Journal des débats (Hansard) of the Committee on Agriculture, Fisheries, Energy and Natural Resources
Version préliminaire
43rd Legislature, 3rd Session
(début : May 5, 2026)
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Thursday, June 4, 2026
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Vol. 49 N° 6
Special consultations and public hearings on Bill 17, an Act mainly to amend the Act respecting natural gas storage and natural gas and oil pipelines in order to provide a framework for underground reservoirs and certain pipelines
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11 h 30 (version non révisée)
(Onze heures quarante-sept minutes)
Le Président (M. Julien) : Oui,
bonjour, tout le monde. À l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum,
je déclare la séance de la commission de l'agriculture, des pêcheries, de l'énergie
et des ressources naturelles ouverte. La commission est réunie afin de
poursuivre les consultations particulières et auditions publiques sur le projet
de loi n° 17, Loi modifiant principalement la Loi sur le stockage de gaz
naturel et sur les conduites de gaz naturel et de pétrole aux fins d'encadrer
les réservoirs souterrains et certaines conduites. Mme la secrétaire, est-ce qu'il
y a des remplacements?
La Secrétaire : Oui, M. le
Président. M. Caron (Portneuf) est remplacé par Mme Hébert
(Saint-François); M. Fortin (Pontiac),par Mme McGraw (Notre-Dame-de-Grâce); et M. Bouazzi
(Maurice-Richard), par Mme Zaga Mendez (Verdun).
Le Président (M. Julien) : Je
vous remercie. Comme la séance débute vers 11 h 47 et le temps... on
veut être complété pour 13 heures, les deux groupes, donc on a convenu de
couper les interventions de manière équivalente, là, c'est... Consentement?
Des voix : Consentement.
Le Président (M. Julien) :
Naturellement, on ne coupera pas l'exposé de nos invités, c'est trop important,
pas que vos questions ne sont pas importantes, là, mais vous comprenez. Donc ce
matin, nous entendrons les organismes suivants, l'Union des producteurs
agricoles et l'Union des municipalités. Donc, sans plus tarder, je souhaite la
bienvenue aux représentants de l'Union des producteurs agricoles. Je vous
rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé, puis nous
procéderons à la période d'échange avec les membres de la commission. Je vous invite
à vous présenter et à commencer votre exposé. Merci d'être là.
M. Rheault (Pascal) : Oui.
Bonjour, chers parlementaires. Je me présente, Pascale Rheault, président de l'UPA
Abitibi-Témiscamingue et producteur de grains. Je suis ici pour vous parler de
ce que les producteurs agricoles de notre région ont vécu depuis près de deux
ans, en raison de l'absence d'un cadre législatif encadrant sur l'hydrogène
naturel. Il y a deux ans, un promoteur privé et des chercheurs sont arrivés à
Saint-Bruno-de-Guigues, au Témiscamingue, un petit village agricole d'environ 1 000 habitants
où certaines familles cultivent les mêmes terres depuis quatre, voire cinq
générations, des terres parmi les plus productives de notre région. Ils cherchaient
de l'hydrogène naturel, mais ils ont agi de manière assez cavalière, parce qu'il
n'y avait pas de cadre... réglementaire.
• (11 h 50) •
À l'époque, personne ne savait ce qu'était
l'hydrogène blanc. Pourtant, on demandait aux producteurs de signer des
ententes et d'autoriser l'accès à leurs terres pour réaliser des travaux d'exploration
et creuser des puits. Rapidement, les producteurs ont contacté l'UPA, nous
allons alors découvert qu'aucune loi n'encadrait réellement cette activité.
Nous avons donc informé les producteurs qu'ils pouvaient refuser l'accès à leurs
terres, la plupart l'ont fait. Mais dans une communauté de 1 000 habitants
où l'arrivée d'une nouvelle industrie suscite beaucoup d'espoir, les
producteurs ont subi beaucoup de pression, surtout quand on leur disait que
cette nouvelle énergie...
M. Rheault (Pascal) :
...pouvait lutter contre les changements climatiques, un réel problème pour les
producteurs. On n'est pas contre le développement, mais les producteurs veulent
protéger leurs entreprises et l'avenir de leurs terres et de leurs familles. Je
vais vous donner un exemple concret du climat d'incertitude qui régnait. Un
producteur de notre région a reçu un appel d'une entreprise de forage lui
indiquant qu'elle s'apprêtait à se présenter sur sa propriété pour réaliser des
travaux, juste à côté de son étable. Or, ce producteur n'avait jamais donné
d'autorisation. Il a dû se fâcher et refuser l'accès. Cela lui a donné beaucoup
de stress, il a complètement perdu confiance dans le système.
L'arrivée d'un cadre législatif est une
bonne chose, c'est ce que nous réclamons depuis deux ans, mais le projet de
loi, dans sa forme actuelle, ne répond pas encore à toutes les préoccupations des
producteurs agricoles. Plusieurs zones grises demeurent. Nous ne sommes pas
contre l'innovation, nous ne sommes pas contre le développement économique,
mais lorsqu'on demande à un producteur de prendre des risques sur la terre qui
lui appartient et qu'il laissera à ses enfants, il faut lui offrir des
garanties à la hauteur de ce risque. Je vais maintenant céder la parole à
Martin Caron afin qu'il vous présente les... les améliorations que nous jugeons
essentielles. Merci.
M. Caron (Martin) : Merci, merci
Pascal. M. le Président, M. le ministre, Mmes et MM les députés. Bien, je suis
accompagné avec David Tougas, qui est agroéconomiste et Isobel McShane,
avocate. D'entrée de jeu, comme Pascal l'a précisé, bien, les commentaires vont
porter plus sur les dispositions du projet de loi qui touchent l'hydrogène
naturel, soit appelé l'hydrogène blanc. L'UPA accueille favorablement la
volonté du gouvernement d'encadrer cette nouvelle filière énergétique, puis
depuis un an, nous demandons qu'un cadre clair soit mis en place et d'éviter
que des activités d'exploration et de recherche découlent d'un flou juridique.
Comme le témoignage le montre, de Pascal,
bien il est nécessaire de mettre des choses en place et il doit y avoir un
projet de loi qui doit être renforcé. Ce que nous demandons, c'est que les
règles soient claires, que leurs droits soient respectés et que les risques ne
soient pas transférés aux entreprises agricoles. Lorsqu'un promoteur vient
intervenir sur les terres agricoles, il ne s'agit pas d'un espace vacant, il
s'agit d'un milieu de vie, d'un outil de travail et d'un actif productif. Le
projet de loi représente donc un pas dans la bonne direction, puisqu'elle
intègre explicitement certains fluides, dont l'hydrogène, dans le champ
d'application de la loi.
Toutefois, dans sa forme actuelle, il ne
donne pas encore de garanties nécessaires pour protéger adéquatement les terres
et les entreprises agricoles. Nos demandes s'articulent autour de cinq grands
principes. D'abord, la protection en amont du territoire agricole. Un des
éléments les plus préoccupants du PL, est l'absence du mécanisme permettant de
soustraire par défaut les terres privées, notamment agricoles, aux activités
liées à l'hydrogène. Dans la réforme récente du projet de loi des mines, un tel
principe de soustraction des terres privées a été reconnu. Il permet de réduire
la pression du territoire, d'améliorer la prévisibilité pour les propriétaires
et de renforcer l'acceptabilité sociale.
Ce même raisonnement doit s'appliquer sur
l'hydrogène naturel. Le territoire agricole ne devrait pas être considéré comme
automatiquement disponible pour les activités d'exploration, de projets pilotes
ou d'exploitation. L'UPA demande qu'un mécanisme de soustraction par défaut des
terres du domaine privé soit prévu, tout en permettant aux MRC, après
consultation du milieu, de lever cette soustraction partielle ou totalement,
lorsque les conditions locales le justifient.
Le deuxième principe est la reconnaissance
explicite de la protection du territoire agricole dans une décision
ministérielle, lorsque vient le temps d'autoriser ou d'encadrer une activité
liée à l'hydrogène naturel. Le projet de loi prévoit déjà plusieurs
considérations liées à la protection des personnes, des biens et de
l'environnement, mais il manque l'élément fondamental, la protection du
territoire agricole. Le sol agricole n'est pas le seul support physique, c'est
une ressource productive, fragile. Il dépend de l'équilibre des sols, de l'accès
à l'eau et de la cohabitation avec les bâtiments d'élevage, etc. Cette réalité
doit être prise en compte dans l'attribution de licences d'autorisation.
Le troisième, c'est le rôle central de la
CPTAQ. Au Québec, la Loi sur la protection des... des territoires agricoles,
des activités, repose sur une idée simple, toute utilisation non agricole, en
zone agricole, doit strictement être encadrée. Or, le PL no 17 ne
prévoit pas... explicitement l'obligation d'obtenir une autorisation de la...
de la commission du...
M. Caron (Martin) : ...protection
du territoire du Québec pour toutes les activités liées à l'hydrogène. Il
s'agit d'une lacune importante. La CPTAQ est une instance spécialisée pour
évaluer les impacts sur le territoire et les activités agricoles. Elle doit
conserver son rôle central et non pas accessoire.
Le quatrième principe, un encadrement
strict des projets pilotes. Nous comprenons que dans des projets pilotes
peuvent être utiles, dans un contexte d'innovation, mais cette flexibilité ne
doit pas devenir une porte d'entrée pour contourner les exigences normalement
applicables. Le projet de loi permet d'autoriser des projets pilotes dans une
grande marge de manœuvre, pouvant même déroger à des normes prévues à la loi et
aux règlements. Nous ne demandons donc que les conditions minimales applicables
aux projets pilotes soient encadrées clairement et qu'ils soient assujettis des
exigences particulières lorsqu'ils touchent le territoire agricole.
Le cinquième principe, de l'adoption des
exigences au niveau des réalités agricoles. Le milieu agricole présente des
caractéristiques particulières qui exigent des mesures spécifiques. L'UPA
demande que ces conditions minimales, adaptées au milieu agricole, soient
prévues, notamment des distances minimales par rapport aux bâtiments d'élevage
et aux puits d'eau, ainsi que des mesures de médication propres aux activités
agricoles. La remise en état des sites est également un enjeu majeur. Une terre
agricole est mal... Une terre agricole mal restaurée peut perdre une partie de
sa productivité pour plusieurs années, voire de façon permanente. En zone
agricole, l'objectif doit être clair, le retour à la pleine productivité
agricole.
Nous demandons donc que les travaux de
remise en état des terres agricoles soient supervisés par un agronome, et que
les exigences de restauration visent explicitement le retour à la pleine
productivité des sols. En conclusion, l'UPA ne s'oppose pas au développement de
nouvelles filières énergétiques. Nous comprenons l'importance de l'innovation,
de la transition énergétique, mais cette transition doit se faire dans le
respect du territoire, des producteurs et de la sécurité alimentaire du Québec.
Le projet de loi n° 17 est un pas dans la bonne direction, mais il doit être renforcé,
sans ajustement, il risque d'ouvrir la porte sur des interventions importantes
du territoire agricole, sans offrir des garanties nécessaires de protéger
l'intégrité et la pérennité. Je vous remercie de votre attention.
Le Président (M. Julien) : Merci.
Ça complète votre exposé? Merci. Donc, je vous remercie pour votre exposé. Nous
allons maintenant commencer la période d'échange. M. le ministre, la parole est
à vous pour une période de 11 min 30 s.
M. Bernard : Merci
beaucoup, M. le Président. Bonjour, M. Caron. Merci beaucoup d'être là, je
sais que vous avez eu des empêchements pour être présents sur place.
M. Rheault, merci beaucoup et vous aussi, Mme McShane.
M. Rheault, vous savez, c'est mon président de l'UPA régional, puis dans
le dossier, dans le dossier qui nous concerne, nous avions beaucoup échangé à
l'époque avec les... l'UPA régionale pour justement aider un peu à guider, puis
les démarches, puis le... les commentaires de M. Rheault, qu'il nous a
présentés, c'est fidèle vraiment à la situation, là, qui a eu lieu sur le
terrain, les inquiétudes qui avaient été soulevées par les agriculteurs de
Saint-Bruno de Guigues et même aussi les élus de la place, le maire, autant de
Saint-Bruno que les autres maires de la région, puis la MRC. D'où ce qui était
vraiment l'importance, comme M. Rheault, puis M. Caron l'a souligné,
d'avoir ce projet de loi là, sa mise en place pour vraiment réglementer les
travaux sur le terrain.
On a parlé beaucoup et on a rencontré les
gens hier, qui est... qui ont réalisé les travaux, puis d'une certaine manière
aussi, je pense que les gens étaient peu au fait de la réglementation, par
exemple, puis vous, vous le connaissez dans votre vie antérieure, M. le
Président, l'encadrement de la loi sur les mines, entre autres, puis les
obligations des entreprises minières et les gens d'aller faire des travaux sur
les terrains. Alors, à cet égard là, s'il y avait un parallèle à faire et la
loi qu'on a, éventuellement, la future réglementation qui va être mise en place
devrait s'inspirer en grande partie de... de la législation et de la
réglementation qui, actuellement, accompagne les... les entreprises minières
pour leurs... les travaux en zone agricole, en zone zonée verte, en zone... en
zone zonée blanche.
• (12 heures) •
Première question, puis je vais... Vous
déciderez, là, M. Caron, M Rheault, qui, qui va répondre, je vais vous
laisser ça entre les deux. Vous avez premièrement les terrains...
12 h (version non révisée)
M. Bernard : …les terrains
privés, vous aimeriez qu'il y ait une soustraction faite comme dans le cas pour
actuellement la Loi sur les mines. Ce n'est pas dans le projet de loi actuel,
mais en ayant normalement un encadrement, puis on revient encore à qu'est-ce
qui est terrain privé, la réglementation va exiger qu'il y ait des ententes
signées avec les propriétaires terriens en terres privées pour… avant qu'une
entreprise réalise des travaux sur le terrain. Alors, si la réglementation
vraiment confirme cet aspect-là, qu'une entreprise ne peut pas rentrer sur un
terrain de propriétaires privés s'il n'y a pas d'entente dûment autorisée, est-ce
que ce serait assez suffisant pour vous rassurer? M. Rheault ou M. Caron?
M. Caron (Martin) : Je peux peut-être
commencer, puis, merci de la question, M. le ministre, puis, vous savez, si on
l'a amené du côté des mines, c'est parce qu'on se disait que c'était vraiment
une plus-value de ce côté-là, d'avoir cet outil-là de prévisibilité. Parce que,
comme Pascal l'a mentionné, les enjeux qu'ils ont… qu'ont eu les producteurs
sur ce cas-là, bien, ils ont réalisé qu'ils n'avaient pas toute l'information, alors
je crois que nous, la demande bien précise, même s'il y a des ententes de gré à
gré, il faut avoir des balises, puis je pense que les cinq éléments qu'on
demande amènent cette prévisibilité-là et cette transparence-là pour l'ensemble
et d'avoir cette connaissance-là. Je ne sais pas si Pascal ou d'autres veulent intervenir
pour ajouter, là.
M. Rheault (Pascal) : Bien
sûr que… au niveau des terres privées, s'il n'aurait pas le droit d'y aller,
bien, après ça, il pourrait y avoir des consultations au niveau municipal, après
ça, une vraie consultation pour dire à long terme : On veut-tu qu'il y ait
de l'exploration dans ces… dans ces sites-là, là? Mais, avec la Loi des mines,
c'est... ça peut se faire de cette façon-là. Ça fait que présentement, là, au
niveau des TIAM, là, parce que je connais un peu le système des mines, là, que
ça, ça pourrait fonctionner. Ça fait que, là, les municipalités pourraient
faire le travail pour dire : On doit-tu autoriser une telle… une telle
pratique?
M. Bernard : M. Rheault, il a
déjà été maire.
M. Rheault (Pascal) : Oui.
M. Bernard : Puis, vous êtes
maire encore actuellement?
M. Rheault (Pascal) : Non, je
ne suis plus maire.
M. Bernard : Plus maire. Bon,
bien, vous avez… puis vous m'amenez sur une autre piste. Les OGAT, les orientations
gouvernementales en aménagement du territoire, les municipalités actuellement,
justement, sont en train de délimiter, puis ils ont des obligations. Alors, qu'est-ce
que vous soulevez là, les TIAM qui est les fameux territoires incompatibles
avec l'activité minière, vous voudriez que, quelque part, quelque chose de
similaire, puis qu'éventuellement les mesures qui seraient prises tiennent plus
compte des schémas d'aménagement des municipalités et en même temps qu'il y a
une gestion un peu du territoire agricole, puis du développement de l'agrotouristique,
etc. Est-ce que ça irait dans ce sens-là?
M. Rheault (Pascal) : Mais
passablement, oui, dans ce sens-là, là. Je ne sais pas s'il y en a qui veulent
répondre ou bien donc David, qui est très au courant de ce dossier-là, là, mais
je pense que oui, ça pourrait répondre en grande partie, puis il y aurait une
protection pour les propriétaires privés, parce que, présentement, là, une
compagnie peut arriver avec un petit règlement bien... un… fait signer de quoi
à des producteurs pour aller sur le terrain, tandis que, là, il y aurait un
encadrement.
M. Bernard : OK. Donc,
idéalement, le gouvernement pourrait mettre des paramètres, même si on n'osait
pas, mais moi, dans mon expérience de l'industrie minière, on avait vraiment un
cadre quand on arrivait chez un propriétaire pour, d'une part, les travaux qu'on
allait faire et, d'autre part, des mesures de garanties de compensation
financière. Je pense que, possiblement, j'aimerais vous entendre là-dessus. Si
les entreprises arrivent sur votre territoire, devraient vous présenter un
mécanisme vraiment formel de compensation, comme vous l'avez souligné, mais
également avec des garanties financières. Est-ce que ça, vous aussi, vous
accommoderait, puis vous rassurerait?
M. Caron (Martin) : Je peux...
Je peux peut-être commencer. M. le ministre, il ne faut pas laisser tout à l'industrie
qui débarque. C'est pour ça, on trouvait ça intéressant, votre projet de loi.
Il faut amener des balises et des cadres là-dessus. Ça fait qu'il ne faut pas y
aller de gré à gré, puis que, face à un producteur, il y a une négociation de
telle façon, puis d'un autre, c'est autre chose. Il faut être capable d'encadrer
ça, puis je pense que, dans le projet de loi, vous avez fait un bon bout, mais
il en reste. Mais il reste qu'il y a des instances qui sont là, dont la CPTAQ, puis
dans tout le reste. Je vous donne des exemples, on a d'autres ententes cadres,
exemple, avec Hydro-Québec ou ce qu'on…
M. Caron (Martin) : …qu'on
balise, puis il y a une prévisibilité. Et nous, ça nous permet de dire à nos
producteurs : Voici les façons de faire. Mais ce n'est pas à l'industrie
qui arrive, puis qui vont choisir. Il faut vraiment, en tant que gouvernement,
qu'on mette ces balises-là. C'est prévisible pour tout le monde puis de savoir
aussi les outils. Au niveau des OGAT, il y a quelque chose d'intéressant par
rapport à ça. Mais, ce n'est pas tout, il faut rester au niveau de la
protection. Je vous permets juste un petit commentaire, M. le ministre. C'est
qu'on a des propriétaires terriens, des fois, qui ne sont pas producteurs, qui
louent leurs terres. Alors, eux, n'ont pas la même connaissance qu'un
producteur qui a besoin des terres pour les cultiver puis qui aurait besoin
d'un top sol. Alors, c'est pour ça qu'il faut être capable d'encadrer ça pas
juste au niveau des ententes avec des propriétaires privés ou fonciers, mais le
côté dans la zone agricole, là, est très important.
M. Bernard : Bien, je vous
remercie. Puis votre…. Qu'est-ce que vous… L'encadrement avec Hydro-Québec puis
les protocoles, je pense qu'on peut vraiment s'inspirer de ça puis avoir
quelque chose similaire. Puis personnellement, j'ai regardé, à l'époque, un peu
comment les premiers projets éoliens s'étaient développés sur le territoire
québécois, puis il ne faut pas revivre la même chose avec l'hydrogène naturel
ou d'autres. Il faut être vraiment proactif puis être en amont.
Vous avez parlé de l'importance des
projets pilotes. Je… On est actuellement dans... on le sait que le temps est
vraiment serré pour l'adoption du projet de loi, mais on discute beaucoup de
peut-être l'importance des projets pilotes. Est-ce que c'est quelque chose que
rapidement une avenue d'encadrement de projets pilotes pourrait, dans le court
laps de temps, vous rassurer? Mettre des balises qui répondent à vos attentes
pour dire : Oui, on peut… on peut rapidement mettre en place des projets
pilotes pour n'importe qui qui veut intervenir sur le territoire, qui tiendrait
compte des réglementations de la CPTAQ et des autres ministères pour vraiment
rassurer les producteurs, et vous tous, là, à l'Union des producteurs
agricoles.
Le Président (M. Julien) : En
deux minutes.
M. Caron (Martin) : Je vais y
aller… je vais y aller d'entrejeu… d'entrée de jeu, M. le ministre. La réponse
facile, c'est oui. Et comme on l'amène dans notre document, il faut être
capable de prévoir à l'avance cette cadre-là, parce que le projet pilote, ça
amène un côté innovation, mais on ne veut pas qu'il y ait différents projets
pilotes, que tout le monde passe avec des projets pilotes. Il faut être capable
d'encadrer ça et de s'assurer aussi sur le retour, un coup qu'il y a un projet
pilote, le retour au niveau de la productivité des terres agricoles, puis, en
plus de ça, d'avoir les impacts au niveau de la cohabitation. Parce que, quand
vous avez parlé des OGAT, il y a tout un aspect de cohabitation. Alors donc,
projet pilote, on a mentionné oui, mais il faut les… il faut amener une
prévisibilité pour s'assurer que ce soit bien encadré. Et, dans le projet de
loi, il y a quelques éléments, je pense, qu'on est capable d'insérer facilement
puis qui va sécuriser tout le monde là-dedans puis qui va amener une
transparence pour tout le monde.
M. Bernard : M. Rheault.
M. Rheault (Pascal) : ...dans
le même genre que Martin, oui, un projet pilote, on est d'accord, à une
certaine mesure, mais il faut qu'il y ait un encadrement, là, pas dans le sens
qu'à travers du projet de loi... qu'ils peuvent passer à côté des lois et us
qu'on s'est doté au Québec, là. Tu sais, on parle de CPTAQ, on parle de
règlements municipaux, on parle de toutes sortes de règles qu'il va falloir que
les projets pilotes s'encadrent à travers ça. Ça peut se faire quand même assez
rapidement, mais il va falloir qu'il y ait des demandes de permis pour
sécuriser nos producteurs, là, parce que c'est eux autres qui sont au bâton
avec ça. Ça fait que la compagnie arrive avec un projet pilote, là, j'en ai vu
ailleurs, là, il ne faut pas que… qu'il y ait encore, là, c'est la même game
qui s'est passée voilà deux ans, là.
Le Président (M. Julien) :
Merci, il reste 10 secondes. Donc, on va passer…
M. Bernard : Parfait. Merci.
Le Président (M. Julien) :
Merci. Merci. Maintenant je cède la parole au porte-parole de l'opposition
officielle, le député de Jacques-Cartier, vous avez 11 minutes 30.
• (12 h 10) •
M. Kelley : Merci beaucoup,
M. le Président. Merci beaucoup pour votre présentation, M. Caron et M.
Rheault. J'avoue qu'hier on a eu une journée où presque tout le monde qui a
passé devant nous était très favorable à la projet de loi puis adopter ça, je
vais dire, vite, passer ça comme c'est important. Et moi, quand j'ai lu votre
mémoire, j'ai senti un petit peu une mise en garde que, oui, un encadrement,
c'est important, mais le fait que le focus était vraiment sur votre région
aussi, qu'on a... je ne peux pas dire que ce n'était pas apprécié, mais le fait
que des gens de l'industrie de l'hydrogène blanc ont arrivé puis frappé sur les
portes qu'on veut faire des forages avec une source d'énergie qui est vraiment
nouveau dans le sens que c'est vraiment une industrie débutant, c'est des
«rookies»…
M. Kelley : ...alors, j'ai
senti ça dans la présentation. Et merci, je pense, c'est important, aussi, de
rappeler, aussi, que c'est important d'encadrer ça pour les agriculteurs du
Québec, mais aussi pour tout le monde en général. Mais je veux juste
commencer... Et peut-être, M. Caron, vous pouvez juste répondre à une question
simple, parce qu'on, vraiment, doit juste prendre un recul, prendre le temps
nécessaire pour s'assurer qu'on encadre bien cette industrie et d'avoir les
bons amendements présentés en commission, que le projet de loi, dans sa forme
actuelle, n'est pas suffisant pour protéger les terres agricoles du Québec.
M. Caron (Martin) : Bien,
merci de la question. Puis, on avait cinq éléments qu'on a amenés dans notre
mémoire, puis c'est chirurgical parce qu'on a mentionné aux endroits... Puis
d'ailleurs je tiens à féliciter Mme McShane, là-dedans, puis toute l'équipe qui
a amené puis qui a précisé... Il y a déjà des choses au niveau des mines qu'on
avait déjà inclus. Alors donc, pour moi, je pense qu'il y a des modifications
qui peuvent se faire rapidement, et sachant d'autant plus tous les autres
éléments qu'on a dits pour protéger les terres agricoles.
