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Commission permanente des Communications
Projet de loi no 35
Loi modifiant la loi de la Règie des services
publics
Projet de loi no 36
Loi modifiant la loi de
radio-télédiffusion du Québec
Proiet de loi no 37
Loi modifiant la loi du ministère des
Communications
et d'autres dispositions législatives
Séance du mardi 22 février 1972
(Dix heures quarante minutes)
M. BACON (président de la commission permanente des
Communications): A l'ordre, messieurs!
Les travaux de la commission parlementaire des Communications
débutent et je laisse la parole au ministre des Communications,
l'honorable Jean-Paul L'Allier.
M. L'ALLIER: M. le Président, messieurs les membres de la
commission, mesdames, messieurs, nous reprenons, ce matin, les travaux de la
commission parlementaire des Communications pour l'étude des projets de
loi 35, 36 et 37. Nous en étions, au moment où la commission a
suspendu ses travaux, à l'audition des mémoires.
Nous avions déjà pris connaissance du mémoire no 1,
du mémoire no 2 qui était un mémoire verbal, du
mémoire no 3 et nous avions devant nous les mémoires nos 4, 5 et
6. Nous avons reçu, depuis, un bref mémoire de la
Communauté urbaine de Québec et il semble que, si nous suivions
l'ordre normal des travaux de la commission, nous devrions entendre ce matin,
dans l'ordre, la Corporation des évaluateurs agréés du
Québec, l'Association canadienne de télévision par
câble, le Barreau du Québec et, finalement, la Communauté
urbaine de Québec.
On me dit, cependant, que ceux qui ont des mémoires à
présenter, à savoir les associations et la Communauté
urbaine, sont d'accord pour suivre l'ordre, à toutes fins pratiques,
inverse qui est établi ici. Cela consisterait à permettre d'abord
à la Communauté urbaine de Québec de présenter son
mémoire, ensuite, au Barreau du Québec, ensuite, à la
Corporation des évaluateurs agréés, ensuite, à
l'Association canadienne de télévision par câble. Est-ce
qu'on est d'accord?
J'inviterais le représentant de la Communauté urbaine de
Québec à présenter son mémoire.
Communauté urbaine de Québec
M. JACQUES: M. le Président, mon nom est Maurice Jacques. J'ai
avec moi M. Trotier, président de l'exécutif de la
communauté urbai- ne, le secrétaire, le gérant de
l'organisme et nos ingénieurs. Je suis aussi accompagné de Me
Hansard, de Montréal, qui représente la compagnie Anglo Pulp. La
communauté urbaine a, il y a quelque temps, mis sur pied un projet
d'aménagement d'incinérateur pour disposition des ordures. Afin
de faire baisser le coût au public de ce procédé, nous
avons convenu avec l'Anglo Pulp que nous fabriquerions de la vapeur et que nous
la vendrions à l'Anglo Pulp.
Les pourparlers sont terminés, les ententes avec l'Anglo Pulp
sont concrétisées. Nos plans de construction sont terminés
et les contrats pour la construction sont déjà
adjugés.
Or, avant le bill 35, la Communauté urbaine de Québec, qui
est une corporation municipale, n'était pas soumise à la
juridiction de la Régie des services publics quant à la vente de
la vapeur. Le bill 35 a pour effet de soumettre la communauté à
cette juridiction.
Le mémoire de la communauté désire surtout
souligner que nous ne faisons pas affaires avec le grand public. Le but d'une
régie comme la Régie des services publics est de protéger
le public quant au taux, quant à la qualité des services lorsque
le public n'est pas en mesure de se protéger lui-même,
c'est-à-dire lorsque les contrats qui sont faits avec des entreprises
publiques sont de la nature des contrats d'adhésion; par exemple,
l'Hydro-Québec, les transports publics ou le
téléphone.
Dans le cas qui nous occupe, nous avons un incinérateur qui
comprend quatre unités d'incinération, qui produit de la vapeur
et un seul et unique client s'est engagé à acheter toute la
vapeur. En conséquence, nous ne sommes pas sur le marché de vente
de vapeur; nous n'offrons pas la vapeur au grand public, nous n'avons pas
l'installation pour le faire et, si nous devions le faire, nous devrions
obtenir toutes les autorisations requises du ministère des Affaires
municipales, de la Commission municipale et du lieutenant-gouverneur en
conseil.
Nous sommes déjà soumis aux autorités
gouvernementales quant à la structure même de nos
incinérateurs, quant à la structure même de notre
système de vente de vapeur et quant au financement, soit de la
construction, soit de la vente. Nous ne voyons pas ce que la régie
pourrait apporter de protection au public, vu que nous ne traitons pas avec le
public. L'Anglo Pulp est le seul et unique client et nous ne pouvons pas vendre
à d'autres; nous avons un contrat qui engage l'Anglo à acheter
toute la vapeur et nous nous engageons à vendre toute notre vapeur.
Nous désirons souligner aussi quelques points quant à la
rédaction du bill 35. Si vous lisez l'article 15, vous voyez que les
corps publics, comme les corporations municipales, sont soumis de façon
rétroactive à la juridiction de la régie,
c'est-à-dire qu'on ne peut commencer la construction avant
l'entrée en vigueur du bill 35 et qu'il va nous falloir obtenir cette
permission de la régie pour construire. Nous
soumettons que c'est donner un effet rétroactif à la loi
qui peut être joliment embêtant quand les travaux sont passablement
avancés.
Nous désirons aussi souligner et faire quelques commentaires sur
l'article 29 que vous proposez dans le bill 35. Tout d'abord, cet article
utilise le mot "service", mot qu'on ne retrace pas dans le cadre de la loi
même. L'article 29 soumet les corps publics à la juridiction de la
régie quant à l'exploitation et non pas quant à la
construction. Quand vous lisez l'article 23 de la loi actuelle, vous voyez
qu'il y a une espèce de triptyque: construction, exploitation et
administration. Dans l'article 29 proposé, il n'y a que l'exploitation.
Dans l'article 15 proposé, il y a permission rétroactive pour la
construction. Alors, ceci jette de la confusion sur les obligations des
parties. Quoi qu'il en soit, nous soumettons respectueusement que la
Communauté urbaine de Québec, ne vendant et n'offrant pas de
vapeur au grand public, ne devrait pas être soumise à la
juridiction de la Régie des services publics.
M. L'ALLIER: Un point d'information: quelle est la durée du
contrat que vous avez?
M. JACQUES: Vingt ans.
M. LE PRESIDENT: Le député de Chicoutimi.
M. TREMBLAY (Chicoutimi): M. le Président, je crois qu'il y a
lieu de tenir compte de la demande que fait la Communauté urbaine de
Québec parce qu'il s'agit d'un cas assez particulier. Me Jacques a fait
la genèse du projet qu'il a avec la société Anglo, de
l'Anglo Pulp, comme il a dit. Il nous a indiqué qu'il s'agissait d'une
entente qui avait donné lieu à la mise en place de certains
dispositifs qui utiliseront la vapeur en vue de la disposition des ordures,
etc.
Je voudrais savoir de Me Jacques si ce que la Communauté urbaine
a décidé avec la société Anglo est une chose qui
pourrait éventuellement s'étendre à d'autres clients qui
pourraient vouloir utiliser les mêmes services?
M. JACQUES: Non, à moins que l'Anglo cesse d'exister et que nous
soyons collés avec notre vapeur. Les contrats sont...
M. TREMBLAY (Chicoutimi): Vous ne serez pas collés avec la
vapeur, vous allez être ..
M. JACQUES: De la part de l'Anglo, c'est l'achat de toute la vapeur que
nous pouvons produire et, de notre part, c'est la vente de toute la vapeur que
nous pouvons produire. Notre contrat est ainsi fait.
Dans l'avenir, nous ne voyons pas comment nous pourrions même
entrer sur le marché à moins de construire un autre
incinérateur. A ce moment-là, il faudra réviser, non pas
notre contrat avec l'Anglo, mais la situation de la disposition des
ordures.
M. TREMBLAY (Chicoutimi): Maintenant, ne pensez-vous pas, Me Jacques,
même dans ces circonstances, qu'il y aurait quand même lieu pour
vous, en vue de l'avenir, de vous soumettre aux dispositions de la loi?
M. JACQUES: Nous ne désirons pas échapper à la loi
quant à l'avenir. Tout ce que nous demandons, c'est que
l'incinérateur qui est en voie de construction, en vertu de notre
règlement 34, ne soit pas sous la juridiction de la régie. Si
à l'avenir nous voulons nous lancer dans la vente de vapeur au grand
public, nous n'avons pas d'objection, mais c'est seulement ce projet, si on
peut l'appeler ainsi, qui est déjà en voie de
réalisation.
M. TREMBLAY (Chicoutimi): Je comprends très bien ça, Me
Jacques, et je voudrais demander au ministre ce qu'il en pense. A-t-il
objection à exempter la Communauté urbaine de Québec des
dispositions générales de la loi ou à exiger de cette
communauté urbaine qu'elle se soumette aux exigences
générales de la loi, quitte, par réglementation, à
exempter la communauté urbaine pour le cas précis qui nous est
soumis, sous toutes réserves et bien entendu que la communauté
urbaine, comme on nous en a assurés, ne se lancera pas dans la vente de
vapeur?
M. JACQUES: Que ce soit fait par réglementation ou par un
amendement à la loi, nous n'avons pas d'objection, le choix du
mécanisme vous appartient. Nous avons suggéré, dans notre
mémoire, un amendement à la loi, par un article qui se lirait
ainsi: "La présente loi ne s'applique pas au centre de disposition des
ordures de la Communauté urbaine de Québec, établi en
vertu de son règlement no 34." Cela nous limite strictement à
quatre unités d'incinération; si nous en voulons cinq ou six,
nous serons soumis à la régie.
M. L'ALLIER: Sur ce point-là, vous comprenez bien que le but
premier de ce projet de loi n'est pas de réglementer le commerce de la
vapeur au Québec...
M. JACQUES: M. le ministre, il le fait.
M. L'ALLIER: II le fait, et c'est un projet de loi
général. Par ailleurs, il est évident que le commerce de
la vapeur ne sera pas une chose tellement répandue quoiqu'on voie de
plus en plus, par exemple, des terrains de stationnement, des rues, qui sont
chauffés, en hiver, par la vapeur, etc.
Donc, il y a une possibilité, soit que la communauté
urbaine, soit que d'autres corporations municipales, d'autres corps publics ou
même des organismes publics comme les hôpitaux, des choses comme
ça, disposent, à un moment donné, de surplus de vapeur qui
puissent être utilisés.
Sur le point précis que vous apportez, à
savoir la vente de la vapeur pour une période de vingt ans
à la société que vous avez mentionnée, je n'ai
aucune objection à ce que nous étudiions la meilleure
façon de garantir que cette opération puisse se continuer par
règlement, toutefois. Je dois faire très attention en mentionnant
la possibilité éventuelle d'un amendement à la loi pour
couvrir un cas particulier, parce que je ne crois pas, à ce stade-ci,
qu'il serait opportun d'exclure d'une façon générale la
Communauté urbaine de Québec de la loi telle que
présentée pour les fins du commerce de la vapeur pour l'avenir,
sans exclure automatiquement tous les corps publics quels qu'ils soient.
Par ailleurs, je suis d'accord avec vous que, compte tenu de la
situation présente, compte tenu du fait que cette question a
été étudiée par la Commission municipale, etc.,
nous prenions les dispositions nécessaires pour garantir que, dans ce
cas particulier, la nouvelle loi ne deviendra pas un obstacle
supplémentaire ou un frein à la réalisation du projet tel
qu'il a été adopté par la Communauté urbaine, tel
qu'il a été approuvé par la Commission municipale et tel
qu'il est en voie de réalisation. Je crois qu'au nom du gouvernement je
peux vous dire que nous pourrions le faire par réglementation et, si ce
n'était pas suffisant par réglementation, à la limite,
nous pourrions étudier un amendement à la loi, ce qui me
paraîtrait une solution de moins bonne qualité, compte tenu du
caractère général de cette loi.
M. JACQUES: Dans le projet de loi 35 et dans la loi de la régie,
il n'y a pas de possibilité d'exempter par voie de
réglementation, absolument aucune.
M. L'ALLIER: Vous venez de me dire, en une réponse à une
question vous êtes juriste vous avez dit: Je ne vois pas
d'objection à ce que ça se fasse par loi ou par
règlement.
M. JACQUES: D'accord, je désire souligner que, dans les textes
actuels, il n'y a pas de possibilité d'exempter par voie de
règlement. Il va falloir ajouter un texte qui, je vous le soumets
respectueusement, va ouvrir la porte à une foule de demandes, tandis
que, si vous exemptez notre projet nommément dans la loi, la
régie ou enfin le lieutenant-gouverneur en conseil, celui qui aura le
pouvoir d'adopter des règlements exemptant, n'aura pas à
répondre à un kyrielle de demandes qui seront faites par tous les
corps publics ou par tous les services publics, si vous voulez. J'imagine que
vous allez en avoir.
Dès que vous ouvrez la porte, par voie de réglementation,
vous vous soumettez à une possibilité de nombreuses demandes.
M. TREMBLAY (Chicoutimi): Me Jacques, justement votre argument se
retourne contre vous. Si on ne peut pas procéder par voie de
réglementation dans le cas de la communauté urbaine, je ne vois
pas qu'on procède par voie de législation pour exempter la
communauté urbaine. Je pense bien qu'il faudrait examiner la
possibilité d'une exemption par voie de réglementation et je le
soumets au ministre parce que dès qu'on permettra à un organisme
comme le vôtre d'échapper aux dispositions générales
d'une loi qui reste, à toutes fins utiles, une loi-cadre, n'importe quel
requérant pourra venir devant nous et nous faire la même
demande.
Par conséquent, la solution que j'ai évoquée tout
à l'heure en posant une question au ministre, celle de vous exempter par
voie de réglementation, me paraît plus compatible avec les
exigences que vous avez, pour peu que le ministre veuille bien
reconsidérer le texte de loi et voir dans quelle mesure on peut, par
voie de réglementation, exempter la communauté urbaine qui nous
présente, ce matin, un cas très spécifique, très
délimité, très "circonscis," comme diraient certains de
nos collègues d'un parti que je ne nommerai pas.
M. JACQUES: Si dans la loi vous insérez un article qui permet
à la régie d'exempter, ou qui permet au lieutenant-gouverneur en
conseil d'exempter certaines catégories d'industries, vous ouvrez une
porte à une kyrielle de demandes qui sont faites au
lieutenant-gouverneur en conseil. Alors, si c'est le désir du
gouvernement, loin de moi la pensée d'émettre des objections, je
désirais tout simplement souligner cela. Tandis que si vous apportez un
amendement à la loi, ceux qui voudront des exemptions seront
obligés de venir devant vous pour s'expliquer.
M. L'ALLIER: Oui.
M. TREMBLAY (Chicoutimi): Oui, justement, il y a deux
possibilités: ou on procède par voie d'exemption dans la loi, ou
par voie de réglementation. Dans les deux cas, des requérants, il
peut y en avoir des centaines. Alors, je suggère au ministre de
reconsidérer cet article et de voir dans quelle mesure nous pouvons vous
donner satisfaction je comprends très bien votre cas mais
sans, pour autant, déranger toute l'économie de la loi qui
inciterait une série d'organismes à nous présenter des
demandes analogues. D'ailleurs, nous avons déjà eu des demandes
semblables pour d'autres cas.
M. JACQUES: Remarquez, que j'obtienne ce que je veux par n'importe quel
des deux moyens, cela me fait absolument rien, du moment que j'ai ce que je
veux.
M. TREMBLAY (Chicoutimi): Ecoutez, cher confrère, je sais que
vous plaidez très bien, mais nous allons devoir réexaminer votre
factum.
M. JACQUES: Merci, monsieur.
M. L'ALLIER: Je voudrais, en terminant,
répéter ce que j'ai dit tout à l'heure. En fait,
l'objectif que vous recherchez, c'est un objectif sur lequel nous sommes
d'accord. Compte tenu de l'ensemble des circonstances, nous allons tenter de
trouver, par voie de réglementation, les moyens de satisfaire à
cet objectif. Cela peut signifier que, dans la loi générale, nous
puissions prévoir une possibilité de réglementation sur
cette fin précise. D'ailleurs, j'aurai des commentaires à faire,
au fur et à mesure de l'étude de ces projets de loi, sur les
pouvoirs de réglementation du gouvernement. Et c'est peut-être
â ce moment-là qu'il faudra le prévoir.
De toute façon, je peux, je crois, vous donner l'assurance que
l'objectif que vous recherchez sera atteint et que les projets de loi, tels
qu'ils sont devant nous présentement, ne seront pas un frein ou un
handicap à la réalisation de ce projet particulier.
S'il advenait que d'autres cas se présentent, à ce
moment-là ce serait l'économie générale de la loi
qui devrait s'appliquer.
M. JACQUES: Nous n'avons absolument aucune objection, à l'avenir,
à être soumis à la loi. C'est simplement ce projet qui est
trop gros pour recommencer, surtout quand on n'a qu'un seul client. Merci.
M. LE PRESIDENT: Merci, Me Jacques. Le Barreau du Québec. Me
Micheline Audet-te-Filion.
Barreau du Québec
MME AUDETTE-FILION: M. le Président, M. le ministre, MM. les
membres de la commission parlementaire, le Barreau du Québec a
déjà eu l'occasion, au mois de novembre 1970, de présenter
au gouvernement, par le biais du groupe de travail qui était
présidé par Me René Dussault, un mémoire sur les
tribunaux administratifs. Dans le cadre du bill 35 et de la régie, nous
aimerions apporter simplement quelques précisions.
Me André Trotier, qui a collaboré à l'étude
du Barreau sur les tribunaux administratifs et qui, d'ailleurs,
présidait le comité du Barreau, vous présentera ses
remarques et répondra à vos questions puisque, si je m'en
réfère au journal des Débats, vous avez déjà
eu l'occasion d'en prendre officieusement connaissance.
M. TREMBLAY (Chicoutimi): Nous protestons, madame, que ce ne soit pas
vous qui soyez le porte-parole! Nous sommes très
déçus.
M. LACROIX: Nous nous demandons si le Barreau a réellement une
bonne cause pour envoyer une dame aussi charmante présenter son
mémoire!
MME AUDETTE-FILION: Je crois qu'il faut être également
charmant et extrêmement compétent.
M. TREMBLAY (Chicoutimi): Nous allons surveiller votre
confrère.
M. TROTIER: M. le Président, vous voyez que le Barreau
procède toujours avec habileté!
M. TREMBLAY (Chicoutimi): On va le voir...
M. TROTIER: Maintenant, nous abordons le fond. C'est moins
drôle.
En fait, le mémoire très court que nous vous avons soumis
respecte la ligne de pensée que le Barreau tente de faire valoir devant
vos diverses commissions parlementaires depuis au moins deux ans, à
l'effet qu'il faut éviter, en matière administrative, que les
tribunaux administratifs fassent leur propre réglementation et, ceci,
afin d'éviter que le tribunal administratif soit â la fois juge et
partie.
Vous savez, il faut plaider comme nous, nous sommes appelés
à plaider, devant les tribunaux administratifs, pour se faire dire
à maintes reprises par le président, par exemple, lorsque nous
interprétons un règlement adopté par le tribunal
administratif lui-même: Nous regrettons, monsieur,
l'interprétation que vous donnez au règlement, ce n'est pas
ça; c'est moi que l'ai fait et ce n'est pas ce que ça veut
dire.
Cela nous arrive couramment; cela nous arrive tous les jours et c'est
pourquoi le Barreau a toujours insisté, plus particulièrement
depuis un an, pour que la réglementation soit faite, soit par
l'assemblée ou encore par décret-loi, c'est-à-dire par le
lieutenant-gouverneur en conseil.
Or, en ce qui concerne les bills 35, 36 et 37, nous avons
remarqué que le gouvernement a tenu compte des recommandations du
Barreau en cette matière et nous le remercions. Cependant, nous vous
soumettons respectueusement qu'il y a danger d'excès contraire en ce qui
regarde tout particulièrement les bills 35 et 37. Nous vous renvoyons
à ce moment-ci à vos articles 6 du bill 35 et 3 a) du bill
37.
En regard de ces articles, je voudrais vous citer le mémoire du
Barreau, à la page 3, et vous y trouverez les recommandations suivantes:
lo Que le présent projet de loi contienne de la façon la plus
étendue possible les règles et normes qu'aura à appliquer
la Régie des services publics; ou bien 2o Que les arrêtés
en conseil prévus à l'article 6 du bill 35 et à l'article
3 a) du bill 37 soient déposés devant l'Assemblée
nationale en même temps que ces projets de loi afin que les élus
du peuple, les corps intermédiaires et les autres
intéressés puissent apprécier les conséquences de
ces textes et faire valoir leurs représentations.
Ce mémoire comporte en outre une dernière recommandation,
que vous trouvez à la fin. Nous suggérons respectueusement que
l'article 1, qui modifie l'article 2 de la Loi de la régie des services
publics, comporte l'utilisation de l'expression suivante: "Entreprise de
services
publics" au lieu de "entreprise publique". Le but, évidemment,
est pour distinguer les entreprises publiques comme l'Hydro-Québec et
d'autres compagnies de la couronne des entreprises privées à
caractère public.
C'est donc le sens des recommandations que nous voulions faire et, M. le
Président, nous avons lu avec plaisir le journal des Débats, le
numéro 103, alors qu'à la page B-5273 le ministre dit ce qui
suit: "J'ai pris connaissance, par ailleurs, du mémoire qui est
présenté par le Barreau du Québec, qui reconnaît,
parce que c'est un point technique sur lequel vous serez d'accord, l'existence
et le bien-fondé de ce qu'on appelle la législation
déléguée qui est en fait la réglementation. Je
m'attacherai avec beaucoup d'attention aux propositions qui sont faites dans ce
mémoire afin de permettre que la réglementation
générale puisse, de quelque façon, faire l'objet soit
d'une consultation précise, soit qu'elle soit portée à la
connaissance préalable des membres de l'Assemblée."
Eh bien, M. le ministre, ayant pris acte de ces notes qui apparaissent
à la page B-5273, nous vous en remercions et nous sommes maintenant
à votre disposition.
M. L'ALLIER: Merci, Me Trotier. Est-ce que vous avez eu l'occasion
je vous pose la question, peut-être que vous n'avez pas la
réponse ou peut-être que ce n'est pas le moment pour vous de la
donner au moment de l'étude que vous avez faite, de vous pencher
sur la nature de la Régie des services publics comme tribunal
administratif? Est-ce que c'est une question que le Barreau se pose, à
savoir si la Régie des services publics est un tribunal administratif,
si c'est un tribunal quasi-judiciaire ou si c'est simplement l'appareil
extérieur qui le fait ressembler à un tribunal quasi-judiciaire,
alors que c'est de fait un tribunal administratif?
M. TROTIER: Si M. le ministre veut bien se référer au
mémoire du Barreau sur les tribunaux administratifs, il verra que le
Barreau soumet qu'il s'agit là d'un tribunal administratif, mais
exerçant des pouvoirs quasi-judiciaires. Alors, à ce moment-ci,
en réalité, c'est un véritable tribunal, qu'on l'appelle
administratif ou non, parce que ses pouvoirs sont d'ordre, judiciaire, en ce
sens qu'il peut assigner des témoins et rendre des ordonnances
formelles.
En fait, il ne fait aucun doute du moins à mes yeux et je
ne pense pas qu'il en soit autrement pour autant que le Barreau est en cause
que nous sommes en face d'un tribunal administratif à pouvoirs
quasi-judiciaires, et c'est un tribunal extrêmement important en raison
des montants qu'il est appelé à accorder aussi et du rôle
qu'il est appelé à jouer.
M. TREMBLAY (Chicoutimi): M. le Président, je note avec plaisir
les demandes que formule le Barreau du Québec, qui rejoignent les
propositions que nous avions soumises au ministre en Chambre,
particulièrement en ce qui concerne la réglementation
afférente à la nouvelle loi que le ministre a soumise.
Nous avions fait observer au ministre que la réglementation
devrait nous être soumise, qu'elle devrait être portée
à l'attention des membres de l'Assemblée nationale afin que nous
voyions exactement quelle est l'étendue, la portée, le sens de
cette réglementation. Il est bien entendu, Me Trotier, que j'endosse ce
que vous avez dit en ce qui concerne les pouvoirs délégués
à des organismes administratifs qui, à toutes fins utiles,
deviennent des tribunaux. Nous avons eu l'occasion la semaine dernière,
en étudiant la Loi du syndicalisme agricole, de demander au ministre de
nous soumettre la réglementation afférente à la loi. Nous
avons fait observer et plusieurs collègues l'ont fait, notamment
le député de Taillon qu'il arrive que même si nous
reconnaissons l'autonomie de certaines régies ou de certains de ces
organismes qui ont des pouvoirs quasi-judiciaires, il reste que c'est quand
même le gouvernement et les élus du peuple qui doivent avoir droit
de regard sur la réglementation que lesdits tribunaux pourraient
édicter.
C'est d'ailleurs un des reproches amicaux que nous avons faits au
ministre lorsqu'il a présenté son projet de loi, en lui demandant
de revoir le projet à la lumière des observations que nous avions
faites lorsque nous avons demandé que la réglementation soit
soumise à l'examen de l'Assemblée nationale. Est-ce que
maintenant le ministre il lui appartiendra de me répondre
acceptera que la réglementation ayant été
rédigée, soumise à l'Assemblée nationale, des
organismes reviennent à nouveau devant nous pour se faire entendre et
donner leur avis sur cette réglementation?
Je pose la question au ministre. Je dis tout de suite au ministre que je
sais que cela peut quand même comporter des délais assez
importants.
Sans en faire une obligation au ministre, je lui demande de nous dire
dans quel sens s'infléchit sa pensée en ce qui concerne cette
réglementation qui, soumise à l'Assemblée nationale,
pourrait éventuellement être à nouveau soumise aux
organismes qui ont déjà comparu devant nous pour l'examen des
trois projets de loi qui nous occupent.
M. L'ALLIER: En répondant à la question du
député de Chicoutimi, je voudrais en même temps poser,
incidemment, une ou deux questions à Me Trotier. D'abord, il est exact
que l'article 3 a) du projet de loi no 37 comporte un pouvoir de
réglementation générale, et sur ce pouvoir de
réglementation générale, le député de
Chicoutimi rejoint les observations que vous avez faites à savoir que
c'est, en fait, un pouvoir de législation délégué
extrêmement large.
Le Barreau recommande que le projet de loi contienne, de la façon
la plus étendue possible,
les règles et normes qu'aura appliquées la Régie
des services publics. En d'autres mots, si je comprends bien, Me Trotier, vous
suggérez qu'à l'article 3 a), par exemple, on spécifie,
sans nécessairement que ce soit exclusif, de la façon la plus
précise possible, quels sont les champs de réglementation
à l'intérieur desquels, cependant, s'exercera le pouvoir de
législation délégué, sans entrer dans le
détail de cette réglementation.
M. TROTIER: Exactement.
M. L'ALLIER: Je crois que cela rejoint aussi, en partie tout au moins,
les préoccupations du député de Chicoutimi. Sur ce point,
je dois vous dire que je suis d'accord sur les recommandations du Barreau et
sur les remarques antérieurement faites par le député de
Chicoutimi. Nous allons, au moment de l'étude, article par article, du
projet de loi, tenter de préciser à l'article 3 a) ou ailleurs
dans la loi, mais vraisemblablement à l'article 3 a), l'étendue
du champ d'application du pouvoir réglementaire que se donne le
gouvernement à la suite de ce projet de loi, sans toutefois que ce soit
exclusif.
