Journal des débats (Hansard) of the Committee on Planning and the Public Domain
Version préliminaire
43rd Legislature, 1st Session
(November 29, 2022 au September 10, 2025)
Cette version du Journal des débats est une version préliminaire : elle peut donc contenir des erreurs. La version définitive du Journal, en texte continu avec table des matières, est publiée dans un délai moyen de 2 ans suivant la date de la séance.
Pour en savoir plus sur le Journal des débats et ses différentes versions
Wednesday, March 20, 2024
-
Vol. 47 N° 45
Special consultations and public hearings on Bill 50, an Act to enact the Act respecting civil protection to promote disaster resilience and to amend various provisions relating in particular to emergency communication centres and to forest fire protection
Aller directement au contenu du Journal des débats
Intervenants par tranches d'heure
-
-
Schneeberger, Sébastien
-
Bonnardel, François
-
-
Bonnardel, François
-
Schneeberger, Sébastien
-
Girard, Eric
-
Dufour, Virginie
-
Labrie, Christine
-
-
Schneeberger, Sébastien
-
Bonnardel, François
-
Jeannotte, Chantale
-
Dufour, Virginie
-
-
Dufour, Virginie
-
Schneeberger, Sébastien
-
Labrie, Christine
-
-
-
Schneeberger, Sébastien
-
Bonnardel, François
-
Maccarone, Jennifer
-
-
Maccarone, Jennifer
-
Schneeberger, Sébastien
-
Labrie, Christine
-
Bonnardel, François
-
Jeannotte, Chantale
-
-
Jeannotte, Chantale
-
Schneeberger, Sébastien
-
Maccarone, Jennifer
-
Labrie, Christine
11 h (version révisée)
(Onze heures quinze minutes)
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
à l'ordre, tout le monde! Bienvenue à tous. Bienvenue à la Commission de l'aménagement
du territoire. Je vous demanderais juste de vérifier vos sonneries et
téléphones cellulaires pour les sonnettes.
Alors, la commission est réunie ce matin
afin de poursuivre les consultations particulières et auditions publiques sur
le projet de loi n° 50, Loi édictant la Loi sur la sécurité civile visant
à favoriser la résilience aux sinistres et modifiant diverses dispositions
relatives notamment aux centres de communications d'urgence et à la protection
contre les incendies de forêt.
Est-ce que nous avons des remplaçants ce
matin, Mme la secrétaire?
La Secrétaire : Oui, M. le
Président. M. Ciccone (Marquette) est remplacé par Mme Dufour
(Mille-Îles); Mme Setlakwe (Mont-Royal—Outremont), par Mme Maccarone
(Westmount—Saint-Louis); et M. Fontecilla (Laurier-Dorion), par Mme Labrie
(Sherbrooke).
Le Président (M. Schneeberger) : Oui.
Merci beaucoup. Alors, nous recevons deux groupes ce matin, et le premier, c'est
deux personnes... deux chercheurs. Alors, il y a M. Yan Boulanger et M.
Jonathan Boucher. Alors, bonjour à vous deux. Alors, vous avez un 10 minutes
pour présenter votre mémoire. Mais, en même temps, dans un premier temps, je
vous demanderais de vous présenter, avec vos titres, pour qu'on vous
reconnaisse chacun, et puis d'y aller avec votre présentation.
M. Boulanger (Yan) : Bien,
merci beaucoup. Bonjour à toutes et à tous. Permettez-moi de me présenter. Donc,
Yan Boulanger. Je suis chercheur en écologie forestière à Ressources naturelles
Canada, au Service canadien des forêts. Je suis accompagné de mon collègue
Jonathan Boucher, qui est aussi chercheur sur les feux de végétation, aussi à
Ressources naturelles Canada, au Service canadien des forêts.
Donc, M. le ministre de la Sécurité
publique, M. le Président de la commission et mesdames, messieurs membres de la
commission sur l'aménagement du territoire, on aimerait d'abord vous remercier
chaleureusement de nous avoir permis d'analyser le projet de loi n° 50 d'un
point de vue scientifique, puisqu'il est vraiment question ici de... du point
de vue scientifique qu'on va aborder ici.
Donc, dans notre mémoire, nous présentons 15 considérations.
Ces considérations visent à mettre le projet de loi n° 50 dans le contexte
scientifique relatif aux incendies de végétation. Ces considérations sont
classées en thèmes variés concernant à la fois l'inclusion des changements
climatiques, le cadre d'évaluation du risque ou la mise en place de mesures d'atténuation
du risque. Certaines portent sur des éléments pertinents déjà présents dans le projet
de loi n° 50, alors que d'autres soulignent des éléments qui mériteraient
à être davantage étayés ou considérés. Donc, durant cette brève présentation,
nous discuterons des éléments qui nous semblent plus importants et nous aurons
du temps pour élaborer lors de la période de questions.
Donc, les changements climatiques ont déjà
et vont avoir un impact sur les feux de végétation. Au Québec comme au Canada,
on observe un allongement de la saison de feux au printemps et en automne, une
fréquence plus importante des conditions météorologiques favorables aux feux et
une augmentation de la sévérité de ces conditions. Ceci est essentiellement le
résultat de l'augmentation des températures et des conditions de sécheresse,
puis les tendances dans ces deux paramètres sont amenées à s'accélérer.
Déjà, au Canada, on observe une
augmentation de la taille des grands feux, une augmentation des feux de cause
naturelle et aussi des superficies brûlées. On parle du double des superficies
brûlées de celles observées à la fin des années 50. Ceci fait en sorte que
les coûts de suppression augmentent. Les évacuations et le nombre d'évacués
augmentent aussi. La saison des feux de 2023 en est un bel exemple puisque nous
avons démontré que les conditions météo ayant favorisé les feux de 2023 sont au
moins deux fois plus probables en raison des changements climatiques. Puis il s'agit
d'estimations qui sont excessivement conservatrices. D'ici la fin du siècle, on
pourrait observer une augmentation des superficies brûlées entre deux et cinq
fois par rapport à celles des 30 dernières années, ce qui exposerait
davantage des communautés et des infrastructures à des probabilités de feux
plus élevées. La charge de travail des pompiers forestiers sera aussi augmentée,
et les altérations des écosystèmes seront conséquentes à ces augmentations. Par
conséquent, l'inclusion de l'importance des changements climatiques dans le
projet de loi nous apparaît excessivement importante et pertinente.
Je passe la parole à Jonathan.
M. Boucher (Jonathan) : Bonjour.
Il est évident de maintenir... qu'il est important de maintenir, voire
augmenter la capacité de l'organisme de charge... en charge de la protection
des incendies de végétation. Ça transparaît, évidemment, dans les
investissements récents qui ont été faits. Cela devra être en adéquation,
évidemment, avec le besoin actuel et le besoin futur, comme vient de nous le
mentionner Yan. Ceci doit, par contre, être... ne doit, par contre, pas être
fait au détriment de la gestion globale du risque visant à avoir des paysages
et des communautés plus adaptés et résilients aux incendies de végétation, ce
qui nous semble être bien considéré dans le projet de loi, mais pour lequel
nous tenions à soulever l'importance ici.
Bien que la définition du risque dans le
projet de loi est en accord avec celle que nous proposons dans le cadre d'évaluation
du risque présenté dans notre mémoire, elle utilise une terminologie légèrement
différente. Par exemple, on parle de conséquences
plutôt qu'impacts. Et, bien qu'elle <intègre...
M. Boucher (Jonathan) :
...on
parle de conséquences plutôt qu'impacts. Et, bien qu'elle >intègre la
probabilité d'occurrence, elle n'intègre pas la notion de magnitude de l'aléa.
L'utilisation d'une terminologie... d'une même terminologie dans la définition
du risque pourrait faciliter l'intégration et l'utilisation de la science et
des produits faits à l'échelle pancanadienne, mais aussi une meilleure
intégration dans un contexte multialéas.
Nous tenions aussi à saluer le fait qu'un
processus consultatif soit aussi présent dans le projet de loi. Mis à part le
modèle de réponse aux structures de type résidentiel au feu que nous avons
développé dans nos équipes de recherche, il n'existe actuellement pas ou que
très peu de données et modèles permettant d'évaluer la susceptibilité, rendant
ainsi difficile la production d'évaluations de risque exhaustives. Il existe
donc un besoin de développer une meilleure compréhension scientifique des
susceptibilités, tant physiques que socioéconomiques, des diverses valeurs sur
le territoire du Québec, et ça passe, évidemment, par un besoin de données. Je
vais y revenir à la prochaine diapositive.
• (11 h 20) •
Un autre élément de considération est le
concept de réévaluation des risques à chaque fois que les objectifs de
l'évaluation des risques changent ou lorsqu'un changement significatif se
produit dans le paysage ou dans les vulnérabilités. Ceci semble actuellement
absent du projet de loi.
Pour ce qui... Ici, dans le fond, ce qu'on
vous présente, c'est, à mon avis, l'un des points les plus importants de notre
présentation. En effet, actuellement, il n'y a pas de base de données
géospatiale exhaustive pour tous ces éléments, que ce soient pour les biens
pouvant être la source de sinistres, des ressources et actifs à protéger sur le
territoire. Ainsi, une base de données sur les impacts servirait au
développement de connaissances scientifiques sur les susceptibilités qui
pourraient être supportées par des données probantes. La SOPFEU fait déjà un
excellent travail de suivi des feux et de leurs activités de suppression, mais
il serait important de faire une base de données sur les mesures d'atténuation
afin de faire un suivi sur leurs emplacements et leurs coûts pour mieux suivre
leur efficacité dans le temps et puis pouvoir faire des analyses coût-bénéfice
sur les différentes mesures d'atténuation.
Nous saluons le fait que plusieurs
articles du projet de loi portent spécifiquement sur l'importance de
l'évaluation des risques, notamment dans le contexte des incendies de
végétation. Il n'est toutefois pas apparent qu'une cartographie cohérente du
risque à grande échelle spatiale, notamment à l'échelle de... à l'échelle
provinciale, est une considération dans le projet de loi. Cela permettrait une
meilleure compréhension géographique du risque et une meilleure intégration des
mesures d'atténuation à l'échelle du paysage et dans le temps, avec les
changements climatiques.
De plus, étant donné l'obligation des
municipalités régionales à mettre en branle une démarche de gestion du risque,
cela créera une demande accrue pour une expertise peu présente dans la
province, voire au pays. Il sera important de maintenir et promouvoir le
développement de l'expertise en gestion et analyse de risques reliée aux
incendies de végétation au Québec, voire même à développer un curriculum de
formation adapté.
Pour une meilleure résilience et
protection des valeurs à risque, il faudra mettre en place des mesures d'atténuation
proactives autour des communautés et infrastructures vulnérables aux feux, afin
d'éviter ce qui a été vu cet été, où 45 à 70 kilomètres de coupe-feux ont été
créés de manière réactive, utilisant ainsi des ressources ayant pu travailler
aux opérations de suppression. Il existe, bien sûr, le programme Intelli-feu,
mais il faudra aussi avoir une planification qui intègre d'autres techniques de
réduction du combustible à l'échelle du paysage. Et nous travaillons d'ailleurs
à développer des méthodes utilisant l'optimisation, afin de mieux identifier
l'emplacement de telles mesures d'atténuation, afin, par exemple, de réduire le
risque de propagation des feux vers des infrastructures critiques.
Finalement, sur cette image, on voit... c'est
une image qui a été captée lors de l'évacuation de Fort McMurray en 2016. On
voit ce qu'il faut absolument éviter ici, chez nous ou ailleurs, c'est-à-dire
une évacuation en urgence, avec l'arrivée du feu, créant de la congestion. Il
est à noter que, lors de cette évacuation, deux personnes ont perdu la vie. Il
est d'intérêt de se doter d'outils pour soutenir la prise de décision, pour
assurer une évacuation sécuritaire et efficace, et d'assurer une communication
et une préparation adéquates de la part de la population. Les seuls endroits,
dans le projet de loi, où l'on fait... où l'on parle formellement d'évacuation
sont aux articles 23 et 57, où les évacuations ne sont considérées que
comme une action de dernier recours. On ne retrouve pas d'autres indications
quant à la planification des évacuations dans un cadre stratégique, de manière
intégrée à la gestion du risque, ce qui nous semble un point important à
considérer. Et, à titre d'exemple, cette seconde figure présente un outil
développé au sein de notre équipe qui permet d'évaluer le temps d'évacuation
par la route, selon divers scénarios.
Je te donne la parole.
M. Boulanger (Yan) : Donc, la
gestion du risque ne doit pas se faire en silo. Elle implique la <participation...
M. Boulanger (Yan) :
...la
gestion du risque ne doit pas se faire en silo. Elle implique la >participation
de plusieurs parties prenantes qui œuvrent à des échelles différentes. De plus,
un risque ne vient pratiquement jamais seul. Plusieurs risques se cumulent ou
interagissent entre eux. Par exemple, les feux peuvent affecter l'hydrologie
des bassins versants ou peuvent encore affecter les risques de glissement de
terrain. Par conséquent, il est important d'avoir une gestion intégrée de ces
risques. L'adoption d'une zonation appropriée, qui concerne tous les aléas
naturels, serait d'ailleurs à privilégier. Des éléments dans le projet de loi
laissent présager une concertation des parties prenantes lors de la gestion des
risques, ce qui est, effectivement, très souhaitable. Toutefois, il n'est pas
mentionné explicitement, dans le projet de loi n° 50, que cette
concertation devra s'inscrire dans une démarche de gestion intégrée des
risques.
Eh bien, évidemment, en tant que
chercheurs, nous sommes très sensibles au développement continu des connaissances,
notamment celles qui se rapportent aux risques de feux de végétation. Le
Service canadien des forêts est un leader dans la recherche sur les feux de
végétation et a participé à l'élaboration de plusieurs outils visant à informer
la gestion des feux de végétation. On peut penser, entre autres, à la recherche
sur les impacts des changements climatiques sur les feux et leurs répercussions
sur les communautés et infrastructures ou encore le développement de la méthode
canadienne d'évaluation des dangers d'incendies de forêt, qui est présentement
en révision d'ailleurs.
Nous sommes... Nous sommes nous-mêmes
impliqués dans différents projets de recherche qui pourraient fortement
informer la mise en place d'une gestion intégrée des risques naturels au Québec
en lien avec le projet de loi n° 50. Nous souhaitons continuer de nous
impliquer afin d'améliorer la gestion des risques naturels au Québec.
Et, là-dessus, nous réitérons nos
remerciements envers la commission pour cette invitation. Nous sommes maintenant
disposés à répondre à vos questions.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup. Alors, vous êtes pile à l'heure, là, il restait quatre secondes, oui,
vous avez fait vos devoirs. Alors, merci pour votre présentation. Alors, on a
une période d'échange avec le ministre, pour 16 min 30 s. Alors,
allez-y.
M. Bonnardel : Merci, M. le
Président. Pour moi, vous avez bien répété votre discours, c'est bien fait. Ma
salutation à mes collègues de l'opposition, en premier lieu, mes collègues
ministériels. Merci, messieurs, pour votre présentation, c'est très
enrichissant.
J'ai le goût de commencer à vous demander
un peu la situation canadienne dans son ensemble. Vous êtes à Ressources
naturelles Canada. L'année passée, vous le savez, là, saison historique un peu
partout sur le territoire canadien. Puis la situation qu'on a vécue avant 2023,
c'était toujours... ce qu'on me disait : François, ça brûle à l'est, ça ne
brûle pas à l'ouest, vice versa. Et là, bien, on s'est... on a été pris dans un
contexte où ça brûlait partout sur le territoire canadien dans son... dans son
ensemble, et c'est là le partage des forces des combattants, qui était
extrêmement difficile, parce que tu avais beau appeler dans l'Ouest... Oubliez
ça, on est pris avec nos feux. Même chose de notre côté.
Est-ce que, selon vous, la tendance va
nous amener à vivre ça encore dans les prochaines années? Est-ce que c'est une
tendance... J'ose poser la question : El Niño, sur une courte période de
temps, est-ce qu'on va revenir à une certaine normalité entre l'Est et l'Ouest
ou, selon vous, c'est une tendance canadienne qui... selon les modèles que...
de changements qu'on voit, là, qu'on risque de voir se répéter dans les
prochaines... dans les prochaines années? Première question, là, sur la
situation comme telle, là.
M. Boulanger (Yan) : Bien,
il faut comprendre que, d'année en année, il y a extrêmement... il y a beaucoup
de variabilité entre l'activité des feux, que ce soit régionalement ou même à
l'échelle... à l'échelle du pays. Mais, évidemment, l'activité des feux est
fortement influencée par des variables météorologiques, qui sont assez
pertinentes, comme... comme les températures, comme les précipitations, comme
la vitesse des vents. Évidemment, si cette... ces conditions-là sont amenées à
changer... Elles changent d'ailleurs déjà. On a plusieurs études qui
démontrent, justement, que l'augmentation des températures est quand même très importante.
Elle est d'ailleurs plus importante au Canada que dans le... dans le reste du
monde, puisqu'on est, justement, à des latitudes plus nordiques, où le
réchauffement se fait plus rapidement. On a remarqué que la saison des feux
s'allonge. C'est le cas au Québec, c'est le cas aussi ailleurs dans... au
Canada. Et les conditions qui... de danger de feux, dans le fond, qui est
mesuré par l'Indice Forêt-Météo, sont de plus en plus fréquentes et de plus en
plus... de plus en plus sévères, et ça, encore une fois, ce n'est pas
nécessairement seulement qu'au Québec ou encore au Canada. L'augmentation
peut... se fait à l'intérieur du pays.
C'est sûr que l'année passée était, comme
vous l'avez mentionné, particulièrement exceptionnelle, où l'activité des feux
a été, premièrement, spatialement extensive, donc d'un océan à l'autre, à
l'autre aussi. Donc, ça a été... On a eu des conditions aussi qui ont été très
sévères et surtout très persistantes dans le temps. Donc, ce n'était pas
seulement qu'une seule région, pas seulement qu'une seule partie de l'année
aussi qui a été soumise à des feux très sévères, c'est... en fait, on a eu une
saison très sévère du mois d'avril au mois de... au mois de septembre, octobre
même, dans certains cas. Donc, c'est vraiment une activité qui est
particulièrement importante.
Nos études démontrent que, justement, avec
les changements climatiques, la probabilité d'observer des conditions comme
celles qu'on a connues l'année passée sont de plus en plus... sont de plus en
plus grandes. Ça ne veut pas dire qu'avant il n'y en avait pas, c'est juste
que, présentement, elles sont beaucoup plus possibles. Et, justement, dans
le... dans le futur, selon les différents scénarios climatiques, on devrait
s'attendre à ce que cette <probabilité...
M. Boulanger (Yan) :
...selon
les différents scénarios climatiques, on devrait s'attendre à ce que cette >probabilité
d'observer des... une situation comme ça se représente. Évidemment, ça ne veut
pas dire qu'elle va se représenter à chaque année, mais, au moins, les
conditions ont beaucoup plus de probabilités de se... de se produire dans les
prochaines années, les prochaines décennies.
M. Bonnardel : Est-ce que les
particularités du territoire québécois, de sa forêt, de sa matière ligneuse, si
on se compare un peu plus à l'ouest versus nous... est-ce qu'on peut considérer
qu'on va être plus affectés ou on est de même... Si on analyse l'Ouest et...
nécessairement, et nous, comme tels, et même peut-être les provinces qui sont
proches de nous, Nouveau-Brunswick, Nouvelle-Écosse, là, est-ce que le Québec
va être plus touché encore que l'Ouest ou on est au même... on serait au même
niveau, là, dû aux concentrations de matière ligneuse qu'on peut retrouver un
peu partout, plus au nord, en tout cas, là?
• (11 h 30) •
M. Boulanger (Yan) : Bien, je
vous dirais que ça dépend à la fois... En fait, pour expliquer le... ce qu'on
appelle le... Ce que vous décrivez, en fait, c'est le régime de feu d'un pays...
à l'intérieur du pays. Ça dépend à la fois, effectivement, de la végétation qui
va être présente sur le territoire, mais aussi des conditions climatiques qui
vont favoriser ou pas le développement puis la propagation des incendies. Au
Canada, d'ailleurs au Québec, on peut régionaliser ce régime de feu là en des
régions qui sont plus actives, d'autres qui sont moins actives. L'ouest du
Canada, effectivement, est particulièrement actif, notamment dans le nord des
provinces des Prairies, le centre de la Colombie-Britannique, les Territoires
du Nord-Ouest.
Au Québec en particulier, évidemment, il y
a des feux qui peuvent se produire un peu partout en province, mais il y a des
régions qui sont plus susceptibles d'en observer que d'autres, notamment le nord-ouest.
Évidemment, où ça a brûlé l'année passée, c'est... ce sont, en fait, des
régions qui sont déjà soumises à des feux qui sont quand même relativement
fréquents, des grands feux, et des feux qui sont aussi amenés à se... à se
développer aussi dans le futur.
Ceci dit, ce n'est pas parce qu'on est
dans une région où le... l'exposition... où le... les feux sont très fréquents
qu'il ne peut pas y arriver, justement, des feux dans des régions plus... où le...
où le feu est moins... est moins fréquent. Puis je vous rappellerais, entre
autres, dans cette situation-là... Je reviens toujours avec l'exemple du feu
de... qui a eu... qui a eu lieu dans la banlieue d'Halifax l'année passée, donc
le feu de Tantallon. Ce feu-là est survenu, évidemment, en Nouvelle-Écosse. La
Nouvelle-Écosse, ce n'est vraiment pas un endroit qui... où on s'attend à avoir
beaucoup de feux, mais, lorsque les conditions se présentent, lorsque les
combustibles sont présents, on peut se retrouver, potentiellement, avec des
situations, là, où les impacts peuvent être très, très, très élevés.
M. Bonnardel : Comment
vous... Je ne sais pas si vous avez vu l'article dans La Presse ce
week-end. Il y avait un chercheur, un scientifique, là, qui parlait de la forêt
de demain, là, puis les conditions, bon, de notre forêt, de notre matière
ligneuse, puis de revoir un peu nos façons de faire avec les travaux
sylvicoles. Avez-vous étudié un peu aussi? La forêt de demain, elle doit
ressembler à quoi pour qu'elle soit moins... Vous l'avez dit, là, combustible,
c'est... c'est la matière qui brûle plus rapidement. Comment vous voyez la
forêt de demain, là? J'ai un peu la réponse, j'imagine, là, mais je veux quand
même vous entendre, là.
M. Boucher (Jonathan) : Bien,
comme Yan l'a mentionné, on travaille présentement à la prochaine génération de
la méthode canadienne, puis cette nouvelle génération là de la méthode va nous
permettre de plus jouer avec la structure de la forêt, la structure du
combustible, puis de mieux comprendre le comportement d'incendie qui est relié.
Ça fait qu'on est en train d'avancer à ce niveau-là.
Ce qui est... Ce qui est connu, par
exemple, c'est, évidemment, moins il y a de combustible, moins l'intensité dégagée
va être élevée. Plus il y a de feuillus, bien, moins les feux de cime vont être
présents, parce que les feux... les feux de cime, dans le feuillu, on n'en
observe pas. Lorsque les feuillus brûlent, c'est parce qu'il y a une forte
concentration de résineux en proximité, évidemment. Donc, ça, c'est des choses
qu'on sait.
Maintenant, il y a des... La coupe
forestière, par exemple, lorsqu'elle a lieu, laisse des débris au sol, qui sont
exposés au vent, qui sont exposés à la radiation solaire, donc qui créent une
charge combustible au sol qui peut être élevée, dans certains cas très élevée,
et mener à des intensités de feu qui sont élevées, ce qui... par exemple, en
parallèle, si on compare ça à une perturbation naturelle qui est le feu, bien,
le feu va, lui, brûler cette matière-là qui est au sol, ce combustible-là au
sol. Donc, par rapport à la foresterie, le feu vient réduire le risque de feu
peut-être un petit peu plus grand que la coupe forestière. Ça fait qu'il y a
des... si on veut, il y a des pour et des contre, là. La coupe forestière vient
réduire la charge de combustible de la cime, évidemment, mais elle peut faire
en sorte qu'un feu de surface se propage à très grande intensité, qui peut être
difficile à combattre, quand même.
M. Boulanger (Yan) : Puis je
rajouterais certaines choses par rapport à ça aussi. C'est que ce que... ce que
proposait notre collègue, justement, c'est... c'est de faire en sorte de rendre
la forêt moins... moins inflammable, dans le fond, ou, du moins, de profiter
des changements climatiques pour instaurer des pratiques forestières qui
seraient... qui atténueraient le risque autour des communautés, ou des
infrastructures, ou des valeurs à risque. Donc, ce qu'il faut comprendre, ça, c'est...
ce sont des mesures qui sont très proactives, dans le fond. Par contre, elles
peuvent... évidemment, elles nécessitent des coûts pour pouvoir les faire...
11 h 30 (version révisée)
M. Boulanger (Yan) : ...elles
nécessitent des coûts pour pouvoir les faire, elles nécessitent aussi de le...
en fait, on n'a pas la capacité opérationnelle aussi, je vous dirais, pour
faire en sorte que la forêt, du jour au lendemain, soit transformée en une
forêt qui serait beaucoup moins inflammable, ce serait... ce ne serait même pas
possible à plusieurs endroits, ne serait-ce qu'en raison des qualités du sol,
ou quoi que ce soit; les feuillus ne peuvent pas pousser. Et même, évidemment,
d'un point de vue écologique, ce serait... ce ne serait pas souhaitable non
plus.