Ensuite de ça, avec la CPTAQ, bien, ça va
être plus simple parce que les choses vont être déjà encadrées. Et c'est pour
ça, à la question tantôt sur des projets pilotes ou autres, il faut être
capable de les encadrer avant d'arriver parce que sinon on risque de
l'échapper. Puis, comme on a dit, on n'est pas contre ce projet de loi là.
Puis... le côté hydrogène blanc, on n'a pas de problème, mais il faut bien
cadrer les affaires puis de s'assurer transparence, s'assurer aussi de toute...
l'acceptabilité sociale aussi, là-dedans. Ça fait que... Mais je pense que les
choses peuvent être modifiées très... très rapidement quand même, là, avec les
propositions qu'on fait.
M. Kelley : Parfait, merci
beaucoup. Puis aussi, je sais que votre mémoire a vraiment axé sur juste
l'hydrogène. Est-ce qu'il y a une raison pourquoi vous n'avez pas prononcé sur
le stockage de carbone ou quand même le stockage, le gaz naturel? Je sais que
ce stade ici, c'est des projets qui sont très précis dans les différents coins
du Québec. Et ce n'est pas de dire que vous n'aimez pas ces industries. Ce
n'est pas une question de mettre un conflit entre vous... vous autres et eux,
mais plus, pourquoi vous avez pensé que ce n'était pas nécessaire de parler des
autres types de stockage, des forages dans le sol qu'on est en train d'étudier
dans ce projet de loi?
M. Caron (Martin) : Je vais
laisser aller soit David ou Isobel s'ils veulent intervenir.
M. Tougas (David) : Bien, en
fait, je peux... je peux y aller. Dans le fond, on s'est vraiment concentré sur
l'élément, là, qui... en fait, qui nous touchait vraiment, là, à très court
terme, là. Je vous dirais que c'était un enjeu majeur, ce que les producteurs
vivaient, là, depuis environ deux ans au Témiscamingue. Puis, dans le fond, on
a voulu mettre vraiment nos énergies là-dessus.
Je comprends que... je comprends que le
projet de loi ratisse beaucoup plus large que ça. Je vous dirais qu'on n'a pas
été confronté directement à d'autres... d'autres activités qui sont liées
plutôt au stockage. On sait déjà qu'il y a des puits qui existent un peu
partout. Ces puits-là existent déjà. Il y a déjà des infrastructures. Si on
utilise des puits existants... pour faire ce stockage-là, donc, il y a déjà des
infrastructures en place. On voyait, en tout cas... on voyait que... en tout
cas, on voyait ça, peut-être, moins pertinent à court terme d'intervenir
là-dessus, alors que nos producteurs, ce qu'ils vivaient au Témiscamingue, c'était
quelque chose qui nécessitait toute notre attention, d'où le pourquoi que notre
intervention était plus ciblée.
M. Kelley : Parfait, oui.
Puis, j'imagine, on a eu beaucoup des discussions autour de la géologie du
Québec aussi, le stockage, par exemple, du... de carbone. Ça arrive souvent
dans les différents types de géologie que les terres agricoles, mais quand
même, le gaz naturel, c'est un peu différent. Mais merci pour préciser ça. Une
autre question, quand j'ai lu votre mémoire, c'était... Je sais que le ministre
a touché un petit peu sur cet enjeu, mais c'est les relations avec des
municipalités. Puis aussi pour bien... Parce que c'est un gros élément après...
Après vous autres, ça va être l'intervention... la présentation de l'UMQ. C'est
bien de s'assurer que ça marche bien entre les municipalités et vous autres,
mais ça, c'est déjà le cas. Comme... Quand un projet arrive dans votre région,
dans votre coin, souvent tout le monde est mis autour de la même table. Alors,
il n'y a aucune raison de craindre que qu'est-ce qu'une municipalité veut faire
avec le développement économique va être pas en conflit avec les besoins de le
secteur agricole.
M. Caron (Martin) : Oui,
exactement. Exactement. Puis on parle quand même de deux ressources très importantes
au niveau du Québec. On parle de l'eau puis des terres agricoles pour nourrir
les gens. Et je pense que ça soit au niveau des municipalités ou des villes, on
a cette même préoccupation-là. Nous, en tant que producteurs agricoles, c'est
nous qui faisons le métier...
M. Caron (Martin) : …au
quotidien pour nourrir les gens d'ici. Puis, notre premier outil, c'est les
terres agricoles. Et le deuxième, c'est l'eau. Alors donc, c'est pour ça qu'on
est là. Mais toute cette cohabitation-là, au niveau de l'aménagement du
territoire est très importante au niveau des usages. Alors, c'est pour ça qu'il
faut se cadrer. Puis, je le rappelle, on l'a mis dans le mémoire, il y a 4% de
la zone agricole, de la zone verte au Québec, mais il y a 2% qu'on cultive, là.
Ça fait que ça, c'est un des éléments assez importants. Puis, si on prend soin
de ceux qu'on aime, bien, il faut prendre soin de ceux qu'on sème qui sont les
terres agricoles.
M. Kelley : Merci beaucoup,
c'est super intéressant. Et M. Rheault peut-être une question plus précisément
pour vous. L'expérience de vos membres, après qu'il y a eu des forages, est-ce
qu'il y a eu beaucoup... beaucoup de travaux a été fait sur leur terrain?
Est-ce que c'était un petit forage? Parce qu'hier on a eu une présentation
d'une entreprise d'hydrogène blanc, puis selon eux autres, dans cinq ans, tout
va être réglé sur la question climatique. J'aime leur énergie. Puis eux autres,
ils croient vraiment dans leur technologie. Mais quand même, après l'expérience
avec certains gens qui ont frappé sur la porte de vos membres, est-ce que leurs
expériences étaient négatives? Est-ce qu'ils ont vu qu'est-ce qu'ils ont essayé
de tester, c'était comme trop invasif sur la terre? Peut-être vous pouvez comme
juste expliquer leur expérience individuellement si c'est possible.
M. Rheault (Pascal) : C'est
sûr que leur expérience au niveau physique sur le terrain, il n'y a pas tant
d'impact que ça, mais c'est les impacts futurs qu'on ne sait pas. Avec des
forages comme ça, avec des gaz qui s'échappent avec... au niveau de toucher la
nappe phréatique, ça va être quoi pour le futur? Puis, les trous qui ont été
creusés, les puits, là c'est-tu le producteur qui va être pris avec pour aller
les sceller dans 10 ans ou 15 ans, si le ministère de l'Environnement
dit : Bien, si vous allez sceller ce puits-là parce que c'est une
compagnie X qui l'a fait, puis qui... soit qui ont fait faillite ou n'importe
quoi... Mais c'est encore le producteur qui va être au bâton avec ça. Puis
c'est lui qui a toujours la charge chez eux que ce puits-là il est creusé.
Parce que c'est comme un puits d'eau, là, tu sais, ça n'a pas eu tant d'impact
physique sur le terrain présentement, mais c'est les impacts futurs, là, qu'on
ne sait pas, parce qu'il n'y a pas d'encadrement, puis on ne peut pas le
comprendre, puis là, les producteurs vivent avec ce... avec cette pression-là
de savoir ça va être quoi dans 10 ans ou dans 15 ans, là.
M. Kelley : C'est super
intéressant. Puis aussi, on a eu toute une discussion, que c'est une chose de
faire un forage, de faire un puits, mais après ça aussi, l'infrastructure qui
vient avec l'industrie, et ce n'est pas assez clair encore, comme si ça arrive
avec une usine ou quoi que ce soit, on branche la technologie directement sur
place. Alors c'est une autre raison pourquoi je pense qu'un bon encadrement est
super important puis un avis aussi pour les entreprises qui arrivent ici ou qui
viennent d'ici aussi de... N'oubliez pas que c'est quelque chose que... Comme
j'ai dit hier, moi, j'étais obligé d'aller sur YouTube pour bien comprendre
c'est quoi, l'hydrogène blanc, là, c'est comme… ce n'est pas... c'est vraiment
du nouveau. C'est... c'est intéressant comme une... comme je le dis, comme une
source d'énergie, mais on ne sait pas c'est quoi tous les impacts non plus.
Alors merci beaucoup pour votre réponse. Je vais laisser ma collègue poser des
questions.
M. Julien : Deux minutes
trente.
Mme McGraw : 2 minutes 30.
Ok, parfait. Merci. Écoutez, beaucoup de... de beaucoup de stock. Vous avez
proposé des amendements assez clairs et précis. J'aimerais vous entendre
peut-être plus sur la... le point numéro un, protection du territoire agricole
et aussi la reconnaissance de la précarité du territoire agricole, parce que vous
en avez parlé dans votre présentation, mais vous dites, entre autres, que le
projet loi 17 prévoit plusieurs mécanismes pour... au ministère d'adapter les
activités liées à l'hydrogène, mais il n'y a aucun mécanisme de protection
prévu pour le territoire agricole. Et là, vous enchaînez sur la précarité,
justement, de... Alors, j'aimerais vous entendre davantage là-dessus. C'est un
enjeu.
M. Rheault (Pascal) : …m'a
laissé, Martin, aller dans ce sens-là.
Mme McGraw : …si je comprends
bien, c'est vraiment lié à l'hydrogène blanc, c'est ça? Puis vous proposez des
amendements clairs. Et si je vous entends bien, si ces amendements sont pris en
considération, selon vous, le projet de loi serait bonifié?
M. Rheault (Pascal) : Je ne
sais pas si Martin veut y aller.
• (12 h 20) •
M. Caron (Martin) : Oui, oui.
Bien, merci de votre question. Exactement. Je reviens encore. On avait cinq
points, dont le premier point que vous avez mentionné. Si on dit qu'on va
amener une protection au niveau des biens puis de l'environnement, mais je
crois que les terres agricoles, c'est de soi qu'il faut être capable de les
protéger. Puis, comme ça a été expliqué, c'est toute cette cohabitation-là qui
se fait ensuite de ça. Alors donc, oui, les cinq éléments qu'on demande, je
pense, c'est facile d'insérer ça directement au projet de loi, puis ça va
amener une prévisibilité, une sécurité pour l'ensemble, puis, on va avoir toute
cette même vision-là de développement, puis de la façon qu'on va le faire, et
ça va faciliter l'acceptabilité…
M. Caron (Martin) : ...sociale
pour tout le monde, pour l'ensemble du Québec, là.
Mme McGraw : On comprend
que les changements climatiques ont un impact disproportionné sur votre
secteur, entre autres. Donc, en ce qui concerne le captage, stockage du
carbone, est-ce que vous avez des enjeux à... selon ces aspects-là du projet
loi?
Le Président (M. Julien) : En
vingt secondes.
M. Caron (Martin) : Bien,
c'est sûr qu'un sol en santé, peut-être pour expliquer à tous nos gens que vous
êtes présents, un sol en santé, ça permet d'amener une biodiversité de
30 %. Le Québec, on s'entend sur des objectifs pour améliorer la
biodiversité, alors, si mes sols restent en santé, ne sont pas compactés, qui
n'ont pas de système d'érosion, je contribue à la biodiversité, puis aux
changements climatiques, puis au niveau du bilan carbone en plus. Alors c'est
pour ça, il ne faut pas faire n'importe quoi au niveau des terres agricoles.
Le Président (M. Julien) : Merci,
M. Caron. Merci à toute l'équipe. Donc, je vous remercie pour votre
contribution aux travaux de la... de la commission. Vous avez amené un regard
différent des autres groupes, donc c'est très intéressant. Je suspends les
travaux quelques instants afin de permettre au prochain groupe de prendre
place. Merci encore pour votre contribution.
(Suspension de la séance à 12 h 22)
(Reprise à 12 h 25)
Le Président (M. Julien) :
Alors, bonjour, tout le monde. Je souhaite donc la bienvenue aux représentantes
de l'Union des municipalités du Québec. Alors, bienvenue. Je vous rappelle que
vous disposez de 10 minutes pour votre exposé, puis nous procéderons à la
période d'échange avec les membres de la commission. D'entrée de jeu, je vous
invite à vous présenter et à faire votre exposé. Bienvenue.
Mme Dubois (Geneviève) : Merci
beaucoup. Merci. M. Julien, vice-président de la Commission de
l'agriculture, des pêcheries, de l'énergie et des ressources naturelles.
M. Bernard, ministre délégué à l'économie, aux petites et moyennes
entreprises. Mesdames, Messieurs, bonjour. Merci de nous recevoir...
Mme Dubois (Geneviève) : …et
merci surtout de donner l'opportunité à l'Union des municipalités du Québec de
vous présenter ses recommandations sur le projet de loi 17.
Je suis Geneviève Dubois, première
vice-présidente de l'UMQ et mairesse de la ville de Nicolet.
Je suis accompagnée aujourd'hui de madame
Marie-Dominique Giguère, qui est conseillère aux politiques à l'UMQ.
D'abord, j'aimerais rappeler que, depuis maintenant
plus de 100 ans, l'UMQ rassemble les gouvernements de proximité de toutes
les régions du Québec.
Les municipalités membres de l'UMQ
représentent plus de 85 % de la population et du territoire du Québec et
95 % des budgets municipaux.
Ce projet de loi interpelle le monde
municipal parce qu'il ouvre la voie à de nouvelles activités dans les
réservoirs souterrains de nos communautés, comme la séquestration du carbone et
l'exploitation d'hydrogène blanc.
Ce sont des activités qui pourraient jouer
un rôle crucial dans la transition climatique, mais qui, en ce moment, sont
freinées par un vide législatif.
Et, pendant ce temps, les changements
climatiques, eux, n'attendent pas. Leurs effets, on les ressent de plus en plus
dans nos municipalités. On les vit sur le terrain, aux premières loges.
C'est pourquoi nous appuyons clairement
l'encadrement de ces nouvelles filières. Mais pas n'importe comment.
Alors, leur développement ne pourra pas
réussir pleinement sans s'appuyer sur les municipalités et sans respecter nos
compétences en aménagement et, en ce moment, ce n'est pas le cas.
Le projet de loi met en place un régime
qui s'apparente à celui du secteur minier. Un modèle qui a un historique
trouble et qui, peut-être, date aussi d'une autre époque.
Le Québec a aujourd'hui l'occasion de
faire mieux et de tirer des leçons de l'expérience passée, en bâtissant un
modèle plus rigoureux, plus transparent et surtout plus concerté pour le
déploiement des activités, comme le stockage à carbone.
Selon la loi, ce sont les municipalités
qui planifient l'usage de leur territoire. Elles gèrent les zones sensibles,
les quartiers, les milieux de vie et ce sont elles qui font face à la
population tous les jours.
Là où nous avons une inquiétude, c'est que
le projet de loi permet au gouvernement d'identifier les territoires
admissibles aux licences sans consultation obligatoire des municipalités.
Pour nous, ce n'est pas un détail, c'est
un enjeu central et, même si c'est… même si l'intention de consulter les milieux
d'accueil était évoquée, tant que ce ne sera pas clairement inscrit dans la
loi, on ne pourra pas être pleinement rassuré.
Déterminer qu'un territoire pourrait
accueillir des puits profonds ou des ouvrages souterrains comporte des impacts
très concrets sur l'aménagement local et, si cette décision arrive sans
consultation, les municipalités se retrouvent devant le fait accompli.
Alors, notre première recommandation est
de mettre en place une consultation obligatoire des municipalités et des MRC avant
de décider des territoires admissibles aux activités prévues par la loi.
C'est le minimum pour respecter la
compétence des gouvernements de proximité et maintenir la cohérence en matière
de… d'aménagement du territoire et considérer les municipalités comme de réels
gouvernements de proximité.
En ce moment, dans le projet de loi à… à
l'étude, toute la logique est inversée. Le projet de loi oblige les
municipalités et les MRC à modifier leurs schémas d'aménagement après
l'émission d'une licence pour permettre les activités.
L'UMQ… l'UMQ affirme que non, on ne peut
pas demander aux municipalités de réparer ou d'ajuster leurs planifications une
fois que tout est décidé. Il faut planifier ensemble et intégrer les
municipalités en amont.
C'est pourquoi nous recommandons de
retirer cette obligation et de la remplacer par un mécanisme de consultation
obligatoire des municipalités en amont, lors de la détermination des
territoires admissibles aux licences. C'est une question de respect de
compétences.
De plus, les règlements municipaux sur les
nuisances doivent pouvoir s'appliquer. S'il y a du bruit, des vibrations, de la
poussière, du camionnage, ce sont les municipalités qui doivent gérer les
impacts.
Imaginez la situation, une entreprise à
une licence ministérielle qui a préséance sur les règlements locaux. Résultat,
la municipalité perd la capacité de protéger la qualité de vie de sa
population.
Nous soulignons donc l'importance que
toute licence inclue explicitement l'obligation de respecter les règlements
municipaux sur les nuisances.
Aussi, il est important de ne pas répéter
les erreurs du passé et personne ne veut revivre ce qu'on a vu dans le secteur
minier, avec des licences délivrées, mais non utilisées.
Cela avait entraîné le blocage de certains
territoires, des spéculations et beaucoup d'incertitudes au sein de la
population. Il faut éviter ça à tout prix et faire mieux.
Les municipalités demandent donc de
définir un nombre maximal de renouvellements d'une licence, lorsque le titulaire
ne réalise pas, pour une période donnée, les travaux requis.
Le pouvoir d'expropriation doit également
être encadré plus strictement. Le gouvernement pourrait déléguer à des
titulaires de licence un pouvoir d'expropriation.
Vous comprendrez que, pour les
municipalités, cela… cela soulève énormément de préoccupations, et avec raison.
L'expropriation est une mesure très
intrusive et elle doit être encadrée, transparente et utilisée en dernier
recours.
L'UMQ recommande que ce pouvoir soit
encadré par le règlement et non de façon discrétionnaire.
• (12 h 30) •
Et surtout, il est nécessaire que les
règlements soient élaborés en consultation avec les municipalités et les MRC.
Si on consulte les municipalités avant de déterminer les territoires…
12 h 30 (version non révisée)
Mme Dubois (Geneviève) : ...les
risques de devoir exproprier diminuent drastiquement, nous gagnons donc tous en
agilité, en efficacité et en coût. Les garanties financières devraient aussi
être obligatoires. Nous avons en mémoire les sites miniers orphelins, les coûts
environnementaux liés, les factures assumées par l'État et donc pour toutes
et... toutes les citoyennes et les citoyens, en bout de ligne.
Nous demandons donc que les garanties
financières pour la fermeture, la sécurisation et la restauration des sites
soient obligatoires et non pas facultatives. Il serait irresponsable que l'État
seul porte le risque d'éventuels abandons. De plus, il est essentiel que les
municipalités touchées par les activités de recherche et d'exploitation de
réservoirs souterrains et d'autres activités en lien puissent profiter d'une
partie des retombées économiques générées. Les municipalités devront s'occuper
des impacts des activités, le bruit, la circulation, l'occupation du sol, la
cohabitation des usages, les enjeux sociaux, elles doivent donc recevoir une
part juste et prévisible des retombées économiques. L'UMQ souligne l'importance
de prévoir le versement de redevances, incluant les modalités de calcul de
versements et de redditions de comptes transparentes. C'est une question d'équité
et une condition essentielle à l'acceptabilité sociale de ces projets.
Enfin, la protection des écosystèmes doit
demeurer une priorité, notamment lorsqu'il est question de stockage temporaire
du carbone. Ce type de stockage comporte un risque important, celui de l'inversion,
c'est-à-dire la possibilité que le carbone retourne dans l'atmosphère. Nous n'avons
pas le droit à l'erreur sur ce sujet. Nous recommandons donc l'obligation, pour
tout règlement prévoyant du stockage temporaire de carbone, d'être accompagné d'un
plan de gestion des risques d'inversion des stocks de carbone et d'adaptation
aux perturbations naturelles et aux aléas... aux aléas, pardon, climatiques.
Pour conclure, le projet de loi n° 17
ouvre une porte importante pour l'avenir énergétique et climatique du Québec.
Les municipalités veulent être des partenaires actifs, il faut donc construire
ensemble, dès maintenant. Ne pas demander aux municipalités de s'ajuster une
fois les décisions prises, pas en contournant les acteurs qui connaissent le
milieu, qui connaissent le mieux leur territoire, pas en affaiblissant les
outils qui protègent la qualité de vie des citoyennes et citoyens. Nous, nos
recommandations vont toutes dans le même sens, les municipalités demandent un
cadre clair, prévisible, responsable et concerté et elles veulent leur juste
part des retombées... économiques. Pour que cette transition réussisse, il faut
qu'elle se fasse en étroite collaboration avec les gouvernements municipaux. Je
vous remercie et on est prêts à... prêtes à répondre à vos questions.
Le Président (M. Julien) : Bien,
je vous remercie. Je vous remercie, Mme Dubois, pour votre exposé. Nous
allons maintenant commencer la période d'échange. M. le ministre, la parole est
à vous pour 11 min 30 s.
M. Bernard : Merci, M.
le Président. Bonjour, Mme Dubois, puis Mme Giguère. Merci de votre
présentation. Plusieurs des points que vous avez soulevés m'interpellent, puis c'est
des... des enjeux qui... que, étant... ayant été donnés dans l'industrie
minière, étant... ayant été dans le domaine municipal, puis dans le domaine
gouvernemental, les enjeux que vous soulevez sont importants, puis les plans
des schémas d'aménagement, pour moi, c'est un enjeu majeur.
Puis même que, j'avais des collègues quand
j'étais dans l'industrie minière qui ne m'aimaient pas, parce que je disais, qu'à
un moment donné, l'industrie... Puis c'est le point que vous soulevez, on n'a
pas... on ne pouvait pas geler indéfiniment un territoire, OK, parce qu'il y a
une municipalité, puis quand on regarde le projet de loi actuel, on ne le
regarde pas pour deux ans, cinq ans, mais on regarde des perspectives de 50 ans
et plus, parce que ce qu'on va mettre en place avec cette filière-là, c'est du
long terme.
Puis je rappelais à des gens, là, par
exemple la région de Thetford-Mines, les roches qu'il y a là, elles ont 480 millions
d'années en âge, alors qu'est-ce qu'on va faire? On vient jouer dans cet un environnement-là,
à long terme. Donc votre aspect de prévoir, une part, un schéma d'aménagement
qui actuellement, puis les plans de développement d'une... d'une municipalité,
c'est une perspective à long terme, mais est-ce qu'on devrait, pour justement
avoir une bonne cohabitation avec les futurs détenteurs de licence, une vision
à plus long terme qu'actuelle, sur un schéma d'aménagement et sur le
développement d'une municipalité, autant pour ses... son milieu urbain que son
milieu industriel et autres. Devrions-nous regarder sur une plus grande
perspective pour faire les choses correctement sur une longue période?
Mme Dubois (Geneviève) : Bien,
moi, j'aurais envie de vous donner, peut-être, la réponse plus politique. Je
laisserai Marie-Dominique y aller sur quelque chose de plus technique. Déjà,
les... les schémas d'aménagement, c'est sur une période de plus ou moins 20 ans,
il s'en passe beaucoup de choses en 20 ans, on le voit, là, à quel point
ça change rapidement. Ça fait que... ça fait que je...
Mme Dubois (Geneviève) : ...je
pense que de voir ça sur une plus longue période, ça pourrait aussi être
intéressant. Mais... mais, tu sais, déjà, dans les MRC où on est plusieurs
municipalités à essayer de s'entendre déjà sur des zones qu'on ne souhaite pas
développer ou des zones où on veut concentrer l'activité industrielle, c'est
déjà quand même assez, je vous dirais, un travail colossal.
Je pense que les... je pense qu'une de nos
plus grandes préoccupations, c'est de s'assurer qu'il n'y a rien qui va
descendre d'en haut, puis qui va venir bouleverser le travail qui a été fait,
quand même, sur une longue période dans nos MRC, dans nos municipalités, où on
a déjà déterminé des lieux où on... ce qu'on souhaite protéger, pour toutes
sortes de raisons, on s'est doté de plans de milieux humides, on est en train
de faire des plans climat, donc c'est important que... Puis on a une
gouvernance, je vous dirais, assez agile dans les... dans les régions, que ce
soit les MRC ou les tables d'élus, de préfets de MRC, où les élus sont là, où
on pourrait avoir ces jases-là aussi par rapport à votre projet de loi.
Donc, je pense qu'il y a... qu'il y a
plusieurs possibilités de travailler ensemble. Est-ce qu'il faudrait travailler
sur une plus longue période? Moi je vous... j'aurais tendance à vous dire,
pourquoi pas? Mais en ayant l'agilité de revoir ça de façon assez régulière,
parce que comme je vous dis, ça... ça change rapidement, là.
M. Bernard : OK. Par
rapport... Bon, puis le niveau de compétence, parce qu'on parle tout le temps,
le municipal versus la MRC, à quel niveau est-ce que les deux devraient être
impliqués? Qui devrait avoir ultimement le plus grand poids dans une décision
de qu'est-ce qui se passe sur son territoire? La municipalité ou la MRC?
