(Onze heures vingt-trois minutes)
La
Présidente (Mme Dionne) :
Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission de la culture et de l'éducation
ouverte.
La commission
est réunie afin de poursuivre les consultations particulières et les auditions
publiques sur le projet de loi n° 47, Loi visant à renforcer la
protection des élèves.
Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
La
Secrétaire : Oui, Mme la Présidente. M. Rivest (Côte-du-Sud) est remplacé par Mme Lecours (Lotbinière-Frontenac).
Auditions (suite)
La Présidente (Mme Dionne) : Merci
beaucoup. Donc, cet avant-midi nous entendrons un groupe, soit la Centrale des syndicats du Québec. Donc, je vous souhaite la bienvenue parmi nous.
Donc, vous disposez de 10 minutes pour nous présenter votre exposé.
Suite à cela, nous procéderons aux échanges avec les membres de la commission.
Donc, je vous invite à vous présenter, et ensuite nous faire part de votre
exposé.
Centrale des syndicats
du Québec (CSQ)
M. Gingras
(Éric) : Oui. Bien, merci beaucoup. Merci de nous
accueillir. Donc, je suis accompagné... Éric Gingras, président de la
CSQ, accompagné de Nathalie Chabot et Jean-François Piché, tous les
deux conseillers, conseillères à la centrale.
Écoutez, simplement un petit rappel, la CSQ
regroupe plus de 225 000 membres, dont 135 000 membres,
notamment, dans le secteur scolaire... de l'éducation plutôt, et on a des
fédérations autant enseignantes, enseignants, privé, public, mais aussi, bien
sûr, nos collègues professionnels et personnels de soutien.
Donc, c'est important de le dire, le projet de
loi nous tient à coeur. C'est des situations qui sont beaucoup trop souvent
déplorables, qui se produisent malheureusement trop souvent aussi, et c'est une
responsabilité que nous avons toutes et tous, donc, de contrer cette
réalité-là. Et la CSQ partage totalement l'objectif du projet de loi
n° 47, qui vise à renforcer la protection des élèves.
Par contre, et c'est le but de notre
intervention d'aujourd'hui, dans un but de construire quelque chose d'encore
mieux, car, pour ce faire, le projet de loi mise sur un resserrement et
l'encadrement et la surveillance du personnel, on croit que cette approche est
insuffisante et on croit aussi que, dans sa forme actuelle, le projet de loi
pourrait engendrer des problèmes d'interprétation, d'application, et nuire à
l'objectif, et c'est ça qu'on va tenter de vous démontrer, et vous proposer
certaines alternatives.
M. Piché (Jean-François) : Merci.
Alors, je vais poursuivre. Bien, en fait, le projet de loi parle de la notion de comportement pouvant raisonnablement faire
craindre pour la sécurité physique ou psychologique d'un élève. Donc, c'est cette expression-là qui est utilisée dans le
projet de loi. On pense que celle-ci risque de donner lieu à des diverses
interprétations et applications, parce qu'elle est vaste, elle est large et
elle peut engendrer des situations subjectives.
Prenons un exemple. On est dans une petite école
primaire. Il y a un membre du personnel qui marche dans le corridor, capte une conversation entre une enseignante et un élève.
Bon, la conversation est à l'effet que... l'enseignante monte un peu le
ton, dit... parle à l'élève, mais la personne qui passe dans le corridor et
entend la conversation les connaît bien. Elle connaît l'élève, elle connaît
l'enseignante, elle dit : Ah! OK, elle doit, encore une fois, intervenir parce que ça peut être un élève parfois turbulent,
dérange la classe, donc elle intervient, il n'y a pas de problème, c'est
compréhensible, j'ai l'élément de contexte, je passe tout droit.
Même situation dans une grande école, primaire,
cette fois-ci. Là, la personne qui passe dans le corridor, elle est un peu surprise par le ton, les mots utilisés,
et là se questionne : Bon, j'ai une obligation de signalement. Elle n'a
pas le contexte, elle ne connaît pas l'enseignante, ne connaît pas l'élève,
donc elle n'est pas capable d'évaluer. Alors, il se pourrait qu'elle signale, en me disant : J'ai
une obligation de signalement, je vais le faire, parce que «raisonnablement
faire craindre», ce n'est pas clair pour
moi. Puis là est-ce que ce qui a été dit peut affecter l'élève au niveau de son
estime? Bon.
Donc, la question qui se pose : Est-ce que
la première personne a eu raison de ne pas signaler? Sans doute. Elle a été
capable de contextualiser. Est-ce que l'autre a eu raison de signaler?
Peut-être que oui, peut-être que non. Elle n'a pas l'élément de contexte, comme
je le disais, et elle n'est pas capable... elle a de la difficulté à
appréhender ce que ça veut dire, «pouvant
raisonnablement faire craindre pour la santé psychologique de l'élève», mais
elle le dénonce, parce qu'elle a une obligation de signaler.
Conclusion : un
libellé aussi vaste et imprécis peut conduire à de multiples faux signalements,
qu'il sera long... qui seront, alors, prendre de vue... qui perdent de vue les
situations réelles qu'il faut dénoncer, et on pense que ça peut, donc, entraîner
une judiciarisation et une certaine méfiance. Donc, c'est ce qu'on craint, et
c'est là tout le contraire de ce qu'on cherche à faire avec le PL n° 47,
protéger les élèves, puis avoir des situations claires où, là, il faut intervenir. Donc, important de clarifier
davantage ce qu'on entend par l'expression «pouvant raisonnablement faire
craindre pour la santé physique et psychologique d'un élève».
Nous proposons que ce travail de clarification
là soit fait en concertation avec les acteurs scolaires concernés pour
développer une compréhension commune et ainsi favoriser l'adhésion à ça. Donc,
à la fois, la révision du guide du ministre, relative aux antécédents
judiciaires, va être une occasion pour clarifier ça, et la révision, également,
des codes d'éthique que le projet de loi suggère, qui sont rendus obligatoires,
serait une bonne occasion aussi de faire cette interprétation-là, et c'est en
ce sens que la recommandation 1 de notre mémoire est à l'effet. Éric?
M. Gingras (Éric) : Concernant les
clauses d'amnistie, écoutez, c'est un sujet qui a été repris à maintes et
maintes fois, et on voit dans la jurisprudence, très clairement, que la notion
de clauses d'amnistie sert à s'amender. C'est comme ça qu'est construit,
d'ailleurs, notre système de justice. La notion de pardon, de réhabilitation,
c'est une pierre d'assise de ce qu'on retrouve, là, à plusieurs endroits. Si on
garde le texte tel qu'il est, ça voudrait dire qu'une personne qui agresse un
citoyen, qui agresse dans la rue, un enfant peut recevoir un pardon, mais si
c'est un membre du personnel, bien, à ce moment-là, lorsqu'il y a un élément de
cet ordre-là, ça le suit tout le temps, et cet élément-là, donc, après 10, 12,
15 ans. D'autant plus qu'en fonction de la gravité du geste posé, on n'a pas
besoin de suivre la gradation des sanctions.
On peut aller directement avec que ce soit un congédiement ou que ce soit
quelque chose de plus imposant. Donc, ça, c'est important.
Et le fait
d'enlever les clauses d'amnistie, c'est une façon, aussi, de ne pas amener
cette possibilité d'amendement, et
surtout, de s'amender, et surtout, on enlève l'accent mis sur le soutien et la
prévention, car, ça aussi, dans beaucoup de jurisprudences, que viennent
dire les clauses d'amnistie, c'est la notion justement qu'on amène, on oblige
l'aspect soutien et de prévention pour ne
plus que ça se reproduise. Ça, c'est important de le mentionner. Et finalement
rappeler aussi que... rappeler aussi que dans le projet de loi
n° 42, on a proposé, donc, un délai de cinq ans pour les... les gestes à caractère... de violence, pardon, à
caractère sexuel, parce que c'est un cas particulier, qu'il faut être en mesure
de contrer cette culture-là.
Mais pour ce
qui est du projet de loi n° 47, étant donné la très large définition qu'on
peut faire du «comportement pouvant raisonnablement faire craindre»,
bien, ce qu'on propose, c'est de s'en remettre aux discussions des parties au
niveau local pour parler de la durée, des mesures de soutien, de l'encadrement
de tout ça. Et notre proposition 10 vient
d'ailleurs encadrer une période pour le faire. C'est donc une façon d'utiliser
la réalité des multiples circonstances qui peut se... qui peut se
produire pour nous permettre justement de mieux l'encadrer et non pas de faire
du mur-à-mur, ce qu'on ne veut pas faire, étant donné la largeur, la largesse
qu'amène la notion qui nous est présentée.
• (11 h 30) •
Mme Chabot (Nathalie) : Alors, je poursuis. Le projet de loi comporte
deux obligations de signalement. La première, c'est une obligation pour le
personnel de signaler tout manquement au code d'éthique qui peut faire...
raisonnablement faire craindre pour la sécurité physique et psychologique des
élèves. Alors, on comprend l'intention de
protéger les élèves à l'aide de cette disposition, mais cette obligation
pourrait avoir des revers comme la multiplication de signalements, les
gens préférant ne pas prendre de risque et signaler plus que moins, étant donné
l'étendue ou l'élasticité de la notion de
base du projet de loi. Donc, les cas réellement urgents pourraient être noyés à
travers des cas qui finalement s'avéreraient non fondés. Cette
multiplication de signalements, elle pourrait aussi être encouragée par le fait
que le projet de loi, il est muet quant à ce qui peut se produire si une
personne ne signale pas un comportement parce qu'elle a jugé en toute bonne foi
qu'il ne faisait pas raisonnablement craindre pour la sécurité des élèves.
Par ailleurs, des mesures de protection contre
les représailles pour les personnes qui signalent un comportement sont
essentielles, comme ça a été d'ailleurs discuté hier dans vos échanges. Donc,
on propose que de telles mesures de protection contre les représailles soient
ajoutées dans le projet de loi.
Une seconde obligation de signalement au
ministre, cette fois, est faite à tout employé qui a un motif raisonnable de
croire qu'un enseignant a commis une faute grave dans l'exercice de ses
fonctions ou un acte dérogatoire à la dignité et à l'honneur mettant en cause
un «comportement pouvant raisonnablement faire craindre». Comme on vient de
l'évoquer, il y a déjà une obligation de signalement pour tous les membres du
personnel à travers le code d'éthique. Ça
fait que, dans un souci de simplification des processus, parce qu'on partage
aussi les craintes qui ont été
soulevées hier quant à la multiplication des recours puis les risques de
confusion, donc, dans un souci de
simplification, mais aussi dans un souci de partage des responsabilités, on est
d'avis qu'il n'est pas nécessaire d'ajouter cette obligation-là. On croit qu'il
revient aux directions, aux cadres des centres de services scolaires et des
établissements privés qui reçoivent les signalements, en vertu du code
d'éthique, de juger de la gravité de la situation et de...
La Présidente (Mme Dionne) : En
terminant, Mme Chabot.
Mme Chabot (Nathalie) : Ah! de...
La Présidente (Mme Dionne) : Il
reste 10 secondes.
Mme Chabot (Nathalie) : C'est ça, je laisse le dernier mot à Éric.
M. Gingras (Éric) : Alors,
simplement vous dire que ça passe par la prévention aussi, bien sûr, et la
responsabilité de l'employeur de contrer aussi ces éléments-là.
La Présidente (Mme Dionne) : Merci
infiniment pour cet exposé. Donc, nous allons procéder aux échanges avec les
membres de la commission. Donc, M. le ministre, je vous cède la parole.
M. Drainville :
Oui, merci beaucoup pour cette
intervention. Merci de participer à nos échanges, c'est très apprécié.
D'abord, je veux
juste vous dire, par rapport à la définition, là, du «comportement pouvant
faire craindre» ou pouvant raisonnablement faire craindre pour la sécurité
physique et psychologique, je veux juste vous dire : J'ai ici devant moi le guide sur les antécédents
judiciaires, sur la vérification des antécédents judiciaires. À la
page 22, on donne des exemples, là, d'infractions susceptibles de
retenir l'attention, puis là, on a des exemples, donc, d'antécédents
judiciaires. Notre intention, c'est de donner des exemples comme ceux-là pour
les comportements pouvant faire craindre pour la sécurité physique et
psychologique des élèves. Donc, on est conscients du fait qu'il faut faire
un... comment dire, acte de vulgarisation et donc, de cette manière-là, faciliter
la mise en oeuvre du projet de loi. Donc, ça fait partie des changements que
nous allons souhaiter apporter dans le nouveau guide, dans le fond, parce que
là, on va... on va avoir un nouveau guide qui
va couvrir à la fois les antécédents judiciaires, mais, plus largement, les comportements
pouvant faire craindre pour la sécurité physique et psychologique des élèves.
L'autre chose sur
laquelle je voulais attirer votre attention, sur la protection, vous y avez
fait référence. Vous avez fait référence au fait, Mme Chabot... On
prononce bien Chabot? Chabot? Ça va, Chabot? Pas Chabot, Chabot?
Mme
Chabot (Nathalie) : ...
M.
Drainville : Chabot. Très bien. Alors, vous aviez raison de dire...
vous... Je vois que vous avez suivi avec attention nos travaux hier, et donc
vous avez raison de noter qu'on va devoir réfléchir à une façon de mieux
protéger les personnes qui pourraient dénoncer, ou qui pourraient signaler, ou
porter plainte contre d'éventuelles mesures de représailles. Alors, là-dessus aussi, on a du travail à faire. Le projet
de loi peut être bonifié, les consultations servent à ça, donc on va
travailler là-dessus.
Bon, sur la question
des amnisties, des clauses d'amnistie, bon, comme vous le savez, vous n'êtes
pas les premiers à souligner ou à porter à notre attention un questionnement,
sinon une inquiétude, mais je vais vous dire franchement, jusqu'à maintenant,
je n'ai pas entendu d'arguments qui m'ont convaincu de ne pas aller de l'avant dans ce qui est prévu par le projet de loi. Et je
ne dis pas que les arguments que vous soulevez ne sont pas valables, ce
n'est pas ça que je dis, là. Je respecte très bien l'argumentaire que vous
soulevez, mais je... je pense sincèrement qu'il
faut porter et qu'il faut poser, dis-je, des gestes forts pour mieux protéger
nos élèves dans le contexte scolaire actuel. Et donc je pense que sur
les clauses d'amnistie, il n'y a pas de... il n'y a pas de compromis à faire.
Je pense sincèrement que quelqu'un qui a
posé des gestes répréhensibles envers les enfants, ces gestes-là ne doivent pas
être effacés de son dossier après une
certaine période de temps. Je suis convaincu de ça. Alors, je ne sais pas si
vous souhaitez réagir, M. Gingras, peut-être, ou M. Piché...
M. Gingras
(Éric) : Bien...
M.
Drainville : ...qui en a parlé.
M. Gingras
(Éric) : Bien, je... Bien, je vous dirais, oui, j'aimerais ça réagir,
mais... mais je comprends que je ne vous ferai pas changer d'idée.
Par contre, l'enjeu,
la réalité de ce qui se passe dans les milieux, là, c'est que la façon qu'est
écrit le texte, c'est que 10, 12,
15 ans plus tard, alors que la personne s'est amendée, on peut y faire
référence pour x raisons. Puis la réalité
du milieu, c'est que les gens se parlent, il se passe des choses, quelqu'un à
la retraite dit : Ah! j'ai déjà entendu ce nom-là, il y fait référence. C'est ce genre de choses là qu'on
veut... qu'on veut éviter, parce qu'on voit, là, même... Parce que là, vous comprenez qu'on fait plusieurs
projets de loi en même temps, là, et hier, on était sur PL 47 — 42,
oui, désolé, je me mélange, M. le ministre — mais, à plusieurs endroits, on note l'importance de
se réhabiliter, à plusieurs endroits,
même quand on vient parler des lois sur la construction pour... pour permettre
de ramener des gens au travail. On dit : Bien, on devra faire
attention au casier judiciaire puis...
Donc, tout ça, cette
notion-là au Québec est utilisée, mais, dans votre projet de loi... et bien
conscient qu'il faut protéger les enfants, puis on est là pour ça, on
reconnaît, mais il y a une limite qu'on ne peut pas passer, puis on pense
qu'avec contraindre les clauses d'amnistie... Puis je veux vous ramener, là, on
ne dit pas de biffer, hein, ce qu'on dit de
notre côté, c'est qu'on veut envoyer ça au local pour qu'il y ait une
discussion sur la portée, sur la durée. On pense qu'au Québec le
mur-à-mur n'est pas nécessaire tout le temps.
M.
Drainville : ...M. Gingras, que le local nous a bien servi en
cette matière? Parce que les... les écarts d'une convention collective locale à
une autre sont parfois très importants. Dans certains cas, la faute est effacée
après quelques semaines, quelques mois, dans certains cas, la période est
beaucoup plus longue. Et sur un enjeu comme celui-là,
il me semble que... Encore une fois, je... je ne vois pas comment on peut
accepter, comme société... avec toutes les histoires qu'on a vécues ces
derniers... dernières années, derniers mois, dernières années, je ne vois pas
comment on peut accepter qu'il y ait autant de différences d'une
convention collective à l'autre quand on parle de la protection des enfants,
je...
Alors, on m'écrit ici,
c'est de six mois à cinq ans actuellement. Dans certaines conventions
collectives locales, la faute disparaît du dossier après six mois. Dans
d'autres cas, ça peut aller jusqu'à cinq ans. Est-ce que vous êtes à
l'aise avec ça, M. Gingras?
• (11 h 40) •
M. Gingras (Éric) : Écoutez, juste
avant... je vais laisser mon collègue aussi y aller, mais je vous rappelle que,
dans notre mémoire, on propose des balises aussi. On dit qu'il faut que les...
il y ait une discussion entre les parties, hein, puis on donne certains points.
On pense vraiment que la notion de réhabilitation ne doit pas être tassée. Et, avec ce qui est proposé, on le met
complètement à côté. Donc, comment trouver un juste milieu? Alors, est-ce que
ce qu'on propose... matière à discussion,
c'est pour ça qu'on l'amène au local, avec certaines balises. Je vais laisser
mon collègue continuer.
M. Piché
(Jean-François) : Dans les milieux de travail, il peut arriver
toutes sortes de situations. Là, évidemment, quand on pense à un projet
de loi n° 47 et on a en tête une agression physique qui est totalement
inacceptable, évidemment... et là, quand ça se produit, on espère que ça ne se
produira pas, mais on est là pour se dire que ça peut arriver, malheureusement, un employeur, face à une agression claire, va
pouvoir passer directement au congédiement, là. La présence d'une clause
d'amnistie ne l'empêchera pas de faire ça.
D'autre part, on a probablement... on va avoir
probablement dans les milieux de travail, dans les... dans les établissements
et les centres de services scolaires... faire face à des situations où ça va
être un peu limite, des paroles prononcées, on se dit : Ce n'était
peut-être pas approprié. Et là est-ce qu'on va marquer ça à vie? C'est là où on
a un bémol. C'est toutes ces situations-là où il se produit des gestes qui sont
regrettables mais qu'on permet à la personne de s'amender parce qu'on se
dit : Écoute, ce n'était pas acceptable, ce que tu as fait, mais... donc
il y a une trace à ton dossier, mais, si tu... si ça va bien dans les... dans
les prochaines années, on va... on va effacer. C'est à ça qu'on réfère. On ne
réfère pas d'effacer un geste brutal, une violence claire et nette, ce n'est
pas ça, là, où ça, l'employeur a suffisamment d'outils pour aller au
congédiement direct, même s'il n'y a pas eu de mesure avant, même si l'employé
fautif n'a pas commis d'autres actes avant. Donc...
M. Drainville : Mais, si vous me
permettez, M. Piché, de vous interrompre, nous, les rapports que nous
avons, notamment des parents, c'est que les clauses disparaissent puis il n'y a
eu aucune forme d'amendement de la personne qui avait commis une faute pour
laquelle son dossier avait été modifié, là, une faute qui avait mené donc à une
forme de... de sanction, peut-être, là, dans certains cas. Bon, bien, la
sanction est disparue du dossier, puis l'employé ne s'est jamais amendé, ça a
continué, tu sais, il n'y a jamais eu de... En tout cas, c'est des témoignages
qu'on nous rapporte. En d'autres mots, c'est arrivé, là, selon des témoignages
que nous avons, qui sont tout à fait crédibles, que ce processus de
réhabilitation dont vous vous réclamez ne se vérifie pas, ne se confirme pas.
La personne sait, parce qu'elle a la convention collective locale, elle sait
qu'après quelques mois la faute va disparaître de son dossier. Ça fait que j'imagine que, dans certains cas, tu te
tiens tranquille, tu fais attention puis tu sais qu'au bout de quelques
mois on recommence à zéro, c'est la... c'est la page vierge. Alors, c'est la
réalité qu'on nous rapporte.
M. Gingras (Éric) : Est-ce que tu
veux y aller rapidement?
M. Piché (Jean-François) : Oui,
bien, rapidement, est-ce que les parties locales, parce qu'on ramène toujours
aux parties locales, pourraient peut-être décider de dire : Bien, lorsque
ça se produira, des gestes qui ne méritent pas un congédiement directement, des
mesures mises en place destinées aux personnes qui ont commis les fautes de se réhabiliter, un processus interne par
lequel la personne va devoir réfléchir, va devoir faire un... une... je ne
sais pas, moi, des démarches pour
reconnaître que son comportement est inapproprié et s'amender? Je pense que,
là, les milieux de travail peuvent avoir des outils en ce sens aussi.
M. Gingras (Éric) : Et vous apportez
l'exemple de paroles de... qui vous sont rapportées, puis impossible non plus
pour moi de vous dire que ce n'est pas vrai, là, mais la réalité...
Présentement, je suis président de la CSQ, mais j'ai été président d'une
organisation locale sur la Rive-Sud de Montréal qui représentait 10 000...
qui représente encore 10 000 membres...
M. Drainville : On a fait des entrevues,
vous et moi, d'ailleurs, à ce titre.
M. Gingras (Éric) : C'est déjà
arrivé, c'est déjà arrivé. Mais la réalité, là, c'est que les éléments dont
vous parlez... Écoutez, un parent... Lorsqu'arrive cette clause d'amnistie en
jeu, ça peut se passer sur plusieurs années, là, vous l'avez dit vous-même,
entre six mois et cinq ans. Là, le parent dit : Il ne s'est rien
passé, mais moi, je vous dirais : Ce
n'est pas tout à fait vrai. Donc, c'est pour cette raison-là, je pense, que là
on essaie complètement de tasser la notion de réhabilitation.
Alors, ce qu'on vous ramène, c'est l'idée de
dire : On comprend où vous voulez aller, on comprend le fait qu'il y a quelque chose à travailler, parce que
pour certains gestes... Puis on le reconnaît, on dit même que... c'est un
syndicat qui vous le dit, on dit même
que, pour certains gestes, pas de gradation des sanctions, puis allons-y
directement avec une sanction plus importante.
M. Drainville : De congédiement...
M. Gingras
(Éric) : Pouvant aller jusqu'au congédiement, bien sûr. On ne défendra
jamais l'indéfendable. Par contre, la notion de réhabilitation doit rester. Et
là, le projet de loi l'enlève complètement. C'est davantage ça. Peut-être tu
voulais ajouter quelque chose?
Mme Chabot (Nathalie) : Bien, simplement l'importance des mesures, justement, mises
en place pour favoriser cette
réhabilitation-là, dans une optique aussi de prévenir la répétition de ces...
de ces comportements malheureux. Donc, c'est... c'est là tout le sens de
la notion de réhabilitation, puis c'est ça qu'on veut conserver. Puis, s'il y a
de quoi à faire de plus, bien, mettons des mesures pour s'assurer que ça ne se
reproduise pas.
M. Drainville : Il me reste combien
de temps, Mme la Présidente?
La Présidente (Mme Dionne) :
Il
vous reste quatre minutes, M. le ministre.
M. Drainville : Vous nous faites une
suggestion, votre recommandation 6, vous proposez, dans le fond, que le
signalement se fasse par le centre de services scolaire plutôt que par la
personne qui aurait observé, donc, un comportement mettant en danger la
sécurité de l'enfant. Alors, ce que l'on dit actuellement, nous, c'est que,
s'il y a un tel comportement qui est observé
par un employé de centre de services scolaire, bien, à ce moment-là, s'il voit
qu'un enseignant a commis une faute grave, il doit signaler sans délai
la situation au ministre. Vous, vous souhaitez un changement à cette
disposition. Expliquez-nous le sens de la proposition que vous faites.
Mme
Chabot (Nathalie) : Oui. Bien, dans le fond, ce qu'on dit,
c'est : Il y a déjà une obligation de signalement à travers le code
d'éthique pour tout comportement pouvant raisonnablement faire craindre pour la
sécurité. On a...
M. Drainville : ...au centre de
services scolaire, dans ce cas-ci, oui.
Mme Chabot (Nathalie) : Au centre de services scolaire, c'est ça, exactement. Donc,
on ne voit pas la nécessité... Parce que, dans notre mémoire, on a aussi une...
on n'en a pas parlé, mais on a une section aussi sur la multitude de voies
possibles pour faire des signalements, qui peuvent entraîner de la confusion, à
un moment donné, chez les gens. Puis ça...
ça a été relevé d'ailleurs dans le rapport d'enquête administrative, les gens
ne savent plus à quelle porte cogner.
Donc, il y a déjà une obligation de signalement, à travers le code d'éthique,
auprès du centre de services scolaire.
Ça fait que nous, ce qu'on dit, c'est :
Simplifions les choses. Les gens, ils l'ont, l'obligation, alors, qu'ils le
fassent auprès de leur direction, de leur centre de services scolaire. Et là,
eux, les cadres, les directions, les cadres en charge du traitement des plaintes, des signalements, seront premièrement
beaucoup plus à même de juger si le cas dont il est question est suffisamment
grave pour être référé au ministre. Parce que ce n'est pas si évident pour tout
le monde, de pouvoir juger de ça,
surtout avec une notion aussi large que celle qu'on a dans le projet de loi.
Donc, ces gens-là, ils sont plus habitués, ils sont plus habilités à
poser un jugement.
Et l'autre
chose, c'est que ça peut être peut-être plus facile d'en parler à sa direction
ou à son centre de services scolaire que se dire : Oh! il faut que
je le dise au ministre, comment je fais ça, par où, par quelle porte je fais
ça? Donc, il y a l'obligation, ça se fait à
l'établissement, au centre... ou au centre de services scolaire, ensuite, ça
chemine au ministre, si c'est... si
c'est nécessaire. Et là, là le ministre peut déclencher une enquête après avoir
vérifié les renseignements, tel que prévu dans le projet de loi.
