(Onze
heures vingt-quatre minutes)
La Présidente (Mme
Poulet) :
Alors, bonjour à tous. Ayant constaté le quorum, je
déclare la séance de la Commission de la culture et de l'éducation ouverte.
Alors, la commission
est réunie afin de poursuivre les consultations particulières et auditions
publiques sur le sujet... sur le projet de loi n° 64, Loi instituant le
Musée national de l'histoire du Québec.
Mme la secrétaire,
est-ce qu'il y a des remplacements?
La
Secrétaire : Oui, Mme la Présidente. Mme Dionne (Rivière-du-Loup—Témiscouata)
est remplacée par Mme Poulet (Laporte) et Mme Ghazal (Mercier) est
remplacée par M. Zanetti (Jean-Lesage).
Auditions (suite)
La Présidente (Mme
Poulet) : Merci. Alors, nous entendrons ce matin les témoins
suivants : la Fondation Lionel-Groulx et l'Institut d'histoire de
l'Amérique française.
Alors,
je vous souhaite la bienvenue. Je souhaite la bienvenue aux représentants de la
Fondation Lionel-Groulx. Je vous rappelle que vous disposez de
10 minutes pour votre exposé, puis nous procéderons à une période
d'échange avec les membres de la commission. Je vous... je vous invite donc à
commencer.
Fondation Lionel-Groulx
Mme Ferretti
(Lucia) : Alors, merci pour l'invitation et bonjour à tous.
Permettez-moi de présenter notre délégation,
Myriam D'Arcy, directrice générale de la fondation, Jacques Beauchemin,
sociologue, longtemps professeur à l'UQAM, et moi-même, Lucia Ferretti,
historienne, professeure jusqu'à tout récemment à l'Université du Québec à
Trois-Rivières.
La mission de notre
fondation, c'est d'oeuvrer au développement, au rayonnement de la nation
québécoise par la promotion de son histoire, de sa langue, de sa culture, et ça
fait 68 ans qu'on existe. On l'a fait de bien des manières, mais, depuis une quinzaine d'années, nous avons acquis une
grande expertise dans la production de contenus originaux de qualité et
de grande diffusion sur l'histoire du Québec.
Et
je vais en donner rapidement quelques exemples. Pendant huit ans, entre 2015 et
2023, nous avons organisé à la Grande Bibliothèque une cinquantaine de
rencontres sur les figures marquantes de notre histoire. Ces rencontres étaient
animées par l'historien Éric Bédard. Depuis 2019, notre équipe de
collaborateurs a bonifié ou rédigé plus de 300 articles
dans Wikipédia sur des sujets reliés à l'histoire du Québec. Et plusieurs sont
d'ailleurs arrimés au contenu des programmes scolaires. Depuis 2022, la
fondation produit Nos géants. C'est une série de capsules pédagogiques
qui met en valeur les personnalités qui ont contribué à la défense et à la
vitalité du français au Québec. Et enfin, depuis cette année, nous nous
intéressons à 12 lois qui ont marqué le Québec. Ces lois du droit civil
ont structuré la société québécoise de manière unique depuis 1867. Ces
entretiens sont animés par la vulgarisatrice en histoire, Myriam Wojcik, et se
déroule à la Grande Bibliothèque. Pour tous ces projets, nous avons bénéficié
de partenariats majeurs avec des
organisations dont la crédibilité est immense : BANQ, Matv, VLB Éditeur,
TVA, Télé-Québec en classe, la plateforme pédagogique maZone CEC, QUB télé. Ces organisations, tout
comme la présence de nos entretiens sur le Web, ont assuré à nos
productions une diffusion considérable.
Tous ces succès nous
portent à penser que nous pouvons, sans fausse humilité, apporter une pierre
utile à la construction de ce magnifique projet qu'est un Musée national de
l'histoire du Québec, parce que, vous l'avez lu dans le mémoire, nous disons un
oui enthousiaste au projet de loi n° 64.
Ce musée est
pertinent. Selon nous, il est même nécessaire, compte tenu de la nature
particulière, unique du Québec dans le contexte canadien et nord-américain.
Partout, les petites nations comme la Catalogne ou l'Écosse, ou les États fédérés comme la Bavière, la Californie,
le Nouveau-Brunswick, beaucoup d'autres, disposent de tels musées. L'heure du Musée national d'histoire du Québec est
venue. Nous affirmons d'ailleurs que ce musée sera pertinent dans la
mesure où ce sera le musée de l'histoire nationale des Québécois.
Là, je ne vous
donnerai pas un cours, mais j'aimerais quand même prendre quelques secondes
pour faire la différence entre nation et société, hein? Alors, une nation, c'est
une collectivité d'individus vue dans ce qu'ils ont en commun : une
langue, une culture, une histoire, des institutions, hein, une volonté de
continuer à exister ensemble puis même des problèmes sur la solution desquels
ils peuvent s'obstiner, mais qu'ils ont en commun d'identifier comme étant des problèmes. Une société, c'est
exactement la même collectivité d'individus, mais vue, cette fois, dans toutes leurs diversités : région, capitale,
métropole, variété de couleurs politiques, les bleus, les rouges — aujourd'hui,
on rajoute beaucoup de couleurs,
hein? — diversité
d'origines ethniques ou de cultes religieux, inégalités socioéconomiques, variété
d'orientations sexuelles, mettez-les tous, la diversité dans toutes ses
composantes.
• (11 h 30) •
Pour
nous, de la Fondation Lionel-Groulx, ce qui doit caractériser le nouveau musée, ce
qui va faire sa différence et surtout sa pertinence, ce sera son accent
sur la perspective nationale. Les Québécois forment une nation. Cette nation
existe et le musée va la montrer.
À cet effet, nous faisons six recommandations.
Un, le musée doit tendre à inclure et à illustrer la diversité de la société
québécoise, mais en montrant que notre histoire trouve tout son sens unique en
raison de l'existence d'une nation québécoise.
Deux, le musée doit justement être centré sur la
présentation du parcours historique de notre nation. Il mettra en lumière le
fil et, j'ose même dire, l'arbre de notre histoire nationale, parce que c'est
par cette réappropriation que nous serons tous, comme Québécois, Québécois de
souche ou Québécois de feuille, nous serons tous en mesure de mieux comprendre le présent et de mieux dessiner
notre avenir en commun. De même, les touristes étrangers qui visiteront
le musée viendront à la rencontre de notre nation unique en Amérique du Nord.
Troisième recommandation, les nations
autochtones, présentes en sol québécois de temps immémorial, sont des nations
elles aussi. C'est justement pourquoi notre troisième recommandation est
qu'elles occupent une place distincte que le musée reconnaîtra selon des
modalités de cocréation qui leur conviendront, ce qui n'empêchera évidemment
pas le musée de parler de la rencontre, de la contribution des autochtones dans
la naissance de la nation québécoise et des contacts continus entre nos nations
au fil du temps.
Quatre, le musée adoptera un fil chronologique.
Il le fera pour rendre justice à l'histoire elle-même. Il le fera aussi pour
des raisons de clarté, d'intelligibilité. Le passé est un déroulement
chronologique de faits, d'événements, de
phénomènes, qui, très souvent, découlent les uns des autres. Pour comprendre la
trajectoire d'une nation, il faut donc en suivre la route, épouser le
même parcours. Les visiteurs se repéreront mieux ainsi.
Notre cinquième recommandation consiste à dire
qu'une des manières de présenter la complexité de l'histoire est de construire
le récit autour de figures marquantes, hommes et femmes, dans lesquelles les
Québécois reconnaîtront les artisans de notre histoire commune. Ces hommes et
ces femmes, il ne s'agit pas d'en faire des héros ou des héroïnes, ce n'est pas
notre perspective, mais, à partir d'un personnage, on peut présenter et
humaniser tout un pan d'histoire. On parle
de Champlain pour raconter la rencontre, mais après, évidemment, on sort de
Champlain, pour présenter le contexte de la rencontre. On parle de Marie
Fitzbach ou de Mary Keogh pour raconter la solidarité sociale dans la forme
qu'elle a prise chez nous. On part d'Ignace Bourget pour raconter la forte
présence de l'Église catholique dans notre
histoire, mais évidemment, on en sort. On parle de Marie-Claire Kirkland pour
mesurer l'évolution considérable de la situation des Québécoises dans la
seconde moitié du XXe siècle. Un personnage, il faut le voir non pas comme un héros, une héroïne, mais comme
une porte d'entrée dans notre histoire, susceptible de rejoindre de très
vastes publics. Évidemment, du vrai, des vrais artéfacts, des vrais documents,
des vrais enregistrements.
Et enfin, la dernière de nos recommandations,
c'est que les objectifs de ce musée doivent être l'exploration, la découverte,
la connaissance, d'une part, mais ils doivent être aussi, comme tout musée
d'histoire nationale partout au monde, un facteur de renforcement de la
cohésion nationale. Il serait bon, il serait même très bon qu'à sortir du musée
national d'histoire du Québec nous en sachions plus sur l'histoire du Québec et
que, d'une manière légitime, nous puissions aussi entretenir la conscience que
les Québécois forment une nation. Merci beaucoup. Nous sommes prêts à répondre
à vos questions.
La
Présidente (Mme Poulet) :
Merci beaucoup de votre exposé.
Nous allons maintenant commencer la période d'échange avec M. le
ministre, pour une période de 16 min 30 s.
M. Lacombe : Merci beaucoup,
madame... Merci beaucoup, Mme la Présidente. Merci beaucoup à vous trois d'être
venus nous voir, Mme D'Arcy, Mme Ferretti, M. Beauchemin. J'ai
trouvé votre exposé particulièrement clair,
c'est tout à votre honneur. C'était très bien structuré, et je vous avoue que
c'est de la musique à mes oreilles, je ne m'en cacherai pas, donc je
l'avoue candidement.
Je trouve que la... Je trouve que la distinction
que vous faites entre société et nation, elle est particulièrement éloquente,
et c'est quelque chose, je pense, qui... qui est au coeur, qui est au coeur du
débat entourant le projet de loi, entourant
le projet d'avoir un musée national de l'histoire du Québec, et c'est ce qui
crée un peu, donc, le débat, c'est ce qui crée, parfois, la polémique. Qu'est-ce
que... Et un musée de société, on en a un au Québec, on a le Musée de la civilisation qui joue ce rôle-là, et qui le joue très, très bien, d'ailleurs. Mais un
musée qui parle de la nation québécoise, ça n'existe pas encore, et
c'est ce qu'on veut, effectivement, mettre sur pied.
Qu'est-ce que... Et je vais aller un peu
ailleurs avec ma question, mais, quand on veut créer ce musée-là, ce qu'on se
fait parfois répondre, c'est qu'on souhaite instrumentaliser une institution,
qu'on souhaite faire la promotion d'un récit
qui serait notre vision de l'histoire. Donc, même le choix de parler de la
nation québécoise dans un musée, ce sera un choix politique, donc ce serait en
quelque sorte une instrumentalisation du musée. Qu'est-ce que vous répondez
à cette critique-là qui nous est formulée?
Mme
Ferretti (Lucia) : Bien, je crois que, sincèrement... Mes compagnons
continueront peut-être la discussion. Mais je crois sincèrement que,
franchement, c'est une question factuelle, il existe une nation québécoise.
C'est ici qu'on parle français. C'est ici qu'on a développé des institutions
qui nous représentent. Celle-ci en est une tout à fait parlante, n'est-ce pas?
C'est... La nation existe.
Vouloir faire un musée d'histoire nationale,
franchement, ce n'est pas une idée originale, hein, ce n'est pas quelque chose
qui sort d'un chapeau, il y a des musées d'histoire des nations partout. Donc,
on ne s'inscrit pas dans une trajectoire qui n'est pas déjà tracée, elle est
déjà tracée, ça existe.
Moi, j'ai été vraiment
frappée, et avec un certain plaisir... Récemment, c'étaient les Jeux olympiques,
et je regardais comme tout le monde, je pense, un peu les Jeux olympiques à la
télévision. J'étais jusqu'à un certain point enthousiasmée par la simplicité
avec laquelle on parlait des athlètes canadiens, du Canada, de notre nation
dans les reportages de Radio-Canada, dans les annonces publicitaires. Il n'y
avait rien qui faisait débat, OK? Le Canada était présent comme nation, et on ne commençait pas à dire : Mais est-ce
que c'est une nation? Est-ce que ce n'est pas une nation? Qui sont les
gens qui sont dans cette nation-là? Non.
La perspective nationale, c'est ce qui nous met
en commun. Au Québec, on a aussi beaucoup de choses en commun, je les ai mentionnées
tout à l'heure. Alors, célébrons ça. Célébrons ça non pas pour en faire un
récit épique, un récit théologique, non, pas du tout, mais la nation, elle
existe, elle existe, et donc on la montre à voir, tout simplement ça.
Maintenant, qu'il y ait des débats, qu'il y ait
des obstinations, j'en ai moi-même parlé, ça peut arriver. Mais disons que
c'est quand même seulement dans certaines circonstances bien particulières, les
nations très fragiles, les nations dont certains ne veulent pas reconnaître qu'elles
existent, qu'on dit aux gens : Mais formez-vous une nation.
Habituellement, c'est accepté de former une nation. Je ne pense pas que les
Français, malgré tout ce qu'on peut connaître,
hein, et ce qu'on peut voir d'eux, hésitent sur le fait qu'ils forment une
nation. Nous formons une nation, tout simplement. Il y a... Il n'y a pas
d'agressivité, il n'y a pas... il n'y a rien, c'est juste une constatation, je
dirais, de fait.
Donc, un
musée répond à ça. Je ne sais pas si vous voulez compléter. Mais, pour moi, ça
m'apparaît une évidence.
• (11 h 40) •
M. Lacombe : Bien, pour moi aussi,
je vous avoue, mais... Et donc je creuse juste un peu plus, parce que... Et j'ai eu cette réaction lorsque j'ai déposé le
projet de loi et que j'ai été questionné. La crainte, c'est qu'on ne parle...
Et j'ai adoré votre formule, «Québécois de souche ou Québécois de feuille», et
je trouve que c'est une belle façon de l'exprimer.
Il a beaucoup été question, donc, de cette crainte qu'on ne parle pas, par
exemple, des peuples autochtones, donc des Premières Nations, des
Inuits, alors que le Québec, vous l'avez dit tantôt, est né de rencontres, et
c'est à la base de la naissance de la nation québécoise.
Mais, pour certains, je pense que le souhait, ce
que j'en comprends, des critiques, ce serait d'avoir un musée de... sur
l'histoire de l'occupation de la vallée du Saint-Laurent, en quelque sorte,
c'est-à-dire : Voici tout ce qui s'est passé sur ce territoire, sans égard
à la nation, voici ce qui s'est passé sur le territoire, de façon, bon, plus ou
moins chronologique. Et pour eux, c'est ça, un musée national de l'histoire du
Québec, et elle est là, la distinction entre un musée, peut-être, de société et un musée national de l'histoire du
Québec qui va mettre l'histoire de la nation québécoise au coeur de ses activités, de sa mission. Est-ce
que vous êtes d'accord, plus ou moins, avec cette façon-là de raisonner?
M. Beauchemin (Jacques) : Bien, moi,
je dirais que cette lecture-là des choses se... proposerait un musée national
sans nation, hein, c'est-à-dire qu'au fond, il y a une négation de la nation
dans ce désir ou cette volonté de refaire,
refabriquer l'histoire du Québec à partir de composantes qu'on assemblerait,
là, et on dirait : Au total, ça fait quelque chose qui s'appelle le
Québec, sauf qu'il y aurait un grand absent en plein centre et qui serait la
nation québécoise. Parce qu'au fond, en toute société, on a besoin d'une
référence, on a besoin de se représenter comme formant un ensemble, et cet ensemble-là, au Québec comme
ailleurs, c'est habituellement l'ensemble national. Alors, il n'y a aucune
raison pour laquelle on devrait se priver de ce... ce besoin de nous rassembler
dans une histoire commune, même si elle est traversée, bien évidemment, de
conflits, de tensions, comme en toute société démocratique. Mais rien ne devrait nous empêcher d'exprimer ou d'illustrer la
nation dont on vient de dire très pertinemment qu'elle existe de fait.
Et, quand vous demandez aux Québécois si la
nation québécoise existe, dans la majorité des cas, on va vous répondre :
Oui, je suis Québécois, je suis Québécoise, de la même manière que dans
d'autres pays. Vous demanderez à des Français si la France existe. Bien, ils
vont dire : Je suis Français, je suis Française. Et ça, ça ne veut pas
dire que ces nations-là ne sont pas traversées de conflits puis de
contradictions, de tensions qui sont parfois très vives. Il n'empêche qu'il
existe toujours cette espèce de position de surplomb à partir de laquelle on
s'aperçoit comme formant une collectivité nationale, et c'est la raison pour
laquelle un musée d'histoire nationale est pertinent et nécessaire. C'est un lieu de rassemblement de la diversité, c'est un
lieu où on peut se représenter notre existence commune et un parcours
commun, même si ce parcours-là a été au fil des années et des siècles jonché de
conflits puis de tensions. On ne fera... on ne fera pas l'histoire du Québec
ici, qui est bien connue de tous, mais il n'empêche qu'au bout du compte il y a
quelque chose qui s'appelle la nation québécoise.
Mme Ferretti (Lucia) : Cette
nation-là... Moi, je suis très contente, je m'appelle Lucia Ferretti. Comme je dis toujours, mes ancêtres ne viennent pas du Lac-Saint-Jean. Mes ancêtres génétiques ne viennent pas du Lac-Saint-Jean, mes
ancêtres ethniques ne viennent pas du Lac-Saint-Jean, mais mes ancêtres
nationaux viennent du Lac-Saint-Jean, parce que je suis Québécoise. Alors,
c'est tout simplement ça. Je dis toujours : Mes ancêtres sont Marie Rollet
et Louis Hébert, OK, qui sont les premiers
colons français qui ont fait souche en Amérique. Évidemment, sur le plan génétique,
sur le plan ethnique, non.
Mais, à un moment donné, il y a la nation
québécoise. Elle existe, elle existe dans son caractère, que plein de monde sont venus nous rejoindre. J'ai parlé de
Mary Keogh. J'aurais pu parler, mon Dieu... Daniel Johnson, ses ancêtres, j'aurais
pu parler de Claude Ryan, j'aurais pu parler de... On parlait de Carlo Onorato
Catelli, qui a fondé quand même un «plant» national au Québec, on s'entend-tu,
les pâtes Catelli. Ce n'est pas ça, le point. Le point n'est pas l'ethnicité,
le point est le désir d'abord des souvenirs en commun et le désir de continuer
en commun.
Donc, nous, on récuse un peu l'idée qu'on doive
tous être sectionnés et on récuse l'idée d'un récit de majorité, parce qu'on
pense que les nations autochtones sont des nations, et elles ont droit d'être
reconnues comme pas les premiers Québécois, on se
comprend, c'est des nations. Donc, elles décideront de la façon dont elles
veulent présenter leur histoire, mais c'est tout à fait normal aussi qu'elles
soient incluses dans le grand musée national d'histoire du Québec.
Pour le reste, il y a
une nation québécoise qui s'est enrichie sans arrêt de l'apport d'individus,
d'individus qui sont venus la rejoindre au fil du temps. Même s'il y a
10 000 Italiens qui ont immigré en 1954 en même temps que mon
père, c'étaient 10 000 individus qui sont venus contribuer à la
nation québécoise.
Donc, dans cette
perspective-là, en effet, c'est dommage de se priver de la possibilité de
raconter l'histoire d'une nation puis de simplement raconter l'histoire d'un
territoire.
M. Lacombe : Bien,
vous m'enlevez les mots de la bouche, et je... et donc j'ajoute que, et vous le
dites avec beaucoup d'éloquence, nécessairement, dans un musée national de
l'histoire du Québec qui va parler de la nation québécoise, nécessairement, on
doit aussi donc parler des Premières Nations, des Inuits, donc des Premiers
Peuples, parce qu'ils sont à la naissance... Ils étaient là, sur le territoire,
effectivement, bien, bien, bien avant la naissance de la nation québécoise,
mais la nation est née de...
Mme Ferretti
(Lucia) : De cette rencontre.
M. Lacombe : ...de
ces rencontres. Et ça, il faut en parler, il faut... il faut...
Mme Ferretti
(Lucia) : Absolument.
M. Lacombe : Quand
on parle de la naissance de la nation québécoise, il faut en parler. Mais
qu'est-ce que vous répondez aux gens qui ont encore cette crainte-là
aujourd'hui? Parce qu'à mon sens, c'est complètement conciliable. Et, encore
une fois, je répète beaucoup ce mot-là, mais je trouve que vous le dites avec
beaucoup d'éloquence, vous l'expliquez bien, mais qu'est-ce que vous répondez
aux gens qui ont encore cette crainte qu'on fasse comme si les Premières
Nations n'avaient pas existé puis que le Québec avait seulement commencé à une
époque plus ou moins contemporaine ou...
Mme Ferretti (Lucia) : Je ne sais pas ce qu'on
peut offrir de plus, excusez-moi, mais je ne sais pas ce qu'on peut offrir de
plus que de dire : Il y a un espace dans ce musée-là où, si les nations
autochtones veulent parler d'elles-mêmes, exposer leur propre point de
vue sur l'histoire, qui est notre histoire commune, mais qui est aussi leur
propre histoire, leur histoire parce que les contacts ont été vécus, perçus,
peuvent être interprétés différemment, bon, nous, on pense que c'est une
manière respectueuse de procéder, d'offrir un espace dans le musée national
d'histoire du Québec pour les nations
autochtones, un espace dans lequel ils présenteront aussi leur point de vue.
Parce que c'est toute une vitrine. Je
peux aller au Musée huron de Lorette, je peux aller... mais je veux dire, à
Québec, dans le musée national d'histoire, offrir... Et ce n'est pas
pour les exclure de la nation québécoise, c'est pour les reconnaître en tant
que nation, OK? Après, ils en feront ce qu'ils voudront. S'ils disent :
Non, non, on ne veut pas aller chez vous, bien, je veux dire, franchement,
c'est franchement à eux de décider. Nous, on ne se sent pas légitimes pour le
décider. Donc, les nations autochtones,
elles existent. Notre nation, elle existe, elle s'est enrichie de l'apport
d'individus au fil du temps, et c'est ça qu'on va raconter.
M. Lacombe : Rapidement,
il me restait peut-être deux questions. Je sors du noyau de ce dont on est
en train de parler, je vais un peu à côté.
Je veux vous poser deux questions rapides — il nous reste trois minutes — sur
les jeunes et sur le numérique. Je commence par le numérique. Vous avez
effleuré le sujet tantôt. Vous avez parlé de l'importance qu'il y ait
des artéfacts et qu'on puisse les voir, tout ça. Lorsque j'ai présenté le
projet, j'ai dit que je souhaitais qu'il soit le plus... que ce soit le musée
le plus numérique au Canada, peut-être un...
Une voix :
...
M.
Lacombe : ...peut-être
un des plus numériques, effectivement, dans le monde. Mais je trouvais ça
intéressant, on a eu beaucoup de réactions de gens qui nous ont dit...
d'experts comme vous, qui nous ont dit : Attention! C'est important aussi, les artéfacts, ça crée... ça crée
souvent une réaction, les gens veulent ça. Comment... Rapidement, comment
vous feriez le... comment vous atteindriez l'équilibre entre les deux?
• (11 h 50) •
Mme D'Arcy
(Myriam) : Alors, je vais me permettre de répondre. En fait, c'est ça,
il faut trouver l'équilibre. Parce que les
artéfacts, les archives, les documents, tout ça, c'est... je veux dire, c'est
une porte d'entrée, là, certaine sur l'histoire presque charnelle, donc,
tandis que le numérique a sa place. Puis, bien sûr, nous sommes en train de... justement,
on va la... on va dévoiler une exposition la semaine prochaine, qui est
vraiment entièrement numérique. Donc, les
deux sont conciliables, mais il ne faut pas, disons, faire l'économie des
artéfacts pour le numérique, tu sais, il ne faut pas aller au tout au
numérique. Et les jeunes, si on présente l'histoire de manière chronologique, bien, on leur raconte une histoire. Alors, c'est
comme ça qu'on va les intéresser. C'est vraiment... c'est ça, la chronologie
est la clé.
M. Lacombe : Et, en terminant, je
vais sauter la question sur les jeunes, mais je vais plutôt vous poser la question sur la commémoration. Vous connaissez
bien la commémoration. Est-ce que vous pensez que le Musée national de
l'histoire du Québec doit jouer un rôle dans la planification, l'élaboration,
la... tout ce qui se fait autour des commémorations au Québec?
Mme D'Arcy (Myriam) : Oui, tout à
fait. Ce sera l'organisme... l'institution désignée, je crois, pour réfléchir à comment mettre en valeur, comment
commémorer des anniversaires qui ont structuré notre histoire. Alors, oui,
je crois que le musée aura un rôle à jouer fondamental.
M. Lacombe : Je m'arrête ici. Merci
beaucoup pour votre témoignage. Je termine juste en disant : Je le trouve
très... très inspirant et très apaisant aussi. Je pense qu'on est capable
d'avoir cette discussion-là et que ce ne soit pas nécessairement conflictuel,
toujours. Donc, je trouve que c'est encore une fois très éloquent. Merci.
Mme Ferretti (Lucia) : Merci.
La
Présidente (Mme Poulet) : Merci. Alors, on va poursuivre les discussions
avec la députée de Robert-Baldwin
pour une période de 12 min 23 s.
Mme
Garceau : Merci, Mme la Présidente. Merci à vous trois et
merci pour l'excellent mémoire et votre présence aujourd'hui. C'est très apprécié. On a fait quelques virtuels hier, donc
c'est toujours bien d'avoir des gens devant nous.
Très intéressant, Mme Ferretti, en ce qui a
trait à la présence d'implication des autochtones, des nations autochtones que
vous avez précisée. Et j'ai vu, dans le mémoire, vous mentionnez que «le musée
doit tendre vers l'inclusion et
l'illustration de la diversité québécoise». Donc, j'aimerais... Pourriez-vous
élaborer, parce que ça touche évidemment les nations autochtones, si
vous pourriez élaborer un petit peu plus à ce sujet?
Mme Ferretti (Lucia) : Est-ce
que vous voulez que j'élabore sur les autochtones, sur les anglophones?
Mme Garceau : Oui.
Mme Ferretti (Lucia) : Sur les
autochtones?
Mme Garceau : Les autochtones.
Et après ça, ce que vous voulez dire par la diversité québécoise.
Mme Ferretti (Lucia) : OK.
Alors, sur les autochtones, bien, je pense que, dans notre mémoire, on a avancé
cette idée, OK, de consacrer une place distincte aux nations autochtones. Moi,
si j'étais... Je ne suis pas Huronne, je ne suis pas Mohawk, mais si j'étais
Huronne ou Mohawk, je n'aimerais pas qu'on définisse pour moi que je suis
Québécoise. Peut-être que, si eux-mêmes se disent : Je suis Québécois ou
je suis Canadien, c'est tout à fait légitime. Mais que quelqu'un de l'extérieur
de la nation vienne décider à leur place, je trouve que c'est un manque de
respect.
Peut-être que ça n'en est pas un, peut-être que
ce n'est pas perçu comme ça. Tant mieux. Notre proposition, elle ne vise
absolument pas à dire : Ce ne sont pas des Québécois. Si ce n'était pas
des Québécois aussi, selon nous, eh bien, on donne 2 millions de plus à
différents musées autochtones qui existent déjà. Nous croyons qu'ils ont tout à
fait leur place dans le musée national
d'histoire. Mais, pour éviter ce qui... Peut-être c'est ma sensibilité, notre sensibilité
à la fondation Groulx, peut-être que c'est juste une question de sensibilité,
mais, pour éviter de définir à leur place qui sont
les nations autochtones, on a pensé que c'était mieux de laisser une place pour
qu'ils puissent se définir eux-mêmes et accepter de partager avec les visiteurs
de l'ensemble du Québec, du Canada, du monde quelle est leur vision à
eux de l'histoire, comment eux voient la rencontre, le parcours, les
conséquences.
On a pensé
que c'était bien de leur laisser une place de grande visibilité pour qu'ils
puissent, s'ils la désirent... mais il ne faudrait absolument pas que ça
soit perçu comme : Nous considérons qu'ils ne sont pas des Québécois. S'ils veulent être des Québécois, bien,
franchement, tout le monde peut être Québécois, évidemment, mais on trouvait
que leur situation est particulière parce qu'ils forment vraiment des nations.
Elle est particulière et donc elle mérite, peut-être, s'ils la veulent, une
place dans le musée. Je sais... C'est ce qu'on a écrit. Je ne veux pas élaborer
plus parce que je n'ai rien à dire de plus. Ça nous semble complet en soi.
Maintenant,
sur la diversité québécoise, bien, comme je l'ai dit, la société québécoise,
elle est en effet extrêmement plurielle. Elle l'est de plus en plus, OK?
Il y a des individus, depuis toujours, qui sont venus nous rejoindre, hein? Une
de mes belles-soeurs s'appelle Hamann. Hamann? D'où ça vient, Hamann? Eh bien,
ça vient que, du temps de la Nouvelle-France, il y a eu des mercenaires
allemands qui sont venus combattre à un moment donné et qui se sont implantés.
Il n'y a pas plus québécois que le nom Hamann. Ça fait 400 ans qu'ils sont
ici.
Ce n'est pas le point. Le point? La diversité,
elle est là sous toutes ces diversités ethniques, diversités de culte, diversités de toutes sortes. On l'a dit,
c'est notre société. Il reste qu'il y a aussi une nation, une nation qui partage
certaines choses. Et tous ceux qui sont...
D'abord, tout le monde est convié. De notre point de vue, de notre perspective,
là, je parle de la Fondation Lionel-Groulx, nous sommes tous conviés et
nous convions tout le monde à devenir Québécois, indépendamment des options
politiques. Ça n'a rien à voir, OK? Nous convions tout le monde à devenir Québécois. Et ça veut dire à reconnaître que, même
si on s'appelle Lucia Ferretti, Louis Hébert et Marie Rollet peuvent
être nos ancêtres parce que c'est eux qui ont, dans le fond, fait souche de la
nation.
Cette nation-là, elle a fait souche par eux,
elle a fait souche par les Hamann, elle a fait souche par tous les gens qui
sont venus depuis la Nouvelle-France. Elle a fait souche par les Johnson, par
tous les Irlandais qui sont venus au moment de la maladie
de la pomme de terre puis qui ont été accueillis ici à bras ouverts. Elle est
faite de tous ceux qui ont fui, les Hongrois, en 1956, qui sont arrivés
ici, les Italiens, je n'ai pas besoin d'en parler. Les autres, ils sont venus
se fondre dans une nation qui est la nation québécoise qui se caractérise par
des institutions communes, une langue en commun, la volonté de partager
l'avenir, la volonté surtout de reconnaître qu'en effet nous formons une
nation.
Mme Garceau :
Mais, en ce qui a trait aux peuples autochtones, les communautés, les
différentes communautés, ils font partie... ils vont dire qu'ils font partie de
la nation québécoise au sens large.
Mme Ferretti
(Lucia) : Absolument. Absolument. D'ailleurs, ils sont dans le musée
national d'histoire du Québec.
Mme Garceau :
OK. Et donc vous mentionnez... J'ai trouvé très intéressant en ce qui a
trait aux... parce que vous parlez de leur laisser une place distincte.
Mme Ferretti
(Lucia) : S'ils veulent la prendre.
Mme Garceau :
S'ils veulent la prendre. Et donc, s'ils veulent la prendre, parce que je
vais... je vais aller un petit peu plus loin, ils vont la prendre, et donc...
Mme Ferretti
(Lucia) : C'est bien.
Mme Garceau :
...et donc comment est-ce que... Parce que vous parlez, vous
utilisez : Selon les modalités de cocréation qui leur conviendront. Et
donc est-ce que... Parce qu'il y a un comité qui a été créé ad hoc. Est-ce
qu'il devrait y avoir des représentants des peuples autochtones sur ce comité
avec...
Mme Ferretti
(Lucia) : Sur le comité qui définit la partie autochtone du musée?
Mme Garceau :
Le volet historique, avec l'historien Éric Bédard...
Mme Ferretti
(Lucia) : Absolument. C'est-à-dire, dans la partie... dans...
Mme Garceau :
Parce que, là, en ce moment, il y a juste deux personnes qui ont été
ciblées, oui.
Mme Ferretti
(Lucia) : Oui, oui, oui. Absolument. Pour tout ce qui est... Pour tout
ce qui est la partie autochtone, ils la définiront comme ils voudront. Pour ce
qui est la partie que... évidemment, le musée national d'histoire du Québec va
parler de la rencontre avec les autochtones. Eh bien, évidemment, s'ils font
partie du comité scientifique, ils pourront, jusqu'à un certain point, essayer
d'influencer aussi, comme tout le monde. Parce que je suis d'accord avec vous,
ce sont aussi des Québécois.
Mme Garceau :
Donc, ils ont...
Mme Ferretti
(Lucia) : Mais nous, tout ce qu'on dit, c'est qu'il y a une section du
musée où, dans le fond, on n'interviendra pas. Si eux veulent présenter un
point de vue différent sur la rencontre, et c'est probable que le point de vue
qui est celui, on va dire, de l'historiographie elle-même plurielle des
rapports entre autochtones et Québécois au fil des siècles, eh bien, s'ils
veulent présenter quelque chose qui dit leur point de vue, pourquoi pas,
pourquoi pas.
