, là, au sein de
l'appareil gouvernemental. Pour nous, c'est clair que, pour s'assurer qu'on a
une instance indépendante de toute ingérence politique partisane ou tout
intérêt privé, on doit avoir... le mandat de
la gouvernance du PGIRE, finalement, devrait être donné à un organe indépendant
qui serait un peu comme le nouveau ancien Transition énergétique Québec,
là.
Le Président (M. Montigny) : 30 secondes.
Mme Dufour : Oui. Pour diminuer
notre dépendance aux énergies fossiles, il faut aussi rapprocher nos chaînes d'approvisionnement. On parle... Vous avez
parlé de l'alimentaire, l'autonomie alimentaire. Quand on nous... on refuse des mégawatts à une entreprise qui pourrait
faire une serre, et nous nourrir chez nous, et avoir le transport près,
est-ce que ça aussi, ça fait partie de l'incohérence du gouvernement?
Le Président (M. Montigny) : 10 secondes.
Mme Simard
(Alice-Anne) : Exactement. Et ça fait partie, justement... ça
montre bien, encore une fois, tous les liens, comment que l'énergie fait partie
de toute notre vie et pourquoi ça prend une vision d'ensemble, là, pour tout
ça.
Mme Dufour : Merci.
Le Président (M. Montigny) : Merci.
Le temps est écoulé.
Je cède maintenant la parole au député de Maurice-Richard pour 3 min 28 s.
M. Bouazzi : Merci,
M. le Président. Merci beaucoup, mesdames, pour vos éclairages. Vous — et,
d'ailleurs, plusieurs autres groupes,
mais vous, vous l'avez fait avec beaucoup plus de passion — vous
nous avez parlé de l'importance de sobriété, efficacité et ensuite
développement énergétique, si on en a besoin. Est-ce qu'il y a des articles que
vous pouvez nous pointer dans ce projet-là, puisqu'on comprend qu'il y a
plein d'articles pour le développement? Est-ce qu'il y en a qui feraient référence... justement, qui faciliteraient la question
de la... ou encadreraient la question de la sobriété ou de l'efficacité?
Mme Guyon (Anne-Céline) : Présentement,
non, il n'y a pas d'article qui porte là-dessus. Au contraire, on voit très
bien, par exemple, dans la mission du ministre, on voit que le ministre de
l'Économie, de l'Innovation et de l'Énergie aura pour mission de permettre le
développement... excusez-moi, je retrouve la ligne exactement, «pour mission, en matière d'énergie, d'assurer une
gestion responsable et intégrée des ressources énergétiques dans une perspective
de transition énergétique et de développement économique». On voit très bien,
là, qu'il y a vraiment... la manière dont est rédigé le projet de loi, à
l'heure actuelle, on voit vraiment qu'on est sur «produire» et très peu de vocabulaire... bien, pas du tout, en fait, de
vocabulaire qui porte sur la sobriété. Puis, j'ai envie de vous dire, on nous
parle d'efficacité dans ce projet de loi là, ne confondons pas sobriété
et efficacité, s'il vous plaît, ce qu'on a toujours tendance
à faire. Donc, évidemment, l'une participe à l'autre, mais il faut vraiment
qu'on fasse un travail de réduire notre
consommation énergétique, et à l'heure actuelle on ne le fait pas du tout, tu
sais, puis on n'est pas les seuls à le dire. En Europe, à l'heure
actuelle, il existe plusieurs pays qui sont en train de mettre en place des
politiques énergétiques avec des cibles de réduction. La France, par exemple, a
une cible de 40 % de réduction, là.
M. Bouazzi : Et est-ce qu'on
est d'accord pour dire que ce n'est pas parce qu'on fait du développement de
nouvelles énergies qu'on baisse nos émissions de GES?
Mme Guyon (Anne-Céline) : Ah!
bien, complètement. C'est certain.
M. Bouazzi : Alors que, si on
fait de l'efficacité ou de la sobriété, on est sûrs de baisser nos émissions de
GES. C'est quand même, évidemment,
inquiétant que, sur les trois piliers, il en manque deux, et, sur le pilier qui
reste, on ne l'encadre même pas pour s'assurer qu'il baisse les GES.
Vous avez fait un plaidoyer, au début, pour
rappeler les enjeux, hein, qui sont les limites des capacités de la planète et
puis même l'avenir de notre genre humain, de notre existence même sur cette
planète. Comment vous voyez, vous, l'encadrement, justement, de la question de
la sobriété pour respecter les limites de la planète?
Mme Simard
(Alice-Anne) : Mais déjà c'est pour ça qu'on le recommande, juste
que, tant Hydro-Québec, que le ministère de l'Énergie, l'Économie,
l'Innovation, bref, que la Régie de l'énergie...
Le Président (M. Montigny) : 30 secondes...
Mme Simard
(Alice-Anne) : ...que ça
soit au coeur de leur mission, déjà, puis que le gouvernement reconnaisse que
la planète a des limites, et qu'on ne peut pas exploiter indéfiniment les
ressources naturelles, une croissance infinie est impossible et qu'on se... on va être devant un mur, éventuellement,
donc, déjà, juste de le reconnaître, de l'inscrire au coeur des missions et de
se rappeler, finalement, qu'il y a des limites planétaires à respecter, c'est
le territoire du Québec qui va devoir
être... On ne peut pas forer partout pour avoir des minéraux critiques et
stratégiques, par exemple, on ne peut pas avoir des éoliennes partout,
on ne peut pas avoir des lignes électriques partout.
Le Président (M. Montigny) : Très
bien. Merci.
Je cède maintenant la parole au député de Jean-Talon
pour 2 min 38 s.
M. Paradis : Vous nous dites
que le projet de loi 69 fera injustement reposer le
coût du développement industriel sur les tarifs d'électricité, et donc vous
nous recommandez d'éviter de faire ce que le projet de loi fait, c'est-à-dire
de faire augmenter les tarifs résidentiels d'électricité.
Ensuite, vous nous dites que plusieurs
dispositions du projet de loi 69 pavent la voie à la privatisation puis la
production d'énergie, et vous nous dites, au
contraire, qu'il faudrait que le projet de loi reconnaisse que l'énergie, c'est
un service public, dont les actifs sont stratégiques, qui ne devrait pas être
confié au secteur privé.
Mais surtout, et c'est là-dessus que j'aimerais
vous entendre, c'est que vous nous dites : Sur ces questions-là, il n'y a
pas eu de débat de société. On étudie un projet de loi puis on n'a pas discuté
de ça. Mais vous savez que vous êtes plusieurs à dire ça, et que la ministre et
que le gouvernement va dire : Bien oui, mais, l'été passé, il y a eu des
consultations — parce
que, vous vous souvenez, il y a eu des consultations, là, et des questionnaires
qui ont été passés — puis
là on va vous dire : Ces consultations particulières, c'est un forum de
débat public. C'est un peu l'échange que vous aviez avec mon confrère de
Dubuc.
Est-ce que...
C'est quoi, la différence? Qu'est-ce qui ferait que vous auriez un débat
public? Vous... Ici, on vous pose des questions, mais est-ce que
vous pouvez poser des questions à la ministre ou au gouvernement? Expliquez-nous
c'est quoi, avoir un véritable débat public, puis quels sont les impacts
de ne pas en avoir un.