M. Drainville : OK, je comprends
votre... je comprends la logique de votre proposition. Mais... mais... Je ne
veux pas qu'on s'obstine, là, comme dirait l'autre, mais vous êtes conscients
du fait que, dans le cas de 262, c'est en lien avec l'article 26 de la Loi
sur l'instruction publique, là, c'est le mécanisme qui permet au ministre de
déclencher un comité d'enquête qui
pourrait... qui pourra ou qui pourrait recommander soit la suspension ou même
la révocation du brevet, ou rien du tout, là, ça arrive, ça aussi,
évidemment. Donc, c'est... L'article 262 se situe dans le prolongement de l'article 26, on s'entend là-dessus. Très
bien. Oui, c'est ça, c'est en lien avec mes fonctions vis-à-vis les autorisations
d'enseigner, puisque c'est le ministre qui
délivre les autorisations d'enseigner, donc le brevet, l'autorisation provisoire
d'enseigner et le permis probatoire.
• (11 h 50) •
La Présidente (Mme Dionne) : ...
M. Drainville : Bon, bien,
10 secondes, assez pour vous remercier de vous être déplacés et vous
remercier pour votre état d'esprit très constructif. Merci.
La Présidente (Mme Dionne) : Merci
beaucoup pour ces échanges. Je cède maintenant la parole à Mme la députée de Saint-Laurent.
Mme Rizqy : Merci beaucoup. Bonjour
et bienvenue parmi nous. Juste pour revenir, parce que... Dans les fautes qui
peuvent être commises, là, dans la jurisprudence et dans... pour aller dans un
congédiement, on parle d'une faute grave,
là, c'est... puis, des fois, on n'a pas les critères. Puis, nous, comme
législateurs... Demain matin, là, moi, je ne peux pas commencer à imposer qu'est-ce que moi, personnellement, je
considère une faute grave. Je vais vous donner quelques exemples. Évidemment, quand on est dans
un cas d'agression sexuelle, là, c'est assez une faute grave, là, pour
tout le monde, ça... la jurisprudence là-dessus est assez claire.
Par contre, hier, j'ai donné en exemple des
sextos graphiques : pêches, aubergines. Nous, les adultes, on comprend ça
assez vite, mais les jeunes aussi comprennent assez vite. Là, première offense.
Ce n'est peut-être pas assez grave pour mener à un congédiement, mais à une
suspension, mais ça reste à caractère sexuel. Et, disons que la personne, par
la suite, on apprend... texte le soir un élève, entre 10 heures et
2 heures du matin, ce qui est complètement inapproprié, ça ne sera pas
considéré une faute grave pour le congédiement, mais c'est quand même quelque chose qui est important. Et c'est là qu'on
veut appliquer la gradation des sanctions. Je veux dire, ce n'est pas la première fois. Une fois, il a traversé la ligne,
mais là, cette fois-ci, il a été assez intelligent, la personne... la personne
a été assez intelligente pour ne pas traverser la ligne de sens
graphique, mais continue d'entretenir cette relation, et c'est quand même très
difficile, à ce moment-là, de protéger.
Moi, ma question : Est-ce qu'on devrait
plutôt... J'ai l'impression que, pour vous... puis peut-être parce que le
projet de loi ne le mentionne pas clairement, on vise des violences à caractère
sexuel, tu sais, ce n'est pas marqué nulle
part, violences à caractère sexuel. Est-ce qu'on devrait circonscrire que
qu'est-ce qu'on veut vraiment enlever, c'est l'amnistie en matière de
tout ce qui est à connotation sexuelle, mais aussi les violences physiques,
psychologiques? Je ne parle pas, ici, par exemple, d'un impair qui a été commis
au travail, que, par exemple, la personne arrive très souvent en retard, là,
ça, ça... tu sais, ce n'est pas ça que je vise, là, mais vraiment lorsqu'on
parle de l'intégrité physique et psychologique d'un élève, là.
M. Gingras (Éric) : Bien, écoutez,
je pense qu'on a démontré, puis je vais vous... juste vous le rappeler, comme j'ai dit, on a plusieurs commissions, mais,
lorsqu'on parle de violences à caractère sexuel, on reconnaît la gravité,
au niveau de la CSQ, et on reconnaît que ça
doit être traité à part. Et c'est pour cette raison-là qu'on a parlé, dans
l'autre projet de loi, de la notion de cinq ans. Puis, soit dit en
passant...
Mme Rizqy : La notion de quoi?
M. Gingras (Éric) : La notion
d'avoir une amnistie, mais sur cinq ans, donc de permettre quand même de
les garder, mais pendant cinq ans, donc de prolonger la période. Puis je
vais juste terminer avec ça parce que, même le trio d'expertes, là, qui avaient
été mandatées par le gouvernement est venu confirmer, même, hier, en commission
parlementaire, que, malgré tout, malgré l'importance des gestes à caractère
sexuel, des violences à caractère sexuel, ça
prend quand même un délai. C'est comme ça qu'est construit notre droit, et,
dans ce sens-là, non seulement il faut être en mesure de circonscrire
certains éléments, vous le nommez très bien, mais il faut être en mesure quand
même de garder un certain délai.
Et c'est là qu'on arrive, où on se dit :
Bien, au niveau de la violence à caractère sexuel, là, à ce moment-là, bien, on
vient augmenter. Et, quand on arrive avec les éléments... qui est très large,
avec notamment «comportement pouvant
raisonnablement faire craindre», bien là, on dit : Je pense qu'il y a une
discussion à y avoir, puis se dire : Bien, effectivement... et on
donne un cadre, donc des moments d'avoir cette discussion-là, qu'est-ce que ça
doit inclure.
Puis ça
m'amène à rappeler qu'on dit même aussi qu'on devrait y mettre aussi toute la
notion de réhabilitation, ce qu'on veut. Donc, on vient le faire, donc,
ici, le ministre tantôt disait que, des fois, ça ne se produit pas, on vient
l'ajouter dans notre cadre qu'on propose.
Mme Rizqy : OK, parce que...
Deux choses. C'est parce que la notion de «raisonnablement craindre», ça,
c'est pour un autre article. Au niveau des clauses d'amnistie, c'est
vraiment : La faute a été commise. Puis même, par exemple, lorsqu'une
personne fait une demande de pardon en matière de... sexuelle, ça reste quand
même dans le dossier pour... Lorsqu'on
demande une... une absence d'empêchement, qui vise des personnes vulnérables,
automatiquement ça va être indiqué. Donc, même au niveau, là, criminel,
lorsque c'est caractère sexuel, ça ne disparaît pas... en fait, ça ne disparaît
jamais, là, lorsqu'on ça vise les personnes vulnérables, et, dans les
vulnérables, évidemment, ce sont les mineurs
et les personnes aînées. Peut-être que, là-dessus, moi, je suis plus trop fort,
casse pas, là, je suis comme ça dans... pour... parce qu'honnêtement on
a eu trop de cas.
Puis vous,
vous représentez les TES notamment, pas juste les TES, mais les techniciens en
éducation spécialisée. Eux voient
plusieurs élèves, ils ne sont pas juste dans une classe, alors souvent, c'est
eux qui recueillent le témoignage. Puis, de ce que moi, j'ai entendu, c'est
qu'ils dénoncent à... disons, à la direction, on fait un signalement,
puis, après ça, plus rien. Et eux, ça crée de la frustration parce qu'ils...
ils ne savent plus... OK, mais pourquoi qu'il n'est pas arrivé quelque chose?
Puis, après ça, on apprend que la personne qui a été dénoncée, elle est rendue
dans une autre école, a été changée de place. Et j'ai l'impression que, même
pour vos membres, c'est important de savoir que le ménage est fait correctement,
parce que, malheureusement, il y a des gens qui ne sont pas à la bonne place, que ce n'est pas leur place à l'école avec des
mineurs et qui savent profiter du système. Puis moi, je vous le dis, la très,
très grande majorité, là, on n'aura pas de problème avec ça. J'ai l'impression
que c'est une infime... que c'est une minorité, là, mais qui savent
pertinemment quand le compteur arrête puis quand est-ce qu'ils peuvent
recommencer leur stratagème.
M. Gingras
(Éric) : Mais c'est pour cette raison-là qu'on va dans le sens aussi
de... lorsque la faute est rapportée à la direction, par exemple, comme vous
nommez les TES, qui le font, bien là, on dit que, l'obligation, on ne remet pas
en question l'obligation de le dire au ministre à ce moment-là pour qu'il se
passe quelque chose. Donc, c'est vraiment ce qu'on a
cherché à faire dans le mémoire proposé, c'est de regarder l'ensemble, bien
sûr, de ce qui nous... de ce qui était sur
la table, mais d'avoir un certain équilibre en fonction des gestes posés, en
fonction des réalités aussi du terrain, parce que c'est certain qu'on
aborde les cas les plus graves, puis je pense qu'il faut en tenir compte. Puis, quand on parle de grave, on parle de...
souvent de séquelles et non pas simplement du geste qui va... qui va amener,
en relation de travail, un congédiement. Ça, on peut dire que c'est... La
notion de grave, ça, c'est ce que vous disiez, mais la notion de grave, c'est
sur l'impact sur les jeunes. Donc, c'est pour ça qu'on cherche à l'encadrer, et
non pas minimiser, mais à aller chercher,
là, quelque chose qui nous permet d'avoir un certain équilibre. Et c'est ça
qu'on fait dans l'ensemble du mémoire, là.
Mme Rizqy : Puis certains de vos membres — tu
sais, c'est sûr, sur les réseaux sociaux, ils nous communiquent — disent
la chose suivante : Moi, je n'ai eu aucun support une fois que j'ai
dénoncé, que j'ai pris mon courage, je suis allé dénoncer. Puis ces gens-là
recueillent des témoignages assez bouleversants et, des fois, quand ils sentent
qu'il y a eu de l'impunité ou qu'il n'y a pas eu... en fait, de... d'arrêt
d'agir pour mieux protéger le jeune, puis que, rendu dans les autres écoles,
eux autres, ça vient les chercher, ils ont un sentiment qu'on n'est pas allé au bout des choses, on n'a pas correctement...
Alors, ils portent ce fardeau aussi entre eux. Même si ce n'est pas eux,
la victime, ça devient des victimes collatérales. Et, s'ils osent poser une
question de suivi, on leur dit : Mêle-toi de tes affaires. Alors, il y a
ça aussi qui est comme un enjeu, mais il me semble qu'on devrait mieux
accompagner ceux qui vont dénoncer.
Mme
Chabot (Nathalie) : Tout à fait. Ce que
vous dites, c'est important parce que c'est toute la notion de prise en charge
aussi de la personne qui commet des gestes malheureux, des gestes qui ne
devraient pas être commis. Et c'est pour ça qu'on insiste dans notre mémoire
pour dire : Il faut en mettre en place, des mesures qui vont... qui vont
aider la personne, là, de manière à ce que ça ne se reproduise pas. C'est sûr,
ça ne suffit pas, là, de dire : Bien, on va... on va changer la personne
d'école, comme dans l'exemple que vous dites, là. Donc, ça, c'est un... Ça,
c'est très important. Puis là on est dans la prise en charge, et ce n'est pas
les... Les clauses d'amnistie, elles ne vont pas empêcher cette prise en
charge. Ça fait qu'il y a quelque chose là, il y a une faille là à travailler,
puis c'est pour ça que, dans notre recommandation, on dit : Il faut
regarder les mesures à mettre en place, et... c'est ça.
Puis, oui,
effectivement, les personnes qui signalent, on parlait tantôt de mettre en
place des protections contre les
représailles, mais aussi c'est vrai qu'il ne faut pas les laisser comme ça dans
le vide, sans suivi, là. Je pense que ça, ça... c'est important aussi.
M. Gingras
(Éric) : Et peut-être, peut-être juste ajouter, là, aussi, il y a... il
y a deux autres éléments. Parce qu'on
parle de l'importance, donc, de la prévention, l'importance de l'encadrement,
mais l'importance de la responsabilité de l'employeur aussi, hein? La
responsabilité de l'employeur d'offrir un milieu exempt de violence, là, ce
n'est pas... ce n'est pas n'importe quoi. Donc, ce qu'on veut, c'est qu'il
puisse continuer à avoir cette obligation-là. Et, bien souvent, si on dit qu'on
ne donne pas suite, bien, souvent, c'est parce qu'on préfère mettre ça en
dessous du tapis. Donc, la responsabilité de
l'employeur est primordiale. Et moi, je vous dirais que l'ensemble de nos
membres vont être bien contents d'avoir un employeur qui va réellement
s'occuper de ces enjeux-là. Donc, c'est pour cette raison-là que cet aspect-là
devient très important. Puis ma collègue le disait, là, le but de notre
mémoire, c'est d'être en mesure d'avoir cette équipe... cet équilibre-là, de
permettre à l'employeur, justement, de prendre ses responsabilités, tu sais. Et
ça, c'est vraiment le message qu'on veut aussi envoyer, là.
• (12 heures) •
Mme Rizqy :
...j'ai deux questions en terminant. On ne mentionne pas les actes
dérogatoires, élèves entre élèves, élèves
envers le personnel, et on ne mentionne pas non plus tout le volet sportif qui
se passe dans les plateaux sportifs qui appartiennent aux écoles. C'est
les mêmes élèves, sur le même gymnase. Puis tout à coup, ah, les fédérations sportives ne sont pas visées, alors qu'ils
rentrent en contact avec des élèves et que ça peut très bien arriver que ce
soit un de vos membres qui reçoit le
témoignage qu'il est arrivé telle chose avec son entraîneur. Donc, est-ce qu'on
ouvre puis on ratisse beaucoup plus large et on s'assure de couvrir
aussi ces aspects-là?
Et
deuxième question. Moi, j'aimerais ça qu'un jour qu'on m'explique comment ça
va... Reprenons l'exemple de la
classe... de la classe à Chantal, où est-ce qu'elle criait tellement fort que
tu te dis : C'est impossible que personne ne l'ait entendue. Mais
est-ce que c'est possible que tout le monde... beaucoup de monde l'ont
entendue, mais se sont dit : Bien, la direction aussi est supposée de
l'entendre, tellement que... Puis ce n'est peut-être pas la première fois.
Pourquoi qu'il n'y a pas eu un arrêt d'agir? Pourquoi qu'il n'y a pas eu de...
justement, la prévention ou... parce qu'à un
moment donné c'était rendu tellement fort... Pourquoi que les gens n'ont pas
parlé? Est-ce que c'est parce qu'ils ont tous eu peur de parler?
M. Gingras
(Éric) : Bien, à votre dernier élément, là, je pense, ma collègue va
pouvoir vous répondre sur élargir, mais... mais pour ce qui est du dernier
élément, moi, je vous l'ai... je vous dirais que j'ai à intervenir publiquement beaucoup sur ces notions-là, puis
c'est tolérance zéro, là, qui devrait être prônée par l'ensemble de la société.
Mme Rizqy : Une seconde. Moi, là,
tolérance zéro, je l'ai vue dans plein d'affiches. Je ne l'ai jamais constaté
sur le terrain.
M. Gingras
(Éric) : Oui. Oui, mais c'est là... c'est là que je vous dis : Et
ça passe notamment par le rôle de l'employeur de ne pas minimiser ce qui se
passe. Et, bien souvent, les membres tentent de faire des interventions, et, des fois, oui, ils
vont... ils vont préférer fermer la porte de leur classe parce qu'ils vont se
dire : Bien, c'est à l'employeur aussi de le faire. C'est ce
message-là aussi qui est... qui est donné. Donc, la tolérance... Mais je dirais
qu'on le voit par écrit, mais je vous dirais que ça prendrait un réveil de la
société en général aussi, là, pour bien le comprendre, pas juste dans les
écoles, mais dans l'ensemble des milieux, là. Veux-tu...
Mme Chabot (Nathalie) : Oui. Pour ce qui est d'étendre, par exemple, tout le volet sportif ou...
Effectivement, le projet de loi ouvre déjà pour d'autres personnes que
le personnel. Mais, oui, pourquoi ne pas aller jusqu'au bout, jusqu'au bout de
l'oeuvre? Effectivement, c'est tout à fait pertinent.
La Présidente (Mme Dionne) :
En terminant, Mme Chabot.
Mme Chabot
(Nathalie) : Ah! je termine.
Mme Rizqy :
Merci beaucoup. Merci.
La Présidente
(Mme Dionne) : Désolée. Je cède maintenant la parole à Mme la
députée de Mercier.
Mme Ghazal :
Bien, merci. Merci beaucoup pour votre présentation. On a
quatre minutes, c'est ça? Quatre ou trois, je ne sais plus.
La Présidente
(Mme Dionne) : Quatre minutes exactement, oui.
Mme Ghazal :
Par rapport aux clauses d'amnistie, là, j'écoute ce que vous dites, puis
j'ai lu ce que vous avez écrit dans votre mémoire, est-ce que... Ça veut dire
que vous... Vous dites qu'il faut qu'il y ait aussi une culture de la
prévention. Ça ne peut pas être juste sur les épaules des individus. Mais les
clauses d'amnistie, c'est important, là, si quelqu'un a fait un comportement
grave ou qui a amené de la violence, par exemple, avec un élève et tout ça.
Puis vous parlez d'un processus de réhabilitation, pas juste l'effacer comme ça
parce que le délai est terminé. Ça serait
quoi par exemple? Comment est-ce qu'on... Ça serait quoi, un processus de
réhabilitation? Puis comment est-ce qu'on peut s'assurer qu'il a été
effectif? Est-ce que c'est quelque chose qu'on mettrait dans le dossier de
l'employé? Est-ce que c'est une formation? Concrètement, ça veut dire quoi puis
comment est-ce qu'on peut s'en assurer?
M. Piché
(Jean-François) : Bien, pour des... Pour une réhabilitation, ce qu'on
peut penser dans les milieux de travail, il
y a des programmes d'aide aux employés qui peuvent servir à ça. Donc, que
l'employé soit... passe par ce... passe
par ce biais-là, l'employé fautif passe par ce biais-là pour suivre une
thérapie dans laquelle il va pouvoir s'amender, comprendre que son
comportement est inacceptable socialement et qu'on ne peut pas s'en prendre à
des élèves, etc. Donc, je pense que les milieux de travail ont des outils où...
Et dans ce cadre-là, il y a des... je pense qu'il y a eu des suggestions à cet
effet-là, là, de rendre... Dans le cas d'une agression comme on parle, il
pourrait y avoir obligation de passer par là. Même si ce n'est pas écrit
textuellement, il y a de la jurisprudence à l'effet... Et les arbitres vont
être sensibles à ça. Si... Supposons qu'il
arrive un deuxième événement, puis l'employeur s'appuie sur le premier événement,
donc, la gradation des sanctions, impose des mesures disciplinaires plus
sévères ou va au congédiement, bien, à ce moment-là, l'arbitre va tenir compte
est-ce que cette personne-là, dans son processus de réhabilitation, a fait les efforts, a posé les gestes pour prendre conscience
que c'est inacceptable et de cesser son comportement. Donc, ça, ça pourrait
être pris en compte au niveau de la
jurisprudence quand il va arriver des situations comme ça. Donc, les lieux de
travail ont les outils pour permettre...
Mme Ghazal : Puis,
pour s'en assurer, il ne faut pas que la première, la gradation, la première
soit effacée, tu sais, parce que ça se pourrait que la deuxième arrive après
que la première soit effacée, ça fait qu'il n'y a pas de gradation des
sanctions.
M. Gingras
(Éric) : Ce qui est important, je pense... Je pense que votre question
illustre très bien aussi pourquoi on souhaite que les milieux puissent
l'encadrer. Parce qu'en fonction du type de geste, de ce qui est arrivé, ça
nous permet justement de se questionner. Parce que, là, on se dit : Bien
oui, on doit le garder, OK, mais ça dépend c'est quoi. L'exemple ici, on
dit : Bon, bien là, tu suis une thérapie. Suivre une thérapie, c'est une
chose, en fonction du type de gestes posés.
Par contre, il y a d'autres moments où ça va être parler trop fort. Donc, ça,
c'est autre chose, là.
Mme Ghazal : Ça
fait qu'il y a... Je n'ai pas beaucoup de questions. Vous, vous n'accepteriez
pas qu'il y ait une exception, là, par rapport à votre position pour les
clauses d'amnistie, pour les violences à caractère sexuel, peu importe leur
ampleur? C'est-à-dire que pour... Est-ce que... est-ce que vous accepteriez de
dire : Bien, pour les violences à caractère sexuel, ça, le fait, d'enlever
les clauses d'amnistie, ça, on est d'accord, mais, par exemple, pour
d'autres... ou, non, vous parlez de tous les...
M. Gingras (Éric) : On parle de tout. Par
contre, lorsque vient le temps de parler de violences à caractère sexuel, on
reconnaît qu'il y a quelque chose de particulier là, mais on ne veut pas les
retirer.
Mme Ghazal : Vous
ne voulez pas les retirer pour ce... parce que c'est différent. Puis vous
parlez beaucoup de la culture de prévention,
et tout ça. Est-ce que... je comprends que, peut-être, dans le projet de loi,
ce n'est pas aussi présent. Est-ce que vous êtes en faveur qu'il y ait
une loi-cadre? Tu sais, moi, j'en ai déposé une, là. Il y en a qui
disent : Bien, s'il y en a une, on va la regarder, mais ce n'est pas
nécessaire. Il y en a d'autres qui disent : Oui, c'est nécessaire. Vous, ce n'est pas écrit. J'aimerais
vous entendre là-dessus, une loi cadre sur les violences à caractère sexuel,
comme celle qui existe dans les cycles supérieurs.
La Présidente (Mme Dionne) :
Il
vous reste 30 secondes.
Mme Ghazal : Oui ou non.
Mme
Chabot (Nathalie) : Eh bien, je vais vous répondre ce que vous avez
répondu, c'est... ça peut être une voie intéressante, il faudrait voir
qu'est-ce que...
Mme Ghazal : Mais ce n'est pas
quelque chose que vous réclamez. J'essaie de voir l'ajout des gens dans la
société qui le demandent.
M. Gingras (Éric) : Ce n'est pas
écrit dans le mémoire, mais on serait prêt à la regarder.
Mme Ghazal : OK, très bien, merci.
La
Présidente (Mme Dionne) : Merci beaucoup pour votre contribution à notre
commission. Donc, je vous...
Et, étant donné l'heure, bien, la commission
suspend ses travaux jusqu'à 15 h 50.
(Suspension de la séance à 12 h 07)
(Reprise à 15 h 53)
La
Présidente (Mme Dionne) :
La Commission de la culture et de l'éducation reprend maintenant ses travaux.
Donc, j'aimerais souhaiter la bienvenue à
Mme Claire Beaumont, professeure titulaire à la Faculté des sciences de l'éducation à l'Université Laval. Donc, bonjour, Mme Beaumont. Je vous rappelle que vous avez
10 minutes pour nous faire votre
exposé, suite à cela on pourra procéder aux échanges avec les membres de la
commission. Alors, je vous cède la parole.
Mme Claire Beaumont
Mme Beaumont (Claire) : Mme la
Présidente, M. le ministre, Mmes et MM. les députés, je vous remercie d'abord
de m'avoir invité à émettre mes propos concernant cette loi si importante.
Alors, vous avez bien pris connaissance du
mémoire que j'ai déposé. Alors, je vous assure que je ne le relirai pas au complet avec vous. C'est l'histoire de deux
heures. Donc, ce que je vais faire, c'est que je vais revoir avec vous certains... certains passages pour arriver très
rapidement à la partie qui est... qui est intéressante, qui intéresse le plus de
monde possible sur les recommandations.
Donc alors, le mémoire comporte essentiellement,
bon, des informations qui vont permettre de comprendre comment on peut mettre
en place — alors,
je vous invite à rentrer dans une école — comment concrètement on peut
mettre en place des moyens pour arriver à faire respecter la loi, parce qu'on
vise, bien sûr, la protection des enfants et
leur bien-être. Alors, on va parler de comportements de maltraitance des
adultes, qu'ils soient de gravité majeure ou de gravité mineure, quelques
données sur quel est le portrait actuellement au niveau de ces types de
comportements-là. On va regarder rapidement les conséquences et pourquoi
certains membres du personnel scolaire agissent de façon agressive ou de façon
inappropriée envers les enfants. On va voir comment que la lutte contre la
violence à l'école, ce n'est pas que l'affaire des enfants. Et enfin on va
regarder la... on va porter une petite attention, une attention, là, aux
dérives judiciaires qui peuvent être causées par des imprécisions dans le
processus d'analyse des signalements.
Alors, aujourd'hui, on parle davantage d'école
bienveillante, OK, on parle... Je parlais avec des collègues de l'UNESCO la semaine dernière, ils me parlaient des
nouveaux concepts d'école positive, des «happy schools», comment on vise aujourd'hui à créer des environnements
propices aux apprentissages et au climat scolaire. Alors, c'est donc dans
ce but-là où j'en profite pour amener l'importance... comment la qualité des
relations interpersonnelles entre des enseignants et les élèves, comment c'est
important et comment ça a des répercussions sur leurs apprentissages.
Donc, on sait que si la grande majorité du
personnel scolaire fait bien son travail avec des valeurs de bienveillance, est bien intentionné envers les
enfants, malheureusement, il va encore y avoir quelques individus qui vont
avoir besoin d'être ramenés à l'ordre très sérieusement.
Donc,
les comportements de maltraitance, alors c'est comme ça que je les ai nommés,
parce que ça comprend toutes les sortes de comportements dans les
recherches qu'on mène depuis 2012 au Québec avec notre monitorage national... (Interruption) ... — excusez,
je fais fermer ça — donc,
avec le monitorage national sur la violence dans les écoles, on a appelé les comportements de maltraitance ou
des comportements d'agression que des adultes peuvent avoir envers des enfants à l'école. Donc, quelques données qui y sont
tirées, vous pouvez voir à la page 3 : en 2019, on disait qu'il y avait un élève sur six au primaire et un élève
sur cinq au secondaire qui disaient avoir subi des cris, des humiliations,
des regards méprisants... (Interruption) ... — excusez-moi, je vais arrêter
ça, voilà — des
regards méprisants ou qui avaient subi des comportements de cet ordre-là de la
part d'un adulte à l'école. Je dirais aussi qu'en 2013, alors, le personnel scolaire voyait aussi de la maltraitance
que j'appellerais de la maltraitance, était aussi témoin des comportements,
des cris ou des humiliations de certains de
leurs collègues envers les enfants. Donc, en 2013, on disait qu'il y en avait
18,2 %, des adultes d'une école au secondaire... pardon, 18 % au
primaire et 36 % au secondaire, des adultes qui voyaient des collègues avoir ce genre de comportement-là envers les
enfants... (Interruption) ... — décidément,
ça n'arrêtera pas. Excusez. Alors, il fallait se pencher aussi pour voir
les conséquences. Alors, les conséquences sur... ça a des conséquences énormes sur le climat scolaire.