Aujourd'hui, il y a
un article dans La Presse, hein, c'est mes collègues qui me l'ont dit,
et il y a un article dans La Presse qui montre que le pavillon
Lionel-Groulx à l'Université de Montréal va garder son nom, mais qu'il va y
avoir une sculpture autochtone qui montre que c'est tout à fait possible
d'avoir une diversité de perspective sur des enjeux. C'est d'ailleurs ça, la
démocratie. Je pense que ce n'est pas ici à vous que j'ai besoin de dire ça.
Donc, il peut y avoir
une diversité de perspectives sur... Et nous, on s'attend à ce que les
autochtones, dans la section autochtone du musée, bien, puissent librement
présenter leur point de vue, qui ne sera probablement pas le même que le point
de vue dans le reste du musée, mais c'est normal, c'est des nations.
• (12 heures) •
Mme Garceau :
Pourquoi une place distincte en termes... au niveau du musée? Parce que, si
on regarde une grande possibilité, parce qu'on l'a vu dans plusieurs mémoires,
que le récit historique sera raconté selon une chronologie, la chronologie des
événements, des grands repères, et donc, dans ce sens-là, ils vont faire partie
de cette chronologie, de cette trame.
Mme
Ferretti (Lucia) :
Absolument, absolument. L'histoire des autochtones ne s'arrête pas à la
Nouvelle-France. Je vais laisser mon collègue parler.
M.
Beauchemin (Jacques) : Non, mais je veux... j'allais simplement ajouter
le fait que les nations autochtones ont un statut très particulier en
Amérique, hein, pas seulement au Québec, mais dans toute l'Amérique.
C'est-à-dire que ces nations-là ont un parcours
historique qui n'est pas tout à fait le même que celui des nations dans
lesquelles elles se trouvent, hein? Et c'est un peu normal, c'est une... une
très ancienne revendication qu'elles sont, c'est un peu normal qu'elles
veuillent raconter l'histoire à leur manière parce... Et c'est vrai que le sort
qui leur a été réservé historiquement est assez particulier. Dans le pire des
cas, on parle de... presque d'une tentative d'extermination, ce qui est
beaucoup moins le cas, beaucoup moins vrai dans le cas du Québec que... et de
la Nouvelle-France qu'ailleurs en Amérique.
Mais en tout cas ils ont... ils ont vécu une forme... une relation, disons, aux
nations européennes venues en Amérique... ils ont... ils ont une
relation compliquée et assez souffrante par moments, ce qu'on peut comprendre.
Et on peut aussi comprendre leur désir de raconter leur propre histoire en
disant : Bien oui, on est au Québec comme vous, mais on n'est pas des
Québécois tout à fait de la même façon que vous, on a un parcours historique
qui est... qui se distingue un petit peu.
Alors, qu'est-ce qu'on peut faire? Alors là, il
y a... il y a un problème qui est presque insoluble, hein? La solution qu'on a
trouvée à la fondation m'apparaît la meilleure. Mais le problème insoluble est
le suivant : ou bien on les force à
devenir Québécois avec nous, vous êtes dans le musée, vous êtes des Québécois,
vous êtes avec nous, et là, ils nous disent : Oui, mais pas tout à
fait, nous sommes des nations en nous-mêmes, ou bien on leur donne une place
dans le musée, et là, au risque de se faire dire : Bien là, vous nous
excluez, c'est une façon de nous mettre dans... dans le garde-robe, là, puis on
a notre place, puis vous, vous avez votre musée.
Alors, qu'est-ce qu'on peut faire? Alors, on
peut... on peut dire que, dans un musée d'histoire nationale, un musée
national, les nations autochtones ont forcément leur place. Ils font partie de
notre histoire, il faut qu'on soit avec eux, avec elles. Mais ces nations-là
veulent aussi, légitimement, je crois, raconter leur histoire, qui n'est pas
tout à fait inscrite dans le même parcours historique que la nôtre, pas
complètement, hein? Alors donc, c'est un peu normal. Alors, comment on s'en
sort? Bien, la meilleure façon de s'en sortir, c'est de leur permettre de
prendre la parole pour eux-mêmes, par eux-mêmes, et puis de raconter cette
histoire-là. Puis, si finalement ils en arrivent à la conclusion que la
rencontre avec les Européens, au fil du temps, n'a pas été fructueuse pour
elles, bien, c'est ce que... c'est ça.
La Présidente (Mme Poulet) : Alors,
ça se termine ici. Je vous remercie. On poursuit les discussions avec le député
de Jean-Lesage pour une période de 4 minutes et 8 secondes.
M. Zanetti : Merci, Mme la
Présidente. Merci beaucoup, c'était vraiment à la fois un mémoire et une
présentation éclairante et vraiment intéressante. J'ai peu de temps. Je vais
essayer d'aller à quelque chose qui n'a pas été couvert, puis que je trouve
très important aussi, et qui fait écho chez d'autres groupes ou d'autres
personnes qui ont commenté le projet de musée en général, là, plus que le texte
du projet de loi.
Vous faites la recommandation essentiellement
que ce... ce musée-là puisse favoriser l'unité nationale, favoriser le
sentiment d'adhésion à la nation québécoise, mettons, si j'extrapole, là. Je
trouve ça très intéressant, très important. Il y a des gens qui expriment des
méfiances par rapport au... à la dimension, disons, mémoire plutôt qu'histoire
du musée parce qu'ils disent : Ah! il faut que ce soit comme objectif.
Puis là, bien, si on fait comme de la commémoration, il y a des gens qui
craignent... J'imagine, là, qu'un récit gagne, mettons, un récit... Parce que
vous l'avez dit, la nation, c'est parcouru de contradictions, il y a dans la
nation québécoise un conservatisme singulier, un progressisme singulier qui ne
sont jamais d'accord, des fois, en tout cas sur certaines choses. Mais alors
comment... comment, dans la mémoire, mettons, faire en sorte qu'il n'y ait pas,
disons, un récit qui en gomme un autre? Puis comment faire dans... à la fois
dans le respect de l'exposition de cette diversité-là, de cette
multiplicité-là, favoriser l'adhésion à la nation? Heille! C'est une grande
question, là, pour deux minutes. Mais répondez-y comme vous voulez. Je la
trouve importante.
Mme Ferretti (Lucia) : On va essayer
de pratiquer notre esprit de... On va essayer de pratiquer l'esprit de synthèse.
L'esprit de synthèse, c'est que la nation, premièrement, elle existe,
deuxièmement, c'est un organisme vivant. Comme tout organisme vivant, elle a
non seulement évolué dans le temps, mais à chaque période de son histoire,
évidemment, il y avait des gens qui... on est en démocratie depuis 1792, hein,
alors il y a des gens qui voyaient les choses d'une certaine façon, d'autres
d'une autre façon. Il y a un parcours, il y a des... il y a des choses
évidentes : l'implantation, il faut en parler, les grands événements
politiques, certainement qu'il faut en parler. Bon. Il y a un parcours
national. Il y a un parcours de conservation. Les gens d'autrefois ne voyaient
pas la vie comme nous. Sur certains pans, oui, sur d'autres, non.
Un musée d'histoire, ça doit d'abord expliquer
hier à aujourd'hui, hein, et ça doit expliquer aujourd'hui par hier. Donc, on
part des situations contemporaines, on retourne dans le passé et on voit les
développements, ou on explique qu'autrefois on avait un sens de la famille différent,
autrefois, on avait une conception du temps différente, autrefois, on avait
l'éternité après la mort, autrefois, on avait ci, on avait ça. C'est autrefois.
Aujourd'hui, c'est différent. Aller au
contact de la différence dans le passé nous prépare à aller au contact de la
différence dans le présent. Moi, je
trouve que l'histoire — évidemment,
je suis historienne, je vais prêcher pour ma paroisse, mais quelle belle
discipline — c'est
la discipline qui fait dialoguer le passé et le présent en montrant les
origines et en aussi montrant les différences dans le passé.
Maintenant,
il va y avoir une exposition permanente, j'imagine, mais il va y avoir des
expositions temporaires aussi, j'imagine, dans ce musée-là. Donc, il y aura un
renouvellement constant, possible, des regards, des approches. Ça va
être un musée vivant, tout comme notre nation est vivante. Donc, il y a, oui,
une exposition permanente qui raconte le grand parcours de notre nation, et il
y aura un comité scientifique pour en déterminer l'extension, et après, bien, il y a les expositions temporaires qui éclaireront un
volet puis un autre. C'est... c'est un beau projet, le projet du musée
d'histoire nationale du Québec, c'est un beau projet. Il ne faut pas passer à
côté de ça. Toutes les nations ont ces défis-là. Mais toutes les nations, dans
un contexte de pluralité gagnante...
La Présidente (Mme Poulet) : Je
m'excuse de vous interrompre, madame. C'est vraiment intéressant, mais par
contre, il faut... il faut... Je vous remercie pour votre contribution à ces
travaux.
Je vais suspendre ces travaux quelques instants
afin que le prochain groupe puisse se préparer. Merci.
(Suspension de la séance à 12 h 09)
(Reprise à 12 h 12)
La Présidente (Mme Poulet) : Alors,
on reprend nos travaux. Nous accueillons les représentants de l'Institut
d'histoire de l'Amérique française. Je vous rappelle que vous disposez de
10 minutes pour votre exposé, puis nous procéderons à la période d'échange
avec les membres de la commission. Alors, je vous invite donc à commencer votre
exposé.
Institut d'histoire de
l'Amérique française (IHAF)
M. Wien (Thomas) : Je vous remercie,
Mme la Présidente. Bon, je vais commencer par présenter l'Institut d'histoire de l'Amérique française. Depuis sa
fondation par Lionel Groulx il y a bientôt 80 ans, notre institut rassemble
des personnes qui étudient ou fréquentent l'histoire de l'Amérique française
dans les établissements d'enseignement supérieur, y compris les étudiants et
les étudiantes, dans les administrations et au sein du grand public. L'IHAF compte près de 300 membres aujourd'hui. Il a
pour mission de promouvoir et de diffuser la recherche au sujet de l'histoire
du fait français en Amérique. Pour y arriver, il mise notamment sur la Revue
d'histoire de l'Amérique française, que voici, la publication
savante de référence dans le domaine depuis anno domini 1947.
Je nous présente. Ma collègue, Karine Hébert,
est professeure d'histoire au Département des lettres et humanités de l'Université du Québec à Rimouski et elle est vice-présidente de l'HIAF. Elle est spécialiste de
l'histoire sociale et culturelle du Québec contemporain. Quant à moi, je
me nomme Thomas Wein, je suis professeur associé et nouvellement retraité au
Département d'histoire de l'Université de Montréal et je suis président de
l'HIAF. Je m'intéresse à l'histoire de la Nouvelle-France et du monde
atlantique français.
Je me permets de préciser que le conseil
d'administration de l'HIAF a donné hier... pas plus tard qu'hier son appui à
l'intervention présentée aujourd'hui. Et je voulais aussi vous dire que nous
nous excusons du dépôt tardif de notre mémoire, erreur d'aiguillage de ma part.
Mais au moins ce retard aura-t-il permis de consulter notre conseil
d'administration.
Mme Hébert (Karine) : Nous
remercions l'Assemblée nationale de l'invitation à commenter le... le projet du
Musée national d'histoire du Québec. Ce n'est pas tous les jours qu'on fonde un
musée, puis encore moins un musée d'histoire, et c'est véritablement une
occasion à saisir pour nous.
L'institution sera influente, c'est évident.
Elle va être appelée à orienter les perspectives historiques de publics variés des Québécois et des Québécoises,
incluant les néoquébécois et néoquébécoises, des touristes et, au sein de ces
groupes, on l'espère, des jeunes tout spécialement, et, comme le formule le
projet de loi, elle va contribuer aussi à assurer une présence du Québec
dans le réseau muséal international. Et enfin, quant au dernier volet du
mandat, qui est d'établir des liens avec le réseau muséal québécois, on espère
qu'il va favoriser à moyen terme une collaboration
soutenue avec les régions du Québec et qu'il va permettre de renouer avec le
principe des Espaces bleus, qui ont été abandonnés en cours de route.
Les musées régionaux sont fragiles et ils doivent pouvoir bénéficier de cet
ajout dans l'écosystème muséal québécois et non pas être menacés par ce nouveau
joueur qui viendrait accaparer des ressources déjà trop maigres.
Mais, dans
tous les cas, le musée possède un mandat ambitieux. Et notre contribution à
cette commission est fidèle à ce que nous sommes comme association.
Donc, ce qu'on veut, c'est poursuivre la réflexion sur le sens à accorder au
récit du passé québécois que va présenter le nouveau musée tel que ce mandat-là
s'inscrit dans le projet de loi qu'on discute aujourd'hui. En évoquant
brièvement ce qui secoue la planète historienne, voire la planète tout court,
nous plaidons pour autre chose qu'un récit
qui serait attelé aux manuels scolaires. On favorise plutôt une lecture de
l'histoire qui va à la rencontre de notre société actuelle, tout en nous
dépaysant, donc vers une histoire qui nous ressemble et qui nous
rassemble. Et c'est d'autant plus important à l'heure où la planète brûle et où
l'univers électronique véhicule, presque mine de rien, une véritable
homogénéisation culturelle, ce qui accentue la pression sur l'expérience de la
vie française en Amérique.
Donc, quelle histoire présenter dans ces temps
tourmentés, dirons-nous? Plutôt que de prescrire une histoire activiste, il nous semble que la nouvelle
institution devrait se concentrer sur une mission plus classique qui serait en
lien avec le rôle de compréhension du passé que doit jouer l'histoire.
Rappelons que le... le présent projet de loi vise à fonder un musée national de
l'histoire du Québec et non pas un musée d'histoire nationale du Québec.
En juin dernier,
Stéphan La Roche, qui est président-directeur du Musée de la civilisation,
présentait le futur MNHQ en disant que c'est un projet important qui est porteur
de sens et qui se doit d'être rassembleur. Et nous souscrivons
tout à fait à cette vision d'une histoire rassembleuse axée, comme le... le
formule le projet de loi, sur la distinction québécoise. Mais, pour être
vraiment rassembleuse et faire état de cette distinction québécoise, une telle histoire doit, de l'avis de l'institut, passer par
la prise en compte non seulement des valeurs communes et des consensus, mais aussi des tensions et des conflits qui ont
marqué ce passé et qui en sont véritablement constitutifs. Et, tenir compte
ainsi de la réelle complexité du passé, ce
n'est pas le noircir, mais c'est en reconnaître l'irréductible complexité,
c'est en reconnaître ses sens multiples, et c'est, à notre avis, une
condition indispensable pour commencer à relever ensemble les considérables
défis d'aujourd'hui et de demain.
M. Wien (Thomas) : Pour y arriver, il
importerait, dans un premier temps, d'historiciser la... notion de nation
québécoise qui se trouve au coeur même de la fonction du musée d'après le
projet de loi. L'intention rassembleuse est évidente puisqu'on y tient à
reconnaître non seulement la nation québécoise, mais aussi les communautés qui
ont cheminé avec elle. Et, si les... rapports entre les deux ne sont pas
explicités, la formule n'exclut pas la reconnaissance de la nation civique qui réunit tous les Québécois et les Québécoises,
nation qui aurait pris la place, tant bien que mal, de celle, ethnique, du groupe fondateur
canadien-français. En même temps, l'ancienneté de la nation induite par la
formulation «évolution de la nation québécoise» pose d'emblée la
question des débuts de cette histoire nationale qu'il faut se garder de
projeter trop loin dans le passé.
Maintenant, regardons
de plus près ces communautés évoquées dans le projet de loi. Dans ce contexte,
le mot possède une connotation surtout ethnique. C'est un premier pas vers la
description de la complexité socioculturelle du Québec d'aujourd'hui et d'hier,
mais pourquoi s'arrêter en si bon chemin? Depuis les années 70, les
historiens et les historiennes ont contribué
à mettre en évidence les revendications de multiples groupes de leur droit de
procéder, voire de faire sa propre histoire. Ces groupes sont parfois des
communautés ethniques, mais elles ne sont pas les seules, il y a les ouvriers et... et les ouvrières, les
femmes et plus récemment la mouvance LGBTQ+ et les groupes racisés, qui pourraient
aussi s'inscrire dans cette dynamique. Leur prise en compte est d'autant plus
importante que c'est à cette échelle que se vit si souvent l'histoire. C'est
par ici que passent le changement social et bien des acquis de notre société
distincte.
• (12 h 20) •
Enfin, une communauté
à part s'impose, celle des autochtones. Le texte leur ménage une place on ne
peut plus discrète. Du moins peut-on penser que le travail, je cite, «façonner
le territoire», fin de la citation, de la nation québécoise leur incombe au
moins en partie. Si c'est le cas, disons que l'énoncé pèche au mieux par
l'euphémisme. Après tout, les Premiers Peuples ne se sont pas contentés de façonner le territoire, ils ont poussé
l'audace jusqu'à le posséder. En
2024, il nous semble impensable de marginaliser ainsi les premiers habitants et
habitantes du territoire, d'invisibiliser une longue cohabitation et d'ignorer ce qui, depuis quelque temps,
ressemble fort à l'affirmation nationale de ces concitoyens et
concitoyennes.
Nous
ne nous prononcerons pas sur la question de jusqu'où faire remonter au MNHQ la
présentation attentive du passé autochtone, mais, dans cette histoire
depuis longtemps imbriquée, les Autochtones sont des sujets historiques
autonomes au même titre que les membres de la nation québécoise.
Mme Hébert
(Karine) : Donc, à la lumière des réflexions dont on vient de vous
faire part, ce que nous proposons aujourd'hui comme recommandation, c'est de
reformuler légèrement le premier alinéa de l'article 24.2 du présent
projet de loi afin de prendre en considération ces réflexions-là.
Et ce bout de texte,
donc le 24.2, pourrait se lire ainsi : «De contribuer à la compréhension
et à la diffusion de l'histoire du Québec — et
non pas "de faire connaître et promouvoir" — sa
culture et son identité distincte ainsi que de témoigner du cheminement complexe de la nation québécoise et des
communautés et groupes sociaux qui ont façonné son parcours et son territoire», ceci ne pouvant se faire qu'en prenant
en considération le fait que les Premières
Nations et Inuits sont des sujets à plein titre de cette histoire du
Québec.
Je vous remercie. Et
on... nous sommes prêts à accueillir vos questions.
La Présidente (Mme Poulet) : Merci
beaucoup. Alors, effectivement, nous allons commencer la période d'échange.
M. le ministre, la parole est à vous pour une période de 14 minutes.
M. Lacombe : Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Merci à vous deux de vous êtes prêtés à
l'exercice. C'est toujours précieux. Je sais que ça vous a demandé beaucoup de
préparation, donc merci.
Peut-être,
pour partir la discussion sur... sur des bases claires, j'ai envie de vous
poser une question plutôt simple pour démarrer ce bloc d'échange :
Êtes-vous d'accord avec l'affirmation qu'il existe une nation québécoise?
M. Wien
(Thomas) : Réponse rapide, oui.
M. Lacombe : ...nuancée.
Donc, je comprends qu'il y en aurait. Ce serait quoi?
M. Wien
(Thomas) : Non, non, je... Oui, je suis entièrement d'accord. Karine,
est-ce que tu es d'accord?
Mme Hébert (Karine) : Oui, tout à fait. Je ne
serais pas membre de l'Institut d'histoire de l'Amérique française
sinon.
M. Lacombe : Donc,
à ce titre-là, est-ce que... Bien, en fait, en... je dirais, le cheminement
logique de cette question-là, donc, on convient que la nation québécoise, elle
existe, qu'elle a son... son identité et qu'on cohabite avec d'autres nations, c'est-à-dire les nations autochtones, qui ont
aussi leur propre histoire. Donc, êtes-vous d'accord avec... avec cet
énoncé-là?
M. Wien (Thomas) : Oui.
M. Lacombe : Donc, je vous pose
cette question-là, parce qu'évidemment, à mon sens, et c'est au... c'est à la
base du projet, la nation québécoise, actuellement, il n'y a aucun musée qui
s'intéresse à son histoire de façon exclusive.
C'est-à-dire, on en parle ailleurs, Musée de la civilisation est un bon
exemple, Musée de la civilisation qui est un musée de société, mais un musée qui ne s'intéresse qu'à l'histoire de
la nation québécoise, il n'en existe pas. Est-ce que ce n'est pas
légitime?
Et évidemment, la nation québécoise, elle est
née de rencontres avec d'autres nations, et ici, évidemment, on parle des
nations autochtones. Et évidemment, sans ces rencontres-là, la... la nation
québécoise, elle n'existerait pas aujourd'hui. Mais, puisque nos nations
cohabitent et que la nation québécoise n'a actuellement pas de musée qui lui
est entièrement dédié, est-ce que ce n'est pas légitime d'avoir un musée qui
parle exclusivement, donc, de la nation québécoise
et, bien sûr, la façon dont... dont elle est née, cette nation québécoise,
c'est-à-dire de la rencontre avec les nations autochtones qui étaient
ici au départ?
M. Wien (Thomas) : Moi, j'aurais
tendance à vous répondre... C'est une... c'est une très bonne question, mais j'aurais tendance à répondre en disant que
c'est un musée national de l'histoire du Québec, et qu'un musée national
de l'histoire du Québec devrait porter sur l'ensemble des personnes qui
habitent le territoire québécois actuellement et,
bien... bien sûr, surtout historiquement. Ce qui donne lieu, en principe, à une
histoire, comme... comme je l'ai dit tantôt, imbriquée, une histoire
qui, jusqu'à un certain point, est commune, une histoire qui est marquée par
beaucoup de collaborations, mais aussi par des tensions indéniables, la tension
la plus fondamentale étant bien sûr que nous, les allochtones, nous avons, comment dire, excusez l'expression, tassé les
autochtones de leur territoire, en grande partie. Et je pense que c'est
seulement en englobant tous les... tous les acteurs et actrices que nous
pourrons faire une histoire qui leur rend justice, tous et toutes, à tous et
toutes.
M. Lacombe : Je comprends... Je
comprends votre réponse, mais je voudrais... je voudrais peut-être qu'on...
qu'on précise. C'est-à-dire, je le répète, il n'y a pas de musée actuellement
qui s'intéresse à la nation québécoise exclusivement. Il y a des musées qui
s'intéressent exclusivement à différentes nations autochtones, j'en ai visité,
ils sont d'ailleurs magnifiques, la nation québécoise, elle n'a pas ce musée-là
actuellement. Est-ce que ce n'est pas légitime d'en avoir un, d'abord, où il
serait aussi question des nations autochtones? Parce qu'encore une fois la
nation québécoise, elle est née de la rencontre avec les nations autochtones qui
étaient sur le territoire avant. Parce que ce que vous nous dites
essentiellement, et corrigez-moi, là, mais c'est... selon vous, ça devrait
davantage, comme je l'ai déjà dit, comme j'ai déjà utilisé la formule... selon
vous, ça devrait être davantage un... un musée sur l'occupation du territoire à
travers les années qu'un musée sur la nation québécoise. Mais pourquoi? Est-ce
qu'on n'a pas... Est-ce que ce n'est pas un projet qui est légitime, d'avoir un
musée seulement sur la nation québécoise et sa naissance, donc?
Mme Hébert (Karine) : Peut-être
qu'on a une... on est en face d'une certaine ambivalence dans le projet de loi,
ici, dans la mesure où le musée qui nous est proposé, qui est fondé par le
projet de loi qu'on est en train de discuter, c'est un musée national de
l'histoire du Québec. Un musée national, c'est une institution fondée par le
gouvernement du Québec sur l'histoire nationale. Donc, l'objet du musée, tel
qu'il est proposé dans le projet de loi, ce n'est pas l'histoire nationale du
Québec, c'est l'histoire du Québec. À l'intérieur de cette histoire du Québec
là, bien évidemment que l'histoire de la nation québécoise a une place
privilégiée. Et, à cet égard-là, c'est tout à fait légitime de l'inclure à
l'intérieur du musée. Mais l'idée, c'est de la comprendre, cette naissance de
la nation québécoise. Puis on la comprend à partir de ce qu'elle est
aujourd'hui, mais on la plaque sur ce qui se passait au... en la faisant
remonter dès l'époque de la Nouvelle-France, par exemple, et les contacts avec
les populations autochtones. Mais nous, ce qu'on dit, c'est que ce qu'il faut
faire, c'est de reconnaître toute cette complexité-là et voir les différentes
collaborations qui se sont manifestées sur le territoire du Québec dans le
cadre d'un musée d'histoire du Québec.
M. Lacombe : Oui, je comprends. Ah!
bien, c'est intéressant comme discussion. Et je fais juste une parenthèse. Vous
avez parlé tantôt de la complexité du passé, des conflits, il ne fallait pas en
faire abstraction. Je suis totalement d'accord avec vous, parce que, je veux
dire, le Québec... l'histoire de la nation québécoise, elle est parsemée de
luttes. C'est... c'est intrinsèquement lié à ce qu'on est aujourd'hui. Donc
évidemment, je suis d'accord avec ça.
Mais c'est intéressant, ce que vous nous dites,
parce que, si je comprends bien, vous basez votre intervention d'aujourd'hui,
toute l'analyse, donc, que vous avez préparée sur le titre du musée,
c'est-à-dire Musée national de l'histoire du Québec, si...
Mme Hébert (Karine) : Mais aussi
sur... Excusez-moi, mais aussi sur le mandat qui lui est donné.
M.
Lacombe : Ce que nous proposons.
Mme Hébert
(Karine) : En 24.2, là.
M. Lacombe : Exact.
M. Wien
(Thomas) : C'est ça, et surtout, oui.
M. Lacombe : Donc,
vous... ce que vous nous dites, si je comprends bien, c'est ce que vous nous...
la proposition à 24.2, qui vient modifier la Loi sur les musées nationaux,
selon vous, ne cadre pas exactement. Vous avez fait une... une proposition de
modification tantôt. Vous dites : Ça ne cadre pas exactement avec ce que
devrait être un musée national de l'histoire du Québec. Si le... Si on a
exactement le même document, mais que le nom du musée est le Musée de
l'histoire de la nation québécoise ou le Musée national de la nation... de
l'histoire de la nation québécoise, on... ça commence à être long, là, mais
est-ce... est-ce que vous avez la même intervention aujourd'hui ou vous nous
dites : Bien, c'est tout à fait légitime, ça fonctionne bien?
• (12 h 30) •
M. Wien (Thomas) :
Bien, écoutez, vous faites ce que vous voulez, n'est-ce pas? Mais...
M. Lacombe : Pas
exactement, mais bon.
M. Wien
(Thomas) : Oui. OK. D'accord. On est bien d'accord. Mais il me semble
qu'il y a quand même un principe de base, quel que soit le nom qu'on... qu'on
donnera au musée, et ce principe de base est tout simplement qu'il faut présenter et faire l'histoire de tous
les citoyens et citoyennes du Québec, y compris les peuples autochtones.
C'est tout. Et on peut parler et mettre l'accent sur la nation québécoise à
l'intérieur de ce cadre-là, mais c'est un musée qui s'adresse, à part aux
touristes, bien sûr, à l'ensemble de la population québécoise.
M. Lacombe : Est-ce
que... Tantôt, on a eu... vous avez des collègues historiens, sociologues qui
ont fait une distinction assez éloquente entre société et nation. Un musée de
société, on en a déjà un au Québec, c'est le Musée de la civilisation. Un musée
sur la nation québécoise, on n'en a pas. Et je reviens encore à ça :
Est-ce que ce n'est pas légitime d'avoir une institution qui va d'abord et
avant tout parler de la nation québécoise, parce que ça n'existe pas à l'heure
actuelle, tout en parlant de sa naissance, c'est-à-dire la contribution des
peuples... des peuples autochtones, des
nations autochtones, et en passant évidemment à travers l'histoire, à toute la
contribution des vagues d'immigration qui
sont arrivées, la... parce qu'ils ont contribué au façonnement de la nation
québécoise? Mais je n'arrive pas... C'est parce que je n'arrive pas à saisir si
vous êtes d'accord ou pas avec un musée de la... qui parle de la nation
québécoise, tout en parlant de la contribution, évidemment, des gens qui l'ont
façonnée, puis tout en parlant des Premières
Nations, qui sont à la base de
la naissance de notre nation québécoise.
Mme Hébert (Karine) : Peut-être que... Puis,
bon, vous êtes... vous êtes des politiciens, vous êtes des législateurs. On
est des historiens, donc le sens des mots a une importance pour nous, d'où
notre volonté de vouloir clarifier... de vouloir clarifier ce qui nous a été
présenté, et ce qui a été présenté, c'est un projet national d'histoire du
Québec. À l'intérieur de ça, puis dans la proposition qu'on vous fait, dans la
reformulation, on ne remet pas du tout en question l'existence ni la pertinence de traiter de la nation québécoise, mais ce
qu'on... ce qu'on essaie de dire c'est qu'à notre avis un musée
d'histoire du Québec aurait une plus grande portée et aurait, probablement, une
meilleure... une meilleure réception s'il ouvrait un petit peu plus la façon de
présenter l'histoire du Québec, pour permettre à tout le monde de s'y sentir
rattaché.
Puis on a écouté,
tout à l'heure, l'intervention de nos collègues, notamment notre collègue Lucia
Ferretti, qui disait : Au sortir du
musée, ce qu'on veut, c'est que les gens qui visitent comprennent mieux
l'histoire nationale et se sentent plus
compétents en histoire nationale. Nous, ce qu'on voudrait, c'est que ce soit
plus large que ça, et que ce soit l'histoire du Québec qui soit mieux comprise, et qu'à l'intérieur de cette
histoire-là on soit capables de mettre en perspective la place prépondérante qu'occupe la nation québécoise. Et,
pour nous, c'est un plus pour tout le monde, ce n'est pas antinomique, là.
M. Lacombe : Non,
je comprends. Mais, en même temps, bon, tantôt, vous disiez, je ne sais pas si
c'était à la blague, mais qu'on fait un peu
ce qu'on veut. Je vous confirme qu'on ne fait pas toujours ce qu'on veut, qu'on
travaille, en tant que parlementaires, avec l'Assemblée nationale, puis
c'est un peu ce qu'on voit aujourd'hui. Si je faisais ce que je voulais, j'adopterais le projet de loi sans
consultations, mais... Pas parce que je le veux. Moi, personnellement, là, je
trouve que ces consultations sont
importantes. Mais... Je ne me rappelle pas où j'allais avec ça, là, je me suis
perdu dans... je me suis perdu dans mon... dans mon commentaire.
Mais, en fait, oui,
vous disiez : Vous faites ce que vous voulez. En fait, je reviendrais sur
ce commentaire-là, en disant : Bien, c'est-à-dire, on propose ce qu'on
veut, évidemment ce qu'on souhaite, parce qu'on a une intention, puis dans ce cas-ci, l'intention, elle n'est...
elle n'est pas de créer un musée sur l'histoire de l'occupation, encore une
fois, de la vallée du Saint-Laurent, elle n'est pas de créer un musée
qui serait une courtepointe de toutes les cultures qui cohabitent parfois au Québec. L'intention, elle est de créer un musée
qui n'existe pas aujourd'hui, c'est-à-dire un musée sur l'histoire de la
nation québécoise.
Je comprends
que le titre... Vous nous dites : Le titre que portera le musée nous
incite — c'est-à-dire
vous — à
dire : Bien, vous devriez être plus larges. Mais l'intention, moi,
je pense qu'elle est légitime, celle de créer un musée sur
l'histoire de la nation québécoise ou, en tout cas, où la nation québécoise va
être vraiment prépondérante. Et là je me sens comme un député de l'opposition
qui termine sa question sans question.
M. Wien (Thomas) : Bien, écoutez, on
pourrait ergoter sur la question de la prépondérance. Je voulais revenir sur le... Ça fait deux fois, je crois, M.
le ministre, que vous nous dites que ce que nous proposons, ce serait une
histoire de l'occupation du territoire, mais ce n'est pas ça du tout.
C'est-à-dire, il y a cet aspect-là de l'occupation du territoire, c'est bien
évident, mais ce sont des... Tout à l'heure, Mme Ferretti, et vous avez vu
sûrement qu'il y a... sur bien des points,
nos points de vue se recoupent, mais, à un moment donné, vers le milieu de son
intervention... au début, là, Mme Ferretti a dit que c'est...
La
Présidente (Mme Poulet) :
C'est tout le temps qu'il nous
reste pour la partie gouvernementale, je m'en excuse. On va poursuivre
les discussions avec la députée de Robert-Baldwin, pour une période de
10 min 30 s.
Mme Garceau : Bonjour. Un échange
très intéressant, M. le ministre, et j'aimerais continuer dans cette voie, parce que... et moi aussi, compte tenu, également,
des autres mémoires que nous venons tout juste à peine de recevoir, dans lesquels nous avons des experts, des
historiens qui disent : Bien, regardez, la mission du Musée de la civilisation et la mission proposée concernant le musée de
l'histoire, c'est sensiblement les mêmes missions. Et donc là je regarde
l'intitulé du projet de loi, et vous avez parfaitement raison qu'on parle d'un
musée national de l'histoire du Québec et non pas musée national de la
nation québécoise. Donc, il y a une distinction, d'après votre témoignage, à
faire ici qui est quand même très, très importante, n'est-ce pas? Oui?
M. Wien (Thomas) : Karine, oui. Oui,
oui.
Mme Hébert (Karine) : Bien, en
fait... Oui?
Mme
Garceau : Non, mais j'aimerais... j'aimerais vous entendre
là-dessus, parce que j'entends M. le ministre, avec cette intention,
qu'il n'y a pas de musée sur la nation québécoise, mais cette intention-là
n'est pas décrite dans le projet de loi que nous avons devant nous, et c'est
pour ça que tout le monde... plusieurs historiens... et ce que nous avons lu dans
les mémoires, on parle essentiellement... bien là, on regarde l'histoire du
Québec, et l'histoire du Québec, on a déjà
trois musées d'État au Québec et on a, évidemment, le Musée de la civilisation, qui, évidemment, fait des expositions
concernant l'histoire du Québec, et donc on ne veut pas avoir un dédoublement.