• (15 h 30) •
Mme Simard (Alice-Anne) : Bien,
il peut y avoir des consultations régionales qui sont... et on l'a vu dans
plusieurs autres projets de loi, ou plans, ou stratégies, nous, on suit
plusieurs dossiers comme ça. Dans le dossier caribou,
par exemple, il y avait eu des consultations d'une commission indépendante,
finalement, qui a parcouru le Québec, qui
a pris en compte des considérations, des solutions mises de l'avant par les
partenaires régionaux. Bref, il peut y avoir des... ce type de
consultations là, au moins, que les gens puissent se faire entendre, que les
acteurs puissent se faire entendre. Ça reste
que c'est bien intéressant, on est choyées d'être ici puis on est choyées
d'être invitées, mais ça reste une
poignée d'acteurs de la société civile qui ont la chance de venir s'exprimer en
commission. Il faut aller plus largement que ça.
Puis, pour revenir juste sur les tarifs, ce
que... vous le mentionnez, c'est... l'analyse mathématique est aussi simple : présentement, ça coûte environ
0,03 $ du kilowattheure pour produire de l'électricité, ça va en coûter
0,11 $ pour la nouvelle production. Il va falloir éventuellement que
quelqu'un paie ça quelque part. Puis ce n'est pas Nature Québec qui le
dit, c'est l'Union des consommateurs, avec ce projet de loi là, les factures
résidentielles d'électricité pourraient doubler d'ici 2035.
Mme Guyon (Anne-Céline) : Moi,
j'ai juste envie de vous dire : La création d'Hydro-Québec a façonné le
Québec d'aujourd'hui; les décisions qu'on prendra aujourd'hui façonneront le
Québec de demain. C'est pour ça que ça prend un débat
éclairé et public, parce que tout le monde a son mot à dire. Les Québécois et
les Québécoises doivent être engagés autour de ce débat-là.
Le Président (M. Montigny) : Merci.
Alors, je vous remercie pour votre contribution aux travaux de la commission.
Je suspends les travaux pour quelques instants
afin de permettre au prochain groupe de prendre place. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 15 h 31)
(Reprise à 15 h 35)
Le Président (M. Montigny) :
Nous reprenons, donc, nos travaux.
Je souhaite
maintenant la bienvenue à l'Alliance de l'énergie de l'Est. Je vous rappelle
que vous disposez, donc, de
10 minutes pour votre exposé, puis nous procéderons par la suite à des
échanges avec les membres de la commission. Je vous invite donc à vous
présenter et à commencer votre exposé dès maintenant.
Alliance de l'énergie de
l'Est
M. Lagacé (Michel) : Merci. M.
le Président de la commission, Mme la ministre, distingués membres de la
commission, l'Alliance de l'énergie de l'Est tient à saluer le dépôt du projet
de loi n° 69 assurant la gouvernance responsable des
ressources énergétiques par le gouvernement du Québec. Ce projet marque une
avancée cruciale dans la transition énergétique de notre province, une
transition que nous considérons comme l'un des plus grands défis de notre temps, et nous offre l'occasion de
revoir en profondeur notre manière de consommer, de produire de l'énergie
afin d'atteindre les objectifs ambitieux de carboneutralité d'ici 2050.
Pour réussir cette transformation, il est
impératif de renforcer notre production d'énergies renouvelables, notamment en mobilisant les municipalités, les MRC
et les Premières Nations. Ces acteurs locaux doivent être au coeur des décisions, car leurs territoires seront
directement impactés par les projets de développement énergétique.
Parallèlement, l'optimisation et le renforcement des réseaux de
transport électriques sont essentiels à la mise en place de nouvelles
infrastructures d'énergies renouvelables.
Aujourd'hui, nous avons l'opportunité d'amorcer
un virage historique en matière d'énergie. C'est pourquoi nous remercions la
commission de nous permettre de contribuer à ce débat crucial pour l'avenir de
nos régions et de notre société. Les
recommandations que nous soumettons aujourd'hui s'inscrivent dans cette vision
de développement énergétique régional. Elles visent à faciliter l'atteinte des
objectifs collectifs tout en répondant aux réalités spécifiques des territoires
de l'Est du Québec. Nos propositions s'articulent autour des quatre axes de
développement de l'alliance, soit le transport électrique, l'éolien, la
petite hydroélectricité et le solaire.
Avant de
commencer, permettez-moi de vous présenter brièvement l'Alliance de l'énergie
de l'Est. L'alliance fut fondée en
2023, mais ses racines remontent à 2014. Elle est le fruit d'une initiative
régionale regroupant 209 communautés
locales, 15 territoires de la MRC, la communauté maritime des Îles-de-la-Madeleine, de même que la Première Nation Wolastoqiyik Wahsipekuk. Notre
mission est simple et ambitieuse : développer et exploiter des projets
d'énergies renouvelables sur notre territoire. Nous avons à coeur d'optimiser
l'impact économique, social, environnemental de ces projets en travaillant main
dans la main avec les promoteurs privés et Hydro-Québec. Par cette approche, nos collectivités locales se
réapproprient les projets énergétiques et s'assurent qu'ils répondent à leurs
besoins en termes d'acceptabilité sociale et
d'intégration harmonieuse dans leur développement... dans leur environnement,
excusez.
L'alliance joue aujourd'hui un rôle clé dans le
secteur de l'éolien au Québec, avec des partenariats de plus de 326 mégawatts en exploitation et de
1 426 mégawatts en développement. Nous sommes reconnus pour notre
leadership et notre capacité à mobiliser les acteurs locaux autour d'une vision
durable et innovante de l'énergie. L'Alliance
de l'énergie de l'Est a démontré le succès de son modèle de partenariat
égalitaire avec des producteurs privés dans la filière éolienne avec ses
326 mégawatts de projets en opération. Les communautés membres
actionnaires, les 340 000 actionnaires de l'alliance ont généré plus
de 80 millions de dollars de revenus autonomes depuis 2016.
L'alliance incarne une réussite en matière de
transition énergétique juste et de réconciliation économique avec les Premières
Nations. Ces partenariats permettent d'allier l'expertise des promoteurs...
producteurs privés en développement éolien à la capacité de l'alliance à
garantir l'acceptabilité sociale des projets. Un exemple marquant est le projet
Madawaska, d'une puissance de 278 mégawatts, développé avec Hydro-Québec
et EDF Renouvelables, facilitant ainsi l'intégration d'Hydro-Québec dans
le secteur éolien. Ces collaborations ont permis de développer rapidement des projets énergétiques compétitifs
qui répondent aux besoins du Québec, tout en maximisant les retombées
économiques pour les communautés locales. C'est pourquoi le gouvernement et
Hydro-Québec ont favorisé cette approche dans les récents appels d'offres
d'approvisionnement en électricité. L'alliance recommande vivement de maintenir ces partenariats dans les futurs projets
énergétiques et espère appliquer l'expérience acquise dans l'éolien à d'autres
filières d'énergies renouvelables.
Notre première recommandation concerne le plan
de gestion intégrée des ressources énergétiques. Nous recommandons d'amender
l'article 14.3 de la Loi sur le ministère de l'Économie et de
l'Innovation, tel que proposé dans l'article 4 du projet de loi 69, afin d'y inclure une
obligation de consultation des municipalités et des Premières Nations. En effet, ces acteurs doivent être pleinement
intégrés à la gouvernance des ressources énergétiques. Les régions doivent
être directement associées à la conception et la rédaction du plan de gestion
intégrée des ressources énergétiques. Pour
ce faire, l'équipe chargée de la préparation du PGIRE, qu'elle soit politique,
administrative ou hybride, devra aller en région pour discuter avec les
préfets, les maires, les populations locales et bien entendu, les premières
communautés, les communautés
autochtones. Il ne s'agit pas seulement de tenir compte des orientations et
priorités des différents milieux, il faut les associer directement aux
discussions et aux décisions.