Par ailleurs, afin de répondre à la deuxième partie
de la question du député de Chicoutimi, est-ce que vous croyez
je vous demande, avant d'y répondre, ce que vous en pensez
qu'une fois que nous avons mis dans la loi les champs de réglementation
possible sous cette loi encore une fois sans que ce soit
nécessairement exclusif parce qu'à ce moment-là on
s'embarque dans un processus d'amendement permanent de la loi nous
aurons répondu aux arguments que vous donnez et qui sont donnés
par le député de Chicoutimi, si la réglementation
elle-même faisait l'objet, par exemple, d'une publication
préalable assortie d'un délai donné à
l'intérieur duquel, soit en commission parlementaire ou autrement, les
parties peuvent se manifester et faire état d'oppositions ou de
commentaires pour bonifier précisément cette
réglementation?
M. TROTIER: Nous serions d'accord.
M. TREMBLAY (Chicoutimi): Comme nous l'avons fait pour la loi 65,
aussi.
M. L'ALLIER: Cela m'apparait, quant à moi là-dessus
aussi je suis d'accord une formule qui, sans alourdir indûment la
loi qui doit demeurer une loi générale, permet de préciser
dans la loi même les principaux champs de réglementation, de sorte
que, si à un moment donné le gouvernement sort de ses champs de
réglementation, il n'ait pas nécessairement à amender la
loi pour le faire mais qu'il soit soumis, à ce moment-là, au
processus régulier de la commission parlementaire et aux questions de
l'Assemblée nationale là-dessus.
Cela m'apparait une excellente formule que celle de la publication
préalable des règlements proprement dits permettant à
tous, dans un délai donné, de s'exprimer sur ces
règlements de sorte que les règlements, au-delà de ce
délai, entrent en vigueur et ne retardent pas indûment
l'application de la loi. En ce sens-là, nous sommes prêts à
prendre les dispositions au moment de faire l'étude en troisième
lecture du projet de loi pour donner suite à vos recommandations et aux
remarques du député de Chicoutimi.
M. TREMBLAY (Chicoutimi): M. le Président, je voudrais poser une
autre question à Me Trotier. A la dernière page de son
mémoire, il fait la distinction entre "entreprise de services publics"
et "entreprise publique". Est-ce qu'il pourrait me dire juridiquement quel est
le fondement de son argumentation qui l'incite à demander ce changement
de terminologie?
M. TROTIER: M. Tremblay, qu'il me soit permis de vous dire qu'il n'y a
pas de fondement juridique à la distinction que j'ai faite. C'est
plutôt pour permettre aux justiciables de bien saisir la distinction
existant entre une entreprise publique comme Québec
Téléphone et une autre comme l'Hydro-Québec. C'est pour
faire une distinction entre elles. Une entreprise de services publics sera
à mon sens beaucoup plus générique que l'autre. Si on
parle d'entreprise publique, de commune renommée, nous songeons à
l'Hydro-Québec ou à Québec Téléphone, etc.
C'est pour clarifier et pour rendre service au peuple.
M. TREMBLAY (Chicoutimi): Est-ce que Me Trotier en fait une question de
sémantique et veut éviter qu'il y ait équivoque ou
confusion dans les termes et dans l'esprit des justiciables? Qu'est-ce qui a
incité le ministre à utiliser les termes qu'il utilise dans son
projet de loi? Juridiquement, est-ce que le ministre a appuyé la
rédaction de son projet de loi sur un fondement juridique, sur une
distinction de nature juridique?
M. L'ALLIER: Je vais essayer de répondre en même temps aux
deux questions, parce que cela se rejoint. Nous avons, au moment de la
préparation du projet de loi, étudié la possibilité
d'y inclure plutôt que "entreprise publique" "entreprise de services
publics" ce qui, je suis d'accord avec vous, correspond d'une façon
beaucoup plus précise au moins à la doctrine juridique actuelle
sur ces questions.
Par ailleurs, ce qui nous a retenus de le faire à ce stade-ci,
c'est que les amendements qui sont apportés par les projets de loi 35 et
37 notamment sont des amendements qui ont quand même une portée
limitée et qui ne se situent pas dans une révision d'ensemble de
cette notion d'entreprise publique ou d'entreprise de services publics dans
l'économie générale des lois.
En d'autres mots, nous nous sommes dit: Si nous apportons, par les
projets de loi 35 et 37, à la Loi de la Régie des services
publics des modifications où nous donnons véritablement le sens
d'entreprise de services publics, nous sommes face à toute une
série de concordances qu'il faudra faire à l'intérieur de
cette loi même et, vraisemblablement, nous risquons de créer
certaines confusions avec d'autres lois où l'on retrouve l'expression
"entreprise publique" sans retrouver presque jamais, je crois, dans le droit
québécois la notion d'entreprise de services publics.
Donc, ce n'est pas une fin de non-recevoir à la proposition que
vous faites, je l'ai étudiée encore cette semaine, et il serait
possible, sans changer l'économie de ces lois, tout en apportant quand
même à ce moment-là toute une série de modifications
de concordance, de préciser qu'il s'agit en fait d'entreprise de
services publics; cela répondrait davantage à ce que
j'appellerais l'amélioration du vocabulaire juridique et des notions
génériques en droit que de maintenir la terminologie "entreprise
publique". Sur ce point, je n'ai pas d'objection à ce que nous
continuions, d'ici la présentation en troisième lecture,
d'étudier la possibilité d'inscrire "entreprise de services
publics". La seule chose qui pourrait nous empêcher de le faire serait
les conseils techniques des légistes qui nous amèneraient
à conclure que, si c'est bon de le faire dans ce cas particulier, cela a
plus d'inconvénients à ce stade-ci, compte tenu de l'ensemble des
autres lois et que, par ailleurs, de telles modifications devraient faire
davantage l'objet d'un réexamen global de cette notion dans l'ensemble
des lois plutôt que de modifications, secteur par secteur.
Ce sont les seules objections que je retiendrais pour ma part. Pour le
reste, sur le fond, je m'accorde avec vous pour dire qu'indépendamment
des autres lois et de l'ensemble de la législation, dans nos lois
présentes, 35, 36 et 37 le fait d'inclure "entreprise de services
publics" rendrait ces lois meilleures sur le plan juridique.
M. LE PRESIDENT: Le député de Taillon.
M. LEDUC: M. le Président, je veux tout simplement revenir
à la discussion que nous avons eue tantôt au sujet des
règlements ou des normes. Je suis bien d'accord que l'on
établisse les champs de la réglementation, un peu comme cela
s'est fait dans la loi 65, quitte à ce que les corps
intermédiaires ou d'autres intéressés puissent participer
à cette discussion; mais, pour ma part, j'insiste pour que cette
réglementation soit soumise à la commission parlementaire des
Communications et qu'elle en fasse l'étude article par article. Ensuite,
si la commission décide d'inviter les corps intermédiaires pour
en discuter, c'est une tout autre chose.
Au sujet de la loi 64, il a été entendu que la
réglementation serait soumise à la commission parlementaire de
l'Agriculture. Si nous déci- dons, à ce moment-là,
d'inviter la Régie des marchés agricoles pour discuter de la
réglementation, d'accord, mais il n'a pas été convenu
qu'automatiquement elle serait invitée. Je crois que, pour la loi 45,
les règlements nous ont été soumis. Pour la loi 50, on
prévoit soumettre les règlements à la commission
parlementaire. Pour ma part, je ne fais qu'insister pour que ces
règlements soient soumis à la commission parlementaire des
Communications pour s'assurer que l'on comprend bien ce dont il est question,
puisqu'à tort ou à raison, lorsque les règlements sont
publiés dans la Gazette officielle, nous n'avons d'abord pas toujours
l'occasion de les lire, et assez souvent on les comprend bien mal. Alors, je ne
fais qu'insister sur ce point-là.
M. TREMBLAY (Chicoutimi): Une rédaction d'avocats.
M. LEDUC: Exactement.
M. LACROIX: Je suis bien d'accord que, de plus en plus, nous devons
soumettre les règlements et les normes à la commission
parlementaire et à l'Assemblée nationale, mais, dans les
périodes intersessionnelles, il peut arriver que le gouvernement soit
obligé de faire des règlements urgents. Il ne faudrait pas, non
plus, que l'Exécutif, qui possède les pouvoirs
délégués, soit dans l'impossibilité de faire
adopter une réglementation urgente pour l'ensemble de la population.
On tente de donner de plus en plus de pouvoirs aux commissions
parlementaires et on veut que les règlements suivent les projets de loi,
mais je me demande s'il serait sage d'attacher les mains du gouvernement, de
l'Exécutif, surtout pour les périodes intersessionnelles.
M.LEDUC: M. le Président, il n'est pas question d'attacher les
mains de l'Exécutif ou du gouvernement. C'est un consensus que nous
aimerions avoir. Il est fort possible qu'il y ait des cas d'exception. Je pense
bien que les 108 députés de l'Assemblée nationale sont
conscients qu'il peut y avoir un cas d'exception et, à ce
moment-là, nous l'acceptons. Mais je crois qu'il faudrait essayer
d'établir une ligne de conduite constante où les
règlements sont soumis, sans insérer dans la loi que les
règlements soient soumis à la commission parlementaire. Si le
ministre dit oui ou s'il ne peut pas dire oui aujourd'hui, mais qu'il s'engage
à le faire, je pense que ça fait foi de loi. A ce
moment-là, sa parole est sûrement aussi bonne qu'une loi. S'il y a
une exception, d'accord, mais je crois, si on me permet le mot anglais, qu'il y
a une espèce de "pattern" que nous voudrions essayer de dessiner pour
qu'à l'avenir les règlements soient soumis aux commissions
parlementaires, quitte à ce qu'il y ait des exceptions et nous les
accepterons.
M. TREMBLAY (Chicoutimi): M. le Prési-
dent, je crois que, et le député de Taillon et le
député des Iles-de-la-Madeleine ont raison. Il est évident
qu'il y a des moments où le gouvernement est obligé
d'édicter des règlements, dans les cas d'urgence. Mais, comme l'a
dit le député de Taillon, il y a quand même certaines
structures que nous sommes à mettre en place dans nos techniques
législatives. Particulièrement lorsqu'il s'agit de lois qui ont
valeur de lois-cadres, il est essentiel à ce moment-là, il
n'y a pas urgence en la matière, il n'y a jamais péril en la
demeure que nous puissions voir cette réglementation, que
l'Assemblée nationale puisse l'examiner et que les citoyens en soient
informés dans des délais raisonnables, aux fins de nous faire
connaître leurs avis sur une loi qui va les régir pendant X
années, on ne sait jamais, et qui peut avoir une très grande
importance, compte tenu de l'objet de la loi. Je crois que les positions du
député de Taillon et celles du député des
Iles-de-la-Madeleine rejoignent celles que j'ai prises moi-même, compte
tenu, naturellement, des cas d'urgence où le gouvernement est
obligé quand même de procéder.
M. LACROIX: Je pense que nous disons les mêmes choses, mais pas
dans les mêmes termes.
M. TREMBLAY (Chicoutimi): C'est ça. M. LEDUC: C'est
ça.
M. LE PRESIDENT: Y a-t-il d'autres questions, messieurs, concernant le
mémoire du Barreau?
Alors, je remercie les représentants du Barreau.
M. TROTIER: Si vous me le permettez, M. le Président, au nom du
Barreau, je veux remercier la commission parlementaire et je terminerai en
m'adressant au ministre. Je lui ai lu tantôt la page B-5273 où il
semble accepter d'emblée les recommandations du Barreau, mais je dois,
en toute honnêteté, ajouter qu'à la page B-5274 il se
reprend cependant.
Mais je n'avais pas le droit de le lui dire au début. J'attendais
la fin pour terminer sur ça.
M. L'ALLIER: Est-ce que vous pourriez préciser les points sur
lesquels je me reprends pour pouvoir me re-reprendre de nouveau?
M. TREMBLAY (Chicoutimi): Nous allons nous en charger ensemble.
M. LACROIX: Jamais deux sans trois.
M. L'ALLIER: En fait, très bref commentaire
général, qui est peut-être hors de la question mais qu'il
est bon de souligner ici, toute cette question de la réglementation qui
fait suite à des lois-cadres est extrêmement complexe. Au fur et
à mesure que l'action du législateur doit se faire plus
précise dans certains secteurs, il est normal que les lois deviennent de
plus en plus cadres et qu'il y ait de plus en plus de règlements. Par
exemple, on termine actuellement la compilation de la réglementation en
vigueur au gouvernement et ce sont des milliers de pages de
réglementation qui existent. Il faudra d'abord mettre un peu d'ordre
dans tout ça, voir ce qui fait double emploi ou triple ou quadruple
emploi, pour en arriver à déterminer un schéma de travail
qui soit applicable, de façon la plus générale possible,
à cette nouvelle forme de législation qu'est la
législation déléguée. Tout ce que nous voulons
faire par nos lois, c'est d'éviter d'aller à contre-courant du
développement normal de cette forme de législation tout en
essayant d'être un apport positif et même un encouragement pour les
légistes dans cette réglementation.
M. TROTIER: Merci.
MME AUDETTE-FILION: Je ne sais pas si vous avez eu l'occasion de prendre
connaissance du mémoire du Barreau sur le point administratif auquel
nous faisions allusion auparavant. Dans la négative, il me ferait
plaisir d'en faire parvenir un exemplaire aux membres de la commission
parlementaire.
M. L'ALLIER: Merci, madame.
M. TREMBLAY (Chicoutimi): Avec votre numéro de
téléphone.
M. LEDUC: Mon numéro du bureau est 301 à l'édifice
A.
M. TREMBLAY (Chicoutimi): Madame, vous allez mettre votre numéro
de téléphone. Celui de votre bureau à tout le moins.
M. LE PRESIDENT: Alors, merci. La Corporation des évaluateurs
agréés du Québec.
Corporation des évaluateurs
agréés du Québec
M. SIMARD: Yves Simard, évaluateur agréé,
vice-président de la Corporation des évaluateurs
agréés du Québec.
M. le Président, j'aimerais prendre quelques minutes de votre
temps pour vous faire part des suggestions de la corporation en ce qui concerne
les modifications de la Loi de la Régie des services publics.
Attendu que, par le bill 35, l'Assemblée nationale entend
modifier la Loi de la Régie des services publics, la Corporation des
évaluateurs agréés du Québec demande à
l'Assemblée nationale, par sa commission parlementaire des
communications, de bien vouloir prendre connaissance des propositions
suivantes:
Article 2, paragraphe a), modifiant l'article 3 de ladite loi, en
portant le nombre des régisseurs à neuf, la Corporation
propose:
que l'Assemblée nationale, dans sa modification de la Loi
de la Régie des services publics, nomme des évaluateurs
agréés avec expérience en expropriation comme
régisseurs, en nombre suffisant pour qu'à chaque audition de
dossiers d'expropriation le tribunal se compose d'au moins un évaluateur
agréé.
Cette proposition est mise de l'avant en fonction de la
complexité des nouvelles techniques d'évaluation
immobilière.
Article 2, paragraphe c), concernant la nomination, si le
lieutenant-gouverneur en conseil juge que l'expédition des affaires de
la régie l'exige, de quatre régisseurs additionnels.
Les rôles de la Régie des services publics sont
surchargés par le nombre grandissant des expropriations par les corps
publics et parapublics.
La corporation propose donc que: l'Assemblée nationale
institue un tribunal de première instance, qui serait un tribunal
d'équité permanent, avec pouvoirs quasi juridiques, selon le
principe du bureau des expropriations de la ville de Montréal; ce
tribunal se compose de trois membres: un avocat, au moins un évaluateur
agréé avec expérience en expropriation, le
troisième, un expert possédant des connaissances
afférentes au domaine de l'expropriation; le quorum de ce tribunal
soit de deux membres et que leurs ordonnances ne soient pas motivées
mais détaillent le sommaire alloué pour les valeurs de terrain,
de bâtisses et les dommages. l'appel de ces décisions soit
de novo devant la Régie des services publics.
Dans l'éventualité où ce tribunal deviendrait
surchargé, nous recommandons: que la loi prévoie la
nomination d'un deuxième tel tribunal.
La Corporation des évaluateurs agréés du
Québec remercie' la commission parlementaire des Communications de lui
avoir ainsi fourni l'occasion de remplir, par son entremise, un rôle qui
lui tient à coeur, celui de mettre l'expérience de ses membres au
service du public. Merci, monsieur.
M. LE PRESIDENT: Merci, M. Simard. Est-ce que les membres de la
commission auraient des commentaires ou des questions?
M. L'ALLIER: M. le Président, j'ai pris connaissance, avec
beaucoup d'intérêt, du mémoire présenté par
la Corporation des évaluateurs agréés du Québec.
Les préoccupations qui sont sous-jacentes à ce mémoire
sont extrêmement valables et je dois constater, comme eux, que le
rôle, actuellement, de la régie en matière d'expropriation
est extrêmement chargé.
Nous avons, dans les amendements proposés par les projets de loi
35 et 37, tenté de préciser le rôle de la Régie des
services publics en matière de communication essentiellement. Notre
objectif n'était pas de revoir l'ensemble de la structure de la
régie et de régler, à ce moment- ci, le problème de
l'expropriation à l'intérieur de la régie. Vous connaissez
l'historique de la Régie des services publics. C'est la plus vieille
régie administrative au gouvernement, le plus vieux tribunal
administratif. A partir de là, la régie s'est vu
régulièrement enlever certaines parties de sa juridiction pour
constituer, soit des régies autonomes, soit des régies plus
spécialisées.
Dans cette optique, je ne crois pas, même si je suis d'accord sur
l'ensemble des recommandations que vous faites, quant à l'esprit de ces
recommandations, qu'il soit opportun, à ce stade-ci, d'entrer dans le
détail de toute la question d'expropriation au moment des projets de loi
35 et 37. Je peux cependant vous dire que nous travaillons actuellement, au
niveau de la législation comme au niveau du contentieux, à des
formules qui pourraient éventuellement déboucher sur une division
des pouvoirs de la régie en matière de communication et en
matière d'expropriation afin de donner, éventuellement, à
une régie, disons d'expropriation, ou à la Régie des
services publics d'où sortirait, dans un an, deux ans ou trois ans, tout
le secteur des communications, une structure qui correspond aux
priorités et aux objectifs tant de l'administration que des
administrés en matière d'expropriation.
Le fait, par exemple, qu'il n'y ait pas d'évaluateurs comme
membres de la régie est une chose qui pourrait, sans modification
à la loi, à mon avis, être corrigé. Il n'est pas
nécessaire de l'inclure dans la loi. Quoi qu'il en soit, à ce
stade-ci, vous comprendrez que nous nous attachons d'abord à la question
de communication, que nous retenons les recommandations que vous nous faites et
que ces recommandations sont insérées dans le dossier de travail
sur la restructuration éventuelle de la régie ou, tout au moins,
du secteur de l'expropriation qui doit, à mon avis, assez rapidement,
être revu et amélioré, tant dans ses structures que dans
l'ensemble de son personnel pour satisfaire les besoins de la population.
C'est un fait, aujourd'hui, que nombre de citoyens, à cause du
rôle très chargé, doivent même attendre des
années avant d'obtenir un règlement de leur cas d'expropriation.
Le projet de loi portant sur les modifications à l'expropriation, au
Québec, est à l'étude. Le rapport LaHaye, par ailleurs,
s'est penché sur cette question. Il a étudié tous les
mécanismes de la régie. C'est de cela, je crois, que le
gouvernement devra faire une synthèse pour proposer
éventuellement à l'Assemblée nationale une structure qui
touche l'expropriation et qui permette une meilleure gestion dans ce
domaine.
Ce sont les commentaires que je voulais faire jusqu'ici. En
résumé, c'est d'une façon extrêmement positive que,
comme membre du gouvernement, je reçois le mémoire mais je
préférerais ne pas m'engager à ce stade-ci parce
que c'est un secteur, si vous voulez, qui devra faire l'objet
d'une attention très particulière sur telle ou
telle modification précise.
M. TREMBLAY (Chicoutimi): M. le Président, je suis d'accord avec
le ministre pour dire que les propositions qui nous sont faites par la
Corporation des évaluateurs agréés du Québec sont
fort pertinentes et viennent tout naturellement à la suite de la
présentation du projet de loi no 35.
Je comprends avec le ministre que l'objectif de la loi porte sur les
problèmes des communications et que le projet de loi no 35 avait pour
but de permettre au ministre de présenter les projets de loi nos 36 et
37. C'est pourquoi, si j'endosse les propos du ministre, je dois quand
même apporter une réserve que j'avais faite en Chambre, lorsque je
lui ai fait le reproche de procéder partiellement à une refonte
de la Loi de la Régie des services publics.
Je comprends que le but que se proposait le ministre était assez
clair. Il voulait se donner des instruments qui lui permettent de mettre en
application les autres projets de loi qu'il nous a soumis mais je lui avais
fait observer alors que cela ne manquerait pas de susciter, chez les citoyens
intéressés, les groupes et les corps intermédiaires, des
réactions dans le sens de celles qui nous viennent de la Corporation des
évaluateurs agréés du Québec, qui demanderaient
qu'à l'occasion de l'étude de ce projet de loi l'on
réexamine tout le problème de la Régie des services
publics, y compris celui de l'évaluation que vous avez
évoqué.
Alors j'imagine et le ministre nous en a donné une
quasi-assurance que ce n'est que partie remise et cela, dans un
délai assez bref; le ministre voudra bien, lorsqu'il présentera
un projet de loi très bientôt nous le souhaitons ne
pas procéder à la petite semaine mais examiner l'ensemble du
problème, au lieu de tenter de se donner un instrument pour une fin
spécifique, et qu'il nous présentera un projet de loi qui
remettra de l'ordre dans cette Loi de la Régie des services publics qui
a subi beaucoup d'amputations depuis un bon nombre d'années, compte tenu
des circonstances et des besoins de l'administration gouvernementale.
Sous toutes ces réserves, je suis d'accord avec le ministre pour
dire que les propositions que vous nous faites, M. Simard, sont fort valables
et demanderont un examen très attentif. J'imagine que déjà
le ministre a constitué une équipe de travail pour
présenter une loi modifiant vraiment la Loi de la Régie des
services publics.
M. SIMARD: M. le Président, vous pouvez être assuré
que la corporation est à votre disposition et est prête à
collaborer pour tout changement que vous désirez faire, soit maintenant
soit plus tard, dans le mesure où cela lui sera possible.
M. L'ALLIER: M. le Président, je voudrais tout simplement faire
un commentaire suite à ce qu'a dit le député de
Chicoutimi.
M. TREMBLAY (Chicoutimi): Je n'ai rien dit de grave.
M. L'ALLIER: Non!
M. TREMBLAY (Chicoutimi): J'ai répété ce que j'ai
déjà dit.
M. L'ALLIER: D'accord, mais je voudrais aussi je ne sais pas si
je l'ai déjà dit mais, si je l'ai dit, je le répète
faire un bref commentaire.
Si, précisément, nous n'avons pas procédé
maintenant, au moment de la présentation des projets de loi 35 et 37,
à des modifications à la loi de la régie touchant le
secteur de l'expropriation, c'est que, compte tenu du rapport LaHaye, compte
tenu de l'étude en cours actuellement sur l'ensemble des tribunaux
administratifs pour apporter des modifications comme celles que vous nous
proposez, nous aurions précisément procédé à
la petite semaine parce qu'il y a d'autres choses à voir dans le secteur
de l'expropriation pour nous donner véritablement un instrument
valable.
Vous avez présenté un point de vue, celui de la
Corporation des évaluateurs. Il nous faut aussi tenir compte de la
nouvelle législation éventuelle dans ce domaine et il nous faut
également tenir compte peut-être de nouvelles
responsabilités ministérielles en ce qui touche l'expropriation.
Ce n'est pas nécessairement le ministre des Communications qui est le
plus compétent pour être responsable de ce genre de tribunal.
Même si nous avons procédé, comme le disait le
député de Chicoutimi, à la petite semaine pour ce qui est
des communications, nous avons tenu compte de ses recommandations et nous avons
voulu éviter de procéder à la petite semaine dans le
domaine des expropriations.
M. LE PRESIDENT: Merci au représentant de la Corporation des
évaluateurs agréés du Québec. Je demanderais
maintenant au représentant de l'Association canadienne de
télévision par câble de présenter son
mémoire.
Association canadienne de télévision par
câble
M. GIRARD: M. le Président, M. le ministre, MM. les membres de la
commission, j'aimerais débuter en présentant les deux membres de
notre bureau de direction: à ma gauche, M. Gauthier, de Shawinigan, et,
à ma droite, M. Blais, de Sherbrooke, du système d'East Angus;
moi-même, Omer Girard, vice-président de l'Association canadienne
de télévision par câble.
L'Association canadienne de télévision par câble est
heureuse de pouvoir resserrer ses liens avec le Québec. Au nom des 55
compagnies qui, au Québec, desservent 95 p.c. des abonnés au
câble, notre comité législatif, section du Québec,
est disponible aux fins de consultation.
Nous avons six membres dans notre comité, dont certains n'ont pu
se rendre aujourd'hui à cause de la tempête qui a eu lieu il y a
quelques jours.
Désireuse de coopérer avec le gouvernement du
Québec au développement des services du câble dans cette
province, l'Association canadienne de télévision par câble
a fait parvenir à M. L'Allier, en avril dernier, une copie du
mémoire qu'elle destinait au gouvernement fédéral. Ce
mémoire décrit la position des compagnies de
télévision par câble du Québec face aux importants
problèmes qui se posent à cette industrie. Le niveau de
gouvernement ne change pas la nature des positions. Les membres de
l'association croient qu'il faut laisser les décisions juridictionnelles
à la sagesse des élus du peuple.
M. L'Allier, son sous-ministre, M. Bergeron, et le sous-ministre
adjoint, M. Aubert, MM. Gauthier et Doré ont reçu les directeurs
de l'Association canadienne de télévision par câble
à leur bureau, au mois de juin dernier. On y a examiné les
rapports qui existent entre les compagnies de téléphone et les
compagnies de télévision par câble. L'annexe I de notre
mémoire contient le résumé de ces discussions de
même que des extraits du rapport du comité spécial du
Sénat sur les moyens de communication de masse, publié en janvier
1971.
Le point de vue de l'industrie quant à la mise en vigueur du
projet de loi 35. Les membres de l'Association canadienne de
télévision par câble comprennent que le gouvernement du
Québec veuille obtenir une compétence à l'égard de
toutes les entreprises de communication relevant de la compétence
législative du Québec. Nous suggérons cependant que vous
teniez compte des faits suivants qui permettront de réaliser tous les
services supplémentaires susceptibles de rapprocher le câble des
caractéristiques traditionnelles d'un service public. Lors de la mise en
vigueur du projet de loi 35, il serait bon de se rappeler ce qu'est le
câble aujourd'hui.
Nous nous permettons d'offrir les services consultatifs de notre
association pour aider à la réalisation d'un service
adéquat de câble au Québec.
Un système de câbles est une entreprise privée dont
les services sont facultatifs. Celui qui s'abonne au câble pour une somme
mensuelle modeste le fait parce qu'il désire une meilleure
réception, parce qu'il veut bénéficier des services que
l'entreprise est susceptible de lui fournir et il consent même à
payer des services supplémentaires.
Le câble ne constitue pas un monopole de réception des
signaux. Un téléspectateur, heureux des postes qu'il peut capter
lui-même et qui ne désire pas se prévaloir des services que
lui offrirait le câble, est libre de ne pas s'y abonner.