Lorsqu'on voit ce type de comportement-là envers des enfants, le malaise
que ça crée, par des membres du personnel scolaire, de voir des collègues agir
de la façon... de cette façon-là, il y a des
conséquences personnelles sur les élèves qui le voient, qui le subissent et
aussi sur le climat de l'école. Alors, il y a vraiment des conséquences
importantes là-dessus.
Alors, pourquoi
certains membres du personnel agissent de cette façon-là?
(Interruption)
Mme Beaumont (Claire) :
Est-ce que vous l'entendez?
Une voix : ...
• (16 heures) •
Mme Beaumont (Claire) : Oui,
hein, parfait. Parce que là, là, je ne sais pas trop ce qui se passe avec ça.
Je l'avais fermé. C'est l'Internet. Et voilà, ça ne devrait plus se
passer.
Alors, pourquoi
certains adultes agissent de cette façon-là? C'est important de le savoir parce
que si on veut mettre en place des moyens de
prévention pour les prévenir et si on veut mettre en place des moyens pour
sensibiliser l'ensemble du personnel
scolaire, il faut comprendre pourquoi des personnes agissent de cette façon-là.
Alors, on a identifié des raisons dans la recherche, des... qu'est-ce
qui expliquait pourquoi.
Alors, on prend le
poids d'une tradition disciplinaire. Il y a des enseignants puis des adultes
qui pensent vraiment que c'est essentiel et que c'est efficace d'utiliser des
méthodes en humiliant, ou en criant, ou vraiment en rabaissant des élèves,
c'est une croyance d'efficacité; un manque d'habileté de gestion de classe, et
j'entends ici, gestion de classe, ce n'est
pas juste gérer les comportements des enfants, mais c'est de gérer toute la vie
dans une classe; un faible sentiment
d'efficacité; et des difficultés socioémotionnelles de la part des adultes,
alors ils ont de la difficulté à gérer leurs émotions. On peut dire...
Bon, parfois il y en a qui pètent une coche, si on peut dire, mais... la
difficulté à gérer tout ça. Donc, la lutte contre la violence dans les écoles,
ce n'est pas juste l'affaire des élèves. En fait, on voit que dans des écoles
où on observe des mauvais... des mauvais... plus... on observe des mauvais
traitements des adultes envers les élèves, on observe aussi plus d'agressions
entre les élèves, et on observe aussi plus d'agressions des élèves envers le
personnel scolaire. Donc, c'est... ce sont toutes des interactions qu'il faut
prendre en compte quand on parle d'établir un climat scolaire sain et
sécurisant et agréable, OK? Donc, quand les élèves voient des adultes agir de cette façon-là, alors qu'eux,
lorsqu'ils se comportent de cette façon-là, on ne leur permet pas, alors ils se
posent de sérieuses questions.
Alors,
on pourrait faire... on pourrait parler aussi de faire attention aux dérives
judiciaires qui sont susceptibles de causer des dommages, OK, parce que,
quand on parle de toucher physique, alors, dans la littérature, on voit que les
comportements de toucher envers des enfants, ça peut être aussi favorisant...
c'est... c'est bon pour l'équilibre des enfants.
Donc, ils... ils établissaient dans la littérature... Mon collègue Denis
Jeffrey, notamment, un chercheur québécois, identifiait quatre types de
touchers, qu'il indique, pédagogiques, mais qui pouvaient être mal interprétés
lorsqu'on... on analyse des situations, donc des touchers pédagogiques
bienveillants, sécurisants.
Alors, les articles
de loi. Je vais arriver aux recommandations, je n'aurai pas le temps de toutes
les voir, mais vous me reprendrez dans le tournant avec vos questions. Alors,
bien sûr, les articles sur... Concernant les articles de loi, alors, je suis
d'avis aussi qu'il ne faut pas limiter seulement à... la loi... inclure juste
les élèves mineurs, puisqu'on peut voir qu'il y a même... Dans les documents
que je vous ai remis, la dernière étude de l'Institut de la statistique du
Québec, qui vient juste, juste de sortir, montre que pour des élèves de plus de
12 ans, qui incluent des adultes, on a aussi à peu près 18 %... il
s'agirait d'agressions qui viendraient du personnel scolaire. Alors, vous avez
ça dans le mémoire.
Dans le contexte
scolaire, il serait plus pertinent de considérer aussi tous les types
d'intervenants, OK, alors pas seulement les enseignants, c'est vraiment
important. C'est dans ce sens-là qu'on travaille pour la lutte contre la
violence à l'école dans les plans de lutte depuis 12 ans, alors on
sensibilise tous les... tous les adultes. Alors, baliser et décrire précisément les comportements qui sont
admis versus ceux qui ne sont pas admis et s'assurer aussi que les gens
qui... qui lisent les documents ou qui analysent les situations le fassent en
contexte scolaire, parce que c'est un contexte
bien particulier, et la... Dans les écoles on sait que toutes les professions
qui ont eu à... qui ont rapport à l'éducation, ce sont les professions
relationnelles, donc la qualité des relations est d'une importance capitale.
Clarifier certains
termes dans la... dans la loi, où on a eu des difficultés aussi avec ces
termes-là dans les plans de lutte, et ça
continue encore, de clarifier «signalement» et le terme «plainte», qui posent
vraiment des problèmes d'interprétation tant pour le personnel scolaire
que pour les... les directions aussi.
S'assurer tout au long du processus — ça...
bon, ça, j'en ai parlé — qu'on
comprenne les situations, qu'on analyse les situations en contexte, OK, parce
que les intervenants scolaires ont souvent à agir en situation d'urgence, toujours centrés... On souhaite qu'ils soient toujours
centrés sur le bien-être des enfants, alors le bien-être des autres, s'il
arrive une situation problématique...
Le guide dont il est question... qu'il sera
question, il faudrait qu'il porte, à mon avis, vraiment sur les... préciser
qu'est-ce qu'on attend si on veut aller chercher la mobilisation du personnel
scolaire ou des adultes, les sensibiliser aux notions de bien-être qu'il y a
derrière, par exemple, le fait de signaler. Alors, ce n'est pas évident quand
on dit de dénoncer. Ça ne fonctionnait pas avec les enfants ou avec les
adolescents dans le plan de lutte. Quand on
a commencé à changer le terme «dénoncer» pour «signaler», et quand on travaille
sur le fait que c'est pour le bien des enfants et c'est pour le bien
qu'on fait ça, on a plus de chances que la mobilisation des... des personnes se
mobilisent pour vraiment aller toutes dans le même sens. Alors, des moyens.
Moi, je proposerais que le guide soit accompagné des conditions qui
permettent... OK, comme des suggestions à donner au milieu scolaire pour des
conditions à mettre en place pour sensibiliser le personnel à l'importance du
bien-être et de la protection. Je ne parle pas juste de la protection, je parle
aussi du bien-être des enfants, et... Parce que nous autres, en contexte scolaire...
La Présidente (Mme Dionne) :
En terminant, Mme Beaumont. Il vous reste 10 secondes.
Mme Beaumont (Claire) : Parfait.
Alors, en contexte scolaire, ce qu'on fait, c'est qu'on... on travaille pour
des meilleures relations et on travaille pour mettre en... en place des
conditions qui feront que la loi sera mieux respectée aussi. Alors, voilà.
La
Présidente (Mme Dionne) : Merci beaucoup. Merci pour cet exposé. Donc, nous
allons maintenant procéder à la période d'échange. Donc, M. le
ministre, je vous laisse la parole.
M. Drainville : Bonjour,
Mme Beaumont. Merci beaucoup. J'ai trouvé votre mémoire bien... bien
schématisé et bien vulgarisé. Je vous en félicite.
Mme Beaumont (Claire) : Merci.
M. Drainville : Quelques
questions. D'abord, je veux juste vous dire, mais je pense que vous devez le
savoir déjà, là, que sur... l'idée de
ne pas se limiter aux élèves mineurs, on en a pris bonne note, là. On va
bonifier. On va dire ça comme ça, OK?
Alors, sur le guide, le guide élargi des... des
antécédents judiciaires, donc qui va... qui va être... qui va s'appliquer
dorénavant aux antécédents, mais aussi aux comportements pouvant faire craindre
pour la sécurité physique et... et psychologique, c'est sûr qu'il y aura des
ajouts, il y aura des détails supplémentaires. On va essayer de... d'outiller
le plus possible les personnes qui doivent appliquer la loi avec un guide qui
soit le plus complet possible, là. Tu sais,
on va essayer de... d'être le plus vulgarisé... justement, d'avoir un guide qui
soit le plus vulgarisé possible, puis... Alors ça, je... je veux que
vous sachiez que vous êtes bien entendue là-dessus.
Alors, dites-moi... Vous dites : Revoir les
termes «signalement» et «plainte». Pour les fins de la discussion ou pour les
gens qui nous écoutent, la différence entre les deux, entre «signalement» et
«plainte», d'une manière schématisée, là?
Mme Beaumont
(Claire) : Bien, je dirais qu'une plainte, c'est... c'est
lorsqu'on n'est pas satisfait d'avoir... d'avoir obtenu un... un service
auquel on s'attendait. Puis un signalement, c'est différent, c'est de signaler
des situations qui sont problématiques, OK?
M. Drainville : OK.
Mme Beaumont (Claire) : Et ça
peut être... Un signalement peut vraiment faire rentrer quelque chose dans l'ordre... alors que si je signale, je passe mon
temps à signaler puis il ne se passe rien, bien là, je pense que je vais avoir
envie de faire une plainte.
M. Drainville : Oui, mais... Si
vous... si vous me... si vous me répondez que la... la définition est somme
toute assez convenue, si c'est déjà assez clair, quelle est la différence entre
les deux, pourquoi est-ce que vous sentez le besoin de nous recommander que les
termes soient bien définis?
Mme Beaumont
(Claire) : Pour faciliter, je dirais... Ce n'est pas évident
de faire une plainte, OK? Dans le fond, ce n'est pas évident de
signaler... même de signaler, parce qu'il y a toutes sortes d'enjeux qui sont
là-dedans, OK, toutes sortes d'enjeux. Donc,
moi, si je signale... Si je veux inciter les gens à faire plus de signalements,
OK, ou à... à déclarer davantage, il
faut qu'ils aient l'impression que c'est pour le bien. Alors, on peut...
C'est... c'est des termes qui sont, à mon avis, très différents sur le
terrain aussi, là, OK?
Une plainte, ça peut... OK, bon, je peux
peut-être préciser... Une plainte, ça peut être quelque chose qui... qui est
soumis à... à un décideur ou quelque chose qui va vouloir faire aller plus loin
parce que je n'ai pas été entendue, alors
qu'il y a des parents qui signalent très souvent, supposons, à une direction
d'école : Bon, mon enfant a vécu telle chose. Une fois. Ils rappellent...
Écoute... Ils signalent, et toujours dans l'entente... plus, là, pour essayer
de trouver une solution. Et finalement, quand ça fait cinq, six fois
puis qu'il voit qu'en signalant la situation il n'arrivera pas à avoir plus de services, bien, je pense qu'il faut qu'il aille à
une étape supérieure. Il peut se plaindre de ne pas avoir reçu le service. C'est du moins la façon dont moi
j'interprète ce que ça veut dire «plainte». Je sais — et
«signalement» — je
sais que... et j'ai vraiment... on a vraiment travaillé fort là-dessus dans les
écoles, quand on... on utilisait le terme «dénoncer», OK? Alors, les élèves ne voulaient pas dénoncer,
les pères ne voulaient pas dénoncer des situations lorsque des jeunes se
faisaient intimider, parce que dénoncer, c'était comme «stooler», puis ils
n'étaient pas dans la gang, et tout ça. Et lorsqu'on utilise des termes comme
«signaler», par exemple, OK, c'est... et qu'on le... le contextualise dans le
sens que par leurs actions, ils vont pouvoir créer le bien ou le bien-être de
quelqu'un, c'est important. Donc, si on veut mobiliser...
il faut bien choisir les mots. Je ne suis pas sûre... Est-ce que j'ai
répondu... à éclaircir la situation? Pas sûre.
• (16 h 10) •
M. Drainville :
Quand vous faites référence... Toujours au point 1.4, vous faites
référence à la loi visant à prévenir la violence à l'école, vous dites qu'il
faut revoir les termes «signalement» et «plainte». Enfin, vous dites :
Revoir aussi partout si les termes «signalement» et «plainte» sont bien
définis, pour éviter les mêmes problèmes que ceux
rencontrés dans l'application de la loi visant à prévenir la violence à
l'école. Ça, c'est la loi de Mme Beauchamp, c'est ça qui a mené à
la création...
Mme Beaumont (Claire) : C'est
la loi... En fait, c'était... c'est ce qu'on lit dans les documents pour faire
les plans de lutte sur la violence et l'intimidation, exactement.
M. Drainville :
C'est ça, c'est que je... Voilà, exact, c'est la loi de Mme Beauchamp.
Mme Beaumont
(Claire) : C'est ça. Et, quand je dis «revoir», excusez-moi, je ne
veux pas dire de toutes les remplacer, mais je veux dire de s'assurer que,
partout dans les documents, quand on utilise, là, ces termes-là, que c'est ça qu'on veut dire, parce que, quand ça
redescend sur le terrain, ce n'est pas compris de la même façon nécessairement.
M. Drainville :
Très bien.
Mme Beaumont
(Claire) : Et un parent qui n'est pas content, par exemple, d'une
situation qui se produit envers son enfant,
bien, pour lui aussi, c'est différent, parce que le signalement, il va...
c'est... le... le signe, ça le dit dans le terme, là, c'est le signe
qu'il n'est pas content ou qu'il voudrait avoir un service.
M. Drainville : Le point 1.5,
«s'assurer tout au long du processus que les personnes qui analysent les
dossiers aient une bonne connaissance du milieu scolaire afin qu'elles
puissent juger de l'intentionnalité des gestes posés, exemple : gestes pédagogiques bienveillants, sécurisants et
protecteurs et/ou liés à des soins corporels et du contexte», est-ce que
vous pouvez nous donner un petit peu plus de détails sur ces différents
exemples que vous donnez?
Mme Beaumont
(Claire) : Oui, bien sûr. En fait, je vous référerais, là, au... à
l'ouvrage de Denis Jeffrey, qui s'intitule Enseignants
et enseignantes ont tous un risque d'une poursuite criminelle pour voies de
fait, OK? Dans le sens qu'il est arrivé...
M. Drainville :
Attendez un peu, là. Répétez ce que vous venez de dire.
Mme Beaumont (Claire) : En
fait, dans... dans mon mémoire, je fais référence à un... un ouvrage de Denis
Jeffrey, qui est spécialiste en éthique, et il travaille beaucoup avec
les milieux scolaires, et son ouvrage s'appelle Enseignants et
enseignantes : tous et toutes à risque d'une poursuite criminelle pour
voies de faitou attouchements sexuels. Dans son livre, il mentionne
des situations ou des cas où des... des adultes, des enseignants, qui
faisaient, de bonne foi... en tout cas,
c'était écrit comme ça... qui avaient des intentions positives, qui avaient
posé des gestes, qui se sont retrouvés avec des accusations criminelles,
pour, finalement, être acquittés, au final, OK?
M. Drainville :
Au Québec, ça?
Mme Beaumont (Claire) : Il
semble que oui. C'est extrêmement... C'est un volume extrêmement intéressant.
Et je... mon collègue Jeffrey a aussi déposé un mémoire — je
crois qu'il l'a fait ou qu'il va le faire, là — sur les aspects éthiques au niveau des... des
comportements qui sont... bien, je veux dire, au niveau de ce qui pourrait être
balisé comme comportements physiques,
comme touchers physiques. C'est vraiment extrêmement intéressant. Moi, ce n'est
pas mon domaine. Par contre, je
voulais vraiment l'apporter, parce que... pour... pour mentionner comment le
contexte scolaire est particulier, et comment... comment que des
enseignants se font dire de ne plus toucher à des élèves, ou des... ou de ne
plus jamais être seul avec des élèves, par crainte d'avoir à subir des
poursuites, là.
Tu
sais, il y a... il y a comme... ce n'est... ce n'est pas évident, mais il y a
comme une... des justes... une... une juste compréhension à avoir pour,
aussi, baliser les comportements des... les interventions des adultes, je veux
dire, quand on parle de donner une poignée de main, de serrer la main, de... de
toucher un élève pour le... pour le consoler ou, bon, des choses comme ça. Alors, dans les quatre aspects que j'ai mis
dans la parenthèse, de dire de vraiment s'assurer que les personnes
comprennent le contexte quand ils vont juger les causes.
M. Drainville : Vous
croyez qu'on en est rendus là, c'est-à-dire une enseignante qui pose la main
sur l'épaule d'un enfant ou un
enseignant qui pose la main sur l'épaule d'un enfant pour le... le réconforter
et qui pourrait être... en fait, ce
geste de bienveillance pourrait avoir pour effet de... de mener à... à une
dénonciation, par exemple, à...
Mme Beaumont
(Claire) : En fait, ce n'est pas...
M. Drainville :
...pourrait être mal... tellement mal interprété que, plutôt que d'être un
geste de douceur puis un geste de réconfort, ça devienne un geste d'agression
ou à tout le moins un geste qui remet en question la sécurité physique ou
psychologique de l'enfant? Vous croyez qu'on en est rendus là,
Mme Beaumont?
Mme Beaumont
(Claire) : Bien, ce que je pense, c'est que le contexte... on ne
connaît pas des éléments de contexte, la relation avec les... la relation qui
se passe avec les parents, la relation... Tout le contexte autour doit être pris en considération, OK? Alors, ce que je trouve
un peu dommage, mais qui est... qui est quand même, les faits, c'est que des étudiants se font dire, dès la formation
initiale... puis des enseignants aussi se font dire de ne pas toucher les
élèves, de ne... de ne pas être seul dans les... dans les... dans des
circonstances, tout seul avec un élève. Ce n'est... ce n'est vraiment pas... Ce
n'est pas nouveau, ce n'est pas rare qu'on l'entend. Et je crois même qu'il y a
une... l'ordre des... Il faudrait vérifier, mais l'ordre des enseignants en
Ontario a quelque chose là-dessus, à ce propos-là, qui est de ne pas être seul
avec un élève. Il y a... il y a quand même... Il y a des balises, tu sais,
l'idée, c'est de ne pas tomber dans les extrêmes, mais je pense qu'il faut
regarder ces choses-là.
Mon propos, c'était
plus de dire qu'il y a des... des choses qui se produisent en situation urgente,
parfois, un prof qui va tenir le bras d'un
élève pour arrêter... par exemple, qui est en train de... de vouloir en battre
un autre ou qui... pour aussi pour son propre... sa propre sécurité,
peut-être pour ne pas se faire de mal. Alors, il peut être interprété, il peut
faire mal, il peut y avoir des rougeurs sur le bras, et l'élève, s'il n'a pas
une bonne... une bonne relation avec son enseignant, bien, ça peut... ça peut
prendre toutes sortes de tournures. Et c'est des choses qui arrivent depuis... depuis
un bout de temps. Puis c'est des choses...
Oui, c'est ça, oui. Mais, comprenez-moi bien, moi, je vous parle du contexte,
de l'analyse du contexte dans lequel la situation s'est produite.
M. Drainville : Oui, je comprends, je
comprends. Je... je note l'annexe I de votre mémoire : «Gardez en mémoire cinq caractéristiques qui décrivent des
comportements bienveillants de l'adulte à l'école pour bien les modeler auprès de
vos élèves. Le modèle CEFER : C pour calme, E pour exigeant, F pour ferme,
E pour encourageant et soutenant et, le
dernier, R, respect de la dignité de chacun.» C'est tiré de Beaumont et
Boissonneault, 2023. Alors, juste pour les fins de la discussion, pour les gens qui nous écoutent, je trouve ça
intéressant, alors, CEFER, donc : C, calme, c'est-à-dire maîtrise
de soi, de ses émotions, de son ton. L'adulte montre ainsi aux jeunes comment
faire face aux situations en demeurant posé, en actes et en paroles; E,
exigeant, maintien des exigences selon le niveau de maturité de l'élève et le
contexte. Le soutien de l'adulte est accru pour favoriser le sentiment de
réussite de l'élève. Donc, le soutien de l'adulte
est accru pour favoriser le sentiment de réussite de l'élève. F pour ferme.
Alors, ferme, ça veut dire, assurance et rigueur dans l'expression et
l'exécution des actions. Les attentes sont clairement et calmement exprimées
tout en offrant son soutien, entre parenthèses, une autorité sécurisante. E,
encourageant et soutenant, volonté d'aider l'élève. Ce dernier doit sentir que
l'adulte est déterminé à le soutenir et qu'il peut compter sur lui pour l'aider
à atteindre les exigences. Et R, respect de
la dignité de chacun, c'est-à-dire une attitude respectueuse lors des
interventions éducatives. L'adulte
comprend l'importance de préserver la dignité morale et physique de tous les
élèves, même lors des mesures disciplinaires.
Donc, ça, ce sont les
cinq caractéristiques qui décrivent les comportements bienveillants de l'adulte
à l'école auprès des élèves. Je me pose la question, là, on déborde un petit
peu du strict cadre du projet de loi : Est-ce que vous croyez que... Dans
l'ensemble des comportements, est-ce que vous croyez qu'il faut revaloriser la
notion d'autorité? On l'entend parfois chez les parents qui souhaiteraient
qu'on respecte davantage la notion d'autorité à l'école, qui... En fait, ils
déplorent que ça se soit un petit peu perdu. Je ne vois évidemment aucun...
aucune référence ici, là, à cette notion, mais je vous pose la question. C'est
très... C'est un petit peu... Ça sort un petit peu du cadre, mais, comme vous êtes une grande spécialiste de la question,
de la question de... de l'éducation, hein... Ça fait combien d'années que
vous travaillez dans ce domaine-là? Une vingtaine d'années. Vous êtes
notamment...
Mme Beaumont
(Claire) : 40 ans dans les milieux scolaires.
M. Drainville :
Oui, mais, dans votre... dans votre feuille de route ici, là, on
voit : psychologue scolaire et clinicienne pendant 20 ans auprès des
jeunes présentant des difficultés d'adaptation socioémotionnelles et leurs familles, doctorante ou doctorat... détentrice
d'un doctorat en psychopédagogie, des stages à l'étranger, vous êtes
conseillère également auprès du ministère français, de l'Éducation
nationale. Donc, sur la notion d'autorité, qu'est-ce que vous en pensez, vous?
• (16 h 20) •
Mme Beaumont
(Claire) : Je suis contente que vous posiez la question, parce que
même la notion de bienveillance, OK, qui est
supposée être la valeur qui éclaire nos actions en éducation, c'est une des
principales valeurs, quand on... ça veut dire de montrer le bien de...
que nos actions soient motivées par faire le bien, OK? Même cette notion-là, actuellement, qui a beaucoup circulé
depuis les dernières années, il y a des... des personnes dans les écoles qui n'ont...
qui n'ont plus envie d'entendre parler de la bienveillance parce qu'ils sont
tannés d'entendre ça, mais c'est possiblement parce qu'ils la voient peu
incarnée, parce que ce sont des termes qui ne sont pas bien connus.
Quand
vous me parlez d'autorité, alors quand... je vous dirais que, dans le modèle
CEFER que j'ai... que j'ai élaboré pour décrire c'est quoi, un comportement
bienveillant, pour qu'on s'entende tous sur la même définition puis qu'on soit
guidé, que ce ne soit pas juste un terme parapluie, comme ça, la notion de
«ferme», elle est extrêmement mélangée avec «crier», OK? Donc, être ferme...
Quand on est ferme dans nos consignes et qu'on garde notre calme, qu'on garde
un ton apaisant mais qu'on répète, et qu'on continue, et qu'on ne lâche pas
notre bout, l'enfant finit par se tanner et
il n'y a pas de crise, il n'y a pas rien. On est ferme. La notion de
bienveillance est encore mélangée avec la notion de laxisme. Comme si,
moi, je veux être bienveillant avec quelqu'un, ce n'est pas... je ne vais pas
diminuer mes exigences, OK? Et, si je veux être bienveillant envers une
personne, par exemple, que je vois qui ne va pas bien ou qu'elle fait un
comportement qui n'est pas adapté, à ce moment-là, bien, je dirais que la
bienveillance c'est de vouloir le bien. Donc, l'autorité, on a tous une
définition de ce que c'est...
La Présidente
(Mme Dionne) : Merci beaucoup. C'est malheureusement tout le
temps...
Mme Beaumont
(Claire) : Pardon.
La Présidente (Mme Dionne) : C'est
malheureusement tout le temps d'échange qu'on a avec M. le ministre. Je vais maintenant céder la parole... avec Mme la
députée de Saint-Laurent, qui pourra poursuivre les échanges avec vous.
Mme Rizqy :
Bonjour.
Mme Beaumont (Claire) :
Bonjour.
Mme Rizqy :
Bienvenue et merci beaucoup de participer avec nous, avec votre très longue
feuille de route. Vous conseillez aussi le ministère de l'Éducation français?
Mme Beaumont (Claire) : En
fait, ça fait... ça fait... c'est... En... Dans les années 2010, OK, quand
le ministère français a commencé à
faire des... des gros plans d'action sur la violence à l'école, il s'est doté
d'un... d'un comité d'experts international, pour ne pas avoir le point
de vue de chercheurs juste de sa place. Alors, on était une quinzaine et on
faisait partie de... de ces experts-là. Ce sont beaucoup de... de chercheurs
qui continuent à être des collègues avec moi
dans l'observatoire international, et c'était extrêmement, extrêmement
intéressant de pouvoir participer. On a... Bon, le comité est dissous
présentement, mais ça a duré pendant quelques années. Et, notamment, bon, un
exemple, lorsqu'est arrivé les événements à Charlie Hebdo, par
exemple, à Paris, alors, on était... pendant la nuit, les experts en ligne, on parlait de ça. Donc, tu sais, c'était vraiment
extrêmement intéressant et c'était une pratique que je n'oublierai jamais et
qui était vraiment... qui permettait
aussi de... de partager les points de vue dans les différents pays, de regarder
le problème de la violence à l'école dans différents aspects, de la
comprendre et de ne pas considérer le point de vue seulement sous un simple
angle, parce que les... C'était vraiment très, très riche, comme échanges.
Mme Rizqy :
Vous êtes la première, dans son mémoire, qui parle de maltraitance et de
bientraitance, et je me suis posé la question : Est-ce que peut-être que
c'est nous, quand on regarde ce qu'il se passe dans nos écoles, les
interactions élèves-adultes, mais aussi entre adultes... Est-ce qu'on est trop
dans l'après, pas assez dans le début... bientraitance? Je vais finir par bien
le dire?
