Journal des débats (Hansard) of the Committee on Labour and the Economy
Version préliminaire
43rd Legislature, 1st Session
(November 29, 2022 au September 10, 2025)
Cette version du Journal des débats est une version préliminaire : elle peut donc contenir des erreurs. La version définitive du Journal, en texte continu avec table des matières, est publiée dans un délai moyen de 2 ans suivant la date de la séance.
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Wednesday, March 13, 2024
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Vol. 47 N° 43
Special consultations and public hearings on Bill 51, An Act to modernize the construction industry
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Intervenants par tranches d'heure
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D'Amours, Sylvie
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Boulet, Jean
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Boulet, Jean
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D'Amours, Sylvie
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Cadet, Madwa-Nika
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Leduc, Alexandre
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D'Amours, Sylvie
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Boulet, Jean
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Cadet, Madwa-Nika
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Cadet, Madwa-Nika
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D'Amours, Sylvie
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Leduc, Alexandre
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D'Amours, Sylvie
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Boulet, Jean
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Cadet, Madwa-Nika
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Cadet, Madwa-Nika
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D'Amours, Sylvie
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Leduc, Alexandre
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Boulet, Jean
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Paradis, Pascal
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Boulet, Jean
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D'Amours, Sylvie
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Cadet, Madwa-Nika
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Leduc, Alexandre
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Paradis, Pascal
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Paradis, Pascal
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D'Amours, Sylvie
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Boulet, Jean
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Boulet, Jean
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D'Amours, Sylvie
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Cadet, Madwa-Nika
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Leduc, Alexandre
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Paradis, Pascal
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D'Amours, Sylvie
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Boulet, Jean
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Cadet, Madwa-Nika
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Cadet, Madwa-Nika
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D'Amours, Sylvie
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Leduc, Alexandre
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Paradis, Pascal
11 h (version révisée)
(Onze heures dix-huit minutes)
La Présidente (Mme D'Amours) : À
l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission
de l'économie et du travail ouverte. Je vous souhaite la bienvenue et je
demande à toutes les personnes dans la salle de bien vouloir éteindre la
sonnerie de leurs appareils électroniques.
La commission est réunie afin de
poursuivre les consultations particulières et auditions publiques sur le projet
de loi n° 51, Loi modernisant l'industrie de la construction.
Mme la secrétaire, y a-t-il des
remplacements?
La Secrétaire : Oui, Mme la
Présidente. M. Tremblay (Dubuc) est remplacé par Mme Mallette
(Huntingdon).
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Nous entendrons ce matin les témoins suivants, soit la... CSD, pardon,
Construction et le Conseil provincial du Québec des métiers de la construction
(International). Donc, je vous souhaite, chers invités, la bienvenue. Vous
représentez CSD-Construction. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes
pour votre exposé, puis nous allons procéder à la période d'échange avec les
membres de la commission. Je vous invite donc à vous présenter et à nous faire
votre exposé, s'il vous plaît.
M. Vachon (Luc) :Bonjour, Mme la Présidente, M. le ministre, mesdames,
messieurs des oppositions ainsi qu'à vos équipes respectives. Alors, nos
sincères salutations, et merci de nous recevoir pour entendre le point de vue
de la CSD et de la CSD-Construction sur le projet de loi n° 51.
Alors, je suis Luc Vachon, président de la
Centrale des syndicats démocratiques. Je suis accompagné de M. Carl Dufour, président
de la CSD-Construction, ainsi que de Francis Fortier, qui est conseiller
syndical à la recherche pour la <CSD...
M. Vachon (Luc) :
...à la recherche pour la >CSD.
Alors, tout d'abord, je tiens à préciser
que c'est avec ouverture que nous sommes ici malgré les grandes réserves que
nous avons sur certains aspects du projet de loi et que, si parfois mes propos
pourront sembler non complaisants, ils ne doivent en rien être interprétés
comme une attaque à la volonté du ministre de provoquer des changements dans
l'industrie ni un plaidoyer pour un statu quo. Nous savons très bien que les
choses doivent changer et nous sommes en accord avec certains changements
proposés. Nous en proposons d'autres, d'ailleurs, dans notre mémoire. Et, pour
plusieurs de nos désaccords sur certains points du projet de loi, ils reposent
sur notre conviction profonde que les moyens choisis ne répondront pas aux
objectifs souhaités et seront néfastes pour la main-d'oeuvre, voire même pour
l'industrie elle-même. Nous avons une certaine critique sur les moyens et
arguments qui ont conduit à certaines propositions de ce projet de loi. Nos
propos ne sont pas non plus des attaques envers les entrepreneurs de
l'industrie, qui, rappelons-le, sont, à plus de 80 %, des entreprises de
cinq employés et moins, qui travaillent dur et qui ne sont pas réellement ceux
à qui bénéficieraient ces modifications. Ce serait même souvent le contraire.
• (11 h 20) •
Un autre élément qui heurte dans
l'aboutissement de ce projet de loi provient non pas de ce qu'il contient, mais
de ce qui a été véhiculé dans l'espace public depuis le début des... des débats
entourant ce projet de loi. Le sentiment de déception qu'ont la CSD et la CSD-Construction
est qu'encore une fois les travailleuses et travailleurs de l'industrie de la
construction font les frais, à tort, des changements de l'industrie. Nous
déplorons que par les exemples utilisés, on laisse ainsi comprendre que si les
chiffres ne donnent pas les résultats souhaités, c'est la faute des syndicats
et des travailleurs et travailleuses. Ce serait de leur faute si les travaux
sont plus longs, que si on enlève des règles, on va alors les rendre plus
efficaces. C'est croustillant, ce genre de discours, ça fait beaucoup de bruit
dans l'espace public, ça marque l'imaginaire collectif, mais ça évite surtout
qu'un regard se porte sur les vraies choses qui seraient importantes pour cette
industrie, parce que parfois, c'est payant ainsi, ça va augmenter les profits.
C'est d'ailleurs plutôt inquiétant que dans l'argumentaire, les propos de
certaines associations patronales aient été repris en arguments et, au final,
de retrouver dans le projet de loi des dispositions correspondant aux demandes
portées par ces associations. Nous sommes déçus qu'encore, parce que ce n'est
pas vraiment la première fois, les travailleurs et travailleuses font seuls les
frais avec aucun gain tangible en retour.
Les propos tenus, les exemples utilisés,
qui sont souvent grandement exagérés, parfois plus près de la déformation que
de la réalité, des exemples à l'emporte-pièce, les fameuses portes, les
fantastiques gains d'efficacité, des sondages, des sondages dont les résultats
sont érigés en études puis portés en vérités dans l'argumentaire politique... Soyons
francs un petit peu, un... un sondage soumis à ses propres membres, dont on
peut facilement douter au départ de la neutralité des réponses, où seules
308 personnes ont été sondées et dont seulement 112 de ces
308 personnes ont répondu, ça démontre le peu d'intérêt qu'eux-mêmes ont
eu pour le sondage, et, du même souffle, ça démontre que pour eux, même pour
eux, l'enjeu n'est pas là.
Revenons sur ces fameuses portes qui ont
pris 45 jours pour être changées. On comprend tous qu'il n'y a pas eu de
travail sans... sans arrêt, en continu, pendant 45 jours, mais personne ne
soulève la question, à savoir qui a bien pu aussi mal planifier ces travaux
pour que, selon les prétentions, ce qui prendrait 26 jours en prendra au
final 45. Dans le fond, ce qu'on nous dit, c'est : On planifie mal, alors
il faudrait qu'on puisse compenser nos erreurs avec une réduction des règles.
J'aborde maintenant le fond du projet de
loi et de ce qu'il apporte comme changements. Bien entendu, on ne pourra pas
toucher tous les éléments, mais vous trouverez plusieurs commentaires et
suggestions additionnels dans notre mémoire.
Dans les faits, ce projet de loi n'aura
pas les effets attendus. Il n'y a rien dans ce projet de loi qui, je précise,
dans le contexte actuel ou celui des prochaines années, causera de grandes
catastrophes visibles, du moins avant quelques années, mais il n'y a rien non
plus dans ce projet de loi qui apportera des changements significatifs sur le
terrain. Pourquoi? Parce qu'on tourne le dos aux véritables enjeux. On tourne
le... le dos à une meilleure planification des travaux, aux réels problèmes
d'attraction et de rétention de la main-d'oeuvre. On ne parle pas de
l'importance d'une main-d'oeuvre mieux et plus formée. On ne parle pas non plus
de la nécessité du changement de culture nécessaire dans cette industrie ni de
l'importance qu'il y ait un véritable travail conjoint des acteurs pour <une...
M. Vachon (Luc) :
...véritable travail conjoint des acteurs pour >une
amélioration des conditions de travail, d'une amélioration de l'organisation du
travail et l'introduction de nouvelles technologies. Tout cela pourrait
produire de réels gains de productivité.
Comme bons coups du projet de loi, on peut
parler du fonds de rétroactivité : enfin éliminer cette anomalie
incompréhensible qui dure depuis tant d'années, favorisant incontestablement
les associations patronales au... au détriment des syndicats et les
travailleuses et travailleurs qu'ils représentent. Il reste encore quelques
angles morts sur ce point, mais déjà, ça constitue une correction significative.
Les modifications apportées au processus
de conciliation qui peuvent passer sous le radar seront, nous le souhaitons, un
élément important pour permettre un meilleur déroulement des négociations en
vue du renouvellement des conventions collectives et permettront, nous le
souhaitons aussi, aux parties de travailler ensemble à trouver des solutions
porteuses pour l'industrie.
Maintenant, en ce qui concerne le volet de
la polyvalence, nous faisons un constat moins positif. Nous ne croyons pas que,
d'une part, ce qui est proposé donne des résultats très grands, et, d'autre
part, ce sera totalement ingérable, impossible concrètement à baliser, une
porte grande ouverte à des utilisations abusives de toutes sortes. Il sera
impossible pour la CCQ et son inspectorat de véritablement faire appliquer ce
genre de règles.
Quant à la mobilité de la main-d'oeuvre
interrégionale, ce qui est proposé est fortement préoccupant. Y a-t-il des
choses qui doivent être actualisées dans la mobilité? Assurément. Mais les
dispositions qui prévalent actuellement ont été déterminées par les parties
lors de négociations. Les travailleuses et travailleurs ont probablement
concédé, en contrepartie, des conditions de travail, et aujourd'hui, on va
sortir ça du champ de négociation, on va retirer ces protections, et ce, sans
qu'ils puissent, à la limite, obtenir des gains en contrepartie.
De plus... la réduction de
1 500 heures de travail requises auprès des employeurs... d'un
employeur dans les deux années précédentes à 750 heures. Ce qui revient à
dire qu'une personne qui fera 375 heures de travail par année pour un
employeur sera considérée comme faisant partie du noyau de travailleurs
qualifiés de cet employeur. 375 heures par année, à peine
10 semaines, ça ne correspond en rien à une personne faisant partie du
noyau qualifié. Au contraire, ça correspond exactement à la main-d'oeuvre qui
vient s'ajouter pendant les phases de pointe. Puis c'est souvent des personnes
qui sont différentes d'une année à l'autre, voire d'un contrat à l'autre. Nous
sommes d'avis que des améliorations peuvent être apportées, mais elles
devraient être déterminées par les acteurs de l'industrie, entre autres par la
négociation, comme ce l'est actuellement.
On ne semble pas non plus tenir compte,
dans ces propositions, de la composition des entreprises, dont plus de
80 % ont cinq employés et moins, alors qu'une poignée seulement
d'entreprises se partagent les plus grands travaux partout dans la province,
dont en région, ni de la concentration des heures de travail dans deux régions,
soit la région métropolitaine de Montréal et de la Capitale-Nationale, alors
que près des deux tiers des heures de travail se concentrent dans ces deux
régions. La résultante sera indéniablement que les travailleuses et... et travailleurs
des régions auront donc encore moins accès aux grands travaux qui se feront
dans leur propre région, ils vont devoir encore plus qu'actuellement sortir de
leur région pour gagner leur vie et maintenir leurs qualifications.
En somme, nos constats face au projet de
loi n° 51 sont qu'il ne s'agit pas, malgré ce que nous croyons être une
réelle intention d'améliorer la productivité du secteur construction, de pistes
porteuses, et qui sont plus de l'ordre des réponses aux attentes des... des associations
patronales qui visent on ne peut plus clairement une déréglementation. Il y a
eu allègement de la réglementation visant l'installation des machines de
production, antérieurement, il y a ça plusieurs années, et là, on commence à se
rendre compte aujourd'hui que, bien que ça avait l'air intéressant à l'époque
pour certains, ce n'est peut-être pas une si bonne idée. L'argument de la trop
grande réglementation, ou de sa trop grande rigidité, ou de sa complexité,
c'est un argument facile, simple, trop souvent utilisé afin de détourner le
débat. Nous croyons fermement que la préoccupation de hausser la productivité
peut se défendre, que l'intention de départ était en ce sens, mais les
propositions du projet de loi ne vont malheureusement pas dans cette direction
et qu'à certains égards risquent même d'avoir l'effet contraire. Merci.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
C'est tout le temps que nous avions. Vous avez fini à temps.
M. Vachon (Luc) :C'est tout le temps dont j'avais besoin.
La Présidente (Mme D'Amours) : Parfait.
Donc, je vous remercie pour votre exposé. Nous allons maintenant commencer la
période d'échange. Et je vais céder la parole au ministre pour un temps de 16
min 30 s. Période d'échange <questions-réponses...
La Présidente (Mme D'Amours) :
...min 30 s.
Période d'échange >questions-réponses.
M. Boulet : Merci, Mme la
Présidente. Merci, M. Vachon ainsi qu'à toute votre équipe. C'est un mémoire
qui est étoffé, qui contient beaucoup de commentaires et des recommandations
intéressantes. Puis je vous connais assez pour savoir que vous le faites dans
un état d'esprit d'aider à bonifier le projet de loi. Je l'ai constamment
répété, c'est un projet de loi qui se veut à la quête d'un équilibre modéré,
mais aussi perfectible.
• (11 h 30) •
Avant de vous poser quelques questions,
parce que vous avez abordé plusieurs sujets, je veux juste prendre un peu de
temps pour vous mentionner qu'il n'a jamais été de notre intention... Puis là
je vous renvoie la balle. Vous me connaissez assez bien, on ne veut pas, par un
projet de loi, faire des gains sur le dos des travailleurs, parce que,
constamment, que ce soit la polyvalence ou la mobilité, on a à coeur la qualité
des travaux, la sécurité des travailleurs ainsi que leur santé. Puis le projet
de loi n° 42 est une autre démonstration de la volonté du gouvernement de
faire tout en son possible pour que tout le monde, notamment dans le secteur de
la construction, puisse évoluer dans un environnement qui est sain et
sécuritaire.
Vous prenez aussi quelques minutes pour
faire le procès d'AppEco. Bon. Simplement rappeler, il y a eu des
consultations, appelons ça une étude, un rapport ou un sondage, il y a quand
même un nombre impressionnant d'entrepreneurs qui ont dit, selon différents
scénarios de polyvalence dont celui qui est dans notre projet de loi : On
pourrait économiser 10 % des heures travaillées. Il y a eu 210 millions
d'heures travaillées en 2022, si on en récupère 10 %, c'est 21 millions.
Et la conclusion de personnes quand même reconnues et réputées en économie est
que ce serait l'équivalent de pouvoir construire 25 ou 26 écoles
primaires, et donc une réduction des délais et des coûts.
Et est-ce que, dans certains chantiers, il
y a une certaine polyvalence? Probablement. Mais la loi et le règlement est
clair, les métiers comprennent des tâches qui sont comprises dans une annexe,
et dans un article, donc, spécifique, on dit qu'on doit respecter les
définitions de «métiers», d'où l'importance de faire de la polyvalence. Mais ce
n'est pas un bar ouvert. C'est une polyvalence qui est contrôlée. C'est des
tâches complémentaires. Les exemples qui ont été utilisés, c'est des cas vécus,
c'est des cas qui nous ont été rapportés, ce n'est certainement pas pour faire
du sensationnalisme.
Là où on se rejoint beaucoup, c'est
l'importance de la planification des travaux. Parce que le projet de loi, ce
n'est pas une finalité. Quand on parle de modernisation, souvenez-vous le plan
construction, avec ses interventions en collaboration avec le Conseil du trésor,
le ministère des Infrastructures et d'autres ministères, et les huit
allègements réglementaires, il y a aussi de la formation accélérée. Mais, la
planification des travaux, je pense qu'elle s'impose. Qu'on soit un petit, un
moyen ou un grand entrepreneur, mieux on planifie, plus on sauve des délais et
plus on réduit ultimement nos coûts. Et moi, je pense que les effets attendus
vont dépendre essentiellement de la collaboration des parties.
La mobilité. Juste rappeler qu'en génie
civil, voirie, il y a 13 métiers qui bénéficient de la pleine mobilité,
puis il n'y a pas eu les effets pervers qui sont annoncés par certains groupes.
Il y a, en institutionnel, commercial et industriel, 20 %, on peut aller
jusqu'à 20 % de mobilité. Il y a à peu près 11 %, 12 %,
13 % des personnes qui en bénéficient. Vous savez qu'il y a des impacts
financiers à la mobilité. La mobilité, c'est un outil additionnel pour
notamment permettre à des régions de réaliser des projets industriels dans les
filières stratégiques de l'économie du Québec. J'aurais aimé... Puis je sais
que vous en traitez, mais quand on parle du projet de loi, n'oubliez pas
l'accès. On veut un secteur qui, comme tous les secteurs d'activité... un peu
plus inclusif, un peu plus...
11 h 30 (version révisée)
M. Boulet : ...plus inclusif,
un peu plus diversifié : les femmes, les Premières Nations, les minorités
visibles, les personnes immigrantes, les personnes en situation de handicap. Qu'est-ce
que vous dites aux personnes immigrantes qui arrivent au Québec puis qui disent :
Il n'y a aucune norme de reconnaissance des acquis de mes heures de formation,
de mon expérience de travail? Le projet de loi répond aussi beaucoup à l'accès
qui va permettre à notre industrie de se distinguer.
J'aimerais juste vous entendre, peut-être
un peu brièvement, là, votre mémoire dit que, bon, pour les assouplissements
qui ont été faits pour les femmes... Bon, vous souvenez-vous, Luc, vous
connaissez bien le programme d'accès à l'égalité pour les femmes, qui est entré
en vigueur en 2015, qui a donné d'excellents résultats, on est passés de 9...
de 0,9 % à 3,8 % de représentativité féminine. Ça va en augmentant.
Ce que j'ai compris, c'est que vous... Est-ce que vous êtes d'accord à ce que
ces mesures-là s'appliquent aux groupes issus de la diversité que je viens de
mentionner? Parce que j'ai compris, une de vos recommandations, c'est que vous
souhaitiez que ces mesures-là, qui ont été mises en place pour les femmes, ne s'appliquent
pas pour les autres groupes issus de la diversité, c'est comme ça que je l'ai
compris, alors que ça a été tellement bénéfique pour les femmes. Bien, si... je
vous donne l'occasion de rectifier le tir, allez-y.
M. Dufour (Carl) : M. Boulet,
ce qu'on a peur, dans le fond, c'est que, si vous prenez tous les autres
travailleurs puis vous les collez sur les mesures des femmes... c'est que le
3,8 % des femmes fonde comme neige au soleil puis que les femmes aient
moins d'accès à l'industrie. On a une grosse crainte là-dessus. Mais, pour le
premier point que vous avez donné, la RAC pour les immigrants, on était d'accord
pour la reconnaissance. Mais on a peur que, si vous collez tous les autres
travailleurs avec les mesures des femmes, que le 3,8 % descende très
rapidement.
M. Boulet : Bien, comme vous
savez, M. Dufour, le programme d'accès à l'égalité pour les femmes expire
cette année, et il y en aura une nouvelle version et ça va tenir compte, et ce
n'est pas prévu qu'il y ait d'incidence, au contraire, le taux est en
augmentation. Quand on regarde les cohortes, tant au diplôme d'études
professionnelles que les attestations d'études professionnelles, il y a de plus
en plus de femmes. La croissance, elle est amorcée, elle se poursuit. Et ce n'est
pas parce qu'on fait bénéficier des mesures qui ont donné des résultats
positifs pour les femmes que ça va avoir un impact négatif qu'on puisse en
faire bénéficier d'autres groupes. Ça, c'est l'opinion que nous avions.
Autre point, M. Vachon, il y a le
mécanisme, dans le projet de loi, de consultation des donneurs d'ouvrage, qui,
si je me souviens bien, est en place depuis 2011, puis vous recommandez l'abrogation
de ce mécanisme de consultation, alors que je vous connais comme un homme d'ouverture,
un homme ouvert à la collaboration, prêt à obtenir les opinions des donneurs d'ouvrage.
Est-ce que je vous ai mal compris? Mais j'ai vu qu'une recommandation
concernait votre volonté d'abroger ce mécanisme-là et j'aimerais, en deux mots,
savoir pourquoi.
M. Vachon (Luc) :Je vais être tout à fait transparent et honnête là-dessus...
Vous attendez ça, hein?
M. Boulet : Je vous connais
comme ça.
M. Vachon (Luc) :Ça a fait partie des discussions, mais je dirais que cet
élément-là n'aurait probablement pas dû se retrouver parce qu'il existe déjà
dans la loi, ça, il y a juste eu un déplacement dans le projet, là, juste un
déplacement. Ce n'est pas un enjeu crucial, ça, là-dessus, je vous le dis, même
si mon opinion est que ça n'aurait peut-être pas dû être là à l'époque, mais,
bon, ça y est. Ce n'est pas... Ce n'était pas pour enlever quelque chose qui y
était.
Ceci dit, si vous me permettez d'intervenir
sur le programme d'accès pour les femmes, ça a donné certains résultats. Je ne
partage pas exactement votre opinion à l'effet que ça a donné d'excellents
résultats parce qu'on est à 3,8 %, ça avance, ça avance tranquillement,
mais c'est quand même à pas de tortue, là, je veux dire, c'est... on n'a pas
passé de 0,9 % en 2015 à 3,8 % en... aujourd'hui, tu sais, on a... c'est
très progressif. Puis, l'autre bout, c'est... ce qu'il faut regarder, c'est la
plupart... il y a 50 % des femmes qui entrent et qui quittent. Alors, on a
un phénomène à réfléchir sur notre capacité de retenir les femmes, parce que si...
ça n'arrivera pas dans la vie, mais, si <toutes...
M. Vachon
(Luc) :
...capacité de retenir les
femmes, parce que si... ça n'arrivera pas dans la vie, mais, si >toutes
les femmes qui étaient entrées dans l'industrie étaient demeurées, on serait
au-dessus de 10 %, actuellement. Alors, on a un exercice à faire là-dessus.
Puis ensuite, ce qu'on dit dans le
mémoire, ce n'est pas qu'on est contre qu'il y ait des mesures pour les
minorités visibles, les personnes immigrantes, il y a des distinctions à faire
parce que c'est peut-être une définition qui est un peu trop... où tout est
dedans, et il y a des distinctions à faire en fonction des différentes... pas
catégories, ce n'est pas correct, là, mais, tu sais, différentes particularités
des groupes qui sont visés.
• (11 h 40) •
M. Boulet : Puis je sais que
vous connaissez l'existence de ces travaux-là. L'amélioration du taux de
rétention des femmes est une priorité. Le sondage qui avait été révélé par la
CCQ il y a... je pense en 2021, démontrait qu'à peu près 55 % des femmes
abandonnaient dans les cinq premières années de leur arrivée dans l'industrie
de la construction. C'est inadmissible. Puis ça, il faut s'intéresser à la
formation, la sensibilisation, puis notamment le projet de loi n° 42 qui
s'applique dans l'industrie de la construction vise à répondre à l'importance
aussi d'intégrer une culture de signalement puis de dénonciation. Parfois...
Vous l'avez vu dans le sondage Léger, on révélait aussi que 79 % des
personnes qui observaient, subissaient soit des menaces, de l'intimidation ou
du harcèlement ne le disaient pas par crainte de représailles. Elles seront
protégées dorénavant avec le projet de loi n° 42... ou par crainte de
perdre leur emploi. Elles seront dorénavant protégées avec le projet de loi
n° 42 et certaines dispositions actuelles de la Loi sur les normes du
travail et celles en matière de santé-sécurité du travail, où j'ose croire
qu'on a fait quand même des pas en avant.
Peut-être, autre élément, M. Vachon.
Vous savez que dans le projet de loi, pour permettre une meilleure intégration
des personnes issues des communautés autochtones, on va permettre l'octroi de
permis de référencement, puis ça, c'est revendiqué, c'est souhaité. Puis dans
les régions éloignées, j'ai même rencontré un syndicaliste dont on... on
réfère, on parle de son nom sur la place publique, puis il me disait que
c'était super important dans sa région que les groupes, comme l'Administration
régionale Kativik, comme <i>Eeyou Istchee Baie-James et autres qui ont
des ententes intergouvernementales, puissent participer au processus de
référencement, malheureusement, donc aussi peu représenté par les associations
représentatives reconnues dans la loi R-20. Pourquoi vous vous opposez à
l'octroi de permis de services de référence de main-d'oeuvre à ces entités? Encore
une fois, peut-être que j'ai mal lu et parce qu'on reçoit les mémoires un peu à
la dernière minute, mais vous semblez vous opposer, et, si ce n'est pas le cas,
je vous donne l'occasion de rectifier le tir.
M. Vachon (Luc) :Bien, en fait, dans les discussions qu'on a eues, nous,
avec tous les conseillers et conseillères de la CSD-Construction, c'était :
Ces gens là, quand ils sont membres chez nous, ils sont référés avec le même...
le même intérêt, le même exercice est fait, et ils sont membres chez nous. Alors,
ils sont représentés comme tous les membres chez nous. Alors... La question
c'était : Mais pourquoi? Qu'est-ce que ça va apporter de plus sinon de
venir mettre une espèce de troisième joueur dans l'équation? Parce que la CCQ
le fait déjà. Nous, on le fait déjà. Je suis sûr que chacune des associations
représentatives qui fait la référence, quand ils ont des... du travail dans ces
régions-là, vont le faire. Il y en a autour de la région de Montréal aussi, où
est-ce que les gens m'ont dit : On ne comprend pas parce que nous on le
fait déjà, tout ça, on fait déjà ça. Quand ils sont membres chez nous, ils sont
membres chez nous.
M. Boulet : C'est une mesure
additionnelle, je pense, qui va permettre une intégration beaucoup plus
harmonieuse des personnes issues des communautés autochtones, particulièrement
dans les régions éloignées. C'était une revendication qui m'apparaissait
totalement légitime.
Et, Luc, avant qu'on termine, c'est sûr
qu'on va s'assurer que les programmes d'accès à l'égalité provenant de la CCQ,
qui sont travaillés en collaboration avec les parties... les <partenaires...