• (15 h 40) •
La deuxième
recommandation vise la capacité d'exploiter une centrale hydroélectrique dans
le cadre d'un partenariat égalitaire.
L'alliance propose de modifier la Loi sur les compétences municipales pour permettre
l'exploitation de centrales hydroélectriques dans le cadre de partenariats
égalitaires entre le secteur privé et les collectivités locales. Tel qu'actuellement rédigée, la Loi sur les compétences
municipales ne permet pas de transposer à la filière hydroélectrique
l'approche de partenariat égalitaire qui est privilégiée non seulement par les
membres de l'alliance, mais également par les appels d'offres
d'approvisionnement en électricité d'Hydro-Québec depuis 2013, lesquels
favorisent la participation communautaire jusqu'à 50 % ou plus pour faire
suite au décret adopté en ce sens par le gouvernement du Québec.
Dans le cadre légal
actuel, lorsqu'une municipalité locale ou régionale souhaite exploiter une
entreprise qui produit de l'électricité au
moyen d'une centrale hydroélectrique, les deuxièmes alinéas des
articles 17.1 et 111 de la Loi sur les compétences municipales
exigent aux municipalités de contrôler ladite entreprise. À cet égard, il est
difficile de justifier cette différence de traitement entre la filière
hydroélectrique et les filières de production de l'électricité provenant de d'autres sources d'énergie
renouvelable. Il est donc proposé de considérer un amendement de ces alinéas
afin d'accorder un partenariat égalitaire, une reconnaissance équivalente au
contrôle municipal.
La
troisième recommandation vise l'aliénation d'immeubles destinés à
l'exploitation d'ouvrages hydroélectriques dont la puissance attribuable
à la force hydraulique du domaine de l'État est égale ou inférieure à
100 mégawatts. Cette volonté du gouvernement est en phase avec le désir
préalablement énoncé de l'alliance et des communautés locales visées de voir
les installations hydrauliques de Mitis-1 et 2, appartenant à Hydro-Québec
Production, d'être valorisées et, par le
fait même, redonner aux citoyens l'accès aux berges de la rivière Mitis en aval
de la majestueuse chute du même nom.
Nous préconisons la
mise en place d'un calendrier de mise en oeuvre spécifique pour les
dispositions des articles 116 à 119 du
projet de loi. Cette recommandation est particulièrement importante pour ce
projet de valorisation des
installations hydroélectriques Mitis-1 et 2. Ce calendrier permettrait à ces
installations de bénéficier des dispositions facilitant l'aliénation des
immeubles concernés et ainsi accélérer le processus de mise en valeur de ces
infrastructures pour le bénéfice de la transition énergétique.
Notre
quatrième recommandation est en lien avec la planification du réseau de
transport. Depuis de nombreuses années, une portion grandissante du
territoire de l'alliance est affectée par une congestion du réseau de transport
qui limite grandement son développement
énergétique. De façon générale, le déploiement de projets d'énergies
renouvelables a été ralenti, voire été empêché par les nombreuses
incertitudes entourant la possibilité de les raccorder au réseau de transport.
L'alliance voit donc d'un oeil très favorable l'élaboration d'une stratégie sur
le transport qui tiendrait compte de son grand potentiel énergétique, de ses capacités
à répondre adéquatement aux besoins de la transition énergétique québécoise.
Nous suggérons
d'amender l'article 85.1.1 de la Loi sur la Régie de l'énergie pour
inclure, encore une fois, une obligation de consultation des municipalités, MRC
et Premières Nations. Il est crucial que les communautés locales aient leur mot
à dire dans la planification des infrastructures énergétiques, car ces projets
auront un impact direct sur leur quotidien. De plus, nous recommandons
d'ajouter une notion de révision périodique tous les six ans afin de s'assurer
d'une planification adaptée aux réalités en constante évolution.
Dans la même veine,
nous proposons d'amender l'article 85.1.2 pour que les informations sur
les capacités de raccordement au réseau de transport électrique soient rendues
accessibles au moins une fois par an. Une meilleure transparence dans l'accès à
ces données permettrait une planification plus efficiente des futurs projets
énergétiques.
En conclusion,
l'Alliance de l'énergie de l'Est se tient prête à collaborer avec le
gouvernement et les parties prenantes pour faire avancer ces réformes
essentielles. Nous croyons que le projet de loi 69 constitue une
opportunité unique de moderniser notre cadre
législatif en matière d'énergie et de mettre en place des conditions qui sont
propices à un développement durable et inclusif de nos ressources
énergétiques.
Simplement pour
illustrer, les projets éoliens au Bas-Saint-Laurent qui ont été mis en place,
bien, il y a 80 % de l'énergie produite par ces parcs‑là au
Bas-Saint-Laurent... sont consommés au Bas-Saint-Laurent. Il y a une étude qui
a été faite par le FabRégion il y a de cela deux ans, et il y a aussi une
réalité : plus de 50 % de l'énergie qui est consommée au
Bas-Saint-Laurent, ce sont des combustibles fossiles, donc il y a encore
matière à amélioration.
Nous tenons à vous
remercier, M. le Président, Mme la ministre, distingués membres de la
commission, pour votre écoute et votre engagement envers ce processus
législatif. Ensemble, nous avons la chance de tracer la voie vers un avenir
énergétique plus vert, plus juste et plus résilient. Merci.
Le Président
(M. Bernard) : Merci beaucoup, M. Lagacé, pour votre exposé.
Alors, nous allons
maintenant commencer la période d'échange. Mme la ministre, vous disposez
d'un temps de parole de 16 min 30 s.
Mme Fréchette : Oui,
merci, M. le Président. Merci, M. Lagacé. Merci à vous quatre d'être des
nôtres. J'avais bien hâte de vous rencontrer parce que j'ai fréquemment
entendu parler de l'alliance, soit de par mes collègues ou quand j'étais en
Gaspésie récemment. Vous êtes vraiment un cas d'exemple. Et, quand vous dites
qu'il faut ouvrir la voie pour l'avenir de
l'énergie au Québec, bien, vous l'avez déjà commencé, ce processus d'ouverture
de la voie pour renouveler les
approches. Donc, mes félicitations, parce que, vraiment, vous avez une approche
novatrice qui, manifestement, donne des belles retombées.
J'aimerais ça entendre parler, d'ailleurs,
davantage, là, des retombées que ça a pu générer pour votre... vos communautés,
en fait. Donc, vous avez parlé de 80 millions de dollars en retombées
depuis 2016. Comment ont été utilisés ces
revenus-là? À quoi ça a servi? Est-ce que c'est pour renforcer votre initiative
de départ ou c'est pour redistribution dans les communautés? Parlez-moi
un peu de ces flux, là, des retombées.
M. Lagacé (Michel) : Je dirais
que c'est propre, je dirais, à chaque territoire de la MRC. Dans le cas des
deux régies qui composent l'Alliance de l'Est, 60 % des bénéfices sont
versés en faveur de la Régie de l'énergie du Bas-Saint-Laurent, qui regroupe
les huit territoires de la MRC, la Première Nation Wolastoqiyik Wahsipekuk, de
même qu'on a mis en place, il y a de cela quelques années, un fonds de
développement régional pour soutenir des initiatives
régionales qui répondent aux besoins des Bas-Laurentiens. C'est le cas... on
fait... en immigration notamment, donc, en développement social, en agroalimentaire,
donc, on fait des investissements colossaux. Dans le cas de la... du CRD, le fonds, il y a eu 5 millions en
bénéfices éoliens qui ont été transférés envers le CRD. Ça a permis de lever
des ententes, notamment, avec des
ministères du gouvernement du Québec, des ententes d'une valeur de plus de
50 millions de dollars. Donc, c'est clair que ça a un impact
intéressant.