Il en est de même de la production locale en circuit fermé
pour quiconque ne désire pas cette source supplémentaire de
divertissement ou d'information. Un système de câbles re- quiert
une mise de fonds initiale importante. Il s'agit souvent d'un risque financier
puisqu'il coûte $6,000 le mille linéaire pour un service
facultatif.
En mai 1968, la Commission des utilités publiques de l'Oregon
déclarait: "Le but réel d'un système de câbles de
télévision est de fournir aux téléspectateurs
divertissement et information. C'est, dans certains cas, le seul moyen par
lequel certaines municipalités peuvent capter les ondes. Il ne s'agit
pas d'un service si important qu'il doive être obligatoire. Sa fonction
actuelle est de procurer un plus grand choix de divertissements."
Le système de câbles n'a qu'une seule source de revenu; les
taux d'abonnement. Il doit donc modeler ses services en fonction de la demande
populaire. C'est dans les centres éloignés où la
réception était très mauvaise que les hommes d'affaires du
secteur économique privé ont décidé
d'établir les premiers systèmes de câbles, à grands
frais, pour répondre aux besoins des citoyens. Ce fut le cas en
particulier au Québec où des compagnies indépendantes
desservent aujourd'hui environ 175 municipalités et, autrefois,
peut-être 60, lors de leurs débuts. La liste des noms des places
est donnée dans notre mémoire.
Les compagnies de télévision par câble se font un
devoir d'offrir leurs services à un prix raisonnable. Au nom des membres
de l'association, nous pouvons fournir au gouvernement du Québec
l'assurance de notre coopération aux objectifs gouvernementaux dans le
domaine des communications et, en particulier, l'usage du câble aux fins
éducatives. Nous voudrions, cependant, insister sur un point: pour que
l'industrie du câble s'étende de façon uniforme partout au
Québec, il faudrait que l'entreprise privée demeure libre de
répondre aux désirs de la population.
Le système de câbles ne possède pas les
caractéristiques traditionnelles de la propriété publique
ou de l'entreprise soumise aux règlements contrôlant le taux de
rendement des investissements. Puisqu'il ne diffuse pas, le système de
câbles n'utilise pas les ressources publiques, telles le spectre
électromagnétique.
Le permis d'exploitation fédéral protège le public
puisqu'il réglemente les taux d'abonnement, la capitalisation et le
rendement qualitatif. Nous croyons que toute autre contrainte aurait pour effet
de gêner l'évolution naturelle des services de câble. En
1963, le Connecticut a décidé de réglementer l'usage du
câble. Il était le premier à le faire et il est aujourd'hui
le seul Etat américain sans le moindre système de câbles.
Le gouvernement du Québec aurait tout à gagner en permettant que
les compagnies continuent de faire partie du secteur privé, contribuant
de leurs taxes au support des programmes locaux et provinciaux ainsi que le
font les autres entreprises.
Le câble, service non essentiel, n'a pas sa place dans la liste
des priorités provinciales de
dépenses des deniers publics. Dans l'intérêt public,
nous espérons que le gouvernement du Québec fera en sorte
d'encourager l'investissement dans le domaine du câble, d'insister sur
l'usage multiple à faire des structures de distribution dans une
même localité à un taux qui satisfasse le consommateur,
l'Hydro-Québec, la compagnie de télévision par câble
et la compagnie de téléhone.
Les compagnies de télévision par câble sont en bons
termes avec l'Hydro-Québec et nous espérons en venir à la
même situation avec Bell Canada. C'est l'intention de la plainte, qui est
l'annexe 4 de notre mémoire, déposée à la
Commission canadienne des transports. Les exploitants de câble du
Québec, dont plusieurs sont des pionniers dans cette industrie,
désirent coopérer avec le ministère des Communications du
Québec. Nous voudrions qu'il atteigne ses objectifs. Nous voudrions
aussi nous assurer que l'évolution de l'industrie ne soit pas
limitée par des contraintes législatives dont l'effet à
long terme pourrait nuire à l'intérêt public.
Nous vous remercions, messieurs, et nous sommes prêts à
répondre à vos questions.
M. LE PRESIDENT: Merci, monsieur.
M. L'ALLIER: M. le Président, j'ai pris connaissance
également de ce mémoire avec beaucoup d'attention. J'aurais
quelques commentaires à faire, qui ne sont pas des questions, que vous
pourrez interpréter comme des questions au passage. Quoi qu'il en soit,
je note avec intérêt le fait que vous ne voyez pas d'objection
à ce que le Québec assume sa responsabilité en cette
matière dans le mesure, comme vous le dites, où il s'agit d'une
compétence législative du Québec.
Pour vous, si je comprends bien, le fait que ce soit tel ou tel
gouvernement qui réglemente ne change rien aux positions fondamentales.
C'est un problème qu'il faut laisser aux gouvernements de régler
parce que c'est leur responsabilité. Vous nous offrez votre
collaboration au moment de l'élaboration de cette réglementation
et de l'implantation de cette politique de communication qui touche plus
particulièrement le câble et, de cela aussi, je vous remercie
beaucoup.
A la page 2 du mémoire, vous dites ceci: "Le câble ne
constitue pas un monopole de réception des signaux." Je m'accorde avec
vous sur ce point, à savoir qu'il y a d'autres moyens de recevoir les
signaux que le câble. Cependant, ce que j'ai voulu souligner lorsque j'ai
parlé de cette question, c'était que, lorsqu'il y avait, sur un
territoire donné, une entreprise de câble, elle était dans
la quasi-totalité des cas, sinon dans la totalité, seule à
desservir une population donnée, c'est-à-dire qu'il n'y a pas de
concurrence. Un citoyen a le choix entre la télévision classique,
bien sûr, pas de télévision du tout et, lorsqu'il y a le
câble, le câble. Il peut y avoir le câble et la
télévision classique mais, lorsque les services d'une
société de câblodistribution lui sont offerts, il n'y a
qu'une société de câblodistribution sur un même
territoire.
Je crois que vous êtes d'accord pour dire que ce ne serait dans
l'intérêt ni des sociétés ni des citoyens qu'il y
ait double ou même triple emploi sur un même territoire et aux
mêmes fins, c'est-à-dire que des câbles parallèles
s'installent sur un territoire donné pour desservir la même
population. Cela pourrait techniquement se faire, mais ce serait
extrêmement onéreux et je ne suis pas convaincu que ce soit
finalement rentable pour les sociétés qui offriraient des
services concurrentiels.
Dans le même sens, le téléphone n'est pas non plus
un monopole de communication, au même titre le câble n'est pas un'
monopole de réception de signaux. Cependant, le téléphone
est également seul sur un territoire donné; il y a une
société de téléphone et, en ce sens-là, le
téléphone doit être réglementé parce qu'il y
a précisément ce monopole de services, même s'il y a
d'autres moyens de communication, pour que le citoyen ait quelque chose
à dire au moment de l'augmentation des taux, par exemple, ou sur la
qualité du service qui lui est fourni.
On peut dire la même chose d'autres services, non pas de
même nature mais par comparaison, comme les services d'approvisionnement
en eau. Traditionnellement, dans les plus petites municipalités, ces
services ont été souvent fournis par des entreprises
privées d'aqueduc, par exemple, mais à un moment donné la
population devient suffisamment importante et ça devient une question
d'intérêt public que tout le monde ait un approvisionnement en
eau, cela devient un service public.
Sur la notion même de service public du câble, il est
entendu qu'il ne s'agit pas d'une entreprise qui doit devenir une entreprise
d'Etat. Ce n'est d'ailleurs pas l'intention du gouvernement de faire en sorte
que le câble soit acheté et nationalisé et qu'il se
développe comme une entreprise d'Etat au même titre que
l'Hydro-Québec. Je crois pour ma part, jusqu'à preuve du
contraire, que le câble peut très bien se développer
efficacement pour l'entreprise et d'une façon très rentable pour
la population à partir d'un schéma d'entreprise
privée.
Ceci dit, cela n'enlève rien, au fur et à mesure du temps,
au caractère de service public que le câble doit acquérir.
S'il sert aujourd'hui à la diffusion d'images et s'il sert, suivant ce
que la Commission des utilités publiques de l'Oré-gon
déclarait, à fournir aux téléspectateurs
divertissement et information, je crois que vous serez d'accord avec moi pour
dire que le câble pourra aussi éventuellement fournir de
très nombreux autres services toutes les études en ce
sens-là le démontrent des services de plus en plus
personnalisés, des services de plus en plus précis, que ce soit
dans la télémesure, dans la télécommande ou dans
tout autre domaine.
Ce n'est pas un avenir tellement lointain que
celui où l'installation physique du câble servira à
autre chose que tout simplement retransmettre du divertissement ou de
l'information. A la page 3 du mémoire vous dites que le système
de câbles n'a qu'une seule source de revenu, à savoir les taux
d'abonnement. Il est possible effectivement que dans la très grande
majorité des cas il soit ainsi peut-être même dans
tous les cas actuellement ce qui n'exclut pas potentiellement d'autres
sources de revenus.
Par exemple, une société de câble pourrait
très bien louer du temps à des entreprises, louer du temps
à des groupes de consommateurs pour l'utilisation du réseau de
câbles pour fins d'information. Cela serait aussi une source de revenus
possible, de même que si le câble doit servir à la
télémesure ou à la télécommande, cela serait
également une source de revenus possible.
Donc, si, dans les faits, actuellement, il n'y a qu'une seule source de
revenus, rien n'empêche actuellement d'autres sources de revenus de
s'ajouter à celle-ci. Les statistiques démontrent que le
développement du câble se fait d'une façon pour le moins
relativement rentable dans la mesure où il est bien géré
et dans la mesure où les entreprises de câble se
développent sur des territoires qui sont capables d'absorber un tel
service. Les failles ont été, dans bien des cas, causées
soit par une déficience de la qualité du service de transmission
ou, tout simplement, dans certains autres cas plus marginaux, par une mauvaise
évaluation du potentiel de clientèle du territoire desservi.
C'est là simplement un commentaire que je fais sur ce point.
Vous dites également à la page 3: "Le système de
câbles doit modeler ses services en fonction de la demande populaire."
Une question me préoccupe beaucoup, et je l'ai déjà
indiqué à plusieurs reprises, c'est que cette demande populaire
ou du public en général doit, à un moment donné,
pouvoir s'exprimer d'une façon structurée. Il faudra que l'on
trouve, avec vous et au niveau de l'Assemblée nationale, des moyens de
permettre à ce client qu'est l'abonné de s'exprimer d'une
façon structurée face à la marchandise qui lui est offerte
sur le réseau de retransmission par câble.
Actuellement, c'est une question de "rating". Lorsque les entreprises de
câble ont un souci culturel ou un souci de développement d'une
société, on ajoute à cette notion de "rating" cette notion
de service public. Je crois que le temps fera que cette notion de service
public s'imposera de plus en plus. Pour ma part, je crois que nous devrons
trouver des moyens pour permettre à la majorité des
abonnés de s'exprimer à tel ou tel moment, que ce soit devant la
Régie des services publics ou par d'autres mécanismes qui restent
à définir, d'une façon plus directe et d'une façon
plus précise sur au moins une partie de la programmation qui leur est
offerte.
Je comprends par ailleurs qu'on ne peut pas être logique quand on
dit que le câble doit se développer comme une entreprise
privée avec des contingences de coûts, de bénéfices,
etc., et en même temps donner aux consommateurs la pleine liberté
de déterminer la totalité de la programmation
indépendamment des coûts, si les coûts doivent par ailleurs
être supportés par une entreprise qui ne peut pas modifier sa
source de revenus. C'est tout ça qu'il faudra pondérer, pour voir
de quelle façon l'entreprise peut continuer d'exister en même
temps que l'on trouve des façons de permettre aux consommateurs de
s'exprimer, ce qui en fin de compte, est l'intérêt de tout le
monde. Dans la mesure où vous avez des consommateurs qui seront
satisfaits et qui ont ce qu'ils souhaitent par le câble, dans la
même mesure, vous avez un taux de satisfaction qui est assez facilement
identifiable à un taux de rentabilité, à un moment
donné, sur ce point particulier.
Ensuite, vous indiquez, à la page 4 de votre mémoire,
qu'il faudrait que l'entreprise de câble privée demeure libre de
répondre aux désirs de la population. D'une façon
générale, je suis d'accord sur ce principe. Je voudrais tout
simplement faire une remarque. Il n'est pas impossible, et je ne crois pas que
ce soit contraire non plus à l'intérêt des
sociétés, que par exemple la Régie des services publics,
en suivant tout le processus d'audiences et de consultations qui est
prévu, puisse en arriver, comme elle l'a fait pour certaines
sociétés de téléphone sous sa juridiction, à
infléchir, à certains moments, la stricte loi de l'offre et de la
demande pour demander à des sociétés de câble de
desservir certaines populations qui ne seraient pas immédiatement
desservies si nous nous en tenions strictement à la simple loi de
l'offre et de la demande. Il faudra tenir compte de la nature de l'entreprise
privée et, par exemple, en échange de ce monopole régional
d'une grande ville, si ça ne se fait pas d'une façon automatique
par la loi du marché, et si, par ailleurs, le service public que
constituerait le câble à ce moment-là doit être
étendu, il faudra peut-être que la régie intervienne pour
demander l'extension du service. Cela s'est fait pour des
sociétés de téléphone, dans le passé, et
ça s'est fait, quand on regarde après coup, dans
l'intérêt d'abord, bien sûr, des consommateurs mais, en fin
de compte, dans l'intérêt aussi des sociétés.
A la page 5, vous citez le cas du Connecticut aux Etats-Unis, en disant,
je ne sais pas ce que je dois en déduire: "En 1963, le Connecticut a
décidé de réglementer l'usage du câble. Il
était le premier Etat à le faire, il est maintenant le seul Etat
sans le moindre système de câbles." On peut prendre les passages
que l'on veut d'une telle référence. Cependant, l'on peut aussi
conclure qu'effectivement les choses faites trop vite et trop tôt
risquent davantage l'avortement que n'importe quoi. Il faut cependant constater
que dans les Etats américains où le câble se
développe, il y a, de plus en plus, une réglementation qui n'est
pas contraire au développement
de l'entreprise de câble mais qui est rendue nécessaire
précisément à cause du développement des
entreprises de câble.
Encore une fois, il n'est pas question pour le gouvernement de cacher
dans sa réglementation ou dans sa loi les intentions
d'étatisation ou de nationalisation du câble. C'est l'entreprise
privée qui développe ce secteur parce que nous croyons que c'est,
et que ce sera de plus en plus clair, un service public au sens du
téléphone. Quant au téléphone, on est libre de s'y
abonner ou non, mais il demeure quand même, dans l'ensemble, un service
public tellement inséré dans l'économie et dans toute la
structure de la société qu'il faut intervenir à un certain
moment pour garder un certain niveau de qualité. C'est dans ce
sens-là que l'Etat voit son intervention et ce n'est pas dans le sens
d'une nationalisation de tout ce réseau, ce qui n'est pas suivant les
priorités économiques du gouvernement, d'aucune espèce de
façon.
Nous avons, comme vous le soulignez en disant: "Dans
l'intérêt public, nous espérons que le gouvernement du
Québec fera en sorte d'encourager l'investissement dans le domaine du
câble bien sûr d'insister sur l'usage multiple
à faire des structures de distribution dans une même
localité, à un taux qui satisfasse le consommateur,
l'Hydro-Québec, la compagnie de câble et la compagnie de
téléphone."
Cela aussi est le problème auquel nous devrons nous attacher, et
c'est en ce sens que je crois que l'intervention de l'Etat peut être
utile et aux citoyens et aux entreprises de câble.
C'est le seul commentaire, M. le Président, que je voudrais faire
sur ce mémoire qui est un mémoire positif et qui devrait, compte
tenu de l'offre de collaboration qui nous est faite, nous permettre d'avancer
en minimisant considérablement les risques d'erreurs que nous pourrions
faire au moment de la réglementation.
M. GIRARD : Est-ce que je pourrais ajouter quelque chose, M. le
ministre? Au sujet du Connecticut, justement, on y a placé les
câbles sous la juridiction d'une régie des services publics.
Devant l'état très spéculatif de l'installation des
câbles, il est plus difficile d'avoir du capital. Alors, le fait qu'on se
trouvait assujetti à la régie des services publics a
bloqué la construction de câbles dans le Connecticut, parce
qu'aucune compagnie n'a voulu s'y aventurer.
Vous parlez également de réglementations dans d'autres
Etats aux Etats-Unis. Je voudrais rappeler que dans un tel cas c'est la FCC qui
contrôle dans son ensemble les communications aux Etats-Unis. Le seul
Etat, c'est le Connecticut.
Vous comparez le service de câble au service de
téléphone et dites qu'on est libre de s'abonner au
téléphone ou non. Il est évident qu'on est libre de le
faire, mais on n'a pas d'autre moyen de téléphoner, à part
s'abonner au téléphone.
M. L'ALLIER: Les gens ont quand même d'autres moyens de
communiquer, que ce soit par le transport ou que ce soit pas
télégraphie ou autrement. Le téléphone n'est pas un
monopole de communication pas plus que le câble n'est un monopole de
transmission, je suis d'accord avec vous.
M. GIRARD: Le fait que nous devons, devant l'avancement de la
technologie, changer l'équipement à peu près tous les cinq
ans requiert des capitaux énormes. Dans un tel cas, étant
assujetti à une régie des services publics, nous serions
astreints à certaines normes auxquelles nous ne pourrions pas
répondre.
Lorsque vous parlez d'étendre le service dans le territoire que
l'on couvre, on est bien d'accord; on veut le couvrir le plus rapidement
possible, pour autant qu'on a de la demande. Vous avez des endroits où
l'on fait des enquêtes, dans notre territoire, et les gens disent: On
n'en veut pas, du câble, on a trois postes et on est satisfait.
M. L'ALLIER: Ce que je voulais souligner, M. Girard, là-dessus,
c'est que le gouvernement n'a d'aucune façon unilatéralement et
par décision administrative entre quatre murs, décidé un
bon matin de dire: Vous couvrez maintenant telle région. Pour en arriver
à ceci, il faudra passer par le processus de la consultation, que ce
soit via les audiences de la régie où les sociétés
de câble pourront se faire entendre, où les consommateurs pourront
se faire entendre. Il pourrait se trouver des endroits où les citoyens
souhaiteraient être desservis par le câble et que, pour des raisons
strictement de marché, d'addition de têtes d'abonnés
possibles, ce ne soit pas rentable avant deux, trois ou quatre ans. A ce
moment-là, si les citoyens le souhaitent et si la Régie des
services publics, après avoir entendu toutes les parties, croit que les
citoyens doivent être desservis, elle devra, j'imagine, donner à
la société de câble les moyens de desservir, mais sur une
base économique, telle ou telle région, en lui donnant, par
exemple, ou en lui confirmant l'utilisation de secteurs plus fortement
urbanisés. Si vous avez deux sociétés qui souhaitent avoir
le développement d'un secteur plus urbanisé, qui, lui, est
hautement rentable, la régie doit dire: D'accord, la
société qui obtiendra ce territoire devra aussi développer
tel autre territoire moins rentable de sorte qu'un équilibre se
fasse.
C'est dans ce sens-là. Je peux vous garantir que ce n'est pas du
tout l'intention ni du ministre, ni du ministère, ni du gouvernement de
procéder, dans ce domaine, de façon unilatérale et
théorique ou même arbitraire. Au contraire, nous allons entendre
les parties et, en premier lieu, les consommateurs éventuels de
même que ceux qui fournissent le service.
M. LE PRESIDENT: Le député de Chicoutimi.
M. TREMBLAY (Chicoutimi): M. le Président, je crois que nous
avons là un des mémoires les plus importants qui nous aient
été présentés dans le cadre de l'examen de ce
projet de loi.
Le ministre a dit tantôt, et je suis d'accord avec lui, que le
gouvernement n'a pas l'intention de procéder à une
nationalisation de l'entreprise de câblodiffusion. Alors, je suis heureux
de cette déclaration, compte tenu de l'effort considérable qu'ont
fait les responsables des entreprises de câble pour donner aux citoyens
qui ne pouvaient pas les avoir des services essentiels.
Il reste toutefois que le développement de tout ce qui s'appelle
transmission par câble ou par radio, par télévision, par
téléphone, etc. est devenu tel que l'Etat, l'Etat du
Québec j'entends, ne peut pas se désintéresser de ce qui
se passe dans ce domaine particulier de la câblodiffusion. Les
observations du ministre, pour prudentes qu'elles soient, peuvent s'entendre,
je crois, dans le sens d'une surveillance de plus en plus marquée, de
plus en plus rigoureuse de tout le système de câblodiffusion. J'ai
lu, avec intérêt, ce que vous dites dans votre mémoire
concernant les abonnés, enfin la possibilité qu'ils ont de
requérir les services du câble ou de les refuser. Tout cela est
exact. On parle, d'autre part, des investissements que vos
sociétés ont consentis. Cela est excellent. Mais nous en sommes
à un point où le gouvernement devra forcément, pour une
raison de qualité de services, pour une raison aussi de services en des
lieux où il n'est pas possible encore de les obtenir, en raison des
goûts et des besoins du public en matière d'éducation, de
culture, d'information, etc., exercer, à mon sens, une surveillance
beaucoup plus étroite sur un domaine qui a été
laissé, jusqu'à présent, entièrement à
l'initiative privée.
Il y a aussi, M. Girard me comprendra et pourra nous fournir des
explications, le problème, en ce qui concerne la câblodiffusion,
des monopoles et le problème des liaisons ou des relations avec les
entreprises de câblodiffusion étrangères. Le gouvernement a
la responsabilité d'assurer au public des services. Mais en ce domaine
particulier, il a une responsabilité qui est celle d'assurer des
services de qualité, surtout lorsque ces services touchent à des
domaines aussi vitaux que ceux de la langue, de la culture, de
l'éducation, des loisirs, etc.
Par les projets de loi nos 35, 36 et 37 que nous soumet le ministre,
s'exprime la volonté du gouvernement d'exercer un certain contrôle
dans certains domaines qui touchent aux secteurs que j'ai
évoqués. Par conséquent, je serais heureux de savoir de
votre part, M. Girard, quelles sont les relations que vous avez avec les
sociétés étrangères, américaines par
exemple, qui télédiffusent des émissions dans le
Québec.
M. GIRARD: Voulez-vous dire à titre d'actionnaires dans nos
compagnies?
M. TREMBLAY (Chicoutimi): Non. A titre de services.
M. GIRARD: Voulez-vous dire les postes américains que nous
retransmettons sur nos câbles?
M. TREMBLAY (Chicoutimi): Oui. Quel est le genre d'ententes que vous
avez? Est-ce qu'à ces fins d'ententes il y a des relations d'affaires
qui se traduiraient, par exemple, par une participation par mode de
capital-actions?
M. GIRARD: Aucune. Vous connaissez sans doute la loi
fédérale...
M. TREMBLAY (Chicoutimi): Oui.
M.GIRARD: ...qui demande un maximum de 20 p.c. de participation
étrangère dans certaines compagnies. Je crois que vous êtes
parfaitement au courant des transactions qui se sont faites durant
l'année courante, transactions qui ont diminué, justement, cette
participation étrangère dans les systèmes de rediffusion,
dans les Cantons de l'Est, à Québec et à Montréal.
Vous êtes également au courant pour Trois-Rivières et
Shawinigan. Alors, le reste des systèmes, au Québec, n'a aucune
participation étrangère dans leurs compagnies.
D'ailleurs, au Québec, vous avez au-delà de 60 p.c. des
systèmes qui ont moins de 500 abonnés, ce qui est minime.
M. LEDUC: Moins de 500 ou de 5,000? M. GIRARD: Moins de 500. M. LEDUC:
Moins de 500. M. GIRARD: Oui.
M. TREMBLAY (Chicoutimi): Dans des régions comme la nôtre,
c'est comme cela.
M. GIRARD: Alors, si vous voulez dire, maintenant, les postes
américains que nous retransmettons sur nos systèmes, nous
donnons, évidemment, tous ceux que nous pouvons capter. Il est de notre
intérêt de donner à la population le maximum de postes que
nous pouvons capter.
M. TREMBLAY (Chicoutimi): J'aimerais ici poser une question au ministre
au sujet de cette entrée assez massive, quand même, des
émissions américaines par le système de câbles.
Quelles sont les intentions du ministre à cet égard? A-t-il fait
examiner la question en regard de nos objectifs socio-culturels?
M. L'ALLIER: M. le Président, je dois répondre très
franchement à la question du député de Chicoutimi. Nous
n'avons pas systématiquement fait examiner cette question pour plusieurs
raisons. D'abord, c'est que nous ne
disposons pas, actuellement, de tout le personnel nécessaire pour
le faire. Deuxièmement, je crois que c'est précisément le
genre de question qui doit être soumis à une étude
technique poussée et, par la suite, éventuellement, à une
consultation populaire de ceux qui reçoivent ces émissions. Il
faut aussi tenir compte de la volonté des citoyens, qui varie d'une
région à l'autre, en ce sens qu'il est tout à fait
possible que les préoccupations des abonnés ou des consommateurs
des Cantons de l'Est ne soient pas les mêmes que celles des gens de la
région du Lac-Saint-Jean, par exemple, parce qu'ils ne sont pas soumis
à la même poussée de pénétration et aux
mêmes services.
Si vous êtes dans une région limitrophe des Etats-Unis et
que les citoyens peuvent, de toute façon, capter les postes
américains de télévision et que le câble, à
ce moment-là, ne leur fournit qu'un service supplémentaire
améliorant la qualité de la réception, le problème
n'est pas tout à fait le même que pour les citoyens qui habitent
dans une région et qui n'ont pas du tout accès, par les moyens
classiques de réception, à la programmation américaine,
laquelle leur est donnée par ailleurs ou leur est donnée
peut-être par le câble.
Donc, il faut effectivement qu'une étude technique soit
entreprise. Doit-elle l'être par le ministère ou la régie?
Je crois que le ministère peut faire pas mal de travail technique de ce
côté. Globalement, sous un autre aspect, cette question devrait
probablement faire l'objet des préoccupations de la commission
parlementaire sur la liberté de la presse, qui doit se préoccuper
du droit du citoyen ou du public à l'information et, en fait, d'une
façon générale, à la communication.
On ne peut pas dissocier sous cet aspect la communication par les moyens
électroniques de la communication écrite. Donc, il y a plusieurs
endroits où la question doit être abordée. Je souhaiterais,
pour ma part, qu'elle le soit à la commission parlementaire sur la
liberté de la presse, qu'elle le soit sur le plan technique, et nous
allons tenter l'impossible pour le faire d'une façon efficace et le plus
rapidement possible au ministère, sur le plan des données
statistiques qui existent déjà par ailleurs, je crois, soit dans
des organismes fédéraux ou tout au moins dans des statistiques
compilées par l'association.
Sur le dernier point, la qualité de l'environnement culturel, qui
est soit modifié, ou même, dans certains cas, peut être mis
en danger par l'utilisation, strictement sur une base commerciale, des moyens
de communication, cette question, sous son aspect culturel, est aussi
extrêmement importante. Est-ce que c'est le lieu, à la commission
parlementaire sur la liberté de la presse, pour en parler? Est-ce que
ça devrait faire l'objet d'une préoccupation plus
particulière du ministère des Affaires culturelles? Pour ma part,
je ne le sais pas, je crois que le ministère des Affaires culturelles
devrait s'en préoccuper. Cela fait partie de ses responsabilités
quant à la qualité du service culturel et de l'environnement
culturel.
