Journal des débats (Hansard) of the Committee on Planning and the Public Domain
Version préliminaire
43rd Legislature, 2nd Session
(début : September 30, 2025)
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Tuesday, February 3, 2026
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Vol. 48 N° 10
Special consultations and public hearings on Bill 13, an Act to promote the population’s safety and sense of security and to amend various provisions
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9 h 30 (version non révisée)
(Neuf heures quarante-huit minutes)
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
bon matin à tous! Bienvenue à cette nouvelle session printanière et dernière
pour notre mandat. Je salue toutes les gens ici présents. Et il y a le quorum.
Je déclare la session de la Commission de l'aménagement du territoire ouverte.
Juste peut-être vérifier vos sonneries au niveau de vos appareils, bien les
fermer.
Alors, la commission est réunie ce matin
afin d'entreprendre des consultations particulières et auditions publiques sur
le projet de loi numéro 16, Loi visant à favoriser la sécurité et le
sentiment de sécurité de la population et modifiant diverses dispositions.
Est-ce qu'il y a des remplaçants, M. le
secrétaire?
Le Secrétaire : Oui, M. le
Président. Mme Lecours (Les Plaines) remplace M. Gagnon
(Jonquière); et Mme Maccarone (Westmount—Saint-Louis) remplace Mme Nichols
(Vaudreuil).
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup. Alors, ce matin, nous allons entendre la Sécurité du Québec, le
Service de police de la ville de Montréal et le Service de police de la ville
de Québec.
Nous débutons avec les remarques
préliminaires. Alors, M. le ministre, vous avez un temps de six minutes.
Bonjour à vous.
M. Lafrenière : Merci
beaucoup, M. le Président. Tantôt, vous avez fait un lapsus en disant «16». C'est
le projet de loi 13, mais 13 comme dans porte-bonheur. Moi, je pense que
le 13 va porter bonheur, M. le Président.
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
je m'excuse, c'est bien 13.
M. Lafrenière : Bien non,
excusez-vous pas. Bon matin, tout le monde! Très content d'être avec vous.
Bonjour! «Hello»! «Kuei»! (S'exprime dans une langue autochtone). M. le
Président, mon adjointe parlementaire Isabelle, merci d'être avec nous ce
matin, collègues de la banquette ministérielle, les collègues des oppositions.
On a eu la chance de se parler hier de ce projet de loi là. J'ai... M. le
Président, on a eu une belle rencontre pour se dire de quelle façon on voulait
se gouverner puis de quelle façon on voulait travailler. Et je veux qu'on soit
très à l'écoute. Puis je l'ai dit aux gens des oppositions, s'ils ont des
idées, ce qu'on veut faire, c'est le meilleur projet de loi, il est
perfectible, alors très ouvert aux commentaires de mes collègues des
oppositions. Et j'en suis heureux, qu'on puisse travailler comme ça. Je veux
remercier les organisations qui ont pris le temps de nous soumettre des
mémoires, M. le Président. On a reçu plusieurs mémoires qui nous aident dans
notre réflexion. On va en entendre aujourd'hui. Merci. Je suis accompagné des
équipes du ministère, parce que vous comprenez, quand on dépose un projet de
loi comme ça, il y a tout un travail qui est fait par les équipes du ministère,
alors je veux les remercier. Travail qui a dû être fait rapidement, on a donné
un petit peu moins de temps que prévu, mais ça a été des résultats incroyables,
alors merci.
• (9 h 50) •
Vous savez, M. le Président, notre
gouvernement a fait de la sécurité une priorité. Puis aujourd'hui,
concrètement, on vient déposer un projet de loi 13 qui va venir faire
plusieurs changements, on l'espère, dans notre société. Quand on a parlé de
sécurité, de loi et ordre, avant le temps des fêtes, M. le Président, pour
plusieurs personnes, ça semblait de sortir nulle part. Ils ne voyaient pas quel
était le lien avec l'actualité. Malheureusement, l'actualité nous a donné
raison. On a vécu, entre autres du côté de Laval, beaucoup de cas d'extorsion,
sixième féminicide qui a été déclaré dans les dernières heures. Mes pensées aux
proches, aux familles. On en a parlé souvent, de ces dossiers-là. Puis je n'aime
pas dire «dossiers», parce que c'est des crimes horribles avec des
répercussions incroyables sur les familles, les proches.
Aujourd'hui, dans ce qu'on va vous présenter,
M. le Président, on l'espère, on espère outiller les gens pour briser le cercle
de la violence. Six féminicides en un mois au Québec, c'est totalement
inacceptable. On va continuer de mettre beaucoup d'énergie là-dessus parce que
c'est important puis parce qu'on doit le faire.
La lutte au crime organisé, M. le
Président, est une...
M. Lafrenière : ...une grande
priorité pour nous et on a rencontré récemment des propriétaires
d'établissements de bar, de restaurant qui nous disaient à quel point, au
quotidien, cette intimidation-là, les crimes contre les commerçants, à quel
point ça affecté leur sentiment de sécurité. Je peux vous dire que c'était des
gens qui étaient très ébranlés et on le serait pour beaucoup moins que ça.
Alors ça a un impact, ça a un impact réel sur la vie des gens. Ça fait que
c'est un des volets qu'on va vous présenter aujourd'hui, comment faire la lutte
au crime organisé? Comment aussi aider les victimes? Puis vous savez, dans
notre projet de loi, on a des volets qui viennent en aide aux victimes, ce
qu'on souhaite, donc, un registre pour les délinquants sexuels à haut taux de
récidive. On a aussi le fait que lorsqu'un suspect est arrêté pour violence
conjugale, les coordonnées de ce sujet-là sont transmises à un organisme qui
pourra venir en aide aux hommes violents, puis on espère casser le cycle de la
violence. Il y a aussi les conditions de libération qui pourraient être
transmises à la victime. Donc elle va savoir sur quelles conditions son
conjoint, ex-conjoint a été libéré. Il y a aussi la possibilité devant la
Commission des libérations conditionnelles pour une victime d'être entendue à
terme de sa libération. Ça fait que ce sont tous des volets pour les victimes.
En passant, tantôt, je vous ai parlé de crime
organisé. Un autre phénomène qu'on a vu beaucoup, c'est l'emploi...
l'utilisation de jeunes, de mineurs, pour commettre des crimes. Le gouvernement
fédéral a déjà annoncé qu'il voulait augmenter les peines. Nous, on a annoncé à
l'automne passé des sommes importantes en prévention parce qu'on veut faire en
sorte que ces jeunes n'adhèrent pas aux groupes criminalisés. Alors, c'est un
autre volet qui est important.
Je vous ai parlé rapidement du registre
des délinquants sexuels. M. le Président, je pense qu'on a à la bonne place.
Moi, au début, j'étais un petit peu sceptique. J'avais cette crainte-là qu'il y
ait de la vigilante, qui'il y a des groupes qui s'en prennent aux
prédateurs, aux hommes qui ont été condamnés et qui ont un haut taux de
récidive. Mais en regardant ce qui est arrivé ailleurs, M. le Président, on
regarde du côté américain, il y en a dans tous les États, ce n'est peut-être
pas le meilleur exemple présentement, les États-Unis. Côté canadien, la
majorité des provinces ont un registre aussi de délinquants sexuels. Ça se
passe bien, il n'y a pas eu de cas de dérapage et nous on veut commencer par un
premier pas. Il y a des gens qui m'ont parlé de la possibilité d'élargir ça aux
violences conjugales. Quand on regardait la volumétrie, M. le Président, on
aurait pu aller de l'avant, mais on aurait de la difficulté à l'appliquer pour
le moment. Mais on ne ferme pas la porte du tout pour l'avenir, pour le moment,
il faut commencer par un premier pas, puis c'est ce qu'on aura comme échanges
dans les prochains jours, dans les prochaines semaines.
Pour les corps policiers, on veut aussi
leur donner plus de flexibilité, M. le Président, la possibilité de mutualiser
des services. Puis je sais que les collègues policiers qui sont ici, qu'ils
vont avoir des questions, qui vont se dire : Mais où on s'en va avec tout
ça? Le but est pour donner de la flexibilité et surtout d'être à force égale
avec le crime organisé qui a beaucoup de ressources et, entre autres, on en
parlait pour des crimes technologiques, des choses très, très, très spécifiques
où des fois on sent qu'on est dépourvu. Alors, on aura des... j'ai bien hâte
d'entendre les collègues policiers qui sont dans la salle pour entendre leurs
préoccupations pour qu'on ait à la bonne place, M. le Président, parce que
c'est ce qu'on veut faire.
Il y a le volet autochtone, comme vous
savez, je suis aussi le ministre responsable des relations avec les Premières
Nations, les Inuits. On va permettre à des services de police autochtones de se
mutualiser, de créer une régie de police. On le vit beaucoup du côté
allochtone, du côté autochtone c'était impossible jusqu'à aujourd'hui, ils vont
pouvoir le faire puis j'aurai la chance d'en reparler à quel point il y a
beaucoup d'avantages pour ces services-là, dont un service qui est plus
robuste.
Dernier point, qui est le point sur les
manifestations. On pourrait se dire que c'est juste Montréal, mais Québec
aussi... il y a d'autres villes qui vivent des manifestations. Alors, de se
présenter dans une manifestation avec, exemple, des pièces pyrotechniques, des
objets tranchants, des objets pour blesser les policiers, ça va être interdit.
Manifester devant la résidence d'un élu à moins de 50 mètres, ça va être
interdit. Alors ce sont des points qu'on aura la chance de discuter, puis j'ai
bien hâte d'entendre nos gens qui sont avec nous aujourd'hui.
J'ai dit le dernier point, mais il y en a
un autre que j'ai l'impression que ça ne va pas passer beaucoup, beaucoup de
temps, c'est le bureau de la sécurité privée. On vient changer les mandats et
ça au sein du conseil d'administration, bien que ça semble très technique,
c'est super important pour eux parce qu'ils se retrouvent des fois dans une
période de ballottage. Alors j'ose espérer que celui-là, ça sera plus simple.
Mais on va prendre le temps, le temps d'entendre les gens, le temps de discuter
avec les oppositions. C'est sûr, M. le Président, je ne ferais pas de cachette,
vous avez parlé tantôt qu'on est la... c'est notre dernière... dernière partie
de notre mandat. Alors, il ne reste pas beaucoup de temps. On va travailler
ensemble, puis je tends la main aux gens des oppositions, merci d'être là.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci,
M. le ministre. Nous allons maintenant du côté de l'opposition officielle et
j'entends la députée de Westmount—Saint-Louis pour quatre minutes 30.
Mme Maccarone : Merci, M. le
Président. Un plaisir d'être parmi vous tous aujourd'hui. M. le Président, M.
le ministre, toutes les équipes qui nous accompagnent, tous les collègues,
évidemment, Florence, recherchiste extraordinaire, j'ai la chance de travailler
avec elle. Vous savez, M. le Président, vous savez aussi, M. le ministre, que
le dossier de sécurité publique en est un dont je suis très passionné. Je me
suis beaucoup investie dans le dossier, alors, je suis contente d'être de
retour dans la commission parlementaire pour en débattre, du sujet d'actualité,
de l'heure que j'espère, va occuper beaucoup de place pour tous les
parlementaires, pour le public...
Mme Maccarone : ...en général,
c'est la sécurité de notre population. Alors, c'est clair, c'est un omnibus qui
vise à améliorer le sentiment de sécurité de la population. On ne peut pas être
contre ça. C'est vrai, nous avons besoin de faire ceci, mais ça reste que c'est
un sentiment de sécurité. Et je suis présente, M. le Président... M. le
Président et M. le ministre, c'est clair, on ne peut pas être contre ça. On est
pour ça. Mais ça reste qu'il faut vraiment donner un sentiment de sécurité en
offrant de la sécurité à la population. Alors, il faut vraiment mentionner...
l'éléphant dans la pièce. Puis l'éléphant dans la pièce qui n'est pas compris
dans ce projet de loi, c'est d'ajouter des effectifs. Les policiers le dit
partout à travers tous les territoires du Québec, Montréal, Laval, Longueuil,
Québec, ailleurs dans la Côte-Nord, on a besoin d'ajouter des policiers. C'est
ça qui va vraiment ajouter à le sentiment de sécurité de la population, et pas
juste le sentiment, mais la vraie sécurité.
Alors, est-ce qu'il y a des éléments à
l'intérieur de ce projet de loi qui sont intéressants? 100 %. J'ai hâte à
en débattre. Chaque fois qu'un projet de loi est déposé, je dis toujours les
mêmes remarques préliminaires : Ça n'appartient plus au gouvernement, ça
n'appartient pas aux oppositions, ça appartient à la population. Ça appartient
aux gens qui vont nous offrir leur vision, faire leurs témoignages, déposer des
mémoires. Puis j'espère que nous allons prendre en considération tout
l'information qui sera partagée avec nous pour améliorer ce projet de loi. Il
n'y a aucun projet de loi qui n'est pas perfectible. Alors, j'ai hâte à passer
à cette étape.
C'est vrai, il y a énormément d'éléments,
dans ce projet de loi, à débattre. Malgré que ce n'est pas épais comme projet
de loi, mais ça touche beaucoup d'aspects. Je suis très curieuse d'entendre les
groupes qui vont s'exprimer en ce qui concerne tous ces aspects. Que ce soit
uniquement le sentiment, les patchs, le registre, oui, le bureau de sécurité
privée, évidemment, on a plein de choses à en débattre, incluant les
manifestants. Mais, encore une fois, je réitère, pour moi en tout cas, ce qui
manque dans le projet de loi, c'est le concret.
Et je comprends que ce n'est pas facile de
faire ceci parce que, là, on parle des budgets, mais il faut que je souligne,
ce n'est pas un manque de respect, je pense que c'est vraiment l'éléphant dans
la pièce, puis il faut vraiment faire la mention de ceci. Parce que, si on
n'ajoute pas des effectifs, si on n'ajoute pas du concret, mais c'est clair, on
ne pourra pas aller plus loin pour protéger la population. Et, oui, nous avons
des défis d'une grande ordre. Que ce soient les jeunes, que ce soit
l'extorsion, que ce soit le crime organisé, il y a beaucoup, beaucoup, beaucoup
de sujets à en débattre. Et je serai là à côté du ministre. Je suis contente de
savoir qu'il y aura une ouverture. C'est clair, l'opposition officielle, le
Parti libéral du Québec, nous avons plein de recommandations à faire pour
bonifier ce projet de loi.
Et, sur ce, M. le Président, j'ai hâte à
entendre les groupes qui sont présents avec nous aujourd'hui.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup. Nous continuons avec la députée de Sherbrooke pour 1 min 30 s.
Mme Labrie : Merci, M. le
Président. Nous, on accueille le projet de loi avec ouverture. On n'est pas
positionnés encore sur tous les enjeux. On va prendre le temps d'écouter les
différents groupes. Mais il y a une préoccupation que j'ai, que j'ai déjà
mentionnée au ministre hier, également, c'est qu'à travers le projet de loi on
réussisse à en faire un peu plus par rapport aux enjeux de la violence
conjugale. Le ministre a nommé lui-même, là, qu'on vient d'avoir un...
potentiellement un septième féminicide sur le territoire. C'est très
préoccupant. Je pense que le projet de loi peut aller plus loin pour prévenir
ce type de situation là.
• (10 heures) •
Puis j'ai une préoccupation également.
Parce qu'il y a des belles choses dans le projet de loi quand même, mais si les
ressources pour la réhabilitation ne sont pas là, ça va rester difficile. Je
pense, par exemple, à la possibilité de référer des auteurs de violence qui
sont arrêtés, là, à des organismes qui viennent en aide aux hommes qui ont des
comportements violents, par exemple. Mais... C'est une bonne intention, mais la
ressource en Estrie, par exemple, qui fait ça, c'est Le Seuil, puis eux, ils
ont une liste d'attente de plusieurs mois déjà, notamment pour des personnes
qui ont fait déjà des tentatives d'étranglement, là. Donc, c'est des
comportements passablement dangereux qui portent atteinte à la vie des gens,
puis ils sont quand même en attente pendant plusieurs mois pour un service.
Donc, si on rajoute plus de gens sur cette liste d'attente sans bonifier les
services, on n'atteindra pas l'objectif finalement, là, de faire cesser ces
comportements-là. Donc c'est une préoccupation que j'ai également. Merci.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup, députée de Sherbrooke. Alors, nous allons débuter les auditions
publiques. Nous débutons ce matin avec la Sûreté du Québec.
Alors, je vous salue, salut à vous deux.
Alors, je vais vous présenter, étant donné que vous êtes deux, un homme et une
femme, ce n'est pas compliqué, il n'y aura pas de gens qui vont mêler les
personnes. Alors, c'est M. Benoit Dubé, directeur général adjoint, Grande
fonction des enquêtes criminelles, et Mme Andranne Ruffel, adjointe au
directeur général adjoint, Grande fonction des enquêtes criminelles. Bonjour à
vous deux. Vous avez 10 minutes pour faire votre mémoire. Et, par la
suite, nous allons procéder à une période de questions avec les députés et
ministres.
M. Dubé (Benoit) : Parfait.
M. le Président, bonjour. Bonjour, M. le ministre. Mesdames et Messieurs les
députés, Mesdames et...
10 h (version non révisée)
M. Dubé (Benoit) : ...monsieur.
La Sûreté du Québec tient en premier lieu à remercier la Commission de l'aménagement
du territoire de l'avoir invité à participer aux travaux parlementaires sur le
projet de loi 13. Nous considérons qu'avec ce projet, le gouvernement du
Québec ajoute des nouveaux outils législatifs et en adapte d'autres pour
permettre le renforcement des capacités opérationnelles des corps de police, l'adaptation
des approches aux besoins des personnes victimes d'actes criminels, en plus de
favoriser une réponse plus efficace aux enjeux actuels de sécurité publique.
Nous souhaitons profiter de l'occasion qui nous est offerte pour mettre en
lumière l'apport positif de ces propositions législatives, en plus de partager
certaines considérations et pistes de réflexion.
Notre analyse s'appuie bien sûr sur notre
expérience et sur le statut particulier de la SQ, qui est la seule à agir à
titre de corps de police provinciale de niveau six. Comme vous le savez, ce
statut nous confère certains services exclusifs, dont certains sont étroitement
liés au présent projet de loi, notamment la coordination de la lutte contre le
crime organisé. Ainsi la coordination et l'enregistrement du renseignement au
registre national des délinquants sexuels.
Tout d'abord, la SQ salue l'objectif visé
par l'édiction de la Loi sur la divulgation publique de renseignements
concernant certains délinquants sexuels à risque élevé de récidive, qui est de
fournir un outil d'information supplémentaire à la population pour lui permettre
de prendre des mesures de précaution. C'est sur la base de notre rôle de
coordination ainsi de notre expertise en détection et en évaluation d'individus
présentant un risque élevé de récidive pour les crimes graves, violents et
sexuels que nous avons participé aux travaux du ministère et étudié les
dispositions proposées. Une nouvelle... La nouvelle loi prévoit la diffusion
par la SQ de renseignements concernant un délinquant sexuel à risque élevé de
récidive à la suite d'une décision d'un comité pluridisciplinaire. Nous sommes
en faveur de la formation d'un comité qui réunira des expertises diversifiées
et de la centralisation de la responsabilité de la diffusion de ces
renseignements. Ces orientations favorisent, à notre avis, une analyse rigoureuse
et complète de chacun des cas et une prise de décision éclairée, ainsi qu'une
uniformité dans l'application des dispositions du projet de loi.
Nous tenons à souligner que plusieurs
paramètres clés de la mise en application de cette loi sont toujours à définir
par règlement, soit les critères permettant de circonscrire le bassin de
délinquant sexuel visé, les renseignements les concernant qui doivent être
communiqués à la SQ ou au Comité, ainsi que les critères d'analyse dont ce
dernier devrait tenir compte dans l'exercice de ses fonctions. La SQ offre de
poursuivre sa collaboration dans les travaux de rédaction de ces règlements,
car ils sont au cœur de l'atteinte des objectifs visés par le projet de loi.
En ce qui concerne plus spécifiquement les
effets de la divulgation publique de ces renseignements, certaines
considérations doivent tout de même être mentionnées. En premier, elles
pourraient créer un écart entre les capacités opérationnelles réelles des corps
de police et les attentes du public qui pourraient penser que ces délinquants feront
l'objet d'une surveillance accrue, voire en continu, par les forces de l'ordre.
Elle pourrait également accroître les risques d'auto-justice et avoir les
impacts négatifs sur les proches des délinquants sexuels visés. Enfin, elles
pourraient intensifier les craintes des citoyens, par exemple dans les secteurs
où l'on retrouverait plusieurs délinquants. C'est pourquoi nous sommes d'avis
que le ministère de la Sécurité publique, de concert avec la communauté
policière, devrait prévoir l'élaboration d'outils de sensibilisation. D'une
part, pour fournir aux citoyens des informations sur les mesures de précaution
qui peuvent être prises et, d'autre part, pour les sensibiliser au phénomène du
vigilantisme et ses conséquences.
Maintenant, en ce qui concerne les
nouveaux articles qui encadreraient certains aspects des manifestations, nous
sommes convaincus qu'ils seront accueillis favorablement par la communauté
policière et ses partenaires. Les mesures prévues, notamment l'encadrement des
lieux de manifestations à proximité des résidences des élus municipaux, des
préfets et des députés, l'interdiction de posséder certains objets et les
pouvoirs d'intervention fondés sur les critères de motifs raisonnables, fourniraient
des outils additionnels pour les policiers afin d'intervenir de façon graduée
et proportionnée à ces événements. Ces dispositions sont susceptibles de
contribuer à réduire les risques d'escalade, à renforcer le sentiment de
sécurité des personnes visées et à protéger leur vie privée...
M. Dubé (Benoit) : ...ainsi
que celle de leurs proches.
Au niveau du second volet de la nouvelle
loi, qui porterait sur l'affichage d'objets identifiant une entité à dessein
criminel, à la lumière de notre rôle de coordination et de notre expertise en
matière de lutte contre le crime organisé, nous nous ne pouvons qu'appuyer la
volonté de légiférer pour contrecarrer l'intimidation que cet affichage
engendre. C'est un instrument de pouvoir et d'intimidation qui s'appuie sur
l'image violente de ces groupes criminels organisés et ça permet aux membres de
s'afficher ouvertement pour maintenir un climat de crainte chez les
concurrents, mais aussi dans la population. C'est d'ailleurs pour cette raison
que l'un des axes de la stratégie provinciale de lutte contre le crime organisé
vise à assurer une présence policière accrue, notamment dans les établissements
licenciés et dans divers événements auxquels les organisations criminelles
participent. Que ce soit spécifiquement lors de ces interventions ou de façon
générale, dans le cadre du travail policier, les lois actuelles offrent peu de
leviers au corps de police pour intervenir sur l'affichage des signes distinctifs.
Cette nouvelle loi viendra répondre à ce besoin. Il faut tout de même souligner
que la terminologie «entité à dessein criminel» est nouvelle et que les
critères établis par le projet de loi laissent une grande latitude dans son
application. Nous tenons, par contre, à préciser que le fait que l'infraction
ne visait que les entités inscrites sur la liste par le ministre à la suite de
la recommandation d'une composante du milieu policier, dont le mandat est en
lien avec la gestion du renseignement criminel, devrait permettre de limiter
les risques associés à cette latitude. D'ailleurs, la SQ est d'avis que cette
composante du milieu policier devrait être le service de renseignement criminel
du Québec en raison de sa neutralité et de son côté clé au niveau provincial,
national et internationale. En résumé, puisque le succès de la lutte contre le
crime organisé repose sur une conjugaison de moyens, de partenariats et
d'expertises diversifiées, nous sommes d'avis que la nouvelle loi offrira un
moyen additionnel de faire pression sur les réseaux criminels organisés.
Le projet de loi propose aussi de modifier
la loi de police pour permettre au corps de police de partager certains
services de gendarmerie et tous les services d'enquêtes, de soutien et de mesures
d'urgence. L'objectif énoncé de cette plus grande flexibilité est notamment le
renforcement de la capacité opérationnelle des corps de police pour améliorer
les services rendus à la population. D'entrée de jeu, il importe de mentionner
que la SQ soutient ces objectifs. Nous tenons tout de même à soumettre certains
éléments que nous considérons pertinents dans le cadre de la réflexion en la
matière.
• (10 h 10) •
Tout d'abord, je commencerai à souligner
l'unicité du modèle policier québécois au Canada, qui est reconnu connu comme
une référence tant au niveau national qu'international. Les niveaux de services
établis en fonction de la population à desservir pour les corps de police
municipaux et l'existence d'un corps de police provinciale en font l'un des
modèles les plus efficaces et structurés. Sans grande surprise, car vous le
savez comme moi, la criminalité aujourd'hui n'a plus de frontières. Elle
s'organise en réseau qui couvre de plus en plus territoire et connaît une
évolution rapide. Notre structure policière au Québec nous permet d'être en
amont et de nous adapter efficacement pour répondre à cette réalité changeante.
Par exemple, un des moyens que les corps de police utilisent actuellement pour
unir leurs forces en vue d'améliorer la qualité de leur service est la... est
la mise en place d'équipes d'enquête intégrées comme les escouades régionales
mixtes et les escouades intégrées de lutte contre le proxénétisme. Ce moyen
arrivait d'ailleurs en tête de liste des solutions proposées par les corps de
police pour faire... pour faire face à la complexification de la criminalité,
le manque de ressources et de financement lors des consultations du Comité
consultatif sur la réalité policière. Comme cette approche... comme cette
approche a l'avantage d'éviter le travail en silos et de permettre la mise en
commun des expertises, elle doit, selon nous, être davantage exploitée comme
solution aux défis qui se dressent devant la communauté policière. Dans le
cadre de son rôle d'assurer les services supplétifs et supérieurs auprès des
corps de police municipaux, la SQ doit répondre à un volume important de
demandes, ce qui nous a amenés à développer des mécanismes de coordination
efficaces afin d'offrir des services uniformes et performants sur tout le territoire.
Cette uniformité des façons de faire se reflète notamment dans les décisions
judiciaires qui découlent de nos dossiers. La SQ estime donc que les
modifications proposées offrent des opportunités intéressantes à la communauté
policière, qui devrait tout de même demeurer vigilante à toute incidence
qu'elle pourrait...
M. Dubé (Benoit) : ...avoir à
long terme.
La dernière section du projet de loi sur
laquelle je... nous vous partagerons des observations est celle proposant des
modifications à la Loi sur l'accès aux documents des organismes publics et sur
la protection des renseignements personnels. D'emblée, nous accueillons
positivement ces nouvelles dispositions qui permettraient au corps de police de
communiquer des renseignements personnels qu'il détient afin, d'une part, de
soutenir les organismes dans leur intervention et, d'autre part, de protéger
les victimes. En ce qui concerne l'article 61.1, nous croyons que la
communication des renseignements personnels, sans le consentement, d'un présumé
auteur de violences conjugales, renforcerait notre capacité à intervenir
efficacement pour assurer la sécurité des personnes concernées et améliorerait
la condition... la coordination entre les corps policiers et les organismes
désignés. La SQ est également en faveur de l'article 61.2 qui permet aux
victimes d'être informées des conditions de mise en liberté de l'auteur présumé
d'une infraction criminelle afin qu'elle dispose des informations essentielles
pour prendre les précautions nécessaires. Nous suggérons simplement d'ajuster
le libellé proposé en remplaçant les termes «une personne soupçonnée d'avoir
perpétré une infraction criminelle» à «par la personne arrêtée».
Je conclurais l'ensemble de mes remarques
en réitérant que nous accueillons favorablement le projet de loi 13. Nous
espérons que les observations que nous avons formulées contribueront de manière
positive aux travaux parlementaires et qu'elles bénéficieront à l'ensemble de
la population et de la communauté policière. Merci.
Le Président (M. Schneeberger) :
Merci beaucoup. Alors, nous allons débuter une période d'échange en débutant
avec M. le ministre pour un temps de 14 minutes 30.
M. Lafrenière : Merci, M. le
Président. Merci, M. Dubé. Vous avez dépassé un peu votre temps, mais c'était
tellement intéressant que j'ai décidé de le retrancher sur mon temps, puis on
est ici pour vous entendre, là. C'est ça le but. Alors, merci. Merci de votre
présence à vous deux.
Je vais y aller avec une première question
puis une affirmation en même temps, parce que je pense que c'est le bon forum
aussi pour recadrer certains points. Quand on parle du registre public, vous
avez parlé du danger de vigilantisme, vous m'avez déjà entendu en parler,
j'avais la même préoccupation étant plus vieux policer un petit peu. Je me
rappelle de certains, certains cas, entre autres dans la ville de New York, qui
s'étaient mal terminés. Alors j'étais très sensible à ça. Nos recherches nous
ont montré quelque chose de différent. Alors c'est pour ça qu'on veut commencer
par petit pas pour être prudent. Mais vous avez bien vu, dans notre projet de
loi, on parlait d'avoir un comité décisionnel. Dans d'autres provinces, c'est
des comités qui vont suggérer au ministre, et là c'est un comité décisionnel
avec cinq spécialistes, avec, des... j'étais pour dire des connaissances et une
vision différente. Comment vous accueille ça à la Sûreté du Québec?
M. Dubé (Benoit) : On
accueille ça de façon très positive. On a regardé les autres modèles, nous
aussi, là, au niveau du comité consultatif, il y a le comité décisionnel, le
comité décisionnel qui va regrouper plusieurs expertises différentes va pouvoir
nous mettre... nous amener à prendre des décisions qui vont être uniformes, qui
vont être basées sur les mêmes critères, les critères de l'analyse restent à
déterminer. Et, ensuite de ça, donc, nous, pour cette... tout ce qui est
l'objectivité de ce comité-là, et c'est une responsabilité du comité à prendre
cette décision-là, et non juste une consultation. Donc on l'accueillait... puis
pour avoir comparé à toutes les autres modèles, pour la Sûreté du Québec, il
s'agit pour nous le meilleur modèle.
M. Lafrenière : Parfait.
Point d'information, pour les autres collègues qui sont dans la salle aussi,
bien qu'on le propose aujourd'hui dans notre projet de loi, de façon
réglementaire, on va le mettre en application. Ce que je veux dire par là,
c'est qu'on a encore du travail à faire ensemble, on le sait, avant de
l'appliquer, va falloir voir comment. Tant qu'à vous avoir ici, c'est sûr qu'on
va parler de nos amis les motards criminalisés. Et quand on en a parlé la
première fois, certains pensaient qu'on s'attaquait à une mode vestimentaire où
que ça n'avait pas vraiment d'impact. M. Dubé, nous rappeler que vous avez...
vous connaissez bien le crime organisé, qui peut porter, justement, un insigne
d'un groupe criminalisé comme ça?
M. Dubé (Benoit) : Bien, tu
dois être membre du groupe, ça, c'est la base. C'est assez... et puis on va
aller plus qu'est-ce qui a frappé le Québec depuis les 30, 40 dernières années,
on va parler des Hell's Angels. Tu en as... Les Hell's Angels, tu ne peux pas
porter leur veste si tu n'es pas membre. Et, comme vous... la veste des Hell's
Angels, il y a différents insignes qui marquent ta carrière... ta carrière
criminelle. Si jamais que la police enlève ta veste, tu dois rapporter ça au
club, tu fais voler ta veste, tu dois le rapporter au club. Les insignes au
niveau des gangs sont protégés, parce que l'objectif ultime, c'est pour
l'intimidation, c'est pour prendre plus de territoire pour ce gang-là. Donc,
c'est... Si on parle de la veste des Hell's Angels, c'est vraiment pour marquer
leur territoire, faire de l'intimidation et on a beaucoup...
M. Dubé (Benoit) :
...beaucoup de décisions judiciaires dont, en fin de semaine, encore, dans un
projet, alors qu'on parlait de tout... de tout l'impact de ces signes
distinctifs là, on parle des Hell's Angels, mais on peut faire le même
parallèle avec les gangs de rue qui s'en sert. Pour revenir à la question de
base, seule personne membre du groupe, si tu n'es pas membre du groupe,
sachez... tu vas être réprimandé par le groupe et je ne vous dirai pas jusqu'où
ça peut aller.
M. Lafrenière : Peut-être
tantôt, oui. Donc, vous dites, ça prend le membership, puis c'est beau, mais
si, nous, on décidait d'acheter notre membership, on ne peut pas l'apporter,
parce qu'il manque un autre élément. Qu'est-ce qu'ils doivent faire pour être
capables de porter cette veste-là? Est-ce que c'est juste le membership ou ils
ont dû commettre quelque chose dans leur vie?
M. Dubé (Benoit) : Non, mais
le... bien, c'est commettre l'infraction criminelle. Sachez, là, que tous les
gens qui ont ces insignes-là, ils ont commis des infractions criminelles très,
très graves, jusqu'à avoir tué, ont commis des meurtres, donc... mais... c'est
des organisations criminelles... en soi, c'est une organisation criminelle qui
commet des crimes pour faire profiter l'organisation puis avoir plus de pouvoir
sur certains secteurs au niveau de la province.
M. Lafrenière : Donc,
important, là... il confirme au vu et au su de tout le monde qui ont commis des
crimes. Et, quand ils se présentent dans un débit de boissons dans un
restaurant, quel est leur but de porter ces patchs-là justement?
M. Dubé (Benoit) : Bien,
c'est pour asseoir leur autorité. Quand ils arrivent dans un restaurant, en
soi... que ça devienne... ça, devienne à eux, ça devienne leur propriété. Il y
a... Ce projet de loi qui va permettre d'enlever une pression aux tenanciers de
bar, parce que quand le tenancier du bar arrive avec des gens comme ça, il
pourrait prendre la chance de les sortir, mais il ne le ferait pas à cause de
tout ce qui peut arriver par après. Donc, à partir de ce moment-là, ils
s'assoient, ils prennent et prennent le contrôle du bar et les autres personnes
qui sont là... tu sais. Puis on ne parle pas juste d'une discothèque, on parle
d'endroits licenciés, mais de restaurants que chacun de nous fréquente, donc.
Et c'est vraiment pour prendre possession de l'endroit, puis ils n'ont pas
besoin de dire rien, juste les signes démontrent ce qu'ils ont fait, juste avec
ces signes-là, ils prennent le contrôle.
M. Lafrenière : Donc, sans
mettre des mots dans votre bouche, ça contribue à l'intimidation puis à
l'extorsion.
M. Dubé (Benoit) :
L'intimidation, extorsion, ça, c'est la base.
M. Lafrenière : Merci, M. le
Président. Je crois que ma collègue de Lotbinière-Frontenac avait une question.
Le Président (M. Schneeberger) :
Oui. Alors, allez-y, Mme la députée.
Mme Lecours
(Lotbinière-Frontenac) : Oui, bonjour. Il me reste combien de temps?
Le Président (M. Schneeberger) :
Il reste huit minutes.
Mme Lecours
(Lotbinière-Frontenac) : Ah! d'accord. Donc, j'aimerais savoir :
Est-ce que vous pouvez nous donner des exemples, des retombées positives qui
découlent de la communication aux personnes victimes des conditions de remise
en liberté d'un suspect libéré avant sa... comparution?
M. Dubé (Benoit) : Vous
voulez dire, M. le Président, l'article 61.1, si je ne me trompe pas, ou point
deux.
Mme Lecours
(Lotbinière-Frontenac) : Je n'ai pas le projet de loi devant moi.
Une voix :
Mme Lecours
(Lotbinière-Frontenac) : Point un.
M. Dubé (Benoit) : Au niveau
de l'article 61... mais il y a deux... il y a deux choses, il y a deux
angles au niveau de ça. En premier, il y a les organismes désignés, les
organismes désignés vont nous permettre de communiquer pour qu'il y ait une
meilleure prise en charge. On sait que les... organismes désignés, c'est pour
venir supporter les suspects à partir de ce moment-là. Donc là, pour l'instant,
on n'a pas ces discussions-là qui fait que c'est plus difficile pour les
organismes désignés d'agir, si vous voulez, en prévention ou en support avec le
suspect. Et le deuxième angle, à ce niveau-là, c'est la personne victime. On va
pouvoir aussi faire le lien puis mieux la protéger, parce que le suspect va
être pris en charge au niveau de l'organisme désigné. C'est vraiment ça, c'est
d'être capable, M. le Président, de travailler sur deux volets en même... au
même moment, en donnant l'information.
• (10 h 20) •
Mme Lecours (Lotbinière-Frontenac) :
OK. Puis comment percevez-vous l'application de la disposition qui permettra
aux policiers de partager les renseignements des auteurs présumés de victimes
de violence conjugale à un organisme désigné?
M. Dubé (Benoit) : Mais ça
n'a pas été encore été établi. M. le Président, comment on va pouvoir partager
le renseignement et quel renseignement qui va être partagé. C'est encore à
définir à ce niveau-là. Mais, comme je vous disais, nous, on est... on est
d'accord avec la démarche pour être capable d'avoir une meilleure prise en
charge au niveau des organismes désignés.
Mme Lecours
(Lotbinière-Frontenac) : OK. Puis dans le cadre du travail d'un
policier, est-ce que c'est commun de référer une victime de violence conjugale
à un organisme pouvant lui venir en aide? Puis est-ce que ce serait facilitant
puis nécessaire d'avoir une modification législative permettant de le faire,
même sans le consentement de la victime?
M. Dubé (Benoit) : M. le
Président, oui...
M. Dubé (Benoit) : ...à tous
les jours, ça fait partie de notre façon de faire, ça fait partie de... qu'on
réfère toutes les victimes au niveau de... du Centre d'aide aux victimes
d'actes criminels. Pour la deuxième, sans son consentement, c'est... pour la
personne victime, c'est quand même assez... tu sais... Moi, je vous dirais, à
ce niveau-là, la personne victime, elle a des droits, elle a le droit de
décider si elle veut qu'on la réfère ou pas. C'est la façon qu'on travaille
présentement avec la personne victime. Est-ce que ça pourrait avoir plus
d'impact? Il faudrait que je pousse un peu plus les recherches à ce niveau-là,
là, parce qu'au niveau de la Sûreté du Québec, la personne victime, elle a tous
les droits, et si elle décide qu'elle ne veut pas, bien, on ne fait pas
d'action dans ce sens là. Donc, comme je vous dis, il faudrait que je pousse un
peu plus ma réflexion.
Mme Lecours
(Lotbinière-Frontenac) : Bien, moi j'ai pu... J'ai sorti publiquement
que j'avais vécu de la violence conjugale pendant plusieurs années, puis je ne
le savais pas, que je vivais de la violence conjugale, là, il y a beaucoup de
victimes qui ne le savent pas parce que, tu sais, c'est... Quand tu vis une
relation comme ça, bien, tu aimes ton conjoint puis il te maltraite. Mais moi,
j'ai fait venir souvent les policiers dans mon... dans ma maison. Et, bien,
jamais que les policiers m'ont dit : Madame, vous vivez de la violence
conjugale et, bien, il y a des organismes pour vous aider. J'ai découvert que
je vivais de la violence conjugale quand j'ai été dans une toilette publique,
il y avait une publicité qui disait : Si vous vivez ça, vous vivez ça,
c'est de la violence conjugale. Moi, ça m'aurait beaucoup aidée que les
policiers puissent, au moins, référer mon nom à un organisme qui puisse m'appeler,
puis qu'ils me disent : Madame, c'est ça que vous vivez, puis on est là
pour vous aider si vous avez besoin d'aide. Qu'est-ce que vous pensez de ça?
M. Dubé (Benoit) : Mais, M.
le Président, en premier, madame, très désolé pour ce que vous avez vécu, là.
Puis... mais la première, la première des choses que je peux comprendre, vous
n'avez jamais été informée que vous pouviez appeler le CAVAC. Ça, c'est la
première démarche que les policiers font. Je pense, dans votre cas, si ça a été
communiqué ou s'il y a des gens, là, vous aider, il y a des organismes à vous
aider. Vous auriez probablement su plus rapidement que vous étiez une personne
victime de violence conjugale. Pour le deuxième aspect de la question, je
reviens tout le temps, ce n'est pas toutes les personnes victimes qui veulent
qu'on communique, il y en a comme vous, probablement, qui auraient voulu qu'on
communique l'information. Donc, c'est pour ça, il faudrait juste la pousser un
peu plus, mais je vous entends très, très bien, c'est... je vous dirais, des
exemples concrets, c'est comme des dossiers, on en a parlé, là, d'agression
sexuelle dans lequel le service correctionnel canadien, il a... Il y a une
façon de faire... Est-ce que vous voulez, comme personne victime, qu'on
communique avec vous lorsque la personne va être en liberté? On en a une bonne
partie qui ne s'inscrivent pas parce qu'ils ne veulent pas être en lien, ils ne
veulent plus rien savoir. Donc, juste un exemple, juste un exemple concret, il
y a beaucoup de victimes qui ne veulent pas le savoir. Dans votre cas, vous ne
le sachiez pas que vous étiez à... au niveau en violence conjugale, et encore
une fois, je suis très désolé. Il faudrait juste regarder les façons de faire à
ce niveau-là, là, je n'ai pas... je ne pourrais pas toute vous sortir la
réponse parfaite aujourd'hui.
Le Président (M. Schneeberger) :
Merci. M. le ministre, je pense que vous aviez d'autres questions?
M. Lafrenière : Il me reste
combien de temps, M. le Président?
Le Président (M. Schneeberger) :
2 min 40 sec.
M. Lafrenière : Je vais y
aller rapidement, parce que mon collègue Côte-du-Sud a une question. M. Dubé,
tantôt vous avez parlé du faux sentiment de sécurité, puis de l'importance de
faire des campagnes. Ça a été bien pris en note, je ne suis pas revenue tantôt
là-dessus, là, mais absolument, autant du côté de vigilantisme que du faux
sentiment de sécurité que des gens pourraient se dire : Écoutez, s'il n'a
pas été mis sur le registre, c'est parce qu'on est correct, on est très
sensibles à ça. Moi, je veux revenir du côté «patch», j'en fais une obsession,
mais pour l'entité qui va mettre à jour cette liste là... Puis j'ai bien bien
compris votre message, tantôt, de ne pas embarquer sur une pente glissante où
des gens, un groupe politique pourraient décider de rajouter un groupe pour des
raisons politiques. Ce n'est pas l'intention du législateur et pas du tout,
mais d'aller avec la SRCQ, est-ce que c'est une mesure qui, pour vous, est
assez solide, peut nous... peut nous protéger pour ne pas que quelqu'un, dans
le futur, si d'aventure, avait décidé de mettre des groupes autres que des
groupes criminels, ça ne fonctionne pas?
M. Dubé (Benoit) : Oui, c'est
la meilleure solution. On salue la SRCQ, c'est un service qui représente tous
les corps de police au Québec, mais elle en lien au niveau canadien aussi, en
lien au niveau des... de d'autres états, là, ce qu'on appelle les Five Eyes.
Donc, elle détient toute l'expertise nécessaire pour être capable de s'assurer
que les organisations qui vont être sur la liste vont respecter les paramètres
établis. Donc, selon moi, c'est le seul service de renseignement qui peut faire
ce travail-là.
M. Lafrenière : Merci.
Le Président (M. Schneeberger) :
Alors, maintenant, du côté...
Le Président (M. Schneeberger) : ...et
du député de Côte-du-Sud, 1 min 30 s.
M. Rivest : Je vous remercie
pour vos propositions aussi, votre regard sur le projet de loi, mais les
propositions aussi que vous en faites pour améliorer notre regard sur la
divulgation publique des renseignements. Vous avez parlé un peu de cet écart-là
entre la police, la population, mais il y a aussi des craintes senties, là, du
regard de la population en général. Comment... comment faire, puis, selon votre
expérience, quel genre de registre ou de façons de faire ont été faits? Je
pense, entre autres, au fait que certaines petites municipalités ne seraient
pas nécessairement ciblées, ou les adresses. Comment voyez-vous, selon votre
expérience, la meilleure solution pour un tel registre?
M. Dubé (Benoit) : Bien, la
première des choses, je réitère, le comité décisionnel, qui va avoir une grosse
partie de la responsabilité à ce niveau-là, et c'est certain, au niveau de la
notification publique, on parle présentement d'une photo de la personne avec
son permis de conduire ainsi que les crimes qu'il a commis et ses conditions.
En résumée, là, c'est ce qui est sorti.
Ensuite de ça, ensuite de ça, comment, en
fonction des régions... parce qu'on a des régions au Québec qui sont très
isolées, on a des régions qui sont... plus faciles. On va devoir l'évaluer en
fonction de ces régions-là. Puis, si vous permettez, aussi, on a réfléchi, si,
par exemple, il y a deux Benoit Dubé dans la même région, qu'est-ce que ça peut
amener comme impact, et c'est là où est-ce que la solution au niveau de la
photo de la personne, sa date de naissance, ses conditions... Mais c'est
certain qu'on va devoir être très, très vigilant en notification publique,
lorsqu'on va sortir... tout le côté géographique, de l'endroit de la personne,
là, va jouer un rôle déterminant pour savoir comment qu'on va l'afficher, là.
M. Rivest : Avec vous, j'en
connais trois autres, Benoît Dubé, donc c'est un bon exemple.
M. Dubé (Benoit) : On va s'assurer
qu'il n'y en a pas trois... donc, mais c'est tous des principes qu'on s'est
penchés.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup. Alors, nous allons maintenant du côté de l'opposition officielle, et
j'entends la députée de Westmount—Saint-Louis pour 12 min 23 s.
Mme Maccarone : M. le
Président. Bonjour, M. Dubé, bonjour, Mme Ruffel. Merci beaucoup pour votre
mémoire et votre témoignage. Je saute direct dedans, M. Dubé, in a entendu
qu'il y avait des coupes de 120 millions de dollars. Avez-vous les
ressources nécessaires pour mettre en place ce projet de loi si c'est adopté
dans sa mouture actuelle?
M. Dubé (Benoit) : Oui, on a
les ressources nécessaires. Il faut comprendre que les coupures budgétaires ont
touché surtout tout ce qui est l'administration de la Sûreté du Québec. On n'a
pas touché le côté opérationnel. Et pour vous dire, tout ce qui est délinquants
haut risque, j'ai une équipe d'experts qui ont pas été touchés par les coupures
budgétaires, et finalement on a eu huit ressources qui ont été octroyées, là,
sur une période de cinq ans, pour être capable de faire la gestion du registre
de notification publique.
Mme Maccarone : Ça fait que
vous, vous êtes, vous êtes certain qu'il n'y aura pas d'autres coupures? Parce
que, là, on parle de la mise en œuvre d'un registre, ça va être le maintien du
registre, vous avez mentionné des outils de sensibilisation. Tout ça, ça prend
de l'argent. Ça fait que vous, vous êtes à l'aise, il n'y aura pas de coupures,
ça fait qu'on serait à mesure de vraiment mettre tout ça à l'oeuvre?
M. Dubé (Benoit) : Bien, M.
le Président, pour l'instant, je n'ai aucune information si je vais avoir des
coupures supplémentaires. Ce que je vous dis que, lors des premières coupures,
je ne touche pas mes opérations policières.
• (10 h 30) •
Mme Maccarone : Quand vous
parlez... Dans votre mémoire, vous avez fait un bel exposé, merci beaucoup,
parce que, là, vous parlez de... c'est sur la page 6, juste pour vous
situer : «Pour remplir sa mission, la SQ a développé une expertise en
détection et en évaluation de risque d'individus présentant un risque élevé de
récidive pour les crimes graves, violents ou sexuels. Elle assure actuellement
le suivi des délinquants sexuels pour lesquels ce risque est évalué comme élevé
ou très élevé. Cette surveillance permet à la SQ de cibler ses interventions en
fonction du niveau de dangerosité. Plus spécifiquement, la SQ assure une
coordination provinciale et participe activement à l'encadrement du risque en
milieu ouvert des personnes jugées à haut risque de récidive dans le but de
prévenir et de protéger la population.» Si la SQ fait déjà ce travail, je me
demande pourquoi qu'on a le besoin d'avoir un registre.
M. Dubé (Benoit) : Parfait.
M. le Président, oui, il y a un travail déjà qui est en amont. Le fait
manquant... Il y a deux faits manquants, je vous dirais, le premier, bien, on
ne peut pas aviser, nous, le public, si on a des gens, c'est de l'information
confidentielle, donc on ne peut pas aviser le public. Donc, on le fait en
amont. Et il faut savoir, le projet de notification publique va amener plus
d'yeux sur le terrain pour qu'on soit aussi capables d'agir en amont.
L'autre... Parce que les registres que la Sûreté du Québec gère pour la GRC, on
ne peut pas divulguer cette information-là, même à d'autres corps de police. On
doit faire une fiche signalétique, et ils n'ont pas accès à ce... là. Donc
c'est très, très encadré, qui fait qu'on est quand même limités dans nos...
10 h 30 (version non révisée)
M. Dubé (Benoit) : ...avec
nos partenaires. Le fait d'être capables d'informer les citoyens, c'est un
outil d'information, et être capables de recevoir l'information quand on a une
personne qui rôde autour d'un parc et ne doit pas, parce qu'elle est en bris de
condition, qu'on puisse agir pour s'assurer de protéger des victimes futures, c'est
un des grands avantages qu'on peut y voir.
Mme Maccarone : Dans votre
témoignage, vous avez parlé aussi de l'effet pervers, dans le fond, de la
divulgation publique de ces informations. Vos craintes sont quoi, exactement?