Dans le cas
de la MRC de Rivière-du-Loup, on souhaite... on soutient notamment des
organismes qui viennent en soutien à des personnes qui vivent en
contexte de vulnérabilité, des organismes communautaires, notamment. Donc, on soutient des initiatives territoriales, puis
les communautés qui sont actionnaires, bien, reçoivent aussi des bénéfices
qui leur permet notamment de mieux, je dirais, répondre aux besoins citoyens.
Je pense à la ville de Rivière-du-Loup, qui,
il y a de cela quelques années, a appuyé un projet de développement du... à
l'époque, on appelait ça les commissions scolaires, et c'était un centre
intérieur pour la pratique du soccer, notamment, puis des activités liées...
sportives.
Donc, il y
a... ces sommes-là servent de levier pour mieux répondre aux besoins des
citoyens, puis je vous dirais que, dans le cas de la MRC de
Rivière-du-Loup, durant la pandémie, on a utilisé beaucoup de ces sommes-là
pour assurer des messages de... pour favoriser une meilleure contribution des
citoyens aux objectifs de faire attention en lien avec les mesures sanitaires.
Donc, on s'en est beaucoup servi et on a travaillé de façon très étroite avec
le CISSS du Bas-Saint-Laurent, justement,
pour faire percoler des messages, notamment parce qu'il n'y avait plus d'école,
il y avait de l'inquiétude par rapport aux enfants qui pouvaient se
retrouver dans des contextes difficiles, donc il y avait des éléments de vigie qui ont été mis en place entre
les MRC, les municipalités locales et le CISSS du Bas-Saint-Laurent.
Mme Fréchette : Intéressant.
Dans quelle mesure vous pensez que votre expérience à vous est transposable à
d'autres régions, là? Qu'a été la flamme de départ, le détonateur, là, qui a
permis de mettre en place, là, tout ce que vous avez expliqué?
M. Lagacé (Michel) : Bien, je
dirais essentiellement que, lorsqu'il y a eu les premiers appels d'offres en développement des projets communautaires de moins
de 25 mégawatts, il y avait eu des discussions au Bas-Saint-Laurent sur
est-ce qu'on fait des mises en commun. Il n'y a pas eu ce niveau d'adhésion là,
à ce moment-là, mais en 2014 on a eu des discussions entre le
Bas-Saint-Laurent et la Gaspésie, en se disant : Est-ce qu'on se fait
compétition entre nous ou on s'entend, on
fait des mises en commun au niveau des ressources, on va chercher les
ressources compétentes puis on fait une mise en commun pour diminuer les
risques via nos possibilités de financement? Puis on a eu une entente qui a été intéressante entre les deux régions
administratives, mais on a mis en compétition nos partenaires privés. Donc,
le gouvernement du Québec, Hydro-Québec a eu des prix intéressants par
l'entremise de la mise en compétition des partenaires privés.
Dans le cas de
la... du territoire de l'alliance, en 2023, on a additionné les territoires de
la MRC de Montmagny-L'Islet. Donc, aujourd'hui on couvre, de Montmagny
aux Îles-de-la-Madeleine, 209 communautés. C'est vraiment cela, le... Dans le fond, aujourd'hui, peu importe où est
le projet, les communautés et les MRC actionnaires reçoivent un bénéfice
et reçoivent aussi une partie des redevances qui sont en lien avec la mise en
place de parcs éoliens. Donc, on a décidé de
travailler ensemble puis, dans le cas du Bas-Saint-Laurent, on a une espèce de
forme de péréquation où chaque territoire de MRC prend un même risque et
chaque territoire de MRC a accès à un même bénéfice.
Donc, la MRC des Basques, qui a 8 800 de population, retire le même
bénéfice que la MRC de Rimouski-Neigette, avec plus de
50 000 citoyens.
• (15 h 50) •
Mme Fréchette : Qu'elle
participe ou non aux initiatives que vous mettez de l'avant, il y a un
bénéfice, une retombée qui est prévue, là?
M. Lagacé
(Michel) : Ils participent via le financement des projets, et
les bénéfices sont répartis de façon équitable.
Mme Fréchette : OK,
intéressant. Qu'est-ce que vous associez comme plus-value, comme retombées
quand la communauté, les communautés,
les acteurs terrain, là, participent à ces initiatives-là? Il y a une forme
d'acceptabilité sociale qui est intrinsèque, là, j'imagine, là.
M. Lagacé
(Michel) : Oui, tout à fait, tout à fait...
Mme Fréchette :
Parlez-nous un peu des retombées positives de cette approche-là.
M. Lagacé
(Michel) : Tout à fait. Il faut se rappeler de 2004, il y avait eu le
projet SkyPower sur le territoire de la MRC
de Rivière-du-Loup, un projet qui avait été déposé en l'absence de toute
consultation avec les communautés locales, avec le territoire de la MRC.
Ça a fait école au Québec. Il y a eu un BAPE qui a été désastreux pour le projet, mais très instructif pour la MRC de
Rivière-du-Loup puis les partenaires publics. La population locale a bien vu
qu'on avait intérêt non pas à vendre notre territoire, mais à développer notre
territoire, ce qui a permis, à la suite, là, de développer un projet à la
hauteur de la MRC de Rivière-du-Loup, un projet communautaire de
24,6 mégawatts.
Mais
il est clair que la... lorsqu'il y a des projets qui ne se sont pas réalisés
dans le passé, on pense à Sainte-Luce ou SkyPower dans la MRC de
Rivière-du-Loup, c'est parce que ça s'était fait derrière des portes closes, en
l'absence de consultation avec les communautés locales et avec les MRC.
Aujourd'hui, l'actionnariat fait en sorte que chaque territoire de MRC, chaque
communauté locale reçoit un bénéfice intéressant qui lui permet de mettre en
place une réponse aux besoins citoyens, communauté par communauté, territoire
par territoire. Puis, dans le cas de la Première Nation Wolastoqiyik, là aussi, on a une collaboration extraordinaire
avec la Première Nation, parce qu'on a développé des arrimages qui nous
permettent de mieux travailler ensemble.
Mme Fréchette : Donc, pour vous, la place
du privé dans la production et les projets énergétiques, ça a sa propre
valeur, là, ça a des retombées intéressantes si ça concerne les communautés,
particulièrement?
M. Lagacé
(Michel) : Je dirais qu'on a développé... Puis, vous savez, ça n'a pas
été un passage facile, là, les premières années, quand le public s'avançait la
tête, souventefois on se faisait dire «whoosh, whoosh!» Mais les gens ont compris qu'un projet qui se réalise amène des
retombées économiques. Un projet qui ne se réalise pas en l'absence de
partenariats, bien, bien entendu, il n'y a pas de retombées économiques, puis
les sommes investies pour le développement,
bien, elles sont perdues. Ça fait que l'arrivée des partenaires publics dans
l'actionnariat, c'est intéressant. D'ailleurs,
quand il y a eu l'appel d'offres, 2021, on a voulu aussi intéresser
Hydro-Québec Développement, on a eu une entente avec Hydro-Québec Développement. Hydro-Québec s'est virée dans
sept semaines pour nous offrir une réponse qui était quasi inimaginable
au départ. Et donc, dans sept semaines, ils sont arrivés à la conclusion qu'ils
souhaitaient embarquer dans l'actionnariat
avec nous — c'est
le projet que je parlais tantôt, le projet Madawaska — tiers,
tiers, tiers. Puis c'est une façon
intéressante d'amener les expertises des uns et des autres, les publics que
nous sommes par rapport à l'acceptabilité sociale, mais l'intégration
paysagère notamment, parce qu'on a une préoccupation sur l'insertion, l'intégration paysagère; Hydro-Québec, avec sa
capacité, effectivement, financière. Mais au-delà du financement, c'est
d'aller aussi à la rencontre des populations, puis les partenaires privés en
lien avec une connaissance technologique des éléments, turbines, pales les plus
appropriées pour la mise en place d'un projet de parc éolien.