Ceci dit, il ne faudrait pas, sous prétexte de sauvegarder des
juridictions, diluer le problème à tellement d'endroits qu'il
devienne absolument impossible de l'analyser et d'y trouver des solutions plus
générales et plus globales. Donc, en résumé, je
n'ai pas répondu à votre question comme telle, j'ai tout
simplement souligné la complexité de l'approche qu'il nous faut
prendre pour l'étudier; d'une façon concrète, nous pouvons
compiler des données et rendre ces données disponibles à
la commission parlementaire sur la liberté de la presse de même
qu'à la commission parlementaire des Communications.
M.TREMBLAY (Chicoutimi): M. le Président, je n'avais pas
terminé, je m'excuse. Je suis heureux de ce que le ministre a dit au
sujet de ces relations avec la commission sur la liberté de la presse.
Il est évident que, à cette commission, nous pourrions
étudier le problème des monopoles, étudier le
problème de la câblodiffusion en ce qui concerne l'information.
Mais ce qui m'inquiète davantage, encore que les autres problèmes
soient tout aussi importants, c'est ce que le ministre a appelé
l'environnement culturel. Je comprends qu'il est difficile de diluer, qu'il
n'est pas souhaitable qu'on dilue les compétences de chaque
ministère et que chacun s'occupe d'un petit secteur
particularisé.
Mais le ministère des Communications a une responsabilité
qui lui est confiée par la loi et il peut, il me semble, s'occuper de
mettre en place immédiatement un comité ou une commission
interministérielle pour examiner à fond cette question de
l'environnement culturel. Parce que toute la question de la
câblodiffusion pourrait se résumer, si on la morcelle, à un
problème de services dans des régions ou tels services ne sont
pas donnés à cause de la mauvaise qualité de la
réception.
Mais, une fois qu'on aura, si je puis employer cette expression, couvert
le terrain, et que tous les citoyens auront l'avantage de services, il faudra
s'inquiéter de la qualité de ces services, non pas simplement du
point de vue technique, mais du point de vue de la substance qui est
véhiculée par le câble ou par tout autre moyen de
transmission de nouvelles, information, programmes éducatifs, culturels,
ainsi de suite.
Alors, je serais extrêmement heureux que le ministre nous donne
l'assurance qu'il est déterminé à créer cette
commission interministérielle qui, dans un délai très
bref, pourrait nous demander, à nous, les membres de l'Assemblée
nationale, de nous réunir, pour examiner en profondeur cette
question-là, commander des études sur la situation actuelle et
voir de quelle façon l'environnement culturel est protégé
en raison de la masse énorme de moyens de diffusion, de communication,
de transmission qui existent présentement.
Le mémoire que nous avons devant nous est un mémoire
extrêmement intéressant et les annexes sont très
importantes. Les gens qui sont ici devant nous s'inquiètent de
l'attitude que pourrait prendre le gouvernement par rapport à leur
société. J'ai dit tout à l'heure que j'acceptais
l'attitude du ministre, savoir que l'Etat n'a pas l'intention, pour le moment
semble-t-il, de nationaliser ces entreprises privées. Je suis d'accord
là-dessus, mais, je soutiens que l'Etat a quand même, en raison
des motifs que j'ai invoqués tout à l'heure, une
responsabilité énorme qu'il doit assumer le plus tôt
possible pour qu'il y ait cette qualité de services techniques et cette
qualité de services dans les domaines de la culture, de
l'éducation, de l'information et que les préoccupations que doit
avoir le ministre, doivent être les mêmes que celles que nous avons
lorsque nous étudions le problème de la liberté de la
presse, la question générale de l'information, des monopoles, des
entreprises de presse, des entreprises d'information.
Alors, je demande au ministre quelles sont, en ce qui le concerne, ses
intentions.
Est-ce qu'il a le désir, la volonté de constituer telle
commission interministérielle et, par la suite, demander à
l'Assemblée nationale de créer une commission aux fins d'examiner
en profondeur, avec tous les spécialistes du métier et toutes les
études pertinentes, le problème de cet environnement culturel, de
la qualité de l'environnement culturel?
Il pourrait le faire évidemment en élargissant le mandat
de la commission sur la liberté de la presse, encore que j'aie certains
doutes ici parce qu'on pourrait mélanger les deux problèmes. Ce
serait peut-être une façon de voir la question pour éviter
de multiplier les commissions parlementaires. Le ministre a touché un
point très sensible, celui de la qualité de l'environnement
culturel, qualité qui peut être compromise par l'entrée
massive d'une matière culturelle, socioculturelle ou
socio-éducative qui nous vient par le truchement des stations de radio
ou de télévision des Etats-Unis, tout
particulièrement.
Le ministre va souvent à Montréal et il doit se rendre
compte que dans les chambres d'hôtel on n'a pas grand choix en ce qui
concerne les émissions françaises. Ce sont surtout des
émissions américaines. Il y a les chafnes anglaises de
Montréal, d'accord, mais lorsqu'il y a le câble ce sont, la
plupart du temps, des émissions américaines qui entrent dans la
chambre d'hôtel et qui véhiculent un contenu qui ne correspond pas
à nos besoins, à nos exigences et qui n'améliorent pas la
situation que l'on déplore en ce qui concerne la langue et les
orientations culturelles du Québec.
M. le Président, je ne veux pas prendre plus de temps de la
commission, mais il y aurait beaucoup de commentaires à faire sur ce
mémoire qui mérite d'être analysé en profondeur.
Nous aurons l'occasion d'y revenir lorsque nous étudierons la loi
article par article et lorsque le ministre voudra bien nous soumettre les
amendements à la loi et nous faire connaître ses positions
définitives sur tout ce domaine de câblodiffusion et de ses
conséquences.
M. LEGER: M. le Président, je voudrais d'abord m'excuser de ne
pas être arrivé à temps, j'ai été
retardé à cause des avions qui ne partaient pas. J'avais,
depuis un certain temps, préparé des documents à
présenter à cette commission. Je vous ferai grâce de la
lecture complète, je vous en distribuerai une copie. C'est un travail
qui, selon le Parti québécois, présenterait ce qui est,
dans notre optique, une politique globale des communications au Québec
et qui touche, en particulier, le domaine du câble.
Je verrais une solution un peu différente de celle du
député de Chicoutimi concernant la surveillance de
l'environnement culturel.
Je voudrais toucher rapidement à un résumé du texte
que j'ai distribué à toutes les personnes qui assistent à
cette commission sur la façon d'entrevoir une politique globale des
communications au Québec. Je pense que l'étude des bills 35, 36
et 37 ne peut se faire qu'à la lumière d'une politique globale
parce qu'on touche...
M. LEDUC: M. le Président, est-ce que le député me
permettrait une remarque? Est-ce que le député serait d'accord,
pour libérer M. Girard et ses gens, que l'on termine l'étude de
son mémoire, quitte à ce que, plus tard, on puisse entendre et
avoir possiblement devant nous le mémoire du Parti
québécois? Même si le député veut discuter
d'un aspect de la politique globale des communications qui traite du
câble, je me demande si c'est le moment, tout de suite, de le faire.
M. LEGER: J'apprécie l'intervention du député de
Taillon, mais le problème est le suivant...
M. LE PRESIDENT: A l'ordre, messieurs! Je pense qu'il était
convenu entre les membres de la commission, ce matin, qu'on s'en tiendrait aux
mémoires qui seraient présentés ici, à la
commission. Je comprends la difficulté du député de
Lafontaine à se rendre ici ce matin. J'aimerais, si possible, qu'il s'en
tienne aux mémoires qui ont été présentés.
Je comprends ses difficultés. Je crois que la règle en commission
parlementaire c'est de s'en tenir surtout aux mémoires.
M. LEGER: M. le Président, je vais donner mon mémoire
immédiatement. Je pense que la commission parlementaire a besoin, avant
de pouvoir prendre des décisions sur des projets aussi importants que
les bills 35, 36 et 37, de recevoir d'un des partis en Chambre son point de vue
sur l'ensemble. Ce que je voulais dire tantôt, c'est que, quand on parle
de la télévision
par câble, on touche à un problème particulier
à l'intérieur de toute une politique globale et qu'on ne peut pas
le régler partie par partie si on ne sait pas, au départ, quelle
sera cette politique globale des communications. Nous avons aujourd'hui des
personnes qui nous ont présenté un mémoire que,
malheureusement, je viens de recevoir et que je n'ai pas eu le temps de
consulter. Je suis certain que c'est une chose importante qu'on
établisse des règlements sur le câble en ayant d'abord une
politique d'ensemble.
C'est la raison pour laquelle je me fais un devoir de vous distribuer
immédiatement le mémoire pour que tous les partis puissent
l'avoir. Plutôt que de le lire au complet, je demanderais qu'il soit
inscrit au journal des Débats (voir annexe). Je me prévaudrai
simplement du droit de vous donner un petit résumé de l'essence
même de ce mémoire.
M. TREMBLAY (Chicoutimi): Est-ce que je pourrais poser une question
à mon collègue de Lafontaine?
M. LEGER: Oui.
M. TREMBLAY (Chicoutimi): Nous avions convenu d'ajourner à midi
trente.
Demain, il y a une autre séance de la commission, nous pourrions
alors examiner ce mémoire et vous le déposeriez en bonne et due
forme.
M. LEGER: Etant donné que je ne pourrai pas être
présent demain et que je vous fais grâce de tout le
mémoire, puisque je vous le dépose immédiatement,
j'aimerais bien vous en donner un petit résumé...
M. TREMBLAY (Chicoutimi): Un petit résumé, je suis
d'accord.
M. LEGER : Lorsque cette décision a dû être prise ce
matin, il n'y avait que deux partis présents, puisque le Ralliement
créditiste et nous n'étions pas présents.
M. TREMBLAY (Chicoutimi: C'est-à-dire qu'aucune décision
n'a été prise, nous avons tout simplement entendu les
mémoires...
M. LEDUC: Je regrette, M. le Président, je veux bien me plier
à la majorité, mais, que je sache, nous avons avec nous les
représentants des câblodiffuseurs qui viennent nous
présenter un mémoire. J'ai quelques questions à leur
poser, le Ralliement créditiste a quelques questions à poser. Je
pense qu'en toute décence, si nous ajournons à midi et trente,
dans quelques minutes...
M. LEGER: Et pourquoi ajournerions-nous à midi trente?
M. LEDUC: Que nous ajournions à une heure, mais que nous nous
entendions.
M. LEGER: Est-ce que nous nous revoyons cet après-midi?
M. LEDUC: J'aimerais bien poser des questions aux représentants
qui sont ici, quitte à continuer jusqu'à quatre heures, cet
après-midi, jusqu'à minuit, ce soir, puisque vous ne pouvez pas
être ici demain. D'accord, nous allons collaborer à ce
point-là, mais terminons les mémoires. Que je sache, depuis que
je suis député, cela ne fait pas longtemps, cela fait six ans,
nous n'avons jamais, en plein milieu d'un mémoire, déposé
un autre mémoire. Nous avons eu la décence de laisser finir les
gens qui présentaient leur mémoire et je pense bien que, si
pendant que vous présentez votre mémoire, j'arrivais avec le
mémoire du Parti libéral, vous seriez le premier à dire:
Un court instant.
M. LEGER: Je serais très surpris, oui.
M. LE PRESIDENT: A l'ordre, messieurs!
M. LEGER: Je suis d'accord, M. le Président, et
j'accepterai...
M. LE PRESIDENT: Le député de Lafontaine
accepterait-il...
M. LEGER: Si on accepte de revenir cet après-midi, je n'ai pas
d'objection à terminer...
M. LE PRESIDENT: J'aurais une proposition à faire. Le
député de Lafontaine accepterait-il que les députés
de Frontenac et de Taillon, qui ont des questions à poser aux
représentants à la barre, posent leurs questions et
qu'après ça il revienne avec son mémoire et que nous
libérions ceux qui sont à la barre actuellement?
M. LEGER: Je n'ai aucune objection à la condition que l'on ne
termine pas à midi trente.
M. LE PRESIDENT: II est déjà passé midi trente.
M. LEGER: Si l'on ne suspend pas les travaux à midi trente, je
suis d'accord; qu'on suspende les travaux à midi trente et qu'on les
reprenne cet après-midi, je n'ai pas d'objection.
M. L'ALLIER: Nous pourrions suspendre les travaux à midi trente
ou lorsque les questions seront terminées aux témoins qui sont
à la barre, qui sont libres de revenir pour entendre ce que vous aurez
à dire cet après-midi, comme toute personne. On pourrait
reprendre les travaux à deux heures trente cet après-midi, ce qui
permettra à chacun de vaquer à ses occupations du
déjeuner.
M. LEGER: D'accord.
M. LE PRESIDENT: Le député de Frontenac.
M. GIRARD: M. le Président... M. LE PRESIDENT: M. Girard.
M. GIRARD: Nous n'avons pas d'objection à revenir cet
après-midi, parce que j'aimerais relever certaines des observations de
M. Tremblay.
M. LE PRESIDENT: Si vous voulez, M. Girard, les députés de
Frontenac et de Taillon ont manifesté l'intention de parler;
après ça, vous pourrez enchafner et nous pourrons vous
libérer.
M. GIRARD: C'est parce que nous étions prêts à
revenir cet après-midi, si vous le désirez.
M. LE PRESIDENT: Le député de Frontenac.
M. LATULIPPE: M. le Président,...
M. L'ALLIER: Suite aux questions qui seront posées, si c'est
nécessaire, vous reviendrez ; sinon, si, dans quinze ou vingt minutes
nous pouvons vider la question, vous serez libérés.
M. LE PRESIDENT: La parole est au député de Frontenac.
M. LATULIPPE: M. le Président, j'ai bien compris que la
nationalisation n'était pas le but du gouvernement, face à la
câblodiffusion. Cependant, â la suite d'une question du
député de Missisquoi, M. Bertrand, j'ai cru comprendre que la
câblodiffusion était le premier partenaire visé par la
future réglementation du ministère.
D'ailleurs, le ministre l'a avoué lui-même lorsqu'il disait
que... "Dois-je conclure, disait M. Bertrand, qu'à l'heure actuelle, la
compétence du Québec, d'après lui, s'arrêterait
à la distribution par câble? " M. L'Allier a conclu: "C'est ce que
j'ai voulu dire le plus clairement possible ce matin, à savoir que la
juridiction dans ce domaine que nous pourrions exercer sans risque inutile de
contestation, sans engager des frais, serait celle de la câblodiffusion
effectivement."
M. le Président, je suis porté à croire que la
câblodiffusion est, dans l'essence des trois bills qui nous sont
présentés, l'industrie qui sera touchée par excellence et
en premier lieu. J'ai aussi cru comprendre qu'une des principales raisons qui
motivaient le gouvernement de réglementer la câblodiffusion
était pour des services éducatifs et autres, mais principalement
éducatifs. Alors, je demanderais à M. Girard si, à son
avis, la câblodiffusion est une industrie capable de répondre
adéquatement en termes de coûts et en termes de rapidité,
de service et de qualité, aux fins éducatives telles que le
voulait le projet Multi-Media et autres, par la télévision
éducative.
M. GIRARD: Dans la plupart de nos systèmes, nous avons un canal
réservé pour fins éducatives. Il y en a pour autant qu'on
nous fournit les rubans magnétoscopiques, nous sommes prêts
à les passer. Nous avons déjà certains systèmes au
Québec qui font la programmation locale et obtiennent très
difficilement des émissions éducatives dans le moment. La plupart
des systèmes peuvent le faire pour autant que le matériel leur
est fourni au Québec.
M. LATULIPPE: Si on voulait faire de l'éducation par la
télévision, est-ce que vous croyez que le câble serait un
instrument valable pour couvrir tout le Québec actuellement ou dans
l'avenir?
M. GIRARD: Pas complètement. Je crois qu'il y aurait d'autres
moyens à prendre également.
M. LATULIPPE : Comme quoi?
M. GIRARD: Je suggérerais une station UHF qui couvrirait plus
dans les centres urbains que le câble.
M. LATULIPPE: Vous avez mentionné tout à l'heure
également que vous pouviez redistribuer tous les postes que vous
captiez. Est-ce qu'il n'y a pas une réglementation qui limite la
distribution des postes?
M. GIRARD: Nous avons une réglementation dans ce sens qui nous
limite à trois canaux étrangers ou américains et un canal
éducatif américain. Les autres doivent être des canaux
canadiens au complet.
M. LATULIPPE: Est-ce que je peux vous demander si la CRTC vous permet
actuellement de redistribuer le UHF américain?
M. GIRARD: II permet de redistribuer un canal éducatif UHF et
trois canaux VHF commerciaux.
M. LATULIPPE : Je pense que ça limite les questions que je
voulais poser.
M. LE PRESIDENT: Le député de Taillon.
M. LEDUC: M. Girard, est-ce que vous avez des résultats du
travail qui s'est fait, je crois, à Trois-Rivières, en
collaboration avec le CEGEP? Je pense qu'au mois de juin il a été
fait mention qu'avec la collaboration de La Belle Vision, si ma mémoire
est bonne, et le CEGEP de Trois-Rivières, il y aurait des cours qui
seraient donnés sur le canal 9, enfin le canal
qui appartient à La Belle Vision, des cours qui se donneraient,
je pense, le jour et le soir. Est-ce que les résultats de cela sont
satisfaisants ou si c'est une première expérience qui n'a pas
donné des résultats concrets?
M. GIRARD: C'est une première expérience. Mais j'aimerais
que M. Gauthier vous réponde. Il est gérant du système,
à Shawinigan, qui fait partie de La Belle Vision.
M. GAUTHIER: M. le député, actuellement,
l'expérience de Trois-Rivières est valable sur un certain point,
en ce sens que la clientèle n'a pas augmenté de façon
considérable parce qu'on donnait des cours.
Il y a eu certainement une augmentation de clientèle temporaire,
à savoir de septembre à mai. Les étudiants du CEGEP qui
viennent de l'extérieur de Trois-Rivières et qui pensionnent
à Trois-Rivières, soit dans des maisons d'appartements ou quelque
chose du genre, eux, ont été forcé, par le fait que le
CEGEP distribuait des cours, de s'abonner à La Belle Vision. Mais le
phénomène demeure quand même qu'à tous les ans,
à Trois-Rivières, on a cette période plus intense, en
septembre, où les étudiants qui arrivent de l'extérieur
s'abonnent au câble. Même avant que l'expérience avec le
CEGEP soit tentée, ils s'abonnaient déjà au câble.
On ne peut pas dire que cela a fait un boom extraordinaire de ce
côté-là.
Maintenant, l'expérience sera tentée également
à Shawinigan. Il y a trois projets à l'étude: un dans le
cadre des initiatives locales du gouvernement fédéral, un dans le
cadre de Perspectives-Jeunesse pour l'été prochain et qui sera
une continuation des initiatives locales, et, enfin, un troisième projet
mis de l'avant par la commission scolaire régionale de la Mauricie,
section de l'éducation permanente, qui est entrée en
communication avec nous et voulait tenter des expériences dans ce
sens-là. Mais je ne crois pas, premièrement, que le fait que des
émissions aient été programmées sur le canal 9
à Trois-Rivières ait augmenté, de façon
sensationnelle, la clientèle. Deuxièmement, il semble que ceux
qui ont suivi ces cours l'aient apprécié. H semble que cela ait
été apprécié par la majorité de la
population. Mais je ne pense pas, quand même, que ce soit actuellement le
moyen idéal de propager l'éducation à travers la
province.
M. LEDUC: Non, d'accord.
M. GAUTHIER: Je suis enclin à penser, comme M. Girard, que les
stations UHF seraient probablement beaucoup plus faciles d'accès.
M. LEDUC: Une autre question à M. Girard ou à M. Gauthier.
Actuellement, le CRTC ne vous permet pas de louer de temps ou de vendre des
annonces commerciales sur câble, c'est-à-dire localement.
M. GIRARD: Non.
M. LEDUC: N'avez-vous pas aussi une certaine concurrence et, dans la loi
que le ministre me corrige si cela m'a échappé des
antennes communautaires, comme celles qui sont sur les maisons d'appartements
et qui desservent 150 logements dans une maison, soit dans des projets
domiciliaires où un entrepreneur construit une antenne communautaire
pour ses 75, 80 ou 100 maisons qu'il vendra, ou encore dans les hôtels?
Dans ces trois domaines, n'avez-vous pas pour vous en tout cas
une concurrence qui, en fait, n'est pas juste puisque, par exemple, au point de
vue technique, ce ne sont pas nécessairement les mêmes services
que ceux que vous offrez?
M. GIRARD: En effet, dans les centres métropolitains où il
y a beaucoup de ces systèmes, cela amène une concurrence au
câble. Ils n'ont pas nécessairement, également, la
même qualité technique.
M. LEDUC: Une dernière question, M. Girard. Tout d'abord, je vous
offre mes félicitations pour votre mémoire. Je crois que les
membres de la commission seront d'accord. C'est probablement un des
mémoires les plus complets, les plus intéressants et un de ceux
qui donnent une image à peu près parfaite de la situation du
câble au Canada et, en conséquence, ici au Québec. La base
de votre présence ici n'est-elle pas, en fait, les articles 8 et 9 du
projet de loi no 35 qui font que vous aurez à aller à la
régie avant d'employer votre câble? Cela n'alourdit-il pas, alors,
votre mécanisme d'utilisation et, en même temps, cela ne vous
crée-t-il pas certaines inquiétudes quant à l'emploi de
vos câbles?
M. GIRARD: En effet, cela alourdit par ces mécanismes. Nous avons
déjà passé à travers cela depuis deux ans, avec le
CRTC. Notre crainte, surtout, c'est l'investissement. Nous craignons que cela
apeure un investisseur parce qu'une telle régie, dans les autres
provinces du Canada, n'existe pas. Nous n'avons d'ailleurs aucune compagnie
publique, dans le Québec, actuellement. Les investisseurs veulent
être sûrs, nécessairement, de retirer des dividendes
lorsqu'ils investissent à long terme. Souvent, lorsqu'ils sont sous une
Régie des services publics, tel que je l'ai mentionné tout
à l'heure concernant le Connecticut, où il ne s'est pas
bâti de câble, certains investisseurs ont déjà
manifesté leur crainte d'investir, actuellement, dans les
sociétés du Québec en attendant de voir ce qui se
passera.
M. LEDUC: Basée là-dessus, votre association est une
association nationale.
M. GIRARD: Oui.
M. LEDUC: Est-ce qu'il n'y a pas une loi un peu identique à celle
que nous discutons du côté de la province de l'Ontario? Et est-ce
que votre association s'est penchée de ce côté, même
si, de fait, nous sommes les premiers au Québec à
légiférer? Est-ce qu'il n'y a pas rumeur de discussions
sérieuses même si la loi n'est probablement pas
déposée, au niveau du gouvernement de l'Ontario pour
présenter une loi semblable à celle-ci je ne dirai pas
identique ou dans le même esprit que celle que nous
présentons?
M. GIRARD: II y a eu discussions en effet mais je crois que le projet de
l'Ontario est surtout de contrôler sa propre station UHF. Je crois que
c'est peut-être un peu plus dans cette direction qu'il penche. Nous avons
un comité en Ontario qui discute avec le gouvernement ontarien à
ce sujet et ce que je sais de ce comité c'est que c'est surtout dans
cette direction qu'il se dirige.
M. LEDUC: Tantôt le ministre a relevé un commentaire, que
vous faites à la page 4, qui l'inquiète, je pense, et qui
m'inquiète aussi. Vous dites que nous devrions cependant insister sur un
point: Pour que l'industrie du câble s'étende de façon
uniforme partout au Québec, il faudrait que l'entreprise privée
demeure libre de répondre aux désirs de la population. Je crois
que ça exprime chez vous une inquiétude, autrement vous ne
l'auriez pas c'est la façon dont je l'interprète
mentionné. En quoi est-ce que, actuellement, la loi qui est
proposée vous fait dire ce que je viens de lire et qui est dans votre
mémoire? Qu'est-ce qui vous crée cette inquiétude à
l'effet que l'entreprise privée ne pourrait pas demeurer libre de
répondre aux désirs de la population?
M. GIRARD: Pour la simple raison qu'on a mentionné dans le
document de travail du ministère qu'on voulait régulariser le
taux de rendement des compagnies de câble. C'est très
spéculatif, nous devons changer l'équipement à peu
près tous les cinq ans; nous avons été obligés de
changer le câble depuis le début, si vous voulez, parce qu'il y a
tellement d'innovation. Cela demande énormément
d'investissements. Et lorsque les investisseurs veulent investir à long
terme, nécessairement, ils ne veulent pas être réduits
à un taux très léger de dividendes. Lorsque c'est le cas,
ils ne sont pas intéressés.
C'est notre problème; si nous sommes régis par la Loi des
services publics et que le taux de rendement est contrôlé,
évidemment nous n'aurons peut-être pas le financement
nécessaire pour nous étendre aussi librement que nous voudrions
le faire dans la province.
M. LEDUC: M. le Président, une toute dernière...
M. L'ALLIER: A la fois pour l'information du député de
Taillon et de tous les membres de la commission, je voudrais simplement citer
une information qui est contenue dans la revue Executive; il faudrait
vérifier évidemment la qualité des sources mais c'est une
citation de Statistique Canada. Je traduis librement le texte, qui est en
anglais.
Statistique-Canada a dit que, pour l'année financière
1970, les revenus d'exploitation de l'industrie de télévision par
câble ont augmenté de 44 p.c, alors que les profits ont
augmenté de 243 p.c. C'est donc dire que les sociétés de
câble devaient être dans une très mauvaise posture pour se
voir gratifiées, si vous voulez, dans le cours de leurs
opérations, de tels pourcentages de revenus.
Je ne le dis pas pour minimiser les problèmes économiques
et financiers auxquels doit faire face toute entreprise, d'autant plus qu'il y
a une concurrence de plus en plus forte quant à savoir qui aura tel
territoire. Je le dis simplement parce qu'il ne s'agit pas là, au moins
pour l'année financière 1970, de taux de rendement qui sont,
disons, dans la moyenne des taux de rendement des entreprises.
M. GIRARD: J'aimerais faire remarquer, M. le ministre, que la plus
grande partie de ce pourcentage-là s'applique aux entreprises
onta-riennes et de l'Ouest. Au Québec, l'augmentation a
été minime.
M. LEDUC: Alors, une toute dernière question qui n'est pas une
boutade, M. Girard, loin de là. Cela m'inquiète, la
réglementation qui a eu lieu au Connecticut et je me demande si votre
association ne pourrait pas se servir de ce qu'on utilise souvent, ici, au
gouvernement, de la Xerox, pour faire parvenir aux membres de la commission la
réglementation du Connecticut, si c'est physiquement possible, pour
qu'on puisse peut-être éviter de faire ce qu'on a fait
là-bas. En effet, si j'ai bien compris, c'est le seul Etat aux
Etats-Unis qui a réglementé le câble, tandis que les autres
Etats dépendent du FCC.
M. GIRARD: C'est ça. Il y a possibilité, je crois bien, de
le fournir.
M. LEGER: M. le Président, je voudrais poser quelques questions.
Vous avez dit tantôt que les investisseurs dans le domaine de la
câblodiffusion attendent que la situation soit plus claire au niveau de
la législation ou des règlements. Est-ce que vous voulez dire par
là que, quand il y a deux législateurs fédéral et
provincial ensemble, on ne sait pas encore exactement si une législation
sera plus difficile que l'autre et laquelle devrait primer pour vous permettre
de savoir clairement où fonctionner et comment avoir une planification
dans votre domaine?
M. GIRARD: Oui, il y a deux raisons. La première, c'est que les
deux niveaux de gouvernement semblent vouloir avoir juridiction sur le
câble. La deuxième raison, c'est également la peur d'une
régie des services publics, dans une industrie actuellement qui est en
pleine évolution. Ce sont les deux raisons principales.