M. Boulet :
...provenant
de la CCQ, qui sont travaillés en collaboration avec les parties... les >partenaires
de l'industrie de la construction puissent prévoir des mesures en tenant compte
de chacun des groupes, notamment et particulièrement aussi, bien sûr, les
femmes.
Peut-être, dernier commentaire. Vous le
savez, M. Vachon, depuis le début de l'année 2023, on en a mis en
place, des ateliers de consultation avec les partenaires parce que je suis un
grand partisan de faire des changements après consultations. Je disais tout le
temps, au début des consultations, là où il n'y a pas de consensus, le
législateur doit faire un certain arbitrage. Et souvenez-vous, sur la
polyvalence, on avait eu des discussions. Évidemment, les associations
d'employeurs sont plus favorables, les centrales... les associations
syndicales, moins, mais on avait travaillé sur une liste potentielle
d'activités qui pouvaient être partagées d'un métier à l'autre. Il n'y a pas eu
d'entente. On a... on a parlé, puis vous me confirmez, pendant des mois, des
mois, des mois. Il n'y a pas eu d'entente sur une activité. Les employeurs en
veulent plus, les syndicats en veulent moins. Je pense que notre article, avec
les conditions, est le fruit d'un bon équilibre. Alors, merci beaucoup encore
une fois de votre présence et de votre mémoire.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup, M. le ministre. Maintenant, je vais céder la parole à la députée de Bourassa-Sauvé
pour une période d'échange de 12 min 23 s.
Mme Cadet : Merci beaucoup,
Mme la Présidente. Merci, MM Vachon, Dufour et Fortier, pour votre
présentation ainsi que pour votre mémoire effectivement très étoffé.
Je commencerais, un peu comme vous l'avez
fait, avec la notion de productivité. Parce que vous... bien, vous l'avez
mentionnée dans votre présentation, mais également, donc, dans votre mémoire,
donc, vous nous nous présentez, donc, les différentes, donc, fluctuations de
productivité à travers le temps, les époques. Et notamment vous nous présentez
donc une régression linéaire multivariée avec la relation entre l'indice de
productivité et les nouvelles entrées dans l'industrie de la construction.
J'aimerais peut-être commencer en vous entendant sur ces questions-là, comment
vous définissez les différents... les différents éléments relatifs à la productivité
dans l'industrie de la construction au Québec, puis on ira par la suite sur les
différentes causes.
M. Vachon (Luc) :L'aspect plus technique... Avant de passer ça à mon
collègue à la recherche, peut-être, sur des éléments plus techniques, je pense
que ce qui est énoncé, ce n'est pas différent dans l'industrie de la
construction que dans n'importe quel autre secteur d'activité : chaque
fois qu'il y a l'entrée d'une nouvelle main-d'œuvre qui n'a pas d'expérience,
qui a des qualifications plus faibles, qu'ils vont les acquérir en chemin, dans
tout le processus de la phase d'apprentissage, il y a toujours une chute de la
productivité, tout le temps, partout. Puis après, quand l'apprentissage se
fait, l'acquisition des compétences, on assiste à une augmentation de la
productivité, puis à la suite, une stabilisation.
Dans l'industrie de la construction, il y
a tellement d'abandons, il y a tellement de renouvellement constant de
main-d'œuvre qui arrive toujours, cette croissance, cette augmentation de la
qualification, qui devrait normalement se faire, elle se neutralise par les
départs puis les entrées nouvelles, constamment. C'est ça qui se produit. C'est
ça qui se produit. Après, c'est des éléments plus techniques. Ça, si je... si
je les explique, vous ne les comprendrez pas, moi, ça fait que je vais laisser
à Francis ce bout-là.
M. Fortier (Francis) : Oui.
Merci. Je ne vais pas nécessairement aller dans le détail du calcul. Je pense
qu'il faut peut-être faire un petit pas de recul quand on va parler de
productivité du travail, dans la mesure où ce n'est pas... contrairement à ce
qu'on pense, ce n'est pas un indice qui mesure pour de vrai la productivité du
travail. Grosso modo, c'est le PIB divisé par les heures... le nombre d'heures
travaillées. Ça fait que l'idée qui est derrière, quand on prend cet outil-là,
c'est de voir qu'est-ce qui compose le PIB. Et c'est là que ça permet de voir,
si on augmente le PIB, on va automatiquement augmenter la productivité. Grosso
modo, techniquement, c'est ça que le calcul dit.
Qu'est-ce qui augmente le PIB? Plusieurs
éléments. Il y a, d'un côté, le niveau, en fait, de salaire, et de l'autre
côté, qu'est-ce qui est produit en valeur ou en plus-value, donc c'est-à-dire
les profits et qu'est-ce qui est généré de ventes. Comment on augmente tout ça?
De manière non statique, de manière beaucoup plus simple, bien, on va parler,
oui, de l'intensité du travail plus que... cette dimension-là, elle existe, on
va parler de la formation des personnes, de l'expérience sur le terrain. Ça, on
va parler un petit peu plus de la productivité en termes de productivité du
travail au sens où on l'entend, mais il y a plein d'autres éléments. On va
parler de l'organisation, de l'intensité, en fait, du capital, de comment on
utilise les machines, comment on utilise les outils. On va aussi parler de
comment on organise des chantiers... bien n'importe... comment on organise le
travail. Tous ces <éléments-là...
M. Fortier (Francis) :
...
des chantiers... bien n'importe... comment on organise le travail. Tous ces
>éléments-là sont inclus dans qu'est-ce qu'on parle comme étant la
productivité du travail. Et c'est sur ces éléments-là qu'on a pris le temps de
partir la réflexion de l'ensemble du mémoire. Est-ce qu'on peut améliorer
certains de ces éléments-là sans avoir une pression ou une déréglementation
indue sur l'industrie de la construction et aussi sur les travailleurs, les
travailleuses? Puis ce qu'on dit aussi, c'est qu'en pensant que le 10 %,
par exemple... si on veut vraiment monter le 10 % comme que c'est dit, il
faudrait que, pour de vrai, l'indice de productivité serait juste du travail.
Et là on pourrait être d'accord avec l'étude, mais ce n'est pas le cas.
Malheureusement, on a une étude qui fait de la statistique avec des experts
d'économie, non pas de statistique, ça fait qu'on se retrouve avec quelque
chose qui est en dehors de leur domaine. Ça fait qu'à la base ils ont des
mauvais chiffres puis ils ne sont pas capables de reproduire par la suite dans
leur expertise d'économie sans avoir eu l'expertise initiale.
• (11 h 50) •
Mme Cadet : Merci. Donc, je
vous entends. Donc, pour vous, le... donc, la notion de productivité, elle est
multifactorielle. M. Vachon, donc, je reviendrais, donc, sur l'aspect,
donc, des nouveaux travailleurs. Donc, je pense qu'il y a deux éléments ici,
donc notamment... donc on a vu, donc, un grand besoin de travailleurs, donc,
dans le secteur, donc, en raison de la pénurie de main-d'œuvre, mais d'autre
part, vous avez beaucoup, donc, parlé, donc, de l'aspect manque de rétention.
Le projet de loi, je pense que, donc, ça, c'est l'une de ses failles, donc, il
mentionne très peu, donc, le... nous amène très peu sur la voie des solutions
en matière de rétention. Donc, je vous laisserais élaborer, donc, sur cette
question-là. Vous avez effleuré la question de la formation, notamment.
M. Vachon (Luc) :Bien, il faut qu'on se penche sur toute la question de la
formation, la question de l'organisation du travail, puis ça, notamment, on
parlait des femmes tout à l'heure, mais les femmes, on peut bien faire des
programmes, puis toutes sortes d'affaires, mais un des... oui, il y a la
question du climat, il y a la question de la culture qui se travaille, mais la
question de l'organisation du travail, c'est un facteur déterminant pour
pouvoir permettre que des femmes prennent leur place pleinement dans
l'industrie. On a parlé juste avant des taux d'abandon. C'est vrai, les femmes,
c'est plus élevé, mais c'est quand même très élevé chez les hommes aussi, il y
a un roulement, et ça, ça fait partie des préoccupations.
Donc, quand on retient les gens, on réduit
le taux de désertion, ce qui fait en sorte que les gens demeurent, un, ils vont
acquérir plus de connaissances, de qualifications, de compétences ensuite. La
formation, plus les personnes sont formées... puis ça, je pense qu'il n'y aura
pas de débat là-dessus, sur le fait que des personnes mieux formées vont
augmenter le niveau de productivité. Il y a des choses, il y a la question
technologique. Il n'y a pas qu'au niveau de la main-d'œuvre, c'est vraiment...
Toute la planification des travaux, il y a quelque chose, là qui est phénoménal
comme gain, mais qu'on commence tout juste à adresser, qu'on commence tout
juste à voir poindre. On a vu quelque chose là-dessus, hier, dans le budget,
alors, on va voir comment ça va s'orchestrer, mais on commence tout juste à
vouloir mettre ce sujet-là. Puis l'organisation du travail, c'est important
parce qu'il fut un temps où l'industrie de la construction procurait des
conditions de travail qui étaient vraiment supérieures.
Aujourd'hui, les secteurs autour se sont
vraiment rattrapés et ils sont compétitifs de manière très importante par
rapport au secteur, alors... Puis ensuite, on a beau avoir un taux horaire, ce
qui est important, c'est de regarder combien d'heures dans l'année tu gagnes ça.
Quand tu travailles dans la construction puis que tu as un salaire moyen à
40 000 $ par année, il n'y a rien à faire des pirouettes avec ça, là.
Alors, il faut regarder comment on est capable d'augmenter le nombre d'heures,
ça va générer au niveau de la rétention. L'organisation du travail, la
planification et la formation, c'est des éléments sur lesquels on doit se
pencher puis trouver des solutions.
Mme Cadet : Bien, justement
pour... parce que je regarde, donc, le temps qui file. Donc, pour augmenter le
nombre d'heures, bien, notamment, donc, au niveau, donc, de la polyvalence, je
suis d'accord avec vous dans le mémoire, donc, que la notion, donc, est
insuffisamment définie, mais vous y allez avec les différentes recommandations,
par exemple, donc de mises en commun des familles de métiers et du cumul
métier-occupation. Donc, j'aimerais vous entendre, donc, sur ces
recommandations-ci. Donc, comment est-ce que, dans le projet de loi...
M. Dufour (Carl) : C'est moi
qui va y aller là-dessus, dans le fond.
Mme Cadet : Oui, allez-y.
M. Dufour (Carl) : Les
occupations, plus ou moins 35 000 travailleurs dans l'industrie de la
construction ne sont pas reconnus comme métier. Pourquoi? On a des
scaphandriers qui sont polyvalents. Quand ils sont dans l'eau, ils peuvent
toucher à tout. Pourquoi ne pas les reconnaître comme métier? On veut de la
polyvalence puis on n'en a pas. Ce qu'on veut nous, à CSD-Construction, c'est
que les occupations deviennent métier dans leurs tâches résiduaires, qu'ils
peuvent aller chercher une carte d'apprentissage. S'ils vont chercher une carte
d'apprentissage, ils font plus d'heures. S'ils font plus d'heures, c'est prouvé
avec tous les sondages qu'on a, on va faire de la rétention. Famille de
métiers, même chose. Si on prend un compagnon... Tantôt on a parlé avec M. Boulet
de faire reconnaître les <acquis...
M. Dufour (Carl) :
...Si
on prend un compagnon... Tantôt on a parlé avec M. Boulet de faire
reconnaître les >acquis de l'extérieur, bien, dans nos familles de
métier, si on est capables de faire reconnaître nos familles de métier par les
sous-comités, dans le fond, pour bonifier leurs heures, un compagnon qui tombe
apprenti première année, on va donner les chiffres, grosso modo, à 600 $
semaine, puis le chômage lui donne 575 $, il va peut-être rester chez eux
pour gagner 25 $ par semaine de plus, mais, si on bonifie ses
qualificatifs en famille de métier, travaillés par les sous-comités puis les
professionnels de l'industrie, puis on le fait monter un petit peu plus haut,
s'il gagne plus cher, il va peut-être aller travailler dans un autre métier. Ça
fait que, s'il travaille plus, à la fin de l'année, il a fait plus d'heures,
plus de fonds de pension, plus de <i>MEDIC, ça fait que ça fait de la
rétention automatiquement.
Je n'ai pas besoin de vous dire, dans
l'industrie, tous métiers confondus, c'est de 1 000 à
1 200 heures, tous métiers. Ça fait que, si on est capables de faire
de la rétention avec ça, ça va juste être bon pour notre industrie avec des
travailleurs formés qui sont déjà sur le terrain. Ils sont capables d'en faire
plus, on a des très beaux exemples là-dessus. Comme je vous ai dit, le
scaphandrier peut faire de la polyvalence, il peut tout faire dans l'eau, mais
il n'est même pas reconnu comme métier, l'arpenteur, même chose. C'est des...
C'est des occupations qui ont des formations puis qui ne sont pas reconnues. Je
pense qu'on a une belle porte d'entrée pour faire de la rétention.
Mme Cadet : Puis, pour les
manoeuvres parmi les occupations, donc...
M. Dufour (Carl) : C'est la
même chose, dans le fond, eux autres aussi. Si on les reconnaît comme métier,
dans le fond, ils peuvent aller chercher une carte d'apprentissage. Ça fait que
je prends un homme de vis sur l'asphalte, qui est plus saisonnier, quand il
arrive à la fin de saison, à la place d'aller faire du chômage, il va chercher
une carte d'apprentissage de métier. Il peut travailler tout l'hiver dans
d'autres choses. Ça fait que son fonds de pension monte, il fait plus d'argent.
Il travaille au chantier, il a de l'expérience, il connaît déjà le terrain. Ça
fait qu'on fait de la rétention en même temps.
Mme Cadet : Il serait reconnu
dans ce cadre-là puis il n'aurait pas besoin, donc, de perdre sa carte
d'occupation pour être capable d'accéder à...
M. Dufour (Carl) : C'est ça.
C'est en plein ça. Parce que vous comprendrez que, dans l'industrie de la
construction, des fois, là, juste la bureaucratie de quatre, cinq jours, oui...
certains règlements qui fait qu'il pourrait retourner chercher sa carte, mais,
pour quatre, cinq jours, il sort de l'industrie puis il rentre dans une usine.
Ça fait que, dans le fond, si on peut garder notre monde qui sont déjà formés,
qui sont déjà sur le terrain... Tu sais, les chiffres parlent d'eux autres
mêmes. Après cinq ans, c'est... 56 % des femmes qui sortent puis 36 %
des hommes qui sortent, compagnons. Ça fait que je pense qu'on a un travail à
faire de rétention, puis ça passe aussi par la planification des travaux. Si
nos travailleurs, travailleuses font plus d'heures, ils vont rester là-dedans.
Mme Cadet : Puis justement,
sur la planification des travaux, tu sais, dans votre mémoire, donc, vous
présentez une espèce de comité, là, de comité de travail à votre recommandation 25.
Est-ce que vous pensez... Bien, en fait, qu'est-ce que vous pensez qui va
émerger de ce comité-là?
M. Dufour (Carl) : Faire
travailler plus notre monde. Je vais prendre juste l'asphalte l'été, juste à
cause du dégel, vu qu'on en met moins...
Mme Cadet : Une table de
travail, voilà.
M. Dufour (Carl) : ...on en
met moins dans les camions, ça fait qu'on commence plus tard. Si on pourrait
commencer avant, le monde fait plus d'heures. Si les travailleurs,
travailleuses font plus d'heures, ils vont rester plus dans l'industrie. C'est
prouvé, les chiffres parlent d'eux-mêmes. Tous les sondages le fait, ceux qui
font plus d'heures restent plus longtemps dans l'industrie.
Mme Cadet : OK, ça fait que
vous pensez que la planification des travaux, donc, avec la table de travail
que vous recommandez, donc, ça, ça va aider, donc, les travailleurs à faire
plus...
M. Dufour (Carl) : Oui, parce
qu'on donne tout... on donne des pics tous en même temps, dans le fond.
80 % de l'ouvrage, c'est le gouvernement qui le donne, puis il le donne
tout en même temps. Ça fait qu'on crée un pic dans l'été, ça fait que tous les
travailleurs sont demandés à la même place. Ça fait que, si on est capables de
l'étirer, nos travailleurs vont travailler plus, puis on va faire de la
rétention.
Mme Cadet : Deux dernières
questions avec mon temps. Donc, la première, donc, sur... bien, justement, bon,
sur la diversité, je vous ai entendu, donc, les réponses que vous avez données
au ministre. C'est quoi, les changements de comportement en chantier qui
devraient avoir lieu pour être capable d'améliorer la rétention des femmes sur
les chantiers?
M. Vachon (Luc) :Bon, au niveau... au niveau de la culture, ça commence beaucoup
à changer. Honnêtement, il y a beaucoup de sensibilisations qui sont faites.
Bon, c'est dans le discours, c'est dans l'air, je pense que chacune des
associations syndicales, même les associations patronales, fait des travaux de
sensibilisation, fait des démarches de sensibilisation auprès du milieu. Ça...
Il y a une évolution, et ça va... et ça va, je suis convaincu, avant longtemps,
avoir des bénéfices. L'organisation du travail, elle, elle est très statique,
elle est très traditionnelle, et ça, ça correspond mal...
Mme Cadet : Juste parce qu'il
ne reste plus beaucoup... Je vous entends.
La Présidente (Mme D'Amours) : Il
vous reste 10 secondes.
Mme Cadet : Sur le fonds de
rétroactivité, je vous ai entendus, donc, sur la rétroactivité en tant que
telle, mais, sur le fonds, quelle est votre opinion là-dessus? Ce n'est pas
dans le mémoire.
M. Dufour (Carl) : ...la
journée 1, on veut la rétro. La convention est signée, c'est la journée 1,
pas...
Mme Cadet : Donc, pas de
fonds.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
C'est tout le temps...
M. Dufour (Carl) : Bien oui,
le fonds, on en veut un, mais... En tout cas...
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
C'est tout le temps que nous avions. Je suis désolée. Je suis la gardienne du
temps.
Mme Cadet : Merci.
La Présidente (Mme D'Amours) : Nous
allons maintenant passer avec la période d'échange avec le député d'Hochelaga-Maisonneuve.
M. le député, vous avez 4 min 8 s.
M. Leduc : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour à vous trois. Bravo pour votre solide mémoire! 37
recommandations, si je ne me trompe pas. Il y a de la bonne matière.
Je vais faire un suivi sur la question que
ma collègue vient de poser sur la rétro, c'était un des thèmes que je voulais
aborder avec vous. Donc, hier, les gens de la FTQ disaient : Nous, on
préférerait juste retirer l'interdiction, dans le fond, puis qu'on laisse les
parties négocier. Est-ce que vous êtes à peu près à la même place par rapport à
ça ou... Comment vous vous situez là-dedans?
M. Vachon (Luc) :En fait, notre réflexion... au début, on a... on a réfléchi
à cet aspect-là parce que, l'interdiction de négocier, je n'ai jamais vraiment
compris pourquoi il y avait ça, là... seul secteur d'activité qui n'a pas ça.
Ceci dit, on s'est mis à réfléchir en disant : Bon, OK, le fonds, qu'est-ce
que ça a <provoqué...
M. Vachon (Luc) :
... Ceci dit, on s'est mis à réfléchir en
disant : Bon, OK, le fonds, qu'est-ce que ça a >provoqué? Et là on
regarde comment la composition de l'industrie est faite. Puis l'idée, c'est il
faut toujours se pencher pour que ce soit le plus favorable aux travailleurs,
travailleuses là-dedans. Alors, on dit : Bon, bien, admettons qu'on
négocie, puis qu'on ne réussit pas un renouvellement avant échéance, bon, puis
que, là, il s'écoule du temps, oui, là, admettons qu'on peut négocier une
rétroactivité... Mais là les personnes, là, travaillent par un, deux, trois
employeurs différents. L'employeur, il disparaît de la carte. Parce qu'il y en
a, là, aussi, au niveau des employeurs, ça... qui ferment, qui font faillite,
tout ça. Puis là on se dit : Bon, bien, si une personne a travaillé par deux,
trois employeurs, on négocie une rétroactivité, OK, ça va, mais ça va être qui,
la responsabilité de faire appliquer ça?
• (12 heures) •
Ça fait que, théoriquement, c'est chacun
des employeurs qui devrait faire les ajustements salariaux, mais là il faut que
les travailleurs, les travailleuses s'occupent de savoir : OK, est-ce que
j'ai eu le bon nombre d'heures, j'ai eu le bon ajustement, et tout ça. On s'est
dit : Là, on retransfère ça dans la cour des travailleurs, travailleuses.
Est-ce que c'est une bonne solution? On n'est pas convaincus de ça.
Alors, on a dit : Bon, OK, ça n'a
rien de parfait, le fonds. Puis ce n'est pas grave, je veux dire, les choses
parfaites, c'est rare. Mais on dit : Bon, à partir du moment où ce
fonds-là serait vraiment... Puis là, comme Carl l'a soulevé, on ne doit pas
recommencer à jouer dans un film où, là, tout à coup, on va renégocier. Oui, tu
as le droit à une rétroactivité, il va y avoir un fonds, mais là tu vas
recommencer à négocier ça. Pourquoi on n'établit pas la règle qu'à partir de la
journée d'échéance, oui, les parties vont négocier... L'augmentation de salaire
qui s'applique pour la première année, c'est elle qui s'applique à l'échéance,
point, puis, à partir du fonds, il y aura versement à toutes les heures qui ont
été déclarées, qui ont été envoyées par les employeurs, parce que c'est eux
autres qui versent la contribution. Bien, la CCQ est capable de gérer tout ça,
fera les redistributions en fonction de ça.
M. Leduc : ...pas
d'opposition à ce qu'on accumule un certain fonds, mais c'est sur
l'application, par la suite, que vous différez de vision.
M. Dufour (Carl) : Puis ce
qu'on veut avoir de plus : les avantages sociaux aussi sur la rétro, parce
que ce n'est pas dans le projet de loi, puis c'est important, la retraite, MEDIC,
il faut que ça soit mis en même temps que la rétro. Si le travail, ils l'ont,
il faut que ça soit mis dedans.
M. Leduc : Parfait. Autre
aspect, c'est les droits de grief, notamment sur les enjeux salariaux. Hier, le
ministre disait : Oui, mais là vous n'avez pas peur que ça va être une
abondance de griefs, que ça va être un déluge de griefs? Vous, vous syndiquez
des gens dans d'autres secteurs, à la CSD, que la construction. Est-ce qu'il y
a des secteurs économiques où il y a une avalanche de griefs puis que les gens
ont plaidé pour qu'on retire du Code du travail la permission de faire des
griefs parce qu'il y en avait trop? Est-ce qu'il y a d'autres secteurs
économiques qui... à votre connaissance, qui font ce genre de plaidoyer?
M. Vachon (Luc) :
Non, non, non. Bien, en fait, ça serait comme retirer... vouloir retirer aux
gens le droit de... la capacité de faire appliquer leur droit. Alors, ça, j'ai
travaillé, moi, pendant une vingtaine d'années dans tous les autres secteurs
possibles. Le droit de grief, c'est reconnu, ça, le droit de grief, c'est
reconnu.
Est-ce qu'il va y avoir affluence tout à
coup de grief? Bon, d'abord, il y a des choses qui sont déjà claires, il y a
des choses... Il pourrait y avoir des griefs uniquement sur... une affluence
sur des choses qui ne sont pas déjà connues, convenues, qui ne sont pas déjà
claires. Il n'y aura pas tout à coup le dépôt de griefs sur chacune des
dispositions de la convention collective qui sont appliquées dont
l'interprétation a été faite puis qui... elle se fait depuis plusieurs années,
hein? Donc, il va y avoir certains éléments, c'est vrai, où il pourrait y avoir
une augmentation, ça se peut...
La Présidente (Mme D'Amours) :
C'est tout le temps que nous avions. Je suis désolée. Je vous remercie, M. Vachon,
M. Dufour et M. Fortier, pour votre contribution aux travaux de notre
commission.
Je suspends un court laps de temps les
travaux quelques instants pour... afin de permettre aux prochains invités de
prendre place. Merci.
(Suspension de la séance à 12 h 03)
12 h (version révisée)
(Reprise à 12 h 06)
La Présidente (Mme D'Amours) : Nous
reprenons nos travaux. Et je souhaite maintenant la bienvenue au <i>conseil
provincial du Québec des métiers de la construction. Je vous rappelle que vous
disposez de 10 minutes pour votre exposé, puis nous procéderons à la
période d'échange. Je vous invite donc à nous... à vous présenter et à nous
dire votre exposé, s'il vous plaît.
M. Trépanier (Michel) : Chers
députés, membres de la Commission de l'économie et du travail, Mme la Présidente,
je me présente, Michel Trépanier, président du <i>conseil provincial
international et chaudronnier de métier. Avec moi, je vous présente notre
directeur général, Patrick Bérubé, qui est monteur-assembleur, M. Éric Nantel,
qui est responsable en santé et sécurité et conseiller en relations de travail,
puis Me André Dumais, qui est le procureur du conseil provincial.
En effet, en lisant le préambule de ce
projet de loi, j'ai remarqué que l'objectif est de moderniser l'industrie de la
construction. Ce que tente de faire le ministre est un objectif noble,
nécessaire et partagé par tous les acteurs de l'industrie, car une industrie en
santé est bonne pour l'économie du Québec. Maintenant, la question, c'est :
On modernise pour qui et pour quoi?
Avant de parler des travailleurs et des
travailleuses, j'ai envie de vous parler de nos priorités en lien avec ce
projet de loi. En effet, nos priorités sont : un, la bonification de la
formation initiale pour augmenter la diplomation, la formation et l'accès à l'industrie;
deux, le perfectionnement dans l'industrie de la construction et le rôle que
les associations syndicales peuvent y jouer; trois, la mobilité; quatre, le
rapatriement des conventions collectives.
Finalement, on pense que la modernisation
devrait être faite pour le bien-être, puis je répète, pour le bien-être des
travailleuses et des travailleurs de l'industrie. En tant que syndicat, nous
sommes l'addition de ces femmes et de ces hommes qui se lèvent tous les matins
pour aller construire nos logements, nos écoles, nos hôpitaux, nos routes, et j'en
passe. C'est donc en leur nom et dans leur intérêt que nous sommes ici devant
vous aujourd'hui.
Je vais commencer par les éléments de ce
projet de loi qui viennent régler des iniquités. Nous croyons que le processus
de négociation, dont l'inclusion de la rétroactivité, viendra améliorer des
négociations qui ont été difficiles dans la dernière décennie.
Maintenant, permettez-moi de revenir sur
la modernisation. Pour que cette modernisation réponde à l'intérêt des
travailleuses et des travailleurs, celle-ci doit répondre à : un,
augmenter leur employabilité; deux, favoriser une formation initiale et leur
perfectionnement; trois, améliorer leur environnement de travail.