Puis j'avais en tête
un exemple concret qui est arrivé l'an dernier. C'était dans les médias, c'est
une école à Montréal où... c'est des allégations, qu'un enseignant homme ne
voulait pas l'accès des professionnels femmes dans sa classe, qu'il ne disait
pas bonjour aux femmes. Puis je me rappelle une question qui... un des moyens
de défense soulevés... dit : Oui, mais c'est juste entre les adultes, ça.
Puis, moi, j'avais répondu : Bien non, il y a des enfants, là, qui sont
témoins de cela, et il me semble que c'est... Et j'ai l'impression que, dans
votre mémoire, c'est ça aussi que vous
mettez en relief, c'est le comportement des adultes entre eux qui va avoir un
impact aussi sur les élèves, qui sont les principaux témoins.
Mme Beaumont
(Claire) : C'est sûr. C'est clair, net. Je veux dire, dans... dans
l'enquête, le monitorage national qu'on a effectué entre 2012 et 2019, on
prenait vraiment des... des sondages aux deux ans. Pendant toute cette période-là, les... les grosses conclusions,
en 2019, c'était que les élèves s'étaient améliorés légèrement au fil des
années, mais que, quand on... parce qu'on questionnait aussi... Il y a
des données sur les comportements des adultes entre eux puis envers les élèves,
mais il n'y avait eu aucun changement pendant sept, huit ans sur les
comportements des adultes. On ne s'en
occupait pas, on ne s'en... on n'en parlait pas. Alors que, dans tous ces
rapports-là, on a des données qui indiquent des comportements de
maltraitance, OK, dans à peu près 10 % de... des cas, des... des relations
difficiles puis des comportements d'agression entre le membre... les membres du
personnel, que les enfants voient, et des relations difficiles entre les
parents et les adultes de l'école, que les enfants voient. Et...
Mme Rizqy :
...une façon qu'un parent pourrait parler à l'adjointe administrative, pas
content que son enfant n'ait pas été admis
dans un programme particulier, crie sur l'adjointe administrative, ça, on
n'en... ce n'est pas comme si on le documentait assez, là. C'est ça?
Mme Beaumont
(Claire) : Mais des parents qui débarquent dans la classe, qui
invectivent les profs, qui... Les... les enseignants font face à... à
plusieurs, plusieurs acteurs qui leur... qui peuvent propager de la violence,
OK? Ils sont... et ils... ils font face à toutes sortes,
toutes sortes de situations. Ils doivent gérer beaucoup, beaucoup de choses, et, en même temps, ils doivent enseigner à
leurs... aux élèves. Mais mon propos, c'est que les enfants voient, hein?
Ils font beaucoup plus ce qu'ils voient que ce qu'on leur demande de faire.
Donc, quand les... quand on dit que les bottines ne suivent pas les babines,
alors que le prof, comme... par exemple, veut que ça se passe bien, enseigne ou
donne des ateliers d'habiletés sociales, des choses comme ça, puis que c'est
important le respect puis tout ça, puis qu'il se retrouve dans le corridor,
puis... à parler d'une façon inappropriée ou irrespectueuse à son collègue ou
même à un parent, qu'est-ce que l'enfant comprend? Alors...
Mme Rizqy :
Qu'il peut, lui aussi, être irrespectueux.
Mme Beaumont (Claire) : Exactement.
Puis, quand on veut vraiment apprendre des comportements aux enfants, on sait très bien... puis que les... les
comportements, on les... Nos changements de comportement sont motivés par nos
valeurs, OK? Les lois, c'est extrêmement important, ça envoie un signal clair
et précis que, comme collectivité, on ne veut plus de ça.
Maintenant, quand on
arrive dans les écoles, on a un devoir d'éducation à faire, et il faut prendre
les moyens pour le faire. Si je reviens sur la lutte contre la violence dans
les écoles, on sait... on sait bien quoi faire depuis des dizaines... Depuis une
dizaine d'années, les recherches tournent aussi autour de ça. On connaît les...
on connaît les... les interventions qui
sont... qui risquent d'être plus efficaces. Mais est-ce qu'on a les conditions?
Est-ce qu'on se donne les conditions dans les écoles de les mettre en
application? C'est plutôt ça, moi, que je questionnerais.
Mme Rizqy :
Dites-moi... Parce que, tantôt, vous disiez que de 2012 à 2019, à chaque
deux ans, il y avait un sondage qui est
fait, mais depuis il n'y en a pas eu, puis je vois que votre... la chaire de
recherche que... dont vous étiez titulaire n'existe plus. Est-ce qu'il y
a une raison?
Mme Beaumont
(Claire) : En fait, le financement n'a pas été reconduit.
Mme Rizqy :
OK. Parce que, nous, on a fait des demandes d'accès après la pandémie puis
on a vu qu'il y a une explosion de cas
partout au Québec, de... d'actes de violence dans les écoles, puis... et je
trouve ça bien que vous, vous avez comme un continuum de pouvoir garder
une perspective globale, de pouvoir étudier ce phénomène puis de le documenter, parce que, quand on a des données,
bien, ça nous permet aussi d'agir, de voir est-ce qu'on s'est améliorés,
est-ce qu'on ne s'est pas améliorés, est-ce qu'on doit faire d'autres
approches...
Là, ce n'est même pas
une question pour vous. M. le ministre, moi, je plaide la cause de
Mme Beaumont. Engagez-la, s'il vous plaît. Moi, je la trouve
extraordinaire pour vrai, là. Je... c'est un mémoire de très, très bonne qualité, là, puis on en lit beaucoup. Faites-moi
confiance. Vous auriez pu nous écrire quelque chose de très long, mais
vous avez synthétisé votre propos. Je ne sais pas... je sais que vous avez une
longue carrière, là, mais vous avez l'air très
en forme. Moi, je ne le sais pas pour vous, mais avec le plan que vous avez mis
en place de lutte contre les violences dans les écoles puis
l'intimidation, je pense que ce serait à propos d'avoir une... une expertise de
plus, parce que, sincèrement, je vous le dis, là, vous êtes du haut calibre.
J'aurais aimé vous avoir comme prof, sincèrement.
Mme Beaumont
(Claire) : C'est ce qu'on me dit, oui. Je...
Mme Rizqy :
Donc ça, ce n'était pas une question. Ça, c'est moi qui veux vous avoir
avec nous, parce que ça prend de l'expertise autour de la table, parce que vous
êtes la première à dire «bientraitance». Alors, qu'est-ce qu'on devrait faire
de mieux dans nos écoles? Donc, j'ai compris prévention, mais, en actions
concrètes, ce serait quoi qu'on devrait commencer par changer?
Mme Beaumont
(Claire) : La... la conscience des comportements qu'on a, du modèle
qu'on a comme adultes envers les élèves, OK?
Actuellement, je donne des formations sur les compétences, développer des
compétences socioémotionnelles...
Mme Rizqy :
Il ne faut pas qu'on voie ma bouteille?
• (16 h 30) •
Mme Beaumont
(Claire) : Pardon? C'est bon?
Mme Rizqy :
Oui... Il ne fallait pas voir ma bouteille.
Mme Beaumont
(Claire) : OK. Alors, actuellement, je... je... Bon, j'ai commencé à
travailler en prévention de la violence.
Maintenant, quand j'ai vu que les... les changements de comportement ne se
faisaient pas au niveau des... des adultes... mais parce qu'ils n'ont pas
d'intervention là-dessus, parce qu'on n'en parle pas. Là, maintenant, je
travaille pour enseigner des compétences socioémotionnelles aux enfants
dans les écoles et pour habiliter les profs à le faire, OK? Maintenant, la...
je... j'ai perdu votre question.
Mme Rizqy : Non,
mais il y a beaucoup de trucs qu'on devrait, je pense, améliorer...
Mme Beaumont (Claire) : Oui, OK,
qu'est-ce qu'on devrait améliorer, oui...
Mme Rizqy : Moi,
ce que j'ai compris, là, c'est... un, c'est le comportement des adultes, parce
que, peu importe ce qu'on va dire, si nos gestes ne suivent pas, les enfants
vont juste répéter ce que nous, les adultes, on fait au quotidien.
Mme Beaumont (Claire) : Exactement.
Et je me dis... Tantôt, quand je parlais qu'on sait qu'est-ce qu'il faut faire, mais on ne met pas... on n'a pas les
conditions, on ne les met pas en place pour le faire. Par exemple, s'il y a une
dizaine de... une liste de 10 composantes pour créer un bon climat
scolaire, puis, bon, on en met... on en met lourd sur le dos des directions d'établissement, mais le leadership d'un
établissement, c'est important. OK? C'est une condition, on le sait, ça a fait ses preuves. Mais qu'est-ce
qu'on met en place, comment les directions d'établissement voient pour
arriver à ça, OK?
Donc, c'est le même principe pour la loi, ici,
qu'on est en train d'étudier. Je veux dire, oui, il y a une loi, elle est importante, il faut la faire, il faut la...
mais, sur le terrain, qu'est-ce que je mets en place pour favoriser que les
gens vont... pas pour respecter la loi, pour respecter le sens de la
loi? Alors, ce que je dis, c'est que les comportements de bienveillance, OK, c'est ça, il faut... il faut
vraiment éveiller, il faut mobiliser les troupes des adultes, puis des élèves,
puis des parents, puis tout ça, pour travailler tous ensemble dans le
même sens.
Je parlais, par exemple, dans les moyens que je
proposais... alors, on parlait d'un code d'éthique à mettre dans les écoles. Mais ça pose un problème, un code
d'éthique, parce qu'il y a les professions qui ont leur... ils ont leur propre
code d'éthique. Alors, moi, je travaille, dans mes formations, parce que j'ai
un microprogramme sur la prévention de la violence à l'école... En
passant, dans le dernier rapport qu'on avait fait en 2019, là, le personnel
scolaire disait qu'il y n'avait pas plus de formation qu'il n'y en avait
auparavant, hein, c'est étonnant, hein, mais bon, c'est ça. Alors, moi, je
travaille avec la création d'une charte relationnelle, OK, et non d'un code
d'éthique.
Mme Rizqy : Oui. Ça ne vous dérange
pas, parce que le ministre est vraiment aussi très intéressé, là...
M. Drainville : Je voulais juste
répondre à l'enthousiasme de la députée de Saint-Laurent pour souligner le fait que Mme Beaumont a été... fait partie du
groupe d'experts qui ont été consultés pour le plan de lutte à la violence au mois
de juin dernier. Je voulais juste le dire. Donc, on vous remercie, vous avez
contribué à ce plan.
Mme Rizqy : Bravo!
M. Drainville : C'est la députée de Lotbinière-Frontenac
qui était présente lors de cette discussion.
Mme Rizqy : Merci, mais là vous êtes
sur mon temps.
M. Drainville : Oui, je sais,
mais...
La Présidente (Mme Dionne) :
D'accord.
On revient. Il vous reste moins de deux minutes, Mme la députée.
M. Drainville : ...
Mme Rizqy : D'accord. Bien, merci.
La Présidente (Mme Dionne) : Un à la
fois...
Des voix : ...
La Présidente (Mme Dionne) : Oui.
Merci. S'il vous plaît, pour le bien de ceux qui nous écoutent, on ne parle pas
en même temps. Mais poursuivez, madame, il vous reste 1 min 30 s.
Mme Rizqy : Bien, merci. Bien, elle
avait aussi participé avec Francine Charbonneau dans le plan contre... lutte à l'intimidation, à l'époque, quand elle
était ministre puis qu'ils ont mis le grand plan. Donc, c'est pour ça que, moi,
je la trouve très pertinente, parce que sincèrement, avec autant d'années
d'expérience, je ne pense pas qu'on peut s'en
priver au Québec. Alors, moi, là, trouver quelque part, au ministère de
l'Éducation, là... je pense qu'on devrait l'avoir de façon permanente.
Alors, prenez-en bonne note, et je... on en rencontre, là, des gens, puis c'est
rare que je fais ça comme intervention.
Puis, sinon, que... qu'on... rallumez la flamme
dans cette chaire de recherche. Parce que ce qu'elle vient de dire, que peut-être
que vous avez manqué, c'est qu'en 2019, lorsqu'ils ont sondé, le personnel de
soutien disait qu'ils n'ont pas eu plus de formation. Et, je pense, c'est ça
qui est le nerf de la guerre, de s'assurer que les gens, peut-être, ne comprennent pas que leurs comportements, même
entre adultes, c'est inacceptable à l'école. Tantôt, vous avez parlé, M.
le ministre, avec beaucoup d'éloquence que je vous connais, sur l'autorité,
mais la notion de respect doit revenir de façon beaucoup plus pointue.
Alors, sur les dernières... Il me reste une
minute, je vais vous la laisser, Mme Beaumont, sur le mot de la fin.
Qu'est-ce que vous voulez qu'on change absolument dans ce projet de loi? Parce
que vous parlez beaucoup de violence, mais je crois que... Vous devez inclure
aussi violence sexuelle, j'imagine.
Mme Beaumont
(Claire) : En fait, moi, ce que je pense, c'est que, si on continue à
travailler en silo, OK, si on n'intègre pas les choses... Les gens, dans le
milieu scolaire, là, ils reçoivent toutes sortes de demandes, OK, de faire...
de veiller à la santé mentale, au bien-être, de faire un climat, de lutter
contre la violence, et tout ça. Puis on arrive avec toutes des choses séparées.
Il faut vraiment intégrer, parce qu'ils n'en peuvent plus. Et c'est ça qu'il faut
comprendre si on veut qu'ils soient...
La Présidente (Mme Dionne) : Merci
beaucoup.
Mme Beaumont (Claire) : ...qu'ils
les mettent en application...
La Présidente (Mme Dionne) : Merci.
C'est tout le temps qu'on a.
Mme Rizqy : Merci beaucoup.
La Présidente (Mme Dionne) : Mais on
va poursuivre encore les échanges avec la députée de Mercier.
Mme Ghazal : Bien, merci, merci
beaucoup pour votre présence ici parmi nous. Ça serait quoi... Vous dites qu'il
faut travailler de manière intégrée, donc comment est-ce qu'on fait ça
concrètement? Parce que, là, nous, on a, devant
nous, un projet de loi qui vient s'ajouter à plein d'autres choses, puis c'est
comme si... j'ai l'impression, par ce que vous vous dites, c'est que ça vient
encombrer les écoles puis que ça ne met pas en place les conditions.
C'est-à-dire, ce qu'on a devant nous, est-ce que les conditions sont en
place pour favoriser les comportements bienveillants? Est-ce que le projet de
loi aide à ça?
Mme Beaumont (Claire) : Je pense que
le projet de loi donne un signal clair, OK, mais il ne dit pas aux écoles
comment faire ça, peut-être parce que c'est un mécanisme tellement complexe que
de mobiliser les gens pour travailler dans le même sens. Tantôt, je disais qu'au
lieu de faire un code d'éthique, OK, parce que ça accroche, le code d'éthique,
dans un code d'éthique, on ne met pas de... dans un document éthique, on ne met
pas de punition, on ne met pas des choses
comme ça. Dans un code d'éthique, c'est un appel à la volonté des gens de
s'harmoniser autour d'un certain type
de valeurs. Dans les écoles, on a des codes d'éthique des psychologues, des...
toutes les... par profession.
Alors, moi,
je travaille, dans mes cours, plutôt d'établir une charte relationnelle avec
l'ensemble des commissaires. Parce que l'éducation, c'est une
profession, c'est... Toutes les professions, c'est basé sur la relation. Alors,
la charte relationnelle, vous pourrez lire à la page huit du mémoire, c'est
vraiment un document qui n'est pas légal, ce n'est pas... ce n'est pas... il n'y a aucune légalité là-dedans, mais c'est un
appel à l'ensemble, aux élèves, aux parents, à tous les partenaires.
Alors, on crée ensemble une charte, on la fait valider par un groupe de
parents, un groupe d'élèves, et des gens qui sont là. Et même on peut... on les
fait signer, s'ils veulent, mais l'engagement... Et c'est connu. Et la façon dont on le travaille, c'est qu'on le met
même dans l'agenda des enfants, avec modalités des enfants, avec des petits
bonhommes. On... Tu sais, on n'est plus dans un mode de dire : ne fais
plus ci, ne fais plus ça. Ça ne fonctionne pas aussi bien...
Mme Ghazal : C'est ce qu'un code
d'éthique ferait?
Mme Beaumont (Claire) : Oui. En
fait, on... il faut montrer ce qu'on veut. Donc, pour arriver à mobiliser les
troupes pour travailler dans le même sens, dans des comportements
bienveillants, par exemple, pour revaloriser cette valeur-là, alors il faut
vraiment travailler ensemble sur la définition de ce qu'on entend.
Et, dans cette charte relationnelle là, on y va
avec les valeurs de l'école qui sont discutées, on y va avec des comportements,
on décrit quels comportements on... on peut observer ces valeurs-là, et on
donne l'engagement qu'on va faire notre
possible pour y aller le plus possible. Et qu'on se... qu'on donne l'engagement
aussi qu'on va tout faire qu'est-ce qui est dans notre pouvoir de faire
respecter que dans notre école, c'est ça, ces valeurs-là, toujours avec des valeurs
de bienveillance. Mais...
Mme Ghazal : Mais est-ce que tout ça
peut être contenu puis l'appeler code d'éthique quand même, là? Parce que je ne
suis pas sûre que l'amendement, l'appeler «charte émotionnelle», va être
accepté.
Mme Beaumont (Claire) : Je ne le
sais pas. Bien, écoutez, moi, ce que je dis, c'est ce que je fais pour essayer de ne pas naviguer avec des codes de
profession, et tout ça, parce que c'est comme... Mais quand on parle plus d'une
charte relationnelle, ce que mes étudiants me disent aussi, quand qu'ils
l'appliquent ou quand on... quand on l'applique dans une école, c'est vraiment
un appel à la volonté de travailler dans le même sens.
Mme Ghazal : Puis la mobilisation
des troupes, ça, vous l'avez dit plusieurs, plusieurs fois.
Mme Beaumont (Claire) : C'est la
mobilisation, oui.
Mme Ghazal : Puis est-ce que ça
prend une loi-cadre, une loi-cadre pour les agressions à caractère... les
violences à caractère sexuel? C'est-à-dire que, est-ce qu'en ce moment, par
exemple, pour les violences à caractère sexuel, si on
veut les prévenir, est-ce que ce qu'on a devant nous, que ce soit cette loi-là,
tout ce qui existe déjà, le Protecteur national de l'élève, est-ce que c'est
suffisant pour les prévenir?
La Présidente (Mme Dionne) : En
30 secondes, Mme la députée.
Mme Ghazal : Ou est-ce que ça
prendrait une loi-cadre spécifique pour les violences à caractère sexuel?
Mme Beaumont (Claire) : Moi, je suis
plutôt d'avis de parler des violences, OK, et de parler en termes de gravité
des gestes. C'est ce qu'on fait quand on veut modifier des comportements. Et
puis il faut éviter d'en ajouter, parce que, si on veut que ce soit bien
appliqué, il faut que les gens aient l'espace dans le cerveau pour entrer toutes
les choses qu'on leur demande de faire là-dedans, donc de bien nommer. À mon
avis, il faut intégrer.
Mme Ghazal : Violence à caractère
sexuel?
La Présidente (Mme Dionne) : C'était
malheureusement tout le temps...
Mme Beaumont (Claire) : Mais la
nommer très précisément, exactement.
Mme Ghazal : OK.
La
Présidente (Mme Dionne) : Malheureusement, c'est tout le temps qu'on a.
Merci. Alors, merci beaucoup pour votre contribution, Mme Beaumont.
Je suspends les travaux de la commission
quelques instants pour accueillir notre prochain groupe.
(Suspension de la séance à 16 h 39)
(Reprise à 16 h 42)
La
Présidente (Mme Dionne) :
La commission reprend maintenant
ses travaux. Donc, je souhaite la bienvenue à notre prochain groupe en
visioconférence, donc c'est le Regroupement québécois des centres d'aide et de
lutte contre les agressions à caractère sexuel. Donc, bonjour, mesdames. Donc,
je vous rappelle que vous avez 10 minutes pour nous faire votre exposé. Donc,
je vous demanderais d'emblée de vous présenter et nous expliquer vos propos par
la suite, et nous procéderons ensuite à la période d'échange avec les membres
de la commission.
Regroupement québécois
des centres d'aide et de lutte contre
les agressions à caractère sexuel (RQCALACS)
Mme
Dépault (Caroline) : Merci. Bonjour. Caroline Dépault, co-responsable
au volet prévention, co-coordonnatrice au RQCALACS.
Mme Chénier (Justine) : Bonjour. Je
suis Justine Chénier, responsable aux communications et aux affaires publiques,
également co-coordonnatrice du RQCALACS.
Mme Dépault (Caroline) : Nous tenons
d'abord à vous remercier, M. le ministre et la Commission de la culture et de
l'éducation, de nous avoir invités à prendre part aux consultations
particulières sur le projet de loi n° 47 portant sur
le renforcement de la protection des élèves.
Mme Chénier (Justine) : Le
Regroupement québécois des centres d'aide et de lutte contre les agressions à
caractère sexuel, le RQCALACS, est un organisme féministe à but non lucratif
qui rassemble les CALACS membres à travers le Québec depuis plus de
40 ans. À titre de groupe national en violence sexuelle, nos champs
d'activité et ceux de nos CALACS se concentrent principalement sur des actes
sensibles en prévention et sensibilisation en matière de violence sexuelle, en
intervention auprès des personnes survivantes ainsi qu'en défense de droits.
Mme Dépault (Caroline) : On imagine
que notre présence parmi vous aujourd'hui est liée à notre expertise en matière
de lutte contre les violences sexuelles et, plus largement, de violences basées
sur le genre, même si la violence sexuelle n'est jamais mentionnée
explicitement dans le projet de loi n° 47.
M. le ministre et membre de la commission, la
situation en ce qui concerne les violences sexuelles dans les établissements
scolaires primaires et secondaires est alarmante et nous croyons que ça
constitue l'une des plus grandes menaces à la sécurité des jeunes dans les
écoles au Québec. Nos CALACS sont aux premières loges de cette situation depuis
des décennies, et nous le constatons plus particulièrement lorsque nos
intervenantes vont dans les écoles
secondaires pour animer notre programme de prévention, le programme Empreinte.
Selons nous, l'heure est grave.
Mme
Chénier (Justine) : Contrairement à ce que le Protecteur national de l'élève a mentionné en commission hier, le RQCALACS et ses
membres considèrent que ce qui est en place actuellement ainsi que le projet de
loi n° 47 sont des mesures insuffisantes pour
adresser la sécurité des jeunes dans les établissements scolaires,
particulièrement en ce qui a trait aux violences sexuelles.
Encore une fois, les besoins des jeunes victimes
et l'expertise des réseaux spécialisés comme la nôtre ne sont pas entendus. Les
jeunes, les organisations communautaires avec des programmes de prévention en
milieu jeunesse, les fédérations
professionnelles ainsi que certains membres présents aujourd'hui autour de la
table, et même votre propre rapport d'enquête le mentionnent : une
loi-cadre, comme dans les cégeps et les universités, est nécessaire pour lutter
contre les violences sexuelles en milieu scolaire.
Vous avez l'opportunité aujourd'hui de faire une
réelle différence dans la vie des jeunes du Québec et de contribuer à faire
émerger une société plus juste et égalitaire. Il faut la saisir, M. le
ministre.
Le RQCALACS appuie solidairement le collectif La
Voix des jeunes compte. Depuis plus de six ans, elles demandent au gouvernement
du Québec l'adoption d'une loi-cadre contre les violences sexuelles en milieu
scolaire primaire et secondaire. M. le
ministre et membre de la commission, elles vous ont écrit une lettre
aujourd'hui en réaction au projet de
loi n° 47, qu'elles nous ont demandé de vous lire parce
qu'elles ne pouvaient être présentes, elles travaillent et elles vont à
l'école.
Mme Dépault (Caroline) : La lettre
va comme suit : «Bonjour. Aujourd'hui, nous revivons la même chose que
nous avions vécue lorsque vous nous avez convoquées pour donner notre point de
vue sur le Protecteur national de l'élève. Résultat : personne ne nous a écoutées.
Voilà qu'aujourd'hui, trois ans plus tard, M. Jean-François Bernier
en vient aux mêmes conclusions que nous. Lorsqu'une personne communique avec
son bureau sur ces questions, on lui dit assez rapidement, après l'avoir
écoutée, de ne pas entrer trop dans les détails, que le rôle du protecteur
n'est ni celui de psychologue ni celui d'un travailleur social. Nous sommes
fatiguées de vous répéter que traiter les violences sexuelles de façon
fragmentée ne fonctionne pas.
«Dans le cadre de ce projet de loi, nous tenons
à indiquer notre déception quant au fait que le temps consacré au PL n° 47 aurait pu servir à
étudier le projet de loi n° 397 déposé par la députée solidaire Ruba Ghazal le
27 avril 2023 et soutenu par les
partis d'opposition. À travers le PL n° 47, vous décidez de
traiter la problématique des violences sexuelles au même niveau que
toute autre forme de violence. C'est de bien mal comprendre les violences
sexuelles.
«Les violences sexuelles étant une problématique
particulière, nous vous signalons depuis déjà six ans la nécessité d'un projet
de loi spécifique à celles-ci. Nous avons d'ailleurs fait déposer pas un, mais
bien deux projets de loi en la matière. Les
recommandations vous ont également été envoyées, que ce soit à l'ancien
ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge, au présent ministre
l'Éducation, Bernard Drainville, ainsi qu'à d'autres députés de votre parti.
Ces recommandations ont été intégrées de manière fragmentée dans les multiples
projets de loi éparpillés où la problématique des violences sexuelles est
abordée en second plan.
«Encore une
fois, aujourd'hui, nous avons manqué l'occasion de régler la situation. À
aucune reprise les violences sexuelles ne sont mentionnées dans le projet de
loi. Dans le cadre de ce projet de loi, nous parlons de la mise en place de
codes d'éthique déterminés par chaque centre de services scolaire et non d'un
seul code à l'ensemble du réseau.»
Mme Chénier (Justine) : «Nous
tenons à rappeler que les violences sexuelles sont déjà reconnues par le Code
criminel, en plus des autres obligations légales pour toute personne témoin de
tels actes. Nous nous demandons dans quelle
mesure une personne qui ne respecte déjà pas la loi serait incitée à respecter
un code d'éthique. Les écoles sont
justement des lieux de prédilection pour ces personnes en raison de la
proximité qu'ils procurent avec des jeunes et des personnes vulnérables.
Autrement dit, est-ce qu'on a vraiment besoin d'un code d'éthique pour inciter
les gens à ne pas enfreindre la loi?