Mme Dubois (Geneviève) : Bien,
je vous dirais que les... la responsabilité du schéma d'aménagement appartient
à la MRC, donc c'est elle qui met le sceau final sur des décisions qui sont
prises. Les municipalités, il y a des... des villes MRC aussi, il y a des
municipalités qui ont leur propre plan d'urbanisme, mais sachez que ça se
travaille en complémentarité et on doit, comme municipalité, s'assurer que
notre plan d'urbanisme répond au schéma. Donc, la compétence appartient
vraiment à la MRC et c'est là que la décision se prend, là.
M. Bernard : Dans...
dans l'industrie minière, puis là je vous amène, vous avez parlé de la durée,
d'une part, des... du nombre de renouvellements, qui devrait être maximum, et
autres, puis, en toute franchise, je... c'était le sujet, moi, que j'avais,
comme je vous ai dit précédemment, au niveau de l'industrie minière, qu'on ne
peut pas geler un territoire indéfiniment, c'est-à-dire, vous croyez qu'un
potentiel, allez le vérifier, puis après ça, s'il n'y en a pas, bien, laissez
la place à la municipalité, continuer à se développer. Un des enjeux qui est
importants, on parle de deux licences, une d'expropriation, puis une... pardon,
une d'exploration, puis une d'exploitation. Dans l'industrie minière, on a...
Moi, j'ai tout le temps prêché que, normalement, quand un gouvernement donne
une licence d'exploration, ça va de soi que, s'il trouve quelque chose, il
devrait aller à l'exploitation, sinon, c'est un risque trop grand pour des
investisseurs et autres, puis pour des entreprises, puis on le voit souvent
actuellement, le gouvernement donne des licences d'exploration des «claims»,
puis là, après ça, le débat social commence au niveau, quand on arrive à
l'étape d'exploitation.
Alors, est-ce que vous pensez... Cette
approche-là, de dire oui, le gouvernement, s'il donne une licence
d'expropriation, la... les consultations au préalable devaient être faites dès
au niveau de la... de la donation ou de la location d'une licence
d'exploration. Ce serait plus prévisible pour tout le monde, là, qu'attendre en
étape ultérieure.
Mme Giguère
(Marie-Dominique) : Je ne suis pas sûre, pouvez-vous juste répéter
votre question?
M. Bernard : En fait, à
savoir, est-ce que dès qu'un gouvernement va donner une licence de... d'exploration,
on accepte de facto qu'il va y avoir une exploitation?
Mme Giguère
(Marie-Dominique) : C'est une bonne question. Je pense que la... Tu
sais, nous, la préoccupation qu'on avait sur... sur les licences dormantes et
qu'on voulait porter... C'est vraiment celle à l'effet que, comme on le voit
dans le régime minier, parfois il y a des territoires où il y a des «claims»,
tu sais, pratiquement partout sur le territoire, puis il n'y a rien, en termes
de développement, qui peut se faire. Les conditions qui sont en place en ce
moment dans le régime minier, qui sont répliquées pour le projet de loi n° 17,
encadrent et tentent de diminuer ces licences dormantes là, mais nous, on ne
pense pas que ça va assez loin parce que, on le voit en ce moment, il y a des
propriétaires de licences qui, tu sais, pour lesquels les... les coûts
dissuasifs de faire les travaux minimums ou de payer l'amende ne sont pas
suffisants pour les mettre dans l'action.
• (12 h 40) •
Donc, le point qu'on voulait vraiment
faire, au final, c'est, tu sais, de mettre en place toutes les conditions
possibles pour qu'il n'y ait pas ces licences dormantes là. Mais, si je
comprends bien votre point, là, effectivement, toute la consultation qui aura
lieu en amont devrait...
Mme Giguère (Marie-Dominique) :
...aider.
Mme Dubois (Geneviève) :
...peut-être, je bonifierais... La question de l'acceptabilité sociale, parce
que ce que vous dites, c'est que là, on permet d'explorer... Puis là, quand
vient le temps d'exploiter, c'est là que les gens se soulèvent. Puis, tu sais,
il y a beaucoup, beaucoup de dossiers actuellement qui sont difficiles à faire
passer. Mme Tardif le sait aussi, en Mauricie, avec le projet TES Canada. Mais,
si on a travaillé ensemble avant, et que notre territoire est déjà ciblé par la
possibilité... Puis là, on parle de stockage... C'est déjà ciblé. Bien, nous,
comme élus sur le terrain, on peut commencer à dire à nos gens : Écoutez,
là, voici ce qui se passe, puis on va bien le réglementer, puis on va s'assurer
que ça se passe au bon endroit. Et je pense que c'est là qu'on peut... on peut
faire des gains collectifs, votre gouvernement et le nôtre, pour aller plus
vite pour la suite des choses. Mais c'est sûr que, s'il n'y a pas eu de
discussions préalables, ça risque de se soulever dans les municipalités, là.
M. Bernard : ...fait que,
puis à ce moment-là... Parce qu'éventuellement, le gouvernement, il va falloir
qu'il mette un mécanisme en place pour ouvrir les territoires. Donc, je pense
que ça va être une étape vraiment importante à ce moment-là, le faire avec les
gens du milieu pour, justement, ce concept d'acceptabilité sociale. Il ne reste
pas grand temps. Je voudrais vous entendre sur les projets pilotes.
On en parle beaucoup ces temps-ci parce
qu'étant donné qu'on est dans des... vraiment, dans l'innovation, les
entreprises, autant pour celles qui vont faire, éventuellement, de la
séquestration d'un territoire souterrain, comme vous avez dit, versus ceux qui
sont plus dans la roche, comme les gens Deep Sky sont là, des projets pilotes,
on regarde, puis ça pourrait permettre peut-être justement de développer des
techniques. Est-ce que vous aimeriez savoir ou vous auriez des critères pour
mettre en place des projets pilotes déjà à ce moment-ci, pour faire avancer la
filière tout en vous sécurisant dans vos milieux respectifs?
Mme Dubois (Geneviève) :
Bien, moi, je vais y aller plus avec la notion de projet pilote. Souvent, on a
parlé avec notre collègue, entre autres, de Thetford Mines, qui travaille, je
pense, aussi, avec l'entreprise Deep Sky. C'est déjà des régions qui sont
prêtes à avoir un projet comme ça. La population est derrière... Donc oui, je
pense qu'il y a possibilité de faire des projets pilotes, là, dans des endroits
ciblés qui vont nous permettre aussi de tester certains éléments.
L'acceptabilité sociale, oui, mais tout ce qui est aussi technologique, puis je
pense que c'est intéressant. Est-ce que, maintenant, je pense que les critères
devraient être les mêmes que ceux qu'on réclame aujourd'hui, c'est de le faire
en amont avec les municipalités ou les MRC ou les territoires qui peuvent être
ciblés pour les projets pilotes.
M. Bernard : Merci.
Le Président (M. Julien) :
...députée de Laviolette–Saint-Maurice, 1 minute 30.
Mme Tardif : ...rapidement,
sans trop de préambules. Merci, mesdames, merci d'être là. Par rapport à votre
implication par rapport au schéma d'aménagement du territoire... Et là, on a
eu la... l'UPA, la CPTAQ, bon... Ils demandent que la CPAQ soit aussi impliquée
en aval, avant, tout comme vous. Est-ce que, au niveau de la cartographie, il
faudrait qu'on commence à penser à... cartographier les sols et que vous ayez
ça en plus sur vos plans? Parce qu'on sait que la géologie du terrain est très
importante et pertinente pour l'enfouissement de certains de ces gaz-là, là.
Mme Dubois (Geneviève) :
Mais, ça, je trouve que c'est un bel exemple de... aussi comment ça va vite.
Puis que, tu sais, ce n'était pas nécessairement une information qu'on avait
besoin d'avoir il y a 5 ou 10 ans, puis maintenant qui devient... qui devient
essentielle. Je pense que c'est un élément qui serait important de... qu'on
ait, effectivement. Bon point.
Le Président (M. Julien) :
Merci. Alors, je vous remercie. Maintenant, je cède la parole à l'opposition
officielle au député de Jacques-Cartier. Vous avez 11 minutes 30.
M. Kelley : Merci beaucoup,
M. le Président. Merci beaucoup pour votre présentation. J'ai dit ça à l'UPA
avant, mais votre mémoire, c'est une qui... Après une journée, on avait
beaucoup des gens qui étaient très favorables au projet de loi avec des
suggestions de modifications. Vous avez un mémoire qui a plusieurs enjeux qui
sont légitimes. C'est sûr que nous, comme des élus, il faut regarder ça puis
penser comment on peut incorporer ça dans le projet de loi n° 17. Mais, selon
votre avis, il n'y a pas nécessairement un... aucune raison d'aller vite avec
ce projet de loi. Il faut faire ça comme... correctement, j'imagine.
Mme Dubois (Geneviève) :
Bien, je vous dirais que, tu sais... Je pense qu'il y a des municipalités
actuellement qui attendent après ce projet de loi là pour avancer, mais je
pense qu'il faut le faire correctement, puis il faut trouver des mécanismes
pour qu'on puisse être consultés en amont. Et ça, ça... Le rythme va dépendre
du travail qu'on va faire entre vous et nous, mais c'est sûr que nous, c'est
une condition sine qua non d'être consultés en amont et pour la désignation des
territoires, mais aussi pour les activités sur notre territoire, là.
M. Kelley : Merci beaucoup.
Et je sais que ce n'est pas pareil, on parle plus ici souterrain... Alors
c'est...
M. Kelley : … exactement comme
le secteur minier, exactement. Mais quand même, c'est une bonne exemple. On arrive
ici pour créer un nouveau régime pour des technologies qui ne sont pas
nécessairement nouveaux, mais à une phase de déploiement plus accélérée. Alors,
on va faire notre travail comme comme il faut. Juste vous rassurer, puis je
pense qu'il y a une bonne ouverture de le côté, le ministre aussi. Je sais
qu'on a parlé un petit peu de l'acceptabilité sociale, mais avant, devant vous,
avant vous autres, c'était l'UPA qui a parlé vraiment comme les hydrogènes
blanc. Je sais que, dans votre mémoire, vous êtes plus dans le côté parlé, la
capture, le carbone, mais aussi l'hydrogène blanc, quand même…, ce qu'on
comprend bien, c'est de s'assurer que c'est une technologie qui marche, qu'on
peut exploiter. Ça, ça va prendre beaucoup de terre quand même. Il faut avoir
plusieurs puits si je comprends bien. Alors, c'est quoi, votre regard à une
technologie qui arrive comme ça? Comment on peut…, ça serait une plus grande
acceptabilité sociale. Je sais qu'il y a des suggestions dans votre mémoire sur
la gestion de ce territoire, mais j'ai pensé un petit peu. C'est l'exemple des
éoliennes, TES Canada, etc.. C'est comme une décision est pris à la nation de
niveau provincial ou par une société de l'État, mais c'est vous, les élus sur
le terrain, qui sont obligés de récupérer des gens qui sont moins contents.
Alors peut-être des autres suggestions aussi pour les entreprises qui nous
écoutent présentement, comment eux autres peut aussi s'assurer que leurs
projets sont un succès, comment il peut bien travailler, pas juste avec les
municipalités, mais aussi avec… Avec vos citoyens, nos citoyens.
Mme Dubois (Geneviève) : C'est
une bonne question. Je vous dirais que, entre autres, c'est sûr que le
territoire agricole, on a peu de. il nous reste peu de terres agricoles au
Québec. C'est sûr que chaque projet qui arrive en terres agricoles, puis c'est
le cas aussi des éoliennes soulèvent la passion des gens parce que les gens
sont inquiets de cette perte de territoire-là. Je pense que malgré toutes les
bonnes technologies, puis l'avancement et la transition climatique, on va
devoir quand même nourrir le Québec dans 10, 15, 20, 30 ans. Fait que ça, c'est
une grande préoccupation dans des territoires comme chez nous, où on est à plus
de 90 % zoné agricole. Ça fait, que les endroits compatibles pour du
développement de projets d'énergies renouvelables ou des projets innovants
comme celui dont on parle aujourd'hui, bien, c'est pour ça qu'il faut
travailler ensemble pour, pour bien cibler. Puis, je pense que c'est ça, c'est
ça qui a manqué dans certains projets. Les entreprises arrivent rapidement sur
le territoire, consulte pas nécessairement les élus, pour savoir où est-ce
qu'on pourrait en mettre puis que ça favoriserait l'acceptabilité sociale. Fait
que, tu sais, je pense qu'on peut faire mieux et puis travailler en amont. Moi,
je continue de croire que c'est la meilleure solution. Je ne sais pas si.
Marie-Dominique si t''as envie de rajouter quelque chose?
Mme Giguère (Marie-Dominique) : Bien,
je pense que, si on revient à l'exemple du secteur éolien, la présence de
redevances qui sont claires, qui sont transparentes, qui sont connues, c'est
également un élément important pour l'acceptabilité sociale qui gagnerait à
être impliquée dans les activités, dans les réservoirs souterrains.
M. Kelley : Merci beaucoup.
Et ma prochaine question, c'est en lien avec ça, parce que j'ai trouvé dans
votre mémoire à la page numéro 9 sur les territoires exclus des activités
prévues par la loi. C'est intéressant parce que c'est le ministre peut. Alors,
on est dans la fameuse, le ministre peut. Mais, en même temps, c'est mieux
d'avoir une façon d'avoir une liste où on ne veut vraiment pas avoir certaines
zones où personne peut faire un … ou avoir une licence. Je sais qu'on a abordé
ça un petit peu avant avec le ministre, mais allez-y sur cette recommandation,
que j'ai trouvé super intéressant pour, pour nous.
Mme Giguère (Marie-Dominique) : Oui,
Bien, en fait, c'est ça, ce qu'on comprenait du projet de loi n° 17, c'est que,
de facto, les périmètres urbains, donc, sont exclus des activités prévues par
la loi. Ça fait tout à fait du sens. Puis sinon, le ministre peut déterminer
une liste de territoires qui vont également à être exclus de ces activités-là.
Mais il peut également déterminer des exclusions aux exclusions. Et tout ça,
c'est de manière discrétionnaire, donc, qui n'implique pas nécessairement de
consultation. Fait que, pour nous, le souhait du milieu municipal, c'est qu'on
s'assoie ensemble et qu'on s'entende sur une liste de territoire logique qu'il
faut exclure de ces activités-là pour qu'on puisse avoir de la prévisibilité.
Voilà.
Mme Dubois (Geneviève) : Puis,
Thetford Mines, c'est un bel exemple où ça se passe dans le périmètre urbain.
Alors, tu sais, il faut, faut être capable aussi parfois de permettre à… une
MRC ou à une municipalité de dire : bien, chez nous, ce serait tout à fait
possible et logique de le faire.
• (12 h 50) •
M. Kelley : Absolument…Question
qui un peu en lien avec ça, mais c'est la délégation du pouvoir d'expropriation
que vous avez mentionnée dans votre, dans votre présentation, puis il y a une
recommandation, puis quand même des situations que la délégation des
pouvoirS...
M. Kelley : ...sont des
intérêts privés peut entraîner des effets non négligeables sur l'acceptabilité
sociale. Alors encore, peut-être juste élaborer un petit peu ce point-là, la
recommandation no 8 et qu'est-ce que nous, on doit faire comme les
législatures, pour s'assurer qu'on limite ou encadre très bien cet pouvoir-là.
Mme Giguère
(Marie-Dominique) : Oui. Bien, c'est ça, ce qui est prévu, c'est donc,
un promoteur qui a une licence d'exploitation doit arriver à une entente avec
le propriétaire du terrain pour faire ses activités d'exploitation et puis,
s'il n'est pas capable d'arriver à une entente, il pourrait avoir recours au...
au pouvoir d'expropriation que le gouvernement lui déléguerait, c'est sûr que
nous, ça, nous, ça nous titille. Le mot expropriation, c'est quelque chose
qui... qui fait beaucoup réagir les gens, qui fait très peur, on l'avait vu
dans le... dans le secteur minier en Outaouais, où il y avait des dizaines de
propriétaires qui avaient reçu une lettre où c'était notamment mentionné, puis
tout le monde évidemment s'est mis à réagir très fortement, ça fait que je
dirais que, tu sais, pour nous, à la base, le pouvoir d'expropriation c'est...
c'est quelque chose à utiliser avec beaucoup de retenue et idéalement à ne pas
déléguer.
Mais dans le contexte où ça pourrait être
délégué aux promoteurs, comme c'est déjà prévu d'ailleurs dans le régime
minier, bien, c'est très important que les paramètres soient établis, encore
une fois, par règlement, avec consultation, pour que tout le monde puisse
s'entendre, là, sur les paramètres, que ce soit clair et prévisible.
M. Kelley
: Merci
beaucoup.
Mme Giguère
(Marie-Dominique) : Oui.
M. Kelley : Je vais
passer la parole au...
Le Président (M. Julien) :
3 min 40 s.
Mme McGraw : Merci à mon
collègue et aux présents, et merci d'être pour votre présence et votre
présentation. Donc, dans votre mémoire, si je comprends bien, dans votre
introduction, vous disez, vous écrivez carrément, en somme, l'UMQ appuie les
objectifs du projet de loi. Donc, vous êtes en faveur d'un cadre législatif, pour
vous, c'est important. En même temps, vous avez des enjeux, des suggestions
pour bonifier le projet Loi en lien avec... qui soit en lien... qui reconnaisse
effectivement les réalités municipales, maximiser l'accessibilité sociale,
avoir une gouvernance concertée aussi, leçon apprise selon d'autres régimes
aussi. Et vous voulez effectivement, si je comprends bien, la réussite de ces
nouvelles filières, tout comme l'atteinte de la carboneutralité, mais ça doit
respecter et se construire avec les gouvernements de proximité. Est-ce que ça
résume votre position?
Mme Dubois (Geneviève) : Oui.
Mme McGraw : C'est que,
ça, c'est votre mémoire que je regarde. Donc j'avais des questions, donc tout
le reste c'est des détails, des détails importants, mais si je comprends bien,
vous êtes en faveur de cet encadrement-là. Retombées locales, évidemment, les
gouvernements de proximité font face à... l'adaptation aux changements
climatiques, donc, atténuer, tout ce qu'on peut faire pour atténuer, c'est
important, parce que là, l'adaptation, si on n'atteint pas nos cibles, ça va
être très problématique, surtout pour les gouvernements de proximité, entre
autres.
Est-ce que... Parlez-nous des retombées
locales et un peu, peut-être, le lien qu'il pourrait y avoir, le financement,
justement, pour cette adaptation-là. Est-ce que... Est-ce que vous avez des
idées ou comment vous voyez ça, ces retombées locales?
Mme Dubois (Geneviève) : Bien
en fait, ce qu'on se disait, c'est que le... la nouvelle façon de faire des projets
éoliens, entre autres, que les municipalités ou les MRC puissent être
partenaires communautaires du projet, c'est une belle façon aussi d'investir
avec le promoteur privé, de faire un partenariat, mais aussi d'avoir les
retombées qui vont être directement investies dans nos communautés, justement
pour s'assurer qu'on s'adapte aux changements climatiques, mais aussi qu'on...
qu'on les prévient, là, qu'on... qu'on soit en prévention de ce qu'on peut
faire.
Donc, c'est sûr que, pour nous, c'est une
belle façon d'avoir des... un partenariat financier intéressant. Mais c'est sûr
que, tu sais, quand on parle de développement de cette filière-là, tu sais, ça
peut... ça peut être des camions qui circulent sur nos routes, ça peut être du
dérangement aussi. Il faut être capable de minimiser les impacts et avoir les
retombées économiques pour... pour compenser en partie ce que le... la... nos
citoyens ou citoyennes vont vivre, là, sur le territoire même.
Mme McGraw : Comme mon
collègue a dit, on a un devoir de... à bien faire les choses comme
législateurs, de bien avoir un encadrement qui a de l'allure, qui est clair.
Est-ce que... Puis on est dans une position où on n'a pas beaucoup de temps qui
nous reste pour faire notre travail, bien que le projet de loi a été déposé il
y a quatre mois, il y a toute la question aussi des règlements et des
intentions réglementaires. Est-ce que vous avez des suggestions, des enjeux
là-dessus, des intentions réglementaires et, si jamais le projet de loi n'est
pas adopté, est-ce qu'il y a des enjeux pour les municipalités qui s'attendent
à ce que ça soit adopté?
Le Président (M. Julien) : En
25 secondes.
Mme Dubois (Geneviève) : Bien,
moi, je... Les intentions réglementaires, je... Mais c'est sûr qu'il y a des...
En ce moment, il y a des projets qui pourraient se déployer...
Mme Dubois (Geneviève) : …dans
quelques municipalités, là, ce n'est pas tant que ça, qui effectivement vont…
vont devoir attendre, là.
Le Président (M. Julien) : Alors,
je vous… merci. Merci, mesdames, pour votre contribution aux travaux de la
commission. C'est très apprécié. Donc, la commission suspend ses travaux
jusqu'à 14 h 45. Chers collègues, à tantôt. Merci.
(Suspension de la séance à 12 h 56)
14 h 30 (version non révisée)
(Reprise à 14 h 46)
Le Président (M. Julien) : Parfait,
donc, à l'ordre s'il vous plaît. La Commission de l'agriculture, des pêcheries,
de l'énergie et des ressources naturelles reprend ses travaux. Nous poursuivons
les consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi n°
17, Loi modifiant principalement la Loi sur le stockage de gaz naturel et sur
les conduites de gaz naturel et de pétrole aux fins d'encadrer les réservoirs
souterrains et certaines conduites. Alors, cet après-midi, nous entendrons M.
Benoît Marcoux. M. Pierre-Olivier Pineault, ainsi que la Fédération québécoise
des municipalités. Alors, je souhaite maintenant la bienvenue à M. Benoit
Marcoux. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé,
puis nous procéderons ensemble à la période d'échange avec les membres de la
commission. Donc, je vous invite à vous présenter et à commencer votre exposé.
M. Marcoux (Benoit) : Merci.
Merci, M. le Président. Merci aux membres de la commission. Merci, Mme la
secrétaire. Je vous remercie de m'accueillir aujourd'hui dans le cadre des
consultations sur le PL 17. Donc, Benoît Marcoux, je suis un consultant en
stratégie et en finance avec une expérience particulière dans les secteurs de l'énergie,
des infrastructures, de la haute technologie et des télécommunications. Dans ma
carrière, j'ai conseillé des entreprises privées, des sociétés d'État, des
organismes publics sur les enjeux de développement, d'investissement et de
transformation. Et j'ai fait ça en fait, sur six continents, donc j'ai roulé ma
bosse quand même un peu. Je suis ingénieur de formation, j'ai aussi une
maîtrise en sciences appliquées et un MBA. J'ai souvent été à l'intersection
des enjeux techniques, économiques et institutionnels, notamment pour ce qui
touche les retombées économiques des réseaux, aux infrastructures et transition
énergétique.
C'est avec cette perspective que j'ai
examiné le projet de loi n° 17. Je ne ferai pas une analyse juridique article
par article, mon plutôt… mon propos est plutôt de replacer ça dans un cadre
plus large, celui de la transition énergétique, de la sécurité d'approvisionnement
et de l'usage stratégique du sous-sol québécois. À mon avis, le PL 17 est d'abord
nécessaire. Le Québec ne peut pas laisser les nouveaux usages du sous-sol dans
un vide juridique, mais il ne faut pas non plus le traiter comme un simple
ajustement technique. C'est un projet de loi qui crée, à toutes fins pratiques,
un nouveau régime stratégique pour le sous-sol. Le sous-sol n'est plus
seulement une question de mines d'hydrocarbures. Ça peut maintenant être
mobilisé pour le stockage du carbone, l'hydrogène naturel, géothermie, le
stockage d'énergie thermique, les réservoirs souterrains, etc. Ces usages
peuvent soutenir la transition énergétique, mais ils peuvent aussi créer des
nouvelles zones grises, des zones de risques et des nouvelles responsabilités
publiques. Ma position est simple, le Québec doit permettre l'innovation, mais
sans créer une voie indirecte pour contourner ce qui n'est actuellement pas
permis, comme l'exploration et l'exploitation des hydrocarbures, sans faire du
stockage de carbone une solution de facilité et sans transférer les risques à
long terme vers l'État.
Je veux présenter cinq messages. Premier
message, le PL 17 doit s'inscrire dans une doctrine d'usage du sous-sol. Le
projet de loi encadre des activités, il devrait s'inscrire dans une vision
énergétique plus large, cependant. Les usages du sous-sol doivent être cohérents
avec le PGIRE, la transition énergétique, la sécurité d'approvisionnement et l'intérêt
public. Il ne suffit pas qu'un projet soit conforme techniquement. Il faut se
demander s'il est nécessaire, s'il est meilleur que les autres options, s'il
contribue vraiment à la trajectoire énergétique qu'on veut au Québec. Le test
est assez simple en fait, un projet doit démontrer qu'il répond à un besoin
réel, qu'il contribue à notre trajectoire énergétique, que les risques sont
connus, gérés, financés, transparents. Sans cette doctrine, on risque d'autoriser
des projets techniquement acceptables, mais stratégiquement discutables.
• (14 h 50) •
Deuxième message, il faut traiter
explicitement de la question des réserves stratégiques. Le PL 17 touche
directement les stockages géologiques du gaz naturel existant, il y en a deux.