Commençons par parler d'employabilité.
Comme vous le savez, la rétention est l'un des enjeux les plus importants de
notre industrie. En effet, les chiffres officiels de la CCQ parlent d'eux-mêmes.
Nous allons malheureusement perdre, à la première année, 8 % de nos
diplômés et 18 % de nos non-diplômés. Après cinq ans, ce chiffre <passe...
M. Trépanier (Michel) :
...de nos diplômés et 18 % de nos non-diplômés. Après
cinq ans, ce chiffre >passe de 24 % pour les diplômés et de
40 % pour les non-diplômés.
• (12 h 10) •
Il faut comprendre la réalité de nos
travailleuses et de nos travailleurs. Permettez-moi de maintenant vous donner
quelques enlignements et quelques éléments complémentaires :
1 062 heures de façon annuelle pour une travailleuse ou un
travailleur, de façon annuelle; des horaires instables qui changent d'une
semaine à l'autre; beaucoup de mobilité entre les équipes de travail, entre les
chantiers et entre les secteurs. En gros, une grande proportion de nos membres
ne connaissent pas où ils travailleront la semaine prochaine ni celle d'après,
ni avec qui et pour qui. Notre industrie est constituée de postes nomades avec
des chantiers éphémères et des employeurs temporaires dans la très grande
majorité des cas.
Dans cette réalité d'instabilité,
l'employabilité passe d'abord par la compétence et donc par la formation et le
perfectionnement. J'ai envie de vous parler de formation professionnelle.
Étrangement, dans ce projet de loi là, on en ne parle pas. La formation
initiale doit être la priorité absolue de notre industrie. Une statistique qui
veut tout dire : En 2014... je vais prendre mon temps, en 2014, 67 %
des personnes qui entraient dans notre industrie détenaient une diplomation;
aujourd'hui, 22 %. 67 % en 2014, 22 % aujourd'hui. Qu'est-ce que
ça veut dire? Des écoles de métiers à travers le Québec qui se vident, des gens
en chantier qui entrent sans la moindre préparation, une santé-sécurité à
risque, une employabilité future limitée et une productivité affectée par la
force des choses. La formation professionnelle étant la porte d'accès, la porte
d'entrée de notre industrie, elle assure une compétence acquise avant la
première journée en chantier, un sentiment d'appartenance plus grand envers une
industrie pour laquelle on s'est longuement préparé et une plus grande
valorisation directe issue de la productivité accrue de chaque diplômé.
Aujourd'hui, il est urgent d'adresser ces
enjeux... pourquoi notre organisation recommande aux élus de s'assurer que ce
projet de loi favorise la compétence, notamment en s'assurant du respect des
obligations de formation continue, en s'assurant que chaque travailleuse et
travailleur maîtrise son métier avant qu'il ne pratique d'autres tâches reliant
autre que leur métier, que l'on permette aux travailleurs et aux travailleuses
d'avoir accès à du perfectionnement de la part de leur syndicat lorsqu'ils ne
sont pas à l'emploi, comme il se fait partout ailleurs au Canada.
En tant que représentants des
travailleurs, nous voulons aussi nous assurer que le perfectionnement puisse
être assuré par les associations syndicales comme dans le reste du pays. Cette
formation est actuellement financée par des cotisations négociées entre les
parties et peuvent être données par les employeurs, les associations
patronales, les institutions d'éducation, tous sous l'égide de la CCQ. Ainsi,
les syndicats que nous sommes pourront favoriser l'employabilité de nos membres
en répondant aussi aux besoins en développement de la compétence et en
favorisant la rétention.
Actuellement, certaines de nos sections
locales offrent déjà la formation à leurs membres sans avoir accès aux bénéfices
de tous les travailleurs qui passent par l'employeur. Pourtant, les
travailleuses et les travailleurs membres de <i>l'Inter cotisent à ces
fonds et désirent être en mesure d'en bénéficier. Cependant, elles désirent
aussi de bénéficier de leur plan de carrière et pas selon les besoins de leur
employeur.
M. Boulet, permettez-moi d'élever
notre jeu et de contribuer à l'effort de la formation et de la rétention de
notre industrie. Nous espérons que ce projet de loi permettra de corriger des
anomalies et aussi d'améliorer considérablement l'accessibilité à la formation
et l'offre de services sans aucuns frais additionnels pour le gouvernement.
Après avoir entendu le budget d'hier, j'ai une quasi-certitude que cet effort
sera apprécié par le gouvernement.
Un autre sujet à laquelle ce projet de loi
nous inquiète est celui de la mobilité. En 2017, nous avons eu d'importants
mouvements de grève de travailleuses et de travailleurs sous le thème La
famille d'abord. Ces derniers étaient préoccupés des conditions de travail
par rapport à leur désir d'être présents et actifs dans l'éducation de leurs
enfants. Fini le temps où les <travailleurs...
M. Trépanier (Michel) :
...et
actifs dans l'éducation de leurs enfants. Fini le temps où les >travailleurs
demandaient à partir de la maison pour vivre une expérience payante. La
priorité? La famille d'abord. Et je crois qu'il importe à l'industrie de s'y
ajuster.
En effet, nous avons été surpris de voir
l'abolition des clauses des conventions collectives sur la mobilité sur ce
projet de loi, que le développement économique des régions est mis de l'avant
par le gouvernement actuel depuis son élection en 2018, voici... ce même
gouvernement veut que les entreprises... qu'ils puissent construire en région
sans travailleuses ou travailleurs locaux. Cette décision nous apparaît comme
étant catastrophique pour la santé économique des régions et pour les salariés
de l'industrie. La priorité régionale des conventions collectives a pour
objectif d'assurer et de maintenir l'expertise de pointe dans toutes les
régions du Québec. Nous vous demandons donc de revoir ce projet pour protéger
l'économie des régions, mais aussi de respecter le désir des travailleuses et
des travailleurs de l'industrie, qui nous disent haut et fort que leurs
priorités ont changé.
M. le ministre, Mme la Présidente de la
commission, députés du gouvernement, chers députés de l'opposition, sachez que
je pourrais passer des heures à vous parler des conditions des travailleurs et
des travailleuses, leurs défis, leurs craintes puis de les efforts de nos
équipes pour les accompagner. Cependant, le temps nous étant limité, je veux
conclure en vous demandant de penser à ces femmes et ces hommes pour qui vos
décisions aura un impact sur leurs vies. Lorsque vous analyserez ce projet de
loi, pensez à leurs besoins, à leurs familles et leur employabilité. Comme l'a
dit notre premier ministre sur le dossier de l'immigration : On va en
prendre moins, mais on va en prendre soin.
D'ailleurs, à ce sujet, j'aimerais vous
parler de ma rencontre vendredi dernier avec Alyson, une jeune tuyauteuse de
métier à qui je parlais de ce projet de loi, cette même jeune fille que vous
avez rencontrée vendredi dernier, M. le ministre. Après m'avoir entendu parler
du projet de loi n° 51 pour essayer de comprendre ce qu'elle pensait, elle
m'a passé ce commentaire d'une vérité frappante : En tout respect, M.
Trépanier, ce projet de loi ne changera rien à votre travail...
La Présidente (Mme D'Amours) : En
terminant.
M. Trépanier (Michel) : ...ou
celui des gens qui sont assis ou en... vous écoutant à l'Assemblée nationale,
mais, moi, ça va changer ma vie en chantier et mon avenir dans mon métier. Je
vous remercie.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Je vous remercie, M. Trépanier, pour votre exposé. Je dois demander le consentement
pour poursuivre nos travaux au-delà de l'heure précise. Est-ce que j'ai le
consentement? Merci. Donc, je... nous allons maintenant commencer la période
d'échange. M. le ministre, la parole est à vous.
M. Boulet : Oui. Merci, Mme
la Présidente. Merci, M. Trépanier. Merci à toute l'équipe, Patrick, pour le
travail de préparation. C'est un mémoire qui est bien fait, qui comprend
l'importance de l'exercice que nous amorçons.
Puis je vais commencer, M. Trépanier, par
Alyson. Effectivement, je suis allé à... dans un chantier vendredi dernier, une
clinique de fertilité au centre-ville de Montréal, pour rencontrer le conseil
des Elles de la construction et j'ai eu des échos extrêmement favorables sur le
projet de loi, qui était attendu. Puis Alyson, qui est une tuyauteuse, qui est
d'ailleurs la seule travailleuse sur les 20 personnes de ce chantier-là,
elle est aussi préoccupée puis intéressée par tout ce que nous faisons pour
favoriser l'intégration des femmes dans l'industrie de la construction.
Évidemment, vous abordez un certain nombre
de concepts. Je vais simplement revenir, là, parce qu'hier vous avez fait grand
état des statistiques de moyenne d'heures, et, si on exclut les personnes qui
font moins de 500 heures, la moyenne d'heures est de 1 404, parce
qu'il y a beaucoup de personnes qui font moins que 500 heures. Ils le font
pour un besoin ou pour une tâche ponctuelle. Il y a des personnes qui vont
travailler une semaine, deux semaines. Toutes ces personnes-là sont considérées
dans la statistique qui a été révélée hier, alors que la réalité, pour les
personnes qui font plus de 500 heures, c'est une moyenne qui est beaucoup
plus respectable. Puis ce qu'on a réalisé aussi, c'est que 62 % des
salariés âgés de 55 ans et plus déclaraient moins de
1 000 heures annuellement. Donc, il y a aussi cette réalité-là.
Il y a une effervescence dans l'industrie
de la construction. Il y a des besoins qui vont se poursuivre pendant de
multiples années. On a besoin de main-d'œuvre, on a besoin d'accroître notre
productivité. Il y a des écarts qui nous séparent, le Québec, avec l'Ontario
puis le reste du Canada, puis on a besoin d'être plus inclusifs. Je le <répète...
M. Boulet :
...l'Ontario puis le reste du Canada, puis on a besoin d'être
plus inclusifs. Je le >répète, moi, j'ai rencontré aussi, parce que
vous me parlez de rencontre, des personnes ukrainiennes, des personnes de
Tunisie, des personnes d'un peu partout sur la planète, puis impossible de se
faire reconnaître leurs heures de formation ou leurs expériences de travail. Il
ne faut pas négliger l'avancée considérable que ça va procurer aux personnes
issues de la diversité.
Et je suis d'accord sur la compétence des
travailleurs. C'est pour ça que la flexibilité, elle est conditionnelle. Il
faut respecter la compétence du travailleur puis il faut surtout s'assurer
qu'il n'y ait pas d'impact sur des lésions professionnelles potentielles, donc
sa santé, son... sa sécurité, son intégrité physique et psychique. Puis on a
fait énormément de travaux, vous le savez, avec les représentants en
santé-sécurité, dans la <i>loi modernisant le régime de santé-sécurité,
dans la loi que nous adopterons éventuellement pour lutter contre le
harcèlement et les violences qui surviennent dans les milieux de travail. La
rétention, ça passe beaucoup par ça. Puis le taux d'abandon des hommes, il est
aussi trop élevé. Puis la compétence, c'est certainement un atout dans la
rétention.
• (12 h 20) •
Ceci dit, la formation... ce n'est pas un
projet de loi qui adresse spécifiquement la formation. C'est des nouvelles
façons de faire. C'est des nouvelles organisations de travail. C'est une
possibilité d'avoir une certaine mobilité. J'entendais tout à l'heure :
C'est à peu près le seul secteur où il n'y a pas possibilité de faire un grief
d'interprétation ou d'application d'une convention, mais c'est probablement le
seul secteur où il y a des obstacles autant à la mobilité, alors que, vous le
savez, M. Trépanier, il y a 13 métiers en génie civil-voirie qui
bénéficient de la pleine mobilité. Il n'y a pas d'effets négatifs qui nous ont
été rapportés. En institutionnel, commercial, industriel, il y a un seuil à
20 %. Il n'y a pas d'effets négatifs qui nous ont été rapportés. La
diplomation par le DEP, le diplôme d'études professionnelles, ce sera toujours
la voie à privilégier, toujours. L'attestation d'études professionnelles a été
mise en place pour répondre à un besoin pressant de main-d'œuvre additionnelle.
Et, vous le savez, dans les cinq métiers où il y a une attestation d'études
professionnelles qui vient couronner des heures de formation, il y a une entrée
d'à peu près de 55 % à 85 % des personnes qui accèdent à l'industrie
de la construction par la voie des bassins, donc sans formation. Et le taux de
rétention...
M. Trépanier (Michel) : ...j'ai
juste un point d'information. C'est juste pour notre contribution. On est ici...
Puis je vous respecte, là, le plus haut point. Nous, on veut amener une
certaine contribution. On veut être capables de répondre à votre question, puis
j'ai peur de ne pas être capable de contribuer, puis sans... avec la plus
grande marque de respect. Là, je vous entends depuis tantôt. J'aimerais ça
qu'on puisse être capables de contribuer pour partager, là, les réflexions de
nos travailleuses puis de nos travailleurs, avec le plus grand des respects, M.
le ministre.
M. Boulet : Tout à fait.
M. Trépanier (Michel) : Mme
la Présidente, désolé.
M. Boulet : Mais soyez...
La Présidente (Mme D'Amours) : ...interventions?
M. Boulet : ...soyez rassurés.
La Présidente (Mme D'Amours) : M.
le ministre.
M. Boulet : On a toute une
équipe qui prend connaissance de votre mémoire, qui est étudié avec attention, avec
considération. Je fais des observations sur vos propos. Et c'est important pour
moi de dire qu'il y a 300 millions de dollars qui ont été investis dans la
formation accélérée et il y a des montants qui ont été confirmés hier dans le
budget de mon collègue aux Finances. Le travail se poursuit, vous en faites
partie, avec la Commission de la construction du Québec, le ministère de
l'Éducation, le ministère de l'Emploi, pour mettre en place des programmes de
formation en alternance travail-études. Il y a un comité de formation
professionnelle qui relève de la Commission de la construction du Québec. Donc,
la loi ne vise pas à déplacer le paritarisme qui s'exerce aussi au sein de la
Commission de la construction du Québec. Et l'aspect formation évolue depuis
des années, et ça va se poursuivre. Je sais que vous avez eu des discussions
encore au comité de formation professionnelle, ce que vous appelez le CFPIC, et
ça va se poursuivre.
J'aimerais vous entendre, M. Trépanier.
Vous dites qu'il y aurait une <pratique...
M. Boulet :
...se
poursuivre.
J'aimerais vous entendre, M. Trépanier.
Vous dites qu'il y aurait une >pratique où un donneur d'ouvrage ou un
entrepreneur donnerait à un employeur des consignes visant l'entrave à des
activités syndicales sous peine de sanctions économiques. J'aimerais juste
savoir spécifiquement ce à quoi vous référez, parce que ça m'apparaît un
phénomène qui requiert notre attention particulière. Je ne sais pas, Patrick ou
Michel.
M. Trépanier (Michel) : Oui,
vas-y.
M. Bérubé (Patrick) : Parfait.
Bonjour, M. le ministre. Bonjour, madame, monsieur les députés.
Rapidement, l'entrave, c'est la suivante...
C'est un cas réel, soit dit en passant, là. C'est-à-dire qu'on a des
représentants en chantier qui font leur job de représentant, comme c'est prévu
en vertu de la loi. Donc, quand ils se présentent en chantier, évidemment, il
peut arriver des fois qu'il arrive des situations quelconques, là, peu importe,
là, ce n'est pas des situations qui sont de gravité... mais il y a des fois
aussi des donneurs d'ouvrage, qui sont, en somme, les généraux, qui vont faire
de l'intervention. À proprement dit, je vous coupe ça court, là : Ah! lui,
ce représentant-là, je ne veux pas le voir sur mon chantier, tu vas lui
demander de quitter aujourd'hui, ça ne me tente pas de le voir, ou peu importe
la notion ou la raison pour laquelle il demanderait.
À partir de là, il faut comprendre que
c'est une matière qui est grieffable, hein, les activités syndicales. Donc, la
seule personne qu'on peut rejoindre, c'est l'employeur sur lequel...
l'employeur qui s'est fait commander de sortir en occurrence le représentant.
Puis, je réitère, c'est un cas réel, ce que je suis après de relater. Et là, à
ce moment-là, on doit grieffer l'employeur, qui, dans les faits, va faire quoi?
Va appeler en garantie le donneur d'ouvrage qui a passé l'exécution de dire :
Je ne veux plus le voir sur mon chantier?
Nous, ce qu'on dit, c'est que quelqu'un
qui contrevient à la loi en matière d'activités syndicales... si c'est un...
c'est un entrepreneur, c'est une chose, mais, quand on l'envoie en matière
pénale, bien, que quelqu'un qui intervient dans... en cette matière soit aussi
visé autant que les autres s'il contrevient aux entraves des activités
syndicales.
M. Boulet : Donc, c'est un
cas vécu. Donc, le donneur d'ouvrage a transmis une instruction à
l'entrepreneur de nuire à l'exercice d'activités syndicales par ailleurs
prévues soit dans le Code du travail, ou dans une loi, ou la loi R-20.
M. Bérubé (Patrick) : Exactement.
Et, quand on veut, nous autres...
M. Boulet : Et est-ce qu'il y
a eu...
M. Bérubé (Patrick) : ...à ce
moment-là, faire une intervention, bien, visiblement c'est l'employeur qui a
reçu la commande qu'on doit viser.
M. Boulet : OK. Et, M.
Bérubé, j'aimerais savoir est-ce que c'est un cas ou c'est un phénomène qui
devient...
M. Bérubé (Patrick) : Non,
c'est arrivé quelques fois, là, pour être honnête, là. Je vous nomme un cas
parce qu'il est ponctuel, mais c'est arrivé à plusieurs reprises, M. le... M.
le ministre.
M. Boulet : OK. Évidemment,
je suis totalement en désaccord avec ce... puis ça requiert une procédure puis
ça requiert une sanction, éventuellement.
J'aimerais ça... Il y a deux autres sujets
sur lesquels j'aimerais ça vous entendre, M. Trépanier. Le comité paritaire de
relations de travail, je sais que c'est un enjeu parce que la volonté, c'était
de mettre en place, comme il y a dans beaucoup d'organisations privées,
publiques, parapubliques, un comité qui discute de tout ce qui concerne
l'interprétation ou l'application des conventions, parce que vous référez aux
griefs. Évidemment, ce n'est pas le mandat de ce comité-là de s'intéresser à la
formation professionnelle parce que ça, ça relève du CFPIC. Ce n'est pas son
mandat de s'intéresser aux avantages sociaux parce que ça, ça relève du comité
des avantages sociaux, ce que vous appelez le CASIC, ni de ce qui relève de la
juridiction du conseil d'administration. Mais justement pour prévenir des griefs
ou embarquer dans un processus de recherche de solutions, ça nous apparaissait
être un véhicule opportun et pertinent. Qu'est-ce que, brièvement, vous en
pensez, d'une structure comme celle-là?
M. Trépanier (Michel) : Merci
pour la question, M. le ministre. Premièrement, cette idée-là, elle vient du
conseil provincial, le comité des relations de travail. L'intention à l'arrière
du «relations de travail», là... on ne parle pas de conditions, je vais
demander à M. Bérubé d'en parler, «relations de travail», c'est d'avoir des
discussions d'industrie, parce que, malheureusement, les gens de l'industrie
n'ont pas de discussions d'industrie. Ça fait que l'esprit, là, à la base du
comité de relations de travail, c'est que, de façon paritaire, tous les organismes
qui sont liés à la construction, associations patronales, syndicales, discutent
des grands enjeux, dont la planification, dont des enjeux de l'industrie, et
aussi, un élément supplémentaire, pour venir alimenter le conseil
d'administration.
Je suis membre du conseil d'administration.
La perception : ce n'est pas un comité paritaire, avec le plus grand
respect que j'ai pour les indépendants. Quand on prend une <décision...
M. Trépanier (Michel) :
...paritaire,
avec le plus grand respect que j'ai pour les indépendants. Quand on prend une >décision...
Quand on prend une décision au sein du conseil d'administration, il faut faire
ça de surface. Puis l'idée venait qu'un comité paritaire puisse alimenter le
conseil d'administration pour la réflexion lors d'une prise de position.
La condition de travail, ça n'a jamais été
notre intention. Je vais laisser Patrick pour répondre à votre question, M. le
ministre. Mais l'intention, c'est d'avoir des discussions. Puis pourquoi qu'on
se priverait d'avoir des discussions, les grandes organisations patronales,
syndicales, sur les enjeux de l'industrie?
• (12 h 30) •
M. Boulet : Je comprends très
bien. C'est un excellent commentaire, M. Trépanier.
M. Bérubé (Patrick) : En
fait, effectivement, la notion des relations de travail, on pense que c'est
important. D'ailleurs, dans votre projet de loi, vous faites mention que la...
les consultations envers la commission sont importantes. Effectivement, la
commission possède beaucoup de données, possède aussi un «picture» de
l'industrie en temps réel. Donc, qu'elle soit... qu'elle soit, évidemment,
consultée, on pense que... comme Michel vient de dire, c'est que... via un
comité paritaire, où il y a une expertise qui s'en va vers l'administration,
parce qu'on sait que la commission a la plume, minimalement, au moins sur la
réglementation, donc on ne se prive pas de cette expertise-là.
Ceci étant, même si ça sonne pareil, les
relations et les conditions, ce sont quand même deux choses complètement
distinctes, M. le ministre. D'abord, l'une... Vous savez qu'on a une
recommandation qui veut... qui se veut qu'on aimerait rapatrier les conventions
collectives chez le syndicat. C'est... C'est l'ADN même d'un syndicat, c'est sa
matière première. Le syndicat, lui, négocie les conventions collectives et, qui
plus est, les applique aussi comme ça, dans chacune des sphères d'activité. Il
n'y a que dans la construction où on se retrouve avec un tiers. En toute
honnêteté, M. le ministre, je pense que la commission a amplement de travail à
faire en matière de lois et en matière de règlements... que de s'occuper des
conventions collectives relèverait des syndicats, à mon avis.
Ceci étant dit, donc, conditions versus
relations... donc les conditions, laissons ça aux parties, à proprement dit, et
les enjeux d'industrie, réglementations ou toutes sortes de lois ou
d'enlignements, même gouvernementales soient-elles, devraient être au comité
des relations de travail.
M. Boulet : Très bien compris.
M. Trépanier, j'aimerais... parce que c'est vrai que le temps est limité... On
nous parle beaucoup d'assujettissement de la machinerie de production. J'aimerais
ça que vous expliquiez en quoi ça consisterait et quelle est la position du
conseil provincial sur ce sujet-là.
M. Trépanier (Michel) : La
question, c'est de savoir si...
M. Boulet : On doit
assujettir la machinerie de production, les équipements qui sont...
M. Trépanier (Michel) : Bien...
Tu veux-tu en parler?
M. Bérubé (Patrick) : Bien,
écoutez, M. le ministre, la machinerie de production est définie dans le
règlement r. 1, dans le champ d'application, et est au sens très
large. Je pense que, même si on voudrait, dans l'ensemble... parce qu'on
qualifie les travaux comme étant assujettis, on en conviendra, en vertu de 1 f.
Donc, si vous nous dites qu'aujourd'hui vous êtes favorable à assujettir de la
machinerie de production, je dirais : C'est sûr que le conseil provincial
ne s'opposera jamais. Ceci étant, même si on le voudrait, là... puis là, je ne
sais pas, visiblement, de quoi on fait référence avec exactitude, mais, si on
voudrait l'ensemble des travaux en périphérie de l'industrie, je pense qu'on y
arriverait difficilement.
M. Boulet : Je suis d'accord.
M. Bérubé (Patrick) : Donc, je
vais essayer de vous suivre là-dessus. Mais, je vous dis, on va toujours être
d'accord avec l'assujettissement, mais... mais je pense qu'il va toujours y
avoir des travaux qui ne le seront pas.
M. Boulet : Ce n'est pas dans
le...
La Présidente (Mme D'Amours) : 30
secondes, M. le ministre.
M. Boulet : Merci beaucoup,
Michel, Patrick. Merci à votre équipe. Puis c'est un mémoire de très grande
qualité. J'apprécie votre présence ainsi que votre contribution, et au plaisir
de vous revoir bientôt. Merci.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Avant de continuer, j'aimerais vous dire, M. Trépanier, que mon rôle, comme
présidente, n'est pas de demander au ministre de poser des questions, mon rôle...
et, probablement, c'est son choix, qu'il ait des grands commentaires et
quelques questions, ça lui appartient, mon rôle, c'est seulement de surveiller
s'il est sur le sujet et qu'on comble le temps. Et je voulais vous dire aussi
que le mémoire n'est pas lu nécessairement que sur le côté gouvernemental, vous
avez aussi les partis d'opposition qui font un excellent travail de démocratie,
et que votre mémoire va être lu, reconnu et étudié avec attention. Je voulais
simplement mettre... mettre des... une mise au point là-dessus.
Maintenant, nous allons continuer avec Mme
la députée de Bourassa-Sauvé, s'il vous plaît.
Mme Cadet : Merci, Mme la
Présidente. Merci, M. Trépanier, merci à toute l'équipe pour votre plaidoyer.
Ma première question, donc, porte sur un
élément que vous avez mentionné en introduction, que 67 % de la main-d'oeuvre
dans le secteur de la construction en 2014, donc...
12 h 30 (version révisée)
Mme Cadet : ...de la main-d'œuvre
dans le secteur de la construction en 2014, donc, arrivaient diplômés. Aujourd'hui,
10 ans plus tard, c'est 22 %. C'est un énorme enjeu. Je pense que,
là-dessus, on partage des opinions similaires, donc, d'avoir, donc, une main-d'œuvre,
donc, qui se soit autant, donc, déqualifiée, donc, à l'intérieur d'une décennie
et qui... Manifestement, donc, le concept de bassin qui... qui a été créé,
donc, qui est légitime, et qu'ils utilisent pour combler des enjeux ponctuels
de main-d'œuvre règle maintenant, donc, des enjeux systémiques de manque de
main-d'œuvre.
Bien, question... ma première question,
toute simple, donc, qu'est-ce qui s'est passé en 10 ans? Pourquoi on a un
tel taux de personnes qui arrivent dans le secteur d'activité avec peu de
diplomation?
M. Trépanier (Michel) : Merci
pour la question. En 2014, le réseau scolaire, de l'éducation, en formation
professionnelle, son premier objectif, c'était de répondre aux besoins de l'industrie.
Maintenant, le premier objectif, malheureusement, des centres de services
scolaires, c'est pour rencontrer des balises de rentabilité.
Il faut arrêter de voir l'éducation comme
une dépense, il faut voir l'éducation comme un investissement. Ça fait que, je
crois, directement, c'est des... des orientations gouvernementales d'intention.
C'est pour ça on sensibilise le monde qu'on doit réorienter nos priorités. La
priorité du gouvernement actuel, c'est supposé d'être l'éducation. L'éducation,
ça ne passe pas par des AEP, des formations accélérées qui visent juste cinq
métiers, on est 25 métiers, dans l'industrie de la construction, 31 occupations,
dont certaines occupations spécialisées.