M. Dubé (Benoit) : Bien, on
ne veut pas créer un faux sentiment de sécurité. Le fait qu'on va... la
personne va être sur la plateforme de notification publique ne va pas dire que
la police le suit 7/7, 24/24. Nous, on diffuse l'information. On a... On en a
plusieurs, quand même, au Québec qu'on travaille, mais on est... on n'a pas la
capacité opérationnelle, là, puis on ne pourrait probablement jamais avoir la capacité
opérationnelle de toutes les suivre. On fait quand même un beau travail
administratif. On fait quand même du travail opérationnel, pas juste la Sûreté
du Québec, mais avec les corps de police municipale. Mais on ne veut pas penser
que les gens... ah! c'est correct, la police, ils l'ont à l'oeil, ce n'est pas
le cas.
Mme Maccarone : Vos mots
exacts sont «un écart de capacité réelle». Ça fait qu'on a besoin d'ajouter des
effectifs?
M. Dubé (Benoit) : C'est...
Bien, c'est certain qu'on a besoin, si on veut aller au-delà de ce qu'on fait.
Mme Maccarone : Ça fait que
ça va prendre plus de budget. Quand on parle d'un impact négatif, est-ce que
vous êtes d'avis... Parce que moi, quand je vous entends, quand je lis les
mémoires qui ont rentré, j'ai quand même la préoccupation que nous sommes en
train de mettre la responsabilité de se protéger sur les épaules des citoyens
avec ce type de registre. Je ne suis pas contre le registre, je pense que c'est
important d'avoir une bonne compréhension de l'impact pervers qui peut avoir
lieu. Est-ce que nous sommes en train de dire aux citoyens : C'est votre
responsabilité de vous autoprotéger?
M. Dubé (Benoit) : Non. Moi,
je... M. le Président, je ne le vois pas comme ça. Tout dossier, toute enquête...
On est en collaboration avec les citoyens à tous les jours. La police toute
seule ne peut pas faire le travail, ça nous prend les citoyens. Ce qu'on est en
train de faire, c'est de... notifier les citoyens, et c'est pour ça qu'on parle
d'outil de prévention, d'outil de communication pour dire : Mais, quand il
arrive, tu vois telle personne, tu appelles le 9-1-1, et qui va nous permettre...
et ça, on le fait dans divers... aussi dans d'autres sphères d'activité. Mais
je le vois plus une collaboration avec nos citoyens que transposer une
responsabilité policière.
Mme Maccarone : Je sais qu'on
a des registres à travers le Canada, mais on a aussi ceux des États-Unis, qu'on
peut constater... étaient un échec total. Les craintes que j'ai aussi, c'est en
lien avec la mise à jour de cette liste-là, ce registre, parce que là ce que je
comprends, c'est : mettons, on va mettre des données à l'intérieur de la
liste, mais de le tenir à jour... les gens qui déménagent, les gens qui ne sont
plus assujettis à avoir besoin de faire partie du registre vont rester dans le
registre. Il y a un plan de match pour ça, pour s'assurer que les données sont
actuelles?
M. Dubé (Benoit) : Oui. Mais
la première des choses : lorsque le délinquant haut risque va être en
notification publique, lui, le délinquant, il est dehors, mais il est sous
ordonnance judiciaire, ce qu'on appelle les articles 810.1, 810.2, 810.1 étant
pour les... sexuel moins de 16 ans et 810.2 avec... pour les autres. Dans ces
conditions, il doit, minimum une fois par année, se rendre au poste de police,
prendre une nouvelle photo, minimum. Deuxième des choses qu'il doit faire :
s'il y a un changement d'adresse, il doit l'indiquer, son changement d'adresse,
parce que, sinon, il va être en bris de condition, il peut être arrêté par la
police. Donc, ça, il y a deux aspects, qui est la responsabilité, si vous
voulez, du suspect, et, ensuite de ça, au niveau de la responsabilité policière,
avec la structure qu'on a présentement, là, aujourd'hui, administrative... nous
permet de suivre ces gens-là, pas de façon terrain à tous les jours, mais de
façon virtuelle. On a des façons de faire. Donc, je... on... la... je... l'objectif,
ce n'est pas de mettre quelqu'un sur le... notification publique puis l'oublier
pendant trois ans. Ce n'est pas comme ça qu'on va travailler. On doit
travailler en amont.
Mme Maccarone : Je comprends.
Je savais que ce n'était pas ça, l'objectif, mais j'avoue, hein, ce que j'ai
entendu déjà de la façon de fonctionner des autres registres, évidemment, il
faut le nommer, on ne peut pas être aveugles de les dérives qu'on peut avoir. Ça
fait que, je pense, c'est important d'être sensibilisés à ceci.
Par rapport aux vestes puis les patchs, moi,
je souhaite savoir... je comprends l'orientation du ministre, je comprends que
la communauté policière sont contents parce que c'est un outil dans leur coffre
où on peut... qu'on peut utiliser parce qu'on peut donner des amendes, mais n'est-ce
pas plus approprié de dire qu'on va saisir la veste?
Parce que je vous donne... J'essaie de
comprendre la mise en œuvre de cette directive puis cette nouvelle mesure. Je
rentre dans un bar, je donne des contraventions de 200 $ à tout le monde,
mais ils quittent puis ils vont au bar à côté. Je ne suis pas plus...
Mme Maccarone : ...pourquoi
qu'on ne saisit pas? Ce n'est pas une mesure dont vous avez besoin aussi pour
poursuivre la lutte contre le crime organisé?
M. Dubé (Benoit) : ...je vais
ramener un petit peu... plusieurs questions. M. le Président, la saisie de la
veste, au niveau criminel, parce que tu as commis une infraction criminelle, ce
qu'on fait, nous, surtout en crime organisé... on doit le relier à l'infraction
directe, trafic de stupéfiants, etc. Et c'est pour ça qu'on a des
jurisprudences comme on a eues en fin de semaine en cour, très positives pour
le travail qu'on fait.
Ensuite, de ça, on est sous un règlement
provincial, là, où on va travailler avec le Code de procédure pénale. Ce que la
loi prévoit, c'est que lorsqu'on va rencontrer la personne, on va lui
dire : Tu as ta veste, tu l'enlèves, et c'est un constat d'infraction de
1 000 $. Si la personne, donc, va au bar suivant, puis a encore sa
veste, là, à partir de ce moment-là, on va pouvoir l'arrêter, et à partir...
pour arrêter l'infraction, et là il va y avoir une saisie d'une veste. Mais
c'est certain que la loi prévoit qu'ils ont le droit de l'enlever, la garder.
Est-ce qu'ils vont aller deux bars plus loin, la remettre? Peut-être.
Possiblement. Ce sera notre travail de retourner puis, là, de procéder à son
arrestation.
Mme Maccarone : OK. Là, quand
on parle... parce qu'évidemment ici on parle d'extorsion, vous savez que c'est
un... c'est un fléau qui me préoccupe beaucoup, surtout dernièrement. Il n'y a
pas une journée qui passe, à les médias, où on n'entend pas une histoire d'un
bar, un restaurateur, un propriétaire d'une entreprise qui est visé par
l'extorsion. Moi, je souhaite vous entendre en ce qui concerne le registre des
entreprises, parce qu'actuellement ces entrepreneurs, leurs données
personnelles sont publiques. Est-ce que nous devons émettre un amendement à ce
projet de loi pour s'assurer que leurs données deviennent privées?
M. Dubé (Benoit) : M. le
Président, la réponse est oui. Présentement, on voit, dans tous les dossiers
d'extorsion qu'on travaille en partenariat avec mes confrères, que le registre
est devenu l'outil des gens qui utilisent l'extorsion. Donc, c'est là où est-ce
qu'ils aillent aller chercher toutes les informations. Et, présentement, bien,
ce n'est pas confidentiel, donc, oui, c'est... ils ont... ils savent que ça
existe et ils l'utilisent, ils l'utilisent aussi souvent qu'ils peuvent pour
aller chercher les informations personnelles des gens et s'attaquer à ces
gens-là.
Mme Maccarone : Parfait.
Quand on parle des policiers autochtones, moi, je souhaite comprendre aussi le
nombre d'interventions que la SQ fera dans une année, je pense que vous avez ce
type de données, pour comprendre comment vous fonctionnez en amont, en appui de
ces territoires puis ces policiers. Là, on parle de faire un changement, qui
est probablement une bonne chose parce qu'on va utiliser... on va outiller les
gens à interagir et agir directement sur leurs propres territoires, mais,
actuellement, vous n'êtes pas financés, si je comprends bien, pour tous les
interactions puis les appels que vous avez sur ces territoires, puis ainsi le
reste du Québec pourrait être en renfort des policiers. Alors, est-ce que vous
aurez un rôle d'accompagnement pour la mise en œuvre de ce nouveau cadre de
policiers, puis c'est quoi, vos attentes en ce qui concerne cette mise en
œuvre?
M. Dubé (Benoit) : Bien oui,
la Sûreté du Québec a son rôle, ce qu'on appelle un rôle supérieur et
supplétif, qui est au niveau de la Loi de police. On fait environ 3 000
interventions à la grandeur du Québec pour les corps de police municipale et
aussi les corps de police autochtones. Donc, on n'a pas de financement
spécifiquement pour ça. Ça fait partie de notre rôle, comme police provinciale
du niveau 6.
• (10 h 40) •
Pour la mise en place des corps de police
autochtones, c'est certain, s'ils ont besoin de notre participation, de notre
sport, on va être présents. Les dernières semaines, on a assisté et supporté
les corps de police autochtones parce qu'il y avait eu des événements tragiques
qui se sont passés, et c'est la Sûreté du Québec qui en a pris la
responsabilité en partenariat avec les corps de police autochtones. Mais, si
jamais il y a quoi que ce soit, le fait qu'on regroupe les corps de police
autochtones va leur amener aussi une meilleure capacité pour eux à répondre à
certains événements, développer aussi une expertise, mettre en commun les
ressources humaines, les ressources matérielles. Donc, il y a des beaux
avantages. Mais ça ne dit pas que la Sûreté du Québec va ralentir son support
ou ses interventions. On va être tout le temps présent, là, surtout au niveau
corps de police autochtone. Ils ne sont pas dans la Loi de police, donc ils
nous le demandent lorsqu'ils ont besoin.
Mme Maccarone : Ça fait que
le nerf de la guerre, c'est d'ajouter des ressources pour être en mesure... de
la sensibilisation, de la sécurité de la population, mais, actuellement, faire
des mesures concrètes.
M. Dubé (Benoit) : Bien, M.
le Président, écoutez, là, pour l'instant, si on parle... comme Sept-Îles, on a
ajouté des ressources au niveau de la Sûreté du Québec, tout ça, donc...
Le Président (M. Schneeberger) :
Merci. Alors, nous continuons avec la députée de Sherbrooke pour
4 min 8 s.
Mme Labrie : Merci, M. le
Président. Je veux vous poser des questions sur le registre. Là, en ce moment,
le registre cible spécifiquement les délinquants sexuels à risque de récidive.
Pourquoi avoir ciblé, d'après vous...
Mme Labrie : ...dans ce type
de risque de délinquance là, plutôt que d'autres crimes violents.
M. Dubé (Benoit) : Mais je
vous dirais, c'est... dans notre jeu, c'est là où est-ce qu'on en a plus, c'est
au niveau de la quantité, au niveau des délinquants à haut risque, de récidive
au niveau sexuel. Je ne veux pas me tromper dans les chiffres, là, mais, si je
regarde ma banque de données complète, ça peut être plus de 75 à 80 %.
C'est des gens dans ces sphères d'activités criminelles là, qui font cette
récidive-là. Donc, c'est pour ça qu'on s'est penché vraiment à ce niveau-là,
puis on ne voulait pas non plus dénaturer... Si vous regardez le modèle...
ontarien, il a été bâti sur la loi. Christophe. Ils ont mis plein
d'informations, tu peux être un violent, un trafic de stupéfiants, sexuel, et
ça vient dénaturer toute la raison d'être. Donc, avec les discussions qu'on a
eues avec le ministère, on a été vraiment dans un créneau qui fait beaucoup de
victimes et dans lequel on voit, nous, par les chiffres, au niveau des
délinquants qu'on on contrôle, sont vraiment dans... au niveau... de la sphère
d'activités criminelles sexuelles.
Mme Labrie : Donc, selon vos
chiffres, les délinquants qui ont le plus de risques de récidive, là, même
après avoir purgé leur peine, c'est vraiment les délinquants sexuels, OK, dans
tout ce qui est crime plus de violence physique contre la personne, je pense
notamment à toutes les situations de personnes qui purger une peine pour
violence conjugale, le taux de récidive est plus faible.
M. Dubé (Benoit) : Mais il
existe... ça existe, je ne vous dis pas pas que c'est le plus faible, mais en
comparaison, au niveau des chiffres, j'ai plus d'accusés qui font des crimes
sexuels que j'ai d'accusés au niveau de violence conjugale. Donc, c'est
juste... on ne peut pas vraiment comparer, parce que mon bassin, il est plus
élevé au niveau des crimes sexuels qu'au niveau de la violence conjugale.
Mme Labrie : Je suis surprise
de votre réponse, parce que quand on discutait hier avec le ministre, il nous
disait qu'il avait ciblé les crimes sexuels, justement, parce qu'il voulait
commencer plus petit avec son registre, puis que, si on y allait aussi avec
plus de plus de largeur, là, disons, dans le registre, puis qu'on englobait
d'autres types de crimes violents à risque de récidives, là ça pourrait
multiplier puis ajouter des milliers de dossiers. Donc, j'essaie de comprendre
l'écart entre les deux points de vue, là.
M. Dubé (Benoit) : Bien,
c'est parce que... Puis il a raison aussi, M. le Président, c'est parce qu'il y
a une banque... on a une des banques de données, OK, puis, dans la banque de
données qu'on a, il y a plus que 12 000 inscriptions, puis ça, c'est
notre centre d'enregistrement, au niveau québécois, des délinquants. À partir
de ce moment-là, quand on fait une extraction, nous autres, au niveau... au
niveau... les personnes...
Mme Labrie : Tous ces...
ventes de drogues... n'importe quoi.
M. Dubé (Benoit) : Exact.
Mme Labrie : OK.
M. Dubé (Benoit) : ...toutes
personnes qui ont été déclarées délinquants à haut risque, tout ce qui est DHR
par la cour, se ramasse chez nous, se ramasse au niveau de la Sûreté du Québec
et, ensuite de ça, là, après ça, support. À partir de ce moment-là, nous, quand
on regarde les chiffres, on fait une évaluation, on évalue, et en... excuse, un
délinquant à contrôler, un délinquant dangereux. Et ceux qui ont des. 810.1.2
ont une ordonnance. C'est là où est-ce que le chiffre baisse drastiquement.
Donc, le chiffre va baisser à à peu près à 150 dossiers par année. Là, je
suis parti de 12 000.
Donc mes critères de sélection, mon
analyse, tout... ce n'est pas moi qui le fais, mais experts arrivent. Donc, ça rejoint
ce que le ministre disait, c'est qu'à la fin de mon filtre, j'en ai moins du
côté violence sexuelle que j'avais au niveau violence conjugale. C'est vraiment
la comparaison, c'est en fonction des filtres.
Mme Labrie : Du type de
risque.
M. Dubé (Benoit) : Exact.
Donc, il y a beaucoup... parce que c'est toute une évaluation du risque,
gestion du risque avec des psychologues. Donc, c'est très, très complexe. Mais
mon chiffre final, il a tout à fait raison, M. le ministre, il va être plus bas,
c'est pour ça qu'on le fait de ce côté-là.
Le Président (M. Schneeberger) :
Merci beaucoup. Alors, cela met fin à cette présentation. Je vous remercie pour
l'apport de la commission... à la commission, pardon.
Nous allons suspendre quelques instants
afin d'accueillir le prochain groupe.
(Suspension de la séance à 10 h 46)
(Reprise à 10 h 51)
Le Président (M. Schneeberger) :
Alors, nous poursuivons nos travaux, nous accueillons le Service de police de
Montréal. Bonjour à vous trois. Alors, dans un premier temps, vous vous
présentez, et par la suite, enchaînez avec votre présentation pour 10 minutes.
M. Bertrand (David) : M. le
Président, M. le ministre, M. le vice-président, Mesdames et Messieurs membres
de la commission, je suis le directeur adjoint David Bertrand, chef de la...
M. Bertrand (David) : ...des
services spécialisés du Service de police de la Ville de Montréal. C'est un
grand plaisir d'être parmi vous aujourd'hui et de représenter notre
organisation. Je suis accompagné de mes collègues, les inspecteurs-chefs
François Harrisson-Gaudreau et Pascal Richard. Nous vous... nous vous
remercions de nous donner l'occasion de présenter notre analyse du projet de
loi n° 13. Comme grande métropole, Montréal fait face
à des défis particuliers liés à sa densité, à sa diversité et à la
concentration d'événements d'envergure sur son territoire. Chaque année, le
SPVM assure la sécurité de milliers d'événements, de festivals et d'opérations
d'urgence. Cette... cette réalité nécessite une expertise de haut niveau ainsi
qu'une grande capacité d'adaptation. D'entrée de jeu, le SPVM accueille
favorablement le projet de loi n° 13 et les
changements qu'il propose. Nous y voyons des leviers concrets pour renforcer la
sécurité publique, mieux soutenir les victimes et moderniser nos pratiques.
Toutefois, nous sommes d'avis que certaines mesures nécessitent des ajustements
afin d'en assurer une mise en œuvre claire, cohérente et efficace.
Les observations présentées dans notre
mémoire s'inscrivent dans un esprit de collaboration, de recherche de solutions
et de respect des réalités opérationnelles des corps policiers. Aujourd'hui, nous
mettrons l'accent sur quatre enjeux qui touchent le plus directement la réalité
opérationnelle du SPVM. L'ensemble de nos propositions est détaillé dans le
mémoire transmis à la commission.
Premièrement, en ce qui concerne la
divulgation de renseignements sur les délinquants sexuels à risque élevé de
récidive, le SPVM appuie pleinement l'objectif de protection du public et des
victimes. Nous estimons toutefois que certaines dispositions gagneraient à être
davantage balisées, notamment quant à la portée des informations à communiquer
et aux obligations imposées aux corps policiers. L'enjeu ne réside pas dans
l'intention de la loi, que nous partageons, mais dans la nécessité de s'assurer
que les obligations de communication demeurent compatibles avec les cadres
juridiques existants, incluant les règles de confidentialité et les cadres
juridiques fédéraux applicables. Les ajustements que nous proposons de façon
détaillée dans le mémoire visent avant tout à assurer une application uniforme
et prévisible de la loi sur le terrain.
Deuxièmement, le SPVM accorde une
attention particulière aux dispositions du projet de loi portant sur
l'encadrement des manifestations et la possession d'objets dangereux,
puisqu'elles ont un impact direct sur notre capacité à assurer la sécurité lors
d'un grand nombre d'événements se déroulant sur le territoire montréalais. Sur
le terrain, tant lors de manifestations que lors d'événements festifs,
notamment à l'occasion des grands rassemblements sportifs, de célébrations ou
de festivals, nos policières et policiers sont régulièrement confrontés à
l'utilisation de pièces pyrotechniques, de fumigènes ou même des matières
explosives improvisées. En milieu urbain dense, ces objets comportent des
risques élevés d'incendie, de blessures graves et de mouvements de foule
incontrôlés. Dans cette perspective, le SPVM propose que l'interdiction de
posséder des objets dangereux ne soit pas limitée aux seules manifestations,
mais qu'elle s'applique également aux événements festifs. Cette mesure ne vise
aucunement à empêcher la tenue de manifestations ou d'événements festifs, mais
plutôt de prévenir l'introduction d'objets intrinsèquement dangereux qui créent
des risques réels de blessure et de panique.
Dans le même esprit, le SPVM accueille favorablement
l'octroi d'un pouvoir de fouille et de saisie lorsqu'il existe des motifs
raisonnables de croire qu'une personne est en possession d'un objet dangereux
ou de pièces pyrotechniques. Un tel pouvoir constitue un outil essentiel pour
la... assurer la sécurité des citoyennes et citoyens dans le contexte des
manifestations et contribue, en pratique, à mieux protéger l'exercice pacifique
du droit de manifester. Le cadre légal actuel oblige souvent à intervenir à
l'échelle de la foule une fois qu'une infraction a été commise. En permettant
des interventions ciblées auprès des personnes qui transportent ces objets, la
loi favoriserait une approche plus préventive et contribuerait à protéger
concrètement la liberté d'expression et de réunion de l'ensemble des
participants.
Troisièmement, le SPVM est favorable à
l'interdiction d'exposer un objet identifié à une entité à dessein criminel.
Au-delà de la lutte contre l'intimidation et le sentiment d'insécurité que peut
provoquer l'affichage de tels symboles, cette mesure vise à freiner la mise en
valeur et la glorification des groupes criminalisés dans l'espace public. Ces
entités utilisent délibérément cette visibilité pour projeter une image
valorisée de leur groupe et de leur mode de vie, créant un effet d'attraction,
particulièrement auprès des jeunes. Dans le contexte actuel, au Québec, cette
exposition contribue à banaliser l'adhésion à ces groupes et facilite le
recrutement de jeunes pour...
M. Bertrand (David) : ...l'exécution
de diverses activités criminelles en limitant la visibilité et la normalisation
de ces symboles, la loi agit de manière préventive en réduisant l'influence
criminelle et en protégeant les populations vulnérables contre l'exploitation
et l'enrôlement. Quatrièmement, le SPVM adhère aux modifications visant à
faciliter la mutualisation des services policiers. La mise en commun de
ressources spécialisées constitue un levier essentiel pour répondre aux défis
contemporains en matière de sécurité publique. Toutefois, ces mécanismes doivent
s'appuyer sur des fondements clairs, notamment en ce qui concerne la
gouvernance et l'équité financière entre les organisations policières.
En conclusion, le SPVM appuie le projet de
loi n° 13 et les objectifs qu'il vise à atteindre. Les ajustements que
nous proposons ont pour but de renforcer la clarté et la prévisibilité de son
application, au bénéfice tant de la sécurité publique que de la confiance de la
population. Le SPVM suivra attentivement l'évolution du projet de loi
actuellement à l'étude. Comme pour toute modification législative potentielle,
notre organisation analysera les dispositions qui seront finalement adoptées
par le législateur.
Advenant l'adoption du projet de loi, le
SPVM prendra acte du nouveau cadre légal et appliquera la loi conformément à sa
mission établie à l'article 48 de la Loi de police, soit de maintenir la paix,
l'ordre et la sécurité publique, de prévenir et de réprimer le crime et de
rechercher les auteurs d'infractions.
Il serait prématuré, à ce stade-ci, de
commenter les modalités opérationnelles spécifiques, celles-ci dépendant du
contenu final de la loi. Le SPVM réitère toutefois qu'il appliquera tout cadre
législatif adopté par le gouvernement du Québec dans le respect des droits
fondamentaux et des principes qui encadrent l'exercice de la fonction
policière.
Nous remercions la commission pour
l'attention portée à nos recommandations. Nous sommes disponibles pour répondre
à vos questions.
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
merci beaucoup pour votre présentation. Nous débutons une période d'échange, en
débutant avec M. le ministre pour un 16 min 30 s.
M. Lafrenière : Merci
beaucoup, M. le Président. Merci à nos invités. Merci beaucoup. Avant de
commencer, M. le Président, je veux juste prendre un instant... parce que c'est
important, dans cette commission, les gens nous écoutent à la maison, quand on
donne une information, qu'elle soit juste, alors, pour le bénéfice des gens qui
nous écoutent, je sais à quel point ma collègue est très investie en matière de
sécurité publique, je veux juste rappeler que ça a changé, l'information a
changé : il n'y a pas eu de coupe de 120 millions à la Sûreté du
Québec, ça a été des coupes de 15 millions. Et c'était déjà un dépassement
budgétaire de plusieurs millions, on termine avec 15. Puis c'est important, il
n'y a pas de fermeture de postes et il y a encore de la patrouille de nuit.
Alors, ça, c'est important pour les gens
qui nous écoutent. Puis je vais vous dire, c'est tellement important, M. le
Président, que j'étais à Saguenay, vendredi, puis les gens me questionnaient
là-dessus, ça fait que c'est vraiment un message qui a mal percolé de notre
côté, ça fait que je tenais à le dire.
M. le Président, dans tout ce qu'on
présente aujourd'hui, j'ai une question pour le SPVM. Tout le volet
perquisitions, de venir saisir, ouvrir un sac pour des manifestants avant,
c'est un point de sensibilité. De votre côté, comment vous voyez l'application
de tout ça? Ce seraient quoi, les grandes lignes qui seraient données pour les
policiers de terrain? Est-ce que c'est une décision qui serait prise
centralisée, avant de procéder à des fouilles, ou ce serait le policier
lui-même, sur le terrain, qui déciderait de le faire?
M. Bertrand (David) : Bien,
premièrement, on accueille effectivement de façon très favorable ce... C'est un
outil supplémentaire au niveau de la gestion des manifestations qui va nous
permettre d'intervenir de façon isolée. On s'entend qu'on risque d'intervenir
sur des objets dangereux qui ne constituent pas un crime habituellement, qu'on
peut avoir en notre possession. Donc, ce sont des objets dangereux qui... le
fait d'être dans un contexte de manifestation deviennent dangereux pour nos
policiers, pour le public et pour les autres manifestants qui manifestent de
façon pacifique.
Au niveau de comment l'application va se
passer sur le terrain, je vais passer la parole à mon collègue inspecteur-chef
Richard.
• (11 heures) •
M. Richard (Pascal) : Bonjour,
tout le monde. Il faut savoir, lorsqu'il y a une manifestation au niveau de la
ville de Montréal, ce n'est pas qu'à la légère. Donc, il y a un service d'ordre
en bonne et due forme qui est monté avec nos équipes. Donc, on travaille en
planification. On tente même de rejoindre les responsables de l'événement.
Donc, il y a toute une mécanique qui est mise en place pour se préparer et
planifier l'événement.
Par la suite, quand il y a la
manifestation, bien, il y a toute l'opérationnalisation de cette
manifestation-là, qui passe par un commandement. Il y a un commandement, autant
sur le terrain, donc, qui peut être juste la manifestation de petite envergure.
Il y a quand même une équipe de commandement qui sont là avec des officiers.
Manifestation plus d'envergure, le centre de commandement va ouvrir, à ce
moment-là, où est-ce qu'il y a vraiment une coordination qui est faite à partir
de ce centre-là.
Par la suite, il y a des règles
d'engagement qui sont données à chacun des officiers pour encadrer l'événement,
et ces règles d'engagement là descendent en cascade et percolent jusqu'aux
policiers sur le terrain.
Donc, oui, le policier, légalement, il
peut-tu intervenir? Oui, mais, quand on est dans le cadre d'un encadrement
d'une manifestation qu'on veut faire, il y a une structure qui est là, c'est
très militarisé. On ne veut justement pas qu'il y ait d'actions isolées, qu'il
y ait des choses qui vont créer un événement. Donc, c'est très coordonné. Ça
fait que, oui, on va le faire. Puis on ne veut surtout pas se mettre à utiliser
ce règlement-là pour partir d'une partie de pêche. Donc, qu'est-ce qu'on veut
vraiment, c'est intervenir sur les personnes qui pourraient être des casseurs,
donc, qui pourraient avoir des objets qui ne sont pas illégals, comme mon
directeur adjoint l'a mentionné... d'avoir des boules de billard en sa
possession, ce n'est pas illégal, d'avoir...
11 h (version non révisée)
M. Richard (Pascal) : ...des
roches en sa possession, ce n'est pas illégal, mais le fait de les utiliser par
la suite, ça peut devenir un enjeu de sécurité. Donc, on va pouvoir... on va
pouvoir travailler en amont sur ces individus-là, avec des faits observables,
avec des motifs raisonnables de croire, donc, comme je vous dis, ce n'est pas
une partie de pêche, puis là on va pouvoir intervenir pour aller saisir ces
objets-là puis pouvoir permettre au droit de manifester par la suite. Parce
qu'il faut savoir qu'en ce moment on doit laisser l'infraction se commettre, et,
quand on intervient, bien, souvent, on tombe à ce moment-là en dispersion, et
la manifestation doit s'arrêter. Le but, c'est de permettre à la manifestation
de continuer et d'intervenir en amont vraiment de façon ciblée et non pas de
façon... On ne fait plus d'arrestations multiples, on ne veut pas ça.
M. Lafrenière : Merci, M. le
Président. J'ai ma collègue qui aurait une question, collègue de Lotbinière.
Mme Lecours (Lotbinière-Frontenac) :
Bonjour. Bonjour.
Le Président (M. Schneeberger) :
Députée de Lotbinière-Frontenac.
Mme Lecours (Lotbinière-Frontenac) :
Bonjour.Donc, moi, j'aimerais savoir : Comment percevez-vous l'application
de la disposition qui permettrait aux policiers de partager les renseignements
des auteurs présumés de violence conjugale à un organisme désigné?
M. Bertrand (David) : On est
en accord avec cette perception-là puis cette orientation de la loi. Encore une
fois, on veut une prise en charge, on veut amener de l'aide à ces... à ces gens-là.
Donc, oui, on est... on accueille favorablement, là, si on veut, cette
disposition-là de la loi.
Mme Lecours (Lotbinière-Frontenac) :
OK.Puis est-ce que vous pouvez nous expliquer comment ça se passe,
par exemple, lors d'une intervention en violence conjugale?
M. Bertrand (David) : Oui.
Vous voulez dire en général?
Mme Lecours (Lotbinière-Frontenac) :
Bien, tu sais, quand... quand vous... vous recevez un appel, par exemple,
vous... vous rentrez sur les lieux, là, dans une maison, pour un appel, par
exemple, d'une victime, comment ça se passe? Puis, tu sais, dans le cadre de
votre travail, est-ce que c'est commun de référer les victimes de violence
conjugale à un organisme qui pourrait l'aider?
M. Bertrand (David) : Parfait.
Bien, tout d'abord, je vais... pour le début de... de l'intervention, si on
veut, on s'entend, il y a un véhicule patrouille qui est... qui est appelé sur
l'appel, donc il y a quelqu'un, un plaignant, un témoin, une victime qui a
téléphoné au service policier. Donc, les deux patrouilleurs... habituellement,
c'est un appel qui est réparti à deux patrouilleurs, un duo de patrouilleurs,
lorsque possible, bien entendu, c'est souvent la patrouille la plus proche qui
va intervenir. Lorsqu'on arrive sur les lieux, habituellement on prend les
versions des personnes impliquées, donc on sépare les personnes et on prend chaque...
chacun la version pour savoir qu'est-ce qui s'est passé. On essaie de poser des
questions pour corroborer les versions, pour être sûr non plus de ne pas... de
ne pas se faire donner une version qui est fausse. Donc, nos patrouilleurs sont
très, très sensibles à cet aspect-là, surtout au niveau de la victime, on veut
s'assurer qu'elle sent une belle prise en charge des policiers. Même chose du
côté du suspect. Dans le fond, c'est... c'est d'acquérir les motifs d'arrestation
si jamais il y a une infraction criminelle qui est commise pour pouvoir
procéder à l'arrestation de la personne qui a commis l'infraction criminelle.
Donc, les personnes sont, encore une fois, séparées. On prend chacun une
version. À partir du moment qu'un des policiers a terminé de prendre la prise
de version puis qu'on a fait l'acquisition de motifs raisonnables de procéder à
l'arrestation, bien, à ce moment-là, on procède à l'arrestation de l'individu.
On peut faire venir un autre véhicule, dépendamment des... de la disponibilité
des véhicules, pour terminer l'intervention avec la victime. Et effectivement
on va tenter de la référer à une ressource par la suite pour qu'elle soit prise
en charge puis que le suivi soit fait. Ça peut être avec le service de police,
on va lui donner l'ensemble des informations en prévention puis en suivi. On a
des organismes communautaires aussi et des organismes financés par le
gouvernement qui vont être en mesure de prendre charge de la personne pour l'accompagner
dans le processus judiciaire.
Mme Lecours (Lotbinière-Frontenac) :
Est-ce que, d'après vous, bien, le SPVM fait des références systématiques
des victimes?
M. Bertrand (David) : On
tente de faire des références systématiques. Je vous dis, ce n'est pas tout le
temps le bon moment. On propose à la victime d'effectivement faire une
référence. Des fois, c'est de revenir par la suite, des fois la victime n'est
pas prête sur le moment à faire ce type de référence là puis elle ne donne pas
son accord. Par la suite, on fait un suivi pour s'assurer qu'elle a les bonnes
informations puis qu'il y ait un bon référencement.
Mme Lecours (Lotbinière-Frontenac) :
Puis vous, est-ce que... tu sais, selon vous, ça serait une bonne chose, de
faire du référencement sans son accord?
M. Bertrand (David) : Est-ce
que... Écoutez, ça serait une bonne chose. On s'assurerait de peut-être faire
un premier contact avec un organisme communautaire ou un organisme de suivi, de
prise en charge pour... Encore une fois, on est en relation d'aide, bien
entendu, hein, on est en accompagnement. On n'est pas contre l'idée,
effectivement, de donner les informations de la victime sans son accord. Par
contre, on... il faudrait évaluer les modalités de cette... de ce partage d'informations,
que je n'ai pas présentement. Mais on n'est pas contre l'idée, on n'est pas
fermés du tout à l'idée. L'objectif principal, c'est que la personne soit prise
en charge, qu'elle ait un accompagnement suite à l'intervention. Parce que, sur
le moment de l'intervention, effectivement, les policiers sont là, on s'assure
que l'accompagnement est fait, mais c'est...
M. Bertrand (David) : ...c'est
par la suite, c'est dans les journées suivantes, s'assurer qu'elle soit bien
accompagnée, bien conseillée aussi. Donc, on n'est pas fermés à l'idée.
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
député de Portneuf. C'est à vous.
M. Caron : Oui, combien
reste-t-il de temps?
Le Président (M. Schneeberger) : Ah,
beaucoup de temps, huit minutes.
M. Caron : Ah! Bon, c'est
parfait. Bonjour. Vous semblez préconiser un peu plus de... Bien, vous suggérez
un peu plus de rigueur, notamment dans les événements festifs. Pour ce qui est
des contrôles, des... en tout cas, je ne sais pas comment ça pourrait être mis
en place, mais d'aller vérifier ce que les gens ont dans leur sac,
possiblement, notamment en ce qui a trait aux objets pyrotechniques. Je
comprends votre volonté, puis je ne suis pas du tout dans le jugement, je veux
juste vous entendre. Je comprends votre volonté de protéger, mais au final, est
ce que vous mesurez... Parce qu'on parlait, tout à l'heure, de manifestations
et là on sait que, souvent, elles sont investies par des casseurs, des choses
comme ça. En revanche, et je ne dis pas que ce n'est jamais le cas, mais les
événements festifs, eux, bien, comme... comme le nom l'indique, sont plus à
caractère joyeux, etc. Donc, est-ce que le fait de... est-ce que le jeu en vaut
la chandelle, finalement? Est-ce qu'on ne risque pas, en allant de l'avant avec
une mesure telle que celle que vous proposez, est ce qu'on ne risque pas de.l..
Vous le savez, l'hiver est long, hein, on a des journées très froides, etc.
Donc l'été, les gens ont envie de s'exprimer dans nos parcs, etc., puis de
vivre leur joie, vivre le bon temps. Est-ce qu'on ne risque pas de devenir des
étés noirs, de bons moments dans notre société? Puis encore une fois, là, je
comprends l'objet et le sens de votre démarche, mais je... Quand on pèse le
pour et le contre, est ce que ça ne risque pas d'être pire? Et puis, que la
population risque de dire, tout simplement : Bien, ils veulent nous
interdire toute manifestation de joie et de plaisir.
M. Bertrand (David) : Oui, je
comprends bien la question, M. le Président. Au niveau du premier volet, c'est
important de dire qu'on y va avec des motifs raisonnables de croire. Donc,
c'est une notion, avec laquelle on travaille régulièrement, qui va prendre des
observations. Donc, on ne va pas nécessairement vérifier un sac, on va vraiment
cibler quelqu'un sur lequel on a des motifs de croire qu'il y a des éléments
dangereux dans son sac à l'aide d'observations concrètes pour aller vérifier ce
sac-là.
Au niveau des pièces pyrotechniques, puis des événements festifs, ce
qu'on voit, par contre, c'est qu'il y a une dangerosité qui vient avec
l'utilisation de pièces pyrotechniques. On parle de feux d'artifice, on parle
de feux d'artifice qu'on achète dans les magasins, mais on parle de feux
d'artifice artisanals aussi. Les gens, ils peuvent se blesser, je comprends que
c'est un événement festif, par contre, à partir du moment que c'est dangereux
pour les citoyens, on est en milieu urbain, il y a des tours de résidences, de
plus en plus, les gens habitent au centre-ville. À Montréal, les tours de
résidences sont là, les manifestations... bien, pas les manifestations, les
événements sportifs ont lieu, il y a une dangerosité pour les citoyens autour,
il y a une dangerosité pour les participants aussi. Donc, si on veut que
l'événement... festif continue à avoir lieu, on fait une intervention ciblée,
on enlève les pièces pyrotechniques, puis l'événement sportif ou festif peut
continuer à avoir lieu. Donc, c'est... au contraire, on ne veut pas empêcher
cet élément-là, c'est une ville festive, on a des équipes sportives, les gens
veulent, effectivement, démontrer leur enthousiasme puis leur joie d'une
victoire d'une équipe. Donc, non, on ne veut pas arrêter ça, au contraire, on
veut sécuriser les gens qui vont participer à ces événements sportifs là,
sécuriser les résidents autour et les populations qui sont près des événements
sportifs. Ça fait qu'on parle d'intervention ciblée avec des motifs
raisonnables, justement pour que la sécurité des participants soit assurée à ce
niveau-là.
• (11 h 10) •
M. Caron : Puis, globalement,
ce qui est ciblé, donc, c'est vraiment plus la pyrotechnie. Est ce qu'il y a
d'autres objets qui... vite comme ça, vous apparaissent comme... Dès lors que
ça provoque une étincelle et de...
M. Bertrand (David) : Exactement.
M. Richard (Pascal) : Tout à
fait, puis on l'a vu en Suisse, d'ailleurs, dans le bar, qui était comme plus
un feu de Bengale, ça fait que le service d'incendie de Montréal, vous avez vu
dans les médias, probablement, suite au dernier événement qu'il y a eu
l'automne passé sur le long du canal Lachine, suite à une victoire sportive, il
y a eu énormément de pièces pyrotechniques qui ont été allumées. Il y a des
enjeux réels pour la sécurité des Montréalais, des gens. Donc, c'est là-dessus
qu'on veut vraiment intervenir, là, en amont, pour... pour éviter. Ça fait
qu'on cible, un peu, les séries de hockey, pour faire un gag, le Canadien a
battu les Nordiques cette semaine, assurément qu'il va y avoir des séries de la
Coupe Stanley à Montréal cette année. Non, mais, la dernière fois que le
Canadien a fait les séries, heille, les gens ont festoyé devant le Centre Bell,
il y a eu utilisation de plusieurs pièces pyrotechniques, puis y a eu des
enjeux de sécurité pour les citoyens. Ça fait que c'est vraiment ça qu'on
cible. On ne veut pas empêcher les gens de venir dans les parcs, de... Mais ça
prend des autorisations légales, là, pour utiliser des pièces pyrotechniques
dans des événements et le service d'incendie est là pour... pour contrôler tout
ça. Nous, ce qu'on veut vraiment, c'est cibler plus lors des... lors des...
M. Richard (Pierre) : ...événements
après des victoires sportives, ou que ce soit, même, des fois, la fête
nationale, des choses comme ça, où ce qu'il y a un danger réel et où ce que là
on utilise des engins qui sont vraiment dangereux pour la population.
M. Caron : Puis, je
comprends que c'est terminé, le temps?
Le Président (M. Schneeberger) :
Bien, il y a du temps, mais je pense M. le ministre avait d'autres questions.
M. Caron : Bien sûr.
Le Président (M. Schneeberger) :
M. le ministre.
M. Lafrenière : Merci
beaucoup. Merci d'avoir rappelé les séries de hockey qui m'ont déclenché un
syndrome post-traumatique chez moi. Merci beaucoup. Bien que ce soit le fun, le
hockey, on sait ce que ça veut dire comme pression sur le service de police
aussi. Moi, je veux revenir sur les patchs si vous permettez, parce que je veux
savoir avec des groupes comme Éclipse, est-ce que ce qu'on vous donne comme
outil le fait de pouvoir remettre un constat sur place à la personne qui porte
une inscription criminelle, 1 000 $ pour une première fois, en vertu
du code de procédure pénale, on peut saisir par la suite si la personne refuse
d'obtempérer ou même bien comme la Sûreté du Québec disait tantôt, jusqu'à le
détenir... Est-ce que c'est un outil qui va permettre... Parce que, ma collègue
et moi, on a rencontré, comme je disais plus tôt, des tenanciers, des gens qui
ont des commerces, ils vivent beaucoup d'intimidation, est-ce que c'est un
outil, d'après vous, qui va aider le fait de diminuer la présence avec ces
patchs-là? Et, même, en passant, les gens qui nous écoutent, même de vendre ou
d'exhiber ces patchs-là, ça fait que le fameux camion Support 81
n'existerait plus, il serait saisi... comment vous voyez ça pour des groupes comme
Éclipse? Est-ce que c'est un outil qui va vous aider?
M. Harrisson-Gaudreau
(François) : Bien, définitivement, M. le Président, c'est quelque
chose qu'on accueille avec beaucoup d'entrain. Je vous explique. C'est... Il
faut comprendre que le fait de s'afficher avec des symboles, c'est lourd. Ça
l'a un poids. Notamment, on se rappelle de la guerre des motards pour les plus
vieux d'entre nous. Les commerçants, on parle du groupe Éclipse notamment,
bien, les commerçants appellent des unités de type Éclipse ou leur poste de
quartier, quand des individus se présentent avec ce qu'on appelle des couleurs,
les symboles d'organisations criminelles, parce que ça fait craindre aux gens.
C'est une discussion qui a toujours eu lieu avec les groupes criminels de dire :
La raison de la présence policière dans certains établissements est directement
liée au fait qu'ils affichent des couleurs et que ça insécurise les citoyens.
Ça fait que le fait d'avoir un outil, oui, ça amène la conséquence puis la
clarté, la cohérence dans le discours que, comme société, on n'accepte pas ça à
juste titre. Les commerçants, les citoyens nous appellent quand ils le voient
parce que ça les inquiète.
Ça fait que oui, il y a un effet de mesure
de dissuasion immédiate, la remise du constat d'infraction, ça fait que c'est
sûr que ça va être un outil, effectivement. D'ailleurs, juste la présence
policière combinée à ça, on croit que ça va contribuer à diminuer le fait qu'on
les voit dans l'espace public puis que ça insécurise les citoyens, puis qu'également,
c'est des symboles de glorification. On en a parlé tantôt, nos collègues aussi
de la Sûreté du Québec, c'est des modèles. Est-ce qu'on ne veut pas enlever ces
modèles-là pour nos jeunes qui, présentement, sont en quête d'identité et qui
voient là-dedans un symbole de pouvoir?
Le Président (M. Schneeberger) :
50 secondes.
M. Lafrenière : Maintenant,
merci. Merci pour la réponse. Et quant à l'application, tout ça, là on parlait
d'Éclipse, peu importe le patrouilleur, qui voit face à lui un membre qui porte
des couleurs. De quelle façon vous voyez ça? Donc, avec un rapport
d'infraction, avec un constat? Il ne reste pas beaucoup de secondes, je suis
désolé, là.
M. Harrisson-Gaudreau
(François) : Bien, c'est sûr que le constat d'infraction est
généralement le véhicule le plus approprié, parce qu'il y a une remise
immédiate, l'observation du policier ou autre preuve qu'il documentera va être
suffisante pour l'appui. Auquel cas on verra selon la loi qui sera adoptée que
le poursuivant, c'est-à-dire les procureurs de la Cour municipale de
Montréal... c'est quoi les éléments de preuve qui vont être requis. C'est sûr
qu'on vise... une approche progressive, d'y aller par paliers. Donc, il y a
l'avis verbal, s'il y a récidive, après ça, qu'est-ce qui en est de la saisie
ou non, comme il a été soulevé ici, et ultimement, mais c'est un dernier
recours d'en venant à des arrestations, il faut en être conscients au niveau du
code de procédure pénale, mais juste l'effet du constat, la documentation, ça,
c'est des outils qui vont venir appuyer le travail policier qui se fait déjà au
sein de notre territoire.
Le Président (M. Schneeberger) :
Merci beaucoup.
Nous allons maintenant du côté de
l'opposition officielle avec la députée de Westmount—Saint-Louis pour
12 min 5 s.
Mme Maccarone : Merci
beaucoup. Merci beaucoup, messieurs, pour votre témoignage et le mémoire.
Je veux continuer sur le même alignement
du ministre. Je suis contente de la réponse. Je fais une mise en scène :
c'est l'été, il fait chaud, on ne porte pas de veste, mais on a des «tattoos».
On fait quoi?
M. Harrisson-Gaudreau
(François) : C'est une bonne question. On va voir au niveau un la loi
qui sera adoptée par l'Assemblée nationale, si tel est le cas. Vous savez, dans
tout dossier, nous, ça vient avec des communications de nos patrouilleurs, mais
aussi un accompagnement juridique. Ça fait qu'on va voir effectivement qu'en
est-il de ces situations-là, d'afficher des symboles. On s'entend qu'on ne
saisira pas un «tattoo», là. Je comprends le sens de votre question, mais,
ultimement, on verra après avec le poursuivant : Que faisons-nous de ça?
Mais c'est des questions qui devront être débattues, puis en date
d'aujourd'hui, on n'a pas les opinions juridiques ou la jurisprudence.
Mme Maccarone : Est-ce
que c'est possible de leur demander de couvrir pour cacher les tattoos? Est-ce
que ça, c'est une possibilité?
M. Harrisson-Gaudreau
(François) : On verra selon les lois, telles qu'elles seront
adaptées... adoptées, puis la jurisprudence en la matière.
Mme Maccarone : Puis en
parlant de...
Mme Maccarone : ...vous avez
déjà entendu les questions dans le dernier groupe qui a présenté avec la SQ. Le
registre des entreprises, les noms des commerçants est public. Est-ce que nous
devons avoir un registre privé pour protéger les données de ces personnes qui
sont victimes d'extorsion?
M. Bertrand (David) : ...M.
le Président, on serait favorables à ce genre de... de proposition.
Mme Maccarone : OK. Vous avez
parlé de... de manifestation, puis évidemment je comprends que ce pouvoir, des
fois, il est intéressant. Je comprends, je suis favorable à ceci, mais je
souhaite savoir si vous avez fait une analyse juridique avec la différence
entre le 636 qui est maintenant devant le tribunal. Quelle est la différence
entre le 636, qui est l'interpellation policière, et ce nouveau pouvoir? Le
but, c'est de vous donner le pouvoir d'agir puis sans vous menottez, ça fait
que comment voyez-vous cette différence?
M. Harrisson-Gaudreau
(François) : Bien, en fait, je députer pour la portion 636, là,
juste pour amener un peu les limites de l'analogie puis, au besoin, je
laisserai mon collègue l'inspecteur-chef Richard compléter. Pour ce qui est du
636, il faut comprendre que c'était le fait pour le policier de pouvoir aller
vérifier les documents de la personne, ce qui ouvrait la porte à certaines
situations. Encore, dans ce dossier là, on verra ce que la Cour suprême va
venir nous éclairer, notamment dans la cause de Luamba.
Dans le cadre des manifestations, ce qui
est amené dans le projet de loi n° 13, on parle de motifs raisonnables de
croire que, ce qui n'était pas le cas dans le code de sécurité routière à
l'article 636, c'était un pouvoir dans lequel les gens amènent la
possibilité qu'il y ait ce qu'on appelle la commission de gestes obliques. Dans
ce cas-ci, c'est circonscrit en manifestation, en pouvoir qui... de fouille
pour les motifs raisonnables de croire que la personne est en possession
d'objets pouvant être dangereux.
Mme Maccarone : C'est bien.
Merci. Vous parlez aussi d'élargir le pouvoir aux festivals, parce
qu'évidemment quand on parle des... des piqûres puis qui arrivent maintenant de
plus en plus souvent dans nos festivals, GHB, kétamine, des choses comme ça.
Est-ce que ce serait un moyen pour vous d'être plus en contrôle de ce nouveau
phénomène? Là, on parle des... des balles de pool puis des choses comme ça
qu'on peut retrouver peut-être dans un... c'est le capuchon d'un coton ouaté ou
quelque chose comme ça. Mais là, si on l'élargit au festival, est-ce que ça
vous donne plus de poigne pour peut-être mettre fin à ce fléau-ci?
M. Bertrand (David) : C'est
un outil supplémentaire. Je reviens, par contre, aux... aux motifs
raisonnables. On doit quand même observer des choses, observer des mouvements,
observer des... des gestes en lien avec des objets dangereux. Oui, si,
effectivement, on fait l'observation puis on a la notion suffisante de motifs
raisonnables pour intervenir. Oui, ça peut être un élément de prévention à ce
niveau-là.
Mme Maccarone : La ministre
est en train de parler, là, mais c'est avec vous que je souhaite... Une autre
question pour vous, parce que là, je... je comprends qu'il y a des nouvelles
obligations prévues dans la loi, on parle de divulgation, on parle de fouille,
on parle de saisie, partage d'informations, etc. Moi, je souhaite savoir, parce
qu'il faut le dire, le SPVM, c'est différent, puis c'est quand même un
épicentre de la... de la province, vous avez un réalité qui est différent,
peut-être, des autres villes, des autres métropoles. Ça ne va pas augmenter la
pression opérationnelle sur le SPVM, qui est déjà difficile?