Le projet de loi maintient toutefois l'interdiction de nouvelles licences de
stockage géologique en dehors des périmètres existants. Dans le cadre d'une
transition énergétique…
M. Marcoux (Benoit) : …il ne
faut pas confondre la réduction progressive de la dépendance aux combustibles
fossiles et la disparition immédiate des besoins de sécurité énergétique. Il
faut donc éviter, dans le projet de loi 17, de limiter, explicitement, le
nombre de sites de stockage pouvant servir de sécurité énergétique. La
Commission devrait recommander au gouvernement d'examiner, dans un cadre
distinct, le… et explicite, balisé, le rôle éventuel des réserves stratégiques
de gaz naturel, mais aussi certains produits pétroliers, lorsqu'il ait besoin
de résilience, de sécurité, d'approvisionnement ou de gestion de crise le
justifie. L'important, c'est que ces choix soient faits explicitement.
Troisième message, le stockage du carbone
doit rester un outil ciblé. Le stockage géologique permanent du carbone peut
jouer un rôle, il serait très imprudent de l'exclure d'emblée. Selon certaines
études déjà commandées et reçues par le gouvernement, on pourrait devoir
éliminer un surplus de 15 à 20 millions de tonnes de CO2 pour
atteindre la carboneutralité. Placer ça en contexte, là, ce sont des kilomètres
cubes de gaz, annuellement, qu'il faudrait déplacer au sous-sol, des kilomètres
cubes, entre 10 et 20.
La carboneutralité est un repère utile,
mais ce n'est pas un seuil magique. Selon les émissions réelles, la
concentration des gaz à effet de serre dans l'atmosphère, les contraintes
internationales, les traités, on pourra peut-être devoir aller au-delà ou
peut-être pas, exactement, jusqu'à la carboneutralité, en tout cas pas pour chaque
territoire. C'est quelque chose qu'il nous reste encore à définir…
collectivement sur la planète.
Il faut donc développer des connaissances
et les cadres nécessaires au stockage du carbone, sans en faire une réponse
automatique ni présumer trop tôt, de ce qui va être requis. Il faut se garder
une certaine humilité. On ne sait pas quels procédés industriels seront
impossibles à décarboner dans 10, 20 ou 30 ans.
Dans l'immédiat, on a une multitude
d'options pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre :
l'électrification des transports, le chauffage, les espaces d'efficacité
énergétique, etc. Il y a plein d'options sur lesquelles on peut mettre nos
investissements. Dans la séquence d'analyse, le stockage du carbone devrait
donc venir après ces options-là, pas avant. Le bon cadrage, c'est :
éviter, réduire et ensuite séquestrer lorsque les autres options sont connues,
sont insuffisantes, trop coûteuses ou irréalistes.
Le crédit d'impôt fédéral pour le captage
ne peut... il est utile, mais, en fait, il ne doit pas dicter les priorités du
Québec. Un projet doit être évalué selon sa contribution réelle et non pas
selon son assesbilité… admissibilité, une subvention ou un crédit d'impôt.
Quatrième message, l'hydrogène naturel
mérite d'être étudié, mais sans s'emballer. L'hydrogène naturel est une filière
intéressante. Elle mérite d'être étudiée, mais elle soulève au moins deux
questions importantes.
D'abord, le PL 17 précise qu'il ne permet
pas des activités interdites par la loi comme la recherche d'hydrocarbures.
Mais, l'hydrogène naturel peut être associé à d'autres gaz, notamment du
méthane, qui est la composante principale du gaz naturel. Il est donc important
de clarifier le traitement des gaz mixtes. Alors qu'est-ce qui se passe…
qu'est-ce qui se passe quand on trouve du méthane avec de l'hydrogène? À quel
niveau est-ce qu'on doit considérer que c'est acceptable? Qu'est-ce qu'on fait
avec le méthane qu'on trouve?
L'autre question, c'est les climatiques.
L'hydrogène n'est pas un gaz à effet de serre, cependant, les fuites
d'hydrogène peuvent avoir un effet climatique indirect par la chimie
atmosphérique, notamment en augmentant la durée de vie du méthane dans
l'atmosphère. C'est donc une autre…un autre élément à considérer. Finalement,
je dirais qu'il y a la question des volumes. Quand on regarde les… ce qu'il y a
actuellement, par exemple la… à Timmins en Ontario, on est à huit…huit Kg par
année par puits. Huit kilogrammes, là, c'est minuscule, on utilise 100 000
tonnes d'hydrogène par année au Québec. Alors huit Kg par année, là, on est
vraiment loin. Ça peut être utile, localement, pour des sites miniers
peut-être...
M. Marcoux (Benoit) : …mais
c'est… à ces niveaux-là, là, ce n'est pas un élément fondamental de transition.
Cinquième et dernier message.
Le Président (M. Julien) : Vous
pouvez poursuivre sur le temps du… de l'opposition.
M. Marcoux (Benoit) : Ah OK,
c'est bon, merci.
Des voix : ...
M. Marcoux (Benoit) :
Cinquième message Les principes essentiels devraient être dans la loi. Le PL 17
envoie beaucoup d'éléments au règlement, c'est souhaitable, ça… c'est émergent,
on veut se garder de la flexibilité. Mais cette approche a une limite, elle
donne de la flexibilité tout en réduisant, potentiellement, la prévisibilité
pour les industriels, et ça, c'est essentiel pour les investissements à faire.
Donc…on va sauter… donc, les principes devraient être dans la loi :
finalité climatique, intérêt public, le traitement des hydrocarbures associés,
responsabilité à long terme, minimum de transparence, la gouvernance des
projets pilotes et les principes du fond de post-fermeture. Ensuite, les
règlements devraient préciser les modalités techniques, administratives,
financières, ainsi de suite.
La... en conclusion, le PL 17 est utile,
doit être resserré. Il ne s'agit pas seulement d'encadrer les travaux
souterrains, il s'agit de définir une doctrine d'usage du sous-sol dans la
transition énergétique québécoise. Le Québec doit pouvoir innover, il doit
aussi se préserver sa résilience énergétique, mais il doit le faire avec des
garde-fous clairs : ne pas permettre, par une voie indirecte, ce que la
loi interdit, traiter explicitement les enjeux de réserves stratégiques et ne
pas utiliser le stockage de carbone comme une solution de facilité, ne pas
surestimer le potentiel de l'hydrogène naturel, ne pas transférer les risques
futurs vers l'État. À mon avis, le bon équilibre est le suivant : inscrire
les principes dans la loi, laisser les détails aux règlements, évaluer chaque
projet selon sa nécessité, sa contribution à la transition, sa valeur
systémique et la robustesse de sa gestion de risque. Je vous remercie.
Le Président (M. Julien) : Oui.
Merci. Je vous remercie, M. Marcoux, pour votre exposé. Donc, nous allons
maintenant commencer la période d'échange. M. le ministre, la parole est à vous
pour 16 minutes 30.
M. Bernard : Merci, M. le
Président. Merci beaucoup, M. Marcoux, pour votre présentation. Comme je vous
avais dit avant qu'on débute, j'ai beaucoup aimé les points soulignés dans
votre mémoire. Puis je vais y aller un peu par les aspects que vous avez
soulignés. Le premier que je trouve intéressant, c'est créer un régime
stratégique du sous-sol. Vous dites, entre autres, à la page huit, puis dans
votre présentation, la licence importante devrait être évaluée en fonction de
leur cohérence avec le PGIR.
On regarde actuellement… le projet de loi
porte sur deux aspects : Le premier à… sur la séquestration, captage,
séquestration de CO2 et le deuxième développement de nouvelles
filières, comme l'hydrogène blanc ou la recherche d'hydrogène. Est-ce que les
deux s'insèrent dans le PGIR ou simplement la production de la recherche
d'hydrogène naturel qui s'insère dans le PGIR?
M. Marcoux (Benoit) : Je
dirais que les deux s'insèrent dans le PGIR ou devraient y être, du moins. Le…
si on veut décarboner notre économie, décarboner notre système énergétique, il
se peut qu'on ait besoin de séquestrer du carbone. Je le mets au conditionnel,
parce qu'en fait, la carboneutralité, c'est comme dire il faut atteindre zéro
Celsius. Oui, mais si je veux conserver mon steak deux semaines, j'ai besoin
d'un congélateur, je dois aller à -15°C. Mais si je veux conserver ma pinte de
lait, je suis mieux à +3°C. Le zéro, la carboneutralité, c'est un peu
arbitraire. On ne sait pas encore si sur la planète, on doit aller là, un peu
plus loin, un peu moins loin, c'est encore à définir. Un argument que quelqu'un
pourrait faire, c'est dire oui, mais de toute façon, on va devoir le faire, le…
la séquestration du carbone, peut-être? Moi, pour avoir vécu des transitions
industrielles, je… j'ai appris que mon jugement n'est pas toujours exact. Je me
garde une bonne dose d'humilité pour la prévision de l'avenir. Et dans ce
contexte-là, je ne suis pas prêt à affirmer, on a besoin de séquestrer du
carbone pour décarboner notre système énergétique ou à quel niveau. Ça, c'est
quelque chose que je pense qu'on se doit de se garder une certaine réserve.
• (15 heures) •
Ceci dit, ça n'empêche pas...
15 h (version non révisée)
M. Marcoux (Benoit) : ...une
possibilité sérieuse qu'on doive le faire à l'échelle planétaire, d'ailleurs. Est-ce
qu'on doit garder une veille? Peut-être, faire des projets pilotes? C'est sain,
on apprend. Alors, ça, j'encourage, mais est-ce qu'on doit se fixer maintenant
une cible? Peut-être un peu tôt, en fait, c'est une question de gestion d'investissement.
Collectivement, comme société, on va investir dans la transition énergétique.
Alors où est-ce qu'on met notre argent? Actuellement, il est probablement plus
rentable de mettre notre argent sur des véhicules électriques ou des
thermopompes pour le chauffage, ou des thermopompes grand format pour l'industrie,
ou une panoplie d'autres systèmes qui ceux-là sont disponibles commercialement,
ils existent, c'est juste de les acheter.
Il y a zéro risque à faire ça, alors que
de dire, engager des investissements massifs en séquestration de carbone, est-ce
que ça va servir? Est-ce que ça va coûter plus cher plus tard? Probablement pas,
il y a des gens qui ont trouvé des recettes qui vont peut-être être, nous aider
à réduire les coûts, rendus là. On a la chance déjà au Québec d'avoir un réseau
électrique décarboné, d'avoir une... un distributeur de gaz naturel qui est
plutôt allumé. Alors, on peut travailler sur ces forces-là dès maintenant, je
pense, c'est là qu'on devrait mettre nos investissements.
M. Bernard : Merci.
Actuellement, puis je reviens encore à la gestion stratégique du sol, on a eu
le groupe avant vous qui était l'Union des municipalités, puis éventuellement
dans... dans l'obtention ou ouvrir des territoires pour donner des nouvelles
licences, un des questionnements qu'elle avait, c'est le niveau de connaissance
de leur sous-sol pour leur permettre de prendre des décisions éclairées pour leur
permettre d'ouvrir des territoires sur... pour des nouveaux permis sur leur
territoire.
Selon vous, là, on parle encore une fois
du sous-sol, est-ce que nos connaissances sont assez avancées ou qu'est-ce qu'on
devrait mettre au préalable, les connaissances à aller chercher pour pouvoir
faire un travail, je vous dirais, optimum, et vraiment dans... dans un contexte,
là, de préservation des réservoirs ou des infrastructures, pour prendre les
bonnes décisions avant de donner des licences à des groupes ou autres pour faire
du travail?
M. Marcoux (Benoit) : Je
pense qu'on... Je vais reprendre mon expression, on se doit de se garder une
certaine humilité, là. On a encore des compréhensions à faire, à avoir, il y a
des choses à comprendre. Il y a des approches plutôt intéressantes en
séquestration de carbone ou même en hydrogène blanc, mais est-ce qu'on sait
tout? Peut-être pas. Il y a des choses qu'on doit apprendre, il y a... il y a
un certain danger avec ça, il y a, dans le cas du CO2,
il y a quand même eu des incidents naturels ou industriels avec des émissions
de CO2qui... qui
ont causé des décès dans certains cas.
Donc, il y a... Je pense que les
municipalités se doivent d'être prudentes, c'est... c'est raisonnable d'être
prudentes, pour ces municipalités-là, à tout le moins, le... les promoteurs
vont devoir faire une démonstration solide que des incidents comme ça n'arriveront
pas. C'est à eux de le faire, cette démonstration-là. Il y a des... Il y a
évidemment des méthodes qui, de façon, je dirais, d'ingénierie, sont plus
fiables que d'autres, mais c'est à eux de le faire. Il y a... Et je... Être
dans une municipalité, je me poserais des questions, puis je voudrais avoir les
réponses avant de dire, oui, ça va. C'est normal, normal.
M. Bernard : J'ai un point
que j'ai trouvé intéressant, on parle naturellement de l'hydrogène blanc, de l'hydrogène
géologique qui vient comme le modèle par exemple, que QIMC fait... avec la
recherche de... de formation ferreuse et autres, puis avec les réactions pour l'hydrogène,
mais vous vous soulevez le point que dépendamment comment on cherche l'hydrogène,
on peut avoir l'hydrogène gris, puis des... des composés plus complexes qui
sont reliés ensemble, vous soulevez ce point-là. Je ne l'avais pas réalisé à
cet égard-là, mais, dans ce contexte-là, quand on regarde, par exemple, l'hydrogène
avec du méthane ou d'autres, habituellement, c'est relié ou au carbonate et
autres, ou des contextes un peu plus d'hydrocarbures, alors...
M. Bernard : …si on veut faire
de l'exploration pour de l'hydrogène géologique ou blanc naturel, est-ce qu'il
faudra à ce moment-là donner des critères d'exploration pour dire, attention,
avant d'ouvrir des territoires, s'assurer de qu'est-ce qu'on fait pour qu'on
cherche vraiment le bon type d'hydrogène?
M. Marcoux (Benoit) : On est…
bien, enfin, l'hydrogène qu'on va trouver, c'est toujours de l'hydrogène blanc,
mais il peut être mélangé à d'autres gaz. Peut-être le plus… le plus embêtant,
c'est peut-être le méthane, ça peut arriver, ça peut… le pourcentage de
méthane, peut être minuscule, auquel cas on peut se dire, bon, ça va, mais ça
peut être plus important. À quel… à partir de quel niveau est-ce que ça devient
important? Je ne suis pas prêt à vous donner une réponse ici, mais je suis prêt
à poser la question… qu'est-ce qui se passe si… on veut pêcher des truites,
mais finalement, c'est un brochet qu'on attrape? Alors c'est… c'est… qu'est ce
qu'on fait avec le brochet là? C'est…c'est vraiment ça là.
M. Bernard : De la pêche
blanche, entre autres, est un bon…
M. Marcoux (Benoit) : Ah oui…
M. Bernard : Ça ce n'est pas
de l'environnement pour ça…. Bon, la truite n'est pas ouverte, puis on trappe
des truites, puis ce n'est pas sûr qu'elles sont tout le temps retournées à
l'eau dans ce contexte-là. Dernier point avant de passer la parole à ma
collègue, les fuites d'hydrogène, on en a un peu parlé aujourd'hui, justement,
par exemple à l'étape d'exploration ou autre, parce qu'on sait, avant de développer
un réservoir qui soit… de toute façon… le contexte, soit l'économique, la
rentabilité, soient faites, il va y avoir plusieurs forages qui devront être
faits à ce moment-là. Les fuites ou autres, selon vous, c'est sceller les trous
immédiatement… il y a des captages… parce que je …est-ce que vous avez des
connaissances....
M. Marcoux (Benoit) : Je ne
suis pas spécialiste en forage, d'un point de vue chimique, l'hydrogène gazeux,
H2, c'est la plus petite molécule qui existe. Il n'y en a pas des
plus petites. C'est…ça s'infiltre partout. Les ingénieurs en chimie en
pétrochimie savent comment gérer l'hydrogène, par exemple dans le cadre d'une
raffinerie. C'est… dans le monde, là, on gère à peu près 100 millions de tonnes
d'hydrogène par année. C'est beaucoup là. Alors, on sait comment le faire par
exemple dans un cadre d'une raffinerie. Et cependant, c'est un gaz un peu
pernicieux parce qu'il s'infiltre partout. Si vous vous souvenez, il y a une
couple de mois, la fusée Artemis, qui est allée au delà de la Lune, a été
retardée dans son lancement à plusieurs reprises parce qu'il y avait des fuites
d'hydrogène, ils… ils brûlent de l'hydrogène dans leurs fusées. Alors, c'est…
c'est pour dire, même dans des conditions aussi… comment je dirais… délicates
qu'une fusée lunaire, il y a quand même des fuites d'hydrogène. C'est un gaz
qui est difficile à manipuler. Je ne suis pas un spécialiste, je suis un
ingénieur en électricité, pas en chimie, à la retraite d'ailleurs, mais c'est…
reste que c'est un gaz difficile à gérer. Donc, il peut y avoir des fuites. Les
fuites, bon, elles peuvent contribuer indirectement à l'effet de serre. Si les
fuites sont importantes, il pourrait y avoir un danger, évidemment, c'est un
gaz combustible. Donc, ce sont des choses à gérer correctement et ce n'est pas
facile à séquestrer parce que ça l'aime s'échapper.
M. Bernard : Merci. Je
laisserais la parole, M. le Président, à….
Le Président (M. Julien) :
Parfait. Donc, ma collègue de Laviolette. Saint-Maurice, il reste cinq minutes.
• (15 h 10) •
Mme Tardif : Merci… Merci,
merci d'être là. C'est très intéressant. Je vous amène un petit peu ailleurs,
mais je vais revenir au niveau plus technique aussi là mais, parce que les
groupes qu'on a eus précédemment nous ont aussi parlé de l'importance de
l'intégration, des inclure, des inclure en amont, des inclure avant. Là, on a
des demandes de l'UPA pour les terres agricoles, on a des demandes des MRC, des
villes, etc. On pense aux communautés autochtones, on pense à toutes les
communautés locales et tous les utilisateurs de territoires, à la limite, là.
Comment vous verriez qu'on peut intégrer précocement, de façon précoce, mais
que ça fonctionne? Mais je comprends aussi votre point où vous nous avez
dit : est-ce qu'on est rendu là, ce n'est peut-être pas nécessaire de s'en
aller faire du stockage, et on doit travailler en amont, avant. Et vous avez
donné de très bons exemples là, concrets, où on doit…
Mme Tardif : ...réduire,
diminuer à la source notre consommation pour qu'il y ait moins de... Mais
disons qu'on est là, là, puis on est rendu à... à vouloir enfouir, comment
doit-on inclure ces gens-là, ces organismes-là et qu'est-ce qu'ils ont besoin?
Tantôt on parlait, le ministre l'a rappelé, là, on parlait au niveau de la
géologie, parce que ce que je retiens, c'est que la géologie de la roche fait
une différence au niveau de la captation. Moi, j'avais une... une crainte par
rapport aux nappes phréatiques, mais j'imagine que je ne suis pas là pantoute,
mais là, je pense que ce n'est pas ça.
M. Marcoux (Benoit) : Non,
mais en fait, la crainte... cette crainte-là, elle est légitime.
Mme Tardif : En tout cas
je... On en reparlera, mais comment faire pour intégrer de façon précoce ou en
aval, et tout ce beau monde-là, là, parce que vous le mentionnez dans votre
rapport, que c'est important de les intégrer, vous les nommez aussi et alors,
je vous... Je vous donne la parole.
M. Marcoux (Benoit) : Bien,
ah, non, mais c'est... Vous avez parfaitement raison. En fait, ces...
communautés-là, où des gens, là, vont... vont regarder ce qui se passe
ailleurs, je ne sais pas ce qui s'est passé en Pennsylvanie, par exemple, avec
les... l'extraction de pétrole de schiste ou de gaz de schiste et ça a eu plein
de conséquences. Il y a des gens dont le... les puits artésiens ont été
contaminés, il y a eu des fuites, etc., et ça, c'est de notoriété publique.
Étant donné des exemples comme ça, je pense qu'il est normal que des
communautés s'inquiètent, c'est normal, ça ne veut pas dire que ça va arriver
ici, parce que ce n'est pas la même chose, ce n'est pas du pétrole de schiste
ou du gaz de schiste qu'on fait ici, ce n'est pas la même chose, mais il est
raisonnable que quelqu'un se dise, quand on creuse des trous, on ne sait pas ce
qu'on va trouver, c'est une réaction normale.
Donc pour arriver à... il y a des bonnes
pratiques pour l'acceptabilité sociale, je ne suis pas un spécialiste de la
chose, mais il y a des... quelques éléments qui me semblent particulièrement
fondés, entre autres, il ne faut pas arriver... auprès des communautés en leur
disant, je vais vous expliquer comment ça marche. Ça, d'habitude, ce n'est pas
«winner». Alors, il faut écouter les gens, il faut comprendre leurs objections,
travailler avec, travailler en amont, c'est... Et, au Québec, on fait... on
fait bien ça, ce qu'il faut, évidemment, c'est que ça finisse aussi un jour,
parce que si ça dure trop longtemps, c'est... c'est nuisible pour
l'investissement, ça... ça implique des, tu sais, ça... c'est un effet
rébarbatif, là, sur l'investissement, mais il faut... Il y a des gens
spécialisés là-dedans.
Mme Tardif : Et vous
nous... vous nous conseilleriez de mettre un article ou de mettre quelque chose
dans le projet de loi pour justement en faire mention, aller jusque-là ou non?
M. Marcoux (Benoit) : Je
ne... je ne sais pas.
Mme Tardif : OK.
Mme Marcotte (Nadine) :
Parce que je ne sais pas qu'est-ce qu'il y a dans d'autres lois sur ce
sujet-là. Le BAPE par exemple, en théorie pourrait être touché à ça. Et là, là,
je me... je peux poser des questions parce que je suis un petit peu niaiseux
dans ce sujet-là, mais je ne suis pas capable de répondre à votre question.
Mme Tardif : Qu'est-ce
que vous nous suggéreriez de faire? Parce que vous parlez aussi d'inscrire dans
la loi les principes du fonds de gestion de post-fermeture. La responsabilité
sur une durée maximale ou sur, minimale, et de surveillance et, justement cette
fermeture-là. Qu'est-ce que vous nous suggéreriez de faire?
Le Président (M. Julien) :
En... secondes.
M. Marcoux (Benoit) : Bien,
il faut simplement s'assurer que les... les fonds seront là pour que, par
exemple, il n'y ait pas d'émission des années plus tard, pour qu'il n'y ait pas
de contamination des puits d'eau et des choses comme ça. C'est des possibilités
réelles, le promoteur va devoir démontrer, probablement avec des experts, ce ne
sera pas moi, parce que ce n'est vraiment pas mon domaine, je peux souligner
le... le problème, mais je ne peux pas vous suggérer la solution. Ils vont
devoir dire...
Le Président (M. Julien) :
En terminant.
M. Marcoux (Benoit) :
...si on doit boucher un puits, bien ça va coûter tant, puis ça pourrait durer
tant d'années. Et dernière petite chose, il y a des... il y a évidemment des...
des solutions qui sont éminemment moins risquées que d'autres. Quand on prend
du CO2 et quand ça devient du carbonate,
c'est stable. Si on fait juste enfouir du CO2,
on pourrait penser qu'il va finir par ressortir.
Le Président (M. Julien) : Merci.
Il n'y a pas de... Maintenant je cède la parole au porte-parole de l'opposition
officielle, le député de Jacques-Cartier, vous avez 14 min 50 s.
M. Kelley : Merci
beaucoup, M. le Président. M. Marcoux, merci beaucoup pour votre
présentation, mais aussi pour votre mémoire. Peut-être, deux questions, de
reviens un petit peu sur le... Je comprends la réponse que vous avez donnée à
le ministre...
M. Kelley : ...en même temps,
j'imagine, en partie, le plus dur, c'est... C'est de s'assurer que qu'est-ce
qu'on va investir dedans va être un succès. C'est un peu complexe parce qu'on a
eu des discussions hier aussi que pour la capture de carbone, par exemple, il y
a des groupes qui suggéraient que ce doit être jumelé avec notre marché du
carbone pour s'assurer sa... de la rentabilité. Dans votre mémoire, vous parlez
de crédits d'impôt. Alors, peut-être, juste, guidez-nous un petit peu. S'il y a
un lien entre les deux... Et encore, de juste... peut-être encore... souligner
l'importance comment on va intégrer ces nouvelles technologies dans la suite
des choses pour le Québec et... sur un horizon de 25 ans. Alors, quand même, on
va prendre des décisions tantôt qui sont super importantes pour les industries
qui sont nouveaux au Québec.
M. Marcoux (Benoit) : Oui. En
fait, une chose que j'ai trouvé très intéressante, c'est qu'au Québec, on a
décidé d'appeler ça le PGIR, et le GIR, dans le PGIR, c'est gestion. C'est un
plan de gestion intégrée des ressources énergétiques. Donc, ça suppose qu'il y
a quelqu'un qui a les deux mains sur le volant qui gère la patente. Et ça,
c'est assez intéressant. L'acronyme anglais n'a pas le mot gestion dedans, et
donc, ça implique une volonté de ne pas laisser aller les choses au hasard,
mais de prendre des décisions éclairées tout au long du temps. Qu'est-ce que
c'est? Bien, ça veut dire par exemple, faire une bonne appréciation des
risques. Et ça veut dire essayer d'éviter les écueils, là, qu'on pourra voir
venir. Ça veut dire se prémunir contre des menaces qui pourraient survenir. Ça
veut dire, peut-être, se préparer à saisir des opportunités qui vont venir. Ça
va des deux côtés. Ce n'est pas nécessairement négatif.