Donc, le fait de changer les... la
composition forestière, notamment dans un contexte de changements climatiques,
autour des... Bien, en fait, ça devrait essentiellement se concentrer autour
des infrastructures, autour des communautés, par exemple. On pourrait profiter
justement de cette occasion-là, là, pour changer la composition, comme le
mentionnait mon collègue.
M. Bonnardel : J'étais... j'étais
à Ottawa, je le disais hier, la semaine passée, je le disais hier, mais voilà
quelques semaines à Ottawa avec mes collègues de la Sécurité civile, je pense, même
un de vos collègues de Ressources naturelles était... était présent, nous a
fait un exposé un peu... un peu similaire. Puis je le dis bien, bien
humblement, je pense que le Québec tire bien son épingle du jeu en termes de
combattants, en termes de forces de sécurité civile, je pense, vous l'avez vu
aussi, la réserve qu'on veut créer qui va donner... qui va nous donner des
outils additionnels pour répondre aux catastrophes naturelles, que ce soit feux,
ou autres.
Puis j'ai le goût de vous demander... j'ai
le goût de vous demander : Qu'est-ce que vous auriez... Puis je voyais l'image
tantôt, là, de l'évacuation de Fort McMurray. Vous savez, l'année passée,
pendant ces deux mois intenses, très intenses de mai, juin jusqu'en début
juillet, quand on a évacué, ça, je le disais à mon sous-ministre, quand on a
évacué Chibougamau, c'était justement ça qui me... qui me faisait peur. Quand on
me disait : François, tel feu numéro x vient de gagner 15 kilomètres
en quelques heures, vous le savez, là, tu fais : OK, attends une seconde,
là, il faut... il faut réagir rapidement. Puis, bon, on a bien... on a bien
agi, mais on n'est pas à l'abri, tu sais, on veut toujours mieux prévenir puis
s'assurer qu'on peut être encore meilleurs.
Qu'est-ce que vous auriez à... à dire
comme directive, une ou deux directives spécifiques à la SOPFEU? Puis parce que
j'ai une sous question, qui est les bases de données comme telles, là, le
géospatial versus la cartographie, ce avec quoi on travaille présentement à la
SOPFEU, expliquez-moi la différence, là, qui, pour vous, est importante puis
que la SOPFEU n'a peut-être pas. Parce que je le sais qu'on travaille avec des
satellites, on travaille avec des drones la nuit maintenant, alors c'est un
petit peu ce petit concept là, là, qui, pour moi, là, pourrait nous amener à
peut-être à nous améliorer encore plus cette année puis dans les prochaines
années, là.
M. Boucher (Jonathan) : Bien,
le... au niveau des évacuations, le rôle de la SOPFEU, si je ne me trompe pas,
c'est plus un rôle d'informer les gestionnaires en place pour... au niveau de l'évacuation.
M. Bonnardel : Oui, oui. Oui,
puis, nous, de prendre la décision.
M. Boucher (Jonathan) : Puis
un élément qu'on... qu'on n'a pas, puis je pense qu'il y a... il y a peu de
municipalités qui ont cette information-là, mais combien ça prend de temps pour
sortir la communauté en place. On travaille à développer des outils pour le
faire, il va falloir évidemment valider ces outils-là, mais je pense, déjà là,
de savoir combien de temps ça prend pour une communauté à sortir, bien, on est
plus à même d'établir les points de... les points déclencheurs dans le paysage,
à quel moment on doit évacuer de manière plus sécuritaire pour ne pas voir ce
qu'on... ce qu'on a vu sur l'image tantôt.
Pour revenir au point des bases de
données, il y a deux aspects aux bases de données géospatiales. Là, quand on
parle de géospatiale, c'est de l'information qui est spatialisée de manière
géographique. Il y a l'aspect gestion d'urgence pour la supporter, la SOPFEU.
Donc, de savoir, par exemple, est-ce qu'il y a des biens dans le paysage ou
dans le secteur qui pourraient causer des effets en cascade reliés au feu, par
exemple? Si cet entrepôt-là brûle, bien, ça va dégénérer, puis on va avoir une
situation qui va être pas mal plus grave. D'avoir ça dans... en termes de
gestion d'urgence, c'est évidemment pertinent.
Mais nous, l'autre aspect qui nous
intéresse plus comme chercheurs, évidemment, c'est d'avoir des bases de données
qui s'accumulent au fil des années sur, bien, ces données-là qui sont dans le
paysage, évidemment, mais aussi sur l'impact des différents sinistres pour
tenir ça en compte comme données pour développer des modèles. Mais, tu sais,
les modèles qu'on... qu'on a développés jusqu'à maintenant se basent sur des
données d'observation qui viennent de la Grèce, de l'Australie, de la
Californie, puis on n'en a pas ici. Maintenant, on travaille à apprendre de ce
qui s'est passé en Nouvelle-Écosse, justement, on collabore avec la province là-bas,
avec les gens qui ont mené les investigations sur le terrain pour améliorer nos
modèles. Puis ça fait que, si on pouvait avoir systématiquement ce genre d'informations
là ici... évidemment, on ne souhaite pas de sinistres, mais si au moins on
pouvait en apprendre, de ces événements-là, ce serait mieux.
M. Bonnardel : Je termine en
vous disant, messieurs, là, je vais laisser la parole à mes collègues, là,
votre modèle, là, pour les évacuations, là, j'ai avisé mon... mon SM, là, que
je veux que la Sûreté du Québec, je veux que la SOPFEU soient capables de
travailler avec vos modèles pour s'assurer qu'on soit encore plus forts, meilleurs.
Parce que des images comme celles-là, ça... ça nous interpelle tous, là, puis
on ne veut pas que ça arrive, là, mais il faut être bien capables de réagir
rapidement quand cela... puis je pense que vous allez être une aide très, très,
très utile pour... pour la suite. Merci. Si mes collègues ont des questions...
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
c'est députée de Rivière-du-Loup—Témiscouata. Oui? Ou député...
Des voix : ...
Le Président (M. Schneeberger) : OK.
Alors, député de Lac-Saint-Jean.
M. Girard (Lac-Saint-Jean) :Oui...
Le Président (M. Schneeberger) :
Bien, vous me regardez, mais il n'y en a pas qui lèvent la main. Moi, je peux
bien deviner...
M. Girard (Lac-Saint-Jean) :
...j'avais demandé la parole, mais ce ne sera pas long. Bien, c'est très
intéressant, votre <présentation...
Le Président (M.
Schneeberger) :
...je peux bien deviner...
M. Girard (Lac-Saint-Jean) :
...j'avais demandé la parole, mais ce ne sera pas long. Bien, c'est très
intéressant, votre >présentation, parce qu'il y a quand même, d'un point
de vue technique, de la recherche, tout ça. Puis ce que je comprends, c'est que
vous travaillez aussi... vous regardez ce qui se fait ailleurs dans les autres
provinces canadiennes.
• (11 h 40) •
Moi, j'ai... j'ai écouté quand même
certains reportages, puis il y a des similitudes avec nous. On a des
communautés qui sont entourées de forêts. Moi, entre autres, chez moi, j'en ai
beaucoup. Puis c'est sûr et certain que, quand on voit ce qui s'est passé l'été
passé, ça nous... ça... on se questionne beaucoup, bon, comment qu'on pourrait
réagir, tout ça. Puis j'ai vu aussi des reportages, entre autres, qu'il y a des
communautés dans le coin de la Colombie maintenant qui vont... qui vont amener
des éléments pour comment gérer les feux de forêt, comment peut-être les
prévenir. Avez-vous des exemples, justement, là, qu'est-ce qui se fait
ailleurs? Puis j'aimerais ça peut-être que vous en énumériez quelques-uns, puis
qui donnent des résultats.
M. Boucher (Jonathan) : Bien,
évidemment, les principes Intelli-feu, là, que j'ai mentionnés brièvement, là,
dans la présentation, ou FireSmart en anglais, qui sont... qui sont très
similaires à ce qui se fait aussi aux États-Unis, qui est Firewise, qui sont
des concepts qui visent à... à aider les propriétaires de maison à réduire
leurs propres risques. Puis c'est une approche qui est basée sur une approche
un peu communautaire pour que les gens puissent s'entraider à l'intérieur d'une
communauté pour réduire le risque de manière communautaire, si on veut.
Ça fait que, premièrement, c'est s'assurer
de l'état du bâtiment, que le bâtiment soit dans des matériaux qui sont le
moins ignifuges possible. On peut comparer une toiture de tôle ou une toiture
en bardeaux d'asphalte versus une toiture en bardeaux de cèdre, qu'on voit
peut-être moins ici, au Québec, surtout en forêt boréale. Dans l'Ouest, c'est
probablement plus fréquent. Tout ce qui est nettoyer ses gouttières, entretenir
tout ce qui est les galeries autour des maisons, pas... pas laisser de débris
en dessous des galeries, tu sais, tout ce qui peut être un endroit qui permet à
un tison d'atterrir, puis de s'allumer, puis de partir un incendie proche de la
maison.
Pour avoir parlé avec les gens de la
Nouvelle-Écosse, tu sais, des... juste des petits genévriers dans les
plates-bandes, puis le genévrier, il est collé sur la maison, bien, il
s'enflamme, le genévrier prend feu puis c'est lui qui met le feu à la maison.
C'est... c'était rarement, dans ce qu'ils ont observé en Nouvelle-Écosse, les
maisons comme telles qui brûlaient, c'était tout le temps quelque chose autour
de la maison, que ce soient des chaises sur le patio. Ça fait que, dans le cas
d'un sinistre imminent, bien là, c'est le temps de : on nettoie, on tasse
toutes les choses puis on... on évacue. Mais avant ça, bien, c'est tout ce qui
est cordes de bois, on ne les garde pas proches de la maison, on réduit la
densité de résineux sur notre... sur notre terrain. Puis on essaie d'encourager
le monde à le... à le faire de manière... à l'échelle de la communauté. Parce
que, s'il y en a quelques-uns qui ne le font pas, bien, si leur maison brûle,
bien, leur maison devient une source de tisons et de chaleur qui peut enflammer
les autres bâtiments.
M. Girard (Lac-Saint-Jean) : Je
comprends qu'il y a une... il y a un facteur de risque aussi par le citoyen, le
citoyen qui fait gros là-dedans. Puis je vais laisser la parole à ma collègue,
mais j'ai vu aussi que dans des... maintenant, dans le coin de la Colombie, on
utilise aussi des animaux justement pour travailler un peu le sous-bois. Puis,
tu sais, on voyait ça, des genres de producteurs qui... qui faisaient de
l'élevage aussi autour des communautés. Je trouvais ça intéressant, mais je ne
sais pas si vous avez eu la chance de... d'évaluer ça un peu.
Le Président (M. Schneeberger) : En
terminant.
M. Boulanger (Yan) : ...et
ça, ça... ça met en exergue, dans le fond, que les solutions pour amener
l'atténuation doivent être aussi en lien avec l'évaluation des risques, là, qui
se fait, là, dans le cadre d'un cadre d'évaluation. Parce que ces risques-là
vont être... l'exposition va être différente d'une région à l'autre et les
mesures d'adaptation vont être différentes aussi.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup. Alors, nous en sommes maintenant du côté de l'opposition officielle.
Et j'entends la députée de Mille-Îles.
Mme Dufour : Merci, M. le
Président. Alors, d'abord, merci pour votre exposé fort éclairant et votre
mémoire très exhaustif. Je voudrais peut-être d'abord vous entendre sur... sur
les zones tampons et la gestion stratégique des combustibles. Vous en parliez,
là, à la page 20 de votre mémoire, que ce seraient probablement des
approches complémentaires nécessaires.
Et... et j'aimerais savoir si vous avez
des exemples. Est-ce qu'on parle de créer des corridors? Est-ce qu'on parle de
créer des barrières avec des arbres ignifuges ou ce que... ce que Christian
Messier parlait, dans un article récemment, la diversification de la forêt?
Comment vous envisagez ça de... la gestion stratégique des combustibles? Puis
je sais que vous parlez aussi de la végétation et pas seulement des forêts,
donc je voudrais également vous entendre là-dessus, là, sur les tourbières et
les friches, par exemple.
M. Boucher (Jonathan) : Bien,
comme Yan vient de le mentionner, il y a plusieurs solutions, plusieurs approches
qui permettent de réduire le risque, que ce soit à l'échelle de la... de
l'infrastructure de la maison comme telle ou dans le paysage. Puis évidemment,
selon le risque en présence, pour une région donnée, selon l'évaluation de
risques qui en est faite et des valeurs à protéger, bien, c'est là l'intérêt de...
d'aller optimiser le meilleur choix de modification qu'on... qu'on veut faire,
que ce soit... Par exemple, dans... si on est dans une région qui est plus
feuillue, bien, est-ce qu'on a avantage à aller réduire la quantité des
résineux en forêt éloignée? <Probablement...
M. Boucher (Jonathan) :
...bien,
est-ce qu'on a avantage à aller réduire la quantité des résineux en forêt
éloignée? >Probablement pas, probablement qu'on doit se concentrer sur
d'autres aspects.
Puis, en certains milieux plus éloignés en
forêt boréale, bien, éliminer le conifère n'est pas nécessairement viable dans
le paysage. Peut-être autour des infrastructures, évidemment, ça peut l'être.
Dans ces cas-là, est-ce qu'on doit, comme mesure d'atténuation, dans l'aspect
de gestion du risque, se concentrer encore plus sur ce qui est évacuation,
s'assurer qu'il y ait beaucoup de voies... des voies d'évacuation nécessaires,
que ce ne soit pas juste une route qui rentre et qui sorte de la communauté? Des
éléments comme ça et qu'on doit tenir en compte.
Ça fait qu'il y a une multitude de
solutions, toutes celles-là doivent être tenues en compte, là, évidemment. Puis
c'est sûr que la propension de combustible moins... moins inflammable, comme
une tourbière, par exemple, dans le paysage, bien, va réduire, en certaine
partie, le risque, comparativement à un paysage où il y aurait seulement du
conifère qui n'est pas en tourbière.
M. Boulanger (Yan) : ...c'est
sûr que ça, ça démontre aussi qu'il y a des besoins en recherche pour justement
évaluer les stratégies qui seraient les plus efficaces, notamment dans un
contexte de changements climatiques, parce que le comportement du feu va être
différent, la composition, le combustible lui-même va être... va être différent.
Donc, c'est là aussi où nous, on peut jouer un certain rôle, justement, là,
pour voir quelles seraient les mesures optimales, dans le fond, dans ce
contexte-là.
Mme Dufour : Merci beaucoup.
Vous parlez de, tu sais, les aléas versus les impacts, alors que le projet de
loi, là, parle des conséquences potentielles, plutôt. Et, quand j'ai lu cette
section-là, ça me faisait beaucoup penser aux risques par rapport aux
inondations, la nouvelle approche qui a été prise pour les risques des
inondations, de regarder vraiment la probabilité, mais aussi la magnitude,
l'importance relative, du moins, du sinistre potentiel. Donc, moi, ce que... ce
que j'aimerais savoir, dans le fond, bien, c'est ça, l'importance pour vous de
modifier ça dans le projet de loi, la façon que c'est écrit. Puis est-ce que
vous pensez, là, qu'on devrait s'inspirer un peu de ce... de ce qui a été fait
au niveau des inondations, là, pour la prévention des risques?
M. Boucher (Jonathan) : Je ne
suis pas assez au courant de ce qui s'est fait du côté inondations. Le point
étant ici... je pense que c'est une considération mineure au niveau de la
définition du risque, de notre point de vue. Ce qu'on favorise, évidemment,
c'est si on pouvait s'entendre ou au moins avoir des définitions qui sont les
plus près les unes des autres, comme ça, ça facilite tout ce qui est l'échange
de connaissances, l'échange de modèles et la coopération à ce niveau-là.
Au niveau de la... de la magnitude, ce qui...
ce qui est intéressant du côté des feux, c'est qu'on peut la considérer de
plusieurs manières. On peut la considérer... Souvent, ce qu'on entend, c'est
l'intensité du feu, hein, c'est vraiment l'indication au niveau de la limite de
combat ou de la suppression des feux. On peut penser à la rapidité de... de
propagation de ces feux-là, on peut aussi penser évidemment à la quantité de
fumée ou à la densité de la fumée qui est émise, qui ont des conséquences
vraiment plus au niveau de la santé humaine, qui sont souvent le déclencheur de
la... des évacuations. Ça fait que ça, c'est des éléments qu'on pensait
importants de soulever au niveau magnitude pour ne pas l'oublier.
Nous, présentement, on... au Service
canadien des forêts, on travaille à développer un cadre d'évaluation des
risques aux feux de forêt qui... qui se veut un guide qui dicte un peu les
bonnes pratiques et qui émet une définition, une terminologie commune. C'est un
guide qui est toujours en préparation, qui devrait voir le jour au courant de
l'année.
Mme Dufour : Merci. Bien, un
des éléments qui a été fait au niveau des inondations, puis j'en parle
davantage parce que j'étais aux premières loges des inondations à Laval en 2017,
2019, bien, c'est une base de données géospatiales, ce que vous suggérez. Ça a
été fait vraiment... Nous, on l'avait commencé, à la ville, et là ça a été
généralisé, là, sur l'ensemble du Québec. Et donc ce que vous mentionnez, là,
c'est qu'actuellement il n'y a pas de données, et donc difficile, là, de bien
coordonner toutes les actions. Je voulais peut-être vous entendre davantage sur
comment... la lacune actuelle puis comment ça pourrait améliorer, là, d'avoir
une telle base de données.
M. Boulanger (Yan) : Bien, en
fait, pour l'instant, il n'existe aucune, en tout cas à notre connaissance,
cartographie du risque de feu, même de l'exposition du feu à l'échelle... à
l'échelle de la province. Il y a plusieurs travaux qui ont été faits, notamment
avec nous, là, les travaux de recherche de façon plus spécifique, de façon
ponctuelle justement pour... Par exemple, on a travaillé avec Hydro-Québec pour
élaborer le... voir quelles sont les probabilités de brûler autour des
infrastructures à risque, par exemple. Mais il existe très peu... ou du moins
ça commence tout simplement à sortir, là, les analyses plus à l'échelle
provinciale. Donc, ça, c'est vraiment un manque qu'il peut y avoir.
Et, je vous dirais, on a souligné aussi...
À ce moment-là, on pourrait parler du point de l'expertise, là, qui... En fait,
on n'a pas beaucoup d'expertise au Québec pour pouvoir analyser de façon
exhaustive les risques reliés... reliés aux feux de forêt. Je vous dirais,
historiquement, les études universitaires qui <ont...
M. Boulanger (Yan) :
...les
risques reliés... reliés aux feux de forêt. Je vous dirais, historiquement, les
études universitaires qui >ont... où les feux de forêt étaient présents,
bien, c'était surtout dans un contexte d'écologie du feu plutôt que dans un
contexte de protection des communautés, des infrastructures. Évidemment, le
besoin est présent et évidemment le besoin va se faire encore plus présent,
j'imagine, parce que, justement, les parties prenantes vont être amenées
justement à faire des analyses de ce risque... de ce type-là.
• (11 h 50) •
Mme Dufour : Bien, donc, je
comprends que cette cartographie-là aiderait à prévenir et à accélérer
peut-être les évacuations. Comment vous voyez ça?
M. Boulanger (Yan) : Bien,
premièrement, ça permettrait de voir les régions qui sont les plus à risque,
qui sont les plus exposées, dans une certaine mesure et... dans une certaine
mesure et aussi plus... plus à risque. Et, une fois qu'on connaît ces
régions-là, on est beaucoup plus en mesure de dire quelles seraient les stratégies
d'atténuation ou d'adaptation qui seraient les plus... les plus efficaces pour
une région donnée. Parce que, justement, ce risque-là, il est... il est différent
géospatialement, et les stratégies vont être très différentes, aussi, adoptées
par la même occasion.
Mme Dufour : Excellent. Et,
selon vous, qui devrait être responsable d'une telle cartographie à l'échelle
de la province? Est-ce que c'est le ministère, le... un organisme, une chaire
de recherche?
M. Boulanger (Yan) : Bien,
c'est difficile de dire, dans notre cas, concernant notre expertise, mais c'est
sûr que nous, on... pas seulement nous, aussi, dans certains milieux
académiques, qui a une certaine expertise qui est là pour développer des outils
dans ce contexte-là, nous, évidemment, on se cantonne à la recherche, là, à ce
niveau-là. Mais ce qui est intéressant, c'est que, lors de la production
d'outils, on peut être amenés, par la même occasion, à faire de la recherche
sur ces outils-là. Et donc c'est... c'est ça qui peut être particulièrement
intéressant, là, pour... de manière à conjuguer les efforts de recherche et les
efforts d'atténuation, par exemple, des risques.
Mme Dufour : Excellent. Puis...
puis vous avez mentionné que vous... c'est déjà, en partie, là... ça se fait
pour Hydro-Québec, pour certaines installations stratégiques. Dans votre
mémoire, j'ai été surprise d'apprendre, là, que, dans le fond, il y a eu, à un
moment donné, à risque les installations de La Grande, et vous dites que c'est...
ça... ça alimente 40 % les... du Québec. Donc, ça, ça devrait être fait,
j'imagine, en priorité, de bien identifier toutes les infrastructures, disons,
qui sont critiques pour... pour le Québec, là.
M. Boulanger (Yan) : Oui,
oui, oui, tout à fait. Puis, dans le fond, on parle de la Baie-James ici, parce
que c'est... On se demandait tantôt... on nous demandait quel était l'endroit
qui brûlait le plus au Québec, par exemple, bien, la Baie-James, c'est
l'endroit qui brûle le plus au Québec et c'est l'endroit aussi où se retrouve,
par la même occasion le complexe La Grande. Donc, il y a des valeurs... des
valeurs à risque qui se retrouvent là. Il y a aussi beaucoup de communautés
autochtones, évidemment, des biens, des communautés autochtones aussi qui se
retrouvent dans cet environnement-là. Donc, c'est... c'est très important, là,
de pouvoir caractériser le risque pour éventuellement pouvoir l'atténuer.
Mme Dufour : Oui, d'ailleurs,
je souligne que vous mentionnez qu'ils sont... que les communautés autochtones
sont plus à risque de vivre les impacts, là, des feux de forêt, effectivement.
Je voudrais peut-être... tu sais, il ne me reste pas beaucoup de temps, mais
vous entendre sur la... Parce que, là, vous avez parlé qu'il y a de la
coordination au niveau canadien, là, il y a des échanges d'informations,
notamment, mais qu'est-ce qui se fait au niveau international? Parce qu'il y a
d'autres pays, vous l'avez dit, là, qui sont aux prises avec des feux. Et... et
là, notamment, je pense, par exemple au Chili, où il y a eu plusieurs... il y a
eu des grandes séries de feux, mais qui étaient causés intentionnellement.
Est-ce que c'est quelque chose qu'on... qui se discute, de comment prévenir ça
dans le futur?
M. Boucher (Jonathan) : Pas
directement chez nous, là, comme vous l'avez peut-être entendu hier avec la
SOPFEU, les mandats de prévention sont vraiment plus à l'échelle des agences
qui gèrent... bien, à l'échelle de ceux qui gèrent les territoires. Donc, ici,
évidemment, c'est... c'est la province et c'est via la SOPFEU que la gestion
des feux se fait. Donc, au niveau de la prévention, c'est... c'est vraiment de
leur côté le rôle. Mais c'est évident que, si on peut réduire les feux de cause
humaine, c'est déjà un gain par rapport avec ce qu'on... ce qu'on a vécu cette
année, qui était très dirigé par... très causé par les feux de foudre. Mais, si
on peut s'enlever un petit peu de charge de travail reliée aux feux de cause
humaine, ce serait un gain, puis que ce soit ici ou ailleurs, c'est sûr que
c'est un avantage.
Mme Dufour : J'aimerais
peut-être, il me reste encore une minute, vous entendre juste sur les
simulations de propagation. Est-ce que c'est quelque chose que dans une
cartographie... pourrait, selon la direction du vent, être déjà établi dans une
cartographie pour, finalement, être réactif encore plus rapidement, là?
M. Boucher (Jonathan) : Bien,
ce genre d'outil là est utilisé, si on veut, à deux stades, là, de... quand on
parle de gestion du risque. Si on parle de gestion du risque dans le cadre d'un
sinistre en cours ou imminent, donc, dans... dans le cadre d'opérations, on
utilise des outils basés sur la méthode canadienne qui nous permettent de
simuler l'accroissement des feux en fonction de la météo en <cours...
M. Boucher (Jonathan) :
...qui
nous permettent de simuler l'accroissement des feux en fonction de la météo en >cours
et prévue pour les prochains jours, en fonction de la... du combustible, de la
cartographie du combustible qu'on a et en fonction de la topographie. Puis ça,
évidemment, ça tient compte de la... de l'effet de la topographie sur la
propagation, mais aussi sur... l'effet du vent, tu sais. Donc, plus le... si le
vent est dans une direction, bien, la modélisation va évidemment faire
accroître le feu dans cette... dans cette direction-là. Puis...
Mme Dufour : Bien, dans le
fond... je comprends bien, c'est que, si la base de données, elle est bien alimentée,
ça va permettre de faire cette modélisation encore plus efficacement.
M. Boucher (Jonathan) : Bien,
en fait, la base de données, comment... comment on le voit, nous aiderait, tout
ce qui est suivi sur les feux, par exemple, du côté de la SOPFEU, ce qu'ils
font déjà, ça nous aide à bâtir ce qu'on appelle le régime de feu pour simuler...