Mme Fréchette : Et comment vous verriez
qu'on doit organiser la consultation auprès des acteurs municipaux, auprès
des Premières Nations dans le cadre de l'élaboration du PGIRE? Est-ce que votre
expérience à vous, là, donnerait des... comment dire, des leçons à tirer sur la
bonne façon de s'y prendre pour le PGIRE?
M. Lagacé
(Michel) : Bien, c'est clair, comme on le disait tantôt, là, qu'il y
ait des arrimages à la hauteur des territoires de MRC, avec les MRC concernées,
avec les Premières Nations. C'est sûr que ça, c'est... je dirais, c'est un passage nécessaire, je vous dirais même,
c'est un passage obligatoire, parce qu'on occupe nos régions, on occupe
nos territoires, on est présents dans nos territoires, on connaît les
sensibilités citoyennes, puis ça pourrait permettre, effectivement, d'avoir des plans de gestion intégrée des ressources
énergétiques qui pourraient mieux répondre aux attentes citoyennes.
Puis
je dirais que, dans les dernières années... bien, les deux dernières années, ce
qu'on a vu souventefois, c'est la réaction
citoyenne, parce que devant l'inconnu... devant l'inconnu, des fois, on a... on
est un peu plus hésitants. Donc, d'interpeler les élus, les préfectures,
les maires, les conseillers municipaux, les... qui vont pouvoir aller à la
rencontre de leurs citoyens, ça, je pense que ça serait davantage gage de
réussite puis ça permettrait à tout le monde d'identifier de quelle façon on
peut se projeter par rapport au développement énergétique sur notre territoire.
Puis,
comme je me plais à dire, le développement des énergies renouvelables, ça ne
peut pas être uniquement la panacée d'une région, d'un territoire, ça
doit concerner tous les Québécois parce que la transition énergétique, ça
concerne tout le monde. Puis, quand on parle de diminution des gaz à effet de
serre, bien, ça concerne tout le monde. Puis,
quand on voit ce qui s'est passé cet été, notamment dans le coin de
Louiseville, pratiquement en plein centre-ville industriel, quatre pieds d'eau, bien, ça veut dire qu'il y a un
dérèglement, puis la meilleure façon d'adresser le dérèglement, bien, c'est de s'affranchir des combustibles
fossiles, notamment. La sobriété, l'efficacité énergétique, on en est aussi, on
le souhaite et, dans nos milieux, on y travaille.
Mme Fréchette : Et j'imagine qu'une fois
que vous avez commencé à initier des projets, bien, ça a convaincu d'autres
communautés à proximité, adjacentes, parce qu'ils ont vu les retombées, puis
ils se sont dit : Bien, nous aussi, finalement, on serait
intéressés. C'est comme que ça a pris de l'ampleur?
M. Lagacé
(Michel) : Oui, tout à fait, tout à fait. Il y a de cela quelques
semaines, on était avec M. Thériault à la MRC des Sources, où ils ont des
projets d'énergies renouvelables. Dans le cadre d'un forum citoyens-élus, on a partagé l'expérience de l'Alliance de l'énergie de l'Est,
puis le préfet nous rappelait que... il nous disait que ça avait été une
expérience intéressante pour la population locale qui avait pu voir qu'il
pouvait y avoir des expériences positives au travers du développement des
énergies renouvelables.
Je
dirais qu'on ne manque pas une occasion. À toutes les fois où est-ce qu'il y a
des gens qui nous interpellent, appellent, on se déplace. On est
généreux de notre présence parce qu'on pense que le modèle qui est développé
dans l'Est du Québec peut être aussi initié
ailleurs, en faveur des citoyens et des communautés parce que, je le répète,
quand tu utilises davantage d'énergies renouvelables, bien, tu
t'affranchis des combustibles fossiles.
Mme Fréchette :
Oui. Merci, très inspirant, vraiment. Je vais céder la parole aux
collègues, M. le Président.
Le Président (M. Bernard) : Merci,
Mme la ministre. Je cède donc la parole au député de Masson.
Vous disposez d'une période de 4 min 45 s.
M. Lemay :
Merci, M. le Président. Bonjour, messieurs. Merci d'être avec nous en
commission.
Je
vais aller avec votre recommandation n° 4, à la page 9 de
votre mémoire. Vous venez mentionner, justement, le fait que...
Attendez, je vais aller tourner à la bonne page. Vous venez mentionner qu'au
niveau du transport puis de l'interconnexion
au niveau de la distribution, dans le fond, ce que vous dites, c'est que vous
êtes limités. Présentement, vous avez de la difficulté à pouvoir avoir
de la prévisibilité sur les coûts d'interconnexion puis vous n'avez pas la
capacité... Justement, nous étions à Rimouski dernièrement, et on mentionnait
que tous les projets pour lesquels on avait de... on avait l'appétit pour aller
de l'avant avec des projets, notamment en éolien... Bon, là, je comprends que,
si vous ne savez pas comment ça peut coûter puis si vous êtes capables de la
distribuer sur le réseau, ça peut être problématique. Alors, vous venez
proposer, à votre recommandation n° 4, de faire un
amendement à l'article 58 du projet de loi, qui vise l'article 85.1.1
d'une autre loi, là, justement sur le transport d'électricité, par laquelle on
doit soumettre à la régie un plan d'approvisionnement. Dans le fond, c'est le
distributeur d'électricité qui doit soumettre ce
plan d'approvisionnement, et ce que je comprends, votre amendement, ça serait
d'intégrer le fait qu'il y a des consultations
du monde municipal, mais aussi des communautés autochtones. Donc, s'il y avait
ces telles consultations là — puis vous dites aussi même
qu'il pourrait y avoir une révision aux six ans pour être en phase avec
d'autres articles du projet de loi, ce que je comprends — ce que
vous... Si vous aviez ces consultations-là, c'est quels éléments que vous
présenteriez dans le plan de développement du réseau de transport
d'électricité?
M. Thériault
(Jean-François) : Bien, merci pour la question. Donc, l'intervention
des communautés dans la planification du réseau de transport, c'est surtout en
lien avec la capacité d'exploiter les ressources naturelles du territoire en toute connaissance de cause sur le
développement et l'utilisation actuels du territoire. Donc, par la présence
sur le territoire des différentes communautés, par les plans de développement
et les plans d'aménagement, on connaît bien l'utilisation qui en est faite, on
est capables, tôt dans le processus consultatif, d'identifier les territoires
qui sont propres à l'exploitation de la
ressource plutôt que d'agir a posteriori, là, lorsqu'il y a un développement
théorique qui serait prévu. Donc, la consultation initiale permet ce partage de
connaissances là sur la potentialité de l'acceptabilité sociale d'une
portion du territoire ou de la totalité de celui-ci lorsqu'on est consultés.
M. Lemay :
Donc, vous, vous êtes... OK.
Puis, après ça, votre révision aux six ans pour être en cohérence avec
le PGIRE...
• (16 heures) •
M. Thériault (Jean-François) : Bien,
donc, l'utilisation du territoire, c'est un processus qui est évolutif, donc ce
qu'on connaît aujourd'hui de la façon qu'il est exploité, de la façon qu'il est
aménagé est en constante évolution, donc ce qu'on dit, c'est qu'il faut
s'inscrire dans un processus itératif pour s'assurer que l'évolution de son
utilisation, son aménagement est transposée dans la planification du
réseau, s'il y a des interventions à faire sur le territoire.