Il faut adresser, à la base, un message
fort, un message clair pour rectifier la situation. On ne peut pas parler de
productivité si on ne parle pas de formation à la base. Ça fait que, pour
répondre à votre question, Mme la députée, je crois vraiment, c'est la
distinction entre la rentabilité, maintenant, qui est le premier... le premier objectif
des centres scolaires, contrairement avant, à répondre à des besoins de l'industrie.
Mme Cadet : Vous venez de le
mentionner, donc, une partie de la rétention... Parce qu'un des aspects, donc, qui
est... qui est bien important, donc, c'est... c'est d'avoir, donc, une main-d'œuvre,
donc, qui demeure dans l'industrie. Donc, ça passe par la formation, la
qualification. Vous l'avez dit puis vous m'avez entendue, donc, émettre, donc,
mes commentaires, mes réserves, donc, sur les AEP de courte durée. Alors, si ça
ne passe pas par les AEP, donc, comment... en fait, parce que ce ne sera pas
dans le... ce n'est pas dans le projet loi, donc, actuel, donc, les questions
de formation. Qu'est-ce qu'il faudrait que nous, on mette en œuvre, comme
législateurs, pour nous assurer de... en fait, donc, de mieux qualifier la
main-d'œuvre qui arrive dans sept ans?
M. Trépanier (Michel) : Je
vais essayer de le simplifier. Deux voies d'accès dans l'industrie, par
diplomation, ouverture de bassin. On est partis de 67 % de diplomation, là
on est rendus à 22 %. Ici, il faut reprioriser la diplomation par l'entremise
des ATE, c'est une alternative, des DEP, il faut diversifier l'offre pour s'assurer
qu'elle atteigne la demande des nouvelles générations. Ça, c'est un.
L'autre chose qu'on doit faire, c'est
rajouter des joueurs supplémentaires en formation. C'est une de nos
recommandations, qu'on puisse contribuer à l'essor, de favoriser la compétence
de nos travailleurs. Deux, c'est d'envoyer un signal puis de financer les systèmes
scolaires. On est capables de doubler le nombre de DEP présentement. Je suis
convaincu que, notre réseau, on serait capables de répondre à 8 000 travailleurs
annuellement sur nos besoins de 12 000 à 15 000.
Il y a un chemin qu'on est obligés d'adresser,
c'est les ouvertures de bassin. Qu'on le veuille ou pas, c'est une mesure
alternative. Présentement, c'est la mesure primaire. Comment qu'on peut
résorber la situation? Augmenter leur formation pour augmenter leur
employabilité. Présentement, je vous invite, demain matin, vous voulez rentrer
dans la construction, vous avez la possibilité, chacun d'entre vous, la seule
chose vous avez de besoin, c'est une garantie de 150 heures. Vous allez
commencer une carrière. La job de l'industrie, pour atteindre notre objectif de
compétence puis de formation, c'est de mieux accompagner ces travailleurs-là
puis ces travailleuses-là pour augmenter leur employabilité par la formation.
Ça fait qu'élever... ça fait partie de nos
recommandations, élever le standard pour l'article 7, pour mieux accompagner,
pour s'assurer que, quand un travailleur ou une travailleuse entre dans notre
industrie, on en prend soin, on augmente son employabilité. Puis, directement,
si nos travailleurs, travailleuses travaillent plus, ça va avoir un lien direct
sur la rétention, ça fait qu'on va avoir de quoi de structurant.
Ça fait qu'il y a plusieurs éléments, mais
on va en faire part, puis soyez rassurés, du côté des articles par article,
malgré ce que le ministre dit, que ce n'était pas cette loi-là qui a un impact,
à un moment donné, il faut que quelqu'un en prenne charge. Puis là c'est notre <industrie...
M. Trépanier (Michel) :
...à
un moment donné, il faut que quelqu'un en prenne charge. Puis là c'est notre
>industrie. Parce qu'à chaque fois que j'ai demandé au ministère de
l'Éducation une rencontre, le ministre Drainville, je n'ai jamais eu de
rencontre. Ça fait que moi, j'ai besoin de savoir, du côté de l'éducation,
l'AFP, la formation professionnelle, à qui que je parle, à ce gouvernement-là.
Puis je sers de l'opportunité ici... qu'on va contribuer dans l'objectif, quoi?
D'augmenter la formation professionnelle puis la compétence de nos
travailleurs.
• (12 h 40) •
Mme Cadet : Vous dites, dans
l'étude que vous avez publiée hier : «Il faut effectivement plus de
main-d'œuvre au Québec pour produire le même niveau de PIB en construction, ce
qui témoigne d'un sous investissement chronique en capital, en technologie de
manière générale, en recherche et développement.» Donc, au-delà de la formation...
je comprends que la formation, donc, pour vous, donc, c'est un vecteur de
productivité, mais pour atteindre, donc, cette productivité là, donc, il y a
d'autres aspects. J'aimerais vous entendre là-dessus.
M. Trépanier (Michel) : Bien,
je vous en donne plusieurs. Première chose, politisation des dossiers. Quand un
gouvernement... je ne vise pas un gouvernement précis, là, on s'immisce dans un
projet puis qu'on dit que ça va se faire en trois ans, puis que tout le monde
dans l'industrie sait que ça va se faire dans cinq ans, avec le double des
montants, ça fait une pression.
L'autre chose, la planification des
travaux. Une meilleure planification, un étalement des projets, ça a un impact
direct. La gestion des projets, la gestion des projets est extrêmement
importante. L'octroi des contrats, le principe du plus bas soumissionnaire a un
impact sur la productivité, qu'il y ait un roulement des entreprises.
La capacité des entreprises, puis je ne
veux pas faire de la démagogie, là, je veux être clair, 85 % des
entrepreneurs, c'est cinq salariés et moins. La grande majorité de ces
entreprises-là, ça vient des travailleurs qui ont décidé d'avoir une fibre
d'entrepreneur puis de commencer une carrière. On a besoin de mieux les outiller
pour mieux les former, pour les rendre plus productifs dans leur capacité de
gestion.
L'innovation, les nouvelles technologies,
l'intégration, dans notre rapport, on a... on a émis un rapport hier, on a un
retard de productivité sur l'innovation par rapport aux autres provinces. Puis,
quand on parle de main-d'œuvre, Mme la députée, le premier indicateur qu'on se
base, c'est la formation ou la non-formation dans une entreprise. Ce n'est pas
de savoir si le monde sont plus polyvalents puis ils font des tâches autres, le
premier indicateur qui vient servir pour évaluer la productivité sur l'élément
de la main-d'œuvre, c'est la formation.
Mme Cadet : Mais... mais dans
votre mémoire, vous parlez aussi... puis dans votre étude, vous... vous parlez
de la sous-utilisation des travailleurs, puis vous l'avez dit un peu plus tôt,
donc les faire travailler plus. Comment... bien, en fait, quel... au-delà, donc...
donc, de les former, comment est-ce qu'on les fait travailler plus, travailler
plus d'heures, là? On a eu, donc, le débat sur le nombre d'heures travaillées
en moyenne, donc, quand on exclut ceux qui travaillent moins de 500 heures,
comment est-ce qu'on les fait travailler plus...
M. Trépanier (Michel) : Bien,
à la base, c'est de... à la place de rentrer tout le temps du monde dans notre
industrie, aussitôt qu'on a un petit besoin, là, ponctuel dans le temps, notre
première habitude, c'est de ne pas regarder ce qu'il y a présentement de
disponible. Puis le principe des ouvertures de bassins, je vais demander à
Patrick de l'expliquer, mais on ouvre les valves à la place de prendre soin des
compagnons puis des compagnonnes qui sont déjà présentes en chantier. Ça fait
que...
Mme Cadet : Mais, si on les
fait travailler plus, avec... parce que je lisais votre étude, hier, puis je me
disais, bon... vous... vous suggérez, donc, certaines, donc, augmentations qui
nous permettraient, donc, peut-être, donc, d'éliminer, donc, 2 000, donc,
travailleurs dans les besoins de main-d'oeuvre, mais, selon les derniers
chiffres, on a quand même, donc, un déficit de 12 000 travailleurs.
Donc, quand on les fait travailler plus, en moyenne, selon vous, est-ce qu'on
vient combler le déficit de main-d'oeuvre qui existe dans le secteur?
M. Trépanier (Michel) : Bien,
le 12 000, il n'est pas nouveau. Le 12 000, il n'est pas nouveau.
Normalement, annuellement, là, du côté de la commission, nos besoins, c'était
environ 10 000. Ici, là, ce qu'on dit, la première chose qu'on devrait
viser, c'est de mieux utiliser ceux qui sont déjà présents avant d'ouvrir les
vannes pour les nouveaux.
L'autre chose, l'étalement puis la
planification des travaux, ça a été souvent mentionné, puis, je pense, c'est un
des mandats qui pourraient être attribués au comité des relations de travail
pour s'assurer une meilleure prévisibilité pour une meilleure répartition des
travaux, pour s'assurer que la main-d'œuvre actuelle, elle soit optimisée à
l'année longue. Ça, je pense que c'est une alternative.
Mme Cadet : Puis pourquoi
la... selon vous, la polyvalence, ça ne leur permettrait pas de travailler plus
puis de... que nos... la main-d'oeuvre, donc, soit plus utilisée, là, moins
sous-utilisée?
M. Bérubé (Patrick) : Bien,
écoutez, je pense qu'à un moment donné ça prend une certaine ligne aussi pour
garder la compétence puis la diriger. Moi, j'entends, depuis hier, la notion de
polyvalence, puis, pour être transparent avec vous, Mme la députée, j'essaie de
la comprendre. Quand je la lis, ici, on dit : «Cet ajout porte grandement
à confusion», puis ça, c'est dans notre mémoire, je m'excuse, à la page 16, on
dit : «Prévoit tantôt des tâches comprises dans un métier, tantôt des
tâches du métier, des tâches en lien direct avec l'exercice du métier.»
Je tiens juste à vous préciser que c'est
dur à suivre. Moi, quand on me dit : Écoutez, on va dans un principe de
polyvalence, puis ça, on pense que ça va augmenter l'employabilité, j'ai de la
misère à le cerner, c'est quoi, ça veut dire, en ce moment, la polyvalence. Si
on me dit que la polyvalence, c'est une zone grise entre deux métiers, puis
qu'on n'est pas tout à fait sûr encore, bien, qu'on identifie la tâche puis
qu'on le mette en annexe au niveau d'une réglementation, je n'ai aucun problème
avec ça. Alors là, je serais capable de vous dire : Je suis d'accord avec
une polyvalence, parce qu'à la base il y aura une qualification ou une
compétence qui <accompagnera...
M. Bérubé (Patrick) :
...une
polyvalence, parce qu'à la base il y aura une qualification ou une compétence
qui >accompagnera le tout.
Maintenant, là où je suis craintif, c'est
que, de façon arbitraire puis de façon ponctuelle en chantier, c'est un...
c'est un employeur qui va dire : Écoute, voici la séquence, là, puis je
pense qu'entre les deux, là, ce que tu vas être capable de faire, fais-le, puis
on verra après ce que ça donne. On ne sera pas plus avancés si on commence à
faire des travaux puis qu'on n'est pas sûrs de la qualification, puis qu'on revient,
puis qu'on soit obligés de les reprendre. Là, on ne parlera pas de productivité
ici, on est d'accord.
Donc, moi, je fais juste vous dire que
j'ai de la misère à la qualifier, j'ai de la misère à la quantifier, j'ai de la
misère à voir avec... de façon concise, quand on me parle d'une polyvalence.
Est-ce que les travailleurs sont à ce point rigides? Ce n'est pas ça. Ils sont
compétents. Mais je vous fais référence à un menuisier qui a trois pages recto
verso au niveau de sa compétence de métier, et il est compétent dans son
métier, je voudrais juste vous dire que c'est déjà toute une commande, pour
cette personne-là ou ce travailleur ou cette travailleuse-là, de remplir la
norme de son propre métier. Alors, je suis un peu perplexe pour être honnête.
Mme Cadet : Donc, vous, vous définiriez...
donc, selon vous, aussi, là, comme le groupe précédent, donc, la notion est
insuffisamment définie. Donc, il faut... Donc, le... donc, vous, donc, avoir,
donc, une liste de tâches en annexe, donc, la mise en commun des familles de
métiers, vous en pensez quoi?
M. Bérubé (Patrick) : Bien,
moi, pour la notion des familles de métiers, honnêtement, je ne me suis pas
penché sur cette... sur cette notion-là. Je sais que ça avait déjà été amené.
Mais je peux juste vous dire quelque chose par rapport à tout ce que vous me
dites, Mme la députée. On nous a demandé... Parce qu'on nous a dit : Ah!
on vous a consultés, ça n'a rien donné au bout. J'entendais le ministre tout à
l'heure nous dire ça. On a eu 3 heures de consultation pour régler ce qui
ne s'est pas réglé en 20 ans, puis on nous dit : Bien, écoutez, il
commencerait à être temps que vous vous modernisiez. Je pense que la...
Mme Cadet : Je vais juste y
aller, parce que je sais que je n'ai plus beaucoup de temps, là, rapidement
vous entendre, donc, sur la question du fonds. Vous avez entendu la FTQ hier,
donc, dire oui, la rétroactivité, mais le fond, que c'était trop complexe,
ingérable. Donc, vous, vous en pensez quoi?
M. Trépanier (Michel) : Bien,
à la base, le fond, nous autres, ce qu'on...
La Présidente (Mme D'Amours) : ...désolée,
cinq secondes.
M. Trépanier (Michel) : Ah!
OK. Bien, nous, c'est le principe, c'est la permission de pouvoir signer la...
de s'entendre sur la rétroactivité.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
M. Trépanier (Michel) : Tout
le mécanisme, c'est entre les parties que ça devrait rester.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup. Je suis désolée. Je cède maintenant la parole au député d'Hochelaga-Maisonneuve
pour une durée de 4 min 8 s.
M. Leduc : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour à vous quatre. Merci pour votre belle contribution aussi.
Restons sur le dossier du régime du travail. Pourquoi, selon vous, dans le
projet de loi, on ne vous permet toujours pas, la partie syndicale, de négocier
des griefs sur le salaire, on ne vous permet toujours pas d'être couverts par
une loi antiscab et on ne vous permet toujours pas d'avoir une rétroactivité
salariale, comme à peu près tous les autres syndicats du Québec?
M. Bérubé (Patrick) : Merci,
M. le député. Écoutez, honnêtement, je vais y aller par spéculation. Je crois
qu'il y a des associations d'entrepreneurs qui ne le souhaitent vraiment pas.
Soyons honnêtes. Et c'est toujours la notion démagogique ou la notion du mythe
et de la réalité quand on dit : Ah! non, là, vous allez voir, on va
contingenter le système d'arbitrage puis on n'y arrivera pas, il va y avoir un
paquet de plaintes. Je ne vois pas en quoi, si on respecte les conventions, il
y a un grief qui se dépose. Soit dit en passant, ça, c'est la première chose en
amont que je vais... que j'aimerais amener.
M. Leduc : S'il y a un paquet
de plaintes, c'est peut-être parce qu'il y a un paquet de problèmes.
M. Bérubé (Patrick) : Et
voilà. On s'entend là-dessus. Donc, il y a et minimalement au moins cette
observation-là, vous en serez d'accord avec moi. Deuxièmement, s'il y a des
plaintes, c'est qu'ils militent en faveur d'être déposées, mais on est au civil
en ce moment. Moi, j'ai des histoires d'horreur qu'il y a des gens qui
attendent un dédommagement ou une indemnité, de quelque nature que ce soit, en
fonction de ce qui a été négocié par les parties, soit la partie syndicale,
patronale, et ça a pris cinq ans avant de recouvrer les sommes.
Alors, est-ce qu'on va me dire que, de ce
côté-là, on est efficaces? Je pense qu'en matière civile, M. le député, en
matière... en matière civile, je pense qu'ils en ont déjà plein leurs bras. On
est d'accord avec le nouveau Code civil<i>, les protocoles, tout ce qui
vient avec. Et la commission aussi en a plein ses bras. Je pense qu'en tout
respect elle devrait se concentrer sur le travail au noir, sur l'inspection, la
qualification. Elle a une multitude de mandats.
Le rapatriement des griefs, c'est pour ça
qu'on demande de pouvoir le faire. D'ailleurs, ça se fait partout ailleurs. On
n'est pas pire qu'ailleurs. Puis je ne veux surtout pas, M. le député, me
rendre demain à aller rencontrer les travailleurs puis les travailleuses de
l'industrie puis de leur dire : Vous savez, dans l'industrie de la
construction, je suis obligé de vous dire que vous avez moins de droits que dans
les autres.
M. Leduc : Ce qui est le cas
actuellement, malheureusement.
M. Bérubé (Patrick) : Tout à
fait.
M. Leduc : Le ministre plaide
beaucoup que son projet de loi va faire en sorte qu'on va être capables de
construire plus de logements, de maisons et d'autres chantiers. Pouvez-vous me
pointer, selon vous, l'article du projet de loi ou les articles du projet de
loi qui vont faire en sorte que, l'année prochaine, il aura plus de maisons
construites que dans l'état actuel des choses?
M. Trépanier (Michel) : Je
n'en vois <pas...
M. Leduc :
...dans
l'état actuel des choses?
M. Trépanier (Michel) :
Je
n'en vois >pas, mais je peux vous pointer les articles de nos
recommandations qui pourraient aider dans ce sens-là.
M. Leduc : Allez-y donc.
• (12 h 50) •
M. Trépanier (Michel) : Bien,
la formation professionnelle, je reviens. Qui, qui va pouvoir me répondre :
Qui s'occupe de la formation professionnelle dans notre industrie? Un jour,
c'est la loi R-20. L'autre jour, c'est le ministère de l'Éducation. L'autre
jour, c'est le ministère de l'Emploi. Je pense qu'on doit saisir l'opportunité
qu'on a aujourd'hui de moderniser notre industrie, de faire mieux. Ça fait que
j'espère que je vais avoir cette réponse-là.
Mais par la formation, la formation
syndicale aussi, de mieux accompagner nos travailleurs pour les rendre plus
polyvalents dans leur métier. On a certaines sections locales qui le donnent
déjà, de la formation d'appoint, en amont. Puis, je pense, M. le ministre, vous
avez visité un de nos centres, le local 144, à la fine pointe de la
technologie. Présentement, c'est à même leurs cotisations qu'ils donnent de la
formation. On ne peut pas utiliser le fonds de formation. Ça fait que des
alternatives comme ça, des propositions de mieux planifier les travaux, si vous
vérifiez nos recommandations, ça va avoir un impact direct, direct sur notre
capacité de mieux construire.
La Présidente (Mme D'Amours) : ...
M. Leduc : Vous parlez de
l'alternance travail-études. Peut-être quelques secondes là-dessus.
M. Trépanier (Michel) : Oui,
bien, rapidement, il faut trouver des moyens pour être plus attractifs avec la
nouvelle clientèle. La nouvelle clientèle, elle veut être moins longtemps à
l'école, mais il faut trouver tous les moyens possibles pour l'amener à
l'école. L'ATE, on est favorables avec ça. C'est une alternative au DEP.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup.
M. Leduc : Merci.
M. Trépanier (Michel) : Merci.
La Présidente (Mme D'Amours) : M.
Nantel, M. Trépanier, M. Bérubé et Me Dumais, merci pour votre contribution à
nos travaux.
La commission suspend ses travaux jusqu'à
15 heures. Merci, tout le monde.
(Suspension de la séance à 12 h 51)
14 h 30 (version révisée)
(Reprise à 15 h 00)
La Présidente (Mme D'Amours) : Bonjour,
tout le monde. Nous reprenons nos travaux, et je souhaite maintenant la
bienvenue à la Confédération des syndicats nationaux et à la CSN-Construction.
Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé. Puis
nous procéderons à la période d'échange avec les membres de la commission. Je
vous invite donc à vous présenter et à nous donner votre exposé, s'il vous plaît.
M. Enault (François) : Merci,
Mme la Présidente. Donc, François Énault, premier vice-président de la CSN. Je
suis accompagné, à ma droite, de Pierre Brassard, président de la
CSN-Construction. À sa droite, Étienne Poitras, qui est un des deux coordonnateurs
de la CSN-Construction et à ma gauche, Maxime Cauchy-Charest, qui est de notre
service juridique à la CSN. Donc, écoutez, dans un premier temps, bien, je
tiens à vous remercier, là, l'ensemble des parlementaires, pour votre
invitation à participer aux travaux de la commission. Écoutez, la CSN, on
représente 330 000 membres dans tous les secteurs d'activité au
Québec, la CSN-Construction, on parle d'environ 15 000 travailleuses
et travailleurs partout au Québec et on est une des cinq organisations représentatives,
là, de la construction. Donc, nous sommes heureux de participer à cet événement
et de contribuer à dépoussiérer la Loi des relations de travail, la formation
professionnelle et la gestion de la main-d'œuvre et dans l'industrie de la
construction<i> et ce avec... et ses règlements afférents. C'est la
dernière fois que je le prononce durant mon exposé, donc, R-20.
Donc, ceci n'ayant pas fait l'objet d'une
réforme depuis 30 ans, nous saluons la volonté du gouvernement de
moderniser l'encadrement législatif dans l'industrie de la construction, le
tout en conformité avec l'évolution du droit du travail. Les recommandations
faites à notre mémoire s'inscrivent dans les trois principes qui guident le
projet de loi, à savoir la productivité, l'accès et l'inclusion et la
collaboration. À ce titre, nous souhaitons débuter en soulignant les bons coups
du projet de loi. La CSN accueille favorablement les mesures favorisant l'inclusion
et la rétention des femmes et des personnes représentatives de la diversité de
la société québécoise. De plus, également, la possibilité de négocier la
rétroactivité salariale, dont je comprends qu'il y a quand même certains
éléments à regarder, là, mais on salue, là, l'idée de rendre ça disponible.
Donc, également, la bonification au carnet de référence qui permet de mettre en
contact les employeurs et les associations titulaires de permis s'avère un
outil favorisant la transparence et la capacité d'embauche. La création d'un
Comité des relations de travail dans l'industrie<i> nous apparaît une
bonne idée pour aider à améliorer les relations de travail dans le secteur de
la construction. Du moins, ça ne peut pas être pire. Mais il ne faut pas penser
que c'est une solution magique qui va tout régler. La CSN appuie toutes les
démarches qui auront pour effet de mieux encadrer le processus de négociation
afin de permettre une meilleure communication et une plus grande efficacité
entre les acteurs impliqués. Le législateur devrait s'inspirer du Code du
travail et ramener le régime de négociation de la construction sur les
paramètres du code.
Portés par ces principes, voici
quelques-uns de nos... quelques-unes de nos recommandations. Nous sommes d'accord
d'ajouter un recours visant l'obligation de négocier avec diligence et bonne
foi. La modification proposée visant l'obligation des parties de transmettre
par écrit aux autres parties leurs demandes, offres et propositions sur l'ensemble
des matières devrait se réaliser en deux étapes afin de leur permettre de
prendre connaissance des demandes respectives pour ensuite être en mesure de
communiquer des offres et des propositions appropriées.
Il faut s'inspirer de ce qui existe déjà
dans le Code du travail et profiter de la réforme pour rapprocher le régime de
négociation de la construction à ce qui se fait en vertu du code. L'obtention
du droit de grève ne devrait pas être assujettie à une médiation, quelle qu'en
soit la durée. On croit à la médiation, d'ailleurs, M. le ministre, vous savez
que je suis peux-être un des plus grands utilisateurs, dans cette salle, de la
médiation, mais elle ne doit pas être un frein à l'exercice, à l'utilisation du
rapport de force.
Toujours dans la même logique, en rouvrant
R-20, l'occasion devrait être saisie pour intégrer des dispositions anti-briseurs
de grève. En 1977, le Québec a joué un rôle de précurseur en adoptant des
dispositions limitant l'utilisation de travailleurs de remplacement en temps de
grève légale. Dans le cadre de la modernisation du code canadien<i>, le
gouvernement du Canada souhaite adopter des dispositions à cet effet, et même
M. Poilièvre pense que c'est le gros bon sens. Donc, permettre et
cautionner l'utilisation des travailleurs de remplacement en temps de grève
légale ont un effet dévastateur sur la bonne conduite des négociations, sur la
paix industrielle et sur le respect des principes directeurs de votre projet de
loi.
Sur la mobilité des de la construction...
15 h (version révisée)
M. Enault (François) : ...de
votre projet de loi.
Sur la mobilité des salariés de la
construction, ce sujet de la négociation implique un nombre important de
considérations complexes, incluant la croissance de l'économie régionale, les
besoins d'une plus grande productivité ainsi que le respect de la qualité de
vie, des conditions des travailleuses et des travailleurs de l'industrie de la
construction au Québec. Dans ce contexte particulier, l'intervention du
législateur visant à invalider les clauses de conventions collectives portant
sur la mobilité de la main-d'oeuvre est une mesure disproportionnée qui a pour
effet concret de déséquilibrer le rapport de force entre les parties de
négocier librement leurs conditions de travail. Une approche moins intrusive et
plus ciblée du législateur pourrait viser à créer un comité paritaire afin que
ce dernier procède à l'analyse du recoupage plus ciblé des 12 régions
contenues dans le règlement.
Le... Le projet de loi tente de trouver
des solutions faciles qui régleraient l'ensemble des problématiques des
secteurs de la construction ayant des enjeux et des réalités bien différentes.
On ne peut pas imposer les mêmes remèdes aux secteurs du génie civil, de l'industriel,
de l'institutionnel et commercial et finalement du résidentiel. Le «one size
fits all» ne fonctionnera pas. La CSN vous demande à ne pas limiter les
matières négociables entre les associations respectives et les associations
représentant les employeurs afin que celles-ci puissent bénéficier de toute la
latitude et la flexibilité pour négocier leurs conditions de travail.
Je vais passer la parole au président de
la CSN-Construction.
M. Brassard (Pierre) : Merci,
camarade François. Merci, députés, M. le ministre.
Bien, vous savez, on a eu plusieurs,
plusieurs journées de consultations avec vous dans l'année dernière et puis on
a regardé aussi... Tu sais, le projet de loi était supposé de s'attaquer sur l'attraction,
la polyvalence, la rétention, mais on a omis quelque chose, en passant, c'est
la reconnaissance. Il y a des travailleurs qui sont déjà à pied d'oeuvre sur
les chantiers de construction, des travailleuses, et on constate qu'il y a...
nous, on a une inquiétude au sujet de la rétention de la main-d'oeuvre et de la
productivité à cause de la reconnaissance. Puis je vais m'expliquer un peu plus
loin.