Si on gère, on gère pour s'éviter du trouble,
puis on gère pour essayer de tirer parti des opportunités qu'il va avoir.
Alors, c'est ça, un peu, le PGIR. Et c'est dans ce contexte-là, je pense, qu'on
peut regarder... qu'est-ce qu'on va mettre dans... comme principes, dans
quelque chose comme le PL 17? Qu'est-ce qu'on veut avoir? Qu'est-ce qu'on veut
se donner comme poignée de gestion pour cet élément-là, qui est un élément
parmi beaucoup d'autres, on se comprend, pour le système énergétique. Quelle
poignée est-ce qu'on veut se donner? Quelle poignée on veut avoir pour
finalement que le PGIR fasse son... permet la gestion rationnelle de la
transition?
M. Kelley : Merci. Puis, sur
la question d'un crédit d'impôt versus une façon d'incorporer la capture de
carbone dans le marché de carbone qui existe au Québec. C'est un... mais tout
est aussi un peu lié aussi en même temps. Qu'est-ce que vous pensez de ça? La
meilleure façon de s'assurer que c'est rentable à long terme aussi, parce que
ma collègue est... a des inquiétudes sur une fermeture un jour. Et qu'est-ce
qu'on fait avec les puits avec une entreprise qui fait faillite? On ne veut
jamais qu'une entreprise fait de faillite, mais, quand même, si ça arrive, il y
a beaucoup de questions... certaines à poser là-dessus.
M. Marcoux (Benoit) : C'est
l'élément le plus important, c'est probablement la prévisibilité. Parce que si
on regarde particulièrement le... le capture de carbone... la capture et
séquestration de carbone... c'est quelque chose qui, vraisemblablement, ne va
être viable que par un artifice, une construction légale qui va permettre à ces
gens-là de... d'être payés pour le travail qu'ils font. Et là, le danger,
évidemment, c'est que cette construction légale là change dans le temps. C'est
un élément de risque important pour les industriels.
Le premier critère, c'est de s'assurer de
la prévisibilité de la chose. Il faut que ce soit bien attaché pour que
l'industriel dise : OK, quand le gouvernement va changer de couleur, là,
ça va-tu... débarquer cette affaire-là? C'est un élément assez fondamental...
L'automne dernier, j'ai donné un cours aux HEC, justement, en finances et
exploitation dans ce domaine-là. Et un des cas que j'ai présenté aux élèves,
c'était justement sur un exemple de capture de carbone en Saskatchewan. Et le
critère numéro un du cas, c'était très clairement la prévisibilité de la chose.
Ce doit être bien attaché et prévisible, que ça ne puisse pas changer
rapidement, facilement.
• (15 h 20) •
M. Kelley : Merci beaucoup...
M. Kelley : ...une autre,
ou une dernière question avant que je passe la puck à ma collègue, mais c'est
sûr... On a... Énergir était ici hier avec Intragaz, mais c'est le stockage des
gaz pour gérer la pointe. Est-ce que c'est quelque chose que le Québec doit
explorer d'ajouter plus de capacité de stockage, pas juste pour notre sécurité
énergétique qui, tout le monde comprend maintenant que soudainement, on peut
avoir un besoin pour les réserves stratégiques, soudainement, mais quand même
pour la gestion de la pointe, est-ce que c'est quelque chose qui peut être
envisageable pour... pour répondre à la pointe?
M. Marcoux (Benoit) : Les
gens de... Les meilleures personnes pour répondre à ça, c'est les gens
d'Énergir.
M. Kelley
: OK.
M. Marcoux (Benoit) :
C'est eux qui gèrent ça. Le... On est... On a deux, peut-être une note, on a
deux centrales au gaz naturel pour la production d'électricité au Québec qui
sont utilisées et même pas à tous les hivers, mais elles sont utilisées
uniquement en pointe, quelques dizaines, centaines d'heures tout au plus par
année. Donc, il y a... il y a une demande supplémentaire, là. Il y a
actuellement une... des auditions à la régie, qui commencent, là, sur le sujet
de l'approvisionnement d'Énergir. Un des éléments, c'est... c'est la gestion de
la pointe, là, pour Hydro-Québec, au travers de ça, mais c'est un... c'est une
considération assez mineure dans les... ce qui se passe à la régie.
M. Kelley
: OK.
M. Marcoux (Benoit) :
C'est... Mais les gens d'Énergir sont...
M. Kelley : Les
meilleurs placés pour... OK.
M. Marcoux (Benoit) : Oui,
puis surtout, sérieusement, comme compagnie gazière, on pourrait avoir pire,
là. C'est... C'est des gens qui sont quand même assez... Il n'y a personne
qui... Il n'y a pas de débat sur la transition énergétique ici, là. C'est... Et
eux essaient de développer et ça va être... Il va y avoir des grandes
difficultés, mais le gaz naturel de source renouvelable, alors, ça aussi, ça
devient un point. C'est un... c'est, les sources de gaz de source renouvelable,
bien, le gaz, va falloir le stocker à quelque part si par exemple, on veut
l'utiliser lors des pointes hivernales, soit en chauffage, soit en production
d'électricité, bien, ce gaz-là, on va devoir le stocker, même si c'est du gaz
de source renouvelable. Donc, les besoins vont rester à un certain niveau, au
moins, là.
M. Kelley
: OK.
Merci beaucoup.
Mme McGraw : Merci
beaucoup. Alors, merci, M. Marcoux, pour votre présentation fort
intéressante et je pense que le point premier dans votre... dans votre mémoire,
effectivement, de vraiment miser sur le fait que c'est vraiment un... ça doit
être vraiment un régime stratégique, un nouveau régime stratégique pour le
sous-sol, ça fait que c'est un point qui est fort important, évidemment. Vous
avez, puis, si je comprends bien, vous dites, à mon avis, le PL no
17 est nécessaire et vous amenez à peu près huit points pour bonifier le projet
de loi.
Vous avez aussi dit, il y a des...
Évidemment, vous êtes un expert dans votre domaine, mais les experts sur les
changements climatiques, le Comité consultatif, ils sont venus en commission,
ils ont présenté leur mémoire pour dire qu'effectivement, un minimum, on a
besoin de s'attaquer au GES résiduel qui... le 15 %. Et pour ça, ces technologies-là
sont essentielles, sont incontournables, effectivement, ce n'est pas une... Ça,
ça dérive de toute la science GIEC, l'Accord Paris qui est basé sur le GIEC,
les engagements du Canada, les engagements du Québec. Ça fait qu'on est
d'accord pour dire qu'on ne va pas réinventer la science et qu'il faut avoir
une certaine prévisibilité dans nos politiques publiques, mais aussi pour les
entreprises.
Vous parlez, dans votre mémoire,
effectivement qu'il y a des choses qui... Il y a des avantages de mettre
certains éléments dans les règlements, mais qu'il y a comme aussi, vous nommez
quelques éléments, je pense que c'est huit éléments des principes que vous
voulez se retrouver mieux balisés dans la loi, donc, évidemment, et non dans
les règlements, donc on est... entre autres, pour favoriser la prévisibilité.
Donc, dans un premier temps, est-ce qu'on
est d'accord ou non avec le fait qu'on est rendu en 2026 où il va falloir
procéder de façon simultanée et pas séquentielle? Si on attend d'avoir fait
toutes les réductions et l'énergie... l'efficacité énergétique, on va avoir
manqué le bateau sur le... ces nouvelles technologies, si on attend en 2040. Il
y a des avantages, là, il y a la Chine qui va venir, ça fait que l'avantage du
«first mover».
M. Marcoux (Benoit) : Manquer
le bateau?
Mme McGraw : Bien,
manquer le bateau d'avoir un...
Mme McGraw :… avantage de
first mover, puis, aussi, si on attend d'avoir fait toutes réductions, etc.,
efficacité… puis, le professeur… Pineau revient après, si on attend, ça va être
trop tard.
Même Al Gore dit :
There's no silver bullet, only the silver buck… buckshot. Il faut
précéder, en 2026, parce qu'on a perdu beaucoup de temps depuis 90 quand tout
ça, ça a été adopté.
Donc, si on… si je comprends bien, vous,
est-ce que vous voulez procéder de façon séquentielle ou vous êtes d'accord
qu'il faut faire des choses en même temps ?
M. Marcoux (Benoit) :… oui…
je… c'est sur le… le volet séquentiel. Mais, en fait, mon… mon point est plutôt
le… le suivant… et, je vais revenir sur ce que j'ai dit plus tôt : une
question de choix d'investissement.
On a x dollars à mettre en investissement.
Où est-ce qu'on le met… qui a le plus d'impact sur la société ? Et, bon, un de ces
impacts-là, c'est la réduction des gaz à effet de serre.
D'autres impacts, on ne peut penser à la…
l'industrialisation, par exemple, du Québec. Ce qui est, là, d'un tout autre
ordre un… un élément économique.
Mais, c'est dans… il faut regarder
l'ensemble de ces facteurs-là. Où est-ce qu'on est mieux de mettre nos argents,
le gros de nos argents, maintenant ?
Ce qui n'empêche pas de se donner des options. Options, dans le sens un peu
financier de la chose, là, si vous me connaissez, ça, c'est se donner la
possibilité de le faire quand ça va être plus tard.
Mais, j'avoue que j'ai un certain malaise
avec la notion de first mover. J'ai participé à des transitions industrielles,
j'ai des trous dans le dos, j'ai reçu quelques flèches, j'avançais un peu trop
vite.
C'est… ici, est-ce qu'on… est-ce qu'on va
être… est-ce qu'on a un potentiel d'être la place sur la planète pour faire du
CCS ou CCUS ? Peut-être
pas.
Je peux vous dire des places où on a… où
on pourrait investir et ça a un impact direct sur les émissions de gaz à effet
de serre, ça a un impact direct sur le… le niveau économique.
Mme McGraw :… mais c'est…
c'est qui le « on » ? C'est qui le « on » ? Est-ce qu'on parle de l'investissement privé au
public, parce que, dans votre mémoire…
M. Marcoux (Benoit) :…
sociétal… sociétal.
Mme McGraw : Bien, c'est ça.
Ça fait que, si c'est privé, je veux dire, si c'est public, à un de vos points,
je pense que c'est le numéro cinq, éviter que le crédit d'impôt, CUSC, devienne
un… le moteur principal.
La décision publique, on est d'accord, ça
ne devrait pas être le moteur, mais c'est un moteur parce que, sinon, le Québec
laisse sur la table ces fonds considérables du fédéral dans un contexte
déficitaire et historique au Québec. Ce n'est pas négligeable quand même ?
M. Marcoux (Benoit) : Hum,
oui, le Québec…
Mme McGraw :… au niveau des
fonds publics ?
M. Marcoux (Benoit) : Oui,
d'accord, mais ça… on n'empêche pas les gens de le faire, s'ils veulent le
faire, d'un point de vue privé, allez-y.
Si ces gens-là, du coup, disent :
j'ai besoin de 100 mégawatts pour le faire, là, c'est un coût pour la
société.
Ce 100 mégawatts-là, il peut aussi
servir à décarboner des industries qui, actuellement, émettent des gaz à effet
de serre. Il peut servir au développement industriel. Enfin, avec
100 mégawatts, on peut faire bien des choses avec.
Euh… donc, il y a… je dirais, oui,
évidemment, si les gens veulent profiter d'un crédit d'impôt fédéral avec des
fonds privés… et c'est tout. Allez-y, c'est beau.
Si c'est ça, mais, ils veulent aussi un
crédit d'impôt provincial, ils veulent aussi des mégawatts, ils veulent aussi
ci et ça, là, c'est un… on…
Mme McGraw :… là, vous parlez
de… non, non, on n'est pas dans… on est dans le réel. Il y a un crédit important
du fédéral qui existe.
Il n'y a pas, présentement, de crédit
d'impôt Québec. Donc, dans le concret, c'est quand même un moteur important,
est-ce qu'on est d'accord que c'est non négligeable au niveau des fonds publics ?
M. Marcoux (Benoit) : Mais
s'il n'y a pas de fonds publics, c'est beau.
Mme McGraw : Bien, il y a des
fonds publics, puis du fédéral. Ça fait que…
M. Marcoux (Benoit) : Oui,
mais non… mais, public québécois, excusez.
Mme McGraw : Bien, là,
présentement, il n'y a rien, à moins que j'aie manqué quelque chose.
Il y a… je veux dire, s'il n'y a pas des
crédits à ce niveau-là, comme au fédéral.
M. Marcoux (Benoit) : Hum…
hum.
Mme McGraw : Euh… peut-être,
j'ai… j'ai mal compris. Juste en… ah, bien voilà. OK, merci.
Le Président (M. Julien) : Bien,
écoutez, je vous remercie pour votre contribution aux travaux de la commission.
C'est très intéressant, monsieur Marcoux.
Donc, je suspends les travaux quelques
instants afin de permettre au prochain groupe de prendre place. Et merci encore
pour votre contribution.
(Suspension de la séance à 15 h 30)
15 h 30 (version non révisée)
(Reprise à 15 h 32)
Le Président (M. Julien) : Alors
bonjour à tous, je souhaite maintenant la bienvenue à M. Pierre-Olivier Pineau.
Je vous rappelle que vous disposez, M. Pineau, de 10 minutes pour votre exposé,
que par la suite, nous procéderons à la période d'échange avec les membres de
la commission. Naturellement, je vous invite à vous présenter et à commencer
votre exposé. Merci d'être là.
M. Pineau (Pierre-Olivier) : Merci
beaucoup. Pierre-Olivier Pineau, je suis professeur à HEC Montréal et titulaire
de la Chaire de gestion du secteur de l'énergie. Merci de l'invitation. Je suis…
c'est un honneur pour moi de venir témoigner ici du projet de loi 17.
C'est un projet de loi que je pense être
très intéressant, nécessaire, qui est technique aussi. Donc, je ne pense pas qu'il...
je pense qu'il ne soit nécessaire pour le développement énergétique et la
transition énergétique du Québec, mais ne représente pas, en tant que tel, une
orientation majeure pour la transition énergétique qu'elle permet et de faire,
éventuellement, des investissements dans des secteurs importants, mais ne
présume pas de la taille de ces investissements. Et… mais je pense, donc je
suis favorable d'entrée de jeu, là, favorable à ce projet de loi. Je pense que
c'est extrêmement important de baliser l'octroi de licences d'exploitation du
sous-sol pour pouvoir éventuellement y stocker du CO2 et exploiter
différents fluides, comme il est mentionné.
L'essentiel de mon propos, ça va être
vraiment de rappeler, comme plusieurs intervenants l'ont fait, que la lutte aux
changements climatiques doit avant tout reposer sur la réduction des émissions
de gaz à effet de serre. Ces gaz à effet de serre sont multiples. On a
évidemment le CO2, mais aussi le méthane, le protoxyde d'azote, il y
a des gaz réfrigérants qui sont utilisés, les… F-gaz, les gaz fluorés. Et donc,
l'ensemble de ces gaz-là doivent être considérés dans la lutte contre les
changements climatiques. Quand on parle de stockage et de… de captage et
séquestration du carbone, on parle vraiment du CO2, on parle que d'un
seul de ces gaz. Et malheureusement, trop souvent, quand on parle de captage et
séquestration du carbone, on a l'impression que ça peut ou dans… certains
groupes mentionnent, ce stockage, comme étant une possibilité de préserver le
statu quo dans la consommation. Et c'est un des risques, quand on parle
justement de stockage et séquestration du carbone, c'est… c'est justement de ne
pas faire les efforts essentiels en termes de réduction, d'autant plus que ces
efforts de réduction peuvent se faire dans plusieurs cas, avec des gains nets
pour l'économie. Et souvent, c'est ce qui nous préoccupe. C'est justement où s'en
va notre économie. Et on oublie, trop souvent, qu'on dépense des milliards de
dollars pour acheter des hydrocarbures, acheter des véhicules, construire des
routes qu'on n'arrive, par la suite, pas à entretenir, acheter des véhicules
qui restent trop souvent stationnés et qui sont, en fait, improductifs. Et donc,
on dépense énormément d'argent pour polluer, sans considérer, avant tout, les
solutions les plus productives pour la société. Et donc, cette réduction des
gaz à effet de serre, dans une large mesure, elle peut se faire avec des gains
nets, positifs pour l'économie. C'est pour ça qu'il faut vraiment insister sur
les aspects de réduction, de substitution, par la suite, et c'est là où l'hydrogène
blanc dont il est question dans le projet de loi peut rentrer en compte, éventuellement,
ça peut être une source de substitution pour des hydrocarbures, cet hydrogène
blanc, si on le trouve en quantité suffisante et surtout de manière
commercialement rentable dans le sous-sol québécois…
M. Pineau (Pierre-Olivier) : …et
là on a… on a encore énormément de recherches à faire pour pouvoir établir,
justement, si on en a de manière commercialement viable, de l'hydrogène blanc
au Québec, et donc c'est important qu'il y ait un projet de loi pour pouvoir
encadrer une exploration et une éventuelle exploitation de cet hydrogène blanc,
et c'est pour ça que j'accueille très favorablement le projet de loi. Encore
une fois, en soulignant qu'il existe énormément de possibilités d'avoir des gaz
renouvelables avant qu'on ait besoin de l'hydrogène blanc, donc, c'est une
option dans notre portfolio d'options, mais on a beaucoup d'options que le
Québec doit considérer également, mais évidemment, il n'y a pas de raison
d'exclure l'hydrogène blanc, et c'est pour ça que c'est important d'avoir ce
projet de loi.
Et, une fois qu'on a réduit, qu'on a
substitué, c'est le temps de réfléchir à la… à la séquestration du carbone. Il
y a de la séquestration naturelle qui est essentiellement à travers la
végétation. C'est important de le faire, mais malheureusement, ce n'est pas de
manière… ce n'est pas une séquestration qui est permanente parce qu'on le sait,
il peut y avoir des feux de forêt, il peut y avoir de la déforestation pour
différentes raisons… il faut lutter contre la déforestation, le Québec devrait
avoir davantage de zones… avec des forêts, et surtout rendre à la nature des
zones. Parce que, comme toutes les sociétés humaines, on a empiété beaucoup
trop sur les territoires naturels. Donc, il faudrait rendre des territoires à
la nature, mais ce n'est pas la manière principale dont on va séquestrer le carbone,
même si ça en fait partie.
Il y a l'utilisation technologiques qui
vont être utilisées pour séquestrer le carbone. Le projet de loi fait appel à
une des approches pour séquestrer le… le carbone, la séquestration en sous-sol.
Les deux autres sont de séquestrer le carbone dans l'océan, c'est des
technologies qui pourraient être utilisées, mais qui apportent des dommages
collatéraux, qui font en sorte que souvent, on ne devrait pas… en fait, la
plupart du temps, selon l'état actuel des connaissances, on ne devrait pas
explorer ça. Et le projet de loi… n'en parle pas.
Mais aussi la séquestration par
carbonatation minérale. Elle… elle ne nécessite pas d'aller dans le sous-sol
québécois, il suffit de trouver des minéraux avec lequel le CO2 peut réagir et
fait une séquestration dans des minéraux qui après, peuvent être déposés
n'importe où parce qu'ils sont très stables. Et donc ça, c'est une avenue
prometteuse de séquestration du carbone qui n'est pas en sous-sol.
La séquestration en sous-sol, c'est une technologie,
en fait, qui est connue depuis longtemps. Je pense que Benoit Marcoux en a
parlé… il a, en fait, oui, il a évoqué l'exemple en Saskatchewan, où
l'industrie pétrolière injecte du CO2 dans des puits de production de pétrole
pour justement, d'une part, mettre du CO2 en sous-sol pour le séquestrer, mais
surtout, et c'est là où l'industrie connait très bien les avantages de la
séquestration du carbone, pour pouvoir faire jaillir davantage de pétrole de
ses puits-là. Donc, si les sociétés humaines connaissent bien la séquestration
du CO2, c'est essentiellement l'industrie pétrolière pour augmenter la
productivité de la production de pétrole dans des puits conventionnels, en
injectant du CO2 dans le sol, on arrive à faire jaillir plus de pétrole, et c'est
l'essentiel de l'expérience de sociétés humaines dans la séquestration du CO2, c'est pour la production assistée du pétrole que ça se
passe.
Au Québec, on n'a pas produit beaucoup de
pétrole et donc on n'a pas cette expertise-là. Mais ça ne veut pas dire qu'on
ne peut pas séquestrer du CO2 dans le sous-sol. Donc, je pense que c'est
intéressant de développer cette possibilité-là. Le projet de loi offre
justement la possibilité légale d'explorer et d'exploiter éventuellement des
gisements ou des réservoirs souterrains pour mettre ce CO2-là.
C'est une bonne chose, mais encore une fois, je vais le rappeler une dernière
fois, ça devrait être dans… vraiment dans l'ordre de réduction des émissions
par une réduction de la consommation énergétique et d'autres éléments, parce
que… la transition climatique, là, ne se fera pas seulement par une transition
énergétique, il va falloir aussi revoir nos modes d'alimentation, notre
aménagement du territoire et la gestion des déchets et évidemment aussi
d'autres procédés industriels qu'il va falloir… donc il va falloir diminuer
l'intensité. Mais il y aura des émissions résiduelles, et ces émissions
résiduelles de CO2, il va falloir les séquestrer.
• (15 h 40) •
Et en dernier point, je soulignerais le
fait que, si on veut vraiment encourager la séquestration du carbone et la
production…
M. Pineau (Pierre-Olivier) :
...hydrogène blanc. Le bon mécanisme pour le faire, une fois qu'on a réglé les
enjeux légaux... Les bons mécanismes pour le faire, c'est de s'assurer qu'il y
ait un contexte économique qui est favorable à une telle... une telle quête de
séquestration du carbone et de production de... de l'hydrogène blanc. Et ce
contexte économique, c'est à travers une tarification du carbone qui serait
beaucoup plus prononcée pour justement rendre les alternatives compétitives,
parce qu'on aurait justement fait en sorte que, si on a rendu non économique
des alternatives polluantes parce qu'on ferait... qu'on ferait payer les
pollueurs pour leur pollution à travers la tarification du carbone, et que, et
je le souligne dans mon mémoire, en 2006, le Québec a adopté la Loi sur le
développement durable avec un principe qui devrait être au cœur de notre lutte
contre le changement climatique, celle du pollueur-payeur. Et cette lutte du
pollueur-payeur, avec une tarification du carbone soutenue, permettrait
justement de faire émerger les solutions alternatives en les rendant, de
manière comparative, rentables. Et cela éviterait de devoir stimuler ces
filières-là, ces nouvelles filières, à travers des subventions, des crédits
d'impôt qui viennent appauvrir la société et ne viennent pas faire payer les
pollueurs pour leur pollution.
Donc, au nom de la responsabilité
individuelle, au nom du principe pollueur-payeur qui est enchâssé dans la Loi
sur le développement durable adoptée il y a 20 ans au Québec, et à l'époque, on
était un leader. Malheureusement, cette loi-là, elle n'a pas donné lieu à
autant de développement que beaucoup de gens auraient souhaité. Et bien, il
faut se rappeler que ce principe de pollueur-payeur serait la meilleure manière
de rendre cette filière... rendre les filières de l'hydrogène blanc et de la
séquestration du carbone économiquement viables, parce que les alternatives
polluantes seraient découragées par ce coût économique supplémentaire. Je
m'arrête ici et je vous remercie de votre attention.
Le Président (M. Julien) :
Oui, merci. Merci beaucoup, M. Pineau, pour votre exposé. Vous êtes presque à
la seconde près sur votre temps alloué. Je vous reconnais bien là. Alors, nous
allons maintenant commencer la période d'échange. M. le ministre, la parole est
à vous pour 16 minutes 10.
M. Bernard : Merci, M. le
Président. Bonjour, M. Pineau, merci d'être là. J'espérais vous voir en
personne parce que je vous vois souvent à la télévision. Vous intervenez
souvent et c'est toujours intéressant de vous entendre et d'avoir, là, votre
vision sur tout ce qui est la filière énergétique au Québec. Alors, c'est un
peu un privilège, je pense, nous autres, pour... de vous avoir dans ce
contexte-là du projet de loi n° 17. Je vais vous amener sur un point de
clarification. Puis, quand vous avez parlé des trois options pour le stockage
de CO2, à la page 4 de votre mémoire, là, vous dites qu'il y a trois
options : séquestration sous terre, séquestration dans l'océan et
carbonatation minérale.
Par la suite, vous dites que le projet de
loi n° 17 ne couvre que la première option, soit celle des réservoirs
souterrains. Mais, quand on regarde la carbonatation minérale, un projet comme
Deep Sky qui injecte du CO2 avec de l'eau dans des roches ultramafiques, donc
pour créer des carbonates, c'est de la carbonatation minérale. Probablement...
peut-être c'était le titre du projet de loi qui portait... qui porte un peu à
confusion parce que c'est marqué les réservoirs souterrains, mais ça couvre,
oui, les réservoirs souterrains, par exemple, des réservoirs à saumure et
autres, mais aussi la carbonatation minérale. Alors, c'est pas un peu ça? Vous
voyez ça différemment?