• (11 h 20) •
M. Bertrand (David) : M. le
Président, on ne pense pas avoir besoin de ressources supplémentaires pour
appliquer le projet de loi n° 13 tel qu'il est écrit présentement, autant
au niveau des manifestations que des autres... des autres articles. Comme l'a
dit mon collègue, au niveau des manifestations, il y a des services d'ordre qui
sont... Il y a des évaluations du risque de chaque manifestation qui nous
aident à monter un service d'ordre avec les effectifs nécessaires. Donc, le
pouvoir supplémentaire de fouille ou d'intervenir en fonction des motifs
raisonnables ne va pas augmenter nécessairement nos effectifs nécessaires pour
ce genre d'événements festifs ou manifestations.
Mme Maccarone : Pour le
registre. On a un registre maintenant qui sera public. Vous allez recevoir
beaucoup plus d'appels des citoyens. Est-ce que vous êtes équipés pour prendre
en charge ce nouveau lourdeur, d'autres... d'autres travails? Est-ce qu'on a
assez d'effectifs? Comment voyez-vous la mise en œuvre de ce nouveau élément?
M. Bertrand (David) : Bien,
premièrement, on... on est favorables à la création d'un comité multidisciplinaire
qui vont évaluer les... l'information, premièrement, les cas types de
délinquants sexuels à haut risque de récidive et le bien fondé de divulguer le
tout au niveau du public.
Pour nous, on ne voit pas non plus une
augmentation d'effectifs nécessaire. On a des équipes qui sont d'ailleurs
financées par le ministère de la Sécurité publique, présentement, une équipe de
surveillance de délinquants sexuels qui vont... qui vont supporter le... le
transfert d'informations au niveau du comité. Donc, pour nous, c'est... ce
n'est pas un enjeu d'effectifs supplémentaires.
Mme Maccarone : SPVM, est-ce
qu'il devrait siéger au comité...
M. Bertrand (David) : ...on
serait, on serait disponible pour siéger au comité. On serait favorables à
siéger sur le comité sans problème.
Mme Maccarone : Parce que
vous parlez beaucoup du comité dans votre mémoire. Quand on parle d'analyse et
décisions du comité, vous dites que ça devrait... on devrait plutôt prévoir une
obligation du comité de les consulter au lieu que ça se fait quelque chose en
conséquence puis au besoin. Pouvez-vous juste expliquer un peu ce que vous
souhaitez qu'on fasse comme modification?
M. Bertrand (David) : Oui.
Dans le fond, M. le Président, notre... notre souhait, c'est que le comité se
voit l'obligation de consulter la victime avant de publier les informations sur
un délinquant sexuel à haut risque de récidive. Donc, ce serait notre... notre
enlignement, là, vraiment prendre le pouls des victimes en lien avec cet
individu-là.
Mme Maccarone : OK. Vous
parlez aussi, quand on parle du registre, «l'obligation pour le corps de police
de communiquer dès que possible tout fait nouveau susceptible... susceptible de
justifier la mise à jour des renseignements concernant un délinquant sexuel.»
Parce que vous dites que ça se peut qu'on sera, mettons, en conflit légal, à
moins qu'il y a des modifications qui se fassent au niveau fédéral. Ça encore,
il va falloir que vous m'expliquez. Je l'ai lu, mais je ne comprends pas
exactement ce que vous voulez qu'on fasse comme explication.
M. Bertrand (David) : En
fait, c'est effectivement, pour répondre à la première... premier volet de la
question... c'est le fait de communiquer les informations. On veut ne pas que
ça aille à l'encontre de certains... certains règlements fédérals au niveau de
la Loi sur l'enregistrement des renseignements des délinquants sexuels. C'est
des petites... technicalités, mais on veut s'assurer que ce soit bien couvert
par le projet de loi.
Mme Maccarone : Et, si au
niveau fédéral on n'a pas de changement puis... qu'est-ce... qu'est-ce qui
arrive avec le projet de loi lors de l'adoption ici?
M. Bertrand (David) : Bien,
je pense qu'on peut changer certains termes au niveau de «toute nouvelle
intervention ou tout nouvel événement... élément significatif pour le
délinquant sexuel à haut risque de récidive». Dans le fond, c'est... ce n'est
pas nécessairement un nouveau fait ou une nouvelle intervention qui va être
peut-être plus difficile pour les services de police à compiler le tout. Donc,
«tout fait nouveau», c'est... c'est... au niveau de l'application, ça va être
un petit peu plus compliqué. Ça fait que c'est ce qu'on voulait dire dans notre
mémoire à ce niveau-là.
Mme Maccarone : Vous parlez
aussi de l'immunité actuelle prévue, qui s'applique uniquement à la SQ et au
comité, puis vous aimerez vous aussi être protégés par cette immunité.
Expliquez-nous la réalité pour vous, si ce n'est pas le cas, puis on ne modifie
pas cet élément, l'article 23, dans le projet de loi.
M. Bertrand (David) : Oui,
tout à fait. Dans le sens que c'est le Service de police municipal dont le SPVM
va être une courroie de transmission pour l'information qu'on reçoit du Service
correctionnel, qu'on va transmettre par la suite au comité. Mais, si les gens
du comité ou qui représentent le comité ou les services de police qui siègent
dans le comité ont l'immunité, on pense qu'il serait profitable que l'ensemble
des services de police qui transmettent l'information de bonne foi selon les
règles en vigueur bénéficient également de l'immunité.
Mme Maccarone : Qu'on aurait
des policiers qui vont être exposés peut-être à des recours judiciaires si ce
n'est pas le cas?
M. Bertrand (David) : Exactement.
Dans la transmission d'informations.
Mme Maccarone : OK. Quand on
parle encore du registre, vous avez entendu les échanges précédents, vous, vous
êtes d'avis évidemment que nous devons avoir aussi la violence conjugale qui
fait partie de ce registre?
M. Bertrand (David) : Bien,
nous, on voit ça de deux façons. On voit ça séparément. Là, on a le registre
des délinquants sexuels à haut risque de récidive. Dans l'optique où on
mettrait les personnes accusées... de violence conjugale, je pense qu'il
faudrait déterminer les modalités pour identifier les bonnes personnes qui
devraient sur ce registre-là. On ne s'est pas nécessairement exprimé sur les
modalités, mais on n'est pas fermé à l'idée.
Mme Maccarone : Ça fait que
ça veut dire... J'essaie de comprendre la mise en œuvre du registre. Parce que,
là, est-ce qu'on parle uniquement des gens qui ont déjà purgé leur peine ou
est-ce des gens qui peut-être on a des soupçons? Parce que la violence
conjugale, comme on a entendu, ça peut être masqué, ça peut être difficile à
discerner. Comment voyez-vous la mise en œuvre de ceci?
M. Bertrand (David) : Bien,
premièrement, on parle de gens qui ont déjà purgé leur peine effectivement.
Comme je vous disais, dans le mémoire, on est favorables à la création d'un
comité qui vont évaluer cette partie-là. On ne va pas... On ne se prononce pas
nécessairement sur l'application comme telle, sur les termes de divulgation au
niveau public d'une liste ou d'un registre, mais on est en accord avec la
création d'un comité qui vont se pencher sur les modalités. Versus, au niveau des
violences conjugales, bien, on n'a pas ces critères puis ces modalités-là, de
choix des accusés, si je peux me permettre.
Mme Maccarone : Et, s'il y a
une personne qui a purgé seulement deux tiers de sa peine, il ne pourra pas
être dans le registre?
M. Bertrand (David) : Effectivement,
parce qu'il y a un contrôle. Comme société, on a un contrôle sur cette
personne-là qui va nous permettre...
M. Bertrand (David) : ...de
contrôler ses lieux de résidence. D'avoir certains critères, d'avoir un contact
avec lui versus quelqu'un qui a purgé la totalité de sa peine et sur laquelle
il y a moins de conditions à respecter.
Mme Maccarone : Si le but,
c'est le sentiment de sécurité, j'avoue que je ne me sens pas en sécurité en
entendant ça comme réponse, parce que ça reste qu'il y a quelqu'un qui a été
trouvé coupable, mais on est rendus seulement avec le deux tiers. Je ne sais
pas s'il n'y a pas quelque chose que nous devons faire en ce qui concerne ceci,
parce que vraiment, le titre du projet de loi, c'est le sentiment de sécurité
puis pas nécessairement toutes les affaires qui sont. Ça, c'est un élément, il
me semble, concret que nous pouvons mettre à l'oeuvre, non?
M. Bertrand (David) :
Effectivement, on a des outils qu'on peut utiliser pour quelqu'un qui purge les
deux tiers de sa peine. Effectivement.
Mme Maccarone : Merci. Merci, M.
le Président.
Le Président (M. Schneeberger) :
Merci beaucoup. Nous poursuivons avec la députée de Sherbrooke pour quatre
minutes huit.
Mme Labrie : Oui, merci
beaucoup, M. le Président. J'étais contente de vous entendre clarifier la
question de manifestations ou rassemblement parce qu'à la lecture du projet de
loi, je trouvais aussi que la définition de manifestation pouvait toucher, par
exemple, des rassemblements. C'est pour ça que je comprends que c'est vraiment
ça, l'objectif pour vous, de toucher ces types de rassemblement là.
Est-ce que vous pouvez élaborer un peu
plus sur les motifs raisonnables? Parce que c'est certain qu'il y a des gens
qui vont craindre du profilage, là? Est-ce que le simple fait d'avoir un sac à
dos dans ce type de situation là est un motif raisonnable? Est-ce que c'est le
fait qu'une personne soit fichée déjà dans vos services pour avoir causé du
trouble dans un événement précédent par exemple? C'est quoi, les motifs
raisonnables?
M. Bertrand
(Dominic) : Oui. Tout à fait, M. le Président. C'est des
faits... c'est des faits observables, c'est des observations qu'on fait sur le
terrain. Donc, on... on fait l'acquisition de motifs raisonnables. Quelqu'un
qui arrive dans... avec un gros sac à dos, un manteau chaud, puis on est l'été,
il fait 30 degrés. Un contexte particulier de déplacement autour d'un
événement festif. Donc, c'est des... vraiment, c'est des faits observables.
C'est une notion avec laquelle on travaille régulièrement pour l'ensemble des
infractions criminelles. Donc, on trouve que c'est le bon terme utilisé au
niveau du motif raisonnable, mais qui passe par les faits vraiment observables
sur le terrain au moment où le déroulement soit de l'événement festif ou du
rassemblement ait lieu.
M. Richard (Pascal) : On n'est
pas dans les... me permettre, on n'est pas dans les soupçons puis on est
vraiment... on observe, lors d'une... lors d'une manifestation, on a des
policiers qui sont là sur le terrain. En ce moment, les policiers, s'ils voient
des gens mettent des roches dans leurs sacs, ce n'est pas illégal d'avoir des
roches, comme je le mentionnais tantôt. Bien là, un moment donné, les policiers
vont nous emmener des éléments comme ça. Il y a un groupe là-bas, ils se sont
partagé des roches, ils ont mis les roches dans leur sac. Et là on va aller
intervenir en amont.
Un citoyen qui vient nous
mentionner : il y avait un sac avec des pièces pyrotechniques, il a vu des
éléments. Ça fait qu'on va construire notre preuve comme ça, pour pouvoir aller
intervenir sur ces personnes-là. On ne veut vraiment pas commencer à fouiller
l'ensemble des gens qui ont des sacs à dos sur une manifestation, ce n'est
vraiment pas le but recherché, parce qu'on veut que ça passe les tests des
tribunaux par la suite, bien sûr. Ça fait qu'on va vraiment y aller avec faits
des observables. On a des techniques aussi qu'on utilise pour observer une
manifestation pour bien encadrer. Ça fait que si visuellement on a accès à des
choses, on... par historique, on sait des fois qu'il y a certaines façons de
faire, on va se cacher sous des parapluies pour commencer à prendre des objets.
Puis on est... On va comme intervenir sur ces... vraiment ces éléments-là. Les
gens qui sont plus des casseurs et qui veulent perturber la manifestation pour
permettre aux gens qui sont là pour les bonnes raisons de manifester.
• (11 h 30) •
Mme Labrie : OK, ça fait que
c'est... dans le fond, même si vous... Je comprends que vous avez dit que vous
n'irez pas à la pêche, là, mais si vous commenciez à ouvrir tous les sacs à
dos, de toute façon, vous, au moment de déposer des accusations, ça
affaiblirait votre dossier si vous aviez fonctionné comme ça. Donc, ce n'est
pas nécessairement ça, votre intention. Je comprends. J'aimerais ça vous poser
une question sur... en lien avec celle de ma collègue, là, sur comment vous
intervenez dans des situations de violence conjugale. Mais par rapport aux
auteurs de violences, c'est quoi, la pratique actuellement par rapport au
référencement vers un organisme d'aide aux personnes qui ont des comportements
violents?
M. Bertrand (David) : C'est
avec l'accord, avec l'accord de la personne qu'on peut, qu'on peut faire le
référencement présentement.
Mme Labrie : Vous en parlez
systématiquement à ces personnes-là?
M. Bertrand (David) : ...de la
prévention et on essaie de... de les faire accompagner effectivement. Je ne
pourrais pas vous dire que c'est systématiquement, mais on essaye que... le
plus possible que les gens soient ouverts à un accompagnement, soit un
organisme communautaire ou un organisme institutionnel.
Mme Labrie : Puis de votre
expérience, est-ce qu'il y a une proportion élevée des auteurs de violence qui
acceptent ce référencement-là ou c'est plutôt le contraire?
M. Bertrand (David) : M. le
Président, de par mon expérience, des fois, le moment où on fait une
intervention, n'est pas toujours le meilleur moment pour faire la demande de
référencement. Effectivement, des fois, c'est... il faut revenir par la suite,
puis on propose un référencement, mais le moment précis de l'intervention, non,
pour être honnête avec vous, ce n'est pas toujours le meilleur moment.
Mme Labrie : Donc, ça, c'est
vrai autant pour la personne victime que pour la personne aggresseur, là.
M. Bertrand (David) : Oui.
Mme Labrie : OK, parfait.
C'est bon...
11 h 30 (version non révisée)
Le Président (M. Schneeberger) :
...alors, merci beaucoup pour votre apport à la commission. Nous allons
suspendre quelques instants.
(Suspension de la séance à 11 h 32)
(Reprise à 11 h 39)
Le Président (M. Schneeberger) :
Alors, nous reprenons... nous reprenons les travaux. Nous accueillons le
service de police de la ville de Québec. Alors, bonjour à vous quatre. Comme
tout à l'heure, vous présenter et, par la suite, enchaîner avec votre
présentation.
M. Turcotte (Denis) : Merci,
M. le Président, M. le vice-président. Mmes, MM. les députés, membres de cette
commission, bonjour. Je me présente, Denis Turcotte. Je suis directeur du
Service de police de la ville de Québec. Je vais vous présenter les gens qui
m'accompagnent aujourd'hui : Dominic Gaudreau, directeur adjoint à la
surveillance du territoire; Gaétan Marcotte, directeur adjoint aux enquêtes et
services spécialisés; ainsi que Sébastien Lambert, directeur adjoint par
intérim au développement organisationnel et affaires policières.
• (11 h 40) •
Donc, à titre de directeur du Service de
police de la ville de Québec, je vous remercie sincèrement de me donner
l'occasion de participer à cette consultation particulière portant sur le projet
de loi n° 13. Je crois que la démarche d'obtenir le point de vue des
organisations issues de l'opérationnel est un incontournable dans le contexte
actuel. Je salue également les travaux rigoureux de la commission et
l'importance de ces échanges pour la sécurité de la population québécoise. Le
Service de police de la ville de Québec, le SPVQ, est le deuxième plus
important service de police municipal au Québec et le seul service municipal à
offrir des services policiers de niveau 4. Au-delà de ses obligations
légales, sa mission est claire : offrir des services policiers de qualité
en travaillant étroitement avec de nombreux partenaires afin de maintenir la
ville de Québec comme un milieu de vie sécuritaire, accueillant et respectueux
des droits et libertés.
Concrètement, le SVPQ couvre les trois
municipalités de l'agglomération de Québec, soit la ville de Québec,
L'Ancienne-Lorette et la ville de Saint-Augustin-de-Desmaures. Le SPVQ dessert
une population d'environ 600 000 citoyens et accueille, chaque année,
près de 4,3 millions de visiteurs sur son territoire. Pour répondre à
cette réalité, le SPVQ vécu dispose d'un budget annuel d'environ
186 millions de dollars et peut compter sur près de
1 200 employés, tant policiers que civils. Chaque année, ce sont
approximativement 145 000 interventions policières qui sont réalisées
sur le territoire, dans un contexte où les manifestations et les événements
publics sont de plus en plus nombreux et complexes. Le territoire de la ville
de Québec présente plusieurs particularités majeures...
M. Turcotte (Denis) : ...dont
la présence de l'Hôtel du Parlement et de l'Assemblée nationale. Ce qui fait en
sorte que, sur les 275 manifestations que nous avons annuellement, la majorité
se déroule à cet endroit.
À cela s'ajoutent des infrastructures stratégiques
telles que le port de Québec, qui accueille plus de 150 000 croisiéristes
par année, le campus de l'Université Laval, fréquenté par plus de 55 000
étudiants, ainsi que l'aéroport international Jean-Lesage. La ville est
également l'hôte de nombreux événements sportifs et culturels d'envergure
internationale, tels que le Festival d'été de Québec, le Tournoi international
pee-wee et le Grand Prix cycliste. L'ensemble de ces réalités exige du SPVQ une
capacité d'intervention constante dans une très grande diversité de situations,
souvent en collaboration avec de nombreux partenaires institutionnels,
municipaux, provinciaux et fédéraux.
C'est dans ce contexte opérationnel bien
concret que le SPVQ accueille favorablement l'ensemble des dispositions du projet
de loi n° 13. Ce projet de loi interpelle directement les services
policiers, tant par ses impacts opérationnels que par les responsabilités
nouvelles ou ajustées qu'il propose. Les recommandations que nous formulons
visent toutes à soutenir les objectifs de sécurité publique poursuivis par le
législateur. Notre contribution se veut constructive. Elle repose sur notre
expertise opérationnelle, une analyse rigoureuse des enjeux, le respect des
droits fondamentaux, la protection des victimes ainsi que la recherche
constante d'une intervention policière efficace. L'ensemble de nos
recommandations figure de manière détaillée dans le mémoire que nous avons
déposé à la commission. Permettez-moi d'en présenter les grands axes. D'abord,
en matière de divulgation publique des renseignements concernant certains
délinquants sexuels, le SPVM formule plusieurs recommandations. En effet, nous
recommandons de prolonger la période de diffusion des renseignements publics de
trois à cinq ans afin de mieux refléter la continuité jurisprudentielle. Nous
recommandons également que le service de police du lieu de résidence du
délinquant soit intégré ponctuellement au comité provincial chargé des
décisions, que ce soit par une invitation virtuelle ou en personne. Cette participation
permettrait aux services de police concernés de contribuer à l'analyse en
s'appuyant sur les informations dont ils disposent pour ainsi maximiser la
prise de décision.
À cet égard, il est essentiel que
l'immunité accordée au comité soit également étendue aux services de police qui
participent à ce processus et que les documents et communications transmis
soient explicitement protégés. Nous suggérons aussi la mise en place d'un
processus d'avis simultané aux services de police locaux et à la Sûreté du
Québec lorsque le Service correctionnel du Canada transmet des informations
relatives à la libération imminente d'une personne incarcérée pour une
infraction à caractère sexuel, ce qui éviterait des délais dans le partage
d'informations.
Enfin, nous croyons opportun que la Sûreté
du Québec et les services de police impliqués puissent diffuser les
renseignements conformément aux conclusions du comité afin d'assurer une
cohérence et une efficacité accrue.
Le projet de loi n° 13 introduit
également des dispositions importantes en matière de pouvoirs policiers liées à
la sécurité publique. Le SPVQ recommande notamment qu'un policier ayant un
motif raisonnable de croire qu'une personne contrevient aux dispositions de
l'article 4 de la section sur les manifestations puisse également intercepter
un véhicule lors d'une intervention. Nous recommandons aussi de renforcer
l'interdiction d'exposer à la vue du public des objets identifiant une entité
inscrite sur la liste des entités à dessein criminel en y ajoutant
explicitement l'interdiction de tolérer l'exposition de signes d'appartenance à
un de ces groupes criminalisés. De plus, nous proposons de tendre aux
situations visées par l'article 6 de la section portant sur l'interdiction
d'exposer un objet identifiant une entité à dessein criminel les mêmes pouvoirs
de fouille, d'interception de véhicule et de saisie que ceux prévus à l'article
5 pour les manifestations.
Enfin, afin d'assurer une réponse adaptée
à l'évolution rapide du crime organisé, nous recommandons la mise en place d'un
mécanisme rapide et efficace pour l'ajout ou le retrait d'entités criminelles à
la liste officielle. Le SPVQ désire également s'assurer que la détention, le
transport de prévenus et la répartition des appels demeurent des services
pouvant faire l'objet d'ententes entre les services de police. Je tiens
finalement à aborder les échanges d'informations avec les partenaires.
Concernant ce point, le SPVQ recommande de faciliter les échanges
d'informations entre les services de police et leurs principaux partenaires
lorsqu'il existe des motifs raisonnables de soupçonner qu'une infraction
pourrait être commise...
M. Turcotte (Denis) : ...
partenaires inclus notamment le réseau de la santé, les services
correctionnels, Revenu Québec, l'aide de dernier recours, Bureau de la sécurité
privée et d'autres entités gouvernementales. Ces échanges sont essentiels pour
prévenir davantage de crimes et augmenter l'efficacité de nos enquêtes.
Pour conclure, le SPVQ tient à souligner
que ces modifications législatives répondent à des problématiques provinciales
qui entraîneront inévitablement une pression supplémentaire sur le travail
quotidien des services policiers.
Bien que nous soyons prêts à nous adapter
aux nouvelles réalités et à l'évolution de l'environnement, nous croyons
fermement que cette adaptation doit s'accompagner d'un soutien adéquat en
ressources humaines, financières, matérielles et technologiques.
En terminant, je réitère l'engagement de
la direction du Service de police de la Ville de Québec à collaborer pleinement
avec les autorités gouvernementales et l'ensemble des services de police pour
contribuer à une application harmonieuse, efficace et respectueuse des
dispositions législatives qui seront adoptées.
Nous demeurons disponibles pour poursuivre
les échanges, partager notre expertise et soutenir les travaux visant à assurer
la sécurité et maintenir la confiance de la population dans un environnement en
constante évolution. Je vous remercie beaucoup pour votre attention.
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
merci beaucoup pour votre présentation. Nous allons débuter la période
d'échange avec M. le ministre pour un total de 16 min 30 s.
M. Lafrenière : Merci
beaucoup, M. le Président. M. le directeur, merci. Merci à vous, votre équipe.
Tantôt vous avez parlé du terme «tolérer» quand on parlait de l'article 6,
donc le volet anti-patch. Je vais vous ramener là-dessus. Je veux être sûr
d'avoir bien compris, parce que le but en équipe ici, c'est de... d'avoir le meilleur...
la meilleure loi, au final. Alors, revenez là-dessus, s'il vous plaît.
Et je vais avoir une double question.
L'autre volet, vous allez peut-être y répondre en même temps, vous disiez qu'il
faut être agile, être capable de mettre à jour la liste des entités
criminelles. Plus tôt, on en a parlé avec d'autres groupes aujourd'hui, si on
donnait ce mandat-là à la SRCQ, pour être sûr que ce ne soit pas un groupe
politique quelconque qui décide de glisser le nom d'une entité qu'il n'aimerait
pas ou d'un groupe qui n'aurait pas les mêmes visées que le gouvernement en
place, on veut s'assurer qu'il n'y ait pas de dérapage, que ce soit vraiment
des groupes criminalisés et reconnus par le SRCQ.
Ça fait que je veux juste entendre sur les
deux volets. Le SRCQ comme l'organisme qui gère ce volet-là. Et, deuxièmement,
le «tolérer» que je veux juste être sûr que je l'ai bien compris.
M. Turcotte (Denis) : Au
niveau du SRCQ, le SPVQ, nous autres, on est complètement favorables à cette
proposition-là que ce soit géré, justement la liste, par le SRCQ. L'ensemble
des services de renseignements criminel au Québec fait partie du SRCQ, mais qui
est une entité indépendante des services de police. Ça fait que, donc, pour
répondre à cette... à ce volet-là, oui, on est favorables à ça.
Au niveau de «tolérer», petite mise en
situation, quelqu'un qui se fait intimider parce qu'on sait que les groupes
criminalisés se servent de ça pour intimider les gens et prendre le contrôle du
trafic de stupéfiants dans leur établissement ou même d'autres activités
criminelles, donc une personne pourrait être menacée ou sous la pression
d'afficher les couleurs d'un groupe criminalisé dans son établissement. Donc,
ça va donner le... Ça enlève de la charge au citoyen corporatif ou citoyen d'avoir
à subir cette pression-là, de dire : Je n'ai pas le droit de tolérer ça,
sinon c'est moi qui va se ramasser avec l'amende qui va être prévue à la loi
pour ne pas qu'il y ait la pression supplémentaire du groupe de dire :
Non, non, tu l'affiches, je n'aurais pas besoin de le porter, tu vas
l'afficher. Ça fait que de «tolérer», c'est ça qu'on veut dire par tolérer
l'affichage.
• (11 h 50) •
M. Lafrenière : Merci
beaucoup, M. le directeur. Là, ça m'aide à comprendre ce que vous voulez dire
par effet oblique qui est un peu désagréable, c'est qu'un établissement qui
déjà vit de l'intimidation, du harcèlement, et tout, se ramasse avec trois
personnes douteuses dans son établissement qui ont des patchs, on pourrait
l'accuser d'avoir laissé affichées ces patchs-là.
M. Turcotte (Denis) : Exact.
M. Lafrenière : Parfait. Puis
ça, on va y travailler. On va revenir pour être sûr que l'intention du
législateur est bien comprise.
Je vais vous dire où on s'en va avec ça
aussi. On connaît tous, comme policiers puis comme citoyens qui vont dans des
festivals, le fameux camion Support 81. Ce qu'on veut mettre fin, c'est la
glorification de ces groupes criminels là en vendant des cochonneries à leur
effigie. Alors, c'est pour ça qu'on parlait d'exhiber. Et là, en passant, pour
les collègues, de la part d'un commerçant, la première infraction, c'est
3 000 $ puis de saisir ledit camion.
Ça fait que je comprends ce que vous ne
voulez, pas qu'il arrive et merci de le souligne. On va le regarder. Puis, notre
intention était vraiment de couvrir ceux qui veulent vendre ou faire la
promotion, alors je comprends ça. Merci.
Je vais changer... Non, ce n'est pas vrai,
je ne changerai pas, je vais rester là-dessus parce que vous avez ouvert la
porte pour l'intimidation chez les commerçants. C'est un dossier qu'on
travaille ensemble présentement, parce que des crimes contre les commerçants,
ça amène beaucoup... Déjà que, pour les commerçants, ce n'est pas simple puis
ce n'est pas facile, de rajouter ça, il faut qu'on agisse là-dedans. Le fait de
porter une patch, le fait... puis juste pour le bien-être de... de tout le
monde, là, juste nous expliquer comment ça fonctionne. En quoi le port d'un
écusson Support 81 ou toutes sortes de...
M. Lafrenière : ...le groupe
de ce type-là vient faire de l'intimidation ou vient mettre de la pression sur
le commerçant.
M. Turcotte (Denis) : Bien, de
commune compréhension populaire, les gens savent que les gens qui portent ce
genre de couleur là ou ce genre d'effigie là ont commis des crimes, que c'est
des criminels. Donc, de par cette connaissance-là, les gens n'ont pas besoin de
parler. Les membres des groupes criminalisés n'ont même pas besoin de parler.
Juste d'être présents sur place et porter l'effigie du groupe à laquelle ils
appartiennent, bien, ça fait une pression énorme sur, un, l'établissement, le
propriétaire, celui qui l'exploite puis les clients qui sont sur place.
Souvent, je me fais rencontrer par des
gens à des places parce qu'on est assez proactifs dans ça, mais avoir une loi
provinciale qui viendrait nous appuyer encore plus fermement pour intervenir
dans les endroits licenciés... les gens ne le diront jamais publiquement, mais
ils sont contents de nos interventions, ils sont contents qu'on intervienne
parce qu'ils disent : Ça... ils ont vraiment peur, dans le fond, on va
utiliser les mots, là, ils ont vraiment peur puis ils savent qu'il va y avoir
des représailles automatiques s'ils s'opposent à ça. Donc, en mettant ça dans
la loi, ça enlève cette chaleur-là aux citoyens puis ça enlève cette chaleur-là
aux exploitants puis aux propriétaires d'établissements.
M. Lafrenière : Et, selon
vous... Merci pour la réponse. Selon vous, qu'un policier ait cet outil-là,
c'est-à-dire qu'il puisse intervenir, émettre un constat, le premier qui serait
de 1 000 $, si la personne n'enlève pas... saisir la patch, puis, à
la limite, l'arrêter en vertu du CPP, selon vous, c'est le bon outil pour
amener un équilibre? Un. Et, deuxièmement, puis vous y avez répondu un petit
peu tantôt, mais, pour les gens qui se questionnaient, quand on en avait parlé
la première fois, souvent, dans les médias, les gens disaient : Bien, il a
juste à l'enlever, sa patch, puis ne plus la porter, mais on comprend très bien
que, dans le commerce, le fait de la porter, pour eux autres, ils n'ont pas
besoin de dire un mot comme vous avez dit, l'intimidation se fait par seulement
voir. Puis, en passant, je rentre dans un restaurant ou un commerce puis je
vois une personne avec une patch, ça fait tout sauf me rendre de bonne humeur
et en insécurité. Mais juste sur ces deux volets là, la pertinence de l'outil
avec une infraction, donc un constat au lieu d'aller au niveau du Code
criminel. Je veux juste voir les pour et les contre pour vous.
M. Turcotte (Denis) : Bien,
pour nous, c'est que... c'est une intervention immédiate. C'est que le geste
concret que les policiers vont poser face aux citoyens, c'est un geste concret,
ça ne passe pas par toute une lourdeur administrative puis par tout le système
judiciaire. C'est une action présentement. Oui, ça sera débattu à la cour s'il
y a lieu, si la personne plaide non coupable puis il va y avoir un procès
relativement à ça, mais, pour nous, la saisie de la patch en question et la
remise du constat d'infraction fait partie intégrante de la commission de
l'infraction et de la preuve aussi associée à ça. Donc, moi, pour moi, ça prend...
Le législateur nous dira la portée du règlement puis la portée de la loi, mais
moi je vois qu'il faut procéder à l'arrêt d'agir immédiatement puis c'est ce
qui va faire l'efficacité. Tandis que, si on fait... on remet un constat
d'infraction puis on n'arrête pas l'infraction, l'infraction se commet, donc le
sentiment d'insécurité demeure. L'intervention ne se fait pas puis la personne
continue à faire ce qu'elle avait à faire dans l'établissement.
Donc, pour moi, ça prend un arrêt
immédiat, sur le champ, mais on verra comment que vous me permettez d'appliquer
ça, parce que, quand la loi sera édictée, bien, c'est nous qui allons
l'appliquer.
M. Lafrenière : Absolument.
Changeons de sujet avant de laisser ma collègue qui avait une question pour vous.
Vous êtes, à moins que je ne me trompe, la seule sûreté municipale, la seule
ville au Québec où il y a déjà un règlement qui interdit d'avoir des
projectiles dans une manifestation. À tous les autres groupes, on a demandé si
ça serait bon pour eux. On va vérifier ça avec vous en disant : Vous
l'avez présentement, peut-être nous dire en quoi ça vous aide puis de quelle
façon ça pourrait aider les autres collègues au Québec.
M. Turcotte (Denis) : Vous
avez entendu, dans mon allocution, on a plus de 275 manifestations par
année sur le territoire. Donc, pour nous, oui, on a des dispositions sur la
réglementation municipale à ce sujet-là et on l'applique avec discernement et
jugement sur le terrain. C'est que ça fait en sorte que, oui, on a à gérer beaucoup
de manifestations, on a des bons liens avec les organisateurs aussi, des
manifestations, parce qu'ils connaissent la réglementation qu'on a sur le
territoire. Mais moi, je vois d'un très bon œil d'apporter ce règlement-là, qui
est à la ville de Québec, et à l'élargir de façon provinciale, justement pour
avoir une uniformité dans les pouvoirs policiers, pour prévenir que des gestes
malencontreux soient posés lors de manifestations. Parce qu'il faut se rappeler
qu'une manifestation, c'est un droit de s'exprimer qui est fondamental. Puis,
pour nous, ça veut dire police de la ville Québec. C'est très important que les
gens puissent se faire entendre sur la place publique, mais les casseurs et les
gens qui veulent venir mettre le trouble dans les manifestations, bien, qu'on
ait un pouvoir justement d'intervenir en amont pour ne pas qu'ils viennent
briser le pouvoir que les manifestants ont de se faire entendre. Quand ils
viennent faire de la casse puis qu'on fait des interventions au...
M. Turcotte (Denis) : ...moment
de la manifestation, bien, le but recherché par les manifestants est éteint, ce
n'est plus ça qui porte... que les médias reprennent. C'est seulement ce qui a
été cassé, ce qui a été brisé et non pas le message fondamental des gens qui
veulent se faire entendre. Donc, pour nous, c'est super important puis je pense
que, je l'ai dit tantôt, c'est de très bon oeil que ce soit étendu
provincialement et que l'ensemble des villes au Québec puissent avoir ce
pouvoir-là justement pour prévenir des gestes malencontreux. Puis ce n'est pas
des chasses aux sorcières, on en saisit des choses à Québec, ici, bien c'est un
ensemble de faits observable qui fait qu'on intervient. On ne fouille pas
systématiquement l'ensemble des manifestants, ce n'est pas comme ça qu'on
fonctionne. On observe, on a beaucoup de renseignements qui nous est portés à
notre attention et on fait des interventions, je vais dire, chirurgical. On
intervient où ce qu'on doit intervenir et il n'y a pas d'abus dans
l'application du règlement. C'est ce qui fait en sorte que ça se passe comme ça
se passe ici à Québec. Et, oui, je répète, je vois d'un très bon œil que
l'ensemble des services de police puisse avoir cet genre... ce genre de
réglementation là.
Une voix : ...
Le Président (M. Schneeberger) :
Oui. OK. Alors, député de Lotbinière-Frontenac.
Mme Lecours
(Lotbinière-Frontenac) : Merci. Bonjour. Moi, je voudrais savoir
comment vous percevez l'application de la disposition qui permettrait aux
policiers de partager des renseignements, les renseignements des auteurs
présumés de violence conjugale à un organisme.
M. Turcotte (Denis) : Bien, je
vais vous parler de ma situation au SPVQ. Pour nous, tous les dossiers de
violence conjugale, de façon systématique, l'ensemble des victimes sont
référées au CAVAC et les membres du CAVAC sont dans nos bureaux, sont à
l'intérieur de notre organisation et de façon systématique, elles sont référées
et les gens de la CAVAC entre en contact avec les victimes, mais libre à eux de
prendre les services du CAVAC et de toutes les ressources qui viennent par la
suite, ce n'est pas une obligation, mais nous, chaque dossier a un membre de
CAVAC qui rentre en contact avec chaque victime et ensuite de ça, bien, la
victime est souveraine dans sa décision d'avoir accès ou non aux services. Pour
moi, ce n'est pas un enjeu ici, à Québec.
Mme Lecours
(Lotbinière-Frontenac) : Pour ce qui est des auteurs de violence, par
exemple, comment vous voyez ça le référencement sans consentement?
M. Turcotte (Denis) : Bon, on
a parlé des victimes, maintenant parlons des suspects. Nous présentement, ici,
à la Ville de Québec, c'est qu'on a un programme de surveillance sur les
suspects de violence conjugale, donc ils sont suivis après la commission
d'infraction, il y a des policiers qui vont les visiter, ils s'assurent qu'ils
respectent leurs conditions, puis qu'ils leur disent qu'on les a à l'oeil puis
qu'on les suit. Donc, il y a un suivi qui est primordial avec la victime, mais
on le fait avec les suspects aussi. Mais ça, c'est les policiers qui le font.
Mme Lecours
(Lotbinière-Frontenac) : OK. Puis quand, par exemple, il y a une
intervention policière dans le cas d'un appel en violence conjugale, est-ce que
pour... Comment vous voyez ça, là, le partage des renseignements à un organisme
pour homme, par exemple?
M. Turcotte (Denis) : Ah! on
en a sur le territoire ici, là, le groupe d'aide aux personnes impulsives,
GAPI, qui est... qui est assez bien connu. Donc, pour nous, on voit ça d'un
très bon œil, on est favorable à ça, parce que, pour empêcher la récidive, il
faut que les personnes soient prises en charge aussi. Donc, c'est ce qu'on fait
avec notre programme de surveillance au niveau EVC, là, qui est financé en
partie, justement, par le ministère de la Sécurité publique. Donc, pour nous,
c'est un incontournable, là. Il faut travailler sur les deux facettes, là, de
la problématique.
• (12 heures) •
Mme Lecours
(Lotbinière-Frontenac) : Puis vous dites que vous faites du
référencement systématique pour les victimes.
M. Turcotte (Denis) : Oui.
Mme Lecours
(Lotbinière-Frontenac) : Ça, c'est en... quand il donne... la victime
donne son accord, c'est ça?
M. Turcotte (Denis) : Non.
Nous, le CAVAC rentre en contact avec l'ensemble des victimes, puis c'est la
victime qui choisit si elle veut avoir le service ou non.
Mme Lecours
(Lotbinière-Frontenac) : Parfait. Je n'ai pas d'autre question, merci.
Le Président (M. Schneeberger) :
Nous allons du côté du député de Portneuf. Quatre minutes.
M. Caron : Oui, bonjour.
Merci, M. le Président. Merci, je profite de l'occasion pour vous remercier,
hein, on passe sous silence bien souvent toutes vos interventions ou, en tout
cas, elles... on ne souligne pas l'efficacité et puis la présence que vous avez
ici. Donc, je voulais vous adresser mes remerciements.
Concernant justement l'interdiction de
manifester proche des résidences des élus. J'ai échangé avec certains collègues
qui avaient été victimes de situations de cette nature-là, c'est traumatisant
quand on le vit, quand on ne l'a pas vécu encore, et j'espère ne jamais le
vivre, ce n'est pas dérangeant, on pense que ce n'est pas dérangeant. Mais
justement, ville de Québec, il y a une forte concentration d'élus, hein?
Comment est-ce que... Comment est-ce que vous voyez ça?
M. Turcotte (Denis) : Bien,
moi, je suis favorable à ce projet de loi là, à cet angle du projet de loi là,
pour protéger nos institutions, hein? C'est fondamental...
12 h (version non révisée)
M. Turcotte (Denis) : ...que
les gens, vous, qui êtes... qui êtes élus par la population, que vous ayez
cette protection-là, puis je ne la trouve pas... je ne trouve pas ça exagéré
non plus. Puis, au niveau de l'application de ça, bien, nous, c'est notre pain
quotidien, avec l'Assemblée nationale qui est sur notre territoire. Donc, M. le
Président, je vois... je suis très favorable à ça puis je n'ai aucun enjeu.
M. Caron : Mais le 50 mètres
de proximité des résidences, on comprend que... Je parlais de concentration d'élus
qui habitent ici, ville de Québec. Pour vous, c'est facilement mis en place? C'est
facilement... on peut facilement mettre en place une protection nécessaire ou,
en tout cas, des interventions qui permettent d'éloigner d'un minimum de 50
mètres ou ça risque d'être compliqué? Parce que moi, je peux vous donner les
secteurs où il y a certains élus qui résident, c'est... ils sont proches l'un
de l'autre.
M. Turcotte (Denis) : On va
prendre la situation ici, à la ville de Québec. Vous le dites, il y a une bonne
concentration d'élus sur notre territoire, puis présentement ce n'est pas une
problématique, parce qu'une fois que ça arrive, c'est une fois de trop. Donc,
on... ça nous permettrait d'avoir l'outil justement pour que cette fois trop là
n'arrive pas. Mais ce n'est pas une problématique actuellement qui nous cause
un énorme problème sur le territoire, mais on a la capacité d'intervenir. Si
une situation comme ça, malheureuse, arriverait, bien, ça nous permettrait, justement,
que ça ne perdure pas dans le temps et que le traumatisme associé à ça, bien,
il soit amené à son minimum, là, pour... pour vous.
M. Caron : Puis le fait de...
Il reste combien de temps, M. le Président?
Le Président (M. Schneeberger) :
...
M. Caron : OK. Le fait de l'inscrire
comme ça dans une loi permettrait, donc, selon vous, aussi d'éviter certaines
intentions, hein, dès lors que les gens vont savoir que c'est interdit et que c'est
impossible. Donc, c'est un outil que vous accueillez, donc, je comprends,
favorablement.
M. Turcotte (Denis) : Bien, M.
le Président, ça nous aide à vous protéger, dans le fond, pour que vous
puissiez exécuter votre travail librement, sans aucune contrainte.
M. Caron : Bien, merci
beaucoup.
Le Président (M. Schneeberger) :
Oui. Il restait du temps. Ça va? Oui, M. le ministre, 50 secondes.
M. Lafrenière : Super. Merci
beaucoup. Merci de votre présence. Vous nous avez bien éclairés dans vos
réponses. Il y a un élément qu'on n'a pas parlé, c'est la mutualisation de
services. Puis je veux plus vous faire un énoncé, vous aurez le temps d'y
réfléchir, mais ce qu'on a en tête, c'est vraiment des services spécialisés.
Exemple, vous décideriez avec... Parce que vous êtes un grand service de
police. Vous me dites souvent, vous êtes un quatre et demie plus, plus. Avec
Lévis, vous pourriez décider ensemble d'avoir une division de fraude, de
combiner vos ressources, crime tech, des idées comme ça. Puis juste vous dire
ce qu'on a en arrière de la tête, parce que la criminalité évolue, ça coûte de
plus en plus cher, faire de la police, alors de combiner des ressources et non
pas d'amoindrir. On ne veut pas niveler vers le bas, on veut pousser vers le
haut. Et, si les sûretés municipales veulent travailler ensemble pour mettre
leurs ressources ensemble, parce que ça devient complexe et onéreux... c'est la...
c'est la vision qu'on a derrière la tête. Je voulais vous la partager ici.
M. Turcotte (Denis) : Merci.
M. Lafrenière : Mais, encore une
fois, merci à vous, merci à vos troupes.
M. Turcotte (Denis) : Merci
beaucoup de nous avoir invités. Très... Très apprécié.
Le Président (M. Schneeberger) :
Alors... côté de l'opposition officielle, et j'entends le député de Westmount—Saint-Louis
pour 10 min 24 s.
Mme Maccarone : Oui. Merci, M.
le Président. Merci à vous quatre pour votre témoignage puis votre présentation.
Pour prendre la balle au bond de ce que le
ministre vient de partager avec vous, il me semble que, si on poursuit avec
ceci, qui est une idée à explorer, ça ne prend pas une convention-cadre
standardisée? Comment voyez-vous la mise en œuvre de ceci? Parce que c'était un
élément qui était soulevé par le SPVM dans leur mémoire.
M. Turcotte (Denis) : Dans l'application
du projet de loi dans son ensemble que vous voulez dire?
Mme Maccarone : Non, je parle
de les ententes qu'on parle de les... le partage de divers services entre les
corps policiers.
M. Turcotte (Denis) : Bien,
dans un souci de maintenir la... l'expertise et de pouvoir la maintenir dans l'action
aussi, au-delà des formations, bien, moi, je vois ça d'un bon oeil, ce partage-là.
Mais il faut que ça soit un partage juste et équitable pour les payeurs de
taxes, là, des... chacune des municipalités.
Mme Maccarone : OK. Ça fait
qu'on a besoin d'avoir une convention-cadre pour s'assurer qu'il y a une
équité.
M. Turcotte (Denis) : Bien,
il restera aussi aux villes de l'appliquer et de voir s'ils participent ou non
et c'est économiquement viable et opérationnellement viable aussi.
Mme Maccarone : Parce que les
villes font face à beaucoup de difficultés en ce qui concerne les budgets. Ça
fait juste un an depuis que le maire Marchand a demandé à maintes reprises d'avoir
plus de budget provincial. On a donné 225 millions à Montréal, on a donné 20 000 $
à Laval, mais on n'en a pas donné à Québec. Puis il avait évoqué le 63,3
millions pour combattre la violence armée. Avez-vous tout ce qu'il vous faut
pour mettre en place ce projet de loi lors de son adoption?
M. Turcotte (Denis) : Bien,
les demandes sont toujours sur la table, là, les demandes du maire Marchand,
là, au niveau, là, du ministère, mais, comme je l'ai dit dans mon...
M. Turcotte (Denis) : ...aussi,
on fait face ici à des problématiques provinciales. Donc, moi, je vois ça d'un
bon oeil, aussi, que la contribution devienne provinciale pour l'ensemble de la
population de la province de Québec, parce que ce n'est pas une problématique
locale à laquelle... Moi, j'ai le mandat de répondre des problématiques dites
locales, le crime se déplace, le crime, il est fluide, le crime n'a plus de
frontières tant physiques que technologiques, donc c'est pour ça que j'amenais
le point, dans mon allocution, qu'il serait favorable, pour les problématiques
dites provinciales, d'avoir un soutien provincial.
Mme Maccarone : Puis, vous
l'évoquez aussi, que vous croyez, pour y parvenir, et je cite : Pour y
parvenir, un soutien en ressources humaines, financières, matérielles et
technologiques est incontournable.
M. Turcotte (Denis) : Exactement.
Mme Maccarone : OK. Le
message est passé. Pour revenir au registre. Vous demandez de prolonger la
période de diffusion des renseignements de 3 à 5 ans. Pourquoi?
M. Turcotte (Denis) :
Habituellement, les probations qui sont données aux délinquants, peu importe le
crime, est d'environ trois ans, donc c'est d'aller au-delà de la période de
probation donnée par les tribunaux, donc, c'est d'extensionner le suivi des
délinquants sexuels sur une plus longue période qu'une probation normale qui
est donnée par les tribunaux.
Mme Maccarone : OK. Parce que...
vous avez déjà entendu des questions, mais j'aimerais vous entendre en ce qui
concerne les risques des impacts négatifs de publiciser ces informations, au
niveau de la sécurité publique. On doit s'attendre à quoi?
M. Turcotte (Denis) : Au
niveau des risques associés à ça?
Mme Maccarone : Oui. Un
registre, c'est public, on l'a, maintenant, le public peut consulter. On peut
avoir un impact néfaste, n'est-ce pas? Puis...
M. Turcotte (Denis) : Je vais
vous dire comment que ça se passe dans ma tête. Moi, je vais protéger une
victime avant de protéger un agresseur sexuel. Je pense que vous avez ma
réponse.
Mme Maccarone : Bien non, ça
ne répond pas à ma question, parce que moi, ma question, c'est : Mettons,
on a un registre qui est maintenant public, puis là, on sait que, tu sais, on a
toujours un risque de dérive, parce que la population vont se dire : Mais
moi, je veux m'autoprotéger. On peut par... penser aussi, peut-être, avoir un
risque de baisse d'évaluation des résidences dans un secteur, parce que
maintenant, on sait où cette personne réside. Un risque d'avoir beaucoup
d'appels ou le vigilantisme des citoyens qui disent : Mais maintenant,
moi, là, je sais c'est où, puis je vais agir moi-même. Est-ce que vous avez ces
craintes-là? Et oui, si oui, qu'est-ce que vous pensez que vous pouvez faire
pour s'assurer que ce n'est pas le cas?
M. Turcotte (Denis) : Bien,
pour la province de Québec, moi, la vision que j'ai des choses, c'est que
présentement, que les gens aient accès à un registre comme ça, s'il y en a qui
veulent se faire justice eux-mêmes et qui s'attaquent à cet être humain là, là,
qui va... qui deviendrait une victime, même si c'est un agresseur à la base,
bien, nous, on va prendre le dossier, puis lui, il va devenir... cette
personne-là va devenir une victime, puis on va accoter le crime qui a été
commis envers cette personne-là, là. Ça, c'est... Aucun doute, là, dans notre
esprit, là. S'il devient une victime, qu'on va prendre charge et on va porter
des accusations à la personne qui aura agressé ou commis un crime envers cette
personne-là. Premier volet de votre question. Deuxième volet, au niveau de la
connaissance dans un quartier, de la perte de valeur foncière. C'est ce que
vous dites par rapport à ça, ou des gens qui feraient plus de vigilance, bien,
moi, j'aime mieux qu'ils sachent ça puis qu'on s'en occupe comme il faut, pour
ne pas qu'il y ait de débordements, justement, par rapport à ça. Moi, j'aime
mieux le savoir que me mettre la tête dans le sable et souhaiter qu'il ne
commetra pas un autre acte.
• (12 h 10) •
Mme Maccarone : Va engendrer
le besoin d'avoir plus de ressources, plus des gens sur le terrain pour être en
mesure de répondre à ces questions.
M. Turcotte (Denis) : Bien,
moi, je pense que c'est une problématique de sécurité publique. C'est mon rôle
de m'en occuper.
Mme Maccarone : Mais c'est un
problème de budget.
M. Turcotte (Denis) : Bien
là, c'est nous qui allons prioriser, au niveau du montant qui nous est alloué
pour faire notre travail, et on va prioriser les crimes contre la personne à
tout prix, tout le temps.
Mme Maccarone : OK. Vous
parlez aussi, dans votre mémoire, que le service de police local doit être intégré
au comité provincial. Explique pourquoi, et qu'est-ce qui arrive si ce n'est
pas le cas pour vous?