Puis on constate aussi qu'il y a des
problèmes au niveau du rappel. Et on rappelle que les gens sans DEP... qu'ils
restent moins de cinq ans dans l'industrie de la construction. Donc, on déplore
que les solutions visant la productivité, la rétention, ne règlent pas les
problèmes de fond, les maux qui ne sont pas attaqués par le projet de loi, les
conditions de travail qui sont problématiques. Puis, tu sais, on a entendu, là...
j'ai entendu d'autres camarades, là : les horaires de travail qui sont
exécrables, l'absence de règles favorisant la conciliation famille-travail, l'absence
d'un règlement d'antibriseurs de grève, le manque de planification des
entreprises, un grand nombre de sous-traitants. Exemple, là, de la porte pas
installée, là, tu sais : est-ce que c'est la personne qui n'avait pas le
bon titre ou est-ce que ce n'est pas la bonne compagnie qui était à pied d'oeuvre
en train pour pouvoir installer la porte ou finaliser l'installation de la
porte, OK.
Puis un exemple où on manque notre cible
au niveau de la reconnaissance puis de favoriser la productivité puis l'attractivité,
là, de l'industrie, on a envoyé... on vous a fait parvenir des documents aussi
là-dessus, là, c'est les arpenteurs en construction. Les arpenteurs en
construction, là, c'est des experts dans la mesure sur un... sur un chantier de
construction. Puis, s'ils n'étaient pas là, bien, il n'y aurait aucun travail
qui pourrait avancer. Donc, il n'y a pas une mesure, il n'y a rien. Donc... l'absence
de reconnaissance depuis des années dans ce métier amène ces derniers à partir
vers des employeurs tels que les villes, les mines, les géomètres puis les
firmes d'ingénieurs.
L'attractivité. Comment attirer les travailleurs
étrangers et revoir les permis de travail? L'industrie est en surchauffe, hein?
Puis on passe à côté de gens qualifiés parce qu'en plus on a de la misère à
faire reconnaître le travail qu'ils font dans leur... dans leur pays. Ça fait
que ça prend des mesures facilitantes pour reconnaître leurs acquis. Et, ces
gens-là, ils veulent travailler.
Autre réforme qui manque les trois cibles
visées par le ministre, celle du... désassujettissement des offices municipaux
d'habitation. C'est une perte sèche pour l'industrie. Ça n'ajoute à rien à la
main-d'oeuvre dans l'industrie puisque ces gens-là vont quitter l'industrie, ils
iront oeuvrer ailleurs, à l'extérieur de l'industrie de la construction. Puis
on le voit, là, il y a des prestations au niveau de la machinerie de
production, puis ils veulent revenir assujettis.
La polyvalence, c'est... ce n'est pas un
problème de l'industrie, c'est un problème de secteur. Et c'est un secteur,
puis on l'a dit en commission... en rencontre, l'ICI, le génie civil, ils <vont...
M. Brassard (Pierre) :
...rencontre, l'ICI, le génie civil, ils >vont fonctionner de
toute façon avec des sous-traitants. Puis ça marche... ça... Il n'y aura pas de
problème au niveau de la polyvalence pour eux, ils embauchent des sous-traitants.
Le problème, c'est vécu dans le secteur résidentiel. Et on vous a adressé le
problème en rencontre. Puis on dit : Il faudrait... On ne peut pas avoir
un remède d'industrie, il faut avoir un remède ciblé. Et on est prêts à
s'asseoir avec les parties pour être capables de réussir à trouver un remède
pour ce secteur-là.
La mobilité, c'est la même chose. Tu sais,
les parties sont coupables de... sont capables de s'entendre au niveau des
conventions collectives, puis ça nous donne une...
• (15 h 10) •
La Présidente (Mme D'Amours) : M.
Brassard, est-ce qu'il vous reste... encore beaucoup de choses à dire? Parce
que votre temps est écoulé. Si...
M. Brassard (Pierre) : Il me
reste deux choses : la mobilité, le scrutin électronique, tant qu'à moderniser
R-20.
La Présidente (Mme D'Amours) : Parfait.
M. le ministre, est-ce que vous consentez, M. le ministre, à ce que M. Brassard
prenne du temps de votre temps de parole? Allez-y. Vous pouvez continuer.
M. Brassard (Pierre) : Une
minute. Merci, M. ministre.
La mobilité. On l'a dit, hein, les... gros
joueurs vont amener leurs employés avec les sous-traitants, puis ça va faire
que, sur les... dans les régions éloignées, en dehors des grands centres, il
risque d'y avoir de la grogne, de la bisbille et des gens en perte d'emploi, en
assurance-emploi plus longtemps. Et je l'ai vécu. Parce qu'en même temps je
suis un gars du Saguenay—Lac-Saint-Jean, donc je l'ai vécu, les grosses
entreprises qui arrivent avec leurs sous-traitants, parce que c'est la nouvelle
mode, là, c'est de la sous-traitance à outrance.
Et le scrutin électronique, où on dit :
On veut moderniser la <i>loi R-20, on veut dépoussiérer ça. Ça fait des
années qu'on n'a pas bougé là-dessus. On est à l'ère électronique et on n'a aucune
notion au niveau du scrutin. Tout se fait encore à la mitaine. C'est une
lourdeur pour les travailleuses puis les travailleurs de vouloir s'exprimer et
même de contester. Donc, on est rendus à l'ère électronique. Il y a des... Je
l'ai dit au ministre du Travail, qu'il y a des municipalités qui s'en vont
là-dessus au niveau du vote électronique pour les prochaines élections. Ça fait
que je pense qu'on doit ne pas passer sous silence puis on doit améliorer au
niveau du système de la période de changement d'allégeance syndicale.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup. M. le ministre, nous sommes rendus à votre... période d'échange.
Donc, vous avez environ 15 min 20... 20 s.
M. Boulet : Oui, merci, Mme
la Présidente. M. Enault, M. Brassard, votre équipe, bravo! C'est un excellent
mémoire. Et je trouve que votre présentation, elle est raisonnée et
constructive. C'est un projet de loi, je le répète, il est perfectible, on est
toujours à la recherche d'un équilibre quand on rédige, on consulte, ce n'est
jamais parfait, mais vous êtes venu ici pour nous faire des propositions.
Puis d'emblée, M. Enault, vous faites
référence aux bons coups du projet de loi, et ça, il faut que ce soit dit. Vous
parlez d'inclusion. C'est un défi constant d'être dans un secteur inclusif et
diversifié. Ça, ça va répondre aux objectifs non seulement d'avoir une main-d'oeuvre
accrue, mais aussi une meilleure productivité.
La rétroactivité. Évidemment, il y a les
aspects pratiques, mais il y avait un article dans la loi qui prohibait, qui
interdisait aux parties de négocier une rétroactivité. Cet article-là est
abrogé. Au moins, on revient à la liberté des parties de négocier. Moi, c'est
ce qui est le plus important. Les aspects, les modalités de mise en
application, moi, je suis toujours ouvert aux idées.
Le comité de relations de travail, c'est
aussi de quoi que vous comprenez très bien. L'objectif, c'est d'améliorer et
aussi de prévenir, parce qu'on parle d'amélioration des relations de travail,
mais aussi de prévenir des enjeux ou des litiges qui, à un moment donné,
prennent des disproportions un peu déraisonnables.
Le recours. Effectivement, on était fiers,
parce qu'on ne l'a pas dans le Code du travail, la possibilité de faire un recours
en cas de défaut de négocier avec diligence et bonne foi. Je pense que c'est
intéressant que vous le mentionniez.
La grève sans médiation. Je veux vous
entendre, François. Puis on se connaît bien, là, parce qu'effectivement vous
êtes un partisan des alternatives de résolution de litiges en relations de
travail. Vous dites : Une grève sans médiation parce que, la médiation, ça
altère le rapport de force. Comment ça altère le rapport de force, en deux
mots, François?
M. Enault (François) : Quatre?
M. Boulet : C'est bon. Je
t'écoute.
M. Enault (François) : Non,
mais écoutez, M. le ministre, j'ai trop vu, exemple... Puis je ne <veux...
M. Enault (François) :
...j'ai
trop vu, exemple... Puis je ne >veux pas mêler le secteur public avec la
construction, mais dans le secteur public, il y en a, des passages, des
médiations obligatoires où il ne se passe pas grand-chose. Lorsque les parties
décident d'y aller, en médiation...
M. Boulet : Comme ça s'est
fait là. Oui.
M. Enault (François) : C'est
ça. Mais, quand on a décidé d'y aller, ça s'est fait parce que les parties
avaient une nécessité. Ce qu'on ne veut pas, c'est que des gens viennent faire
du temps, exemple, 30 jours en médiation, puis compter les carrés, puis en
disant : Bon, il en reste 10, huit, neuf, sept, six, puis après ça, on
peut. Nous, ce qu'on veut, c'est qu'il y ait des médiations vraiment
constructives où les gens, quand qu'ils y vont, il y a une personne qui est là,
qui les accompagne, puis qu'on était capables de trouver des solutions, et non
pas seulement faire perdre du temps à des gens et faire du temps. C'est...
C'est ça, derrière ce qu'on dit, là. Et puis vous le savez, M. le ministre, je
veux dire, en 50 ans, il y a une fois qu'il y a eu une conciliation qui a
été demandée à la table centrale dans le secteur public, c'est cette année,
avec les quatre dirigeants du front commun. Donc, on est pour, mais lorsque
c'est le bon moment.
M. Boulet : Parfait. On se
rejoint. Il faut que la médiation soit obligatoire et effective, que les deux
parties... les parties, dans le cas présent de la construction, y participent
de bonne foi. Et ça, ça peut donner des résultats. Ça, ça n'a pas d'impact
négatif sur le rapport de force. Ça permet d'atténuer les tensions puis
d'éviter un conflit, généralement.
M. Enault (François) : Ce
qu'on dit sur l'obligation, c'est qu'on aimerait bien que ce soit volontaire.
M. Boulet : OK. Je comprends.
M. Enault (François) : Mais j'entends
ce que vous dites. Et ce qu'on dit, c'est de mettre un nombre de jours, ça
peut juste, des fois, rendre le monde à ne rien faire. Il faut vraiment que ce
soit une volonté. Lorsque c'est une volonté, ça fonctionne. On le sait, M. le
ministre.
M. Boulet : Puis c'est dur
d'obliger la volonté. Puis je rejoins François là-dessus, tu ne peux pas forcer
les parties à négocier. Tu ne peux pas les forcer, les parties. Tu peux les
forcer à négocier de bonne foi puis avec diligence, mais la médiation, ça prend
une volonté conjointe. Je comprends ce point-là. OK.
La mobilité. Quand on fait un projet de
loi de cette nature-là, il faut aussi viser à simplifier. En matière de
mobilité, M. Enault, c'est compliqué. C'est extrêmement asymétrique pour
des métiers en génie civil, voirie, oui, pour d'autres, non. Pour des métiers
dans l'institutionnel, commercial, industriel, c'est oui, dans d'autres... Je
pense que le projet de loi, au-delà d'avoir un impact sur les conventions
collectives, ce n'est pas les conventions collectives qui sont en vigueur
actuellement, c'est à leur expiration. Il y a un enjeu. Il n'y a pas eu
d'entente. Il y a des recours. Il y a eu des recours au Tribunal administratif
du travail, après ça, à la Cour supérieure<i>. Là, on attend d'être
entendus devant la Cour d'appel<i>. Je parle des parties qui... Or, ce
n'est pas si simple que ça, de dire : Laissons les parties négocier, c'est
beaucoup plus simple de même. Ce n'est pas le cas, alors que ce qui dans le
projet de loi, c'est simple.
Et je rappellerai que le <i>règlement
sur l'embauche et la mobilité contient un article 35 qui réfère à la
priorité d'embauche régionale. Ça fait que, quand tu as besoin d'embaucher,
c'est d'abord et avant tout les travailleurs, travailleuses de la région. Et,
par la suite, la mobilité, elle peut s'exercer. Mais elle va permettre,
particulièrement en contexte de pénurie de main-d'oeuvre, à des régions d'être
compétitives et d'attirer la réalisation de projets industriels. Donc, la
mobilité, il faut la voir comme étant favorable au développement social et
économique des régions.
L'autre... L'autre élément sur lequel
j'aimerais vous entendre. Vous dites : Un recoupage plus ciblé des régions
en fonction... J'aimerais ça peut-être que vous me donniez juste un peu plus de
précisions parce que je n'ai pas eu le temps de lire en détail le mémoire.
Qu'est-ce que vous auriez à me dire là-dessus, sur le redécoupage des régions?
M. Enault (François) : Je ne
répondrai pas sans mon avocat, M. le ministre, donc je vais laisser Maxime
répondre.
M. Boulet : Maxime d'abord.
M. Cauchy-Charest (Maxime) : Quant
au... M. le ministre, quant au redécoupage, je vais laisser la parole au
spécialiste.
M. Boulet : C'est Pierre.
M. Cauchy-Charest (Maxime) : Mais
pour ce qui est de la portion de la mobilité, lorsqu'on parle de la
contestation judiciaire, là, sur les dispositions, parce qu'on a grand fait
état de l'article 35 du... règlement comme étant l'espèce de balise
d'encadrement de cette mobilité-là, la finalité recherchée par le recours qui
est actuellement devant la Cour d'appel, c'est de déclarer inopérants ces
articles-là. Donc, si on juxtapose une limitation pour les parties de négocier
une clause de convention collective qui vient moduler, disons, les conditions
de travail des travailleurs quant à la mobilité et que, par la suite, on est en
<l'absence...
M. Cauchy-Charest (Maxime) :
...et
que, par la suite, on est en >l'absence d'une disposition ou d'une
protection réglementaire, comme prévu à 3538 du règlement, on se trouve
finalement entre deux chaises. Donc, c'est quand même relativement, tu sais,
périlleux. Puis c'est pour ça que je voulais le préciser, parce que ce n'est
pas juste un recours, c'est devant les tribunaux. Il y a quand même une
incidence pratique à la finalité de ce recours-là, juxtaposée avec la
proposition d'empêcher des parties, finalement, de venir reprendre le contrôle
nécessairement, un peu, de leurs conditions de travail.
• (15 h 20) •
M. Boulet : Un résultat
pratique qui va résoudre les conflits, qui va permettre de clarifier la
situation, autant pour les travailleurs préférentiels que pour ceux qui auront
15 000 heures pour avoir une pleine mobilité, pour nous, ça a
vraiment l'impact d'éclaircir la situation relative à la mobilité. Puis,
souvent, on me dit : Pour les griefs, on est le seul secteur qui ne peut
pas. On est aussi le seul secteur où il y a tant d'obstacles asymétriques à la
mobilité de la main-d'oeuvre. Ça fait qu'il faut tenir compte aussi de cette
réalité-là. Et on est convaincus qu'en termes de développement régional, avec
tous les projets industriels annoncés un peu partout au Québec découlant de la
filière batterie puis Hydro-Québec, ça va aider certaines régions.
Le redécoupage. On peut... C'est parce
qu'il reste combien de temps?
La Présidente (Mme D'Amours) : ...20 secondes.
M. Boulet : Six minutes. Peut-être,
François, j'aimerais ça... Pierre? Pierre. Ça va bien, Pierre?
M. Brassard (Pierre) : Pour répondre
à la mobilité, M. le ministre?
M. Boulet : Non, pas la
mobilité.
M. Brassard (Pierre) : Ah! OK.
M. Boulet : La reconnaissance
des acquis. C'est parce qu'on a des articles de reconnaissance des heures de
formation puis des expériences de travail aussi dans notre projet de loi. Mais
je suis d'accord avec vous, M. Brassard, que la reconnaissance des acquis, ça
va nous permettre d'intégrer plus de personnes, parce qu'il y en a plein, puis
on ne réfère pour qu'aux groupes issus de la diversité, là, mais bien sûr les Premières
Nations, les personnes immigrantes, les minorités visibles, les personnes en
situation de handicap, les femmes, mais aussi des personnes qui ont de
l'expérience pertinente à l'extérieur. Puis, avec la règle de 35 %, ça
devrait être bénéfique.
Mais vous avez parlé horaire de travail, M.
Brassard, puis conciliation travail-famille. Ça, pour moi, c'est des matières
aussi à négocier lors des renouvellements de conventions collectives. Est-ce
que ce l'est?
M. Brassard (Pierre) : Bien,
c'est un... c'est un peu pour ça que d'entrée de jeu, je disais : Au
niveau de l'attraction, on est... l'industrie n'est pas sexy. Excusez
l'expression, là, mais on ne l'a pas. Au fil des ans, là, on l'a démontré. Puis,
quand on parle de... Puis je vais vous, un peu, ramener à la mobilité, là. La
mobilité, de la façon dont elle est libellée sur une base volontaire... Le
volontarisme, dans l'industrie de la construction, ça n'existe pas ou très peu.
La précarité de l'emploi, il n'y a pas d'ancienneté : la sécurité d'emploi
n'y étant pas, les travailleurs vont se le faire imposer, d'aller travailler.
Les gros joueurs de l'industrie qui
embauchent des paquets de sous-traitants, eux, quand ils vont arriver, pogner
un contrat d'école ou d'hôpitaux... d'hôpital au Saguenay—Lac-Saint-Jean,
parce que je prends l'exemple du Saguenay—Lac-Saint-Jean, qu'ils vont venir
avec l'ensemble de leurs sous-traitants, parce que vous avez dit que c'est de
nouveaux besoins de main-d'oeuvre, qu'on va mettre 3536 en application... Donc,
moi, je suis au Saguenay, je vois arriver, je ne nommerai pas de nom, qui vient
faire un CHSLD public avec 18 sous-traitants qui ont des heures
d'enregistrées pour les sous-traitants, puis moi, je ne travaillerai pas.
Donc, ça va créer... On veut... L'État est
supposé d'être un facilitateur, ne devrait pas arriver avec des choses où on va
être en grogne contre l'État, on va être en grogne contre les entreprises, parce
que nous, on va se ramasser à l'assurance-emploi parce que la mobilité est ouverte
«at large». Vous avez dit, ce matin, je l'ai pris dans ma mémoire, là :
100 % de mobilité pour 13 métiers dans le génie civil, aucun problème,
20 % dans l'ICI, aucun problème. Là, on arrive, on veut... faire un remède
pour l'ensemble de l'industrie en mettant «at large» la mobilité. Pourtant,
vous avez dit ce matin qu'il n'y avait pas de problème au niveau du ICI. Donc,
le problème, il est ciblé. Il est dans les entreprises. Les sous-traitants s'en
vont dans l'institutionnel, commercial, industriel parce qu'il y a une cadence
de travail.
M. Boulet : ...à ce que je
disais. Dans l'ICI, c'est limité à 20 % et...
M. Brassard (Pierre) : Puis
vous n'avez pas de problème?
M. Boulet : Non. Mais il n'y
a pas eu d'effet négatif. Mais ça a empêché des régions de réaliser des projets
industriels, des projets de construction, faute de main-d'oeuvre, parce que la
mobilité ne leur permettait pas parce qu'ils avaient atteint le plafond du
20 %. C'est ça, les règles du marché. Puis c'est ça que devrait permettre
notre organisation de travail. Ce n'est pas <d'aller...
M. Boulet :
...notre
organisation de travail. Ce n'est pas >d'aller tasser du monde qui est
dans les régions. Puis vous savez que les entrepreneurs, quand ils veulent
soumissionner, ils veulent être les plus concurrentiels possible. Et il y a
toujours les frais de séjour puis les frais de déplacement, puis ça représente
quoi, 25 %, 26 %. Ça fait que l'intérêt... Et, en plus, il y a la
priorité d'embauche régionale. Mais l'intérêt, au-delà de ça, c'est
financièrement, c'est de faire affaire avec des gens de métier qui sont dans
les régions. Mais il n'y en a pas assez. On a un phénomène de pénurie de
main-d'oeuvre.
Le problème, c'est qu'on se replace
toujours à une époque où il y avait du chômage, où il y avait des besoins. Les
bassins de main-d'oeuvre, pourquoi ça rouvre tant? Pourquoi, dans certains
métiers, M. Brassard, il y a jusqu'à 85 % des travailleurs qui rentrent
par les bassins? Ça, en termes de rétention... Parce que vous parliez de
l'importance de la reconnaissance pour améliorer le taux de rétention. La
formation... L'absence de formation a un impact aussi, et même plus négatif,
là, pour la possibilité de retenir le monde.
Scrutin électronique, Pierre. C'était le
dernier point. C'était quoi, le point, Pierre? C'était qu'on a... on a réussi à
faire un maraudage sanitaire en 2021. Là, on a été capables de sortir des
sentiers battus. Là, vous dites : On devrait faire un scrutin?
M. Brassard (Pierre) : Électronique.
M. Boulet : OK.
M. Brassard (Pierre) : On en
a fait un sanitaire, maintenant, on est rendus à l'ère électronique. Puis, tu
sais... Puis tout fonctionne comme ça, là. La facilité. Nous, on est élus au
suffrage universel de nos membres par vote électronique. Ils reçoivent un code-barre,
ils peuvent voter pour le président, ils peuvent voter pour l'ensemble de leurs
leaders d'organisation. Puis, quand vous avez dit de former un comité pour
savoir... pour s'assurer le découpage des régions, ce découpage-là date du
début du siècle, à la blague. Donc, s'il y a un redécoupage à faire... Parce
que ce que j'entends, moi, des prestations des organisations patronales, c'est
que la personne de Saint-Hyacinthe ne peut pas travailler à Drummond.
M. Boulet : Oui. Je comprends.
M. Brassard (Pierre) : Donc,
s'il y a un problème de redécoupage, prenons-le par... prenons le taureau par
les cornes puis travaillons à ce qu'on ne mette pas à feu et à sang les régions.
Parce que les régions, là, on a du bon monde. Puis, si notre monde se ramasse
en chômage, on va avoir après ça à reprendre le...
M. Boulet : Oui. C'est vrai.
M. Brassard, je veux conclure. Ils ont fait état des points forts du projet de
loi. C'était vraiment intéressant. Puis j'ai apprécié beaucoup votre
présentation. Puis au plaisir de se reparler bientôt. Merci.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup, M. le ministre. Maintenant, je vais céder la parole à la députée de Bourassa-Sauvé
pour 10 min 24 s.
Mme Cadet : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour, messieurs. Merci pour votre présentation.
Je commence justement avec ce... le point
dans votre mémoire où est-ce que vous dites, donc, que «vous accueillez
favorablement les mesures sur l'inclusion et la rétention des femmes et des
personnes représentatives de la diversité et de la société québécoise».
Évidemment, donc, je pense qu'on a parlé abondamment, là, de la
sous-représentation des femmes dans l'industrie, notamment, bon, oui, la
question de la formation, mais également la question du climat de travail. La
première question que j'ai pour vous, c'est : Pour vous, donc, en termes
de lutte contre le harcèlement, qu'est-ce qui a changé dans l'industrie, dans
les dernières années, qui permettrait donc d'être prêts à accueillir plus de
femmes?
M. Brassard (Pierre) : Bien,
vous savez, on a travaillé beaucoup avec la Commission de la
construction<i>, beaucoup au niveau du PAEF, au niveau de l'industrie de
la construction. Une chose qu'il faut qu'on améliore, c'est avec... Il faudrait
que le gouvernement, à un moment donné, je ne sais pas comment le dire
poliment, là... mais il faut que le gouvernement, à un moment donné, ait le
courage politique de dire : Ça prend des obligations d'embauche des
femmes, des immigrants, des Autochtones, des diversités. Si on ne fait pas ça,
les entreprises, là, qu'on appelle pour référer des femmes, c'est elles qui
nous disent : Ah non! Je n'en veux pas, de femmes. Ça fait que, si on ne
réussit pas à peser sur la bedaine de ceux qui embauchent... Bien, nous, on les
défend, mais c'est les employeurs qui les embauchent. C'est eux-mêmes qui ne
veulent pas les embaucher.
Mme Cadet : Mais il y a quand
même un enjeu d'attractivité quand même. Je vous entends, là, sur la question
des donneurs... des obligations potentielles aux donneurs d'ouvrage puis des
employeurs, je pense que tout ça, donc, ça peut être vrai. Mais, au niveau,
donc, du climat de travail, il y a quand même... il y a quand même du travail à
faire de ce côté-là pour s'assurer du maintien aussi, là. Parce que c'est une
chose, l'embauche, mais c'est... c'est surtout la rétention par la suite.
M. Brassard (Pierre) : Exact.
Mme Cadet : Donc, quand bien
même il y a ces obligations-là, il faut du travail du côté de la rétention
aussi.
M. Brassard (Pierre) : Rétention,
reconnaissance, ça égale productivité, on le dit, on le martèle depuis le
début. Ça fait que, si on <n'est...
M. Brassard (Pierre) :
...depuis
le début. Ça fait que, si on >n'est pas capables de les maintenir à
l'emploi... Hein, il y a... il y a plein de choses, là, ils partent en congé
maternité, quand ils reviennent, le chantier est terminé, bien, son lien
d'emploi est terminé. Donc, il n'y a pas de reconnaissance pour qu'ils aient le
goût de rester plus longtemps dans l'industrie de la construction, ça fait
qu'il faut amener... il faut élever notre jeu. Tu sais, on parle depuis le
début, là, qu'il faut moderniser cette loi-là, il faut moderniser cette loi-là,
bien, il faut aussi qu'on ait le courage politique de le faire. Parce que c'est
bien beau de le dire, mais, si, après, on s'en retourne dans nos chaumières en
disant : Bien, en tout cas, on l'a dit puis on va aller se cacher en
arrière de nos TV, ça ne marchera pas.
• (15 h 30) •
Mme Cadet : Je suis curieuse :
Vous, comme organisation, comment est-ce que vous avez élevé votre jeu sur cette
question-là?
M. Enault (François) : ...la CSN-Construction,
il y a quatre membres au comité exécutif de la CSN-Construction, dont un poste
réservé à une femme. Donc, je pense que charité bien ordonnée commence par
soi-même, là. Mais on l'a fait, nous, puis justement pour s'assurer que lorsque
les femmes viennent travailler, hein, dans le... dans le secteur de la
construction, qu'il y ait des personnes aussi qu'elles peuvent se référer. Chez
nous, on a des femmes justement pour ça, puis montrer justement qu'on est
inclusifs. Donc, ça commence comme ça, mais je pense qu'il va falloir aller un
peu plus loin, justement, pour s'assurer... Puis je pense que le compagnonnage
est important aussi pour bien former ces gens-là. Leur donner un travail qui
soit pérein, là, c'est ça aussi, là. Je veux dire, sinon, bien, c'est clair que
ça va être dur d'attirer des femmes dans le milieu de la construction.
Mme Cadet : Merci. Je veux,
moi aussi, donc, aller sur le chantier, là, du redécoupage. Donc, vous dites,
donc, vous souhaiteriez, donc, «créer un comité paritaire pour procéder à
l'analyse du redécoupage plus limité des 12 régions contenues dans le
règlement». Au-delà, donc, des questions du ministre auxquelles vous avez
répondu, je suis curieuse de voir, donc, pour vous, est-ce que... Vous donniez
l'exemple, donc, de, bon, Saint-Hyacinthe, Drummondville. Mais, si on
redécoupe, on n'a pas encore, donc, la même problématique, tu sais, peu importe
à quoi ressemble la carte?