Ce qu'on... ce qu'on fait, c'est qu'on simule des dizaines, voire des centaines
de milliers de feux à l'intérieur d'un territoire, basé sur de la météo
historique ou même de la météo future, avec les simulations climatiques. On les
simule sur le territoire, puis on les juxtapose l'une sur l'autre, puis on voit
où la propension de brûler est la plus présente. Puis ça tient compte,
évidemment, de l'effet des vents dominants à l'intérieur de tout ça. Donc, on
bâtit un régime de... puis basé sur les données.
Mme Dufour : Merci.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup. Alors, nous allons maintenant du côté de la deuxième opposition, et
j'entends la députée de Sherbrooke.
Mme Labrie : Merci, M. le
Président. Si j'ai bien compris votre présentation, vous... vous nous dites
qu'on connaît quand même assez peu, en ce moment, les risques, qu'on n'a pas
des cartographies au Québec. Moi, je comprends que vous êtes rattachés à un
organisme fédéral, puis non seulement cette cartographie-là n'existe pas
actuellement, vous n'êtes pas nécessairement non plus en train de la développer
en ce qui concerne le Québec. Puis vous dites qu'il n'y a pas beaucoup
d'expertise non plus ici. Est-ce qu'on n'aurait pas avantage à investir dans la
recherche au Québec pour développer cette... pardon, cette cartographie-là puis
aussi une meilleure connaissance de notre forêt québécoise? Puisque ça ne
semble pas se passer, là, du côté fédéral.
M. Boulanger (Yan) : Bien...
bien, c'est sûr que, d'un point de vue... d'un point de vue recherche, au
fédéral, justement, on travaille à développer des outils, mais évidemment on
est un organisme de recherche, on n'est pas un organisme de... qui a... qui a
juridiction, dans le fond, sur la... sur les feux. Mais effectivement, c'est
une... c'est une préoccupation qui est très importante, là, au niveau fédéral,
où, dans le fond, il y a plusieurs travaux de recherche, là, qui visent,
justement, entre autres, à faire cette cartographie-là, de... puis, en même
temps, de trouver des méthodes, des stratégies d'atténuation, là, qui vont...
une fois que les zones à risque sont... sont identifiées.
Il existe par exemple présentement une
carte pancanadienne qui nous permet de voir, dans une certaine mesure, où sont
les risques plus importants. Malgré ça, c'est toujours très important de faire
des analyses qui vont être propres à une région donnée et surtout, comme l'a
mentionné mon collègue précédemment, de faire en sorte que ces analyses-là, ces
outils-là soient réévalués aussi dans le temps, parce que la situation autour
des infrastructures et des communautés va changer dans le temps. C'est le cas
si, par exemple, il se fait de l'aménagement forestier autour, s'il y a de la
croissance de la couronne périurbaine, par exemple, et évidemment en fonction
des changements climatiques aussi.
Donc, il y a évidemment de la recherche
qui doit se faire et qui continue de se faire à ce niveau-là. Et nous, on y
participe, évidemment. Évidemment, les universités aussi sont... sont appelées
à participer, notamment, à ces... à ces différents programmes.
Mme Labrie : Est-ce que je
comprends quand même qu'on... on est face à... comme on investit peu en
recherche au Québec, actuellement, on est un peu dans une situation de dépendance
par rapport à d'autres organisations actuellement, pour avoir les données, pour
avoir la compréhension, pour la gestion de nos risques ici, sur notre
territoire, puis qu'on aurait quand même avantage à investir la recherche
davantage de notre côté ici?
M. Boulanger (Yan) : Bien,
c'est sûr qu'au niveau... au niveau fédéral, on a des... je vous dirais, qu'on
a les... on a les fonds qui ont... pour faire ce genre d'analyse là,
effectivement, c'est difficile pour nous de parler du niveau provincial à ce
niveau-là, mais c'est d'ailleurs ce pour quoi il se fait beaucoup de recherches
au Service canadien des forêts sur les feux.
M. Boucher (Jonathan) : ...c'est
que, dans l'est du pays, dans les dernières décennies, on a eu moins de feux,
l'intérêt était moins là pour ce genre de travaux là. Dans l'Ouest, il y a une
expertise qui s'est développée, dans l'Est, on aurait avantage à la développer,
cette expertise-là. Puis il y a plusieurs façons de le faire, puis nous, on
pourrait contribuer à ce développement-là.
Mme Labrie : Je comprends.
Bien, peut-être, j'inviterais le ministre à ce qu'on ne soit pas à la remorque
des priorités de recherche fédérales puis qu'on investisse nous-mêmes ce
terrain de recherche. J'aimerais ça vous entendre aussi, il me reste peut-être
une minute, sur les meilleures pratiques dans l'industrie forestière. Vous avez
quand même nommé certains éléments où ça a un impact, là, sur les risques.
Pensez-vous qu'on a les meilleures pratiques, actuellement, ou il y a place à
l'amélioration, là, dans notre gestion de la forêt au niveau de l'industrie
pour réduire les risques?
M. Boulanger (Yan) : Bien,
présentement, il n'y a pas... il n'y a pas une gestion intégrée, comme on le
mentionnait, des risques, notamment pour les communautés, les infrastructures,
où le changement, par exemple, dans la forêt, causé par l'industrie forestière
a un <impact...
M. Boulanger (Yan) :
...infrastructures,
où le changement, par exemple, dans la forêt, causé par l'industrie forestière
a un >impact. Donc, c'est sûr qu'en fonction des différentes stratégies
qui vont être utilisées par les compagnies forestières, le territoire va être
plus ou moins inflammable.
Ce qu'il est important de savoir, par
contre, et c'est là où il y a des besoins de recherche, c'est de voir jusqu'à
quel point cet... ces changements dans le territoire sont importants pour
causer ou pas des risques auprès des communautés qui sont... ou des
infrastructures qui sont présentes, jusqu'à quel point le changement de
composition des forêts, par exemple, a un impact sur le... sur le risque. Donc,
tout ça, c'est quand même une... des choses qu'on veut évaluer. Notamment, on
travaille à ce qu'il y ait des projets qui visent à évaluer l'enfeuillement des...
du territoire, notamment suite à des... à de l'aménagement forestier, pour voir
comment cet aménagement-là a des... pourrait avoir des impacts sur les infrastructures,
les valeurs à risque, par exemple.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci.
Merci beaucoup pour votre précieuse collaboration. Alors, nous suspendons
quelques instants pour accueillir le prochain groupe.
(Suspension de la séance à 12 h 01)
(Reprise à 12 h 04)
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
nous reprenons nos travaux. Alors, nous accueillons la Corporation des services
d'ambulance du Québec. Alors, bonjour à vous trois. Alors, vous avez 10 minutes
pour faire votre présentation, et, dans un premier temps, je vous demanderais
de vous présenter à tour de rôle et de présenter votre présentation...
12 h (version révisée)
Le Président (M. Schneeberger) : ...de
vous présenter à tour de rôle et de présenter votre présentation.
M. Toussaint (Sébastien) : Je
me présente, Dr Sébastien Toussaint. Je suis président de la Corporation des
services d'ambulance du Québec. Je suis accompagné, à ma droite, de M. Jocelyn
Beaulieu, directeur général de la corporation; et, à ma gauche, M. Sylvain
Bernier, vice-président à la Corporation des services d'ambulance.
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
vous pouvez débuter.
M. Toussaint (Sébastien) : Bien,
écoutez, M. le Président, mesdames et messieurs les parlementaires, M. le
ministre, ça nous fait plaisir, là, d'être présents aujourd'hui. Au nom de tous
les membres, je vous remercie de nous donner l'occasion de nous prononcer sur
le projet de loi.
Permettez-moi d'abord de vous présenter
notre organisation. La Corporation des services d'ambulance regroupe la
majorité des services d'ambulance à l'extérieur de Montréal et Laval ainsi que
la majorité des centres de communication santé. Notre organisation est engagée
à promouvoir une amélioration continue de qualité des soins et des services
préhospitaliers d'urgence. Les services préhospitaliers d'urgence au Québec, c'est
plus de 6 315 paramédics, 860 véhicules ambulanciers ainsi que
10 centres de communication santé et 350 répartiteurs médicaux d'urgence
répartis à travers le Québec.
Nous sommes réunis ici pour discuter d'une
initiative législative vitale qui, nous l'espérons, marquera un tournant dans
notre capacité collective à répondre aux sinistres et à améliorer la sécurité
civile au Québec. À cet égard, permettez-moi de dire clairement, il est grand
temps de procéder à cette réforme. Le projet de loi n° 50 se présente
comme une opportunité précieuse pour réviser l'organisation des services d'urgence
et améliorer la capacité de réponse collective en cas de sinistre. Cette
démarche est d'autant plus cruciale dans un contexte où les sinistres sont
appelés à devenir de plus en plus fréquents, comme on l'a vu dans la présentation
précédente.
La corporation appuie fermement cet
objectif, reconnaissant la nécessité de faciliter le travail non seulement des
services d'urgence, mais également des villes dans leur mission de protéger la
population. C'est également l'occasion de reconnaître pleinement les services
préhospitaliers d'urgence comme un maillon essentiel dans la gestion des
sinistres. La capacité d'intervention rapide et de l'expertise des centres de
crise des services préhospitaliers d'urgence sont indéniables. Nos membres ont
démontré à maintes reprises leur agilité, leur efficacité dans la gestion des
situations d'urgence, comme en témoignent les interventions lors des différents
sinistres majeurs au Québec. Les exemples, comme les feux de l'été dernier, l'évacuation
de la ville de Chibougamau, démontrent notre capacité à agir rapidement et
efficacement, même dans des contextes extrêmement difficiles. Cette expertise
doit être pleinement intégrée et valorisée dans le projet de loi 50.
Permettez-moi, maintenant, de souligner
quelques-unes de nos recommandations que nous souhaitons porter à votre
intention dans le but de renforcer cette efficacité de réponse aux urgences au
Québec des services d'urgence santé. Recommandation n° 1 :
inclusion des centres de communication santé dans les centres de communications
d'urgence. D'abord, nous demandons d'inclure les centres de communication santé
dans la définition des centres de communications d'urgence au sein du projet de
loi, car on était présents dans la loi précédente, dans l'article 52.1, et
on se trouve maintenant exclus comme centre de communication santé dans le
projet de loi actuel, dans l'article 26 de l'alinéa 2°. Il est
essentiel de reconnaître que l'efficacité de notre réponse, de notre réponse d'urgence
collective repose sur notre capacité de fonctionner non pas en silo, mais en
tant que système intégré, fluide et coordonné. L'exclusion des centres de
communication santé risquerait de créer un fossé opérationnel engendrant des
disparités dans les normes et les pratiques dans les différents centres d'urgence.
Une telle division serait non seulement préjudiciable à notre efficacité
collective, mais compromettrait également la sécurité de ceux que nous
efforçons de protéger.
Recommandation n° 2 :
inclure les entreprises ambulancières et les centres de communication santé
dans les cellules de crise. Notre seconde demande réside dans l'intégration
dans la <i>loi des entreprises ambulancières et des CCS, lorsque c'est
pertinent, dans les mécanismes de planification et de réponse aux sinistres,
comme ce qui est déjà en place pour les services incendie et les services de
police. On est un triumvirat qui travaille en urgence, on devrait être présents
comme les deux autres services d'urgence. Notre implication directe dans les
cellules de crise permettrait d'apporter une expertise et des informations
terrain cruciales dans la prise de décision, surtout dans les situations
exigeant des... des évacuations massives ou des interventions complexes où nos
paramédics sont appelés à travailler. Notre connaissance de la réalité terrain
et de nos capacités opérationnelles est un atout indéniable pour la sécurité
publique. Mon collègue, <M. Bernier...
M. Toussaint (Sébastien) :
...notre
connaissance de la réalité terrain et de nos capacités opérationnelles est un
atout indéniable pour la sécurité publique. Mon collègue, >M. Bernier,
abordera ce sujet dans quelques instants.
Dernière recommandation que je veux vous
souligner, la recommandation 3. Finalement, nous souhaitons souligner
l'importance d'établir un mécanisme formel d'analyse et d'évaluation postcrise.
Cela permettrait d'identifier les points forts et les axes d'amélioration de
nos interventions, ainsi que notre capacité à faire face aux sinistres. Quels sont
les bons coups à intégrer dans le fonctionnement futur? Quelles sont les
lacunes? Quelles sont les leçons apprises? Quelles sont les orientations
régionales et locales à prendre? Y a-t-il des... des besoins de formation, de
simulation? Y a-tu des expertises à développer? Un tel processus est essentiel
dans un contexte où les sinistres seront de plus en plus fréquents. Il devrait
impliquer tous les acteurs des services d'urgence, y compris les services
préhospitaliers d'urgence, lorsqu'ils sont impliqués dans la réponse aux
sinistres, pour tirer pleinement des enseignements de chaque situation. On a vu
les autres intervenants. Ils ont parlé de ces enjeux de communication dans les
derniers jours. Nous vous recommandons donc de créer un comité d'amélioration
de la gouvernance de gestion de crise qui aurait pour mission de revoir les
actions menées lors des crises et de recommander des améliorations concrètes à
la suite d'un sinistre.
• (12 h 10) •
Pour conclure, la corporation se
positionne favorablement envers le projet de loi 50, tout en plaidant pour
une intégration plus poussée et reconnue des services préhospitaliers d'urgence.
Nous sommes convaincus que ces ajustements ne seront pas seulement progresser...
ne feront pas seulement progresser la sécurité civile au Québec, mais
faciliteront également le travail des villes et des services d'urgence, tout en
assurant une protection optimale de la population. Nous sommes prêts à
collaborer étroitement avec tous les acteurs impliqués pour mettre en œuvre cette
vision commune. Ensemble, nous pouvons construire un système de réponse aux
sinistres qui soit non seulement plus résilient, mais aussi plus inclusif et
plus efficace.
Je laisse maintenant la parole à M.
Bernier pour citer... pour terminer la présentation.
M. Bernier (Sylvain) : Merci,
Dr Toussaint, M. le Président, mesdames, messieurs les parlementaires, M. le
ministre. Dans ma section, je serai peut-être un peu plus opérationnel, donc un
peu plus focussé sur la recommandation n° 2. Mais ce
qu'il faut savoir, d'abord et avant tout, puis je pense que je ne vous apprends
rien, les entreprises ambulancières, elles travaillent au quotidien à répondre
à des urgences, c'est notre mandat, au niveau, là, de la réponse des urgences
santé. Et on travaille, à tous les jours, avec nos collaborateurs qui sont les
services incendie, les services de police. Et ça nous amène, dans le cadre de
nos opérations quotidiennes, à mener notamment des postes de commandement qu'on
déploie sur le terrain pour être en mesure d'avoir la relation directe avec nos
partenaires puis de coordonner les activités terrain, ça fait partie de nos
opérations au quotidien.
Paradoxalement, quand vient le temps des
sinistres, bien, on est... on n'est pas présents, on n'est pas présents dans la
cellule de crise. Les services incendie sont présents. Les services de police
sont présents, le ministère de la Sécurité publique. Les services ambulanciers,
on n'y est pas, de sorte que ça génère des difficultés d'application. Je pense
qu'amplement... Vous avez certainement entendu parler que le nerf de la guerre
dans les... dans la gestion des sinistres, c'est la communication. Donc, dans
le cadre de la communication, c'est parfois difficile, ça... on doit passer
souvent par un tiers pour être en mesure soit d'obtenir de l'information ou
transmettre de l'information, ou, souvent, sur le terrain, bien, on interagit
avec nos collègues qui sont de la police ou de la sécurité des incendies, qui
nous disent : Bien, c'est des éléments qu'on a discutés dans la cellule de
crise.
Des sinistres qui touchent les services
ambulanciers, là, il y en a... il y en a une multitude. On peut penser
notamment aux inondations de la rivière Richelieu, où on a été impliqués dans
le cadre de l'évacuation de gens des secteurs notamment de... qui bornaient la
rivière et pour laquelle l'information, l'échange d'information était... était
un peu plus complexe, quoiqu'on a réussi tout de même à avoir d'excellents
résultats. Je veux citer également notamment l'évacuation de la ville de
Chibougamau dernièrement, dans le cadre des feux, où l'entreprise Ambulance
Chicoutimi, SLN a collaboré avec son équipe ambulancière. Cinq véhicules
ambulanciers, près de 25 paramédics qui provenaient de différentes
entreprises ambulancières, avec un centre de commandement sur le terrain, pas
de présence à la cellule de crise.
Mais on peut penser également, et je finis
sur cet aspect-là, aux feux de forêt à Sept-Îles notamment, où ça a été
l'implication de 13 véhicules ambulanciers, près de 50 paramédics qui
provenaient notamment de nos collègues de la coopérative de Québec, par
exemple, des paramédics de la Côte-Nord, pour venir en appui pour faire
l'évacuation de plus de 55 usagers qui ont été déplacés et pour laquelle
l'interaction sur le terrain... dans laquelle on a obtenu de bons résultats,
auraient-ils pu être meilleurs si on avait eu le... notre présence et de
pouvoir faire bénéficier la cellule de crise <de l'expertise terrain...
M. Sylvain (Bernier) :
...meilleurs
si on avait eu le... notre présence et de pouvoir faire bénéficier la cellule
de crise >de l'expertise terrain. On pense que, dans cet aspect-là, il y
aurait une plus-value.
Finalement, dans le cadre notamment des
CCS et de leur implication dans la cellule de crise, mais on peut penser, entre
autres, dans les nombreuses fermetures de routes, par exemple, pensez en
Abitibi, dans le Nord-du-Québec, Chibougamau où il y a eu plusieurs fermetures
de routes, qui fait en sorte qu'encore là l'aspect de la communication a été
relativement lente avant que les services ambulanciers, via les CCS, puissent
avoir une communication en temps réel, en lien avec les fermetures de routes.
Ce n'est que quelques exemples qui démontrent, à notre avis, l'importance
d'intégrer les entreprises dans la cellule de crise lors de sinistres.
Donc, je termine en vous disant que notre
recommandation, c'est d'impliquer, comme le Dr Toussaint le disait, les
centres de communications, les entreprises ambulancières dans les cellules de
crise, lorsque c'est pertinent naturellement, afin qu'on puisse faire
bénéficier notre expertise et d'avoir une relation directe, efficace aux
sinistres et à la prise de décision opérationnelle. Merci.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup pour votre mémoire. Nous procédons maintenant à une période d'échange
avec le ministre et aussi peut-être les députés côté gouvernemental. Alors, M.
le ministre, la parole est à vous.
M. Bonnardel : Merci, M. le
Président. Merci, messieurs, d'être là. D'entrée de jeu, je veux... je veux
vous dire, en mon nom personnel et au nom de tous les collègues, de l'ensemble
des Québécois, merci. Je le disais hier à la Sûreté du Québec, à la SOPFEU,
mais, vous-mêmes, vous avez été des acteurs non négligeables sur le terrain,
surtout pour 2023, même avant, là. 2023 a été une année, vous le savez, là,
hors norme, extrêmement difficile, la multitude de catastrophes. Puis je vous
ai vu travailler autant pour Chibougamau, je vais y revenir, autant que je vous
ai vu travailler dans une cellule spécifique de celle de Baie-Saint-Paul et
ailleurs partout sur le... sur le territoire.
Je veux juste rectifier une chose avant
d'aller sur ma première question, là. Vous parliez tantôt, là, des CCS, là, un
retour... que les CCS étaient partie prenante de la... de la Loi sur la
sécurité civile, ce n'est pas le cas. Les CCS n'ont jamais été sous la Loi de
la sécurité civile. On va rectifier. C'est peut-être une mauvaise
interprétation de votre part, là, dans l'article de loi, mais j'ai demandé à
mes équipes, là, de... de s'asseoir avec vous, là, pour que vous compreniez
bien où on s'en va... où on s'en va comme tel avec ça.
La première question, c'est certainement
sur... je vais dire plan d'urgence. Je ne sais pas si c'est le bon terme, mais
je posais la question hier la Sûreté du Québec un peu : Quel est le modus
operandi? Comment on met en place rapidement, là, en termes de nombre d'heures,
vous le disiez tantôt, là, autant... autant du côté de la Côte-Nord que
l'Abitibi, du côté des feux, que Chibougamau? Donnez... Expliquez-moi un peu,
là, quand... quand ce processus d'évacuation se met en place, ce plan d'urgence
se met en place, comment vous déployez vos effectifs versus ce que vous avez
besoin sur le terrain pour répondre à des appels normals x, y, là, versus
l'urgence, de dire : OK, la gang, il faut envoyer... il faut envoyer x
nombres d'ambulances, il faut évacuer x nombres de résidents, résidentes, là,
dans des... des RPA ou tout autre, ou autres? Comment vous... comment vous
fonctionnez? Donnez-moi un peu... en quelques minutes, là, cette façon de faire
quand on déclare une évacuation ou autres, là.
M. Toussaint (Sébastien) : Oui.
Habituellement, M. le ministre, notre donneur d'ouvrage, c'est le CISSS.
M. Bonnardel : C'est le
CISSS, oui.
M. Toussaint (Sébastien) : Donc,
le CISSS nous convoque pour des rencontres, pour planifier justement un
déploiement. Mais, quand on est en situation surtout d'urgence ou de sinistre
important, souvent, l'information prend du temps à nous arriver de notre côté,
du côté du coordonnateur du CISSS. Par exemple, la situation des feux sur la
Côte-Nord, c'est une autre des casernes de l'entreprise Paraxion qui est à
Sept-Îles, qui a eu l'information de Québec, la capitale nationale, qui était
demandée en renfort pour aller sur la Côte-Nord, qui a interpellé le
superviseur de Sept-Îles, en disant : On est en train de déployer des ressources
pour vous venir en aide. On n'avait eu aucune... aucun avertissement, aucun...
aucune communication, jusqu'à ce moment-là, du centre de crise ou du du côté du
CISSS. Ça fait que vous comprenez que l'entreprise a appelé le coordonnateur, a
essayé d'avoir l'information, et là, après ça, on a mis en place une cellule
qui était santé pour travailler sur cet aspect-là.
Donc, ce qui est vraiment important, c'est
de penser, puis c'est ça qu'il faut que le projet de loi puisse... puisse
réaliser au bout de la ligne, c'est qu'on ne soit pas en réaction, réaction peut
dire même, des fois, quasi-improvisation, là, quand c'est trop, trop à la
dernière minute. Donc, il faut être vraiment capable d'anticiper, d'anticiper qu'est-ce
qui va arriver, donc, il faut être présent au niveau de la cellule de crise. Et
cette anticipation-là va découler dans la qualité d'exécution, plus on va être
capable d'anticiper, plus qu'on va être capable, de un, de regarder notre
capacité opérationnelle, est-ce qu'on a des besoins logistiques, est-ce qu'on a
besoin d'aide de d'autres services, c'est quoi, <notre situation...
M. Toussaint (Sébastien) :
...est-ce
qu'on a des besoins logistiques, est-ce qu'on a besoin d'aide de d'autres
services, c'est quoi, >notre situation. Les CISSS, le centre de
communication santé, là, lui, il doit se demander c'est quoi, l'utilisation des
véhicules ambulanciers que j'ai sur le territoire. J'ai-tu des besoins
populationnels importants? Est-ce que tous les véhicules sont bien mobilisés
actuellement pour les appels primaires ou je suis capable d'en laisser aller
pour la situation de sinistre? J'ai-tu des effets domino? J'ai-tu des véhicules
à déplacer? Si on ne prévoit pas, on n'anticipe pas, bien, la gestion de risques
du CISSS la gestion de risques de l'entreprise ambulancière ne peut pas être
effectuée adéquatement.
Donc, toute cette anticipation-là va
amener une meilleure gestion de risques, va amener une meilleure qualité
d'exécution.
M. Bonnardel : Oui, je
peux... je peux comprendre, puis je ne veux pas essayer de défendre le CISSS
sur la situation que vous nommez... vous nommez comme telle. Peut-être que
l'information, vous l'auriez eue 30 minutes plus tard, une heure après,
peut-être, je ne le sais pas.
• (12 h 20) •
M. Toussaint (Sébastien) : Mais
on travaille en collaboration avec le CCS, ce n'est pas ça, la question.
M. Bonnardel : Puis le
but, le but, ce n'est pas... ce n'est pas de trouver un coupable, là. Vous avez
répondu très, très rapidement avec l'information que vous avez eue, là, d'un
tiers x qui était un de votre gang. Puis où je m'en vais... où je m'en vais
avec ça, c'est que je peux comprendre, là, qu'à l'étape où, là, on se dit :
OK, il y a un plan d'urgence, il faut envoyer notre gang, il faut envoyer un
peu plus de monde en haut. Puis je vais peut-être plus vous poser une question
sur les opérations par la suite, c'est... Quand vous dites «cellule de crise»,
oui, je comprends, mais je vous ai vu, je vous ai vu en cellule de crise. Quand
l'événement est là, là, puis à tous les jours, à 9 heures le matin, on se
dit : On est là. Corrigez-moi, là, mais je vous ai vu avec vos vestes en
cellule de crise à Baie-Saint-Paul. Puis là, quand vous dites «lorsque
pertinent», vous étiez présent aux tables, exemple, lors des... oui, des
évacuations et, malheureusement, les décès de nos deux pompiers, nos deux
pompiers, vous étiez à la table, comme tel.
Donc, j'imagine que c'est le CISSS qui
définit dans... dans la mission santé si, oui ou non, on a-tu besoin de vous
autres chose sur...Bien, je veux dire, quand je dis ça, on a toujours besoin de
vous autres, mais vous êtes partie prenante, là, des... des efforts de guerre
qu'on doit faire quand on doit évacuer des gens, surtout des résidents, ou
autres, ou autres, là. Donc, ma question sur les opérations est pas mal plus,
là... Je comprends, je comprends votre point, là, mais, opérationnellement, là,
comment vous... vous répondez? Parce que des ambulances, il y a un nombre x, là.