Est-ce qu'on est en train de faire ça avec ce nouveau musée, la création de ce
nouveau musée? Et j'aimerais vous entendre précisément sur cette question parce que vous venez un peu rejoindre ma pensée
lorsque j'ai pris connaissance du projet de loi, il y a quand même une
distinction à faire qui est très importante.
Mme Hébert
(Karine) : Bien, je pense qu'hier l'intervention de notre
collègue Martin Pâquet était très éclairante à cet égard-là, donc je ne
veux pas rajouter... reprendre son argumentaire. Mais cette idée-là de
réfléchir, de prendre le temps de bien distinguer les deux, ça s'impose.
Je n'ai pas particulièrement d'inquiétude sur la
pertinence d'avoir un musée d'histoire du Québec. Je pense qu'il y a vraiment quelque chose à faire
notamment, comme on l'a dit, en développant un écosystème muséal qui intégrerait
les différentes régions dans cette... dans cette perspective-là. Donc, il y
a... il y a un espace pour cette institution-là. Mais je laisserais peut-être
la parole à mon collègue M. Wien pour préciser où est-ce qu'il s'en allait avec
sa dernière intervention, parce que je pense que c'était directement dans le
lien de ce que vous posez comme question.
M. Wien
(Thomas) : Oui, merci, Mme la députée, merci, Karine. Oui,
bien, c'était, encore une fois, un plaidoyer en faveur d'une histoire
ouverte, où il y aurait de la place pour tout le monde.
Et pour essayer de répondre à votre question sur
comment distinguer, donc, les institutions, j'ai l'impression que... Bon, le
Musée de la civilisation a deux belles expositions permanentes. Il y en a une
qui est consacrée à la nation québécoise,
disons, et il y a l'autre qui est consacrée aux peuples autochtones, et je
pense qu'une des façons qui permettrait...
qui... par laquelle le nouveau musée se distinguerait c'est qu'il va mettre ces
deux histoires-là en regard.
• (12 h 40) •
Mme Garceau : OK, donc une histoire,
comme vous avez mentionné, plus rassembleuse...
M. Wien (Thomas) : Voilà.
Mme Garceau : ...dans ce nouveau
musée pour tenir compte également de toutes les complexités de notre histoire, mais... l'histoire des autochtones,
l'histoire des communautés culturelles. Et donc, quelle serait l'approche...
quelle serait l'approche pour assurer que ce musée reflète, représente
toute cette diversité dans notre histoire?
Mme Hébert (Karine) : Bien, je pense
que les... En ce moment, le musée qui est en voie d'être structuré s'est quand
même adjoint un comité scientifique intéressant, a pris la peine d'aller
recruter des historiens un peu partout, probablement, des représentants, aussi,
de différentes communautés, et c'est quand même un comité qui va avoir un rôle important à jouer dans l'approche
qui va être... qui va être privilégiée. Disons que ça doit être une approche
qui va favoriser le dialogue, tu sais, qui
ne présentera pas nécessairement qu'une seule trame mais qui serait en mesure
de présenter le dialogue entre différentes trames. Puis
au final, bien, quand on dialogue, on parle ensemble, et ça donne quelque
chose... ça donne quelque chose de cohérent. Et l'idée, ce n'est pas d'avoir un
monologue avec quelques petites voix autour,
mais un véritable dialogue, qui s'en va dans une certaine direction. C'est tout
un défi pour un musée, mais ça va être vraiment au rôle du... le rôle du
comité scientifique de réfléchir à la meilleure façon de faire se parler ces
différentes interprétations de l'histoire du Québec.
Mme
Garceau : Très intéressant que vous parliez de ce comité,
parce qu'évidemment il y a comme ce comité scientifique qui a été nommé
par le gouvernement, mais il y a aussi... il va y avoir un conseil... un
conseil d'administration, un CA. C'est ça,
ma compréhension, d'après le projet de loi, on pourra s'en reparler après.
Mais, en termes de... les autres
personnes... parce que je vois, évidemment, l'historien Éric Bédard, et il y a
aussi Jenny Thibault, la directrice
générale et artistique de la Société des arts technologiques. Pour vous,
quelles autres personnes devraient être sur ce comité?
Mme Hébert
(Karine) : Bien, en ce moment, ce que... ce que j'ai compris,
puis, bon, vous me corrigerez si ma compréhension
n'est pas la bonne, mais les deux personnes que vous venez de nommer, donc
historien puis responsable du contenu numérique, eux ont déjà été
nommés, mais la constitution du comité scientifique est la responsabilité, en ce moment, du Musée de la civilisation, qui est en
train de structurer la façon dont va se développer le musée. Et il y a plusieurs
démarches qui sont en cours pour aller chercher des experts dans différents
domaines, dans différentes régions, de
différentes communautés, pour former le comité, avec les deux personnes dont
vous avez parlé. Le conseil d'administration, comme dans n'importe quel
musée, va servir à gérer le musée, mais pas nécessairement à structurer l'exposition, parce que ce comité scientifique là
a été... est en train de se former pour préparer l'exposition permanente,
qui devrait ouvrir, là, au moment où le musée va être inauguré.
Mme Garceau : Sur ce comité, est-ce
que vous croyez qu'il devrait y avoir des représentants des Premières Nations?
M. Wien (Thomas) : Absolument.
Mme Hébert (Karine) : Bien oui.
Mme Garceau : Et quels autres
groupes, d'après vous, en termes des communautés culturelles, ou autres?
Mme Hébert (Karine) : Bien, je vais
parler pour ma paroisse, si je peux me permettre, dans le sens où on parle d'un
musée d'histoire du Québec. En ce moment, la... il y a une grosse partie des
ressources muséales qui sont concentrées dans les métropoles, dans Montréal et
Québec, et l'abandon des Espaces bleus a quand même fragilisé ou, disons,
préoccupé plusieurs musées dans les régions, plusieurs personnes qui
travaillent... On a entendu la Fédération Histoire Québec, hier, qui a parlé de
ça. Donc, probablement qu'il devrait y avoir des représentants des différentes
régions aussi, du Québec, pour s'assurer que la place de ces régions-là soit
incluse dans la grande trame narrative qui va être présentée dans le musée.
M. Wien (Thomas) : Et, si je peux me
permettre un complément de réponse, je ne sais pas où est-ce qu'on s'arrêterait
si on se mettait à nommer beaucoup de représentants et représentantes des
communautés culturelles, d'autant plus que, dans notre intervention, nous
disons que la diversité passe par... aussi par la condition sociale, par le genre, et ainsi de suite. C'est ça, la
complexité de l'histoire du Québec, et donc je vois mal comment y nommer des
représentants. Mais j'ai bien l'impression que, parmi les historiens et les
historiennes, il y a beaucoup de spécialistes de ces questions-là qui
pourraient à la fois se prononcer sur les questions d'ordre technique et aussi,
jusqu'à un certain point, faire la
liaison... puisqu'il est... si j'ai bien compris, il est bel et bien question
de... d'y ajouter un volet d'histoire citoyenne à ce musée.
Mme Garceau : Est-ce que vous croyez
qu'une consultation nationale serait nécessaire pour déterminer les composantes
du musée de l'histoire?
M. Wien (Thomas) : Est-ce que c'est
vraiment nécessaire? Je n'en suis pas certain. Karine?
Mme Hébert (Karine) : Il faudrait
que le mandat soit... de la... bien, soit vraiment très clair, parce que c'est
le genre de discussion qui peut s'étirer pendant des années, dans la mesure où
est-ce que le mandat...
La Présidente (Mme Poulet) : Je
m'excuse de vous interrompre, on va poursuivre, le délai est écoulé. Alors, on
va poursuivre les discussions avec le député de Jean-Lesage, pour une période
de 3 min 30 s.
M. Zanetti : Merci, Mme la
Présidente. Merci beaucoup pour votre intervention. J'ai l'impression qu'il y a
beaucoup de choses dans la réalisation concrète de ce musée-là qui vont
dépendre, comme vous l'avez dit, du comité scientifique puis, bon... Puis ce
qui est contenu dans le projet de loi, c'est extrêmement général, on peut... tu
sais, beaucoup de choses différentes pourraient découler de ce qui est mis
là-dedans. Cela dit, comme on va avoir à faire des
propositions, peut-être, d'amendements sur ce qui est écrit dans le projet de
loi en ce moment, je me demandais si vous
aviez, dans votre mémoire, peut-être, proposé des modifications, proposé des
amendements, par exemple, des mots qu'il faudrait changer concrètement dans ces
articles-là... Bien, fin de la question, je vous en poserai une autre après.
Mme Hébert (Karine) : Bien, en fait,
oui, c'est l'objectif même de notre intervention, dans le sens où on croit à
l'indépendance des institutions paragouvernementales. Un musée national n'est
pas un musée politique, d'où l'importance d'avoir un mandat très clair qui se
dégage, justement, d'un biais politique à l'intérieur même du mandat qu'on lui
confie. Je ne sais pas si vous me comprenez, mais, pour nous, ça doit être un
musée... on l'a dit, un musée d'histoire du
Québec, et la proposition qu'on fait en 24.2 c'est, justement, de le préciser,
donc, contribuer à la compréhension
et à la diffusion de l'histoire du Québec, plutôt que de contribuer... de
faire... de faire la promotion de l'histoire du Québec. C'est une
manière pour nous d'assurer une certaine indépendance du musée.
De sa culture et de son identité distincte, ça,
il n'y a pas de problème, mais de témoigner du cheminement complexe de la nation québécoise, donc de ne pas
tenir pour acquis que la nation existe en elle-même, de façon naturelle,
mais plutôt d'expliquer comment est-ce qu'elle a été créée, en tenant compte
des communautés mais aussi des groupes sociaux. Donc, on élargit le dialogue à
l'ensemble des groupes sociaux. On a parlé des classes sociales, des identités de genre, ce genre de choses là. Et
aussi d'ajouter véritablement une phrase qui prendrait en considération la place
particulière qu'occuperaient les Premières Nations et les Inuits à l'intérieur
de ce... de ce récit-là.
M. Zanetti : Est-ce que, selon vous,
ce musée-là devrait avoir comme fonction de... comment je formulerais ça...
favoriser l'unité nationale ou augmenter le sentiment d'adhésion à l'identité
nationale?
• (12 h 50) •
M. Wien (Thomas) : Oui, oui, tout à
fait, et vous verrez, dans le mémoire, que notre point de départ, c'est un peu
les défis d'aujourd'hui, ne serait-ce que le changement climatique, et ce que
l'univers électronique peut poser comme
menace à la vie en français ici. Et le but de notre intervention, c'est,
justement, de favoriser la mise en place d'un musée qui favoriserait le
vivre-ensemble, et nous, nous trouvons qu'il faut justement passer par un
examen critique du passé pour y arriver.
La Présidente (Mme Poulet) : Je vous
remercie, c'est tout le temps qu'il nous reste. Fort intéressant. Alors, je
vous remercie pour votre contribution à nos travaux.
La commission suspend ses travaux jusqu'à
15 heures.
(Suspension de la séance à 12 h 51)
(Reprise à 15 h 02)
La
Présidente (Mme Poulet) :
Alors, bonjour, tout le monde.
Nous poursuivons les consultations particulières et auditions publiques
sur le projet de loi n° 64, Loi instituant le Musée
national de l'histoire du Québec.
Alors, cet après-midi, nous entendrons les
témoins suivants : Pr Yves Bergeron, Pr Jonathan Livernois,
Pr Gérald Bouchard et Pr Laurier Turgeon.
Alors, on va avoir un format hybride, cet
après-midi. Alors, je vous souhaite la bienvenue à vous trois. Je vous rappelle
que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé, puis nous procéderons à
la période d'échange avec les membres de la commission. Alors, je vous invite
donc à commencer.
Chaire de recherche sur
la gouvernance des musées
M. Bergeron (Yves) : Merci.
Merci de nous recevoir en commission parlementaire aujourd'hui. Puis je salue
mes deux collègues de la chaire qui sont en visioconférence, Pierre Bosset et
Lisa Baillargeon.
C'est important de signaler d'entrée de jeu que
l'équipe de la chaire de recherche stratégique sur... UQAM sur la gouvernance des musées et le droit de la
culture considère que, d'abord et avant tout, c'est un... la création d'un
musée national, c'est un privilège de
l'État. Donc, on a choisi de centrer notre analyse sur la mission du musée
autour de sept recommandations.
Donc, la mission, pourquoi? Parce que c'est
central. La mission d'un musée, c'est ce qui structure le mandat, les
objectifs, les responsabilités qui structurent le mode de fonctionnement. C'est
pourquoi on a écarté des remarques qui concerneraient, par exemple, la régie du
musée. L'objectif étant de préciser la mission de ce musée national. Donc, on
va tenter de présenter de manière assez rapide la chaire, pour nous concentrer
sur le contexte et les enjeux de la création de ce musée et ensuite passer en
revue les sept grandes recommandations qu'on formule.
Alors, la Chaire sur la gouvernance des musées a
été créée à l'UQAM en 2017 et on s'est inspiré de la définition de la Société
des musées du Québec sur... qui considère que la gouvernance, ça constitue en
quelque sorte le fil conducteur entre les grandes fonctions qui structurent
l'écosystème du monde muséal. Jusqu'à maintenant, les universités s'étaient
intéressées aux musées, mais plutôt du point de vue des collections, des
expositions. Et, ce qu'il y avait de nouveau avec cette chaire, c'est qu'on
convoquait trois disciplines complémentaires : la muséologie, la gestion,
mais aussi le droit de la culture. Et pourquoi le droit? Parce que, dans la
pratique quotidienne des musées, bien, cette pratique, elle est balisée par
toute une série de législations, de conventions internationales, on pense aux conventions de l'UNESCO notamment, mais, aussi, c'est
encadré par le droit souple, l'éthique adoptée par la Société des musées du
Québec, par le Conseil international des musées, mais aussi par tous les corps
professionnels qui travaillent dans les musées. On peut penser aux archives et
à d'autres secteurs. Donc, on a choisi d'inscrire cette chaire dans la
perspective de la recherche, à la fois fondamentale, mais aussi appliquée.
Pourquoi? Pour tisser des liens durables avec le monde professionnel. Et c'est
pour ça que la chaire vise à développer des outils de gestion qui sont adaptés
aux milieux professionnels.
À ce jour, l'équipe compte 41 membres, dont
12 professeurs, 30 chercheurs, des professeurs-chercheurs à l'UQAM,
mais aussi dans des universités au Québec, et en Europe, et aux États-Unis.
Donc, des chercheurs qui... une équipe, au fond, qui est accompagnée en même
temps par un comité-conseil, donc des gens qui ont une large expérience dans le
monde des musées.
Alors, moi, j'en suis le titulaire, j'ai
travaillé, pour préciser les choses, 17 ans dans le monde des musées, dans
les musées fédéraux, mais aussi surtout 10 ans au Musée de la civilisation.
J'enseigne la muséologie depuis l'année... au tournant des années 2000 à
l'Université de Montréal, puis ensuite à l'UQAM. Et je veux quand même
souligner que j'ai participé à l'équipe du Vérificateur général du Québec qui a
réalisé le dernier audit sur les musées nationaux. Donc, j'ai pris conscience à
ce moment-là de l'importance de l'énoncé de la loi, parce que tout ce qu'on
avait à évaluer, c'était toujours en fonction de l'énoncé de mission, donc
l'engagement que chaque musée prend à l'égard des citoyens de la société.
Ma collègue, Lisa Baillargeon, est membre de
plusieurs conseils d'administration, elle est à l'École des sciences de la
gestion. Elle est aussi sur le conseil d'administration du Musée d'art contemporain.
Donc, elle connaît bien ces dynamiques de musées nationaux. Notre collègue,
Nadia Smaili, qui est aussi en sciences de la gestion, est spécialiste, elle,
en éthique et en prévention et détection de la fraude, et Pierre Bosset, en
sciences juridiques, est spécialiste du droit de la culture, et notre dernière
collègue, Michèle Rivet, qui est ex-juge présidente du Tribunal des droits de
la personne du Québec, mais elle est aussi... pour notre bonheur, elle est
aussi muséologue, donc elle a intégré l'équipe,
et elle est membre du... elle a été membre du CA d'ICOM Canada, mais elle est
aussi vice-présidente du conseil d'administration du musée canadien des
droits de la personne.
On a réalisé plusieurs projets. Bien, comme
toute... toute équipe universitaire, on organise des colloques, on a publié des
ouvrages, des articles, mais pas juste au Québec, à l'international, sur la
gouvernance, les enjeux qui sont liés à la gouvernance et toujours dans une
perspective de diffuser ce qui constitue l'originalité de la muséologie
québécoise. La chaire a réalisé, d'ailleurs, en créant un consortium il y a
deux ans, un grand projet de recherche, le Conseil international des musées,
sur le financement public des musées, et ce rapport devrait paraître dans
quelques semaines et il devrait, donc, avoir un impact important.
Maintenant, ce qui est important, le contexte et
les enjeux de la création d'un musée national. Le projet de loi, c'est
important. C'est le premier, je ne vous apprends rien, musée national depuis la
création du Musée de la civilisation il y a 40 ans. C'était en 1984, il
nous a ouvert ses portes en 1988. Et il faut reconnaître qu'un musée national,
ça contribue à changer le réseau muséal. Le Musée de la civilisation a... puis
le terme n'est pas... je pense que le terme est très juste, a révolutionné la
muséologie en transformant le réseau muséal québécois, mais c'est... et le
réseau aussi international. Il ne faut jamais oublier que c'est le seul musée
au Canada à ce jour qui a exporté à l'international son concept et sa
philosophie. Et d'ailleurs les universités québécoises en bénéficient parce que
40 % des étudiants qui viennent étudier en maîtrise, au doctorat en
muséologie choisissent le Québec parce qu'il y a une renommée internationale
dans le secteur de la muséologie. Le grand public ne le sait pas nécessairement
parce que c'est un créneau qui est particulier, mais c'est une réalité dont on
profite tout le monde aujourd'hui. Donc, la création d'un musée national, je le
disais en introduction, c'est la prérogative d'un gouvernement, et la majorité
des États se dotent normalement de musées nationaux dans quatre catégories de
musées, hein, art et art contemporain, musée de société, musée d'histoire mais
aussi musée de sciences, et on peut donc féliciter le gouvernement de compléter
son réseau de musées nationaux en choisissant de créer un musée consacré à
l'histoire.
• (15 h 10) •
Deux mots sur les distinctions entre musée
d'État et musée privé, parce que ce n'est pas toujours compris par le grand public,
les mandats et responsabilités ne sont pas les mêmes. Il y a toujours des
nouveaux musées qui s'ajoutent périodiquement dans le réseau muséal québécois,
mais, au final, ça change peu de choses parce que ces musées privés sont libres
d'aborder les thématiques de leur choix, ils ne répondent pas nécessairement à
des orientations définies par le
gouvernement au ministère de la Culture, alors que, contrairement aux musées
privés, bien, les musées... la mission des musées nationaux, elle est...
elle engage l'institution à moyen et long terme. Et il y a aussi cet effet
structurant des réseaux... des musées nationaux sur le réseau muséal parce que
ces grands musées accompagnent les musées sur l'ensemble du territoire et
rendent des services que des musées privés ne rendent pas nécessairement. Donc,
ils ont aussi le mandat, même s'ils sont à Québec et Montréal, de desservir
toutes les régions et ils s'adressent à tous les citoyens, toutes les
citoyennes. Il est donc essentiel que les communautés aussi se reconnaissent
dans les musées nationaux qui ont des impacts partout sur le territoire.
La première recommandation : on croit que
le Musée national de l'histoire du Québec aurait avantage à proposer une
approche réflexive fondée sur le rôle social du musée. Pourquoi? Parce que
cette approche a été innovante au moment de la création du Musée de la
civilisation, parce que ça s'inscrivait dans le mouvement de la nouvelle
muséologie, c'était innovant dans les années 80. Aujourd'hui, ce qu'il y a
de différent, c'est que cette valeur-là, elle a fini par remonter jusqu'au
sommet du Conseil international des musées, de telle sorte qu'en 2022 ICOM a
adopté une nouvelle définition qui précise justement que le rôle social est au
coeur de la mission de tous les musées. Ce n'est plus les collections qui sont
au coeur des musées, c'est le rôle social, et ça conduit d'ailleurs le conseil international à engager tout un grand chantier pour
la refonte des codes d'éthique, parce qu'il y a vraiment un changement de
posture important. Donc, le rôle social du musée, c'est précisément, je tiens à
le rappeler, ce que le Musée de la civilisation fait depuis 1988, qui est... et
c'est devenu le modèle de musée de société pour toutes les catégories de
musées, ce qui explique l'attractivité, comme je le mentionnais, internationale
des programmes de formation en muséologie au Québec.
La recommandation 2 : le musée
national d'histoire devrait se définir comme un musée qui favorise une approche
interdisciplinaire de l'histoire, parce que le projet de loi... en fait, on
croit que le projet de loi devrait préciser que l'histoire du Québec, ça ne
relève pas uniquement de la discipline historique. L'histoire du Québec est
étudiée, comprise par l'histoire, bien entendu, au premier chef, mais la sociologie,
l'archéologie, la littérature, la géographie, l'anthropologie, l'éducation, les
arts vivants, en fait, les sciences naturelles...
La Présidente (Mme Poulet) : Je
m'excuse de vous interrompre. Le temps est terminé. Ça va vite.
M. Bergeron (Yves) : Oui. Très bien.
La Présidente (Mme Poulet) : Alors,
je vous remercie. Nous allons...
Une voix : ...
M. Bergeron (Yves) : Oui, oui,
oui...
La
Présidente (Mme Poulet) : Nous allons commencer les périodes d'échange.
Alors, M. le ministre, la parole est à vous.
M.
Lacombe : Bien, on aura effectivement l'occasion, je
pense... Vous alliez traverser vos recommandations, on les a tous bien
reçues puis on aura l'occasion, au cours des... je pense, de la prochaine
demi-heure ou un peu plus, même, d'échanger les uns après les autres.
Merci d'avoir pris le temps de venir nous
rencontrer, de vous être préparé, d'avoir produit le mémoire aussi en amont de
tout ça. Donc, c'est bien apprécié, d'autant plus que vous avez beaucoup d'expérience
et que vous avez déjà travaillé dans un musée national, le Musée de la
civilisation. Donc, merci beaucoup.
Peut-être, je
vais y aller avec quelques questions en rafale. Quand vous dites que la mission
du Musée national de l'histoire du Québec est analogue à celle du Musée
de la civilisation, c'est comme ça que vous commencez votre troisième
recommandation, puis vous nous suggérez même de... si nous conservons la
mission telle quelle du MNHQ, de modifier la mission du Musée de la
civilisation, il y a quand même une distinction, c'est-à-dire, dans la Loi sur
les musées nationaux, lorsqu'on parle du Musée de la civilisation, on parle des
habitants du territoire québécois, donc beaucoup plus d'un point de vue de
société, vous le savez, tandis qu'à l'intérieur du projet de loi que nous
proposons sur le Musée national de l'histoire du Québec, on parle... je résume,
mais principalement de la nation québécoise. Et ce matin, d'ailleurs, on avait
une discussion intéressante sur la distinction entre société et nation. Vous avez probablement été à l'écoute. Est-ce que
vous ne trouvez pas que c'est déjà... puis je le... je pose la question
de façon très ouverte parce que ça m'intéresse, est-ce que ce n'est pas déjà
une distinction qui est suffisante?
M. Bergeron (Yves) : À mon sens,
non...
M. Lacombe : Non?
M. Bergeron (Yves) : ...parce qu'on
peut... quand ce n'est déjà pas clair pour les gens qui travaillent dans les
musées, je ne suis pas certain que ce soit clair pour les citoyens, qui voient
là deux musées... deux musées d'histoire.
Peut-être que l'ambiguïté vient du fait qu'au
moment où le législateur a préparé le projet de loi qui définissait le Musée de
la civilisation, le concept de musée de société n'existait pas, c'est né au
sein du Musée de la civilisation et c'est ça qui a contribué à sa notoriété.
Donc, on parlait de l'histoire. Alors, pour le grand public, c'est deux... ça
resterait deux musées d'histoire.
Moi, je pense qu'on aurait avantage à miser sur
le fait que la reconnaissance internationale du Musée de la civilisation, elle
repose justement sur cette particularité. Moi, j'ai lu des thèses, j'ai
participé à des soutenances et des colloques où des musées européens essaient
de... tentent de dire aujourd'hui qu'ils ont inventé ça, le concept de musée de société. Ce n'est pas le cas. C'est né
ici, à Québec, en 1988. Un peu avant parce que l'équipe de Roland Arpin
avait déjà travaillé à définir le concept et la mission, mais le fait est que
c'est devenu rapidement le modèle de musée qui s'est répandu partout au Québec
et ailleurs au Canada. Je pense que c'est une occasion qui permet ça.
M. Lacombe : ...je ne veux pas vous
mettre sur le gril, sur la formulation puis entrer trop dans les détails, mais,
si on reste à très haut vol, comment reformuleriez-vous le libellé, là, dans le
cas du Musée de la civilisation?
M. Bergeron (Yves) : Oui. Je n'ai
pas... je n'ai pas fait l'exercice, mais je me souviens que c'est... une des dernières années où je travaillais au Musée de la civilisation, on avait fait... on avait fait cet exercice-là,
puis, finalement, on avait abandonné parce qu'on disait : Bien là,
il faudra aller changer la loi, mais il y avait eu cette réflexion-là au sein même du musée. Donc,
je sais qu'il y a des gens... probablement qu'ils ont continué à travailler sur
ça, mais c'est vraiment une des particularités de la muséologie au
Québec sur laquelle on devrait miser.
M. Lacombe : Parfait.
C'est bien noté. Merci beaucoup. Vous avez mentionné d'entrée de jeu que vous
êtes heureux, d'accord avec la création d'un musée national d'histoire, que ça
vient non pas compléter, mais participer à compléter le réseau québécois. Je
vais aller dans les nuances. Est-ce que vous êtes d'accord que le Québec a
toute la légitimité de se doter d'un musée,
vous avez entendu les discussions de ce matin, sur l'histoire de la nation
québécoise?
M. Bergeron
(Yves) : Pourquoi le Québec ne l'aurait pas? Les... tous les pays le
font. Puis d'ailleurs il y a un renouveau des musées d'histoire. Pendant une
certaine période, je dirais qu'il y a eu une tendance à privilégier plutôt les
musées d'art contemporain, mais les musées d'histoire se sont renouvelés
partout, puis notamment dans les musées...
dans les musées de ville. Les musées de ville sont des musées très
intéressants, parce qu'ils parlent des communautés. Et un des exemples,
peut-être, qui témoignent le mieux de cette tendance-là, c'est le Centre
d'histoire de Montréal, qui est devenu le
MEM, qui s'est refondé il y a quelques mois. C'est un musée qui est
fondamentalement un musée d'histoire, qui n'utilise pas le terme musée,
mais qui fait exactement ça. Mais en réalité, quand on examine le concept de ce
musée-là, c'est un musée d'histoire contemporaine. C'est un musée qui calque un
peu le modèle des musées d'art contemporain, en disant : Il y a de
l'histoire, mais on va d'abord parler de la société, aujourd'hui, des Montréalais. Et c'est pour ça que c'est
particulièrement intéressant que ça se renouvelle dans des grandes villes à
travers le monde. Et ça, c'est une tendance aussi, là, ça se fait à
Montréal, mais on le voit ailleurs dans le monde.
M. Lacombe : Est-ce
que vous trouvez que la façon dont est rédigé le projet de loi, spécifiquement
la mission du Musée national de l'histoire du Québec, est-ce que vous trouvez
que c'est rassembleur comme mission de la façon dont c'est libellé?
M. Bergeron (Yves) : Ça,
c'est une question compliquée. Je vous dirais que l'énoncé de mission définit
les grands paramètres. C'est... après, c'est dans le programme scientifique,
dans le programme culturel que les choses trouvent leur place.
Quand le Musée de la
civilisation a... quand le projet de loi du Musée de la civilisation a été
adopté, il faut se rappeler que tout le
monde au Québec contestait ça. Le réseau, la Société des musées du Québec
était contre l'ouverture de ce musée parce qu'on disait que ça allait
compétitionner les musées qui existaient déjà, le Musée du Québec qui va
devenir le Musée national des beaux-arts du Québec, et ce que la SMQ voulait,
c'était qu'on redistribue cet argent-là. Si on n'avait pas... si le
gouvernement n'avait pas tenu sa position et créé le Musée de la civilisation,
la muséologie québécoise, elle ne serait pas là où on en est aujourd'hui. Ça,
j'en suis parfaitement convaincu.
M. Lacombe : Et
je n'ai pas la prétention de vouloir révolutionner le monde de la muséologie
avec ce projet de loi...
M. Bergeron
(Yves) : Non, mais...
M. Lacombe : ...mais
je trouve que c'est intéressant parce que plus ça change, certains diront, plus
c'est pareil. Parce qu'aujourd'hui, bon, la Société des musées est en accord,
ils viendront s'exprimer, mais il y a des gens, on entend des gens quand même
nous dire : Il y a déjà des musées qui existent, entre autres dans les
régions, et il ne faut pas en créer un nouveau. Il faudrait plutôt redistribuer
cet argent-là. Donc, comme quoi, parfois ça se fait malgré l'opposition de
certaines personnes puis que, des décennies après, on ne le regrette pas.
• (15 h 20) •
M. Bergeron
(Yves) : L'histoire se répète.
M. Lacombe : L'histoire
se répète. Donc, si je comprends bien, la réponse que vous venez de me donner, c'est : Vous n'avez pas... C'est plutôt
général comme libellé, comme énoncé de mission. Donc, c'est davantage dans...
Vous ne jugez pas que c'est rassembleur ou non rassembleur. Vous dites :
C'est dans l'application de...
M. Bergeron
(Yves) : C'est dans l'application, mais on souligne aussi dans notre
rapport le fait qu'il y a une trop grande parenté dans la mission des deux
musées. À notre avis, ça crée de la confusion.
M. Lacombe : D'accord.
Je le comprends, je le note puis ce sera utile à... aux discussions qui vont
suivre puis à notre réflexion. Je vous avoue que je suis un peu surpris. Encore
là, ce n'est pas péjoratif. Je veux laisser... parce que vous n'êtes pas rendus
là dans la... vous ne vous êtes pas rendus là dans la liste, tantôt, la... au
numéro 6. Donc, recommandation n° 6, vous dites que le projet de loi devrait préciser que le musée
s'inscrit dans une perspective décoloniale et collaborative avec les Premières
Nations, les communautés culturelles et les citoyens. Perspective décoloniale,
qu'est-ce que... comment... qu'est-ce que vous voulez dire puis comment est-ce
que ça peut s'appliquer à un musée qui va avoir comme principal objet
l'histoire de la nation québécoise?
M. Bergeron (Yves) : Je sais que c'est sujet
qui est délicat, la décolonisation, on est parfaitement, parfaitement conscients
de ça, sauf qu'il faut savoir que, sur la scène internationale, au sein du
réseau du Conseil international des musées, c'est une posture qui a été adoptée
par tout le monde et qui concerne notamment les cultures autochtones. Et nous,
on pense qu'il faut une forme d'humilité là-dessus.
D'abord, ils ont été...
ils ont parcouru ce territoire, ils l'ont exploré, ils l'ont occupé pendant
12 000 ans, donc, d'une part, on
ne peut pas exclure ça. Mais l'enjeu international, actuellement, concerne
peut-être un peu moins le Québec,
quoique, dans la décolonisation, c'est aussi toute la problématique de
restitution, aux communautés culturelles, des biens. En Europe, c'est
leur relation avec l'Afrique et l'Asie qui est un peu problématique, ils sont
engagés dans des processus de restitution.
En même temps, on ne peut pas faire l'économie de ça puisque... Il faut y
réfléchir, en tout cas, sérieusement.
Nous, on a
organisé un colloque international sur cette question-là. Il y a des musées qui
trouvent des solutions. Puis il ne faut pas oublier aussi que la
nouvelle génération, puis je parle du Québec, mais ailleurs parce que je vais
enseigner dans d'autres universités, je vais dans d'autres pays, je participe à
des colloques, la nouvelle génération formée,
là, partout, là, ils sont sensibles à cette question-là. Pour eux, ça ne pose
pas un problème. Alors, je pense qu'on ne peut pas faire l'économie de
ça.
M. Lacombe : Vous le... bien, c'est
un point de vue qui est intéressant. Vous le formulez de cette façon-là, dans ces mots-là dans votre... dans votre mémoire.
Est-ce que, selon vous, on atteint le même objectif ou sensiblement le
même objectif en ayant un musée national de l'histoire du Québec qui va
principalement, donc, avoir pour mission de s'intéresser à l'histoire de la
nation québécoise? Et, comme la nation québécoise, elle est née... et je ne
suis pas historien, mais comme la nation québécoise, elle est née de
rencontres, notamment avec d'autres nations, les nations autochtones, si on
fait une place à cette rencontre, qui est à la base... qui est à... de la
naissance de la construction de la nation québécoise, donc, si c'est présent
dans le musée pour expliquer que ces rencontres ont permis l'édification de la
nation québécoise avec les décennies, avec... est-ce que vous trouvez que ça
répond à cet objectif?