M. Lemay :
OK. Je comprends qu'il reste 30 secondes, environ...
Le Président
(M. Bernard) : 1 min 13 s.
M. Lemay :
1 min 13 s. Bon, écoutez, au niveau du solaire et du
stockage que vous venez de mentionner, c'est que, si on faisait... Si vous
pouviez y aller, notamment pour les communautés autochtones que vous avez sur
votre territoire, ça pourrait être intéressant. Est-ce que ça serait seulement
pour les communautés autochtones, ou vous pourriez l'utiliser aussi avec le
stockage et le solaire ailleurs sur votre territoire?
M. Durany
(Gabriel) : C'est sur l'ensemble du territoire. Merci pour la
question. Le développement solaire puis le
développement stockage, là, pour nous, c'est dans notre terroir énergétique
parce que la question que vous posez, si
toutes les régions vont avoir leur terroir énergétique, leur réalité... Nous,
dans notre réalité, la congestion de réseau, le fait d'être en bout de
ligne, et tout ça, d'amener du solaire puis du stockage, c'est vu comme une
démarche de renforcement du réseau, ce qui ne serait pas forcément la même
réflexion à Montréal, tu sais, quand on parle de PGIRE puis de plan de
transport, de réaliser que la réalité régionale va amener un regard différent
sur les différentes technologies, puis une utilisation différente sur le réseau
aussi.
Dans notre cas, c'est ouvert à tout le monde,
puis nos partenaires autochtones, bien entendu, ont le même intérêt que nos
membres municipaux, là, à utiliser cette énergie-là. D'ailleurs, en Gaspésie,
là, vous savez peut-être qu'une des trois communautés du Gespe'gewa'gi, là, micmaque, a déployé un
petit projet solaire dans une des communautés, don c'est déjà en
mouvement.
Le Président (M. Bernard) : Merci.
Merci beaucoup. Le temps est écoulé.
Je cède maintenant la parole — excusez-moi — à
l'opposition officielle, Mme la députée de Saint-Laurent, vous disposez d'une
période de 10 min 24 s.
Mme Rizqy : Merci beaucoup, M.
le Président. Bonjour, messieurs, bienvenue à notre commission et merci aussi
pour votre mémoire.
Nous, on a eu, la semaine passée, des échos par
rapport aux Îles-de-la-Madeleine, où est-ce qu'il y a eu un projet en
partenariat public-privé, où ça s'est fait dans le respect, évidemment, avec la
population locale, où est-ce que les gens ont été vraiment consultés pour
l'implantation de deux éoliennes, ça s'est bien passé, c'est ce qu'on nous a rapporté. Vous avez d'autres projets qui
pourraient voir le jour. Est-ce que c'est le même exemple que vous aimeriez,
un tiers la ville, un tiers qui était privé, puis un tiers Hydro-Québec? Ça,
c'était dans le cas des Îles-de-la-Madeleine.
M. Lagacé (Michel) : Bien, dans
le cas des Îles-de-la-Madeleine... tu pourras peut-être poursuivre tantôt,
Jean-François, mais, dans le cas des Îles-de-la-Madeleine, ce qui est
intéressant, c'est, quand on parle de transition énergétique, puis je disais
tantôt, d'affranchissement des combustibles fossiles, bien, Dune-du-Nord a
permis le retrait de 7 millions de
litres de mazout. Donc, ça, c'est une excellente nouvelle. Le prochain projet,
qui s'appelle Grosse-Île, pourrait avoir des impacts, aussi, fort
intéressants, mais en ce qui a trait à la consultation populaire...
M.
Thériault (Jean-François) :
Bien, les Îles-de-la-Madeleine, effectivement, c'est un projet qui a été
développé en collaboration avec la communauté maritime, la régie
intermunicipale de la Gaspésie, à l'époque, et Hydro-Québec... parce qu'on a
identifié la potentialité du territoire, identifié le site, on a consulté... on
a rapidement constitué un comité de liaison pour aller à la consultation de la
population tôt dans le processus. Puis Hydro-Québec, dans ce projet-là, est un partenaire qui n'est pas un partenaire à
l'intérieur du projet, mais bien un partenaire sur le territoire, parce que tout ça s'intègre avec le réseau isolé
des Îles-de-la-Madeleine, mais le processus de consultation est demeuré.
Donc, les
comités de liaison sont hyper importants et pertinents dans tout développement
éolien. Puis l'expérience vécue avec
les Îles-de-la-Madeleine, entre autres, nous a permis d'adapter cette
démarche-là à l'ensemble de nos projets où on... Même lorsqu'il y a des
appels d'offres, et les consultations publiques ne sont pas une disposition ou
une obligation dans les appels d'offres, on exige à nos partenaires d'aller à
la rencontre des populations. On accompagne nos partenaires dans ces
consultations-là, même pour des projets qui sont que des projets potentiels,
donc qui seront ultimement déposés aux appels d'offres, pour s'assurer que les
populations ont été consultées, on recueille leurs commentaires. Ça fait
souvent évoluer les projets, ça fait aussi... ça porte réponse de toutes les
parties. Donc, on apprend beaucoup sur
l'utilisation du territoire de cette façon-là et les populations apprennent
aussi beaucoup sur la façon qu'on
veut mener à bien les projets. Donc, les Îles-de-la-Madeleine a été un
bon exemple de ce processus consultatif là qui a été mis de l'avant.
Mme Rizqy : Et
de façon plus spécifique à ma question au niveau du partage des parts, ce
serait quoi, l'idéal?
M. Thériault (Jean-François) : Bien,
effectivement. Donc, le projet qui est un bon exemple, c'est le projet de Madawaska qui a vu le jour à la suite de l'appel
d'offres 2021-01, où, effectivement, on a un partenariat tiers-tiers-tiers
avec l'alliance, le partenaire privé, qui est EDF Renouvelables, et
Hydro-Québec, où, comme M. Lagacé le
mentionnait, on trouve que chacun apporte à la table son niveau d'expertise et
sa plus-value. Et ce serait un...
c'est un modèle, effectivement, qui serait reproductible et efficace à notre...
selon ce qu'on voit et selon l'expérience qu'on vit présentement. Donc, c'est aussi, encore là, une belle école de
mettre un premier projet de l'avant, d'apprendre de ces expériences-là,
mais effectivement on trouverait un bon modèle pour la suite des choses, pour
notre territoire, du moins.
Mme Rizqy : Là, on parlait de
l'éolien. Là, je vais aller dans une de vos recommandations au niveau des barrages, une exploitation d'une centrale
hydroélectrique dans le cadre d'un partenariat égalitaire entre le milieu local
et le secteur privé. Présentement, on a quand même plusieurs municipalités qui
ont de la misère d'un point de vue financier. Ce serait quoi, les garanties?
Parce qu'exploiter un barrage hydroélectrique, ça vient quand même avec un
effort financier considérable.
M. Lagacé (Michel) : Bien, je
vais peut-être... dans le cas des projets éoliens, puis après ça je vais aller
vers les minicentrales. Le projet éolien, on en a, et je le disais tantôt, pour
1 426 mégawatts. À 3 millions du mégawatt, c'est
4,2 milliards en investissements pour le 1 426 mégawatts. C'est
pour cela que, d'ailleurs, on est 16 territoires de MRC, la Première
Nation, on a décidé de faire une mise en commun de nos possibilités d'investissement.