Vous avez dit il y en a 800 sur le territoire, il y a
6 300 paramédics sur sur le terrain, partout sur le territoire.
Comment vous évaluez la... Comment vous êtes capables de répondre rapidement en
disant : OK. On envoie x nombres pour ne pas dénuder puis dire : Bien
là, il y a un territoire qui va recevoir moins... qui aura moins de présence
sur le terrain? Ce n'est pas évident comme question, là, puis je le sais que
c'est délicat, parce qu'à quelque part tu as un temps de réponse, puis c'est
toujours ça qui est... qui est le nerf de la guerre quand il arrive un code x,
y, quand on appelle au... quand on appelle au 9-1-1.
Donc, je veux juste bien comprendre
comment vous travaillez là-dessus. Puis je prends note, là, je prends bonne
note, là, de votre... de votre réflexion et de votre recommandation, là, sur...
sur les cellules, mais vous avez bien dit tantôt, puis je l'ai pris en note, «lorsque
pertinent».
M. Toussaint (Sébastien) : Oui.
Je vais faire un début d'amorce de réponse à nouveau, puis je vais laisser M. Bernier
compléter. Mais il faut faire la distinction entre cellule de crise et poste de
commandement. Postes de commandement, sur le terrain, on en fait, puis on en
fait même, des fois, unifiés avec les autres services d'urgence. Ce qui est
important... La réponse optimale qu'on aurait aimé avoir, c'est d'être présents
à la cellule de crise et d'être capables, en terminant la rencontre cellule de
crise, on s'assoit avec le CISSS, qu'on... qu'on s'assoit avec notre
coordonnateur puis on dit : Regardez, nous autres, on a les flags qu'on
vous lève, et voici les risques, voici les problèmes de capacité, voici les
enjeux. Et donc on peut mettre à profit notre expertise parce qu'on a capté
l'information qui était pertinente, puis on est capables, même, à la cellule de
crise, de lever le drapeau quand il y a une non-faisabilité de certaines choses
avant d'être obligé que tout revienne puis qu'on remonte l'information, etc.
Donc, il y a cette distinction-là entre
cellule de crise et poste de commandement. Là, je dirais à Sylvain, là,
peut-être de commenter.
M. Bernier (Sylvain) : Oui,
mais... mais, essentiellement, là, je vous dirais, parce que vous avez dit, M.
le ministre, j'en ai vu, oui, c'est vrai, des fois, ça arrive. En fait,
c'est-à-dire, c'est qu'on n'a pas notre place de façon, je ne dirais pas
systématique, parce qu'on parlait, là, «lorsque pertinent», mais lorsque c'est
requis, en fait. Et donc on se retrouve toujours un peu entre le balancier,
entre le coordonnateur du CISSS qui, lui, a différentes missions à évaluer,
puis notamment de faire le lien avec les services hospitaliers et la chaîne de
communication. Donc, dans certains cas, bien, on arrive et puis, bon, le
coordonnateur du CISSS, lui, dans le cadre de ses opérations, juge que ce n'est
pas nécessairement pertinent qu'on... qu'on soit là, et donc, là il y a de la
difficulté de communication.
Donc, nous... Moi, ce que je pense, c'est
que c'est... on est complémentaire. Donc, ce n'est pas de prendre la place de
quelqu'un, ce n'est pas de... Je pense que, dans les situations de la cellule
de crise, là où on partage de façon quotidienne de l'information avec des
partenaires, avec lesquels on est habitué de travailler, vient un temps où on
n'a pas cette tribune-là. Lorsqu'il y a des... Puis, à certains moments donnés,
oui, on pourrait, mais ce n'est pas de façon systématique, je dirais, que cette
opportunité-là se présente, alors qu'on pense que ça devrait être systématique,
dans la gestion des sinistres, que, lorsque c'est requis, qu'on soit présents,
naturellement, <qu'on puisse y être...
M. Sylvain (Bernier) :
...ça devrait être systématique, dans la gestion des
sinistres, que, lorsque c'est requis, qu'on soit présents, naturellement, >qu'on
puisse y être, et non pas qu'on soit à la remorque d'attentes que quelqu'un
nous dise : Bien là, effectivement, on n'a pas pris le dessus, puis là ça
serait pertinent que vous soyez là.
M. Toussaint (Sébastien) : J'aimerais
peut-être faire une petite illustration. Je suis médecin de famille, c'est ma
déformation professionnelle. Je vais juste vous illustrer... Il y a une
chirurgie à faire chez un patient. Je suis médecin de famille, je suis capable
de savoir qu'il a besoin d'une chirurgie. C'est-tu moi qui dois planifier son
opération, qui connaît les risques, les contre-indications, les types
d'intervention, comment on va intervenir, quelles fournitures que j'ai de
besoin, quelle équipe que j'ai besoin, quels instruments que j'ai besoin pour
réaliser l'opération? C'est le chirurgien. J'ai besoin que le chirurgien voie
le patient. C'est la même chose. Donc, on a-tu besoin d'un généraliste autour
de la table? On a besoin... Nous, on est des experts en situation d'urgence. Il
faut qu'on soit là pour capter toute l'information, puis de lever le drapeau quand
on doit lever le drapeau, mais uniquement quand c'est des situations qui
regardent où on est intervenu ou qu'on doit intervenir éventuellement.
Et le PDG des CISSS et des CIUSSS, il a
plein de missions. La mission de l'urgence des services préhospitaliers, c'est
un grain de sable dans l'engrenage, là, vous comprenez? Puis nous autres, la
rapidité d'intervention... On est en situation de sinistre, il faut réagir, il
faut être là, il faut être au rendez-vous puis il ne faut pas se tromper.
M. Bonnardel : Je reviens sur
les opérations, juste pour bien comprendre comment vous fonctionnez versus,
exemple, Sûreté du Québec. Quand je leur ai posé la question : Il arrive
une situation d'urgence, vous évaluez, selon la gradation x, y, qu'il faut
envoyer x nombres d'ambulances, x nombres de paramédics, est-ce que les
sociétés ont le pouvoir de dire à ces femmes, à ces hommes : Tu sors de
vacances. On t'appelle. Ça sonne, c'est bip-bip, 9-1-1, on a une situation...
Comment ça fonctionne pour répondre rapidement, rapidement à ces urgences?
Parce que ceux qui sont sur le terrain sont là, bien là, il faut qu'ils
finissent leur quart de travail, puis les autres... là, François, il faut en
envoyer x. Comment... C'est quoi, le modus operandi, là, des opérations?
M. Sylvain (Bernier) : Oui,
c'est intéressant. Bien, naturellement, comme service d'urgence, on ressemble
énormément aux autres services d'urgence, là, avec lesquels on traite : la
Sûreté du Québec, services de police ou différents services d'incendie. On a la
capacité de mobiliser. C'est un régime un peu paramilitaire, là, si on peut le
prendre ainsi, c'est-à-dire qu'en situation de sinistre, naturellement, on a
des dispositions, notamment dans nos conventions collectives de travail, mais
aussi dans l'organisation, pour être en mesure de requérir tout notre personnel
en temps requis, procéder aux changements d'horaire de travail, par exemple,
annuler des congés puis de noliser des groupes de travail. C'est à l'intérieur
de nos organisations. Et, naturellement, on a des liens avec nos différents
partenaires de services ambulanciers, de plusieurs entreprises ambulancière,
naturellement, pour que nos collègues puissent venir en aide. On a
l'interopérabilité des zones, la perméabilité, de sorte qu'on peut s'assurer
que, si on n'est pas en mesure de répondre avec nos paramédics sur notre
territoire, qu'on peut compter sur les collègues alentour de nous pour être
capables de pouvoir mobiliser ces troupes-là en temps requis.
Naturellement, cette évaluation-là, puis
c'est à juste titre que vous le dites, M. le ministre, cette évaluation-là,
elle se fait sur le terrain, d'une part, donc, quand on a l'évaluation sommaire
de ce qui se passe aux postes de commandement terrain, mais, par la suite,
c'est à la cellule de crise que ça se passe, c'est à la cellule de crise où là
on analyse l'ampleur avec les collègues, qu'on prend les décisions de
mobilisation des ressources : Est-ce que, là, c'est des mobilisations
intrarégionales, intrazones, provinciales, à la limite, jusqu'où on mobilise?
Et ça, on le fait en collaboration, naturellement, avec notre partenaire du
CISSS qui est avec nous, dans lequel il y aura une cohésion de décisions qui
permettront notamment... parce qu'on peut mobiliser des ressources, mais il
faut s'assurer quand même qu'on les a, et dans quel moment on va pouvoir les
avoir, c'est quoi le temps de disponibilité, les ressources matérielles,
humaines, etc.
Donc, si ça peut répondre à votre
question, c'est plus... ce n'est pas opérationnel, c'est paramilitaire, là.
M. Bonnardel : Oui, bien,
c'est les termes qu'ils ont utilisés hier, donc vous me rassurez quand vous me
dites... quand vous me dites ça, là.
M. Toussaint (Sébastien) : Mais,
pour vous rassurer encore davantage, c'est dans les gènes de nos paramédics.
M. Bonnardel : Oui, j'imagine,
j'imagine.
M. Toussaint (Sébastien) : Nos
paramédics, là, il n'y a personne qui dit... ils lèvent tous la main. Puis je peux
vous dire qu'à Sept-Îles, dans la région de Sept-Îles, sur la Côte-Nord,
Chibougamau, nos paramédics ont été exemplaires, exemplaires. Ils étaient au
rendez-vous, puis ils passaient des heures interminables. Donc, chapeau à nos
employés. Ils sont vraiment dédiés aux services d'urgence.
M. Bonnardel : Oui, ça fait
que j'imagine que Laval puis Montréal, même vous avez dit qu'ils ne sont pas
parties de la corporation, là, ont la même façon de faire, le même «thinking»,
comme tel...
M. Toussaint (Sébastien) : C'est
sûr, c'est sûr.
M. Beaulieu (Jocelyn) : Mais
il y a d'autres entreprises qui ne font pas partie de la corporation non plus.
Comme Sylvain disait, on a quand même des interrelations avec tous tes
collègues autour, parce que mon voisin de zone, ça ne veut pas dire qu'il est
membre de la CSAQ, il peut être membre de la... il peut être membre d'une autre
association, mais on a tous cet échange-là, quand même, entre nous, et cette
solidarité-là pour être capables de faire face aux sinistres. Puis, comme
Sébastien dit : Levez la main, là, on n'a pas de misère <à ce que
nos paramédics...
M. Beaulieu (Jocelyn) :
...pour
être capables de faire face aux sinistres. Puis, comme Sébastien dit :
Levez la main, là, on n'a pas de misère >à ce que nos paramédics puis
nos RMU, parce qu'on l'a vécu à Québec il n'y a pas longtemps, les RMU lèvent
la main aussi, là. Il n'y a pas de... il n'y a aucune problématique avec ça.
M. Bonnardel : Merci. Si mes
collègues ont des questions...
Mme Jeannotte : Bien oui.
Bien, bonjour. Moi, je m'appelle Chantale Jeannotte.
Le Président (M. Schneeberger) : Mme
la députée de Labelle.
• (12 h 30) •
Mme Jeannotte : Merci, M. le
Président. Je suis du comté de Labelle, puis on a vécu la menace de la digue
Morier qui menaçait de céder. Puis je peux comprendre très bien ce que vous
voulez dire, dans le fond, parce que... Pourquoi vous ne seriez pas là au
premier chef, dans le fond? Après, ça ne veut pas dire que vous avez besoin
d'être là tout le temps, mais... Ça fait que je l'ai vécu, le fait que vous
n'étiez pas autour de la table, ça fait que je peux très bien comprendre leur
point de vue, là, pour intervenir après. Mais j'étais curieuse de vous entendre
sur la réserve d'intervention d'urgence, comment vous voyez ça? Voyez-vous ça
d'un bon œil ce que... ce qu'on propose, là, en cas de sinistre, de mettre sur
pied une réserve d'intervention d'urgence?
M. Toussaint (Sébastien) : Bien,
écoutez, si ça peut... Nous, notre donneur d'ouvrage, c'est le CISSS, hein? Si
ça peut donner plus de capacité au CISSS, de rapidité de donner les
autorisations... Parce que, tu sais, nous, dans nos entreprises, on dit
toujours : On regardera après la crise, là, tu sais. Tu sais, on ne
regarde pas le chéquier puis on ne regarde pas qu'est ce qu'on fait. Tu sais,
on intervient, là. Si on est en situation d'urgence, on doit donner le service.
Mais si ça permet justement de lubrifier mieux les décisions, de permettre de
rassurer les décideurs qu'ils vont être... qu'ils vont être plus en mesure de
prendre... d'avoir les coudées franches, bien, on voit qu'il y a un côté
positif, là.
Mme Jeannotte : Merci
beaucoup. C'est excellent. Sinon, je n'ai pas d'autre question pour le moment.
M. le ministre.
Le Président (M. Schneeberger) : Bien,
il reste 10 secondes de toute façon, alors c'est pas mal... c'est pas mal
terminé. Alors, nous allons maintenant du côté de l'opposition officielle, et
j'entends la députée de Mille-Îles.
Mme Dufour : Merci, M. le
Président. Alors, d'abord, merci, messieurs, pour vos... votre exposé. D'abord,
je vais peut-être revenir sur l'élément que vous avez mentionné que, «lorsque
requis», hein, que votre... que vous devriez faire partie de la cellule de
crise lorsque requis, mais à quel moment ce ne serait pas requis, des exemples?
M. Toussaint (Sébastien) : On
a juste à penser à un incendie qui est dans une situation non peuplée. On n'a
pas besoin d'être dans... dans la cellule de crise pour être présents. Ça
s'approche d'une agglomération tranquillement, woups, on intervient, on vous
amène à la table, parce qu'éventuellement peut-être que ça peut être... il peut
avoir une mobilisation des paramédics éventuellement. Donc, c'est dans ce...
dans cette perspective-là. Est-ce qu'on pense qu'on va devoir mobiliser,
utiliser les services préhospitaliers? Et, si c'est dans cette optique-là,
bien, il y a plusieurs... il y a une panoplie de situations qui s'invitent à ça.
Puis, dans une même situation, il peut arriver, comme on disait, que ce soit
pertinent au début, puis qu'après ça ne l'est plus pertinent, parce que l'enjeu
est tout autre, ou que c'est l'inverse, ça devient de plus en plus pertinent
dans le dénouement du sinistre.
Mme Dufour : Mais est-ce
qu'il n'y a pas un risque que, si vous ne faites pas partie de la cellule de
crise à tout moment, que ça manque... qu'il n'y ait pas... qu'il y ait
quelqu'un qu'il demande que vous devriez en faire partie, tu sais, puis...
M. Toussaint (Sébastien) : Bien,
ça fait partie de notre troisième recommandation, tu sais. Si la loi prévoit
qu'on est... qu'on est inscrit dans la cellule de crise puis qu'on peut être
présents à la cellule de crise, nous autres, on travaille en collaboration.
Donc, si, après ça, au niveau de la gouvernance, on s'aperçoit qu'on n'a pas
été interpellés au bon moment ou on nous a fait intervenir à la cellule de
crise à la toute dernière minute, donc on n'a pas utilisé les moyens qu'on a,
qui sont dans la loi, je vous dirais que c'est là qu'on va pouvoir revoir de
nos apprentissages puis dire : Bien, il faut voir différemment. Mais
est-ce qu'on doit être systématiquement... On ne peut pas... on ne peut pas
donner cette nomenclature-là, mais de façon... en tout cas, c'est la
terminologie qu'on a trouvée qui était plus adéquate.
M. Bernier (Sylvain) : Oui.
Bien, en fait, j'aurais tendance à vous dire : Bon, plus on dispose
d'informations, mieux on est en mesure de réagir. Maintenant, il faut s'assurer
aussi d'une certaine cohérence dans les cellules de crise. On ne veut pas les
surcharger. On ne veut pas s'assurer qu'il y ait des gens qui ne soient pas
nécessairement nécessaires à ce moment-là. Donc, notre objectif était justement
de s'assurer d'une saine cohésion de la cellule de crise puis d'éviter qu'elle
soit surchargée. Donc, c'est un peu dans ce sens-là qu'on dit : Bien,
lorsque c'est pertinent, parce qu'on ne veut pas justement être un acteur, là,
qui...
Maintenant, un coup, je vous dis ça,
j'aurais tendance à vous dire : Bien, naturellement, plus souvent on est
impliqués, mieux c'est. On prêche pour notre paroisse. Mais... mais, naturellement,
plus on a d'informations, même si on n'est pas actifs, plus on détient des
sources d'information, puis ça nous permet de mieux réagir, naturellement, plus
on est... plus on est préparés. On en a parlé, hein, la meilleure réponse,
c'est la préparation à l'attaque. Au hockey, on va vous dire que la meilleure
attaque, c'est la défense. Mais, essentiellement, c'est être en mesure...
12 h 30 (version révisée)
M. Bernier (Sylvain) : ...la
meilleure réponse, c'est la préparation à l'attaque, là. Au hockey, on va vous
dire que la meilleure attaque, c'est la défense, mais essentiellement c'est d'être
en mesure de pouvoir se préparer à faire face à ces... à ces diverses
situations là. Mieux on est préparés, mieux on va pouvoir y répondre.
Mme Dufour : Mais... mais il
est là ma... mon questionnement, c'est que, pour agir en prévention, il faut
être là dès le début, parce que si on vous interpelle juste au moment où il y a...
c'est maintenant rendu urgent, mais vous ne pouvez plus être en prévention.
M. Bernier (Sylvain) : Mais
vous l'avez bien dit, c'est là où tout le sens doit le... prend, c'est si on
nous appelle quand là c'est rendu urgent, effectivement, on est d'accord avec
vous, c'est trop tard.
Maintenant, des fois, dans certaines
situations de sinistre, puis Dr Toussaint en a parlé, si on parle d'incendies
de forêt, par exemple, dans le nord du Québec, où il n'y a pas de communauté,
il n'y a pas de... bon, quand même qu'on n'y serait pas, oui, peut-être qu'on
aura un bagage d'informations, mais il ne nous sera pas grandement utile, donc
on peut certainement...
Mais... mais il faut, je pense, que... que
la... que la cohésion... qu'on puisse déjà alimenter les équipes quand on pense
qu'il va y avoir... pas quand on est en situation d'urgence, mais quand on
pense que les services vont pouvoir être sollicités, parce qu'on s'approche de
communautés, par exemple, là, c'est utile.
Donc, il y a un... il y a un point, là, de
friction, entre guillemets, là, où on doit...
M. Toussaint (Sébastien) : Puis
il y a un aspect, excusez-moi, il y a un aspect qui est peut-être très
pertinent dans ce que vous dites, là, de... du fait d'être plus présent que
moins présent, il y a l'aspect, tu sais, je vous ai parlé de l'aspect rapidité
d'anticipation, mais l'aspect de collaboration avec les autres services d'urgence.
Si je ne sais pas c'est quoi le
déploiement que la police puis les incendies font sur le territoire, puis qu'ils
ont peut-être besoin de mon support tantôt parce qu'ils ont des gens à risque,
bien, j'ai besoin de le savoir puis ce n'est pas quand on va faire un appel au
9-1-1 puis qu'on va dire : Bien, venez! Mais comment ça ils sont rendus là
les pompiers? Comment ça qu'ils font ça puis on n'est pas au courant de ça?
Vous comprenez?
Ça fait que cet aspect-là de
collaboration, il était peut-être très pertinent dans vos commentaires.
Mme Dufour : Bien, exactement.
Puis, tout à l'heure, vous parliez que, bien, lorsqu'il n'y a pas de communauté
proche d'un feu, mais il y a des employés sur le terrain puis eux sont à risque
d'avoir besoin de services ambulanciers s'il y a des blessures.
Donc, je comprends que c'est plus
important de vous... vous impliquer en amont, là.
Une voix : ...
Mme Dufour : Excellent. Je
veux peut-être... Parce que vous parlez dans votre mémoire, là, des... des...
de la communication qui, actuellement, des fois, est déficiente. Actuellement,
comment ça se fait? Parce que vous donnez des exemples où vous apprenez des
choses a posteriori, des fermetures de routes, par exemple, lors d'inondations,
de tempêtes, etc., puis évidemment vous utilisez le réseau, là, pour vous
déplacer.
Donc, comment ça se fait actuellement?
Est-ce qu'il y a un protocole pour communiquer ces... ces éléments-là?
M. Bernier (Sylvain) : Non,
il n'y a pas de... il n'y a pas de protocole particulier, là, pour... pour...
pour ce type de communication là.
En fait, nous, la communication, comme on
vous disait, on le déploie sur le terrain, on a la communication avec nos
intervenants.
Souvent, la communication, comme je vous
expliquais un peu plus tôt, il y a les services incendie, les services de
police sont à la cellule de crise, donc, eux autres sont... sont directement
informés. Nous, c'est souvent par... soit par notre coordonnateur des SPU, des
services préhospitaliers d'urgence, qui va nous... nous relayer certaines
informations, naturellement, celles qu'il va juger utile de pouvoir nous
transmettre.
Alors que sur le terrain, des fois, comme
j'expliquais un peu plus tôt, on, donc, discute avec les intervenants d'urgence
dans notre poste de commandement, qui nous dit : Oui, mais là la cellule
de crise nous a donné telle orientation, on est en train d'évacuer. Là, tu sais :
On est en train d'évacuer? Là, woup! là, nous, on reçoit l'information parce
que là notre coordonnateur des SPU, lui, il fait... il a... bon, il a appelé ces...
ces différentes personnes puis il est rendu à notre tour, donc va nous appeler
également.
Donc, il y a... il y a une lenteur, d'une
certaine façon, dans cette... dans cette communication-là qui, pour nous, est
essentielle si on veut être en mesure de pouvoir, là, échanger, là, dans les
mesures d'urgence.
M. Toussaint (Sébastien) : ...un
exemple, là. Dernièrement, lorsqu'il y a eu la fermeture du pont la Touzel dans
la région de Sept-Îles, le lien primaire de circulation était fermé
complètement. Pas informés.
Nous, on avait les ambulanciers qu'il
fallait changer en relève sur le territoire, on monte à Natashquan, on monte à Havre-Saint-Pierre,
il y a du monde qui travaillent là qui viennent d'autres régions, etc. On a été
obligé de faire un... un pont par bateau, par chaloupe avec les pêcheurs pour
traverser nos paramédics pour pouvoir faire la continuité des services plus
loin.
Ça fait que vous comprenez qu'il y a une
importance, là, de communication, d'intégration, il y a un réflexe à déployer
en nous mettant dans un... un centre de crise. Et ce réflexe-là, c'est de
renforcer les habitudes qui sont faites sur le terrain quand on est en poste de
commandement puis qu'on travaille en triumvirat avec les services de police et
incendie.
Mme Dufour : C'est quand même
étonnant parce que, normalement, tout ce qui est services d'urgence devrait
faire partie... puis là ce que je comprends que ce n'est pas le cas dans votre...
votre situation.
M. Bernier (Sylvain) : ...recommandation.
Mme Dufour : Parfait. Je voudrais
peut-être vous entendre sur les centres de communication santé qui... Bon, vous
dites qu'en Alberta, en Ontario, en <Colombie-Britannique......
Mme Dufour :
...communication
santé qui... Bon, vous dites qu'en Alberta, en Ontario, en >Colombie-Britannique...
ici, on dit... on... ce qu'on comprend, c'est qu'il y aurait comme deux silos,
là, deux... deux centres distincts, là, de deux... deux canaux distincts, mais
qu'en Ontario, en Alberta, en Colombie-Britannique ce n'est pas le cas et que
là-bas on a même vu des retombées économiques bénéfiques. Donc, je voudrais
vous entendre peut-être là-dessus.
• (12 h 40) •
M. Toussaint (Sébastien) : Oui.
Ce qu'il faut comprendre, c'est que nos centres de communication santé, c'est
santé, tu sais, on s'occupe des appels santé, on s'occupe du déploiement des
ambulances sur le territoire, on gère la circulation des priorités. On est
capables de faire une gestion de risques comme j'expliquais tout à l'heure.
Mais ce qui est le nerf de la guerre,
c'est l'infrastructure technologique de ces centres-là, et ça, c'est relié au
ministère de la Sécurité publique, c'est relié à des ententes 9-1-1. On
est soumis, dans les CCS, à signer des ententes 9-1-1. Par exemple, le
ministère de la Santé a refusé de signer ces ententes 9-1-1 là dans... dans
la dernière mouture, alors que la Sûreté du Québec a signé provincialement,
alors que l'Union des municipalités<i> ont tous signé ensemble.
Mais ces normes-là, les normes
canadiennes, les technologies intégrées au niveau des centres d'appels
d'urgence, elles doivent être les mêmes. Et si on n'est pas en mesure d'avoir
les mêmes puis qu'on ne répond pas aux normes, ils vont nous débrancher sur le
9-1-1. Donc, on... le centre va être inopérant demain matin.
Donc, le lien, je vous dirais,
fonctionnel, technologique et l'expertise technologique, c'est du côté du
ministère de la Sécurité publique, les ententes 9-1-1. Il faut qu'on soit
inclus comme un centre d'urgence.
Le ministère de la Santé peut déterminer
des normes, mais si ces normes-là sont en déphasage ou pas en alliance avec les
technologies et le déploiement des nouvelles technologies... Vous savez comment
ça fonctionne, là, on va rentrer avec les nouveaux textos, les images, la
géolocalisation 3D, il faut que ces arrimages technologiques là soient faits
dans le temps en même temps que les autres centres d'urgence puis cette
communication-là, cette interrelation intime doit demeurer.