«Nous tenons à saluer le retrait des clauses
d'amnistie aux dossiers des enseignants et des enseignantes. En entrevue, le ministre Bernard Drainville a indiqué
le 6 décembre 2023 : "Ce n'est pas normal qu'un enseignant puisse
commettre des gestes à caractère sexuel en toute impunité et se déplacer d'un
centre de services à l'autre ou d'une école à l'autre sans conséquence",
ce qui se reflète dans la formulation de la proposition faite à l'égard des
clauses d'amnistie. Toutefois, nous désirons rappeler que le corps enseignant
n'est pas le seul à être en contact avec les jeunes : les TES, les
secrétaires, les concierges, les coachs et toute personne qui côtoie de près ou
de loin les élèves le sont également.
«Malgré le
retrait des clauses d'amnistie, nous observons un problème majeur : la
vérification des antécédents se fait par le biais d'une autodéclaration des
antécédents d'emploi de la part de la personne qui se fait embaucher.
Miser sur l'honnêteté des personnes ayant commis des violences sexuelles, c'est
mettre en danger les jeunes. Quant au
traitement des plaintes, comment le ministre va-t-il éviter la confusion des
rôles et respecter les responsabilités exclusives de la DPJ dans le
cadre de l'entente multisectorielle et éviter de contaminer la preuve?
«Ces commentaires ne portent que sur une toute
petite partie du projet de loi que vous proposez. Or, les enjeux qu'il soulève
sont majeurs. Nous croyons que cela est une démonstration claire de
l'inadéquation d'une loi générale pour traiter d'un problème qui, lui, est
spécifique. Nous tenons à réitérer l'importance d'un projet de loi propre aux
violences sexuelles. Nous ne pouvons pas les traiter de la même manière que
l'intimidation.
«Nous avons une pensée pour toutes les jeunes
victimes et témoins de violences sexuelles dans leur établissement scolaire,
notamment les victimes et les personnes qui ont été témoins de M. P., cet
ancien professeur de l'école secondaire Louise-Trichet dont l'histoire a été
révélée par une enquête journalistique dans Le Devoir.
«En quoi les propositions actuelles vont
permettre la fin de cette culture du silence qui permet encore aujourd'hui à
des personnes de récidiver pendant des décennies sans conséquence? Qu'en est-il
de M. P. à l'heure actuelle? Si une personne change
de centre de services scolaire avant même la tenue d'une enquête, comme c'est
le cas de M. P., en quoi les
dispositions présentement proposées assurent la sécurité des jeunes? Ce que
nous demandons depuis le début, c'est
une loi, et pas n'importe laquelle, une loi visant à prévenir et à lutter
contre les violences sexuelles dans les écoles primaires et secondaires
au Québec.
«Nous désirons profiter de ce moment pour
remercier toutes les personnes qui ont amplifié nos voix et qui ont mis de
l'avant le caractère fondamental de la loi que nous demandons. #Metooscolaire.»
Fin de la lettre.
• (16 h 50) •
Mme Dépault (Caroline) : En
conclusion, le RQCALACS constate, depuis le début des travaux, une
incompréhension de l'application du projet de loi, car ça s'applique de manière
large pour un enjeu spécifique qui n'est même pas mentionné. On constate aussi
qu'il semble y avoir une grande mécompréhension en ce qui a trait à ce qu'est de la prévention. Les codes d'éthique et la
vérification d'antécédents n'est pas de la prévention, c'est l'instauration
de mesures de sécurité de base. La
prévention vise à poser des actions pour réduire, diminuer des comportements,
attitudes, faire passer des messages clés, etc.
Tout miser sur le bon vouloir des directions et
centres scolaires est un terrain glissant, car, comme nous le savons, il arrive
plus fréquemment qu'on le pense que des directions cherchent à tenir sous
silence ou cacher certains cas de violence
sexuelle rapportés, et ce, pour plusieurs raisons. C'est dans ces cas que nous
nous considérons choyés de vivre dans une société démocratique où le travail
journalistique constitue parfois le seul recours pour visibiliser des
enjeux comme la violence sexuelle.
Finalement,
on trouve aussi dommage le manque de considération pour les réalités
spécifiques des communautés autochtones,
car pour l'instant, comme le soulignait Mme Rizqy hier, les établissements
scolaires autochtones ne sont pas pris en compte.
Mme Chénier (Justine) : Pour finir,
nous voyons, dans le cadre de ce projet de loi, qu'on... nous voyons, dans le cadre de ce projet de loi, qu'on ajoute la
possibilité que le ministre effectue une enquête selon son estimation de ce qui constitue une preuve suffisante pour déterminer
que l'action dénoncée ait eu lieu. Considérant qu'il y a des enquêtes
dans les cas de violences sexuelles et qu'il s'agit de crimes, nous cherchons
donc à savoir si ces enquêtes empiètent sur
ce qui peut être fait dans l'éventualité d'un litige, notamment en termes de
contamination de la preuve. Ces enquêtes sont-elles administratives? Et,
si oui, quelles sont les personnes interrogées dans le cadre de celles-ci?
Est-ce que les victimes préjugées... présumées, pardon, témoins et personnes
visées par les dénonciations sont questionnés?
On a également une autre question pour vous, M.
le ministre. Les centres de santé... les centres de services scolaires sont-ils
en mesure de déterminer si une personne a omis un ancien lieu d'emploi, les
lieux d'emploi qui répondent aux demandes des centres de services scolaires
dans le cadre de la validation des antécédents d'emploi? S'exposent-ils à des
poursuites en diffamation en répondant à de telles enquêtes?
La vérification des antécédents d'emploi
s'applique-t-elle aux coachs sportifs? Dans la mesure où l'enquête déclenchée
suite au scandale de l'école Saint-Laurent indiquait que l'intégrité des
joueuses avait été mise en danger pendant des décennies, comment le ministre va
s'assurer que des personnes pouvant porter atteinte à la sécurité et à
l'intégrité des jeunes ne soient pas en contact avec ceux-ci? Les jeunes
n'étant pas...
La Présidente (Mme Dionne) : Mesdames,
c'est malheureusement tout le temps que nous avions. Désolée. Nous allons
débuter les échanges avec les membres de la commission. Donc, M. le ministre,
c'est à vous la parole.
M. Drainville : Oui. Alors, merci
pour votre témoignage. Je voulais juste vous dire, je ne sais pas si vous avez eu connaissance, là, quand on a rendu public
le plan de lutte contre la violence et l'intimidation dans les écoles, ça,
c'était au mois d'octobre, il y avait dans ce plan-là quand même des références
aux violences sexuelles. Notamment, je
disais que ce plan-là fera en sorte que l'ensemble du personnel scolaire sera
formé sur les actions préventives et les interventions les plus
efficaces lorsqu'il y a des situations de violence et d'intimidation. La
formation va inclure notamment les violences à caractère sexuel.
Donc, je comprends très bien la... comment dire,
le très grand engagement qui est le vôtre sur tout cet enjeu des violences
sexuelles, mais je veux que vous sachiez que, quand nous parlons de lutte aux
violences, ça inclut les violences sexuelles. Est-ce qu'on pourrait plus
souvent y faire référence explicitement? Peut-être. De la même manière que j'ai déjà dit hier qu'à l'intérieur de
ce concept de comportement pouvant faire craindre pour la sécurité physique ou
psychologique des élèves, il y a, bien entendu, la question des violences
sexuelles. Une violence sexuelle, par définition,
fait craindre pour la sécurité physique ou met en cause la sécurité physique ou
menace la sécurité physique et la sécurité psychologique des élèves.
Donc, je veux quand même que vous sachiez que
nous sommes très conscients de cette... de cette réalité. Et j'ai déjà dit hier qu'on pourra, dans la
bonification que nous apporterons... dans les bonifications que nous apporterons
au projet de loi, il sera possible de
préciser que, quand on parle de violences psychologiques ou de violences
physiques, de sécurité psychologique et de sécurité physique, ça
comprend notamment la question des violences sexuelles.
Je voulais
juste porter à votre attention également, quand vous disiez : Les
enseignants ne sont pas les seuls, là, à côtoyer... comment vous avez
dit ça? Les enseignants ne sont pas les seuls...
Mme Chénier (Justine) : Les seuls à
côtoyer les jeunes.
M. Drainville : Voilà.
Mme Chénier
(Justine) : Dans le sens qu'il y a toute une panoplie de personnels
scolaires, qui inclut TES, personnel administratif, sportif, qui sont en
relation avec les jeunes dans les écoles au Québec.
M.
Drainville : Voilà. Alors, je voulais juste attirer votre
attention sur le fait que l'article 263, qui est l'article, donc,
sur la fin des clauses d'amnistie, là, dit ceci, alors : «Une disposition
d'une convention ou d'un décret au sens de la Loi sur les normes [...] ne peut
avoir pour effet d'empêcher un centre de services scolaire, lorsqu'il impose
une mesure disciplinaire à un employé — donc pas seulement à un
enseignant — qui
oeuvre auprès d'élèves mineurs ou qui est régulièrement en contact avec eux en
raison d'un comportement pouvant [...] faire craindre pour la sécurité physique ou psychologique — etc.»
Donc, sur l'élimination des clauses d'amnistie, ça ne concerne pas que les
dossiers des enseignants, ça concerne les dossiers des employés des
centres de services scolaires. Je voulais juste apporter cette précision.
Une question
peut-être plus générale. Alors, vous militez pour la loi-cadre, c'est une
bataille tout à fait légitime. Pour les gens qui vous écoutent, sans
trop s'étendre, là, mais quelles sont les deux ou trois choses que ça
changerait, une loi-cadre, là, très
concrètement, là, dans le fonctionnement d'une école, là, primaire ou
secondaire? Très concrètement. Je ne veux pas le concept, les concepts,
je les maîtrise bien, je veux vraiment savoir par des exemples concrets
qu'est-ce qu'une loi-cadre pourrait changer.
Mme
Chénier (Justine) : Bien, si vous me permettez, je vais répondre à la
question puis je vais me permettre aussi de rebondir sur certains
commentaires que vous avez formulés un peu plus tôt.
Qu'est-ce
qu'une loi-cadre va changer dans les écoles primaires, secondaires, au Québec,
M. le ministre, c'est assez simple.
Premièrement, c'est une reconnaissance des établissements puis des institutions
politiques de la problématique des violences à caractère sexuel dans les
écoles. Quand on adopte une loi, c'est un pas dans la bonne direction parce
qu'on reconnaît qu'il y a un problème puis on est prêt à travailler à mettre en
oeuvre des mesures concrètes pour le combattre.
Une loi-cadre, aussi, qu'est-ce que ça va
permettre? Si on se fie un peu à l'expérience des cégeps et des universités, ça
a permis la mise en place de protocoles clairs, et efficaces, et surtout
uniformes dans l'ensemble des établissements
pour lutter contre les violences sexuelles, mais ça a également permis le
développement de programmes spécifiques, d'autant plus qu'un élément qui
est très important à considérer, c'est que, si on veut voir émerger une société
plus juste et égalitaire, nos jeunes sont très importants. Nous, dans
l'approche CALACS, on travaille sur trois principaux
volets : la prévention, la sensibilisation, évidemment, l'aide aux
personnes survivantes, mais aussi la défense de droits. Puis on pense que la lutte contre les violences sexuelles, ça
passe par la prévention et la sensibilisation. Ça fait qu'avec une loi-cadre, qu'est-ce que ça va
permettre? Bien, c'est justement, une reconnaissance des instances politiques de la problématique, mais ça va venir donner les
bons outils aux établissements et aux ressources spécialisées pour agir
sur la problématique.
Si vous me
permettez, vous avez mentionné aussi, préalablement à votre question — ça
répondait, selon moi, là, à la question loi-cadre, là, de mon côté — vous
avez mentionné quand même plusieurs éléments. Vous avez parlé du plan d'action
violences sexuelles, intimidation. Il faut se remettre quand même dans la
perspective que, nous, on est un groupe national en violences sexuelles qui
cumule 40 ans d'expertise en la matière. Le regroupement a été fondé en
1970, ça fait très longtemps qu'on développe de l'expertise sur ces enjeux-là.
On ne peut pas mettre, dans un plan d'action, les violences sexuelles sur le
même pied que l'intimidation, parce que c'est une problématique qui est très
spécifique et qui a des enjeux très spécifiques en ce sens. D'autre part...
M. Drainville : ...cohabiter? Ça ne
peut pas... Madame, excusez-moi...
Mme Chénier (Justine) : Non, ça ne
cohabite pas. Désolée.
M. Drainville : Je comprends que
c'est une problématique différente de l'intimidation, mais il me semble qu'on peut avoir un plan de lutte qui se...
comment dire, s'attaque au phénomène de l'intimidation et au phénomène des
violences sexuelles. L'un n'exclut pas l'autre, là.
• (17 heures) •
Mme Chénier (Justine) : Malheureusement,
non, ce n'est pas possible, parce que les violences sexuelles méritent des stratégies puis des ressources qui
leur sont propres. C'est des enjeux qui sont différents de l'intimidation.
On n'est pas sur la même racine des violences. Ça, c'est une première chose.
Deuxième chose, dans le regroupement des CALACS,
nous, on a le programme Empreinte, qui est un programme qui a été développé en
collaboration avec une chaire de recherche à l'UQAM, qui est d'ailleurs
financée par votre gouvernement, le Secrétariat à la condition féminine, qui
est un programme de prévention dans les milieux scolaires et dans les écoles du
Québec. Dans le fond, on a des intervenantes qui vont venir donner des ateliers
de formation, sensibilisation aux élèves, au
personnel scolaire, mais aussi aux parents. Dans le fond, c'est un programme
en six étapes qui est donné dans vraiment beaucoup d'écoles. Puis, nous,
actuellement, on voit plusieurs enjeux qui émergent, avec nos relations, là,
dans les écoles, que la loi permettrait de répondre.
Premièrement,
quand on rentre dans les écoles, il y a beaucoup de... c'est des choses qui
sont documentées, là, notamment par la chaire de recherche. Ma collègue
Caroline, c'est son programme, elle va pouvoir le commenter. Il y a quand même une certaine réticence des directions
d'école à nous permettre d'aborder ces problématiques-là. On... aussi, en parallèle, c'est des... nous, on cumule des
données là-dessus, là, c'est très statistique, on voit vraiment une augmentation
marquée, quand on va donner les programmes de formation
dans les écoles, des demandes d'aide de la part des adolescents et des
adolescentes. Je ne sais pas si, Caroline, tu avais quelque chose d'autre à
rajouter sur Empreinte.
Mme Dépault (Caroline) : Oui.
Bien, notamment aussi ce qui est important de savoir pour le programme
Empreinte, c'est... l'élément qu'on a le plus de difficulté à donner en ce
moment, c'est la formation au personnel scolaire.
Pour toutes les raisons qu'on connaît, la situation scolaire actuellement est
difficile, mais il reste que c'est... le personnel scolaire constitue une partie importante du programme pour
réussir à enrayer les violences sexuelles dans le milieu scolaire.
Vous avez
mentionné tout à l'heure qu'en effet il y a... il y a eu une addition dans le
plan de lutte à l'intimidation et à la violence puis il est maintenant
demandé aux écoles de créer leur propre plan en matière de violence sexuelle,
qui inclut une formation obligatoire pour le personnel scolaire. Ça, c'est
vrai. Par contre, il n'y a aucune modalité qui est précisée, il n'y a pas de
durée par rapport à cette formation-là, à quelle... la formation doit durer
combien de temps, à quelle fréquence elle
doit se répéter, pour s'assurer de rattraper tout le personnel qu'il y a au
cours d'une année avec le grand roulement de professeurs. Il n'y a pas
non plus la fréquence à laquelle elle doit être donnée. Donc, tout ça permet
finalement à une école de dire : Bon, bien, nous, on a donné une formation
à notre personnel, oui, ça a été obligatoire, on l'a fait une heure sur le midi
quand les profs sont relativement disponibles. Donc, pour nous, ça, c'est quand même un grand écueil actuel, parce qu'une
formation d'une heure en violence sexuelle, on a le temps d'aborder pas
grand-chose, on a à peine le temps de s'en... de donner la définition de ce
qu'est une violence sexuelle.
Donc, pour
nous, il y a des éléments qui ont été ajoutés, mais ce n'est pas suffisant,
notamment parce qu'il y a... d'une part, comme Justine l'a dit, la
violence sexuelle ne peut pas être mise sur le même pied que la violence de
manière générale ni... ni sur le même pied que l'intimidation, et aussi parce
qu'il y a très peu de balises finalement qui ont été mises dans le plan de
lutte contre l'intimidation et la violence, ce qui fait que les écoles sont un
peu... peuvent un peu faire ce qu'elles veulent et que ça risque de créer des
situations qui sont très... qui ne sont pas uniformes. Il y a un risque que des
écoles développent des plans super et d'autres, non. Finalement, ce n'est pas
équitable pour les écoles... pour les élèves à travers la province. Et le principe
d'égalité des chances n'est finalement pas mis de l'avant parce qu'on s'en
remet aux écoles à développer les procédures qu'elles jugent les meilleures
pour leur... pour leur école. Tandis qu'avec une loi-cadre, bien là, on
vient... on vient mettre des bases qui sont communes à tout le monde, on vient
s'assurer de l'imputabilité des écoles de manière uniforme à travers la
province.
M. Drainville : OK. Très bien. Bien,
écoutez, ça met fin à mes questions. Merci.
La
Présidente (Mme Dionne) :
Est-ce qu'il y a d'autres
interventions du côté du gouvernement? Monsieur...
Des voix : ...
La Présidente (Mme Dionne) : Ça va?
D'accord. Alors, je cède maintenant la parole à Mme la députée de
Saint-Laurent.
Mme Rizqy : Merci beaucoup, Mme la
Présidente. Bonsoir. Merci de participer à nos travaux. Évidemment, vous
comprendrez que mon ancienne collègue Hélène David avait déposé une loi-cadre
en Enseignement supérieur, avec des montants aussi qui étaient alloués. Et ça a
été fait assez rapidement, dans la foulée du scandale #moiaussi, et ça a été
très bien accueilli dans le monde universitaire et collégial. Et c'est toujours
aujourd'hui valide. Et le souhait de plusieurs qui sont venus aujourd'hui et
aussi hier disaient qu'effectivement une loi-cadre permettrait vraiment de
chapeauter le tout.
Aujourd'hui, ce n'est pas le mécanisme qui est
choisi par le gouvernement, donc nous, on doit travailler avec qu'est-ce qui
nous est offert. Est-ce que vous accueillez quand même favorablement cette
étape? Parce que nous, dans l'autre législature, pendant quatre ans, on avait
beau s'époumoner pour le... pour demander un avancement de considération, puis
La Voix des jeunes compte est venu ici, à Québec, rencontrer le ministre avec
des élèves qui ont été victimes, d'autres
qui ont été témoins, qui ont accompagné les victimes, et qui ont porté pendant
six ans, ces jeunes femmes, ce projet
de voir un jour naître, un, un intérêt politique, mais, deux, que ce soit
concrétisé dans une loi-cadre. Est-ce que vous accueillez quand même
favorablement cette étape qui est une avancée par rapport à l'autre législature
où est-ce qu'on avait constamment une fin de non-recevoir?
Mme Chénier (Justine) : Merci, Mme
la députée. Donc, en fait, nous, c'est sûr, on est un groupe national en
violence sexuelle, on a des programmes de prévention dans les milieux
scolaires, donc c'est vraiment notre cheval de bataille. Comme on l'a mentionné un peu plus tôt dans notre
présentation, les CALACS, ils ont... ils sont en place depuis les
années 70.
Ceci étant
dit, actuellement, dans le projet de loi, tu sais, on est satisfaits de voir un
intérêt politique d'adresser la question des violences sexuelles en
milieu scolaire, primaire et secondaire, particulièrement si on y va dans une vision de... Si on forme, on fait de la prévention
auprès de nos jeunes, bien, on a une chance de poursuivre la lutte contre
les violences sexuelles, et puis l'enligner dans une certaine direction.
Actuellement, le PL no 47, moi, de la façon
que je l'ai lu avec ma collègue, mais aussi avec le collectif de La Voix des jeunes compte, il ne mentionne pas la
question des violences sexuelles de façon explicite. Et puis il y a quand même
certaines lacunes qu'on a relevées durant l'analyse et qu'on vous a partagées
un peu plus tôt. Donc, en fait, en ce sens, on accueille
favorablement l'intérêt politique du ministère de l'Éducation à traiter de la
problématique, mais, actuellement, le projet
de loi no 47, nous, on traite des problématiques des violences sexuelles,
mais ce n'est pas nommé. Donc, on
émet quand même certaines réserves, comme on l'a mentionné au début, à le... tu
sais, à l'appuyer publiquement. On considère que c'est une mesure qui
est insuffisante. Et c'est ça, notre position d'organisation.
Mme Rizqy : ...même surprise,
parce que, dans le mémoire du ministre déposé au Conseil des ministres, la partie qui est accessible, évidemment, là, il
nomme neuf fois «violence à caractère sexuel», mais dans le projet de loi,
zéro. Alors, c'est sûr que je pense qu'on
devrait quelque part l'inscrire pour savoir qu'en fait on donne suite à
plusieurs enquêtes, ainsi qu'une enquête générale qui porte sur les violences à
caractère sexuel dans les écoles. Est-ce que vous êtes du même avis?
Mme Chénier (Justine) : Bien,
actuellement, la question que, nous, on se pose, et puis c'est une question
qu'on a quand même pris la peine de poser un peu plus tôt, Caroline, tu pourras
compléter, c'est qu'en ce moment on est...
on ne va pas en profondeur pour traiter la problématique, alors qu'on voit
qu'il y a une opportunité. Pourquoi ne pas adopter la loi-cadre directement,
dès maintenant et commencer à travailler autour de ça? Il y a déjà eu deux
projets de loi qui ont été déposés. Donc, vraiment, tu sais, la... les
violences sexuelles ont besoin de solutions qui y sont spécifiques.
Actuellement, la... le projet de loi ne s'articule pas autour de ça, même s'il
y a l'intérêt derrière, mais il faut que l'intérêt se concrétise en actions et
en actions concrètes. Et c'est ça qu'on attend.
Mme Rizqy : Oui,
mais même avis, je le partage, là. Vous comprendrez que, là, nous, on n'est pas
au gouvernement et qu'ils sont 89.
Mme Chénier (Justine) : Seulement,
oui.
Mme
Rizqy : Ils ont une double
majorité. Alors, nous, on va travailler avec qu'est-ce que... qu'est-ce qu'on a
sur la table. Et là, moi, j'ai le projet de loi no 47, que... où
est-ce qu'on essaie de mettre le maximum d'amendements dans le cadre de ce
projet de loi. Vous... Puis aussi, évidemment, on a... je ne peux... m'empêcher
de saluer le travail de Clorianne puis de Mélanie...
Mme Chénier (Justine) : Alexandra...
Mme Rizqy : ...qui l'ont fait,
bénévolement, on va se le dire très franchement. Eux, quand ils recueillent des
témoignages des jeunes, la première chose qu'elles m'ont dite, c'est qu'il y a
des jeunes élèves qui ne savent même pas qu'elles sont en fait victimes d'une
violence sexuelle. Et ça, c'est assez troublant de ne même pas savoir que le
geste qui a été posé est quelque chose qui est totalement inacceptable,
inadéquat et même criminel. Puis vous, à CALACS, j'imagine que c'est la même
chose, que des fois les gens doivent vous appeler pour juste savoir :
Est-ce que, oui ou non, je suis victime d'une violence à caractère sexuel?
Mme Dépault (Caroline) : Oui,
totalement. Puis je suis avec le programme de prévention Empreinte, justement,
nos CALACS nous le nomment. Après, quand on passe dans les écoles, il y a une
augmentation des demandes de la part des... de la part des jeunes dans ces
écoles-là. On voit que de passer faire de la prévention, ça permet aux jeunes
de comprendre qu'est-ce que la violence sexuelle, puis... Ah! Bien, j'en vis.
Qu'est-ce que je peux faire avec ça? Puis, depuis aussi quelques années, on
voit une augmentation des demandes d'aide de la part des jeunes. Avant, les
CALACS recevaient un profil type de victime, une... des femmes plus âgées qui
avaient vécu de la violence sexuelle dans leur enfance. Donc, il y a... les
manières de venir en aide à ces femmes-là étaient... étaient différentes à
c'est un jeune qui a vécu de la... de la violence sexuelle récemment en milieu
scolaire. Il côtoie son agresseur parce que c'est soit un membre du personnel
scolaire ou un jeune.
Donc, c'est sûr que, du côté des CALACS, ça
amène aussi un changement dans la manière qu'on... qu'on vient en aide à ces victimes-là. Puis c'est sûr
que, de passer dans les écoles, on le voit, ça... ça aide, mais évidemment ce
n'est pas... ce n'est pas suffisant non plus. Il faut des balises de sécurité,
il faut que les écoles puissent être imputables, il faut des solutions
pour que les... les élèves puissent se sentir en sécurité puis puissent savoir
clairement quoi faire si jamais ils en vivent également, ce qui n'est pas le
cas en ce moment. Puis, bien, comme on l'a dit, ce qui... C'est sûr que ce
n'est pas... ce n'est pas idéal en ce moment, mais, pour nous, ce n'est pas
suffisant, les... le projet de loi no 47 et les changements qui seraient
apportés, comme le plan de lutte à la violence et à l'intimidation.
• (17 h 10) •
Mme Rizqy : Tantôt, on a eu le
privilège d'avoir Mme Claire Beaumont, vraiment, avec un mémoire. Puis le
ministre a eu une question, qui disait : Est-ce qu'on est rendus là, au
Québec, à s'interroger si, oui ou non, la main sur une épaule pourrait être quelque chose à caractère sexuel? Puis elle
avait répondu : Attention, là, il y a du contexte. Ça va... ça va
dépendre, là, de quoi il est question.
Puis ça m'a
rappelé quelque chose qui est... qui est arrivé à l'université. Une de mes
camarades de classe, Nathalie, était vraiment troublée. Je lui ai
dit : Que c'est qui est arrivé? Elle dit : Écoute, Marwah, c'est
tellement bizarre, il a passé ça maintenant mon dos, le prof, le chargé de
cours. Bien, c'est ça, c'est que, tu sais, c'est remettre en contexte. Est-ce
que c'est approprié ou pas approprié, et dans quel cadre que ça a été fait?
Puis là, c'était en fait dans une préparation
d'entrevues dans le cadre d'une course aux stages, donc le... complètement pas
en matière de bienveillance.