M. Bergeron (Yves) : Ce n'est pas
antinomique. Je ne pense pas que ce soit problématique. Ce qui est aussi très
clair dans les grandes transformations des musées... Moi, j'ai travaillé
longtemps et je m'intéresse notamment, je fais... on a un groupe de recherche
sur les tendances qui se transforme ici comme ailleurs, une des grandes
postures maintenant qui fait consensus dans la communauté muséale, à
l'Association des musées canadiens, à la SMQ, partout,
c'est que les musées doivent travailler plus étroitement avec les communautés,
ils doivent consulter maintenant la... Je dirais que la position
d'autorité autrefois des musées, ce n'est plus possible. Donc, les musées n'ont
pas le choix. Partout... c'est la même chose aux États-Unis. J'ai parcouru des
musées cet été aux États-Unis, ils sont aussi dans cette même dynamique-là. Et
ça donne... Vous savez, un musée, ce n'est pas là juste pour donner un point de
vue, un musée, c'est là aussi pour ouvrir à
différents points de vue. Roland Arpin disait souvent : Un musée, c'est là
pour réfléchir. Un musée qui donne
que des réponses, c'est... posez-vous la question. C'est d'abord un jeu de
réflexion. Et ça, c'est dans l'esprit de la nouvelle muséologie.
M. Lacombe : Mais
on peut... Est-ce que vous êtes d'accord avec le fait qu'on... Parce que c'est
au coeur du débat. C'est ça, la vraie question qui en...
M. Bergeron (Yves) : Oui.
M. Lacombe : On va avoir des
discussions pendant des heures, mais on va toujours revenir à ça, c'est au
coeur du débat, un musée sur l'histoire de la nation québécoise. Est-ce que
vous êtes d'accord avec le fait qu'on peut lui donner cette mission-là, tout en
étant ouvert, tout en, comme c'est d'ailleurs écrit dans la mission, acceptant
le fait puis l'intégrant dans des expositions, que les communautés qui se sont
installées au Québec, on parlait ce matin des
Italiens par exemple, je pourrais en nommer beaucoup d'autres, ont collaboré,
ont contribué à ce qu'est la... non pas société, mais la nation
québécoise aujourd'hui? Est-ce que vous êtes d'accord avec ça, qu'on peut dire
que ce sera un musée sur la nation québécoise, mais remplir ces objectifs-là
puis être ouverts quand même à la diversité comme ça?
M. Bergeron (Yves) : Bien,
absolument. À mon avis, ce n'est plus... ce n'est plus un problème. Puis je
peux vous dire que ce n'est pas une problématique pour les jeunes qui sortent
des universités partout au Canada, aux États-Unis et dans les pays européens...
M. Lacombe : Parce
que, si on veut faire un musée qui parle de tout le monde, on ne parlera de
personne à la fin, là.
M. Bergeron (Yves) : Non, bien,
on... ce n'est pas ce que je dis. C'est que le fait quand même d'avoir un
dialogue avec les communautés, ça n'entre pas en contradiction avec un discours
sur la nation.
M. Lacombe : Mais, en même temps, il
ne faudrait pas se retrouver... c'est l'objectif, en tout cas, derrière le projet, c'est d'éviter de se retrouver avec un
musée où il y aurait un espace pour parler de l'histoire de la communauté
anglophone, un autre pour parler des différentes nations autochtones, un autre
pour parler de la nation québécoise, un autre pour parler des Irlandais et un autre pour parler des Italiens,
parce que, là, si on fait ça, si on a cette courtepointe, il nous
manque... il nous manque ce qui nous lie ensemble, ce qui fait de nous, tous
ensemble, la nation québécoise.
M.
Bergeron (Yves) : Je comprends votre préoccupation, puis, en même
temps, c'est le défi qu'aura l'équipe à relever. Mais, moi, je... Écoutez, j'ai travaillé dans les musées, j'en
forme, je vois les cohortes depuis 24 ans maintenant et,
franchement, j'ai confiance en eux. C'est des enjeux avec lesquels ils
négocient bien.
M. Lacombe : Je
partage cette confiance. Il nous reste deux minutes. L'indépendance du musée,
j'ai senti une crainte ou, en tout cas, une préoccupation, ou une appréhension,
là, parfois, on s'obstine sur les mots, on discute avec des gens très éduqués qui ont le sens des mots. Je ne sais pas
comment vous... quel est le bon qualificatif, mais j'ai senti que cette
question-là, en tout cas, vous intéressait, disons ça comme ça.
C'est un
musée qui... vous connaissez la Loi sur les musées nationaux, donc c'est un
musée qui sera indépendant, évidemment, qui aura sa propre gouvernance
avec un conseil d'administration, il aura son PDG. C'est un musée, évidemment, où les expositions vont être menées,
vont être imaginées par un comité scientifique. Donc, le gouvernement n'est pas là en train de nommer les gens sur le
comité scientifique. Est-ce que vous pensez que le musée a
l'indépendance... va avoir l'indépendance nécessaire pour bien faire son
travail?
M. Bergeron (Yves) : Je crois que
oui. Je voulais rappeler une chose importante, c'est qu'au moment de la
création du Musée de la civilisation, 1984, on est sous le gouvernement du
Parti québécois; ce n'était pas fondé, mais ça inquiétait les gens, le fait que
ce soit peut-être un projet nationaliste.
Ce que je sais, puis je l'ai bien documenté
auprès de Roland Arpin puis de Denis Vaugeois, j'ai consulté une foule de
personnes qui étaient là au moment où ce projet-là s'est mis en place, quand
Robert Bourassa revient au pouvoir, au gouvernement, il est inquiet de l'avenir
du Musée de la civilisation. Il y a une coquille, mais il n'y a rien dans le
musée, il y a 10 professionnels, il y a un embryon de projet, puis on est
à un an et demi de l'ouverture. Et il est inquiet et il demande à Roland Arpin
de prendre la direction du musée et de dépolitiser, parce qu'au départ c'était
le musée de l'homme d'ici, c'était le nouveau musée. Il y avait...
La Présidente (Mme Poulet) : Je
m'excuse de vous interrompre, mais la période pour... d'échange avec la partie
gouvernementale est terminée. Alors, on va... je vais céder la parole à la
députée de Robert-Baldwin.
Mme Garceau : Merci beaucoup, Mme la
Présidente. Merci à vous, M. Bergeron, et évidemment à vous qui vous êtes présentés virtuellement. Merci beaucoup
de votre participation. On va continuer cette discussion fort intéressante,
si vous pourriez peut-être terminer votre réponse.
• (15 h 30) •
M.
Bergeron (Yves) : Donc, très rapidement, Robert Bourassa, lui
donne... lui demande de prendre la direction du musée et surtout d'éviter que ce soit un projet politique, donc de
dépolitiser ce projet-là. Et ça s'est défini d'ailleurs et, bon, Arpin a
travaillé ça avec Henri Dorion, avec Michel Côté, avec d'autres, ils ont défini
un projet de musée qui en a fait un
musée de société. Ils ont mis en place, dans la gestion quotidienne de ce
musée-là, des balises pour s'assurer que ce soit un musée pluriel, que
le musée c'était le... c'est l'expression qu'il utilisait souvent, que ce ne
soit pas un musée qui monologue, mais qui donne la parole à plusieurs
disciplines, à plusieurs points de vue. Et ça a été, finalement, le moteur qui
a donné... qui a défini, disons, les grandes caractéristiques de ce musée-là
puis qui a fait que le musée a été, dès
l'ouverture, le musée le plus fréquenté au pays. Les gens venaient de partout
pour voir à Québec qu'est-ce que c'était que ce musée-là, et donc il y
avait cette préoccupation.
Donc, j'ai toujours pris conscience, pour en
avoir discuté très souvent avec lui puis avec d'autres directeurs de musée, que c'est une question importante, que
la direction artistique et la production des expositions de la programmation
culturelle, disons, disposent d'un espace de
liberté. D'ailleurs, Roland Arpin avait ajouté quelque chose de très important
dans le guide sur la gestion en disant : Ici, on a le droit à l'erreur, et
il faisait confiance aux professionnels, et ce n'est pas les... les... Même les
directeurs des services n'intervenaient pas dans la production des expos,
c'était vraiment l'affaire des professionnels, et ça, ça ne s'était jamais vu
dans d'autres types de musées. Donc, il y avait toute une série comme ça, je pourrais l'expliquer longtemps,
mais bref, pour moi, ça reste important, parce que ce n'est pas vrai dans
tous les musées.
Mme Garceau : Je suis d'accord
avec vous que c'était important à ce moment-là, en 1985, et c'est aussi
important en 2024 de s'assurer que ce soit dépolitisé, tout cet aspect du
musée.
Et aussi j'aimerais, M. Bergeron, vous
entendre sur... Parce que vous avez parlé, là, le... M. le ministre l'a mentionné, dans votre mémoire... concernant la
parenté des deux missions entre le Musée
de la civilisation et le musée
actuel... la création du nouveau musée, compte tenu de la mission, qui sont
sensiblement, vous avez mentionné, équivalentes. Et donc comment faire cette
distinction entre les missions des deux musées? Parce qu'en prenant
connaissance de votre mémoire, vous mentionnez de modifier la mission du Musée
de la civilisation...
M. Bergeron (Yves) : ...
Mme Garceau : Pas la modifier?
M. Bergeron (Yves) : La... la
préciser. Préciser son originalité.
Mme Garceau : La
préciser. OK. La préciser, la préciser, mais est-ce qu'on ne devrait pas, dans
le contexte de ce projet de loi, modifier la mission du musée de... du nouveau
musée pour qu'il y ait une distinction entre les deux?
M. Bergeron
(Yves) : Bien là, ce n'est pas à moi d'en juger. C'est
parce qu'il faudrait avoir les deux documents pour pouvoir... pour pouvoir l'évaluer. Mais je pense que ça mérite
d'être... d'être réfléchi. Vous savez, ça fait 40 ans. On vit longtemps avec les musées nationaux. Je pense que ça
vaut la peine de prendre le temps qu'il faut pour préciser des choses, parce
que ça... ça enracine la responsabilité du musée pour très longtemps, là.
C'est... c'est très, très rare que les... les musées sont redéfinis dans des
nouveaux projets de loi.
Mme Garceau : Vous
avez mentionné également une de vos recommandations concernant cette
consultation, une recommandation de
tenir une consultation nationale, comme l'a fait le Musée canadien de
l'histoire, qui permettrait d'établir
un consensus social sur les grandes orientations que devrait adopter et
préciser le musée national. Pourriez-vous élaborer en termes de quand
est-ce qu'on devrait avoir cette consultation ou quand est-ce qu'on devrait la
faire, cette consultation nationale?
M. Bergeron (Yves) : Écoutez,
ce n'est pas à... ce n'est pas à moi à déterminer ça. Je ne connais pas le...
le calendrier du ministère de la... de la Culture et du musée à cet égard-là.
Mais je... je voulais rappeler que la dernière fois où il y a eu une
modification importante d'un projet de loi... bien, en fait, oui, dans la
mission du musée, c'était le Musée canadien des civilisations, qui devenait le
Musée canadien de l'histoire. Et puis il y a... il y a là aussi une parenté
avec ce qu'on a pu observer dans les médias. Il y a eu les mêmes remarques, les
mêmes contestations, mais, finalement, au gouvernement fédéral, ils ont décidé
de faire une consultation nationale. Ça a duré quelques semaines. Ils sont
allés un peu partout sur le territoire. Et finalement, le projet de loi a été
adopté, le musée a poursuivi sur la même
lancée, mais il s'est redéfini dans sa grande exposition permanente, qui a été
revue en 2017 et qui, curieusement, reprenait la même perspective que la
première exposition du Musée de la civilisation, Mémoires, avec un
regard sur... un regard aussi historique, mais en même temps critique sur les
enjeux de la société aujourd'hui, ce que faisait l'expo Mémoires.
C'est... Je pense que c'est un exercice
démocratique qui en vaut la peine, parce que c'est un musée qui... qui concerne
tout le monde et pas juste... pas juste les universitaires puis les
spécialistes du monde des musées qui ont leur propre vision de ce que devrait
être un musée. Je pense qu'il faut entendre les communautés.
Mme Garceau : Oui, les
communautés dans le sens que peut-être ça serait intéressant de les entendre
afin de préciser la mission du musée. Est-ce que vous seriez d'accord...
M. Bergeron (Yves) : Bien,
après... après c'est au... c'est à l'équipe du musée de... de préciser les
balises, mais on ne peut pas toujours être dans un rapport d'autorité,
dire : Voici, voici une institution culturelle qui est importante pour
vous puis voici comment elle va se déployer. On pouvait peut-être faire ça il y
a 40 ans, mais je ne suis pas sûr qu'on... c'est le cas aujourd'hui.
Mme Garceau : Peut-être
une consultation, si je peux dire, nationale menée par le comité scientifique.
Est-ce que ça, ce serait une option?
M. Bergeron (Yves) : Ça
pourrait... Bien, ça pourrait être le cas, mais ce n'est pas à moi à donner
des... des directives là-dessus.
Mme Garceau : Je... je pose la
question à un expert, donc...
M. Bergeron (Yves) : Moi,
j'attire votre attention sur ça.
Mme Garceau : ...je
voulais... je voulais savoir. M. le ministre a touché sur l'aspect de toute
cette perspective décoloniale que vous avez mentionnée dans votre rapport pour
tenir compte des Premières Nations, les communautés culturelles et... et les
citoyens. Vous avez aussi parlé d'agir d'une façon collaborative avec les Premières
Nations, les communautés culturelles, les citoyens. Comment est-ce que nous
allons assurer cette approche de collaboration?
M. Bergeron (Yves) : Là c'est
de la régie interne. Il s'agit surtout que ce soit... que ce soit considéré par
l'équipe comme une valeur... une valeur commune, mais je peux vous confirmer
que c'est déjà une valeur commune au Conseil international des musées, à la Société
des musées du Québec.
Mme Garceau : Vous avez
mentionné, et j'aimerais revenir sur ce point de l'UNESCO et de cette
convention en 2022 en ce qui a trait à la définition du musée, qui précise le
rôle social qui est au coeur de la mission de tous les musées. Est-ce que vous
croyez que nous devrions préciser dans le projet de loi cette définition?
Est-ce que ce serait utile de préciser, afin que... pour atteindre votre
objectif, que d'avoir une approche réflexive?
M. Bergeron (Yves) : Peut-être
que mes collègues seraient mieux placés que moi pour... pour répondre à la
question. Lisa ou Pierre?
M. Bosset (Pierre) : Oui, bien,
alors c'est une... une définition qui n'est pas dans une... dans un traité international, là, parce que l'ICOM, le Conseil international des musées, n'est pas une organisation intergouvernementale,
donc il n'y a pas de traité qui s'élabore au sein de cette organisation.
Mais ils ont quand même, au fil du temps, redéfini à plusieurs reprises la
notion de musée. Et ça donne lieu à des grands débats presque existentiels sur
ce qu'est un musée. Chose certaine, ça pourrait être une
chose intéressante, effectivement, peut-être dans la loi plus générale sur les
musées nationaux, de préciser que l'entendement que l'on a au Québec de ce
qu'est un musée, c'est le même que celui qui
a été adopté par le Conseil
international des musées. Ce serait
une hypothèse intéressante, je pense.
Mme Garceau :
OK. Oui, vous vouliez ajouter?
M. Bergeron (Yves) : Le Québec a sa propre
définition de ce qu'est un musée, d'ailleurs, cette... la conception du musée, c'est plutôt... on parle d'institution
muséale... c'est plus démocratique que la notion de musée, qui est européenne
et qui concerne une catégorie très, très
spécifique de... de musées. Il avait même été question en 2018... en 2019 à Kyoto,
quand ça a été discuté, d'adopter cette... la position.
Pourquoi c'est
important, une définition? Parce que, bon, le Québec a sa... a sa définition du
musée, les Américains aussi. Mais, dans plusieurs pays, dans les législations,
quand il est question de musée, quand ils n'ont pas de définition, c'est celle
de l'ICOM qui prime. Et, quand la définition de l'ICOM dit : Bien, le...
le rôle central du musée, c'est... aujourd'hui, ce n'est pas nécessairement le
patrimoine et les collections, c'est le rôle social, ça vient changer le mandat
des... des institutions, parce que, quand on les évalue, on ne regarde pas
juste : Est-ce que vous avez protégé
des patrimoines, qu'est-ce que vous faites à cet égard-là, mais qu'est-ce que
vous avez fait pour... pour des questions qui ont été débattues, très,
très larges, sur la justice sociale. Nous, on considère que c'est compliqué...
La Présidente
(Mme Poulet) :
Je vous remercie. Désolée, encore une autre
fois, de vous interrompre. Alors, on poursuit les échanges avec le député de Jean-Lesage.
• (15 h 40) •
M. Zanetti :
Pour combien de temps?
La Présidente
(Mme Poulet) : Pour 3 min 28 s.
M. Zanetti :
Merci. Alors, bon, vous mettez l'accent dans votre mémoire sur l'importance
de... bien, de dépolitiser, en fait, le musée, ou... ou qu'il ne soit pas
politisé, du moins, puis qu'il y ait une indépendance. Bon, on comprend les
raisons. Dans le projet de loi à l'heure actuelle, il y a une... des... des
dispositions qui font que c'est le gouvernement essentiellement qui va nommer
le premier conseil d'administration et la première personne qui va assurer la
direction générale. Puis les conseils d'administration subséquents et
directions générales seront choisis selon les règles qui s'appliquent déjà pour
les institutions similaires. Est-ce que cet aspect-là vous préoccupe du point
de vue de l'autonomie puis de la non-politisation du musée? Point
d'interrogation.
M. Bergeron
(Yves) : Je pense que ma collègue Lisa Baillargeon est mieux placée
que moi, parce qu'elle a une expérience des conseils d'administration.
Mme Baillargeon
(Lisa) : Merci. Bien, ça ne m'inquiète pas du tout, parce que, bon, on
a la loi 114 sur les musées, la
gouvernance des musées. Donc, il y a des règles très spécifiques à suivre avec
les profils enrichis, qu'est-ce qu'on a besoin comme directeur général,
et tout ça. Donc, c'est déjà très bien encadré. Donc, de ce point de vue là, je
ne suis pas inquiète. C'est sûr qu'on souligne quand même dans notre
recommandation qu'on veut... on veut quand même
être à l'affût que... pour ne pas qu'il y ait de glissement vers le politique.
Donc, c'est plus dans cette optique-là aussi qu'on veut le souligner.
Mais je crois qu'en observant très bien la loi sur la gouvernance des musées,
qui a été émise en 2000... 2014 la première fois, la loi 114, donc je
crois qu'on a déjà là tous les outils. Mais c'est important de garder toujours
en tête qu'il peut y avoir des glissements, et donc c'est pour ça qu'on l'a
ramené.
Mais je crois que...
Je suis très confiante que — étant
donné les balises qu'on a — toutes
les... les mesures vont être prises pour avoir le meilleur des conseils
d'administration avec les profils qu'on a besoin, ainsi qu'une direction
générale qui va assumer les fonctions pour ce type de musée.
M. Zanetti : Merci. Et, dans vos recommandations,
par exemple, il y a la question de... La recommandation 5 : «D'un point de vue éthique, les musées doivent
tenir compte de ces dynamiques de mémoire collective afin de demeurer
des espaces crédibles aux yeux des communautés qu'ils servent.» Comment est-ce
qu'un musée peut faire ça, par exemple? Puis est-ce qu'il y a quelque chose à
enchâsser dans la loi à ce sujet-là? Ou est-ce que c'est plutôt une
recommandation adressée, disons, au prochain conseil d'administration puis à la
prochaine direction générale?
M. Bergeron
(Yves) : Je ne crois pas que ce soit nécessaire dans la loi, mais
c'est une... c'est une précision qui est
importante, parce qu'il y a des distinctions entre histoire et mémoire. Les
musées oscillent toujours entre deux postures, c'est-à-dire produire des
expositions qui traduisent, je dirais, la vision d'une partie de la population,
hein, la culture savante. Mais très souvent,
les musées... les musées ignorent le... le volet qui, aujourd'hui, en tout cas,
est peut-être plus... qui concerne la culture populaire. Et la... la
mémoire, c'est cette autre histoire, hein?
Pierre Nora
disait : Bien, il y a des lieux de mémoire communs. Et puis même si les
gouvernements, dans bien des pays européens, ont tenté de transformer la mémoire
collective, il y a des choses qui persistent malgré tout. Et il y a une force
de... je dirais, une espèce de... de vague de fond qui reste là et qui fait
la... la distinction entre la mémoire dite officielle et la mémoire construite
par les musées. Parce qu'il ne faut pas se leurrer aussi. Les musées conservent la mémoire collective à travers des
objets, mais ils participent par leur activité à construire aussi la mémoire
et une identité nationale partout.
La
Présidente (Mme Poulet) : Merci. Alors, on va poursuivre avec le
député de Matane-Matapédia.
M. Bérubé :
Merci, Mme la Présidente. Bienvenue à l'Assemblée nationale. Vous avez
évoqué tout à l'heure les missions qui peuvent s'apparenter. J'ai très peu de
temps, mais je vous laisse ce temps-là pour bien préciser les écueils auxquels
on fait face. Comment s'assurer d'optimiser les ressources? Moi, je trouve ça
très bien qu'on mette des ressources sur l'histoire. Je suis d'accord avec la
mission du musée. Avant, c'était les espaces bleus, mais là on parle de ça. Je
suis d'accord avec le projet de loi puis l'orientation, mais pour s'assurer,
comme bons parlementaires, de bien faire les choses, qu'est-ce qu'il faut
surveiller pour que ça se passe bien?
M. Bergeron
(Yves) : Je vais essayer d'être concret, là, puis me... me placer dans
la posture du public qui... qui vient à
Québec. Ils vont au Musée de la civilisation, qui est un musée formidable. Ils
voient deux nouvelles expositions permanentes
qui sont très réussies sur l'histoire du Québec, les Premières Nations. Ils continuent un peu plus loin, et là ils se retrouvent dans la même... dans une institution parente qui
traite des mêmes sujets, mais des points de vue différents.
À Montréal, on a vécu
exactement la même chose pendant des années avec le centre d'histoire, qui
était situé juste à côté de
Pointe-à-Callière, qui avait le mandat de raconter l'histoire de Montréal. Il y
avait cinq récits de l'histoire de Montréal dans la ville.
M. Bérubé :
Qui se concurrençaient.
M. Bergeron
(Yves) : Oui, qui se concurrençaient. Aujourd'hui, c'est un peu moins
pire, parce que le MEM a décidé de
prendre... de prendre une autre avenue. L'autre compétition, c'est aussi...
Pensons aux collections. À partir du moment où on regarde l'énoncé de
mission, les mêmes objets, les mêmes, oui, objets patrimoniaux, pourraient
entrer dans l'une et l'autre des collections. Il faut que ce soit un peu plus
clair, comme c'est le cas pour le musée des beaux-arts de... du Québec et le
musée d'art contemporain.
La compétition, oui,
il pourrait y avoir une compétition, mais il faut surtout penser aux citoyens
qui vont arriver là et vont se dire :
Mais qu'est-ce que c'est? Puis d'ailleurs, moi, j'aurais aussi une question à
poser au ministre et au ministère, c'est...
M. Bérubé :
Allez-y.
M. Bergeron
(Yves) : ...c'est : Pourquoi est-ce qu'on n'a pas songé à
installer ce musée à Montréal — c'est la moitié du Québec — si on
veut que le musée ait un impact? Je comprends très bien les enjeux autour du
Séminaire de Québec, je connais ce
dossier-là à fond, il y a une logique. Mais ma question, c'est : Est-ce
qu'on y a songé? Parce que là, il y aurait... ce serait une autre
dynamique.
M. Bérubé :
La question...
M. Bergeron (Yves) : Je pense que le musée
aurait un... le nouveau musée d'histoire aurait... aurait un impact.
Puis, en même temps, partager le réseau des... des musées nationaux entre les
deux grandes villes...
Une voix : ...
M. Bergeron (Yves) : Bien oui. Il avait déjà
été question... du Musée de la
civilisation à Montréal. Ça ne s'est
jamais fait, mais pourquoi pas?
La Présidente (Mme Poulet) : Alors,
c'est tout le temps que nous avons. Je vous remercie de votre contribution
au... à la commission.
Je suspends les
travaux quelques instants afin que le prochain groupe puisse s'installer.
Merci.
(Suspension de la séance à
15 h 48)
(Reprise à 15 h 50)
La Présidente (Mme Poulet) : Oui,
alors, on poursuit nos travaux avec M. Jonathan Livernois, professeur
titulaire du département de
littérature, théâtre et cinéma à l'Université
Laval. Alors, bienvenue. Vous... Je
vous rappelle que vous disposez de
10 minutes pour votre exposé, et nous procéderons par la suite à une
période d'échange avec les membres de la commission. Alors, je vous
invite à débuter.
M. Jonathan Livernois
M. Livernois (Jonathan) : Oui.
Bonjour à tous, merci de m'accueillir. Je suis très heureux de venir discuter
avec vous du présent projet de loi à l'étude, le projet de loi 64.
Effectivement, je me prononce aujourd'hui à
titre personnel, mais je ne me dédouble pas. Donc, je suis aussi effectivement professeur à l'Université Laval et, surtout, spécialiste des questions d'histoire intellectuelles et
culturelles québécoises, donc le sujet m'intéresse
beaucoup. Je suis aussi spécialiste des rapports entre politique et
littérature. Donc voilà.
Alors, ce que je propose aujourd'hui
essentiellement, c'est, bien sûr, de vous parler un peu de mon mémoire, d'en présenter les grands axes, mémoire que j'ai
déposé il y a quelque temps. Je reprendrai évidemment aussi une sorte de
réflexion qui revient sur les intentions du législateur, au fil du
XXe siècle, à propos des musées nationaux. Donc, c'est un peu la
perspective que... que j'aurai. Deux prises de position, qui seront suivies de
deux ensembles de recommandations. Voilà.
Donc, une
première prise de position. D'entrée de jeu, je considère que le projet de loi,
dans sa forme actuelle, mènera à un redoublement de la mission du Musée de la civilisation. En 1922, hein, le gouvernement de Louis-Alexandre
Taschereau propose la Loi concernant les musées de la province, et, dès ce
moment-là, on construit le domaine muséal
autour de trois univers, hein, on le dit bien : l'histoire, les sciences
et les beaux-arts, comme on le disait à l'époque.
Évidemment,
les beaux-arts, ça s'est fait assez facilement. On a parlé tantôt du Musée national des beaux-arts du Québec, fondé en 1922, qui avait un autre nom, bien sûr,
à l'époque, le musée d'art contemporain, qui a été fondé en 1964. Donc,
après les beaux-arts, il restait les sciences et l'histoire.
En
novembre 1980, en créant le Musée
de la civilisation, le ministre Denis
Vaugeois voulait consacrer la mission de cette nouvelle institution à,
je cite, «l'histoire et à l'anthropologie». Même dans la loi créant le Musée de
la civilisation en 1984, la fonction du musée était clairement
énoncée comme... comme... je vais vous en faire la lecture : «La
mission est de faire connaître l'histoire et les diverses composantes de notre
civilisation, notamment les cultures matérielles et sociales des occupants du
territoire québécois et celles qui les ont enrichis». C'est, me semble-t-il, ce
que l'actuel projet de loi propose, à peu de mots près, en fait, parce qu'il y
a même des formulations qui reviennent. Donc, je... je me questionne un peu.
Pourquoi ce dédoublement, ce redoublement d'une mission? Pourquoi l'État
veut-il créer ce qui a déjà été créé en 1984, hein, qui voulait justement
s'attacher à l'histoire? Je me demande s'il ne faudrait pas davantage investir durablement dans un musée qui existe
déjà au lieu de créer de nouvelles structures. Donc, première prise de
position, j'y vois un redoublement.
Deuxième prise de position, si adopté tel quel,
le projet de loi 64 reposera sur une distinction que j'imagine ou que je
crois, plutôt, factice, entre la culture et l'histoire. Une telle séparation me
semble nuire aux visées du projet de loi. Alors, pour expliquer la création du Musée
national de l'histoire du Québec, certains responsables du projet ont avancé l'idée que le Musée de la civilisation n'était pas un musée d'histoire, mais bien plutôt
un musée de société. Cette distinction est quand même commode, hein? On
racontera l'histoire des Québécois, Québécoises au Musée national de l'histoire du Québec, et on
racontera sa culture et les phénomènes récurrents, épars, culturels de l'autre
côté. Donc, il y a vraiment une
espèce d'opposition ou, en tout cas, une séparation des faits culturels et de
l'histoire. Et pour moi, ça ne tient pas vraiment la route.
Je crois
même, en fait, j'ose le dire, qu'une telle distinction tient davantage d'une...
justement, d'une justification politique que d'une justification
épistémologique. Les historiens le savent, hein, les historiennes aussi. On a
beau multiplier les points de vue, il est risqué de proposer un récit
monolithique ou unique de l'histoire québécoise, hein? Historiquement, un récit
unique comme celui imposé au XIXe siècle par les élites cléricaux
nationalistes a été un obstacle à la prise de conscience des Canadiens
français, hein? C'est ce que le sociologue Fernand Dumont, en 1958, avec une
lucidité qui force encore l'admiration, déclarait. Je le cite : «C'est
lorsque, comme c'est le cas ici, le passé n'a qu'un sens, lorsque le passé est
un système que le problème est crucial. Dans le sens où, pour être fidèle, on
est prisonnier d'une seule définition de l'histoire.» Fin de citation.
Je pense
qu'il faut imaginer l'expérience historique à deux faces. D'un côté, la
narration, le récit de l'expérience québécoise qui doit d'ailleurs être
consciente, cette narration de sa partialité, son caractère provisoire. Par
exemple, si on monte une exposition sur des patriotes, évidemment cette
exposition ne sera jamais définitive. Il va toujours falloir réfléchir, prendre
acte des nouvelles sensibilités, notamment le féminisme, hein, qui a ramené
justement le rôle des femmes chez les patriotes. Donc, on voit que ce n'est
jamais définitif, ça bouge. Donc, d'un côté, oui, il y a cette narration et de
l'autre, on doit mettre en lumière effectivement des phénomènes culturels
récurrents. On pense notamment aux expositions récentes du Musée de la
civilisation, comme la lutte et la pêche.
Dans un musée consacré à l'histoire québécoise,
quel qu'il soit, le citoyen ou la citoyenne doit avoir conscience que la
culture québécoise est, certes, un destin, un récit ou plutôt un ensemble de
récits qui le précède et le suivra, mais aussi surtout un ensemble de choix
culturels qui incombait à ses prédécesseurs et qui lui incombe désormais.
Écartelés entre histoire et culture, nos musées nationaux perdront, je crois,
de leur cohérence.
Donc, on aura compris mon opposition à la
création, du moins dans les conditions énoncées par le projet de loi 64,
du Musée national de l'histoire du Québec. Cela dit, si l'Assemblée nationale
adopte ce projet de loi, et si le Musée
national de l'histoire du Québec est créé, je propose de manière tout à fait
constructive quelques recommandations.
D'abord, et je vais... je ne m'arrêterai pas
beaucoup là-dessus parce qu'on manque de... je manque un peu de temps... mais
c'est l'idée de mieux délimiter évidemment les missions du Musée de la
civilisation et de l'éventuel Musée national de l'histoire du Québec. Ça me
semble assez important.
Deuxième
aspect, ou deuxième ensemble de recommandations : cette idée de redéfinir
la mission du Musée national
de l'histoire du Québec, telle qu'elle apparaît, en tout cas, actuellement, à
l'article 2 du projet de loi, hein? Je vous rappelle l'intitulé. Vous
l'avez probablement beaucoup entendu, mais je me permets de le... de le
répéter. La mission est «de faire connaître et de promouvoir l'histoire du
Québec, sa culture et son identité distincte ainsi que de témoigner de
l'évolution de la nation québécoise et de l'apport des communautés qui ont
façonné son parcours et son territoire.» Je propose l'intitulé suivant
plutôt : «De faire connaître et de promouvoir l'histoire du Québec et sa culture, ainsi que de témoigner de l'évolution de la nation
québécoise en prenant soin de montrer l'enrichissement et la participation des
peuples autochtones et des communautés culturelles à ce parcours.» Cet intitulé
vise à la fois à être concis et consensuel sans être édulcoré. De plus, il
donne suffisamment de latitude aux générations futures qui auront à
administrer, à redéfinir ce musée à la hauteur de leur temps. Bon, ici, bon,
dans le nouvel intitulé, on intègre les Premières Nations. Il me semble, en
tout cas, par tout ce qui s'est vécu, ce qui s'est dit, ne pas intégrer les Premières
Nations dans l'intitulé, c'est au mieux maladroit, et je dis bien «au mieux».
Deuxièmement, je considère qu'on peut intégrer
l'apport des communautés culturelles dans l'intitulé, et il ne faut pas donner
l'impression, comme c'est un peu la formulation actuelle, que ces communautés
culturelles forment une entité exogène, comme... Bon, justement, on peut le
voir dans cette idée qu'ils façonnent le parcours et le territoire des
Québécois. On ne peut imaginer l'histoire du Québec ainsi, et ce n'est pas,
bien sûr, une structure autoportante de l'histoire du Québec.
Finalement, et peut-être de manière plus
importante, je laisse de côté la notion d'identité distincte. Rappelons que
la... que la convocation, pardon, de l'identité fait souvent le jeu d'une
politisation des débats, qui cadre mal avec les
valeurs de... d'un musée. Les historiens en France, comme Gérard Noiriel, ont pris
position, notamment à l'époque de Sarkozy, en 2007, quand il voulait
faire un ministère de l'identité. Et il y avait tout un débat, donc, autour de
l'identité française. Noiriel rappelait ceci, et les historiens, je pense,
peuvent s'y reconnaître : «Le savoir historique peut certes aider à mieux
comprendre les enjeux du présent, mais il ne peut pas servir d'argument
d'autorité pour légitimer tel point de vue politique plutôt que tel autre. La
vigilance que nous revendiquons consiste donc à combattre les entreprises de
domination qui s'appuient sur les leçons de l'histoire.» Je ne vois pas
l'intérêt ici de convoquer cette notion d'identité qui peut embrouiller et qui
n'éclaire peut-être pas grand-chose. Ne pas la retenir ne signifie pas non plus
vouloir édulcorer l'histoire du Québec, bien au contraire. Sans nier le
sentiment d'appartenance à la nation
québécoise, il est autrement intéressant de réfléchir à la pluralité des
identités et aux interrogations qu'elles suscitent. Je pourrai donner
des exemples tout à l'heure.