Mme Dufour : Pourquoi vous
croyez que ce n'est pas le cas présentement?
M. Toussaint (Sébastien) : Bien,
actuellement, la loi du SPU<i> couvre l'aspect de gouvernance, hein, la
gouvernance surtout des centres de communication santé. Et la loi du côté de la
sécurité publique, on pense que c'est celle-là qui amène sous le joug des
centres d'urgence, donc, tout l'aspect technologique, l'aspect normatif, autant
de la technologie, mais de l'infrastructure, des bâtiments, des exigences
d'opération.
Donc, je pense qu'au point de vue
strictement de l'organisation il faut continuer dans cette lignée-là puis il
faut la renforcir pour être unifié de plus en plus, d'être synchrone avec les
autres centres, avoir une belle collaboration, une belle coordination.
Le trou qu'on peut ouvrir, là, dans la...
dans le projet de loi actuel pourrait faire en sorte qu'on distingue, puis
qu'on ne soumet pas aux mêmes normes, puis que tranquillement, bien, on soit en
défaut par rapport à des normes canadiennes avec des ententes 9-1-1 ou
qu'on se fasse même débrancher.
Mme Dufour : Merci. Il me
reste quelques secondes. Je veux juste vous entendre sur la formation actuelle
des paramédics.
Est-ce que vous considérez qu'elle est
suffisante pour répondre aux sinistres puis est-ce que vous pensez aussi que
vous devriez faire partie de la formation qui va se faire à la banque de
réserve, là, des réservistes, là?
M. Toussaint (Sébastien) : C'est
sûr que, la formation, tu sais, il faut toujours militer pour en faire
davantage, s'adapter, répondre aux nouvelles réalités.
Donc, nous, on est sujet, encore là, avec
notre donneur d'ouvrage qui est le CISSS. On travaille en collaboration
là-dessus. Donc, je pense que l'apprentissage postcrise fait partie de ça.
Est-ce qu'on doit déployer des
simulations? Est-ce qu'on doit développer un curriculum de formation continue
davantage pour nos paramédics, pour renforcir des interventions en situation de
sinistre ou en situation de crise précise? Ça, ça fait partie justement de ce
que le système doit être apprenant, puis qu'on doit être, dans le temps,
capable de s'adapter.
Et si cette enveloppe-là peut servir à ça,
bien, c'est très salutaire pour l'ensemble du réseau préhospitalier d'urgence
puis autant pour les centres de communication santé.
Une voix : ...
Le Président (M. Schneeberger) : Merci.
Oui, on n'a pu... Déjà 25 secondes au départ, ça fait qu'il faut que je
vous coupe, à un moment donné, là.
Alors, nous allons maintenant du côté de
la deuxième opposition, et j'entends la députée de Sherbrooke.
Mme Labrie : Merci, M. le
Président. Je dois dire que je suis quand même surprise d'entendre que vous ne
faites pas partie des cellules de crise parce qu'effectivement, vous avez parlé
de triumvirat, c'est assez clair que vous faites partie des intervenants <d'urgence...
Mme Labrie :
...de triumvirat,
c'est assez clair que vous faites partie des intervenants >d'urgence.
J'aimerais ça que vous m'éclairiez
peut-être parce que c'est un dossier que je ne connais pas bien. Qui décide de
la composition d'une cellule de crise quand il y a un sinistre, par exemple?
M. Beaulieu (Jocelyn) : ...qui
détermine, là, qui a l'autorité, puis c'est un peu pour ça qu'on la modifie et qu'on
veut l'améliorer.
Ça fait que c'est vraiment au niveau de
la... plus de la sécurité civile qui... puis le CISSS détermine... Des fois, on
a vu des PDG de CISSS qui étaient à la cellule de crise. D'autres fois, on a vu
que c'était des coordonnateurs. Ça fait que c'est vraiment dans cette cour-là
que ça se joue.
Mme Labrie : Mais vous vous
adressez à qui vous, par exemple, si, sur un territoire x, il y a une
situation, puis vous estimez que vous devriez faire parce la cellule de crise?
Ça a dû arriver que vous le demandiez, j'imagine.
M. Beaulieu (Jocelyn) : On va
travailler avec le CISSS. On va travailler en collaboration avec le CISSS ou le
CIUSSS de la région où le sinistre arrive. Nous, c'est vraiment... Notre lien
est vraiment avec le CISSS.
M. Bernier (Sylvain) : Quand
on parlait de défi de communication, bien, c'est un peu ça, c'est que nous, là,
notre intervenant avec lequel on oeuvre au niveau de la... des sinistres, c'est
avec notre CISSS. Donc, c'est notre intervenant avec lequel on collabore. On a
une excellente collaboration, soit dit en passant, c'est nécessaire qu'il soit
là, mais, en même temps, ce n'est pas l'intervenant terrain.
Et donc, dans la cellule de crise, ce
qu'on retrouve, c'est naturellement les dirigeants d'intervenants terrain pour
lequel il y a une efficacité, on pense être en mesure de pouvoir...
Donc, c'est quand je vous parlais de
déphasage, de communication, des fois, ou d'information, bien, c'est
naturellement celui qui la traite qui juge ce qui est bon à transmettre sur le
terrain, avec toute la bonne volonté qu'il a, naturellement.
Donc, et on pense qu'on pourrait faire
bénéficier de l'expertise qu'on a sur le terrain.
Mme Labrie : Donc, ça arrive
que vous le demandiez puis qu'on vous refuse de faire partie d'une cellule de
crise. Qu'est-ce qu'on vous donne comme argument?
M. Bernier (Sylvain) : Oui,
oui, c'est déjà arrivé. Puis quand je vous ai parlé des inondations du
Richelieu, ça a été... c'en était un des cas où on disait : On pense qu'on
devrait être présent à chacune des conférences, par exemple, téléphoniques du
matin, de la cellule de crise, où on nous disait : Bien, on est déjà là,
on a déjà l'information, on n'a pas besoin d'amener des intervenants
supplémentaires. On pense qu'on va être capables de vous transmettre
l'information. Bon.
Et c'est là qu'il y avait certaines
difficultés d'arrimage, parce que, sur le terrain, l'information qu'on
recevait, quand on travaillait avec nos collaborateurs, bien, des fois, ils nous
disaient : Bien, tu n'es pas au courant de ça, vous n'avez pas échangé ça.
Donc, c'est plus à ce niveau-là, je vous dirais.
Mme Labrie : OK. Ça fait que
même quand vous vous faites répondre : Ah! non, on est en mesure de vous
transmettre l'information, vous n'avez pas besoin d'être là. C'est ça qu'on
vous dit, là. Si vous leur amenez des exemples que, justement, il y a eu des
lacunes de communication, vous avez quand même de la difficulté à intégrer la
cellule de crise.
M. Toussaint (Sébastien) : On
n'est pas reconnus, donc, dans la loi, donc ils n'ont pas d'obligation de
nous... de nous inclure dans... dans une cellule de crise. Donc, c'est cet
aspect-là qu'on veut donc...
Donc, il faut vraiment qu'on soit présent
parce qu'on travaille en collaboration.
Une fois que la cellule de crise est
faite, c'est toujours notre capacité d'anticipation, c'est notre capacité
d'évaluer les activités terrain, notre connaissance du terrain. C'est ça qu'on
veut être en mesure de déployer le plus rapidement possible.
Mme Labrie : Ça fait que
c'est à vous qu'il faudrait le demander, dans le fond. Dans la loi, ce que vous
voulez, c'est qu'on prévoit que ce soit demandé systématiquement à vous, si
vous le jugez pertinent dans cette situation-là.
M. Beaulieu (Jocelyn) : Nous,
ce qu'on veut, c'est que la loi de la police<i>, la loi des incendies<i>,
c'est déjà écrit dans leur loi à eux qu'il faut qu'ils soient là. Il faut
qu'ils soient lors des crises. Ça fait que nous, les amendements qu'on propose,
c'est de dire : Bien, allez modifier la loi, parce que ça fait partie des
lois que vous pouvez modifier avec le projet de loi, allez modifier la loi des
SPU qui va venir dire qu'à tel point c'est l'article... que le CCS va faire
partie, que l'entreprise ambulancière va être aussi partie prenante.
Ça fait qu'en venant modifier cette loi-là
on nous permet d'être là. C'est vraiment comme ça que ça se passe avec la Loi
sur la police puis la loi sur les incendies<i>. C'est dans leur loi à eux
que c'est prévu.
M. Bernier (Sylvain) : ...à
négocier notre présence dans une cellule de crise. Je pense que ça va de soi
que notre expertise...
Puis ce n'est pas parce qu'on y tient,
hein, c'est parce qu'on pense que notre présence va être collaboratrice,
qu'elle va permettre de mieux répondre aux besoins des citoyens, mieux répondre
aux besoins des services d'urgences. C'est ça, notre objectif.
On veut bien servir nos citoyens. Nos
paramédics veulent bien servir le citoyen. Donc, c'est ça, l'objectif.
Mme Labrie : Puis peut-être
juste très rapidement parce qu'il ne me reste pas beaucoup de temps, votre
dernière recommandation sur le comité, plus de suivi, est-ce qu'il existe déjà,
à l'occasion, des comités comme ça, pour adopter de meilleures pratiques pour
la suite?
M. Toussaint (Sébastien) : En
fait, il y a des débriefings terrain, là, sur des interventions précises en
situation d'urgence, ça, ça se fait communément. Mais on veut s'inspirer de ça,
mais au niveau de la gouvernance, donc de regarder comment on a géré, au niveau
de la gouvernance, la crise. Comment on... Est-ce que les communications ont
bien été? Est-ce qu'il y a des bons coups qu'on a faits? Est-ce que les
prochaines crises, est-ce qu'on va s'y prendre de la même façon dans la cellule
de crise? Est-ce qu'on va faire une planification? Est-ce qu'on va faire
rentrer les... les SPU dès le début puis on va leur dire : Bien, sortez,
si vous n'avez pas besoin d'être présents dans la cellule de crise?
C'est toute cette rétroaction-là d'être
capable de regarder, de regarder ce qu'on fait pour être une organisation
d'urgence <apprenante...
M. Toussaint (Sébastien) :
...regarder
ce qu'on fait pour être une organisation d'urgence >apprenante.
Et le projet de loi est extraordinaire en
lien avec la prévention des sinistres, la prévention des événements. Et là,
nous autres, on dit : Bien, profitons-en pour dire : On va être bon
dans la... dans notre mobilisation future. On va pouvoir augmenter, justement,
notre expertise de travailler conjointement, les services d'urgence, puis notre
réactivité, puis de passer de la réactivité à l'anticipation puis à la rapidité.
Mme Labrie : Merci.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci.
Merci beaucoup pour votre précieuse collaboration.
Alors, ceci met un terme pour ce matin.
Alors, nous reprenons nos travaux à 15 heures.
(Suspension de la séance à 12 h 50)
14 h 30 (version révisée)
(Reprise à 15 heures)
5909
Le Président (M.
Schneeberger) : Alors, bon après-midi à tous. Alors, nous reprenons
les travaux. Alors, nous recevons cet après-midi les représentants du Conseil
de l'industrie forestière du Québec. Alors, bonjour à vous quatre.
Dans un premier temps, je vous demanderais
de vous présenter et puis, après ça, vous avez 10 minutes pour votre
mémoire. Et, par la suite, on va procéder à une période d'échange avec les élus.
Alors, vous avez la parole.
M. Samray (Jean-François) : Alors...
excusez-moi. M. le Président, M. le ministre, Mmes, MM. les députés, mon nom
est Jean-François Samray. Je suis le président-directeur général du Conseil de
l'industrie forestière.
Comme vous le savez, le CIFQ est le
principal porte-parole des entreprises du secteur forestier au Québec,
représente les entreprises de sciage de résineux, de feuillus, de déroulage, de
pâtes, de papiers, de cartons, de panneaux, qui possèdent des usines sur le
territoire ainsi que sur les entreprises de biens et services qui les
supportent.
Notre organisme se consacre à la défense
des intérêts des entreprises, à la promotion de leur contribution au
développement socioéconomique, à la gestion intégrée et à l'aménagement durable
des forêts, de même qu'à l'utilisation optimale de la ressource renouvelable qu'est
le bois issu des forêts québécoises.
Je suis aujourd'hui en compagnie de M.
Éric Couture, vice-président aux opérations du Groupe Crête, de M. Jonathan
Perron, directeur Foresterie, pour la compagnie <i>Résolu, dans les
régions de la Mauricie et du Lac-Saint-Jean, et de Mme Caroline Flaschner, qui
est analyste en politiques et en pratiques forestières chez nous.
Nous sommes très heureux d'être ici devant
vous aujourd'hui pour échanger sur les dispositions du projet de loi n° 50,
notamment, notamment, parce que la forêt est source d'emplois, de création de
richesses et de retombées économiques en aménagement, en voirie, récolte,
transport, transformation primaire, secondaire, tertiaire dans les très nombreuses
usines situées sur l'ensemble du territoire. Par leurs activités, nos membres
supportent le tissu socioéconomique de plus de 900 municipalités du Québec
et contribuent à la qualité de vie de l'ensemble de la population en général.
L'aménagement durable de la forêt et la
mise en valeur du bois font partie de la solution pour assurer le maintien d'écosystèmes
résilients et en santé, sièges de la biodiversité propre à la forêt québécoise.
L'aménagement forestier en général et les travaux sylvicoles contribuent à la
mitigation des impacts négatifs des feux de forêt sur les communautés
forestières.
Les scientifiques l'affirment et les
données du GIEC issues du sixième rapport sur l'état du climat le confirment :
les risques et les impacts des changements climatiques associés aux écosystèmes
vont s'accentuer au cours des prochaines décennies. Ceci étant, les changements
climatiques pourraient avoir un effet sur la sévérité, la fréquence, l'étendue
des perturbations, notamment sur la tordeuse des bourgeons de l'épinette et sur
les feux de forêt. Il est donc impératif d'assurer la sécurité des communautés
forestières simultanément avec la protection de l'actif forestier.
Dans le même rapport, le GIEC est sans
équivoque sur l'importance de substituer les matériaux intensifs en carbone
dans le secteur de la construction par du bois issus de forêts aménagées de
façon... aménagées de façon durable afin de réduire les émissions de GES et les
changements climatiques qu'ils induisent. Afin de réaliser sa stratégie d'utilisation
du bois dans la construction simultanément avec la stratégie nationale de
production de bois, le Québec doit s'assurer de protéger son actif forestier
des incendies et des ravageurs.
Les entreprises... Les entrepreneurs
forestiers sont quotidiennement à l'oeuvre sur le territoire québécois et
connaissent très finement sa topographie.
CIFQ a soulevé, le 17 novembre
dernier, lors de l'examen post-mortem des feux effectué par le MRNF, la
pertinence de mettre sur pied une force de réserve civile servant notamment à
la lutte des incendies.
Donc, dans nos recommandations,
principalement, M. le Président, permettez-moi maintenant de vous les
présenter, et ce, en regard des dispositions touchant au premier plan les
activités de nos membres sur le territoire québécois.
Tout d'abord, la protection de l'actif
forestier. Nous sommes d'avis que les nouvelles dispositions législatives ne
permettent pas d'indiquer le rang d'importance que revêt la protection des
forêts, indépendamment de la protection des communautés et des infrastructures
stratégiques, notamment dans l'article 1.
En effet, lors des situations de lutte
contre les incendies, les mécanismes de priorisation doivent prendre en
considération les conséquences de choix non-intervention en laissant une forêt
à elle-même contre le feu. Le bilan 2023 de la SOPFEU est on ne peut plus
parlant : 566 incendies ont ravagé 1 million d'hectares en zone
de protection intensive...
15 h (version révisée)
M. Samray (Jean-François) : ...incendies
ont ravagé 1 million d'hectares en zones de protection intensive, alors que 147 feux
en ont ravagé 3,2 millions en zones nordiques. Sans protection intensive,
trois fois moins de feux ont ravagé trois fois plus de superficies au cours de
l'été 2023. Force est donc de constater l'importance d'une lutte musclée
contre l'élément destructeur afin de protéger l'actif forestier québécois. Pour
ces raisons, le CIFQ recommande de rééquilibrer le projet de loi n° 50 et
la mission de l'organisme de protection des forêts avec la mission actuelle de
la SOPFEU pour accorder une place d'importance à la protection des forêts,
lesquelles représentent un actif forestier contribuant de matière... de manière
significative à l'économie du Québec et de ses régions.
En matière de gouvernance, l'expérience
vécue au cours de l'été 2023 a mis en lumière certaines lacunes en matière
du commandement. Le CIFQ espère que le rapatriement de l'organisme de
protection contre les incendies de forêt sous la juridiction du ministère de la
Sécurité publique permettra de mieux cadrer ses champs d'intervention et de
bien camper la répartition des responsabilités des différents intervenants lors
de l'occurrence d'un feu de forêt. La SOPFEU possède une expertise reconnue
dans la lutte contre les incendies de forêt, et nous sommes d'avis qu'il est
souhaitable que cette expertise demeure et que l'organisation conserve la latitude
d'intervention en tant que chef de file dans ce domaine. Afin d'être en mesure
d'exercer une mission claire et de permettre la latitude requise dans ses
actions de protection des forêts, le CIFQ recommande que soient mieux définis
les mécanismes de gouvernance entre les différentes instances décrites aux
articles 37 à 42 du projet de loi afin de préciser sur quelle échelle se
situe l'organisme de protection contre les incendies.
En matière d'accès au territoire, bien que
les interventions aériennes soient capitales pour freiner la propagation des
feux, les interventions de lutte... de lutte au sol sont obligatoires pour
procéder à l'extinction des feux et assurer la sécurisation des superficies
affectées et des communautés situées à proximité. Parmi les grandes
orientations des objectifs nationaux en matière de sécurité civile, le CIFQ
recommande que soit formalisé un plan d'accès au territoire forestier public
prévoyant le maintien et l'entretien de réseaux de chemins forestiers qui
permettent l'efficience des activités de lutte au sol en plus de favoriser les
opérations d'évacuation des usagers de la forêt.
Maintenant, le rôle de l'industrie dans la
lutte contre les feux. Historiquement, l'industrie forestière a été longtemps
partenaire de la SOPFEU dans les interventions de lutte contre les incendies de
forêt. L'industrie disponibilisait du personnel qui était formé par la SOPFEU
pour intervenir lorsque requis. Au fil des années, la SOPFEU a connu diverses
vagues de rationalisation de ses effectifs financiers, matériels et humains. De
même, l'industrie forestière a subi des changements majeurs dans son mode de
fonctionnement en forêt. Ses équipes d'intervention au sein de l'industrie
forestière ont donc peu à peu disparu. Lors d'épisodes... des importants...
Lors d'épisodes importants d'incendies forestiers, les travaux d'aménagement
forestier sont généralement en arrêt, disponibilisant ainsi un bassin de main-d'œuvre
et d'équipement mécanisé pouvant être mis à la disposition de l'organisme de
protection contre les incendies de forêt. L'accès à ces ressources
additionnelles pourrait contribuer à élargir la force de lutte et permettrait d'allouer
des effectifs tant à la protection des communautés et des infrastructures qu'à
la protection des forêts et de la matière ligneuse. Le CIFQ recommande donc la
mise en place d'un modèle de gouvernance permettant une implication plus grande
de l'industrie forestière, permettant de mettre à contribution ses équipements,
ses ressources humaines pour une plus grande efficacité dans la protection de l'actif
forestier. Dans le même ordre d'idée, le CIFQ recommande au gouvernement du
Québec d'allouer les ressources requises pour remettre en force la formation du
personnel de l'industrie forestière et pour outiller adéquatement, sur le plan
matériel, ses équipes d'intervention.
Alors, M. le Président, je pense que ça
résume bien nos recommandations, et nous sommes là pour poursuivre la
discussion avec les membres de la commission.
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
merci beaucoup pour votre présentation. Alors, nous allons débuter une période
d'échange avec le ministre pour un temps de 16 min 30 s.
M.
Bonnardel
: Merci,
M. le Président. Merci, messieurs, dames, d'être là aujourd'hui. Merci pour
votre mémoire. Avant d'aller sur les différentes recommandations sur la mission...
la mission de la SOPFEU, qui va évoluer dans le temps, vous avez des
questionnements là-dessus, je veux vous parler aussi de la réserve sur une de
vos recommandations sur la formation comme telle, mais je veux vous entendre
sur... On a eu quand même des analyses, des recommandations de certains
chercheurs. Je ne sais pas si vous les avez entendus ce matin, ceux qui étaient
là, de Ressources naturelles Canada. Puis, même ce week-end, il y a... il y a
un scientifique qui a écrit... qui avait un article dans La Presse. La
forêt de demain, pour certains, doit évoluer, doit s'améliorer. Quand je dis
«forêt de demain», vous le savez, l'industrie forestière québécoise est
concentrée... en tout cas, la forêt, c'est une matière ligneuse, c'est une
matière qui est <combustible...
M. Bonnardel :
...concentrée...
en tout cas, la forêt, c'est une matière ligneuse, c'est une matière qui est >combustible,
qui brûle très rapidement, vous le savez mieux que moi, mieux que moi. Comment
vous... comment vous analysez et vous voyez, donc, ces changements possibles,
ces changements possibles dus au fait que, bon, il y a des millions d'hectares
qui ont brûlé l'année passée, peut-être encore cette année. Il y a des
changements de paradigmes complets, là, complets, entre ce qu'on a connu, ce
que vous avez connu dans les dernières décennies, versus ce qu'on risque de
connaître dans les prochaines années. On ne peut pas exposer puis prétendre que
ça va être aussi pire que l'année passée, où près de 6 millions d'hectares
ont été brûlés, là, mais la forêt de demain, là, est-ce que c'est un mix de
feuillus, est-ce que c'est un mix de matières x, y? Comment l'industrie, vous
voyez ça, là, pour être capables de pérenniser vos industries, ça... je sais
pourquoi vous êtes là, mais comment, de l'autre côté aussi, on va atténuer,
donc, ces combustibles aussi importants que peut être une matière ligneuse, là?
• (15 h 10) •
M. Samray (Jean-François) : Bien,
je pense que l'Assemblée nationale<i> désigne un Forestier en chef et que
celui-ci est on ne peut plus clair sur le fait que la forêt doit être,
justement, aménagée davantage dans une approche de résilience et de lutte
contre les changements climatiques, et y avoir des modifications dans les
pratiques et faire en sorte qu'il y ait une diversité dans la forêt, certes,
mais il faut s'assurer que les arbres soient en mesure de pousser dans les
endroits où on va les y mettre, c'est évident. Et je vous dirais qu'après avoir
été visiter dans différents pays, on remarque qu'un pays, à titre d'exemple,
comme la Finlande, qui est 4,7 fois plus petit que le Québec, produit
néanmoins une possibilité forestière de quatre fois supérieure, a un réseau de
chemins forestiers qui permet de circonscrire excessivement rapidement les
incendies et qu'il y a les budgets qui sont là pour le suivre.
Donc, la forêt de demain va devoir se
transformer, va devoir être adaptée, puis les budgets vont devoir être là pour
aménager cette forêt, mais, oui, l'industrie pense que la forêt d'hier ne sera
pas celle de demain et que, derrière ça, les pratiques et les politiques
d'aménagement de la forêt, pour sa résilience puis pour la protection des lieux
physiques et des personnes, doivent être ajustées.
M. Bonnardel : Je ne connais
pas les particularités du côté du MRNF, là, des Ressources naturelles, mais
est-ce que vous participez, donc, à ces travaux, avec le Forestier en chef,
pour évaluer la forêt de demain, la diversification de cette forêt? Est-ce que
vous êtes des partenaires avec le Forestier<i> ou...
M. Samray (Jean-François) : Bien,
je pense que le Forestier a son équipe indépendante, il mène leurs travaux,
néanmoins, la ministre des Forêts a un exercice qui est bien connu de vous
toutes et de vous tous, et il est évident que les membres de l'industrie y sont
présents. Puis je vais laisser mes deux collègues, qui sont des dignes et fiers
représentants de l'industrie, peut-être ajouter là-dessus, mais, oui, on
participe.
M. Bonnardel : Ça va? Pas de
commentaires? OK. Parlez-moi... Bien, je suis surpris puis je ne le suis pas,
parce que je sais que vous êtes là pour défendre l'industrie forestière, mais,
dans votre recommandation numéro 1... Puis vous m'avez sûrement entendu,
la mission de la SOPFEU, avec les... dans les dernières décennies, a toujours
été celle... la mission première, vous avez absolument raison, ça a été de
protéger l'industrie forestière, protéger la matière ligneuse, puis c'était ça,
sa mission. Maintenant, avec les changements climatiques, vous m'avez sûrement
entendu dire que la mission évolue, change, c'est pour ça aussi que la SOPFEU
devient sous l'égide de la Sécurité publique, parce qu'en premier lieu, on
pense, puis on est pas mal certains qu'avec les changements climatiques... vous
n'êtes pas sans savoir que, de sauver la vie humaine, sauver les communautés,
sauver les infrastructures névralgiques... sont importantes.
Donc, je peux comprendre pourquoi vous me
mettez dans cette recommandation numéro 1, mais vous mesurez aussi,
j'espère, vous mesurez jusqu'à quel point ça évolue, ça change, puis qu'à
quelque part, si on avait des... si on avait plus d'effectifs, plus d'avions,
si on pouvait tous vous mettre au même niveau, on le ferait, mais,
malheureusement, ce n'est pas nécessairement le cas, on va... je vais... de la
réserve par la suite, là, mais on doit faire des choix, puis ces choix, je
pense qu'ils sont importants. Donc, expliquez-moi un peu, là, votre
raisonnement, votre raisonnement derrière tout ça, versus le fait que la
mission évolue, change, du côté de la SOPFEU.