M. Turcotte (Denis) : Bien,
pourquoi? Donc, parce que localement, on connaît des choses, dans le cadre de
nos dossiers, qui ne seraient peut-être pas portés à la connaissance du comité.
Donc, en étant sur place, en faisant partie prenante pour ceux-là qui résident
sur le territoire du... du service de police desservi, d'apporter la plus-value
à la réflexion du comité pour qu'il prenne les meilleures décisions, à savoir
s'ils le rendent public ou non, ce dossier là de cette personne-là. Donc moi,
je vois une plus-value d'avoir l'information locale, ponctuelle pour les gens
qui résident sur le territoire du service de police locale.
Mme Maccarone : Et
l'immunité, aussi, qui soit étendue aux corps...
Mme Maccarone : ...police?
M. Turcotte (Denis) : Le
projet de loi prévoit l'immunité pour les membres du comité. Donc, si on
intègre un service de police de façon ponctuelle, bien, qu'il ait la même
immunité.
Mme Maccarone : Vous avez
beaucoup parlé des manifestations. Puis évidemment, la ville de Québec, on en a
en masse ici. J'ai l'impression que ça va plutôt bien, parce que vous agissez
bien, vous avez une mesure de contrôle déjà en place. Mais là, vous parlez
d'étendre les situations visées par l'article six des pouvoirs de fouille à
l'interception des véhicules, par exemple. Vous avez déjà entendu, j'ai posé la
question, quelle est la différence entre ceci puis le 636 qui est maintenant en
recours judiciaire. Comment voyez-vous la différence? Parce que, là, vous
parlez de quelque chose qui est plus large, on parle d'interception policière.
Comment voyez-vous la différence entre ces deux-là pour s'assurer qu'il n'y
aura pas un recours juridique contre vous, mettons, si le ministre décide
d'aller dans cette direction?
M. Turcotte (Denis) : Au
niveau du 636, juste pour faire... différencier les deux pouvoirs, 636, c'est
pour l'état de conduire de la personne, les vérifications mécaniques et savoir
s'il est en bonne et due forme au niveau du paiement de son permis de conduire
ou de l'immatriculation. 636, c'était prévu pour ça. Dans le cas qui nous
occupe présentement, c'est que si on a des motifs raisonnables et probables de
croire qu'une personne a des objets en sa possession et qu'elle se dirige vers
la manifestation, bien, c'est de pouvoir intercepter le véhicule et de procéder
à la saisie des objets préventivement, avant qu'il arrive sur les lieux. C'est
pour ça qu'on... ce serait apprécié que le pouvoir d'interception soit inclus
dans la réglementation.
Mme Maccarone : OK. Mais
je... je soulève quand même le bémol, parce que le but, évidemment, c'est
d'avoir quelque chose que nous pouvons vraiment appliquer. Et j'entends le
demande. Je ne suis pas contre, je trouve que c'est très lucide de dire qu'on
veut agir en amont, on parle de la prévention et non nécessairement la
répression. C'est juste que je partage une inquiétude de je ne sais pas
exactement comment le mettre en pièce législative pour s'assurer qu'on rejoigne
votre besoin, qui est valide, mais en s'assurant qu'on respecte aussi ce qui
est devant le tribunal. Parce que le jargon va être très important quand on
parle de ceci. Comme par exemple quand on parle, les protections des élus, le
50 mètres, est-ce qu'on a besoin d'avoir une précision? Parce que, là, je
vous ai entendu, les échanges avec le collègue, on parle des résidences, mais
ça n'indique pas comme, par exemple, résidence principale, secondaire. Est-ce
que ça, c'est quelque chose pour vous, mettons, si ce n'est pas modifié, est-ce
que vous, vous allez faire face à : Ah! bien non, mais ce n'est pas la
résidence principale, ça fait que je n'irai pas à Québec, moi, je n'habite pas
ici à temps plein? Ça fait que comment voyez-vous ça? Est-ce que ça, c'est une
précision nécessaire?
M. Turcotte (Denis) : Comme
vous l'avez mentionné, tout dépendant comment que le législateur va l'écrire,
bien, nos pouvoirs, nous, c'est de mettre en application la loi, le règlement.
Donc, si ça couvre un interprétation, si ça laisse place à l'interprétation,
bien, le tribunal tranchera sur notre interprétation. Mais il serait sage de
l'inclure directement, donc, ça évite les interprétations justement sur la
notion de résidence secondaire, entre autres, que vous venez de nommer.
Mme Maccarone : Est-ce qu'il
y a des éléments qui manquent dans ce projet de loi comme, par exemple, les
portes tournantes?
M. Turcotte (Denis) : Bien,
je l'ai parlé un peu, hein, dans mon allocution au ministère de la Santé pour
le partage d'informations. C'est sûr que ça va aider beaucoup, là. Ça va aider
énormément.
Mme Maccarone : Ça fait que
c'est... c'est peut-être un manque que nous avons. C'est un projet de loi
omnibus. Ça fait que quand c'est un omnibus, on touche plusieurs autres lois
qui seront modifiées. Ça fait que ce serait une occasion en or peut-être de
s'adresser cette préoccupation que vous avez puis vous donner ce que vous avez
besoin pour protéger les citoyens ainsi que les personnes concernées, eux
aussi, qui demandent d'avoir un accompagnement par les forces de l'ordre.
Le Président (M. Schneeberger) : ...alors,
nous allons du côté de la députée de Sherbrooke, pour un trois minutes
28 s.
Mme Labrie : Merci, M. le
Président. Je vais revenir sur votre suggestion que le service de police local
soit intégré au comité. Donc, je comprends de votre réponse à ma collègue que
vous parlez du service de police local où la personne avait commis un crime
avant de purger sa peine, pas nécessairement celui où il va aller s'établir
après?
M. Turcotte (Denis) : Bien,
c'est la preuve, la documentation, où est-ce que le crime a été commis. Ça,
c'est clair. Mais, si la personne va résider dans un autre ville, bien, l'autre
ville devrait faire partie aussi, là, l'autre service de police devrait faire
partie, parce que c'est l'autre ville qui va accueillir le délinquant sexuel
sur son territoire, donc. Mais les fondements de notre préoccupation, c'est que
c'est le service de police qui a porté l'accusation qui a tout l'ensemble de la
preuve au dossier qui devrait être intégré.
Mme Labrie : Parce
qu'autrement, s'ils ne sont pas intégrés, le comité n'aura pas accès à
l'ensemble de cette information...
M. Turcotte (Denis) : Mais il
pourrait avoir des informations...
M. Turcotte (Denis) : ...qui
pourraient ne pas être portés à la connaissance du comité.
Mme Labrie : OK. Mais, dans
votre esprit, c'est que c'est... parce que ça doit arriver souvent, quand même,
j'imagine, qu'après avoir purgé sa peine quelqu'un va s'établir dans une autre
municipalité que celle où il a commis le crime avant.
M. Turcotte (Denis) : En
effet.
Mme Labrie : Donc, dans votre
esprit, ce seraient les deux, c'est les deux services de police concernés.
M. Turcotte (Denis) : Oui,
mais, si on a un choix à faire, je vais le dire comme ça, si on a choix à
faire, c'est le service de police qui a porté les accusations.
Mme Labrie : Surtout pour le
contexte de criminalité avant, pas nécessairement... On pourrait avoir en tête
les... je ne sais pas, les ressources du service de police locale où la
personne va s'établir. Ce n'est pas vraiment ça, là, votre préoccupation.
M. Turcotte (Denis) : Non, ce
n'est pas ça.
Mme Labrie : OK. Sur le volet
des manifestations, puis tout ça, le... les dispositions à cet effet-là, je
comprends, dans le fond, que ce qui est proposé dans le projet de loi, c'est
déjà en vigueur à Québec, dans la réglementation municipale.
M. Turcotte (Denis) : ...effectivement.
Mme Labrie : Depuis quand,
longtemps?
Des voix : ...
M. Turcotte (Denis) : Oui,
excusez. Dominic est responsable de toute la surveillance du territoire, donc
il est plus au fait, mais je vous dirais qu'il a été revu récemment, il y a
moins de deux ans. Mais le règlement existe, là, depuis... je vous dirais,
entre cinq et 10 ans, facilement, là.
Mme Labrie : Puis est-ce que
vous, vous en faite, une analyse dans vos pratiques du profilage ou quoi que ce
soit? Parce qu'on ne se cachera pas que c'est ça, la crainte principale par
rapport à des dispositions comme celles-là. Dans les rapports qui existent au
SPVQ, est-ce qu'il y a des informations sur la façon dont c'est appliqué, ces
règles-là, puis est-ce qu'il y en... est-ce que ça s'est avéré, qu'il y en ait
ou pas, de profilage là-dessus? Je vous pose la question parce que vous
l'appliquez déjà.
M. Turcotte (Denis) : Non, ce
n'est pas... ce n'est pas du profilage qu'on fait. Nous, c'est une analyse de
faits, c'est une analyse de faits. Vous les... Comme je l'ai mentionné, on a
275, des fois 300 manifestations par année, M. le Président, sur notre
territoire. Donc, c'est... À chaque fois il y a des liens qui sont faits avec
les organisateurs et à chaque fois il y a des liens qui sont faits avec les
groupes de casseurs aussi, parce qu'on les connaît en grande partie. Donc, il y
a un travail de prévention avant avec ces gens-là pour les informer qu'on sait
ce qu'ils font et que la manifestation doit se faire de façon pacifique, s'ils
veulent être bien entendus.
Donc, pour nous, c'est une... c'est une récolte de
faits observables sur le terrain qui fait en sorte qu'à l'occasion, oui, on va
intervenir. Mais ce n'est pas des interventions systématiquement à toutes les
manifestations, parce qu'on fait justement une analyse de faits alentour de
l'organisation d'une manifestation. Donc, c'est vraiment du cas par cas.
Mme Labrie : Donc, c'est des
dispositions qui sont rarement utilisées.
M. Turcotte (Denis) : En
effet, pour le nombre de... de manifestations qu'on a, mais ça permet justement
qu'on n'ait pas à l'utiliser souvent.
Le Président (M. Schneeberger) : ...terminer
avec des petits des Îles-de-la-Madeleine pour deux minutes 38.
M. Arseneau : Merci, M. le
Président. Merci, messieurs, pour votre présentation, pour les suggestions que
vous avez faites. Tout d'abord, vous avez parlé de la continuité
jurisprudentielle pour justifier votre demande de passer de 3 à 5 ans. À
quelle jurisprudence faites-vous référence?
M. Turcotte (Denis) : Bien,
c'est les probations qui sont données comme sentences, en fin de sentence.
Habituellement, ça joue dans les... environs ça, 3 ans. Donc, c'est pour
aller plus loin que les jurisprudences qui sont... que les probations, je veux
dire, qui sont données par les tribunaux. C'est pour aller un peu plus loin
dans la surveillance.
• (12 h 20) •
M. Arseneau : Pour être en
adéquation. Est-ce qu'un tel registre... On nous l'a présenté comme étant un
outil de prévention pour les communautés. Est-ce que c'est un... un registre
comme celui-là devient utile pour les forces policières?
M. Turcotte (Denis) : Bien,
c'est... pour ne pas faire d'extra de vigilance. Ce n'est pas ça, le but
recherché, c'est que les... les gens sachent qu'il y a un récidiviste de haut
niveau dans leur secteur, ceux qui vont consulter le registre. On ne veut pas
que les gens se fassent justice eux-mêmes, mais d'avoir une vigilance que, si
un récidiviste, un multirécidiviste habite dans un secteur donné puis qu'il
habite à côté d'une école ou il habite à côté d'un parc, bien, si quelqu'un le
voir roder là, bien, il va savoir que lui, c'est une personne à haut risque de
récidive. Donc, il communiquera avec le service de police de juridiction et on
ira intervenir à ce niveau-là pour voir ce qu'il se passe.
M. Arseneau : On sait que ça
a déjà été appliqué dans d'autres juridictions à travers le Canada. Est-ce que
vous êtes en contact avec d'autres corps policiers qui ont vu cette mesure-là
appliquée et savoir si ça a modifié leurs pratiques ou leur lien... leur lien
avec la population qui était soumise à cette information-là ou qui avait accès
à cette information?
M. Turcotte (Denis) : Au
niveau du Service de police de la ville de Québec, on n'a pas fait d'études à
ce niveau-là.
M. Arseneau : Mais on parlait
tout à l'heure, là, d'avoir au sein du comité la police locale, mais également,
idéalement, le corps de police là où le délinquant sexuel à haut risque va
s'installer. Mais, pour les profanes comme moi, est-ce que le corps policier
est normalement informé qu'on a...
M. Arseneau : ...le registre
ou pas, de la présence d'un délinquant sexuel à haut risque qui viendrait
s'installer. Actuellement, à l'heure actuelle, est-ce que les corps policiers
sont informés?
M. Turcotte (Denis) : Bien, à
l'heure actuelle, il y en a un, registre, il n'est juste pas public.
M. Arseneau : C'est ça? Donc,
vous avez déjà accès à un registre, il s'agit de le rendre public.
M. Turcotte (Denis) : Oui.
M. Arseneau : D'accord. Les
modifications que vous proposez au règlement, est-ce que c'est tiré de votre
expérience ou c'est pour... le règlement, là, pour les manifestations, par
exemple, c'est tiré de l'expérience que vous vivez à Québec ou c'est des
éléments qui existent au règlement de Québec mais qui n'ont pas été inscrits
dans le règlement ici?
M. Turcotte (Denis) : C'est en
complémentarité, exactement.
M. Arseneau : D'accord. Merci
beaucoup.
Le Président (M. Schneeberger) : Bon.
OK, alors c'était plus court que je pensais. Alors, merci beaucoup à vous
quatre pour l'apport à la commission.
Alors, nous allons suspendre la commission
jusqu'après les avis touchant les travaux. Je vous souhaite un bon midi.
(Suspension de la séance à 12 h 22)
15 h 30 (version non révisée)
(Reprise à 15 h 45)
Le Président (M. Schneeberger) :
Alors, bon après-midi à tous. La Commission de l'aménagement du territoire
reprend ses travaux. Alors, nous sommes... après-midi, nous avons plusieurs
groupes et le premier est en visioconférence. Alors, nous recevons l'Association
des directeurs de police du Québec. Bonjour à vous deux. Je vais vous demander
de vous présenter et, par la suite, celui qui va présenter le mémoire et de
continuer directement.
M. Vallières (Thierry) : Oui,
bonjour. En fait, mon nom est Thierry Vallières. Je suis directeur du Service
de police de la ville de Saint-Eustache et président de l'Association des
directeurs de police du Québec. Je suis en compagnie de mon directeur général
de l'Association des directeurs de police du Québec, M. Didier Deramond.
Le Président (M. Schneeberger) :
Alors, vous pouvez poursuivre, oui.
M. Vallières (Thierry) : Parfait.
Alors, M. le Président, M. le ministre, distingués membres de la commission,
bonjour. Donc, comme je vous l'ai dit, mon nom est Thierry Vallières, président
de l'Association des directeurs de police du Québec. Je suis arrivé en poste en
décembre dernier, accompagné de M. de Deramond, directeur général de l'ADPQ.
M. le Président, d'entrée de jeu, nous
tenons à souligner que notre association et les corps de police qu'elle
représente soutient l'adoption du projet de loi visant à favoriser la sécurité
et le sentiment de sécurité de la population. Nous saluons principalement le
fait qu'il met l'accent sur les droits des victimes et fait en sorte que les
citoyens ne se sentent plus intimidés par des criminels dans l'espace public, dans
certaines situations. Pour autant, ce projet de loi renferme des enjeux clés
qui pointent à l'horizon pour les services de policiers, et c'est précisément
ce que nous désirons aborder avec vous aujourd'hui. C'est le cas de l'article 9
du chapitre I, c'est-à-dire la Loi sur la divulgation publique de
renseignements concernant certains délinquants sexuels à risque élevé de
récidive. Dès...
M. Vallières (Thierry) : ...le
régime de divulgation semble établir une distinction entre des délinquants
sexuels à risque élevé de récidive ayant purgé entièrement leur peine
d'emprisonnement et ceux l'ayant purgée partiellement. Comme on le souligne
dans notre mémoire, doit-on en comprendre que les délinquants qui sont libérés
avant la fin de leur peine d'emprisonnement, par exemple, aux deux tiers,
seraient soustraits de l'application du régime de divulgation? Cette
clarification nous semble fondamentale, tant pour l'application de cet article
que pour la sécurité et le sentiment de sécurité de la population ainsi que sa
confiance envers le système judiciaire.
Toujours dans le chapitre premier, nous
souhaitons attirer votre attention sur l'article 23, qui est aussi à la page 9
de notre mémoire, quant à la délicate question de l'immunité. M. le Président,
nous savons tous que la circulation des informations entre les services
correctionnels et l'ensemble des corps de police est au cœur du bon
fonctionnement du travail policier et de la réalisation de notre mission. En
l'occurrence, puisque ce sont tous des corps de police qui sont touchés par ce
sujet, nous proposons que l'immunité accordée par l'article 23 ait la même
portée.
Comme nous le soulignons dans notre
mémoire, à la page 9 et suivante pris dans sa globalité, la Loi sur la
divulgation publique de renseignements concernant certains délinquants sexuels
à risque élevé de récidive pose de nombreux défis et enjeux en matière de
sécurité publique. Cela va de la stigmatisation aux enjeux légaux, en passant
par le vigilantisme et le faux sentiment de sécurité. Il nous apparaît clair
que la façon la plus appropriée d'aplanir ces difficultés est de créer un
guichet unique de collecte et de diffusion d'informations, un peu à la manière
du fonctionnement du programme de bracelets antirapprochement. En conséquence
l'information dans un tel budget unique plutôt que de la disperser dans toutes
les organisations policières, il sera plus simple d'assurer le suivi des
dossiers des délinquants, d'uniformiser les procédures, et donc, de voir à la
sécurité et au le sentiment de sécurité des victimes et de leur entourage. Sans
compter que l'uniformisation pourrait réduire le nombre d'heures dans le
traitement des dossiers et donc un risque de poursuite.
Si vous le voulez bien, M. le Président,
nous allons passer au chapitre II du projet de loi n° 13, soit la Loi
visant à favoriser la paix, l'ordre et la sécurité publique au Québec. Sur ce
point, il y a différents enjeux qui sont traités dans notre mémoire, mais il y
en a un sur lequel nous voulons insister aujourd'hui : l'utilisation du
terme «entité à dessein criminel». En fait, qui sont ces entités? Des gangs de
rue qui ne sont pas à proprement parler des entités, des organisations
d'extrême droite ou d'extrême gauche qui sont plus des mouvements idéologiques
que des entités à dessein criminel, bien qu'ils puissent tout de même commettre
parfois des actes criminels? M. le Président, il ne s'agit pas pour nous de
tenir un débat sémantique, mais bien de mettre en relief le flou inhérent à une
expression qui diverge largement de ce qui a été reconnu dans le Code criminel,
la jurisprudence, et dans de multiples causes. L'expression «organisation
criminelle» a largement fait sa place dans le système judiciaire. Nous croyons
qu'il faut éviter d'ouvrir toutes grandes les portes à des contestations judiciaires
basées sur des divergences de ce que signifie une expression qui fait tout à
coup son apparition dans le paysage judiciaire.
• (15 h 50) •
M. le Président, nous passons maintenant
au chapitre III, c'est-à-dire les dispositions en matière policière, Loi sur la
police. La mutualisation des services est un principe auquel l'ADPQ souscrit
d'emblée. Il est vrai que cette perspective ouvre toutes grandes les portes à
des économies d'échelle et à toutes sortes d'opportunités intéressantes comme
l'optimisation des ressources, une meilleure couverture opérationnelle ou un
renforcement de la capacité d'intervention, mais je ne surprendrai personne si
j'ajoute que des défis opérationnels vont forcément de pair. Et je dis
«forcément», car les disparités entre les organisations policières vont
nécessairement avoir un effet sur la gestion des priorités, le partage des
responsabilités en cas d'incident ou encore l'harmonisation des pratiques et
des protocoles d'intervention. Comme on le souligne dans notre mémoire, il ne
faudra pas exclure que le contenu des conventions collectives, toutes
différentes d'un corps de police à l'autre, dois-je le rappeler, saura
s'ajouter à la liste des enjeux.
En l'espèce, si nous saluons la
réorganisation de la gestion des services policiers au Québec par le partage
des ressources, tel que proposé, nous mettons également en relief que la
mutualisation proposée vient encadrer une certaine réalité déjà présente dans
les corps de police sur une base volontaire...
M. Vallières (Thierry) : ...et
de gré à gré. Cet encadrement administratif formel se traduira par des enjeux
budgétaires. Les questions sensibles de relations de travail sont un facteur
important quand il est question de mutualisation et des enjeux de
responsabilité et d'imputabilité pourraient bien surgir. Notons aussi que
mutualiser les services sans toucher au niveau de service risque de s'avérer
complexe.
Nous allons terminer cette présentation
par le chapitre quatre de la Loi sur l'accès aux documents des organismes
publics et sur la protection des renseignements personnels. M. le Président, le
chapitre quatre qui nous est proposé, c'est le fondement même de notre travail,
protéger la vie humaine. Quand je lis tout ce qui est proposé, je me dis qu'il
y a des femmes et des groupes qui viennent à la défense des victimes qui vont
applaudir cette volonté claire de mieux protéger les femmes, c'est-à-dire la
majorité des victimes. C'est pourquoi nous souhaitons ardemment apporter notre
contribution au renforcement de leur protection.
Ainsi, dans un souci d'un meilleur
traitement des dossiers, nous croyons que des guides de pratique devront voir
le jour afin que les organisations policières puissent standardiser le contenu
des rapports d'événements, revoir les systèmes de gestion des dossiers et
assurer la mise sur pied des mécanismes de transmission sécurisés. Dans le même
ordre d'idée, des critères décisionnels harmonisés entre corps de police et
partenaires, ainsi que la formation du personnel, de part et d'autre, viendront
compléter le tableau.
En terminant, nous sommes tout à fait
d'accord avec ce projet de loi et croyons qu'il atteint son objectif de
favoriser la sécurité et le sentiment de sécurité de la population. Nous
souhaitons seulement un maximum de standardisation et d'encadrement clair afin
que toute la population ait la même sécurité et que cette sécurité ne soit pas
soumise à des règles arbitraires. Voilà qui complète notre présentation, M. le
Président. Je vous remercie, ainsi que tous les membres de la commission de
votre attention. Nous sommes prêts à répondre aux questions.
Le Président (M. Schneeberger) :
Alors, merci, M. Vallières pour votre présentation. Nous débutons une période
d'échange avec M. le ministre pour un temps de 16 minutes 30 maximum.
M. Lafrenière : Oui, merci
beaucoup à vous deux. M. Vallière, M. Deramond, bonjour. Merci d'être avec nous
aujourd'hui. J'ai quelques questions pour vous. Je vais commencer avec le
registre. Vous avez mentionné, M. Vallières, que vous ne vouliez pas qu'on
éparpille les ressources. Puis je comprends, dans l'ensemble de votre
présentation aujourd'hui, vous nous demandez d'avoir une standardisation des
façons d'agir.
Dans ce qu'on présente dans notre projet
de loi, dans le PL 13, on dit qu'il y a cinq membres qui vont faire partie de
ce comité et que le secrétariat va être assuré par la Sûreté du Québec,
justement dans un but d'assurer un standard... Et, comme vous avez mentionné,
de ne pas aller à gauche, à droite. Cependant, plus tôt aujourd'hui, on a des
services policiers qui sont venus nous voir, qui nous ont demandé aussi de
penser à ajouter un sixième ou un septième membre invité, que ce soit la Sûreté
municipale, qui a fait l'enquête au début, ou le corps de police qui va accueillir
le délinquant. Vous comprenez la personne qui va déménager, qui déciderait
d'aller à Québec, alors que les accusations ont été portées à Montréal, par
exemple. Ils nous ont demandé de prévoir d'ajouter des membres invités au
comité qui va s'assurer de prendre cette décision-là.
Alors, je veux vous entendre là-dessus,
puis j'entends votre besoin de standardiser. Mais j'ai entendu aussi les
services de police ce matin nous demander que les sûretés municipales soient
aussi dans le bateau, qu'ils soient aussi... qu'ils fassent aussi partie du
comité, mais de façon comme invitée, si vous voulez. Je veux vous entendre
là-dessus.
M. Vallières (Thierry) : Oui,
en fait, on est... je veux dire, on n'est pas... On ne s'oppose pas non plus à
ce que certaines organisations policières puissent participer aux différents
travaux et à différentes étapes en fonction ou au niveau du comité, mais on
considère que les capacités des organisations policières à pouvoir manœuvrer
là-dedans puis être présentes au moment opportun ou à travers différents autres
comités risquent de causer une certaine disparité dans les organisations. Donc,
on peut peut-être standardiser avec d'autres partenaires qui pourraient être
présents, mais... mais pour nous, on considère que justement il faut que
l'information soit... soit centralisée au même endroit.
Est-ce qu'on peut demander à chacune des
organisations leur... leur point de vue par des contacts, par des échanges?
Oui, ça, certainement, ça va toujours être un plus. De toute façon, il va
falloir qu'on fournisse l'ensemble des informations pareilles. Ça fait que oui,
ça pourrait être un plus. Mais est-ce que c'est être un membre à part entière
d'un comité, là, à ce moment-là, on n'a rien contre, mais pour nous, ça... ça
pourrait causer certains... certains ennuis ou certaines problématiques pour
certaines organisations.
M. Lafrenière : OK, mais ce
n'est pas du tout notre volonté, là, de toute façon, on parle d'une volumétrie
de 100, 125 cas par année. On parle de ramener ça vers la Sûreté du Québec
avec un comité qui est permanent. Mais ce que les collègues nous ont dit ce
matin, c'est qu'ils voulaient être invités, que ce ne soit pas uniquement la
Sûreté du Québec qui parle au nom de tous les policiers au Québec, mais quand
il y a une autre sûreté municipale qui a mené les accusations, qu'ils puissent
être invités...
M. Lafrenière : ...ça fait que
je veux vous rassurer là-dessus.
L'autre point que vous avez amené tantôt,
vous avez amené le point sur les entités à dessein criminel. Ça, je comprends,
on l'a entendu aussi ce matin, je pense qu'il y a eu des échanges aussi avec le
ministère pour... pour expliquer cette vision-là. Mais je veux vous rassurer
aussi, parce que le... au final, l'entité qui va devoir regarder la liste et la
populer, si vous voulez, avec, quels sont les groupes, les entités à dessein
criminel, ce sera le SRCQ. Alors, je veux vous... je veux vous entendre là-dessus.
Est-ce que vous croyez que c'est la bonne solution?
M. Vallières (Thierry) : Oui,
tout à fait. En fait, si, effectivement, c'est centralisé au niveau du SRCQ,
pour nous, c'est... c'est un... c'est un gain. En fait, là-dessus, on trouve
que c'est optimal. Nous, en fait, ce n'est pas tant qu'on a une problématique
avec «dessein criminel», c'est qu'on n'a pas de définition actuellement pour
nous dire qu'est-ce qui rentre exactement dans cette... dans cette
définition-là d'un dessein criminel. Ça fait que, donc, on se rabat sur ce qui
existe déjà en jurisprudence et dans le droit présentement, avec «organisation
criminelle». Cela étant dit, si une définition claire accompagnait ce que
c'était, bien, à ce moment-là, on l'apprécierait puis on verrait... on verrait
la valeur ajoutée, à ce moment-là.
M. Lafrenière : Parfait, merci.
Effectivement, ça peut aider. Puis je vous dirais qu'on s'est inspirés du terme
«entité», qui existe déjà, au niveau «entité terroriste». On parle de
personnes, de groupes, de fiducies, de sociétés de personnes ou de fonds,
d'organisations ou associations non dotées d'une personnalité morale. Alors, on
verra ce que vous nous demandez, d'avoir une définition claire, mais je vous
rassure en vous disant que ça existe déjà dans le corpus, mais c'était vraiment
«entité terroriste». Là, on verra pour l'ajuster, puis que ce soit clair aussi,
si on comprend votre demande, c'est bien ça?
M. Vallières (Thierry) : Oui,
exactement.
M. Lafrenière : Super. Pour
ce qui est de la mutualisation... Excusez, M. le Président, ça fait un petit
peu du ping-pong, là, mais ça nous... je pense qu'avec la journée qui avance on
a eu beaucoup d'informations, ça fait que là, ça nous permet de vérifier avec
vous, messieurs, là, certains points qu'on a entendus. Mutualisation, je vous
ai entendus quand vous dites les problématiques d'ajustements de conventions
collectives, de relations de travail, et tout, mais, un, dans notre volonté, il
n'y a pas de mur-à-mur, il y a... c'est du cas par cas, hein, c'est selon
les... les volontés. Puis je vais vous rappeler ce que j'ai dit plus tôt
aujourd'hui. J'ai donné l'exemple de Crim-Tech, je pourrais regarder identité
judiciaire... certaines spécialités comme ça. Puis j'ai aussi parlé de la
couronne nord, que vous connaissez un petit peu, c'est dans votre coin. Alors,
deux sûretés municipales pourraient décider de se mutualiser pour certains
services.
Mais je pense que je l'ai dit clairement à
des collègues qui étaient présents ici ce matin, notre but, ce n'est pas de
baisser le niveau, de niveler vers le bas, au contraire. Moi, je regarde la
criminalité qui augmente, je regarde une certaine criminalité spécifique, qui
est extrêmement difficile de, même, garder les aptitudes. Je vous donne un
exemple, crimes technologiques les fraudes. Est-ce que certaines entités
pourraient se mettre ensemble pour dire : On va partager nos ressources, parce
que ça devient difficile? Je voulais... je prends la peine de vous le dire, parce
que je veux que ce soit très clair, notre volonté est de permettre à des
sûretés municipales de se mutualiser, parce que, vous l'avez dit, hein...
Moi, j'ai connu Mirabel, où on échangeait
des services avec Blainville, ça se faisait, en bon français, sur la babine.
Mais ce qui n'est pas clair... finir par... finit par se salir un peu. Puis,
effectivement, ce que des collègues ont dit ce matin, c'est : Est-ce qu'il
y en a qui vont être perdants? Est-ce qu'une municipalité, une SM qui a décidé
de joindre la mutualisation, si ce n'est... ce n'est pas clairement établi,
finalement, va se retrouver à travailler majoritairement dans l'autre
municipalité? Ça prend un équilibre, ça, on le comprend. C'est pour ça que
chacun des dossiers va devoir être soumis au ministre, ça va être par cas par
cas, et ce n'est pas une volonté d'aller mur à mur, je veux vous rassurer.
• (16 heures) •
Je vais vous sortir de votre chaise deux
secondes, parce que je vais rajouter un autre élément, c'est-à-dire la
régionalisation policière pour les cas de corps de police autochtones. Je vois
dans votre... je sais que vous allez laisser parler l'Association des
directeurs de police autochtones, mais comme on le fait déjà du côté des
services de police allochtones, la régie de police, la régionalisation, comment
vous voyez ça? C'est... est-ce que vous voyez qu'il y a des avantages à faire
ça?
M. Vallières (Thierry) : Bien,
il y en a sûrement, des avantages à pouvoir le faire. Je crois que les... les
défis vont quand même être assez... assez élevés, parce que je ne suis pas sûr
qu'ils ont... ils ont tous, même... deux... deux communautés une à côté de
l'autre n'ont peut-être pas nécessairement les mêmes niveaux de services.
Peut-être que... ça devrait passer peut-être par une forme d'établissement de
niveaux de services aussi, au niveau des associations des corps de police
autochtones, pour, au moins, standardiser un peu le travail, déjà, à la base.
Peut-être que ça aiderait, mais je pense que les défis pourraient être un petit
peu plus élevés. Cela étant dit, on n'a aucune problématique non plus avec la
régionalisation ou les projets de regroupements de ce côté-là.
M. Lafrenière : Merci
beaucoup, M. le Président. Je laisserais la place à ma collègue de Lotbinière-Frontenac.
Le Président (M. Schneeberger) :
Alors, Mme la députée de Lotbinière-Frontenac, c'est à vous.
Mme Lecours
(Lotbinière-Frontenac) : Bonjour. Merci. Je me demandais :
Comment vous voyez ça, vous, l'ajout de la disposition permettant la
communication, aux personnes victimes, des... aux personnes victimes, des
conditions de remise en liberté...
16 h (version non révisée)
Mme Lecours
(Lotbinière-Frontenac) : ...liberté d'un suspect libéré avant sa... sa
comparution?
M. Vallières (Thierry) : Oui,
en fait, nous, on est tout à fait pour cette disposition-là. De mémoire, là, je
crois que c'est écrit «peut transmettre les informations», nous, on aimerait
que ce soit... ce soit plus standardisé, que ce soit plus clair, pour éviter qu'on
décide, oui ou non, si on le fait. Mais on est pour cette... cette divulgation-là
auprès des victimes.
Mme Lecours
(Lotbinière-Frontenac) : OK. Puis pour ce qui est de... pour ce qui
est de la disposition qui va permettre aux policiers de partager les
renseignements des auteurs présumés de violence conjugale à un organisme
présumé, bien, les maisons, le Regroupement des maisons pour femmes victimes de
violence conjugale, nous disent que c'est à... à géométrie variable, bien, pour
les victimes que je veux dire, excusez-moi... La référence des victimes, c'est
à géométrie variable selon les corps policiers. Donc, comment vous verriez ça,
vous, la référence des victimes?
M. Vallières (Thierry) : Oui,
en fait, la problématique qu'on a actuellement, c'est que c'est selon la
volonté de la victime de vouloir qu'on transmettre les informations du côté des
maisons ou des centres qui leur viennent en aide, ça fait que... Donc, c'est
pour ça que ça pourrait être à géométrie variable, mais dans l'ensemble, en
fait, tous les corps de police demandent la permission de transférer les
informations, puis on transfère des informations de base, effectivement, donc,
il y a probablement des éléments supplémentaires qu'on pourrait transférer. Ça
fait que, nous, c'est important que le projet de loi, en fait, que la loi soit
claire là-dessus aussi sur les informations qu'on peut transmettre et qu'on les
transmette en l'absence du consentement de la victime aussi. Ça, c'est un plus
pour nous autres.
Mme Lecours
(Lotbinière-Frontenac) : OK. Parfait. Merci beaucoup.
Une voix : D'autres questions?
Le Président (M. Schneeberger) : M.
le ministre.
M. Lafrenière : ...M. le
Président.
Je vous écoute, M. Vallières, puis
vous demandez des éclaircissements, des conditions plus claires dans le mur à mur
et tout, je vous dirais, dans notre approche, quand vous avez dit «peut» au
lieu de «doit», on voulait laisser de la flexibilité aux organisations
policières de mettre en place eux-mêmes leurs pratiques policières, l'AMF. Je
vous entends aujourd'hui, j'entends que vous voulez un peu plus de clarté puis peut-être
une approche mur à mur. Est-ce que je comprends ça? Je vais vous dire, je vous
entends bien, mais j'en suis surpris.
M. Vallières (Thierry) : Oui,
en fait, c'est qu'on veut que ce soit le plus standardisé possible, donc,
éviter que ce soit laissé à la... Bien, on a un pouvoir discrétionnaire qui est
quand même assez majeur, mais on ne voudrait pas qu'il y ait un incident non
plus malheureux sur une interprétation faite au niveau d'une victime, de savoir
si on aurait dû ou non transmettre l'information. Alors que, pour nous autres, si
c'est «peut transmettre l'information», donc, on a le pouvoir discrétionnaire
de le faire ou non... mais on voudrait que ce soit très clair qu'on doit
transmettre. C'est une victime, donc, on devrait pouvoir transmettre les
informations pour... concernant la libération ou les accusations qui sont
déposées contre l'agresseur.
M. Lafrenière : Parce qu'on
s'entend entre nous que les conditions police de libération, lorsqu'on libère
une personne avec ce qu'on appelle les conditions police, il y a plusieurs
policiers qui le faisaient déjà, mais là, ce qu'on vient faire, c'est de le
normaliser justement pour ne pas qu'il y ait d'accusations, ou que ça se
retourne contre les policiers. Ça fait que le but étant de le légitimer, mais
on sait très bien que ça se faisait dans beaucoup de cas, là. Lorsque la
personne était libérée avec des conditions police, on parlait à la victime.
OK. Je vous ai entendus là-dessus, il nous
reste combien de temps, M. le Président? Parce que le temps est l'enjeu majeur
ici.
Le Président (M. Schneeberger) :
Oui, quatre minutes.
M. Lafrenière : Pour les
minutes qui nous restent, j'aimerais ça, parce qu'on n'a pas parlé du tout, du
tout de la guerre contre les groupes criminalisés, en tout cas, peu. Puis j'aimerais
vous entendre, je sais que vous êtes deux personnes d'expérience qui connaissez
bien la lutte aux motards criminalisés. Alors, selon vous, parce que le but du
projet de loi, puis on en parle beaucoup avec les collègues des oppositions, l'importance
d'aider les commerçants, entre autres, face à l'intimidation qui vivent, à l'extorsion,
j'aimerais vous entendre là-dessus pour notre... notre vision, pardon, d'aller agir
sur les gens qui portent une effigie, qui vendent, qui exposent au public, donc,
qui s'affichent dans un groupe criminalisé. Puis on sait pourquoi... on l'a
bien appris ce matin, comment ils ont obtenu ces patchs-là, c'est parce qu'ils
ont fait un crime... Alors de voir à quel point ça peut avoir un impact. Et
nous, ce qu'on met dans notre projet de loi, c'est une amende qui commence à 1 000 $.
Puis, vous savez que le Code de procédure pénale, on peut saisir, puis finir
par arrêter.
Alors, vous, là, dans l'application au quotidien
pour les services de police que vous représentez, ça veut dire quoi, pour vous,
comme outil?
M. Vallières (Thierry) : Bien,
nous, en fait, c'est un excellent outil. C'est... c'est pour ça qu'on l'a peu
abordé...
M. Vallières (Thierry) :
...dans notre présentation. Par contre, on en parle dans notre mémoire, mais
nous, c'est un levier important pour lequel on apprécie avoir ce pouvoir-là.
Notamment, ce qu'on va mentionner, ce qui est peut-être un petit peu moins
clair, c'est juste qu'où on a cette portée-là, par exemple tout ce qui est les
réseaux sociaux, tout ce qui est la publicité en ligne ou ce genre de choses
là. Tu sais, nous, on veut aussi qu'éventuellement, peut-être que ces choses-là
soient adressées, mais, tu sais, pour nous autres, c'est clair que l'affichage
public, c'est un gros gain qu'on a là-dessus puis on apprécie ça.
Évidemment, il y a toujours... vous le
savez, là, il y a des notions, vous êtes habitués aussi, il y a des notions
d'intervention. C'est sûr que, dans un regroupement de plusieurs personnes, on
va s'assurer qu'on ne perdra pas le contrôle de l'événement. Mais dans des
événements plus isolés, avec des personnes qui s'affichent, on va faire notre
travail puis ça va nous faire plaisir de faire le travail.
M. Lafrenière : Parfait.
Bien, vous avez raison, ça va être un enjeu opérationnel, on va se le dire, là.
Si on a une entité X qui héberge son site Y dans un pays Z, on sait très bien
qu'on ne réglera pas ça avec peu importe ce qu'on va mettre en place ici,
aujourd'hui. On est bien conscients, mais c'est un premier pas qu'on voulait...
qu'on voulait faire.
Merci pour votre réponse là-dessus puis,
en passant, je pense que nos équipes vont continuer de se parler. Quand vous
avez parlé de «peut» versus «doit», quand on regardait dans le projet de loi,
c'était au niveau du comité. Le comité qui a été mis en place, qui peut, qui
peut contacter la personne condamnée, qui arrive à la fin de sa sentence. Ce
n'est pas une obligation. Alors, pour nous... puis on privilégiait la victime
dans tout ça pour qu'elle soit contactée et qu'elle soit rassurée.
L'autre point que je veux revenir...
J'ai-tu encore quelques secondes, M. le Président?
Le Président (M. Schneeberger) :
Presque que deux minutes.
M. Lafrenière : Wow! Pour
tout ce qui s'appelle du registre, je veux vous rassurer, puis, pour l'ensemble
des gens qui sont avec nous aujourd'hui, oui, aujourd'hui, ce qu'on veut
faire... on travaille avec les oppositions pour avoir le meilleur projet de loi
possible, mais, pour la mise en place, on est conscients que ça va prendre du
temps et que ça va prendre des ajustements. On va avoir des choses à mettre en
place. Et là, de ce volet-là, on va y aller de façon réglementaire.
Alors, pour l'Association des chefs de
police que vous représentez, eux, ça va leur demander de s'ajuster par la suite
pour voir comment on donne suite, comment on met ça en place. Mais, oui, on va
envoyer le message que ça va exister selon ce qu'on aura décidé comme Assemblée
nationale ici. Mais, au final, on sait que, de façon réglementaire, par la
suite, il va y avoir beaucoup de petits détails puis qu'on ait comblé votre
besoin d'aller avec plus de détails pour le standardiser. Mais, je le répète,
notre vision... on veut aussi laisser place aux organisations policières dans
leur réalité qui sont parfois différentes.
M. Vallières (Thierry) : Merci
bien, c'est bien entendu, effectivement.
M. Lafrenière : Merci à vous
deux. Merci de votre aide aujourd'hui. Je ne sais pas s'il y avait des
collègues de la banquette ministérielle qui avaient des détails, sinon je
laisserais le temps à ma collègue.
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
nous allons voir du côté de l'opposition officielle, et j'entends la députée de
Westmount—Saint-Louis.
Mme Maccarone : Merci, M. le
Président. Bonjour à vous deux. Merci beaucoup pour votre témoignage puis pour
votre mémoire, qui est très étoffé et très clair. J'aime ça. Merci beaucoup. Ça
nous aide, je pense, collectivement à comprendre vos orientations. Ça fait que
je saute tout de suite dedans.
• (16 h 10) •
Moi aussi j'avais les questions en ce qui
concerne l'article neuf, puis on parle des deux tiers de la peine au lieu d'une
peine entière. Je comprends que ça se peut que c'est complexe parce que ça se
voit qu'on... ça se peut qu'on a des détenus qui sont libérés avant la fin de
leur peine puis il y a une réinsertion dans la société, mais n'avons-nous pas
une solution pour ça, pour s'assurer que... on veut protéger les victimes.
Est-ce qu'il y a un vrai problème, selon vous, si on dit que le deux tiers, peu
importe, mais que ces personnes vont faire partie d'un registre, peu importe où
ils sont rendus dans leur peine?
M. Vallières (Thierry) : Bien
là, c'est... Vous vous adressez à moi, oui ? C'est ça?
Mme Maccarone : Peu importe.
M. Vallières (Thierry) : Ou au
ministre? C'est ça, je ne suis pas sûr.
Mme Maccarone : À vous. Non,
non, je ne parle pas... C'est nous, on a un échange. Nous, on jase, là.
M. Vallières (Thierry) : OK,
parfait. C'est bon, merci. Pardonnez-moi. Pardonnez-moi. Bien, en fait c'est un
peu ça, c'est que ce n'est pas... le criminel, le... Et ce qu'on mentionne ici,
là, c'est vraiment... puis le ministre l'a mentionné, tu sais, on parle de 100,
125 personnes sur le registre de ce type de criminel là. Il n'est pas
moins dangereux s'il a uniquement fait le deux tiers de sa peine puis qu'il est
amené à l'extérieur. Ça fait que, donc, il est aussi dangereux. Donc, nous...
pour nous, là, c'est important qu'il y ait pas nécessairement de... je ne sais
pas... dans le «fine-tuning», dans le «day-to-day», parce que ça devient un
enjeu de gestion au niveau des services correctionnels, au niveau des organisations
policières. Mais, pour nous, face aux victimes, on lance le message que, peu
importe la durée de la peine, si tu fais partie de ce registre-là, si tu as été
identifié par le comité comme la personne qui doit faire partie de ce
registre-là, on ne devrait pas avoir de distinction...
M. Vallières (Thierry) : ...une
peine terminée puis au moment où est-ce que tu retournes dans la société.
Mme Maccarone : Surtout, si
la priorité, c'est la protection des victimes puis le sentiment de sécurité. Je
suis d'avis avec vous. Et aussi que nous aurons un comité qui aura quand même
une responsabilité. Ça fait que je pense qu'on est protégés. Ça fait que moi
aussi, je voudrais voir ce changement.
Je reviens aux divulgations de
renseignements. J'ai entendu l'échange que vous avez eu avec le ministre, avec
il peut ou il doit. Vous le savez sans doute que vous avez la même avis que les
regroupements qui protègent les femmes qui sont victimes de violence conjugale
ou bien de violence sexuelle. Je souhaite juste vous entendre, parce que moi,
je veux juste comprendre que nous avons la même compréhension. On est à
l'article 9qui dit : Un corps de police peut, dans le cadre d'une
mise en liberté d'une personne soupçonnée d'avoir perpétré une infraction
criminelle dans l'attente de sa comparution à la suite de l'arrestation
communiquée par écrit, papier ou par voie électronique et dans les meilleurs
délais d'une personne victime des conditions de la mise en liberté, etc.» Vous,
vous dites qu'on veut changer le «peut» pour «doit». C'est ici qu'on souhaite
faire le changement?
M. Vallières (Thierry) : Exactement.
C'est à 61.1 et 61.2. Effectivement.
Mme Maccarone : Oui. Je
partage aussi votre préoccupation, et il me semble que ce serait une
amélioration important à... à ce projet de loi, si le but, encore une fois,
c'est de favoriser la sécurité des victimes. Et je comprends que nous allons
aussi avoir des souplesses en termes de la manière de communiquer avec ces
personnes aussi, ça fait que je présume que ça, c'est... c'est un avancée
important pour vous?
M. Vallières (Thierry) : Oui,
effectivement.
Mme Maccarone : Le faux
sentiment de sécurité, c'est le registre. Je pense que tout le monde est d'avis
qu'on souhaite avoir un registre. On souhaite que ça fonctionne. On est
favorables à ceci. Mais vous n'êtes pas les seuls à soulever les bémols d'avoir
un faux sentiment de sécurité, les craintes pour l'auto-justice. Je souhaite
vous entendre un peu là-dessus parce que, de toute évidence, nous allons
poursuivre avec ce registre. Alors, c'est quoi les solutions pour éviter ces
dérives et avoir pleinement un... un outil qui fonctionne pour la protection
des victimes mais aussi pour vos fins à vous aussi?
M. Vallières (Thierry) : Oui,
bien, je pense que ça va... ça va s'accompagner vraiment de... de
communication, que ce soit par... par... directement par le gouvernement, par
les autorités concernées ou les autorités municipales, tu sais, pour... pour...
pour effectivement expliquer ce que c'est le plus de... de ces démarches-là,
puis qu'on... qu'on demeure quand même dans... dans un régime de droit, donc on
ne se fait pas justice soi-même. Donc, il faut éviter de tomber là-dedans et
que la population continue à être vigilante. Donc, quand on parle de faux
sentiment de sécurité, on est plus dans cette optique-là de dire, bien, parce
que là, tout d'un coup, on sait qu'il y a un registre, que... que là on sait
c'est qui les délinquants sexuels ou ce genre de choses, ce genre
d'éléments-là, bien, on est comme un peu immunisés ou protégés, ou on n'en a
pas chez nous parce qu'on n'a pas d'adresse chez nous, bien... ou dans notre
secteur, bien, il ne faut pas... il ne faut pas... il ne faut pas baisser la
garde sur ces éléments-là, parce que ça reste que c'est... C'est un peu...
c'est un peu ce qu'on veut dire par le... faux sentiment de sécurité, mais je
pense que ça va passer par de la sensibilisation puis toujours de la prévention
par les corps de police, par le gouvernement, par l'ensemble des... des parties
prenantes à la sécurité publique pour rappeler au monde que : soyez
toujours vigilants, soyez toujours là, ce n'est pas parce qu'on n'a pas
d'adresse sur notre territoire, ce n'est pas parce qu'on a une adresse sur
notre territoire que notre... le dossier, l'ensemble de toutes les infractions,
l'ensemble de tous les délinquants sont contrôlés. Non, ce n'est pas le cas. Ça
fait que, donc, là-dessus et, en même temps, revenir aussi sur il n'y a pas de
vigilantisme pour... pour... pour commencer à se faire justice soi-même, aller
faire des méfaits, parce que, notamment, entre autres, on sait tous que ça va
finir par arriver, que ce sera une erreur sur la personne, on n'aura pas ciblé
la bonne... le bon endroit. Il y a toutes sortes de choses sur lesquelles il
faut qu'on fasse des campagnes régulièrement pour rappeler au monde que voici,
ça, c'est un outil supplémentaire, c'est un outil pour les... les victimes, les
futures victimes, il est important, mais il ne faut pas non plus qu'on tombe
dans... dans d'autres excès qui ne sont pas souhaitables non plus, ni d'un bord
ni de.
Mme Maccarone : Je présume,
ce serait aussi au déploiement, parce que ce serait au début de ce projet que
tout le monde va aller consulter, que tout le monde va vouloir savoir : Est
ce que c'est chez moi? Est-ce que c'est dans mon quartier? Est-ce que c'est
dans mon cour? Alors, je... je comprends pleinement ce que vous êtes en train
de dire.
On a entendu d'autres groupes qui ont dit
que ça prend une campagne de sensibilisation. Alors, je présume que vous, vous
êtes d'avis que nous devons réserver du budget pour ceci et aussi, peut-être,
aider les municipalités à avoir leur propre campagne...