Et
c'est pour ça que je trouvais ça très à propos ce qu'elle disait. Tu sais, de
dire : Oui, qu'est-ce qui est bienveillant puis qu'est-ce qui ne l'est
pas? Ce qui peut paraître un geste des fois anodin, dépendant d'un contexte,
peut ne pas être anodin. Alors, je pense qu'on a encore beaucoup de travail à
faire, au Québec, pour vraiment donner des
exemples aux gens, puis d'aller faire de l'éducation pour s'assurer que même le
jeune comprenne qu'est-ce qui lui arrive.
Puis il y a une
notion que c'est Mélanie Lemay qui m'a appris, de tout ce qui est du
«grooming», je ne connaissais pas ça. Mais honnêtement, je trouve que c'est
quelque chose qu'on devrait vraiment en parler plus, parce que c'est vrai que,
des fois, le prédateur sexuel ne va pas arriver avec ses grands sabots :
il s'installe tranquillement. Mais il faut voir les signes avant-coureurs, puis
il faut alerter le jeune avant qu'il soit pris dans son engrenage.
Et je me pose la
question : Avons-nous assez de ressources? Puis honnêtement j'ai l'impression
que non. Puis je suis contente de vous avoir, CALACS, parce que j'aimerais,
un... je vais vous donner beaucoup de temps, là, maintenant, je vais arrêter de
parler. Parce que je veux que vous nous donniez, vous, vos... qu'est-ce que
vous, vous entendez, qu'est-ce que... vous, là, les signaux de détresse que
vous recueillez. Puis des fois, quand vous n'êtes pas capables de tout répondre, là, c'est quoi, votre frustration, à la fin
de la journée, quand vous n'êtes pas capables de dire : OK, j'ai eu
le temps de répondre à tout le monde correctement?
Mme Chénier (Justine) : Bon, pour ce qui est, par
exemple, du «grooming», ce qui est intéressant, c'est que, tranquillement, on
est en train d'intégrer évidemment, nous, le terme français, là, à nos services.
C'est le pédo... pédo... coudon, le
pédopiégeage, pardon, excusez-moi, et c'est la traduction française, c'est
quand même, tu sais, des phénomènes qui sont assez communs.
Au niveau de ce qui
est observé dans nos centres, c'est sûr qu'il faut ramener quand même une
certaine situation qui est particulière. Nous, regroupement des CALACS, on est
à plus d'une vingtaine de membres actifs, de membres répartis à travers la
province, qui ont des réalités régionales qui leur sont propres. Puis ça, c'est
quand même un élément qui est assez important à considérer, chaque région a ses
propres réalités.
Tu sais, quand on
parle d'accès aux soins... d'accès aux soins de santé, c'est quand même un
élément qui est assez majeur au niveau des personnes survivantes. Par exemple,
quelqu'un qui vit une agression sexuelle, c'est quoi, les problématiques
qu'elle va observer ou enregistrer pour justement aller chercher de l'aide?
Aussi, dans nos centres mêmes, on est quand même des organisations
communautaires, les CALACS, c'est ça, c'est important de ne pas le perdre de
vue. Donc, on est quand même aux prises avec des enjeux en lien avec le
financement, des listes d'attente assez importantes. Il y a des CALACS qui ont
des listes d'attente pour obtenir des services de plus de un an.
Ce qui est quand même
assez frustrant aussi que... je pense qu'on observe au niveau de nos centres,
c'est que tant au niveau des dossiers prévention, sensibilisation, mais aussi
des dossiers en défense de droits, c'est qu'on est un... on est le seul groupe
national en violence sexuelle au Québec, donc on porte vraiment plusieurs
chapeaux, puis on observe vraiment beaucoup d'enjeux. Puis on voit en même
temps les ressources qu'on a s'amenuiser, justement parce qu'on est des organisations communautaires qui ont des enjeux de
financement, puis on... Donc, voilà, je laisserais ma collègue Caroline
poursuivre.
Mme Dépault
(Caroline) : Oui, bien, je voulais revenir aussi sur l'exemple que
vous donniez, Mme Rizqy, sur la main sur l'épaule. C'est des commentaires
que... un peu dans le même sens, «on ne peut plus rien dire, on ne peut plus
rien faire», et tout passe par la prévention. C'est souvent des... des choses
que le personnel scolaire amène quand on
fait de la formation auprès du personnel scolaire avec Empreinte, puis c'est...
justement, c'est très contextuel, mais c'est important d'avoir ces
discussions-là puis de démystifier ça avec les adultes qui entourent nos jeunes
pour qu'ils comprennent que, bien oui, il y a des choses, peut-être, qu'ils
peuvent se garder une petite gêne, parce qu'on ne sait jamais non plus comment ça peut être reçu. Et il y a toujours
une relation de pouvoir entre le personnel scolaire et les jeunes.
Aussi, un enjeu qu'on
rencontre, on l'a nommé, c'est difficile d'aller donner la formation au
personnel scolaire dû à la réalité dans les écoles, au roulement, etc. C'est
pour ça que l'élément de formation Personnel scolaire qui est mentionné dans
la... le plan de lutte contre l'intimidation et la violence, selon nous, est
insuffisant. Parce que, on le sait, il y a tellement roulement... il y a
tellement de roulement, au sein du personnel scolaire, que de dire : On va
faire une formation aux deux ans sur l'heure du midi, ça va durer une heure, on
va manquer la moitié, finalement, du personnel scolaire qui passe dans l'école
à travers l'année. Parce que ça... ça change quasiment à chaque mois, on le
sait bien. Puis aussi, quand on passe dans les écoles, on le voit, puis ça, ça
a été... c'est une problématique qui a été relevée
par nos centres, on va faire des animations dans les classes, c'est en
secondaire II, III et IV, principalement, puis les jeunes sont très
réceptifs, ça va bien. Parfois, c'est sûr, on rencontre des commentaires... des
commentaires misogynes ou des commentaires qui entretiennent un peu la culture
du viol...
La Présidente (Mme
Dionne) : En terminant.
Mme Dépault
(Caroline) : ...mais ça vient aussi des professeurs et, parfois, ça
vient vraiment casser toute l'animation puis
la prévention qu'on vient faire. Donc, c'est important, vraiment, de
s'intéresser, là, au personnel scolaire en matière de formation.
La Présidente (Mme Dionne) : Merci
beaucoup. Merci. Je crois savoir que le ministre aimerait reprendre son
temps de parole, il reste six minutes, et que...
M. Drainville : ...je
prendrais seulement que deux minutes puis je laisserais la balance de
l'enveloppe à ma collègue de Mercier.
La Présidente (Mme
Dionne) : Est-ce qu'il y a consentement de la part des membres? Oui,
d'accord. Alors, allez-y, M. le ministre.
M.
Drainville : Oui. Je voulais juste préciser, pour les gens qui nous
écoutent, là, je pense que c'est important que les gens le sachent... de
rappeler que le conseil d'établissement qui adopte un plan de lutte contre
l'intimidation et la violence doit prévoir «une section distincte du plan de
lutte [qui] doit être consacrée aux violences
à caractère sexuel», là. Ça, je pense que c'est important. «Cette [section-là]
doit prévoir, en plus des éléments prévus... alors, je cite la loi, là,
doit prévoir, en plus des éléments prévus à l'alinéa [...], les éléments
suivants — c'est-à-dire :
«des activités de formation obligatoires pour les membres de la direction et
les membres du personnel [et aussi] des mesures de sécurité qui visent à
contrer les violences à caractère sexuel. Un document [qui explique] le plan de
lutte contre l'intimidation et la violence est distribué aux parents. Ce
document doit faire état de la possibilité d'effectuer un signalement ou de formuler une plainte concernant un acte de violence
à caractère sexuel au protecteur régional de l'élève...»
Et j'ajoute à cela,
c'est important de le rappeler, que, quand on a créé le Protecteur national de
l'élève, on a prévu une voie rapide, une voie directe au protecteur national
dans les cas de violence sexuelle. Donc, je pense que c'est important... si on est pour faire le portrait global du filet de
sécurité qui protège les élèves en matière de violence sexuelle, je
pense que c'est important de noter ces éléments-là. Alors, je termine
là-dessus. Je cède la parole, Mme la Présidente, avec votre accord, à la
députée de Mercier.
La Présidente (Mme
Dionne) : Merci, M. le ministre. Mme la députée, vous avez huit
minutes, total.
Mme Ghazal : Très
bien. Bien, merci. Merci beaucoup pour votre présence. Je ne sais pas si vous
voulez réagir à ce que le ministre vient de dire, le fait qu'il y ait, dans le
plan de lutte contre les violences... il y a une section pour parler des
violences sexuelles plus spécifiquement. Est-ce que ça vous satisfait, comme
expertes en matière de violence sexuelle?
Mme Dépault
(Caroline) : Bien, comme on l'a dit précédemment, ce n'est pas
suffisant, selon nous. Encore une fois, les modalités de, par exemple, la
formation, les balises ne sont pas nommées. Chaque école, finalement, est libre
de monter son propre plan. On a vu des cas super, exceptionnels de plans, mais
on sait que ce n'est pas la réalité de toutes les écoles non plus, qui ont soit
les ressources, qui ont souvent accès à des ressources pour les aider.
Pour monter ces
plans-là aussi, ça prend des ressources financières. Parfois, on sait que les
écoles aussi, ce n'est pas toujours le cas. Donc, on voit surtout le risque
d'iniquité d'une ressource à l'autre, puis finalement c'est les élèves qui en paient le prix si le plan est très
peu développé, peu accessible malgré qu'il ait été distribué, si la formation
n'est pas assez... Bref, le filet est là, mais, selon nous, il comporte encore
beaucoup de trous pour qu'il soit suffisant pour réellement assurer la sécurité
des jeunes.
Mme Ghazal : Puis,
tu sais, vous l'avez vraiment bien expliqué, puis vous étiez fermes là-dessus,
c'est qu'on ne peut pas mettre violence de façon générale et dire : Bien,
ça inclut aussi les violences sexuelles, puis qu'on va en traiter un petit peu.
Il faut qu'il y ait quelque chose de plus complet, là, concernant les violences
sexuelles, parce que ça ne vient pas... comment... comment vous avez dit ça, de
la même racine de la violence, je pense, vous... vous avez dit ça comme ça.
Puis vous avez lu...
je n'ai pas vu que vous aviez votre mémoire, vous avez lu un document, est-ce
que c'est possible de le déposer à la commission, l'envoyer? Comme ça, on
pourrait l'avoir, tout le monde pourrait avoir votre point de vue par rapport à
ça. Puis moi, en fait, je suis... comme vous, j'aurais aimé qu'on soit en train
d'étudier le projet de loi no 397, que j'ai déposé, qui a été déposé pour
une deuxième fois. Puis il y a plusieurs organisations aussi qui ont demandé
qu'il y en ait un, clair, spécifique, de la même façon qu'il y en a un aussi
pour les cycles supérieurs, c'est sûr et certain, mais ce n'est pas ce projet
de loi là qu'on a devant nous.
• (17 h 20) •
Pourtant, des fois,
le gouvernement, il va appeler des projets de loi des oppositions. Ça n'arrive
pas souvent. En ce moment, il y a l'étude d'un projet de loi de ma... une de
mes collègues, que c'est elle qui l'a déposé, le 495, un projet de loi sur
l'accaparement des terres. Puis, en ce moment, il y a l'adoption du principe.
Donc, ça peut arriver qu'un parti d'opposition dépose une loi puis que le
gouvernement l'appelle. Donc, j'imagine, on ne sait pas, il faut... Moi, je
vais continuer à talonner le ministre, comme je l'ai fait précédemment, pour
dire qu'il faudrait qu'il y ait une loi-cadre spécifiquement pour les violences
à caractère sexuel.
Par... est-ce que...
est-ce... Vous avez parlé du programme Empreinte. Est-ce que, dans ce
programme-là... comment... est-ce... c'est... est-ce qu'il est présent dans
plusieurs écoles? Je comprends que c'est une... quelque chose de volontaire. Il
y a combien d'écoles qui s'en font prévaloir? Puis comment est-ce qu'on peut
donner... vous donner une réelle place, les CALACS, et un pouvoir d'agir dans
les écoles plus concrètement? Peut-être nous en parler un peu plus, de ce
programme-là. Est-ce qu'il est suffisamment connu, suffisamment implanté dans
différentes écoles, etc.?
Mme
Dépault (Caroline) : Oui. C'est un programme qui a été monté en
collaboration avec des chercheurs à l'UQAM, dont Manon Bergeron, Martine
Hébert, puis qui est financé depuis... depuis 2018 avec le Secrétariat à la
condition féminine. On n'a pas le nombre d'écoles qui ont été rejointes, parce
qu'on y va plus par nombre de jeunes et
nombre de membres de personnel scolaire. Mais, pour l'année 2021-2023, on
avait 86 000 jeunes... 86 000 jeunes qui ont été
rejoints par le programme.
Et, en fait, les
écoles qui sont... les régions qui sont couvertes par le programme, c'est
celles qui ont un CALACS membre, donc c'est environ 26 CALACS, donc
26 régions qui sont couvertes. Il y a quelques-unes au Québec,
malheureusement, qui ne reçoivent pas le programme Empreinte. Puis ensuite, ça
dépend aussi, bon, bien, est-ce que les écoles sont ouvertes à recevoir le
programme, est-ce que... Il y a des régions qu'il y a énormément de demandes
pour la taille du CALACS, tandis qu'il y a des CALACS qui attendent seulement
d'être appelés par les CALACS de... par les écoles de la région.
Malheureusement, il y a certaines écoles qui sont fermées à ce que des
ressources en violence sexuelle viennent dans leur école... malgré qu'on sait
qu'il y a des cas de violence sexuelle dans ces écoles-là. Donc, la... ça varie
beaucoup.
Mme Ghazal : Bien...
bien, ça, ça me préoccupe, quand vous dites qu'il y a des écoles... Parce que,
j'en ai aussi entendu parler, il y a des écoles qui ne veulent pas vous avoir à
l'intérieur. Est-ce que vous pouvez en parler plus, de ce phénomène-là? Moi, je
le trouve extrêmement inquiétant, qu'un organisme comme vous, on ferme les
portes en disant : Chez nous, ça n'existe pas, alors qu'on sait
pertinemment, vous le dites que vous le savez, qu'il existe des cas. Peut-être
nous en parler un peu plus puis du fait... C'est d'où aussi l'intérêt d'avoir
une loi. Bien, une loi, c'est obligatoire de mettre en place des actions puis
d'avoir les ressources. Puis une des ressources, bien, ce seraient les CALACS
aussi pour mettre en place les éléments d'une loi, qui l'exigerait, une
loi-cadre.
Mme Dépault
(Caroline) : Exactement. Puis je voulais juste faire un petit retour
rapide sur l'idée de violence versus violence sexuelle. Un cas, un peu, qui est
peut-être parlant de ça, pourquoi c'est important de vraiment faire une loi qui
est spécifique, c'est que, par exemple, dans un cas de violence générale, on
peut s'imaginer que, parfois, dans un processus de régler le conflit, ou quoi
que ce soit, les élèves vont peut-être être amenés à en parler ensemble dans un
bureau pour tenter de régler la situation. En matière de violence sexuelle, en
fait, c'est que les élèves ne devraient pas se retrouver dans un même bureau,
la victime avec l'agresseur, pour essayer de régler la situation, d'avoir les
excuses de l'agresseur. On s'entend que ce n'est pas la situation... ce n'est
vraiment pas une situation qu'on recommande, qui est idéale. C'est pour ça
qu'au niveau violence... violence sexuelle, ça... il faut traiter ça de manière
différente.
En ce qui concerne la
difficulté à entrer dans les écoles, il y a beaucoup de raisons. Des fois,
c'est parce que les écoles disent qu'elles ont une ressource à l'interne, donc
une sexologue qui s'occupe de la prévention dans leurs écoles, quand on sait
que la sexologue, elle couvre 14 écoles primaires, une dizaine d'écoles
secondaires sur une région de plus de 100 kilomètres. Donc, on s'imagine
que, bon, bien, ce n'est peut-être pas... ce n'est peut-être pas réaliste, en
fait, que la ressource à l'interne fasse, en effet, tout le... tout le travail
de la prévention en plus du travail de soutien, en plus des autres cas qui
l'occupent.
Mme Ghazal : Puis
j'ai une question, là, comment ça fonctionne? C'est-à-dire que, quand l'école
dit : Ah! je ne veux pas vous avoir, est-ce que c'est quelqu'un du
personnel scolaire qui contacte un CALACS pour dire : On aimerait...
Comment ça fonctionne pour que... que vous le sachiez qu'il y a des écoles qui
le fassent? Est-ce que c'est documenté que... quelles écoles le font ou quelles
écoles le refusent? Oui.
Mme Dépault
(Caroline) : C'est documenté. Bien, on le sait plus parce que nos
CALACS nous en parlent, de leur réalité régionale, mais aussi, c'est qu'on est
en année transitoire, en fait, entre l'ancien plan d'éducation à la sexualité
et le nouveau cours CCQ. Donc, actuellement et avant, c'est qu'il y a des
profs, par exemple, qui invitaient les CALACS dans leur classe pour venir
parler de violence sexuelle, parce que, bon, bien, c'est la réalité de tous les
profs et aucun prof en même temps. Avec le cours de CCQ, ça change un peu, puis
c'est le professeur de CCQ qui va faire
l'éducation à la sexualité, qui va parler de violence sexuelle, qui amène
totalement d'autres enjeux par rapport à ça. Donc, parfois, c'est un
professeur qui va appeler à... qui va appeler le CALACS pour dire : Ah! ce
serait intéressant que vous passiez dans ma classe. Parfois, c'est la
direction. Parfois, c'est le CALACS qui contacte l'école pour dire : Bon,
bien, nous, on offre un programme clé en main, on vient former votre personnel
scolaire, on s'adresse aux parents également. Puis il suffit que l'école a eu
une situation qu'ils veulent garder sous silence... Ah! non, on ne veut pas que
vous rentriez parce qu'il y a un potentiel explosif. Et nous, on le sait déjà
aussi qu'à l'école il y a plusieurs, plusieurs cas de violence sexuelle à cette
école-là, mais il y a une omerta.
Mme Ghazal : Bien,
moi, ça... ça, je trouve ça vraiment, vraiment problématique...
La Présidente (Mme
Dionne) : En terminant.
Mme Ghazal : ...cet
élément-là que vous amenez, là. Puis aussi, bien, on n'a pas le temps, là, de
parler du cours CCQ versus celui qui était
là avant, concernant l'éducation à la sexualité, mais on pourrait aussi
développer là-dessus, aussi, sur la différence.
La Présidente (Mme Dionne) : Merci.
Merci beaucoup. Merci infiniment pour votre contribution à nos travaux
de la commission.
Donc, moi, je
suspends les travaux pour accueillir le prochain groupe. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à
17 h 26)
(Reprise à 17 h 31)
La Présidente (Mme
Dionne) :
La commission reprend maintenant ses travaux. Donc,
je souhaite la bienvenue à notre dernière
intervenante de la journée, donc, Mme Mélanie Lemay, cofondatrice du
mouvement Québec contre les violences sexuelles. Donc, Mme Lemay,
je vous rappelle que votre temps de parole est de 10 minutes pour nous présenter votre exposé. Suite à cela, nous
procéderons aux échanges avec les membres de la commission. Alors, je vous
cède la parole.
Mme Mélanie Lemay
Mme Lemay (Mélanie) : Bonjour à vous, et merci
pour l'invitation. Je m'appelle Mélanie Lemay, je suis étudiante au doctorat en sociologie et cofondatrice de
Québec contre les violences sexuelles ainsi que co-coordonnatrice de La Voix
des jeunes compte.
Concrètement, en ce
qui concerne le hockey et le football, j'ai été témoin, pendant une bonne
partie de ma jeunesse et de ma vie
professionnelle, des conséquences de l'omerta et de la culture du silence.
Quand Facebook s'est popularisé, en
2007, il n'y avait aucune littérature entourant le phénomène du «catfishing» et
pratiquement aucune loi ou jurisprudence entourant la violence en ligne.
Cette forme de cyberimposture, en français, vise entre autres à se fabriquer
une fausse identité en ligne pour tromper quelqu'un dans une fausse relation.
Néanmoins, dans ma
situation, une tierce personne, dont la mère avait d'ailleurs été mon
orthopédagogue quand j'avais huit ans, avait
créé un faux profil avec mon visage afin d'entrer en contact avec l'équipe
locale de junior majeur. Rapidement, avec la complicité et le chantage de sa
mère, qui me menaçait ouvertement, via la DPJ, de me retirer de ma
famille si je ne coopérais pas, j'ai été contrainte de produire de la
pornographie juvénile. Je venais tout juste
d'avoir 14 ans. L'équipe savait que j'étais mineure et elle s'en fichait,
tout cela émanait de leur demande. L'un d'eux a même joué dans la NHL,
il était un héros local. Ce dur épisode de ma vie m'a désensibilisée quant aux
dangers qu'il y avait autour de moi. Et même si je n'ai jamais été trafiquée,
j'étais à deux doigts d'être exploitée. Ce degré de violence avec la complicité
d'une intervenante me hante encore aujourd'hui. Cependant, par mes propres
moyens, j'ai réussi à fuir cet environnement toxique et j'ai changé de région
pour étudier ailleurs au cégep. Malheureusement, ma route a de nouveau été
abîmée par d'autres personnes mal intentionnées.
En
effet, l'agression sexuelle violente que j'ai vécue à 17 ans est une
expérience devenue expertise que je n'ai pas choisie. Je la vis et je la
peaufine, faute de pouvoir l'effacer, et c'est pour illustrer le phénomène de
victimisation secondaire que je continue de témoigner. Cette agression par un
presque inconnu a été coordonnée en complicité avec deux amis en qui j'avais
confiance. Ils étaient tous membres de la même équipe de football, de celle de
mon agresseur. Ils m'avaient conviée à un «after party» chez ce dernier, que je
ne connaissais à peine, auquel ils ne se sont jamais présentés. Ces amis n'ont
donc pas participé à l'acte en tant que tel, mais ils ont été complices, en
plus d'avoir participé au camouflage et au harcèlement continu, avec le soutien
d'autres membres de l'équipe, dont j'ai fait l'objet. Suite au dévoilement de
cette situation, une personne que je croyais être une amie, cette dernière
ayant été violée par le même gars l'année précédente, a divulgué mon histoire
sans mon consentement à l'un des capitaines de l'équipe, qui a eu l'effet d'une
bombe. Des adultes en position d'autorité ont par la suite tenté, avec leurs
pouvoirs institutionnels, de taire mon histoire, et j'ai été directement témoin
d'autres jeunes filles qui, elles aussi, furent silencées dans d'autres
dossiers, puisque l'image et la réputation de l'établissement étaient plus
importantes que nos vies. Je n'ai jamais pu étudier en droit en raison de
l'impact sur mes résultats scolaires, même si c'était mon rêve.
«Oui, je t'ai violée,
"so what"»? Je l'ai fait parce que je voulais te rappeler que tu n'es
rien d'autre qu'une plotte qu'on baise puis
que tu n'es personne ici. Moi je suis un gars de foot, puis si tu n'arrêtes pas
d'en parler avec mes parents, on va te poursuivre, ils sont au courant.»
Ces mots, c'est mon agresseur qui me les a dits lors d'une soirée où un cercle s'est formé autour de nous et on m'a
obligé à lui serrer la main. Il m'a entraînée dehors pour me menacer pour la
énième fois. Du haut de ses 19, 20 ans, il savait déjà que l'argent, la
justice et le pouvoir étaient de son bord. Je l'avais enregistré, mais ce
soir-là, on m'a volé mon téléphone. Ses textos de menaces, de harcèlement, de
lui en train de se masturber ou les preuves
de mes demandes répétées pour qu'il me fiche la paix se sont envolées. Je suis
vite devenue la risée du cégep dans mes tentatives pour le retrouver,
mais c'était peine perdue. Le reflet que tout le monde me renvoyait était que
j'exagérais et que je semais le drame partout où que j'allais.
L'énergie du
désespoir m'a poussé à contacter la police pour une première fois. J'ai parlé
du cellulaire volé, de ce qui s'était passé, mais j'ai été coupée au milieu de
mon récit pour me faire demander, sur un ton accusateur : C'est-tu ton ex?
Parce que si oui, ce serait vraiment bas d'essayer de te venger comme ça. Sur
le moment, j'ai figé. Mon réflexe a été de raccrocher. Quelques mois plus tard,
quand j'ai repris tout mon petit change pour les contacter à nouveau, le
policier m'a dit, au bout du fil : C'est bien triste, qu'est-ce qui t'est
arrivé, mais tu réalises-tu que tu vas détruire sa vie si tu portes plaine? À
l'époque, j'avais 17 ans et tout ce que je croyais être vrai jusqu'à là
était mort à mes yeux. J'ai compris que la vie ne valait rien à côté de la
sienne, ou plutôt de sa carrière présumée, et lui aussi, il le savait. C'est
d'ailleurs ce qui lui permet de passer à l'acte en toute quiétude et de bander
si fort.
Quelques années plus tard
et suite à mon passage à Tout le monde en parle, le chef de police de la
ville où j'habitais m'a convoquée à son bureau, insulté que j'aie dévoilé sur
la place publique ce qui m'était arrivé. Il était en compagnie de son responsable
aux communications. Il m'a fait croire que ma posture témoignait de mon
incapacité à passer à autre chose. Aujourd'hui, je sais que cette rencontre
était un piège, et c'est celui qu'on tend aux victimes, qui les pousse à croire que leur point de vue n'est valide que si leur
agresseur a été déclaré coupable. L'histoire qu'on ne dit pas,
là-dedans, dans ce scénario, c'est que ce scénario relève de l'exception plutôt
que de la règle. Le DPCP a d'ailleurs maintenu, dans une rencontre où je
contestais la décision de ne pas aller à procès, qu'il préfère avoir des
milliers de coupables en liberté qu'un seul innocent en prison. Je peux
comprendre pour les délits mineurs, mais, en cas de crime contre la personne,
un agresseur peut faire plusieurs victimes au courant de sa vie, et des
alternatives mériteraient d'être trouvées. Combien de vies brisées pour
maintenir en place la réputation de toutes ces institutions?
J'ai d'ailleurs allégué, dans une plainte
déposée à la Commission des droits de la personne et de la jeunesse, que j'ai été violée une deuxième fois pendant la
déposition enregistrée de ma plainte lorsque l'enquêtrice m'a demandé de
m'imaginer à quatre pattes à terre et de revivre à plusieurs reprises et sous
différentes variations mon viol. J'étais contrainte de le faire, car il s'agit
prétendument de techniques d'enquête. Cette situation humiliante et dégradante
m'a fait perdre tous mes moyens. La procureure me l'a d'ailleurs reproché par
la suite, non sans me rappeler que ça minait ma crédibilité ainsi que ma
capacité à passer à travers un procès. Elle m'a aussi dit que j'avais menti en
prétendant que mon agresseur n'avait pas eu de conséquence, puisque supposément
il n'avait pas pu jouer au football universitaire en raison du stress qu'aurait
suscité en lui ma dénonciation.