M. Samray (Jean-François) : Bien,
écoutez, que la mission change, certes, la société évolue. Néanmoins, il aurait
pu... il pourrait y avoir, dans l'article 1... et sans oublier ou
également l'actif forestier, qui est un actif qui appartient à chaque
Québécois, et que chaque mètre cube transformé génère 200 $ de retombées
fiscales et parafiscales. Et écoutez le discours du ministre des Finances, je
pense que ces 200 $-là sont importants pour les finances du Québec. Les
feux de cet été auront un impact de 13,5 milliards, au minimum, sur
l'économie du Québec. Donc, il est évident que protéger l'actif forestier
permet également de protéger les municipalités, les actifs stratégiques. Je
pense que le <meilleur...
M. Samray (Jean-François)T :
...forestier
permet également de protéger les municipalités, les actifs stratégiques. Je
pense que le >meilleur exemple, il est à Lebel-sur-Quévillon. S'il avait
fallu que la papetière qui y est située ait moins de chance et que l'élément
destructeur se rende jusque-là, je pense que c'eut été un autre portrait, parce
qu'il y a suffisamment de produits explosifs et de produits chimiques pour
avoir fait tout un autre drame, là. Donc, je pense que les actifs de
l'industrie sont présents dans les communautés, 900 communautés en
dépendent. Et je pense que les travailleurs puis les dirigeants de l'industrie
habitent dans ces communautés-là. Pour eux, c'est essentiel de sauver leur
communauté, les gens qui y habitent, de sauver leurs usines et également de
sauver ce qui va permettre d'amener de l'activité économique dans la région.
Donc, pour nous, c'est excessivement difficile de dissocier un et l'autre parce
qu'ils sont dans 900 municipalités. C'est très intégré.
M. Bonnardel : Expliquez-moi
les... ce qui n'est pas clair pour vous, là, de mieux définir les mécanismes de
gouvernance, là, dans les différentes instances qui sont décrites aux
articles 37 à 42. Qu'est-ce qui vous... qu'est-ce qui vous amène à écrire
cette recommandation qui n'est... qui vous amène à ne pas avoir un portrait
assez clair des différents mécanismes, là, qui sont évoqués? Qu'est-ce qui vous
inquiète, là?
M. Samray (Jean-François) : Bien,
je vous dirais que... à vos questions, hier, vous demandiez aux intervenants :
Donnez-moi votre... votre top trois de votre bilan post-mortem. Puis, nous, ce
qui est ressorti en premier, c'est avant... avant toute chose, la résilience,
Boris Cyrulnik, le psychologue... le psychiatre qui a défini ça, c'est comment
est-ce qu'un comportement est modifié après un choc pour mieux réagir et mieux
compenser, puis réagir de façon positive. Donc, pour nous, le premier élément,
c'est : Qu'est-ce qu'on va faire en 2024? Comment on va le faire? Et il y
a eu des ratés dans le «qui fait quoi». Je pense que mes collègues l'ont vécu,
vont pouvoir l'expliquer, mais il est fondamental : Le temps est une
ressource non renouvelable. Le temps permet à l'élément destructeur de gagner
et d'avancer. Le temps, c'est ce qui a fait défaut puis ce que... dans le «qui
fait quoi», le comment, attendez, je vous reviens, ou autres, là, ça a pris
énormément de temps. Donc, d'avoir qui décide, quand, comment et avec qui on le
fait, je pense que c'est des choses qui vont devoir être importantes. Puis je
vais laisser mes collègues donner des exemples.
M. Perron (Jonathan) : Je
peux peut-être y aller, si vous me le permettez. Peut-être à titre d'exemple,
avec la SOPFEU, on a eu des rencontres quotidiennes, sept jours sur sept,
environ 30 minutes à chaque matin pour, justement, faire état de
situations, bon, où on est rendus en termes de déploiement des effectifs de la
SOPFEU, le nombre de pompiers sur place, le nombre d'avions-citernes, etc.
Quelles sont les infrastructures qui sont à protéger, infrastructures
forestières, les ponts, les camps forestiers? Ça, ce côté-là, ça a bien été.
Quand, ensuite de ça, est venu le temps de réaccéder à la forêt pour,
justement, déployer, ensuite de ça, toutes les infrastructures qui sont
nécessaires à la récupération du bois brûlé, parce qu'évidemment, le feu ne
décide pas où il va passer. Il ne dit pas : Bon, bien, il y a un camp
forestier à tel endroit, ça serait vraiment le fun de passer là parce que ça va
être plus facile après ça. Vous comprendrez qu'après ça, nous autres, il
fallait réaccéder à la forêt. Ça a été un petit peu plus compliqué, je pense,
surtout de par le fait qu'il y a eu un très grand nombre d'hectares qui a été
affecté. Il y avait beaucoup de feu qui était en activité en même temps. Des
fois...
M. Bonnardel : Je veux juste
vous couper, là, quand vous dites ça : Réaccéder à la forêt, on vous
disait non parce que la SOPFEU pouvait penser qu'il y avait encore un danger à
vous faire réaccéder à la forêt. Parce que c'était ça qu'on me disait aussi,
puis qu'on disait à ma collègue Maïté, la ministre, on ne peut pas leur
permettre de revenir. Parce que je le sais que vous appeliez aux bureaux de
députés, ministres, il faut qu'on retourne chercher notre stock, vos actifs,
mais c'est un peu ça qu'on vous disait, non? Non?
M. Perron (Jonathan) : Pas
nécessairement par rapport aux actifs... excusez, pas nécessairement par
rapport aux actifs que je veux mentionner. C'est qu'à un moment donné, on
savait qu'on était rendus dans une période de transition. Donc, oui, la forêt
était fermée, c'était bien correct aussi, parce que la SOPFEU, le ministère de
la Sécurité publique jugeaient, dans le fond, que ce n'était pas sécuritaire
d'y accéder. Mais ça ne se fait pas nécessairement du jour au lendemain, le procédé
de réaccéder à la forêt. Ça fait que quand il est venu le temps d'avoir ces
communications-là, ça a été un petit peu plus compliqué, des fois, avec le
ministère des Ressources naturelles, des fois, avec la Sûreté du Québec, des
fois, avec la SOPFEU. Ça fait que je pense que M. Samray veut mentionner, c'est
que c'est important, dans le projet de loi, de bien définir ces liens de
communication là pour éviter, justement, des situations comme on a vécu.
M. Samray (Jean-François) : Mais,
en même temps, je pense que de mentionner... de mentionner l'exemple qu'on vous
disait : Ne va pas à ton camp, là, ça t'est interdit d'y aller. Puis, 15
minutes après, un autre appel qui disait : Prépare le camp pour lundi, là.
Et donc c'est difficile de préparer pour lundi si on n'y va pas. Donc, c'est là
qu'on dit l'exemple qu'il faut avoir une <chaîne...
M. Samray (Jean-François)T :
...préparer
pour lundi si on n'y va pas. Donc, c'est là qu'on dit l'exemple qu'il faut
avoir une >chaîne de commandement claire, le «qui fait quoi», et le
cartable, qu'il soit disponible à tout le monde, et qu'on ait des pratiques qui
se mettent en place dès aujourd'hui. Vous avez écrit, M. le ministre, à cet
effet, qu'il va falloir préparer la saison dès maintenant, puis on est même
déjà en retard, et de préparer ces chaînes de communication là, ces chaînes de
commandement là, que le projet de loi soit adopté ou pas, c'est des choses qui
sont nécessaires pour cet été.
• (15 h 20) •
M. Bonnardel : Est-ce que monsieur
est dans le même état d'esprit ou il a des exemples? Oui?
M. Couture (Éric) : Bien, si
je peux compléter, on était dans une période de lutte assez intense au sol. Les
gens de la SOPFEU, exemple, avaient réquisitionné un camp forestier, ils
avaient besoin de maintenir une alimentation en carburant, un service de
cuisine sept... sept jours sur sept, 24 heures sur 24, donc il y a de nos
travailleurs qui devaient accéder à la forêt. La forêt était fermée, hein, par
le ministère. Puis c'était le ministère qui donnait les autorisations de
circuler, puis, à un moment donné, pour une raison donnée, cette
responsabilité-là a été transférée à la SOPFEU sans qu'on en soit réellement
informés, on l'a appris en cours de route. Ça fait que, là, il y a eu une
rupture dans les communications. Il a été même été... À un moment donné,
c'était la Sûreté du Québec qui devait s'en occuper. On a appelé la Sûreté du
Québec, les gens de Sûreté nous disaient : Non, non, non, on n'est pas au
courant, c'est la SOPFEU, pour finir par revenir à la SOPFEU puis finir par
comprendre que...
M. Bonnardel : Puis vous, en
Abitibi, vous étiez dans quelle région?
M. Couture (Éric) : Bien, à
ce moment-là, moi, j'étais dans la région de la Mauricie.
M. Bonnardel : La Mauricie,
vous.
M. Couture (Éric) : Puis...
Ça fait que, tu sais, ça l'a amené des zones de conflit. On a même été aller
voir les policiers de la Sûreté du Québec pour leur dire : Bien,
maintenant, à un moment donné, la levée d'interdiction était... était en
vigueur. Eux, ils n'étaient même pas au courant. Il y a eu des délais avant que
les travailleurs puissent réaccéder à la forêt. Donc, des bris dans la chaîne
de communication qui étaient... qui étaient critiques, importants à ce
moment-là.
M. Bonnardel : OK. Quand vous
parlez de votre troisième recommandation, là, qu'il y ait un plan d'accès au
territoire, c'est un peu ça que vous mentionnez, suite au retour à la forêt,
pour être capables d'aller chercher la matière, là, qui a brûlé. C'est-tu un
peu ça, ça, le sens de votre recommandation 3?
M. Samray (Jean-François) : Bien,
il y a ça, mais il y a également le fait... Que ce soit l'exemple français,
l'exemple finlandais et l'exemple américain, il est clair que les routes
forestières sont une voie d'accès aux feux qui permettent de rapidement mettre
les bottes sur le sol et de rapidement faire qu'un petit feu reste petit et
qu'on l'étouffe. Donc, ce faisant, que ces chemins-là soient banalisés, qu'ils
soient... qu'on s'assure qu'ils demeurent en opération puis qu'on s'assure que
leur entretien soit fait pour que ce soit également des chemins carrossables et
qu'on y ait un accès rapide. Donc, la logistique au sol est fondamentale. C'est
la logistique qui gagne les guerres, c'est la logistique qui éteint les
incendies aussi. Donc, ce réseau de chemins là, il est vital. Et je pense qu'il
faut le reconnaître comme étant un actif fondamental de la lutte contre les
incendies.
M. Bonnardel : OK. Mon
dernier point, là, je veux juste comprendre un peu plus, là, vos façons de
faire, là. Vous dites que... Vous souhaitez que le gouvernement alloue les
ressources requises pour mettre en force la formation de personnel de
l'industrie forestière. Ça veut-tu dire que présentement, il n'y a aucun de vos
employés, de votre personnel sur le terrain qui est formé pour épauler ou être...
tu sais : On t'envoie trois gars, trois filles, trois femmes, peu importe,
pour donner un coup de main... donner un coup de main aux employés de la
SOPFEU? Présentement, ce n'est pas le cas? C'est-tu ça?
M. Samray (Jean-François) : Bien,
il y a des gens qui ont... qui ont eu, dans le passé, cette certification-là,
et, dans certaines régions, ils se sont fait dire, puis je ne nommerai pas les
régions, je ne nommerai pas l'entreprise, là, mais ils se sont fait dire :
Non, vous n'y allez pas. Mais là, les gens ont dit : Oui, regarde, on n'y
va pas, mais si on ne l'éteint pas tout de suite, là, bien c'est le pont qui va
y passer, puis c'est le reste qui va y passer, puis moi, mes... ma récolte de
l'année à venir, là, va y passer aussi parce que je ne pourrai plus y aller, ce
qui fait que, merci, mais regarde, on va s'en occuper. Et donc, ce faisant,
bien, ça fait que, pour les nouveaux travailleurs, bien, il faut que cette
certification-là soit donnée. Parce qu'une milice, c'est là pour venir en appui
aux troupes régulières.
M. Bonnardel : OK. Mais
attendez, là, vous venez de dire «les nouveaux travailleurs». Je veux juste
comprendre, là. Dans les employés que vous avez présentement, il y en a qui
sont formés officiellement par la SOPFEU, qui peuvent y aller si... Mais là
vous m'avez dit... vous m'avez dit : Non... La SOPFEU dit : Non, n'a
pas besoin de vous autres. Mais, je veux juste bien comprendre, il y en a de
formés présentement chez vous, dans l'industrie globale. C'est-tu ça?
M. Perron (Jonathan) : Je
peux peut-être répondre. Comme M. Samray le mentionnait, à l'époque, il y
avait, bon, des... vraiment, des formations qui étaient données, soit des
combattants au sol... La plupart du temps, c'étaient des reboiseurs qui, dans
le fond, ne pouvaient plus exécuter leur travail en raison de restrictions de
travaux, qui étaient formés pour aller combattre au sol. Il y a probablement,
dans l'industrie, des travailleurs qui ont déjà reçu ce type de formation là,
également au niveau des opérateurs de machinerie. Mais ce qui est important,
c'est que ces opérateurs-là ou cette force de réserve là demeure formés, puis
qu'on demeure avec un nombre, dans le fond, qui est suffisant, de ces
travailleurs-là, formés, pour pouvoir intervenir dans l'éventualité où la
SOPFEU en aurait besoin. Ça fait qu'on le sait, le <comportement...
M. Perron (Jonathan)T :
...pour
pouvoir intervenir dans l'éventualité où la SOPFEU en aurait besoin. Ça fait
qu'on le sait, le >comportement d'un incendie forestier, c'est
particulier. C'est les gens de la SOPFEU qui sont les experts à ce niveau-là.
Nous autres, de notre côté, l'expertise
qu'on a, c'est au niveau des équipements pour pouvoir exécuter des travaux,
exécuter des coupe-feux, donner accès, également, via des nouvelles
infrastructures, des nouveaux chemins aux sites qui pourraient être... qui pourraient
être, dans le fond, sous le risque d'une propagation d'incendie de forêt. Ça
fait que notre expertise est à ce niveau-là. Également, on a tout un réseau de
communication en forêt, que ce soit par ondes FM, un peu le même style de
système de communication que la SOPFEU possède. On en possède principalement
dans les milieux éloignés. Ensuite de ça, aussi, toutes les voies d'accès à la
forêt, ce qu'on parlait tantôt, de maintenir ces voies d'accès là, mais la
logistique pour entrer en forêt et sortir de la forêt également, les
travailleurs forestiers ont une bonne expertise à ce niveau-là. En forêt, tu es
éloigné, il y a des conditions qui sont particulières en termes de santé,
sécurité, des choses comme ça. Bien, nos travailleurs forestiers, on a des plans
de mesures d'urgence, on a les éléments qui sont en place pour pouvoir,
certainement, contribuer à la lutte quand ça sera nécessaire.
M. Bonnardel : À votre
connaissance, êtes-vous capable de me dire combien de vos employés sont formés
ou ont été formés par la SOPFEU pour épauler, en levant la main, en disant :
Nous autres, on peut y aller, voici, là, on a été formés par la SOPFEU? Est-ce
que vous êtes capable de me donner ça? Puis ma sous-question, c'est : si
vous me dites : François, il y en a 200, puis, sur les 200, il y en a 50
qui ont été utiles ou pas du tout. Je veux juste comprendre, là, comment vous
avez pu être actifs, présents ou... en ayant levé la main, en disant : On
peut être là, là, mais on n'a pas été... on n'a pas été appelés. Ça fait que...
pouvez-vous me donner ça?
M. Samray (Jean-François) : Bien,
je vous dirais que c'est quelque chose qu'on pourrait, plus tard, vous revenir,
faire un appel à nos membres. Mais il y a une chose qui est certaine, c'est que
la stratégie développée pour lutter contre un incendie, ça peut évoluer dans le
temps. Il y a des nouvelles découvertes scientifiques qui peuvent faire en
sorte que le plan tactique d'attaque de l'incendie évolue. Puis c'est important
que les personnes qui sont sur le sol connaissent cette stratégie-là puis
savent comment... comment la nouvelle stratégie doit être déployée. Donc, les
plans de formation en continu sont essentiels parce qu'une milice, ce n'est pas
les troupes d'élite, là. Une milice, c'est là pour supporter. Donc, pour nous,
c'est important que la SOPFEU ait les budgets requis pour former notre monde
parce qu'elle va s'aider elle-même.
M. Bonnardel : Oui, mais là,
vous comprenez, aussi, que ma sous-question reliée à ça, c'est : vous le
savez, qu'on crée une réserve opérationnelle d'urgence?
M. Samray (Jean-François) : Bien,
on est heureux, on est contents, on a vu la même chose.
M. Bonnardel : Bon. Mais ma...
l'autre question que j'ai avec ça, c'est que si vous me dites : François,
on a 200 personnes qui ont déjà été formées ou qui sont formées et qui
pourraient peut-être... pourraient peut-être joindre cette force, cette réserve...
Bien, c'est pour ça que je veux connaître le portrait assez précis des gens
versus la SOPFEU. Moi, je vais faire le lien, puis on va être capables de voir
de quelle façon vos employés peuvent être encore plus actifs sur le terrain et
si la formation doit être... doit être revue, améliorée. Donc, je prends note
de tout ça, mais j'aimerais ça que vous me donniez le portrait, assez
rapidement, de vos... de l'état de situation de vos... de vos forces.
M. Couture (Éric) : Si je
peux juste renchérir sur les commentaires de mon collègue...
Le Président (M. Schneeberger) : ...parce
que j'ai déjà laissé passer du temps, mais là on... il faut que... il faut que
j'intervienne. Alors, nous allons maintenant du... Peut-être poursuivre avec
l'opposition ce que vous vouliez dire, là. Alors, on est maintenant du côté de
l'opposition officielle avec Mme la députée de Westmount—Saint-Louis.
Mme Maccarone : Merci, M. le
Président. Bonjour, messieurs, mesdames. C'est un plaisir de vous avoir ici, en
commission parlementaire, avec nous. Petite information qui n'est peut-être pas
connue par vous, mais j'ai oeuvré dans l'industrie de pâtes et papiers pendant
13 ans pour... dans le temps, je me date un peu, c'était
Stone-Consolidated, qui est devenu Abitibi-Consolidated, qui est devenu AbitibiBowater,
et j'ai conclu, évidemment, avec Produits forestiers Résolu. Alors, c'est un
plaisir de vous avoir. C'est une industrie que je connais un peu.
Le lien avec les échanges que vous avez
eus avec le ministre en ce qui concerne les organisations chargées qui peuvent
être la force de l'ordre pour venir nous aider pour combattre, moi aussi, je
serais intéressée à avoir le portrait de la situation, parce que je trouve très
intéressant, étant donné que vous avez quand même un angle très important. Oui,
c'est une industrie très importante. Vous avez plusieurs employés, puis dans
plusieurs régions, c'est la seule industrie. Alors, vous avez des emplois à
protéger aussi, des familles à protéger, surtout si on parle du coût de la vie,
etc. Ça fait que vous avez un intérêt, je pense, très accru à protéger nos
forêts ainsi que toutes les espèces qui se retrouvent... ça fait que la faune
aussi.
Ça fait que je souhaite peut-être, comme
première question, vous entendre brièvement, parce que j'ai plusieurs questions,
parce que je sais que c'est large, comme question, mais que faites-vous aussi?
Parce que, quand on <parle...
Mme Maccarone :
...parce
que je sais que c'est large, comme question, mais que faites-vous aussi? Parce
que, quand on >parle de la protection de nos forêts puis, aussi, la
réponse des états majeurs, bien, vous, souvent vous venez, par la suite, pour
le boisement, le reboisement, pour la transplantation, la conservation. Ça fait
que peut-être vous pourriez juste nous illuminer par rapport à vos efforts pour
protéger nos forêts, aussi.
• (15 h 30) •
M. Couture (Éric) : Bien, si
on veut préciser les... Tous les travaux sylvicoles qui suivent la récolte,
c'est la responsabilité de l'État, aujourd'hui, via Rexforêt. Donc, ce n'est
pas nous, les industriels, là, qui faisons les activités de reboisement et les
travaux sylvicoles.
Mme Maccarone : Parfait. Je
sais que...
M. Samray (Jean-François) : ...
Mme Maccarone : Allez-y.
M. Samray (Jean-François) : Ce
sont les forêts de l'État. C'est l'État qui alloue des budgets. On en a eu
cette année et on vous remercie. On en a eu également cet automne, là aussi, on
vous remercie de prendre soin de l'actif forestier du Québec. Et ces travaux-là
sont contractés, mais l'industrie, elle est présente dans l'ensemble des
travaux pour aller jusqu'à... jusqu'à la récolte et la valorisation.
Mme Maccarone : Merci. Dans
votre mémoire, là, page 3, vous dites que l'ampleur des services incendie
aura un impact majeur sur l'économie du Québec. Les estimations préliminaires
du CIFQ ont mis en lumière que ces feux auront un impact négatif de
13,5 milliards de dollars sur les finances publiques. Nous savons que
les changements climatiques, ça n'ira probablement pas en s'améliorant. On a
dit que les 10 prochaines années vont probablement être vastement
différentes que les 10 années précédentes. Est-ce que vous avez estimé les
pertes possibles dans les prochaines années?
M. Samray (Jean-François) : Oui.
Le chiffre de 13,5 milliards tient compte de... tient compte de cette
estimation-là. Il tient compte que le bois brûlé, une bonne partie ne sera pas
valorisée en produit, en matériel de construction. Donc, il y a... il va avoir
une valeur moindre s'il est ultimement récolté, et, de l'autre côté, il va y
avoir des dépenses pour remettre en production l'actif. Et pendant 70 ans,
le temps de croissance, bien, il n'y aura pas de revenu qui va venir de cet
actif.
Donc, le 13,5 milliards, il est là,
il est uniquement en matière forestière. Il ne tient pas compte de l'impact sur
la santé puis la qualité de l'air. Il ne tient pas compte des pertes de revenus
d'Hydro-Québec pendant la panne majeure qu'il y a eu, parce qu'il y a eu de la
suie qui est tombée sur les isolateurs, qui a fait arquer des lignes, là, mais
tout ça est pris en compte dans le 13,5 milliards.
Mme Maccarone : OK. Merci.
Vous avez aussi dit, dans votre mémoire, à la page 4, que «le CIFQ
convient de l'importance de protéger les communautés et les infrastructures.
Toutefois, lors des situations de lutte contre les incendies, les mécanismes de
priorisation doivent prendre en considération les conséquences des choix de
non-intervention en laissant une forêt à elle-même contre le feu». Vous
continuez puis vous dites : «Sans protection intensive, trois fois moins
de feux ont ravagé trois fois plus de superficies au cours de l'été 2023.»
Et vous dites que «force est de constater l'importance d'une lutte musclée
contre l'élément destructeur afin de protéger l'actif forestier québécois».
Comment on fait ça, une protection intensive? Avez-vous des exemples?
M. Samray (Jean-François) : Bien,
c'est actuellement le cas. Il y a, au nord puis au sud de la limite, puis au
sud de la limite, c'est appelé la zone intensive, et donc, la SOPFEU été très
active. Mais derrière ça, je pense que c'est également toute l'idée de la
milice civile, et, notamment, avec des travailleurs de l'industrie qui, pendant
qu'ils sont là pour s'occuper des feux avec un responsable de la SOPFEU, bien,
qui est responsable de chaque équipe, ça permet d'avoir énormément plus de
travailleurs pour s'occuper des feux de forêt, de protéger les actifs que sont
des ponts forestiers ou autres, et de faire en sorte que les autres effectifs,
qui sont ainsi libérés parce qu'il y a une milice à l'oeuvre, peuvent se
concentrer sur les... les zones stratégiques que sont les villes, les usines,
les lignes haute tension, les postes d'Hydro-Québec ou autres, là.
Donc, il y a moyen de faire les deux. Et
c'est là toute la notion pour laquelle on a suggéré cette force de réserve
civile, puis on est très heureux de le voir à l'intérieur de ça, puis on... Les
travailleurs de l'industrie ont hâte d'avoir leur formation puis ont hâte de
participer activement, parce que beaucoup ont trépigné, beaucoup ont souffert
en disant qu'il connaît... Le terrain, on le connaît par cœur. On sait partout
où sont les petites flaques d'eau, les... On connaît tout ça. Donc, ils sont
là, puis ils sont, je pense, les... les meilleurs actifs que le Québec peut
obtenir pour lutter efficacement contre les feux de forêt, en support à la
SOPFEU, évidemment.
Mme Maccarone : Oui. Puis
parmi... Vous avez eu des échanges en ce qui concerne votre partenariat avec la
SOPFEU...
15 h 30 (version révisée)
Mme Maccarone : ...vous avez
eu des échanges en ce qui concerne votre partenariat avec la SOPFEU. Avez-vous
aussi autre partenariat que, mettons, avec la population autochtone qui réside
dans les territoires dont vous vous occupez, mais avec l'industrie de
forestière... l'industrie forestière?
M. Samray (Jean-François) : Bien,
on a des travailleurs autochtones au sein de l'industrie. On a des fournisseurs
puis des... des gens qui...
Une voix : ...