M. LEGER: Maintenant, est-ce que vous seriez d'accord que ce serait
beaucoup plus facile si, dans la loi même, au Québec, on
inscrivait des principes de base, un corridor d'activités possibles, qui
vous permettrait d'établir votre propre planification?
Autrement dit, dans les règlements, que ce ne soit pas quelque
chose de trop détaillé mais qu'il y ait des principes globaux
vous permettant de faire vous-mêmes votre planification dans ce sens.
M. GIRARD: Je me demande quels seraient ces principes. Nous avons
déjà une loi fédérale à laquelle nous devons
nous soumettre. Avant de se demander si la loi du Québec est
différente ou si c'est la meilleure, on peut difficilement le dire sans
l'avoir vue. Le fait d'être soumis à une régie des services
publics demande automatiquement des comparutions et des contraintes; cela
demande également le contrôle du taux de rendement.
Vu qu'actuellement c'est très spéculatif, nos
investisseurs auront peur jusqu'à ce que ceci soit
réglé.
M. LEGER: Tout à l'heure vous disiez que vous ne voyez pas quels
sont ces principes. Je vous donne un exemple. Si toutes les compagnies ou les
corporations qui sont dans le domaine du câble devaient répondre
à des principes généraux... Un exemple en passant: Si on
disait que l'une des obligations, dans le domaine du câble, serait
d'avoir non seulement les programmes les plus rentables mais également,
comme c'est aussi une industrie de service qu'on devrait avoir un certain
rôle social d'éducateur. Je ne parle pas seulement
d'émissions d'éducation, mais au lieu d'avoir des
émissions à rentabilité maximum pour le capital investi
on sait qu'il faut qu'il y ait le plus de gens possible qui regardent
telle émission et on se fie à une moyenne plus basse de
qualité parce que plus de monde va la regarder et que c'est plus
rentable financièrement si toutes les entreprises étaient
sur le même pied et devaient avoir une conception d'éducateurs au
niveau de la population, il y aurait quand même un certain
équilibre entre les différentes compagnies qui oeuvrent dans le
domaine du câble.
M. GIRARD: Je crois que vous associez le taux de rentabilité aux
postes de télévision. Ceux-ci dépendent du nombre de
personnes qui regardent leurs émissions, mais nous ne dépendons
pas de cela. Nous sommes plutôt un système passif. Nous captons
les signaux dispo- nibles et nous les distribuons à nos clients. C'est
comme une entreprise...
M. LEGER: Vous recevez quand même des programmes que vous jugez
comme ayant une haute cote d'écoute.
M. GIRARD: Pas du tout.
M. LEGER: Pas nécessairement.
M. GIRARD: Nous offrons tous les postes de télévision
disponibles, canadiens et américains, ces derniers étant au
maximum de trois comme je l'ai mentionné tout à l'heure, et ce
sont les gens qui font leur choix. S'ils décident de regarder un canal
américain, ils le regardent. Ils en ont l'entière liberté,
comme ils ont le droit d'acheter une revue américaine. On veut
également nous faire jouer un rôle de programmateur local. Ce
n'était pas notre rôle au début. Nous voulons bien
coopérer dans ce sens-là; nous avons d'ailleurs des circuits
fermés qui sont en marche. De là, notre rôle
éducatif demeure encore passif. Qu'on nous en fournisse les moyens sur
ruban magnétoscopique et nous sommes d'accord.
Nous l'offrons même à des commissions scolaires locales. A
Magog, où je demeure, nous le faisons et on s'en sert très peu,
disant qu'on n'a pas de budget pour le faire. Malgré tout, des
élèves viennent pratiquer à notre circuit fermé
trois jours par semaine. C'est entièrement gratuit.
Je crois bien que nous faisons notre part dans ce sens-là. Notre
rôle n'est pas d'être professeurs ou éducateurs, nous sommes
prêts à passer le matériel éducatif. La population
qui va le regarder, le regardera comme elle regarde les émissions
à d'autres postes.
M. LEGER: Mais, pour la longueur d'ondes où vous passez vos
programmes, vous choisissez quand même certains programmes que vous
donnez au canal que les gens choisissent.
M. GIRARD: Non, nous ne choisissons rien. Ici, à Québec,
au Télécâble, vous avez les postes 4, 5, 11, 10 (qui vient
de Montréal), 12 et 13. Tout ce qu'on peut capter, on l'envoie sur le
système. Nous ne coupons pas de programmes. Le client tourne son bouton
et il choisit le poste qu'il désire.
M. LEGER: Vous semblez être très ouvert à la
participation locale. Vous venez justement d'en parler. Vous avez parlé
des talents locaux ou des programmes locaux de municipalités. Est-ce que
vous avez aussi objection à la participation locale au niveau d'une
participation financière comme on a pratiquement eu la chance d'avoir
avec La Belle Vision? Est-ce que vous avez des objections de principe à
une participation locale à la propriété de votre
organisme?
M. GIRARD: Non, nous n'avons pas d'objection à la participation
locale. Si cela devient une participation locale tellement étendue
où peut-être les principes fondamentaux d'affaires seront
négligés l'industrie évolue tellement vite
actuellement cela veut dire que beaucoup des profits sont mangés
par l'installation d'un nouvel équipement. On croit que dans le moment,
si vous avez des hommes d'affaires plutôt avertis et dynamiques tel que
l'industrie privée l'est généralement, le pays ou la
province va en bénéficier beaucoup plus pour la simple raison
qu'on va chercher à étendre nos services le plus rapidement
possible et donner tout ce qui est disponible. A ce sujet, nous sommes bien
d'accord.
M. LE PRESIDENT: Je proposerais qu'on suspende les travaux
jusqu'à trois heures cet après-midi.
M. PERREAULT: Je voudrais demander au représentant du Parti
québécois de distribuer le mémoire avant la suspension
pour qu'on puisse le regarder avant cet après-midi.
M. LEGER: Vous voudriez avoir le "scoop" avant que j'aie dit ce que j'ai
à dire. Je voudrais quand même le résumer ou bien...
M. PERREAULT: Tous ceux qui ont des mémoires les
déposent.
M. LEDUC: Vous pourriez le distribuer comme tous les mémoires le
sont.
M. LEGER: Je n'ai pas d'objection.
M. LE PRESIDENT: Nous remercions M. Girard et les représentants
de l'Association canadienne de télévision par câble Les
travaux sont suspendus jusqu'à trois heures cet après-midi.
(Suspension de la séance à 12 h 52)
Reprise de la séance à 15 h 2
M. VEILLEUX (président de la commission permanente des
Communications): A l'ordre, messieurs!
M. TREMBLAY (Chicoutimi): M. le Président, s'il n'y a pas
d'autres mémoires, nous pouvons ajourner.
M. LE PRESIDENT: Je n'étais pas ici ce matin, mais on me dit que
les organismes convoqués se sont prononcés par la voix de leurs
porte-parole. Y a-t-il d'autres personnes qui veulent être entendues? Le
député de Brome.
M. BROWN: Mr. Chairman, as representative of the minority in the
Province of Quebec, this is a very, very important thing to us from the point
of view of our culture as well as the point of view of business, this business
of cable T.V. In our particular area, in the City of Quebec, we get good
listening, we are able to take a look at the American content and programs as
well as the Quebec and the Canadian one.
From a business point of view, in my own county of Brome, the basis of
our economy, at this time, is the tourist trade we do have. We find that a part
of this tourist trade is the ability to pick up American programs on cable TV
in our motels and hotels. I would like to stress that we feel this is extremely
important that the same type of things occurs as in the past, in the future and
that the people who have pioneered this work should be considered in the
overall picture of the law and of the brief that has been given to us. And I
certainly would like to congratulate the group on their presentation and hope
that they will be well listened in the future in this Province of Quebec that
you keep doing the same thing that you have done in the past.
M. LE PRESIDENT: Y a-t-il d'autres députés qui voudraient
prendre la parole sur le sujet?
L'honorable député de Lafontaine.
M. LEGER: Est-ce sur le sujet du câble ou en
général?
M. LEDUC: Etiez-vous ici, à trois heures, quand la commission a
commencé à siéger?
M. LEGER: Pas tout à fait. Qu'est-ce qui a été
dit?
M. LEDUC: C'est un avion qui allait trop vite, cette fois-ci. Vous avez
dépassé le Québec et vous êtes obligé de
revenir. Il s'est dit des choses intéressantes que vous pourrez lire
dans le journal des Débats. Maintenant, vous pouvez faire le
résumé de cette paperasse que vous nous avez remise et que je ne
qualifierai pas tout de suite.
Parti québécois
M. LEGER: M. le Président, je voudrais simplement faire un court
résumé de l'esprit dans lequel cette prise de position du Parti
québécois, de l'aile parlementaire surtout a été
faite.
Cela consiste à relier les bills 35, 36, 37 en un projet global
qui devrait être nécessairement le reflet d'une politique
générale globale des communications au Québec. C'est
sûr, M. le Président, que le Parti québécois, qui
prône la souveraineté du Québec, a une optique
peut-être différente de celle de certains membres de cette
commission, mais on doit se fixer quand même sur le principe suivant:
nous allons vers une souveraineté de plus en plus grande du peuble
québécois et il est essentiel qu'on réalise la
possibilité de relier les Québécois entre eux.
C'est un impératif non seulement culturel mais aussi politique,
parce que, comme Québécois, il y a un vouloir-vivre collectif
essentiel qui constitue une force centripète importante et qui est
alimentée justement par cette appartenance sociale qu'on peut trouver
dans une information. Que ce soit une information provenant de la
télévision, de la radio, du journal, des revues, cette
appartenance sociale devient, par ces media d'information, un
élément essentiel qui reflète, par les informations qu'on
reçoit, que nous vivons, même dans un territoire aussi vaste que
le Québec, les mêmes soucis et dans les mêmes conditions que
les quelque six millions de citoyens du Québec. Et il se
développe, par le fait d'une communication bien orchestrée, un
sentiment d'appartenir malgré tout à une communauté dont
on partage autant les événements heureux que malheureux. C'est la
raison pour laquelle toute la politique des communications devrait partir du
principe qu'un circuit ou des canaux devraient permettre à cette
communauté, qu'elle soit locale, régionale ou globale, de
recevoir une information de base sur sa situation.
Ce matin quand je parlais d'une responsabilité sociale pour les
entreprises privées, c'est que justement, s'il n'y a pas des principes
établis inscrits dans la loi, on ne peut pas établir des
solutions partielles dans un domaine aussi vital pour la nation
québécoise. Alors, l'information de base qui pourrait être
véhiculée par les moyens d'information peut permettre, dans les
différentes régions du Québec, de donner à toutes
les couches sociales des Québécois une notion de sa situation,
soit au point de vue social, au point de vue culturel, au point de vue
économique ou au point de vue politique. Vous allez voir dans le
document que j'ai donné tantôt certains dessins qui expriment
justement une possibilité d'éviter de recevoir...
Tout à coup, dans un événement politique, on
s'aperçoit qu'il y a une grosse grève quelque part. Pourquoi?
Parce que, depuis longtemps, il y a eu des éléments de base qui
n'ont pas été connus de la population. Il y a eu des
problè- mes majeurs que les gens ont vécus. Ils ont
été frustrés par cela. Ce n'est pas connu de la
population. C'est peu connu des gouvernements responsables. A un moment
donné, ça éclate.
Alors, s'il y avait à l'intérieur, par une
interpénétration des média d'information, une
possibilité, pour la population elle-même, de s'exprimer,
d'être consciente de ses problèmes, d'apporter des
hypothèses de solution à ses problèmes par les moyens
d'information, comme la radio, la télévision, etc., d'avoir un
dialogue à l'intérieur de toute cette population
concernée, qu'elle soit régionale, nationale ou locale et
peut-être amorcer des solutions qu'un gouvernement responsable par la
suite apportera et que nous retrouverons dans des projets de loi, au lieu
d'avoir des situations explosives dans le Québec, nous aurions, alors
des solutions qui seraient apportées avant que la situation soit
dangereuse.
C'est la raison pour laquelle je voudrais donner le sens de cette
politique globale qui se résume en trois points majeurs. Une information
de base pourrait être exprimée à travers les media
d'information; par la suite, ces media d'information pourraient permettre une
élaboration de différentes options et solutions, concevoir des
choix à ces solutions présentées par les différents
partis politiques ou par des groupes de pression qui auront l'occasion,
régulièrement, d'exprimer leurs points de vue et de proposer des
solutions au gouvernement, obtenir de lui de l'aide technique avant qu'il ne
soit trop tard et faire aboutir des solutions qui ont été
retenues.
Autrement dit, si les communications sont des services publics
réels, il faut qu'il y ait possibilité, pour cette
collectivité, d'interpénétrer ce circuit et de ne pas
laisser uniquement à des organismes privés ou à de petits
groupes minoritaires le contrôle de ces media d'information qui, eux,
souvent, parce que nous vivons dans ce système-là, ne voient,
comme première préoccupation, que le profit. Ce profit
étant la chose essentielle, cela amène, comme conclusion, qu'il
faut trouver quelles sont les émissions les plus intéressantes
pour une population, pas nécessairement les plus instructives, mais les
plus nécessaires à sa culture. Mais des émissions qu'on
appelle moyennes, parce qu'on dit qu'on va essayer de trouver un juste milieu,
celles-là plaisent plus au public. Ce sont des émissions qui
amènent un divertissement. Elles vont faire rire. Ce sont des
émissions présentant des drames pathétiques et les gens
vont les suivre régulièrement. Mais est-ce qu'à travers
ces émissions qui vont avoir la cote d'écoute et qui vont
permettre de vendre beaucoup de publicité, cela sera le critère
de base? Est-ce que nos communications ne seraient pas aussi une occasion pour
la population de pouvoir s'exprimer, de pouvoir communiquer et d'être au
courant de ce qui se passe à travers tout le Québec?
Je pense que le but premier des communications est de relier les
individus entre eux et de
pouvoir, par cette information, améliorer leur sort.
Je voudrais maintenant brièvement toucher au problème de
Radio-Québec. Je pense que très tôt le ministre
devrait être d'accord avec moi, peut-être pas sur la
rapidité des étapes mais au moins sur un objectif
Radio-Québec devrait devenir un réseau étatique
québécois, non seulement pour une production de documents ou
d'émissions éducatives uniquement mais aussi pour une diffusion
selon un rôle bien déterminé d'éducateur populaire
ou, pour mieux dire, de catalyseur révélateur des dynamismes
sociaux à travers tout le Québec. Il faut nécessairement
que tous les Québécois soient au courant de ce qui se passe dans
le reste du Québec.
M. le Président, je pense que j'ai dit, au début de mon
intervention, que je touchais le problème en considérant le
Québec comme un Etat qui, actuellement, vit dans un Etat
fédéraliste mais qui, dans un avenir prochain parce que
c'est cela que nous souhaitons pourrait devenir un Etat
indépendant. Il faut qu'il contrôle ses communications si on veut
atteindre le but de permettre à tous les citoyens de recevoir la
meilleure garantie de liberté d'expression ou de diffusion de choses
dont ils ont absolument besoin.
Je pense que Radio-Québec devrait devenir un diffuseur
intégral accordé aux préoccupations
québécoises d'abord. Actuellement, on s'aperçoit
qu'à Radio-Canada on vit une censure fédérale, soit sur la
quantité de nouvelles, soit sur leur qualité. Il est impossible
que les Québécois ne puissent pas obtenir un réseau qui
leur appartienne et qu'ils soient continuellement obligés, quand ils
veulent se parler entre eux, comme je le disais à l'occasion du bill 35
à cela il n'y a aucune raison de demander au
fédéral des heures de parloir ou des ondes et de demander une
permission au CRTC. Je pense qu'il faut éviter cette censure du
fédéral pour que nous puissions avoir des nouvelles
régionales.
Aucun organisme, actuellement, au Québec, ne peut, autant dans le
domaine de la radio, de la télévision, des journaux ou des
revues, nous donner une nouvelle globale, ce qui veut dire incluant des
nouvelles régionales de tout le Québec. Nous l'avons au niveau de
la Presse canadienne mais celle-ci nous donne des nouvelles qui touchent
l'ensemble du Canada, des nouvelles internationales. Mais beaucoup de
problèmes qui sont tout simplement reliés à nos
préoccupations québécoises sont éliminés
parce que le temps des nouvelles est assez limité. On passe une
série de nouvelles de tous les milieux et on évite d'avoir des
nouvelles précises, locales, de chez nous. Comme les régions sont
tellement éloignées, des endroits ne reçoivent absolument
pas la nouvelle intéressante touchant l'Etat du Québec.
Concernant les documents éducatifs ou les émissions
éducatives, je pense que le mot "éducation" peut aller
très loin. Est-ce qu'on ne devrait pas réaliser à
même Radio-Québec, qui serait un réseau étatique
québécois, des émissions comme un
Téléjournal québécois, comme un Format 30 ou un
Format 60, des émissions proprement québécoises avec les
préoccupations québécoises? Je pense que
Radio-Québec devrait aller dans cette direction.
Un autre point important: les postes privés. Je pense qu'il est
important qu'on sache que le Parti québécois est absolument
intéressé à ce que l'entreprise privée continue
à travailler, à fonctionner, parce que la diversité des
sources est une garantie indirecte d'une liberté d'information. Il ne
faut pas qu'il y ait un contrôle de ce côté, chose que nous
craignons au moment où l'on étudie les bills 36 et 37.
Je pense que les postes privés, cependant, devraient
s'intégrer aux grandes exigences sociales du Québec et que la
Régie des services publics devrait avoir des règlements qui
seraient inclus dans le projet de loi et qui devraient démontrer une
politique d'ensemble, des principes de base, à travers le corridor de
pensée ou le corridor de réalisation, qui permettraient aux
entreprises privées de fonctionner.
Je résume ces règlements: on devrait donner aux
entreprises privées, dans les postes privés, comme principe de
base, qu'elles n'aient pas uniquement comme but d'être des organismes qui
ont des profits à faire, mais qu'elles aient aussi à participer
dans cet instrument d'éducation permanente que sont les media
d'information. On devrait aussi inclure comme principe de base dans ces projets
de loi 35, 36 et 37, que ces entreprises privées devraient être
aussi possédées par des personnes ou des organismes qui
résident en majorité au Québec.
Une autre question sur la propriété, c'est la
participation possible à la propriété c'est la
question que j'ai posée tantôt au représentant de la
compagnie de câble de la population locale au niveau de cette
propriété des entreprises. Il est entendu aussi, M. le
Président, qu'il est essentiel que le droit à la liberté
d'expression soit bien inclus dans ces principes.
M. LACROIX: Je ne voudrais pas être désagréable,
mais est-ce que le député de Lafontaine c'est le
même président qui siège à la commission de la
liberté de la presse et à la commission des communications
n'a pas des propos qui devraient plutôt être tenus à l'autre
commission?
M. LEGER: M. le Président, ce matin, la question a
été posée par le député de Chicoutimi,
concernant justement l'environnement culturel et on parlait d'avoir un
comité interministériel pour étudier la question. Je n'ai
pas d'objection mais je pense que, quand même, c'est plutôt
à l'intérieur des projets de loi sur les communications qu'il
devrait y avoir des principes de base qui permettraient
l'intégrité de cette liberté d'expression.
Ce sont des règlements que la régie aurait, après
ça, à voir à faire observer. En ce qui concerne le
contenu, je pense qu'on devrait aussi mettre comme principe de base de
favoriser la participation de la population locale ou nationale aux programmes
régionaux ou à des programmes nationaux. Concernant la
programmation, il y a des principes de base qui pourraient être
établis parlant de la variété de cette programmation, de
la haute qualité qu'il doit y avoir et aussi d'un équilibre entre
la publicité et les programmes touchant le contenu même du
programme. Finalement, il faudrait aussi avoir comme grand principe de voir
à la restauration de la langue française, de la qualité du
français qui serait présenté dans ces émissions. D
faut aussi se considérer comme une nation québécoise
majoritaire et permettre aussi que des groupes minoritaires d'autres nations
qui sont québécois aient droit à des programmes et
à des heures d'écoute suffisamment intéressants pour
participer à Radio-Québec.
M.LEDUC: Si je comprends bien, là, vous reconnaissez les droits
des minorités.
M. LEGER: C'est ça, parce qu'on se considère un Etat qui
devrait être l'Etat de la majorité et qui tient compte des
problèmes de ces minorités.
M. LEDUC: Mais les problèmes des minorités, vous les
prenez en considération en leur donnant tous les moyens possibles de
communiquer à la population leurs problèmes, leur situation, et
vous voulez...
M. LEGER: C'est ça, à condition, par exemple, qu'on ne
brime pas la majorité.
M. LEDUC: Evidemment, mais si on lit la majorité des commentaires
que vous faites dans votre document, vous voulez leur donner l'occasion aussi
de faire des revendications auprès des gouvernements.
M. LEGER: C'est ça, mais je vous ai dit au début qu'on se
place dans l'optique d'un Etat québécois qui, tôt ou tard,
deviendra souverain et qu'il doit penser à cette
minorité-là et que, même actuellement, il faut quand
même donner à cette majorité les pouvoirs. J'ai
déjà dit que les Québécois seraient peut-être
beaucoup moins intolérants s'ils se sentaient suffisamment forts, avec
des outils pour faire face à l'assimilation que le Québec subit
actuellement. Alors, cette politique-là doit tenir compte...
M. LEDUC: Alors, si je lis le titre: Pour une politique globale des
communications au Québec, c'est un projet à très long
terme, puisque vous pensez qu'éventuellement...
M. LEGER: Je n'ai aucune objection à ce que le gouvernement
libéral actuel réalise le plus possible, ça nous fera
ça de moins à réaliser une fois au pouvoir, mais je pense
que quand même...
M. LEDUC: Pour vos petits-enfants.
M. LEGER: Peut-être, parce que j'en ai déjà qui sont
prêts à voter.
M. le Président, je ne veux pas quand même éterniser
le débat, vous avez un texte devant vous; dans ce document, je parle de
la télévision par câble, et on y parle aussi des compagnies
de téléphone, étant donné que le câble touche
de très près les compagnies de téléphone et que
nous avons un géant qui s'appelle Belle Canada, qui, contrairement
à Québec Téléphone, a une charte
fédérale et est sous juridiction fédérale, alors
que Québec Téléphone est sous juridiction provinciale.
Il est assez difficile d'avoir une politique du câble, alors que
la plus grosse partie des contractants ne fait pas partie de la juridiction du
Québec pour le moment.
Je pense qu'il serait essentiel et très urgent que le
gouvernement du Québec j'avais déjà donné
des moyens à l'occasion du bill 36, je pense s'entende avec
l'Ontario pour qu'il y ait pression auprès du fédéral afin
que le Bell Téléphone ait une charte provinciale, comme
Québec Téléphone, afin d'avoir une politique
cohérente dans le domaine du câble. Si on ne peut pas
réellement obtenir de cette façon-là que le Bell
Téléphone passe sous la juridiction provinciale, qu'on pense
à nationaliser une partie de son équipement, de ses cerveaux. Je
ne parle pas, comme de raison de nationaliser tous les appareils dans chaque
maison cela coûterait trop cher inutilement mais il y a des
moyens de contrôler une compagnie, au point de vue gouvernemental, pour
qu'elle puisse fonctionner selon les priorités de la nation du
Québec.
Il y a aussi une possibilité de créer un réseau de
téléinformatique qui devrait être étudiée,
parce qu'il y a des banques de données qui pourraient actuellement
servir à toute une partie de la population du Québec. Je prends
comme exemple l'Université de Montréal où on a
intégré toute la jurisprudence pénale et civile des vingt
dernières années. C'est une banque de renseignements qui, s'ils
étaient inscrits à l'intérieur d'un réseau de
télé-informatique, pourraient renseigner facilement des gens de
Québec ou de Chicoutimi dans le domaine de la loi, et cela sans se
déplacer. Même chose pour l'université Laval qui a aussi
des banques de données sur des diagnostics médicaux des plus
modernes qui pourraient servir à des médecins ou à des
spécialistes dans ce domaine-là partout dans le Québec.
Ils pourraient puiser des renseignements dans cette banque de
données.
Un réseau de téléinformatique pourrait facilement
uniquement parce que le Québec aurait les moyens financiers de le
faire être un outil fantastique pour tout le Québec. De
toute façon, je voulais présenter en gros une politique
globale des communications au Québec avec les principes qui
régiraient cette réglementation. Je ne pense pas qu'on puisse
procéder uniquement partiellement par des petites lois dans chacun des
domaines sans avoir, au départ, une politique globale qui permettrait
d'orienter chacun des gestes qu'on veut poser.
M. LE PRESIDENT: Le député de Lafontaine a-t-il
terminé son intervention?
M. LEGER: Oui.
M. LE PRESIDENT: Est-ce que d'autres membres de la commission
parlementaire désireraient faire certaines réflexions ou poser
certaines questions au représentant de Lafontaine?
M. L'ALLIER: Peut-être tout à l'heure.
M. LE PRESIDENT: L'honorable député de Chicoutimi.
M.TREMBLAY (Chicoutimi): M. le Président, disons que le travail
présenté par le député de Lafontaine aurait eu
probablement 60 points sur 100 à l'université où
j'enseigne. C'est un bon travail. Il y a toutefois des lieux communs. Toute la
partie pour une politique globale des communications, la première page,
la deuxième, la troisième, la quatrième, la
cinquième, la sixième, sont des reprises de ce que nous avons dit
et proclamé depuis des années.
Il y a un problème de base, c'est la question de la
compétence constitutionnelle, le député l'évoque de
façon assez précise. Evidemment ce n'est pas du neuf, c'est du
réchauffé et il reprend exactement les propos que j'avais tenus
lors de l'étude en deuxième lecture de ce projet de loi, et le
ministre en est témoin, c'est ce que je lui ai demandé à
ce moment-là.
Il y a des suggestions intéressantes en ce qui concerne certains
mécanismes qu'il faudrait mettre en place pour permettre une meilleure
information du citoyen québécois sur les questions du
Québec, sur un réaménagement de la programmation des
stations actuelles, sur une surveillance de la qualité de
l'environnement, nous l'avons dit ce matin, le député le reprend
en ses propres mots. Le député a insisté sur la question
de la téléphonie, il a parlé à ce propos de
nationalisation éventuelle d'une partie de la société
Bell; j'aurais bien voulu qu'il nous apportât, toutefois, des documents
précis, à la fois de caractère juridique et financier, sur
cette entreprise de nationalisation d'une partie de la société
Bell.
En ce qui concerne la téléinformatique, je pense que le
travail du député est déjà dépassé
par les événements puisque cela existe en divers secteurs et que
le premier ministre, je ne parle pas du chef de l'Etat mais le premier des
ministres qui ait mis en marche ces programmes a été le ministre
de l'Education, M. Cardinal, et le ministre des Affaires culturelles, puisque
c'est nous qui avons créé la banque de mots, d'abord pour
permettre une diffusion rapide de tous les instruments nécessaires
à l'amélioration de la langue française. Il s'agit de
poursuivre sur cette lancée et de presser le gouvernement d'assumer dans
ce domaine des responsabilités, qui sont pour l'instant compromises en
raison d'un conflit constitutionnel majeur qui n'est pas encore
réglé et sur lequel nous avons insisté abondamment lors de
l'étude des trois projets de loi en deuxième lecture.
Je retrouve à la page 9 une suggestion d'une agence de presse
québécoise qui avait été faite il y a
déjà plusieurs années alors que M. Johnson était
chef de l'Opposition, suggestion qui lui a valu, de la part de M. René
Lévesque, entre autres, une accusation de bâillon et de dictature
à l'endroit de la presse.