Mme Maccarone : ...parce que
c'est vous qui connais les besoins de votre région et aussi les personnes puis
qu'est-ce qu'ils ont besoin, c'est le principe de subsidiarité.
M. Vallières (Thierry) : Oui,
effectivement, ce serait... ce serait très apprécié d'avoir... d'avoir ces
mesures-là.
Mme Maccarone : OK. Qui
m'amène à une autre question, puis vous l'avez soulevé aussi, dans votre
mémoire, la pression accrue sur les services policiers. Parce que là on est en
train de parler de la mise en œuvre d'un autre outil qui est bien, on parle, tu
sais, d'autres outils qui seront utiles pour les policiers, qu'on parle des
manifestations, qu'on parle d'«anti-patch», etc. Mais comment voyez-vous la
possibilité, pour vous, de mettre à l'oeuvre toutes ces nouvelles mesures?
Est-ce qu'on a besoin d'ajouter des effectifs? Avez-vous assez de budget?
Comment voyez-vous ceci pour que ce soit un réel succès?
M. Vallières (Thierry) : Bien,
en fait, là, chacune des organisations qu'on représente, évidemment, va avoir
ses propres défis, que ce soit au niveau du personnel en place ou des budgets à
mettre en place. C'est sûr qu'à chaque fois qu'on ajoute des éléments
supplémentaires...Quand c'est des éléments qui sont dans la norme au niveau des
constats d'infraction, par exemple, ce genre de choses là, bien, ça, je veux
dire, on émet des constats d'infraction à chaque... à chaque semaine, à chaque
jour. Bon, c'est plutôt après, qu'est ce qu'on fait si on saisit les éléments,
ça devient des pièces à conviction ou ce genre de choses là. Là, c'est là qu'on
a une gestion qui est différente versus, exemple, une infraction au Code de la
sécurité routière. Ça, ça peut être... ça peut demander plus... plus
d'éléments, même si c'est tout le reste, tout, notamment au niveau... Quand on
parle des registres... du registre, puis des gens qui vont vouloir se faire
justice eux-mêmes, bien, ça, ça va amener effectivement un lot d'appels, un
lot, peut-être, de présence dans un secteur ou autour d'une résidence qu'on
pourrait avoir des problématiques. Cela étant dit, ça ne durera pas
nécessairement dans le temps, et c'est là...
Mme Maccarone : Est-ce que...
M. Vallières (Thierry) :
...que ça nous prend une bonne campagne. Oui, allez-y.
Mme Maccarone : ...est-ce que
ça veut dire, ça nécessite aussi une certaine formation auprès des policiers?
M. Vallières (Thierry) :
...oui. En fait, dans tout ce qui va être là, tout ce qui a été amené, que ce
soit au niveau des manifestations, que ce soit au niveau des «patchs» ou ces
éléments-là, clairement, ça va prendre une formation pour que tout le monde ait
sensiblement la même façon de fonctionner, le même degré d'intervention, ça,
c'est certain. Mais, après ça, est-ce que... est-ce que ça va demander... s'il
faut avoir des formes de statistiques ou ce genre de choses là? On a des
données supplémentaires qui s'ajoutent, là, ça aussi, ça peut être des
contraintes supplémentaires, des contraintes qui demandent de l'embauche du
personnel ou des systèmes, ça fait que ce genre de choses là. Ça pourrait
venir, mais oui, ça va être... celui-là va être à géométrie variable.
Mme Maccarone : Oui, mais la
formation aussi, chaque fois qu'on parle de formation, on parle de besoins
financiers pour libérer les policiers, pour suivre les formations. Il me reste
peu de temps, ça fait que je vais essayer de choisir mes questions. Mais vous
avez piqué mon intérêt avec les guides de pratiques, c'est qui, qui devrait
mettre à l'œuvre ce guide de pratiques, c'est qui, qui contribue, puis ça, vous
souhaitez avoir ça avant le déploiement?
• (16 h 20) •
M. Vallières (Thierry) : Bien,
évidemment, c'est le ministère de la Sécurité publique qui est, pour nous
autres, qui est la bible du guide des pratiques policières, ça fait que...
Donc, déjà, si ça part de ça, après ça, nous, dans les organisations, on prend
les guides qui sont fournis et on les ajuste à ce moment-là, ça fait que...
Mais oui, ce serait le ministère.
Mme Maccarone : Rapidement,
quand on parle d'entités à des fins criminelles, organisations criminelles,
j'ai entendu les échanges avec le ministre, ça fait que je pense qu'on est sur
une bonne voie. Mais vous avez posé une question que j'ai trouvé intéressant,
la diffusion en ligne. Votre opinion, je souhaite savoir... Vous avez posé la
question dans votre mémoire, mais votre opinion là-dessus, est-ce que ça, ça
fait partie de quelque chose que nous devons interdire? Est-ce que ça, c'est
affichage en public?
M. Vallières (Thierry) : Bon,
ça, c'est sûr que, comme... puis le ministre en a touché un peu tantôt, c'est
sûr que, si on va là puis qu'on élargit à... là, clairement, ça va nous prendre
vraiment des spécialistes, du personnel supplémentaire et ce genre de choses
là. Donc, peut-être, dans un premier temps, ce n'est peut-être pas souhaitable,
mais on verra, après ça, comment ça se déclinera dans le temps.
Mme Maccarone : OK. Je
souhaite vous entendre en ce qui concerne le soutien parallèle à la
réinsertion. Moi, j'ai eu beaucoup de discussions dernièrement avec les groupes
qui sont responsables de ceci, qui travaillent très fort pour faire un accompagnement
des personnes qui retrouvent leur liberté. Mais on voit aussi qu'ils font face
à beaucoup de difficultés budgétaires, même des coupures. Quelle est
l'importance de ce soutien pour la réinsertion sociale? Puis si, mettons, on ne
peut pas continuer à avoir ce soutien, l'impact, pour vous, en ce qui concerne
les modifications que nous sommes en train de parler, de mettre à l'oeuvre...
M. Vallières (Thierry) : ...en
fait, notre système complet judiciaire est basé sur la réinsertion sociale. Donc,
en partant, c'est un élément qui est essentiel à ce qu'on s'est doté comme
société. Donc, on considère que c'est ça qui est quand même un des éléments
importants. Donc, pour nous autres, c'est effectivement, ça... il faut que ça
continue, ce soit... que ce soit un système où ça prend autant de la prévention
que de la répression, donc ça prend un équilibre entre les deux. De notre côté,
on considère que ça prend aussi cet équilibre-là d'accompagnement, de
réinsertion sociale, parce que c'est ça qui va être gagnant pour tout le monde,
éventuellement, s'il y a une bonne réinsertion sociale, puis après avoir purgé
sa peine, ou avoir... en tout cas, être sorti. Ça fait que, donc, s'il n'y a
pas ça, bien, clairement, il y aura... il y aura une problématique de
réinsertion sociale et probablement de la récidive, ce qui va amener,
évidemment, du travail de notre côté.
M. Schneeberger : Merci
beaucoup, c'est le temps qu'on avait. Alors, nous allons du côté, pour finir
la... avec la députée de Sherbrooke.
Mme Labrie : Merci, M. le
Président. J'ai une question pour vous, parce que ça m'a surpris que vous vous
demandiez si ça couvrait aussi les personnes qui sortent, par exemple, au deux
tiers de leur peine, ou en tout cas avant la fin de leur peine, parce que,
peut-être naïvement, je pensais que les personnes qui étaient libérées avant la
fin de leur peine, c'est parce qu'on avait jugé qu'elles n'étaient pas
dangereuses, si je peux dire, dans le sens qu'il y a une analyse qui est faite
de ces dossiers-là, puis j'imagine que si on les libère avant la fin, c'est
parce qu'elles ont montré un comportement exemplaire, on ne s'attend pas à ce
qu'elles soient à haut risque de récidive, j'imagine. Donc j'aimerais mieux
comprendre votre question.
M. Vallières (Thierry) : Oui,
en fait, c'est, justement, la majorité, je vous dirais, la très grande
majorité, probablement des 100 ou 125 qu'on a mentionnés tantôt, personne ne va
avoir purger, effectivement, sa peine au complet et là on n'a comme plus
d'emprise, le système carcéral n'aura plus d'emprise sur eux, mais on veut
juste s'assurer que s'il y arrivait un cas d'exception, peu importe lequel,
qu'on ne soit pas pris à avoir quelqu'un pour différentes raisons, des bons
comportements à l'intérieur... mais on s'entend que probablement que dans la
très grande majorité, il n'y aura pas cette... il n'y aura pas cette
crainte-là, mais on trouverait que s'il y a un cas d'exception, on ne voudrait
pas faire l'exception qui est un jour puis qu'il y ait une malheureuse victime
ou de quoi qui s'est passé parce que les gens n'étaient pas au courant ou
n'avait pas... il n'était pas sur le registre pour différentes raisons. Ça fait
que, donc, pour nous, c'est peu importe le moment où est-ce que la personne est
libérée, que ce soit un peu avant, un peu après, si elle fait partie de cette
liste, si le comité a jugé qu'elle faisait partie de cette liste-là, elle
devrait... ça ne devrait pas avoir d'incidence le moment de sa... le moment de
sa libération par rapport à la peine.
Mme Labrie : Mais comment
c'est possible un scénario où le comité formé, là, par le projet de loi, évalue
que la personne pose tellement un risque important qu'il faut l'inscrire au
registre, mais que de l'autre côté, on lui accorde une libération avant la fin
de sa peine? Quel genre de situation permettrait ça?
M. Vallières (Thierry) : Je
n'ai malheureusement pas d'exemple parce que je ne connais pas la libération
carcérale fédérale, donc il y a... c'est un comité à part qui évalue la
libération. Puis nous, notre comité non plus, je ne connais pas ses paramètres,
mais on veut juste s'assurer qu'il n'y ait pas cette possibilité-là, peu
importe à quel moment il est libéré, que si notre comité à nous, provincial, en
venait à la conclusion que la personne pouvait être dangereuse pour différents
critères, mais que la Commission des libérations conditionnelles l'a libéré
pareil, on ne veut juste pas que ça tombe entre deux chaises. Mais, j'ai...
malheureusement, ce n'est pas moi qui contrôle les décisions puis les analyses
qui sont fait par ces deux différents comités.
Mme Labrie : Oui, je
comprends. J'ai une autre question pour vous. Vous avez parlé du besoin d'un
guide de pratique pour qu'il y ait une standardisation, là. Il n'y a pas déjà
des guides de pratique, notamment avec tout ce qui a été mis en place avec les
tribunaux spécialisés, il n'y a pas déjà des pratiques un peu plus
généralisées, là, dans les différents corps de police par rapport aux
interventions en violences conjugales?
M. Vallières (Thierry) : Oui,
effectivement, il y en a. Ils sont... elles sont actives, puis elles sont
faites, justement, et ça, c'est toujours un plus, vous avez raison. Donc nous,
ce qu'on vient dire, c'est que dans ce projet de loi, peu importe à quel niveau,
que ce soit au niveau des interventions, au niveau des patchs, que ce soit des
interventions au niveau des manifestations, du transfert des informations, on
veut juste que ça continue, puis qu'on ait justement une standardisation, comme
on a dans les autres cas, comme vous parlez des violences conjugales où
c'est... ou d'autres, ça peut être... ça peut être les arrestations, les
perquisitions... ces choses-là. Donc il faut que ça continue, effectivement.
Donc, on veut que ce soit très précis, comme on a présentement dans notre guide
de pratiques policières.
Mme Labrie : Parfait. Merci
beaucoup...
Le Président (M. Schneeberger) : ...alors,
merci beaucoup. Alors, merci à vous deux pour votre apport à la commission.
Nous allons suspendre quelques instants
afin d'accueillir le prochain groupe. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 16 h 27)
(Reprise à 16 h 29)
Le Président (M. Schneeberger) :
Alors, nous reprenons les travaux. Nous recevons Mme Angy Riendeau,
criminologue et fondatrice de la clinique privée spécialisée en criminologie
CrimInnov Stratégie. Je lui bien prononcé, oui? Alors, bonjour à vous. Étant
donné que la présentation est faite, je vous laisse commencer. Vous avez un 10
minutes, et, par la suite, nous allons procéder avec un échange avec les
ministres... le ministre et les députés.
• (16 h 30) •
Mme Riendeau (Angy) : Parfait.
M. le Président, mesdames, messieurs les membres de la commission, je me
présente devant vous aujourd'hui en toute indépendance, sans aucune allégeance
politique ou institutionnelle. Mon regard s'appuie sur deux piliers : 14
années d'expérience terrain au cœur des services policiers et une expertise en
recherche pour avoir mené l'unique étude sur l'utilisation du Registre national
des délinquants sexuels au Québec par les corps policiers. Cette double posture
me permet de voir ce que la loi promet, mais surtout ce qu'elle devient une
fois appliquée sur le terrain. Mon seul objectif ici est de vous aider à
traduire vos intentions législatives en résultats concrets. Je ne suis pas ici
dans une optique d'opposition absolue, mais pour lancer un appel à la lucidité
stratégique. Quand on lit le projet de loi n° 13, un paradoxe saute
aux yeux. Aux chapitres II et suivants, on renforce les pouvoirs policiers afin
de les outiller face à différentes menaces, dont le crime organisé, mais au
chapitre I, qui traite des agressions sexuelles, le ton change. On ne propose
pas d'outils ou de ressources aux pouvoirs supplémentaires pour les policiers ni
de financement accru pour les unités spécialisées en agression sexuelle. On
propose un registre public, justifié par l'idée que la population doit pouvoir
prendre ses propres mesures de précaution. Pourquoi ce double standard?
Pourquoi, dans un cas, on renforcit les moyens de l'État alors que, dans
l'autre, on demande à la population de se protéger elle-même? Ce renversement
de la responsabilité du système vers l'individu est extrêmement préoccupant.
Le registre public vise principalement
les situations où l'agresseur est inconnu de la victime. Or, ces cas sont
minoritaires. Au Canada, près de 90 % des agressions sexuelles sur mineurs
et 81 % de celles sur adulte sont commises...
16 h 30 (version non révisée)
Mme Riendeau (Angy) : ...par
un proche, et ce principalement dans une résidence privée. Les études
scientifiques sont catégoriques, et j'insiste : les registres publics n'ont
jamais réussi à démontrer d'impact significatif sur la récidive sexuelle. La recherche
montre que la publicisation des données n'a pas d'effet dissuasif et peut même
générer un faux sentiment de sécurité, tout en exposant à la stigmatisation,
aux erreurs et à une surveillance inefficace.
M. le Président, comme le ministre de la Sécurité
publique, j'ai travaillé sur le terrain. Dans une situation critique, un
enlèvement, une disparition ou une agression commise par un inconnu, ce qui
sauve des vies, c'est le facteur temps. Et ce facteur temps, il est souvent
entre les mains des patrouilleurs. Rappelons-nous le 15 juillet 2008, ici même,
à Québec, le cas d'un homme dans la cinquantaine qui avait enlevé et agressé
sexuellement un enfant de Lévis avant de l'enfermer dans un réservoir d'huile à
chauffage. C'est la vigilance d'un citoyen sur la route et la rapidité d'action
des patrouilleurs qui aura permis de retrouver l'enfant vivant.
Ma recherche souligne un besoin
opérationnel fondamental. Pour les cas critiques qui représentent environ
10 % des agressions sexuelles commises par des inconnus, l'urgence n'est
pas la création d'un registre public aux données souvent obsolètes. Ce dont les
patrouilleurs ont réellement besoin, c'est d'un accès immédiat à une
information à jour, fiable et opérationnelle, directement intégrée aux systèmes
de renseignements qu'ils utilisent déjà.
Le projet de loi fonde l'inscription à ce
registre sur un libellé juridique : l'agression sexuelle. Or, le risque
réel ne se limite pas à un chef d'accusation. Il n'a ni visage ni modus.
Prenons deux exemples que j'ai dénominalisés mais que vous saurez reconnaître,
ces crimes de meurtres et de viols en série perpétrés par un couple tristement
connu en Ontario. La femme impliquée dans ces événements, malgré la gravité
sexuelle de ses actes, ne figurerait pas au registre tel qu'il est
actuellement, car elle a été condamnée d'homicide involontaire. Je vous parle
aussi d'un cas de Valleyfield jugé en 2025, où un homme avec plus de 80
antécédents judiciaires a suivi une jeune femme de son lieu de travail jusqu'à
sa résidence. Il l'a observée à travers les buissons pendant plusieurs heures
avant de s'introduire chez elle pendant qu'elle était dans la douche et d'ouvrir...
et de se rendre jusqu'à ouvrir le rideau de douche. Dans ce dossier, aucune
accusation de nature sexuelle n'a été déposée contre l'individu.
La dangerosité se manifeste souvent par
des comportements qui échappent à la définition stricte d'infraction sexuelle.
Si le comité chargé de l'inscription n'a pas une capacité d'analyse clinique au-delà
du droit, nous passerons à côté de profils véritablement préoccupants. De plus,
pour que ce comité fonctionne, il faut adresser et régler les enjeux possibles
de partage d'informations. Je vous le dis, si les policiers et les intervenants
sur ce comité ne peuvent pas partager librement les informations qu'ils
détiennent à cause des règles et des lois en vigueur qui les régissent, ce
comité travaillera avec des angles morts évitables.
L'argument ultime pour justifier ce registre
est qu'il n'existerait plus de levier légal pour certains délinquants en fin de
peine. N'est-ce pas là un constat d'échec, un échec des politiques de détention
de masse, un échec des programmes d'intervention qui n'ont pas été suffisamment
soutenus, un échec à assurer la continuité adéquate entre l'incarcération, la
réinsertion et la surveillance post-libératoire? Pourtant, le cadre législatif
nécessaire, nous l'avons déjà. Le Code criminel et les pratiques policières
prévoient des outils robustes. L'ordonnance d'enregistrement au Registre des
délinquants national, les interdictions en vertu de l'article 161 ou encore les
désignations de délinquant contrôlé et délinquant dangereux. Plus encore, nous
avons les programmes de surveillance accrue au provincial et les personnes à
risque élevé de récidive, les PRER, au fédéral, et surtout nous avons les
ordonnances prévues par les articles 810 et suivants. Ces dernières sont
capitales. Elles permettent de restreindre concrètement les mouvements d'un
individu que l'on a des motifs raisonnables de craindre, même après sa
libération, même après sa peine.
La loi encadrant la création du registre
public ne prévoit aucune surveillance systématique, aucun encadrement
comportemental et aucune capacité d'intervention. Le véritable enjeu n'est pas
l'absence d'outils, c'est leur mise en œuvre. C'est ce que mon étude démontrait
il y a 10 ans. Ces mécanismes permettent une surveillance réelle, humaine et
proactive, mais elle exige des ressources, de l'expertise et de la coordination,
et c'est précisément ce qui manque sur le terrain. Une ordonnance 810 sans
personne pour s'assurer qu'elle est respectée est aussi efficace qu'un registre
public.
En créant un nouvel outil spectaculaire,
on ne règle pas...
Mme Riendeau (Angy) : …problème,
on contourne les failles qui existent déjà. Contrairement à l'intuition
populaire, ce ne sont ni les registres publics, ni la peur, ni la
stigmatisation qui protègent la société. D'ailleurs, dans mon étude,
19 corps policiers du Québec ont été consultés, sur 21 au total, et aucun
ne m'a exprimé le besoin d'un registre public. Comme le… comme le rappelaient,
d'ailleurs, les chercheurs Lucie et Fréchette dans un article paru dans les
journaux cette fin de semaine, les taux de récidives sexuelles générales ont
chuté de 60 % depuis les années 1970 au Canada, et ce, sans aucun
registre public. Et je tiens à rectifier que les taux de récidives sexuelles
sont de 10% à 15 %. On ne protège pas les victimes par des slogans, mais
par des décisions courageuses fondées sur les données probantes et les
pratiques éprouvées. Je le réitère, je… je me présente devant vous avec un
souci de lucidité, puisque ce projet de loi est appelé à structurer nos
pratiques futures, j'ai souhaité apporter un éclairage rigoureux pour en
baliser la mise en œuvre.
Voici les axes d'analyse et les
recommandations que je souhaite soumettre. Premièrement, prioriser le
financement opérationnel, rediriger les ressources humaines et financières vers
les leviers qui fonctionnent, c'est-à-dire les programmes spécialisés de
traitement, le suivi communautaire rigoureux et la surveillance intensive dans
les premières années suivant la libération, et je dis bien la surveillance
intensive. Revoir la mise en œuvre des outils déjà existants qui gagneraient à
être adaptés aux cas spécifiques du Québec, comme le Registre national des
délinquants sexuels et les ordonnances 810. Donner au Comité le pouvoir
d'analyser le risque réel sans se limiter au libellé juridique et assurer un
cadre légal de partage d'informations entre les intervenants et les
institutions impliquées. Éviter l'étiquetage fixe, le risque est dynamique. Une
inscription de trois ans sans réévaluation est scientifiquement infondée.
• (16 h 40) •
Au-delà des principes, l'application
concrète de cette loi soulève des zones d'ombre qui méritent, à mon sens,
d'être clarifiées. Je soumets donc ces interrogations à votre réflexion. Sur
l'évaluation de la dangerosité et le suivi, le critère de haut risque. Comment
sera défini le délinquant à haut risque? Sur quels indicateurs cliniques et
empiriques reposera cette évaluation pour éviter l'arbitraire? J'entends
beaucoup parler de risque depuis le début de la journée, mais j'ai l'impression
qu'on n'a pas tous la même définition de ce que c'est, un délinquant sexuel à
risque, et je pense qu'il faut faire attention de rester dans les critères et
ce qui a été démontré empiriquement. La modulation du risque, le risque est
dynamique. Quels mécanismes sont prévus pour évaluer l'évolution ou la
modulation du risque d'une période pendant sa période de notification publique?
Sur la gouvernance du comité, l'expertise et l'indépendance. Sur quels critères
le gouvernement définira-t-il l'expertise des intervenants siégeant au comité?
Sur le processus décisionnel en cas d'absence de consensus ou de majorité au
sein du comité concernant la diffusion de renseignements, qui aura le dernier
mot? Qui portera la responsabilité ultime de cette décision? Sur la cohérence
législative et l'arrimage, comment le projet de loi s'adapte-t-il à la réalité
des sentences provinciales où la libération survient systématiquement aux deux
tiers de la peine? Le filet que ce projet de loi propose couvrira-t-il la
période entre la sortie de prison et la fin légale de la sentence pour ces cas?
Et le paradoxe des conditions? Le ministre affirme que ce registre vise les cas
où il n'y a plus aucun levier légal. Pourtant, l'article 14.8 prévoit la
publication des conditions que la personne doit respecter. Si une personne a
des conditions à respecter, c'est qu'elle est déjà sous un levier de
surveillance. À ce stade-ci de mon témoignage, je me permets de citer une
réflexion que je soumettais en 2019 au gouvernement caquiste qui me remettait
le prix de la ministre de la Sécurité publique de l'époque, qui était Geneviève
Guilbault, pour le meilleur mémoire de maîtrise: «Le Registre national des
délinquants sexuels tend à laisser croire qu'il est davantage utilisé au plan
politique qu'opérationnel, que son objectif général n'est probablement pas la
protection de la société, mais bien l'assurance, pour cette dernière, que le
gouvernement agit en matière de crimes à caractère sexuel en garantissant le
contrôle des délinquants. C'est en d'autres mots, une occasion de démonstration
de force de l'État en matière de gouvernance du crime.»
La mémoire exposait les risques de
glisser dans des politiques publiques inspirées par le populisme et démontre
que même après 22 ans, j'ai dû adapter parce que dans le temps, ça faisait
10 ans que le registre existait, le registre ne répond pas aux objectifs
qu'il vise, et là je parle du Registre national, pour ne pas confondre, et il
ne répond pas aux besoins en matière de prévention et d'enquête en agressions
sexuelles. Mon constat, aujourd'hui, demeure le même: Ne laissons pas le
populisme dicter nos politiques publiques. Assurons-nous que cet outil réponde
enfin aux besoins réels en matière de lutte aux crimes à caractère sexuel et, à
plus grande échelle, aux besoins en termes de...
Mme Riendeau (Angy) :
...gestion des délinquants à risque. Je termine en vous demandant ceci.
Préférez-vous légiférer pour rassurer la population ou pour la protéger
réellement? Les données sont là. Le terrain a parlé. À nous maintenant d'avoir
le courage de la rigueur. Et je vous cite une policière rencontrée dans le
cadre de mon étude : «Aucun registre ne devrait justifier la baisse de
vigilance d'un parent à l'égard de son enfant.» Merci.
Le Président (M. Schneeberger) :
Merci beaucoup pour votre exposé. Nous procédons à une période d'échange, et il
reste 14 min 5 s. M. le ministre.
M. Lafrenière : Oui, merci
beaucoup, M. le Président. Merci beaucoup à vous. Merci de vous présenter
devant nous. Puis c'est important parce que le but, c'est d'avoir le meilleur
projet de loi. On le dit souvent. Là, on va parler plus spécifiquement du volet
du registre. Je comprends que c'est votre champ d'expertise, mais je
commencerai avec certaines questions. Parce que vous avez amené des à propos
qui me restent en tête. Quand vous dites que, du côté de la lutte au crime
organisé, on a mis en place beaucoup de ressources dans notre projet de loi,
mais pas du côté des victimes d'agression sexuelle, je veux essayer de
comprendre ce bout-là. Qu'est-ce que vous voulez dire par là?
Mme Riendeau (Angy) : Ce que
je veux dire, en fait, c'est que ce qu'on remarque en lisant le projet de loi,
c'est qu'on va aller soit élargir le pouvoir policier, lui donner des leviers,
lui donner des opportunités, finalement d'agir, soit au niveau des
manifestations, au niveau du crime organisé. Puis ce qui est particulier, même
dans l'objectif de la loi, tu sais, que je vous... je ne vous relirai pas parce
qu'on le connaît tous, c'est vraiment de redonner à la population, pour ce qui
est des agressions sexuelles, du registre public, finalement, de redonner à la
population, là, ce pouvoir-là de se protéger elle-même. Alors que même... alors
que dans mon étude, il y avait encore des grands besoins criants sur le terrain
pour être capables de travailler efficacement les agressions sexuelles. C'est
un peu ce que je voulais dire par...
M. Lafrenière : OK, parce que
dans le prémisse, ce n'est pas un ou l'autre, c'est un et l'autre. Moi, je suis
d'accord avec ce que vous amenez, puis en passant, tous les groupes l'ont dit,
il ne faut pas amener de faux sentiment de sécurité. Puis ça, là-dessus, je
suis 100 % d'accord. Je regarde cependant ce qui... puis, en passant, je
l'ai dit aux membres ici, moi, quand j'ai commencé à regarder cette... ce
registre-là, j'étais en désaccord au tout début pour un paquet de raisons. Mais
j'écoute, j'entends, j'ai entendu les gens, j'entends le fait que la majorité
des autres provinces l'ont fait, bien qu'il n'y ait pas de chiffre, comme vous
avez dit, où on est capables de les pointer en disant : On a prévenu tant
d'agressions sexuelles, mais bien malin celui qui va pouvoir nous amener un
chiffre là-dessus. Mais j'entends ce que vous dites.
Une fois que ça, c'est dit, vous avez
parlé aussi des 810 qui auraient une solution, je l'entends. Mais même du côté
des victimes de violence conjugale, on s'est dit que le 810, ce n'était pas
assez. Ce n'est pas vrai que parce qu'on met une condition, que les gens les
respectent. On a rajouté donc le bracelet antirapprochement qui existe depuis
30 ans, où on l'a fait.
Est-ce que cette mesure là seule règle
tout? La réponse, c'est non. Je ne pense pas qu'on a la prétention avec aucune
des mesures de tout régler. Mais aujourd'hui, c'est un omnibus, donc. Puis je
vais me concentrer beaucoup sur le registre, parce que c'est vraiment votre
expertise. Mais juste mettre ça clair, là, en aucun temps on ne s'est
dit : Nous autres, on va tout régler avec ça. Vous avez raison, c'est une
avancée. Puis, si vous regardez bien dans le projet de loi, on a rajouté une
partie pour les victimes aussi. C'est-à-dire d'être capable de communiquer avec
une victime les conditions de libération d'un suspect, un, de donner des... les
coordonnées du suspect aussi à un organisme qui vient en aide aux hommes
violents, deux. Ça fait qu'il y a certaines choses pour les victimes aussi, on
essaie de trouver l'équilibre. Mais je reviens sur la position du 810, que vous
avez dite tout à l'heure. Est-ce que vous me dites que le 810 à lui seul nous
permet d'avoir des conditions qui nous protègent?
Mme Riendeau (Angy) : Bien, en
fait, ce que... ce que je veux dire par rapport au 810, c'est que... et là je
vais vous parler de mon expérience dans les années sur le terrain, en fait,
c'est qu'on émet des ordonnances 810, mais on n'a pas les ressources pour
s'assurer du respect des conditions, de la surveillance et peut-être de mettre
justement la pression sur ces sujets-là, qu'ils aient l'impression qu'ils
sont... il n'y a rien qui est fait nécessairement.
Il y a en fait un corps de police au
Québec qui a vraiment déployé des ressources activement à cet effet-là, et ça
donne vraiment ses résultats. C'est très intéressant et toujours coordonné avec
le service correctionnel, et tout. Donc, ce que je veux dire, avec le 810,
c'est qu'en fait c'est... ce que je viens dire, c'est qu'on sorte peut-être des
étapes avec un registre public, parce que déjà, il y a 10 ans, dans mon
étude, les policiers avaient des besoins. Il y a neuf recommandations dans mon
étude, et, à ce jour, l'ordonnance d'enregistrement au registre des délinquants
sexuels demeure la seule ordonnance qui n'est pas alimentée au CRPQ. Vous savez
que le registre national, c'est un outil policier et on restreint la police à
son accès aux données. Les patrouilleurs n'ont pas accès à ces données-là.
Donc, je pense qu'on saute des étapes, en
fait. Vous avez raison qu'il n'y a pas un... une seule solution à notre
problème. Mais, avant de publiciser des informations, assurons-nous que nos
policiers ont en main ce qu'ils ont besoin pour pouvoir agir dans les 10 %
de cas où on a besoin d'agir rapidement. C'est ce que j'amène aujourd'hui. Et,
pour le 810, bien, c'est que, oui, je pense que la surveillance qui permet
et...
Mme Riendeau (Angy) : ...ne
pas respecter un 810 devient une infraction. Donc, oui, ce sont des leviers
pour les individus dangereux. Et, s'ils étaient mis en œuvre efficacement, avec
les bonnes ressources, oui, je pense qu'on verrait des résultats différents.
M. Lafrenière : Merci. Et je
suis d'accord avec vous que... puis encore là, je vais tout le temps dans une
approche avec plusieurs... plusieurs volets. Le 810 seul n'arrive pas à
grand-chose. Quand on met des mesures en place en plus, ça aide beaucoup.
Vous parlez du CRPQ. Sans tomber dans les
détails techniques, pour les gens qui nous écoutent à la maison puis pour les
gens avec de mauvaises intentions, vous savez très bien dans quel programme,
dans quel langage ça a été codifié. Je ne sais pas si on a beaucoup de monde au
Québec qui peuvent le réparer présentement. On doit faire une transition du
CRPQ. C'est un des enjeux majeurs pour quoi on ne peut pas mettre certaines
données présentement. Mais il va falloir le faire, on le sait. Puis ça amène
une frustration terrible pour les policiers sur le terrain qui, des fois, ont plus
d'information en prenant Google ou des sources ouvertes comme ça. Ça, je suis
d'accord avec vous. On le sait, on doit le mettre à jour.
Cependant, on revient à la base du
pourquoi. Un, vous avez parlé tantôt du comité... Excusez-moi. Je me
reconcentre, là. Vous avez parlé du comité. Je vais vous livre ce qu'on a
écrit. Parce que vous avez dit tout à l'heure que vous aviez une crainte parce
qu'il n'y a pas personne avec... je ne veux pas reprendre vos mots, là, mais
bref, vous avez une crainte pour la constitution du comité pour savoir qui
serait là. Pour nous, c'est un employé de la Sûreté du Québec recommandé par le
directeur général, un employé des services correctionnels du ministère de la
Sécurité publique, un avocat choisi parmi ceux recommandés du Barreau du
Québec, une personne possédant une expertise particulière en matière d'aide aux
victimes d'infractions à caractère sexuel, et cinq, une personne possédant
une... une expertise particulière en matière de réinsertion sociale des
personnes contrevenants et des délinquances sexuelles. Tantôt, je pense que le
point que vous avez soulevé, c'est : Est-ce qu'il va y avoir des gens avec
vraiment l'expertise qui est particulière? Je veux juste vous entendre
là-dessus, là, pour le comité.
Mme Riendeau (Angy) : Non.
Tantôt, ma question, c'était : Comment vous allez définir l'expertise pour
les deux derniers membres que vous avez nommés en fait sur le... sur les cinq
membres, là? Vous dites un expert, mais c'est vague, un expert, quelqu'un qui a
une expertise en quelque chose. Donc, je vous demandais juste comment le
gouvernement allait définir cet expert-là, sur quels critères, est-ce qu'il
doit être membre d'un ordre professionnel, est-ce qu'il... les années
d'expérience. Tu sais, je trouve juste qu'ils sont vagues, les deux derniers
points.
M. Lafrenière : Oui, vous
avez raison. Puis, dans le projet de loi, on ne l'écrit pas. Mais, comme je
disais aux autres invités qu'on a eus aujourd'hui, il y a une... réglementaire.
Et, je pense, il va falloir travailler avec des gens comme vous pour établir
clairement qui seront ces personnes. Puis il y a beaucoup de détails qui ne
sont pas écrits dans un projet de loi. Vous le savez, hein, on ne met pas tous
les détails. Mais vous avez raison, il va falloir l'établir avec des gens comme
vous. J'imagine que vous seriez volontaire pour nous aider dans cette approche.
Mme Riendeau (Angy) : Tout à
fait, si vous avez besoin.
M. Lafrenière : Mais, bref,
des gens qui ont cette connaissance-là parce qu'il ne faut pas y aller de façon
aléatoire. Je suis 100 % d'accord.
De reconnaître une association plus qu'une
autre, je me questionne, mais j'aimerais vraiment vous entendre là-dessus, mais
sur une base réglementaire. Ce qu'on a dit aux gens qu'on a rencontrés tantôt,
dont l'ADPQ, l'Association des directeurs de police, oui, on veut faire le
règlement, mais après ça, tous les détails, c'est par règlement, puis je pense
qu'il va falloir qu'on travaille ensemble pour établir les zones d'ombre où on
devrait aller.
• (16 h 50) •
Mais je termine en vous disant, et je
pense que je vais des collègues qui avaient certaines questions, jamais notre
prétention n'était de dire qu'en faisant ça on règle tout. Puis tantôt, s'il me
reste du temps, je veux revenir sur les autres volets que vous n'avez pas
parlé, si vous me le permettez. Mais merci d'être là aujourd'hui. Puis je le
dis encore une fois, je veux... je tends la main. Je veux vraiment qu'on
travaille ensemble le volet réglementaire pour trouver les bonnes personnes. Et
surtout, ce qu'on veut, c'est l'indépendance du comité pour ne pas que ce soit
une décision du ministre. J'ai dit la même chose pour les entités criminelles
plus tôt. Quand on va déterminer les entités, là, qui sont reconnues comme
criminelles, je ne veux pas que ce soit une décision arbitraire de peu importe
qui sera assis ici. On... les spécialistes avec le CRCQ. Donc, ce volet-là,
travaillons-le ensemble de façon réglementaire.
M. le Président, je pense, j'ai ma
collègue de Lotbinière-Frontenac qui avait une question.
Le Président (M. Schneeberger) : Oui.
Alors, Mme la... députée, allez-y.
Mme Lecours
(Lotbinière-Frontenac) : Merci. Bonjour. Les policiers peuvent, avec
le consentement de la victime, le ou... ou la ou le référer à un organisme
spécialisé en violences conjugales. Est-ce qu'il serait facilitant et
nécessaire de faire une modification législative permettant de le faire même
sans le consentement de la victime, d'après vous?
Mme Riendeau (Angy) : Bien,
en fait, vous savez, tout ce qui est de partage d'information envers les
victimes, moi, je suis... je suis... je vais vous avouer être très surprise par
ça. Parce que pour autant avoir travaillé à la Commission des libérations
conditionnelles du Québec que pour avoir travaillé en milieu policier, c'est
quelque chose qui se fait quand même assez systématique sur le terrain. On
travaille... «on», je dis «on», mais à l'époque, on travaille étroitement avec
les CAVAC qui sont à même les bureaux des services de police, du moins les
grands services de police. Et, au niveau de la Commission, c'est une obligation
de devoir aviser les victimes de violence conjugale et d'agression sexuelle,
là, à chaque libération, et donner l'information, et le référencement, et tout.
Et il y a des spécialistes au niveau, là, de la victimisation à même ces
organisations-là. Donc, oui, je...
Mme Riendeau (Angy) : ...tant
mieux si on vient le légiférer, mais je vous dirais que c'est quand même une
pratique dans les grandes organisations policières, évidemment, là, qui est
quand même bien en place et qu'on ne peut pas être contre ça. La victime
restera toujours libre après de prendre ou non le référencement.
Mme Lecours
(Lotbinière-Frontenac) : Mais ma question concernait plus lors d'une
intervention policière, par exemple en violence conjugale. Est-ce que les
policiers vous pensez... qu'on pourrait faire la référence sans même le
consentement de la victime?
Mme Riendeau (Angy) : Bien
oui. Oui... oui. Comme je vous dis, c'est ce que moi j'ai été témoin déjà, puis
je n'ai pas vu nécessairement d'effets négatifs à ça, là. Donc, tant mieux si
c'est fait, en fait, sans le laisser au pouvoir discrétionnaire, là.
Mme Lecours
(Lotbinière-Frontenac) : OK. Parce qu'on entend, là, dans les
différents services policiers que, bien, c'est à géométrie variable, donc...
Parfait. Merci.
Mme Riendeau (Angy) : Je
peux comprendre qu'il n'y a pas nécessairement les centres d'aide aux victimes
d'actes criminels dans tous les services. Donc, c'est peut-être ça aussi qui
peut affecter. Mais c'est sûr que quand on est très près de ces centres d'aide
là, c'est facilitant.
Mme Lecours
(Lotbinière-Frontenac) : Merci.
Le Président (M. Schneeberger) : M.
le ministre.
M. Lafrenière : Oui,
merci beaucoup.
Justement, pour revenir sur ce que vous
venez d'avoir comme discussion. Vous étiez surprise que l'information, les
conditions police de libération ne soit pas données automatiquement chaque
fois. Ce qu'on vient faire aujourd'hui... le but d'un omnibus, il y a des
pratiques qui sont courantes, vous avez raison, la majorité des policiers le
font, il n'y a pas de cadre légal qui venait les protéger. Ça fait que, vous
comprenez, dans un omnibus, le but, c'est de venir prendre cette pratique-là
qui est souhaitée, souhaitable, de venir l'encadrer, puis de permettre aux
policiers de le faire, parce qu'il y a bien des choses qu'on a faites comme
policier... puis on s'est exposés, parce que, oui, effectivement, quelqu'un qui
le fait aujourd'hui peut s'exposer à avoir transmis cette information-là, on
veut venir les protéger. Ça, je pense que vous êtes d'accord de protéger la
communauté policière dans ce genre d'approche-là. C'est vraiment pour le...
l'encadrer, c'est vrai, là, mais je suis d'accord que la majorité le font déjà.
Mme Riendeau (Angy) : Je
ne pense pas que c'est que la communauté policière qui est protégée là-dedans.
Je pense que c'est la victime aussi, on évite d'en échapper, on évite, des
fois, avec le flou, les événements et tout. Donc, je n'étais pas surprise que
ce soit légiféré. C'est que, dans ma tête, ce l'était déjà en fait, parce que
ça se faisait dans mon quotidien, ça se faisait tellement de façon automatique.
Donc, oui, je pense que c'est une bonne chose.
M. Lafrenière : Vous
n'êtes pas la seule à avoir été surprise, je veux vous rassurer. C'est juste
pour démontrer à quel point il y a des pratiques qui ont été mises en place au
fil du temps, puis là, on s'est assis en se disant : Écoute... puis quand
je disais protégé, vous comprenez ce que je veux dire par là, c'est qu'on veut
aider les victimes. Mais si on... le policier qu'il y a un cadre légal, qu'il
peut le faire, là, c'est à géométrie variable. C'est ça l'enjeu.
Pour ce qui est... Revenons au crime
organisé, pour le peu de temps qu'il nous reste... et que je me sers un petit
peu de votre expertise. Le but, encore une fois, ce n'est pas qu'en enlevant
les patchs de la route, ça va faire en sorte que demain matin le crime organisé
va disparaître, je n'ai pas cette prétention-là. On veut ramener un équilibre,
et, présentement, ce qu'on vit, on vit à Montréal, que vous connaissez bien, et
à Laval, on vit de l'intimidation, de l'extorsion avec les commerçants. Une
prétention, c'est que les groupes criminalisés qui s'affichent... il y a des
groupes non organisés aussi, le crime désorganisé est très présent, les groupes
émergents aussi, ça fait que vous pourriez me dire : Ian, on agit juste
sur les Hells ou sur les grands groupes criminalisés, on n'agit pas sur les
autres. Mais ce n'est pas un... je reviens à ce que je vous ai dit tantôt,
donc, ce n'est pas un ou l'autre, c'est un et l'autre. Il faut agir à quelque
part.
Alors, vous, de votre expérience, de votre
expertise, est-ce que le fait d'agir sur les gens, puis on a eu des policiers
qui nous en ont parlé ce matin... des gens qui portent leur effigie, leur
écusson, qui viennent de confirmer qu'ils ont fait des crimes, est-ce que vous
pensez que de faire ça dans un commerce, ça contribue à l'intimidation?
Mme Riendeau (Angy) : Je
ne vais pas me prononcer, si ça vous va, sur cette question-là, parce que c'est
beaucoup moins mon expertise, et je vous avoue que mon expertise au niveau de
mes dernières expériences professionnelles était beaucoup plus au niveau des
gangs de rue, donc, on est moins dans l'affichage direct et tout. Je vais
laisser mes confrères policiers vous partager leur opinion par rapport à ça.
Mais le point que j'amenais en comparant
ce volet-là avec celui de l'agression sexuelle, c'est simplement de venir dire
que les policiers ont exprimé des besoins en agression sexuelle, ont exprimé
des choses claires il y a déjà 10 ans de ça, et je pense qu'on devrait
peut-être mettre de l'énergie sur ça, comme on l'a fait pour le crime organisé,
comme on l'a fait pour les manifestations avant d'aller vers une mesure, qui
est le registre public, qui n'a pas démontré ses effets, en fait, sur la
récidive. Donc, c'est notre but, c'est vraiment d'aller protéger la société, et
non seulement, parce que, tu sais, on le voit, sécurité et sentiment de
sécurité, si on veut des résultats sur ce projet de loi là, j'ai envie de vous
recommander de peut-être écouter les besoins de nos...
Mme Riendeau (Angy) : ...en
agression sexuelle, et, un jour, peut-être, on sera rendus là. Tu sais, quand
vous dites : Ce n'est pas une ou l'autre des mesures, c'est peut-être
juste qu'on n'est pas rendus à celle-là.
M. Lafrenière : Je vais vous
rassurer, on a un plan d'action où on envoie des sous au SPVM pour les mesures
en violence conjugale, agressions sexuelles, puis c'est un et l'autre. Merci.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci.
Nous allons du côté de l'opposition officielle avec la députée de Westmount—Saint-Louis.
Mme Maccarone : ...M. le
Président.Bonjour, Mme Riendeau. Je dois vous dire que j'étais très
impressionnée par votre témoignage. C'était rafraîchissant de vous entendre en
commission, parce qu'on entend toutes sortes d'experts, mais on n'avait pas un
expert en science. Alors, je trouve que c'est très intéressant d'avoir votre
point de vue, surtout que... c'est vrai, c'est intéressant, vous avez reçu le
prix de la ministre de la Sécurité publique du Québec pour votre mémoire. Pour
les collègues qui souhaitent le lire, j'ai une copie. C'est... C'est léger
comme lecture, il n'y a pas de trouble, ça va juste prendre quelques heures.
Mais bravo pour ce travail! Et je vous ai entendue... Dans le fond, avant que
j'oublie, est-ce que vous pouvez déposer vos remarques pour les membres de la
commission?
Mme Riendeau (Angy) :
Absolument.
Mme Maccarone : Parce que vous
avez fait plein de recommandations, puis c'est impossible pour nous de noter à
la rapidité que vous parliez. Mais j'ai noté qu'à la fin... au début de votre
mémoire, c'était la fin de votre témoignage avec la citation de sergent
détective niveau supérieur : «Aucun registre ne devrait justifier une
baisse de la vigilance d'un parent à l'égard de son enfant. Le risque se
prévient par l'éducation et l'information adéquate qu'on véhicule au grand
public.» Je trouve ça vraiment éloquent.
Suite aux échanges que vous avez eus
avec... avec le ministre, puis là je comprends... je ne veux pas parler pour
vous, mettre les mots dans votre bouche, vous n'êtes pas nécessairement contre,
mais vous, vous dites qu'en parlant avec les policiers on va savoir qu'est-ce
qu'ils ont vraiment besoin. Qu'est-ce que les policiers ont besoin si ce n'est
pas un registre? Qu'est-ce qu'ils ont besoin pour s'assurer qu'on protège les
victimes, qu'on travaille sur les récidivistes? Tu sais, des choses...
Qu'est-ce qu'on a besoin?
Mme Riendeau (Angy) : Vous
savez, quand j'ai fait mon étude il y a 10 ans, j'ai eu des discussions avec le
gouvernement en place à cette époque-là, mon but, ce n'était pas du tout de
publiciser les résultats parce que je ne voulais pas que ça crée un vent de
panique dans la population, de se rendre compte que les policiers avaient si
peu accès aux informations concernant les délinquants inscrits au registre
national des délinquants sexuels.
Donc, pour tout le monde, ça va de soi
que, bien, les policiers ont accès à ce registre-là. Ce qu'il faut comprendre,
c'est qu'au Canada il y a le Québec, l'Ontario qui ont une... qui a une police
provinciale et, au moment de l'adoption de la loi nationale, que l'Ontario
avait déjà un registre public. Donc, il y a des dispositions dans la loi
fédérale qui vient un peu donner des droits acquis à l'Ontario, qui fait en
sorte que les policiers de l'Ontario ont accès au registre à même leurs
terminaux véhiculaires de par leur registre provincial, chose qui n'est pas du
tout effectif au Québec.
• (17 heures) •
Donc, le Québec, la manière que ça
fonctionne... et je n'irai pas nécessairement trop dans le détail, mais les
individus vont s'enregistrer, l'information doit être envoyée à la Sûreté du
Québec, qui collige l'information, et les corps de police ne peuvent pas
conserver cette information-là, donc elle est envoyée à la Sûreté du Québec,
qui alimente la base de données nationale qui appartient à la GRC, donc la base
de données est à la GRC, ce qui rend extrêmement difficile l'objectif de la loi
nationale qui dit de donner aux policiers un accès rapide à des données à jour
et fiables. Un accès rapide, c'est dans les minutes qui suivent un événement
dans les 10 % de cas où on ne connaît pas l'agresseur, parce qu'un
registre ne nous servira pas dans les cas où la victime connaît son agresseur.
Donc, c'est ce que les policiers
m'exprimaient principalement : les enjeux de communication d'information,
la manière de gestion des données à géométrie variable à travers le Québec
aussi. Chaque sûreté municipale, chaque service de police municipaux ont des
réalités différentes. Montréal a 4 millions de population flottante. Gatineau a
une rivière qui les sépare d'Ottawa, ce qui amène un flot de délinquants qui
vont s'inscrire à Gatineau parce qu'à Ottawa ils sont plus... ils sont plus
sévères, donc ils viennent s'inscrire au Québec. Donc, c'est ce qui était
intéressant, c'était d'entendre les réalités des services de police municipaux
et d'arriver avec des solutions.
Et les solutions, les recommandations
qu'il y avait là-dedans, c'étaient toutes des recommandations faisables.
C'était important pour moi d'arriver avec un mémoire qui n'allait pas juste
critiquer ce qui était en place, mais d'arriver avec des solutions qui étaient
opérationnellement viables aussi. Et c'était le cas. Ces recommandations-là ont
été faites en partenariat avec les services de police et des avocats aussi,
pour s'assurer qu'on respectait les balises légales.
J'entends le ministre quand il dit qu'il
reste beaucoup de choses à faire par règlement, effectivement. Et ce qui nuit
actuellement dans l'application du registre national des délinquants sexuels au
Québec, c'est le règlement, c'est le règlement, et c'est les procédures qui ont
été mises en place...
17 h (version non révisée)
Mme Riendeau (Angy) : ...ce qu'on
va entendre au quotidien, c'est «la loi ne nous le permet pas», mais ce n'est
pas vrai. La loi, elle dit, par règlement, que la province va venir encadrer la
manière qu'on va administrer ces données-là. Donc, des fois, il faut faire
attention à... Les lois sont vagues. La loi sur le registre national, elle
permet aux policiers d'agir en prévention et en enquête. En prévention, ça
ouvre des portes énormes à pouvoir utiliser ces données-là et pourtant elles ne
peuvent pas être utilisées, actuellement.
Mme Maccarone : D'où l'importance,
j'imagine, de ce que vous avez dit, c'est «on crée un faux sentiment de
sécurité» puis que les victimes ou les personnes dans les communautés se sent
comme je dois se protéger eux-mêmes avec un type de registre. Il y a-tu moyen d'éviter
ça? Je ne sais pas parce que... Je comprends votre crainte, vous n'êtes pas le
seul, mais êtes ici toute la journée, ça fait que vous avez entendu aussi le
corps de police qui ont soulevé cette préoccupation.