Conclusion, très rapidement. Donc, je me réjouis
quand même, malgré mes réserves, que le gouvernement du Québec veuille investir
et promouvoir l'histoire du Québec, bien sûr, mais on aura compris, au fil du
mémoire et de cette présentation, que de... d'importantes, pardon, réserves
m'empêchent de souscrire parfaitement à ce projet. Car il y a ici, je crois, un
réel danger de figer le récit de l'histoire québécoise. Et, au contraire, il
faut tout faire pour lui donner du jeu et surtout ne pas nuire à son mouvement.
Je vous remercie et je suis évidemment disponible pour vos questions.
La
Présidente (Mme Poulet) : Merci beaucoup, M. Livernois. Alors, nous
allons procéder à la période d'échange. Alors, je cède la parole au
ministre.
M. Lacombe : Merci beaucoup,
Mme la Présidente. Merci, M. Livernois d'avoir pris le temps de venir nous
voir. Donc, on... on a un peu plus d'une quinzaine de minutes pour échanger.
Peut-être juste une précision, parce que vous me faites douter, là, avec la fin
de... de votre intervention. Vous dites : Je ne peux pas souscrire
complètement ou parfaitement, alors qu'un peu plus tôt... au projet, alors que
plus tôt, vous disiez que vous êtes contre la création du Musée national de
l'histoire du Québec.
• (16 heures) •
M. Livernois
(Jonathan) : ...contre. Mais je suis assez conscient qu'il y a
de fortes chances que le musée existe.
M. Lacombe : Ça se pourrait.
M. Livernois
(Jonathan) : Ça se pourrait fort bien. J'ai comme l'impression
que... Et, dans ces circonstances, je considère plus intéressant de
proposer certaines choses quand même.
M. Lacombe : Super. OK. Donc,
vous êtes dans le... tantôt, vous disiez «dans les suggestions
constructives».
M. Livernois (Jonathan) : J'essaie,
en tout cas...
M. Lacombe : Super.
Bon, d'accord, c'est plus clair pour moi. Merci. J'ai... je... Il me semble que
je prendrais une heure pour qu'on puisse échanger puis essayer de...
d'approfondir les points de vue, mais je ressortais, là, encore une fois, même
si je la connais, la... pendant que vous parliez, la... la mission du Musée de
la civilisation, parce que vous dites,
bon... Puis c'est intéressant, vous remontez à... à l'époque de Denis Vaugeois,
et tout ça. Je relisais, et il y a quand même une distinction qui est...
qui est importante, et là je cherche parce que je l'ai perdue ici... Voilà. On
parle du... donc, donc, donc, attendez juste une petite seconde, je vais la
retrouver, je vais la retrouver : «Le Musée de la civilisation a pour
fonctions, donc, de faire connaître l'histoire et les diverses composantes de
notre civilisation, notamment les cultures matérielle et sociale des occupants
du territoire québécois et celles qui les ont enrichies.» Donc, en d'autres mots, de toutes les communautés
de... incluant, bon, les Premières
Nations, incluant les différents
groupes qui composent la société québécoise, donc de parler de leur
histoire de façon indépendante, notamment de l'histoire du... on voit la nouvelle exposition, là, au Musée de la civilisation. Donc, il y a quand même une distinction entre ça
et la proposition que nous faisons, c'est-à-dire d'avoir un musée dont le
principal objet sera l'histoire de la nation québécoise et non pas l'histoire
des occupants du territoire québécois. Est-ce que là il n'y a pas une
distinction assez grande à votre sens?
M.
Livernois (Jonathan) : Oui, dans la mesure où c'est ce qu'on met de
l'avant dans ce projet de loi, cette idée
d'une nation québécoise, mais j'ai beaucoup de difficulté à imaginer cette
nation québécoise véritablement comme une espèce de... finalement, de
fil conducteur qui part de Cartier ou de Champlain jusqu'à aujourd'hui.
Je vous donne un
exemple. On parlait de Premières Nations, vous les avez évoquées. Je vous donne
aussi les... Bon, je parle des communautés
culturelles. Si je parle des rébellions de 1937-1938, évidemment, on va me
dire : Oui, je suis tout à fait dans le récit québécois. Mais, en
même temps, est-ce que je fais l'impasse sur O'Callaghan, qui était un des
lieutenants de Papineau, qui est d'origine irlandaise? Est-ce que je ne parle
pas de Daniel Tracey, qui était aussi d'origine irlandaise, qui a été assassiné
pendant les manifestations contre les anglophones? Donc, vous voyez la notion de nation, pour moi, elle est
intéressante, certes, mais je préfère parler comme Fernand Dumont de la... Il
avait un livre assez célèbre en 1993, Genèse de la société québécoise.
Donc, pour moi, la société québécoise, ça participe de tout ça. Et bien malin
celui qui est capable de définir parfaitement ce qu'est la nation québécoise,
enfin, en ce qui me concerne.
M. Lacombe : ...clairement,
vous reconnaissez qu'il existe une nation québécoise?
M. Livernois
(Jonathan) : Bien, écoutez, si Stephen Harper l'a fait...
M. Lacombe : Bien, c'est... J'aurais été surpris que vous me
disiez non, mais je vous pose la question par acquit de conscience.
M. Livernois
(Jonathan) : Non, non, puis... Oui, non, je ne... je ne dis pas que ça
n'existe pas, loin de là, mais ce que je dis, c'est qu'elle n'est pas si simple
à définir que ça.
D'ailleurs, je
m'amusais, je suis allé revoir ce qu'avait déclaré Harper en 2006 sur la nation
québécoise. Franchement, en fait de... de
distinction, il n'y a pas grand-chose, hein? C'est ceux qui sont là,
finalement, essentiellement.
M. Lacombe : Mais
est-ce que vous pensez, donc... Parce que là on part quand même de loin. Vous
dites : Je le reconnais, mais, en même
temps, bon, c'est difficile à... à définir, mais ce serait le propre de toutes
les nations partout dans le monde. Et il y a beaucoup de musées sur
l'histoire des nations qui... qui existent. Donc, visiblement, le défi, on est
capables de le relever.
M. Livernois
(Jonathan) : Mais quel... J'essaie de voir les musées. Vous savez, en
France, le musée national d'histoire, à ma connaissance, a été fondé sous
Louis-Philippe, puis il y avait un but de prosélytisme qui a été abandonné. J'essaie de voir. Le Smithsonian,
aux États-Unis... mais, en même temps, c'est une grosse
structure... Les musées nationaux d'histoire, là, il me semble qu'il faut
faire attention avec ça, du moins dans une perspective qui veut ériger une
sorte d'image de la nation québécoise. En tout cas, c'est la perspective qui
pose problème pour moi, cette idée de définir quelque chose qui est très
difficilement définissable par un musée.
M. Lacombe : D'accord,
d'accord. Est-ce que vous pensez qu'on... Parce que les points de vue sur cette
question sont pluriels, est-ce que... Et vous avez des collègues scientifiques
qui nous disent : C'est un... c'est un fait, la nation québécoise existe. Donc, à ce titre-là, on peut tout à fait
lui consacrer un musée. Vous amenez des préoccupations qui sont
légitimes. Est-ce que vous pensez que c'est conciliable, en ce sens où... si,
effectivement, le projet de loi est adopté et qu'on se dote de ce musée dont le
principal objet sera l'histoire de la nation québécoise? Est-ce que vous pensez
qu'on est capables de faire ça en conciliant le fait que la nation québécoise,
elle est née de rencontres, et donc qu'on
parlera aussi des... des Premières
Nations et de la façon dont ils ont
contribué à la naissance de la nation québécoise? Est-ce que... puis...
et des peuples que vous voyez aussi, là, des communautés qui ont enrichi la
nation québécoise, qui l'ont aidé à se façonner? Est-ce que vous pensez qu'en
faisant ça comme ça, on ne répond pas un peu à votre préoccupation?
M. Livernois (Jonathan) : Bien,
c'est-à-dire, c'est la raison... c'est une des raisons pour lesquelles j'ai
proposé un autre intitulé, parce qu'au moins y rappeler les Premières Nations... Et, encore une fois, ce n'est pas l'idée de les assimiler au
destin québécois, c'est bien le contraire, mais c'est de rappeler qu'ils sont
partie prenante d'une manière ou de l'autre.
Puis, pour moi, c'est important de le rappeler, parce que la nation québécoise,
l'identité québécoise, elle s'est construite comme ça. Je ne peux pas
imaginer une nation canadienne-française qui est arrivée avec Champlain puis
qui a filé jusqu'à aujourd'hui.
M. Lacombe : Mais, pour nous, c'est une évidence qu'étant donné
que notre nation est née de... de rencontres avec les nations autochtones, il va en être question. Et là je ne
m'ingère pas dans... Je pense que je nomme l'évidence. Donc, je n'ai pas
la prétention de m'ingérer dans le travail du comité scientifique qui sera
constitué.
M. Livernois
(Jonathan) : Bien sûr.
M. Lacombe : Est-ce que vous pouvez nous répéter — j'ai
peut-être manqué un ou deux mots — le
texte que vous proposez pour la mission?
M. Livernois (Jonathan) : Oui,
bien sûr. «De faire connaître et de promouvoir l'histoire du Québec et sa
culture, ainsi que de témoigner de l'évolution de la nation québécoise
en prenant soin de montrer l'enrichissement et la participation des peuples
autochtones et des communautés culturelles à ce parcours.»
M. Lacombe : D'accord.
M. Livernois
(Jonathan) : Ce qui n'est pas très loin de ce que proposait le Musée
de la civilisation en 1984.
M. Lacombe : Mais
c'est intéressant de noter que vous parlez de peuples autochtones et non pas de
nations autochtones. Est-ce que c'était intentionnel?
M. Livernois (Jonathan) : Non,
pas du tout. J'ai parlé de... Excusez-moi, je voulais marquer... Écoutez, non,
on pourrait dire Premières Nations, à ce moment-là, je n'aurais pas de
problème.
M. Lacombe : Premières
Nations, Inuits, ou nations autochtones.
M. Livernois
(Jonathan) : Oui. J'ai dit «peuples autochtones», mais ça peut être Premières
Nations.
M. Lacombe : D'accord,
je comprends. Donc, si je résume, parce que j'ai... on dirait que j'ai un peu
de difficulté à synthétiser votre... votre
point de vue sur la question, j'essaie de résumer, vous êtes contre la création
du musée, mais, en même temps, vous dites : S'il voit le jour,
voici quelques propositions constructives.
Ce
que vous proposez, constructivement, tout à fait, c'est qu'on s'assure de
parler des... des peuples autochtones, des nations autochtones,
Premières Nations, Inuits, qui ont contribué à la naissance de la... de la
nation québécoise.
Vous proposez aussi
qu'on parle des... on marche sur des oeufs, hein, on veut être... je veux être
certain de... de bien nommer tout ça, qu'on
parle aussi de la contribution des communautés qui, au fil des ans, en
s'installant — on
a parlé de... de plusieurs exemples — ont contribué aussi à ce que
la nation québécoise se construise puis qu'elle soit, aujourd'hui, ce qu'elle
est. Donc, c'est les principales mises en garde que vous faites.
M. Livernois
(Jonathan) : Bien, vous résumez parfaitement ma position.
M. Lacombe : D'accord. Donc... Parce que moi, quand je vous...
J'ai essayé de résumer, vous me dites que vous êtes d'accord. Moi, j'ai tout à fait l'impression que c'est ce qu'on est
en train de faire, peut-être avec des moyens différents.
Peut-être
qu'on est en... en léger désaccord sur les moyens, mais qu'on est d'accord sur
l'objectif, finalement, parce que c'est essentiellement ce qui... ce qui
va être fait et c'est essentiellement ce qu'on a en tête.
M. Livernois
(Jonathan) : Bien, tant mieux, je m'en réjouis. La question que je me
pose, par contre, c'est : Pourquoi on
n'investit pas davantage dans le Musée de la civilisation? Il est déjà là, le
Musée de la civilisation. C'est là, peut-être, que le problème est le
plus important, à mon sens. Bon.
Je vois bien qu'il y
a eu les Espaces bleus, comment ça s'est terminé, et tout ça, mais pourquoi le
Musée de la civilisation, il n'est plus ce
musée d'histoire et d'anthropologie? Comment on distingue les deux? C'est
peut-être là, moi, le plus grand problème que je vois dans... dans le
projet de loi.
M. Lacombe : Bien,
c'est... Je vous avoue, c'est vrai qu'on aurait aussi pu choisir de... de...
Des voix :
...
M. Lacombe :
Mais on aurait aussi pu choisir de transformer le Musée de la civilisation puis
d'en faire un musée national de... de l'histoire. Ce n'est pas... ce n'est pas
le choix qu'on a fait.
On aurait pu décider
qu'on... qu'on fait autre chose avec le pavillon Camille-Roy, parce que,
comprenez-moi bien, on n'avait pas d'obligation de créer un musée là, on aurait
pu, absolument, faire autre chose, comme on l'a fait avec d'autres bâtiments qui étaient dans le projet des Espaces bleus,
ailleurs au Québec, mais mon objectif, et c'est l'idée que j'ai amenée,
c'était : Profitons de cette occasion pour nous doter de cette
institution-là, qui est particulièrement, à mon sens, cruciale pour le Québec,
pour la nation que nous sommes en Amérique du Nord. Puis, contrairement à
beaucoup d'autres nations, pour nous, cette question de bien connaître notre
histoire, elle est fondamentale. Donc, ce n'est pas par dépit qu'on... qu'on le
fait, c'est parce que, sur le fond, on pense que ça... ce sera utile. Vous avez
des collègues, d'ailleurs, qui nous disent... Votre collègue qui était là,
précédemment, nous disait, en fait...
M. Livernois
(Jonathan) : Bergeron.
M. Lacombe : Oui,
c'est ça. M. Yves Bergeron nous disait... Qui est encore là, d'ailleurs,
je viens de le voir... nous disait : Et, pour compléter un réseau, il
nous... il nous manque un musée national d'histoire puis il nous manquerait un
musée sur les sciences. Vous, vous n'êtes pas d'accord avec ça?
M. Livernois (Jonathan) : Des
sciences, mais histoire, je considère qu'à la vue de l'histoire intellectuelle
québécoise il existe par le Musée de la civilisation. Alors, quand bien même
vous...
M. Lacombe : Donc,
c'est... pour vous, c'est un musée de société et un musée d'histoire à la fois?
M. Livernois (Jonathan) : C'est ce
que j'ai expliqué, c'est-à-dire que, pour moi, séparer les faits culturels, les
faits sociétaux et l'histoire, il n'y a pas... ça n'a pas de sens. Je ne vois
pas en quoi on séparerait cette mission-là.
• (16 h 10) •
M. Lacombe : D'accord.
Êtes-vous d'accord... Les intervenants de la Fondation Lionel-Groulx, ce
matin, nous disaient... je trouvais ça assez éloquent, je pense que j'ai
utilisé le mot huit fois, mais ils nous disaient : Il y a une... il y a
une distinction très, très nette entre société et nation. Est-ce que vous êtes
de cet avis-là?
M. Livernois (Jonathan) : Non.
Non, parce que j'ai évoqué un texte, tantôt, qui s'appelle Genèse de la
société québécoise, de Fernand Dumont, qui, pour moi, est le meilleur parcours
de ce qu'on pourrait... ou ce que vous semblez appeler la nation
québécoise. Cette nation, elle existe, je ne nie pas qu'elle existe, ce que
j'essaie de montrer, c'est qu'elle s'est enrichie par toutes sortes de choses.
Ce n'est pas plus compliqué que ça.
M. Lacombe : ...on est d'accord avec
ça.
M. Livernois (Jonathan) : Mais,
encore une fois, le plus... peut-être, ce qui pose le plus problème, c'est le
redoublement d'une mission. On en revient à ça.
M. Lacombe : D'accord, d'accord.
Donc, tantôt, j'ai fait le... le récapitulatif de ce que je... je comprenais.
Bon. On est d'accord. Je vois bien ce que vous
voulez dire. Donc, je pense que c'est un désaccord qui est peut-être plus
fondamental, d'abord, sur le... la notion même de nation ou, en fait, sur...
sur la complexité à la définir, puis,
ensuite de ça, sur la... puis je vous laisse, après ça, clarifier si vous
voulez, puis après ça sur l'utilité d'avoir un musée qui s'y
intéresse...
M. Livernois (Jonathan) : Mais ce
musée, encore une fois...
M. Lacombe : ...exclusivement, oui.
M. Livernois (Jonathan) : Expliquez-moi
ce que le musée, si vous... vous voulez le faire, expliquez-moi qu'est-ce que
le Musée de la civilisation ne fait pas.
M. Lacombe : D'accord. Bien, je
vous...
M. Livernois (Jonathan) : ...que ce
que vous voulez que le musée de la...
M. Lacombe : Il nous reste... il
nous reste 4 min 4 s.
M. Livernois (Jonathan) : Parfait.
M. Lacombe : ...donc je... si mon
chrono est bon, parce qu'on a commencé à 16 heures pile.
Je... Par
exemple, le Musée de la civilisation s'intéresse à l'histoire des occupants du
territoire. Donc, au Musée de la civilisation... Puis d'ailleurs il
s'intéresse à beaucoup d'autres choses. Donc, au Musée de la civilisation, vous
avez une expo sur les gladiateurs, vous avez
une expo sur l'Égypte, vous avez une expo sur... je vais finir par celle du
Québec, vous allez avoir une
exposition sur, bon, René Lévesque, effectivement, à laquelle vous avez
contribué d'ailleurs, le hip-hop, bon, et on peut parler des... de
différentes nations autochtones.
On pourrait, j'imagine, avoir une expo, à un
moment donné, sur l'histoire de la communauté italienne, on pourrait... ça
entre tout à fait dans la mission du Musée de la civilisation, on pourrait
avoir une expo, comme on a en ce moment, sur le Québec, mais qui n'est pas une
exposition sur l'histoire de façon linéaire, voici comment s'est construite la nation québécoise, c'est une expo
sur le Québec, où vous avez vraiment, bon, plusieurs... plusieurs points
de vue, où vous amenez... vous amenez plusieurs sujets marquants qui ont
marqué, donc, le... le Québec.
Musée national de l'histoire, évidemment, on ne
pourra pas avoir d'expo sur les pharaons, sur les gladiateurs, peut-être sur la
lutte, effectivement, peut-être sur René Lévesque, peut-être parce qu'on parle
d'expos temporaires, mais la grande différence, c'est qu'il y aura une grande
exposition sur l'histoire, l'évolution de la nation québécoise qui sera plutôt,
je dirais, chronologique dans la façon dont ça s'est construit. Et là, à mon
sens, il y a une distinction qui est absolument importante entre les deux.
M. Livernois (Jonathan) : Mais,
entre Le Québec, autrement dit, qui est l'exposition actuelle au Musée
de la civilisation, et ce dont vous parlez, il n'y a pas une différence
notable.
M. Lacombe : Ah! bien, moi, je pense
qu'il y a une énorme différence.
M.
Livernois (Jonathan) : Parce qu'une définition comme vous la montrez d'un
récit chronologique, c'est risqué, quand même.
M.
Lacombe : Bien, je vous confirme, je vous confirme que le Musée de la
civilisation a le... aura le mandat officiellement
de... de préparer les expositions. Ils ont fait celle sur Le Québec,
autrement dit, et je vous confirme qu'avec ce mandat, si le projet
de loi est adopté, l'exposition qu'ils vont préparer, elle va être complètement
différente, là.
M. Livernois
(Jonathan) : Mais elle vient d'être faite, en plus, l'exposition, elle
est toute récente.
M. Lacombe : Oui.
Mais là je vous parle au... la nouvelle exposition au musée national de
l'histoire.
M. Livernois
(Jonathan) : OK.
M. Lacombe : Donc, ce serait... ce serait différent. Vous
pourriez absolument visiter les deux puis apprendre des choses bien
différentes.
M. Livernois (Jonathan) : Mais,
comme vous le disait collègue Bergeron, c'est sûr que, si je me mets à la place
d'un visiteur, d'un citoyen, citoyenne québécoise, qu'est-ce que je choisis,
qu'est-ce que je privilégie? En quoi... On me dit d'un côté : L'histoire
du Québec, elle est comme ça, elle est construite à partir de phénomènes
culturels, et, tout à coup, on me donne un récit, mais un récit
cohérent.
M. Lacombe : OK.
M. Livernois
(Jonathan) : D'un point de vue historiographique, je ne suis pas sûr
que ça tienne la route.
M. Lacombe : D'accord.
Mais je... je note ce que vous me dites, c'est intéressant, parce
qu'effectivement, pour le citoyen, il peut y avoir peut-être une... une
confusion, mais, en même temps, est-ce qu'on n'est pas d'accord sur le fait qu'il ne faut pas se gouverner en...
en fonction de la perception des citoyens, puis que c'est peut-être à nous,
si on pense que c'est juste, de nous assurer
que les citoyens, après, comprennent bien l'offre qui est... qui est là puis
que ce soit intelligible pour eux?
M. Livernois (Jonathan) : Bien, votre gouvernement
considère que c'est la chose juste à faire et puis c'est ce que vous faites,
vous présentez ce projet de loi. Moi, je persiste à croire, et là on pourrait
évoquer un différend presque idéologique,
sinon idéologique, que l'histoire, d'une manière chronologique cohérente, c'est
très difficile à construire et que des expositions maintenant font le
pari justement de... de montrer les choix de l'histoire, les choix des récits,
comment ça peut être innovant aussi d'être à l'avant-garde et de dire... Je
donnais l'exemple des patriotes tantôt. On n'aurait jamais parlé du rôle des
femmes chez les patriotes il y a 15 ans. Là, pourtant, c'est là.
Moi, c'est pour ça
que je trouve qu'il faut se donner du jeu, il faut se donner de la latitude
pour créer des expositions qui ne sont pas figées pendant 20 ans, parce
qu'on s'entend que celle qui va être présentée au musée national, bien, elle va
être là longtemps.
M. Lacombe : C'est
sûr que c'est là quelques années, mais rien n'empêche les mises à jour, quand
même.
M. Livernois
(Jonathan) : Oui, mais... En tout cas.
M. Lacombe : Surtout
si on est beaucoup dans le numérique.
M. Livernois
(Jonathan) : Oui. Mais ça aussi, il faudra voir comment la chose
s'intègre à tout ça, bien sûr.
M. Lacombe : Merci.
C'est gentil.
M. Livernois
(Jonathan) : Mais ça, je ne le sais pas.
M. Lacombe : Merci.
M. Livernois
(Jonathan) : Merci.
La Présidente (Mme Poulet) : Merci
beaucoup. Alors, je cède maintenant la parole à la députée de Robert-Baldwin.
Mme Garceau :
Merci beaucoup. Merci beaucoup, M. Livernois, pour vos... votre
témoignage aujourd'hui, qui est fort intéressant.
J'aimerais
revenir sur les motifs liés au fait que vous êtes contre le projet de loi. Et,
depuis l'avant-midi, on a eu d'autres groupes, le ministre a mentionné
cette... cette intention que ce soit un musée vraiment dédié à l'histoire de la
nation québécoise versus l'histoire du Québec. Est-ce que vous voyez une
distinction entre les deux?
M. Livernois
(Jonathan) : Oui, je peux voir une distinction, mais je ne souscris
pas à cette distinction.
Mme
Garceau : OK. Et donc, d'après vous... Parce que j'ai pris
connaissance également de votre... votre modification à l'intitulé, qui,
d'après moi, est sensiblement... oui, je comprends que vous avez ajouté la
participation des peuples autochtones, les communautés culturelles, et ça,
c'est fort, fort important, mais, au bout du compte, c'est essentiellement la
même mission, même avec votre modification.
M. Livernois
(Jonathan) : La mission de faire connaître et promouvoir l'histoire du
Québec ne change pas. Ce qui change, c'est la compréhension qu'on peut avoir de
cette identité québécoise, que moi, je... je repousse.
Et puis, juste, si je
peux me permettre de la relire, là : «L'évolution de la nation québécoise
et de l'apport des communautés culturelles qui ont façonné son parcours et son
territoire.»
Alors, les
communautés culturelles se trouvent être exogènes ici, là, hein, elles ne sont
pas intégrées, c'est le parcours, c'est le
territoire de la nation québécoise. Il m'a semblé nécessaire de reformuler la
chose, et, pour moi, ce n'est pas esthétique, ce n'est pas cosmétique,
là, il y a quelque chose qui, pour moi, est important ici.
Et puis les Premières
Nations aussi, je ne peux pas... En tout cas, moi, ça, ça me laisse un peu
perplexe encore de ne pas les mentionner.
Puis ce n'est pas juste une concession à ce que certains pourraient... ce n'est
pas mon cas, concession à l'air du temps. Il me semble que le législateur fait
les choses, évidemment, comme il se doit, et prend les mots pour ce qu'ils sont, et les mots sont
importants ici. C'est une des raisons pour lesquelles j'ai proposé cet
intitulé.
Mme Garceau :
OK. D'après vous, est-ce qu'on pourrait intégrer une exposition de
l'histoire de la nation québécoise au musée, à l'intérieur du Musée de la
civilisation?
M. Livernois (Jonathan) : Bien, je maintiens que...
bon, on a des différences sur ce que peut être une exposition historique,
mais je maintiens que Le temps des Québécois et Le Québec, autrement
dit, ou Québec, autrement dit, avait
ce rôle-là. Est-ce qu'on avait donné tous les moyens? Ça, c'est une autre
histoire. Je ne peux pas savoir, je ne suis pas au courant, mais il me
semble que ce parcours-là était faisable.
Il ne faut pas
s'illusionner sur un parcours cohérent, historique, je veux dire, tous les
historiens vous le diront — en
tout cas, je ne vois pas trop qui aurait une vision aussi simple et claire du
Québec — c'est
difficile. Et le danger, c'est de figer
l'histoire du Québec. Je le maintiens, c'est quelque chose qui, moi, m'inquiète
personnellement. Je ne suis pas ici
pour d'autres raisons que ça, en fait. Et puis je ne suis pas en train de dire
qu'on est tous... qu'il y a une espèce de... comment dire, de plan
derrière ça, de volonté de mousser une certaine vision de la politique
québécoise. Ce n'est pas ça.
Il me semble qu'on a
besoin, je le répète, de jeu. Et c'est pour ça que je trouvais que les
expositions qui ont été renouvelées assez souvent au Musée de la civilisation,
hein, c'est peut-être cinq, 10 ans, un peu moins, peut-être, pour l'exposition Le temps des Québécois,
puis la plus récente Le Québec, autrement dit, c'est le lieu pour faire
ce genre de choses. Et c'est pour ça que je ne comprends pas le
redoublement de la mission.
• (16 h 20) •
Mme Garceau :
OK. Est-ce que vous avez aussi
une inquiétude concernant l'aspect concurrentiel entre les deux?
M. Livernois
(Jonathan) : Bien, je l'ai évoqué un peu tantôt, j'avoue qu'on aura
peut-être... si, moi-même, j'ai un peu de
misère à m'y retrouver avec les notions, on a évoqué société, nation, tout ça,
je pense qu'il y aura peut-être des questions à se poser, même pour les
citoyens, pas juste pour les... les visiteurs, les touristes, hein, c'est cette
idée de dire : Bien, qu'est-ce que
l'histoire du Québec? Puisque je vais faire les deux musées, comment ça
fonctionne? Pas convaincu, moi, que les gens vont faire les deux musées.
Et
j'ai peur aussi pour le Musée de la
civilisation. Est-ce qu'on va se
retrouver avec un musée un peu fourre-tout? J'espère que non. Quel
argent va être... Comment on va investir dans ce musée-là? Qu'est-ce qu'on va
choisir? Parce qu'elle demeure dans la loi, cette... L'intitulé que j'évoquais
tantôt du Musée de la civilisation, qui a été... qui a été créé en 1984, bien, ça reste dans la... dans la
Loi sur les musées nationaux. Donc, quand on regarde, on a beau dire : Ce n'est
pas la même chose, on ne met pas l'accent sur les mêmes choses, ça demeure
quand même assez analogue.
Mme Garceau :
Est-ce que vous avez une crainte concernant qu'on va peut-être affaiblir l'essence
même du Musée de la civilisation? Parce que, dans le projet de loi, on nous
mentionne, là, qu'il va y avoir... le Musée de la civilisation, c'est vraiment
le musée qui va, avec un comité d'experts, déterminer le volet historique, le
contenu, et tout, qu'il va y avoir des
employés qui vont y aller également, qu'il va y avoir des documents, et tout
ça, qui s'en vont là. Donc, à un moment donné, est-ce qu'on n'est pas en
train d'affaiblir un musée? On habille Paul... on déshabille un pour habiller
l'autre, dans un certain sens.
M. Livernois
(Jonathan) : Oui, un musée pour l'autre.
Mme Garceau :
Oui, un musée pour l'autre. Exact.
M. Livernois (Jonathan) : Oui, bien, j'y ai pensé.
Bien, moi... Oui, c'est une chose. Les archives, notamment, du
séminaire, tout ça, il y a toutes sortes de questions qui vont se poser, à un
moment donné, parce que c'est les mêmes
fonds, là. Je veux dire, il y a un fonds d'acquisition dans la loi, il me
semble... En tout cas, on parle d'acquisitions potentielles, mais
qu'est-ce qu'on va...
Vous savez, j'ai voulu parler de... tu sais, je
suis remonté assez loin, en 1922, mais pour montrer qu'il y avait une cohérence dans tout ça. Je maintiens que les
gouvernements successifs ont pris les décisions qui allaient en ce sens.
Donc, le musée d'anthropologie, d'histoire, bien, il
était là pour ça. Donc, c'est pour ça qu'il y a des... collections, pardon,
celles, notamment, je l'évoquais il y a un instant, celles du Séminaire de
Québec. C'est là que c'est allé.
Mme
Garceau : OK. Vous avez mentionné — j'ai
trouvé ça très important — toute
cette question de la condition sine qua non liée à la protection du
musée, là, de toute influence politique...
M. Livernois (Jonathan) : Non, ça,
ce n'est pas moi, par contre. Je n'ai pas...
Mme Garceau : Ah! excusez. Je
pensais que c'était vous.
M. Livernois (Jonathan) : Non, ça,
je fais confiance.
Mme Garceau : Oui, oui, oui. Mais
est-ce que vous êtes d'accord que... comment... il faut protéger le musée de
toute influence politique?
M.
Livernois (Jonathan) : Bien, écoutez, ça, bien, franchement, je n'ai pas
une inquiétude. Je veux dire, il y a des manières de faire qui sont dans
le projet de loi, qui sont exactement les mêmes qu'il y avait dans 84.
Ça, ça ne
m'inquiète pas, bien franchement. Ce n'est pas... Je fais confiance aux
législateurs de ce point de vue là. Ça, ça ne m'inquiète pas.
Mme
Garceau : OK. Et en termes de la participation des peuples
autochtones et des communautés culturelles dans le récit de l'histoire,
comment est-ce que nous allons respecter... de s'assurer que nous allons
raconter l'histoire de façon juste et surtout non politisée?
M. Livernois (Jonathan) : Bien, ça,
c'est un gros... un gros enjeu ici, un grand enjeu aussi. Mais je vais me
permettre de parler un peu des communautés, des Premières Nations. Il y a
plusieurs manières d'envisager la chose. On
parlait de nation québécoise, on dit : Oui, mais la nation québécoise,
c'est un peu différent quand même. Mais pensons aussi à la mémoire, comment l'influence a été forte. Pensons juste...
imaginons une exposition sur un cinéaste comme Pierre Perrault. Pierre
Perrault a passé une bonne partie de sa carrière à réfléchir, à montrer aussi
des autochtones, les Premières Nations, dans ses films. Donc, c'est interrelié,
ça. Donc, le danger de ne pas l'intégrer... Évidemment, tout ça en n'assimilant
pas les Premières Nations à cette nation, en tout cas, à leur corps défendant,
il me semble qu'il y a moyen d'intégrer ça, et il faut le dire, les mots sont
importants dans une loi, et il s'est passé tellement de choses, les consciences... Vous savez, quand j'étais étudiant
en littérature, il n'y a personne... en histoire, on ne s'intéressait pas à la
littérature autochtone, ça n'existait pas vraiment. Aujourd'hui, c'est
impossible de ne pas en parler. On crée des chaires, on crée des
départements, même. Donc, le musée a besoin de ce jeu, encore une fois, pour
intégrer ces choses-là. Il me semble que, dans la loi, ça doit être présenté,
ajouté.
Mme
Garceau : OK. Et aussi est-ce qu'il devrait y avoir comme un
représentant des Premières Nations au sein du conseil d'administration du
musée?
M. Livernois (Jonathan) : Bien, tout
dépend évidemment de la mission qui sera adoptée par le comité puis qui sera
adoptée par l'Assemblée nationale, mais, si on y va avec un intitulé qui
représente davantage ce que je propose ici,
oui, il me semble que ce devrait être une... ce serait une bonne chose. Mais,
encore une fois, si on n'en parle pas dans l'intitulé, bien, ça ne va
pas de soi.