M. le Président, j'estime que c'est un devoir intéressant
et qui exigera, des professeurs compétents, une analyse en
profondeur.
M. LE PRESIDENT: L'honorable député de Taillon.
M. LEDUC: M. le Président, je dois dire que personnellement je
suis déçu de ce document, c'est du réchauffé, on a
cru probablement, au Parti québécois, à un certain moment,
faire quelque chose, un geste d'éclat en présentant un
document.
Il n'y a absolument rien dans ce document qui soit vraiment neuf. Sur
les grands principes de base, je pense bien, tout le monde est d'accord, que
ça vienne du Parti québécois ou d'un autre parti. Depuis
plusieurs années, on discute des communications à
l'intérieur du Québec; depuis plusieurs années on parle
d'agences de presse, de téléinformatique, il y a de ces
éléments qui sont déjà en voie de
réalisation, qui ont été commencés il y a quelques
années. Mais ce qui me surprend, c'est que dans tout ce brassage on
n'ait pas eu au moins la décence j'emploie le mot
"décence", parce qu'il n'y en a pas d'autres qui me viennent à
l'idée, peut-être est-il un peut fort de penser à ce
que coûterait tout ça. Avons-nous les moyens de se le payer?
Nationaliser une partie de Bell Canada, un réseau parallèle de
Radio-Québec, qui contrôlera l'information à
Radio-Québec? Je vous jure que si le gouvernement provincial dont je
ferais partie décidait de mettre en oeuvre un réseau d'Etat et
que je fusse du groupe ministériel, j'aurais donc à rendre compte
de la mise en oeuvre de la radio d'Etat, j'aurais l'intention d'y mettre mon
nez, et si c'est le Parti québécois, ce serait la même
chose. Alors, où est l'information libre à ce
moment-là?
Ne sommes-nous pas beaucoup mieux servis par l'entreprise privée,
quitte à lui donner une
certaine réglementation, quitte à collaborer avec elle,
mais quand même laisser l'entreprise privée travailler?
M. LEGER: Si le député me permet une question, je pense
que nous ne sommes pas sur la même longueur d'ondes actuellement.
M. LEDUC: C'est possible.
M. LEGER: Je n'ai pas dit qu'il ne devrait pas y avoir de réseau
privé, je parle d'un réseau d'Etat québécois, comme
le réseau d'Etat canadien, Radio-Canada, ce serait Radio-Québec
d'Etat qui serait non seulement un producteur mais un diffuseur.
M. LEDUC: ... avoir un réseau parallèle, j'ai
employé le mot "parallèle"...
M. LEGER: C'est parce que c'est...
M. LEDUC: ... j'ai dit Radio-Québec avec les institutions
privées. Nous avons de la difficulté à nous financer comme
nous sommes actuellement, pourquoi investir des millions dans une autre chose
quand, en travaillant avec l'industrie privée, à un coût
beaucoup moindre, nous pouvons peut-être atteindre les mêmes
objectifs?
C'est facile de rêver en couleur. Vous me faisiez penser aux
cigarettes Belvédère que l'on fume en couleur. Je voyais que le
député de Lafontaine rêvait en couleur. Pourquoi aller au
point de dire quelles émissions l'auditoire va regarder? Je regrette,
mais quand bien même le tabac que fume le député
actuellement a 10 p.c. plus de nicotine qu'un autre, si ça plaît
au député de fumer celui-là, il va s'arranger pour le
fumer. Il faut quand même respecter l'individu et la liberté de
l'individu.
M. LEGER: Si le député me permet une clarification. Je
pense qu'il y a un aspect que n'a pas compris le député dans ce
que j'ai dit. Je n'ai pas dit qu'il fallait dire aux gens ce qu'ils doivent
voir, je pense qu'actuellement c'est plutôt le cas, alors que les gens
n'ont que le choix de prendre ce qu'on leur donne. A l'intérieur de la
télévision par câble, il y aurait possibilité
d'avoir 80 postes différents qui, s'il y avait une politique globale des
communications, permettrait, par magnétoscope ou autrement, d'avoir un
poste qui aurait uniquement de la musique, un autre poste, des émissions
éducatives, un autre poste, des émissions sportives. Les gens
auraient alors un choix, parce que l'Etat verrait à leur donner toutes
ces possibilités-là. Il y aurait réellement un choix.
Actuellement, les gens, devant leur télévision, sont pris devant
quoi? Je suis allé à Sept-Iles et à Baie-Comeau
avant-hier, et j'avais deux postes de télévision, le poste
anglais et le poste français. Pour 75 p.c. de la population francophone,
il y avait un poste anglais et un poste français.
J'étais pris à écouter l'émission qu'on me
donnait là. Je n'avais pas d'autre choix. On a mis des émissions
qui étaient rentables, à ce moment-là. On a pris une
émission qui plairait au plus grand nombre de personnes possible et qui
rapporte de l'argent. J'étais pris pour avoir un navet, parce que,
souvent, les gens aiment mieux se divertir. Est-ce qu'on n'a pas une
responsabilité sociale?
M. LEDUC: C'était peut-être un navet au sens du
député de Lafontaine, mais ce n'était peut-être pas
un navet au sens de la majorité des gens. Le député de
Lafontaine connaît sûrement ce qu'on appelle, des "ratings", des
cotes d'écoute. La programmation à l'intérieur des postes
de radio ou de télévision commence à l'automne et dure
jusqu'au printemps. Qu'il suive la programmation d'automne, et qu'il regarde la
programmation au mois de mai; il va s'apercevoir qu'en moyenne 20 p.c. des
émissions disparaissent parce que, justement, ça ne plaît
pas à la population et la population s'exprime par des "ratings", la
même chose à la radio.
M. LEGER: Quand on sait que la moyenne d'âge d'une population est
de 13 ans, à ce moment-là on donne des émissions pour un
niveau de 13 ans. Est-ce qu'on n'a pas la responsabilité de donner
à une population la qualité éducative...
M. LEDUC: Alors, vous vous imaginez qu'avec le câble et puis 80
postes émetteurs vous allez relever la moyenne d'âge des gens! Ces
80 postes vont relever la moyenne des gens? Ne commencez pas à essayer
de relever la moyenne des gens par la télévision. Commencez donc
à la base qui est ailleurs, qui est beaucoup plus ailleurs.
Tantôt, vous avez fait un commentaire, disant que si, à un moment
donné il y a un problème majeur qui éclate quelque part,
la population et le gouvernement n'en sont pas informés. Citez-moi un
problème majeur qui a éclaté dans la province de
Québec sans que la population et le gouvernement soient au courant. Je
ne parle pas d'un problème qu'il peut y avoir dans la paroisse de
Saint-Clin-Clin ; ce n'est pas un problème majeur. Mais un
problème qui touche toute la population du Québec, citez-m'en un,
parce qu'à cause du câble qui existe actuellement, à cause
de la radio d'aujourd'hui, à cause des journaux, puis à cause de
la télévision, je doute fort que les gens n'aient pas
été conscients de ce qui s'en venait. Citez-m'en un cas.
M. LEGER: Je peux vous en donner des centaines.
M.TREMBLAY (Chicoutimi): Je vais vous en citer un, moi. Le cas de Pierre
Vallières dont nous avons entendu parler abondamment hier, cet
éminent membre du Parti québécois. Le
problème majeur de cette affiliation, de cette inféodation
d'un tortionnaire de Pierre Laporte et qui, hier soir, a eu quand même
une cote d'écoute assez invraisemblable. C'est un problème
majeur, nous l'avons tous appris.
M. LACROIX: A la maison mère des séparatistes,
Radio-Canada.
M. LEGER: De toute façon, je pense qu'on sort du sujet, tout
simplement.
M. LEDUC: On ne sort pas du sujet. Si vous parlez sur une question
globale, on va parler d'une question globale.
M. LEGER: Je peux vous donner une centaine de problèmes où
le gouvernement doit aller éteindre les feux à mesure qu'ils
s'allument.
M. LEDUC: Vous partez de prémisses qui sont fausses pour faire
des situations globales. Il faut tout de même être réaliste
dans ce bas monde !
M. LEGER: Si vous regardez à la page 3 de mon document...
M. LEDUC: Oui, vous avez un beau dessin!
M. LEGER: ... vous avez un dessin. Pour ceux qui peuvent faire la
différence vous avez un dessin qui montrerait exactement le
problème local. Il y a une information qui peut pénétrer
les media d'information régionaux ou locaux. Vous avez, à ce
moment-là, une prise de conscience communautaire de ces
problèmes-là. Parce que les gens les voient à la
télévision, il y a des heures d'écoute pour ces
problèmes-là. Les gens étaient mis au courant de ce
problème-là. Vous avez, après cela, d'autres groupes de
pression qui apportent leurs solutions. La solution du député de
Taillon, la solution du député de Lafontaine, la solution d'un
autre député et la solution d'un groupe de pression de ces
milieux-là. Tout cela mis ensemble amène, devant cette prise de
position, des commencements de solution globale et des mécanismes
publics qui entrent en ligne de compte pour essayer de touver des solutions
à cela. Vous avez, après cela, la solution. Cela peut se
régler par décret ou par des lois particulières. On
revient à l'information et les gens sont informés maintenant que
tout le problème est réglé. Un exemple: j'essayais de
trouver le nom de la ville, tantôt, où dix familles suivaient, au
point de vue de la pollution, la compagnie LaSalle qui avait eu la permission
de jeter ses déchets dans l'huile. Comment cela a-t-il pris de temps
à régler le problème? Cela a pris beaucoup de temps.
Mais si on avait ces renseignements de partout, si on parlait de
pollution un peu partout, et que tout à coup on trouve une solution
globale au problème, on ne dirait pas à une petite ville: Eh
bien, ayez un budget pour le problème de l'environnement. Elle n'en a
pas les moyens. Mais c'est un problème global provenant des situations
locales. Toutes ces choses-là permettraient, à l'intérieur
d'un réseau, une interpénétration de toutes les parties du
Québec parce qu'elles auraient la possibilité... Je sais que
c'est un plan global et que c'est très loin du terre à terre du
député de Taillon. Mais cela n'empêche pas qu'il faut
partir, et toute réalisation a commencé par un rêve. Je
suis certain que ceci n'est pas un rêve; c'est une amorce de solution par
une politique globale des communications. Avec une politique comme celle-ci, on
peut après cela amener des solutions par des projets de loi
appropriés et non pas apporter des petits projets de loi, un
derrière l'autre, comme on le voit au ministère des Affaires
municipales. Un petit projet de loi ici, un petit projet de loi là. On
ne règle pas le problème dans l'ensemble.
C'est donc un outil de travail, et pour ceux qui voudront s'en servir.
Je vous dis d'abord qu'il y a certainement des choses valables dans la
philosophie s'il y en a une actuellement du Parti libéral.
Je pense que c'est une participation positive à la commission
parlementaire et je suis convaincu que l'attitude que le député
de Taillon a, cette agressivité devant ce projet de loi, cela doit lui
faire mal, mais d'un autre côté, je pense qu'à la longue il
va trouver qu'il y a des solutions valables s'il a le moindrement
intérêt à faire progresser le Québec.
M. LEDUC: Je n'ai aucun doute là-dessus, M. le Président.
La seule chose qui me fait mal, ce sont les omissions qu'il y a dans cette
politique globale...
M. LEGER: Je ne suis pas au gouvernement pour tout régler.
M. LEDUC: ... des communications, pour la simple et bonne raison qu'il
est fort possible qu'une personne ne puisse pas écouter
Radio-Québec et pour d'autres raisons, ne puisse pas regarder un des 80
canaux qu'on a sur le câble. A ce moment-là, que va-t-elle faire
cette personne, parce qu'on a oublié d'avoir un magazine d'Etat?
Peut-être faudrait-il faire cela aussi. Il faudrait peut-être
compléter, parce que la documentation que l'on voit à la
télévision, on l'oublie. Il faudrait peut-être avoir un
document écrit, il faudrait peut-être avoir aussi un journal dans
tout ce beau rêve, dans toute cette belle politique globale, je suis pour
ces grands rêves et ces politiques globales. Je suis aussi pour ce qui va
arriver le mois prochain, dans trois ans et dans quatre ans au point de vue
pratique avec les sommes dont on dispose. Mon objectif majeur, c'est: Essayons
de travailler avec l'entreprise privée, collaborons avec l'entreprise
privée, et l'argent dont dispose l'Etat, qu'on s'en serve pour des
choses qui sont plus valables, dans des domaines où il est essentiel
que l'entreprise d'Etat se trouve mais non pas dans un domaine où
l'entreprise privée peut bien faire, même si officiellement,
d'après ce que le député de Lafontaine dit, les nouvelles
locales sont mal servies localement. Bien, je défie le
député de Lafontaine d'aller dans des régions comme
Rivière-du-Loup, Sherbrooke, Trois-Rivières, Sept-Iles...
M. TREMBLAY (Chicoutimi): Chicoutimi.
M. LEDUC: ... et Chicoutimi. Il va s'apercevoir que les populations
locales sont fichument bien desservies. L'avantage que ces postes de
télévision ont, c'est qu'ils donnent un service communautaire
plus évident que celui qu'on retrouve à Montréal et
à Québec parce que ce sont des agglomérations urbaines
considérables et il n'est pas possible d'y donner le même service
que dans les petits centres. Si vous allez dans les postes privés des
petits centres, vous allez vous apercevoir que, dans la programmation, il y a
des programmes locaux où, justement, il y a des discussions entre partis
politiques ou entre groupes de citoyens au sujet de leurs problèmes
locaux. Servons-nous de ça avant d'investir de l'argent dans un domaine
qui, en fait, ne doit pas être le nôtre par des investissements
majeurs. Qu'on réglemente, qu'on collabore, qu'on aide
financièrement, d'accord. Mais qu'on ne rêve pas en couleur.
M. LEGER: II est sûr que l'entreprise privée, si elle
pouvait s'insérer dans des préoccupations sociales, ce serait
l'idéal. Alors, c'est l'équilibre entre le profit immédiat
et sa responsabilité sociale. Quand on aura trouvé cet
équilibre-là, il n'y aura aucun problème. Mais il n'est
pas trouvé encore.
M. TREMBLAY (Chicoutimi): Le député de Lafontaine me
permettrait-il deux questions pour éclairer son document dont j'ai dit
qu'il était intéressant et qu'il était la reprise de toute
une série de propositions que nous avons faites ici et à la
commission de la liberté de la presse?
Quand le député dit que l'entreprise privée doit
avoir des préoccupations sociales, est-ce qu'il prétend que
l'entreprise privée n'a jamais eu ou n'a pas de préoccupations
sociales?
M. LEGER: Non. Je dirais tout simplement que l'entreprise privée
peut avoir une responsabilité, une préoccupation sociale mais,
quand arrive un conflit entre les deux priorités, ce n'est pas la
préoccupation sociale qui primera, ce sera son intérêt
particulier. Cela peut être même au détriment des
problèmes sociaux.
M. TREMBLAY (Chicoutimi): Cela, c'est un postulat. Disons qu'il faudrait
examiner chaque cas, chaque cas étant un cas d'espèce.
La seconde question que je voudrais poser au député est la
suivante: A supposer qu'on crée un réseau de radio d'Etat au
Québec, Radio-
Québec, et qu'on l'organise selon le schème que
présente le travail du député, qui n'est pas le sien
d'ailleurs, le député exigerait-il du gouvernement que celui-ci
interdise l'entrée des émissions des stations
étrangères je parle des stations canadiennes et des
stations des Etats-Unis dans ses termes à lui, dans son optique
à lui d'un séparatisme brutal?
M. LEGER: Absolument pas. Je pense que le Québécois doit
être ouvert au monde mais qu'il ne doit pas, tout simplement, être
uniquement alimenté par des programmes étrangers. Ses
préoccupations sont beaucoup plus du côté
québécois, d'abord, mais on doit lui donner l'occasion d'avoir
des renseignements, des nouvelles et une possibilité de s'ouvrir aux
préoccupations canadiennes, américaines, européennes et de
l'étranger.
M. TREMBLAY (Chicoutimi): Ce n'est pas le sens de ma question.
M. LEGER: On n'a pas à empêcher les entreprises
étrangères de venir. Je n'ai pas d'objection à cela.
M. TREMBLAY (Chicoutimi): Je suis d'accord avec vous qu'aucun pays ne
peut se couper du reste du monde.
M. LEGER: C'est cela.
M. TREMBLAY (Chicoutimi): La question que je pose est la suivante: Le
député exigerait-il du gouvernement qu'aucune station de
télévision située en dehors du territoire
québécois ne puisse faire passer ses émissions sur notre
territoire?
Par exemple, nous avons le câble ici, à Québec. Il y
a diverses chaînes. On peut prendre Burlington, Mont Washington, etc.,
etc. Pensez-vous que le gouvernement peut empêcher qu'on capte les
émissions de ces stations?
M. LEGER: Je ne vois pas pourquoi on empêcherait ces
émissions de passer. Il faut que les gens puissent choisir ce qu'ils
veulent. Qu'ils aient les moyens de recevoir ces émissions, je n'ai pas
d'objection à cela. Je trouve que c'est normal. Mais qu'on leur donne
l'occasion d'avoir surtout quelque chose du Québec.
M. TREMBLAY (Chicoutimi): Justement, au sujet de ce contenu
québécois, moi je vis dans une région où il y a
quand même deux stations de télévision: CKRS, de
Jonquière, qui est affiliée à Radio-Canada, et CJPM, de
Chicoutimi, qui est une station privée. Remarquez que nous sommes chez
nous passablement bien équipés du point de vue des stations de
radio et de télévision. Le député a-t-il
déjà eu l'occasion de mesurer l'importance de la nouvelle
régionale diffusée ou télédiffusée par ces
stations? Nous sommes saturés, à ces stations de
télévi-
sion privées, par des émissions, des commentaires, des
nouvelles de toutes sortes. Le moindre chien écrasé fait l'objet
d'une nouvelle.
On y passe, évidemment, les plus gros chiens comme les plus
petits mais tout est sujet à nouvelle. Est-ce que le
député a étudié la situation dans une région
déterminée? Ensuite, est-ce que le député a fait un
examen scientifique, enfin dans la mesure où il a eu le temps de le
faire avec ses collaborateurs? Est-ce qu'il a examiné le problème
que représenterait, disons sur une période de trois ans, le
coût d'installation de tous ces moyens techniques matériels pour
atteindre l'objectif dont il parle? Tout le monde est pour la vertu et les
principes qui sont émis là sont des lieux communs, mais est-ce
que, financièrement, il est capable de nous donner des chiffres, des
données qui nous renseigneraient sur ce qu'il en coûterait au
contribuable québécois pour atteindre l'objectif qu'il
préconise?
M. LEGER: II y a deux questions dans l'intervention du
député de Chicoutimi. Je pense, en revenant à la
première question que vous présentiez, en parlant des "comment
empêcher d'être abruti par le style de nouvelles de gros chiens
écrasés, de petits chiens écrasés chez lui", que,
dans le document on parle, à un moment donné, d'une participation
locale...
M. TREMBLAY (Chicoutimi): Un instant, si vous me permettez, je...
M. LEGER: ... non seulement au contenu, mais une participation locale
aussi comme...
M. TREMBLAY (Chicoutimi): ... vais faire une petite
précision.
M. LEGER: ... privée, comme propriété
privée...
M. TREMBLAY (Chicoutimi): Me permettez-vous de faire une petite
précision?
M. LEGER: ... dans la "communautarisa-tion".
M. TREMBLAY (Chicoutimi): Je ne parle pas d'abrutissement, je n'ai pas
parlé d'abrutissement. Je vous ai dit que, chez nous, par les stations
que nous avons, il y a pléthore d'informations locales, sur tous les
sujets.
M. LEGER: C'est une question de jugement.
M. TREMBLAY (Chicoutimi): Je n'en ai pas conclu que ça pouvait
abrutir les gens. Mais en ce qui concerne ce qui se passe chez nous, je sais,
heure par heure et même minute par minute, qu'il y a eu un accident au
coin de la rue, qu'un groupe de syndiqués se sont réunis à
tel endroit et ainsi de suite. Mais je n'ai pas parlé d'abrutissement
à cause de cela.
M. LEGER: C'est sûr que les personnes qui ne veulent pas entendre
ces nouvelles auraient un choix, si elles pouvaient avoir plusieurs autres
canaux, mais elles sont prises avec un ou deux canaux et doivent prendre ce
qu'on leur donne.
Tout à l'heure, je disais un style de "commu-nautarisation" de
ces entreprises de façon qu'elles puissent participer à la
programmation, déterminer quels sont les désirs locaux
là-dedans. Ce serait une solution.
Dans la deuxième question, vous parlez du coût
d'installation. C'est sûr que nous n'avons pas, nous autres, les moyens
financiers d'avoir un service de recherche allant jusqu'à l'installation
même de cela. Je sais, par exemple, que le gouvernement a
déjà les plans d'un réseau complet de câbles au
Québec, par relais microondes et que les coûts sont très
faciles et très assimilables dans les coffrets de l'Etat. Je suis
assuré que c'est une chose qui peut se faire à un coût bien
acceptable. J'aurais quelques chiffres mais je n'ose pas les avancer parce que
je n'ai pas de preuve derrière ces chiffres, mais ce sont des
coûts de quelques millions.
Je pense que, si le gouvernement avait les coudées franches et si
notre ministre avait les possibilités de ses ambitions, il pourrait le
réaliser très bien, s'il était épaulé de
toutes parts autant dans son cabinet que par les gens qui l'entourent.
M. LE PRESIDENT: L'honorable député de Frontenac.
M. LATULIPPE: J'aimerais souligner que, évidemment, nous pouvons
souscrire au principe qui anime le mémoire qui nous a été
présenté parce que, au fond, c'est un régime
étatique que...
M. LEGER: II ne faut pas confondre. Je pense que Radio-Québec
serait la radio d'Etat, le reste n'est pas l'étatisation de
l'information. Il ne faut pas mélanger ça.
M. LATULIPPE: Non, mais quand on regarde un peu, en page 3, la
description de votre schéma, on en arrive à conclure que c'est
presque de la motivation de masse que vous voulez faire en plus d'assumer un
contrôle politique sur la conscience puis la pensée des gens, pour
finalement les rendre plus assujettis à toutes les situations qui
peuvent exister.
Moi, personnellement, je trouve certainement un grand mérite
à vos idées, mais il reste que je trouve que ça va...
M. LEDUC: Ce ne sont pas les siennes, c'est un ramassis d'idées
de tout le monde.
M. LATULIPPE: Je trouve qu'il y a des concrétisations...
M. LEGER: Je crois que c'était le résumé
des trois discours que j'ai faits en Chambre avec des
idées...
M. LE PRESIDENT: La parole est au député de Frontenac.
M.TREMBLAY (Chicoutimi): M. le Président, j'invoque le
règlement. Sauf certaines thèses séparatistes, genre FLQ
là, ce qui se trouve dans le document, c'est le résumé de
trois interventions que j'ai faites en Chambre et qui avaient été
alors reprises par le député de Lafontaine, à partir des
notes que j'avais moi-même utilisées et qu'il avait
subtilisées, je ne sais de quelle façon.
M. LEGER: Mais étant donné que le député de
Chicoutimi ne semble pas trouver grand-chose de bon dans mon intervention, je
ne vois pas...
M. TREMBLAY (Chicoutimi): Au contraire, je vous ai dit que
c'étaient...
M. LEDUC: C'est un ramassis d'idées qui n'étaient pas les
vôtres.
M. TREMBLAY (Chicoutimi): ... des choses que nous avions dites et
redites. Je vous ai dit, M. le Président,...
M. LEGER: C'est une autocritique comme ça.
M. TREMBLAY (Chicoutimi): J'ai dit au député de Lafontaine
que nous l'avions dit, redit et redit, que c'était du
réchauffé, qu'il y avait d'excellents éléments, que
tout le problème était de voir comment, financièrement,
mécaniquement ça pouvait fonctionner et que nous avions
déjà pris une série d'initiatives qui nous laissent croire
que l'on en viendra à cet idéal que préconise le document
du Parti québécois, qui, je le répète, n'a rien
d'inédit, absolument rien d'inédit.
M. LATULIPPE: Alors en page 3 j'aimerais...
M. TREMBLAY (Chicoutimi): Même, je donnerai 60 p.c. au
député de Lafontaine pour son devoir.
M. LE PRESIDENT: La parole est au député de Frontenac.
M. LATULIPPE: En page 5 j'aimerais quand même soulever qu'il y a
une certaine contradiction quand on lit: "car l'abondance des ressources est
une sorte de garantie indirecte de la liberté d'information, mais pour
autant les postes privés doivent être astreints aux grands
impératifs sociaux et culturels".
J'avoue que je détache ça du texte, mais il reste quand
même que peut-être il manque un peu de recherche en profondeur, je
trouve qu'il y a des contradictions dans...
M. LEGER: C'est entre la page 3 et la page 5?
Je dois dire quand même que le dessin de la page 3 amène
exactement une conclusion contraire à celle que le député
vient de sortir.
M. LATULIPPE : Page 5.
M. LEGER: Oui, mais ce que vous venez de dire là pourrait
influencer; c'est une façon de permettre à une population de
participer, à l'intérieur d'un réseau, à tous
les...
M. LATULIPPE: Du conseil d'Etat.
M. LEGER: Bien non, c'est une population qui participe. Si une
information est donnée sur un problème local à la
télévision, dans les journaux, à la radio, ça
permet aux gens d'une région d'être conscients de certains
problèmes; ils ont alors une réaction. Ce n'est pas imposer. Ils
viennent dire s'ils sont d'accord ou non. Chacun apporte sa solution, son
hypothèse, et de ces hypothèses-là il ressort quelques
solutions collectives qui peuvent être élaborées davantage,
et vous avez du côté droit, là, des réactions, des
"feed back" de la population qui dit si elle est d'accord ou non
là-dessus. C'est une participation et absolument pas un contrôle
de l'information ou un conditionnement d'une population.
Je pense que vous arrivez avec une conclusion exactement à
l'opposé de la conclusion de ce schéma-là.
M. LE PRESIDENT: Espérons que le député de
Frontenac pourra terminer son intervention.
M. LATULIPPE: Peut-être que j'interprète mal, je me
contentais de lire vos deux phrases en page 5 qui sont contradictoires, qui
viennent contredire, d'après moi, les propos que vous venez de soutenir.
J'aimerais également vous poser une question. Vous insistez beaucoup sur
la participation des coopératives et d'associations communautaires.
Mais je me demande pourquoi les caisses populaires n'ont pas
participé avec la Caisse de dépôt aux dernières
acquisitions dans le domaine de la câblodiffusion. Encore là, ce
n'est pas acquis d'avance que la participation va se faire dans le sens que
vous voulez l'avoir. De toute façon, j'estime que c'est toujours le
consommateur...
M. LEGER: II faudrait rajeunir les cadres des caisses populaires pour
qu'elles aient des idées de participation.
M. LATULIPPE: Peut-être est-ce aussi à cause
d'expériences passées qui ont été néfastes
qu'elles ne veulent plus se retremper dans les impératifs d'Etat. Les
impératifs d'Etat sont souvent inconciliables avec les principaux motifs
qui animent l'entreprise privée, soit le profit.
Malgré les profits, j'estime que l'entreprise privée donne
toujours de meilleurs services. Même dans le domaine de la
câblodiffusion en particulier, j'estime que l'Etat ne peut pas faire
mieux à des coûts inférieurs ou même à des
coûts égaux. C'est une opinion personnelle. Je sais fort bien, par
contre, que d'autres personnes pourront développer des thèmes
plus en profondeur que je ne pourrais le faire, parce que je ne suis pas un
professionnel en matière de communication.