M. Brassard (Pierre) : Quand
on parle de redécoupage, il faut que ce comité-là fonctionne. Ça fait qu'en
même temps on voit la prévision des travaux dans le futur, ça fait qu'on est
capables de voir est-ce qu'on va avoir des problèmes reliés au niveau de la
mobilité, si les chantiers... Comme, là, voyez-vous, il y a des filières de
batteries à Trois-Rivières. Ce n'est pas pour un clin d'oeil pour vous, M. le
ministre, mais il y a... il y a une filière de batteries à Trois-Rivières.
Est-ce qu'on va être confrontés, dans le futur, à un manque de travailleurs?
L'ouverture de bassins comble sporadiquement un manque de travail... un manque
de travailleurs.
Mme Cadet : ...dans le fond,
je pense... je sais que dans... quand vous parlez du redécoupage, donc, on est
vraiment, donc, dans la question des régions limitrophes, là, donc cet enjeu-là,
mais il va toujours y avoir une... une région limitrophe, donc, peu importe à
quoi ressemble le redécoupage. Donc, c'est pour ça que j'essaie de saisir le...
ce que ça viendrait régler, ce comité paritaire là.
M. Brassard (Pierre) : Bien,
ce qu'on dit, si on n'a pas de forum pour pouvoir en discuter, on va mettre un
remède général qui va occasionner plus de problèmes administratifs que d'autres
choses. Donc, si on n'a pas... si on a un forum pour être capables d'en
discuter, il y a des travaux de prévus, le gouvernement a une enveloppe
budgétaire, ils veulent faire tel projet, ce comité-là va pouvoir regarder et
dire est-ce qu'on va avoir un problème de main-d'oeuvre, est-ce qu'on va avoir
un problème de mobilité. C'est à ça que ça sert, des relations de travail, c'est
à ça. C'est... C'est l'ADN des syndicats. Ça fait qu'il faut qu'on soit capables
de le faire.
On l'a dit, le camarade vice-président l'a
dit, il n'y a pas de remède «one fits all» là-dessus. Il y a un... L'industrie,
là, c'est... c'est vaste, ça englobe beaucoup de régions, puis on ne peut pas
mettre à mal les régions, les travailleuses puis les travailleurs des régions,
parce qu'on a un problème de recrutement de la main-d'oeuvre. Puis...
Mme Cadet : Oui. Mais,
là-dessus, sur le recrutement de la main-d'oeuvre? Parce que dans le mémoire
aussi, tu sais, vous parlez, donc, de la conjoncture qui découle du plein
emploi. Puis, en fait, donc, quand on regarde les différentes analyses
économiques, donc, on... il y a... il y a très peu d'experts qui nous ramènent,
donc, aux différents taux de chômage historiques, là, qu'on a connus à
l'époque, donc, de la création du cadre réglementaire qu'on a aujourd'hui.
Donc, étant donné, donc, qu'il y a peu d'anticipation de revenir à ce taux de
chômage là, donc, pour vous, donc, comment est-ce qu'on... comment est-ce qu'on
s'adapte? Oui, pour aujourd'hui, il y a une conjoncture actuelle, donc, de
pénurie de main-d'oeuvre très vaste, mais pour l'avenir, on va quand même
avoir, donc, différents défis au niveau de la planification de la main-d'oeuvre.
Donc, comment est-ce que vous... comment est-ce que ça s'imbrique dans tout ça?
M. Brassard (Pierre) : Bien,
tu sais, si on regarde l'année dernière, là, quand on avait une crainte au
niveau des taux d'intérêt élevés puis de l'IPC, puis tout ça, je n'aurais pas
prédit que dans les cinq prochaines années, on allait péter des scores de fou
au niveau des heures de l'industrie, là. Ça fait que moi, je pense qu'il peut y
arriver des choses dans le futur qu'on n'avait pas prévues...
15 h 30 (version révisée)
M. Brassard (Pierre) : ...des
choses dans le futur qu'on n'avait pas prévues. Puis on ne peut pas toujours se
défendre : Bien, on n'avait pas de boule de cristal. Nous, là, c'est des...
c'est de la main-d'oeuvre, c'est des humains qu'on fait travailler, qu'on fait
gagner leur vie, puis qui amènent du pain puis du beurre sur la table, ça fait
que moi, je ne peux pas juste me dire... me cacher derrière : Je n'avais
pas de boule de cristal. C'est des êtres humains qu'on gère, nous, là, au
niveau des... au niveau syndical, ça fait qu'on ne peut pas... on ne peut pas
jouer avec ça.
M. Enault (François) : Peut-être
juste un complément?
Mme Cadet : Oui.
M. Enault (François) : Mais
on le place dans notre mémoire, là, on laisse beaucoup de place à la
négociation, on fait... on fait confiance aux parties de trouver des solutions.
Puis on le répète, là, dépendamment du secteur d'activité de la construction,
dépendamment aussi du temps, je veux dire, la photo d'aujourd'hui ne sera pas
la même photo dans quatre ans. C'est seulement ça, notre crainte, d'appliquer
une loi présentement qu'on ne pourra plus défaire dans trois, quatre ans,
là. Et c'est ça qu'on dit : Il faut laisser aux parties le loisir d'être
capables de négocier les éléments de mobilité de main-d'oeuvre dans les
régions, avec les problématiques x, y, z, dépendamment du contexte.
Mme Cadet : Mon autre
question est au niveau de la productivité, parce qu'évidemment vous le mettez
aussi, donc, le... L'un des principes directeurs ici, donc, c'est de... d'assurer
une meilleure productivité. Comment vous pensez que le projet de loi, il peut
permettre de bâtir mieux, plus vite et à moindre coût ou comment il faudrait l'améliorer
pour qu'on atteigne véritablement cet objectif-là?
M. Brassard (Pierre) : Bien,
on l'adresse un peu au niveau de l'amélioration de la productivité, hein? Le
compagnonnage, c'est la majeure, la planification des travaux aussi. Donc, une
meilleure planification des travaux, une possibilité de compagnonnage. Parce
que, du moment où est-ce que c'est ma force, ma capacité de travail, là, qui
fait que je rentre le premier sur un chantier puis je sors le dernier parce que
c'est... j'ai plein de trucs puis je ne les donne pas en compagnonnage aux
nouveaux puis aux nouvelles, bien, il n'y en aura pas, de productivité, il n'y
en aura pas, d'amélioration de productivité. Parce que c'est ma capacité... c'est
ma sécurité d'emploi, là, à l'heure actuelle, c'est ma capacité d'effectuer des
travaux puis mes trucs.
Ça fait que, si je ne suis pas capable de
faire le compagnonnage de ça ou si je n'ai pas l'intention, parce que c'est ma
sécurité d'emploi... Il n'y a pas de sécurité d'emploi, il n'y a pas d'ancienneté
sur les chantiers de construction, donc c'est moi qui fais ma sécurité d'emploi
puis mon ancienneté, par ma capacité de travail, ça fait que je ne donne pas
mes trucs, il n'y a pas de compagnonnage puis il n'y a pas d'étalonnement des
travaux puis de préparation des travaux. Donc, la productivité, elle ne peut
pas être au rendez-vous. Il y a une difficulté là.
Mme Cadet : Merci. En
terminant, de mon côté, vous aviez... bien, vous indiquiez, donc, que vous
accueillez positivement l'opportunité de négocier les clauses de rétroactivité
salariale. Vous avez parlé, donc, souvent, donc, dans vos réponses, donc, de
négociation directe, vous avez entendu la FTQ hier. Donc, vous, au niveau du
fonds, comment est-ce que vous accueillez, là, ce mécanisme-là?
La Présidente (Mme D'Amours) : En
10 secondes.
M. Brassard (Pierre) : Si c'est
compliqué, je suis content qu'on soit capable de la négocier, mais qu'elle s'applique,
on n'a pas besoin de fonds spécial, de patente spéciale, qu'après ça qu'on a une
complexité à administrer. Puis on salue l'intention de vouloir nous donner un
petit bonbon au niveau du projet... PL 51.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup. Je cède maintenant la parole au député d'Hochelaga-Maisonneuve. M. le
député, vous avez 3 min 28 s.
M. Leduc : Merci. Le ministre
dit que c'est un gros bonbon, je ne suis pas sûr que je suis d'accord, moi, en
tout cas...
M. Boulet : ...le terme n'est
pas juste.
M. Leduc : Le terme n'est pas
juste. Bonjour à vous quatre. Content de vous voir ici. Peut-être une question,
vous verrez qui répond, mais moi, je suis surpris, là, on parle de la mobilité
de main-d'oeuvre, puis on va jouer dans les conventions collectives, on va
unilatéralement modifier des conventions collectives. Est-ce que vous avez vu
ça souvent, peut-être plus M. Enault, dans d'autres secteurs économiques, qu'un
gouvernement, à travers une loi, peut-être à part des lois spéciales, bien sûr,
mais vient identifier des clauses puis il vient les modifier?
M. Enault (François) : Écoutez,
je l'ai dit à plusieurs tribunes, là, ça fait 30 ans que je négocie, non,
je n'ai pas vu ça beaucoup, là, tu sais, je n'ai jamais vu ça. Donc, c'est ce
bout-là qu'il faut travailler à part. Bon, je ne viens pas... je ne parle pas
des décrets dans le secteur public là, à toutes les... à toutes les négociations,
à part... à part celle-ci puis la dernière... l'avant-dernière. Écoutez, puis c'est
ça qu'on dit, c'est... on est capable de travailler les choses. Et ce que
Maxime disait tantôt, mais à un moment donné, de toute façon, l'employeur a
déjà pris certains recours pour essayer d'invalider ça. Et c'est ce qu'on se
dit : Laissons négocier. Puis on regarde le courant jurisprudentiel
présentement, on l'a vu ce qui s'est passé en Ontario avec le gouvernement
Ford, que leur loi a été...
(Interruption)
M. Enault (François) : ...a
été... excusez, je...
M. Leduc : Ça arrive même au
salon bleu, ça.
M. Enault (François) : ...ait
été invalidée. Bon, c'est tout ça qu'on dit, l'arrêt Saskatchewan. On place <tous...
M. Enault (François) :
...On
place >tous les éléments puis on dit : Pourquoi qu'on ne fait pas
de ce projet de loi là... On a l'opportunité, hein? On a un code du travail qui
fonctionne assez bien quand même. Pourquoi on n'essaie pas d'imbriquer plus
d'éléments du Code du travail actuel au lieu de rester sur la fameuse R-20 tout
le temps, tout le temps, puis que personne ne connaît à peu près, là.
• (15 h 40) •
M. Leduc : Sur la question de
la présence des femmes. Plus tôt, hier, en fait, on a reçu le CIAFT qui
proposait qu'on pousse le gouvernement à aller plus loin dans les programmes
obligatoires de contractuels pour avoir des quotas, j'imagine, d'embauche de
femmes. Est-ce que c'est quelque chose avec lequel vous seriez à l'aise?
M. Enault (François) : Je
pense que... tantôt, là, je veux dire, de faire de la pression auprès des
gouvernements pour obliger les employeurs à avoir un certain quota, pas
seulement des femmes, mais de toutes les minorités qui représentent le Québec,
là. Donc, oui, il faut regarder vers ça, mais, en même temps, il faut... il
faut quand même que ce soit... il faut que ce soit attractif également. Je veux
dire, on ne peut pas... parce qu'on... C'est bien beau, si on met des
obligations d'embaucher du monde, mais qu'on n'est pas attractif, qu'il n'y a
pas la formation, qu'il n'y a pas les conditions de... tu sais, les conditions
mises en place pour garder ces gens-là, bien, ils vont rentrer d'une porte puis
ils vont sortir de l'autre porte.
M. Leduc : Exact. On n'aura
rien réglé.
M. Enault (François) : Non.
M. Leduc : Sur un même
esprit, donc, de ne rien régler, les formations très courtes, là, qui sont
proposées, ça vous inquiète un peu aussi, là? Je sais qu'il y a beaucoup
d'organisations qui disent : Bien là, est-ce que les DEP vont survivre à
long terme, en plus des embauches par bassins? On parle des fois d'alternance
études-travail. Où est-ce que vous vous situez, vous, dans tout ça, par rapport
à la formation?
La Présidente (Mme D'Amours) : En
30 secondes.
M. Brassard (Pierre) : C'est
dur, en 30 secondes, mais on... Écoutez, tant que c'est... ça va être
financé, c'est sûr qu'il va y avoir une attraction. On a toujours dit, si c'est
pour avoir une rétention, c'est louable pour le gouvernement, mais nous, on
était contre ça.
M. Leduc : Merci.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup. Je vais maintenant céder la parole au député de Jean-Talon pour une
durée de 2 min 38 s.
M. Paradis : Merci beaucoup
pour votre présence et pour votre mémoire. Une des choses que j'essaie de faire
ou qu'on essaie de faire, c'est de... je pense que c'est de comprendre quelles
sont vos recommandations les plus fortes puis qu'est-ce qu'aussi vous nous
incitez vraiment à ne pas faire, ce qu'il faut éviter. Et là je pense que, dans
la page 10 de votre mémoire, il y a une partie importante qui dit :
Bien, il y a des conventions collectives, il y a un règlement sur l'embauche
puis la mobilité des salariés de l'industrie de la construction, il y a des
conventions collectives, puis là les employeurs cherchent à déclarer les
dispositions sur la mobilité inopérantes. Donc là, le règlement, c'est notre
dernier rempart, puis là le projet de loi viendrait faire tomber ce rempart-là,
briser un certain équilibre. Vous dites : Si ça, ça se passe, ça va avoir
un impact sur le respect des considérations complexes que sont la croissance de
l'économie régionale, les besoins d'une plus grande productivité, le respect de
la qualité de vie, des conditions des travailleurs. Est-ce que vous pourriez
nous dire concrètement ça serait quoi, l'effet, selon vous, si on adoptait le
projet de loi tel quel, sur ces éléments-là que vous avez identifiés dans votre
mémoire?
M. Enault (François) : On le
répète, premièrement, de se faire couper le droit de négocier, on est contre.
Ça, c'est... c'est... Oui, c'est le coeur de notre mémoire de dire : Il
faut laisser les parties se négocier.
Par rapport à la mobilité de main-d'oeuvre,
c'est qu'on ne veut pas avoir les... plein de... on ne voudrait pas qu'un
entrepreneur x, qu'il ait le monopole de... un gros employeur dans la
région de Montréal déplace toujours toute sa gang dans une région donnée puis
qu'il va faire du «fly-in/fly-out», hein, que ces gens-là vont prendre de
l'argent, ils vont faire de l'argent là, ils vont venir le redépenser dans leur
région où est-ce qu'ils demeurent, puis nos gens dans la région vont se
retrouver souvent sans travail ou... C'est ça, la... c'est une des craintes
qu'on a. On veut s'assurer que, dans les régions, nos gens de la région
puissent travailler, qu'on motive ces gens-là, qu'on embauche, qu'on soit
imaginatif, qu'on fasse de la place aux femmes, aux autochtones. Donc, c'est ça
qu'on veut également.
Puis, peut-être aussi, il va falloir faire
des pressions auprès du gouvernement par rapport aux permis ouverts, hein?
Parce que, si les permis étaient ouverts, bien, quand il y a des fermetures,
comme dans Olymel, on pourrait prendre ces gens-là puis arriver puis les placer
peut-être dans la construction ou dans d'autres métiers. Ça, c'est des éléments
qu'il faut faire. Puis j'en profite, parce que vous dites : C'est quoi qui
est... qui est fort aussi? Ce qui est fort dans notre... Dans notre mémoire, ce
qu'on dit : Il y a un code du travail qui fonctionne assez bien au Québec.
Collons-nous là-dessus au lieu d'essayer de réinventer la roue.
Et, en passant, parce que je suis un peu
déçu, je n'ai pas eu encore la question, mais un des éléments phares de notre
mémoire, ce qu'on dit, il faut ramener la <i>loi antiscab dans la
construction. On a trop parlé souvent de violence, de n'importe quoi dans la
construction, que c'est ci, que c'est ça, mais, si on veut régler tous ces
éléments-là, la loi antiscab va venir régler beaucoup de choses que votre parti
avait réglées en 1977.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup, MM. Poitras, Brassard, Enault et Me Cauchy-Charest. Merci
infiniment de votre contribution aux travaux de la commission.
Je suspends les travaux quelques minutes
afin que le prochain... que nos prochains invités prennent place. Merci.
(Suspension de la séance à 15 h 45)
(Reprise à 15 h 49)
La Présidente (Mme D'Amours) :
Nous reprenons nos travaux. Et je souhaite maintenant la bienvenue au Syndicat
québécois de la construction.
Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes
pour votre exposé, puis nous procéderons à la période d'échange avec les
membres de la commission. Je vous invite donc à vous présenter et à commencer
votre exposé, s'il vous plaît.
M. Gendron (Sylvain) : Merci.
Sylvain Gendron, président du Syndicat québécois de la construction. Mme la
Présidente, M. le ministre, Mmes, MM. les commissaires, bonjour. Merci de nous
permettre de nous exprimer sur le projet de loi n° 51.
• (15 h 50) •
Alors, le Syndicat québécois de la
construction est une organisation, est une association représentative en vertu
de l'article 28 de la loi R-20.
Notre organisation est exclusivement
consacrée aux travailleuses puis aux <travailleurs...
M. Gendron (Sylvain) :
...aux
>travailleurs de l'industrie de la construction de tout corps de métiers
et occupations, et ça, partout dans la province.
Alors, vous comprendrez que notre analyse
du projet de loi n° 51 porte sur plusieurs points présentés évidemment au
projet, mais aussi sur quelques grands absents.
Nous espérons que ce mémoire saura
apporter un éclairage pertinent et constructif sur les modifications légales et
réglementaires à venir.
Je suis accompagné aujourd'hui,
immédiatement à ma droite, <i>d'Isabelle Pelletier, qui est directrice à
la formation et aux avantages sociaux, au syndicat, du directeur général,
Charles-Olivier Picard, et ainsi, complètement au bout, Mme Julie Brissette,
qui est coordonnatrice aux Relations du travail et lésions professionnelles.
C'est M. Picard qui va faire la présentation du mémoire.
M. Picard (Charles-Olivier) : À
mon tour de vous saluer tous distingués parlementaires, personnel politique,
personnel de la fonction publique. Mme la Présidente, je tiens d'abord à
préciser que nous sommes le premier groupe qui présente devant vous qui affiche
une parité. Donc, je tiens à le souligner.
Donc, nos recommandations s'expriment dans
un projet de loi qui a été qualifié de perfectible par M. le ministre. Donc, on
se présente devant vous avec cet objectif-là. On a regroupé notre mémoire par
thème. Donc, le premier thème qu'on aborde avec vous, c'est celui de la
mobilité. Celui de la mobilité, quand on regarde le projet de loi, on se rend
compte assez rapidement que le projet de loi propose une ingérence directe dans
les conventions collectives qui appartiennent aux parties et non au
gouvernement. Nous ne sommes plus dans une ère où est-ce qu'on vit avec des
décrets gouvernementaux, il faut le rappeler. Donc, dans ce sens-là, il faut
rétablir la possibilité aux parties de convenir elles-mêmes de leurs règles de
mobilité dans les conventions collectives. Elles ont été déterminées par les
parties et les parties elles-mêmes.
Donc, en lien avec ça aussi, bien, ce qui
est au règlement sur la mobilité, sur la modification de statut préférentiel,
on propose de rejeter en bloc, là, ce qui a été ajouté à ça. Et même on va plus
loin, on propose d'ajouter une disposition voulant que les articles 35 à
39.1 du règlement sur l'embauche et la mobilité des salariés soient partie
intégrante de toute convention collective pour rattacher le pouvoir d'embauche
régional prioritaire à l'ensemble des travailleurs.
En lien avec la négociation, deuxième
thème, on propose de revoir la mécanique permettant la rétroactivité salariale
pour qu'elle donne véritablement un pouvoir de force équitable entre les
parties qui négocient. Un fonds dédié, tel qu'il est créé, n'amènera pas un
rapport de force sur l'employeur pour régler la convention collective dans les
moments ou dans les délais auxquels il se doit.
Et rattaché à ça, il est plus que
nécessaire de moderniser nos moyens de pression. Nous sommes rendus à l'étape
où on a besoin de moyens de pression alternatifs telles les grèves tournantes
et des dispositions antibriseurs de grève. Nous sommes en 2024, on
modernise, on a droit à un... on a droit aux moyens de pression auxquels le Code
du travail a droit.
Polyvalence des métiers, on l'aborde tout
comme le projet de loi, nous proposons de retirer l'article 72 du projet
de loi, car, selon nous, le mécanisme en place pour donner l'opportunité de
réviser un métier existe déjà à la loi, à l'article 123.1, 14e paragraphe.
Cette mécanique-là a été testée deux fois seulement depuis 2013, il est
dur pour moi de conclure que cette mécanique-là est désuète, elle n'a pas fait
ses preuves encore.
En termes de formation professionnelle, on
propose des états généraux visant à valoriser la formation professionnelle dans
l'industrie. Nous proposons, en lien avec ça, de retirer les formations
écourtées de type AEP. Nous avions jusqu'à tout récemment la fierté d'une
formation professionnelle la plus estimée au Canada, et là on est en train de
niveler vers le bas. Ce n'est pas ça que nous, on souhaite. D'ailleurs, nous
avions demandé un forum dédié sur la formation professionnelle dans les
consultations préalables. Celui-ci était prévu le 1er septembre 2023,
a été retiré de l'agenda et n'a jamais été remis au jeu. On se questionne
pourquoi.
Un autre grand absent dans ce projet de
loi là sont des mesures de rétention structurantes. Nous avons beaucoup
d'abandons au cours des cinq premières années de carrière de tous les
travailleuses et travailleurs. Il faut vraiment aller travailler sur ces
angles-là. En lien avec ça, bien, il faut travailler sur le climat de travail.
On propose d'introduire une responsabilité solidaire entre les employeurs en
matière de harcèlement afin que l'employeur du harceleur soit également
responsable que l'employeur de la victime. Avec le phénomène de coentreprises
que nous avons en ce moment, il est grand temps de moderniser ça. Nous avons <fait...
M. Picard (Charles-Olivier) :
...Nous
avons >fait un mémoire à l'occasion du PL 42. Nous vous le
réitérons aujourd'hui, maintenant, car le chantier de construction est un
milieu de travail à part entière.
On propose également que l'ensemble des
causes... des clauses normatives administratives puissent faire partie des
sujets pouvant être portés en arbitrage. À ce titre, il n'est pas normal que je
ne puisse pas greffer l'ensemble de ma convention collective.
Nous proposons également de travailler un
peu plus fort sur la lutte au travail au noir. Les actions gouvernementales, en
matière de financement, pour aider ces activités-là, démontrent leur efficacité.
Et avec un volume d'heures qui ne cesse de monter, il est clair qu'il y a des
stratagèmes d'évasion fiscale aussi qui montent. C'est tout simplement un lien
de constatation.
En matière de gouvernance, j'aimerais
mettre d'avant-plan que le <i>comité des relations de travail est une
bonne idée, mais ne doit pas couvrir des sujets de conventions collectives. Les
sujets de conventions collectives appartiennent aux parties uniquement,
n'appartiennent pas au gouvernement. Par contre, il serait beaucoup plus
intéressant que ce comité de relations de travail là se penche sur la loi R-20
et les règlements qui soient afférents en matière de gestion de main-d'oeuvre.
Également, en matière de gouvernance, on
souhaite que le conseil d'administration revoie un peu la possibilité de vote
au niveau des administrateurs. Nous croyons qu'il n'est pas normal, à ce jour,
que des administrateurs qui ne proviennent pas de l'industrie puissent voter
sur notre régime de retraite, puissent voter sur nos régimes d'assurance
collective et puissent également se pencher sur le <i>fonds de formation
des salariés qui appartient à tous les salariés quelconques et qui reste aux
salariés. Donc, il n'est pas normal, à ce titre-là, qu'on puisse voir ça.
Les mesures de la diversité au projet de
loi ne sont pas assez robustes, notre dernier thème que je souhaite aborder
avec vous. Il est clair que les mesures de diversité devraient être un petit
peu plus renforcées pour, d'une part, mettre en place des programmes
d'obligation contractuelle. N'oublions pas que le gouvernement est le principal
donneur d'ouvrage dans l'industrie de la construction pour certains secteurs.
Donc, c'est notre économie à nous, on peut bien décider de mettre les mesures
qu'on veut sur nos propres projets.
Et il advient assez important de renforcer
aussi la conciliation travail-famille, non seulement sur l'industrie de la
construction, mais par les voies d'accès, que ce soit par la formation initiale
ou que ce soit par d'autres façons. N'oublions pas que les personnes, les
femmes qui intègrent notre industrie sont souvent des personnes en
réorientation de carrière et ont des obligations familiales importantes. Il ne
faut pas les oublier quand on pense à la formation de ces personnes-là. Merci.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup. Je vous remercie pour votre exposé. Nous allons maintenant débuter
notre période d'échange. M. le ministre, la parole est à vous.
M. Boulet : Oui. Merci, Mme
la Présidente. Merci au Syndicat québécois de la construction, vraiment, un,
votre participation, votre contribution aux échanges, la qualité de votre
mémoire, vos recommandations. Puis c'est important, M. Gendron le soulignait au
départ, mais c'est important pour moi de le repréciser. Le projet de loi n'est
pas une finalité, c'est une étape dans un vaste processus de modernisation qui
s'est amorcé, il y a un certain nombre d'années, avec, notamment, les huit allègements
réglementaires et les programmes de formation qu'on est en train de développer,
de repenser à la Commission de la construction du Québec, notamment, en
alternance travail-études. Puis il y a la <i>loi sur l'administration des
contrats publics. On est plusieurs ministères à être impliqués dans la
planification, l'octroi des contrats publics, notamment, la transparence, la
planification. Et donc c'est vraiment dans cette perspective-là qu'il faut
envisager le projet de loi, là. On s'intéresse notamment aux relations de
travail puis à la gestion de la main-d'oeuvre.
• (16 heures) •
Je comprends Charles-Olivier, là,
l'intégration de 35 à 39, même si ce n'est pas tout le monde qui est partisan
de ça, là, intégrer des articles réglementaires ou des articles de loi dans des
conventions collectives. Mais ce que vous visez surtout, c'est de s'assurer que
la priorité d'embauche régionale soit respectée puis 35 demeure tel quel. Puis
moi, la mobilité, je la vois beaucoup plus comme une façon... Bien, vous m'avez
entendu tout à l'heure, peut-être, je vais me répéter un peu, mais de
simplifier puis d'éclaircir de quoi qui est extrêmement complexe et appliqué de
façon très variable, parce que les règles ne sont pas les mêmes d'un secteur à
l'autre. Il y a des articles dans la loi, il y a des articles dans les
règlements, il y a des articles dans les conventions collectives de travail
sectorielles. Ça fait que c'est beaucoup plus dans cette perspective-là,
d'aider à ce que des projets de construction se réalisent partout au Québec. Puis
moi, j'ai rencontré des personnes dans des chantiers...