Mme Garceau : OK. Merci beaucoup.
M. Livernois (Jonathan) : Merci à
vous.
La Présidente (Mme Poulet) : Merci.
Alors, on poursuit les discussions avec le député de Jean-Lesage.
M. Zanetti : Merci. Pour trois
minutes et demie?
La Présidente (Mme Poulet) : Vous
avez 3 min 28 s.
M. Zanetti : OK. Bon. Merci beaucoup
pour votre présentation. J'ai l'impression, là, vous me direz si je comprends
bien, là, votre position, puis vous n'êtes pas le seul à la soutenir, là,
l'espèce de... tu sais, par rapport à la question
de la nation ou de l'identité... Bon, il y a la question de l'identité
distincte, là. Pour moi, admettons... moi, quand j'entends identité
distincte, ça veut comme dire identité distincte de l'identité canadienne,
disons, mais ça peut vouloir dire plein d'affaires.
Puis, ce que je comprends, c'est identité puis
nation, j'entends une espèce de réticence à dire : On ne veut pas que ce
musée-là impose une vision qui serait parcellaire de ce que c'est l'identité
puis la nation québécoise, parce qu'elle est tellement complexe que c'est presque,
vous le disiez tout à l'heure, c'est presque difficile... c'est presque
impossible de faire l'histoire de ça, un récit historique, parce que,
justement, c'est tellement touffu qu'on craint que, dans
la construction de ce récit-là, une simplification à outrance nous fasse perdre
beaucoup de vérité, beaucoup de réalité, beaucoup de choses qui sont ce que
nous sommes aussi. Alors, tu sais, puis c'est... effectivement, là, c'est peut-être impossible de rendre compte de cette
réalité-là de notre identité dans un récit, parce que, je ne sais pas, la
réalité est toujours plus complexe,
mais, au fond, en même temps, c'est intéressant d'aller voir un musée où... qui
va nous faire réfléchir sur qui nous sommes.
Tu sais, on fait ça tous les jours à l'Assemblée
nationale, là : Vous faites des coupures. Non, on ne fait pas de coupures.
Vous n'êtes pas nationaliste. Oui, on est nationalistes. Tu sais, on est
toujours en train de s'obstiner sur ce qu'est-ce
que nous sommes. Puis c'est intéressant. Bien, en tout cas, moi, je trouve ça
quand même intéressant. Puis ça pourrait être intéressant, là, qu'un
musée fasse ça, peut-être, mais c'est dans la forme, là, tu sais, c'est
comme...
Ce que j'entends de ce que vous dites, ce n'est
pas il ne faut pas qu'on parle de nation et d'identité, c'est qu'il ne faut
surtout... absolument que ce ne soit pas figé puis qu'il n'y ait pas un récit
qui soit imposé ou promu en contradiction avec d'autres récits. Est-ce que j'ai
bien compris votre position?
M. Livernois (Jonathan) : Oui. Puis
c'est une des recommandations que j'ai faites, que je n'ai pas eu le temps d'évoquer dans mon petit discours, mais ça
pourrait être intéressant, je dis bien un lieu innovant qui représenterait
les défis de l'histoire, hein, des récits à plusieurs ramifications, qui
tiendrait le pari d'expliquer aux visiteurs, parce qu'il y a quand même aussi
le pari de faire ça, les enjeux éthiques, sociaux et politiques du Québec.
L'histoire du
Québec, elle est en mouvement tout le temps. Évidemment, il faut figer certaines
choses, je ne suis pas naïf, mais il demeure... il n'en demeure pas
moins que de présenter un récit, ça ne tient pas la route d'un point de vue
scientifique. Puis là je ne dis pas, encore une fois, faire éclater toutes les
formes, tout ça. Non, il y a moyen de faire les choses, et on peut bien le
faire.
Je voyais ce matin, bon, ce n'est pas la même
chose, mais l'Université de Montréal a eu à se dépatouiller avec l'appellation
du... du pavillon d'histoire Lionel-Groulx. Mais quelle belle solution! Actuellement,
on a conservé le nom de Lionel-Groulx, on ne l'a pas édulcoré, on ne l'a pas
rejeté, mais on a intégré une oeuvre d'art.
Les gens sont intelligents, sont capables de
faire la part des choses et il me semble qu'on peut leur offrir quelque chose à
cette mesure dans un musée national d'histoire, si tant est que vous
l'adoptiez. Voilà. Donc, c'est un peu ça l'idée. Mais je pense que vous résumez
bien ce que je veux dire. Ce n'est pas... Et je ne voudrais surtout pas qu'on
me voie comme celui qui refuse de reconnaître la nation québécoise, là, je veux
dire, ce serait mal connaître qui je suis d'abord.
Puis, deuxièmement, ce n'est pas ça, c'est de
faire attention, c'est de poser des certaines balises puis de voir que
l'identité, hein, l'historien Jules Michelet le disait au XIXe siècle pour
les Français, il n'y a rien de plus artificiel et d'arbitraire que l'idée
d'identité. Bon, quand même, on est au XIXe siècle, à l'époque des
États-nations.
La Présidente (Mme Poulet) : Je
m'excuse de vous interrompre. On va poursuivre avec... les échanges avec le
député de Matane-Matapédia.
M.
Bérubé : Oui, merci, Mme la
Présidente. M. Livernois, bienvenue. Je me suis posé également la question,
un peu comme vous, comment c'est arrivé, ce projet-là?
Je me suis souvenu qu'à l'époque, le premier
article dans la presse qui parlait des Espaces bleus, c'était une volonté, en tout cas, qui n'a jamais été niée, de
laisser un legs. C'est ce que le gouvernement voulait faire, laisser un legs,
laisser quelque chose qui va lui survivre. Alors, c'est très légitime, mais, si
c'est ça, l'objectif, ce n'est pas comme avoir l'objectif de faire de
l'éducation populaire ou d'investir dans le muséal.
L'autre argument dans lequel... pour lequel je
suis très sensible, c'est : Chaque dollar en culture est un dollar
précieux à investir dans notre société. Et l'enjeu du dédoublement, moi, me
touche beaucoup. Et j'ai posé la même question à votre collègue
universitaire : Comment on fait en sorte d'éviter des écueils? Parce qu'évidemment,
dans la même ville, une offre presque concurrente, je ne suis pas sûr qu'on
serait bien avancés.
Alors, j'ai
peu de temps, mais je voulais ce temps-là pour préciser des éléments que vous
n'avez pas eu l'occasion de préciser, peut-être.
• (16 h 30) •
M.
Livernois (Jonathan) : C'est gentil. Merci.
Effectivement, c'est vraiment pour moi le plus gros problème, je le
répète, le redoublement des missions.
Et je pense que, comme le disait le collègue
Bergeron, je pense que l'idée d'en faire un à Montréal n'est peut-être pas
mauvaise. Et on a vu les problèmes que ça a engendrés. On évoquait le musée
d'histoire de Montréal. Il y avait Pointe-à-Callière, moi-même comme visiteur,
je ne savais pas trop je vais où, je fais comment.
Et vous avez raison de dire une chose, les
dollars... les dollars sont précieux en culture et ils ne sont pas si nombreux,
malgré tout. Donc, je pense qu'il faut penser beaucoup à cette idée.
Bon, soyons réalistes, le musée va sûrement
avoir... va naître, je pense, mais ce sera peut-être l'occasion, et puis l'intitulé est là, évidemment, dans une
perspective... ce que je vous ai présenté, c'est une perspective constructive,
j'espère en tout cas, et l'idée est simplement de rappeler ces choses-là et...
Voilà.
Au fond, ce qui me pose problème, c'est vraiment
l'idée de figer, puis je pense que vous l'avez bien compris, et puis le
redoublement aussi.
Je me demande... les raisons... Qu'est-ce qui a
amené exactement le gouvernement québécois à aller vers ce projet? Bon, vous avez évoqué les Espaces bleus.
Bon. Est-ce que c'est la fin des Espaces bleus, une espèce de sortie,
une espèce de baroud d'honneur des Espaces bleus?
M. Bérubé :
Oh! je vais dire que oui.
M. Livernois (Jonathan) : Mais,
voyez, je me pose la question là‑dessus. Est-ce que... est-ce que... À la
rigueur, je vous dirais, j'étais presque plus enthousiaste à l'idée des Espaces
bleus, mais là il y en a plus, alors...
M. Bérubé : Oui, j'ai beaucoup de
sympathie pour le ministre qui a eu à gérer la fin de ça, mais qui arrive avec
un enthousiasme qu'on lui connaît pour ce projet-là, comme il va exister, et
qu'il ne sera certainement pas nécessairement
remis en cause par ceux qui lui succéderont éventuellement un jour, je trouve
qu'il y a quelque chose là. Faisons pour le mieux dans les
circonstances.
M. Livernois (Jonathan) : C'est sûr.
Oui, puis j'espère que je n'ai pas donné l'impression de vouloir tout démolir, là, ce n'était pas l'idée. Mais c'est de
rappeler encore une fois que les dangers sont là. Vous avez parlé d'écueils, je
pense que c'est le bon terme.
M. Bérubé : Bon, ça me rassure.
Bien, voilà, ce sera le mot de la fin.
La Présidente (Mme Poulet) :
Alors,
je vous remercie, M. Livernois, pour votre contribution aux travaux de la
commission.
Je suspends les travaux quelques instants afin
que l'on puisse accueillir le prochain témoin.
(Suspension de la séance à 16 h 33)
(Reprise à 16 h 38)
La Présidente (Mme Poulet) :
Alors,
bonjour, tout le monde, nous poursuivons nos travaux. Alors, je souhaite la
bienvenue à M. Gérard Bouchard, professeur émérite, programme de recherche
sur les mythes sociaux et les imaginaires collectifs, Université du Québec à
Chicoutimi. Alors, bienvenue, M. Bouchard. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre
exposé, puis nous procéderons à une période d'échange avec les membres de la commission.
Alors, à vous la parole.
M. Gérard Bouchard
M. Bouchard (Gérard) : Merci
beaucoup. Je suis très content d'avoir l'occasion de venir me joindre à votre réflexion. J'espère que je pourrai... je pourrai
l'aider, peut-être même en la compliquant, hein, quand on est un intellectuel...
Puis vous allez excuser aussi ma demi-extinction de voix, vous n'y êtes pour
rien.
Alors, je voudrais... Parmi les recommandations,
les suggestions que je fais dans mon mémoire, je voudrais mettre en relief
trois ou quatre idées qui me paraissent essentielles en particulier.
La première, c'est qu'on verrait très mal que ce
musée-là soit consacré à l'histoire des Canadiens français plutôt qu'à l'histoire des Québécois et des
Québécoises. Avec tout le travail qu'on a fait d'intégration et de pluralisme
depuis 1960 pour élargir les frontières de notre nation, ça enverrait un signal
tout à fait contraire. Il faut revenir à la période antérieure à 1960 et qu'on
avait fait une erreur en élargissant notre définition, notre identité à
l'ensemble des citoyens québécois. D'ailleurs, le droit consacre ce statut-là à
l'ensemble des membres de notre nation. Donc, je crois que c'est une grosse
erreur qu'il faudrait éviter.
Deuxièmement, j'ai bien entendu, comme vous sans
doute, que M. Legault voulait fixer au prochain musée un objectif
principal qui serait celui de promouvoir la fierté. Alors évidemment, on ne
peut pas être contre cela, mais un musée ne doit pas être arbitraire non plus.
Si, par exemple, la présentation du musée était ordonnée en fonction d'un
objectif comme celui-là et que tout son contenu soit structuré en fonction de
faire lever la fierté des Québécois, alors
le risque que ça coûterait, c'est qu'on se mette à sélectionner des faits, des
épisodes dans notre passé qui servent bien
l'objectif de fierté, et on laissera les autres un peu dans les marges, etc.,
alors que les autres sont aussi importants que les premiers. Ça ne veut
pas dire qu'il faut devenir masochiste et s'étirer, se complaire dans l'énoncé
des échecs qu'on a eus, des erreurs que nous
avons faites. Moi, je crois qu'il y a une façon de présenter nos erreurs et nos
manquements d'une manière qui serve la fierté.
• (16 h 40) •
C'est curieux à dire, ça a l'air paradoxal, mais
c'est très simple. Prenons l'exemple du statut de la femme. La femme a été victime très évidemment d'une profonde
discrimination dans notre histoire. Et ça, ce n'est pas par la faute des
Anglais, c'est notre faute à nous. Bon. Alors, ce qu'il faut dire, bien sûr,
c'est constater ce fait-là, mais, après ça, évoquer
tout ce que nous avons fait pour guérir cette tare-là, tous les efforts
qu'elles ont faits. Les femmes, par exemple, de façon courageuse, ont réussi à contourner le courant et à restaurer
leur statut dans la direction de l'idéal de l'égalité. Alors, ça, il
faut être fier de ça, de cet effort-là, de cette entreprise des citoyens et des
citoyennes qui ont pris sur eux-mêmes ou sur elles-mêmes de faire progresser
notre société.
Un autre
exemple, c'est le rapport à l'autochtone. Voilà un autre exemple de
discrimination où les Québécois, les Canadiens français n'ont pas de raison
d'être extrêmement fiers, hein, on ne passera pas les exemples de ce que
nous leur avons fait. Mais, encore là, il faut insister tout de suite après sur
les progrès que nous avons faits. Nous avons beaucoup
avancé dans la direction d'un rapprochement avec les autochtones et dans
l'objectif de les traiter d'égal à égal. C'est déjà... René Lévesque disait
qu'il faut traiter avec eux de nation à nation et de leur reconnaître leur
droit et d'en tirer les conséquences puis de bâtir un consensus national sur
cet objectif-là.
(Interruption)
M. Bouchard (Gérard) : J'ai rarement
des téléphones... Excusez-moi. Donc, encore là, c'est un exemple... Vous savez
comment arrêter ça, vous? (Panne de son) ...Lac-Saint-Jean, hein, ce n'est pas...
Alors, c'est un autre exemple pour ne pas en
rester à étaler les fautes que nous avons faites dans notre rapport avec les
autochtones, mais de montrer aussi les efforts que nous avons faits pour les
corriger et pour avancer dans la bonne
direction. Et ça, finalement, ça se transforme en un motif de fierté. Il faut
être content de ce que nous avons fait de cette façon-là.
Prenons l'exemple des salariés québécois qui
étaient vraiment des prolétaires et même des sous-prolétaires. Rappelez-vous
qu'en 1960, les études montraient que les Canadiens français, les ouvriers
canadiens français, les salariés étaient les plus mal payés au Canada, au même
niveau que les autochtones et que les derniers immigrants italiens, les plus pauvres qu'on n'ait jamais
reçus. Alors, qu'est-ce qui s'est passé? Qu'est-ce qui s'était passé dans notre
histoire pour que les Canadiens français,
les nôtres, en viennent à vivre dans des conditions comme ça? C'est
évidemment... Ce n'est pas tombé du
ciel. C'est parce qu'il y a des choses qu'on aurait dû faire et qu'on n'a pas
faites. Et c'est facile à identifier quand on a le temps. Alors, ce
qu'il faut faire valoir, encore une fois, c'est l'effort de la Révolution
tranquille où il y a eu une véritable mobilisation collective pour surmonter ce
problème-là. Et là aussi, c'est un motif de fierté, finalement. Donc, je
pourrais donner d'autres exemples, là.
Il y a donc une façon de faire état de nos
manquements et puis de les retourner pour en faire ressortir de la fierté.
Alors ça, c'est tout à fait correct, c'est absolument parfait. Et j'imagine que
les gens qui viendraient faire une randonnée à travers les expositions du musée
et qui retiendraient cette leçon, ce n'est pas le vrai mot, mais ils seraient
contents de voir ça. Ils verraient qu'on peut avoir des fautes sans
nécessairement, encore une fois, verser dans
le masochisme et l'auto-accusation, et etc. Au contraire, ils pourraient
ressortir la tête haute du musée. Ils diraient finalement : Nous
sommes une société qui n'est pas si mal.
Le dernier point sur lequel je veux insister,
c'est que la conception que je me fais d'un musée, ça ne doit pas être une
randonnée à travers des exhibés qui se suivent l'un, l'autre et qui n'ont pas
beaucoup de rapports entre eux. Il faut que la personne qui va venir visiter le
musée en sorte différente de ce qu'elle était quand elle y est arrivée. Il faut
donc que cette exposition, ce musée donne un sens. C'est le but de l'histoire
d'ailleurs, c'est le but du passé : c'est de produire un sens qui alimente
la réflexion des contemporains. C'est ça qui est le but principal de
l'histoire. Et à mon avis ça devrait être le but principal de ce musée. Et ça
veut dire qu'il faut donc projeter sur l'ensemble des thèmes ou des épisodes
qui sont évoqués, il faut projeter un lien, un éclairage commun qui va les
rassembler et qui va leur faire contribuer au sens que nous voulons dégager.
Quel est ce sens? Alors, il y a plusieurs
hypothèses. Celle que je préfère est la suivante : ce serait de présenter
l'ensemble de notre passé sous le signe du combat. Nous sommes une petite
société fragile qui a eu le malheur de naître dans le continent le plus
puissant du monde, en partie le plus oppressif aussi. Nous avons dû vivre sous
ce colonialisme-là. Nous avons dû vivre sous un autre régime qui n'était pas
très agréable non plus, qui était l'autoritarisme
du clergé et en particulier du haut clergé. Si vous interviewez des vieilles
dames de 90 ans aujourd'hui, elles peuvent vous en raconter pas mal
long là-dessus. Alors, il me semble que l'idée du combat, hein, par exemple,
nos luttes nationales, ce que nos historiens et nos intellectuels ont appelé
longtemps nos luttes nationales, eh bien, c'est quelque chose qui est
extrêmement riche et dont il faut être fier et ça doit entrer dans l'idée que
notre passé doit se dérouler et s'enseigner
sous le signe du combat et de combats qui a remporté des grandes victoires.
Qu'il y ait un débat rendu à terme, on sait très bien que sont les
étapes qu'on pourrait suivre pour l'avenir, mais vous avez l'air à les
connaître très bien, hein?
Mais donc, nous avons remporté des batailles.
Nous ne sommes pas une société d'échecs. Nous n'avons pas un passé de soumis,
de victimes. Oui, sur certains points, bien sûr, mais on s'est relevés. On
s'est pris en main, on a fait des efforts,
on a posé des actes courageux et les annales de notre histoire politique
offrent des exemples de ça. Je ne dis pas que tous les politiciens se
sont comportés de cette manière, mais il y en a quand même qui ont offert des
exemples qu'il faut mettre en valeur dans... toujours dans le sens de présenter
notre passé, et notre devenir, et notre avenir sous l'enseigne du combat. Nous
sommes des combattants. Alors, toutes les difficultés que nous avons eues, nous
avons combattu et nous les avons surmontées, en tout cas, en grande partie.
Et, à mon avis, c'est ça qu'un visiteur ou une
visiteuse du musée devrait retenir : sortir avec une énergie nouvelle,
hein, le passé n'est pas quelque chose de passif, qui est mort et qui n'a rien
à nous dire. Il sortira avec une idée de l'avenir et une idée de ce que cette
personne-là pourrait faire pour prolonger les combats en question. Voilà, en
gros, ce que je voulais vous résumer, ce sur quoi je voulais insister, et qui
me paraît le plus important.
La
Présidente (Mme Poulet) : Merci beaucoup. Très intéressant. Alors, on va
débuter les échanges avec M. le ministre. Alors, la parole est à vous.
M. Lacombe : Merci, Mme la
Présidente. Merci, M. Bouchard. C'est un privilège de vous avoir avec nous
aujourd'hui. Merci de vous être préparé, de
vous être déplacé aussi. Je ne sais pas si vous vous déplaciez du Saguenay—Lac-Saint-Jean,
mais...
M.
Bouchard (Gérard) : Oui, oui, j'ai traversé le parc, les orignaux,
tout ça. Bien, le combat, toujours, hein?
M. Lacombe : Vous avez bravé les
dangers pour être ici, peut-être un peu à l'image de la nation québécoise,
n'est-ce pas?
Je continue, peut-être, sur la lancée que... le
propos que vous étiez en train de tenir juste avant que ça se termine, et d'ailleurs vous en parlez dans ce que
vous nous avez remis : les émotions. Donc, vous nous dites :
L'histoire du peuple québécois, de la nation québécoise n'est pas une
histoire de perdants, c'est une histoire de gagnants. Puis est-ce que je me
trompe ou, si je me fie à ce que vous parlez dans votre segment sur les
émotions, c'est aussi en mettant de l'avant, donc, ces faits objectifs, puis en
faisant en sorte que les Québécois connaissent leur histoire, qu'on va stimuler ce sentiment de fierté, même
si... pardon, même si ce n'est pas nécessairement l'objectif, donc, de le stimuler
artificiellement, nécessairement en faisant comprendre aux Québécois d'où ils
partent... mon Dieu, ce n'est pas de l'émotion, c'est un petit chat dans la
gorge. En leur faisant comprendre d'où ils partent, ça va nécessairement
stimuler ce sentiment de fierté là, est-ce que c'est ce que vous voulez dire?
M. Bouchard (Gérard) : Oui. Oui,
oui, c'est tout à fait conforme, je crois, à ce que j'ai essayé d'exposer tout à l'heure. C'est qu'on doit sortir de ce
pèlerinage dans le passé avec des souvenirs qui sont inspirants. Maintenant, là,
je vais vous corriger un peu, je suis un professeur, moi, hein? Je ne dirais
pas qu'on a un passé de gagnants, on a un passé de combattants, ce qui est
différent, parce qu'on n'a pas gagné toutes nos... toutes nos batailles.
M. Lacombe : C'est vrai. Non, non,
effectivement. Hier, je le mentionnais d'entrée de jeu, on commençait cette
étude de projet de loi un 17 septembre, donc, jour où la capitulation de
Québec était en train de se mettre en branle, mais... Allez-vous me corriger?
M. Bouchard (Gérard) : Non.
M. Lacombe : Non. OK
M. Bouchard (Gérard) : Non, non, je
ne peux pas vous corriger là-dessus.
• (16 h 50) •
M. Lacombe : Fiou! C'était... Je
trouvais que c'était une drôle de journée. On a eu quelques personnes jusqu'à maintenant qui sont... qui sont venus nous
dire... qui sont venus nous partager leur opinion, et il y en a certains
qui nous disent... ils sont peu nombreux, mais, quand même, qui nous
disent : On n'a pas besoin de ce musée-là, le Musée national de l'histoire du Québec, parce qu'on a déjà un musée, par exemple le Musée de la civilisation, qui traite, en partie, de l'histoire des occupants
du territoire québécois. Est-ce que vous êtes... Quel est votre point de vue
là-dessus?
M. Bouchard (Gérard) : Bien, mon
point de vue, il est très simple, on me corrigera peut-être, mais, pour moi, le
Musée de la civilisation a un objectif qui est plus large. Quand on dit «civilisation»,
ce n'est pas seulement la culture québécoise, c'est d'aller voir ailleurs
aussi, d'inviter à des réflexions comparées, d'élargir les horizons, tandis que
là, c'est vraiment centré sur nous-mêmes, hein, notre passé, ce que nous avons
été, ce que nous sommes devenus et ce que nous allons devenir. C'est quelque
chose d'assez différent, je crois.
M. Lacombe : Je suis tout à fait
d'accord avec vous. Est-ce que vous pensez qu'une façon de bien... parce que ce
sera aussi au coeur des discussions qu'on aura tout au long de l'étude du
projet de loi, puis dans le débat public aussi qui entoure le dépôt puis les
travaux autour du projet de loi... La question des nations autochtones et de
leur place dans le musée, est-ce que vous pensez que c'est une bonne façon de
les intégrer que de parler de leur apport à la naissance de la nation
québécoise, donc de parler de cette rencontre-là pour ensuite se diriger vers
la naissance de la nation québécoise et
toutes les... tout ce qui s'en est suivi? Est-ce que vous trouvez que c'est une
bonne façon de l'aborder?
M. Bouchard (Gérard) : Vous avez dit
«intégrer», intégrer les autochtones dans notre société ou les intégrer dans la
problématique du musée?
M. Lacombe : Les intégrer dans...
dans les expositions du musée.
M. Bouchard (Gérard) : Ah! oui,
d'accord, parce que les intégrer dans notre société, ce n'est pas à nous de
décider ça, hein? C'est eux qui... Bon.
M. Lacombe : Non, non, je... Non,
c'est ça, exact, je n'allais pas là du tout.
M. Bouchard (Gérard) : Et jusqu'à
nouvel ordre, je ne crois pas qu'ils soient très désireux de fondre leur destin
avec le nôtre, bon.
M. Lacombe : Non, non, non. Merci
d'avoir précisé. Je veux dire, est-ce que vous pensez que c'est une bonne façon
de les intégrer au musée national... d'intégrer leur histoire au Musée national
de l'histoire du Québec?
M.
Bouchard (Gérard) : Oui, ça je crois que c'est une nécessité, parce
qu'on ne peut pas concevoir notre passé en abstrayant... en l'abstrayant des
autochtones. Ils ont toujours été présents, ils le sont encore aujourd'hui.
Donc, ce qu'il faut étudier, c'est les interactions, c'est les interactions.
Alors, quelles qu'elles soient, celles qui sont... qui leur ont fait mal et
celles qui les ont aidés, mais, encore une fois, toutes les interactions, et en
arriver... donc encore une fois en arriver à tracer un chemin vers l'avenir. Il
y a des leçons à tirer de ça. Et puis, bon, les interactions qu'on a eues avec
les autochtones, elles ne sont pas toutes non plus dévastatrices et honteuses.
Il y a eu des initiatives qui allaient dans
le sens contraire, et il faut en faire état également, mais ne pas essayer de
banaliser le mal qu'on leur a fait et qui est absolument incontestable.
Alors... mais on peut partir de là justement pour amorcer, comme je le disais
tout à l'heure, des processus de redressement. J'allais dire de thérapie, ce
n'est pas le bon mot, mais, en tout cas, de redressement pour que ces
rapports-là soit meilleur à l'avenir. Et franchement je crois que nous sommes
assez bien engagés dans cette direction-là présentement.
M. Lacombe : Je
pense que le député de Beauce-Sud veut poser une question.
M. Poulin : ...
M. Lacombe : Bien,
tu peux... vous pouvez y aller, puis je vais continuer... continuer après.
M.
Poulin :
Ah!
OK, d'accord.
La Présidente (Mme
Poulet) : M. le député de Beauce-Sud, je vous cède la parole. Allez-y.
M. Poulin : Oui,
absolument. Bien, tout d'abord, merci... merci...
M. Bouchard
(Gérard) : Vous êtes plus sévère que moi, Madame, hein?
Une voix :
...
M. Bouchard
(Gérard) : Vous êtes plus sévère que moi!
La Présidente (Mme
Poulet) : Ah!
M. Poulin : Alors,
merci, M. Bouchard, pour votre présence, nous l'apprécions tous. Toute la
notion des nouveaux arrivants au Québec, parce qu'on... évidemment on fait un
musée pour les Québécois, on souhaite que les Québécois et les Québécoises se
l'approprient, que notre jeunesse soit davantage consciente de la culture
québécoise, de notre passé et qui forge aussi notre avenir. Mais je sais que,
dans votre champ d'expertise, toute la notion de la diversité ethnoculturelle,
des enjeux qui concernent les nouveaux arrivants, vous avez déjà accompli un
mandat assez important dans le passé pour le Québec à ce niveau-là. Comment
vous voyez la relation des nouveaux arrivants avec un Musée national de
l'histoire? Et avec votre expertise, quelle est la meilleure façon de
transmettre notre culture québécoise à ces nouveaux arrivants? Évidemment, on a
des cours de francisation, évidemment, on a de multiples façons de le faire, mais comment allons-nous faire
pour que ces nouveaux Québécois-là puissent comprendre notre histoire,
notre culture et, oui, du même coup, les valeurs québécoises?
M. Bouchard
(Gérard) : Là, je vais être obligé de résumer des choses plus longues,
là, sur lesquelles j'ai travaillé et j'ai pu
m'exprimer longuement. Mais, en résumé, il y a des intellectuels au Québec qui
pensent qu'on ne peut pas et on ne
doit pas ouvrir l'histoire de notre passé aux autochtones ou aux immigrants,
parce que, là, il va falloir la diluer si on veut les intégrer, hein?
Moi, je ne pense pas ça.
Je pense que, par
exemple, une chose qui a été souvent suggérée, c'est d'inscrire l'histoire du
Québec pour que tous les citoyens se sentent
à l'aise sous la lumière des grandes valeurs universelles de l'ONU. Bon. Mais
ça peut devenir artificiel tout ça,
hein, ça peut signifier tout et rien pour chacun des Québécois et surtout dans
le contexte d'une étude du passé.
Moi, la suggestion
que j'ai élaborée, c'est dans mon dernier livre, il faut partir des valeurs
universelles parce que ce sont celles qui sont dans notre charte, même on n'a
pas le choix. De partir autrement... La liberté, l'égalité, la démocratie, etc., pluralisme, c'est dans notre
charte, mais il ne faut pas que ça reste quelque chose de juridique puis de
très froid. Alors, comment faire pour
enrober ces valeurs-là des choses de notre passé, mais qui sensibilisent
également les immigrants?
Alors moi, ma
proposition est la suivante, c'est qu'à l'intention des immigrants, dans les
manuels ou dans la représentation du musée, qu'on reprenne notre histoire à
nous, nos épisodes, qu'on ne dilue rien du tout, mais, pour chaque tranche de notre passé, qu'on fasse
ressortir les valeurs qui étaient en cause. Alors, qu'est-ce que c'est, par
exemple, les valeurs qui sont en cause dans le mouvement d'émancipation
des femmes? C'est l'équité sociale, c'est l'égalité, c'est les valeurs universelles de l'ONU. Sauf que là, on ne les a pas
amenées par en haut pour essayer de les faire descendre. On a pris par
en bas, puis très, très concrètement, on les fait surgir puis on les fait
émerger. Puis on s'aperçoit que c'est ça qui était le motif chez ceux qui
étaient au coeur du mouvement. Bon.
Pourquoi est-ce que les
patriotes ont essayé de couper le lien colonial et ont tenté cette rébellion?
Bien, c'était au nom de la démocratie,
c'était au nom du pluralisme, parce que la nation dont ils rêvaient s'ouvrait à
toutes les ethnies, c'était au nom de
l'égalité, de la justice sociale, de l'anticolonialisme, etc. Voilà encore des
valeurs parfaitement universelles. Tout le monde peut se reconnaître
là-dedans à partir de notre histoire à nous sans la diluer, au contraire, en la
mettant en valeur. Ce qu'on ne fait pas assez, d'ailleurs, ce qu'on ne fait pas
assez.
Ensuite, il faudrait inverser le processus un
peu, s'arranger pour insérer dans notre histoire un petit peu de l'histoire des
immigrants pour montrer qu'eux aussi ils ont vécu ça et que ça s'est passé de
la même manière. Pourquoi les immigrants sont venus ici? Rapidement, il y a
quelqu'un, un juriste de la commission des droits de la personne, il y a une douzaine
d'années, qui a fait une étude pour mesurer le degré d'adhésion à nos valeurs
selon le groupe ethnique, alors, il y avait par exemple les Arabes, les
francophones d'origine, etc., et ça mesurait le degré d'adhésion à la liberté,
la démocratie, l'égalité, des choses comme ça. Ils ont exclu tout ce qui relève
de la sexualité, pour des raisons évidentes,
là, parce que, bon, ça, ça marchait moins bien. Pour le reste, le degré
d'adhésion à nos valeurs était plus fort
chez les immigrants que chez les Québécois de résident... les Québécois de
naissance. C'est quand même quelque chose extrêmement important.
Ça veut dire que le pari, moi, que je suggère,
il pourrait être gagné facilement. Ils sont déjà aspirés, ils sont déjà assoiffés de ces valeurs-là. Ils voudraient
les retrouver partout dans notre société, c'est pour ça qu'ils sont venus, un
très grand nombre d'entre eux. Alors, si on leur présente notre histoire de la
façon que je viens de dire, bien, ils vont être curieux de voir notre histoire.
Ils vont dire : Qu'est-ce qu'ils ont fait avec ces valeurs-là, qu'est-ce
qu'on peut apprendre, nous autres, comme immigrants, de leur... de leur
histoire à eux. Mais ensuite il faut que la balle retourne un peu de leur côté,
que nous apprenons nous aussi quelque chose de leur passé. Alors, il ne
s'agirait pas de faire deux musées, on se
comprend, mais peut-être d'aménager quelque chose pour que l'autochtone... ou
l'immigrant, pardon, soit présent de cette façon-là, que les visiteurs
et les visiteuses, en sortant, qu'ils aient appris quelque chose, évidemment de leur passé québécois, mais qu'ils
aient appris aussi quelque chose du passé des immigrants et qu'ils en
retiennent qu'on n'a pas à diluer ni l'un ni l'autre pour les fondre.
C'est toujours accroché sur le même éclairage,
qui est celui des valeurs universelles, celles de l'ONU, mais qui sont les
nôtres aussi. C'est tellement les nôtres qu'on les a mises dans notre charte,
et d'une façon unanime, hein? Je ne me trompe pas, la Charte est adoptée de...
par unanimité parmi les parlementaires, hein? C'est ça? Bon. Alors, ce n'est
pas gênant de travailler à partir de là.
M. Poulin : Merci beaucoup.
La Présidente (Mme Poulet) : Oui. M.
le ministre, il nous reste encore... il vous reste encore
4 min 23 s.
M. Lacombe : 4 min 23 s.
Super. Peut-être un mot sur la mission du musée. Je ne sais pas si vous avez eu
l'occasion, je ne veux pas vous prendre au dépourvu, mais de lire l'intitulé de
la mission, la façon dont c'est rédigé? D'accord.