M. Pineau (Pierre-Olivier) :
Donc, oui, cette carbonatation minérale, elle peut se passer en sous-sol et
dans ce cas-là, c'est effectivement le cas que le projet de loi touche à ça.
Mais cette carbonatation minérale peut aussi se passer en... à la surface.
Donc, il peut y avoir cette carbonatation minérale simplement dans... à la
surface du globe et pas forcément sous terre. Et l'essentiel de la... de la
séquestration en sous-sol se fait par de l'injection de CO2 qui peut se... qui
peut être mélangé à de l'eau, mais qui lui... sans forcément qu'il y ait de la
carbonatation minérale. Donc, effectivement, et vous avez raison de demander
une clarification, ça peut... Cette carbonatation minérale peut se passer en
sous-sol, mais elle ne se passe pas forcément en sous-sol.
M. Bernard : OK.
Complémentaire à ça, à ce moment-là, parce que je ne suis moins spécialiste,
là, mais avez-vous des exemples de carbonatation minérale en surface? Dans quel
type d'environnement qu'on a ça ou dans des zones climatiques différentes de
qu'est-ce qu'on a ici?
M. Pineau (Pierre-Olivier) :
Alors, je ne suis pas non plus un spécialiste de la carbonatation minérale,
mais ce que je comprends, c'est qu'il faut faire réagir du CO2 avec des
minéraux et que...
M. Pineau (Pierre-Olivier) : ...ça
peut se passer en surface et après ça fait des roches, ça fait simplement du
calcaire. Dans mon mémoire, je parle de l'industrie du ciment qui prend le
calcaire pour... et qui enlève le carbone du calcaire dans le processus de production
du ciment. Mais la carbonatation minérale avec le calcaire, justement, c'est
pour... Bien, ça... avec le calcium, c'est pour refaire du calcaire. Et une
fois qu'on a ce calcaire-là, bien ce calcaire il... En fait, on pourrait
imaginer même que ce calcaire-là serve à la production de ciment. Et donc on a
simplement du calcaire qui est utilisé et qui est comme une roche qu'on a,
comme une poudre qui se trouve à la surface.
M. Bernard : Oui. Les coraux,
c'est un processus qu'ils font très bien d'ailleurs, convertir du CO2 en carbonate, c'est vraiment ça. Question
aussi, également, vous l'avez très bien mentionné, puis on en a parlé beaucoup,
le... l'idéal, c'est toujours une réduction à la source. Le deuxième volet
qu'on essaie de voir que... qui est discuté, c'est une baisse naturellement de
consommation, comme les hydrocarbures que vous l'avez ... Donc, la
séquestration, comme on voit à long terme, c'est... c'est bien, mais si on peut
travailler sur tous les aspects, et c'est ça qu'on veut vraiment avoir à cet
égard-là.
Quand vous parlez, vous êtes,
naturellement, séquestration dans l'océan, on n'en parle pas parce qu'on est en
bordure, mais ce n'est pas quelque chose, de manière générale, que moi, on est
favorable, parce que vous avez vraiment soulevé le... les dangers...
d'acidification. Mais concernant l'utilisation des réservoirs souterrains,
genre saumure, versus, avez-vous une opinion là-dessus, dans le sens, savoir,
est-ce que c'est quelque chose qu'on devrait, oui, faire, ou en dernier
recours, tout simplement, puis regarder d'autres pistes que l'utilisation de
réservoirs souterrains, de nature de roche poreuse.
M. Pineau (Pierre-Olivier) : Je
ne suis pas géologue, je ne connais pas les dangers, les avantages d'une...
d'un type de séquestration en sous-sol par rapport à un autre, je pense qu'il y
a... il y a différentes contraintes et techniques et coûts qui sont impliqués
là-dedans. Donc non, je n'ai pas vraiment un avis, je n'ai pas d'avis sur une
approche de séquestration qu'on devrait privilégier par rapport à une autre. Le
projet de loi ne se commet pas non plus là-dessus, je pense que c'est important
de ne pas se commettre là-dessus, c'est à l'industrie qui va réaliser ce genre
de choses, d'explorer, de voir qu'est-ce qui est le plus économique, qu'est ce
qui est le moins dommageable, le plus sécuritaire, le plus stable.
Parce qu'évidemment la question de la
stabilité du... de la séquestration du CO2
est... est fondamentale. On ne veut pas avoir des fuites de CO2
par la suite, si jamais on avait des... une rupture, là, quelque part dans
le... dans le puits ou dans le stockage. C'est pour ça que la carbonatation
minérale amène, à ma compréhension, une très grande stabilité et c'est ça qu'il
faut viser en termes de stabilité, mais ça ne veut pas dire qu'on n'a pas
d'autres options sous terre qui, sans carbonatation minérale, qui permettrait
d'avoir une stabilité, mais c'est à... c'est à étudier. Le cadre légal, en
fait, devrait rester agnostique sur le type de séquestration qu'on fait.
M. Bernard : Merci.
L'hydrogène blanc, on a eu hier l'entreprise QIMC qui font des recherches...
d'hydrogène blanc, entre autres, au Témiscamingue et autres, puis en termes
de... d'économique, des projets, ils disaient que pour que ça soit vraiment
rentable, ça prenait un utilisateur à proximité parce que sans ça, plus
l'utilisateur, qu'est-ce qu'ils appelaient le «end user» est loin, l'aspect
économique donc, allait diminuer. Donc ça, c'est vraiment une contrainte.
Puis notre... Celui qui vous a précédé, M.
Marcoux, disait qu'actuellement les... les expériences qui sont faites ou les
développements, le volume produit est quand même marginal pour éventuellement
développer une filière économique. Vous en parlez quand même beaucoup comme une
possibilité, mais cet aspect-là, d'économique de l'hydrogène, l'avez-vous
abordé un peu plus loin pour voir comment, effectivement, une filière
d'hydrogène blanc pourrait être rentable et vraiment contribuer à la transition
énergétique?
• (15 h 50) •
M. Pineau (Pierre-Olivier) : Je
ne l'ai pas étudié en détail, ça fait plusieurs années quand même que dans mon
équipe, on regarde les questions d'hydrogène. C'est... ce n'est pas facile de
voir les secteurs où la production d'hydrogène non traditionnelle est rentable,
dans le contexte actuel. On produit l'hydrogène au Québec, mais c'est
essentiellement de l'hydrogène gris, donc à partir d'hydrocarbures...
M. Pineau (Pierre-Olivier) : …c'est
très utilisé dans les raffineries, c'est nécessaire pour produire les carburants
d'aujourd'hui. C'est très difficile d'utiliser des hydrogènes verts ou de
l'hydrogène blanc de manière économique, parce qu'on a des prix de l'énergie
qui sont très bas, nos hydrocarbures sont très bas. On ne met pas en place la
tarification du carbone qui serait nécessaire pour rendre ces hydrogènes sans
émission rentable. Alors, personnellement, je pense que l'hydrogène va jouer un
rôle dans la transition, mais un rôle assez niche. C'est pour ça que
j'accueille favorablement le projet de loi 17, parce qu'il faut s'assurer que
ces niches-là soient présentes. Mais, je ne pense pas que ça va être un élément
majeur, à moins qu'on fasse une grosse découverte, quelque part, et que,
finalement, on puisse associer une industrie à cette découverte-là, mais ce
serait un peu un coup de chance. Il faut donner, évidemment, se donner
l'opportunité de pouvoir bénéficier de cette chance-là. Mais je ne miserais pas
là-dessus pour le succès de la transition énergétique au Québec.
M. Bernard : Merci. Vous avez
abordé un point que j'ai bien aimé que… les considérations pour soutenir le
captage et l'hydrogène blanc. Mais, j'aime le paragraphe qui débute vers la
fin, quand vous dites : Tant que le prix du carbone reste bas à cause de
mesures trop timides du… des gouvernements canadiens et québécois, il sera
difficile de faire lever des projets de captation et d'hydrogène blanc. Vous
avez vraiment parlé, là, il y a des limites économiques à dépenser pour polluer
et ensuite subventionner des solutions. Avant toute chose, pensez-vous qu'il
faudrait… on parle beaucoup le Québec dans son... dans son marché du carbone,
croyez-vous qu'il faudrait faire une réflexion pour vraiment, si on veut
développer ces filières-là, pour qu'elles soient vraiment optimales… de captage,
séquestration et d'hydrogène qu'il ne faudrait pas faire une réflexion à plus
long terme, en termes de prévisibilité et autres, comme vous avez un peu
abordé, pour dire oui, on va développer une filière, mais en même temps, ça
prend une stratégie, puis les prix du carbone et autres pour que ce soit le
tout intégré dans une vision à long terme.
M. Pineau (Pierre-Olivier) : Oui,
absolument. Je pense que la stratégie à long terme est absolument nécessaire.
C'est pour ça que j'attends avec impatience la publication du PGIR, parce que
ce plan de gestion intégrée des ressources énergétiques doit… doit nous amener
à la carboneutralité. On l'attend depuis… on l'attend au… minimalement depuis
le 1ᵉʳ avril ce PGIR, mais c'est ça qui doit nous donner la... le cadre à long
terme de notre lutte contre les changements climatiques, de notre transition
énergétique dans ce PGIR, idéalement, on va mieux comprendre la place que la
séquestration du carbone doit jouer parce qu'on va justement faire l'analyse
de… qu'est-ce qu'on peut réduire, qu'est-ce que… jusqu'où nous mène
l'efficacité énergétique, jusqu'où nous mènent les énergies renouvelables? Et
donc... Et donc, ultimement, quelle va être la place résiduelle du… de la
séquestration? Et, c'est pour ça, que j'encourage véritablement le gouvernement
du Québec à se doter le plus rapidement possible de cette vision-là et de la
rendre la plus consensuelle possible, la discuter. On n'a pas assez discuté de
cette… du PGIR, la transition énergétique. Il y a des opportunités économiques
importantes à prendre, notamment, quand on sait le coût pour les ménages
québécois d'acheter leur essence et leur carburant. Mais le plus vite on se
sera débarrassé de nos véhicules à essence, le plus… le mieux on s'en portera.
Et c'est pour ça qu'il faudrait agir de manière beaucoup plus musclée au niveau
de la mobilité, pour se débarrasser de nos véhicules à essence, pour cesser
d'être… de se plaindre du prix de l'essence, qui va peut-être baisser un petit
peu à court terme ou à moyen terme. Mais à long terme, on sait qu'on ne sera
pas gagnant à rester dans nos gros véhicules. Mais alors oui, pour la
prévisibilité et il faut un plan global. Le PL 17, vient apporter un élément
important. Mais évidemment, ce n'est pas le plan global. Et ce plan global, c'est
sur quoi le gouvernement devrait prioriser les actions pour justement canaliser
les… l'industrie pour qu'elle… elle nous permette d'avancer plus vite.
M. Bernard : Parfait. Une
dernière question, avant de laisser la parole à… aux collègues, on a parlé
beaucoup de projets pilotes, entre autres, là, actuellement, pour aller
chercher de meilleurs niveaux de connaissances, parce qu'on… vous l'avez
souligné, tous les gens l'ont souligné, nous sommes dans des filières
émergentes, qu'on est vraiment en phase d'innovation, développer des techniques
et autres. Donc, pensez-vous que, pour vraiment développer une filière, puis
toutes les réflexions qu'on a faites, qu'on devrait procéder plus graduellement
avec des projets pilotes, allez acquérir les connaissances pour voir
l'efficacité des systèmes et autres, avant d'y aller, à plus grande échelle, et
d'ouvrir rapidement des territoires…
M. Pineau (Pierre-Olivier) : Évidemment,
il y a... C'est mieux d'avoir des projets pilotes, ceci dit, je n'ai pas une
crainte fondamentale qu'il y ait une prolifération de projets à grande échelle
pour... pour séquestrer du carbone et produire de... de l'hydrogène blanc.
Parce que la réalité, c'est qu'il n'y a pas vraiment de marché pour ça,
aujourd'hui, étant donné le coût du carbone et la difficulté de valoriser
l'hydrogène. Si on trouve des petits gisements d'hydrogène, comme ça a été...
ça a déjà été dit, c'est difficile à valoriser. Donc, je n'ai pas... je n'ai
pas du tout de crainte, contrairement au gaz naturel où là, pour le gaz de
schiste, on aurait pu se dire, il y aurait pu y avoir un «farwest» de
développement du gaz de schiste parce qu'il y a déjà des usagers de gaz naturel
aujourd'hui et si on en avait au Québec, si on l'avait exploité, ça aurait pu
se développer n'importe comment.
Mais pour l'hydrogène blanc, la... C'est
très peu crédible de penser qu'il y ait des développements de grande envergure
qui se passent rapidement, étant donné qu'il y a très peu de consommateurs
d'hydrogène et que, comme vous l'avez mentionné, c'est très difficile de le
transporter, cet hydrogène-là, parce que... et c'est difficile, parce que ça a
une très petite densité volumétrique. La densité énergétique de l'hydrogène est
très, très faible. L'hydrogène est très léger, mais par volume, vous avez très
peu d'énergie. Donc ça prend des gros volumes qui rendent le transport de
l'hydrogène très peu économique. Donc, ça peut jouer un rôle, mais les dangers
d'avoir une prolifération rapide de ces projets-là est, à mon... à mon sens, inexistant.
Donc, oui, il y a des projets pilotes, mais, d'un autre côté, il n'y aura
jamais de... un grand nombre de projets qui va survenir trop rapidement.
M. Bernard : Parfait.
Merci, M. le Président. Merci beaucoup, M. Pineau.
Le Président (M. Julien) :
Je passe... je passe la parole à ma collègue de Laviolette-Saint-Maurice. Vous
avez 1 min 50 s. Non?
Mme Tardif : Non. Je
n'ai pas demandé cette fois-ci, je peux laisser... je peux laisser.
Le Président (M. Julien) : Parfait.
Alors, je passe la parole maintenant aux membres de l'opposition, au député de
Jacques-Cartier, vous avez 16 min 20 s.
M. Kelley : Bonjour,
professeur Pineau. Merci beaucoup pour votre présentation. La dernière fois
qu'on était ensemble, c'est vous qui a posé toutes les questions, alors ce fois
ici, c'est à mon tour, «the tide has turned». Mais je veux reviens un petit peu
dans votre mémoire et c'est une discussion qu'on a eue hier sur l'importance,
dans ce projet de loi, d'avoir des définitions claires sur... comme, hydrogène
blanc, ou est-ce que c'est mieux de passer par règlement? Mais dans la
discussion autour de la prévisibilité, c'est mieux de définir, je sais, comme
ici, vous avez quand même des définitions d'hydrogène gris, vert, hydrogène sous...
produit. Alors, est-ce que c'est une bonne chose d'avoir les définitions qui
sont plus établies, écrites dans un projet de loi ou de passer par règlement?
M. Pineau (Pierre-Olivier) :
Non, je... je pense que c'est plus sage d'attendre des règlements pour bien
définir les choses, parce qu'on ne sait pas exactement ce qu'on va trouver dans
le sous-sol, comme l'a dit Benoit Marcoux précédemment, il peut y avoir de
l'hydrogène mélangé à du gaz naturel et est-ce qu'on va vouloir exclure tout de
suite toute exploitation d'hydrogène parce qu'il est mélangé à du gaz naturel?
Je pense que ça serait un peu... Ça ne serait pas... Ça ne serait pas sage
d'exclure automatiquement toute production d'hydrogène parce qu'il y a un peu
de gaz naturel. Donc, si on est trop ferme dans les définitions dans... au
niveau de la loi, ça peut amener une rigidité qu'on regrette plus tard.
Et donc, je pense que... jusqu'à un
certain point, c'est mieux de procéder par règlements qui sont plus souples,
plus faciles à amender et à modifier. Évidemment, il faut... il faut faire
attention à ne pas ouvrir la porte à n'importe quel type d exploitation, mais
dans la mesure où on a une tarification du carbone qui est à la hauteur de nos
ambitions climatiques, mais si on... jamais on produisait de... de l'hydrogène
et du gaz naturel en même temps, bien, cet hydrogène... ce gaz naturel serait
pénalisé par le... la tarification du carbone et on aurait un cadre cohérent
qui empêcherait des débordements ou des... des fuites, non... non souhaitées.
M. Kelley : Merci
beaucoup pour la réponse et c'est intéressant, votre explication, d'aussi
laisser un peu de flexibilité. Alors on va regarder ça en note pour la suite
des choses avec le projet de loi. Une autre chose, parce que vous avez parlé un
petit peu le..., mais c'est aussi pour les technologies comme l'hydrogène blanc
naturel, quand même pour la capture et le stockage de carbone, on sait que
l'énergie disponible au Québec est limitée, serrée. Alors comment... À quel
point est-ce que ça doit être une priorité? On sait que les technologies
marchent, mais si vous avez des idées là-dessus ou est-ce que c'est encore une
meilleure place d'avoir un... qui identifie clairement pour toute la société
civile où... où nous nos priorités sont exactement?
• (16 heures) •
M. Pineau (Pierre-Olivier) :
Bien...
16 h (version non révisée)
M. Pineau (Pierre-Olivier) : …il
y a deux choses. Il y a des priorités en termes de grandes actions en
réduction, en substitution et en séquestration.
Après, l'arbitrage final, de savoir les
kilowattheures d'électricité qu'on a de disponible, est-ce qu'on doit les
utiliser pour alimenter l'industrie, alimenter des véhicules, chauffer des
maisons ou séquestrer du carbone ?
J'aurais tendance à dire que ce n'est pas
vraiment ni au gouvernement ni à la planification centralisée de décider de ça.
Mais c'est, un petit peu, aux marchés de
décider et c'est pour ça que c'est important d'avoir des prix de marché qui
reflètent bien les coûts de marché et les externalités pour qu'on puisse faire
la bonne allocation des ressources.
Personnellement, je ne suis pas du tout
partisan de laisser entre les mains du gouvernement ou d'Hydro-Québec le choix
d'utilisation de blocs d'énergie, parce que ça devient un choix politique, ça
devient un choix bureaucratique qui n'est pas… qui… l'histoire a rarement
montré que c'étaient des choix avisés de dire on va miser sur telle filière.
Alors, si on avait des besoins d'électricité
pour séquestrer du carbone, il faudrait que les… les compagnies qui séquestrent
le carbone payent leur électricité au prix de marché et soient en concurrence
avec d'autres usagers qui sont prêts à payer le prix de marché pour que,
justement, ça ne soit pas au gouvernement de faire l'arbitrage et de dire :
Est-ce qu'on va chauffer une piscine avec ce kilowattheure ou est-ce qu'on va
séquestrer du carbone ?
Parce que ça… ce n'est pas un choix que… qui
peut se prendre dans un bureau de… de ministère ou d'une compagnie d'électricité.
M. Kelley : Et tu sais qu'on
a eu de la discussion, mais, j'imagine, de… revient… tarification, la Régie de l'énergie
doit continuer de jouer un rôle, mais, aussi, de… il y a… il y a toujours un
rôle pour le gouvernement d'avoir leur… le mot à dire sur les… des projets de
développement.
Mais quand même, comment le gouvernement peut
enlever un petit peu, quand il y a des projets intéressants, que ce n'est pas
juste exclusivement dans la main d'un ministre ?
M. Pineau (Pierre-Olivier) : Bien,
alors, on peut… dans ce cas-là, on fait des… des enchères, si on a des blocs d'énergie
de la… de disponible.
Et, donc, là, on a une quantité d'énergie,
on pourrait procéder par enchères et dire… Hydro-Québec, au lieu que ce soit le
gouvernement qui décide, ça serait Hydro-Québec qui pourrait dire : J'ai
2000 mégawatts de disponibles, qui veut l'utiliser et faire des enchères ?
Et là, on verrait qui, dans les acteurs du
marché, est prêt à acheter cette électricité-là au meilleur prix pour la
valoriser pour le meilleur projet.
Comme ça, on enlève le côté arbitraire et
on laisse le marché décider en ayant quand même une implication gouvernementale
pour dire : Bien, on a 2000 mégawatts de disponibles.
M. Kelley : Intéressant, merci
beaucoup pour la proposition. On va garder ça en tête pour… encore, pour la
suite des choses.
Il y a eu un article aujourd'hui sur les
exigences climatiques des cimenteries du Québec. Ils sont reus peut-être à la
base. Je ne sais pas si ça va être confirmé tantôt.
Mais, je veux juste faire le… le lien
entre le fait que... On ne peut pas remplacer les cibles qui étaient mises sur
certaines industries et des… des activités industrielles avec la capture de le carbone,
non plus.
C'est comme… ça peut être juste comme… on
baisse les… les cibles, mais c'est correct parce qu'on va avoir plus des
entreprises qui capturent de la carbone à Québec.
C'est… je sais que vous avez écrit ça,
mais, encore… c'est… j'ai… j'ai des craintes que, quand même, dans la suite des
choses, ça va être une réponse facile à permettre ceux qui n'ont pas trouvé des
solutions technologiques à baisser leurs émissions, de dire : Bien, on va
capturer ça avec l'entreprise qui est ici.
M. Pineau (Pierre-Olivier) : Bien,
tout à fait. Il faut… je… moi, personnellement, je ne suis pas un partisan de
cibles spécifiques sur des secteurs, parce que, si on met une cible trop ferme
sur un secteur, mais qu'il y a des réductions plus... moins coûteuses qui
peuvent se faire dans un autre secteur, il vaut mieux laisser un secteur
baisser davantage et laisser, peut-être, les cimenteries émettre plus, parce
que c'est très coûteux dans les cimenteries.
Dans le processus de production du ciment,
il y a… on part du calcaire, il faut enlever le carbone du calcaire et c'est ça
qui est l'essentiel des émissions de… de la… des cimenteries.
Il y a… il y a un enjeu, on consomme beaucoup
trop de ciment dans nos sociétés modernes aujourd'hui et, donc, il faut
diminuer notre consommation de ciment.
Ça, c'est la première chose, et ce n'est
pas sur le… on pourrait réduire les émissions des cimenteries non pas en
changeant leurs procédés, mais en ayant un usage plus raisonné du ciment.
Il y a différentes technologies et
différentes avenues qui sont… qui s'offrent, malgré tout, pour réduire les
émissions de CO2 du ciment.
Et… et je ne pense pas que la
séquestration du carbone sera l'ultime solution. Mais il faut… on ne le sait
pas et il faut laisser le marché…
M. Pineau (Pierre-Olivier) :
...il faut laisser... il faut mettre des contraintes économiques sur les
émissions et après il faut laisser le marché trouver quelle est la meilleure
solution. Et il y aura la séquestration du carbone là-dedans pour une certaine
proportion. Mais il faut quand même responsabiliser les entreprises en leur
disant : vous devez faire face à un prix qui est très visible. Et c'est ce
prix-là, très visible, que malheureusement, on a de la difficulté à imposer aux
industries.
M. Kelley
: Merci
beaucoup, professeur Pineau, je vais passer la parole à ma...
Le Président (M. Julien) :
Vous avez sept minutes et demie.
Mme McGraw : Merci, M. le
Président, et bonjour professeur Pineau. C'est toujours un plaisir de se
retrouver. On s'est rencontré à plusieurs reprises. Dans votre mémoire, vous...
À la toute fin, vous... Je vais juste vous citer en parlant du projet de loi n°
17. Tout ce travail-là, effectivement, pour que le projet de loi soit plus
propice au secteur de captage et de séquestration du carbone. C'est un
contexte... c'est un contexte où la lutte contre les changements climatiques
est priorisée et la tarification du carbone justifie des investissements dans
de telles solutions. Donc, je vais aller sur ces deux enjeux-là.
Dans un premier temps, le contexte de
lutte contre les changements climatiques, on comprend très bien, puis vous êtes
très clair, puis il y a plusieurs groupes... le Conseil consultatif, plusieurs
groupes qui ont souligné le fait que c'est pas... on ne peut pas remplacer les
réductions à la source et tous les... Vous parlez des mesures qu'il faut mettre
en place pour favoriser et prioriser effectivement les réductions. Ceci étant,
on comprend, et même le Conseil le dit, consultatif, qui a quand même des GES
qui sont résiduels, un 15 % de résiduel, et ça fait partie... Vous dites
même la définition de carboneutralité, il y a des GES qui sont impossibles à
éviter. Que dire des GES qui existent déjà, qu'on n'a pas évités déjà, qui
sont... qui ont été pas évités. Donc, c'est-à-dire les émissions historiques?
M. Pineau (Pierre-Olivier) :
...
Mme McGraw : ...et le GIEC.
Juste pour rappeler, le GIEC mentionne qu'il faut aller chercher un 10
milliards de tonnes d'ici 2050 et ensuite 20 milliards de tonnes en 2050 et
2100.
M. Pineau (Pierre-Olivier) :
Et évidemment, je suis un partisan, justement, de non seulement viser la...
bien, il ne faut pas juste viser la carboneutralité, mais en fait, la... il
faut viser la carbonégativité parce qu'il va falloir faire des retraits nets.