Je me permettrai de souligner en dernier ressort qu'une politique
complètement intégrée dans le domaine des communications,
même au niveau des câbles coaxiaux et autres techniques très
avancées, font partie des rêves et des ambitions humaines qui ne
sont pas à la portée des Québécois actuellement. Je
ne vois pas pour demain l'usage très répandu des systèmes
coaxiaux parce que, d'une façon ou d'une autre, c'est trop
dispendieux.
M. Girard me soulignait qu'aux Etats-Unis une étude avait
été faite pour répandre cette technique-là. Aux
Etats-Unis, cela aurait coûté à peu près $400
milliards pour la répandre par tout le territoire. Le système
coaxial est le plus perfectionné actuellement qui permet une utilisation
très poussée des techniques de communication et je ne crois pas
que ce soit à la portée de la bourse des Québécois
actuellement.
J'aimerais également souligner que, dans le problème qui
nous occupe, il y a un danger très marqué. Le débat
risque, à un moment donné, de glisser dans un problème
constitutionnel et cela ne pourrait faire autrement que de profiter à un
certain bloc politique. J'invite le ministre à beaucoup de prudence dans
sa réglementation et je souscris aux propos qu'avait tenus l'honorable
député de Missisquoi lorsqu'il disait qu'il espérait que
les règlements soient soumis avant et que les lois entreraient en
vigueur le jour de la proclamation.
M. TREMBLAY (Chicoutimi): II y a une chose que le député a
dite et que je relève. Il a parlé des problèmes
constitutionnels. Il est bien évident que, dans le cas de la
radiodiffusion, de la télédiffusion et de la
câblodiffusion, il y a un problème constitutionnel. Les
législateurs ne peuvent quand même pas essayer de l'éluder.
On ne peut pas passer à côté, il y en a un. Le ministre
lui-même l'a posé de façon publique, il en a reparlé
dans son livre vert et nous en avons discuté à maintes reprises.
On ne peut pas éluder cette question; elle est là, la cause est
pendante et on fait tous les efforts pour essayer de résoudre ce
problème.
Ce n'est pas un vain exercice que de parler du problème
constitutionnel puisqu'il se pose réellement et qu'il se pose depuis
longtemps.
M. LATULIPPE: J'aimerais quand même souligner qu'il ne faudrait
tout de même pas que le problème constitutionnel se joue
parce que la câblodiffusion sera à l'avant-garde de la
réglementation entièrement sur le dos d'un type
d'entreprise qui, actuellement, est fortement québécoise.
M. TREMBLAY (Chicoutimi): Oui, j'entends bien...
M. LATULIPPE: C'est un risque important.
M. TREMBLAY (Chicoutimi): ... votre objection mais j'ai eu l'occasion,
à une séance antérieure, d'interroger les
représentants de l'Association canadienne des radiodiffuseurs et
télédiffuseurs de langue française qui nous avaient fait
une observation analogue à celle que vous venez de faire.
Je leur ai posé la question suivante: Admettez-vous qu'il y a un
problème constitutionnel? Ils ont dit oui, parce qu'ils nous avaient dit
que la question constitutionnelle ne devait pas se régler sur leur dos.
Je suis bien d'accord. Il faut quand même obtenir de ces gens-là
une collaboration et les inviter à nous dire s'ils sont prêts
à marcher derrière le gouvernement du Québec dans la
campagne efficace et positive qu'il doit mener pour obtenir des droits que nous
n'avons pas encore dans un domaine aussi stratégique que celui de la
radio, de la télévision, de la câblodiffusion, etc. Il ne
s'agit pas de faire la guerre sur le dos d'un organisme ou d'un groupe
d'investisseurs plutôt que sur un autre. Il faut quand même
demander à ces gens-là de s'associer à la
collectivité québécoise en un effort pour régler un
problème à l'avantage de la collectivité
québécoise. Par conséquent, on ne peut pas éluder
le problème constitutionnel mais on doit inciter, dans le mesure
où ils peuvent le faire, les gens qui sont des radiodiffuseurs,
télédiffuseurs ou propriétaires d'antennes ou de
câbles et qui oeuvrent dans le domaine privé à travailler
avec nous à régler ce problème, sans pour autant mettre en
péril leurs entreprises.
M. LATULIPPE: Je souscris entièrement à ces propos; le
meilleur moyen de le faire serait de les amener à participer à la
réglementation et de leur faire approuver en commission parlementaire ou
d'une autre façon la réglementation qui sera
présentée par le ministre éventuellement.
M. LEGER: On va demander au CRTC de nous aider.
M. LE PRESIDENT: La parole est à l'honorable ministre des
Communications.
M. TREMBLAY (Chicoutimi): Informez-nous.
M. L'ALLIER: Cela serait de l'intervention de l'Etat dans
l'information.
UNE VOIX: Dirigisme.
M. L'ALLIER: J'ai entendu la présentation
qui a été faite par le député de Lafontaine
de son document. J'ai également entendu les commentaires qui ont
été faits. Je ne voudrais pas entrer dans une longue discussion
qui remet en cause tout le secteur des communications. Je veux noter en
aparté ici avec une certaine satisfaction que le député de
Lafontaine s'est rendu compte que ce n'est pas facile de défendre un
document quand on a la présomption de l'appeler politique globale des
communications. J'en sais quelque chose.
M. TREMBLAY (Chicoutimi): Une chose que j'ai remarquée, si le
ministre me le permet, c'est que le député de Lafontaine n'a pas
cité cette fois-ci l'éditorialiste Laurent Laplante sans le dire
comme il l'avait dans son discours.
M. LEGER: C'est la partie que j'avais peut-être eu le malheur de
dire après vous, parce que vous parlez avant nous, mais c'était
le même document que moi que vous aviez.
M. TREMBLAY (Chicoutimi): Evidemment, c'était une question de
langue.
M. L'ALLIER: Je voudrais quand même faire un bref commentaire sur
ce texte. Il s'agit, quant à moi, d'un document que j'attendais depuis
un certain temps parce qu'il avait été annoncé à
quelques reprises en Chambre et dans la mesure où...
M. TREMBLAY (Chicoutimi): On en a eu la primeur à Chicoutimi.
M. L'ALLIER: Ah! Je n'étais pas à Chicoutimi. Donc, pour
moi, c'est une primeur cet après-midi. Dans la mesure où
c'était...
M. TREMBLAY (Chicoutimi): Non, pardon, dans un salon-bar.
M. L'ALLIER: ... pour moi un document attendu, je ne peux pas cacher une
certaine déception sur le fait qu'il comporte effectivement beaucoup de
généralités. En fait, je ne pourrais que suggérer
au député de Lafontaine, s'il en a le temps, de relire son
document de travail et de relire également celui que nous avons
publié: Pour une politique québécoise des
communications.
Faisons abstraction de la prémisse de départ dans le
document de travail qui vient d'être présenté et qui est
à l'effet que cette politique ne peut se réaliser telle que
présentée que dans l'hypothèse d'un Etat
indépendant, prémisse qui pourrait donner lieu à un
débat sans fin et qui se continue, et attachons-nous aux autres
éléments de cette politique de communication. En fait, le
député de Lafontaine, dans son document, insiste sur la
nécessité pour les citoyens d'être mieux
renseignés.
Tous les partis à l'Assemblée nationale souscrivent
à cet objectif. Il insiste sur l'importance des communications comme
moyen de consul- tation, de participation et éventuellement de prise de
décision au niveau de l'administration, au niveau des gouvernements.
La-dessus, aussi, tous les partis à l'Assemblée nationale se sont
montrés d'accord. Dans le document de travail, nous avons insisté
énormément sur le fait qu'il ne pouvait y avoir de
véritable consultation s'il n'y avait pas d'abord une bonne information
des faits. Nous avons d'ailleurs tenté et nous tentons encore de rendre
disponible cette information, que ce soit par l'amélioration de
l'ensemble des publications gouvernementales ou par l'amélioration des
services régionaux du gouvernement. Le député a
insisté sur le rôle de l'Etat comme devant servir à
permettre un meilleur accès des citoyens à l'information de base.
Là-dessus, aussi, je crois qu'il y avait consensus à
l'Assemblée nationale au moment de la présentation des projets de
loi.
Il a souligné le fait qu'il fallait non seulement permettre aux
citoyens d'avoir accès à l'information mais qu'il fallait leur
donner accès aux moyens de communication. Je lui demande de relire le
texte que j'avais prononcé sur le câble au moment d'annoncer la
position du gouvernement sur la câblodistribution et je lui souligne que
c'est un des principaux éléments de ce texte.
En fait, le document présenté maintenant par le
député de Lafontaine essaie peut-être, comme toutes les
politiques de communication que tous les partis pourraient concevoir et vouloir
réaliser, de faire ce qu'on appelle la quadrature du cercle. En d'autres
mots, fournir aux citoyens et à l'Etat les meilleurs moyens de
communication possible en vue d'une meilleure gestion, d'un meilleur
gouvernement et d'une meilleure participation des citoyens tout en
prévenant toute forme d'intervention de l'Etat. Peut-on arriver à
faire ça? Vous vous souvenez, M. le Président, que le
député de Lafontaine est un de ceux qui, en Chambre, ont
été très vifs dans leurs accusations d'intervention de
l'Etat dans le domaine des communications sous prétexte que l'Etat
s'arrogeait des pouvoirs, etc.
M. LEGER: Dans le contenu pas dans les moyens. Il y a une nuance.
M. L'ALLIER: ... par voie de réglementation. En fait, vous
relirez là-dessus les auteurs à la mode, dont McLuhan, et vous
verrez qu'entre contenu et contenant les différences s'amenuisent de
plus en plus.
M.TREMBLAY (Chicoutimi): Oui, quand on a le volant, on conduit la
machine.
M. L'ALLIER: Comment peut-on en arriver à réaliser la
politique des communications telle qu'elle est préconisée dans
ses très très grandes lignes dans le document du Parti
québécois et en même temps éviter toute forme de
participation ou d'intervention de l'Etat?
D'ailleurs, je ne crois pas que le député
considère qu'il est possible de ménager les deux. A
preuve, à la page 6 de son document, si je me souviens bien, il dit, par
exemple, au sujet des postes privés: "II faut laisser aux postes
privés une marge de manoeuvre suffisante pour permettre leur
développement et il faut prendre les dispositions, via la Régie
des services publics, pour favoriser la participation locale des populations
desservies à la propriété effective des entreprises,
favoriser le droit à la liberté d'expression tout le monde
est d'accord là-dessus sous réserve des lois et
règlements applicables.
C'est gros, cela, comme mode d'intervention de l'Etat: la liberté
d'expression des citoyens doit être sauvegardée sous
réserve des lois et règlements applicables. J'aimerais, à
un moment donné, que l'on me donne une interprétation, dans
l'application effective d'une politique de communication, de ce que sont les
lois et règlements applicables qui permettent à l'Etat
d'intervenir, tout en protégeant la liberté d'expression.
De toute façon, qui est le gardien de cette définition de
la liberté d'expression? Le député a employé
souvent l'expression...
M. LEGER: Juste une nuance, là. M. L'ALLIER: Oui.
M. LEGER: Exactement, c'est qu'il y a une différence, comme vous
le disiez, que s'amenuise entre le contenu et le contenant, comme il y a une
différence entre l'Etat et le gouvernement.
M. L'ALLIER: Absolument.
M. LEGER: Je pense que le contrôle devrait être fait par
l'Etat et non pas par le gouvernement.
M. L'ALLIER: Je vais rappeler, à ce moment-là, au
député de Lafontaine que la définition la plus reconnue de
l'Etat, c'est l'ensemble des citoyens, de même que l'administration des
gouvernements et les corps intermédiaires. En fait, c'est tout ce qui
grouille, grenouille et scribouille sur un territoire donné.
M. TREMBLAY (Chicoutimi): C'est la collectivité politiquement
organisée.
M. L'ALLIER: Alors, l'Etat n'est pas le gouvernement, plus l'Opposition,
à la ligne, paragraphe. L'Etat ce sont les citoyens, l'Opposition, le
système parlementaire, le régime, en fait, dans lequel on vit, le
régime économique, social, culturel et politique. C'est tout
cela, l'Etat.
Donc, prenons cette définition de l'Etat. On pourrait aussi avoir
une discussion là-dessus. M. le Président, le
député de Lafontaine a parlé des citoyens, des gens qui
doivent participer. Je crois que l'on part ici d'une présomption qui est
fausse. On présume qu'il y a, actuellement, au niveau de la masse des
citoyens, une forte sensibilisation à l'utilisation des moyens de
communication comme instruments de participation. Cela n'existe pas.
M. LEGER: C'est à cause de cela.
M. L'ALLIER: Et nous sommes coincés vous l'avez d'ailleurs
souligné, ainsi que le député de Chicoutimi entre,
d'une part, la satisfaction du besoin courant de la masse des citoyens qui sont
le dénominateur commun des cotes d'écoute et, en
conséquence, de ce qui est produit et diffusé et,
deuxièmement, le désir du gouvernement, de l'Etat, si vous
voulez, de voir augmenter le niveau culturel et de protéger le niveau de
culture, d'éducation des citoyens.
Pour ce faire, il faut de l'intervention, Quelle forme prendra-t-elle?
Peut-elle se situer uniquement au niveau des moyens de communication ou
doit-elle aussi se situer au niveau des contenus? Si elle doit se situer au
niveau des contenus, qui sera gardien des contenus, l'Etat s'exprimant, d'une
façon générale, par des corps intermédiaires, bien
sûr, par l'Opposition et aussi, dans le système dans lequel nous
vivons, par le gouvernement élu à la majorité, compte tenu
du système électoral que nous avons et qui pourrait être
modifié éventuellement? Qui doit décider, à un
moment donné? Cette présomption d'une forte sensibilisation des
citoyens, je ne crois pas que l'on puisse la garder et s'en servir pour
bâtir une politique globale des communications immédiatement
réalisable.
Par ailleurs, le document qui nous est présenté maintenant
est probablement l'esquisse d'un document plus poussé qui sera à
venir, je l'espère, et qui sera certainement utile. Quoi qu'il en soit,
s'il demeure dans l'état présent, je ne crois pas que l'on puisse
l'appeler une politique globale des communications du Québec. C'est,
comme l'ont dit d'autres, un document qui est faveur, bien sûr, de la
participation, de l'information et de tout cela, mais qui ne s'arrête pas
aux moyens, qui ne s'arrête pas aux coûts, qui ne s'arrête
pas à un échéancier. Vous me direz que c'est la
responsabilité du gouvernement de déterminer les modalités
de réalisation d'une politique des communications.
Je considère ce document comme fournissant des suggestions
valables qui viennent se superposer, en fait, à celles qui existent
déjà. Je déplore aussi le fait que, dans ce document qui
se veut global, l'on n'ait pas jugé opportun de parler d'une
façon assez soutenue des communications internes à l'Etat, qui
sont, à mon avis, la base de toutes communications valables
réelles vers le citoyen en ce qui concerne l'information
gouvernementale.
On n'a pas parlé, non plus, de la documentation qui se greffe
à cela. On n'a pas parlé de la recherche. On a peu parlé
de l'équipement. On
a parlé des clientèles, des citoyens en se
référant aux citoyens: les gens, le citoyen. Qui est-ce, le
citoyen? Est-ce une majorité donnée sur un territoire
donné? Est-ce que ce sont des groupes professionnels à un moment
donné? Qui est-ce, le citoyen? Est-ce une majorité en poids et en
volume ou est-ce que, suivant les sujets abordés, suivant la nature des
informations, cela peut être des groupes plus petits, compte tenu des
secteurs d'intérêt, même des individus?
Qui doit avoir accès aux moyens de communication? Comment
déterminer qui doit avoir accès aux moyens de communication?
Comment concilier à la fois l'entreprise privée, dans ce domaine,
et une forte intervention de l'Etat? Parce que c'est une impression
première. La politique qui nous est proposée ici est fortement
interventionniste dans le domaine des communications. Dans la mesure où
l'on veut...
DES VOIX: Ah! Ah!
M. L'ALLIER: Disons régulatrice ou interventionniste. Dans la
mesure où l'on veut raccourcir les délais d'évolution ou
d'élévation, si vous voulez, des niveaux culturels, il faut
intervenir: plus on veut raccourcir ces délais, plus il faut intervenir.
Qui décidera des interventions et qui sera juge de la qualité de
ces interventions? Si on parle de la culture et de l'éducation et si on
veut augmenter ce niveau de culture, il faudra savoir où on va le porter
et dans quelle direction on va le porter. Qui est juge de la culture, en
définitive? Est-ce que ce sera, à ce moment-là, le
gouvernement ou l'Etat? Et si c'est l'Etat, qui est-ce, l'Etat, si ce n'est
pas, dans son expression première, le gouvernement?
Il est extrêmement dangereux, à ce moment-là,
d'intervenir d'une façon soutenue parce qu'en fait, comme l'a
déjà dit, je crois, le député de Chicoutimi, on
joue avec la conscience et l'âme culturelle même du Québec
lorsqu'on veut influencer ou accélérer tel ou tel
développement. Je ne dis pas qu'il ne faille pas le faire. Je dis que
les moyens pour le faire ne sont pas encore clairement identifiés. Ils
le seront, je le souhaite, par une plus grande participation et une plus grande
consultation possible mais, à mon avis, ils ne le sont pas actuellement
et ils ne le sont certainement pas dans ce document. Liberté et
non-intervention, en fait, c'est la grande question que je me pose suite
à la lecture de ce document.
Vous n'avez pas parlé non plus des mécanismes de
contrôle. Vous avez parlé de la Régie des services publics,
bien sûr, mais vous confiez à la Régie des services
publics, par exemple, le soin de veiller à l'augmentation de la
qualité de la langue française par l'utilisation des moyens de
communication. Cela peut être la régie, cela peut être
quelqu'un d'autre. Qui, encore une fois, doit s'occuper de ces choses? Est-ce
que ceux qui sont ou qui seraient habilités à accorder des permis
et des licences sur les normes techniques sont également
habilités à juger de la qualité du français ou de
la qualité culturelle ou de la qualité éducative des
moyens de communication?
En fait, M. le Président, on pourrait parler assez longuement
là-dessus. Ce n'est pas mon intention de le faire. J'aurai certainement
l'occasion de reprendre quelques-uns de ces points au moment, notamment, de
l'étude du budget des Communications parce que je suis convaincu que ces
questions nous seront apportées par le député de
Lafontaine ou des représentants de son parti. Quoi qu'il en soit, le
document n'est pas inutile lorsqu'il nous rappelle ce que nous avons
déjà dit. Il est un effort sur un point, à savoir qu'on y
donne un schéma qui permet de situer l'information dans un processus de
consultation et de participation, mais encore une fois c'est un schéma
académique parce qu'il suppose que la masse des citoyens est disponible
à l'information et aux moyens de communication, ce qui n'est pas le cas,
à mon avis, actuellement.
Elle est davantage soumise à un flot de plus en plus grand de
contenus qui sont véhiculés par un nombre de plus en plus
important de moyens de communication et elle devient, au contraire, de plus en
plus amorphe et de plus en plus imperméable aux contenus qui lui sont
servis.
C'est une question à laquelle doit s'attacher la commission sur
la liberté de la presse et c'est aussi pourquoi, je crois, ce document
aurait pu aussi bien être présenté là que
maintenant. Mes commentaires s'arrêtent ici pour l'instant et je n'ai
rien d'autre à ajouter.
M. TREMBLAY (Chicoutimi): M. le Président, je voudrais terminer
mes observations sur ce document par deux questions que je me pose et je ne
demande pas au député de Lafontaine d'y répondre.
Après il fera les commentaires qu'il voudra. Il est assez grand
garçon pour se conduire tout seul et même venir en avion tout
seul.
M. LEGER: Quand on peut.
M. TREMBLAY (Chicoutimi): Je me posais la question suivante en
étudiant le document tout â l'heure, à l'heure du
déjeuner. D'un côté, il y a toute une série
d'affirmations sur le respect que prétend avoir le Parti
québécois pour l'entreprise privée. Par ailleurs, il y a
une série de restrictions, de réticences, de réserves qui
me font me poser la question suivante: Quand le Parti québécois
va-t-il se brancher et nous dire s'il est oui ou non, pour ou contre
l'entreprise privée et si sa politique en matière de
communication est exactement la politique socialiste qu'a énoncée
son collègue, le critique financier, M. Joron, en matière de
politique économique?
D'un autre côté, il y a un autre problème, une autre
question qui me vient à l'esprit. On parle là-dedans du respect
des droits des minorités. Je pose la question encore dans les termes
suivants: Quand le Parti québécois va-t-il se brancher et nous
dire s'il entend conserver au Québec, à une minorité qui
existe que voulez-vous que j'y fasse ses droits ou, si le Parti
québécois a l'intention de réduire les droits de cette
minorité et, à toutes fins utiles, n'en pas tenir compte dans
l'élaboration des politiques si, accidentellement et malheureusement,
comme parti, comme gouvernement, il était appelé, en des jours
très lointains, à assumer la responsabilité du
pouvoir?
Ce sont les questions que je me pose. Est-ce que le Parti
québécois est nettement très clairement socialiste, au
sens mitigé ou totalita-riste du terme et est-ce qu'il considère
cette réalité de l'existence d'une minorité au
Québec et quel cas en ferait-il si, d'aventure, il avait à
assumer la responsabilité du gouvernement?
M. LEGER: Pour revenir à la réponse du ministre concernant
le côté très global de la politique des communications
qu'on présentait, il me disait comment réaliser tout cela; on
aurait pu apporter des chiffres, on aurait pu apporter des solutions toutes
prêtes avec des coûts d'évaluation; je veux simplement dire
que, dans cette politique globale, il serait important de passer par des
étapes normales qui sont d'abord d'évaluer les besoins de la
société québécoise et c'est ce que, je pense, le
projet exprime.
Il s'agit d'évaluer quels sont les besoins auxquels la population
fait face et, après que ces besoins-là ont été
évalués, dénoncés, exprimés, il faut
sensibiliser la population. Qui a le monopole de la vérité? On ne
peut pas le dire, mais on sait que, dans une population, il y a peut-être
10 p.c. des gens qui peuvent penser en profondeur et 90 p.c. qui suivent ou qui
sont, tout simplement, influencés par les 10 p.c. qui pensent. D'accord,
mais il faut sensibiliser ces gens-là, soit la population, soit les
groupes concernés, soit ceux qui en subissent les conséquences
et, si on leur donne l'occasion de participer, cela amène des
hypothèses de solution. Quand une série de solutions ressortent,
c'est la responsabilité d'un gouvernement en place de voir à leur
réalisation.
Pour la réalisation de ces choses-là, je pense qu'il faut
quand même passer par les quatre grandes lois de toute
réalisation, soit une planification, une organisation ou mise sur pied,
une motivation de la population à participer à cette
prédécision que le gouvernement veut prendre et, après
ça, les mécanismes de contrôle pour réaliser
techniquement ce qu'il faut faire pour le plus grand bien de la population.
A la question qu'il me pose, le député de Chicoutimi
voudrait bien que je lui donne une réponse toute crue. Il voudrait qu'on
soit pour ou contre; il veut une réponse noire ou blanche.
Je ne tomberai certainement pas dans le piège que l'ancien
ministre veut nous poser. Je tiens à dire...
M. TREMBLAY (Chicoutimi): Non je me suis posé, M. le
Président, par-devers moi, la question.
M. LEGER: ... qu'il y a dans le monde deux systèmes, le
socialisme et le capitalisme.
M. TREMBLAY (Chicoutimi): Je me suis posé la question.
M. LEGER: Je suis convaincu d'une chose, c'est que le capitalisme dans
lequel nous vivons actuellement n'a pas donné les réponses et les
solutions aux problèmes des peuples, le communisme non plus et le
socialisme intégral non plus. Je pense qu'il faut arriver à une
intervention de l'Etat, que c'est un régulateur de l'économie. Il
y a une sorte de socialisme démocratique qu'il faut inventer selon la
mentalité québécoise que nous vivons. C'est une forme de
gouvernement que nous devons nous donner selon nos besoins, nos
critères, notre façon de penser, notre comportement. Ce n'est
certainement pas le capitalisme ou le socialisme intégral; il y a un
système à inventer.
J'ai fait un voyage, cet été, en Suède, où
j'ai vu un socialisme démocratique qui est beaucoup mieux que le
capitalisme qu'on a ici ou le communisme qu'on peut voir en Russie ou en Chine,
mais même celui-là, qui est un avantage, n'est pas du tout celui
qu'il nous faut ici au Québec. Même s'il y a des choses
intéressantes dans ce domaine-là, c'est un socialisme
démocratique qui devrait être inventé selon nos
préoccupations à nous.
Je pense que je dois faire ces nuances-là. Cela ne se
détermine pas en noir et en blanc et je ne tomberai pas dans le
piège du député.
M. TREMBLAY (Chicoutimi): Moi, je retiens une chose, M. le
Président. Les citoyens vont s'en souvenir, je l'espère, car
ça rejoint l'expression des "non-instruits" de M. Lesage. C'est que le
député a dit qu'il y avait seulement 10 p.c. de la population qui
pensait. C'est une opinion assez pénible sur les citoyens qu'on veut
endoctriner par des mouvements révolutionnaires.
M. LEGER: Quand je dis qu'il y a 10 p.c. des gens qui pensent, je veux
dire qu'il y en a, au maximum, 10 p.c. dans une population qui vont se
préoccuper continuellement de penser, de trouver des solutions et 90
p.c. qui espèrent que, dans ces solutions, il y en a une qu'on va penser
pour eux.
M. LACROIX: Ce doit être ceux qui lisent Prions en l'Eglise.
M. LEGER: Vous ne me ferez pas croire que
90 p.c. de la population sont prêts à donner des solutions
aux problèmes qu'ils vivent. Il faut les sensibiliser et le
député sait très bien ce que je veux dire par
là.
M. TREMBLAY (Chicoutimi): En tout cas, il y a 90 p.c...
M. LACROIX: Ceux qui lisent Prions en l'Eglise.
M. TREMBLAY (Chicoutimi): ... de la population qui ne pensent pas.
M. LEGER: Prions en Eglise. Cela fait longtemps que vous n'êtes
pas allé à la messe.
M. LACROIX: C'est ce que j'ai dit exactement. Peut-être que vous
n'y allez pas, que vous ne lisez pas, mais moi j'y vais. C'est Prions en
Eglise.
M. TREMBLAY (Chicoutimi): Le député de Lafontaine, c'est
un homme d'ordre.
M. LACROIX: M. le Président, j'aimerais bien voir un jour le
Parti québécois avoir la responsabilité de
l'administration de la province, quand on connaît les hommes qui
composent cette formation, qui passent tout leur temps à nous parler
d'animation, d'agitation, de participation, de "communautarisation," de
liberté.
Pourtant, quand on connaît les individus qui forment ce parti, la
façon dont ils traitent tous les problèmes, tous les
gouvernements et tous les adversaires, je répète ce que je disais
un jour à M. Lévesque alors qu'il participait à
l'opposition circonstancielle sur un certain projet de loi: La liberté
que vous réclamez parce que vous êtes le plus faible, vous seriez
le premier à la refuser si jamais vous deveniez le plus fort.
J'aimerais vous voir au pouvoir avec vos comités de citoyens, vos
comités de participation, l'agitation et l'animation. J'aimerais vous
entendre en parler à ce moment-là. Vous verriez qu'il y a une
marge entre tromper la population et vouloir réellement travailler avec
elle.
M. LEGER: J'aimerais bien voir le député des
Iles-de-la-Madeleine au congrès du CRD en Gaspésie. Je vois le
résultat de sa participation avec les curés de la
Gaspésie.