Ce que j'en
tire, comme conclusion, c'est qu'aux yeux de cette procureure la valeur de ma
vie passait après la carrière potentielle ou plutôt le privilège de ce violeur
multirécidiviste, parce que, oui, j'ai reçu d'autres témoignages, à
faire partie d'une équipe sportive. Le plus étonnant, c'est que ce dernier
aurait reconnu pendant l'enquête qu'il avait effectivement séquestré et
étranglé avec mes clés, mais que c'était pour me rapprocher romantiquement de
lui. Ainsi, même s'il l'a avoué et que j'ai
encore la marque de ses ongles gravée sur mon avant-bras, la procureure et
l'enquêtrice m'ont toutes deux dit que c'était ma parole contre la
sienne, ce qui est un mythe, soit dit en passant, en vertu du Code criminel.
Et, si la plainte avait été retenue, l'avocat de
la défense aurait eu accès à cette vidéo et mon agresseur aussi. D'ailleurs,
s'il le souhaite, il peut toujours obtenir une copie de ces dépositions filmées
et notamment me poursuivre au civil s'il juge que je le diffame. Ma déposition
lui appartient. De mon côté, je n'ai pas le droit d'y accéder ni aucun autre
recours. Même la CDPDJ m'a avisée formellement qu'elle n'était pas le bon
véhicule pour déterminer le caractère systémique des violences faites aux
femmes.
Être confrontée à tant d'incohérences soulève
des questions, surtout que, dans aucun manuel scolaire, on ne nous explique
comment survivre à un violeur, à la victimisation subséquente, ni même à
comment poursuivre une vie par après. C'est pour ça que je parle de tout ça
aujourd'hui. Je suis un exemple vivant des failles de nos lois actuelles et je
refuse d'avoir vécu tout cela en vain. Et ce n'est pas le PL 47, le
ministre, ni le Protecteur national de l'élève qui auraient fait une
différence. Leurs rôles ne sont que symboliques. Ils ne contribuent pas à la
sensibilisation ou à la prévention de ces violences. On est sur le... Elles ne
parviennent pas non plus à mettre en place des ressources supplémentaires de soutien
et d'assistance pour les jeunes, les témoins et leurs familles. Soumettre des
élèves à de telles embûches bureaucratiques les expose inutilement à diverses
formes de victimisation mais complique aussi la procédure. En conséquence, ça
risque d'entraver les enquêtes, voire même de contaminer des éléments de preuve
qui pourraient s'avérer déterminants pour ce type de crime.
Selon l'information recueillie par le rapport
d'enquête concernant l'école Saint-Laurent, il n'existe pas de mécanisme
officiel pour le partage d'informations entre les fédérations sportives, les
établissements d'enseignement, le gouvernement, les mécanismes de traitement
des plaintes. Par conséquent, des plaintes peuvent être déposées à l'une ou
l'autre de ces instances, notamment en utilisant Je porte plainte, sur le site
de Sport'Aide, sans que les autres parties
en cause en soient informées. Un entraînement ou un athlète peut donc accumuler
les signalements concernant des comportements inacceptables sans jamais
faire l'objet d'un examen approfondi ou particulier. Le cadre juridique actuel permet aux équipes-écoles, aux directeurs
d'école, aux centres de services scolaires d'ignorer les lois québécoises
en matière de protection de la jeunesse, et ce, en toute impunité.
Jusqu'à maintenant, la réponse du gouvernement a
toujours été de multiplier les enquêtes, les... et les mécanismes inadaptés qui
se dédoublent au devoir de dénoncer au service de police et à la DPJ. Le
protecteur de l'élève et l'officier des
plaintes n'ont pas l'autorité nécessaire pour contraindre les agresseurs à un
cessez d'agir et ils n'ont pas l'expertise non plus pour apporter
guérison et réparation aux victimes ainsi qu'à leurs proches.
Souvent, ce qui prédomine dans le discours
populaire mais qui n'a aucun fondement juridique réel, c'est que le droit à la vie privée prime sur le droit à la
sécurité ou à la liberté d'expression des jeunes victimes. Je crois qu'il faut
redéfinir le sens même de ce qu'on veut protéger. Personnellement, je crois que
ça ne devrait plus être l'image ou la réputation d'une organisation ou d'une
institution, mais plutôt l'intégrité des jeunes.
Par ailleurs, des athlètes et des élèves signent
régulièrement des ententes de confidentialité. Il y a des avocats et des juristes derrière ces pratiques, et le
Barreau de toutes les provinces devrait s'engager à mieux encadrer la
profession. Que les entraîneurs soient affiliés ou non ou que les
enseignants soient titulaires d'un brevet d'enseignement ou pas, quel que soit le casier judiciaire des individus,
l'actualité a vastement démontré que ces formes de violence sont souvent
négligées ou minimisées, qu'elles aient été judiciarisées ou pas.
• (17 h 40) •
Plus que jamais, le pédopiégeage, «grooming»,
doit être officiellement reconnu comme un acte dérogatoire. Il en est de même pour les violences
psychologiques et celles exercées en ligne. Certains tournois ont lieu dans
différentes régions
ou provinces et des compétitions sont aussi organisées à l'international. Il
est urgent de redéfinir le sens même de
l'excellence sportive et ses valeurs et surtout la sécurité qui est offerte aux
élèves et aux athlètes. De toute évidence, il va falloir élargir notre
vision pour faciliter l'accès à la justice et à la réparation. Il faut aussi
veiller à ce que les mesures soient
applicables, que l'événement ait eu lieu à l'école comme à l'extérieur, car les
répercussions se font autant sentir sur les bancs d'école qu'à la
maison.
Ça commence
par des mesures simples, tel qu'abolir les codes vestimentaires, qui ne sont
que des terrains glissants pour toutes sortes de dérives, comme on l'a
vu aussi dans l'espace public, ou encore s'assurer de ne pas complexifier les processus de plainte par des mesures
inadaptées aux besoins réels des jeunes. Tout ajout ou modification législative
devrait permettre des espaces sécuritaires, intégrés, spécialisés et
respectueux sur le plan culturel. Ça doit rassembler les différents services d'aide tout en unissant les différentes
perspectives et approches thérapeutiques dont les victimes ont besoin
pour être véritablement placées au coeur du processus. Je crois...
La Présidente (Mme Dionne) : En
terminant, Mme Lemay.
Mme Lemay (Mélanie) : Il me reste
30 secondes. Je crois qu'il est franchement naïf d'imaginer que c'est un simple code d'éthique qui va empêcher un agresseur
de passer à l'acte ou d'exercer une pression sur sa victime pour qu'elle
se taise ou la punir d'avoir dénoncé. Vous
semblez sous-estimer le degré de violence auquel les jeunes sont
quotidiennement exposés, et, à mon avis, il s'agit d'un problème fondamental en
matière de droits de la personne. Merci de m'avoir écoutée.
La Présidente (Mme Dionne) : Merci
infiniment, Mme Lemay, pour votre exposé. Nous allons débuter les échanges
avec les membres de la commission. Donc, M. le ministre, c'est à vous la
parole.
M. Drainville : Oui. Bien, merci
pour votre témoignage, Mme Lemay. Je suis vraiment profondément désolé de ce qui vous est arrivé, là, je veux que vous
sachiez que je compatis avec ce que vous avez vécu et je suis très sensible
aux douleurs et aux blessures que ces agressions vous ont apportées, là.
Et donc je comprends que vous ayez décidé de
donner un sens, d'une certaine manière, à ces agressions pour faire en sorte
que ce que vous avez vécu n'arrive pas ou n'arrive plus à d'autres femmes comme
vous, là, et donc je comprends tout à fait que vous ayez décidé, donc, de vous
engager dans ce combat, là, pour mieux protéger les élèves contre les violences
sexuelles.
J'ai posé cette question-là tout à l'heure au
groupe qui vous a précédée. Pour les gens qui ne sont pas nécessairement
familiers comme vous de ces questions ou de ces enjeux de violence sexuelle, si
vous deviez résumer en quelques points ce qu'une loi-cadre changerait dans le
fonctionnement, dans le quotidien d'une école ou dans le quotidien d'un réseau
scolaire... J'ai vu, là, dans votre mémoire, une description quand même assez
élaborée des différentes mesures que cela
impliquerait, mais je vous demanderais de vous concentrer peut-être sur les
deux ou trois principales mesures qu'une telle loi-cadre produirait
comme effets.
Mme Lemay (Mélanie) : Bien, la plus
importante, selon moi, c'est que ça oblige les directions d'école et les
commissions scolaires à rendre des comptes sur l'état réel des violences
sexuelles dans les écoles. En ce moment, on n'a
pas un portrait global, malgré le protecteur de l'élève. Selon moi, le fait
qu'en ce moment il nomme qu'il y a 14 % des plaintes qui sont en
violences sexuelles, ce n'est pas suffisant ni représentatif de ce qui se passe
véritablement sur le terrain. Pourquoi?
Parce qu'on constate que les commissions scolaires vont parfois pousser vers la
sortie des individus qui commettent
des gestes de violence sexuelle. Ça va se traduire après vers un glissement
dans une autre école, exactement comme on faisait avec les curés qui
sentaient l'eau chaude, autrefois, dans les paroisses. Ça fait que moi, ça,
déjà, c'est un argument béton.
Le deuxième,
c'est que ça vient créer des mécanismes et des outils concrets. Ça vient avec
du financement à la clé pour créer un changement de culture. Donc, une
loi-cadre, ce n'est pas une finalité en soi, c'est une ligne de départ pour toute une série d'initiatives qui doivent
être englobées. Et on l'a nommé plus tôt, dans la précédente commission,
que ça participe aussi à faire naître des initiatives. Et, si ça peut sauver
juste une seule personne de l'horreur d'avoir à vivre avec des agressions
sexuelles, bien, moi, je pense que c'est des efforts qui en... méritent qu'on
s'y attarde.
M. Drainville : Vous
avez parlé de 14 %. Est-ce que... Le son n'est pas parfait, alors je
m'excuse si je n'ai pas bien compris. C'est bien 14 %?
Mme Lemay (Mélanie) : Oui, bien, ce
que le de l'élève a mis dans l'espace public...
M. Drainville : Ah oui, tout à
l'heure... hier, en fait. Oui, oui, oui, bien sûr. Bien sûr, oui. Mais le fait
que le protecteur ait témoigné et ait souligné le fait qu'il y a quand même une
proportion, à peu près une plainte sur sept, là, qui lui est acheminée, qui
porte sur les violences sexuelles, ça, c'est déjà une indication, à la fois du
fait que c'est un phénomène important mais aussi du fait qu'on commence en...
comment dire, à en dessiner les contours, on commence
à voir cette réalité-là, on commence à la documenter, d'une certaine manière, à
travers les plaintes qui sont acheminées au protecteur de l'élève.
Mme Lemay (Mélanie) : C'est une
jeune fille sur trois, avant l'âge de 16 ans, qui va vivre un premier
geste de violence à caractère sexuel. C'est un garçon sur 10...
M. Drainville : Une
sur trois, vous avez dit?
Mme Lemay (Mélanie) : Avant l'âge de
16 ans.
M. Drainville : Avant l'âge de
16 ans?
Mme Lemay (Mélanie) : Oui.
M. Drainville : OK. Puis...
Mme Lemay
(Mélanie) : Puis entre la moitié à 80 % des agresseurs,
et toutes ces statistiques-là se retrouvent dans le document que je vous
ai envoyé, vont commettre leur premier geste de violence sexuelle en étant
mineur. Ça fait qu'on constate qu'il y a vraiment un besoin, si on veut éviter
de se retrouver avec toute une trajectoire de vie... qui vit avec les impacts
et les conséquences. Moi, j'ai fait une section dans mon mémoire qui traite,
entre autres, des conséquences physiologiques. Il y a même une annexe qui
permet, en fait, de démontrer qu'est-ce qui se passe chez un jeune qui subit
cette violence-là sur une trajectoire de vie, c'est quoi, les impacts qui vont
se cristalliser? Ça veut dire qu'il y a de la déscolarisation, ça veut dire
qu'il y a des jeunes qui se retrouvent dans une posture où, finalement, on doit
aller vers eux. Puis les jeunes femmes, ça peut prendre jusqu'à... le quart, ça
prend 13 ans avant qu'elles décident de dévoiler la première fois. Puis
les hommes, ça peut prendre jusqu'à 40 ans pour des événements vécus dans
l'enfance. Ça fait que c'est pour ça, selon moi, que l'école est un
incontournable pour faire de la prévention et de
la sensibilisation, ne serait-ce que par respect à tous ces jeunes-là qui se
retrouvent enfermés dans des murs de silence.
M. Drainville : D'accord, mais tout
à l'heure, vous avez parlé d'un phénomène qui se produit dans les... dans le
réseau scolaire, qui ressemble un peu à celui du temps des curés déviants qui
se promenaient d'une paroisse à l'autre dès qu'ils sentaient la soupe chaude ou
dès que des paroissiens les dénonçaient. Donc, vous devez vous réjouir, quand
même, là, malgré toutes ces imperfections que vous avez soulignées, vous devez
quand même vous réjouir du fait qu'il y a dans le projet de loi 47 des
mesures qui vont faire en sorte justement que ce sera possible, dorénavant,
pour un centre de services scolaires qui voit un prof arriver, qui vient donc
postuler, que ce sera possible pour le centre de services scolaires qui voit
arriver cette candidature d'obtenir le dossier de l'enseignant, là, mettons que c'est un enseignant, d'obtenir le dossier de
l'enseignant auprès du premier centre de services scolaire pour savoir s'il a
commis des gestes ou s'il a eu des comportements pouvant mettre à risque la
sécurité physique ou psychologique des élèves. Ça, il me semble que
c'est une avancée, là, si je pars du propos qui est le vôtre, là.
Mme Lemay (Mélanie) : Bien, c'est
certain, mais, en même temps, moi, ce que je me questionne c'est pourquoi ce
n'était pas déjà en place, dans la mesure où on a eu, entre autres, dans
l'espace public, parce que je vais nommer
des situations publiques, comparativement à celles aussi que j'ai reçues en
privé et qui n'ont pas nécessairement fait l'objet de reportages...
parce que vous seriez encore plus effrayé, selon moi, par l'horreur de ce qu'on
entend, mais, entre autres, il y a quelqu'un
qui s'est faufilé pendant des années et qui était un... qui avait été condamné
pour... comme pimp. Et moi, je pense que, malheureusement, on sous-estime, en
réalité, comment il y a des réseaux de la criminalité qui sont bien
implantés dans différents espaces un peu partout au Québec, qui bénéficient du
fait que ces jeunes-là... Il y a toute une dynamique de violence qui
s'installe.
Ça fait que, si vous me demandez spécifiquement...
sur si, oui, ce petit volet, là, de votre projet de loi est convaincant ou
satisfaisant, je ne peux pas m'y opposer, c'est du gros bon sens, mais ce que
je me questionne, c'est : Comment se
fait-il, en fait, qu'il n'y a pas non plus la volonté de s'assurer que, tout au
long du lien d'emploi, il va y avoir aussi des vérifications?
Puis ce n'est pas une finalité, non plus, les
antécédents criminels. Comme j'ai mentionné plus tôt, ce n'est pas toutes les
situations qui vont être judiciarisées. Ça fait qu'il faut trouver des
dynamiques et des perspectives qui vont permettre, finalement, une meilleure
capacité de dépister et d'aider les jeunes qui ont vécu ces violences-là, parce
que c'est un peu l'objet de mon mémoire aussi, c'est d'ajouter tous les
contextes qui expliquent pourquoi ce n'est pas facile de dénoncer.
• (17 h 50) •
M. Drainville : Encore une fois, je
reconnais, là, que vous jugez le projet de loi bien insuffisant, mais j'essaie
de trouver des points d'accord entre vous et moi, là, de la même manière que...
Le fait que, dorénavant, les clauses d'amnistie vont faire en sorte que les fautes
commises par, par exemple, un enseignant qui a posé des gestes répréhensibles
qui mettaient à risque la sécurité physique ou psychologique d'un élève, de
tels gestes vont demeurer au dossier de l'enseignant, j'ose croire que c'est
une avancée, c'est un pas dans la bonne direction, dans votre esprit, n'est-ce pas? C'est une bonne mesure qui, sans
être... sans aller aussi loin que ce que vous souhaitez, est quand même
une avancée positive, est-ce qu'on peut dire ça?
Mme Lemay (Mélanie) : Bien, moi, je
pense que, si on garde un lien d'emploi avec quelqu'un qui a commis des gestes
à caractère sexuel sur un mineur en proximité d'autres jeunes... moi,
personnellement, ce n'est pas une avancée,
là, ça revient un peu à qu'est-ce que vous acceptez d'ajouter comme définitions
dans votre projet de loi. Et moi, sincèrement,
je préfère, à la limite, aller vers la création d'un projet de loi à part
entière qui serait dédié aux questions des violences sexuelles que de
faire des compromis tièdes qui passent à côté, finalement, de la cible.
M.
Drainville : Oui, mais Mme Lemay, je ne pense pas qu'on...
Quand vous dites de garder quelqu'un à l'emploi du réseau alors qu'il a
commis des gestes d'agression — si je vous ai bien comprise — je
n'ai pas dit ça, là, moi, là, au contraire,
là. Quelqu'un qui commet une agression sexuelle ne reste... ne doit pas rester
à l'emploi, c'est même criminel, là,
rendu là, là. Alors, je ne sais pas, là, peut-être que... Je ne sais pas ce qui
vous amène à dire que cela est ma position ou notre position, ce n'est
pas du tout notre position, là.
Moi, ce que je vous dis, c'est qu'actuellement
les conventions collectives locales font en sorte que quelqu'un qui pose un geste qui est répréhensible, qui est
condamnable, un geste d'inconduite sexuelle, par exemple, peut, au terme
d'une période de quelques mois, voir cette faute grave disparaître de son
dossier, et ce que je vous dis, c'est que le projet
de loi prévoit que ça ne disparaîtra plus de son dossier, et j'ose croire que,
pour vous, c'est une avancée positive.
Mme Lemay (Mélanie) : Mais si ça ne
disparaît pas de son dossier, ça implique qu'il y a encore un lien d'emploi,
puis moi, c'est ça que je vous expliquais, c'est que, de mon côté... Je vais
vous poser la question à l'envers : Comment se fait-il... Quand votre
collègue Jean-François Roberge était à l'opposition et qu'on traitait de la
question David en commission parlementaire, comme on le fait en ce moment, il
m'a posé la question explicitement, il m'a
dit : Mme Lemay, pensez-vous que les protections garanties par le
PL 151, qui est désormais la loi David, 22.1, est-ce que ça devrait
s'appliquer aux écoles primaires et secondaires? Ma réponse était un oui
sonnant. Ce que je ne m'explique pas, c'est pourquoi, malgré le fait que vous
êtes majoritaires, que ça fait quand même plusieurs années que vous êtes bien installés
au pouvoir... qu'est-ce qui bloque dans votre parti pour faire en sorte qu'on
ne puisse pas l'avoir, cette loi-là, alors qu'il semblait y avoir un consensus
assez important, et encore aujourd'hui, dans l'espace public, sur la nécessité
d'avoir une loi-cadre?
M. Drainville : Bien, il n'y a rien
qui bloque. Notre position, nous, puis la mienne, en particulier, c'est que, si
on prend les éléments du protecteur national de l'élève, si on prend
l'obligation pour chaque établissement de se donner un plan de lutte qui
comprend une section dédiée aux violences sexuelles, si on ajoute à ça le plan
d'action contre les violences et l'intimidation que j'ai déposé avant les
fêtes, si on ajoute à ça le projet de loi 47 qui est devant nous
aujourd'hui, si on additionne tous ces éléments-là, ça constitue, à notre
avis... puis je comprends qu'on a un désaccord là-dessus, mais ça constitue, à
notre avis, un dispositif de sécurité très solide pour bien protéger nos élèves
dans les écoles contre les violences et en particulier contre les violences à
caractère sexuel. Ça, c'est notre position.
Mme Lemay (Mélanie) : Donc, si
j'entends bien, il y a une volonté...
M. Drainville : Donc, qu'on ne soit
pas d'accord... En démocratie, on n'est pas obligés d'être d'accord sur tout,
mais je pense que, quand on additionne tous ces éléments-là, il y a là un filet
de sécurité qui me semble sérieux et qui me semble important, donc, pour bien protéger
nos élèves dans les écoles du Québec.
Mme Lemay (Mélanie) : Donc, si
j'entends, il y a une volonté de votre gouvernement de veiller à ce que, par
exemple, à la prochaine étude de crédits, on puisse s'assurer qu'une partie des
fonds fédéraux qui viennent pour l'implantation du plan d'action national pour
l'élimination des violences fondées sur le genre va être dédiée... dans le
cadre de la stratégie, dédiée par le Québec ou définie par le Secrétariat à la
condition féminine, de s'assurer, finalement, que, cette année, il va enfin y
avoir des crédits d'alloués pour prévenir les violences sexuelles dans les écoles, exceptionnellement. Parce que, l'année
passée, malheureusement, je pense qu'on a eu accès à des documents qui
nous ont démontré qu'il y avait 0 $ qui avait été investi.
Ça fait que j'imagine que cette volonté-là de
votre gouvernement de faire plus va se traduire aussi dans des nouveaux
investissements massifs. Parce qu'on s'entend, d'une région à l'autre, l'accès
aux soins et à l'aide pour les jeunes victimes d'agression sexuelle n'est pas
réparti de façon équitable.
M. Drainville : Bien là,
Mme Lemay, vous me demandez ce que contiendra le prochain budget. Comme
vous le savez, le prochain budget est un exercice confidentiel. Alors, lorsque
le prochain budget sera rendu public, on pourra en discuter, mais chacune des
mesures dont je vous ai parlé sont accompagnées de moyens financiers, là, ce
n'est pas juste des mesures qu'on annonce sans qu'il y ait des moyens
financiers qui sont conséquents.
J'ai mon collègue, Mme la Présidente, le député
de Vanier-Les Rivières, qui souhaiterait intervenir.
La Présidente (Mme Dionne) : Oui.
Merci, M. le ministre. M. le député, la parole est à vous.
M.
Asselin : ...Mme Lemay, simplement quelques mots pour vous
dire que j'ai trouvé que vous avez démontré beaucoup d'aplomb, et, comme
ex-directeur d'école, je suis fier d'avoir entendu votre témoignage.
Mme Lemay (Mélanie) : Merci
beaucoup. C'est très gentil.
M. Drainville : C'est beau, Mario?
M. Asselin : Oui.
M. Drainville : ...ça conclut.
La
Présidente (Mme Dionne) : Ça conclut? OK. Parfait. Merci beaucoup. Alors, je
cède maintenant la parole à Mme la députée de Saint-Laurent.
Mme Rizqy : Merci beaucoup.
Mme Lemay, vous êtes une femme très courageuse, qui porte ce dossier
depuis maintenant plusieurs années. Merci beaucoup pour votre engagement pour
cette cause mais aussi d'avoir été, je vais
le dire ainsi, la dépositaire de plusieurs confidences un peu partout au
Québec, de plusieurs jeunes qui sont venus... pas venus, mais qui vous ont appelée, vous puis La Voix des jeunes
compte pour raconter leur désarroi et surtout comment qu'elles se
sentent seules même si elles ont parlé.
Et aujourd'hui je vais vous poser une première
question, oui, la Protecteur national de l'élève existe, mais comment
explique-t-on qu'il y a encore beaucoup de jeunes au Québec qui se tournent
vers vous, vers le CALACS et vers La Voix des jeunes compte qui... malheureusement,
les jeunes filles, après six ans de bénévolat, ont décidé d'exister de façon
différente, mais se tournaient aussi vers La Voix des jeunes compte pour
pouvoir parler? Alors, je sais que ça fait juste à peine six mois que le
Protecteur national de l'élève existe, mais il n'en demeure pas moins que votre
téléphone continue à sonner, ainsi que celui de la CALACS.
Mme Lemay
(Mélanie) : Entièrement, parce que qu'est-ce qui manque, dans
le réseau scolaire, en ce moment, c'est un corridor de services intégré dans le
quotidien des jeunes pour pouvoir absorber tous ces témoignages-là. C'est
d'avoir des visages qui sont familiers, qui
sont réconfortants. Parce que le jeune, peut-être qu'il va avoir un lien très
fort avec son coach ou avec quelqu'un qui est de confiance à l'école.
Puis moi, ce qui me... ce que je trouve vraiment
décevant, en fait, c'est que c'est un besoin qui est réel. Ce n'est pas quelque chose qui est un caprice, on
veut une loi-cadre pour avoir une loi-cadre. On veut des moyens à la clé.
On veut la création d'un réseau qui va venir en aide aux jeunes. Parce qu'à
l'heure actuelle, on a des CALACS qui peuvent prendre des jeunes filles de
12 ans et plus, mais on fait quoi avec les garçons, on fait quoi avec les
jeunes qui n'ont pas encore atteint 12 ans? Ça fait que moi, c'est ce que
je me questionne, c'est : Comment se fait-il que c'est si compliqué
d'avoir une réponse claire?
Puis ce n'est pas juste des enfants qui ont
besoin de soutien, ça va être les familles aussi de ces jeunes-là. Puis, pour les enfants aussi, qui ont des
comportements sexuels problématiques ou les jeunes aussi qui ont commencé à
poser certains gestes d'agression sexuelle à l'adolescence, moi, je pense que
c'est un endroit phare, l'école, pour faire une différence. Puis, si on veut être cohérent avec le mouvement #metoo,
il faut commencer à planter des graines dès la petite enfance.
• (18 heures) •
Mme Rizqy : Vous parlez de services
intégrés, puis tantôt vous parliez, que, dans une première fois... avoir raccroché, dans une première tentative de porter
plainte, et d'avoir pris un certain temps avant de rappeler pour retrouver
votre courage de pouvoir continuer à faire une dénonciation.
La ligne Cruauté animale est disponible
24 heures sur 24, sept jours sur sept, au Québec, cruauté animale. Puis, moi, j'ai un chien, puis j'ai toujours eu
des chiens, puis honnêtement, je trouve ça très important. Comment qu'on explique
qu'au Québec, un jeune qui veut dénoncer doit le faire entre 8 heures et
16 h 30, mais pas entre midi et 13 heures parce qu'on est
fermés? Et j'essaie de comprendre. Il me semble que la victime, là, on ne sait
pas quand est-ce qu'elle va avoir le courage de dénoncer. Puis est-ce que c'est
normal qu'elle peut se buter à une boîte vocale?