Il faut aller plus loin que la carboneutralité dans les meilleurs scénarios
climatiques. Et donc, évidemment, il va falloir faire de la séquestration du
carbone. C'est pour ça que j'accueille très favorablement le projet de loi n°
17, parce que je pense que c'est absolument nécessaire de préparer le terrain à
la séquestration du carbone parce que, justement, il va falloir en séquestrer
pour les émissions résiduelles et pour en retirer davantage.
Ceci étant dit, on est malheureusement
très, très loin du moment où on va avoir des émissions négatives à l'échelle de
la société, on arrive très difficilement à réduire nos émissions. Donc, c'est
aussi une question de priorités. C'est évident que c'est très bien de faire les
choses en parallèle et de préparer le terrain. Je suis quelqu'un qui est très
frustré de notre progrès des 20 dernières années en... dans la lutte contre le
changement climatique. Nous n'avons pas fait les progrès que nous aurions dû
faire pour des raisons, malheureusement, impardonnables et qui ont appauvri le
Québec. Le parc automobile a augmenté. Le... les... le type de véhicule que
nous utilisons sont des véhicules sans cesse plus gros et qui endettent les
ménages québécois, créent de la congestion, créent de l'improductivité dans nos
sociétés.
Et donc on a en fait été dans la mauvaise
direction d'un point de vue environnemental qui a nui à l'économie québécoise.
Ça nuit à l'économie québécoise, ça nuit aux ménages québécois parce qu'on a
permis un endettement pour les véhicules. Après les logements, c'est le
transport qui est la deuxième poste de dépenses des Québécois. Et ça, ça ne
devrait pas être le cas. Et ça, parce qu'on a adopté des mauvaises politiques
publiques et qu'on n'a pas mis en place la politique de mobilité durable qui a
été adoptée sous un gouvernement libéral, mais qui n'a pas été mise de l'avant
par le gouvernement de la CAQ actuel. Donc, donc, oui, il faut faire ce que
vous avez mentionné, faire... avoir des émissions négatives et préparer le
terrain. Mais on a une longue liste de tâches à réaliser devant nous avant de
vraiment commencer à retirer du CO2 de l'atmosphère.
• (16 h 10) •
Mme McGraw : Et je suis tout
à fait d'accord. Je suis les changements climatiques depuis que je suis jeune,
donc plus que 30 ans. Et moi, j'appelle ça la procrastination planétaire. On a
manqué de faire des bons choix et là, on est rendu avec des choix beaucoup plus
difficiles, on va se le dire. Donc, je suis contente de vous entendre dire
qu'il va...
Mme McGraw : …faire
maintenant les choses de façon en parallèle, simultanément, et ne pas juste en
séquentiel. Ça fait que ces réductions, tout ça, ça va se faire en même temps.
J'aimerais revenir sur le deuxième point avec le temps qui reste, pas beaucoup.
Tarification, vous avez dit qu'il faut aller chercher… bien, juste de vous
entendre sur le marché. Est-ce qu'il y a un avantage au Québec, puisqu'on a
déjà un marché? Mais il faut changer les coûts et le prix, donc, c'est ça, la…
j'aimerais vous entendre là-dessus.
M. Pineau (Pierre-Olivier) : On
a un marché du carbone, on a… le gouvernement actuel avait annoncé en 2014,
justement, un resserrement des règles du marché du carbone, la Californie a été
de l'avant avec certains… une certaine révision. Il y a actuellement un projet
de règlement qui a été publié par le gouvernement sur, justement, la révision à
apporter au marché du carbone, qui apporte des modifications intéressantes,
mais qui passe complètement à côté des révisions plus majeures qui avait été
annoncé, qui ne sont pas faites, que la Californie met de l'avant, mais que le
Québec tarde à mettre de l'avant. Donc, en fait, si on voulait vraiment aider
la séquestration du carbone, bien, on serait… on s'assurerait de mettre en
place le mécanisme institutionnel avec le marché du carbone qui permettrait de
justifier, grâce au prix du carbone, une séquestration qui permettrait aussi de
rendre formels les crédits compensatoires qu'on pourrait générer avec une
séquestration du carbone. Et j'aimerais voir beaucoup plus d'activités de la
part de notre gouvernement sur, justement, la mise à jour des règles du marché
du carbone, tel que ça avait été annoncé en octobre 2014, donc il y a presque
deux ans de cela. Et encore une fois, on a procrastiné. Et ça, ça me désole.
Mme McGraw : Une dernière
question. Je ne sais pas si j'ai le temps.
Le Président (M. Julien) : Il
reste une minute, 1 min 20 s.
Mme McGraw : Une minute.
Répartition de risques entre le privé et l'État. Vous avez parlé du rôle d'Hydro,
du gouvernement. Est-ce que… est-ce que vous parlez de la répartition des
tâches du risque entre le privé et le public?
M. Pineau (Pierre-Olivier) : Bien,
le rôle du gouvernement, c'est de mettre des règles qui soient cohérentes et
incitatives. Je ne pense pas que le gouvernement devrait investir dans ces
technologies, mais il doit offrir un cadre clair et à long terme qui justifie
des investissements. Et après les investissements, je l'ai mentionné, c'est… on
doit baser nos actions sur le principe du pollueur-payeur. Et donc, si on veut
polluer, bien, il faut payer pour que le CO2 soit par la suite séquestré. Et
donc, ce n'est pas au gouvernement de le faire, c'est à tous les acteurs
économiques de payer pour s'assurer de réduire leur pollution.
Mme McGraw : Par contre, le
fédéral a mis… est prêt à donner des crédits, donc, c'est un incitatif qui a
été déjà réglé au fédéral et c'est un incitatif pour le Québec dans un contexte
historique déficitaire. On va le… on va se le dire.
M. Pineau (Pierre-Olivier) : Oui,
c'est sûr que si des crédits existent, on peut les prendre, mais il ne faut pas
en rajouter.
Le Président (M. Julien) : M.
Pinault, je vous remercie infiniment pour votre contribution aux travaux de la
commission. Toujours un plaisir de vous écouter. Donc, je suspends les travaux
quelques instants pour permettre au prochain groupe de prendre place. Au
plaisir, M. Pinault.
M. Pineau (Pierre-Olivier) : Merci
beaucoup. Au revoir.
(Suspension de la séance à 16 h 14)
(Reprise à 16 h 16)
Le Président (M. Julien) : …Alors
rebonjour tout le monde! Je souhaite maintenant la bienvenue à la Fédération
québécoise des municipalités. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes
pour votre exposé. Nous procéderons, par la suite, à la période d'échange avec
les membres de la commission. Donc, je vous invite à vous présenter et à
commencer votre exposé. Merci d'être là.
M. St-Pierre (Guy) : Merci
beaucoup, M. le Président. Juste vous dire que nous en sommes à notre 89ᵉ mémoire
depuis 10 ans, à présenter ici, au ministère. Donc, on n'a pas chômé, nous non
plus. Donc, M. le Président, M. le ministre, Mesdames, Messieurs, députés,
membres de la commission, je me présente, je suis Guy St-Pierre, maire de
Manceaux et membre de l'exécutif de la Fédération québécoise des municipalités.
Et je suis accompagné de notre précieux Pierre Châteauvert, aujourd'hui
directeur des politiques, à la Fédération. À titre de porte-parole, des
régions, la FQM compte plus de 1070 membres, tous sur une base volontaire, dont
la totalité des MRC. La Fédération remercie les membres de la Commission de
l'agriculture, des pêcheries, de l'énergie et des ressources naturelles, de
l'opportunité qui lui est offerte de présenter ses commentaires dans le cadre
du projet de loi 17.
Le stockage permanent de carbone est une
technique promue par plusieurs dans la lutte au changement climatique et le
contrôle des émissions de gaz à effet de serre. Quelque soit… qu'elle soit
embryonnaire, on constate un intérêt pour un déploiement accéléré de cette
approche. L'Industrie a aussi démontré un certain intérêt pour l'exploration de
l'hydrogène blanc, qui serait présent dans certaines formations géologiques,
comme la serpentine. Bien que dans une phase expérimentale, des projets se
dessinent et des entreprises veulent réaliser des projets.
C'est dans ce contexte, et en l'absence de
règlements que le gouvernement veut baliser le stockage de carbone, de même que
la recherche et l'exploitation de l'hydrogène naturel. S'il est nécessaire de
définir un cadre législatif strict, la FQM constate que le projet de loi ne
permet pas de préciser les règles, repoussant des éléments significatifs dans
une future réglementation. Actuellement, des municipalités, des MRC sont
interpelées par des promoteurs de projets, mais l'absence de balises pose
problème. Néanmoins, le choix de proposer des projets pilotes nous paraît
judicieux. Si le potentiel de l'hydrogène blanc ou de stockage permanent de
carbone s'avère et si les conditions nécessaires à la sécurité et à la
protection de l'environnement sont réunies, les municipalités et les MRC
pourraient même être des partenaires de choix dans certains projets.
Comme dans les débats antérieurs
concernant les ressources du sous-sol, la Fédération déplore le peu de cas
accordé dans le projet de loi à l'égard des responsabilités municipales en
matière d'aménagement de territoire. La FQM rappelle que l'aménagement du
territoire est une compétence municipale et que nos membres doivent être
associés sur tout encadrement éventuel pour la prospection et l'exploitation de
ces ressources. Les municipalités sont responsables de la planification et de
l'utilisation du territoire. Or, c'est l'État qui contrôle ce qui est sous sa
surface. Cette situation cause des conflits dans certaines communautés où des
projets d'exploration minière sont envisagés. Il est possible que l'intérêt
collectif, l'acceptabilité sociale et la vision de développement territorial
soient mis à mal, si les orientations locales et régionales ne sont pas prises
en compte.
C'est pourquoi la Fédération demande de
retirer l'article 52 du projet de loi, qui modifie l'article 246 de la Loi sur
l'aménagement et l'urbanisme. Dans les faits, c'est le retrait de cet article
246 de la Loi sur l'aménagement et l'urbanisme que réclame la FQM. Cette
demande, maintes fois répétée, est d'autant plus justifiée que des travaux d'…,
d'exploration et d'exploitation semblent s'accélérer pour divers ressources.
L'arrimage avec les outils de planification locaux et régionaux est
incontournable, selon nous. C'est pourquoi, il nous... il nous paraît important
de nous assurer, dès maintenant, que les municipalités auront un réel pouvoir
pour encadrer les activités sur le territoire. La collaboration, entre les représentants
municipaux et ceux du gouvernement le plus tôt possible dans le processus, nous
paraît incontournable. Sur la base de cette reconnaissance dans la loi, le
contenu des règlements à venir pourra ainsi favoriser la prise en compte des
réalités municipales. Car ce sont les règlements à venir qui vont préciser
concrètement les conditions pour émettre les licences, les modalités d'exercice
et les mesures qui seront imposées aux entreprises.
• (16 h 20) •
Le projet de loi indique que la
réglementation à venir devra prévoir que les travaux assurent la santé et la
sécurité des personnes et des biens, la protection de l'environnement et aussi
l'implication des communautés locales. La FQM demande que la mise en œuvre de
la loi, les règlements qui...
M. St-Pierre (Guy) : ...découleront
et toute mesure soit basée sur la reconnaissance et le respect des compétences
municipales en aménagement de territoire et en urbanisme. Il faut prévoir un
cadre qui permettra aux municipalités de donner leur avis sur l'adéquation d'un
projet ou de travaux avec la vision du territoire et les outils que sont les
schémas d'aménagement et les plans d'urbanisme. Dans le contexte de nouvelles
technologies ou de multiplication de projets, l'acceptabilité sociale et
l'adhésion... et l'adhésion des... des communautés, pardon, passeront
nécessairement par les municipalités. C'est vers les autorités municipales que
se tournent les citoyens lorsqu'ils ont des inquiétudes face à ces projets.
Le FQM demande donc que le projet de loi
soit revu pour y ajouter les consultations des autorités municipales,
préalablement à toute décision. L'avis des communautés locales doit être requis
pour l'émission de licences, les autorisations de travaux, la délimitation de
territoire de projets pilotes, la réglementation et toute autre règle ayant une
incidence sur l'aménagement du territoire. Plus tôt, nous avons mentionné que
déterminer les conditions nécessaires à la sécurité et à la protection de
l'environnement est incontournable. Vous savez comme moi que les questions qui
entourent la protection des nappes phréatiques et les... et les ressources
aquifères sont particulièrement sensibles. Encore une fois, le projet de loi
réfère à une réglementation à venir.
Dans le contexte où le stockage de carbone
et l'éventuelle exploitation d'hydrogène blanc ne sont pas des technologies
éprouvées et répandues, il y a lieu de se... de se préoccuper des effets pour
la sécurité des personnes et du territoire. Les municipalités sont les
premières autorités responsables de l'intervention en matière de sécurité
civile. Le gouvernement, lui, doit... Le gouvernement, lui, doit s'assurer que
les mesures de sécurité les plus rigoureuses seront mises en place. À ce sujet,
le projet de loi demeure vague. La Fédération demande que l'élaboration
et la mise en place des mesures de protection de territoire et de sécurité se
réalisent avec la participation des municipalités. Elle demande de prévoir que
les garanties de responsabilité et les garanties financières soient adéquates
et assumées par les autorités ou entreprises détenant une licence. Les
interventions de sécurité civile ou d'intervention d'urgence doivent être bien
prévues, tout en s'assurant qu'elles ne soient pas une charge supplémentaire
pour les municipalités.
En terminant, la FQM comprend le
gouvernement de vouloir baliser le développement de ces nouvelles filières et
le caractère novateur de ces technologies et l'importance de permettre aux
entreprises et aux communautés québécoises de tirer profit d'opportunités
économiques, exige néanmoins de la prudence. Nous invitons donc le gouvernement
du Québec à éviter la précipitation et à mettre en place les meilleures
conditions pour que le développement de cette filière énergétique soit
respectueux des orientations en matière d'aménagement et de développement de...
du territoire. Je vous remercie pour votre écoute et nous sommes prêts à
recevoir vos questions.
Le Président (M. Julien) : Je
vous remercie. Je vous remercie pour votre exposé. Nous allons maintenant
commencer la période d'échange. M. le ministre, la parole est à vous pour une
période de 16 min 30 s.
M. Bernard : Merci
beaucoup, M. le Président. Merci beaucoup, M. St-Pierre, pour votre
présentation. Bonjour, M. Châteauvert. D'entrée de jeu, je vous dirais,
plusieurs des points que vous soulevez, d'ailleurs, ont été abordés également
par l'UMQ, qui était ici plus tôt aujourd'hui. Un point que... Qu'est-ce que
j'aimerais quand même mentionner dans le contexte actuel où nous sommes, on met
en place une nouvelle législation qui n'existait pas, puis on veut encadrer le
futur développement de la filière.
Actuellement, il y a eu des projets qui
ont... qui ont émergé au cours des dernières années, puis qu'il n'y avait pas
de cadre, puis qui a créé vraiment, je vous dirais, des... d'anxiété un peu sur
le territoire, avec des élus municipaux, mais également des propriétaires de
terrain. On a eu la... l'Union des producteurs agricoles, d'ailleurs, qui a été
ici, puis... c'était dans ma région où, qu'entre autres, l'hydrogène blanc
avait émergé, il n'y avait pas d'encadrement, puis il y avait eu peu de respect
de certaines lois. Alors donc, on est conscient, puis le ministère est
conscient de la situation.
Dans la perspective qu'on veut faire,
actuellement, il y a des gens qui ont des territoires, par exemple, comme les
gens de Deep Sky ou autres, mais actuellement, le territoire est... est fermé,
il n'y a aucune licence pour, officiellement, pour le stockage de CO2 ou de recherche d'hydrogène blanc. Et l'objectif
du gouvernement c'est, lorsqu'ils vont ouvrir les territoires, ça va être soit
par des appels de projets éventuellement, mais les... les municipalités, les
MRC vont être consultées en amont. Le point a été abordé avec les gens de
l'UMQ, parce qu'effectivement, en termes de... d'acceptabilité sociale, on...
Ça prend votre collaboration dès le début, et peut-être que la loi, les
règlements...
M. Bernard : ...qui vont
être mis en place à ce moment-là pour rassurer les élus. Peut-être que... Mettre
en place des règlements et des critères pour délimiter les... encadrer les
paramètres pour l'acceptabilité sociale, que ce soit en termes de retombées
économiques et autres, les impacts sur le milieu. Donc, je pense que, quand
on va arriver avec la réglementation, il va y avoir moyen de, avec votre
collaboration, si on veut développer les filières, vous allez avoir une
contribution à cet égard-là. Alors, c'est... c'est vraiment ça qu'on veut, mais
il va falloir peut-être mettre des... des balises, ça fait que je ne le sais
pas si dans ces termes-là d'acceptabilité et autres, vous auriez des
suggestions, de dire, oui, on veut, votre schéma d'aménagement est important,
on s'en rend compte aussi, mais quels seraient des critères pour votre...
l'acceptabilité, soit des zones... des zones d'exclusion, des zones de...
tampons, contributions économiques, partenariat, peut-être, de projets
communautaires? Parce qu'on le voit, par exemple, maintenant, avec les
éoliennes, des éoliennes, on a des projets communautaires avec des Premières
Nations et autres. Donc, qu'est-ce qui pourrait permettre l'acceptabilité
sociale pour faire avancer des projets, lorsque le gouvernement va ouvrir des
territoires? Ma question est vaste, là, mais.
M. St-Pierre (Guy) : On
peut peut-être se souvenir de l'épisode des gaz de schiste. Je pense qu'on peut
même appeler ça, un épisode malheureux, là, qui a soulevé les passions dans nos
communautés et qui a mis le monde municipal au centre des entreprises qui
arrivaient sur le territoire et les citoyens. Et on vit peut-être un peu la
même chose aussi au niveau des éoliennes, quand on regarde au niveau de la
Mauricie, dans ce qui se passe, où c'est que le monde municipal est pogné,
excusez le mot, entre des... un promoteur et la population, comme si le
promoteur est arrivé sur le terrain et il a organisé ses choses et, après, est
allé consulter la population, non, les élus municipaux, peut-être pas
consultés, mais peut-être plus informés. Et ça, on vit ça constamment.
Ce n'est pas une question d'argent qui va
faire en sorte que l'acceptabilité... que l'acceptabilité sociale va être... va
être... Ce n'est pas l'argent qui est le premier critère, c'est le bon
voisinage, le bon voisinage avec les activités, le bon voisinage avec où ce
sera installé, est-ce que ce sera trop proche d'un milieu urbain, trop proche
de... de maison et, etc. C'est... Ça, c'est une problématique et il faudra que
ce soit réfléchi et peut-être... au niveau de la réglementation, que le monde
municipal soit présent au moment des... de la préparation de la réglementation,
pour pas qu'on soit mis devant un fait accompli et qu'on sera encore une fois
mis entre les entreprises, les promoteurs et la population, pour qu'on soit un
peu plus, je dirais, partenaires. Mais on ne veut pas devenir non plus les
défendeurs des projets comme il se fait dans d'autres... dans d'autres projets.
Je ne sais pas, Pierre?
M. Châteauvert
(Pierre) :Oui. M. le ministre, on
apprécie beaucoup le travail, en fait, on a déjà discuté avec les gens de votre
ministère. Très grande ouverture. On comprend très bien la différence entre un
projet de loi, puis un projet de règlement. La différence, effectivement, la
sensibilité des gens de votre ministère à écouter notre... déjà... fait des
rencontres de travail pour sensibiliser par rapport à l'aménagement, ça, c'est
très bien. Le problème qu'il y a, c'est... Et là vous avez évoqué l'éolien,
mais c'est dans l'autre, ce sont les promoteurs, puis on le voit déjà sur le
territoire, dans certains endroits, les promoteurs débattent. C'est des gens
qui veulent, tu sais, ce n'est pas un défaut de vouloir, mais c'est la façon
d'arriver sur un territoire, de communiquer. M. St-Pierre vient d'en
parler, vient de l'évoquer, souvent ça crée plus d'incertitude, parce que là,
on est dans un nouveau domaine, une nouvelle activité, il y a une façon de
faire, de... pour informer les gens.
Il y a des endroits où est-ce que les projets
peuvent se réaliser dans de meilleures conditions, des territoires boisés, mais
même encore aujourd'hui, les gaz de schiste, l'épisode malheureux des gaz de
schiste, c'est... c'est vraiment... Ça a été vraiment difficile. Dans le centre
du Québec, je me souviens, il y a deux ans, il y a deux, trois promoteurs
qui... c'était, en fait... ils faisaient de l'exploration minière, ils avaient
des... des «claims», là, puis ça s'est mis à creuser, puis ils avaient le
droit, puis ils n'avaient pas informé personne. Ce que ça a créé dans... Comme,
ça a été terrible, là, ça... s'est remonté, puis là, qu'est-ce que c'est ça,
cette affaire-là?
• (16 h 30) •
Il y a une crainte et on comprend,
souvenez-vous de la... Toute la question de l'eau potable autour du mont Rigaud
ou dans le sud des Laurentides, avec les projets miniers qu'il y a là, puis
jusqu'à temps que, là, on accepte de dire, bon, il n'y a rien à l'intérieur...
16 h 30 (version non révisée)
M. Châteauvert
(Pierre) :...périmètres... les... les
périmètres d'urbanisation et tout ça, puis il y a la protection, la notion de
protection autour des lacs. Je pense que ça va... On appelle à la prudence,
mais aussi à la discussion, à l'échange pour arriver à des stratégies pour
encadrer. Ça ne veut pas dire, ce sera... Ça va être des projets privés, ça,
là, je ne pense pas que l'État se... va se mettre à investir là-dedans, là, mais
à encadrer, sans nécessairement réprimer l'initiative. Mais quand même, quand
ça débarque mal dans une communauté, ça... dans des endroits où est-ce qu'il y
a beaucoup de monde, ça ne se rattrape pas. C'est... Et surtout dans des
domaines qu'on... qu'on ne connaît pas.
M. St-Pierre (Guy) : Je
rajouterai qu'Hydro-Québec a fait des consultations sur le développement éolien
dans les régions, et ça a été la question qui a été soulevée, c'est que les
promoteurs arrivent, vont faire signer les propriétaires, après ça, ils vont
voir les municipalités et là, tu as des citoyens qui...
M. Châteauvert
(Pierre) :Il y a les groupes, aussi.
M. St-Pierre (Guy) : Il y
a les groupes qui se... qui se lèvent contre le projet parce qu'il n'y a pas eu
de consultation. Il y a des citoyens qui se lèvent parce que le voisin aura la
pleine compensation, alors que lui, pour avoir des... Tu sais, la... Il faut
que ça soit présenté de façon globale et pour l'ensemble des citoyens et de
façon ordonnée, pour ne pas que le monde municipal soit les derniers à en
entendre parler, la journée où, oups, il y a un promoteur qui s'est promené,
qui a fait signer des autorisations sur les terrains, et on a l'air...
M. Châteauvert
(Pierre) : Les gens...
M. St-Pierre (Guy) : Je
vais garder un mot poli, là, on a l'air hébété ou...
M. Châteauvert
(Pierre) :M. Saint-Pierre l'a dit, les
gens, quand ils ne sont pas contents, ils débarquent au conseil municipal, au
conseil de la MRC, de plus en plus.
M. Bernard : On le voit
vraiment, les pressions que les élus municipaux peuvent... peuvent subir
actuellement, mais c'est pour ça, puis je comprends très bien ce que vous
dites, parce que je viens, moi, du milieu minier, et que... les enjeux que vous
avez soulevés, je... on l'a vu régulièrement, des compagnies, même si elles
avaient l'obligation d'aller informer les municipalités, les élus, des travaux
qu'elles allaient faire, les prévenir, puis des comptes-rendus, puis elles ne
le faisaient pas. Puis c'est... c'est dommageable et ça crée tout l'environnement.
Alors, c'est pour ça que, dans le contexte qu'on part à zéro, qu'il n'y a pas
de licence d'allouée, puis qu'il va y avoir un processus où, normalement, le
territoire va vous être présenté, puis après... la consultation avec les
populations, les élus, qu'on devrait réussir à faire quelque chose de mieux, parce
que ce volet-là d'acceptabilité devrait être là, dès initialement le départ.
M. Châteauvert
(Pierre) :...je tiens à souligner que,
dans l'industrie minière, il y a eu de très belles avancées.
M. Bernard : Oui.
M. Châteauvert
(Pierre) :Il y a eu de grandes
améliorations sur la façon de parler avec les gens dans plusieurs régions.
Malheureusement, il y a encore des... on ne les... on ne les qualifiera pas,
mais, il y a... Puis, c'est ceux-là.
M. Bernard : Moi je les appelle
des cowboys.
M. Châteauvert
(Pierre) :C'est ceux-là qui se retrouvent
dans les journaux et il y a... et il y a des cas...
M. St-Pierre (Guy) : ...
M. Châteauvert
(Pierre) : Mais cowboy, ça peut être un beau mot aussi.
M. St-Pierre (Guy) : Oui,
oui.
M. Bernard : Il est poli.
M. Châteauvert
(Pierre) : Mais il y a des cas... il y a des cas, des dossiers
dans l'éolien, ce n'est pas le «fun» ce qui se passe. La semaine passée, il y
avait l'Assemblée des MRC, puis, avec le vice-président exécutif d'Hydro-Québec,
il y a eu une discussion pendant une heure de temps avec... avec lui, puis
aussi, puis des... on a fait des sondages, on est associés là-dedans, on a plus...