16 h (version révisée)
M. Boulet : ...puis moi, j'ai
rencontré des personnes dans des chantiers, un à Sherbrooke récemment, puis il
y a des travailleurs qui me disaient : Moi, la mobilité, je la souhaite.
Moi, j'aimerais ça aller travailler dans telle ville, pendant un certain temps,
pour contribuer à la réalisation d'un projet qui s'inscrit dans la transition
énergétique, là. Tu sais, ce n'est pas... il n'y a rien de symétrique dans l'industrie
de la construction. Je pense que c'est... c'est un trait commun, et la
polyvalence, c'est la même dynamique. Mais la mobilité, je comprends vos
recommandations puis vos commentaires, mais il faut véritablement la voir comme
un outil additionnel qui va nous permettre de construire plus et de façon
équitable le plus possible un peu partout au Québec.
La rétro, M. Picard, vous dites :
Bon, c'est une avancée, mais vous n'êtes pas pour le fonds. Comment vous voyez
ça, la rétro? Évidemment, vous allez me dire que les parties la négocient, mais
après, parce qu'il y a beaucoup d'instabilité puis de déplacements d'un
chantier à l'autre, d'un employeur à l'autre, comment vous verriez ça sur le
plan pratique?
M. Picard (Charles-Olivier) : Bien,
effectivement, la rétroactivité, c'est un vœu pieux qu'on veut depuis longtemps,
puis l'avancée que vous faites aujourd'hui, de dire que, bien, on a la
possibilité de la négocier, c'est sûr que nous, on vous rejoint à ce moment-là.
Mais la manière que c'est libellé, ça... ça ressemble beaucoup plus à un fonds
d'indemnisation qu'à un fonds de rétroactivité tel qu'il se soit. Parce que n'oublions
pas que le principe d'une négociation, c'est un jeu d'équilibre et de rapport
de force. Dans le jeu d'équilibre et de rapport de force, le montant de
rétroactivité salariale à négocier devient important aussi pour inciter l'employeur
à régler sa convention collective.
Maintenant, pour répondre précisément à
votre question, chacune des heures de travail sont enregistrées à la Commission
de la construction du Québec, et ces heures-là peuvent être retracées.
Maintenant, il faut travailler avec les outils qu'on a pour... retracer chacune
de ces heures-là. Et, lorsque l'employeur aura à faire des chèques rétroactifs
à ses travailleurs, ça, c'est un rapport de force qu'on peut aller chercher.
M. Boulet : OK, je comprends.
OK. Moi, je ne suis pas fermé à rien là-dessus. À partir du moment où on décide
d'abroger l'article qui prohibe, après ça, dans l'application pratique, le
fonds de rétroactivité, je trouvais que c'était une excellente idée pour la
mettre en œuvre étant donné qu'on voulait s'assurer que tout le monde puisse la
recevoir, puis des déplacements, puis de la mobilité d'un employeur à l'autre,
mais je trouve que c'est une contribution qui est intéressante.
M. Picard, la consultation formation, c'est
parce que ça a été contemporain à la mise en place des AEP, les attestations d'études
professionnelles. C'est ça qui a fait en sorte que la consultation... mais elle
se poursuit par ailleurs avec la Commission de la construction, le ministère de
l'Éducation, le ministère de l'Emploi, et elle est large, et elle concerne tous
les programmes de formation en alternance travail-études et, bien sûr, le
comité de formation professionnelle, que vous connaissez bien, le CFP.
Le travail... Non, je vais... Le CRT,
Charles-Olivier, j'aimerais ça plus vous entendre parce que vous dites que... parce
que le CRT, c'est cinq représentants patronaux, cinq représentants syndicaux.
On ne discute pas d'affaires du CFP, du CASIQ puis du CA, bon, formation
professionnelle, avantages sociaux puis CA. Moi, j'ai toujours pensé que c'était
là le bon forum pour discuter, comme dans toutes les entreprises, de relations
de travail puis d'application des conventions collectives, puis de trouver des
solutions pour prévenir des enjeux, puis là vous me dites : Ça ne devrait
pas être ça, mais ça devrait être la loi et le... les règlements? Est-ce que ce
n'est pas un peu empiéter sur le CA?
M. Picard (Charles-Olivier) : Bien,
en fait, l'apport intéressant que le Comité de relations de travail peut faire,
c'est de donner... de débattre et d'échanger les questions pour que le CA
ensuite les entérine. Mais ça doit se faire sur le règlement et la loi R-20, en
aucun cas, les conventions collectives, car elles appartiennent aux parties qui
les ont négociées, puis les parties qui les ont négociées, ce n'est pas l'ensemble
des membres du CA.
M. Boulet : Non, mais il y
aurait cinq représentants patronaux, cinq représentants syndicaux. Mais prenons
l'exemple de Sylvain Gendron. S'il était sur ce comité-là et sur le CA, il
discuterait au CRT, et il aurait entériné les propositions. C'est un peu comme
ça, Charles-Olivier?
M. Picard (Charles-Olivier) : Bien,
ça peut être un peu comme ça, mais le CRT, <on peut désigner...
M. Boulet :
...c'est un peu comme ça, Charles-Olivier?
M. Picard (Charles-Olivier) :
Bien,
ça peut être un peu comme ça, mais le CRT, >on peut désigner aussi
quelqu'un d'autre aussi pour débattre de la question, pour qu'ensuite nos
administrateurs du CA...
M. Boulet : Il me fait un
demi-sourire, là, il aimerait ça être là.
M. Gendron (Sylvain) : ...M.
le ministre, lorsqu'on siège au conseil d'administration, en temps normal, on
ne va pas siéger ni au CRP ni au CASIQ...
M. Boulet : Normalement, oui.
M. Gendron (Sylvain) : ...et on
s'assure d'une certaine neutralité, on s'entend, là... pas neutralité, mais une...
M. Boulet : Qu'il n'y ait pas
de conflit d'intérêts.
M. Gendron (Sylvain) : C'est
ça, pour qu'il n'y ait pas de conflit d'intérêts.
M. Boulet : Mais je veux
juste pousser un peu plus loin. Donc, Charles-Olivier, est-ce que vous ne
craindriez pas qu'il y ait de la duplication entre le travail fait au CRT et
celui fait par le CA?
M. Picard (Charles-Olivier) : Bien,
absolument pas, parce que le CA ne sont pas des gens qui sont experts dans
toutes les matières. Un autre groupe syndical le disait ce matin, ce comité-là
peut donner de l'air au CA en débattant les questions auxquelles le CA devra
entériner par la suite.
M. Boulet : OK. Et
l'interprétation puis l'application des conventions, vous dites : Le CRT
ne joue pas là-dedans.
M. Picard (Charles-Olivier) : Bien,
exactement, parce que nos conventions collectives, au moins trois sur quatre,
ont déjà ce comité-là à l'intérieur de celles-ci. Puis si on ne s'entend pas,
bien, on va en grief d'interprétation tout simplement, c'est déjà prévu. Et à
l'intérieur de votre projet de loi, vous avez enlevé l'étape préalable de
l'autorisation par la commission.
M. Boulet : C'est un bon
point. OK. Je comprends. Travail au noir, c'est parce que ça revient dans un
certain nombre de mémoires. Est-ce que vous connaissez le groupe ACCES
Construction? Oui, bon, pour ceux qui sont moins familiers avec ça, c'est
important pour moi de le rappeler, c'est un comité qui... ACCES, ça veut dire
Action concertée pour contrer les économies souterraines, et c'est un comité
qui regroupe la CNESST, la Régie du bâtiment puis la Commission de la construction
du Québec, et ils réalisent des projets, les trois organismes concernés, pour
lutter contre l'évasion fiscale. Et, à chaque année, il y a des budgets qui
sont présentés, il y a des montants d'argent considérables, et ça donne
d'excellents résultats. Ça fait que simplement pour rappeler qu'il y a des
subventions considérables. Là, je pense, pour les trois, là, c'est en 2023‑2024,
c'est 10,7 millions de dollars consacrés à la lutte à l'évasion
fiscale spécifiquement dans l'industrie de la construction, donc, avec
évidemment des bénéfices avantageux pour la population québécoise.
L'autre affaire, bon, l'obligation
contractuelle, ça, ça revient aussi. M. Picard. Puis là c'est sûr que ce qui
est souvent soulevé, c'est que c'est incompatible avec les ententes
internationales, les ententes de commerce qui nous lient avec d'autres pays, de
ne pas obliger d'avoir une obligation contractuelle, ce qui ne nous empêche pas
cependant d'avoir toutes les mesures incitatives, notamment pour les bassins,
pour l'accès, pour l'émission des cartes de... tu sais, en faveur des femmes,
ce qu'on a dans le Programme d'accès à l'égalité, puis à l'égard desquels on
fait bénéficier les groupes issus de la diversité. Est-ce que, s'il y avait...
bon, l'obligation contractuelle, vous l'avez mentionnée, est-ce qu'il y a autre
chose qui pourrait nous aider à accroître l'arrivée des personnes issues de la
diversité dans l'industrie de la construction? Puis là, je réfère aux personnes
immigrantes, aux Premières Nations, aux minorités visibles, puis les personnes
en situation de handicap. Est-ce que vous avez fait une réflexion pour nous
proposer de quoi pour être encore plus musclés à cet égard-là?
M. Picard (Charles-Olivier) : Bien,
c'est là que notre réflexion rentre peut-être un peu en contradiction avec la
vôtre. Étant donné que nous, on travaille des mesures de rétention au lieu de
miser sur un accès élargi et l'attraction...
M. Boulet : L'attraction.
M. Picard (Charles-Olivier) : ...effectivement.
Mais, pour nous, les programmes d'obligations contractuelles, quand on regarde
ce qui se fait dans certaines communautés autochtones, où est-ce qu'ils sont
responsables à 100 % des contrats qui se passent sur leur territoire, il y
a des négociations qui sont en faites, des retombées qui sont faites. Donc,
comme le gouvernement est un principal donneur d'ouvrage dans plusieurs
ministères, organismes, ou Trésor, bien, on se dit que, pour les contrats qui
appartiennent aux Québécois, il faut que les retombées appartiennent aux
Québécoises aussi.
• (16 h 10) •
M. Boulet : Tout à fait. Et
ils ont le même souci, la même réalité dans l'octroi, bien sûr, des contrats
publics. On s'intéresse, M. Picard, ceci dit, à la rétention dans le Programme
d'accès à l'égalité, puis vous étiez là pour le projet de loi 42, il y
avait... tu sais, le <i>sondage Léger, et je m'excuse de le rappeler, là,
qui démontrait que 79 %, dans notre secteur, étaient soit témoins ou
subissaient, <mais ne disaient pas...
M. Boulet :
...il y
avait... tu sais, le sondage Léger, et je m'excuse de le rappeler, là, qui
démontrait que 79 %, dans notre secteur, étaient soit témoins ou
subissaient, >mais ne disaient pas, parce que... par crainte de
représailles ou de perdre leur emploi. Puis, quand on a des articles dans la
loi 42 qui protègent les personnes qui collaborent à des signalements ou
qui signalent contre des mesures de représailles ou contre des ruptures de lien
d'emploi, je pense que c'est quand même un pas en avant, parce que c'est une
des causes qui est souvent invoquée, notamment par les femmes, pour abandonner
l'industrie de la construction, là, dans les premières années.
Est-ce que, donc... Bien là, je vais vous
poser donc, en rapport avec la rétention : Il y a-tu une idée
additionnelle que vous pourriez partager avec nous pour améliorer la rétention?
M. Picard (Charles-Olivier) : Je
vais laisser mes consoeurs répondre.
Mme Brissette (Julie) : Oui,
bien, en fait, en lien avec le harcèlement, là, vous l'avez... vous l'avez bien
mentionné, là, c'est quand même quelque chose qui, bon, a tendance à
s'améliorer, mais dont on est un peu trop présent... un peu trop présent encore.
Dans le fond, dans la mémoire, ce qu'on propose, c'est une forme... dans notre
jargon, là, on appelle ça, une responsabilité solidaire. Donc, ce qu'on
constate avec le recours en lien avec la Loi sur les normes du travail, c'est
que, lorsqu'on veut dénoncer ou mettre le recours en place, la seule personne
sur qui on peut le faire, c'est l'employeur de la victime elle-même. Par
contre, la dynamique d'un chantier de construction fait en sorte que, très
souvent, la victime et le harceleur vont être embauchés par deux entreprises
totalement différentes. Et là, avec le recours comme il est présentement, on a
un employeur de la victime qui est très, très limité dans les moyens qu'il peut
faire pour faire cesser la conduite. Et un employeur qui embauche le harceleur
qui, lui, a les possibilités de le faire, mais parce qu'il est non imputable, a
tendance à se mettre la tête dans le sable et dire : Bien, moi, je n'ai
pas de conséquence, donc pourquoi j'agirais là-dessus.
Donc, en mettant cette forme de
responsabilité là, ça fait en sorte que le harcèlement devient un peu l'affaire
de tous et permet, en fait, là, une meilleure... une meilleure façon d'agir,
là, autant pour l'employeur du harceleur.
M. Boulet : OK, bien, il
faudrait, Mme Brissette, qu'on revoie le PL 42. Mais, quand on dit «provenant
de toute personne», ça peut être un fournisseur ou un client, mais, dans le
contexte que vous soulevez, à mon avis, puis là il faudrait que je relise le
libellé, mais une plainte pourrait être soumise à l'employeur du harceleur.
Parce que, quand tu parles de prévention, puis de la possibilité de faire un
recours pour que les torts soient réparés ou pour avoir un remède tel que prévu
à la loi, il faut que tu aies une possibilité, sans passer nécessairement par
la responsabilité solidaire. Parce que la responsabilité solidaire, c'est un
autre mécanisme, tu sais, la responsabilité conjointe et solidaire. Mais la
personne, à mon sens, peut utiliser le mécanisme de plainte et de prise en
charge et faire un recours à l'égard de l'employeur du harceleur, puis que le
harceleur ait à rendre des comptes, selon moi. On ne peut pas laisser une
personne qui côtoie une autre sur un même... dans un même environnement de
travail, parce qu'il y a deux employeurs distincts, ne pas bénéficier d'aucune
protection. Je ne suis pas d'accord avec ça.
Ça fait que je vous rejoins totalement
là-dessus. Et c'est beaucoup par le canal du projet de loi n° 42 qu'on
aura... qu'on a la réponse. Mais, si j'ai à vous donner l'intention que
j'avais, c'est certainement de protéger cette personne-là de la manière que je
viens de l'expliquer, mais c'est un excellent point.
La Présidente (Mme D'Amours) : ...secondes,
M. le ministre.
M. Boulet : Merci beaucoup.
Non, mais sincèrement, merci.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci,
M. le ministre. Maintenant, je cède la parole à la députée de Bourassa-Sauvé.
Mme Cadet : Merci beaucoup,
Mme la Présidente. Bonjour, messieurs, mesdames. Donc, pour une fois que je ne
vais pas dire : Bonjour, messieurs, c'est effectivement très encourageant.
<
Je vais aller dans l'ordre de votre
mémoire que vous nous avez présenté. Donc, d'abord, donc, sur la question de la
mobilité de la main-d'œuvre, je pense que vos propos, donc, sont... votre prise
de position, donc, elle est très claire. Vous... vous ne vous prononcez pas
donc, sur la question des régions limitrophes, là, donc, vos prédécesseurs qui
sont, donc, venus nous présenter leur mémoire un peu plus tôt, donc, nous ont
parlé, donc, soit, donc, de prises de position ou de certaines pistes de
solution, là, sur la question du... donc, qui a fortement été évoquée, là, dans
l'espace public, là, des travailleurs qui voudraient donc pouvoir travailler,
passer dans une région à l'autre, donc, qui est très, très proche, dans les
régions CCQ. Donc, je vous vois <hocher de la tête...
Mme Cadet :
...passer
dans une région à l'autre, donc, qui est très, très proche, dans les régions
CCQ. Donc, je vous vois >hocher de la tête, là, Charles-Olivier, donc je
vous laisserais élaborer là-dessus.
M. Picard (Charles-Olivier) : Oui,
bien, d'ailleurs, c'est une réalité qu'on vit beaucoup avec nos travailleurs.
Ayant notre siège social à Saint-Hyacinthe, bien, l'exemple de tantôt, entre
Saint-Hyacinthe et Drummondville, c'est quelque chose qu'on a vu souvent.
Dans le passé, la Commission de la
construction du Québec administrait, c'était une règle administrative, une zone
tampon d'environ 50 et 60 kilomètres. J'ai été étonné que ce ne soit pas
dans le projet de loi, qu'on rende cette règle administrative là dans
l'intention du législateur, parce que c'est ça qui était appliqué au niveau de
la Commission de la construction du Québec jusqu'à il y a quelques années. Je
pense que ça a cessé dû à certains recours qui ont été entrepris par le passé.
Mais, si ça aurait pu être une solution, j'ai été étonné de ne pas le voir dans
le projet de loi.
Par contre, comme nous, notre intention
est d'abord de protéger les emplois en région, à titre d'exemple, je ne
comprendrais pas pourquoi un travailleur du Bas-Saint-Laurent serait en
compétition pour un emploi à Rimouski avec quelqu'un qui viendrait de la région
de Québec ou Montréal. Nous, notre intention, c'est de protéger ces emplois-là
d'abord.
Mme Cadet : D'accord. Merci.
Puis, à défaut... Puis on a aussi vu, dans d'autres mémoires, là, la question,
donc, des... du statut préférentiel... notamment le 15 000 heures ou,
bon, le 750 heures de travail sur 24 mois pour un même employeur. À
défaut, vous, est-ce qu'il y aurait un certain... un certain seuil que vous
dites, donc, ça, ce serait plus acceptable pour vous?
M. Picard (Charles-Olivier) : Bien,
le règlement actuel prévoit 1 500 heures sur 24 mois. Si on le
reporte sur une base annuelle, c'est très peu. Si on le reporte sur une base
que quelqu'un a une stabilité d'emploi au sein de cette entreprise-là, c'est
très peu encore. Donc, nous, on pense que le seuil actuel est nettement
suffisant.
Mme Cadet : Merci.
Maintenant, sur le processus de négociation, donc... à poser des questions,
donc, sur la notion du fonds, là. C'est bien clair, dans votre mémoire, puis
vous avez répondu aussi à cette question-là au ministre. Donc, vous semblez,
donc, dubitatifs, donc, quant à ce mécanisme-là. C'est vraiment, donc, au
niveau de la faisabilité pour vous que ça accroche?
M. Picard (Charles-Olivier) : Oui,
bien, c'est vraiment au niveau de la faisabilité. Puis c'est aussi sur c'est
quoi, l'impact que... que ça va avoir sur l'employeur qui retarde indûment les
négociations. Est-ce que l'employeur du travailleur... Là, c'est le travailleur
qui le vit, là, directement. Est-ce que l'employeur du travailleur va avoir un
rapport de force à exercer contre lui dans un contexte comme celui-là? Avec le
projet de loi qu'on a là, ça ressemble beaucoup plus à un fonds d'indemnisation
qu'à un fonds de rétroactivité.
Mme Cadet : Donc, pour vous,
ça ne change rien, là, comme mécanisme ou comme...
M. Picard (Charles-Olivier) :
Exact.
Mme Cadet : La polyvalence des
métiers. Donc, au niveau de l'article 72 du projet de loi, donc, vous
n'êtes pas les premiers, donc, à nous dire que la notion de polyvalence n'est
pas très claire ou ne... n'est pas assez définie. Comment... Et puis là vous
ajoutez dans votre mémoire, donc, la question, donc, de baliser le travail des
inspecteurs, donc, afin de respecter, donc, le principe de polyvalence. Je
comprends que votre recommandation, c'est le retrait de l'article 72. Bon,
encore une fois, donc, à défaut, donc, comment vous, vous redéfiniriez, donc,
par exemple, les notions de tâches? Puis on a entendu, donc, d'autres groupes
avant vous, donc, nous dire qu'il faudrait, donc, revoir, donc, l'annexe au
niveau des tâches, ou vous parlez aussi, donc, de définir, donc, la notion,
donc, de courte durée aussi. Donc, comment... Quelles seraient donc vos
recommandations à cet égard?
M. Picard (Charles-Olivier) : Bien,
libellé comme suit, c'est sûr, comme vous le constatez, nous, on propose de
retirer complètement. Mais n'oublions pas que, si on avait voulu réellement
utiliser les processus prévus à la loi sur la redéfinition du métier ou de
certains métiers, de certaines tâches, les deux sujets qui auraient été soumis
à l'ordre du jour n'auraient pas été les engins polyvalents pour soulever des
charges et n'auraient pas été l'industrie ferroviaire, auraient été beaucoup
plus larges pour couvrir d'autres tâches. Il y a un processus prévu à la loi,
et le processus prévu à la loi, en ce moment, n'a pas été utilisé pour ces
questions-là.
Donc, c'est pour ça qu'on se questionne, à
savoir, bien, on répond à qui? On ne répond certainement pas aux travailleurs.
Puis si les employeurs nous disent, bien, qu'on n'est pas assez efficaces, la
chaîne logistique, la chaîne d'approvisionnement, l'ordonnancement du travail
en chantier, ça n'appartient pas aux travailleurs, ça appartient à l'employeur.
Mme Cadet : Puis, en fait,
vous... commencez à répondre à ma prochaine question, qui était, bien,
justement, donc, comment est-ce qu'on améliore la productivité des
travailleurs? Donc, si c'est... si, pour vous, ce n'est pas à travers, donc, le
mécanisme de polyvalence qui est inscrit au projet de loi, donc, je vous
entends, donc, sur la planification des travaux, donc, est-ce qu'il y a
d'autres éléments, donc, qui nous permettraient d'améliorer la productivité de
l'industrie pour, donc, encore une fois, donc, construire, donc, plus vite, à
moindre coût, plus rapidement?
• (16 h 20) •
M. Picard (Charles-Olivier) : Bien,
plus vite, à moindre coût, plus rapidement est un vœu pieux pour plusieurs, mais
il ne faut pas oublier la qualification puis la reconnaissance de ces
travailleurs-là. Ces travailleurs-là <deviennent plus efficaces...
M. Picard (Charles-Olivier) :
...mais
il ne faut pas oublier la qualification puis la reconnaissance de ces
travailleurs-là. Ces travailleurs-là >deviennent plus efficaces avec la
formation adéquate initiale, pas avec des formations de courte durée. Et, s'ils
sont rentrés par des processus alternatifs, exemple les bassins, bien, il faut
s'assurer que ces travailleurs-là soient rattachés à un parcours de formation
professionnelle par le perfectionnement, le perfectionnement qui appartient à
tous les travailleurs de façon indépendante.
Mme Cadet : Merci. Vous
m'avez entendu dans l'espace public, dans les derniers mois, depuis le
lendemain de l'annonce en octobre dernier, donc, par, donc, des différentes
failles des attestations d'études professionnelles, donc, de courte durée. Mais,
bon, donc, c'est assez clair, doncm vous remplaceriez, donc, ce programme-là,
donc, qui vient boucher un trou, là, de façon... à très court terme, donc, par...
par l'ATE, de l'alternance travail-études, la formation... la formation
professionnelle.
Vous avez... vous êtes mitigés, là, sur la
question de la reconnaissance de l'expérience de travail des travailleurs issus
de l'immigration, pour vous, donc, je comprends, donc, que la RAC, donc, ça
doit demeurer aussi au niveau du système de l'éducation. Puis, au delà, donc,
de ça, parce que je sais que vous avez, donc, des mesures au niveau de la
diversité, là, pour ce qui est de l'immigration, donc, comment est-ce qu'on
s'assure, donc, que le ratio des personnes immigrantes soit donc comparable à
leur poids démographique dans la société, dans l'industrie de la construction?
M. Picard (Charles-Olivier) : Bien,
c'est sûr que si on parle de RAC, au niveau de la reconnaissance des acquis
scolaires, ça doit appartenir au système scolaire, c'est clair. Si on parle de
reconnaissance d'heures de travail faites hors Canada, et que ça devient un
mandat de la Commission de la construction du Québec, il va falloir que la
Commission de la construction du Québec travaille avec les parties pour établir
c'est quoi, les reconnaissances de chacun des métiers. Puis nous, bien, on a le
Comité sur la formation professionnelle de l'industrie de la construction et on
a également l'ensemble des sous-comités professionnels de métiers où siègent
les représentants syndicaux de métiers et certains employeurs. Donc, avec ça,
on va être capables, industrie, de se prendre en charge et de dire qu'est ce
qui est une... qu'est ce qui est une expérience de travail équivalente au
Québec.
Mme Cadet : Merci.
L'assujettissement, donc, vous nous parlez de la question de la machinerie de
production, donc, vous recommandez l'assujettissement de l'installation,
réparation et de l'entretien de la machine, production, pourquoi?
M. Picard (Charles-Olivier) : Bien,
en fait, c'est un voeu pieux, je pense, de l'industrie, en ce moment, de ravoir
ces travaux-là dans le champ d'application. Pourquoi? Parce que c'est les mêmes
employeurs qui travaillent hors assujettissement ou en assujettissement. Il
devient un peu illogique de voir que, jour 1, je suis Code du travail,
jour 2, je suis R-20. Donc, c'est d'avoir une certaine suite logique. Et
comme beaucoup de ces travaux-là sont connexes à de la machinerie de bâtiment,
c'est un peu technique ce que je vous dis là, mais ça fait partie de la
coquille intégrante de certains bâtiments, du moins, ça se rattache à ces
systèmes-là. Nous, c'est une simple question logique puis c'est des heures qui
appartiennent à l'industrie de la construction, selon nous.
Mme Cadet : Merci. Puis
enfin, donc, en matière de diversité, je suis assez d'accord avec vous, donc,
les mesures ne sont assez robustes. Je pense que c'est un bon terme.
Rapidement, donc, vous parlez donc de mettre des mesures d'accès au programme
de formation initiale, je vous ai entendu sur le programme d'obligation
contractuelle, là, c'est très clair, les incitatifs supplémentaires. Donc,
peut-être élaborer sur ces questions-là.
Mme Pelletier (Isabelle C.) : Certainement.