Mme Lemay (Mélanie) : On est dans le
secret des dieux, parce que moi aussi, je n'ai pas de réponse à une telle
incohérence. Selon moi, ça fait juste témoigner de toute la culture du silence
autour des jeunes. Tu l'as... vous l'avez mentionné plus tôt aujourd'hui, des
fois, ils ne sont même pas capables de l'identifier, qu'ils ont été victimes de
quelque chose, parce que malheureusement, l'arme du crime, chez les mineurs,
c'est beaucoup le chantage émotionnel, c'est la confiance, de créer un lien
privilégié avec le jeune qui va faire en sorte que, tranquillement, ses
défenses vont baisser. C'est rarement des inconnus. C'est des gens qu'ils vont
côtoyer à l'école, dans les milieux de jour... des camps de jour. Ça fait que
c'est ça que je trouve triste, en fait, et décevant, c'est que la violence ne
va pas s'exprimer pareil chez un jeune comparativement aux personnes adultes.
Puis, malgré tout, dans le cadre des travaux du tribunal spécialisé, il n'y a
même pas eu la réflexion, pendant les travaux, à réfléchir, bien, comment on
peut aussi s'assurer qu'il y a une concomitance entre ce qu'on est en train de
faire aujourd'hui pour les adultes et ce qu'on fait vivre aux jeunes. Demain
matin, un jeune dévoile une agression sexuelle, on ne va même pas
l'accompagner, on ne va même pas l'aider. On va tout de suite appeler la
police. Ils vont se retrouver un peu coincés dans toutes sortes de rouages.
Moi, ce que je me demande, c'est : Pourquoi on ne fait pas mieux, en fait,
pour s'assurer, aussi, que ces jeunes-là puissent recevoir de l'aide? Des fois,
c'est la première étape. Ça ne veut pas dire qu'on va reporter le dévoilement,
mais on peut-tu s'assurer qu'ils puissent le faire d'une façon qui ne sera pas
revictimisante et traumatisante? Puis c'est ça que je me demande, en fait,
c'est : Qu'est-ce qu'il reste à expliquer, dans quelle langue, pour que ça
puisse, finalement, atterrir puis devenir, finalement, une ressource qui est
cohérente pour tous les jeunes du Québec?
Mme
Rizqy : Dites-moi, est-ce que c'est normal qu'on couvre
les élèves à l'école, mais pas les élèves athlètes, alors qu'ils
pratiquent leurs sports à l'école?
Mme Lemay (Mélanie) : Puis moi, ce
que je me demande, c'est : On fait quoi quand ils partent en tournoi à l'étranger puis qu'il se passe des incidents?
Est-ce que, soudainement, ils ne sont plus Québécois ou Canadiens? Est-ce que, soudainement, ce n'est plus la
responsabilité de l'école? Moi, il y a toutes sortes d'incohérences que je ne
m'explique pas non plus, dans le monde du sport. On va pousser à bout certains
athlètes, on va les mettre dans des conjonctures psychologiques qu'on
n'accepterait jamais pour un adulte. Moi, je trouve qu'il y a des situations,
aussi, où il y a des jeunes pour qui ça peut être un tremplin vers les études
supérieures, le fait de performer dans le sport, et de savoir qu'il y a des
gens malveillants qui coupent les ailes à tellement de jeunes, qui les mettent
sous emprise et qui profitent d'un contexte de vulnérabilité, moi, ça me met
hors de moi, en tant que citoyenne, je suis incapable de rester calme ou
impassible, je trouve que c'est d'une injustice infinie.
Mme Rizqy : Je connais assez bien le
ministre pour pouvoir mettre, des fois, des mots dans sa bouche, de temps en
temps, tantôt, quand on parlait, là, de congédiement, je connais assez bien le
ministre pour savoir qu'en cas d'agression sexuelle, là, c'est un acte
dérogatoire, merci, bonsoir, c'est terminé. Mais il y a des notions qu'on
apprend, nous autres aussi, comme élus, puis, moi, je l'ai appris grâce à
vous : le «grooming», le «pédogrooming», puis
ce n'est pas nécessairement tout de suite, hein, qu'on arrive avec des symboles
graphiques, mais si, par exemple, il y a une dénonciation qui est faite
puis qu'on est au début, là, on n'est pas encore dans une faute qui est assez
grave, parce que... là, on se rend compte que, par exemple, il texte après le
souper, 21 heures, 22 heures. Là, nous autres, on considère que, non,
non, non, ça, ce n'est pas approprié, mais ce n'est pas une faute assez grave
pour congédier parce qu'il n'a pas encore traversé la ligne. Je pense que c'est
ça qu'il voulait faire référence pour dire : Là, ça va être dans le
dossier et ça va rester dans le dossier.
Parce qu'on se rend compte qu'aujourd'hui, et ce
n'est pas des farces, en ce moment, les amnisties, quelle aberration :
entre six mois et cinq ans, au Québec, selon la convention. Et certains groupes
nous demandent que ce soit eux qui gèrent ça de façon locale. Vous, vous l'avez
vu au niveau universitaire, des gens qui se promènent. Ah! il est arrivé
quelque chose au Vieux-Montréal, on s'en va du Vieux-Montréal, on débarque à
l'UQAM, et personne ne s'est parlé, le dossier était confidentiel.
Alors, moi, ma question, c'est la
suivante : Si on tient pour acquis qu'on parle d'une faute qui n'est pas
suffisamment lourde pour le congédiement, mais qui nous... C'est un drapeau,
là, on sait qu'il y a un drapeau, on le met dans son dossier. Êtes-vous
d'accord que ce soit aussi partagé, aussi, au niveau collégial et
universitaire, qu'on élargisse cette notion? Parce que ça se peut qu'une fois
que nous, on a fermé toutes les portes pour cette personne-là, au niveau
scolaire, bien, elle s'essaie au cégep, là.
Mme Lemay (Mélanie) : Bien, regarde,
je vais donner un excellent exemple. Au cégep, tu as des mineurs puis tu as des
majeurs qui côtoient le même établissement scolaire. Moi, ça m'est arrivé, là,
d'avoir un prof qui avait tellement bien développé son stratagème qu'il gardait
un matelas dans son bureau. Puis c'était un campus qui était partagé entre le
cégep puis l'université.
Mme Rizqy : Un matelas.
Mme Lemay (Mélanie) : Ça fait que
quand il s'est passé un problème, quand il s'est passé une dénonciation de
cette ordure-là, bien, imaginez-vous que la solution facile a été de
dire : Ah bien, ce n'est pas compliqué, il va arrêter d'enseigner au cégep
parce qu'il y a des mineurs, mais il va continuer de garder son poste à
l'université. Il a gardé le même comportement après. Ça fait que c'est là où tu
te dis : Comment ça se fait qu'on va créer des climats où... C'était rendu
que le département ou le corps professoral trouvait ça très rigolo, en fait,
d'avoir des aventures avec des mineurs ou avec d'autres étudiantes qui étaient
sous leur gouverne.
Je me souviens que quand on a traité de la
question de la loi 22.1 en commission parlementaire, il y avait même eu une
sortie, où ça faisait prétendument partie de la liberté pédagogique que de
pouvoir coucher avec des étudiants avec lesquels tu avais un rapport
d'autorité. Ça fait que moi, je me dis que peut-être que je suis allergique au
contrôle et au pouvoir, mais ça reste que c'est quelque chose, selon moi, qui
mérite une réflexion plus globale, parce que malgré tous les mérites qu'elle a
aussi, la loi 22.1, il reste aussi des choses à améliorer. Ça fait que je
pense que les travaux qu'on fait vont certainement bonifier ce qu'il reste à
faire, mais, à l'inverse, il reste encore du chemin aussi à accomplir pour ce
qui est des écoles primaires et secondaires.
Mme Rizqy : Dans un autre projet de
loi... On regarde, en matière de services de garde, pour, donc... eux vont plus
loin. Ce n'est pas des antécédents qu'ils regardent, là, donc on n'attend pas
que la personne soit reconnue coupable, on regarde ce qu'on appelle les clauses
d'empêchement, là, ce qui... au fond, vous avez une accusation puis, aussi, par exemple, si ça fait... si c'était
dans votre dossier ou même si, par exemple, vous avez obtenu un pardon,
lorsque... question en matière de violence sexuelle, la clause d'empêchement
fait en sorte qu'on doit dire : Vu que vous
êtes en contact avec des personnes vulnérables — c'est-à-dire une personne mineure ou une
personne aînée — bien, à ce moment-là, vous ne pouvez pas travailler avec
eux, là, vous avez... dans vos antécédents, nonobstant votre pardon, ça
demeure quelque chose de sexuel qu'il faut signaler, là. Est-ce que ça, vous,
vous êtes à l'aise qu'on aille dans un amendement comme ça, d'élargir, et aller
plus loin, et de le mettre aussi dans la loi? Parce que c'est marqué, dans le projet de loi, en ce moment, «dans un guide».
Nous, on irait de façon statutaire, aux trois ans, vous devez le faire. Et
aller aussi loin que de voir comment qu'on peut articuler ça avec le
tribunal pour qu'au niveau du DPCP, là, dans les conditions, là, de remise, là,
que ce soit vérifié que la personne l'a divulgué à son employeur. Parce que là,
en ce moment, ils ont l'obligation de le
dire. Il y en a qui ne le disent pas, alors ils peuvent tomber dans un trou
que, pendant trois ans, on ne le sait pas qu'il y a eu, en fait, une
cause au niveau criminel qui touche, par exemple, certains actes.
Puis
on a un guide qui nomme certaines infractions, donc : agression sexuelle,
action indécente, sollicitation, incitation à la prostitution, pornographie
juvénile, harcèlement, l'intimidation, séquestration, menaces, voies de fait,
enlèvement. Donc, tu sais, on pourrait s'inspirer de ce guide qui a été fait
par le ministère de l'Éducation, puis dire : Voici, ça, c'est des infractions que nous, on juge suffisamment graves,
qu'il faut que le tribunal aussi nous le communique, parce que si on ne fait qu'attendre que le prévenu
nous le dise, on risque d'attendre longtemps, et c'est basé sur la bonne
foi de l'accusé.
Mme Lemay
(Mélanie) : Je pense que c'est de... De ne pas le faire, c'est un peu
présumer que ces gens-là, justement, vont naturellement agir de façon adéquate,
soudainement, parce que là, tout d'un coup, il lui vient une illumination. Moi, je pense sincèrement que ça
fait... c'est juste le gros bon sens que de s'assurer, en fait, que ce genre
de modèle là puisse, finalement, être utilisé pour le projet de loi, là. Moi,
je pense que tout élément qui peut bonifier mérite d'être entendu, dont, entre
autres, la création d'une loi-cadre, mais ça, c'est un autre débat, là, je
m'excuse.
• (18 h 10) •
Mme Rizqy : Non,
mais on est d'accord. Puis je vais vous dire merci, je vais céder la parole à
ma collègue députée de Mercier, puis je vais aussi en profiter pour lui dire
merci, parce que, deux fois plutôt qu'une, elle nous a invités dans son comté, avec des jeunes, pour leur donner, à eux, la
parole. Alors, merci aussi à vous d'être le porte-voix de plusieurs
jeunes au Québec. Merci.
Mme Lemay
(Mélanie) : Merci à vous.
La Présidente (Mme
Dionne) : Oui, excusez-moi, j'étais distraite. Alors, oui, Mme la
députée de Mercier, la parole est à vous, désolée.
Mme Ghazal : Merci.
Merci, merci beaucoup, Mélanie, merci pour... je me permets de te tutoyer, pour
ton éloquence, pour ton engagement depuis
tant d'années. Puis tu le disais, à quel point... Tu ne sais plus dans quelle
langue il va falloir parler. Bien, aujourd'hui, tu as décidé de parler
la langue du courage, puis ce n'est pas la première fois, ton histoire, ça fait
très, très longtemps que tu en as parlé, puis tu as décidé de le faire pour,
justement, prendre les moyens pour ne plus que ça arrive puis que ça soit
compris par la... par les politiciens, les élus, mais la société, aussi, dans son ensemble. Puis d'ailleurs, j'invite tout
le monde, ici, qui ne l'a pas déjà regardé, de voir le documentaire Pour
une culture du consentement. Je pense qu'il est encore sur Tou.tv, donc,
où, justement, tu parles de ce que tu as vécu, puis ça, c'est extrêmement
important de le dire puis de le répéter. Il faut le répéter tant qu'il faudra,
tant qu'il faudra pour que ça soit compris, qu'il faut prendre ça à
bras-le-corps. Puis moi, je ne m'explique pas, de la même façon que toi, que La voix des jeunes compte, que tous ces
jeunes qui portent sur leurs épaules de dénoncer cette situation-là, qui se
déroule encore dans nos écoles puis qui risque encore de continuer à se
dérouler, des cas d'agressions sexuelles qui pourraient peut-être ne pas
être dénoncés. Parce que, des fois, les jeunes ne le savent pas, des fois, il
n'y a pas de témoin, etc., malgré la loi qu'on a ici devant nous. Et il existe
plein d'outils, un petit peu à gauche et à droite, mais il n'y a rien
d'intégré.
Puis, pourtant, quand
il y a eu le mouvement #moiaussi, l'ancienne ministre de l'Éducation supérieure
a mis en place une loi pour protéger, notamment, des jeunes adultes dans les
cégeps, dans les universités. Plus récemment, il
y a eu les cas d'agressions sexuelles dans des... dans le monde du hockey, ça a
fait les manchettes, on se le rappelle. Mon collègue le député de Rosemont
a demandé un mandat d'initiative. Et la ministre des Sports a décidé d'agir, puis il y a eu un mandat d'initiative pour en
discuter, pour en... pour parler de ça, pour dire : Comment est-ce qu'on
peut mettre fin aux violences sexuelles dans... notamment dans le
hockey?
Alors là, on a les
écoles, les écoles, c'est un milieu de vie, ce n'est pas juste pour la
réussite, pour que les jeunes aient un métier plus tard, mais c'est aussi un
milieu de vie où ils apprennent toutes sortes de choses, le vivre-ensemble, puis aussi un milieu de vie où c'est
important de s'assurer, pas juste de leur réussite, mais de leur bien-être. Et
ça, c'est la moindre des choses. Donc, moi, je suis absolument convaincue, puis
il y a plein de... il y a de plus en plus d'organisations, il n'y a pas juste
La voix des jeunes compte, il n'y a pas juste toi, Mélanie, qui dites que ça
prend une loi-cadre comme celle qui existe pour protéger les jeunes adultes.
Le projet de loi
existe. Ça arrive, je l'ai mentionné avant, ça arrive, des fois, que les
gouvernements appellent des projets... c'est très rare, mais ça arrive quand
même qu'ils appellent des projets de loi qui ont été déposés par les
oppositions ou qu'ils écrivent eux-mêmes un projet de loi, une loi-cadre, en
s'inspirant, par exemple, de ce qui a été fait par les partis d'opposition.
Puis ce que je t'ai entendu dire, c'est qu'une loi cadre, c'est un point de
départ, c'est un point de départ pour une suite. Peux-tu juste expliquer
pourquoi c'est un point de départ? Parce que ça reste quand même une loi.
C'est... c'est sur du papier, c'est sûr que c'est beaucoup plus fort que, par
exemple, un plan d'action. Mais qu'est-ce que tu veux dire par «c'est un point
de départ»? C'est quoi, la suite?
Mme Lemay (Mélanie) : Bien, premièrement, c'est
de s'assurer, en fait, que malgré les codes d'éthique, malgré les plans
d'intervention, malgré toutes les belles choses papier qu'on peut avoir sur un
bureau ou autres, bien, ça garantit, en fait, une reddition de comptes, puis
s'assurer, en fait, qu'à quelque part, il y a quelqu'un qui s'assure qu'on est en train de mettre en branle différentes
initiatives, que ce soit de s'assurer que dans des périodes phares de l'année,
il y a des intervenants qui viennent, comme les CALACS avec le programme
Empreinte, de s'assurer aussi qu'il y a des gens comme Nouveau Cadre, c'est
super intéressant, c'est un outil un peu comme l'art visuel, qui font des
immersions où ça entraîne des discussions en classe avec des sexologues. Il y a
plein de choses, comme tu le nommes, qui existent dans l'écosystème
québécois, mais il n'y a rien, en fait, qui est étendu de façon égale et
équitable à l'échelle du Québec.
Puis je pense que, quand
on dit qu'il faut que ça soit un point de départ, c'est par rapport à un
changement de culture, c'est que, par défaut, en ce moment, c'est la culture du
silence qui prône, c'est la culture du viol, parce que les jeunes apprennent
des modèles inadaptés. Puis aujourd'hui, avec les réseaux sociaux, les algorithmes,
on voit une montée de la haine en ligne qui n'était pas là avant, puis ces
jeunes-là sont connectés 24 heures sur 24 sur leur téléphone. Ça fait que, si on ne vient pas communiquer avec eux de
manière transversale, dans des contenus qu'ils voient en classe, comment
voulez-vous qu'on fasse contrepoids à toute cette culture-là, en fait, qui est
omniprésente dans leur quotidien? Puis moi, je pense que c'est pour ça, aussi,
que malgré qu'il y ait des nouvelles avancées avec un nouveau cours sur l'éducation
à la citoyenneté, c'est bien, mais ce n'est pas suffisant pour se dire que ça
va jouer ou ça va devenir un «game changer» par rapport à ce qui s'en vient,
parce que malheureusement, les jeunes grandissent avec des influences d'un peu
partout, ils s'américanisent aussi, puis je pense que c'est décevant sachant
qu'on a une expertise puis des personnes qui sont reconnues à l'international
avec des chaires de recherche pour ce qui est de faire, finalement, un changement par rapport au... de paradigme. Ça fait
que moi, c'est un peu ce que j'ai comme espoir quand j'en parle parce
que, quand je m'exprime, je sais que j'ai peut-être la mèche courte, mais c'est
que j'écoute des témoignages de viols
d'enfants qui me viennent à... en esprit, c'est les parents qui sont
complètement impuissants face à une direction. Je pense juste au cas des
Pères Maristes, qui s'est déroulé à quelques pas du Parlement. Même le ministre, il avait un rapport qui démontrait...
qu'il n'avait pas... qu'il avait les mains liées, à l'heure actuelle, par
rapport aux décisions des directions d'école. Et même un juge ne peut
pas sanctionner un directeur d'école d'empêcher, par exemple, qu'une jeune ne
côtoie pas son agresseur dans sa classe. Et moi, je trouve ça triste que, par
défaut, c'est tout le temps les victimes qui écopent puis qu'il n'y ait pas
davantage d'outils qui sont donnés aux jeunes qui ont des comportements sexuels problématiques, parce que
cette expertise-là, elle existe ici au Québec, même qu'elle est exportée
ailleurs. Ça fait que c'est un peu ça le sens de mon intervention.
Mme
Ghazal : Puis la loi qui existe maintenant depuis 2017, je
pense, dans les cégeps et les universités, il y a une évolution, là,
puis il y a une... des mesures qui ont été mises... c'est-à-dire pas des
mesures, mais on a mesuré ou on est en train
de mesurer l'implantation un peu partout. Puis j'imagine que ce n'est pas
parfait, ce n'est pas parce que c'est... il y a une loi-cadre que c'est
parfait. Est-ce que ça, c'est quelque chose que tu as suivi? Est-ce qu'il y a des
choses, par exemple, dans la loi, qui
existent dans les cégeps et les universités, que si, à un moment donné, il y a
un ministre ou un gouvernement qui a le leadership de dire : Bon,
là, ça suffit, il va falloir qu'on protège réellement contre les agressions à caractère sexuel, spécifiquement dans
les écoles, puis qui décide de mettre une loi-cadre, des apprentissages
qui peuvent être faits par rapport à ce qui s'est passé dans les cégeps et les
universités?
Mme Lemay
(Mélanie) : Moi, le gros glissement que j'ai vu et qui est
très malheureux, c'est que, désormais, on ne jure que par la formation
en ligne des étudiants pour faire une reddition de compte où on dit :
Check, on a envoyé un lien à tous nos étudiants. Ça, sincèrement, pour moi,
c'est une grande peine que je porte, parce que je voyais les assos étudiantes hyper actives au début, quand c'était
foisonnant, quand la loi venait d'arriver, il y avait des choses où on
allait dans des événements... des partys d'intégration où on donnait des outils
ou des stratégies, quand il y avait de la surconsommation d'alcool, il y avait
une fenêtre de temps où on savait que 80 % des agressions se déroulent
dans les huit premières semaines de cours. Ça fait qu'il y avait beaucoup... il
y avait un éveil qui était très intéressant. C'est sûr que la pandémie n'a pas
aidé, mais je trouve que, dans tous les cas, il y a des initiatives qui sont
prometteuses puis c'est les campagnes où il y a... des gens viennent, puis
après, ça permet de faire des liens avec les ressources
et les organismes parce que ça permet de s'assurer une continuité dans
l'intervention puis que les jeunes ne restent pas pris avec ça.
Mme Ghazal : C'est ça. Donc, pas
pour les formations en ligne ou... Dans les recommandations, il y a la recommandation 2
où c'est écrit, dans le mémoire, de «veiller à ce que l'école devienne des
espaces de guérison des différentes formes
de violence systémiques dans le cursus scolaire». Puis ça parle... «et aussi
dans les activités parascolaires. En plus de créer un corridor de
services intégrés à même les milieux de vie des jeunes.» Donc, souvent, une des
critiques, c'est dire : Bien, le Protecteur national de l'élève ne connaît pas le milieu scolaire, il est à
l'extérieur, il n'y a aucun jeune qui va prendre le téléphone ou texter
le Protecteur national de l'élève, sauf exceptionnellement. Mais ça veut dire
quoi, «créer un corridor de service intégré»? C'est un peu ce que tu viens de
mentionner tantôt? Est-ce qu'il y a d'autres choses aussi?
• (18 h 20) •
Mme Lemay (Mélanie) : Ce que je
trouve intéressant, c'est par rapport aux autres violences systémiques, c'est
qu'on ne peut pas voir une victime comme étant unidimensionnelle, il y en a qui
sont en situation de handicap, il y en a qui
sont issus de l'immigration, il y en a qui viennent de certaines communautés
LGBT, ou autres. Ça fait que c'est
sûr que si on a un regard très hétéronormatif blanc envers l'intervention,
bien, on ne va pas aller chercher les jeunes qui ne fittent pas parfaitement
dans cette case-là, ils vont rester coincés avec les expériences de
victimisation dans lesquelles ils se situent, ça fait qu'on doit
travailler sur les différentes formes de discrimination qui existent dans notre
société pour qu'on puisse s'assurer, en fait, que tout ce qu'on mettra en
place, que ce soit des formations, des nouvelles
politiques, des contenus transversaux, des... tu sais, on s'assure, en fait,
qu'il y a une richesse puis il y a une transmission culturelle qui est
faite par rapport aux outils puis aux connaissances aussi. Ça fait que c'est
pour ça que je le mentionnais comme ça dans mon mémoire, c'est peut-être
maladroit, mais ce que je veux dire en disant ça, c'est vraiment que les
victimes ne sont pas unidimensionnelles. Elles ont toutes des parcours qui
sont, des fois, complexes, puis on a besoin de le savoir et de le comprendre
pour vraiment venir à la rencontre des jeunes.
Mme Ghazal : Puis,
dans le fond, de tenir compte des contextes, des... c'est-à-dire ne pas, genre,
dire : OK, on fait une formation, puis c'est du mur-à-mur à tout le
monde, il faut l'adapter aussi au contexte.
Par rapport à la
clause d'amnistie, comment c'est formulé dans le projet de loi, est-ce que
c'est satisfaisant pour toi... pour vous,
ou... comment c'est formulé dans le projet de loi, est-ce que le fait que ça
n'existe... qu'on ne puisse jamais effacer un comportement d'un prof dans le
dossier, dans son dossier d'employé, est-ce que c'est satisfaisant?
Mme Lemay
(Mélanie) : Moi, je ne pense pas que c'est une mauvaise idée de faire
ça, mais là où j'ai de la difficulté, disons, c'est par comment le fait qu'on
ajoute cette mesure-là est ensuite instrumentalisé ou récupéré...
La Présidente (Mme
Dionne) : ...Mme Lemay.
Mme Lemay
(Mélanie) : ...pour donner l'impression de faire des pas de géant.
Donc, c'est plus là où moi, je mets une nuance, c'est que ce n'est pas
satisfaisant, juste une mesure. Il faut que ce soit intégré dans un tout qui
est cohérent. C'est pour ça, selon moi, que c'est bien, on ne peut pas s'y
opposer, mais ça reste qu'à la fin de la journée, est-ce que c'est assez...
La Présidente (Mme
Dionne) : Merci.
Mme Lemay
(Mélanie) : ...une mesure? Non.
La Présidente (Mme
Dionne) : Merci. Merci beaucoup. Malheureusement, c'est... c'est tout
le temps que nous avions. Merci beaucoup, Mme Lemay, pour la... votre
contribution.
Mme Ghazal : Je
voulais juste savoir il restait combien de temps du ministre?
La Présidente (Mme
Dionne) : M. le ministre... il restait huit minutes au temps du
gouvernement.
M.
Drainville : Oui, mais moi, je dois m'absenter, Mme la Présidente.
Mme Ghazal : Mais
est-ce que c'est...
M.
Drainville : Sachant que je... Sachant qu'on avait seulement un des
deux groupes, là, j'ai prévu d'autres engagements.
Mme Ghazal : Mais
j'aimerais... Est-ce que... J'aimerais quand même demander...
La Présidente (Mme
Dionne) : Posez votre... Bien, qu'est-ce que vous alliez demander, Mme
la députée?
Mme Ghazal : Bien,
d'avoir les... le temps restant du ministre.
La Présidente (Mme Dionne) : OK.
Ça prend un consentement. Est-ce qu'il y a consentement pour redistribuer
le temps du ministre à la députée de Mercier? Donc, il y a...
M.
Drainville : Moi, c'est impossible... C'est impossible pour moi de
rester, là.
Mme Ghazal : C'est
huit minutes, hein?
M.
Drainville : Moi, je dois y aller.
La Présidente (Mme
Dionne) : Donc, il n'y a pas de consentement?
Mme Ghazal : Pas
de consentement pour avoir le huit minutes?
M.
Drainville : Pas de consentement, non, je dois y aller, moi.
La Présidente (Mme
Dionne) : Alors, merci beaucoup... Merci beaucoup, Mme Lemay.
Mémoires déposés
Donc, avant de
conclure les auditions, je procède au dépôt des mémoires des personnes et des
organismes qui n'ont pas été entendus lors des auditions publiques. Et, sur ce,
je vous remercie infiniment pour votre contribution à ces travaux.
Compte tenu de
l'heure, la commission ajourne ses travaux sine die. Merci et bonne soirée.
(Fin de la séance à 18 h 23)