Je veux juste vous partager un peu les
implications financières. Quand on parle de ce volet, on sait que le
gouvernement a l'intention d'investir, je dirais, pas loin de 14, 15 millions de
dollars. Si vous avez 14, 15 millions de dollars, est-ce que vous,
vous allez investir dans un registre ou est-ce que vous allez engager des
effectifs, faire autre chose?
Mme Riendeau (Angy) : C'est
sûr que si vous me demandez mon avis à moi, je vous réponds non. En ce moment,
aujourd'hui, je vous amène des idées en lien avec le registre public, parce que
je me doute que cette loi-là risque d'être adoptée. Donc, je me dis aussi bien
être un allié stratégique là-dedans puis essayons de l'encadrer de la bonne
façon. Mais c'est certain que si le but, c'est de protéger les victimes, de
travailler pour la protection de la société, puis j'ai 14 millions, non,
ce n'est pas là que je vais le mettre en agression sexuelle. Je vais le mettre
à renforcer les outils en place, parce qu'en créant des outils, en créant des nouveaux
outils constamment, bien, on ne travaille pas à optimiser ceux déjà en place
puis on complexifie le travail policier dans le quotidien.
Mme Maccarone : Quand vous
parlez de l'agresseur inconnu versus un proche, je me demande comment... Parce
que, de toute évidence, nous allons poursuivre avec un registre. Comment que
nous pouvons poursuivre à protéger ces victimes quand on parle de les
statistiques que vous avez partagées avec nous? Ça fait que, dans le fond, on a
des... des proches qui ne seront pas protégés ou n'auront pas un accès. Ça fait
que j'ai comme l'impression que c'est un demi-mesure.
Mme Riendeau (Angy) : Je ne
suis pas certaine de bien comprendre la question.
Mme Maccarone : Mais quand
vous parlez de, tu sais, un registre, la majorité de... des personnes qui feront
partie de ce registre, là, on parle des agresseurs qui sont peut-être inconnus
de la personne, mais vous, ce que vous dites, c'est la majorité des agressions
sont faites par un proche, ça fait qu'il me semble qu'on va avoir un écart des
données qui vont être publiées dans ce registre, parce que c'est des personnes
connues puis ça se peut qu'on n'aura pas des gens qui vont vouloir dénoncer,
ils ne voudraient pas avoir ses informations publiques. Je suis perplexe par l'initiative,
selon votre témoignage, d'un registre pour avoir des mesures de protection de les
victimes quand les victimes, majoritairement, sont affectées ou sont les
victimes des proches.
Mme Riendeau (Angy) : Mais
ça, c'est dans la mesure où on continue avec l'idée que le risque qu'on reste
avec l'agression sexuelle, à mon sens, si vraiment on veut un registre de
délinquants à risque, on ne devrait pas se restreindre à un chef d'accusation,
parce que, vous savez, déjà à la cour, là, il y a des... l'agression sexuelle
est un voie de fait, là, donc ce n'est pas rare non plus qu'en négociation de
peine, ça va... on va avoir un plaidoyer de culpabilité sur une voie de fait. On
ne devrait pas s'arrêter, en fait, à ça.
Ensuite, au niveau de l'agression
sexuelle, effectivement, que le... les agressions sexuelles ne sont pas un
groupe homogène. Donc, on a les agressions sexuelles intrafamiliales et
extrafamiliales. Et effectivement j'ai... j'ai moi aussi noté l'intervention
des policiers tout à l'heure qui disaient que, dans la mesure où il s'agit d'un
agresseur sexuel intrafamilial, bien, peut-être que la victime, sa fille, sa
petite-fille ne sera pas en accord et ce ne sera pas une bonne chose pour elle
qu'il se retrouve avec son visage public dans son processus à elle de
reconstruction. Donc, oui, je pense que c'est quelque chose qu'il va falloir
considérer sérieusement, sachant que la majorité des victimes connaissent leur
agresseur et que ça a déjà été terriblement difficile de le dénoncer quand c'est
une personne que tu aimes mais qui est dans ton entourage.
Mme Maccarone : Oui, non, en
effet, c'est... c'est d'une grande préoccupation. Vous avez parlé aussi dans
vos recommandations de revoir la mise en œuvre des outils actuels, comme quoi?
Mme Riendeau (Angy) : Bien,
je pense au registre national des délinquants sexuels. En toute honnêteté, je
pense qu'on devrait se rasseoir sérieusement avec les bonnes personnes autour
de la table, et j'insiste sur les bonnes personnes autour de la table, pour
voir de quelle façon le Québec peut faire des représentations autant à Ottawa
que dans sa mise à jour de ses propres règlements et procédures pour pouvoir
utiliser plus adéquatement cette base de données là. Et éventuellement,
justement, c'était dans une des recommandations, de peut-être aller vers plus
une gestion... tu sais, une... parce que les délinquants sont inscrits tous à
même niveau dans le registre national, il n'y a pas de niveau de risque, justement,
là.
Mme Maccarone : Évaluation de
la dangerosité.
Mme Riendeau (Angy) : Exactement.
Alors qu'on sait tous que l'agression sexuelle, là...
Mme Riendeau (Angy) : ...il y
a une variété de gestes qui entrent dans ce type de délit là, donc il y a
plusieurs éléments là-dessus.
Si on parle spécifiquement de l'agression
sexuelle, évidemment que je ne suis pas en violence conjugale, et tout, on est
vraiment en agression sexuelle, je pense qu'on devrait retourner faire nos
travaux sur la manière qu'on utilise le registre national actuellement, ici, au
Québec.
Mme Maccarone : Avant de
déployer une autre mesure.
Mme Riendeau (Angy) : Exactement.
Mme Maccarone : OK. Puis
quand on parle de les bonnes personnes, elles sont qui, les bonnes personnes?
Mme Riendeau (Angy) : Bien,
écoutez, ça, on pourra en rediscuter plus sérieusement pour bien les
identifier, mais c'est certain que les bonnes personnes, ce sont ceux qui ont à
appliquer cette loi-là dans le quotidien, à procéder à l'enregistrement des
délinquants aussi, avoir à enregistrer toutes les informations chaque année,
devoir détruire ces informations-là, tu sais, toutes les petites technicalités,
ça prend les gens au bas de l'échelle qui ont à appliquer cette loi-là et à
travailler avec cette loi-là.
Mme Maccarone : OK. Puis,
quand on parle du registre, la façon que c'est proposé dans la loi, on parle
de... il faut que le délinquant termine sa peine avant de faire partie de cette
liste-là, vous l'avez évoqué un peu dans vos remarques, mais comme le 14.8, la
condition à respecter, etc. Ça veut dire qu'il y a toujours de la surveillance.
Comment voyez-vous ça? Parce qu'on va poursuivre avec un registre, mais ce ne
serait pas complet parce que les gens qui n'ont pas terminé leur peine, bien,
n'en feront pas partie, c'est seulement ceux qui ont terminé leur peine. Puis
je comprends. Moi, ce que j'entends... j'ai écrit «registre», ça veut dire
«échec» de toutes les mesures que nous avons mises en place, tu sais, pour être
plus concis. Pas parce qu'on n'en veut pas, mais ça veut... c'est vrai, c'est
un enjeu sociétal, mais comment voyez-vous le deux tiers quand nous allons
poursuivre et en débattre à l'étude détaillée?
Mme Riendeau (Angy) : Bien,
effectivement qu'au niveau de la détention au Québec, je pense que c'est
important de comprendre les réalités terrain. Donc, contrairement au fédéral,
tous les délinquants vont être libérés aux deux tiers de leur peine. Donc,
aucun délinquant va faire le trois tiers de sa sentence de détention. Donc, on
parlait tout à l'heure, là... il y avait des questions qui étaient posées au
niveau des directeurs, l'association des directeurs, pour avoir travaillée à la
commission, les sujets détenus au provincial peuvent renoncer à leur libération
conditionnelle. Donc, s'ils renoncent, c'est qu'automatiquement ils sortent à
leur deux tiers.
Et c'était une stratégie qui avait été
nommée à l'époque au niveau des délinquants et incarcérés au provincial. S'ils
passent devant la commission au tiers ou au sixième encore et qu'ils sont
libérés avec des conditions, les conditions vont s'appliquer jusqu'au trois
tiers de la sentence. Mais s'ils renoncent et qu'ils sortent aux deux tiers,
ils sont libres comme l'air s'il n'y a pas de probation après. Donc, ça peut
être une stratégie au niveau des personnes délinquantes, justement pour avoir
le moins de conditions possible. Je ne veux pas qu'on généralise, mais il faut
prendre en considération ce fait-là. Alors qu'au fédéral, le deux tiers, la
libération d'office, c'est un droit et ça demande vraiment aux services
correctionnels canadiens de faire des représentations importantes pour pouvoir
justifier de détenir quelqu'un jusqu'au trois tiers.
• (17 h 10) •
Et, dans ces cas spécifiques là, ça arrive
que les services de police vont recevoir finalement des demandes de 810 des
services correctionnels du Canada, parce que, justement, ils ont maintenu la
personne détenue jusqu'à la fin de sa sentence parce que son risque est
beaucoup trop élevé et que, là, bien, on arrive, on n'en a plus, de leviers.
Donc, on demande au service de police où la personne va résider de procéder à
un 810 pour qu'on continue à pouvoir imposer des conditions et éventuellement
avoir des leviers s'il y a un manquement.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup. Nous poursuivons avec la députée de Sherbrooke.
Mme Labrie : Merci. Très
intéressante présentation. Donc, si je vous comprends bien, la priorité absolue
pour atteindre les objectifs du projet de loi, ça serait de rendre accessible
le registre national aux policiers qui sont en patrouille sur le terrain, là,
que ce soit efficace et fonctionnel, ce registre-là.
Mme Riendeau (Angy) : Oui,
oui. Bien, en fait, c'est... Si on revient en arrière, ce serait de, oui, à les
corriger, peut-être, les différents enjeux exprimés actuellement par rapport au
registre qui existe déjà et qui n'est pas public, effectivement, mais dans
l'éventualité où le registre public fait quand même partie du projet de loi,
bien, j'ai envie, peut-être, qu'on se pose la question, à savoir : Est-ce
que le risque devrait être associé à un chef d'accusation, en fait?
Mme Labrie : Exact, puis ça
m'amène à mon autre question. Dans le fond, là, si c'était élargi, là, est-ce
que ça pourrait en avoir une, utilité de votre point de vue d'experte, si on
élargissait, par exemple, à toutes les personnes qui ont un risque élevé de
récidive en matière de crime contre la personne sans que ce soit limité aux
agressions sexuelles?
Mme Riendeau (Angy) : Je
continue quand même à penser que non parce que les délinquants qui sont libérés
et qui sont considérés à risque, c'est amplement médiatisé. Donc, je pense que
la population... bon, effectivement, il y a des cas que, non, là, mais, je veux
dire, si on y va purement scientifiquement, il n'y a pas eu...
Mme Riendeau (Angy) : ...d'études
qui ont permis, vraiment, de se dire que c'était une bonne solution, la
notification publique, peu importe. Mon point est que si cette loi-là a à être
adoptée, bien, comment on doit... comment on doit la réfléchir? Et c'est là où
je me questionne sur le fait qu'on cible un type de crime précis alors qu'il
est question de risques, et que le risque, en 2026, bien, je ne pense pas qu'il
n'est qu'orienté vers l'agression sexuelle ou vers un chef d'accusation, du
moins.
Mme Labrie : Non,
effectivement, parce que comme vous dites, de toute façon, la plupart des
victimes connaissent leur... leur agresseur, en violences sexuelles, mais ce
n'est pas nécessairement le cas pour d'autres types... bien, c'est-à-dire, tu
sais, je pense à la violence conjugale, quand même, la personne, elle finit par
être un proche, bien, elle devient un proche, elle n'a pas toujours été un
proche. Donc, je me demande s'il peut y avoir une utilité pour des cas comme ceux-là,
là. Par exemple, que... que quelqu'un qui est à risque de récidive, qui a des
antécédents, tu sais, de voie de fait armée, tentative de meurtre, des choses
comme ça. Est-ce que ça peut servir à quelque chose ou pas du tout?
Mme Riendeau (Angy) : J'aurais
tendance à vous dire que non, effectivement qu'à mon sens, à mon expertise, les
recherches ont beaucoup étudié les notifications publiques en matière
d'agressions sexuelles. Au niveau de la violence conjugale, c'est... ce qui
semble avoir un impact, au niveau des pratiques policières actuellement en
place, c'est l'utilisation, notamment, oui, les bracelets anti-rapprochements,
mais les 810, mais qui sont... qui vont servir, qui vont être surveillés puis
qu'il va y avoir un travail avec les partenaires, aussi, qui est fait pour être
capable de voir l'évolution du risque.
Mme Labrie : Donc, déployer
des ressources pour appliquer de la surveillance quand il y a un 810, ça serait
ça, votre recommandation?
Mme Riendeau (Angy) : Oui,
oui. Puis, évidemment, travailler sur les individus qui ont des enjeux de
violence. Évidemment, on en revient aux bases, là. Si on veut prévenir les
victimisations, bien, on y arrivera difficilement si on n'offre pas des
services d'aide aux gens qui présentent ces enjeux-là.
Mme Labrie : Parfait.
Justement, par rapport à ça, bien, il y a une disposition du projet de loi pour
référencer automatiquement, là, les auteurs de violences. Vous êtes peut-être
familière avec les organismes qui offrent déjà des services, là, à ces
personnes-là. Moi, à ma connaissance, ils ont déjà des listes d'attente
importantes puis peinent à répondre à la demande. Qu'est-ce que vous anticipez
qu'on devrait faire pour que ça serve à quelque chose, cette nouvelle
disposition là dans le projet de loi, pour que ça ne fasse pas juste allonger
la liste?
Mme Riendeau (Angy) : Oui,
oui. Bien sûr qu'une loi qui est adoptée, qui prévoit un référencement, doit
essentiellement avoir prévu que le référencement en soi est en mesure d'accueillir
ces gens-là. En matière d'agressions sexuelles, effectivement, c'est difficile.
Et même j'irais au niveau de la délinquance sexuelle mineure, donc chez les
mineurs, où l'intervention est encore plus importante, notamment, avec tous les
facteurs biologiques, chez les jeunes et tout, s'il y a des comportements
déviants, la prise en charge est importante et les ressources sont très rares,
sont difficiles à avoir. Donc oui, effectivement, s'il y a référencement, il
faut prévoir du financement pour les ressources.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup, alors, nous avons... Le temps est écoulé, alors, merci beaucoup pour
votre précieux apport à la commission. Nous allons suspendre quelques instants.
(Suspension de la séance à 17 h 15)
(Reprise à 17 h 20)
Le Président (M. Schneeberger) : Alors
nous reprenons les travaux. Nous en sommes maintenant au... On recevra
maintenant, pardon, les réseaux d'aide aux actes criminels, la CAVAC. Alors,
bonjour à vous trois. Comme je vous le disais en entrée tantôt, vous présentez,
par la suite la personne qui présentera le mémoire, enchaînez par la suite.
Mme Gagnon (Karine) :
Parfait. Allez-y, mes collègues, puis je terminerai étant donné que je prends
la parole en premier.
Mme Cormier Gaudet (Marilie) : Bonsoir,
je m'appelle Marilie Cormier Gaudet, je suis directrice générale du CAVAC, le
Centre d'aide aux victimes d'actes criminels, Centre-du-Québec.
Mme Gasse (Sophie) : Bonjour,
Sophie Gasse, directrice générale du Centre d'aide aux victimes d'actes
criminels du Bas-Saint-Laurent.
Mme Gagnon (Karine) :
Bonjour, je suis Karine Gagnon, coordonnatrice au soutien organisationnel et au
développement pour le réseau des CAVAC. Tout d'abord, merci à la Commission de
nous donner l'opportunité de nous exprimer sur les éléments, là, qui ont plus
particulièrement attiré notre attention dans le projet de loi 13. Rapidement,
le réseau des CAVAC, donc le Réseau des centres d'aide aux victimes d'actes
criminels, a comme mission de rassembler tous les CAVAC en... en favorisant
l'agir ensemble tout en créant et entretenant un sentiment d'appartenance
unissant les forces afin de promouvoir les besoins des personnes victimes
d'infractions criminelles ainsi que ceux de leurs proches et des témoins de
tels événements. Rechercher les meilleures pratiques d'intervention en
victimologie, les mettre en commun, en favoriser l'harmonisation, les faire
connaître et faire valoir l'expertise des CAVAC en cette matière, soutenir le
déploiement des services, le tout dans un esprit de consensus. Le réseau des
CAVAC regroupe 17 CAVAC dont la mission est d'offrir des services gratuits
et confidentiels aux personnes victimes d'infractions criminelles, à leurs
proches...
Mme Gagnon
(Karine) :
...ainsi
qu'aux témoins de telles infractions, peu importe la nature ou la gravité
objective de l'infraction ou le moment où celle-ci s'est déroulée, qu'une dénonciation
ait été faite ou non, qu'un suspect ait ou non été identifié.
La première mesure que nous avons analysée
dans le cadre de notre mémoire est la divulgation publique de renseignements
concernant certains délinquants sexuels à risque élevé de récidive. On peut, à
première vue, penser que cette nouvelle loi aura comme effet de rassurer la
population en général. On peut également penser qu'elle pourrait contribuer au
sentiment d'avoir obtenu justice pour certaines personnes victimes. Toutefois, nous
avons des preuves que des préoccupations quant aux effets indésirables de
celle-ci d'un point de vue de prévention de la victimisation.
D'abord, selon nous, le problème que la
loi tente d'encadrer devrait être abordé autrement. Il conviendrait plutôt d'intervenir
en amont afin de comprendre pourquoi des délinquants sexuels à risque élevé de
récidive se retrouvent en liberté et apporter les correctifs requis. À défaut,
la responsabilité de la protection repose une fois de plus sur la personne
victime potentielle.
Aussi, nous sommes préoccupés relativement
au faux sentiment de sécurité que cette loi peut générer. Il est bien connu que
la très grande majorité des agressions sexuelles sont commises par quelqu'un de
l'entourage de la personne victime. Selon notre opinion, ce type de divulgation
publique risque d'alimenter les fausses croyances à ce sujet.
Concernant la composition du comité
d'analyse, il sera impératif que la personne possédant une expertise en matière
d'aide aux personnes victimes possède cette expertise à l'égard de tout profil
de personne victime. Quant à la possibilité pour ce comité d'informer toute
personne victime et de lui permettre de présenter ses observations, il devrait
plutôt s'agir d'une obligation. Il devrait également y avoir une obligation de
s'assurer que la personne est bien informée des services de soutien qui sont
disponibles pour elle. Aussi, nous sommes préoccupés de savoir qui fera ce
contact éventuel auprès de la personne victime. L'ajout d'un intervenant
supplémentaire dans la vie de la personne victime n'est certainement pas
souhaitable. Il faudra aussi s'assurer que cette personne ait la formation et
les compétences nécessaires. De plus, il nous apparaît primordial que la
personne victime soit informée à l'avance de la publication de renseignements
concernant la personne contrevenante l'ayant agressée.
Finalement, le risque identification de la
personne victime en recoupant les renseignements rendus publics nous apparaît
très élevé. Je vais passer la parole à ma collègue Marilie.
Mme Cormier Gaudet (Marilie) : Donc,
la deuxième mesure analysée est la modification à la Loi sur l'accès aux
documents des organismes publics et sur la protection des renseignements
personnels. Donc, avant de vous parler de la mesure analysée, je vais vous
parler d'un service au sein du réseau des CAVAC, soit la référence policière.
C'est un service qui a été mis en place en 2015 et qui est maintenant balisé
par la... donc, la nouvelle loi. Ce que ça fait, ce que ça a permis, en fait, c'est
que nous avons des intervenantes dans tous les CAVAC qui font de la référence
policière. Qu'est-ce que c'est, de la référence policière? Dans la plupart des
CAVAC, ces intervenantes-là travaillent au sein même des postes de police et
elles ont accès au registre d'unités. Qu'est-ce que c'est, le registre
d'unités? Moi, je suis intervenante, par exemple, dans un poste de police, en
référence policière, bien, je vais avoir accès à tous les crimes qui ont été
commis la veille et je vais pouvoir faire des offres de services proactives aux
personnes victimes. En ce sens-là, les CAVAC n'ont pas besoin du consentement
des personnes victimes pour avoir leurs renseignements et leur faire une offre
de services. C'est prévu dans la loi, puis on a accès à ces renseignements-là
et aussi aux rapports d'événements. Donc, c'était ma petite mise en contexte.
En ce sens-là, dans l'ajout de l'article
6.2.1... pardon, 61.1, ce qu'on souhaiterait, en fait, c'est que ce même type
d'offre de services là soit fait aux auteurs de violence. C'est un service qui
existe déjà avec la Régie intermunicipale de police du Richelieu. C'est un
projet qui fait ses preuves. À Drummondville, nous avons également essayé
d'implanter le même projet. Par contre, on a été bloqué un petit peu parce que,
de notre côté, ce ne sont pas des corps de police municipale, mais la SQ, et
l'accès aux renseignements est un peu plus difficile. Ce qu'on pense, c'est que
cette offre de services là qui serait faite aux auteurs de violence serait une
fenêtre d'opportunité d'acceptation des services qui serait très importante. Au
niveau des organismes qui offriraient ces services-là, nous croyons qu'ils
doivent avoir une philosophie de responsabilisation des auteurs, mais aussi
être très à l'affût des facteurs de risque en matière de risque...
Par la suite, au niveau de l'article 61.2,
soit qu'on veut étendre les initiatives existantes dans quelques corps de
police pour favoriser la référence... non, pardon, ça, c'est celui que je viens
de vous faire. Donc, c'est... On parle de transmettre les conditions aux
personnes victimes. En fait, cette mesure-là n'est pas seulement essentielle
mais devrait être obligatoire. Et les mesures de... les...
Mme Cormier Gaudet (Marilie) : ...devrait
aussi être transmise à tous les CAVAC. On voit que ce qui est proposé, là,
c'est que les conditions divulgués soient celles qui concernent la personne
victime. De notre côté, on pense que c'est l'ensemble des conditions qui doit
être divulgué et que ça ne doit pas être de la discrétion des corps de police,
parce qu'il en va de la sécurité de la personne victime d'avoir toutes les
informations nécessaires. La transmission des informations devrait être rapide,
accessible et sécuritaire, mais devrait aussi l'être par écrit pour pas que la
personne victime ait à faire une demande d'accès à l'information.
Donc voilà de mon côté, je vais passer la
parole à ma collègue Sophie.
Mme Gasse (Sophie) : Au
niveau de la possibilité de la lecture de représentations écrites devant la
Commission québécoise des libérations conditionnelles, on est d'avis qu'il
serait beaucoup plus facilitant, là, pour la personne victime d'avoir d'emblée
le droit de se faire entendre et que, selon les situations, selon ses besoins,
elle n'est qu'à décidé en temps opportun, là, si elle décide de se prévaloir de
ce droit ou non. On sait aussi que la préparation, c'est vraiment primordial
pour ce type-là de...
(panne de son)
Le Président (M. Schneeberger) : ...interruption
de courant. Alors... Ah! Ça revient. On va essayer de rétablir la connexion,
là.
Des voix : ...
Le Président (M. Schneeberger) :
Est-ce que vous nous attendez? Oui? Nous... Pas certain.
(Suspension de la séance à 17 h 29)
17 h 30 (version non révisée)
(Reprise à 17 h 33)
Le Président (M. Schneeberger) :
Alors, le courant est revenu. Est-ce que vous nous entendez?
Mme Gasse (Sophie) : Oui.
Le Président (M. Schneeberger) :
OK. Parfait. Alors, on en a eu une interruption de courant. Alors, tout est
redevenu à la normale. Alors, il vous restait quelques... quelques minutes.
Excusez-nous. Alors, vous pouvez poursuivre.
Mme Gasse (Sophie) : Il n'y a
pas de problème. On était au point là, au niveau des représentations à la
Commission québécoise des libérations conditionnelles. Donc, on avait mentionné
qu'il était important pour nous que les personnes, là, aient d'emblée le droit
de se faire entendre. Ensuite, on sait que ces représentations-là, il y a une
préparation qui est primordiale pour les personnes victimes. Donc, c'est
important que les personnes victimes puissent bénéficier d'un soutien
psychosocial approprié pendant et après les représentations.
Ensuite, au niveau du choix des modalités,
c'est-à-dire que la personne puisse procéder à la lecture soit par
visioconférence ou encore en personne, on trouve important que ce moyen-là soit
à la discrétion de la personne victime, qu'elle puisse avoir le choix, et que
peu importe le moyen, là, qui est choisi, qu'il y ait des mesures qui soient
prises, là, afin de s'assurer que la personne victime soit dans un endroit,
dans un environnement qui est sécuritaire puis qui est sécurisant pour elle.
Donc, je vais vous... pour vous résumer l'ensemble
des points qu'on vous a partagés, donc, le Réseau des CAVAC recommande que la
communication des conditions de remise en liberté par les corps policiers soit
obligatoire, que l'ensemble de ces conditions soient communiquées à la personne
victime ainsi qu'aux CAVAC, et ce, par écrit. Au sujet de la divulgation
publique des renseignements concernant les délinquants sexuels à haut risque, nous
recommandons que la personne victime soit consultée par le comité d'analyse,
que la personne victime soit informée et préparée préalablement à la... à la
divulgation, pardon, ainsi que référer vers des services d'aide; qu'une
attention particulière soit portée à la — je m'excuse, je recommence — qu'une
attention particulière soit portée afin que la divulgation ne crée pas un faux
sentiment de sécurité auprès de la population et ne crée pas de la revictimisation
auprès des personnes victimes.
Et, enfin, nous recommandons que les
contacts proactifs avec les auteurs de violences soient encadrés et effectués
par des organismes qui détiennent l'expertise clinique avec ce type de
clientèle et que la sécurité physique et psychologique des personnes victimes
soit prioritaire dans l'exercice de leurs droits. Merci.
Le Président (M. Schneeberger) :
Vous avez terminé?
Mme Gasse (Sophie) : Bien
sûr.
Le Président (M. Schneeberger) :
Parfait. Alors, merci beaucoup. M. le ministre, vous avez la parole pour 16 min 30 s.
M. Lafrenière : Merci
beaucoup. Merci, mesdames. Je suis impressionné, impressionné que vous ayez
gardé toute votre concentration malgré ce qu'on nous a fait vivre, bien malgré
nous. Désolé. Merci pour votre présentation aujourd'hui, vous parlez au nom des
victimes. Je pense que, dans cette salle, c'est ce qu'on voulait faire, on
voulait entendre les gens qui nous expliquent le côté victime, ce qu'ils vivent,
parce qu'on a des bonnes intentions puis il n'y a rien de mieux que de parler à
des gens qui connaissent le terrain comme vous, pour savoir comment c'est reçu.
Je veux commencer par le registre, quand vous
dites : Le danger du transfert de responsabilisation ou le faux sentiment
de sécurité, on l'a entendu. Je vais vous passer deux, trois questions, puis je
vais vous laisser répondre, vous déciderez entre vous, là. Mais je suis
totalement d'accord avec vous, puis j'aimerais ça avoir — j'étais
pour dire votre input, je suis fatigué — votre... vos suggestions
pour comment éviter ça. Parce que c'est bien la dernière chose qu'on veut,
c'est de créer un faux sentiment de sécurité ou de transférer... de faire
croire aux gens que c'est leur... c'est à eux de s'assurer de leur sécurité,
puis, nous autres, comme État, on se désengage, ce n'est pas notre volonté. Ça,
c'est le premier que je trouve vraiment, vraiment intéressant.
Le deuxième point, vous avez parlé de
référence policière. Nous, on sait...
M. Lafrenière : ...que ça se
fait, on sait qu'il y a plusieurs services qui le font. On disait tantôt les
fameuses conditions polices aussi, c'est-à-dire quand la personne est libérée
et qu'on appelle la victime en disant : Voici ce qui s'est passé. Puis là
je comprends que, dans ce que vous nous dites là, on veut s'assurer que ça va
être fait, ce ne sera pas au bon gré de qui est là, ça, je l'entends bien.
On veut aussi le normaliser puis le rendre
légal. Vous avez amené le point aussi pour les suspects avec le fameux projet
pilote qui est vécu présentement avec la régie de police Richelieu
Saint-Laurent. Je vous dirais que c'est largement pour ne pas dire complètement
inspiré de ce projet pilote qu'on vous présente aujourd'hui, ce qu'on vous
présente, avec... puis vous saurez nous donner les résultats, mais, si je ne me
trompe pas, c'est un 70 % de taux de succès pour ceux qui ont été
contactés par l'organisme, donc, pour baisser les récidives ou les... la suite
des choses. Je vais commencer là-dessus, parce que j'en ai un paquet, de
questions. Mais encore une fois merci, puis c'est vraiment, vraiment important
de vous entendre. Parce qu'au final on le fait pour les victimes. Ça fait que
d'entendre les gens qui connaissent les victimes, qui les représentent, bien,
ça nous aide beaucoup aujourd'hui. Merci. Commencez dans l'ordre que vous
voulez.
Mme Cormier Gaudet (Marilie) : Je
peux prendre la balle. Au niveau de la référence policière, là, comme vous avez
parlé, au niveau du régie intermunicipale, je n'ai pas, malheureusement, comme
vous, là, les chiffres ou les statistiques, mais inévitablement on travail est
très proches. Nos organismes partenaires, les organismes qui viennent en aide
aux hommes auteurs de violence, ce sont nos partenaires principaux tout autant
que les maisons d'hébergement. Et puis... bien, on en entend parler, ça fait
des vagues, c'est... Oui, c'est un succès. Puis c'est quelque chose... en fait,
moi, je vais dire personnellement que je souhaite dans ma région depuis...
depuis que je suis à la direction du CAVAC. Donc, effectivement, moi, j'étais
bien, bien heureuse de voir ça.
Puis je pense que, si on travaille
ensemble... Puis c'est un peu de la prévention. Oui, l'acte a eu lieu, oui, la
personne victime, mais... et, malheureusement, déjà victime au moment où on
l'appelle, mais c'est de la prévention pour la suite, parce qu'on sait qu'une
personne victime, c'est en moyenne... ça prend en moyenne huit fois avant
qu'elle sorte de sa relation. Donc, si, à ce moment-là, aussi, c'est la
première fois, qu'il y a une dénonciation, bien, le suspect reçoit une offre de
services et entame une démarche de thérapie, bien, c'est déjà un pas vers
l'avant.
Mme Gagnon (Karine) : Si
je peux peut-être compléter aussi, on sait que la demande d'aide des hommes est
quelque chose de très difficile, d'amener les hommes vers les services. Donc,
d'utiliser cette fenêtre, j'ose dire, d'opportunité-là, où souvent il y a une
crise qui est vécue, la personne vient d'être interceptée, il y a probablement
quelque chose dans cette déstabilisation-là qui peut être une fenêtre pour
l'amener vers les services. Malheureusement, on sait qu'on est déjà rendu à
plusieurs féminicides, et on est juste au début février. On a beaucoup de
mesures pour aider les personnes victimes, les maisons d'hébergement, leurs
services externes, et il ne faut pas arrêter d'offrir ces services-là, mais,
malheureusement, il faut adresser le problème encore plus en amont et à la
racine. La personne qui cause ces torts-là, il faut lui offrir des services au
moment opportun, et ça, c'en est un, parce qu'elle est nécessairement entrée
dans un système quand elle se fait arrêter dans ce genre de contexte là, et
elle n'ira probablement pas d'elle-même vers des services si on ne trouve pas
le moyen de le faire à ce moment-là.
• (17 h 40) •
Donc, c'est... tu sais, nous... Vous
savez, nous, on rêve du jour où il n'y en aura plus, de personne victime, et où
qu'on n'aura plus de travail personne, là, mais c'est ça. Ça fait que, pour y
arriver, il faut qu'on mette des mesures en place pour adresser les problèmes
vraiment à la racine du problème et dans des moments charnières dans la vie de
ces auteurs de violence là.
Mme Gasse (Sophie) : J'ajouterais
qu'un des besoins principaux nommés par les personnes victimes quand il y a une
arrestation, c'est que le conjoint ait des services. Puis, des fois, c'est
difficile. C'est difficile. Des fois, le tribunal, là, va essayer de trouver
différents services. Des fois, ça peut être des thérapies. Mais c'est... c'est
vraiment quelque chose qu'on entend très régulièrement. Donc, que ce soit
systématique, ça va vraiment répondre à un besoin dans toutes les régions. Puis
on entend que, dans le secteur de Marilie, c'est très positif.
M. Lafrenière : Bien, merci,
merci beaucoup. Tantôt, quand on a parlé de registre aussi, puis je vous
entendais, vous avez dit : Le danger aussi d'identifier directement ou
indirectement la victime, de la revictimiser, et vous avez mentionné
l'importance que la victime soit contactée avant même qu'on fasse cette
démarche-là.
Je l'ai dit plus tôt aujourd'hui, on a
toute l'approche réglementaire par la suite. Là, on fait le projet de loi, mais
après ça il y a un règlement qui va venir donner les détails. Puis ça, j'en
parlais à l'équipe, il va falloir absolument tenir compte de ça, de contacter
la victime, encore là, dans l'approche volontaire, si elle le veut bien, et
tout, mais, je pense, c'est un point extrêmement important qu'on va regarder.
Et je le disais tout à l'heure à une autre personne qu'on a invitée, je pense,
ça va être important de travailler avec vous pour l'approche réglementaire
aussi. C'est... le diable est dans les détails, là. Il va falloir faire le
regarder ensemble pour voir, justement, qu'on ne crée pas de problèmes qu'on ne
veut pas créer. Vous le comprenez, ce qu'on veut, c'est aider les victimes. Ça
fait que ça, j'ai... j'ai bien compris votre message.
Pour ce qui...
M. Lafrenière : ...du système
correctionnel du Québec. Tantôt, j'ai entendu dire que, pour vous... ce que
j'ai compris, c'est que, pour les victimes, ça ne devrait pas être complexe,
ils ne devraient pas être obligés de faire la demande, ça devrait arriver
d'office. J'aimerais ça vous entendre un petit peu là-dessus pour voir comment
on se garde de donner suite à ça.
Mme Gasse (Sophie) : Bien, on
faisait la comparaison un peu dans le système judiciaire, au niveau criminel.
Les personnes victimes ont d'emblée le droit de faire la déclaration de la
victime sur les conséquences du crime. Ensuite, elles décideront si elles
veulent que ce soit partagé ou si elles veulent même en faire la lecture au
moment des représentations sur sentence, donc que ce soit un peu le même
principe. Parce qu'on sait que la personne victime, quand elle doit faire une
démarche supplémentaire, d'aller faire la demande, qu'elle doit attendre après
la réponse à cette demande-là, c'est sûr que ça vient créer des conséquences et
un stress supplémentaire. Donc, quand c'est d'emblée, la personne a le droit,
elle sait qu'elle peut le faire, bien, ça peut aussi donner des portes en
intervention avec les gens qui sont autour d'elle pour intervenir et l'aider
dans ce processus-là.
M. Lafrenière : Vous avez dit
aussi tantôt, pour 61.2... moi, j'ai compris, parce que vous n'êtes pas la
seule à nous le dire, un corps de police peut, dans le cadre d'une remise en
liberté... pour vous, c'est «doit». Donc, ça devrait être plus une obligation
qu'une volonté. C'est bien ça?
Mme Gasse (Sophie) : Absolument.
M. Lafrenière : Parfait. J'ai
compris aussi, en passant, pour votre présence dans les postes de police. Je
peux vous le confirmer parce que j'ai vécu avec vos services dans certains
postes puis je vais vous dire merci, cette approche-là change beaucoup les
choses. Puis, voyez vous, c'est un détail que je ne connaissais pas, l'accès au
registre des événements pour vous permettre de voir ce qui est arrivé dans les
dernières heures puis de faire du référencement ou des offres de services. Je
pense que ça répond à une question que ma collègue avait tout le long de la
journée en se disant : Pour les victimes, on fait quoi? Là, on donne les
coordonnées du suspect pour qu'un organisme les contacte, mais, pour les
victimes, de ce que je comprends, ça pourrait se faire automatiquement étant
donné que vous êtes avec les corps policiers, c'est bien ça?
Mme Cormier Gaudet (Marilie) : Ça
existe, ça existe déjà.
Mme Gasse (Sophie) : Ça
existe.
Mme Cormier Gaudet (Marilie) :
Pardon. C'est ce qu'on fait, les CAVAC, là, ça fait partie de notre service de
référence policière. Je ne vous cacherai pas que, malheureusement,
actuellement, je vais le dire comme ça, on doit faire des choix. Donc, on
contacte principalement... là, je vais parler pour mon secteur, mais je sais
que mes collègues dans leur région, c'est similaire, donc on prend le registre
d'unité, on contacte les personnes victimes de crimes contre la personne,
principalement violence conjugale, violence sexuelle et références des
policiers. Donc, les policiers sont nos yeux sur le terrain. S'ils voient
qu'une personne victime est particulièrement vulnérable... les offres de
services qu'on va faire le plus proactivement. Dans le meilleur des mondes, on
contacte toutes les personnes victimes sur le registre d'unité.
Malheureusement, l'idéal n'est pas atteint actuellement.
Mme Gasse (Sophie) : Je veux
juste confirmer que c'est déjà ce qu'on fait sur le terrain. Depuis de
nombreuses années, c'est déjà...
Mme Cormier Gaudet (Marilie) :
Depuis 2015, puis, avant 2015, il y avait quelques projets pilotes qu'on a
appelait les 24/7, donc des intervenantes CAVAC qui pouvaient se déplacer pour
venir porter main forte aux patrouilleurs.
Mme Gagnon (Karine) : Juste
pour compléter, parce qu'on parle des registres d'unités, mais ça existe aussi
dans tous les services... dans tous les corps de police municipaux. Et là,
évidemment, la manière d'avoir accès aux rapports d'événements diffère d'un
service de police à l'autre, dépendamment des systèmes d'information dans les
divers services de police. Mais c'est vraiment inclus dans la loi depuis la
mise à jour de la loi par la vic en 2021. Il y a vraiment un article de loi qui
le prévoit. Donc, on a accès à ces informations-là. Autrefois, on fonctionnait
plus avec la Loi sur la protection des renseignements dans le secteur public,
c'était un petit peu plus compliqué, là, c'était plus... Mais là, c'est vrai
que ça a vraiment été légiféré de façon très, très claire, là, en 2021.
M. Lafrenière : Tantôt, pour
61.1, vous avez amené... merci pour la réponse, vous avez amené un
questionnement concernant l'applicabilité dans d'autres régions, je pense, vous
avez parlé de Drummond ou Victo où c'est la SQ qui intervient. Est-ce qu'au
niveau légal, dans notre législation, est-ce qu'il y a des points qu'on avait
regardés pour vous donner accès, ou le libellé, comme vous le voyez, vous
pensez que ça va être ce que ça vous prend?
Au niveau des CAVAC, nous, on est... je
vais utiliser le terme, mais blindés. Dans le fond de vous, on niveau des
CAVAC, on a déjà ce droit-là, on le met déjà en application. Les difficultés
qu'on a eues, c'était vraiment l'organisme pour hommes qui voulait faire la
même chose pour nous. Donc, l'offre de services proactive pour les auteurs, la
ressource à Drummondville, ça fait déjà plus de trois ans qu'elles travaillent
sur le projet et qui veulent le faire, qui veulent aller de l'avant. Mais c'est
un peu plus complexe, là, faire une entente avec la SQ qu'avec un corps de
police municipale, comme c'est le cas, là, avec la régie intermunicipale.
Mme Gagnon (Karine) : Parce
qu'actuellement, pour les auteurs de violence, ils doivent fonctionner encore
avec la Loi sur la protection des renseignements dans le secteur public, étant
donné qu'il n'y a pas un article spécifique qui est venu... qui vient prévoir
la transmission d'informations. Là, ce qu'on comprend, c'est que, dans le
projet de loi n° 13, on vient prévoir ce
mécanisme-là...
Mme Gagnon (Karine) : ...entre
le corps de police puis les organismes. Il faut vraiment s'assurer que cette
disposition-là, elle ne prête pas à interprétation puis qu'elle soit vraiment
solide au niveau légal, je vous dirais, là, pour qu'on puisse vraiment
l'utiliser puis qu'on ne vienne pas rencontrer des enjeux, là, au niveau des
différents contentieux, entre autres, là, dans... dans les... les différentes
municipalités, parce que la Sûreté du Québec, mais on est monolithique, là, une
fois que c'est réglé pour la Sûreté du Québec, c'est correct, mais quand on
vient dans tous les... dans les différents corps de police municipaux, là, on
peut se... se frotter à plusieurs enjeux légaux qui se multiplient à travers la
province, ça fait que ça va être important que cette disposition-là, elle soit
vraiment, vraiment bien, claire et étanche, là, à ce niveau-là.
M. Lafrenière : Super! J'ai
déjà une main levée de la part du MSP, qui vous dit qu'ils vont être là pour
vous supporter. Ça fait que grande volonté là-dessus.
Tantôt, on parlait du registre, je reviens
sur le registre, puis on a eu une discussion avec un intervenant un petit peu
plus tôt aujourd'hui, où on parlait de... du fait que le registre ne viendra
pas tout régler. Puis, j'ai oublié de commencer ma... mon questionnement en vous
disant : En passant, on n'a aucunement la prétention que ce qu'on vous
présente aujourd'hui règle tout, pour nous, ça s'ajoute à des choses qui
existent. Je vais vous faire le parallèle avec les... les cas de violence
conjugale, vous avez bien fait de... de le souligner tantôt, on en a déjà six,
ce qui est beaucoup trop. Et oui, les 810 exemples existent déjà. On a
rajouté le bracelet anti-rapprochement, le BAR, pour rajouter un... un autre
sécurité, si vous voulez, en rajouter une couche. Alors, je fais la même
approche pour ce qu'on représente aujourd'hui en disant : Oui, il y a déjà
des choses qui existent, mais le registre comme il ne corrigera pas tout tout
seul, on pense que c'est un ajout aux... aux 810 qui existent déjà. J'aimerais
ça vous entendre là-dessus pour... parce que vous avez parlé de ne pas
revictimiser, de ne pas ramenez, j'étais pour dire du «shaming», mais de la
honte sur la victime en disant que c'est à elle de se protéger, tout ça. Ça, je
vous le dis, on va devoir poursuivre nos discussions ensemble parce que je...
c'est vous n'êtes pas les premiers à le dire, puis je le sens, puis vraiment ça
m'agace, ça m'agace dans le sens qu'il faut trouver une solution à ça. Mais je
voudrais vous entendre là-dessus, sur le... le registre, sur ce qu'on vous
présente aujourd'hui. Est-ce que vous voyez ça comme un ajout avec ce qu'il y a
déjà là, avec le 810? Le fait que des gens soient libérés par condition, est-ce
que... puis là je reviens, je vais terminer, là, dans le sens, est-ce que le
registre qu'on propose... Puis, en passant, dans la volumétrie, là, on a évalué
à 100, 125 cas par année qui vont être soumis à un comité de cinq experts.
Vous avez vu la... la composition du comité, ça fait que, je pense, vous pouvez
vous sentir un petit peu ciblé dans... dans le comité. On va pouvoir consulter
des experts puis, par la suite, décider combien il y en a qui vont figurer au
registre. Puis, nous autres, c'est une étape, parce que j'ai répondu à mes
collègues des... des oppositions là-dessus, c'est un premier test. J'ai eu
beaucoup de demandes de rajouter d'autres types de criminalité. On commence à
quelque part. Mais je voudrais vous entendre là-dessus, sur le registre. Est ce
qu'on ne devrait pas, à cette étape-ci, mais l'ouvrir même à d'autres types de
crimes? J'aimerais vous entendre un petit peu sur le registre, s'il vous plaît.
Mme Gagnon (Karine) : Mais
vous avez vu qu'on avait des réticences un peu par rapport, là, à la
divulgation d'informations publiques. À notre avis, ce n'est pas une solution
qui va amener une sécurité réelle, mais peut-être, tu sais, un faux sentiment
de sécurité. Puis, si on... Vous nous amenez sur le chemin du 810, là, où on le
voit souvent, on le voit régulièrement en violence conjugale. Puis
malheureusement le problème avec les 810, c'est qu'il n'y a pas de... de
surveillance en continu pendant la durée d'un 810. Donc, ça, c'est
problématique. On en a parlé, là, à l'automne passé au niveau fédéral, dans le
cadre de... en prévision, là, de... du dépôt du projet C-16, mais c'est
sûr que c'est problématique, parce qu'à partir du moment où il y a un 810 en
place il n'y a pas de surveillance, on va dire, externe qui se fait ou par des
agents du genre agents de probation. Ça fait qu'encore une fois ça revient à la
personne victime de dénoncer lorsqu'il y a un bris au 810. Donc, on remet
encore la responsabilité sur les épaules de la personne victime. Ça fait qu'on
est toujours un peu dans ce cercle-là, là qui est... on tourne un peu toujours
autour des mêmes problématiques. Donc, c'est... c'est... oui, c'est un peu ce
qu'on... c'est ce qu'on observe sur le terrain. Je ne sais pas si mes collègues
veulent certainement compléter.
• (17 h 50) •
Mme Cormier Gaudet (Marilie) : Bien,
j'allais dire la même chose au niveau du bracelet anti-rapprochement. C'est
certain qu'on... qu'on voit la pertinence du bracelet anti-rapprochement, mais,
encore une fois, le nombre de victimes qui sont... qui sont désorganisées quand
le téléphone sonne une fausse alerte. On a eu récemment chez nous une personne
victime... parce que c'est des numéros de téléphone publics, donc des sondages.
Donc, c'était des sondages télémarketing qui sonnaient sur son téléphone du
bracelet de rapprochement, ça fait qu'à chaque fois que ça sonnait, bien, elle
pensait qu'il y avait une alerte BAR quand ce n'était pas le cas, ça fait qu'il
y a encore des lacunes au niveau du bracelet puis c'est encore la personne
victime qui vit avec ce stress-là, le stress de charger le téléphone, de devoir
le traîner partout, etc., etc.
M. Lafrenière : Bien, merci.
Merci pour ce partage. Puis, quand vous parlez du 810, je ne voulais pas mettre
mes pieds sales dans votre tête, je vais vous laisser parler avant, mais
j'étais pour vous dire que moi, je trouve ça bien, comme policier. C'est bien,
mais c'est... vous parlez de faux sentiment de sécurité...
M. Lafrenière : ...il n'y a
pas personne qui suit la personne à tous les jours, puis souvent c'est la
victime qui doit appeler en disant : Il a brisé les conditions, puis nous,
on répond : Mais faites un journal de bord, puis, honnêtement, on met
beaucoup de responsabilité sur la victime. C'est ce que je sentais.
Puis le dernier point, parce que je sens
que le président va me regarder : je faisais le parallèle un petit peu aussi
avec une personne qui ne se présente pas à la cour. Comme policier, je
l'intercepte. On me confirme qu'il y a un mandat, puis, comme il ne s'est pas
présenté à la cour, je lui remets un autre papier en disant : Tu te
représenteras à la cour une autre date. Ça fait que c'est... c'est très solide.
C'est à peu près comme le 810. Encore là, toutes ces choses-là toutes seules,
tu sais, ça ne donne rien, c'est l'ajout, je pense, des mesures, on vous a bien
entendues. Mais, définitivement, il falloir travailler avec vous pour la suite
des choses puis l'aspect réglementaire. Merci de votre temps puis merci de ne
pas vous être fait déconcentrer par la perte d'électricité tantôt. Merci.
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
nous allons du côté de l'opposition officielle, et j'entends la députée de Westmount—Saint-Louis.
Mme Maccarone : Merci, M. le
Président. Merci beaucoup, Mesdames, pour votre témoignage, votre mémoire. Je
partage le sentiment du ministre. Votre témoignage puis vos recommandations
sont précieux pour les membres de ce comité, surtout que, la représentation des
victimes, on n'en parle pas assez. Ça fait que merci beaucoup pour toute la
réflexion que vous partagez avec nous.
J'étais contente d'entendre le «peut» puis
le «doit», ça fait qu'on n'irait pas là-dessus encore une fois. Mais, quand on
parle des... la communication des conditions de mise en liberté, vous, vous
exigez que les conditions soient transmises pas seulement par écrit, mais
papier ou électronique. Mais je souhaite comprendre la réalité du terrain. On a
besoin de souplesse pour le partage de ceci, pourquoi? Puis aussi vous exigez
que l'ensemble des conditions soient partagées et non seulement la partie
restreinte en ce qui concerne la communication.
Mme Gasse (Sophie) : Je vais
y aller, puis vous me compléterez, les collègues. Au niveau des conditions en
format papier, en fait, c'est un peu à l'image, encore une fois, des conditions
qui sont émises par les tribunals. Il arrive bien souvent que les personnes
victimes peuvent avoir besoin de ces conditions-là pour d'autres procédures,
par exemple au familial ou... Donc, c'est très facilitant qu'elles puissent les
avoir avec elles au lieu de faire une demande à ce moment-là pour avoir... plus
formelle, là, pour avoir les conditions. Donc, au niveau de les avoir par
écrit, on le voit vraiment sur le terrain, parce qu'on le constate avec notre
expérience, avec les conditions qui sont émises par le tribunal, c'est
excessivement facilitant, là, pour les personnes victimes.