M. Bouchard (Gérard) : Bien, je ne
sais pas si je l'ai bien compris, mais je l'ai lu.
• (17 heures) •
M. Lacombe : Super. Bien, je suis
certain que vous avez bien compris. Dans ce que vous nous présentez, vous nous
parlez beaucoup, et c'est... c'est bien parfait, du contenu de... et les gens
du Musée de la civilisation qui sont à l'écoute, je suis certain, vous écoutent
puis pourront s'en inspirer, et le comité scientifique qui sera... qui sera mis sur pied, effectivement, parce que ce sont eux
qui vont rédiger les expositions, mais évidemment tout ça part de la
mission. Et je serais curieux de savoir si vous pensez que, sur la base de la
mission que nous proposons, on met les bases
nécessaires, donc, on installe la fondation nécessaire pour que les contenus
soient... soient dans la bonne direction.
M. Bouchard (Gérard) : Je ne
voudrais pas me donner l'air de corriger votre copie, mais je vais vous donner comment moi, je perçois la mission, puis
vous allez voir qu'elle n'est pas du tout incompatible avec ce qu'il y a dans
votre document.
Moi, d'abord, il faudrait que le musée présente
des matériaux pour inciter, pour nourrir la réflexion des gens qui vont venir
le visiter. Qu'ils sortent de là avec des éléments de réflexion, avec des
questions auxquelles on aurait assorti des pistes de réponses, hein? Il ne
s'agit pas juste de poser les questions, mais de fournir aussi des éléments de
réponse pour nourrir la réflexion. Ça, c'est vraiment une chose... Je ne mets
pas de hiérarchie là-dedans, là, mais enfin, ça, c'est une chose qui est très
importante.
La deuxième, il faudrait que quelqu'un... là, je
vais revenir à M. Legault, hein, il faudrait que quelqu'un, quand même,
sorte de là un peu plus fier de leur passé. Encore une fois, dans le sens que
j'ai dit tout à l'heure, hein, pas de façon artificielle, là, mais quelqu'un
qui dit : Bien, coudon, il y a un combat derrière nous. Est-ce que nous
n'avons pas un peu le devoir de le poursuivre? Parce que les valeurs qui sont
en cause, ce sont les nôtres, et il faut continuer, donc, ce combat-là, il faut
y prendre part à notre façon, dans le contexte qui est le nôtre. Donc, ça,
c'est le deuxième élément que je trouverais
extrêmement important. Et, en fait, si le musée devait s'en tenir à ces deux
éléments-là, on serait déjà bien nourris.
M. Lacombe : Et, de la façon dont il
est rédigé en ce moment, lorsqu'on dit : «Le Musée national de l'histoire du Québec a pour fonction de faire
connaître et de promouvoir l'histoire du Québec, sa culture et son identité
distincte ainsi que de
témoigner de l'évolution de la nation québécoise et de l'apport des communautés
qui ont façonné son parcours et son territoire», je comprends que vous nous...
vous nous suggérez de réfléchir à intégrer la réflexion. Vous, vous
parlez même de l'indiquer dans la mission en tant que telle, dans la loi.
M. Bouchard (Gérard) : Oui, bien
sûr, bien sûr. En fait, votre définition de la mission, moi, je trouve que
c'est l'arbre. Puis moi, j'ai accroché des boules aux branches, là, hein?
M. Lacombe : C'est bien dit.
M.
Bouchard (Gérard) : Tout le monde doit comprendre la métaphore, hein, surtout que nous autres, au
Saguenay, on comprend ça. Ce que je veux...
M. Lacombe : C'est... Non, non, mais
on est... on est ici pour ça. Donc...
M. Bouchard (Gérard) : Il me reste
23 secondes, madame, hein?
Une voix : ...
M.
Lacombe : D'accord. Et pour
ce qui est de la fierté, ça, c'est plus difficile à inscrire dans une loi,
évidemment. Est-ce que vous ne pensez pas que ça va se faire en soi?
M. Bouchard
(Gérard) : Non, mais on peut employer d'autres formules, les
épisodes, les personnages inspirants, ça, inspirant, on comprend très
bien ce que c'est, hein?
M.
Lacombe : Je comprends, mais sans les... sans multiplier les
héros, comme vous l'indiquez, parce que sinon ça perd de sa valeur.
M. Bouchard (Gérard) : Bien oui, parce
que là, on les... on les banalise, hein? S'il y en a trop, ça ne veut plus rien
dire. Ce que... Le dernier mot que je veux vous dire, vous avez peut-être vu
que je n'ai pas parlé d'identité, moi, là, dans mon mémoire, parce que je
trouve qu'on en parle trop et qu'on ne le définit pas assez, puis ça donne lieu à toutes sortes de malentendus puis de
conceptions qui sont souvent gênantes un peu, d'ailleurs. L'identité, ça fait partie...
ça sort de la mémoire, ça sort de l'idée... de l'idée que, dans notre passé, on
a été des gens bien, finalement, et que ça
nous réconforte, cette pensée-là. Alors, évidemment, ça va se traduire dans
l'identité, mais chacun fera cette traduction à sa façon. Ce n'est pas
quelque chose qu'on va dicter aux gens : Voilà, on va vous montrer ça, là,
puis ça, ça va nourrir votre identité. Ce n'est pas ça, c'est de nourrir les
matériaux, encore une fois, à partir desquels la personne va cheminer, va se
nourrir comme elle veut, à partir de ce qu'on lui aura offert, etc. Alors, vous
aurez remarqué que c'est le principe de la pédagogie présentement dans les
écoles...
La Présidente (Mme Poulet) :
Je
vous remercie. Je m'excuse de vous interrompre.
M. Lacombe : Merci, M. Bouchard.
La Présidente (Mme Poulet) : Alors,
on va poursuivre les discussions avec la députée de Robert-Baldwin.
Mme Garceau : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour, M. Bouchard. Merci beaucoup.
M. Bouchard (Gérard) : ...
Mme Garceau : Ah! allez-y.
M. Bouchard (Gérard) : Non, non,
non. Moi, j'ai terminé, mais... Oui?
Mme Garceau : Ah! je voulais vous
poser une question. J'ai trouvé ça très intéressant, concernant le traitement
réservé aux autochtones. J'aimerais revenir à ce sujet-là pour voir avec vous.
Vous avez mentionné quelque chose, très
intéressant dans le sens qu'il ne faut pas ignorer nos manquements, nos
erreurs. Et donc comment, comme,
corriger le tir dans un certain sens? Et donc, pour vous, comment... Quelle est
votre suggestion en ce qui a trait à l'implication des autochtones dans
le récit historique du Québec? Comment est-ce que vous suggérez que nous
pourrions le faire?
M. Bouchard (Gérard) : Bien, je
pense que j'en ai déjà dit un mot. Moi, je ne suis pas certain qu'il faille
demander la permission des autochtones, parce que c'est notre musée à nous,
Québécois, hein? Sauf qu'il faut s'assurer
que la présentation qu'on en fait soit équitable, qu'elle soit porteuse de
projets, de... qui vont dans le bon sens. Et puis, après ça, on peut les
consulter pour leur demander ce qu'ils en pensent. Ça, c'est correct, ça, mais
les associer directement à la réflexion qui conduit à la conception du
musée, je ne suis pas certain que c'est une bonne idée, toujours
si on part du fait qu'ils sont des nations différentes et que nous, nous en
sommes une de notre côté. Bien, je pense
qu'au départ c'est un travail qu'on devrait faire entre nous-mêmes, et puis
ensuite les consulter sur les propositions auxquelles on est arrivés
pour voir ce qu'ils en pensent. Je verrais plutôt les choses comme ça.
Mme Garceau : ...je vais être
honnête avec vous, et non pas le sens inverse de les consulter afin d'avoir
leur point de vue, afin d'aussi pouvoir raconter leur histoire également dans
l'histoire du Québec en tant qu'aussi peuple fondateur du Québec.
M. Bouchard (Gérard) : C'est ce que
j'appelle les interactions, hein, ce que j'appelle les interactions. Alors,
qu'on appelle... qu'on les appelle le peuple fondateur, c'est assez vague, ça,
hein? C'est... Quel est le peuple dont on parle, là, qui aura été fondé? Est-ce
que c'est le nôtre? Je ne suis pas sûr... Je ne suis pas certain que ça leur
plairait, cette perspective-là, et ça ne les désigne sûrement pas. Ils ne se
sont jamais perçus comme un peuple fondateur. Ils ont toujours été là. Ils
étaient là avant nous depuis des dizaines de milliers d'années.
Alors, moi, je ne demanderais pas non plus si ce
sont les premiers Québécois. Ça, c'est leur faire injure, là. C'est à eux de
décider ça. Ce n'est pas à nous. Je ne crois pas qu'ils se couchent tous les
soirs en pensant que, oui, c'est vrai, on
est... on est les premiers Québécois. Je ne crois pas. Je ne pense pas que ce
soit une pensée qui les inspire beaucoup parce qu'ils n'ont pas toujours
des bons souvenirs des Québécois.
Alors, en gros, je ferais comme j'ai dit tout à
l'heure, là, des interactions, des interactions, quels qu'elles soient, et à
partir du début. Il faut qu'ils soient là. Il faut qu'ils soient là tout le
temps, mais comme interactions. Alors, si parfois les interactions sont très
étroites, bien, on va aussi loin qu'on peut, hein, dans le rapprochement avec
la nation québécoise. Mais parfois, les interactions, ils vont nous conduire dans
l'autre direction, mais ce sont des interactions quand même. Ils sont toujours
présents, je crois.
Mme Garceau : Et en ce qui a
trait... Parce qu'on le mentionne dans l'intitulé. Il y a eu quelques...
quelques experts historiens qui sont venus nous présenter des modifications à
l'intitulé, là, au paragraphe, à l'article 24.2, où on aurait ajouté
l'enrichissement en ce qui a trait à la participation des peuples autochtones
et des communautés culturelles concernant l'histoire du Québec, l'implication
des communautés culturelles dans l'histoire du Québec. Est-ce que c'est
important?
M. Bouchard (Gérard) : Vous avez dit
l'enrichissement des autochtones et des communautés culturelles?
Mme Garceau : Oui. Oui.
M. Bouchard (Gérard) : Je ne vois
pas dans quel sens, là. Et puis surtout, je ne mettrais pas sur le même pied les communautés culturelles et les
autochtones. Les autochtones, ce sont les... ils étaient là de... bien avant
nous. Les communautés culturelles se
sont ajoutées tardivement, et ils font partie de la nation, ce qui n'est pas le
cas des autochtones.
Alors, dans quel but un musée comme celui-là
contribuerait à enrichir? Je ne vois pas très bien. Ça pourrait, par exemple,
dénouer des malentendus et établir les bases d'un rapprochement, d'un accord,
d'une compréhension mutuelle. Ça, c'est certain. Et ce serait déjà beaucoup, ce
serait déjà beaucoup.
Mme
Garceau : M. Bouchard, j'aimerais vous entendre sur...
Pour vous, le début de l'histoire du Québec, c'est quand?
• (17 h 10) •
M. Bouchard
(Gérard) : C'est avec l'arrivée des premiers Français. Je ne
vois pas comment ça peut commencer ni avant ni après. Parce qu'encore une fois
il faut partir du fait que ce sont des nations différentes de la nôtre et qu'ils
étaient là avant nous. Alors, voilà. Oui, ça me paraît assez net, ça, ça me
paraît assez clair.
Mme Garceau : Et je vois, d'après
votre mémoire, vous parlez qu'il faut évidemment considérer les figures inspirantes... est-ce que vous avez... plus
nombreuses et plus accessibles. Est-ce que, pour vous, dans le récit historique
de l'histoire du Québec, on va miser sur les
figures inspirantes pour... comme point central, comme idée centrale pour
raconter l'histoire?
M. Bouchard (Gérard) : Je ne
dirais... je ne dirais pas l'idée centrale, mais comme une idée importante parmi d'autres, et que ce serait une idée qui se
répand partout dans la conception du musée, qu'on présente des épisodes qui sont inspirants. Mais c'est aux visiteurs et
aux visiteuses à décider ce qui va les inspirer ou pas. On va leur donner des
suggestions, bien sûr. Par exemple, on ne pourra pas ne pas parler de Chénier,
de de Lorimier, qui d'ailleurs, d'après
moi, n'est pas seulement une figure inspirante. Mais si j'avais à distribuer
des titres de héros, c'est peut-être... c'est certainement l'un de ceux
à qui je l'attribuerais. Ce que cet homme-là a fait est absolument
extraordinaire, de dominer son destin. Il
allait se faire pendre le lendemain, il écrit une lettre à ses enfants
quasiment pour s'excuser, pour expliquer pourquoi il a fait ça, pour
qu'ils n'en veuillent pas à leur père. Et là les motifs qu'il énonce sont d'une
élévation extraordinaire. Ce n'était pas un philosophe, là, de Lorimier, hein,
mais ce qui sort de sa plume, il y a quelque chose d'extrêmement émouvant. La
première fois que j'ai lu ça, j'ai pleuré, moi. J'ai trouvé ça absolument
magnifique, et il faudrait que ce soit donné à lire partout, partout, dans les
manuels, dans le musée. C'est... Voilà quelque chose qui va inspirer. Puis il
n'y a pas besoin de commentaires. Il n'y a pas besoin de commentaires parce que ça ne ferait juste épaissir la sauce puis ça ne
passerait plus. Juste la lecture du document lui même, et d'ailleurs la lecture
de deux paragraphes du document suffirait, suffirait à marquer quelqu'un,
et, comme je le disais tout à l'heure, qui sera différent en sortant du musée
qu'en y entrant.
Maintenant, ce n'est pas le seul exemple, hein?
Dans le mouvement des femmes, là, au début, parmi les pionnières, là, il y en a
qui ont... qui ont souffert beaucoup, là, avec cette initiative que les
hommes... que les femmes étaient égales aux
hommes. C'était quelque chose de scandaleux. Alors, il y a d'autres figures
inspirantes, hein? Puis après ça, bien, on finirait peut-être avec quelqu'un
qui s'appelle René Lévesque, parmi les figures inspirantes. Peut-être
aussi... Comment s'appelait le premier ministre libéral?
Une voix : ...
M. Bouchard (Gérard) : Pardon?
Une voix : Jean Lesage.
M. Bouchard (Gérard) : Non, celui
qui venait de Roberval, de chez nous, là?
Une voix : M. Couillard.
M. Bouchard
(Gérard) : M. Couillard. C'est une figure inspirante, mais
j'avais oublié son nom. M. Couillard. Bon, là, je vous donne un
exemple. Si vous avez le goût de rire un peu, vous pouvez le faire, là, mais,
je veux dire, c'est le contraire d'une figure inspirante, c'est un procédé
pédagogique.
Mme
Garceau : Pour vous, M. Bouchard, en termes de grands
repères dans l'histoire du Québec, ce serait quoi?
M. Bouchard (Gérard) : Les grands
repères?
Mme Garceau : Oui, qu'on devrait
considérer, tenir compte dans l'histoire du Québec?
M.
Bouchard (Gérard) : Les grands repères, c'est évidemment la fondation,
hein, le Régime français. Mais là est-ce que je peux ouvrir une
parenthèse de 30 secondes? Il faudrait se débarrasser de l'image idéalisée
de la Nouvelle-France, qui était une colonie. C'était un colonialisme, il n'y
avait pas de liberté, il n'y avait pas de droits. Tous les profits qui étaient
faits par des initiatives entrepreneuriales devaient s'en aller à Paris. Jean
Talon s'est fait taper sur les doigts à
cause de ça. Il avait ouvert des ateliers. Tout de suite, ils lui ont
dit : Tu arrêtes ça. L'argent, il faut... doit s'en aller à Paris.
C'était le mercantilisme radical. Les laboureurs, la classe populaire n'était
pas instruite, n'était pas admise à être instruite, sauf, sauf quelques personnes,
là. Je sais que Marie de l'Incarnation puis Jeanne Mance ont fait des choses, mais c'était dans le but de
sanctifier ces gens-là. Et le but... le mythe fondateur qu'elles proposaient,
c'était de sanctifier. Moi, je veux bien que ce soit très... Très bien, mais je
ne sais pas si c'est à la portée de tout le monde,
à tout le moins, la sanctification, je ne pense pas à ça tous les matins, là.
Alors, il faudrait quand même projeter une image de la Nouvelle-France
qui est conforme aux faits, hein, et qui est encore faussée jusqu'à un certain
point.
Alors, moi, il y a bien des choses que je
rejetterais de la Nouvelle-France, tout ce qui ressemble au colonialisme, la
corruption des gouverneurs et du conseil qu'ils formaient, le scandale du
commerce avec les Indiens qui... je vais dire un mot, là, qui ne sera pas
enregistré, là, hein, qui se faisaient fourrer. Bien, au Saguenay, nous autres,
on dit ça parfois. Mais ensuite mettre le projecteur sur les vraies personnes
inspirantes, le peuple, les gens qui sont venus là, qui sont arrivés nus, sans
préparation, sans équipement, sans compétences pratiquement, puis on leur a
demandé de fonder une nation, de mettre en valeur un territoire, de bûcher avec
des équipements qu'ils n'avaient pas, dans
la plus grande incertitude, dans la pauvreté totale. Et puis ça, ça s'est
poursuivi jusque dans les années 40-50 au Québec, dans les régions périphériques, les conditions primitives, là,
du défrichement, on ne le sait pas suffisamment, mais c'est un fil qui
court depuis la Nouvelle-France jusqu'à aujourd'hui. Il faudra le montrer.
La
Présidente (Mme Poulet) : Alors, je m'excuse de vous interrompre encore une
autre fois. On va poursuivre nos discussions avec le député de
Jean-Lesage.
M. Bouchard (Gérard) : ...coupé en
vol, là, parce que...
La Présidente (Mme Poulet) : Je suis
désolée.
M. Zanetti : Merci, Mme la
Présidente.
M. Bouchard (Gérard) : J'ai terminé,
hein, c'est ça?
Une voix : Non.
M. Bouchard (Gérard) : Ah non?
Excusez-moi, je pensais que me renvoyiez chez nous, là.
La Présidente (Mme
Poulet) : Vous restez avec nous encore, vous restez avec nous.
M. Zanetti : J'ai trois minutes avec vous, puis ensuite il
y aura des questions aussi de mon collègue. Je trouve ça vraiment
inspirant...
M. Bouchard
(Gérard) : Là, je me serais plaint auprès de mon frère, par exemple.
M. Zanetti : Il
y a une portion, un extrait de votre mémoire qui me touche beaucoup puis qui me
fait réfléchir, là, je vais le citer, c'est : «On ne saurait exagérer
l'importance d'une identité forte. C'est ce qui permet à une nation de
transcender ses divisions, ses clivages, et de se mobiliser soit pour
progresser, soit pour surmonter une crise ou un traumatisme quelconque.» Et, tu
sais, je lis ça puis la première idée qui me vient, c'est que je trouve... puis
là je... en toute amitié, là, mais, tu sais, je trouve que mon expérience,
disons, de la classe politique québécoise, là, des députés de l'Assemblée
nationale, là, comme, c'est qu'on ne parvient pas beaucoup à ça. Évidemment, ce
n'est pas de notre faute, dans le sens... un peu, un peu, oui, mais pas
complètement, je veux dire, le système est... ici, est conçu pour créer de
l'antagonisme, là, des clivages, des divisions importantes. Puis je pense
constamment à qu'est-ce qui pourrait faire que le Québec avance, par exemple,
puis qu'à un moment donné on sorte de ces disputes entretenues
institutionnellement et politiquement depuis longtemps.
Puis la question de
l'identité, au fond, je trouve que vous avez un point là. Il y a des moments où
tout le monde est d'accord. Ça n'arrive pas tout le temps, là, mais... mais
ça... Et j'ai l'impression que ces moments-là où tout le monde est d'accord,
c'est un peu ça, notre identité, finalement, puis peut-être que ça devrait être
ça, la mission du musée.
(Interruption)
M. Bouchard
(Gérard) : Je pensais que vous saviez manipuler ça, vous. Excusez-moi.
M. Zanetti : Il
n'y a pas de problème. Mais je me dis : Est-ce que... Comment est-ce que
le... vous en avez parlé un peu, mais si
vous pouvez développer là-dessus, comment est-ce que le musée peut aider à
faire... à nous faire ressentir et vivre ce que nous avons en commun,
comme collectivité, sans... sans nier la complexité de ce que nous sommes, non
plus, là, en gommant des choses?
M. Bouchard
(Gérard) : Oui. Bien, là, moi, je dirais : Reprenez les exemples
que j'ai donnés au début, là, hein, les exemples des erreurs, des fautes que
nous avons faites, mais des efforts qu'aussi nous avons effectués pour les
redresser et en sortir. Bien, à mon avis, une identité, ça se construit comme
ça. Ce que nous avons fait ensemble et la mémoire de ce que nous avons fait
ensemble, c'est ça qui crée les fondements d'une identité. Et qu'est-ce que
c'est, une identité, pour moi? Ce n'est pas le fait de se demander si c'est...
distincte d'une autre ou pas, à mon avis, c'est secondaire, c'est arbitraire,
puis cette réflexion-là ne mène nulle part. Parce que vous allez voir que, si
la religion était forte ici, elle était
forte en Australie aussi, la famille était forte ici, elle était forte
également en Angleterre. Alors, vous voyez, ce genre de choses là, ça
n'amène pas grand-chose. Il ne faut pas non plus, à mon point de vue, se
demander quels sont les traits de notre identité. Ça ne mène nulle part.
L'identité, pour moi,
ça crée une appartenance sociale. D'une part, ça la crée et, d'autre part, ça
l'exprime. Voilà une identité, c'est de créer une solidarité. Pour moi, ça,
c'est la réalité la plus vivante et la plus importante d'une identité, c'est la
façon dont on se perçoit ensemble, de ce qu'on a fait ensemble et de ce qu'on
pourrait continuer à faire ensemble. Alors,
évidemment, ça ne veut pas dire que ça naît... ça ne tombe pas du ciel bleu, ça
surgit de l'histoire, hein, c'est des expériences que nous avons vécues
ensemble, nos luttes nationales, par exemple, le mouvement de relèvement des
femmes. Il a bien fallu que ça mobilise pas mal de monde, ça, et pas seulement
des femmes, hein, il a fallu, à un moment
donné, que les syndicats s'en mêlent puis que les... les autorités politiques
également, les juristes. Voilà
quelque chose que nous avons fait ensemble, l'acteur principal étant, bien sûr,
dans ce cas-là, la femme, mais en
prenant d'autres exemples, c'est la même chose. Le syndicalisme a créé un
élément de solidarité considérable par ses luttes, et ceux qui en ont
profité, c'était une grande partie de la société, et ceux qui n'en faisaient
pas partie approuvaient ça, ils étaient d'accord avec le relèvement des
salariés à partir de l'état que j'ai j'évoqué tout à l'heure.
• (17 h 20) •
La Présidente (Mme Poulet) : Je
vous remercie. Pardon encore de vous interrompre. M. le député de Matane-Matapédia,
la parole est à vous.
M. Bérubé : Merci,
madame...
M. Bouchard
(Gérard) : J'allais dire : La lutte pour le français, voilà
quelque chose qui crée une solidarité. Voilà quelque chose pour lequel on a
combattu tout le temps jusqu'à aujourd'hui.
M. Bérubé : Vous
prêchez un converti, M. Bouchard...
M. Bouchard
(Gérard) : Oui. Non, mais c'est un exemple.
M.
Bérubé : ...en ce qui me concerne. La trame du combat est très
intéressante, vous l'avez indiquée dans une
lettre ouverte au Devoir le 18 mai dernier. Ce n'est pas d'hier que je
fais... porte beaucoup d'attention à vos écrits. Je trouve ça vivifiant.
Quand on combat, on se sent vivre alors collectivement ou individuellement.
Sur
le plan politique, vous aviez indiqué, puis je suis assez convaincu que vous le
pensez toujours... alors, bon, il y a l'émergence de la nation, son
évolution, la lutte pour s'affranchir du colonialisme, les idéaux
démocratiques, le cheminement de l'idée d'indépendance, les tractations trop
souvent stériles avec le pouvoir anglophone — je vous cite au texte. Là, je ne veux pas présumer de vos
convictions, je connais les miennes, elles sont plus ou moins importantes
dans le débat, mais je connais celles du législateur sur ces enjeux-là. Sur cet
enjeu-là de la lutte pour l'indépendance, c'est
quand même quelque chose d'important. Comment on aborde cette question-là?
Parce qu'il faudra bien l'aborder.
M. Bouchard
(Gérard) : Vous en faites l'historique. Vous dites quand est-ce
qu'elle est née, et dans quelles circonstances, et quels étaient les objectifs,
les motivations de ceux et celles qui l'ont introduite comme proposition dans
notre devenir. Et puis vous en suivez le cheminement avec les étapes, etc.,
pour voir jusqu'où elle s'est rendue et là
où elle s'est arrêtée. Alors là, après, encore une fois, c'est à chacun de voir
si cet historique-là les intéresse, est-ce que ça les inspire ou ça les laisse froids. Quelqu'un qui peut en
retirer une inspiration va peut-être prendre conscience que c'est une
identité. C'est un... c'est un objectif à laquelle se sont sacrifiés des
générations et que ce serait bien dommage
que ça s'arrête là. Que c'est une idée importante qui mérite d'être continuée.
On rejoint là la problématique du combat. Ou alors on peut avoir une
autre idée. On sait qu'il y a d'autres idées, mais ça, c'est à... Il faut
offrir à la personne qui visite le musée les matériaux pour alimenter sa
réflexion et faire des choix.
M. Bérubé :
Comment on aborde la question du combat aussi pour le Québec dans l'ensemble
canadien?
M. Bouchard
(Gérard) : Dans l'ensemble de?
M. Bérubé :
Canadien.
M. Bouchard
(Gérard) : Bien, encore une fois, en faisant l'historique des
relations Québec-Ottawa et montrer
l'accumulation des gestes, des tentatives pour le Québec d'obtenir plus de
pouvoirs, de rétablir plus d'équilibre dans les rapports, etc. Et là, il
faut le dire, avec des gains parfois, mais beaucoup d'échecs aussi.
M. Bérubé :
Beaucoup de combats, des gains, des échecs.
M. Bouchard
(Gérard) : Mais beaucoup de combats.
M. Bérubé :
Donc, avec le combat, on ne se trompe pas.
M. Bouchard
(Gérard) : Non.
M.
Bérubé :
On gagne parfois, on perd, mais on illustre...
M. Bouchard
(Gérard) : Mais on continue à combattre.
M.
Bérubé :
...la combativité Québécoise.
M. Bouchard
(Gérard) : On développe le sens du combat. Et puis un combat, ça donne
un sens à la vie pour quelqu'un qui cherche
des motivations, puis c'est quelque chose qui est incontestable, qui est... qui
est... qui est très digne.
M. Bérubé :
C'est le contraire du renoncement.
M. Bouchard
(Gérard) : Le contraire du renoncement. Bien oui, évidemment.
M. Bérubé :
Ça me plaît plutôt comme... comme...
M. Bouchard
(Gérard) : Et puis il y a... à la condition de combattre aussi pour
des idéaux qui sont... qui sont corrects.
M. Bérubé :
Qui valent la peine d'être mis de l'avant. On n'a pas beaucoup de temps. Un élément
que vous vouliez ajouter?
La Présidente (Mme
Poulet) : Le temps est écoulé.
M. Bérubé :
J'étais presque... Merci.
La
Présidente (Mme Poulet) : Je
m'en excuse. C'était vraiment intéressant. Alors, M. Bouchard, merci énormément
de votre contribution à la commission.
Je suspends les travaux quelques instants afin
que l'on puisse accueillir le prochain témoin.
(Suspension de la séance à 17 h 25)
(Reprise à 17 h 28
)
La Présidente (Mme Poulet) : Alors,
on reprend nos travaux. On est... on accueille le dernier témoin de la journée. Alors, M. Turgeon, Laurier Turgeon,
professeur titulaire, directeur de l'Institut du patrimoine culturel de l'Université
Laval. Alors, bienvenue, M. Turgeon. Vous disposez de 10 minutes pour
votre exposé, pour nos... et, par la suite, on procédera à une période
d'échange avec les membres de la commission. Alors, on vous écoute.
M. Laurier Turgeon
M. Turgeon (Laurier) : Bien, voilà!
Alors, bien, merci pour l'invitation. Je suis très heureux d'être là. Je regrette juste d'être en virtuel, et la raison
étant que je participe aujourd'hui et demain à une réunion au Musée canadien
de l'histoire, où je suis membre du conseil
d'administration, et puis je suis actuellement, donc, à Ottawa pour cette
réunion. Alors, je vous... vous m'en excuserez, j'aurais bien aimé être
parmi vous.
Alors, je suis professeur d'histoire et
d'ethnologie à l'Université Laval. Je dirige l'Institut du patrimoine culturel de l'université également. Également, ma
spécialisation en histoire, c'est les relations entre Français et Amérindiens,
notamment au XVIe et au XVIIe siècle, et puis j'ai un poste conjoint,
j'enseigne aussi l'ethnologie et, en ethnologie, je me suis intéressé beaucoup à une problématique semblable, les
relations interculturelles dans les sociétés contemporaines, et puis
beaucoup axé sur les enquêtes de terrain et puis sur les enquêtes d'histoires
orales.
Alors, comme je le disais tout à l'heure, je
siège au conseil d'administration du Musée canadien de l'histoire depuis 2017 et je dirige aussi, depuis
deux ans, un groupe de travail à l'UNESCO sur le patrimoine culturel
immatériel et les changements climatiques étant associés, disons, à la
convention de 2003 sur le patrimoine culturel immatériel depuis ses origines.
• (17 h 30) •
Alors, je voulais dire d'emblée que je suis très
favorable à ce projet de musée d'histoire nationale du Québec. Je pense que c'est quelque chose qui est très
important pour le Québec. Je pense que ça fait longtemps qu'on l'attend.
J'avais été déjà... j'avais participé à des discussions il y a une... il y a
une vingtaine d'années, ou peut-être même 25 ans,
lorsqu'il y a eu des tentatives pour créer un musée de la Nouvelle-France à
Québec, dans les anciennes casernes militaires,
un projet qui avait été dirigé par le ministre Marcel Masse, mais qui n'a pas
abouti malheureusement. Mais je peux
dire que je suis favorable à ce projet parce que je pense qu'il est important
que le Québec ait son musée national.
L'histoire du Québec est représentée
partiellement au Musée canadien de l'histoire, bien sûr, mais il est sûr que
cette présentation de l'histoire du Québec est... c'est celle de la perspective
canadienne, et je pense qu'il y a de la place
aussi pour qu'il y ait une présentation de l'histoire du Québec dans une
perspective plus québécoise. Donc, je pense que les deux peuvent être
très complémentaires. L'un n'exclut pas l'autre, mais je pense important qu'il
y ait un musée d'histoire du Québec à Québec.
Je voulais, en deuxième point, ajouter qu'il me
semble important, dans ce musée, que toutes les périodes historiques soient
bien représentées, autant la période précolombienne, celle d'avant la
colonisation européenne, que le XVIe siècle. J'ai beaucoup travaillé sur
le XVIe siècle. C'est un siècle extrêmement important, un siècle charnière
qui a... qui n'est... qui n'est pas
représenté juste par les voyages d'exploration de Jacques Cartier, hein? Il y a
une présence européenne, et notamment française, très importante dans la
vallée du Saint-Laurent, dans le golfe et la vallée du Saint-Laurent, pendant
tout le... tout le XVIe siècle, qui a... qui a joué un rôle important par la
suite dans la colonisation. Et donc il ne
faudrait pas faire commencer l'histoire du Québec avec la fondation de Québec
par Champlain en 1608. Ce serait vraiment dommage.
Je pense aussi, en deuxième point, qu'il faut
traiter, donc, aussi des périodes coloniales française, britannique et
contemporaine et aussi de la période récente en faisant... en ayant recours à
l'histoire orale, par exemple, qui est une façon extrêmement dynamique de
présenter le passé et de faire participer les gens au musée.
Je voulais,
au niveau des thématiques, outre l'exposition permanente qui va porter sur l'ensemble
de l'histoire du Québec... il me semble important aussi que les
expositions thématiques et temporaires abordent des questions de l'heure, des
problématiques et des enjeux de l'heure. Je pense, par exemple, à l'impact des
changements climatiques sur le... sur le patrimoine naturel, culturel et puis
immatériel et sur la société tout entière. Il y a tout un historique de
l'environnement et des changements climatiques qui, je pense, doivent être
abordés dans ce musée. Alors, l'histoire n'est
pas seulement une histoire ancienne, mais c'est aussi une histoire du présent
et des problématiques présentes qu'il faut essayer de présenter dans une
perspective historique.
En troisième
point, il me semble très important que la muséologie de ce musée soit une muséologie
participative et collaborative qui permet à tous les Québécois, hommes, femmes,
communautés culturelles, communautés autochtones, francophones,
anglophones, d'y participer activement et qu'ils soient bien représentés
également dans ce musée.
J'aimerais, en quatrième point, aborder la
question de la composition du conseil d'administration. Je... Mon intervention repose ici sur mon expérience, mes
sept années d'expérience au conseil d'administration du Musée canadien de l'histoire. Je crois important que toutes les... toutes
les... tous les groupes, les segments de la société québécoise soient
représentés sur ce conseil d'administration, mais je crois également qu'il est
important qu'il y ait des spécialistes, des spécialistes des sciences historiques.
Parce qu'après tout, c'est un musée d'histoire, et il faudrait qu'il y ait des
historiens, des archéologues, des ethnologues, des spécialistes des sciences
historiques présents dans ce musée.