On sait ce qui se passe. C'est souvent au point de départ, la façon que le
promoteur, excusez l'expression, débarque dans la communauté, la façon qu'il
débarque, par où, comment on commence, comment on informe, comment on
sensibilise, puis on rassure. À partir du moment où est-ce que... c'est ordonné,
ça fonctionne beaucoup mieux. Mais aussi, c'est... il y a... il y a des
endroits où, tu sais, il y a des groupes qui sont crinqués, là, puis, puis
quand il y a plus de monde, la densité, là, c'est de plus en plus difficile.
Mais ça... On peut réaliser des choses, mais de façon ordonnée.
M. Bernard : Non, puis, vous
avez raison là-dessus, puis on regarde actuellement par exemple, je le prends en
exemple, le projet de Deep Sky à Thetford Mines, les gens ont bien fait leur
travail auprès des élus et d'ailleurs on a eu des lettres d'appui de la
municipalité pour le développement et l'avancement du projet. Et c'est vraiment
de ces groupes-là, puis, dans le minier, j'en connais aussi, qu'il faut s'inspirer,
puis qu'ils deviennent des modèles en espérant que les autres vont suivre la
trace.
Veux-tu... veux-tu une question? Dernier
mot, avant de passer la parole. Depuis quelques années, là, on regarde du côté
du... des affaires municipales, on parle beaucoup des orientations
gouvernementales sur l'aménagement du territoire. Est-ce que, qu'est-ce qu'on
propose va quand même en ligne avec ça, ou... ou c'est comme si on avait un peu
deux silos en parallèle qui ne se parlent pas, puis qui ne tiennent pas compte
du travail que vous faites actuellement pour...
M. Bernard : ...avec les OGAT.
M. St-Pierre (Guy) : Tu... Je
vais juste commencer...
M. Châteauvert
(Pierre) : Allez-y, allez-y.
M. St-Pierre (Guy) : ...on a
des orientations gouvernementales, des OGAT, d'aménagement de territoire, que
nous, on est obligés de suivre.
M. Bernard : OK.
M. St-Pierre (Guy) : Et que
les... à l'occasion, certains ministères se permettent de ne pas suivre. Et que
là, on se ramasse, nous, à dire : bien, qu'est-ce qu'on fait?
L'orientation gouvernementale est une chose, le geste posé par le ministère ne
correspond pas aux OGAT. Puis là, nous, on défend quoi, là? Est-ce que le
ministère arrive puis veut faire ce qu'il veut? Tu sais...
M. Châteauvert
(Pierre) : ...c'est exactement ça. Moi... ça, là, c'est
personnel, parce qu'on y a beaucoup travaillé, on a beaucoup investi, ça a été
cinq ans de travail, tout le monde ensemble. Moi, je pense qu'on a sorti des
textes intéressants, très intéressants. C'est loin d'être parfait. Il y a des
problèmes, on en... Il n'y a rien de parfait dans ce bas monde. Le problème,
c'est l'interprétation qu'on en fait. On chasse le naturel, il revient au
galop. Pendant 20 ans, 25 ans, on l'a... On n'a pas mis ces orientations
gouvernementales là à jour. On y allait... On y allait plus sur des
orientations qui étaient... en fait, des directives qui venaient du central,
qui étaient définies au fil du temps selon les personnes et tout. Le réflexe
qui est en train de se développer parce que, vous le savez tous, vous voyez ça
dans les journaux partout, les MRC organisent des colloques, des... ils
réunissent des centaines de personnes pour dire : qu'est-ce qu'on fait
avec notre territoire? Ils essaient de réunir le monde. Ça arrive à Québec.
Il y a même... J'ai même vu un schéma où
est-ce que même les directions régionales avaient tous signé, tout ça, ça
arrive à Québec, ça l'a été refusé. Pourquoi? Parce que c'est... question
d'interprétation. Et il est là, le bogue, actuellement, puis ça, ça pourrait
s'intégrer, mais le problème qu'on a, actuellement, c'est un problème
d'interprétation au central des orientations, parce que, même si, je le répète,
le texte, il y a encore des problèmes... Là, on en a découvert un par rapport
aux chemins de fer, mais là, on l'a réglé. Mais, c'est... Moi, je pense qu'il y
a des choses très intéressantes dedans. Il y a des équilibres qui ont été
élaborés, trouvés, et tout dans les textes, mais on l'interprète pas comme on
devrait... en fait, à notre opinion, à notre avis.
M. Bernard : Bien, c'est un
bon commentaire à ce moment-là, dans qu'est-ce qu'on va faire. Il va falloir
s'assurer que la réglementation soit claire et ne pas laisser place à l'interprétation.
M. Châteauvert
(Pierre) : Il y a des ministères qui travaillent mieux que
d'autres, aussi, en passant.
M. Bernard : Merci.
Le Président (M. Julien) :
Merci. Mme la députée de Laviolette. Vous avez deux minutes.
Mme Tardif : Vous l'avez bien
identifié. Il y a le... la gestion du sous-sol, puis il y a l'aménagement du
territoire, l'encadrement, la planification. C'est l'État qui contrôle le
sous-sol. C'est vous qui êtes responsable des schémas d'aménagement, des consultations.
On veut vous impliquer. On connaît la... le sérieux des autorités municipales.
Vous demandez que la mise en œuvre de la loi, les règlements qui en découlent,
et puis toutes les bases soient basés sur la reconnaissance et le respect des
compétences municipales, soit.
Moi, ce que je vous demande, c'est :
est-ce que vous avez toutes les connaissances? Est-ce que vous avez toutes les
ressources? Est-ce que vous avez besoin de quelque chose additionnelle? Est-ce
qu'il faut qu'on fasse de la cartographie additionnelle pour vous aider au
niveau des ressources humaines, au niveau de l'encadrement, pour encadrer les
décisions, pour que quand les gens vont aller vous voir, vous soyez outillés
pour bien leur répondre ?
Parce que, concrètement, si on adopte notre projet de loi la semaine prochaine,
quelqu'un arrive chez vous, qu'est-ce que ça vous prend? Parce qu'on veut vous
impliquer, là, puis on débarque chez vous... Qu'est-ce que vous avez besoin?
M. St-Pierre (Guy) : Je pense
qu'on a, oui, du personnel pour pouvoir vérifier nos... notre réglementation.
On a, mais... Quelles sont les normes qui arrivent, de distance, etc., à
respecter? Bien, nous, on peut peut-être en avoir qui ne sont peut-être pas les
mêmes qui seront fixées par le ministère, parce que, tout dépendant du produit
ou de la richesse qu'on veut exploiter... Mais en même temps, il y a beaucoup,
beaucoup aussi une question de perception parce qu'on va «driller», excusez le
mot, parce qu'on va «driller», ça va nécessairement être mauvais pour
l'environnement. Donc, il y a ça que nous, on ne connaît pas ces choses-là et
on n'est pas équipé pour ça.
M. Châteauvert
(Pierre) : ...une chose est certain, c'est que les ministères
n'ont pas les ressources pour l'appliquer non plus.
Le Président (M. Julien) :
Merci. Donc maintenant, je vais passer la parole au porte-parole de
l'opposition, le député de Jacques-Cartier. Vous avez 16 minutes 30.
• (16 h 40) •
M. Kelley : Merci, M. le
Président. Merci beaucoup pour votre présentation et votre mémoire et aussi
pour toutes les présentations et mémoires que vous avez faites depuis dix ans.
On va peut-être trouver un bureau pour vous autres à l'Assemblée nationale...
M. Kelley : …faut juste avoir
une place permanente, ici. Mais non, quand même, honnêtement, c'est toujours
très intéressant de vous entendre. Comme ma collègue, qui est responsable des
affaires municipales, Marie-Claude Nichols, la députée de Vaudreuil, dit
souvent qu'on est des partenaires le gouvernement provincial et des
gouvernements municipaux. Alors, il faut garder ça en tête, et c'est important
de vous entendre, mais aussi de vous écouter parce que vous avez des
recommandations pas mal importants. Et, est-ce qu'il y a une compétence que,
selon vous autres, que ce projet de loi ne respecte pas? Parce que vous avez
mentionné ça dans la recommandation numéro deux. Est-ce qu'il y a un élément
que vous dites que cet projet de loi est un empêchement à nos compétences comme
des municipalités.
M. Châteauvert
(Pierre) :Moi, je vous rappelle à numéro
un, mais on n'avait pas beaucoup espoir que la numéro un, allait enlever la
préséance de loi sur les mines, sur l'aménagement du territoire. Ça, c'est une
demande qui date, qui est historique et qui transcende tous les partis, en
fait. Mais on tient quand même à la répéter là. Donc, moi, quand j'ai… comme je
l'ai dit tout à l'heure, on apprécie beaucoup la sensibilité des gens du
ministère, puis le travail qu'on a fait avec eux. Mais on tient à répéter,
parce qu'il y a une ouverture, il y a eu des discussions et tout, puis il y a
même eu des rencontres, puis que... tu sais, mais bon, des échanges. Est-ce
qu'on… là, actuellement, on est en train de refaire les schémas partout à
travers le Québec. On fait des plans de climat. D'ailleurs, Monsieur, à
l'assemblée des MRC, vous avez nommé à peu près tous les sigles et tous les
PRMHH de ce monde… qu'on nous demande. Les gens travaillent… investissent
énormément de temps, d'énergie et de dollars dans la préparation de ces
différents plans-là. Donc, c'est certain que, quand arrive un élément qui peut
avoir un impact sur le territoire, comme ce projet de loi là et ces
activités-là, il faut qu'à quelque part, ça s'inscrive aussi dans cette
démarche-là. Sinon, à quoi ça sert ce qu'on fait? C'est grosso modo le message
en général. Ça ne... Je ne pense pas que… penses pas… ici là travailler pour
rien, ça... et surtout, quand un élu municipal, un conseil de MRC, un conseil …
un conseil municipal mais les citoyens ne sont pas d'accord, ils débarquent…
ils ne débarqueront pas… oui, ils peuvent débarquer dans votre bureau de comté,
mais ils vont surtout aller au conseil municipal ou au conseil de la MRC. On
l'a vu, là, dans Nicolet-Yamaska, ils étaient au-dessus de 250 pendant je ne
sais pas combien d'assemblées de conseil sur l'éolien, puis un peu partout… on
ne parlera pas dans la Mauricie avec tout le projet de TES Canada, etc. C'est
régulier, ça, c'est régulier. Mais, en plus, la différence, c'est souvent… c'est
que les maires, bien, ils voient les gens au dépanneur, ils voient les gens
ici, c'est... on vit dans la même communauté. Puis, quand la communauté est
petite, bien, c'est encore pire. Donc, à quelque part, il faut que ça
s'intègre, il faut que les gens se parlent, il faut que les gens planifient.
Puis je reviens sur le point, là, qu'on a développé, c'est-à-dire la façon que
les promoteurs débarquent. Effectivement, dans le coin de Thetford-Mines, c'est
intéressant ce qui se passe. Les gens ont fait une grosse journée là, puis des
présentations, puis… il s'est fait des affaires, puis là il y a une forme de
mobilisation autour des… du projet qui se fait, c'est intéressant. Bien là,
c'est au début, puis les gens voient que... regarde-donc ça, c'est une bonne
idée puis... mais on en a trop vu là.
M. Kelley : Et merci beaucoup
d'en discuter quand même, dans les échanges avec le ministre sur la question de
l'acceptabilité sociale puis pour tous les projets de développement, on sait
partout au Québec que, des fois, c'est… c'est moins facile. Des fois, des
promoteurs arrivent avec une bonne approche puis une bonne stratégie, et le
projet va de l'avant. Mais, ma question, c'est… un petit plus en lien avec
votre... excusez-moi votre demande de… dérangé par un appel, excusez-moi… mais
d'avoir une meilleure discussion, c'est dans la recommandation trois, ajouter
l'obligation formelle d'obtenir un avis de la… des… la MRC ou la municipalité
sur le schéma de l'aménagement ou de plan urbanisme. Est-ce que ça ajoute aussi
une fardeau comme chaque fois qu'on arrive, il y a un nouveau régime? Puis,
vous autres sont maintenant obligés de comme ajouter des ressources, de bien
travailler avec tout le monde, ou est-ce que vous êtes confiant aussi comme… on
est capable de gérer ça? Puis… et ça c'est en lien, un petit peu, avec les
redevances qui peut-être vient aussi des nouveaux… des nouvelles filières pour
les municipalités, mais c'est juste de s'assurer que, comment on peut vous
aider aussi. C'est nous qui arrive avec une nouvelle filière, puis vous, vous
avez un devoir… envers vos citoyens pour s'assurer que tout marche bien avec le
déploiement de cette nouvelle filière.
M. St-Pierre (Guy) : Mais je
pense que, tu sais, on parlait de l'article 246 qu'on voudrait voir disparaître.
Le problème, c'est tout le temps. Oui, on parle d'acceptabilité sociale, etc.
Nous, comme élus, quand on prépare des règlements, de schémas d'aménagement,
etc...
M. St-Pierre (Guy) : …on
essaie le plus possible de prévoir l'ensemble de… de ce qu'on peut faire pour
l'aménagement du territoire, on parle aussi de sécurité civile, etc., ça fait
aussi partie de nos… nos plans qu'on a à faire. Mais quand arrive une nouvelle…
un nouveau… comment qu'on appelle ça… procédé ressources, etc., on n'a pas les
compétences pour l'analyser, pour en connaître c'est quoi les retombées sur
l'environnement, etc. Mais on va toujours, quand on présente ça aux citoyens…
ce sera toujours la situation la pire qui va être mis de l'avant, pour dire,
peut-être par principe de précaution, il faut dire : Non. On ne sait pas
c'est quoi les distances qu'il faudrait respecter si on installait de la
production d'hydrogène blanc. On ne sait pas c'est quoi, nous, on ne le connaît
pas. Mais on ne sait pas les distances qu'on doit exiger. Donc, il faudrait,
avec le ministère, être en mesure de développer quelque chose que je dirai
«d'intelligent», et en même temps s'assurer que ce qu'on met en place va aussi
rassurer la population. Tu sais, si on dit que, 50 mètres d'une maison, une
éolienne, il n'y a pas de problème, je ne pense pas que ce serait réaliste.
Mais est-ce qu'un kilomètre c'est trop? Est-ce que ce n'est pas assez? On ne
sait pas. Et là, on nous arrive à faire nos schémas et nos règlements et, puis
là, bon, on essaie de présenter de quoi qui a de l'allure. Nicolet se sont fait
revirer de bord sur leur première… la première version qu'ils avaient
présentée. Ils sont revenus parce que ça l'interdisait un peu les éoliennes.
Comme on n'a pas le droit d'interdire, mais on a le droit de baliser. Mais
comment on balise? On balise avec ce qu'on a dans la littérature et dans ce
qu'on a aussi comme réflexion qu'on est capable de faire aussi.
M. Kelley : Exactement, et on
a eu une bonne discussion ce matin avec l'UPA sur… un peu sur ce même fait.
C'est comme les agriculteurs qu'il y a un promoteur qui arrive pour faire un
puits, pour faire un forage. Mais c'est quoi la conséquence dans 10 ans, si
jamais il décide d'exploiter l'hydrogène blanc? Il faut fermer ça, tout ça, alors,
il y a plein de questions et je pense que c'est pourquoi, oui, un encadrement
est nécessaire. Il faut à un certain moment avoir un encadrement. Mais en même
temps, c'est comme on a beaucoup plus des questions que des réponses. Et quand
même sur l'utilisation de l'eau, on peut en parler… à poser des questions à des
développeurs, les promoteurs, les entreprises qui sont dans l'industrie, il
dit… il n'y a pas des enjeux, mais on ne sait pas encore, non plus, parce qu'on
a eu des experts qui a dit : Ça prend de l'eau quand même. Alors est-ce
que ça, c'est quelque chose qui est une préoccupation sur le côté
environnemental, les approvisionnements d'eau, ou est-ce que vous n'avez
vraiment pas rendu là dans votre réflexion?
M. St-Pierre (Guy) : … de
façon globale, oui, l'eau c'est… l'eau, c'est important. Les distances de bon
voisinage, c'est important. La circulation, c'est important. Et on arrive et on
ne connaît pas au départ les retombées d'un projet. Et est-ce que le ministère
arrivera un moment donné, puis nous donnera l'autorisation? Oui, allez-y? Et
que ce sera peut-être pour certains trop proche? Trop… trop dérangeant dans le
quotidien des gens? Il faut dire aussi que les gens sont de plus en plus
sensibles aussi à leur qualité de vie. Je donnerai juste un exemple qui n'est
absolument pas dans le… dans le domaine des ressources naturelles. Il y a la
ville, il y a une ville qui a… qui a eu une consultation pour une dérogation
mineure pour installer une cantine, et ça a été… la période de questions a duré
à peu près deux heures à la municipalité, avec des opposants intenses. Donc, on
imagine qu'un projet de la sorte va aussi poser des questions.
M. Kelley : Excellent, merci.
Et juste un dernier point, je vais passer la parole à ma collègue, mais c'est
un peu… un petit peu avec les «claims» miniers, puis les forages qui sont faits
sur certains territoires, quand même, des… des promoteurs ou des gens qui sont
en train de faire les puits, là, pour voir c'est quoi, le potentiel. Eux autres
ne respectent pas les lois non plus, alors, je pense, quand on a des guides
qu'eux autres comprennent aussi comment ça marche ici, au Québec, là, ça aide
aussi beaucoup pour protéger si c'est nos agriculteurs ou quand même des gens
qui ont un terrain privé. Alors, merci beaucoup pour votre intervention. Je
vais laisser la parole à ma collègue de Notre-Dame-de-Grâce.
Le Président (M. Julien) : Oui,
pour 6 min 30 s.
• (16 h 50) •
Mme McGraw : Merci, M. le
Président. Merci, à mon tour, je vous remercie de votre présentation, de votre
présence ici, en commission. Donc, juste pour enchaîner…
Mme McGraw : ...vous... Je
pense que vous êtes le dernier groupe, effectivement, en consultation. Je pense
que tous les groupes qui se sont présentés, il n'y a personne qui a parlé
contre l'idée de bien encadrer, d'avoir un cadre législatif, éventuellement un
cadre réglementaire, pour, justement, cette nouvelle filière. Par contre, on a
soulevé des préoccupations pour bonifier un projet de loi. Dans votre cas, vous
dites : en conclusion, on invite le gouvernement à éviter la précipitation
et de... à s'assurer de déterminer les meilleures conditions pour que le
développement de cette filière énergétique soit respectueux des orientations en
matière d'aménagement et du... du développement du territoire.
Mais la réalité, c'est qu'on est dans une
situation précipitée parce que le projet de loi a été déposé en février et,
quatre mois plus tard, ça a été appelé. Et on a quelques jours avant la fin
de... pas juste la session parlementaire, mais de cette législature. Donc,
est-ce que vous avez des recommandations très précises? Par manque de temps...
Donc, effectivement, la pression est sur le gouvernement de regarder tous ces
amendements-là bien réfléchis. Si, par je ne sais pas quel processus, les
amendements, les suggestions sont acceptés, vous êtes en faveur de... du projet
de loi? Là, juste comprendre avec, en réalité, de façon très pratico-pratique,
avec le temps qui nous reste.
M. Châteauvert
(Pierre) : Moi, Mme la députée, merci pour votre question. En
fait, j'aimerais répéter que nous, on a... On apprécie beaucoup la sensibilité
des gens du ministère avec qui on a tenu des réunions puis qui ont mené à ce
processus-là. Donc, pour la suite des choses, là-dessus, on est rassurés, tu
sais, sur la possibilité de discuter, mais les gens du ministère, ce n'est pas
eux autres qui décident, et tout ça. Puis c'est le processus... et on tient, à
chaque étape, répéter nos principes par rapport à ça. Et on est... Ça a été dit,
on l'a dit, ça prend un encadrement, et c'est... il faut faire quelque chose.
Il y a des projets actuellement sur le territoire, puis il y a peut-être une
forme de... ou peut-être procéder quelque chose par rapport à tout ça. Puis
c'est des gens, des gens beaucoup des... On en a discuté au conseil
d'administration et puis on a soulevé les cas, justement, dans le coin de
Thetford Mines, de la MRC des Appalaches, où est-ce que les gens le réclament,
et tout ça... quelque chose.
Nous, on n'est jamais fermé à des
initiatives. C'est la façon d'arriver à une initiative. L'éolien, les... il y a
des MRC, il y a du monde, c'est qui sont maintenant partenaires des projets
pour qu'ils se réalisent, puis c'est rendu que c'est des retombées économiques
vraiment extraordinaires et ça assure pas juste le développement local et tout
ça, puis la capacité du Québec de produire de l'électricité. L'éolien, c'est
rendu quelque chose de majeur, mais aussi des retombées, même pour les
municipalités. Donc, nous, on n'est pas fermé à rien. Nous, ce qu'on veut, ce
qu'on répète, c'est qu'il faut que... Bon, là, la loi, OK, d'accord. Et après,
il faut y aller de façon ordonnée. Parce qu'en bout de ligne, lorsqu'il y a des
promoteurs qui vont débarquer, c'est ça. Le défi, il est là, il est là pour
arriver avec des projets, pour bien travailler avec les communautés, pour pas
créer des problèmes liés à l'acceptabilité sociale et tout, puis des
problèmes...
La sécurité, on en a parlé tantôt.
L'hydrogène blanc, on ne connaît pas ça, personne, nous autres. Nous, on ne
connaît pas ça, puis il n'y a pas... Je ne pense pas qu'il y ait grand monde
qui connaît ça, vraiment, au Québec, là. Mais qu'est-ce que ça veut dire au
niveau de sécurité? Les municipalités sont responsables de la sécurité civile.
Quels sont les impacts? S'il arrive quelque chose, qui paye? Ça ne sera pas les
municipalités qui doivent payer. C'est toutes des questions qui doivent être
abordées. On comprend que ça serait... que ce n'est pas dans le cadre d'un
projet de loi qu'on règle ces questions-là, puis ça sera plus tard, mais il
faut qu'elles soient abordées, puis c'est que... c'est ça qu'on a tenu à
répéter pour la suite des choses. Comme à date... mais il va falloir
vraiment... En fait, les discussions sont loin d'être terminées. Ça, c'est
clair.
M. St-Pierre (Guy) :
...Pierre vient de dire, on veut s'assurer que le monde municipal ne sera pas
tassé. Tu sais, nous, ce qu'on veut, là, c'est d'être présent parce que c'est
nous qui répondons aux citoyens en premier lieu quand arrive des situations où
des promoteurs débarquent et font le... comme si aucun... aucune loi ou
règlement existait. C'est ça qu'on ne veut plus vivre et qu'on... qu'on ne veut
pas, mais qu'on ne veut plus vivre non plus en tant que municipalité, parce que
ça crée... Ça crée des conflits. Ça crée des problématiques. Quand on voit des
maires qui démissionnent à cause de ça, à cause de ce qui se passe dans leur
conseil municipal. Bon, je veux... Sans vouloir attirer la pitié, je veux qu'on
nous prenne en considération parce qu'on n'est pas, on n'est pas nécessairement
dans le champ quand on parle.
Mme McGraw : C'est tout...
Écoutez, c'est tout à fait légitime, et je pense qu'on est d'accord pour dire
que c'est...
Mme McGraw : ...c'est...
c'est essentiel que vous soyez consultés, impliqués dès le début, en amont,
etc. Donc, il n'y a pas d'enjeu, mais on... on comprend qu'on est dans une
situation... pratico-pratique. Il nous reste quelques jours parce que le projet
loi, important pour... Tout le monde est d'accord pour dire qu'il faut
encadrer, il nous reste à peine quelques jours pour faire ce travail très
important. Peut-être, en conclusion, il me reste, je ne sais pas, 30...
Le Président (M. Julien) :
...secondes.
Mme McGraw : ... Bon, voilà.
M. St-Pierre (Guy) : Je
peux juste rajouter.
Mme McGraw : Oui.
M. St-Pierre (Guy) :
Peut-être que, moi, j'accepterais la présence d'un bureau ici, on serait plus
proche pour vous dire, bien, comment... comment faire. Comment faire et
qu'est-ce qu'on pourrait...
Le Président (M. Julien) : Faites
attention, pour... faites attention, on pourrait dire oui.
M. St-Pierre (Guy) : On
serait plus proches, on serait plus proches, on pourrait communiquer plus facilement
et ça peut être dans la plateforme électorale, je ne sais pas trop, qui s'en
vient.
Le Président (M. Julien) : Alors,
je vous remercie. Je vous remercie, M. Châteauvert, M. St-Pierre, là,
pour votre contribution à la commission. Comme ancien... élu municipal, je...
j'entends très bien ce que vous dites, les... enjeux que vous nommez, je pense
qu'on va le considérer de manière adéquate dans... dans le projet de loi qu'on
a devant nous. Alors, avant de terminer, je dépose les mémoires des personnes
et organismes qui n'ont pas été entendus lors des auditions publiques.
Merci encore de votre participation et,
ayant accompli son mandat, la commission ajourne ses travaux sine die.
(Fin de la séance à 16 h 57)