Mme Maccarone : Et en ce qui
concerne l'ensemble des conditions?
Mme Gasse (Sophie) : Oui,
on... on donnait l'exemple dans le mémoire de, des fois, il peut y avoir des
conditions qui sont... qui sont alentour, qu'on peut ne pas penser qu'ils sont
nécessairement en lien avec la personne victime. On donnait l'exemple de si la
personne contrevenante a l'interdiction d'aller dans un parc, bien, ça peut
être important que la personne victime le sache pour elle, après ça, faire un choix
éclairé sur sa propre sécurité, si elle décide d'aller dans ledit parc avec ses
enfants. Donc, des fois, on ne fait pas nécessairement le lien que la condition
peut être spécifiquement adressée à la personne victime, mais, après ça, dans
sa vie, ça peut avoir plusieurs impacts. Ou ça peut être le couvre-feu, par
exemple, ou plein d'autres conditions qui peuvent avoir un impact sur sa vie,
même si elle n'est pas nécessairement visée comme une interdiction de contact.
Mme Maccarone : OK, c'est clair.
Vous dites... juste en passant, dans la mise en contexte dans votre mémoire,
vous dites qu'on devrait... au lieu d'utiliser «violence conjugale», on devrait
plutôt porter sur la violence entre partenaires intimes. Est-ce que vous
recommandez des modifications en terminologie dans ce projet de loi?
Mme Cormier Gaudet (Marilie) : Bien,
effectivement, là, on souhaiterait que le vocabulaire soit arrimé. Dans les
corps de police avec lesquels on travaille actuellement, c'est vraiment le
terme «violence entre partenaires intimes» qui est utilisé. Donc, je pense que
ça serait... on pense que ça serait plus facilitant pour tout le monde que le
vocabulaire soit harmonisé.
Mme Maccarone : OK, parfait.
C'est noté. Je vous ai entendues en ce qui concerne les représentations écrites
devant la Commission québécoise de libérations conditionnelles, vous avez des
demandes de modifications, d'être entendues. Comment ça fonctionne
actuellement? C'est votre point 6.3.
Mme Cormier Gaudet (Marilie) : Est-ce
que c'est le point qu'on a abordé, là, en fait, au niveau d'en ce moment la
personne victime doit faire des démarches pour être entendue?
Mme Maccarone : Oui.
Mme Cormier Gaudet (Marilie) :
Ce qu'on souhaiterait, c'est qu'elle le soit... qu'elle le soit d'emblée, en
fait, comme c'est le cas au tribunal. C'est... C'est simplement ça, en fait.
Mme Maccarone : OK. Quand on
parle de... évidemment... le ministre avait posé des bonnes questions par
rapport les préoccupations que les gens, ils ont, incluant vous, en ce qui
concerne le registre, la divulgation publique de l'information. Puis je vous
entends en termes...
Mme Maccarone : ...revictimisation.
J'ai comme peur, parce qu'on comprend que les victimes sont déjà fragiles, dans
une situation de vulnérabilité. Mettons, si, une victime, on a un registre en
place, puis il y a quelque chose qui arrive, est-ce que ça se peut qu'elle sera
blâmée parce qu'elle n'a pas allée vérifier le registre pour dire : Ah!
mais vous auriez dû faire ça. Est-ce que, ça, c'est quelque chose que vous
pensez peut arriver? Et si oui, même tous les autres scénarios, que
pouvons-nous faire pour assurer que ce n'est pas le cas? Parce que ce que je
vous comprends, un registre, c'est un outil, mais on ne veut certainement pas
mettre des victimes dans une position où ils ne sont pas au pouvoir. Et aussi,
on est en train de leur dire, mais là la responsabilité réside sur vos épaules,
mais là vous ne l'avez pas utilisé, ça fait que c'est votre faute.
Mme Gagnon (Karine) : Bien,
ça va dans le sens de ce qu'on mentionne dans le mémoire, là. On ne devrait
jamais avoir des mesures qui vont faire en sorte que la responsabilité de la
protection est sur les épaules de la personne victime. Donc, c'est certain que
ce genre de situation-là ne devrait... ça ne devrait jamais être une
possibilité, là, d'opposer ça à une personne victime, de dire... je veux dire,
sinon on va rajouter dans les mythes... on va rajouter ça dans la liste des
mythes et préjugés, là. Tu n'aurais pas dû avoir une jupe courte, tu n'aurais
pas... tu aurais dû aller consulter le registre... non, c'est sûr qu'il ne faut
pas que ça ait cet effet-là, là, absolument pas, là... ça rentre un peu dans ce
qu'on disait là sur, tu sais, le faux sentiment de sécurité, puis de... ça
rejoint un peu ces éléments-là, là.
Mme Gasse (Sophie) : C'est
qu'on sait aussi qu'au niveau des crimes sexuels, la grande majorité des
infractions, c'est des personnes qui sont connues dans l'entourage des
personnes victimes. Donc ça l'entretient aussi un peu le mythe de l'agression
sexuelle qui est faite par un inconnu alors que la grande majorité des
dossiers, ce n'est pas ça. Tu sais, c'est des personnes qui sont vraiment dans
l'entourage, donc il y avait aussi ce volet-là. Puis, pour la personne victime,
d'avoir été victime, tu sais, par... peu importe, son oncle, son père,
quelqu'un dans son entourage, puis là, cette personne là se retrouve dans le
registre, il y a aussi ce volet-là de revictimisation. Donc la personne, ça la
remet, ça vient vraiment lui faire revivre, là, certaines conséquences qu'elle
ait pu vivre, là, suite à tous les événements qu'elle a vécus.
Mme Maccarone : Et le reste
d'identification, évidemment, indirect de la victime.
Mme Gasse (Sophie) : Exact,
aussi.
Mme Maccarone : Mais vous,
selon votre expertise terrain, comment est-ce que le projet de loi devrait-il
être amendé d'abord pour garantir cet anonymat total des survivants et
survivantes? Pas d'idée?
Des voix : ...
Mme Gagnon (Karine) : C'est
que c'est tellement facile, même avec... Moi, je suis à Sherbrooke, là, ce
n'est pas une si petite ville, mais c'est facile de faire des liens. Donc, si
en plus il y a un registre public, ça devient encore plus facile. Puis là, on
ne parle même pas des plus petites localités. C'est... je... Honnêtement, on a
de la difficulté à voir comment on pourrait contrer cette problématique-là, là.
• (18 heures) •
Mme Maccarone : OK. Mais
c'est sûr, c'est une préoccupation puis je vois le ministre qui est en train de
hocher sa tête. C'est une préoccupation, je pense, tous les membres de la
commission partagent parce que ce n'est pas le but, puis ce n'est pas ça qui
est souhaité, mais il va falloir qu'on trouve une solution si nous poursuivons
avec la manière que le projet de loi est actuellement rédigé.
Vous parlez de... la personne qui devrait
avoir le contact avec les victimes, vous avez dit : C'est... vous, vous
avez des... vous aimeriez avoir des précisions. Ça fait que, si, mettons, on fait
des modifications dans la loi, ce serait qui spécifiquement que nous devons
identifier?
Mme Gagnon (Karine) : Bien,
comme on le mentionne... Qui exactement, c'est difficile de répondre à cette
question-là pour nous, parce qu'on comprend que les membres du comité, c'est un
comité quand même fermé qui vont avoir accès à des informations très
confidentielles. Mais notre souci, c'est que la personne qui fasse ce
contact-là soit bien outillée pour faire un contact auprès d'une personne
victime. Puis évidemment, c'est sûr que notre souci aussi, c'est, bon, on
rajoute... vous savez, là, depuis des années, on travaille à ce qu'une personne
victime n'ait pas à rencontrer plusieurs intervenants, à raconter son histoire
à plusieurs intervenants. Là, on viendrait probablement rajouter une personne
dans la vie de cette personne victime-là. Ça fait que, ça, c'est une
préoccupation qu'on a. Mais, bon, si on va de l'avant, puis que c'est une autre
personne qui s'ajoute, minimalement, que cette personne-là soit bien formée
pour faire ce contact-là, pour bien soutenir ce que ça peut... ça peut générer
chez la personne victime. C'est vraiment ça un peu la mise en garde qu'on
faisait, là, par rapport à ça.
Mme Maccarone : OK.
Mme Gasse (Sophie) : Peut-être
aussi de favoriser un arrimage avec les intervenants qui sont déjà dans la vie
de la personne victime aussi, tu sais.
Mme Maccarone : Ah! C'est
intéressant. OK. Vous parlez aussi «encadrer strictement les contacts proactifs
auprès des acteurs de violence». Ça, c'est votre recommandation numéro huit,
pouvez-vous élaborer?
Mme Gagnon (Karine) : Bien,
je peux y aller. C'est, en fait, c'est un peu la même façon que ce qu'on
travaille quand on contacte des personnes victimes de violence...
18 h (version non révisée)
Mme Gagnon (Karine) : ...conjugale,
quand on parle d'encadrer strictement, c'est qu'on essaie de s'assurer avant de
faire le contact qu'on ne va pas mettre quelqu'un en danger. Donc, avant de
contacter un auteur de violence, il faut s'assurer : Il y a l'air de quoi le
contexte? La personne victime, elle est où? L'auteur de violence, il est où. Est-ce
qu'on risque de mettre quelqu'un en danger en faisant ce contact proactif là? C'est
à ça qu'on faisait référence en fait, là.
Mme Maccarone : OK, ça
fait que ça, c'est...
Mme Cormier-Gaudet
(Marilie) : Je peux donner un exemple qui peut sembler banal, mais si
une boîte vocale... ou une personne victime de violence conjugale, si la boîte
vocale n'est pas identifiée, on ne va pas laisser un message vocal de notre
côté. Puis après le premier contact avec elle, on va valider si sa boîte vocale
c'est sécuritaire qu'on lui laisse un message vocal. Donc, c'est un peu le même...
c'est le même principe, juste des principes de base qui assurent une sécurité puis
qui ne mettent pas la personne à risque.
Mme Maccarone : OK, ça
fait que, ça, c'est peut-être quelque chose qu'ils pourraient faire par l'entremise
d'un règlement, juste, je vois en mal comment que nous pouvons mettre quelque
chose comme ça dans la loi. La recommandation numéro neuf aussi, vous parlez de
garantir que l'exercice des droits des personnes victimes, notamment lors de la
lecture des représentants... des représentations écrites qu'elles ont un
accompagnement psychologique. Qu'est-ce qui arrive actuellement dans les cas de
même, où elles doivent faire des représentations? Il n'y a pas un outil? Ce n'est
pas vous qui faites cet encadrement ou l'accompagnement?
Mme Gagnon (Karine) : Bien,
en fait, on le fait dans le cadre du processus judiciaire criminel.
Actuellement, notre compréhension, là, c'est que les personnes victimes n'ont
pas l'opportunité de pouvoir lire leur déclaration devant la CQLC actuellement.
Dans l'éventualité où ça irait de l'avant, est-ce que les CAVAC feraient cet
accompagnement-là? C'est sûr que ce serait dans la suite logique de nos
services. On offre déjà des services, entre autres, d'information concernant
les sentences de la CQLC. Mais évidemment, là, il faut avoir les ressources qui
viennent avec. Je me permets de le dire, là, parce que c'est quand même très
demandant en termes de ressources, de faire ces accompagnements-là, mais,
nécessairement, ça prendrait un accompagnement. Évidemment, si la personne
victime le souhaite, mais il faut que ce soit d'emblée disponible pour la
personne victime.
Mme Maccarone : Oui. Les
ressources financières, c'est noté. Vous avez peut-être entendu lors des
échanges aujourd'hui, quand on parle de... les délinquants qui feront partie du
registre, on parle des gens qui ont terminé leur peine, mais on sait qu'il y a
plusieurs qui quittent après deux tiers de leur peine et ces personnes ne
feront pas partie du registre. Votre opinion là-dessus?
Mme Cormier-Gaudet
(Marilie) : Bien, je pense qu'on a déjà une opinion nuancée à propos
du registre. Donc, je ne veux pas dire que ce n'est pas un enjeu pour nous,
mais notre opinion est déjà nuancée à propos du registre, ça fait que, qu'il ne
soit pas là avant la fin de sa peine... J'irais comme ça.
Mme Maccarone : OK. Bon,
bien, ça complète pour moi mesdames. Merci beaucoup, encore une fois, pour les
échanges fort constructifs.
Merci.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci.
Nous poursuivons du... avec la députée de Sherbrooke.
3 min 28 s.
Mme Labrie : Merci, M.
le Président.
Effectivement, on a compris que vous aviez
une opinion nuancée sur le registre. L'intervenante précédente avait aussi
plusieurs réserves qui ressemblaient aux vôtres, puis allait même jusqu'à
questionner l'utilité et la pertinence d'un registre public comme celui-là.
Donc, j'aimerais vous entendre, de votre point de vue, est-ce que ça sert à
quelque chose de mettre en place ce registre? Et est-ce qu'il y a des modifications
à mettre en œuvre par rapport à ce qu'il y a dans le projet de loi pour que ça
puisse être utile d'avoir un registre public?
Mme Gasse (Sophie) : Je
pense que, pour le moment, dans l'état actuel, là, vous pourrez me corriger les
collègues, je pense qu'on ne voit pas nécessairement la plus-value présentement
d'avoir un tel registre, là, pour la protection des personnes victimes.
Mme Labrie : Et qu'est-ce
que ça prendrait comme changement pour que vous en voyiez la plus-value?
Mme Cormier-Gaudet
(Marilie) : Bien, en fait, comme mes collègues l'ont dit, là, je ne
vais pas répondre directement à votre question, mais ça vient renforcer le
mythe que les agressions sexuelles sont faites dans une ruelle, le soir, en
sortant du bar. Ce n'est pas ça. Ce n'est pas ça qu'on voit sur le terrain. C'est
l'oncle, le papa, le grand-papa, le professeur de piano, le professeur d'école,
c'est vraiment quelqu'un dans l'entourage. Donc, le registre, malheureusement,
ne changerait rien dans ces circonstances-là. Ce n'est qu'une infime partie des
agressions sexuelles qui sont faites par des inconnus ou dans des contextes
autres. Donc, qu'est-ce qu'il faudrait changer? J'oserais dire que ce qu'il
faudrait changer c'est la prévention, c'est de partir de la base.
Mme Labrie : Et si le registre
n'était pas ciblé spécifiquement sur les agressions sexuelles, est-ce qu'il
pourrait avoir une utilité pour d'autres types de crimes?
Mme Cormier-Gaudet (Marilie) :
Bien là, je vais me prononcer sur ce qu'on n'a pas prononcé, mais en
violence conjugale, je pense que, déjà là, les femmes sont de plus en plus sensibilisées
à aller voir les antécédents judiciaires des personnes qu'elles fréquentent.
Mais je pense, qu'en violence...
Mme Cormier Gaudet (Marilie) : ...déjà
là, on aurait... On sait qu'il y a beaucoup de récidivisme, malheureusement, en
matière de violence conjugale, dont un des féminicides qu'il y a eu en début
d'année. À mon humble avis.
Mme Gagnon (Karine) : Puis là
on rejoint peut-être aussi les enjeux avec la loi de... est-ce qu'on irait
dans... Il y a peut-être des... La situation est un peu différente en violence
conjugale qu'en violence sexuelle, effectivement, là, de connaître le passé...
mais, en même temps, encore une fois, il faut s'assurer de ne pas aller créer
un faux sentiment de sécurité. Parce que quelqu'un, un auteur de violence,
pourrait avoir bien des antécédents en violence conjugale qui n'ont jamais été
dénoncés. Ça fait qu'il y a ça aussi, c'est toujours... on est toujours un peu
dans cette même réflexion là de dire : Est-ce qu'on va créer... Et,
malheureusement, les personnes victimes doivent être vigilantes à tous égards.
Malheureusement, c'est ça, la réalité actuelle. Donc, est-ce que de rajouter
des types d'infractions, on vient nécessairement... Bon. Peut-être qu'en
violence conjugale on peut être un peu plus nuancé, mais encore, il y a des
enjeux de faux sentiment de sécurité qui sont encore présents.
Puis juste pour poursuivre, on parlait
tout à l'heure de... c'est l'ensemble des mesures qui, au bout de la ligne,
finissent par être... finissent par donner des résultats, mais je pense
qu'avant de dire... ajouter des mesures, il faut s'assurer que les mesures en place
sont vraiment efficaces et qu'on a mis tout ce qu'il fallait pour les mettre
efficaces. Puis là je reviens au 810 de tout à l'heure, là. Peut-être qu'avant
de mettre d'autres mesures en place il faudrait s'assurer que les 810, on les
surveille correctement, tu sais. Puis il y a peut-être ça, là, qu'il faut
réfléchir aussi, là.
Mme Gasse (Sophie) : J'aimerais
juste rajouter, en violence conjugale aussi, qu'il y a un haut risque de
stigmatisation des personnes victimes antérieures aussi, peut-être même des
enfants qui sont issus de relations antérieures de contrevenants qui ont des...
bon. Tu sais, il y a beaucoup d'enjeux, c'est vraiment un sujet très large,
avec beaucoup de... beaucoup de spécificités, puis il faut aussi penser à ça, à
la revictimisation des victimes antérieures.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup. Nous allons poursuivre avec le député des Îles-de-la-Madeleine pour
2 min 38 s.
M. Arseneau : Merci beaucoup,
M. le Président. Merci beaucoup pour votre présentation, puis, effectivement,
votre point de vue est extrêmement important pour la commission aujourd'hui.
Votre opinion est nuancée. Lorsqu'on parle du registre, évidemment, on parle
d'un registre des délinquants sexuels à haut risque de récidive. Et là vous
venez nous dire : Bien, en fait, l'enjeu, ce n'est pas d'informer, si je
comprends bien, le grand public, mais... parce que souvent les actes pour
lesquels ces personnes ont été condamnées, ça s'est fait avec des gens qui
étaient dans l'entourage immédiat, là, parfois conjugal... bon.
Donc, le haut taux de récidive, si c'est
vers ça qu'on veut se pencher, quelles sont les pistes de solution qu'on
pourrait retenir, qui empêcheraient la récidive de ceux qui ont commis les
actes auprès de leurs proches, disons, si ce n'est pas le registre?
• (18 h 10) •
Mme Gasse (Sophie) : Dans
l'analyse du taux de récidive, il y a aussi beaucoup tout le volet où, là,
ce... qui n'a pas rapport avec la personne victime, mais de reconnaissance du
contrevenant, de... Tu sais, il y a tout un travail, comme on disait tantôt, au
préalable, avec la personne contrevenante sur ce qu'elle a fait, sur la
responsabilisation, tout ça. C'est ça, c'est tout un... c'est tout un travail
qui est fait avant, là, qui doit être fait avec les personnes accusées puis les
personnes qui purgent une peine, là, parce que, dans l'analyse du taux de
récidive, il y a beaucoup ce volet-là, de non-reconnaissance de... que la
personne... ne mentionne pas, là, qui... Donc, je m'excuse, je déparle, mais bon...
Marilie.
Mme Cormier Gaudet (Marilie) : Je
peux juste prendre la balle au bond. Dans votre questionnement, là, ce que vous
avez dit, c'est : Si ce n'est pas le registre, qu'est-ce qu'on pourrait
faire pour ne pas qu'il y ait de récidive, mais j'ai envie juste de poser la
question à voix haute : En quoi mettre le nom de cette personne-là sur le
registre va l'empêcher de récidiver?
M. Arseneau : Merci de nous
retourner la question, on va devoir en discuter longuement. Moi, en fait, ma
question c'était : Est-ce que vous êtes en contact aussi... parce qu'on
nous a dit qu'on va calquer une mesure qui est faite dans d'autres provinces,
dans d'autres juridictions, est-ce que parfois vous avez des contacts avec des
gens qui font le même travail que vous dans d'autres provinces et qui ont vu ce
système-là implanté et est-ce que vous avez partagé des informations là-dessus,
à savoir si ça fonctionnait ou s'il y avait des drapeaux à lever?
Mme Cormier Gaudet (Marilie) : Bien,
on a vraiment des contacts avec les autres provinces, mais aussi à
l'international, mais, de mon côté, je n'ai pas eu à discuter de ce sujet-là.
Mme Gagnon (Karine) :
Vous
voulez dire...
Mme Gagnon (Karine) : ...de...
des contacts proactifs auprès des auteurs, ou...
M. Arseneau : Non, non, non...
Mme Gagnon (Karine) : ...des
services, vraiment, comme les...
M. Arseneau : ...des services
comme le CAVAC, mais dans d'autres provinces qui auraient vu le système de
registre implanté, voir si...
Mme Gagnon (Karine) : Ah non,
je n'aurais pas d'information à cet effet là.
M. Arseneau : D'accord, merci.
Le Président (M. Schneeberger) :
Ça, ça tombe bien, parce que le temps est écoulé, alors... déjà de 20 secondes.
Je vous remercie grandement pour votre patience avec le petit problème
électrique, et puis, merci beaucoup pour votre apport à la commission. Alors,
nous allons suspendre quelques instants pour recevoir le prochain groupe. Au
revoir.
(Suspension de la séance à 18 h 12)
(Reprise à 18 h 17)
Le Président (M. Schneeberger) :
Alors, nous reprenons les travaux. Alors, le prochain invité est le
vice-président de l'Association des directeurs de police des Premières Nations
et Inuits du Québec, M. Dwayne Zacharie. Bonjour à vous. Dans un premier temps,
vous avez 10 minutes pour faire votre présentation. Et, par la suite, nous
allons échanger avec le ministre et les députés. Vous avez la parole.
M. Zacharie (Dwayne) : Thank
you. Good evening, everyone. Mr. chair, members of the
committee. I've already been introduced, so I'm just going to get right into it
since I don't have a lot of time. What I have to say is very simple, the…
there's an issue in the province of Québec. All right. Public security's model
is flawed. There's… there's a fracture and that's measurable. And the fact… the
fracture, it's been condoned, tolerated, put up with.
The act that's been put
forth, it says that it's going to create safer communities, safer villages,
safer towns. But in reality, the… the gap or the disconnect, it doesn't do
those things. Recently, and I'm sure many of you heard, recently in my
community, there was a homicide, and the victim was reported to be part of
organized crime. And the same thing happened in another community, Mistassini,
where a double homicide took place. And again, it was attributed to organized
crime. These aren't isolated events. These aren't community issues. They… they
are signs that crime is adapting. And what it's doing is it's finding the
weaknesses. It's finding its way to infiltrate, you know, it's finding these
holes, these crevices, these gaps, and it creates uncertainty.
And it's not just an
indigenous issue. It's not just a First Nation community issue. We have
neighbors, and our neighbors are struggling with it as well. You know, the
organized crime, for example, it touches all areas of life here in North
America, in Canada, in Québec. And it impacts health and safety and education,
and it criminalizes generations of people. It finds the easiest route, and it
exploits it.
Organized crime or crime,
as you know, as I said, it's adaptive. It's mobile, it's strategic. And we
recognize that the bill provides some tools for… that may be useful to police
services. But what the bill doesn't recognize is that Québec's own framework is
flawed. And it… there's vulnerabilities there. And for Indigenous policing in
Québec, as well as in the rest of this country, we're not recognized as an
essential service. And when I read through the bill and I noticed some of the
suggestions in there about regionalizing and developing these boards, it
brought me back to this… this specific point. As it stands, First Nation
policing, indigenous policing in the province, as well as in the rest of the
country, we're not regarded as an essential service. We only exist for as long
as we have a policing agreement, whether it's one year, three years, five years
or even, if we're lucky, up to ten years. But after that, what happens? We… we
no longer exist, and we are continually in that struggle to be recognized, to
be able to properly resource ourselves, to combat crime, in order for us to
create an environment that serves everyone, not just the indigenous community,
we serve, but everyone.
• (18 h 20) •
I see this often, without
First Nation policing, without indigenous police officers, there's no such
thing as national security. And, as it stands right now, the other services
that exist in our province, they're not able to do what we do. You know, there's
no such thing as culturally responsive policing when it comes to those other
services. The only people that are able to do that are indigenous police
services, with indigenous… people filling those roles within those communities.
When an indigenous service
is not formally recognized as essential, then there are gaps, and it creates a
gray zone. And that gray zone creates risks. And, when services are treated,
are expected to do all of the things that essential services do, but they're
not secured in law, they're not properly resourced. They don't have access to
training. They don't have access to the same equipment and gear…
M. Zacharie
(Dwayne) :
...and
so many other things, then the stability... there's an instability and there's
weakness. And, even our surrounding territories, meaning our neighbours, and
our neighbours are not indigenous communities, they struggle with that. And,
when we try to disrupt crime, organized crime, any type of crime, the only
thing that we're doing is we're pushing it out into other areas. So, we need to
be able to work collaboratively, and that means that we need to be on par with
our neighbours. And whether that's the Sûreté du Québec or the Montréal Police
or Québec City Police, like we need to have the same capabilities and we need
to be able to build to that and evolve. And it's vital to the survival of our
communities, and it's vital to the survival of Quebeckers as well. They need to
feel safe and secure in their own homes.
When we talk about
regionalizing police services, there's a... there's a big impact there because,
for one, I'm the Chief Peacekeeper for the Kahnawake Peacekeepers, and we've
signed our own agreement with the Province of Québec for the modalities of
policing, so we don't fall under the Police Act. But other communities who opt
into the Act and follow it, it weakens them. And creating these regionalized
services, you know, if people want to opt into that, that's their choice, but
forcing communities or trying to say : Let's regionalize these communities
when maybe they don't speak the same languages, they have cultural differences,
you know, it's just not going to work. You can't paint everybody with the same
brush and think that a program or an act is going to solve a problem. Maybe on
paper it looks like, oh, there's some cost savings there, but in reality, you
know, when you use, for example, the Sûreté du Québec to provide services to
indigenous communities, I don't... I'm not sure if people are aware, but
footing the bill for that means it's Quebeckers that are paying the full brunt
of that policing cost. When it comes to indigenous policing, the Province of
Québec gets us for quite a... quite a bargain, considering that the federal
Government pays 52% of the cost for us to exist, and the Province of Québec
only has to front 48% of it. Right? So, there's a cost savings there. And if
you look at the satisfaction levels from our community members and indigenous
people across this country, across this province, the ratings for indigenous
policing is extremely high in comparison to other types of police services that
they... that they may have in their region. That's why many communities are
pushing for the realization of indigenous policing in their own communities,
you know.
And when you go back to
the other idea, the concept of regionalizing and police boards, you know, I see
a big problem because in the act itself, in this proposed bill, it says that
the Minister of Public Security or the Government is going to have the final
say in a lot of areas. What is that? There's no autonomy. There's no real and
true indigenous policing. And, at the same time, like it blurs the lines
between policing and the Government. We need to have that arm's length in order
to act, in order to be able to give confidence to the people that we serve.
When I read the section
on demonstrations, you know, I... there's not enough information there. And
what I do have to say... Because what comes to mind to me immediately is the
impact to indigenous people and the impact to people's rights when they do
demonstrate, like we're... in democracies, people have the right to
demonstrate. And of course, people don't have the right to break laws and to
injure people, and to threaten them with weapons or items that may... may harm
people, but it's very vague in the way that it's laid out. And, as it stands,
police officers in this province already have a lot of power and a lot of authority
to be able to act. And the first thing that any police service should be
looking at doing is ensuring that a demonstration is peaceful and without
crimes being committed. You know, it shouldn't be looking at being able to
penalize people, like by issuing tickets or by being able to add all of these
extra sections in there to talk about whatever it is a person may be handling.
And, you know...
M. Zacharie
(Dwayne) :
...like,
the cost of of educating officers in order... to be able to do this, and to be
able to ensure that people's rights are adhered to, is going to be
astronomical. Because it only takes one police officer to interpret these
sections in such a way that it impacts and undermines the trust that people
have in the institution of policing. We're already there, I mean, look at our
neighbors across the border, and what's happening in some of those areas, we
definitely don't want to go down that road, and this bill, it looks awfully
like what's going on with our neighbors to the south. So, we have to really
make sure that when it comes to indigenous issues, we have a stake, we have the
ability to speak about it, we have the ability to participate fairly. When you
look at the section on... sex offenders, I could see it, you know,
our community wants to know who
those people are, they feel safer and more secure when they're... when they're
aware, but in the committee that is going to make all these decisions, I don't
see any any indigenous people being included on these committees, that has to
happen.
You know, we have crime
in our communities, and we need to be able to speak about what soothes our
needs best. When I was asked about... to participate in this testimony, I was
really excited about it, because, you know, it gives us an opportunity, and I
really do appreciate the time that you've given me to speak about it. And from
my perspective, as the chief peacekeeper in ..., you know, being on the South
Shore, just outside of Montreal, where we have 130 000 commuters a day,
from all walks of life, coming through our territory, and we're responsible for
providing them with safety and security. You know, there are other ways to do
that, and I think the ways to do that is recognizing indigenous policing as an
essential service, speaking to other communities who are looking at going down
that road and providing them with that avenue, instead of putting them off in a
box and saying : Here's what you get, you get regionalized services. If
you're you and you want to come on board, here's what you get. You always have
to look at the ability of a police service to serve the community that it's
responsible to, and that means culturally appropriate policing, properly
trained officers, proper equipment and proper support going forward. And if we
can get recognized as an essential service, that is going to help us a lot with
stability, with planning for the future, you know, not just trying to go
through the... of being in that process of renegotiating, and if you recall,
we've already gone to the Supreme court and there has been a decision about
that and it's already been determined that the province of Québec needs to
negotiate with pride, and be able to work with indigenous communities, not just
dictating all the time. Thank you.
• (18 h 30) •
Le Président (M. Schneeberger) :
Alors, merci beaucoup pour votre mémoire ou... en tout cas, vos interventions,
nous allons débuter une période d'échange avec M. le ministre pour 14 minutes.
M. Lafrenière : Thank you, Chief Zacharie, ... thank you so much, Chief, happy to
talk to you today. Let's, first of all, talk about what you asked, which is the
recognition of indigenous police services as an essential service. We had a...
we had a meeting with our federal colleague not that long ago, with Chief Haymond
and Chief Verreault-Paul. That request was brought up, you might have heard the
answer from the Feds, so far, but this is not over, and, on our side, we want
to push it, we want to work with you, with the FNQL and the Feds as well. Like
you said, it's an agreement with the three levels, and we want to work on it,
and we do understand that. You're also right when you said that we failed in a
way of... in a way of bringing resources for police services, and you've been
talking about the Supreme court, and you read about it, as you know, since
then, we've boosted the amount that was injected in infrastructures, as well as
the agreements that we had with all the police services, so you're also right
about it. I just want to bring something to your attention, when you were
talking about regional police services. First of all, when we look at the...
18 h 30 (version non révisée)
M. Lafrenière :
...the article 93.1. It says that the
community can ask if they want to. I was honestly answering a request that we
get from different communities. As you might know, the Innus, Pakua Shipu,
Unamen Shipu, they have been requesting that for a while. It was impossible, in
the present law, to authorize that, it was impossible. It's... it was also
impossible to do the same thing with Winneway, Kebaowek and ..., so... And I
think I said that to... a few opportunities with the FNQL, we got no intention
to impose that. It's really answering a request that was done from different
committees. If it's suitable for them, if it's what they want to, it's their
choice, and I totally agree with you, chief, we're not going to impose that. It's
really answering a request. As you know, Unamen Shipu, they're not covered by
their own police service, they get the SQ and they want to get away from that,
they want their own police service, but a regional one.
So, again, we're not
getting back to indigenous policing in all the province, Dwayne, if you
understand what I mean by that, we're not getting back to that model. This is
far from my vision. There's some pros and cons when you get a regional police
service. For your community, I don't think it's suitable, and you'll take your
own decisions. But for some remote communities, like the Innus, sometimes, it's
suitable, it's... it's better for them, but, again, it's them to request that.
And I just want to make that clear, we got no intention and no tool to impose
that.
Talking about organized
crime, you said that your community was struck by that, as well as Mistissini...
situations, and that's the reason why we want to bring some tools to help our
police officers. When you got bad apples, you know, bad people traveling in
your community, especially people with... you know, talking about the Hells
Angels or different groups. I experienced that in Uashat, bikers have done, you
know, the ride, as you know them, doing their little PR to get along with people,
kids taking pictures. And now, suddenly, last year, we had, in a meeting, a family
reporting that kids would have to sell dope for them. If not, it's going to be
the family that will pay for that, either the sister, the brother or the
mother. So, it started up as a PR thing, but, now, you know, they're looking
for money, they don't really care about how it's going to happen. So, this is
the reason why we're bring that tool to take out those... those people with bad
intentions. I do understand your... your approach, in saying : You know
what, it's not you guys that should impose that. Totally agree with you. We
bring tools, tools that could be applied.
Protests. Unfortunately,
the only... the only city in Québec that has a rule for that, it's Québec City.
Cities like Montreal, they don't have any regulation about protests. So, that's
the reason why we bring that extra tool. Like you said, people coming to a
demonstration, this is completely suitable, there's no... there's no issue with
that, but if you're coming to protest with fireworks, with weapons, this is not
the right way to protest. So, this is the reason why I bring that up.
But happy to get your...
your feedback. And this is not the end of conversation. The FN is going to be
with us soon, we need to talk about it. But just want to bring that back, Dwayne :
you're right, we need to work together for recognition of police services...
indigenous police services as essential services. We made the first statement
with Gary. It's not done, we still got some work to do. And I want... I want to
thank you for your time, chief.
Le Président (M. Schneeberger) :
Oui, est-ce que vous voulez répondre, M. Zacharie?
M. Zacharie
(Dwayne) :
Sure,
thank you. Mr. Minister, Ian, of course, we know each other, so we've had a
number of conversations. I appreciate the words that you spoke. I think it's
imperative now that indigenous policing is recognized as an essential service.
We've been asking for this for... for decades now. We... we see the gaps, we
see the... the disconnects. You know, there's... it's getting harder and harder
for indigenous communities to be able to continue to provide the good services
they do to their communities. And, at the same time, we need to recognize the
evolution of crime in all of our communities, right? So, that means we all...
M. Zacharie
(Dwayne) :
…we
have to be elevated. We all have to be able to respond to the calls for
service, and that's not happening for us, whether it's a French-speaking
community or… or an English-speaking community. We need to have the proper
services in this province to be able to respond to… to all of the calls for
service. And right now, crime is escalating at a… a at a pretty good clip, as
we all know.
M. Lafrenière :
Yes. And chief, talking about the
resources and the fact that organized crime they like their and they mentioned,
they're organized. So, they modified themselves, they adapt. We've been talking
about prevention. We're talking about this bill. But without giving out
details, we're just about to launch a task force that will include indigenous
components. So, we're going to have to talk about it because we need your
input. I'm quite sure you understand what I'm referring to. You've been
involved in that. We're going to bring that back because unfortunately
organized crime, they're present in vulnerable communities and they're there
for the only aspect of getting money. So, for sure we're going to have to work
together on that. So, for this, I get your message loud and clear.
M. Zacharie
(Dwayne) :
Thank
you.
M. Lafrenière :
And for the patches. I'm going to leave
you with that. Patches, it's important to act on that because I was present in
one of your sister community during a pow wow, I'm not going to tell you which
one, but I'm quite sure you understand which, and I was surrounded by three not
so nice gentleman giving me a hard time with their patches. So, they're doing
that on daylight. They don't care about it. It seems to be for them that
they're above the laws, so they don't mind. They just…. And I'm sad, not for
me, because that day I left, after the end of the day we had a very nice adult
discussion together, but at the end of the day I was leaving. But people leave…
they… they live, I'm sorry, they live in that community and they're going
through a lot of hard times because of organized crime being present there. I
received messages from them. And you know what? We need to do something about
that. This is horrible for them, for their families. So, that's why we need
tools to kick out those… I'm going to say something nice, bad persons. It's...
Yes, it could have been «the worst». Thank you. Yes, go ahead, go ahead,
chief.
Le Président (M. Schneeberger) :
Est-ce que vous voulez répondre, M. Zacharie, ou vous avez d'autres questions?
M. Zacharie
(Dwayne) :
No,
I appreciate that. You know, organized crime is… is not an indigenous problem.
It's… it's a problem for this entire continent, the entire world, right?
Transnational crime is infiltrating areas that some of us don't even realize,
right? They… Some of these organized crime bodies, if you will, whether it's
the Hells Angels, or cartels, or mafias, or what have you, they… they've infiltrated
every aspect of… of life in… in this province, as well as the rest of the
country and to our neighbors to the south. And they're… It's big money. And we
don't have the resources to combat, you know, with the level of crime that
they're capable of. And we need to start adjusting to that. And that means
everyone.
• (18 h 40) •
And as you know, as
you're well aware, crime finds those gaps and those weaknesses, and they
exploit it. And sad to say, they're exploiting indigenous communities, you
know, like weak border controls, transnational drug trade, firearms. You know,
we have firearms. Like all of these things. Let's deal with the… the issues
that are really and truly impacting all of us, you know, and let's make a… a
good investment in what we're trying to do. And that's… that's combat crime.
And we need to answer where the gaps are and provide the resources in those
areas to be able to… to do a good job that everyone can benefit from.
M. Lafrenière :
Yes. And we need to do both, chief, working
on the recognition of your status and also work together to fight organized
crime. You know, we see now bikers, mafia, street gangs working together just
because they want the money of it. So, how can we not work together as
indigenous and non-indigenous, as different police services? And I was in
Uashat just before Christmas, and we had all the chiefs standing up saying: You
know what, this is over, let's kick out those people from our communities. This
is enough. So, this is a strong message. I think you get the same message from
your community as well. So, let's work together. I'm telling you, we will
launch a special team, and we'll do everything to kick them out. This is over.
This is over.
M. Zacharie
(Dwayne) :
Yes,
I'm all for...
M. Zacharie
(Dwayne) :
...law
and order, I'm all for safe communities, like that's my job, I take my position
very seriously here in the community. And when I hear community members
complaining about how they don't feel safe, it bothers me. And, you know, like
we have a good working relationship with the Sûreté du Québec, with our
neighbours to the west, Chateauguay, with our neighbors to the east, Roussillon
Police Service. We work closely with them. We work closely with the Montréal
Police Service, RCMP, whoever it is, because we have goals. But, at the same
time, they want to partner with us, but they also know that we're lacking in
the... in our abilities and our resources because we're not properly resourced.
And we're always behind the eight ball when it comes to being on par with
everybody else, not because we don't want to, and not for lack of trying. It's
because our partners, our funding partners don't regard us as an essential
service. And our communities struggle because of that. And because we struggle,
our neighbours around us struggle as well.
M. Lafrenière :
And Dwayne, I don't want to said
publicly your age, but I'm going to say, though, that we've been working
together for more than three decades. I still get your phone number in my contacts
as an officer. So, it just tell you guys how long we've been dealing together.
So, Dwayne, again, thank you. And thank you for being involved in the community
for 30 something years. That's a lot. That's... Thank you so much, Dwayne.
M. Zacharie
(Dwayne) :
I
appreciate that. Thank you.
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
nous continuons du côté de l'opposition officielle avec la députée de
Westmount-Saint-Louis.
Mme Maccarone : ...le
Président. Hello, Mr. Zacharie. I'd like to say that 30 years
means that you're probably in your early 50s, and that's very young!
M. Zacharie
(Dwayne) :
Thank
you.
Mme Maccarone :
OK. I'm... I'm trying to grasp the
impact. I understood your presentation, I read your brief and the exchange that
you had with the Minister, and I understand that it's a sensitive discussion
when we're talking about essential service. My understanding, and just correct
me if I'm wrong, is that it would only be a provincial legal status, so it
doesn't require any rewriting of tripartite agreements, for example, or
transfers, or jurisdiction, maybe, or anything like that. Because, for you, it
means that it's going to be a continuity of service. I understand that it will
help you to stabilize your operations. It will potentially bring you funding.
I'm worried about the legal status for you. So, when I think about the fact
that the way you currently operate, if you're not considered an essential
service, does that mean that you lack legal protections? And if that's the
case, I'm trying to understand how you would implement the new measures in this
bill, for example, antipatch.
M.
Zacharie (Dwayne) : Right. So, first Nation policing,
indigenous policing in this country is funded through programing, so, the First
Nation Inuit... Indigenous and Inuit Policing Program. And what happens is it's
a partnership or an agreement between three different parties, in most cases,
that's the federal Government, the provincial Government as well as our
territorial governments. Right? They sign into these agreements. So, we're
asking for the provincial Government here in Québec to support the recognition
of indigenous policing to become an essential service and, with that, do away
with the program and put us on par with all other police services. That way
we'll have commensurate training, resourcing and we don't have to worry about
an agreement expiring, and then, what do we do with all of our... with all of
our people, all of our officers. Right? It's just continuous, and we'll be able
to build strategic plans for the future. We'll be able to create succession
plans. We'll be able to provide services now and into the future for our
communities as well as our neighbours. You know, here in Kahnawake as well as
to the east and our southern border, which is the island of Montréal, who we
work with quite closely for lots of things, specifically organized crime.
Mme Maccarone :
So, but if I understand correctly,
there's no concern for potential legal protections that you wouldn't have
because you don't have the status of essential? Because I'm thinking we adopt
this bill or maybe already current legislation that's in place. Are you and
your police force currently protected legally in the event that you apply the
law?
M. Zacharie
(Dwayne) :
So,
we are protected because in the agreement we're recognized as officers, but
only for the time that we have an agreement for. Once it lapses, everything
stops, funding, everything. And oftentimes the Government only negotiates...
M. Zacharie
(Dwayne) : …like March 15th, two weeks before
the ending of the… of the agreement. Right. So, we're always, like, in between
a rock and a hard place.
Mme Maccarone : Well, maybe that's something that we can legislate to make sure
that it happens sooner. Put a date in so that you're not stuck between a rock
and a hard place at the last minute. But it could be that the Government is
forced to start those conversations six months in advance, for example. Is that
something that would work for you?
M. Zacharie
(Dwayne) : …all of these are good examples of
how we could… could help. I think we don't want to miss the point that First
Nation policing is not an essential service. We're funded through a program.
We're a program. We need to be regarded as…. as an essential service. We need
to receive training that's commensurate with the needs of the community. We're
not just here as an enhancement to other existing services. That's how we're
regarded, and it can't be that way anymore.
Mme Maccarone : I hear you. It's just because right now we have legislation that
we're currently debating. So, it's an opportunity to make small changes now
until we're able to put in place what it is that you're asking for, because I
believe that there's an openness for that.
I also have another
question for you, when you were mentioning the committee, and you said that
there's currently nobody who represents First Nations, that sits on this
committee. In previous legislation that I've sat on, and we've debated, and we
wanted to make sure that the rights of your communities were represented, on
these consultative committees, what we were able to put in place was that the
community would be consulted in the event there's a case that has to do with
somebody from whatever respective community. Is that something that would work
for you, that we would make sure that, within the community, in the event they
have something that they're studying, that has to do with First Nations, Inuit,
that you would be consulted?
M. Zacharie
(Dwayne) : So, right now in my community, we
already have a program that we work with the federal Government on and for the
section 84 releases. Right. So… so we do have something that's in place, but at
the same time, it seems like, and I know a little bit about this program
because I work with them from time to time… It seems like anything that happens
in an… in an indigenous community is always like, well, here's a little bit of
money to get started. But all of the liability, all of the work is on that
indigenous community, and they get pennies on the dollar, whereas, you know,
like whatever's happening either federally or provincially has so many more
resources. And if we're going to have a true partnership, then all of our
institutions need to be properly resourced in order to provide services to the
community as well as to offenders, because they need programing, they need...
they need to be supervised. All of those things. So, we need to make sure that
we have a say in what's going to happen, because we're moving away from the
colonialist model when it comes to prison and all of those types of things.
Right. So, what we're doing has to be regarded as well.
• (18 h 50) •
Mme Maccarone : Right. No, and I don't discount that. I'm just wondering how I can
help you accomplish your goal, given the fact that we don't want to have a
committee that's got 12 people, nobody wants that. And this is the committee
whose main function is going to be to decide what information is going to be disclosed
to the public. So, in the event it impacts a member of your community, I'm
thinking that, maybe, an amendment that could be brought forward, because we've
done it successfully in other bills related to public security… was to make
sure that there was that consultative process.
Which brings me to
another question. In the event that you would be amenable to something like
that, for… does it… would it have to be community specific? For example, if it
has to do with the case of an offender in Kuujjuaq, would you want to ensure
that the consultation happens with somebody from that community, or could it be
somebody from going Kahnawake
or Kanesatake, for example?
M. Zacharie
(Dwayne) : No, I think the first example is
paramount. I think the community that's… that's impacted needs to be a part of
the committee, needs to have its voice.
Mme Maccarone : OK. OK. You mentioned something that I thought was interesting, and
so I was hoping that maybe you can enlighten us, because perhaps you've got a
measure in place that functions, that we can learn from. As you said, that what
you want to do… there are measures in this bill that talk about repression.
Right. So, we're giving more powers to the police in the event that there's
going to be a protest. And what you said was you want… we should be ensuring
that the protest is peaceful in advance of, so we don't need to implement those
initiatives, that the police will now have, that they can…
Mme Maccarone :
...do a search or a seizure in the event
that they have a doubt with respect to that person that's participating in this
protest. How do you ensure that a protest is going to be peaceful in advance
of, because I imagine every single police force would like to be able to do
that and not have to put in measures of repression, but work on prevention?
M. Zacharie
(Dwayne) :
So,
that is a great question. And for me here in my community, when there is a
protest and, you know, they happen like this is reality, right? This actually
seems to be the reality that we're in now. And more and more there are protests
happening all the time. And I think it's imperative, like in our model, in
indigenous policing, we have the pulse of the community. We know who the people
are. We get involved with them. We speak to them. We try to be a part of the
planning, if you will. We try to give them options on how to go forth with
this. It's not just showing up and saying like : We're the police and we
have the power and the authority, and don't do this, and don't do that. Like,
you have to really be a part of the fabric of society. And I understand that
this model is something that people are looking at replicating, but they may
not have the ability to do so. Right?
It's probably a little
bit easier for me here in Kahnawake to do that, because our population is fairly homogeneous compared
to the rest of the province, right? And the same thing with the officers that
are responding to a... to a demonstration. Who is it that's responding? What is
their... like, who are they? Are they peers of the people who are in the
demonstration? Like, we need to go through this whole educational process. And
I don't think that... For me, the way this reads, when I first looked at it,
it's like fighting fire with fire. Is this what we really want to do, or do we
want to try and build relationships with people? Because people need to be
heard. They need to be... They need to have that ability to discuss what
pleases them or what doesn't.
Mme Maccarone :
I envy you and your process and the
island of Montréal with about 4 million people. I don't know that the police
force has the ability to do that.
Thank you very much.
M. Zacharie
(Dwayne) :
No. Thank
you.
Le Président (M. Schneeberger) :
Merci.
Nous allons poursuivre avec la députée de Sherbrookepour
3 min 28 s.
Mme Labrie : Merci.
Merci beaucoup d'avoir pris le temps de
nous exposer la situation par rapport à votre lutte de longue date pour la
reconnaissance comme service essentiel, de vos services. Je ne connaissais pas
cet enjeu-là, donc, je vous remercie de nous l'avoir exposé. J'ai cru
comprendre que le ministre vous avait bien entendu aussi et s'y afférait.
Moi, la seule question que j'avais pour
vous concernait justement la participation au comité, là, de personnes de vos
communautés, ça a été posé par ma collègue... Donc, je vous laisserais mon
temps s'il y a des choses que vous voulez ajouter, que vous n'avez pas pu
mentionner jusqu'à maintenant.
M. Zacharie
(Dwayne) :
Thank
you for the question. I think it's vital, and I think it's important that
indigenous communities have a say in the placement of people back into the
community or the information that's going to be shared to those communities,
right? Because as it stands now, indigenous communities haven't had that
ability. And with the last set of questions that I fielded, I think each
individual community is unique and has its own reality. So, definitely,
individual communities need to be brought on to this committee when it's going
to affect them directly. Right? You don't understand necessarily. Or people may
not understand how a particular issue or incident actually impacts the
community and the possibility of someone being released back into... into that
territory, how it might impact the health and welfare of a community. So,
they need to be heard.
Mme Labrie : Et, si,
dans une situation, par exemple, où la personne ne retournait pas dans la
communauté après? Par exemple, elle s'installait à Montréal, là. Est-ce que la communauté
devrait quand même être consultée dans le... la démarche du comité en lien avec
le registre, parce que sa famille, peut-être, vit dans la communauté dont...
dont la personne est originaire?
M. Zacharie
(Dwayne) :
Yeah,
for sure. I mean, whenever a person is...
M. Zacharie
(Dwayne) :
...from
a particular community. The impacts are far reaching because, remember, in this
community, even though Kahnawake is a rather large community, everybody knows everyone else,
everybody knows everyone's business and everybody knows the plight, if you
will, of particular individuals. And when they're going through these
processes, the family should be involved, the community itself should be
involved, so they have an understanding of what the impacts are, because, at
the end of the day, we're also going to have to provide educational measures in
our own community because we want to mitigate these types of issues from ever
happening again. So, definitely the community needs to be involved.
Mme Labrie :Merci beaucoup.
M. Zacharie
(Dwayne) :Thank you.
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
nous poursuivons avec le député des Îles-de-la-Madeleine pour
2 min 38 s.
M. Arseneau : Merci, M. le
Président. Merci pour votre présentation. On comprend que votre plaidoyer est
très vibrant, très éloquent pour la reconnaissance des corps policiers
autochtones comme service essentiel, le message a passé, je crois.