M. Samray (Jean-François) : On
a des entreprises autochtones au sein de l'industrie, puis ces gens-là sont...
sont bien... sont bien présents dans plusieurs régions du Québec. Donc, oui,
ils sont là. Puis, je pense, lors de la journée du bilan des feux, eux aussi
souhaitaient avoir des formations, bien, eux aussi reconnaissaient toute l'importance
stratégique du réseau routier et des... de la voirie forestière pour veiller à
la sécurité autant à la communauté que sur leurs... leurs différents camps de...
d'été, leurs camps, où ils passent une bonne partie de l'année. Donc, pour eux,
c'était fondamental, cet actif routier là, également.
Mme Maccarone : OK. Puis l'industrie
forestière, est-ce qu'ils intègrent aussi des technologies, de l'innovation? On
a entendu parler à quelques reprises des gens qui ont témoigné en commission,
lors des auditions, des stratégies en sécurité civile et gestion des risques.
Est-ce que vous aussi, vous avez de telles mesures que vous mettez de l'avant?
M. Perron (Jonathan) : Bien,
pas... Par rapport aux incendies forestiers, vous parlez?
Mme Maccarone : Oui.
M. Perron (Jonathan) : Oui.
Je dirais, comme c'est le rôle de la SOPFEU, non, ce n'est pas notre... notre
principal créneau, effectivement. Mais, en contrepartie, comme M. Samray le mentionnait,
on connaît le territoire, on utilise aussi, nous autres, de plus en plus de
technologies, comme les drones, l'imagerie satellitaire, effectivement. Ça fait
que, oui, on est en évolution, je dirais, au même rythme, là, que le... que l'ensemble
des organismes qui sont responsables de la surveillance puis de la protection
des forêts.
Mme Maccarone : OK. Puis en
ce qui concerne les autres éléments dont vous, parce que vous touchez beaucoup...
quand on parle de sécurité civile, on ne parle pas uniquement des feux de
forêt, on parle aussi des inondations. Est-ce que ça aussi, c'est des éléments
qui vous préoccupent?
M. Samray (Jean-François) : Bien,
je pense que l'inondation ne choisit pas quelle industrielle va frapper ou elle
ne frappera pas. Une inondation va frapper un territoire. Mais, encore là, les
gens chez nous ont de l'équipement lourd qui peut aider à faire des voies de
drainage, qui peut aider à faire des ponts, des ponceaux temporaires, qui
peuvent aider à faire tous ces grands ouvrages là. Je pense que l'exemple de
cet été sur les... bien, les coupe-feux qui ont été faits, bien, c'est du...
des équipements de l'industrie, c'est du personnel de l'industrie qui ont été
là et qui ont voulu sécuriser leur communauté parce que c'est chez eux. Puis
ils ont voulu par la suite sécuriser leurs usines parce que c'est là qu'ils
travaillent puis ils ont voulu sécuriser ensuite l'actif forestier parce que c'est
grâce à ça que la communauté est... est vibrante.
Mme Maccarone : Parfait. Ça
va pour moi, M. le Président. Merci beaucoup.
Le Président (M. Schneeberger) : Oui.
Alors, parfait. Alors, nous allons maintenant du côté de la deuxième opposition
avec la députée de Sherbrooke.
Mme Labrie : Merci, M. le
Président. Ce qui se dégage beaucoup de votre mémoire, c'est le souci de la
protection de l'actif forestier. Je comprends pourquoi, assurément qu'on veut
aussi protéger la forêt. Je serais curieuse de vous entendre, parce que, ce
matin, on a entendu des chercheurs qui sont venus nous dire qu'on en
connaissait trop peu, en fait, là, sur la gestion des risques de la forêt.
Notamment, ils nous disaient qu'on n'a pas de cartographie des risques sur
notre territoire, au Québec. On a discuté du fait qu'il y avait peu de
recherche, peu d'expertise au Québec en matière de gestion des risques de la
forêt. Je me demandais si, dans votre industrie, il y en avait, des
investissements en recherche, comme c'est quand même de ça dont votre industrie
dépend. Sur la gestion de risques, par exemple, est-ce que vous avez, vous, une
cartographie du territoire québécois sur les risques qui concernent la forêt?
M. Samray (Jean-François) : Bien,
je pense que les entreprises ont des... sont... sont actives au sein de... d'unités
d'aménagement, au sein de ces unités d'aménagement là. Par la suite, il y a des
plans, des cartes, et autres. Et les entreprises sont actives sur des zones où
l'État leur dit d'aller récolter. Puis ils ont une connaissance fine de ce
territoire qu'ils ont. Ils suivent également les projets de recherche qui sont...
qui sont faits. Ils contribuent également à plusieurs de ces projets de
recherche là, parce que c'est... ce sont eux qui sont sur le terrain, ils ont l'ensemble
de l'équipement satellitaire pour communiquer, pour... On a plusieurs projets
également de numérisation de l'industrie qui... qui permet de créer des
immenses banques de données qui peuvent... qui sont mises à contribution pour
ces recherches-là.
Mme Labrie : Puis il a été
question aussi ce matin avec les chercheurs de... des meilleures pratiques, en
fait, dans l'industrie, qui peuvent avoir un impact positif ou négatif, là, sur
les risques en matière de feux de forêt. J'aimerais ça savoir si, ça, il y a de
la recherche qui se fait du côté de vos <entreprises...
Mme Labrie :
...vos >entreprises,
de votre industrie pour adopter des meilleures pratiques en matière de
prévention des incendies forestiers.
• (15 h 40) •
M. Samray (Jean-François) : Bien,
je pense que les pratiques sont toujours en évolution. Tout le monde essaie de
s'améliorer. Les Québécois et les... le reste des consommateurs veulent le bois.
Pas de bois, pas grand-chose. Et donc, ce faisant, c'est évident que
l'industrie essaie de toujours s'améliorer tout en essayant de demeurer la plus
compétitive possible. Là, maintenant, il y a plusieurs théories qui avancent,
qui voient un élément de la protection sans voir la dimension économique. Il y
en a d'autres qui voient les deux. Et c'est sûr que l'industrie fait partie de
plusieurs de ces travaux de recherche là. Beaucoup d'équipes sont présentes sur
le territoire. Plusieurs de ces recherches-là, que ça soit en
Abitibi-Témiscamingue, au Lac-Saint-Jean, plusieurs chaires de recherche sont
cofinancées par l'industrie. L'industrie est très présente là-dedans, oui.
Mme Labrie : OK. Donc, vous
participez aussi au financement, là, pas seulement pour fournir des données,
par exemple, sur le terrain.
M. Samray (Jean-François) : Tout
à fait.
Mme Labrie : Parfait. Bien,
ça répond à mes questions. Je vous remercie.
M. Samray (Jean-François) : Merci.
Le Président (M. Schneeberger) : Ça
va? Alors, s'il n'y a pas d'autre question... Alors, merci pour votre
contribution.
Alors, nous allons suspendre quelques
instants pour accueillir le prochain groupe.
(Suspension de la séance à 15 h 41)
(Reprise à 15 h 44)
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
nous reprenons nos travaux. Alors, bonjour aux gens de l'institution... l'Institut
national de santé publique du Québec. Alors, bonjour à vous trois.
Tout d'abord, vous avez un 10 minutes
pour faire votre présentation, mais je vous demanderais de commencer par vous
présenter et ensuite enchaîner avec votre mémoire.
M. Forest (Pierre-Gerlier) : Merci.
Merci beaucoup. Bonjour, d'abord, M. le Président, et puis bonjour, chers
membres de la commission. Je m'appelle Pierre-Gerlier Forest, je suis le PDG de
l'Institut national de santé publique. On est évidemment très honorés par votre
invitation. Vous faites un travail essentiel, puis on est vraiment heureux de
pouvoir y <contribuer...
M. Forest (Pierre-Gerlier) :
...pouvoir y >contribuer. Je suis accompagné par deux excellentes
collègues qui vont aussi pouvoir répondre à vos questions dans quelques minutes.
Je vous les présente, Mme Christiane Thibault, qui est directrice
scientifique à l'institut, de la Direction de la santé environnementale, de la
santé au travail et de la toxicologie. Mme Thibault représente aussi
l'INSPQ sur le <i>comité interministériel en sécurité civile. Et puis, à
côté de moi, à ma droite, le... le docteur... Lise Laplante, qui est
médecin-conseil et agente de liaison en sécurité civile, encore une fois, à
l'INSPQ. La Dre Laplante a coordonné, pendant maintenant presque
20 ans, la cellule de garde médicale en santé environnementale au sein de
l'INSPQ. C'est lui qui fait l'évaluation et le soutien à la gestion des risques.
Peut-être commencer par quelques mots sur
la mission de l'institut. C'est le... comme vous le savez toutes et tous, le
principal centre d'expertise et de référence en santé publique au Québec. On a
pour mission de soutenir le ministre de la Santé dans sa mission de santé
publique. C'est un mandat évidemment très, très large, qui va des laboratoires
jusqu'aux politiques publiques. Ça couvre tout le cycle de vie des Québécoises
et des Québécois. C'est un mandat que, là aussi, j'imagine, vous le savez, on
l'exerce le plus souvent dans l'ombre, puisque notre rôle est surtout un rôle
d'appui aux autres acteurs dans, encore une fois, tous les domaines de la vie.
En sécurité civile, l'institut est mobilisé
dans le cadre de la mission Santé du Plan national de sécurité civile. On
réalise des travaux qui nous sont confiés par le ministre de la Santé dans les
situations d'urgence. La loi constitutive de l'institut, l'institut a sa propre
loi, prévoit que le ministre peut demander à l'institut d'exécuter, dans le
cadre de sa mission, des travaux en sécurité civile, en priorité sur toutes les
autres activités de l'institut. En clair, on peut être mobilisé à tout moment
et laisser tout tomber pour nous consacrer à des situations d'urgence. On
mobilise, au besoin, nos deux grands laboratoires de référence. On a un
laboratoire de microbiologie, le Laboratoire de Santé publique du Québec, un
laboratoire de toxicologie, le Centre de toxicologie du Québec. On dispose,
comme je l'ai mentionné, d'une cellule de garde environnementale qui est
disponible en permanence, 24 heures sur 24, sept jours par semaine.
Et on peut aussi mobiliser toute l'expertise transdisciplinaire qui existe à
l'institut, qui... comme vous l'imaginez, c'est une boîte d'à peu près
800 personnes, pour l'essentiel, des experts. Donc, on peut mobiliser tous
ces gens-là à tout moment, quelle que soit la nature du problème auquel on se
trouve confronté.
Une chose qu'on ne souligne jamais assez,
la plupart des sinistres comportent tôt ou tard un enjeu susceptible d'affecter
la santé de la population. Alors, qu'est-ce que c'est, le rôle des gens de
santé publique, des intervenants de santé publique, les médecins, les
infirmières, les toxicologues, les chimistes, même les anthropologues? Ça
consiste d'abord au tout début, au débat, à aider à réduire les incertitudes.
Dans les situations d'urgence, on ne sait pas toujours quelle est la nature du
risque. On ne sait pas toujours quelle est la gravité de la situation. On ne
sait pas toujours quelles sont les mesures qui doivent être prises. Puis c'est
à ça que ça sert, des gens de santé publique, à venir réduire ces
incertitudes-là, puis aussi, évidemment, à proposer les interventions qui
s'imposent.
On a toujours, dans l'histoire de
l'institut, répondu présent. C'est nous qui faisons l'analyse des colis suspects,
c'est nous qui nous nous sommes occupés des aspects sanitaires de la tragédie
ferroviaire à Mégantic, les inondations printanières en 2019, les feux de
forêt de 2023 puis, évidemment, comme vous pouvez l'imaginer, la pandémie de COVID-19.
En fait, peu importe l'aléa puis peu importe son ampleur, la complexité des
enjeux, il y a toujours cette mobilisation interdisciplinaire à l'institut,
d'essayer de poser des diagnostics qui sont précis, qui sont nuancés, puis
venir à l'aide des décideurs et des responsables.
Concernant le projet de loi n° 50 qui
nous rassemble aujourd'hui, la première chose à dire, c'est qu'on souscrit
entièrement aux objectifs qu'il poursuit. C'est évident pour nous que, tout au
long du continuum de gestion d'un sinistre, les mécanismes qui sont déployés
par le ministère de la Sécurité civile doivent assurer la coordination de tous
les intervenants, de toutes les parties. C'est la seule façon de garantir la
cohérence de l'action collective et d'éviter la confusion et les dédoublements
qui sont... qui ajoutent en fait aux catastrophes pendant les catastrophes. Et
donc c'est certain qu'il y a un soutien complet à cette approche.
Avec la multiplication observée des
sinistres, la perspective d'avoir un projet de loi qui institutionnalise les
mécanismes puis qui optimise la réponse aux sinistres, la distribution des
rôles et des responsabilités est bienvenue. On est aussi très satisfait de
l'accent qui a été mis sur la résilience des communautés et sur la protection
des populations, notamment dans le cas des incendies de forêt.
On pense quand même que c'est possible de
faire un certain nombre de suggestions sous l'angle de la santé publique qui
est le nôtre pour essayer de... peut-être de bonifier ce projet de loi, puis
c'est... Je voudrais... je voudrais en mentionner <trois...
M. Forest (Pierre-Gerlier) :
...en
mentionner >trois. Le mémoire qu'on vous a déposé fait une analyse
beaucoup plus fine, avec beaucoup plus de recommandations, mais pour les fins,
là, de ma présentation, je voudrais me concentrer sur trois idées.
• (15 h 50) •
La première, c'est... c'est le fait que
nos sociétés aujourd'hui font face à des risques inédits. La pandémie, vous le
savez, c'était la première fois qu'on faisait face à une situation comme
celle-là. Et ce qui s'est aussi... ce qui est aussi arrivé, pardon, c'est la
possibilité que plusieurs aléas se produisent simultanément ou en cascade. Vous
vous rappelez peut-être en 2021, la Colombie-Britannique a vécu, là, dans
un délai très, très court, une succession vague de chaleur, feux de forêt,
inondations catastrophiques. Là, ce genre de situation, on n'est pas à l'abri
de ça, et il faut tout de suite commencer à penser au renforcement d'une
approche multirisque dans la planification, qui va nous permettre de mieux
comprendre les interactions potentielles entre les... entre les sinistres puis
aussi tenir compte des impacts psychosociaux de ces événements, parce que ces
risques, ils se manifestent sur plusieurs registres différents. Il n'y a qu'une
approche multirisque qui permettrait de les prendre en compte.
Deuxième idée, c'est l'idée de clarifier
la structure de gouvernance entre les régimes qui permettent d'encadrer les
urgences sanitaires et les régimes qui font l'encadrement des urgences qui sont
propres à la... à la sécurité civile. Ce serait dommage qu'une... qu'une
imprécision entraîne de la confusion ou vienne entraver le travail
d'intervenant en situation d'urgence. L'exemple qu'on a pris dans le mémoire,
c'est celui d'un confinement qui serait envisagé en raison d'une menace qui est
causée par un incendie ou un déversement de matières dangereuses. Ma collègue,
ici, a été en première ligne, par exemple, dans une fuite d'ammoniac, dans un...
dans un aréna, qui a obligé des évacuations. Mais on voudrait qu'on revienne à
l'esprit de l'article 47.3 du projet de loi actuel... de la loi actuelle
qui dit qu'il y a une obligation enchâssée dans la loi de consulter les
autorités de santé publique dans ces cas-là, parce qu'elles sont les plus aptes
scientifiquement, objectivement, à dire c'est quoi, la relation entre l'exposition
à un danger biologique ou toxicologique et les effets anticipés, les risques
pour la... pour la population.
Troisième idée, c'est de prévoir de
préciser par règlement la composition des structures de décision et de
coordination, le mandat et les responsabilités de leurs membres. Vous le savez,
quand vous... vous regardez les... disons, la trousse à outils de l'INSPQ, on a
un grand éventail de... de techniques, de moyens, de méthodes, de compétences,
de connaissances, et tout ça, c'est à la disposition des intervenants de santé...
de sécurité civile, aussi bien dans les états-majors où on fait les plans que
sur le terrain, au plus près des intervenants. Et on suggère, dans le projet de
loi, de prévoir, par voie réglementaire, l'idée de reconnaître le rôle
d'intervenant comme nous de façon à ce que les gens sachent qu'on existe, qu'on
est disponible, mais aussi pour créer des voies de communication directes avec
les gens qui font de la planification des... de... des... en vue de se prémunir
contre les situations d'urgence ou des sinistres.
Alors, on espère que ces réflexions, c'est...
ça s'appuie sur... sur 25 ans d'expérience à l'institut dans la gestion
des menaces à la santé de la population, que... On est conscients, là, qu'on
est à la fin de votre processus, mais qu'on va quand même contribuer à éclairer
la discussion autour du projet de loi. Ça va nous faire vraiment plaisir de
répondre à vos questions. Puis, comme je vous l'ai dit au début, merci encore
une fois de nous avoir donné l'occasion de venir vous parler aujourd'hui.
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
merci beaucoup pour votre présentation. Alors, nous allons débuter une période
d'échange avec les élus. Alors, commençons par M. le ministre, pour un temps de
16 min 30 s
M. Bonnardel : Merci, M. le
Président. Merci, messieurs dames, d'être là aujourd'hui. Merci pour votre
mémoire.
Pour moi, le premier constat, puis le
constat que je veux de vous... de vous, c'est... c'est la... c'est 2023. J'ai
posé la même question à pas mal tout le monde puis je veux un peu avoir votre...
votre constat sur la saison 2023, surtout sur les feux de forêt, sur la
santé, la santé publique, sur la santé des gens. La sous-question que j'aurai
nécessairement aussi, c'est tout le... les décisions qui ont été prises, vous
vous souvenez, là, les décisions qui ont été prises d'aviser les gens de fermer
les fenêtres... souvenez-vous, là, des épisodes de... pas de smog, là, mais de...
oui, tout ce qui était... qui s'est rendu jusqu'à New York, on a dit aux
gens... ceux qui avaient des problèmes de... de santé et de tout ou autre, même
chose en Abitibi.
Mais, avant de... avant de me rendre là,
je veux juste que vous me donniez un constat, là, sur la santé publique comme
telle, d'événements qui risquent de nous toucher encore plus dans les
prochaines années. On ne le souhaite pas, mais les conditions climatiques, les
changements nous amènent à penser que ça pourrait être encore plus difficile.
Donc, quel constat que vous <faites...
M. Bonnardel :
...constat
que vous >faites, rapidement, surtout d'une saison 2023 qui a été
extrêmement difficile, mais... pour certaines personnes, en tout cas?
M. Forest (Pierre-Gerlier) : ...excellente
question. C'est... on discutait de ça entre nous et on essayait de faire le
bilan de notre année, ce matin, en préparant la présentation de cet après-midi.
Christiane a eu le privilège d'être en première ligne, pendant cette saison des
feux de forêt, puis je pense que c'est elle qui est la plus à même, là, de vous
raconter son expérience qui... Alors, la situation, elle, a été tragique, comme
vous le savez, pour... à toutes sortes d'égards, là, à cause des menaces, à
cause du choc pour beaucoup de gens, mais en même temps, pour nous, de notre
point de vue, ça a été aussi une expérience qui a été plutôt positive en termes
de la façon dont les gens ont travaillé ensemble. Christiane, tu veux prendre
le relais?
Mme Thibault (Christiane) : Oui,
avec plaisir. En fait, je suis la directrice qui représente l'INSPQ au comité ministériel,
mission Santé. J'ai pu constater lors de l'événement, évidemment, que la
Sécurité civile constitue une force forte de coordination puis de mécanismes
très solides. Pour moi, ça a été vraiment... ça a été extrêmement efficace en
termes d'intervention. Ce qui est... ce qui est... ce qui est peut-être... qui
a peut-être manqué un peu, de mon point de vue... Puis ça a été excellent, on a
été sollicités, en termes d'expertise, on avait de l'information de façon très
précise, à un moment opportun, c'est... les canaux de communication étaient
excellents. Ce qui a manqué, parfois, c'est qu'on avait des communications plus
directes de l'organisation qui venait vers nous, directement, probablement
parce qu'on avait les réponses rapides et on était en situation rapide, mais,
ceci dit, une coordination efficace, éprouvée, extrêmement... J'ai été très
impressionnée, là, de l'événement des feux de forêt de 2023. Ça fait assez
longtemps que je suis en santé publique, mais c'était vraiment une bonne
expérience, à reproduire et à renforcir.
Et je dirais que je pense qu'on gagnerait
à connaître nos rôles et responsabilités mutuelles, de se connaître, comme
organisations, mieux connaître notre potentiel. Puis c'est là, je pense qu'on
va gagner en... C'est beau d'avoir des structures, des communications, mais
c'est surtout de se faire connaître, puis de faire des simulations, puis de
vraiment travailler de plus en plus ensemble pour rendre vivante cette...
cette... cette structure qui est forte, qui est...
M. Bonnardel : Je suis
content de... je suis content de l'entendre de votre bouche. Puis l'autre
sous-question, que je vous ai mentionnée au préalable, c'est toutes les
opérations, là, sur les... la prise de décision, là, quand la SOPFEU nous
avisait très tôt le matin : Voici la situation de la journée, ce qui s'en
vient sur un horizon de 24 heures, de... même 12 heures, 6, 12, 24,
36, puis là, d'ici deux jours, bien, le pan de fumée va atteindre x, y
nombres de population. Comment vous avez été interpelés, rapidement? Puis vous
l'avez dit, là, vous êtes sous l'égide du MSSS, mais vous êtes sur un comité
d'urgence spécifique comme tel. Donc, vous étiez une actrice, des acteurs
importants. Donc, vous étiez, avec le MSSS, capables de réagir rapidement. Puis
c'est un message que j'ai relayé puis que vous avez relayé aussi, là, maintes
et maintes fois, qu'on soit en Abitibi, souvenez-vous, ou du côté de Montréal.
Donc, là-dessus, ça... ça a bien fonctionné, j'imagine, ou...
Mme Thibault (Christiane) : Oui,
tout à fait. On avait l'information à temps opportun, on avait des rencontres
très... très précises et très efficaces. Puis l'autre point également, pour
nous, c'était précieux, en fait, on est en... on est en lien avec le ministère,
évidemment, on était avec notre collègue du ministère de la Santé, de la
direction... la <i>direction nationale de la santé publique, et on était
vraiment en duo, et avec la... la... la cellule, là, le comité interministériel.
Puis nous, de notre côté, bien, évidemment, on avait des modèles, qu'on
s'appuyait sur des modèles pour prévenir, pour prévoir le panache, comment le
panache allait se... se... se disperser à travers le territoire. Ça aussi,
c'était... c'était tout un défi d'aller chercher les données. On s'est dotés de...
d'outils, on s'est... on s'est acoquinés avec nos... les amis météorologues
canadiens pour aussi comprendre le phénomène, comment le panache va se... va se...
va se disperser puis quelle population qui va être touchée. Donc, c'est... on
était vraiment en communication, puis avec aussi le ministère de
l'Environnement, qui était aussi notre partenaire.
M. Bonnardel : Je vous pose
la question, parce que je l'avais posée l'année passée, puis on m'a dit, à ma
connaissance, non. Mais est-ce qu'il y a eu des effets collatéraux, des effets
négatifs sur la santé de certaines personnes? Ça n'a pas duré longtemps, mais
quand ça... Tu sais, moi, je me souviens, en Abitibi, là, quand tu... l'image
m'est restée, là, quand tu arrives puis tu vois que c'est jaunâtre, puis qu'il
tombe des cendres, tu mesures jusqu'à quel point tu es content d'avoir une
santé forte. Mais, à quelque part, il y a des gens aussi qui... qui devaient
fermer les fenêtres, qui ne pouvaient pas être dehors et qui ne pouvaient pas
aller courir ni même marcher, ni même marcher. Donc, c'était... ce n'était pas
banal comme... comme <situation...
M. Bonnardel :
...comme
>situation. Donc, il y a-tu eu des effets, selon vous, à long terme ou
des effets, là, qui ont frappé les... certaines personnes, à votre
connaissance? Moi, on m'avait dit non, là, mais...
Mme Thibault (Christiane) : Pas
à ma connaissance. Si tu veux...
• (16 heures) •
Mme Laplante (Lise) : Bien,
je peux parler, mais... Bonjour. Donc, à long terme, on n'a pas nécessairement
ces données-là pour le moment, là. Je ne sais pas non plus si on va... Ce n'est
pas facile à avoir non plus, là, ce genre de données là, mais effectivement, à
court terme, il pouvait y avoir certains effets plus au niveau respiratoire,
etc., là.
M. Bonnardel : OK. Parlez...
M. Forest (Pierre-Gerlier) : Une...
une des choses... Je peux rajouter peut-être juste une petite chose?
M. Bonnardel : Allez-y. Oui,
oui.
M. Forest (Pierre-Gerlier) : Mais
une des choses qu'on a apprises, nous, qui... importante dans notre...
lorsqu'on s'est penché sur notre expérience aussi, c'est que ça a renforcé chez
nous l'impression qu'il y a... il y a un investissement en formation des
intervenants qui est nécessaire pour la santé publique. Et c'est certain, pour
l'institut, c'est devenu une de ses préoccupations principales en matière de
sécurité civile, ça explique aussi pourquoi on a une réaction favorable à
l'idée d'une réserve d'intervention, en particulier d'une réserve sanitaire.
Vous le savez, c'est un modèle qui a fait ses preuves dans d'autres
juridictions, la France, les États-Unis, pour en nommer au moins deux pays.