Dans le cas d'une minicentrale, les
investissements sont beaucoup moins importants. Puis ce qu'on aime bien, nous, c'est diminuer le risque. Diminuer le
risque par, justement, un partenariat égalitaire privé-public, ça nous permet
de diminuer les... on a la certitude que ça diminue les risques pour les
partenaires publics parce qu'effectivement on n'a pas les connaissances requises en lien avec l'opération d'un
barrage. On n'a pas les connaissances requises, non plus, même si on a
beaucoup développé dans les dernières années, en lien avec l'opération d'un
parc éolien, mais la façon dont on voit les choses pour
ce qui est des minicentrales, si on souhaite effectivement qu'on puisse
développer des projets de façon égalitaire
avec des partenaires privés... Puis, pour le financement, le risque financier,
Jean-François.
M. Thériault (Jean-François) : Bien,
je dirais aussi... je rajouterais que les partenariats égalitaires, une des
choses que ça nous apporte, c'est qu'il y a un enlignement des intérêts avec
les partenaires. Donc, en ayant un partenariat 50-50, qu'il soit en
investissements et en droits de vote, on est assuré que les parties à la table
partagent les mêmes intérêts lors de la réalisation des projets, contrairement
à une relation contractant/mandataire, si on était actionnaires à 100 % d'un ouvrage puis qu'on devait faire faire le
développement technique par différents fournisseurs. Donc, le partenariat
égalitaire permet cette relation-là qui est saine puis qui est facile à mettre
de l'avant.
Puis concernant l'implication financière, bien,
un projet hydraulique, pour nous, comme il a été mentionné par M. Lagacé,
est d'une plus petite envergure, considérant qu'on a un potentiel qui regroupe
les 209 municipalités. Donc, c'est sûr qu'au sein de l'alliance on voit
les investissements avec une façon différente que lorsque c'est une municipalité locale unique. Donc, la mise en
commun des ressources des 209 communautés, donc des 16 territoires de
MRC, de la Première Nation, nous permet d'avoir une diversification des
risques, entre autres, par la diversification de notre portefeuille. Donc, on
regarde maintenant toute initiative qui pourrait apporter, là, une contribution
à la transition énergétique.
Mme Rizqy : Je vous entends,
mais je n'arrive pas à réconcilier la chose suivante, c'est que, premièrement, le projet de loi veut... on augmente de
50 mégawatts à 100 mégawatts. La responsabilité de l'État, une de ses
missions, c'est de fournir de
l'électricité à tous les Québécois. Vous, les municipalités, votre mission,
c'est d'offrir des services, évidemment,
publics à vos concitoyens. Mais le privé, leur principale fonction, un
partenaire privé, c'est, par définition, le rendement pour leurs actionnaires, qui ne seront pas les citoyens.
Alors, c'est pour ça que je n'arrive pas à réconcilier les intérêts entre
Hydro... Si vous me dites un partenariat entre vous et Hydro-Québec, ça, je
peux comprendre, vous puis les
Premières Nations, ça aussi, je suis capable de comprendre, mais purement
privé, je n'arrive pas à réconcilier parce qu'automatiquement les
intérêts ne sont pas convergents.
• (16 h 10) •
M. Lagacé (Michel) : Bien, je
dirais que l'intérêt financier, il est convergent, là. L'intérêt financier, le
partenaire privé souhaite avoir un retour sur l'investissement de façon
importante. Les partenaires publics, on bénéficie
aussi de ce retour-là, de cette volonté-là d'aller chercher un maximum de
bénéfices par rapport à l'investissement effectué. C'est dans la même
façon qu'on opère les parcs éoliens : les partenaires privés sont
intéressés à avoir des bénéfices, nous sommes intéressés à avoir des bénéfices,
on travaille ensemble pour diminuer les risques, parce que développer un parc
éolien, il y a des risques, donc on doit s'assurer de diminuer les risques de
façon importante. D'ailleurs, s'il y en a d'entre vous qui souhaitent venir,
éventuellement, sur le territoire de l'alliance, ça nous ferait plaisir de vous accueillir puis de vous parler
comment ça se vit au quotidien, le maillage, quand on parle de la mise en
place d'un parc éolien.
Mme Rizqy : Non,
mais je suis allée voir, je suis allée voir sur le terrain. Moi, j'étais
vraiment... je suis allée, là, là-dessus, je tiens à vous rassurer. Mais, dans
votre loi constituante, qui est... parce que, tu sais, une ville, évidemment, ça
a des pouvoirs qui sont légiférés, mais ce
n'est pas... il n'y a pas... nulle part, je n'ai pas trouvé nulle part le
rendement, le profit, c'est vraiment... il y a des services qui doivent
être donnés, puis évidemment vous avez des budgets à gérer. Mais, moi, ce qui m'inquiète... c'est parce que,
en ce moment, Hydro-Québec, c'est dans ses obligations légales d'offrir ce service. Et là, des barrages hydroélectriques,
on ouvre la porte, pour la première fois depuis qu'on a nationalisé, à cette
porte au privé.
Alors, c'est
pour ça que je n'arrive pas à concilier... Si Hydro-Québec a cette
obligation-là de rendre ce service, je ne vois pas pourquoi
qu'aujourd'hui on franchirait un pas depuis la nationalisation depuis Jean
Lesage, depuis Robert Bourassa, depuis René
Lévesque, d'aller à ce pas-là, alors que les autres partenaires, par exemple,
dans l'éolien, ça a vraiment été avec les Premières Nations, ça a été avec des
MRC. Là-dessus, on n'a pas ouvert un secteur au niveau des barrages
électriques, les minicentrales, de dire : Parfait, on va, entre
guillemets, déresponsabiliser Hydro-Québec...
Le Président (M. Bernard) : 20 secondes.
Mme Rizqy : ...puis avec un
partenariat privé. C'est pour ça que je n'arrive pas à réconcilier les intérêts
que vous dites qui peuvent être convergents,
parce que, par définition même, eux, le privé va devoir répondre à des actionnaires
et vous à des concitoyens.
Le Président (M. Bernard) : 7 secondes.
M. Lagacé
(Michel) : Brièvement, là, dans le cas des deux centrales,
Mitis-1, Mitis-2, ça fait quelques années qu'elles sont fermées, la population
n'y a pas accès. La Première Nation Wolastoqiyik, qui a des... qui souhaite
faire de la pêche au saumon, y a difficilement accès. Le fait qu'on
puisse remettre en...
Le Président (M. Bernard) : Merci
beaucoup, M. Lagacé. Désolé.
Je cède maintenant la parole au deuxième groupe
d'opposition, le député de Maurice-Richard.
Vous disposez de 3 min 28 s.
M. Bouazzi : Merci
beaucoup, M. le Président. Merci, messieurs.
J'ai
effectivement eu la chance de vous rencontrer lors de mes cinq jours de tournée
en Gaspésie, Bas-Saint-Laurent.
Dans le système actuel, vous êtes vraiment,
je pense, ce qu'on peut faire de mieux. Tout le monde le dit, vous mettez en concurrence
le privé plutôt que l'inverse. On a vu ce que ça a donné dans d'autres régions,
hein, Centre-du-Québec, Montérégie, Mauricie, en Estrie, où il y a eu toutes
sortes de problèmes. Vous pointez aussi du doigt quelque chose d'important,
c'est le manque de planification dans le réseau de transport et pas juste dans
la production, parce que, dans votre cas,
évidemment, l'acceptabilité sociale, au bout de 20 ans, est vraiment là — moi,
je l'ai vu clairement — il
y a même une fierté, hein, de concitoyens par rapport aux éoliennes. Mais le
réseau n'a pas été planifié, et donc... en fait,
était saturé, on a été obligé de faire des appels d'offres dans des endroits où
il y a moins de vent, mais plus de place dans le réseau de transport, et
tous les problèmes d'acceptabilité sociale qu'on a pu malheureusement voir dans
la dernière année. Et donc, là-dessus, vraiment bravo de montrer cette voie-là.