Pourquoi je le dis? Parce que j'ai regardé le
projet de loi, et puis les domaines qui sont identifiés, il y en a 10, il y en
a juste un qui évoque l'histoire et il y en a sept qui évoquent la gestion.
Alors, je trouverais très regrettable que ce musée soit... qu'il y ait
seulement un historien qui représente les sciences historiques dans ce musée et
que ce soit un musée qui est régi par des gestionnaires. Je veux dire, je donne
l'exemple de la Banque du Canada, je pense qu'à la Banque du Canada il y a plus
qu'un économiste et un spécialiste des questions financières qui siègent sur le
conseil d'administration de la Banque du Canada, hein?
Alors, une dernière, peut-être deux autres
remarques, deux autres points que je voulais évoquer, c'est la question de
l'équilibre. Je pense que c'est important de trouver un équilibre entre le
numérique et l'artéfact. On a eu des discussions très importantes sur ces
questions au Musée canadien de l'histoire : Est-ce qu'on prend le
village... le virage tout numérique ou bien est-ce qu'on essaie de trouver un
équilibre? Je sais que les points de vue sont... sont partagés sur la question,
mais je crois que le tout numérique n'est pas une solution. Et il me semble
important de développer le numérique pour rejoindre des clientèles qui sont...
qui ne peuvent pas se déplacer.
Pour aussi faire face à des défis d'ordre
technologique, on doit suivre les transformations technologiques pour les comprendre et pour les exploiter, mais...
mais il faut aussi se rappeler que le musée est aussi composé d'artéfacts,
d'objets matériels réels qui suscitent des émotions parce qu'on a investi...
les humains ont investi beaucoup de temps et d'énergie pour les conserver, pour
les mettre en valeur. Et ce sont des objets, en fait, des trésors, en quelque
sorte, de la nation qui évoquent cet... ce
sentiment d'attachement, ce parcours que nous avons fait ensemble et qui
évoquent aussi l'avenir de la collectivité. Alors, malheureusement, le
numérique, d'après mes expériences... et je dirige un laboratoire de numérique à l'Université
Laval depuis 10 ans, le LEEM, le
Laboratoire d'enquête ethnologique et multimédia, et je me rends compte qu'après ces expériences le
numérique coûte cher et il ne remplace pas... il ne remplace pas toujours l'artéfact.
Alors, un dernier point. Je pense que c'est
aussi un... un musée qui doit... Bon, je l'avais déjà un peu évoqué, mais j'aimerais revenir là-dessus et insister sur
les thématiques et les enjeux actuels de la société. Je pense que c'est très
important pour un musée d'histoire d'aborder des questions de... des questions
des changements climatiques, par exemple, hein? Ça, ça me paraît être un
incontournable. Alors, voilà. J'ai essayé...
La Présidente (Mme Poulet) :
Je
vous remercie beaucoup. Oui?
M. Turgeon (Laurier) : J'ai essayé
de garder le temps, puis j'ai terminé.
La
Présidente (Mme Poulet) : Bien, c'était parfait. Je vous remercie beaucoup.
Alors, on va débuter la période d'échange. M. le ministre, la parole est
à vous.
M. Lacombe : Merci beaucoup, Mme la
Présidente. Merci, M. Turgeon, d'avoir pris le temps de venir nous voir,
de... comme je le dis à tous les autres invités, de vous être préparé. Je sais
que ça demande du temps, de la préparation, donc merci beaucoup.
Il y a beaucoup de... bien, en fait, beaucoup,
tout ça est relatif, mais il y a certaines personnes, je pose la question à pas mal tout le monde, là, qui nous
disent que le Musée de la
civilisation a déjà une mission de
mettre en valeur l'histoire du Québec. C'est plus nuancé, là. Quand on
lit bien la mission, on parle de l'histoire des occupants du territoire
québécois. Est-ce que vous, vous voyez une contradiction avec la mise sur pied
d'un nouveau musée qui est dédié exclusivement à l'histoire de la nation
québécoise?
• (17 h 40) •
M. Turgeon (Laurier) : Non, pas
vraiment. Je pense que les deux sont complémentaires. Moi, j'ai toujours vu le Musée
de la civilisation comme un musée qui traitait... qui est un musée de société
qui traite davantage des enjeux... des enjeux de la société québécoise, enjeux
sociaux, mais pris dans le sens large, là, de social et qui traite aussi de
l'histoire. Enfin, il y a des... les expositions, là, les expositions
permanentes ont tous traité de l'histoire. Mais
je pense que... je pense qu'il était important d'avoir un musée qui va traiter
spécialement de l'histoire et je pense que... Je ne pense pas qu'il sera
en trop parce que l'étiquette «histoire», à mon avis, est une étiquette
importante, hein? Ce n'est pas pour rien
qu'on a changé le nom du Musée canadien de l'histoire, de musée des
civilisations en Musée de l'histoire. Et je pense qu'il y avait là, du
moins, une volonté politique, peut-être un peu moins... c'était moins une volonté sociale, mais une volonté politique, hein,
de mettre l'étiquette «histoire» sur le musée. Alors, je ne le vois pas
comme une contradiction, je le vois plutôt comme quelque chose de
complémentaire.
M. Lacombe : Et que pensez-vous de
l'objectif que ce musée-là traite, que ce soit son principal objet, de l'histoire de la nation québécoise? Et tantôt M.
Bouchard nous parlait d'interaction avec les Premières Nations; je trouve
que c'est particulièrement intéressant comme façon de l'amener. Mais que ce
soit un musée qui parle de l'histoire de la
nation québécoise plutôt que ce soit un musée qui, un peu comme une courtepointe,
va parler de la nation québécoise, mais va aussi avoir une exposition sur
une... une des Premières Nations, va avoir une exposition sur... et que, là, on se
retrouve avec donc une courtepointe qui n'a pas nécessairement de fil
conducteur, est-ce que vous, vous êtes à l'aise avec
ce... cet objectif, que ce soit sur la nation québécoise et évidemment sur les
rencontres qui ont mené à ce qu'on connaît aujourd'hui comme nation?
M. Turgeon (Laurier) : Oui. Bien,
moi, je suis à l'aise parce que j'ai la profonde conviction que le Québec
représente une nation. Comme toutes les autres nations de la planète, on n'est
pas les seuls à vouloir s'affirmer comme
nation, et je crois que... je pense que c'est important pour nous de le dire
haut et fort et puis de nous compléter aussi dans cet... d'assumer cet
engagement de nation, hein? Et on peut le faire à travers... on a besoin
d'outils pour le faire. Et je pense qu'un
musée d'histoire est un outil important, hein, pour affirmer, accomplir aussi
cette mission d'une nation, qui se
veut une nation, de mon point de vue, comme beaucoup de nations, intégrative,
collaborative, participative, qui va donner la place à toutes les...
tous les représentants, tous les groupes qui représentent... ou qui
participent, je dirais plus qui participent
à cette nation, une place active dans la construction du vivre-ensemble et dans la construction de l'avenir de cette nation.
Je partage assez, là... J'ai entendu la dernière
partie de l'intervention de M. Bouchard sur la question de l'identité et
je partage assez, là, son idée, hein, de cette identité inclusive qui rassemble
des gens qui ont... qui ont des expériences
vécues communes et qui veulent construire ensemble un avenir qui est... qui
permet un bon vivre-ensemble.
M. Lacombe : Donc, que répondez-vous
aux gens qui nous disent que de vouloir parler de la nation québécoise, c'est en soi un geste politique et
donc c'est un peu une instrumentalisation de ce que sera le Musée national de l'histoire du Québec?
M. Turgeon
(Laurier) : Bien, je dirais que c'est tout à fait normal, que
c'est une affirmation politique, certes, mais je n'y vois pas de
problème. Le... Dans les objectifs stratégiques du Musée canadien de
l'histoire, le premier objectif stratégique, c'est d'affirmer l'identité de la
nation canadienne.
M. Lacombe : D'accord. Bien, je
trouve que... enfin, je trouve que c'est... Je vais noter cet exemple-là.
M. Turgeon
(Laurier) : Alors, je veux dire, je renverrais les gens qui
disent ça... bien, la définition du... de la... la mission du Musée canadien de l'histoire. Et puis on pourrait dire la
même chose pour le Musée canadien de l'histoire. Alors, je ne partage
pas cet avis par rapport au Musée canadien de l'histoire. Je pense que c'est un
musée qui se veut aussi inclusif et puis... qui se veut inclusif et qui se
veut... qui se veut canadien, oui.
M. Lacombe : Oui. Et vous m'apprenez
quelque chose, parce que je ne le savais pas, mais je trouve ça
particulièrement intéressant parce que... en tout cas, peut-être que je me
trompe, mais j'ai bien l'impression qu'on ne pourrait pas accuser le
gouvernement du Canada de ne pas être inclusif et de ne pas être ouvert à la
diversité. Et donc c'est... vous me dites
que c'est le... vous êtes sur le conseil d'administration, donc vous savez de
quoi vous parlez. C'est le premier... le premier objectif. Donc, si le
gouvernement canadien peut le faire, effectivement que le gouvernement
québécois peut... peut aussi le faire sans se faire taxer d'intolérance et de
renfermement sur lui-même.
M. Turgeon (Laurier) : Oui,
exactement.
M. Lacombe : C'est ma conclusion.
OK.
M. Turgeon (Laurier) : Oui, je la
partage.
M. Lacombe : Peut-être un petit mot
avant de passer la parole à mon collègue, une dernière petite question. S'il reste du temps après mon collègue, je
reviendrai, mais, sur les... sur les jeunes et sur l'émotion, tantôt
M. Bouchard parlait de l'importance de faire vivre des émotions aux
visiteurs et qu'il ne fallait pas le faire de façon artificielle, mais qu'en
soit, la présentation de l'histoire fait vivre des émotions, j'ai l'impression
que le numérique, de par ce qu'il nous permet de faire, notamment les
immersions, les expériences immersives, où on peut, par exemple, assister à un
discours historique qui a marqué la nation québécoise ou revivre un grand
événement culturel qui a marqué les esprits,
je pense, par exemple, aux fêtes nationales sur la montagne, par exemple,
est-ce que vous trouvez que ce serait une bonne utilisation des moyens
numériques, que vous connaissez bien, pour justement mettre en valeur
l'histoire puis faire vivre des émotions?
M. Turgeon (Laurier) : Oui, oui,
tout à fait. Moi, je ne suis pas contre le numérique, là. J'espère que je ne me
suis pas à fait mal comprendre. Nous, on a fait des projets d'utilisation de la
réalité augmentée, réalité virtuelle, par exemple, avec un projet avec le
musée... le musée de Wendake, le musée wendat de Wendake, qui a été vraiment intéressant, mais il n'empêche qu'on a fait ce
projet aussi dans la maison longue, où il y a plein d'artéfacts et d'objets
qui sont exposés.
Alors, je pense qu'il faut... il faut trouver un
équilibre et puis il ne faut pas... il ne faut pas penser que le... à mon avis,
que le numérique, que ça soit la seule façon de faire de la muséologie, hein?
C'est ça que je voulais dire. Le numérique est une façon, c'est une façon
intéressante, mais il y a aussi les méthodes, disons, plus classiques, plus
traditionnelles qui ont fait aussi leurs preuves et qui sont très efficaces.
Donc, je pense qu'il faut essayer de trouver un équilibre.
Par exemple, au Musée des
enfants au Musée canadien de l'histoire, finalement, après de longues années de
réflexion, les gens sont venus à la conclusion que c'était important de trouver
cet équilibre parce que, justement, les parents disaient : Bien, on n'a
pas envie que nos enfants passent 14 heures par jour devant des écrans.
Vous voyez?
M. Lacombe : Non, mais je suis allé
souvent avec mes enfants, et, je peux vous dire, ce n'est pas l'image qu'on se
fait d'un musée traditionnel, n'est-ce pas? C'est très participatif.
M. Turgeon (Laurier) : Oui.
M. Lacombe : Merci.
La Présidente (Mme Poulet) : Alors...
M. Lacombe : Je vais céder la parole
à mon collègue.
La Présidente (Mme Poulet) : Oui,
justement, le député de Vanier-Les Rivières a une question pour vous.
M. Asselin : Bonjour,
M. Turgeon. S'il y a quelqu'un qui connaît bien votre passion pour le
numérique, c'est bien moi. J'ai collaboré avec vous pour l'entreprise l'Encyclopédie
du patrimoine culturel de l'Amérique française, avec Martin Fournier...
M. Turgeon (Laurier) : C'est vrai.
Oui.
M. Asselin : ...au temps où je
n'étais pas député, et je connais bien votre amour du numérique. Alors, soyez
rassuré par rapport à ça.
Mais j'étais curieux de savoir comment vous
pensez que le musée de... qu'on travaille pourrait développer l'histoire chez les jeunes et, en même temps, du
côté numérique, peut-être du côté de l'interaction qu'il pourrait y avoir.
Alors, une petite question sur comment est-ce que l'histoire peut être bien
servie par le projet.
M. Turgeon
(Laurier) : Oui. Bien, d'après les... mes expériences, c'est
sûr que, bon, l'utilisation de la vidéo, les expériences immersives, c'est toujours intéressant parce que, bon, ça
permet de découvrir, je veux dire, un nouvel environnement, hein, un nouvel environnement 3D. C'est... c'est... Je
pense que, là, il y aurait des choses intéressantes à faire.
• (17 h 50) •
Mais il ne faut pas oublier que c'est quand même
des projets qui sont très coûteux et puis qui sont très passagers parce que les
technologies numériques évoluent à une grande vitesse. Et ce n'est pas facile
de suivre, hein, cette évolution. Ça demande
énormément de temps, d'énergie, d'investissements financiers. Donc, il faut
être conscient aussi de cet aspect,
hein, du numérique, parce que je pense qu'on peut aussi... on peut aussi faire
participer des jeunes à la captation de l'histoire orale, par exemple, ou à des
fouilles archéologiques, et ça peut être tout aussi passionnant pour les
jeunes, hein, de pouvoir faire ça, là, je veux dire, de déterrer, de voir
sortir de terre des artéfacts qui datent de trois, quatre, des fois
400 ans, ou même 3 000 ou 4 000 ans.
Mais je suis... je suis assez favorable à l'idée
d'un équilibre. Le numérique a ses mérites, certes. Bon, notamment, les expériences immersives, le 3D, là,
nous a permis d'aller très loin, mais c'est... ça a aussi ses limites, hein,
je dirais. Oui, ça a aussi ses limites.
Bon, les questions de... Nous, on avait eu
beaucoup de succès avec le Découvrir Québec, là. On avait les jeunes qui
les utilisaient, bon, dans les écoles. Les professeurs aimaient bien parce que
c'étaient un peu des trousses pédagogiques, en même temps, ça leur permettait
de présenter l'histoire autrement que par des livres. Mais... mais, bon, on avait beaucoup... c'était beaucoup du....
on utilisait beaucoup la vidéo, hein, des entrevues orales, un peu... un peu le
3D aussi, là. On avait fait le Château Frontenac, là, le Château Saint-Louis en
3D. Ça, ça avait été... Ça, les étudiants aimaient ça parce que, là, on
pouvait reconstruire le site en quatre minutes. On voyait la... le site
reconstruire, sortir de terre et être
transformé. Alors là, on avait une leçon d'histoire de ce site en quatre
minutes. Et on voyait très bien, on voyait très bien ce... comment ça...
comment il avait évolué, hein? Donc, ça, oui, ça, ce sont des expériences qui
sont vraiment, je pense, très intéressantes.
Mais il y a aussi le problème de l'écran, la fatigue de l'écran, hein? Et je
sais que ça peut être une préoccupation pour des enseignants et des...
et des parents.
M. Asselin : Merci. Je ne sais pas
s'il reste du temps.
La Présidente (Mme Poulet) : M. le
ministre, il reste trois minutes.
M.
Lacombe : Il nous reste trois minutes. Est-ce que c'était
complet pour... c'était complet pour toi? D'accord.
Je terminerais peut-être avec une question que
j'ai envie de poser à tous les intervenants, mais pour laquelle je manque
toujours de temps. Au-delà du numérique, parce que, là, on vient d'en parler,
comment ce musée pourrait faire pour rejoindre davantage les jeunes? Vous
savez, j'ai souvent des discussions avec nos PDG de musées et je me surprends souvent qu'il n'y ait pas davantage
d'expositions qui soient destinées à 100 % aux jeunes, donc, évidemment,
les jeunes allant de tout-petits à, disons, jeunes
adultes, mais, en tout cas, peut-être adolescents, mais il y en a très peu
quand même au Québec. Le Musée de la civilisation est particulièrement un bon
élève, mais, quand on regarde mon musée d'art, il y en a vraiment très, très
peu. Bon, on fait de la médiation culturelle, on invite les enfants dans ces
univers d'adultes qu'on leur traduit en mots d'enfants ou avec des activités.
Donc, est-ce que vous pensez que le Musée national de l'histoire du Québec
devrait aussi s'adresser parfois directement aux plus petits? Ou, sinon, plus
largement, comment on fait pour inciter les jeunes à venir visiter le musée?
M. Turgeon
(Laurier) : Oui. Bien, moi, je... bon, le numérique c'est un moyen,
mais je ne pense pas qu'il doit être le seul. Moi, je... d'après mes
expériences, la façon de... d'intégrer et de stimuler les jeunes, c'est de les
faire participer. Et c'est étonnant, mais, même des très jeunes, là, des
enfants de trois, quatre ans, on peut... Moi, je les ai vus là, sur des
fouilles archéologiques, là, qui sont simulées, bon, pas des vraies fouilles,
mais, bon, au lieu de leur mettre un carré de sable avec des jouets, on leur
met un carré de sable avec des artéfacts qui sont enterrés et on leur fait...
on les fait fouiller, et je vous assure que ça les excite, hein? Et puis pas
juste à peu près.
Alors, je donne cet
exemple-là, mais il y a d'autres possibilités. Leur apprendre à faire de la
photographie, à participer au développement d'expositions, vous voyez, ce n'est
pas... on n'a pas besoin d'être... d'avoir une maîtrise en muséologie, là,
pour... pour les faire participer, pour faire participer des jeunes, hein? Je
pense que tous les jeunes de tous les âges là, peuvent... peuvent vraiment
bénéficier de cette approche participative. Et puis... Et puis c'est pour eux
très stimulant, hein? Je pense que c'est très stimulant. Puis là ils se... ils
voient vraiment comment... comment un musée fonctionne, comment on monte des
expositions, c'est quoi, des artéfacts. Les faire découvrir les réserves, par
exemple, ça aussi, ça peut être intéressant au lieu de juste leur montrer des
expositions, vous voyez?
M. Lacombe : Mais
est-ce qu'on doit...
M. Turgeon
(Laurier) : Les réserves... Oui?
M. Lacombe : Est-ce
qu'on doit s'adresser aussi parfois à eux, puis à eux exclusivement dans
certaines expositions? On n'a plus de temps, hein?
M. Turgeon
(Laurier) : Ah! oui, oui. Bien oui. Oui, oui, on peut...
La Présidente (Mme
Poulet) : On n'a plus le temps. Je m'excuse de vous interrompre, on
n'a plus le temps.
M. Turgeon
(Laurier) : Oui, bien sûr, ma réponse est oui.
M. Lacombe : J'ai
entendu oui. J'ai entendu oui.
La Présidente (Mme
Poulet) : Alors, on poursuit les discussions avec la députée de Robert-Baldwin
pour une période de 12 minutes et 23 secondes.
Mme Garceau :
Merci beaucoup, Mme la Présidente. Bonjour, M. Turgeon. Très contente
de vous voir aujourd'hui. J'ai trouvé intéressant, puisque vous êtes membre du
CA du Musée canadien de l'histoire... et vous avez parlé de la présentation de l'histoire du Québec au musée et vous avez
mentionné : «Il faut maintenant une perspective plus québécoise en
ce qui a trait à la création de ce nouveau musée». J'aimerais... vous pourriez
élaborer là-dessus. Est-ce que... C'est quoi, les composantes qui feraient en
sorte qu'il y aurait une perspective plus québécoise?
M. Turgeon
(Laurier) : Oui. Bien, je pense que, bon, le Québec a une histoire qui
lui est unique, hein? Je pense à... Il a... Le Québec est sur un territoire qui
est occupé depuis 9 000 ou 10 000 ans, et donc cette occupation
du territoire a été spécifique au Québec en raison, bon, de sa géographie, hein,
de la morphologie des peuples aussi qui l'ont occupé. Il y a toute une première
période de la... disons, la période coloniale française qui est... qui est
aussi assez spécifique à ce territoire. Les Français n'ont pas... ne sont
pas... ne se sont pas cantonnés juste au Québec, là. Ils ont eu... Ils ont
circulé un peu partout sur le continent, notamment dans la partie nord-est du
continent.
Alors, je pense
que... je pense que ça mérite, là, qu'il y ait une trame, une narration, une
trame narrative qui raconte l'histoire de ce territoire qui est spécifique. Je
pense que... Le Musée canadien de l'histoire le reconnaît jusqu'à un certain
point, mais c'est vrai que... c'est vrai que le Musée canadien de l'histoire
doit faire l'histoire de tous les Canadiens, de tout le Canada, alors ce n'est
pas tout à fait la même perspective. Et surtout, je veux dire, on ne peut pas,
dans une perspective qui est pancanadienne comme ça, se concentrer, je dirais,
sur le territoire actuel du Québec.
Et puis il y a eu
aussi des grands enjeux, je veux dire, qui sont les enjeux d'ordre
sociopolitique au Québec, qui n'ont pas existé dans d'autres parties du Canada.
Alors... Alors, je pense que, pour tenir compte et... et raconter cette trame,
suivre cette trame narrative, il me semble important que le Québec puisse avoir
son musée pour le faire, vous voyez? Bon, je veux dire, je n'ai rien contre le
Musée canadien de l'histoire, au contraire, si j'y suis, c'est que j'y crois,
mais je pense qu'on peut... je pense que les deux peuvent très bien se
compléter sans se faire concurrence. C'est
un peu comme, je pense, le musée... le musée d'histoire peut exister avec le
Musée de la civilisation, ou comme le Musée d'histoire du Québec peut
exister avec le musée de l'histoire du Canada. Et je pense qu'il y a d'autres musées au Canada, des musées de province qui
portent sur l'histoire... l'histoire de la province en question, vous voyez?
Mme Garceau :
C'est intéressant...
M. Turgeon (Laurier) : Le musée, par
exemple, le musée de Terre-Neuve, le musée de Terre-Neuve, c'est
essentiellement un musée qui traite de l'histoire de Terre-Neuve, hein, Terre-Neuve-et-Labrador.
Mme Garceau : C'est intéressant que
vous mentionniez le Musée de la civilisation, qui peut coexister, si je peux
dire, avec un musée national. On a eu des experts qui sont venus... qui sont
venus en commission avec des préoccupations à ce sujet, compte tenu du libellé
des missions respectives des deux musées qui sont sensiblement les mêmes, et donc qu'il y aurait une compétition, une
concurrence entre les deux. Vous n'êtes pas... Vous ne partagez pas cet
avis?
• (18 heures) •
M. Turgeon
(Laurier) : Non, pas vraiment, parce que, bien, je pense que
moi, j'ai vu le Musée de la
civilisation, comme je l'ai dit tout à l'heure, plus comme un musée qui
va traiter des enjeux sociaux, c'est un musée de société et aussi un musée de civilisations, donc qui ne
traite pas juste de la civilisation du Québec mais aussi des civilisations de partout dans le monde. Donc, il y a un mandat qui
dépasse de beaucoup, là, le mandat d'un musée d'histoire du Québec, vous
voyez? Alors, je ne vois pas... je ne vois pas les deux comme étant en
concurrence.
Vous voyez, par exemple, au Musée canadien de l'histoire,
il y a... En fait, le Musée canadien de l'histoire regroupe deux musées :
il y a le Musée canadien de l'histoire et le musée de la guerre du Canada. Et
les deux font bon ménage, se complètent
assez bien, alors qu'on aurait pu dire aussi, quand le musée de la guerre a été
créé en 2002, que le Musée de la civilisation avait ce... en partie, ce
mandat, et donc ce n'était pas nécessaire. Mais, après avoir visité les deux
musées, j'ai bien vu que les deux ont leur particularité, une fonction qui leur
est spécifique, et puis qu'ils se complètent... ils se complètent très bien. Je
dois dire que j'étais assez critique quand il y a eu la création du Musée canadien de la guerre, mais, après l'avoir
visité plusieurs fois, je trouve qu'il joue un rôle important au Canada.
Mme
Garceau : Et donc, pour vous, M. Turgeon, parce que
j'ai pris bonne note, là, que l'histoire ne commence pas avec
M. Champlain, donc ça commence à quel moment?
M. Turgeon
(Laurier) : Bien, ça
commence... ça commence avec la création du territoire et puis l'occupation
du territoire par des... par des humains. Donc, ça... il faut remonter à
10 000 ans. Et puis surtout, il ne faut pas oublier le
XVIe siècle, parce que c'est... ce pauvre siècle a été très oublié, et on
passe toujours de... de Cartier à Champlain. On dit : Bon, Cartier, ça a
été un échec, puis là, bien, il n'y a rien qui se passe pendant 75 ans, et
ensuite, Champlain arrive, et puis ça y est,
il fonde le Canada. Mais... mais il y a eu, entre Cartier et Champlain, là,
énormément d'activité. Alors, moi,
j'ai passé 20 ans de ma vie à documenter cette... cette histoire, et je ne
suis pas le seul, hein, il y a d'autres personnes, des archéologues
notamment, qui ont beaucoup travaillé sur cette période, et puis d'autres
historiens, et c'est une période importante. De même que je dirais que la
période récente, qui pourrait être très bien documentée par l'histoire orale,
est... est souvent oubliée, hein, la période très récente. Donc, moi, je suis
un peu... je plaide pour qu'on tienne compte des deux extrémités, disons, de
l'histoire, bon, de l'occupation européenne, là, dans ce cas-ci, du territoire,
le XVIe siècle, mais aussi le XXIe siècle.
Mme Garceau : OK. Et vous avez une
expertise, j'ai pris note, en termes de relation entre Français et...
Amérindiens.
M. Turgeon (Laurier) : Oui.
Mme
Garceau : Et donc toute
l'histoire, évidemment, des peuples autochtones au Québec, ce serait important
que ce soit évidemment dans cette trame historique de l'histoire du Québec.
Est-ce que vous...
M. Turgeon (Laurier) : Oui, oui,
absolument, oui. Oui, oui, là, je... absolument. Ayant étudié ces questions, je
veux dire, l'histoire du Québec est... est intimement liée à l'histoire des
peuples autochtones depuis le tout début, je
dirais, de la fréquentation du territoire par les Européens jusqu'à
aujourd'hui, hein? Alors... Et c'est... c'est une grande richesse. C'est une...
Bon, une grande richesse... peut-être plus une richesse pour certains que pour
d'autres, là, ça, je le reconnais, mais... mais c'est une histoire dont
il faut tenir compte et qui a aussi, bon, des côtés qui sont moins glorieux, ça je le reconnais, notamment pour les
peuples autochtones, mais qui a aussi des aspects qui sont positifs, hein, qui
sont positifs également, et qu'on doit... qu'on doit mettre en valeur.
Mme
Garceau : Vous êtes un des
seuls qui nous a parlé de la composition du CA tel que défini au projet de loi.
Et vous avez mentionné que ce serait
important que tous les groupes soient représentés, incluant des... des
spécialistes. Et donc, moi, je voulais savoir, lorsqu'on regarde la
liste, là, il y a environ 10... 10 personnes, pour vous, qu'est-ce qu'on
devrait ajouter spécifiquement au projet de loi?
M. Turgeon
(Laurier) : Bien, moi, la crainte que j'ai... Et c'est une tendance
assez forte que j'observe dans les musées, pas juste au Québec et au Canada,
mais un peu... bien, surtout en Amérique du Nord, où on fait appel beaucoup à des... à des gestionnaires, des
comptables, mais beaucoup de gestionnaires et puis pas beaucoup aux spécialistes.
Et ça, je trouve ça vraiment dommage. Je... On est en train, avec... Yves
Bergeron, qui, je pense, est passé en commission, là, je
ne l'ai... je ne l'ai pas vu... mais avec lui, on mène un projet de recherche
qui est financé par le CRSH sur la gouvernance des musées au Canada, aux
États-Unis et en... et en Europe. Et on constate la même chose partout : c'est que les CA sont composés
beaucoup de gens du milieu de la finance, des gestionnaires, des comptables
et des juristes. Et je pense qu'il y a une sorte de... il y a une sorte de
croyance que si on met beaucoup de gens avec... qui sont du domaine de la
finance, ils vont donner de l'argent, et puis le musée va s'enrichir. Mais moi,
ce que j'ai constaté, c'est que, finalement,
ces gens-là donnent très peu d'argent, ils font très peu de dons, et c'est
souvent les gens qui sont moins fortunés qui font des... qui font des
dons importants. Alors... Et puis surtout, bien, je veux dire, le problème,
c'est qu'on ne finit que de... on ne discute que de gestion et on ne discute
pas du contenu et de la vraie mission du
musée, hein, qui est celle de produire un récit historique intéressant, varié,
émouvant, vous voyez. Alors... alors... Sinon, là, on risque de
s'enliser dans des discussions juste sur la gestion, la gestion des risques,
etc., etc.
D'ailleurs, en
passant, j'avais vu un article très intéressant qui a été publié dans Le
Devoir, là, je ne sais pas, au mois de mars
2024, là, je l'ai... je l'utilise, je le présente à mes étudiants, Baillargeon,
sur la... sur cette question-là, où il dit que justement, lui, bon, il
se... il s'appuie sur le... ce qui se passe au Québec, mais, ce qu'il dit pour
le Québec, là, c'est... ça se passe ailleurs
au Canada puis aux États-Unis également, hein? La situation est un peu différente
en Europe parce que les musées sont gérés de façon différente, là, ce n'est pas
des... ce n'est pas vraiment des conseils d'administration. Il y a... il y a
une autre forme de gestion. C'est plus l'État qui dirige les musées, mais, en
même temps, je trouve qu'ils réussissent mieux parce qu'ils ont plus de
spécialistes à qui ils peuvent faire appel. Parce
qu'avoir un seul historien sur un conseil d'administration de
10 personnes, c'est pour moi une aberration. Il faudrait qu'il y
ait... il faudrait qu'il y ait archéologie, des ethnologues... anthropologie.
Il faudrait que la moitié, si c'était... si c'était... À mon... à mon avis, là,
c'est qu'il faudrait que la moitié du conseil d'administration soit composé de
spécialistes qui...
La Présidente (Mme
Poulet) : Merci beaucoup, M. Turgeon.
Mme Garceau :
Merci.
La Présidente (Mme
Poulet) : On va poursuivre les discussions avec le député de Jean-Lesage
pour une période de 4 min 8 s.
M. Zanetti : Merci,
Mme la Présidente. Merci beaucoup, M. Turgeon. Il y a une question qui se
pose dans l'enjeu de la création de ce nouveau musée là, puis c'est la question
de comment on va parler d'identité, comment on va faire un récit, finalement, de notre histoire puis de ce que nous
sommes collectivement. Selon vous... pardon, qu'est-ce qu'on... comment
on doit faire ça?
• (18 h 10) •
M. Turgeon (Laurier) :
Bien, je pense qu'il est important d'abord de reconnaître que les identités
sont plurielles, hein, que les identités du Québec sont multiples et très
diversifiées, et puis qu'il y a... il y a toutes sortes de manifestations
identitaires, hein, que c'est quelque chose qui est... qui a une grande
pluralité de ces... de ces identités, qu'il faut reconnaître, qui sont
importantes à reconnaître, parce que ces... ces identités sont importantes pour
les gens qui les portent, hein? Les identités des Métis, des Autochtones puis
des différents groupes autochtones, c'est...
c'est fondamental, parce que ça leur donne un sentiment d'appartenance, un
sentiment d'existence. Ils savent... Ça leur donne des repères et puis
ça leur permet d'avoir... d'avoir de l'espoir dans l'avenir, dans leur... dans
leur devenir. Donc, il y a... il y a
beaucoup de couches d'identités, hein? Donc, je pense qu'il ne s'agit pas, là,
d'essayer de créer une identité
unique et qui soit exclusive, hein? Je pense que, d'abord, il est important de
reconnaître cette pluralité, mais aussi de dire que, bon... qu'en tant
que Québécois on a... on a une mission commune et qu'on doit se fédérer,
fédérer ces différentes identités pour... pour réaliser des plus grandes choses
collectivement, hein?
Alors, je pense que
c'est ça, on a un passé de vécu ensemble et puis on a aussi un avenir qu'on
peut déterminer collectivement tout en
respectant, hein, ces... et puis en soutenant aussi ces différentes identités.
Parce que c'est cette diversité des identités, je pense, qui fait... qui
peut faire la force de la fédération, si j'ose parler ainsi.
M. Zanetti : Je
comprends. Merci.
La Présidente (Mme
Poulet) : ...25 secondes.
M. Zanetti : Bien,
je pense que ça va être tout pour moi. En 1 min 25 s, là, c'est
pas mal ça que je voulais aborder. Je vous remercie beaucoup, Mme la
Présidente. Merci, M. Turgeon.
La Présidente (Mme
Poulet) : Parfait.
M. Turgeon
(Laurier) : Avec plaisir.
La Présidente (Mme
Poulet) : M. Turgeon, je vous remercie pour votre contribution à
nos travaux.
Alors, compte tenu de
l'heure, la commission ajourne ses travaux au jeudi 19 septembre
2024, après l'avis touchant les travaux des commissions.
(Fin de la séance à 18 h 12)