Maintenant, je comprends que le projet de
loi semble passer à côté, là, des moyens que vous voudriez voir à votre
disposition, mais ce n'est pas l'objet de notre discussion. De façon
spécifique, pour bien comprendre votre propos, les régies de police
autochtones, aujourd'hui, vous ne dites pas qu'on ne doit pas adopter cette
portion-là du projet de loi, mais, si je comprends bien, vous dites que ça ne
servira pas à grand-chose, que ça ne répond pas aux besoins des communautés qui
ont des particularités telles que ça reste peu probable que cet outil-là soit
utilisé. Est-ce que c'est bien ce que je dois comprendre?
• (19 heures) •
M. Zacharie
(Dwayne) :Thank you
for your question. What I'm saying is I don't think that this bill answers the
questions that it's asking, right? I don't think that it does those things.
I think we need to include
more indigenous communities in this discussion. I think we also need to respond
to the issues at hand, right, because if the goal is to create safer
communities, then let's actually do that, you know, because you're just
addressing smaller portions of the actual safety issue that's plaguing the
province of Québec, as well as our neighbors all around us, right?
And indigenous policing
needs to be a part of that response. And as I say often, without First Nation
policing, there's no such thing as national security. We're all a part of this
response, we're all a part of the goal, we're all a part of the solution. So,
we need to be... we actually need to be consulted, we actually need to be
brought onto this, we need to be a player in this. So, that way the... that way
Quebeckers actually do get the services that they require.
M. Arseneau : Merci. C'est
tout le temps dont je dispose.
Le Président (M. Schneeberger) :
Parfait. Alors, merci beaucoup. Alors, merci beaucoup, M. Zacharie, pour votre
apport à la commission.
Nous allons suspendre quelques instants
afin d'accueillir le dernier groupe de la journée. Merci.
(Suspension de la séance à 19 h 01)
19 h (version non révisée)
(Reprise à 19 h 06)
Le Président (M. Schneeberger) : Alors
la commission reprend ses travaux. Nous accueillons le dernier groupe de la
journée et c'est l'Assemblée des Premières Nations du Québec, Labrador. Alors,
nous avons des personnes ici en présentiel et aussi une personne en
visioconférence. Alors, je vous laisse vous présenter. Par la suite, celui qui
va présenter le mémoire, il peut enchaîner.
M. Germain (Jonathan) : Bonjour,
Kuei, Jonathan Germain, chef des Pekuakamiulnuatsh.
Le Président (M. Schneeberger) : Oui,
attendez, juste un instant. C'est vrai, parce qu'étant donné que l'heure est
dépassée, je dois demander le consentement pour pouvoir dépasser l'heure
prévue. Ça va? Consentement?
Des voix : Consentement.
Le Président (M. Schneeberger) :
Désolé. Continuez.
M. Germain (Jonathan) : Donc,
oui, c'est ça, donc Jonathan Germain, chef des Pekuakamiulnuatsh, Kuei.
M. Verreault-Paul (Francis) : Kuei,
bonsoir tout le monde, Francis Verreault-Paul, chef de l'Assemblée des
Premières Nations, Québec, Labrador...
M. Verreault-Paul (Francis) :
...Labrador.
Le Président (M. Schneeberger) : Oui.
Lance, you?
M. Haymond
(Lance) : Chief Lance Haymond... community of
Kebaowek.
M.
Verreault-Paul (Francis) : J'ai une petite question technique. Je vais
débuter, mais est-ce que chef Haymond nous voit ou...
Le Président (M. Schneeberger) : C'est
vous qui décidez, là.
M. Verreault-Paul (Francis) : Non,
mais est-ce qu'il nous voit si on veut lui passer la parole?
Le Président (M. Schneeberger) : Ah,
s'il nous voit? Je ne sais pas. Est-ce que le...
Des voix : ...
M. Verreault-Paul (Francis) : Oui.
OK.
Le Président (M. Schneeberger) : OK,
quand il parle.
M. Verreault-Paul (Francis) : OK,
parfait. Merci. Je peux débuter? D'accord. (S'exprime dans sa langue) M. le
Président. Mesdames et Messieurs les membres de la commission, nous vous
remercions de l'occasion d'échanger avec vous sur le projet de loi numéro n° 13, Loi visant à favoriser la sécurité et le sentiment
de sécurité de la population et modifiant diverses dispositions.
Je vais passer outre les présentations,
donc nous allons partager le temps, moi et le chef Germain de la première
nation des Pekuakamiulnuatsh. Donc, nous porterons une attention particulière
aux dispositions du projet de loi qui vise à établir les règles encadrant la
création de régies de police autochtone.
Tout d'abord, je souligne ce que le projet
de loi n° 13 propose concernant les corps de police
des Premières Nations. Ce projet de loi ouvre la voie à la création de régies
de police entre deux ou plusieurs Premières Nations dotées d'une personne
morale avec un conseil d'administration. Il prévoit aussi la possibilité de
conclure une entente avec le gouvernement du Québec pour établir ou maintenir
un corps de police sur le territoire. Ces éléments créent un véhicule de
gouvernance intéressant pour des communautés non desservies qui souhaitent
accéder à un modèle policier culturellement adapté et partagé. Le
gouvernement a également confirmé publiquement que le PL n° 13
permet aux communautés de se regrouper pour se doter d'un corps de police
commun, ce qui va dans le sens d'une mutualisation efficace des capacités. Par
exemple, certaines communautés n'ont pas la capacité ni le nombre d'agents
nécessaires pour assurer un service constant.
J'ai eu l'opportunité d'échanger
directement avec le ministre de la Sécurité publique par rapport à ce sujet à
deux reprises, premièrement lors du... lors du rassemblement sur la sécurité
publique de la nation innue à Uashat Mak Mani-Utenam et lors d'une rencontre
avec le ministre de la Sécurité publique du Canada à Montréal où est-ce que
M. Lafrenière était également présent. Aussi, nous sommes tous d'accord du
fait que personne ne peut accomplir ce travail aussi bien que ces corps de
police par et pour les Premières Nations. Ces agents parlent la langue,
comprennent la culture et connaissent chaque famille ainsi que chaque route de
leur territoire.
• (19 h 10) •
Quoi qu'il en soit, il faut reconnaître
qu'il manque encore une rame au canot. Certaines absences majeures du projet de
loi risquent de nous laisser tourner en rond plutôt que d'avancer.
Premièrement, le PL n° 13 prévoit que le gouvernement
peut, par décret, constituer une régie et aussi la dissoudre, notamment dans
l'intérêt public. Sans critères clairs, ce pouvoir reste discrétionnaire et
expose les régies à un risque d'ingérence. Nulle part ne définit-on ce que
signifie l'intérêt public, l'intérêt de quel public pourrait-on aussi demander.
Est-ce que l'intérêt public est selon le financement disponible, par exemple?
Ceci est contraire aux principes de stabilité, d'autonomie et de respect
nécessaire à une gouvernance Premières Nations.
De plus, le PL n° 13
ne consacre pas explicitement une obligation de consultation significative,
préalable et structurée des Premières Nations pour l'adoption des règlements
d'application affectant la gouvernance de nos corps de police. Or,
l'article 35 de la loi constitutionnelle reconnaît et confirme les droits
ancestraux et issus de traités, et la jurisprudence exige que les atteintes ou
restrictions soient justifiées et abordées dans un cadre fondé sur l'honneur de
la Couronne et la réconciliation, ce qui implique une consultation réelle et
adaptée. Je passe maintenant la parole au chef Germain.
M. Germain (Jonathan) : Nous
soulignons particulièrement le fait que le PL n° 13
ne prévoie aucune avancée sur des aspects fondamentaux pour des corps de police
des Premières Nations. D'ailleurs, le PL n° 13
n'inscrit pas de garanties financières alors que le programme de financement
actuel a fait l'objet de constats répétés de discrimination et de gestion
déficiente. À la suite d'une plainte déposée par Mashteuiatsh en 2022, le
Tribunal canadien des droits de la personne a tranché que la mise en œuvre du
programme financier perpétuait une discrimination envers les services de police
des Premières Nations. En novembre 2024, la Cour suprême du Canada a jugé que
le Québec a manqué à son obligation d'agir de bonne foi et n'a pas respecté
l'honneur de la Couronne dans le financement du service de police...
M. Germain (Jonathan) : ...Cette
décision confirme l'arrêt de la Cour d'appel du Québec. Le fédéral a accepté la
décision alors que le Québec était en appel.
Sans verrous financiers explicites, la
pérennité des corps de police, qu'ils soient des potentielles régies comme
corps communautaires, reste fragile et exposée aux cycles budgétaires et aux
négociations asymétriques. Sans référence à un financement adéquat, nous...
nous devrons faire plus avec moins. La reconnaissance légale des corps de
police autochtones comme... autochtones comme service essentiel est absente du
PL 13. L'enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones
disparues ou assassinées et des organisations policières autochtones au Québec,
en Ontario et ailleurs, réclament ce statut pour sécuriser le financement et
stabiliser les opérations avec parité fonctionnelle.
La réouverture de la Loi sur la police du
Québec par le projet de loi n° 13 est une occasion parfaite de reconnaître
que les corps de police des Premières Nations constituent des services
essentiels, au même titre que les corps de police non autochtones. Au Québec,
l'École nationale de police demeure la voie obligatoire pour exercer le métier
de policier. Ces programmes donnent priorité à la formation en français, avec
peu d'offres pour les programmes en anglais. Bien que des parcours en anglais
existent pour les candidats des Premières Nations, le programme École nationale
en anglais ou le programme de la... de... le programme de la... l'accès...
excusez, de la GRC à Régina. Excusez, l'accès régulier et l'offre de cohortes
ainsi que la reconnaissance d'équivalences demandée par le Québec causent des
obstacles inutiles au recrutement et à la rétention du personnel. L'allègement
des obstacles linguistiques, y compris les coûts de formation et de
capitation... capacitation, excusez, représenterait une économie importante que
le ministre pourrait également ajouter dans le projet de loi.
Pour conclure, nos corps de police ne sont
pas une dépense, ils constituent un service essentiel qui génère des retombées
multiples. Chaque dollar consacré à la prévention, à la formation et au
renforcement des capacités locales réduit le recours aux interventions
d'urgence, aux services de santé et au système correctionnel.
Au Québec, nos services de police sont
systématiquement sous financés. Nous comprenons qu'il y a une augmentation du
financement récemment, mais nous ne sommes toujours pas à la hauteur du service
essentiel.
Ces services de police première nation
offrent un service culturellement sécurisant, réduisant la criminalité grâce à
l'expertise et à la prévention et diminuent la pression sur les tribunaux et
les établissements correctionnels. Renforcer les corps de police des Premières
Nations améliore la sécurité de nous tous en réalisant des économies publiques.
C'est un modèle d'efficacité qui profite à toute la société.
L'article 4 du PL 13 constitue
une ouverture. Nous saluons le ministre pour cette étape, mais nous avons
besoin d'en faire plus. L'urgence d'agir nous guette tous et toutes. Dans le
contexte où le crime organisé s'infiltre et contamine toutes les communautés
des... des grandes villes jusqu'aux plus petites nations, nous devons adopter
une approche collective et collaborative plutôt qu'une série de mesures
isolées. Le gouvernement du Québec a une occasion de jouer un rôle déterminant.
Nous nous présentons aujourd'hui dans le respect envers votre institution, mais
nous ne pouvons pas non plus être seulement considérés comme des tierces
parties. Ainsi, nous demandons formellement au ministre de s'assurer qu'e des
discussions en parallèle de ce processus parlementaire soient tenues avec nous,
afin ce que nous vous partageons aujourd'hui soit pris en compte dans la
finalité du projet de loi. Si l'objectif de ce projet de loi est réellement,
comme son titre l'indique, de favoriser la sécurité et le sentiment de sécurité
de la population, il est alors nécessaire que le ministre et le gouvernement du
Québec modifient en profondeur la version actuelle de l'article 4. En
jouant le rôle de précurseur, il peut contribuer à bâtir des solutions sur une
base de gouvernement à gouvernement pour protéger nos enfants, préserver nos
traditions et renforcer la sécurité et la résilience de l'ensemble de nos
communautés. «tshinashkumitnau». Merci.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup. Alors, nous allons débuter une période d'échange avec... Ah!
M. Lafrenière : ...est-ce
qu'il avait quelque chose à ajouter? Non, c'est réactif? Parfait. Excusez. Je
voulais juste être sûr que tout le monde avait le temps de parler.
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
vous pouvez continuer, vous avez la parole.
M. Lafrenière : Merci, M. le
Président. «kuei, kuei». Bonjour, tout le monde! Merci d'être là. Très heureux
de vous rencontrer aujourd'hui. Je commencerais par vous poser quelques petites
questions parce que j'ai entendu vos commentaires. Si je passe rapidement sur
la reconnaissance du statut de service essentiel, c'est qu'on vient d'avoir une
bonne discussion avec le chef Zacharie., puis je veux revenir sur ce que je lui
ai dit. On s'est rencontré ensemble avec le ministre fédéral. On a dit qu'on
appuyait cette demande-là. C'est une négociation à trois. Je nous invite à
poursuivre...
M. Lafrenière : ...la
négociation avec le fédéral puis on est d'accord avec vous, je veux qu'on le
fasse ensemble. Ça fait que ce point-là est important. Pour ce qui est de
continuer les travaux, on s'est déjà dit lors de votre nomination, chef
Verreault-Paul, que l'Assemblée nationale n'était pas la tribune habituelle,
pas la bonne tribune pour travailler ensemble. Alors aujourd'hui, je vois ça
comme une rencontre, mais je nous invite à poursuivre la table technique qu'on
avait mise en place sur la police au plus tôt possible, c'est-à-dire cette
semaine, je vais demande aux équipes d'être disponible pour qu'on puisse
avancer, chef, sur les points que ça va amener, c'est-à-dire comment le
bonifier pour que ça ressemble à vos réalités, je suis d'accord.
Tout à l'heure, vous avez parlé de
l'importance de consulter avant de mettre 93.1, c'est-à-dire de permettre à des
services de police de créer une régie. En passant, on répond à une demande,
hein, entre autres Pakua Shipu, Unamen Shipu qui ont demandé d'avoir une régie
de police commune, entre autres du côté de Kebaowek avec chief Haymond, avec
TFN et... qui voulaient avoir des régions, on répond à cette demande-là, parce
que ce n'était pas dans la loi de police. Alors, rapidement, là, on parle d'un
omnibus aujourd'hui, c'est-à-dire qu'on va... il y a plusieurs points à notre
Omnibus, ils ne sont pas toujours tous reliés. Selon, on voulait s'assurer
qu'on ait la capacité de le faire.
Pour ce qui est du financement, bien
entendu, à chaque fois qu'il y aura une entente, comme on le fait déjà, le
financement devrait être négocié en même temps. Et, chef, vous avez mentionné
tout à l'heure qu'on avait failli dans notre rôle de financer, puis je pense
que la décision de la Cour nous l'a confirmé. Depuis ce temps-là, il y a des
sommes qui ont été modifiées au niveau des infrastructures et des ententes,
puis je le sais, on en a parlé tout à l'heure, à quel point ça vous met dans
cette situation-là, à chaque fois, de renégocier, d'attendre l'entente, de voir
comment... comment est le financement, on en est conscient aussi.
Aujourd'hui, ce qu'on veut faire, c'est
permettre aux communautés d'être résilientes selon leur volonté. Mais tantôt
vous avez parlé de consultation, puis ça, ça m'a un petit peu resté en tête
dans ce sens que je me demande si les communautés... prenons un exemple qui est
vrai, là, Pakua Shipu, Unamen Shipu nous demande de constituer une régie.
Est-ce que ce serait à nous, le gouvernement, de consulter les communautés ou
ce ne serait pas aux deux communautés qu'ils nous présentent... j'essaie de
voir de façon professionnelle comme je le fais, est-ce que j'écris un projet de
loi que les communautés vont devoir être consultées, je me verrais très mal de
consulter à la place des deux communautés qui nous le demandent. J'aimerais ça
savoir comment vous voyez ça, comment... comment on peut s'assurer que... ce
que vous dites, je le comprends bien, là. Comment ça peut refléter dans le
projet de loi ce qui correspond à ce que vous voulez?
M. Verreault-Paul (Francis) : Merci,
M. le ministre. Plusieurs aspects, pour débuter et répondre à la question... Je
vais quand même prendre un temps pour revenir sur l'aspect et l'importance de
l'aspect de services essentiels. On a eu la discussion, M. le ministre, et en
toute transparence et honnêteté, et avec la ministre, puis, oui, je suis
conscient que, récemment, on a eu une rencontre avec le ministre au niveau
fédéral, Anandasangaree, qui, par le fait même est l'ancien ministre à la
Couronne, aux Affaires autochtones. Donc, eux sortent quand même une
connaissance du milieu et des réalités et des besoins des communautés
autochtones dans l'ensemble de l'île de la Tortue ou du Canada, et je réitérais
l'importance, étant donné que le Québec, actuellement, veut, d'une certaine
façon, ouvrir la loi sur la police, bien, voici une opportunité pour nous tous
d'ajuster l'inégalité, si je peux le nommer ainsi, sur certains aspects. Et je
pense que l'aspect fondamental, depuis toujours, c'est de venir reconnaître les
services de la police autochtone comme étant des services essentiels. Et moi,
ma façon, je le voyais, c'était qu'en venant intégrer ceci à l'intérieur du
projet de loi, bien, ça pourrait venir mettre une pression sur le fédéral
d'également d'agir et d'aller en ce sens. On connaît la relation, notamment
financière, là, au niveau du financement des corps de police autochtone,
52 %, 48 %. Donc, voici pourquoi je pense que c'est réellement une
opportunité pour nous tous de venir l'insérer.
• (19 h 20) •
Par la suite, oui, c'est... comme on le
mentionnait, je pense qu'on salue quand même d'une certaine... l'ouverture du
ministre, et de l'intégrer dans une loi, l'aspect de régie autochtone, je pense
que c'est... comme vous l'avez mentionné, ça a été... ça a été demandé, il y a
un projet pilote qui était en cours, et je laisserai chef Haymond en rajouter
également par rapport à ça.
Mais l'autre aspect, où est-ce qu'on parle
de financement et là où ce qu'on a une préoccupation par rapport à l'aspect de
régie, c'est, comme je le mentionnais, c'est l'aspect... il y a trois critères
où est-ce que tout est à la discrétion du ministre ou de la ministre qui est en
place et un des critères, c'est de... il peut venir dissoudre cette régie-là
selon l'intérêt public. C'est quoi l'intérêt public? Puis, lorsqu'on est déjà
dans une situation de sous-financement, ça a été documenté, il y a eu un
jugement de la Cour récemment, la Cour suprême, en ce sens, favorisant la
première nation des... Maintenant, on vient ajouter possiblement...
M. Verreault-Paul (Francis) : ...des
corps de police autochtones et on va m'assurer que le financement va être
adéquat? J'ai de la misère à bien suivre cette relation financière là. Au
niveau de la consultation, je pense, M. le ministre, c'est dans l'aspect...
comme qui fait référence à l'article 35, je comprends bien qu'il y a déjà
cette demande-là avec les Premières Nations en question. Donc, je pense que
l'aspect consultation et consentement va sur d'autres aspects que ce qui est
amené.
Puis, si... peut-être si chef Germain ou
Chief Haymond, «you want to add anything to the questions.»
M. Lafrenière : Merci. Puis
ma question était bien opérationnelle, c'est ce que vous venez de dire. Je me
disais : À partir du moment que les communautés me signifient leur intérêt
puis ils veulent aller vers une régie, je ne me voyais pas, par la suite, moi,
m'ingérant en... en consultant les communautés. Ce n'était pas... Je comprends.
M. Verreault-Paul (Francis) : Les
autres communautés que vous mentionnez dans la... d'aller consulter les autres
communautés pour la prise en... la mise en place d'une régie?
M. Lafrenière : Non, non,
non, même les deux communautés visées, exemple, Pakua puis Unamen, je n'irai
pas les reconsulter après, reconnaissance de l'autonomie, pouvoirs, tout ça. Je
suis entièrement là. Je vous comprends.
Pour ce qui est de clarifier, je suis
entièrement d'accord pour en parler en équipe. Moi, je vous invite qu'on
travaille ensemble cette semaine, là, rapidement, puis qu'on aille voir comment
le clarifier, ce que vous amenez comme une épée de Damoclès, en disant :
Écoute, le ministre, du jour au lendemain, peut décider que c'est fini, parce
que ce qui est écrit, c'est très... c'est très légal, je le comprends, mais ça
amène une zone d'incertitude. Travaillons là-dessus rapidement. Moi, je suis
d'accord avec ça, parce que ce n'est pas le but. Puis, écoutez, si on prend la
peine, puis là je sais, on ne peut pas aller pour les 20, 30 prochaines années,
puis je prends la peine d'amener ça là, c'est parce que je le veux vraiment, je
ne veux pas le retirer. Ça fait que trouvons une façon que ça reste écrit puis
que ça réponde à votre... à votre questionnement. Ça, je suis d'accord,
vraiment d'accord avec vous.
Ça fait que, pour ce point-là, moi, je
nous invite à travailler rapidement, parce que vous comprenez que je dis
souvent en blague qu'on est comme un petit yogourt, là, avec une date
d'expiration qui s'en vient, si on veut être capables de livrer notre projet de
loi, il va falloir avancer rapidement. Ça fait que je nous invite à le faire.
Puis, moi, je suis très ouvert à regarder ça rapidement avec vous. Services
essentiels, on veut le regarder aussi et de voir... parce que je questionnais
en se disant : Si on... Comme c'est une entente tripartite, si on est les
seuls joueurs là-dedans, on va la regarder puis on va se parler franchement
là-dedans, voir comment... Puis je comprends le levier que vous ne proposez, je
veux qu'on le regarde ensemble, voir comment ça pourrait s'opérationnaliser.
J'aimerais vous amener sur d'autres
aspects du projet de loi si c'est correct pour vous. Au niveau du registre, on
n'en a pas vraiment parlé. Tout à l'heure... Je vais me permettre de vous dire
ce que le chef Dwayne Zacharie a mentionné, en disant : Écoutez, si c'est
un membre d'une communauté qui est impliqué, le service de police a fait
l'enquête ou s'il vient rester dans la communauté après, on voudrait être
impliqué parce qu'il y a un comité qui va regarder les candidatures pour savoir
si elles sont mi-publiques ou pas, en même temps, je veux répondre à des questionnements
que les collègues ont exprimés tantôt.
La police de Québec, ce matin, nous a
suggéré d'avoir des membres invités, c'est-à-dire s'il y avait une candidature
qui vient de Québec ou que la police de Québec a enquêté ou qui va vivre à
Québec, sur le comité, on pourrait inviter la police de Québec pour venir
donner son... son input. Je pense que, du côté des Premières Nations et Inuit,
je ferais la même chose, en ce sens que s'il y avait un candidat, c'est-à-dire
un délinquant sexuel à haut risque de récidive qui se retrouve sur la liste,
mais, à prime abord, la communauté visée, et non pas un représentant pour
toutes les communautés, mais la communauté visée pourrait être invitée à être
temporairement sur le comité pour prendre la décision, pour amener tout son
bagage de connaissances qu'il a, au lieu de demander aux... aux
55 membres. Vous comprenez, ce serait compliqué d'inviter tout le monde.
Puis on ne sait même pas est-ce qu'il y aurait vraiment un représentant des
Premières Nations sur la liste de délinquants contrôlés, pas nécessairement. Ça
fait qu'on irait sur une base plutôt d'invités, pour être sûr qu'on a la
connaissance de cette personne-là.
Moi, je veux savoir comment c'est reçu,
d'après vous, dans les communautés, un registre comme ça. Et je vais rajouter
un point de particularité pour les Premières Nations, majoritairement, à part
autour de Montréal, c'est la notion de petite communauté. Ce que je veux dire
par là, on le dit clairement, on ne veut pas, exemple, une communauté x, avec 300 personnes,
lui dire qu'il habite dans cette communauté-là, ça va le stigmatiser, les gens
vont courir après. Vous comprenez, je veux dire, on ne veut pas l'identifier,
ce serait plutôt la région. Mais j'aimerais vous entendre, parce qu'on n'a pas
vraiment parlé... on en a parlé un petit peu tantôt, mais pas tant. Puis
j'aimerais avoir votre connaissance du côté Premières Nations et Inuit. Pour le
registre des délinquants, donc, on mettrait le nom publiquement, là, sur un
registre qui serait accessible à tout le monde.
M. Verreault-Paul (Francis) :
C'est une excellente question, M. le ministre. C'est sûr que nous ici, ce soir,
notre... notre focus était... Bien sûr, ça fait partie de l'écosystème avec
lequel nos services de corps de police et les gouvernants des Premières Nations
doivent aussi composer avec, parce que c'est une réalité qui fait partie des
communautés. Je pense que moi, c'est... là où je me questionne, c'est l'aspect
de membres invités. Je pense qu'il y a toujours un risque...
M. Verreault-Paul (Francis) : ...d'être
seulement invité quand tu ne fais pas partie entièrement de la table. Donc, je
pense qu'il y aurait une bonne réflexion à avoir sur cette mécanique parce que,
comme je le mentionnais, c'est... c'est définitivement une réalité également de
nos communautés, donc. Puis ça me fait penser... je vais... ça me fait penser à
un autre aspect qui fait partie aussi... Parce que je tiens à le mentionner, je
suis le chef porteur au niveau national sur la sécurité publique. Donc, il y a...
il y a les mêmes, les mêmes discussions d'aspect de services essentiels. Donc,
encore une fois, je pense que le Québec pourrait jouer un rôle de précurseur
ici à cet effet. Donc, c'est pour ça, je tenais à l'apporter.
Mais il y a l'aspect aussi qui vient
avec... avec le respect de notre autodétermination en tant que Premières
Nations. Et je pense que c'est là pourquoi que, pour moi, je me questionne sur
ce que vous proposez, M. le ministre. Je pense que c'est le type de discussion
qu'on pourrait avoir, là, dans... prochainement, là. Parce que, comme on le
mentionnait, je pense qu'il y avait une importance de venir ici ce soir, de
vous partager un message, mais, comme on le sait, il y a une importance aussi
d'avoir des résultats concrets à la suite de notre passage. Et je pense que la
façon de la voir, c'est d'avoir des processus, notamment en parallèle, de
gouvernement à gouvernement.
Ceci dit, je pense que c'est... Cette
question-là, on pourrait plus l'explorer à ce moment-là, parce que c'est
peut-être un aspect qu'on a moins... on a... je ne dirais pas qu'on a moins...
bien, peut-être moins abordé, mais, comme je le mentionnais encore une fois,
c'est l'aspect d'inviter, moi, qui me... qui me questionne par rapport à la...
à ce qui est proposé.
M. Lafrenière : On aura la
discussion. Puis la référence que je faisais avec «invité», ça serait la même
chose pour n'importe quel service de police au Québec, en passant, qui ne
serait pas toujours membre, mais on aura la discussion ensemble. Puis ce n'était
pas vous mettre sur la hache, c'était vraiment pour avoir votre input, parce
qu'on vient de l'avoir du chef Zacharie, puis je voulais voir de votre côté,
là, ce que vous en pensiez.
Si on revient, donc, à la partie
régionalisation de la police, et on en a parlé avec le chef Zacharie,
l'importance de mener une lutte conjointe contre le crime organisé. Ça, quand
on s'est réuni à Uashat, je pense, ça a été clair, les chefs ont passé un
message clair : il y a du crime organisé qui sévit dans les communautés.
Il faut prendre toutes les mesures possibles pour lutter contre le crime
organisé.
Dans notre projet de loi, on a un volet
pour l'affichage des moteurs criminalisés. Chef, je pense que je vais être
redondant, vous m'avez souvent entendu parler, mais la première fois que je me
suis pointé... et j'ai vu justement des gens du crime organisé qui
s'affichaient fièrement. J'avais parlé au chef, là, qui était sur place en
disant : Tu vas voir, c'est l'étape de PR, mais bientôt ce qui va arriver,
ça va être les parties... la partie moins le fun. Puis là on l'a entendu
ensemble d'une mère de famille qui disait que son fils avait été contacté,
qu'il lui avait demandé de vendre de la dope, puis, s'il ne le faisait pas, il
s'en prenait à sa soeur ou à sa mère. Ça fait que je nous repasse le message
qu'il faut travailler ensemble.
• (19 h 30) •
Ça fait que j'apprécie la main tendue,
travailler ensemble. Parce que le crime organisé, eux ne font pas de
distinction entre les groupes, les limites et... Eux autres, ils vont y aller
pour l'argent. Vous savez qu'on a le même combat ensemble, puis je veux vous
saluer là-dessus. Alors, travaillons ensemble là-dessus. Moi, je comprends
qu'on doit clarifier la notion de dissoudre une régie de police, un.
Deuxièmement, vous avez vu dans les éléments qui ont été mis sur place... on
n'en a pas beaucoup parlé, mais de constituer une vraie régie. Vous connaissez
ma vision là-dessus. Je veux m'assurer qu'on distancie le politique de la
police, de s'assurer qu'il y a vraiment une régie de police qui existe. Parce
que l'intifada l'a confirmé, parfois il y a des femmes qui n'osaient pas aller
porter plainte de crainte que le conseil soit trop proche de l'agresseur, ou
peu importe. Ça fait que, cette petite distance là, je pense qu'elle est...
elle est solidaire.
Mais ayons cette discussion-là. Je suis
très ouvert avec vous. Merci d'être venus nous voir, là, ce soir. Puis tantôt,
quand j'ai dit «le service essentiel», je ne voulais pas vous mettre ça de
côté, juste vous dire, je l'ai superbien entendu, il va falloir qu'on se parle
cette semaine. J'entends ce que vous me proposez comme levier, je veux juste
voir comment ça va se réaliser, parce qu'on sait que des fois... Ça va très
bien pour le fédéral en général, mais des fois... des fois non. Des fois, j'ai
dit oui à un projet, exemple, d'un établissement de santé dans une communauté
puis ils ont décidé qu'ils me laissaient tout seul là-dedans après. Ça fait que
juste pour m'assurer... Comment vous dites? Vous allez voir, tantôt il va vous
parle d'un autre projet. Mais... mais, bref, parlons-nous cette semaine.
Puis je sais qu'on avait ouvert la porte,
là, pour ramener la table technique. Ça a l'air de quelque chose de très
technique puis pompeux, là, mais, dans les faits, c'est juste dire de
s'asseoir, travailler ensemble. Rapidement, rapidement, parce que je veux qu'on
réponde à vos inquiétudes, puis je le dis encore au micro, je l'ai dit tantôt,
on n'a aucune intention d'imposer ce modèle-là de police. Moi, je réponds à une
demande que j'ai reçue, je réponds favorablement parce que je pense qu'il y a
beaucoup de positif dans tout ça, de garder le personnel, d'avoir des
promotions, des possibilités d'avoir des tâches différentes. Une personne qui
fait de la police dans sa communauté, qui arrête sa famille, il peut peut-être
avoir le goût d'aller patrouiller ailleurs pendant deux semaines, se faire
oublier un peu. Ce sont...
19 h 30 (version non révisée)
M. Lafrenière : ...les réalités
qu'on vit dans les communautés. Alors, je pense qu'une régionalisation permet d'avoir
ça, d'être plus robuste, aussi de partager le renseignement. Parce que le crime
organisé s'amuse, ils vont dans une communauté, puis quand il y a trop de
chaleur, ils se déplacent. Ça fait que de partager... Bref, il y a beaucoup d'avantages,
mais jamais on ne va l'imposer, ce n'est pas notre but du tout, du tout. On n'a
pas davantage... Ce qu'on veut, c'est de permettre à ceux qui le veulent de se
regrouper. Puis ça, je pense que c'est important de le dire au micro aujourd'hui,
je l'ai dit, à chaque fois, je le redis encore. Ce n'est pas notre volonté,
mais pas du tout.
M. Verreault-Paul (Francis) :
Merci. Je peux peut-être y aller, bien, je pense que c'est une discussion qui
est... qui est fondamentale et essentielle, là, par rapport à notamment l'aspect
de crime organisé avec lequel on a eu une discussion avec le ministre fédéral
également. C'est une... c'est une réalité qui est présente actuellement sur
plusieurs, plusieurs communautés, et force est d'admettre que les gens aussi
savent, ils nous entendent, lorsqu'on parle des services policiers autochtones,
qu'il y a une vulnérabilité pour... pour ceux qui ont un corps de police
autochtone, parce que, je le rappelle, ce n'est pas l'ensemble des communautés
qui sont desservies par un corps de police autochtone, et même dans le «day to
day», pardon pour l'anglais, il y a un aspect que ça place des policiers
parfois aussi dans des situations vulnérables pour des... répondre lorsqu'il y
a un, deux, trois appels en même temps et que tu es un seul policier ou deux
policiers. Qu'est-ce que tu fais? Ça place des policiers dans des situations
extrêmement vulnérables notamment. Donc, de là de venir sécuriser cette
pérennisation des corps de police autochtones, via notamment l'aspect
financier. Je me fais... je pense, j'ai terminé, plus de temps, c'est correct.
Le Président (M. Schneeberger) :
...couper verbalement, c'est pour ça que je faisais des signes. Alors, nous
allons poursuivre avec la députée de Westmount—Saint-Louis.
Mme Maccarone : Merci
beaucoup. Merci à vous... à vous trois pour votre présence aujourd'hui. J'aimerais,
si c'est possible, que vous déposez vos remarques pour les membres de la
comité. Comme ça, on va avoir une bonne compréhension, si c'est possible par la
suite. Merci.
Je souhaite... bien, dans le fond, il faut
le nommer... je ne sais pas si c'est la première fois dans l'histoire que le
ministre de la Sécurité publique est aussi le ministre responsable des Relations
avec la communauté autochtone, ça fait que les planètes sont alignées. Il faut
demander tout ce que vous voulez en ce qui concerne Sécurité publique...
M. Lafrenière : ...
Mme Maccarone : Bien là, je
veux juste dire, je trouve que c'est particulier ça fait que c'est juste une
petite recommandation parce que c'est vrai, c'est... dans le fond, vous avez en
un ministre tout ce que vous avez besoin sur votre liste d'épicerie. Ça fait
que c'est parfait.
M. Verreault-Paul (Francis) :
Est-ce que c'est confirmé par le premier ministre, cet aspect?
Mme Maccarone : Bien, je pense
que... avec les responsabilités qui lui est confiée, c'est... il y a quand même
beaucoup des responsabilités. Il y a de... C'est un ministre avec beaucoup de
pouvoirs, on va dire, de cette manière, puis c'est sur beaucoup de questions, il
faut... il faut le dire, là, je pense qu'il faut être transparents. Beaucoup de
ce que vous demandez, c'est des demandes politiques, puis c'est... ce n'est pas
juste législatif, c'est aussi... on demande au gouvernement de prendre des
actes politiques en votre faveur. Je comprends très bien. Moi, je souhaite
savoir le pratico-pratique, quand on parle de vous donner le statut de police
essentielle, c'est quoi, le coût pour ça? Est-ce que c'est... on a déjà ça qui
est chiffré pour bien comprendre? Mettons, si on dit qu'on est capables de
mettre en place un amendement, c'est quoi, les coûts associés?
M. Germain (Jonathan) : Je
vais répondre à votre question. Oui, dans notre cause qu'on a eue, qu'on a
déposée, là, en 2017, on avait chiffré. Les chiffres ont été déposés à la cour.
Et c'est sûr que qu'est-ce qu'on avait comme chiffres, c'était évidemment un
comparable avec qu'est-ce qui se faisait au niveau des autres corps policiers
qu'il y a au Québec. Puis c'est tout à fait normal, on veut un corps de police
qui soit... qui soit à la hauteur des services que nos gens doivent avoir dans
nos communautés.
Chez nous, évidemment. C'est sûr que ça...
On a chiffré avec les chiffres qu'on avait. On a reculé, là, jusqu'en 2008. De
2008 à 2017, on avait chiffré à 1,6 million de déficit. Ça, c'est ce qu'on
avait, qu'on devait assumer annuellement. Évidemment, notre cause, qu'on a
gagnée à la Cour suprême, a amené à modifier, là, peut-être les montants qu'on
a reçus, mais encore là, on est encore à combler des déficits, à essayer de
combler des déficits, parce que c'est... encore là, ce n'est pas encore
suffisant, et on doit encore à nouveau retourner à la table pour essayer de
faire... d'avoir les montants qu'on devrait avoir en temps normal pour que nos
corps de police puissent fonctionner comme n'importe quels autres corps de
police qui ne sont pas autochtones. Ça fait qu'évidemment pour nous, oui, on s'en
rapproche, mais ce n'est toujours pas suffisant. Puis là où est-ce qu'on en a
une crainte, c'est vraiment qu'on... qu'on... qu'on étale plus largement, puis
qu'on mette d'autres communautés comme nous un peu...
M. Germain (Jonathan) : ...en
déficit puis être obligés de... que... de faire plus... comme je le dis tout à
l'heure, de faire plus avec moins. Puis ça, ça amène un peu, comme chef Francis
le disait tout à l'heure, à des policiers, des fois, dans des situations
peut-être un peu vulnérables puis qui fait que les... nos corps de police
peuvent être des fois aussi en... sous un certain danger de... par manque soit
de formation, par manque soit de... de ressources humaines en raison de la
ressource financière. Ça fait que c'est ça... c'est ça, l'enjeu pour nous. Ça
fait que, si ça devient un service essentiel, évidemment, on s'attend à ce que
ça puisse être à la hauteur de nos demandes.
Mme Maccarone : Quand vous
parlez de le 1,6 million, est-ce que vous parlez... est-ce que ça, c'est... le
financement qui vient du gouvernement du Québec ou est-ce que ça vient du
gouvernement fédéral? Et est-ce que ça, c'est pour l'ensemble des communautés
ou uniquement le vôtre?
M. Germain (Jonathan) :
Uniquement le nôtre, parce que chaque communauté doit, à chaque 31 mars, tout
dépendamment des ententes auxquelles ils doivent...
Mme Maccarone : Oui, je
comprends.
M. Germain (Jonathan) : ...ils
doivent avoir... ça peut être aux cinq ans ou aux 10 ans, mais chaque
communauté doit négocier son entente. Et c'est sûr que, pour nous, c'est 1,6
million pour notre communauté, parce que chaque communauté a aussi sa
particularité. Chez nous, on a 2 000 membres qui sont... on est en
territoire où est-ce qu'on a des municipalités qui sont vraiment proches,
d'autres communautés sont en régions plus éloignées. Ça fait que la situation
n'est pas la même pour chaque communauté, de là la raison pour laquelle chaque
communauté doit négocier... ceux qui ont des corps policiers.
Mme Maccarone : Mais on n'a
pas un chiffre global?
M. Germain (Jonathan) : On n'a
pas un chiffre global pour l'instant, mais c'est sûr que les chiffres qu'on
avait, sur lesquels... sur lesquels on s'est justifiés pour... la raison pour
laquelle on a gagné aussi notre cause à la Cour suprême, c'était vraiment parce
que c'étaient des chiffres qu'on comparait avec d'autres corps policiers.
Mme Maccarone : Je trouve intéressant,
puis je le nomme pour vous et aussi pour le ministre... C'est parce que, dans
le mémoire qui a été déposé auprès du Conseil des ministres par le ministre en
ce qui concerne ce projet de loi, il n'y a rien qui est chiffré pour la mise en
œuvre de ce que vous souhaitez. Je comprends qu'on a des changements en lien
avec l'article 4. Alors, moi, je voulais juste savoir s'il y a eu une
évaluation en termes de coûts potentiels que ça peut engendrer, parce que...
imagine qu'il y a des... il y aura des coûts pour mettre ceci en place. Ça fait
que j'aurais une curiosité de savoir si vous, vous avez une idée. Allez-y.
M. Germain (Jonathan) : Bien
oui, nous... nous, annuellement, c'est sûr... bien, «annuellement»... lorsqu'on
en... on est en négociation, oui, on amène nos chiffres, et nos chiffres
sont... on se compare avec les corps policiers non autochtones. Et, évidemment,
c'est sûr qu'on ne rejoint pas les montants, là, les budgets qui nous...
devraient nous être... attribués en temps normal. Mais c'est sûr que nous, on a
les chiffres puis on les dépose autant au niveau fédéral que provincial.
• (19 h 40) •
Mme Maccarone : Puis est-ce
que vous avez de l'espoir? Les négociations que vous avez au niveau fédéral
avec le ministre Anandasangaree, est-ce que ça avance bien? Est-ce qu'on a de
l'espoir qu'il y aura une entente qui sera conclue rapidement?
M. Germain (Jonathan) : Pour
l'instant, ce n'est pas... ce n'est pas ce qu'il y a sur la table. Pour
l'instant, on doit faire avec qu'est-ce qu'on... qu'est-ce qu'on nous a soumis,
parce qu'il y a... on dit négociation, mais il y a très peu de négociation.
Mme Maccarone : OK, OK. Merci.
Vous avez fait la mention pour le recrutement, rétention puis les difficultés
que vous avez en ce qui concerne l'accès à l'École nationale de police pour la
formation pour les policiers qui souhaitent suivre un programme en anglais, je
présume aussi en autres langues aussi, ce serait bien. Peut-être, on peut
penser à innu ou autres. Il y aura quand même un besoin pour ceci. Avons-nous
besoin d'un amendement, ou quoi qu'il soit, à l'intérieur de ce projet de loi
pour rejoindre ce besoin? Vous avez parlé de la sécurisation culturelle. Est-ce
qu'il y a quelque chose qui manque dans le projet de loi n° 13, qui peut rejoindre
ce besoin, cette attente?
M.
Verreault-Paul (Francis) : I'd like to give
the floor to Chief Haymond first and then I might add.
M. Haymond
(Lance) :
Thank
you very much for the question. I think it's a really important question, and
the fact that, you know, access to English training for police officers in
Québec is a challenge for Anglophone communities like ourselves. When École
nationale cannot provide Anglophone services to us, we have to go and find
those trainings and services elsewhere. For the community of Kebaowek, you
know, we've had to send our officers to Regina at the RCMP school at a
significant increased cost associated with getting that police officer trained.
You know, it's $85,000 of tuition just to get in…
M. Haymond (Lance) :
…to the RCMP trading and that does not
include the cost of travel, equipment, every officer that attends the RCMP
detachment must bring 2000 rounds of ammunitions, 2 firearms, uniforms, there's
a host of things that they have to bring and the actual cost per officer for a
6 month training program is in the vicinity of a $120 000 per officer.
When École Nationale, you know, could essentially train that same officer for
$38 000, but that $38 000 dollars, is an increase over what a non indigenous
candidate would pay for at École Nationale, mainly because we are treated like
an out of province… my officers are treated like they are coming form out of
province to be able to attend École Nationale. And not only is it associated
with the cost, it's really, you know, a challenge to expect that an indigenous
police officer is going to be able to leave their family, their friends, and
community for 6 months while they go and secure the training only to have to
come back to Québec and get into a 2 weeks equivalency course, in English, that
would allow them to be able to practice as a police officer in Quebec. An
amendment or a firm requirement that École Nationale has to provide on an
equitable bubble basis English language training for our police officers in the
same way that they do for a francophone, a police officer would be a
significant improvement to the current reality that we live. If you're a French
community, access to training is less problematic, but if you're an anglophone
community like ours, you have to find alternatives, so it's either the RCMP
school in Regina, or, in our case, we've also worked with and developed a
course with the University of Québec at Abitibi-Témiscamingue,
and have our police officers trained… but the problem is it takes three years
for out officers to be trained through the college process. So, again, we need
to have fait and equitable access to the same level of training that
francophone Canada's do at École Nationale. Thank you.
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
merci beaucoup, c'est tout le temps que... c'est tout le temps que l'on avait.
Alors nous allons du côté de la députée de Sherbrooke pour trois minutes 28.
Mme Labrie : Merci. Il y a
des mesures dans le projet de loi pour venir prévenir la violence conjugale.
C'est un fléau qui touche tout le monde, notamment vos communautés. J'aimerais
savoir s'il y a des mesures spécifiques qui pourraient être utiles dans vos
communautés pour prévenir la violence conjugale, que ce soit des mesures
législatives, réglementaires, parce que j'ai bien entendu qu'au niveau
financier, il y a un manque de ressources, là, mais est-ce que... est-ce qu'il
y a des mesures réglementaires ou législatives qui pourraient vous soutenir ou
des mesures d'organisation?
M. Verreault-Paul (Francis) : Merci
pour la question, c'est une excellente question, en fait, puis définitivement
qu'il y aurait des moyens au niveau législatif, mais je pense qu'il faut voir
le tout. Nous, de la façon qu'on voit la chose, c'est d'une façon holistique,
donc ça comporte plusieurs... il y a plusieurs aspects à vocation qui doivent
être abordés, puis je pense que ça passe notamment beaucoup par l'aspect de
prévention où est-ce que je pense qu'il doit y avoir beaucoup, beaucoup
d'emphase qui est mise à cet effet, puis vous n'êtes pas sans savoir tout
l'aspect quand même de trauma intergénérationnel qui fait partie de notre
réalité et tout cet... ces aspects de ces après-effets des pensionnats, donc
définitivement qu'il y a des aspects au niveau législatif qu'on pourrait...
qu'on pourrait travailler, mais dans une approche, encore une fois, holistique
et non pas seulement lié à l'aspect de sécurité publique. Mais... mais oui,
tout à fait.
Mme Labrie : Puis qu'est-ce
que vous entrevoyez comme prévention qui pourrait être faite, pour vous
soutenir là-dedans? Parce que je suis certaine que vous en faite déjà, de la
prévention, mais quels outils supplémentaires vous aideraient à prévenir? C'est
sûr qu'il y a des enjeux de logement au sein de vos communautés, ça contribue
aussi à des problématiques comme celle-là.
M. Verreault-Paul (Francis) : Définitivement,
l'aspect... l'aspect d'infrastructure-logement est une réalité. Manque de
logements, on parle de plus de 10 000 logements qui sont en manque au niveau de
l'ensemble des communautés. Donc, c'est... pour nous, c'est un enjeu qui est
présent depuis, en fait, toujours...
M. Verreault-Paul (Francis) :
...il y a la surpopulation au niveau... au niveau des logements qui est
également une réalité. Mais dans l'aspect de prévention, je pense que ça passe
par... par notamment de l'éducation, par... par les écoles. Donc, bien sûr, ça
vient avec... avec les ressources nécessaires oui, financières, mais aussi
humaines. Donc, c'est... c'est des aspects, puis il y a tout ce lien également
qui est extrêmement important, en tout cas pour nous, dans un aspect
identitaire, d'avoir ce lien fort et de fierté avec nos cultures et nos
langues, qui est de nous permettre d'avoir... accès à ça. Puis quand je dis de
nous permettre, bien, ici, je viens parler de l'éducation, des programmes
d'éducation, où est-ce qu'on est en quelque sorte sous la juridiction
provinciale et où est-ce qu'on ne peut pas mettre autant d'heures de nos
langues à l'intérieur des cours ou des langues de... ou au niveau de la
culture. Donc, je pense que ça, c'est des éléments de réponse qui viendraient
en... au niveau de la prévention pour... pour nos populations.
Le Président (M. Schneeberger) :
Oui. Alors, nous allons être du côté du député des Îles-de-la-Madeleine pour
la... dernière intervention. Vous avez deux minutes 38.
M. Arseneau : Merci, M. le
Président. Merci à vous pour votre présentation, pour votre patience aussi. Il
est tard maintenant. Je veux juste m'assurer de bien comprendre le...
l'intervenant précédent nous a en quelque sorte, j'interprète, dit que le... le
projet de loi passait peut-être un petit peu à côté des priorités. Il jugeait
la... beaucoup plus important de reconnaître le caractère essentiel des
services policiers, mais il semblait aussi jeter un doute sur la pertinence de
créer des régies.
Votre point de vue, c'est qu'on a besoin
de cet outil-là. Est-ce qu'il est applicable, selon vous, dans plusieurs
communautés? La mutualisation de services, que je comprends, là, selon les
propos du ministre, que c'est à la demande de certaines communautés. Si on
regardait un petit peu ce qui s'en... là où ça peut être applicable, là où des
communautés peuvent avoir justement une certaine proximité, à la fois
territoriale et peut-être culturelle ou linguistique, combien de régies, vous
pensez, qui pourraient être créées, là, si on s'entend sur les modalités?
M.
Verreault-Paul (Francis) : Do you want to go,
Chief Haymond?
M. Haymond
(Lance) : Sure. I think… yes, I think the simple
answer is that the boards would primarily be made up of geographical
regroupments of communities that are in proximity. And I would expect then…
suspect that every nation, the 10 nations or 11 nations that make up the First
Nations in Québec would want to have the opportunity to… to create a regional
police force. In our case, we recognize that putting the resources of Kebaowek,
Timiskaming First Nation and Long Pointe First Nation offers up an opportunity
for us to pool our resources, our financial resources in a way that allows us
to expand and provide, you know,
better policing services than we could offer as individual communities.
• (19 h 50) •
Geographically, you know, it may be a challenge for some
nations to pull together the resources, but I would expect that the
regionalizations will manly be tied to being created within the individual
nations that we represent in Québec. As an example, we're starting to develop…
the regional police service for three Algonquin communities, but it's our hope
and our intentions that, at the end of the day, we will have an Algonquin
police force that will be delivering services to all of our nine communities in
Québec.
M. Arseneau : Merci beaucoup.
Le Président (M. Schneeberger) :
Merci. Alors, merci beaucoup. Alors, c'est ce qui met fin pour notre journée
aujourd'hui. Je vous remercie pour votre bon apport, précieux apport à la
commission.
Alors, la commission ajourne ses travaux
à demain mardi, après les affaires... touchant les affaires de... les travaux
de commission. Merci. Au revoir.
(Fin de la séance à 19 h 52)