M. LE PRESIDENT: Si on veut revenir aux projets de loi.
M. LACROIX: ... je n'irais pas vendre "Prions en Eglise", moi.
M. LE PRESIDENT: Je rappelle les députés à l'ordre.
S'il n'y a pas d'autres interventions sur les projets de loi 35, 36 et 37, nous
ajournons la commission parlementaire à demain ou sine die?
M. TREMBLAY (Chicoutimi): Nous sommes convoqués pour demain.
Amendements aux projets de loi
M. L'ALLIER: Oui, mais si on n'a pas de témoin à
entendre... A ce stade-ci, j'avais l'intention d'informer les membres de la
commission, compte tenu des mémoires qui nous ont été
présentés, de l'orientation susceptible d'être prise au
moment de proposer des amendements en troisième lecture. Les amendements
ne sont pas "finalisés" et la rédaction finale ne l'est pas.
M. TREMBLAY (Chicoutimi): Mis au point. M. L'ALLIER: Mis au point,
pardon.
M. LEGER: Avant de terminer, le ministre n'avait-il pas l'intention de
déposer, à la commission parlementaire, la correspondance qu'il a
échangée dernièrement avec Ottawa sur les problèmes
de juridiction?
M. L'ALLIER: Disons que je vais commencer par vous parler des projets de
loi 35, 36 et 37 et vous pourrez me poser la question après. Vous
traitez de deux choses en même temps.
M. LE PRESIDENT: La parole est au ministre des Communications.
M. L'ALLIER: Quant au projet de loi no 35, les mémoires de
Québec Téléphone, du Barreau, dans une certaine mesure, et
aussi de l'ACRTF se préoccupaient du fait que la Régie des
services publics,étant un tribunal administratif, il pouvait être
délicat de lui confier une responsabilité en matière de
consultation populaire et d'audience.
J'ai étudié de très près avec mes
collaborateurs cette question et il n'est pas facile de la trancher et surtout
de la traduire dans les lois. L'hypothèse avec laquelle nous sommes
confrontés est la suivante: ou il s'agit effectivement d'un tribunal
quasi-judiciaire, et à cause même de sa nature il est
délicat, pour ne pas dire impossible, de lui confier par
législation un rôle de régie de consultation sur des
audiences populaires.
En d'autres mots, il est difficile pour le ministre des Communications
ou pour le ministre responsable de la régie de demander des
consultations à un tribunal quasi judiciaire à cause même
du statut d'un tribunal quasi judiciaire. L'opinion générale des
juristes n'est pas arrêtée sur cette hypothèse, toutefois,
et il semble qu'il y ait autant de personnes qui sont d'avis que la
régie est en fait un tribunal administratif qui fonctionne avec des
mécanismes quasi judiciaires: enquêtes, etc. A preuve, les
mécanismes d'appel qui suivent les décisions de la régie.
Dans ces circonstances, la deuxième hypothèse est la suivante: si
la régie est un
tribunal administratif, c'est donc parce qu'il s'y trouve des membres de
la magistrature, et il devient délicat de demander à des membres
de la magistrature dans l'exercice de leur fonction au sein d'un tribunal
administratif des consultations et de leur demander de présider un banc
de consultations populaires, de consultations publiques. A ce moment-là,
il faudrait faire la distinction entre le tribunal administratif et les membres
de ces tribunaux. Or, la loi actuelle de la régie incite plutôt
à penser qu'au moment où elle a été
créée et, par la suite, les législateurs ont convenu et
ont considéré que la régie était un tribunal
administratif dans toute la mesure où on ne fait pas une obligation aux
législateurs de nommer un magistrat à la présidence ou
à la vice-présidence. Donc, on peut nommer quelqu'un qui est de
la magistrature mais on peut aussi nommer quelqu'un du Barreau. On pourrait
donc théoriquement avoir des régisseurs, présidents et
vice-présidents qui ne soient que des membres du Barreau, ce qui infirme
sur le plan technique l'hypothèse du tribunal quasi judiciaire dans son
essence même.
Face à ce dilemme technique et juridique et compte tenu par
ailleurs du fait que nous reconnaissons et qu'elle a été
reconnue par tous les partis de l'Opposition l'importance qu'il y avait
de demander à la Régie des services publics de pouvoir tenir des
audiences publiques sur des questions importantes, il nous apparaissait
vous vous en souviendrez important que les citoyens puissent, sur des
questions importantes de réglementation par exemple, doit-il ou
ne doit-il pas y avoir de la publicité dans la réglementation du
câble que des questions d'une telle importance, dis-je, devaient
faire l'objet d'audiences publiques aussi larges que possible et aussi souples
que possible. Il nous apparaissait par ailleurs que c'était la
régie qui devait le faire. Dans ces circonstances, nous sommes donc en
face du dilemme suivant: soit maintenir la régie telle qu'elle est,
quitte à modifier dans ses structures la présence de magistrats,
soit modifier la régie mais faire en sorte que d'une part elle soit
véritablement un tribunal administratif en matière de
communication et qu'elle continue dans les autres secteurs à être
un tribunal quasi judiciaire en matière d'expropriation.
Nous sommes pris avec cette question. C'est ce que nous étudions
maintenant. Nous devons en discuter. Nous devons analyser à fond ces
questions au niveau du gouvernement avant de prendre une décision et
avant de la traduire, s'il y a lieu, dans des amendements. C'est donc une
question importante. Nous tentons à sauvegarder le principe de la
consultation populaire sur les grandes questions de communication.
Nous tenons également à ce que l'instance administrative,
la régie, en matière de communication ait la plus complète
autonomie possible, compte tenu de la nature des services qu'elle rend à
l'intérieur du système administratif. Je suis confiant que nous
pourrons, au moment de l'étude du projet de loi en troisième
lecture, faire des propositions qui seront discutées alors par le
comité plénier et faire des propositions qui atteindront ces deux
objectifs. C'est pour ce qui est essentiellement des modifications possibles au
projet de loi no 35.
M. TREMBLAY (Chicoutimi): M. le Président, pourrais-je poser une
question au ministre? Cela signifie-t-il que le ministre n'a pas l'intention de
faire comme a fait son collègue de l'Agriculture, c'est-à-dire
nous réunir à nouveau en commission parlementaire pour
étudier les amendements avant que nous retournions à la Chambre
pour discussion en troisième lecture?
M. L'ALLIER: Je préférerais M. le Président,
vous excuserez mon peu d'expérience de la procédure parlementaire
encore à ce jour, je m'en excuse que les amendements soient
étudiés en commission parlementaire, article par article, comme
ça se fait de consentement, je crois. C'est vraiment la façon la
plus efficace d'étudier ces amendements; nous y avons à ce
moment-là tout le temps, quitte à ce que la commission
parlementaire fasse rapport à la Chambre, comme ça s'est fait, je
crois, régulièrement.
M. TREMBLAY (Chicoutimi): Cela revient au même. C'est ce que je
vous propose que nous étudiions en commission parlementaire.
M. L'ALLIER: Je suis d'accord là-dessus. Quand j'ai
mentionné le comité plénier, c'est que le comité
plénier est la procédure régulière alors que la
commission parlementaire est de consentement.
M. TREMBLAY (Chicoutimi): C'est pourquoi je vous ai posé la
question; je voulais savoir si nous reviendrions en commission
plénière, c'est-à-dire en dehors de la Chambre, pour
examiner les amendements et ensuite retourner à la Chambre pour
discussion en troisième lecture.
M. L'ALLIER: C'est ça.
M. LE PRESIDENT: S'il y a encore des oppositions à ce
moment-là.
M. TREMBLAY (Chicoutimi): Cela, c'est le gouvernement qui
décide.
M. LACROIX: Cela va dépendre de la nouvelle réglementation
qui sera soumise. Mais certainement, les commissions parlementaires seront
appelées à siéger et faire rapport à la
Chambre.
M. TREMBLAY (Chicoutimi): Actuellement nous fonctionnons selon
l'ancienne réglementation.
M. L'ALLIER: En fait, sur ce plan de la procédure, je fais
entièrement confiance à mon collègue le whip et au leader
parlementaire, qui vont certainement nous conseiller de la meilleure
façon.
M. TREMBLAY (Chicoutimi): Au sujet de ce document que je vous ai
demandé de déposer et qu'a évoqué à nouveau
le député de Lafontaine?
M. L'ALLIER: J'avais l'intention de vous en parler, je terminais sur les
autres projets de loi, si vous le permettez.
M. TREMBLAY (Chicoutimi): Vous vous rappelez que c'est moi qui vous ai
posé la question!
M. L'ALLIER: Tout le monde me l'a posée.
M. TREMBLAY (Chicoutimi): Qui vous a fait cette demande instante?
M. LEGER: Heureusement que le député de Chicoutimi est
là, nous n'aurions rien à dire.
M. TREMBLAY (Chicoutimi): Je veux vous en administrer la preuve.
M. L'ALLIER: Quant au projet de loi no 36, qui porte essentiellement sur
Radio-Québec, les commentaires qui ont été faits par les
membres de la commission parlementaire et indirectement dans certains
mémoires nous amènent à étudier la
possibilité d'un certain nombre d'amendements, notamment en ce qui
touche la formation du conseil d'administration, la durée des mandats et
afin d'atteindre l'objectif de la plus grande autonomie possible de
Radio-Québec, compte tenu du rôle que Radio-Québec sera
amenée à jouer en matière de télédiffusion
éducative notamment.
Or, le mandat des membres pourrait être porté à cinq
ans plutôt que trois ans. Le directeur général de
Radio-Québec serait membre du conseil d'administration. C'est un
amendement que j'ai déjà annoncé. Le nombre des membres de
Radio-Québec issus des rangs des fonctionnaires, à l'emploi du
gouvernement dans le secteur public et parapublic, serait limité par la
loi. Ce nombre de fonctionnaires serait nettement minoritaire au conseil
d'administration afin de permettre précisément à ce
conseil d'assumer pleinement ses responsabilités. Vous savez que le
conseil, tel qu'il est composé maintenant, est, en fait, composé
exclusivement de fonctionnaires qui tous dépendent, à un titre ou
à un autre, d'un ministre ou d'un ministère donné.
L'élargissement du conseil d'administration est un élément
qui va permettre, à mon avis, une meilleure gestion à
Radio-Québec et le fait de réduire, également, à un
ou deux le nombre des fonctionnaires siégeant au conseil
d'administration est un autre élément de sauvegarde quant
à l'autonomie de ce conseil d'administration.
Je crois qu'il serait important je crois, par ailleurs, que la
loi actuelle est suffisamment claire là-dessus s'il y a lieu de
préciser cette question, que nous étudions des amendements qui
préciseront la responsabilité ultime du conseil d'administration
de Radio-Québec en matière de production et de diffusion. C'est
d'ailleurs, vous vous en souvenez, je n'entre pas ici dans le fond de ce
débat, une des conditions posées par le gouvernement
fédéral à une éventuelle émission de permis
pour télédistribution éducative. Donc, deux points
importants, en fait: Au niveau du conseil d'administration, une extension
maximale de la durée des mandats, augmentation du nombre des membres du
conseil, c'est déjà connu, et réduction, par la loi, du
nombre de fonctionnaires siégeant à ce conseil
d'administration.
Par ailleurs, s'il y a lieu, nous préciserons que
Radio-Québec a la dernière responsabilité, par son conseil
d'administration, de décider ce qu'il doit produire et ce qu'il doit
diffuser. C'est, à la fois, une protection pour l'organisme et c'est
aussi une protection pour le gouvernement et pour l'Etat dans son ensemble. Ce
sont les modifications que nous étudions actuellement pour la Loi de
Radio-Québec, et les amendements que nous vous proposerons en commission
parlementaire devraient être dans ce sens-là.
Je vous donne ces informations pour vous permettre d'amorcer, si vous
voulez, le travail qui doit être fait et, essentiellement, pour vous
donner l'état de nos dossiers là-dessus, plutôt que de vous
garder dans le noir.
Quant au projet de loi no 37, vous vous souvenez que ceux qui ont fait
des représentations cet après-midi, de même que ceux qui
ont présenté des mémoires antérieurement, ainsi que
le député de Chicoutimi et, je crois, les représentants de
tous les partis ont souligné l'importance qu'il y avait à
préciser le plus possible le champ de réglementation du
lieutenant-gouverneur en conseil.
Cette recommandation et ces suggestions qui nous ont été
faites, notamment par le Barreau, ce matin, sont retenues dans leur principe.
Nous tenterons, dans le projet de loi lui-même, de déterminer des
cadres de réglementation, tel que je l'ai dit ce matin, afin de
permettre à l'Assemblée nationale, au moment même d'adopter
cette loi, de connaître les grands corridors à l'intérieur
desquels pourra s'exercer le pouvoir réglementaire du gouvernement,
compte tenu, aussi, de la mécanique dont nous avons parlé ce
matin pour l'étude de la réglementation proprement dite. Nous
travaillerons aussi sur cette question de la publication préalable ou
d'un débat de la réglementation en commission parlementaire ou
autrement.
Ce sont, quant au projet de loi no 37, les principales modifications sur
lesquelles nous travaillons actuellement, compte tenu du texte
que vous avez actuellement devant vous. Ce sont là, M. le
Président, les orientations que nous prenons actuellement quant aux
modifications que nous nous proposons de vous suggérer pour étude
et, finalement, pour adoption des projets de lois nos 35, 36 et 37.
Echange de correspondance avec le
fédéral
M. TREMBLAY (Chicoutimi): Le ministre accepterait-il de déposer,
avant que nous revenions en commission parlementaire ou à la Chambre, le
dossier de la correspondance échangée avec le gouvernement
central sur cette question de la radiodiffusion, de la câblodiffu-sion,
etc? Je lui en avais déjà fait la demande.
M. L'ALLIER: Oui.
M.TREMBLAY (Chicoutimi): Je voudrais donc savoir si le ministre
considère qu'il est d'intérêt public de déposer
lesdits documents.
M. L'ALLIER: M. le Président, je m'attendais évidemment
à cette question. D'ailleurs, j'avais déjà annoncé,
à une précédente réunion de la commission
parlementaire, que je l'aborderais ici.
Sur ce point, je ne voudrais pas que la brève intervention que je
fais cet après-midi soit considérée autrement que comme
une phase d'information, tel que je l'ai annoncé, sur l'état du
dossier. En matière de communication, dans le cadre des relations
fédérales-provinciales, jusqu'ici, avec le gouvernement
fédéral, j'ai pour ma part, comme ministre des Communications,
essentiellement échangé des informations de plus en plus
précises, de plus en plus complètes, j'en conviens.
Mais je dois dire que, si on regarde l'ensemble du dossier
"Communications et relations fédérales-provinciales" nous avons
pu, à un moment ou l'autre, avoir l'impression d'engager une
négociation globale, soit par des rencontres, soit par des discussions
au niveau des fonctionnaires.
L'analyse du dossier rétroactivement, au moment où j'en ai
assumé la responsabilité, m'amène à dire que,
compte tenu des prémisses que nous avons posées au départ
pour l'établissement d'une politique de communication, il ne m'est pas
possible de conclure que nous avons, sur le fond des questions principales,
amorcé véritablement des négociations devant conduire,
dans un avenir déterminé ou déterminable, à la
solution ou à un constat d'échec.
Nous avons évidemment, comme je vous l'ai dit, non seulement
amorcé mais nous avons, à toutes fins pratiques,
procédé à des échanges d'information de plus en
plus complets. Si on inclut échanges d'information ou
établissement réciproque de positions dans un processus de
négociation et qu'on dise que ça fait partie des
négociations, nous avons négocié. Effectivement lorsque
l'on négocie, il faut d'abord et ça fait partie du
processus de négociation établir des positions et
énoncer des positions de négociation. Nous l'avons fait
jusqu'ici.
La dernière rencontre que j'ai eue à ce sujet avec le
ministre fédéral des Communications, de même qu'avec le
secrétaire d'Etat, remonte au 17 novembre 1971. Cette rencontre a
donné lieu à un échange de correspondance qui couvre
l'ensemble du sujet, c'est-à-dire que les ministres
fédéraux m'ont écrit une lettre conjointe donnant la
perception qu'ils avaient eue de cette rencontre, et j'ai répondu, deux
mois plus tard et je vous dirai, si ça vous intéresse,
pourquoi deux mois plus tard par une lettre aussi longue et qui faisait
le point, quant à nous, sur cette rencontre.
Les positions que l'on retrouve dans cette correspondance m'apparaissent
être les positions actuelles du gouvernement du Québec et ce que
je peux connaître des positions du gouvernement fédéral.
Au-delà de cet échange de correspondance, il n'y a pas eu, au
niveau du ministre des Communications et à aucun autre niveau, que je
sache, de négociation sur le dossier "Communications". Je souligne
toutefois que c'est une politique du gouvernement de déterminer, comme
gouvernement, quelles sont les priorités de négociation et quels
sont les dossiers et quelle est la méthode de négociation avec le
gouvernement fédéral.
C'est la prérogative du gouvernement et du premier ministre en
particulier de déterminer comment, de quelle façon et à
quel moment il souhaite entreprendre une discussion, soit sectorielle, soit
globale sur tel ou tel sujet.
Quant à nous, dans le mandat qui nous était confié,
nous avons établi la position que nous croyons la bonne pour le
gouvernement du Québec. Je ne peux pour l'instant vous dire à
quel moment ou de quelle façon s'engageront les négociations sur
le fond de la question.
J'ai avec moi copie de ces deux lettres et je crois qu'il serait inutile
et inopportun de déposer quoi que ce soit d'autre pour l'instant. Je
peux affirmer aux membres de la commission que ces deux lettres font
effectivement le point sur la question, et non pas d'une façon
générale mais d'une façon précise, parce qu'on y
parle de la radio-télévision éducative. On y parle de la
câblovision, des communications spatiales. On y parle d'un certain nombre
d'autres questions également.
M.TREMBLAY (Chicoutimi): Vous allez déposer ces deux lettres
maintenant.
M. LEGER: Je voudrais remercier, M. le Président, le
député de Chicoutimi d'avoir répété
après moi la question que j'avais posée pour obtenir le
dépôt de ces documents. Mais quand je vois le ministre me dire
que, quant à ce qui touche le fond des questions principales, on n'en
est pas encore rendu à la période du commencement de
négociations sérieuses pour être capable de dire qu'on s'en
va vers un échec
ou vers une solution à l'avantage du Québec et quand on
sait que la longueur des négociations
fédérales-provinciales que nous avons eues jusqu'ici dans
d'autres domaines et que ces négociations n'ont même pas
débuté, on ne peut avoir d'autre réaction que ce
pessimisme quant à une solution réellement à l'avantage du
Québec, parce que pendant ce temps qui passe, le fédéral
s'installe rapidement, graduellement dans le domaine des communications et il
ne restera pas grand-chose au Québec quand les négociations vont
débuter.
M. L'ALLIER: M. le Président, j'étais tout à fait
conscient, en faisant un exposé que j'ai voulu le plus objectif possible
dans l'intérêt même des membres de cette commission, que je
risquais de m'attirer des critiques de cette nature. Il aurait
été facile, à ce stade-ci, de dire: Bien, effectivement,
vous voyez, toutes les questions sont engagées, nous sommes en pleine
négociation, ça va très bien, ça va se
dérouler, etc.
Je n'ai pas voulu, compte tenu de l'importance de ces questions, faire
de déclarations qui risquent d'envenimer de quelque façon la
situation. J'ai voulu être réaliste, parce que j'ai promis aux
membres de cette commission de l'être et j'ai voulu l'être en
déposant les documents. Il faut constater cependant que, par ces
documents, nous avons fait quand même passablement de chemin dans le
domaine de l'établissement des positions réciproques, positions
qui étaient loin d'être claires par le passé et qui se
précisent de plus en plus.
Elles sont susceptibles d'être modifiées, ce sont les
positions que nous avons maintenant. Au fur et à mesure que pourraient
s'étoffer les dossiers, il est possible que nous puissions modifier tel
ou tel point; que vous puissiez souligner la lenteur et les
inconvénients de la lenteur de cette négociation, c'est le droit
absolu de tous les membres de cette commission.
Je considère également, pour ma part, qu'il est urgent que
des négociations aient lieu sur cette question, mais je considère
aussi que c'est la prérogative du gouvernement de déterminer
quelles sont ces priorités. C'est au gouvernement à ce
moment-là d'assumer, en résultat de course, les avantages comme
les inconvénients de l'ordre des priorités qu'il se sera
données.
M. LEGER: Je dois quand même apprécier la franchise du
ministre. Je n'en suis pas là. Je sais que le ministre est très
consciencieux du problème; il a été très franc en
nous faisant part de la situation exacte où se trouvent ces rencontres
fédérales-provinciales. Je sais qu'il connaît le
sérieux et l'importance de cette question mais je pense qu'il ne
s'attendait pas de notre part à une réaction différente
que celle que je viens de donner face à la situation des relations
fédérales-provinciales sur les communications.
Je peux l'assurer d'une chose, c'est que nous allons l'appuyer de tout
coeur dans ses revendications. Nous allons toujours essayer d'aller plus loin
pour qu'il puisse avoir les coudées franches et obtenir le plus possible
pour le Québec.
M. TREMBLAY (Chicoutimi): M. le Président, je voudrais faire un
très bref commentaire sur ce qu'a dit le ministre. Je le remercie
d'avoir déposé les documents. Il se rappellera que je lui avais,
en Chambre, servi un avertissement assez sérieux et que je lui avais
reproché justement d'avoir fait beaucoup de déclarations sur ce
sujet alors qu'il était incapable de nous dire, au moment où nous
avons abordé les projets de loi, quel était l'état du
dossier dont nous savions très bien qu'il n'était pas très
avancé.
Le ministre le confirme aujourd'hui, je ne lui fais pas reproche des
lenteurs des négociations, je connais la difficulté du
problème, ayant eu à le manipuler moi-même, mais je
reprends ce que je lui ai déjà dit, qu'il s'était
lancé à l'aventure quand il proclamait la compétence du
gouvernement du Québec en matière de câblodiffusion, de
radiodiffusion, etc. et qu'il avait pris un risque qui compromettait le
sérieux de ses positions par rapport à celles de ses
collègues.
Le ministre nous a dit tout à l'heure qu'il nous expliquerait, si
nous en exprimions le désir, la raison de ce délai de deux mois
entre la lettre et la réponse. J'ai cette curiosité de le
savoir.
M. L'ALLIER: Oui, d'accord. Vous me permettrez, M. le Président,
de dire quelques mots sur les appréhensions qu'avait exprimées
à l'époque le député de Chicoutimi. Je dois
admettre très...
M. TREMBLAY (Chicoutimi): Candidement.
M. L'ALLIER: Je ne sais pas si c'est comme ça qu'il faut le
qualifier. En cours de négociation, et je vis actuellement d'autres
négociations, il n'est véritablement pas possible de savoir si
nous avons négocié que lorsque les négociations sont
à peu près terminées.
M. TREMBLAY (Chicoutimi): Sont rompues.
M. L'ALLIER: Sont rompues ou terminées. On ne sait jamais avant
si nous sommes en discussion, en négociation ou en échange de
renseignements. Cela a peut-être été là une chose
que j'ai apprise un peu tard mais dont je me souviendrai pour l'avenir.
En ce qui a trait aux délais apportés à la
réponse que j'ai faite, nous avions convenu, suite à la rencontre
du 17 novembre, d'échanger de part et d'autre une correspondance faisant
le point sur l'ensemble du dossier.
Au moment où j'allais moi-même envoyer
ma correspondance sur ce sujet, le jour même, effectivement, je
recevais la lettre de M. Pelletier et j'ai dû m'absenter à ce
moment-là pour quelques semaines et aussi m'occuper assez activement du
secteur de la fonction publique. Les vacances de Noël sont
arrivées. Je tenais quand même à travailler personnellement
à cette correspondance. Le délai est attribuable essentiellement
à une surcharge de travail. Il ne fait pas partie d'une mesure dilatoire
de quelque nature que ce soit. D'ailleurs, les délais en cette
matière, s'ils sont extrêmement importants, je ne crois pas que le
gouvernement fédéral puisse nous en tenir grief parce que, si on
voulait faire une analyse de ce côté, cela serait facile de faire
un décompte. Il n'y a pas, je crois, intérêt à le
faire.
M. TREMBLAY (Chicoutimi): J'absous le ministre et sans pénitence
en plus.
M. LEDUC: Seriez-vous curé?
M. TREMBLAY (Chicoutimi): Non, pas encore. Je voudrais simplement
demander ceci au ministre; dans l'un des projets de loi que nous avons, on sait
que le ministre a des pouvoirs en matière d'édition. Nous en
avons discuté longuement et nous en avions discuté à
l'occasion de son budget. Je voudrais simplement lui demander il n'est
pas nécessaire qu'il me réponde sauf de me dire qu'il va s'en
occuper s'il a examiné les propositions qu'a soumises l'autre
jour M. Pelletier, le secrétaire d'Etat, en matière
d'édition afin de nous dire si ces propositions et cette initiative
à mon sens anticonstitutionnelle du gouvernement central pourrait venir
en contradiction avec l'une ou l'autre disposition des lois que présente
le ministre.
M. L'ALLIER: Je suis un peu surpris de la question. Je ne sais pas si je
l'ai bien saisie.
Les préoccupations que nous avons exprimées, au niveau du
ministère des Communications, en ce qui a trait à
l'édition, étaient et sont, à ma connaissance,
limitées à l'édition gouvernementale. Je ne suis pas
personnellement insensible aux problèmes de l'ensemble de
l'édition, mais je voudrais éviter, dans toute la mesure du
possible, de m'immiscer dans un secteur qui est de la responsabilité
première, actuellement, de mon collègue, le ministre des Affaires
culturelles, quant à ce sujet.
M. TREMBLAY (Chicoutimi): C'est justement la raison! C'est parce que
vous avez des contacts plus étroits et plus intimes, je l'espère,
avec le ministre des Affaires culturelles que je n'en ai que je voudrais que
vous lui passiez le message, si elle est à son ministère.
M. L'ALLIER: Je suis convaincu que le ministre des Affaires culturelles,
consciente de l'importance des communications, accepterait une communication
directe de votre part.
M. TREMBLAY (Chicoutimi): Cela devient une question de goût.
M. LE PRESIDENT: Je tiens à remercier ceux qui sont venus
aujourd'hui pour présenter aux membres de la commission des
mémoires et je remercie les membres de la commission de leur
participation au débat sur les projets de loi 35, 36 et 37. Nous
ajournons la commission parlementaire sine die.
(Fin de la séance à 16 h 47)
ANNEXE
POUR UNE POLITIQUE GLOBALE DES COMMUNICATIONS AU
QUEBEC
Texte soumis
à la Commission parlementaire des
Communications
par monsieur Marcel Léger
député de Lafontaine
POUR UNE POLITIQUE GLOBALE DES COMMUNIDATIONS AU
QUEBEC
L'étude des projets de loi 35, 36 et 37 ne peut se faire
qu'à la lumière d'une politique globale des communications qui
soit rationnelle et collée à la réalité
québécoise.
Pour le Parti québécois, une telle politique ne peut se
concevoir et se réaliser que dans le cadre d'un pays souverain pouvant
modeler à sa guise ses politiques de communications. Le sempiternel et
harassant débat constitutionnel canado-québécois qui sape
à la base toutes les velléités que l'actuel gouvernement
pourrait avoir dans ce domaine, en est la preuve irréfutable. Car, de
chicane en chicane, on en vient à oublier ce qui est le but premier de
notre système de communications: relier entre eux tous les
Québécois pour leur permettre de communiquer.
ANNEXE Référer à la version PDF page B-197 à
page B199