Sur la question de la place du privé, comme vous
le savez, nous, on pense qu'Hydro-Québec doit être maître d'oeuvre et on pense
que vous devez avoir des compensations du fait de, vous, vous retrouver avec
des éoliennes sur votre territoire. Et donc
l'idée de garantir des revenus sur le long terme, donc des contrats sur
20 ans — une
éolienne, typiquement, c'est 20 ans, si on pousse un peu, c'est
30 ans — pour
assurer les revenus et vous éviter, justement, des endettements
colossaux qui sont disproportionnés par rapport à vos budgets de MRC ou de
villes, mais qui sont possibles parce qu'Hydro-Québec prend tout le risque,
évidemment, à la place du privé, puisqu'ils garantissent un prix différent, etc., qu'est-ce que vous pensez de
ça? Est-ce qu'être partenaire avec Hydro-Québec serait une mauvaise idée?
M. Lagacé (Michel) : Bien, je
dirais, d'abord de vous dire que les redevances, c'est à peu près 1 $, et
pour les bénéfices, c'est 7 $. Ça fait que se contenter du dollar,
lorsqu'on a la capacité... lorsqu'on voit ces turbines-là arriver dans nos
territoires, alors qu'on pourrait aller chercher un 7 $ supplémentaire,
bien, c'est clair que c'est... 1 million par rapport à 7 millions,
8 millions au total, au lieu de se contenter de 1, bien, c'est un peu ce
que je vous avais dit en août dernier,
l'importance que les communautés et les territoires de la MRC investissent,
qu'il y ait un retour par rapport à l'investissement de façon importante, puis
ça permet de dégager des sommes importantes pour soutenir des réponses
aux demandes citoyennes.
Ça fait que la... c'est clair que la... les
redevances, ce n'est certainement pas la voie de passage. Ce qu'on vous a.... ce qu'on a demandé depuis tantôt, c'est
des partenariats égalitaires. Des partenariats égalitaires, ce n'est pas
pour avoir des redevances, c'est pour avoir un véritable actionnariat. On a
vécu ça dans le passé, là, des appels d'offres où il y avait de l'actionnariat
de façade, où les communautés locales se contentaient de miettes.
Le Président (M. Bernard) : 30 secondes.
M. Bouazzi : J'ai très peu de
temps. Ceci étant dit, quand vous vous endettez ou le privé s'endette, ou que vous... et surtout le privé, parce que votre parti
à vous, nous, on l'appuie, là, mais que le privé se garde une cote, bien,
c'est tous les citoyens, y compris les
vôtres, qui vont payer plus cher l'électricité. Ça fait que l'idée, ça serait
de trouver un mécanisme qui vous garde ça, qui vous enlève le risque
associé à des prêts disproportionnés par rapport à ce que vous avez, hein, qui ne marchent que parce que
c'est Hydro-Québec qui prend le risque, donc nous tous qui prenons le risque,
en fait, et, de l'autre côté, garder la cote
qui est envoyée au privé, là. C'est ça que je pense qui répondrait à beaucoup de
ce qu'on a entendu jusqu'à date, là.
Le Président (M. Bernard) : Merci
beaucoup. Malheureusement, le temps est écoulé.
Je cède maintenant la parole au député de
Jean-Talon pour une période de 2 min 38 s.
M. Paradis : Qu'est-ce
que vous entendez par partenariat égalitaire? Qu'est-ce que ça veut dire, ça,
en termes de pouvoir décisionnel, de partage de la propriété des actifs?
M. Lagacé (Michel) : Bien,
partenariat égalitaire, lorsqu'on parle, exemple, de Nicolas-Riou, le parc
éolien Nicolas-Riou dans la MRC des Basques
et de Rimouski-Neigette, c'est un partenariat égalitaire, on fait une véritable
mise de fonds initiale à la hauteur de 50 %, le... quand je dis
50 %, c'est 15 % par rapport à l'endettement total, mais le privé fait la même chose, on est propriétaire des
actifs, puis la... au conseil d'administration, les décisions se prennent
de façon, je dirais, commune. Le partenaire privé ne peut pas indiquer d'aller
à gauche si ce n'est pas dans l'intérêt des...
du partenaire public. Donc, on a des ressources qui nous accompagnent,
notamment M. Thériault, dans des conseils d'administration pour
s'assurer que les intérêts des partenaires publics sont protégés et mis à
l'avant.
M. Paradis : Vous
avez peut-être entendu que ce modèle, qui remporte beaucoup de succès de votre
alliance, c'est vu à la fois comme une réappropriation par les gens,
localement, de leur développement énergétique, et donc de leur développement
économique, puis d'autres, par contre, y voient une porte ouverte vers la
privatisation parce qu'il peut y avoir des participations majoritaires du
privé. Vous, est-ce que vous seriez prêts à ce que, quand on parle de
partenariat, on dise que les partenaires publics, Hydro-Québec, les partenaires
locaux comme les municipalités, sont majoritaires dans le pouvoir décisionnel
puis dans la propriété?
M. Lagacé (Michel) : Quand on
regarde le projet Madawaska, c'est un peu ça, là, on est tiers-tiers-tiers,
donc... Puis je vous le dirais, là, que la... dans le projet Madawaska, c'est
nous qui avons couru après Hydro-Québec pour les amener à la table de l'actionnariat, puis
on est fiers parce que la... habituellement, on était sur des partenariats
égalitaires 50-50 avec des partenaires privés. En mai 2022, on a sollicité
les échanges...
Le Président (M. Bernard) : 30 secondes
M. Lagacé (Michel) : ...avec
Hydro-Québec, puis on a eu une réponse positive, et on a gagné un projet
tiers-tiers-tiers, puis c'est un beau projet.
M. Paradis : Donc, vous dites,
ce modèle-là existe déjà. Dans son plan, Hydro-Québec... dans sa stratégie de
développement éolien, Hydro-Québec dit : Bien, Hydro-Québec est maître
d'oeuvre, mais ce n'est pas défini. Est-ce que,
dans les prochaines étapes de ce développement-là, on pourrait prévoir ça, on
pourrait encadrer de telle sorte qu'on dise : Le public est
majoritaire dans ces projets-là?
Le Président (M. Bernard) : Deux
secondes.
M. Lagacé (Michel) : Bien,
c'est ce qui se fait, actuellement, pour le projet sur la Côte-Nord, avec la
Première Nation Pessamit, la MRC de Manicouagan et Innergex. Lorsqu'on
additionne le public, c'est-à-dire la MRC de Manicouagan avec la nation
Pessamit, ils sont majoritaires.
Le Président (M. Bernard) : Merci.
Désolé de vous interrompre. Alors, je vous remercie beaucoup, aux représentants
de l'Alliance de l'énergie de l'Est, pour votre contribution aux travaux.
Mémoires déposés
Maintenant,
avant de conclure les auditions, je procède au dépôt des mémoires des personnes
et des organismes qui n'ont pas été entendus lors des audiences
publiques.
Je voudrais vous remercier, Mme la ministre,
tous les membres de la commission, pour la qualité de vos travaux. Je remercie
également le personnel de l'Assemblée et ceux de la commission parlementaire.
Alors, la commission ayant accompli son mandat,
elle ajourne ses travaux au mardi 24 septembre, à 9 h 45, où
elle entreprendra un nouveau mandat. Merci.
(Fin de la séance à 16 h 20)