Et c'est certain que, nous, ça nous a attirés, en disant : On voit bien,
il faut mieux préparer des gens pour pouvoir les déployer, qu'ils soient prêts
à faire des interventions pour prévenir les effets à long terme dont vous
parlez.
M. Bonnardel : Parlez-moi de...
de... de... je lisais votre mémoire à la page 10, là, du modèle de Calgary,
la séparation des équipes d'intervention et de rétablissement, là. Je suis un
peu curieux de comprendre un peu l'Alberta qui établit un cadre provincial de
rétablissement. Expliquez-moi un petit peu ce modèle comme tel, là, qui...
M. Forest (Pierre-Gerlier) : Oui.
Bien, l'expérience de Calgary est connue dans la littérature parce que... vous
vous rappelez des inondations en 2013, le centre-ville complètement recouvert
d'eau, le... et ils ont été capables de tenir le <i>Stampede quand même,
dès que l'eau... Et ça, c'est en partie à cause de l'idée qu'ils ont... qu'ils
avaient eue, qui étaient... Ils ont été les premiers à le tester en conditions
réelles. Ils ont mis une équipe dans un bunker à l'extérieur de la ville puis
leur ont dit : Vous, vous faites une seule chose, vous ne vous occupez pas
de ce qui se passe en ville, vous préparez la reconstruction. Puis ces gens-là
se sont concentrés, donc beaucoup moins fatigués, beaucoup moins stressés, mais
complètement concentrés sur des mesures de reconstruction. Une mesure très
technique, là, par exemple, rétablir l'électricité dans les maisons. Évidemment,
il y a un code du bâtiment, il y a un code de l'électricité, normalement il
faudrait avoir des équipes de... des compagnies d'électricité qui... Ils se
sont dit : Non, les gens sont probablement capables de le faire eux-mêmes.
On va construire un guide. Et ça a permis de rétablir l'électricité très
rapidement dans les banlieues de Calgary qui avaient été touchées par
l'inondation. Et ça, c'est... ça a montré... et ce modèle-là a été adopté
depuis par beaucoup, beaucoup de villes américaines, de faire une différence. Il
y a une équipe de rétablissement, ces gens-là se concentrent en disant :
Quand c'est fini, comment on fait? Les gens vont revenir chez eux, quelles
instructions, quelles mesures doivent-ils prendre? Qu'est-ce qu'il faut faire
comme suivi médical? Et ainsi de suite.
M. Bonnardel : ...mes
collègues qui ont des questions.
Le Président (M. Schneeberger) : Oui.
Alors, je vais donner la parole à la députée de Labelle.
Mme Jeannotte : ...du comté
de Labelle. Bien que les feux étaient très loin quand même en Abitibi, il y a un
matin, tu te réveilles à Mont-Tremblant, puis la fumée nous empêchait de sortir
sur nos balcons, et l'événement Ironman est annulé, alors... parce que les
athlètes, les centaines d'athlètes qui étaient là auraient eu des dangers.
J'aimerais que vous m'expliquiez encore... nous expliquiez la coordination, là,
qui s'établit entre, vous dites, les météorologues et puis, j'imagine comment
ça se passe, là, le lien avec, évidemment, la montagne, qui, eux, prenaient
probablement ultimement la décision, puis ça doit se passer très, très, très
vite, là, la décision. Donc, pourriez-vous nous expliquer, bien, premièrement,
si vous avez été impliqué dans ce genre d'événement puis comment ça se passait?
Mme Thibault (Christiane) : Bien,
la décision, ces genres de décisions là sont prises par les directions
régionales de santé publique. Nous, on est vraiment au niveau plus troisième
ligne, deuxième, troisième ligne, donc on est... on est en expertise, donc on
conseille en termes d'impact à... les effets à la santé, les risques à la
santé, les mesures de protection, bon, toutes ces choses-là, puis c'est le... c'est
vraiment le local, le... les directeurs régionaux de la région qui s'occupent
de ça. Oui.
Mme Jeannotte : Parfait.
Puis, dans un contexte, vous semblez dire que, même dans d'autres événements,
comme par exemple une autre chose que j'ai vécue dans mon comté, une digue qui
menaçait, il y a donc des impacts sociaux pour la population. Donc, même à ce
niveau-là, quand, dans le fond, il n'y a pas d'inondation, il n'y a pas de feu,
mais il y a un événement tragique qui fait qu'on est obligés d'évacuer des
gens, vous dites que, vous souhaitez aussi, c'est très nécessaire d'être
impliqué aussi pour la santé mentale.
Mme Thibault (Christiane) : Psychologique,
oui, psychosocial, le tissu social qui est détérioré par une situation ou un
événement particulier. Donc, pour nous, puis nos études aussi le voient pour
certaines thématiques, c'est important de bien connaître les impacts
psychosociaux d'une situation particulière, de connaître ce que... le contexte
historique, le contexte économique...
16 h (version révisée)
Mme Thibault (Christiane) : ...ce
que... le contexte historique, le contexte économique, le contexte social, le
contexte pour bien après reconstruire, ou... ou pallier, ou comprendre ce qu'il
se passe en termes de thématique.
Mme Jeannotte : ...des
laboratoires tellement intéressants, parce que... J'y retourne, puis on sent l'émotivité.
Quand on rentre dans le bunker, là, qu'on appelait, les gens sont marqués par
ces événements-là, et moi de même, parce que je l'ai vécu, on est encore... Ça
fait que c'est tout ça que vous désirez, donc, documenter pour pouvoir après,
là, intervenir, ça fait que... Mais vous dites que ça... ça fonctionne bien,
dans le fond, à ce moment-ci, avec la coordination, ça... Ce que j'entendais, c'est
que ça fonctionnait bien.
Mme Thibault (Christiane) : Oui.
Mme Jeannotte : Super.
Merci beaucoup.
Le Président (M. Schneeberger) : ...
Une voix : ...
Le Président (M. Schneeberger) : Oui.
Mme Laplante (Lise) : ...j'aurais
juste rajouté quelque chose. En fait, c'est que, les impacts psychosociaux à
court terme, il y a déjà des éclaireurs sur le terrain par la mission santé,
mais ici, on parle aussi des effets à long terme. C'est important de les
documenter, parce que ça ne s'arrête pas après l'événement. Donc, c'est ce que
voulait apporter Mme Thibault ici.
Mme Jeannotte : ...ce n'est
pas juste le court terme. Les gens sont marqués pour plusieurs années, oui.
Une voix : Non, c'est ça. Oui.
Mme Jeannotte : Oui.
Mme Thibault (Christiane) : ...et
on... et on voit bien que les effets sont... sont présents encore après 10 ans.
Mme Jeannotte : Merci.
Le Président (M. Schneeberger) : Ça
va?
Mme Jeannotte : Oui.
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
s'il n'y a pas d'autre question, nous allons du côté de l'opposition officielle
avec la députée de Westmount—Saint-Louis.
Mme Maccarone : Merci, M.
le Président. Bonjour. Merci beaucoup pour votre témoignage et pour votre mémoire.
Un plaisir de vous avoir avec nous. D'emblée, je souhaite vous poser une
question, ce n'est pas la première fois que je le pose. On a reçu un
commentaire d'un citoyen, un M. Lemire qui nous dit qu'il était déçu de
constater que la notion de sinistre n'inclut pas la gestion des risques de
sinistre de nature technologique, qui peuvent mettre en danger la population du
Québec. À titre d'exemple, les réseaux de distribution d'énergie, la gestion
des barrages, les systèmes de contrôle de l'eau potable, de filtration, d'assainissement,
ce sont des infrastructures qui mettent la population à risque en cas de
défaillance ou surtout d'intervention malveillante, comme une cyberattaque.
Puis la raison que je le soulève aussi
avec vous, c'est parce que vous venez tout juste d'émettre un communiqué de
presse. Ça fait que bravo, vous êtes ici, mais il y a un communiqué de presse
qui vient d'être publié sur le réseau. Puis, dans votre communiqué de presse,
vous dites que l'INSPQ devient non seulement une expertise sur les changements
climatiques et leur impact, mais également sur bon nombre d'autres menaces
infectieuses, chimiques et radiologiques.
Alors, est-ce que nous avons une
modification peut-être à faire dans... dans le projet de loi qui... qui ne se
retrouve pas présentement dans votre mémoire? Puis, dans le fond, je ferais
référence... je sais que c'est une longue préambule pour vous poser une
question, mais c'est parce que... Juste pour vous rappeler, dans l'article 2
du projet de loi, on parle d'un phénomène ou activité d'origine naturelle ou...
anthropique, notamment une inondation ou... glissement de terrain, accident
mettant en cause des matières dangereuses, l'effondrement d'une infrastructure,
un incendie de forêt ou une pandémie, mais on ne parle aucunement d'une
cyberattaque, on ne parle pas de chimique, radiologique comme vous, vous avez
fait mention.
Ça fait que... avons-nous une élaboration
à faire, une modification à faire suite non seulement à vos expertises, mais
aussi parce que c'est... c'est 2024, les choses avancent rapidement? Ça fait
que peut-être vous pourriez élaborer là-dessus.
M. Forest (Pierre-Gerlier) :
Christiane, veux-tu...
Mme Thibault (Christiane) : Bien,
peut-être, Lise? Oui, je pense que Lise... Oui.
Mme Laplante (Lise) : Oui,
je peux commencer. En fait, la définition de «risques anthropiques», ça inclut
ça, pour nous, en tout cas, dans notre... mais peut-être que ce n'est pas
suffisamment explicite dans le projet de loi, c'est peut-être quelque chose à regarder
de ce côté-là. Mais ça inclut les gestes malveillants, ça inclut différents
risques technologiques, dont les risques... Dans le fond... causés par les
humains, entre autres, ou des... des technologies défaillantes ou des choses
comme ça.
Mme Maccarone : Quel
genre de... de mesures devons-nous mettre en place, selon votre expertise,
quand nous faisons face à ce... ce type d'état majeur de... de sinistre, si
vous voulez, mais de... d'attaque? Que devons-nous faire?
Mme Laplante (Lise) : Avec...
Vous voulez dire, avec les risques anthropiques? Bien, il y en a différents
types, là. Ça fait que... Donc, selon les... les types de risques, on peut
décider de mettre des choses en place et ça va différer un petit peu. Mais, par
exemple, je peux donner... un réservoir, par exemple, de chlore, qui serait à
risque. Il y en a beaucoup dans les usines de traitement d'eau potable, là.
Habituellement, les mesures sont prises et sont adéquates, là. Je ne veux pas
faire peur à personne ici.
Mme Maccarone : Non,
non, tout à fait.
Mme Laplante (Lise) : Mais,
si jamais le réservoir fuit, bien, on peut dire aussi... Avant qu'il fuie,
bien, peut-être qu'on peut essayer de voir quelle... quelle quantité... on peut
réduire les quantités. Donc, la réduction à la source, ça peut être des choses comme
ça, ou le remplacement de substances par des substances qui seront moins <dangereuses...
Mme Laplante (Lise) :
...des
choses comme ça, ou le remplacement de substances par des substances qui seront
moins >dangereuses, si c'est possible, des choses comme ça, là, qu'on
peut voir, mais chacun des risques demande une analyse assez poussée aussi pour
voir qu'est-ce qu'on peut faire avec ça.
Mme Maccarone : Merci.
• (16 h 10) •
M. Forest (Pierre-Gerlier) :
...expérience, c'est aussi de... de faire une place à ces risques-là dans
les simulations et dans la préparation des équipes. C'est une chose importante,
là, qui fait partie, là, du manuel de préparation de... des équipes, d'être sûrs
qu'on est prêts à ces choses-là.
Mme Maccarone : Est-ce
que c'est quelque chose qui existe déjà comme expertise, comme préparation?
Mme Thibault (Christiane) : Oui.
Il y a des... il y a des organisations qui offrent ce genre de services là,
mais il y a aussi... Nous... nous sommes... À l'interne, on a... on planifie
une simulation justement pour se... se pratiquer à des situations de... de
mobilisation, d'expertise à différentes... différentes situations, en cascade,
mais qui va impliquer à la fois notre organisation, la désorganisation de notre
structure, un manque de... Internet, ou autres, de moyens de travail que... que
les gens ont... habitués de travailler puis aussi de... de fournir l'expertise
en plus.
Donc, oui, on... c'est... c'est de la...
c'est de la pratique, c'est... c'est ça qu'il faut faire, c'est de la
simulation de... de différents scénarios. Puis je suis d'accord avec... j'ai
pointé Lise, parce que, Lise, ça fait des années qu'elle... qu'elle travaille
avec la <i>loi de sécurité civile et la <i>loi de santé publique.
Effectivement, «anthropique» fait... fait référence à tout ce genre de... de
catastrophes, sinistres, de situations qui... qui peut nous...
Mme Maccarone : OK.
Merci. Je vais faire référence à votre mémoire. Je souhaite vous entendre par
rapport à... Vous faites référence ici à votre... proposition quatre, vous
dites que... «modifier l'article 48 du projet de loi afin d'assurer la
composition de la structure administrative de l'organisme pour s'assurer qu'on
a des représentants citoyens, milieux communautaires et municipaux.» Peut-être
que vous pourriez élaborer un peu pourquoi nous avons besoin de faire cette
modification.
Mme Thibault (Christiane) : Pour...
pour la... la SOPFEU, en fait? Oui, c'est ça. On... on souhaitait, en fait,
avoir une représentativité étant donné que le mandat de la SOPFEU change
également, donc, protection de... de... des... de la vie des citoyens, et puis
infrastructure et... et foresterie, de... d'avoir une représentation plus...
plus fidèle au mandat.
Mme Maccarone : Plus...
M. Forest (Pierre-Gerlier) :
L'autre aspect, c'est de... de mettre ensemble l'approche de la résilience,
qui est très bien portée par le projet de loi en ce moment, et on ne peut pas
faire de la résilience sans la population, et donc il faut l'impliquer elle
aussi dans les structures de décision. Parce que ça fait... C'est... c'est une
des façons de les faire porter, les solutions, par la suite, au moment des...
moments de rétablissement et de reconstruction dont on parlait tout à l'heure.
Mme Maccarone : Puis
vous faites référence souvent dans votre mémoire de s'assurer que vous, vous
êtes évoqués comme un acteur clé. Peut-être que vous pourriez élaborer pourquoi.
Mais, dans le fond, je pense que c'est des amendements que nous pouvons aborder
pour s'assurer que toutes les parties prenantes... ça, c'est complet. Mais
peut-être un exemple de... si c'est... si ça ne fait pas partie des amendements
qui peuvent être abordés pour bonifier le projet de loi, quel sera l'impact
pour l'INSPQ?
M. Forest (Pierre-Gerlier) :
Lise, tu veux donner un exemple concret?
Mme Laplante (Lise) : Je...
Peut-être, juste répéter un petit peu votre question.
Mme Maccarone : Dans...
dans votre mémoire, si je l'ai bien lu, puis corrigez-moi si je n'ai pas bien
compris le sens, vous évoquez à plusieurs reprises : partager les rôles,
les acteurs clés puis aussi d'identifier tous les partenaires, incluant
évidemment Santé publique, qui, souvent, ne fait... ne fait pas partie, comme
groupes que nous devons consulter, ou qui devront faire partie des
interventions. Ça fait que, dans l'éventualité où on commence l'étude détaillée
puis on ne peut pas modifier le projet de loi, quel serait l'impact pour vous?
Mme Laplante (Lise) : Bien,
en fait, c'est sur la Santé publique, entre autres, et évidemment l'institut
qui est en soutien aux autorités de santé publique. Bien, par exemple, si je
prends un... un nuage, par exemple une fuite d'ammoniac dans un aréna, et,
bien, on se pose la question : Est-ce qu'on doit évacuer? Est-ce qu'on
doit confiner une maison ou une résidence de personnes âgées qui n'est pas
très, très loin, mais qui n'est pas nécessairement directement sous le panache
et tout ça? Bien, à ce moment-là, quand ils consultent la Santé publique, nous,
on est en mesure d'évaluer le risque, de regarder un petit peu tout ça, le
risque à la santé, évidemment, de la population. On sait que c'est des
personnes vulnérables qui sont peut-être moins mobiles.
Donc, on va considérer tous ces
éléments-là dans l'ensemble, et là on va conseiller les autorités, c'est-à-dire
les pompiers ou la municipalité, pour dire : Bien, peut-être que ce serait
mieux, eux, de ne pas les évaluer... mais les évacuer, mais plutôt de les
confiner de cette façon-là, parce que l'ammoniac, bon, c'est un gaz plus léger
que l'air, vous voyez, faites ça. Donc, c'est un petit peu ce genre d'expertise
là qu'on peut apporter aux autorités de santé publique, qui, elles, vont faire
des recommandations plus directes que nous, là, à la municipalité ou aux
pompiers.
Mme Maccarone : Oui, il
me semble que c'est comme un incontournable, oui, tout à fait. Vous faites
référence aussi, à la page 15 de votre mémoire... l'article 51
n'oblige pas <le...
Mme Maccarone :
...Vous
faites référence aussi, à la page 15 de votre mémoire... l'article 51
n'oblige pas >le ministère de la Sécurité publique de vous consulter,
puis vous, vous dites que, peut-être, nous devons prévoir de préciser par
règlement la composition des différentes structures. Pourquoi ne pas le mettre
dans la loi directement? Pourquoi par règlement?
M. Forest (Pierre-Gerlier) :
...Pour nous, c'était parce que c'est une question qui vous appartient, au
fond, hein, de décider comment régler ces... ces détails-là. Ce qui nous
importait, c'est qu'il y ait une solution pour ça. Mais on n'a... on n'a... on
n'est pas les juristes, donc, notre... notre point de vue, on pensait que
c'était une solution qui permettrait de le faire de façon souple et de prévoir
aussi l'intégration de groupes différents, à différents moments. Il y a des
avantages à procéder par règlement, je pense, par expérience, dans des cas
comme ça.
Mme Maccarone : Parfait.
On parle... Là, je pense que j'ai le temps, peut-être, pour une dernière
question, mais on parle beaucoup, lors des échanges que nous avons avec les
gens qui passent en auditions, de la formation, parce qu'il y a quand même
l'article 33, paragraphe 6°, on parle de désigner des organismes...
organisations chargées de mettre en place des mesures visant à renforcer et à
accroître les capacités, chose qui... qui est saluée puis qui est bienvenue par
plusieurs personnes qui ont passé. Est-ce que vous, vous avez un rôle à jouer
en ce qui concerne la formation? Peut-être vous pourriez élaborer un peu
là-dessus.
M. Forest (Pierre-Gerlier) :
De façon générale, puis je vais laisser mes... mes collègues compléter,
mais, comme je l'ai dit, tout à l'heure, dans une réponse au ministre, oui, de
façon claire, hein, nous, notre réflexion, en ce moment, à l'institut, porte
beaucoup... on a... on a une mission de formation dans la loi de l'institut et,
en matière de sécurité civile, on pense qu'on a un rôle plus important à jouer
pour préparer les gens sur le terrain. Ce serait absurde de préparer des gens à
des situations de crise, à des situations... à des sinistres, puis de ne pas
leur donner, au moins, les bases de connaissances en santé... en santé publique,
qui sont nécessaires pour comprendre comment réagir, quelles questions poser.
C'est...
On pense aussi que... Encore une fois,
pour nous, cette question-là est aussi très liée à la question de la réserve,
de la façon dont ça a été inséré dans la... comme une possibilité dans la loi,
parce qu'on y voit la... la possibilité de déployer des gens qui ont déjà ces
formations sur le terrain, et donc qui sont prêts à intervenir avec tous les
outils scientifiques et intellectuels qui sont nécessaires pour... pour être
immédiatement actifs sur... dans... dans les situations dont on parle
aujourd'hui.
Mme Thibault (Christiane) : Je
peux peut-être aussi... Actuellement, nous sommes... bien, en fait, le réseau
de la Santé publique est en train de... de se doter d'outils pour la prochaine...
espérons pas... prochaine saison de... de feux de forêt et, évidemment, je...
la sécurité civile a un rôle de coordination, de cohérence, de message, de...
tu sais, de bien... de faire... bien faire huiler la machine, là, pour que la...
la... que ça roule très bien. Mais... avoir de la formation pour expliquer
qu'est-ce que... qu'est-ce qui est le potentiel de santé publique, les outils
qu'on... qu'on a, le potentiel en expertise en toxicologie, les laboratoires,
là. Tout ça est quand même des... des... un arsenal très intéressant, donc,
d'échange... est-ce que c'est de la formation ou, plutôt, de l'échange de... de
compétences, d'expertise. Parce qu'en sécurité civile, ils ont énormément de...
d'expertise également. Donc, c'est ce genre de... d'alliance qui permettrait
d'être encore plus... plus agiles dans les réponses aussi.
Mme Maccarone : Excellent.
Merci beaucoup. Merci beaucoup pour tout ce que vous faites aussi, c'est
précieux, puis votre contribution a été très importante aujourd'hui. Merci.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci,
Mme la députée. Alors, nous allons du côté de la deuxième opposition, avec la
députée de Sherbrooke.
Mme Labrie : Merci, M.
le Président. Merci pour votre mémoire puis également, effectivement, pour
votre expertise, que vous mettez à contribution. J'ai... Bon, on étudie un
projet de loi qui concerne la sécurité civile en ce moment, mais j'ai le goût
de faire appel à votre expertise plus large, puisque vous êtes quand même fins
connaisseurs de tous les impacts aux niveaux social, économique, psychologique,
environnemental, les différents sinistres qui peut... qui peuvent avoir lieu au
Québec. J'ai le goût de vous entendre, compte tenu que vous... vous connaissez
l'impact des coûts, dans tous les sens du terme, là, pas seulement financier,
que peuvent représenter des sinistres comme ça. Trouvez-vous qu'on investit
suffisamment pour l'adaptation aux changements climatiques, pour... en
prévention, par rapport à ces risques-là?
M. Forest (Pierre-Gerlier) :
Ce n'est pas une question... En fait, c'est une question intéressante, mais
ce n'est pas une question facile, parce que ce n'est pas notre mandat de faire
de l'analyse économique de ce... de ce type-là, puis c'est... Une chose qu'on
apprend à l'institut, c'est de répondre à des questions sur lesquelles on a
vraiment de l'expertise, et je ne pense pas qu'on est vraiment en mesure de
répondre à une question d'évaluation économique de ce type-là. Est-ce qu'il
faut se préparer pour les changements... Bien sûr. Est-ce que... est-ce qu'on
investit, nous, dans nos propres programmes? Oui, bien sûr. Mais une évaluation
globale qui porterait sur l'effort collectif au Québec, c'est vraiment une...
une autre question. Mais c'est une question <aussi...
M. Forest (Pierre-Gerlier) :
...qui porterait sur l'effort collectif au Québec, c'est vraiment
une... une autre question. Mais c'est une question >aussi qui demande
une appréciation politique, ce qui est... tout à fait à l'extérieur de... des
capacités de l'institut.
• (16 h 20) •
Mme Labrie : Je
comprends. Je vais vous demander, à ce moment-là, peut-être, votre appréciation
des moyens que vous avez à l'institut, parce que, comme vous êtes appelés à...
à être mis à contribution dans toutes ces... toutes ces différentes
catastrophes qui pourraient survenir au Québec, par exemple, qui sont appelées
à se multiplier, à être de plus en plus complexes, parce qu'il peut y avoir,
par exemple, des catastrophes simultanées ou successives, est-ce que vous, vous
considérez, à l'institut, que vous avez suffisamment de... de moyens pour faire
la recherche nécessaire, par exemple, pour déployer des équipes dans toutes les
situations sur lesquelles vous pourriez être appelés à mettre votre expertise à
contribution?
M. Forest (Pierre-Gerlier) :
Notre mode de financement, à l'institut, est assez particulier, parce qu'on
a une... c'est vrai qu'on a une subvention de base, c'est ce qui nous permet,
par exemple, de faire fonctionner les... les laboratoires. Il y a... Comme
toutes les organisations publiques, il y a une pression financière qui s'exerce
sur ces organisations-là. Mais pour le moment, on a... je pense qu'on remplit
les services pour lesquels nous sommes financés. Et puis on est... on est
financés sur des mandats, alors que, si on... on recevait des mandats de
formation particuliers dans les domaines dont on parle aujourd'hui, on les
accepterait avec plaisir puis on... on essaierait de mettre en place les
programmes.
Mais avec les moyens dont on dispose en ce
moment, moi, je n'ai vraiment pas à rougir de... du travail qui est fait par
l'institut dans... dans ces domaines-là. J'ai l'impression que notre
contribution est importante, sérieuse et qu'on a déjà un impact vraiment
mesurable sur les décisions qui sont prises, en tout cas, dans les... dans le
rapport qui existe entre santé publique et... et changements climatiques.
Mme Labrie : Bien sûr,
puis j'espère que ma question n'a pas été comprise comme une... une remise en
question de... de votre rapport, là. Je ne sais pas si vos collègues avaient
quelque chose à ajouter. Non. Bon, bien, je vous remercie.
M. Forest (Pierre-Gerlier) :
Merci beaucoup.
Le Président (M. Schneeberger) : Ça
va? OK. Alors, je vous remercie pour votre précieuse contribution. Alors, ceci
met fin à nos travaux. Avant de terminer, je procède au dépôt des mémoires des
personnes et des organismes qui n'ont pas été entendus au niveau public ici,
mais, par contre, je peux vous dire qu'ils seront pris en considération
précieusement.
Alors, la commission, ayant accompli son
mandat, ajourne ses travaux au mardi 26 mars, 9 h 45, où on...
nous entreprendrons d'autres travaux. Merci beaucoup.
(Fin de la séance à 16 h 22
)