Étant donné qu'il y a plusieurs femmes qui quittent l'industrie peu de temps
après leur entrée, on parle d'un an, cinq ans, on en a parlé, tous les
intervenants ont parlé du sujet depuis hier, il faut passer par la formation
professionnelle. Il y a une meilleure rétention lorsque les gens passent par la
formation initiale, le DEP. Les femmes qui intègrent l'industrie, rarement, ce
sont des jeunes qui sortent du secondaire, souvent, c'est de la réorientation
de carrière. Les appels qu'on a, c'est des femmes qui ont des enfants, qui ont
des obligations financières, et lorsqu'on leur explique de quelle manière elles
peuvent intégrer l'industrie, elles se découragent ou elles passent directement
par le bassin, parce que c'est la méthode la plus rapide et facile d'obtenir un
revenu pour leur famille. Donc, même si on pousse sur la formation, de partir
un an et demi en formation, c'est impensable pour elles.
Donc, on le sait qu'il y a déjà des
programmes qui existent au niveau des instances gouvernementales pour favoriser
la formation. Nous, on croit qu'au lieu d'investir l'argent ou de dépenser
l'argent, comme on pourrait dire, pour les AEP, on pourrait l'investir dans la
formation initiale, les DEP, pour favoriser l'accès et améliorer le financement
aussi de ces gens-là. Ce serait un bon incitatif pour les inciter à aller
passer un an et demi sur les bancs d'école. Cette formation-là ensuite nous
aide...
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Je suis désolée, c'est tout le temps que nous avions. Merci beaucoup.
Mme Pelletier (Isabelle C.) :
Merci.
Mme Cadet : Merci beaucoup.
Merci.
La Présidente (Mme D'Amours) : Je
cède maintenant la parole au député d'Hochelaga-Maisonneuve. La parole est à
vous, M. le député.
M. Leduc : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour à vous quatre. Je vous laisserais terminer, si vous voulez.
Mme Pelletier (Isabelle C.) : Bien,
je vous remercie. Donc, en ayant une formation initiale complète, les femmes
intègrent mieux les chantiers, elles sont <déjà préparées...
Mme Pelletier (Isabelle C.) :
...donc,
en ayant une formation initiale complète, les femmes intègrent mieux les
chantiers, elles sont >déjà préparées. Elles ont acquis des compétences
en formation et elles sont plus confiantes aussi, lorsqu'elles rentrent sur les
chantiers, de faire leur métier. Elles savent de quoi elles parlent. Et il y a
une meilleure rétention, elles quittent moins les chantiers lorsqu'elles
passent par la formation initiale.
M. Leduc : J'ai bien retenu
la phrase que vous aviez tantôt, comme échange avec le ministre, où est-ce que
lui se concentre beaucoup sur l'attraction, mais il laisse un peu tomber la
rétention, et c'est là où vous intervenez. Donc, je comprends que
l'attestation, ce n'est pas la piste intéressante à long terme. Vous parlez du DEP,
d'autres groupes parlent de l'alternance études-travail. Est-ce que ça fait
partie de vos propositions, ça aussi?
M. Picard (Charles-Olivier) : Absolument.
Il faut trouver une façon de s'adapter aux travailleurs du futur. Puis les gens
qui passent par la formation professionnelle, comme l'a souligné ma consoeur,
ce sont des gens, des fois, qui ont des obligations familiales qui sont
différentes, et on doit s'adapter à la réalité de ces gens-là. Mais,
effectivement, en plus, l'ATE permet de tester les apprentissages qu'on vient
d'avoir, et de... et de valider : Suis-je dans la bonne carrière? Et,
quand la réponse est oui, c'est vecteur de succès.
M. Leduc : Quand on apprenait
dans le budget, donc, hier, qu'il y avait prolongation de cohortes AEP, ce
n'est pas une bonne nouvelle?
M. Picard (Charles-Olivier) : Bien,
pour nous, ce n'est pas une bonne nouvelle, parce que la vraie diplomation qui
doit être reconnue, c'est le diplôme d'études professionnelles. Au sein de nos
équipes, j'ai, à titre de représentant syndical, un ancien enseignant de ce
métier-là, il connaît bien cette réalité-là, et la première chose qu'il m'a dit :
Écoute, Charles-Olivier, ce n'est pas vecteur de succès pour l'avenir.
M. Leduc : Je comprends. Vous
parliez du fonds d'indemnisation, vous êtes assez critique de la proposition
sur la rétro. Qu'est-ce qu'on fait comme alternative? On laisse ça tel quel...
c'est-à-dire on modifie la loi pour dire qu'on peut faire de la rétro dans les
conventions, puis on laisse les parties négocier?
M. Picard (Charles-Olivier) : Exactement,
puis c'est à peu près représentatif de ce que vous aviez déposé, il y a
quelques années, comme projet de loi.
M. Leduc : Ah! donc, il y a
des gens qui ont fait leur devoir, c'est bien, un beau projet de loi.
M. Picard (Charles-Olivier) : On
était là.
M. Leduc : Merci. Le ministre
parle beaucoup du fait que son projet de loi vise à construire plus de maisons,
notamment, plus d'infrastructures. Vous, est-ce que vous êtes capable de me
pointer un article, dans le projet de loi, qui fait en sorte qu'il va y avoir
plus de maisons construites l'année prochaine?
M. Picard (Charles-Olivier) : Ma
réponse va être simple : Non.
M. Leduc : OK. Donc, ce n'est
pas ça, le but du projet de loi, selon vous, en tout cas, ce ne sera pas
l'effet. Je reviens peut-être sur le régime du travail. Là, on a parlé de fonds
d'indemnisation, la <i>loi antiscab, pourquoi c'est important de vous
intégrer dans la loi antiscab?
M. Picard (Charles-Olivier) : Bien,
c'est absolument important, parce que c'est de respecter les travailleurs aussi
qui font le choix d'aller revendiquer leurs conditions de travail en laissant
de côté, un peu, leur salaire. Nous, on est là pour eux, on a un fonds de grève
puis on les accompagne. Mais, tu sais, c'est un rapport de force équitable à
aller rechercher, puis c'est respecter la réalité des gens qui se battent pour
leurs conditions de travail. Il n'est pas normal qu'on soit le seul secteur
d'activité, pratiquement, au Canada, à avoir ça, parce que, même au fédéral, ça
semble se régler en ce moment.
M. Leduc : Bien oui, c'est
ça, ça va se régler au fédéral. On va être la seule juridiction... En
construction, ce sera le seul domaine qu'il n'y aura pas cette application-là
au Québec.
M. Picard (Charles-Olivier) : Exact.
M. Leduc : Bon, c'est un peu
spécial. Puis, sur les griefs, pouvoir faire des griefs sur le salariat, vous
êtes là-dedans aussi?
M. Picard (Charles-Olivier) : Sur
le salariat, on est là-dedans aussi, mais il ne faut pas oublier l'ensemble des
mesures administratives et l'ensemble des mesures normatives de la convention.
M. Leduc : Merci beaucoup.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup, c'est tout le temps que nous avions. Maintenant, je cède la parole au
député de Jean-Talon.
M. Paradis : Merci beaucoup
pour votre présence et votre mémoire. On a 2 min 38 s, j'en ai
déjà pris 15. Je vais vous poser deux questions pour essayer de faire en sorte
qu'on maximise notre temps. La première chose, c'est que vous dites
qu'actuellement le projet de loi aurait comme effet de venir régler une
question qui est judiciarisée actuellement, dont on n'a pas encore vidé les
tenants et aboutissants devant les tribunaux, celle de la mobilité. Et non
seulement ça, vous dites : Bien, nous, on veut maintenir les clauses
actuelles, mais on veut, en plus, faire en sorte qu'on va enchâsser les
dispositions du règlement qui encadrent la mobilité. Qu'est-ce que vous
répondez à ceux qui disent que, bien, c'est, justement, un des principaux
écueils à la flexibilité, puis à la productivité, puis à l'efficacité dans le
domaine de la construction? Un.
Deuxièmement, j'ai beaucoup aimé la phrase
où vous dites que le sujet de la formation professionnelle est le grand oublié
du projet de loi, vous dites ça, et là vous dites : Ça prend des états
généraux sur cette question-là, puis il faut mettre fin aux formations de
courte durée qui mènent à une AEP. Est-ce que ces états généraux doivent avoir
lieu avant qu'on continue à discuter de ce projet de loi? Est-ce que c'est
absolument essentiel? Est-ce que ce n'est pas ça, pour vous, le coeur, là, de
la question? Vous dites que c'est une grande fierté dans notre domaine de la
construction.
• (16 h 30) •
M. Picard (Charles-Olivier) : Bien,
c'est une grande fierté, parce qu'on est le seul secteur d'emploi,
construction, au Canada, c'est-à-dire, au Québec, on est l'exemple à suivre par
la qualité de la formation indépendante. Donc, ça, c'est bien important. Puis
les états généraux sont à venir le plus rapidement possible. C'est pour ça que
la partie syndicale avait demandé un atelier dédié à la formation professionnelle
dans les conditions préalables...
16 h 30 (version révisée)
M. Picard (Charles-Olivier) :
...généraux sont à tenir le plus rapidement possible. C'est pour ça que la
partie syndicale avait demandé un atelier dédié à la formation professionnelle
dans les conditions préalables.
Maintenant, à votre autre question sur la
mobilité, bien, l'ingérence dans nos conventions collectives, ça n'a juste pas
sa place. Puis si les parties patronales souhaitaient le régler de bonne foi,
bien, on l'aurait réglé à travers une négociation collective. Si on se reporte
à la négociation de 2017, c'est un peu plate de mettre la négociation sur la
place publique en ce moment, mais je suis forcé de le faire. D'un côté, les
patrons voulaient le négocier, et d'un autre côté, on fait un recours au
tribunal. La bonne foi n'est pas là, puis malheureusement on retrouve ça dans
le projet de loi aujourd'hui.
M. Paradis : Est-ce
que... Il me reste combien de temps?
La Présidente (Mme D'Amours) : 30 secondes.
M. Paradis : Mais est-ce
que... Parce que là on pourrait vous dire, là-dessus : Oui, mais là on
essaie de faire des ouvertures, puis vous, vous dites : Non, non, je ne
suis pas prêt à aller vers là, je suis prêt... je veux encore revenir vers là
en bétonnant les clauses actuelles, en enchâssant les dispositions du règlement.
M. Picard
(Charles-Olivier) : Exactement. On veut les enchâsser parce que la
convention collective, c'est le principal contrat de travail du travailleur et
de la travailleuse, puis le faire respecter, c'est important pour nous.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup. Donc, Mme Brissette, M. Picard, Mme Pelletier et M. Gendron,
merci pour votre contribution à nos travaux.
Je suspends les travaux quelques instants
afin de permettre à nos prochains invités de prendre place. Merci.
(Suspension de la séance à 16 h 31)
(Reprise à 16 h 38)
La Présidente (Mme D'Amours) : Nous
reprenons nos travaux, et je souhaite maintenant la bienvenue à la Corporation
des maîtres mécaniciens en tuyauterie du Québec et à la Corporation des maîtres
électriciens<i>. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes
pour votre exposé, puis nous procéderons à une période d'échange avec les élus.
Donc, je vous invite à vous présenter et à
commencer votre exposé, s'il vous plaît.
M. Kingsbury (Erik) : Bonjour,
Mme la Présidente, M. le ministre, mesdames, messieurs les députés. Nous
tenons, tout d'abord, à vous remercier de nous donner l'opportunité de vous
adresser nos observations concernant le projet de loi modernisant l'industrie
de la construction. Je suis Erik Kingsbury, président de la Corporation des
maîtres électriciens du Québec, la CMEQ. Je suis accompagné de Me Julie
Senécal, directrice générale et vice-présidente exécutive de la CMEQ.
Également, avec nous, M. Beauchamp, président de la CMMTQ, et Me Steve
Boulanger, directeur général de la CMMTQ.
• (16 h 40) •
La CMEQ et la CMMTQ sont ensemble, devant
vous, aujourd'hui, puisque... ayant été fondées par des lois d'ordre public
similaires en 1949-1950, leurs préoccupations et observations à l'égard du <projet...
M. Kingsbury (Erik)T :
...1950,
leurs préoccupations et observations à l'égard du >projet de loi sont
communes.
M. Beauchamp (Denis) : ...formations
ont pour but d'augmenter la compétence et l'habileté de leurs membres en vue
d'assurer au public une plus grande sécurité. Elles ont également, depuis 2001,
un mandat gouvernemental quant à la qualification professionnelle de leurs
membres. Il leur appartient de délivrer, suspendre ou annuler la licence
d'entrepreneur de ceux-ci. Depuis 2022, les deux corporations administrent
également le règlement sur la formation continue de leurs membres. Aujourd'hui,
la CMMTQ regroupe plus de 2 900 entrepreneurs en construction, de
partout au Québec, spécialisés en mécanique de bâtiment, particulièrement en
plomberie et chauffage, et des entrepreneurs en réfrigération et en protection
incendie peuvent aussi en faire partie.
M. Kingsbury (Erik) : La
CMEQ regroupe l'ensemble des entrepreneurs électriciens répartis à travers le
Québec, actuellement au nombre de plus de 3 800.
M. Boulanger (Steve) : Donc,
en plus d'avoir été créées par des lois particulières, les corporations sont
reconnues à titre d'associations d'entrepreneurs dans la loi R-20. Il est
important, toutefois, de vous spécifier qu'on n'est pas directement impliqués
dans les relations de travail. C'est un mandat qui incombe davantage,
précisément dans la loi, à l'association d'employeurs ou aux associations
sectorielles d'employeurs que cette commission va d'ailleurs entendre. Donc,
nos commentaires qu'on va formuler, ça va moins toucher, à proprement parler,
au régime de relations de travail, hormis une grande réserve qu'on se doit de
souligner, une sérieuse réserve sur la rétroactivité salariale, qui est
inconciliable, à notre avis, avec le régime actuel des relations de travail.
Les associations qui ont un mandat spécifique pourront vous entretenir à ce
sujet davantage. Nos commentaires, nous, ont été formulés dans une perspective
en lien avec nos lois constitutives, avec un objectif : celui de
l'amélioration de la productivité.
Et en ce sens-là, on salue le projet de
loi qui présente de belles avancées pour moderniser notre industrie, au premier
chef, la polyvalence des métiers. Alors, on salue l'assouplissement qui est
inclus dans le projet de loi. On vient tenter d'accroître la polyvalence parce
qu'un cloisonnement qui serait trop étanche entre les tâches des métiers, à
notre avis, est un frein à l'efficience puis à la productivité. On est d'accord
avec la voie qui a été choisie, également, pour introduire le concept qui est
balisé, donc, de façon générale, au lieu d'y aller avec une liste de tâches qui
aurait dû être très spécifique à l'intérieur de la réglementation. Donc, on
pense que c'est une bonne voie. Toutefois, la polyvalence, elle doit répondre
en tout temps à un impératif de santé, un impératif de sécurité pour les
travailleurs, mais aussi pour les utilisateurs des installations, notamment mécaniques
et électriques, qui doivent être sécuritaires, conformes aux différents codes
et normes, efficaces, bien fonctionnelles. Et on pense que le législateur nous
a entendus, ont fait un bon choix en excluant l'application du principe de
polyvalence à des métiers davantage dangereux, à risque pour le public, comme
celui d'électricien, de tuyauteur, de mécanicien de protection incendie et de
frigoriste.
On attire l'attention des parlementaires
sur l'arrimage qui est toutefois souhaité entre le... certes, la polyvalence
dans la loi R-20 et, également, les licences d'entrepreneur. Donc, les...
C'est un peu l'équivalent, l'entrepreneur embauche des travailleurs, et chacun
a un champ d'action circonscrit dans sa spécialité. Or, il existe, pour les
licences la notion de travaux connexes, donc, qui permet des travaux hors la
sous-catégorie de licence, un peu comme on le fera avec la polyvalence. Ce
qu'il faut s'assurer, c'est de mieux encadrer... Les critères sont différents.
Je pense que l'objectif est le même : flexibilité et productivité. Les
critères sont différents dans les deux lois, alors, il faudra s'assurer de bien
encadrer la notion de travaux connexes et de s'assurer de l'arrimage avec la
polyvalence des métiers. C'est une recommandation que nous formulons.
Mme Senécal (Julie) : Un
autre aspect du projet de loi qui nous interpelle, c'est l'exclusion de la R-20
des travaux exécutés par les salariés permanents des offices d'habitation.
Donc, ces travaux-là deviennent des travaux hors construction, comme on dit
dans notre jargon. Or, une croyance populaire tenace est à l'effet que «hors
construction» équivaudrait à «absence de réglementation», ce qui est tout à
fait faux. En fait, pour les métiers plus à risque, comme l'électricité, la
plomberie, le chauffage ou la réfrigération, le salarié doit toujours être
qualifié. Il doit détenir un certificat de qualification délivré par Emploi-Québec.
Donc, les travaux ne peuvent pas être faits par des concierges, par exemple, ou
des personnes à tout faire. Donc, c'est une très grande méconnaissance à cet
égard, et c'est d'autant plus important de rectifier le tir qu'une mauvaise
exécution par des personnes non qualifiées peut causer des dommages importants
aux bâtiments et compromettre, évidemment, la vie et la sécurité des
travailleurs et des habitants. Donc, il est primordial, et on en fait une des <recommandations...
Mme Senécal (Julie)T :
...des
travailleurs et des habitants. Donc, il est primordial, et on en fait une des >recommandations,
de... au moment où on vient élargir les travaux hors construction, de s'assurer
de mettre en place les moyens de communication, d'information, pour diffuser,
justement, la réglementation applicable aux travaux hors construction.
Au niveau de l'accès à l'industrie, bien,
soulignons que, particulièrement en électricité, plomberie, chauffage, les
besoins sont particulièrement criants. Une bonne nouvelle, en ce qui nous
concerne : il y a de l'intérêt, il y a de l'intérêt des jeunes envers nos
métiers. Il y a des listes d'attente pour accéder aux DEP dans nos métiers.
Donc, il y a plus de demandes que de places disponibles et il y a plus de
besoins dans l'industrie qu'il y a de places disponibles aux DEP. Donc, la
solution est simple: augmentons les places au niveau du DEP. C'est déjà un pas
franchi par le gouvernement, qui a annoncé, dès janvier 2024, l'augmentation de
la capacité d'accueil dans nos DEP C'est ce que nous saluons, mais il faut
poursuivre en ce sens-là, il faut aussi s'assurer de la disponibilité, c'est
très important, de ces formations en région, parce qu'avec la pénurie de
logements, ce qui se passe, c'est que l'étudiant qui est intéressé par un
métier de l'industrie de la construction, mais qui n'est pas offert dans sa
région, bien, il va... il n'ira pas dans une autre région parce qu'il n'aura
pas de logement dans l'autre région. Donc, ça creuse le déficit de main-d'œuvre
qualifiée en plomberie et en électricité dans les régions. Donc, ça, c'est...
on demande vraiment de s'assurer de la disponibilité en région, et d'accélérer,
également, le processus d'actualisation des DEP, qui est beaucoup trop long. Il
faut être plus agile à ce niveau-là parce qu'on a besoin des DEP qui sont à
jour. Le processus est trop long pour... On peut en profiter, également, pour
introduire de l'alternance travail-études, qui fait consensus dans l'industrie,
donc, c'est une belle... une belle voie prometteuse pour revitaliser le DEP
Et s'il est important de pouvoir compter
sur une formation initiale de qualité, bien, ce n'est pas suffisant. Pour
obtenir une industrie plus productive et performante, il faut aussi que les
compagnons et les apprentis maintiennent leurs compétences, leurs connaissances
à jour tout au long de l'exercice de leur métier. Depuis le 1ᵉʳ avril 2022, les
membres des corporations sont pris en main et sont assujettis à des obligations
de formation continue obligatoire. On vous soumet qu'il est tout aussi
nécessaire que leurs travailleurs, ceux qui exécutent les travaux sur les
chantiers, aient aussi... soient eux aussi assujettis au même type
d'obligation.
En terminant, nous espérons maintenant que
la modernisation se poursuivra avec la révision de l'autre loi-cadre de
l'industrie, soit la Loi sur le bâtiment, notamment pour permettre la mise en place
d'un nouveau modèle d'inspection. Les travaux vont bon sens en ce... vont bon
train en ce sens. Il faut aussi voir à moderniser et harmoniser les lois des
corporations.
M. Boulanger (Steve) : Et
moi, je terminerai, si vous le permettez, avec un clés en main que j'offre au
gouvernement, en lien avec les objectifs du projet de loi de moderniser
l'industrie et d'accroître la productivité. Ça fait 10 ans qu'on en parle,
réglons la problématique des retards de paiement dans la construction. Si ma
mémoire est bonne, c'est la quatrième fois que je me présente en commission
parlementaire pour en parler. Il s'agit d'une occasion unique. On a prévu, par
le projet de loi n° 22, adopté au printemps 2022,
qu'il y aurait une réglementation sur les délais de paiement. On a beaucoup
travaillé avec le Conseil du trésor sur une future réglementation. C'est très
prometteur, ça a été constructif. Tout est prêt, on est en projet pilote depuis
2018. On a encore entendu, hier, des enjeux d'attractivité des entreprises sur
les contrats gouvernementaux. C'est une solution en or. L'Ontario a sa loi
depuis plusieurs années. À nous de passer à l'action. On demande au gouvernement
d'adopter rapidement la réglementation en ce sens. Merci.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
infiniment. Merci pour votre exposé. Nous passons maintenant à la période
d'échange. M. le ministre, la parole est à vous.
M. Boulet : Merci, Mme
la Présidente. M. Kingsbury, Me Sénécal, M. Beauchamp, M. Boulanger,
merci beaucoup pour la qualité de votre mémoire, la qualité de votre
présentation. Je vais me permettre un certain nombre de commentaires, puis une
couple de questions. Un, j'apprécie énormément la façon dont vous exprimez
votre appui, notamment à la polyvalence, parce que, parfois, il y a des doutes
de certaines personnes, mais la polyvalence, il faut qu'elle soit bien balisée.
Et c'est certain qu'il y en a qui souhaiteraient plus de polyvalence puis
d'autres qui ne veulent pas de polyvalence, mais les trois principes qui nous
ont guidés, M. Boulanger, puis vous l'exprimez bien, c'est notamment la
santé et sécurité du travail, la sécurité des bâtiments puis la qualité des
travaux.
• (16 h 50) •
Puis, toujours, donc, si on pense à la
santé et sécurité du travail, il faut le faire dans le respect des compétences
des travailleurs. Et je suis totalement d'accord avec vous, au-delà de ce qui a
été fait par un groupe, le groupe AppEco, le <cloisonnement...
M. Boulet :
...totalement
d'accord avec vous, au-delà de ce qui a été fait par un groupe, le groupe
AppEco, le >cloisonnement est un frein dans beaucoup de cas où, par
exemple, un charpentier-menuisier ne peut pas réparer un carré fait par le
carreleur parce qu'il est pour un sous-traitant ou le... Bon, je ne veux pas
banaliser aucun métier, mais c'est évident que ça va réduire les délais et,
conséquemment, les coûts, puis qu'on ait exclu les métiers les plus à risque,
comme les électriciens puis les tuyauteurs, moi, je pense que ça s'inscrit dans
cette philosophie-là, de ce qui nous a guidés, notamment la santé, sécurité,
les risques et la sécurité des bâtiments. Ça fait que merci de vos commentaires
à cet égard là, et soyez conscients que tout ce qui doit être fait par les
employeurs en collaboration avec les syndicats pour identifier, contrôler et
éliminer les risques à la santé, sécurité, intégrité physique puis psychique
des travailleurs, on va continuer d'être présents constamment. Ce n'est pas la
loi qui va tout faire, ça va prendre un engagement, d'ailleurs, que vous avez
de votre côté à la CMEQ puis la CMMTQ.
Deuxième commentaire, licence
d'entrepreneur, c'est un excellent commentaire. Dans les licences
d'entrepreneur, il y a une description des champs d'application avec travaux
connexes. Et j'ai déjà demandé... on a déjà demandé à la RBQ d'assurer un
arrimage, c'est le terme que vous utilisez, là, Steve, et on va s'assurer qu'il
y ait un arrimage pour ne pas qu'il y ait de confusion et que ce soit clair
pour les entrepreneurs. Bon, avant d'aller à d'autres points, je vais... La
rétroactivité, vous dites : C'est inconciliable avec le régime de relations
de travail. En quoi?
M. Boulanger (Steve) : Je
vais me permettre un commentaire général. Comme vous savez, on n'a pas de
mandat de relations de travail, alors nos collègues, les associations
d'employeurs. Ce qu'il faut comprendre, dans notre industrie, puis j'irai à
haut niveau, mais on a un régime particulier de relations de travail qui n'est
pas celui qui est prévu dans le Code du travail. Alors, il faut être... il y a
un équilibre présentement, il faut être très prudent de choisir certains
éléments qui sont... qui... qui apparaissent, là, dans le corpus législatif du
Code du travail pour les intégrer dans l'industrie de la construction. Et la
rétroactivité nous apparaît être un de ces principes-là, qui est difficilement
applicable. Quand on est en atelier fermé, c'est facile d'identifier les
travailleurs, le nombre d'heures fait, etc. L'industrie de la construction,
c'est 200 000 travailleurs, c'est 25 000 employeurs. Alors, si on
veut faire de la rétroactivité, il faudrait identifier qui a fait quoi, quand,
dans quel secteur d'activité et pour combien d'heures. Ça devient à peu près
irréalisable à notre avis. Et créer un fonds pour ça alourdirait... On pense
qu'on s'éloigne de l'allègement réglementaire, de l'efficacité que souhaite le
gouvernement dans les institutions.
M. Boulet : Oui, je le
comprends très bien, le commentaire, c'est ce qui a motivé probablement le
législateur à adopter l'article de la loi R-20 qui interdisait aux parties
de négocier une rétroactivité. Je pense que c'est bien expliqué. Puis j'ai posé
la question pour que nous partagions ce que vous venez de mentionner.
Les offices d'habitation, ce qu'on a
réalisé, c'est qu'évidemment, c'est des logements sociaux abordables qui...
bon, parce que les travaux d'entretien, réparations, rénovations devaient être
faits sous l'empire des conventions puis de la loi R-20, bien, ça
requérait des appels d'offres, il y avait des soumissions puis ça retardait la
disponibilité des logements sociaux pour les personnes qui en ont
fondamentalement besoin. Et ça, c'est une demande qui est quand même... qui
date d'un certain temps. Et je vous rassure, hein, ce n'est pas des travaux...
c'est vraiment des travaux d'entretien comme la peinture ou le revêtement de
sol, là, mais pour rendre le logement social disponible le plus rapidement
possible, pour que le Québécois ou la Québécoise qui est dans le besoin d'être
logé puisse l'être le plus rapidement possible. Mais soyez rassurés, il n'y a
pas... C'est vraiment, comme on le mentionne dans la loi... le projet de loi,
plutôt, l'entretien, réparations, rénovations. Puis c'est des salariés
permanents, là, ce n'est pas... puis je ne veux pas banaliser ce que vous
appelez les... tu sais, les préposés à l'entretien ou les concierges, là, mais
c'est vraiment pour s'assurer que le logement soit en état d'entretien pour
permettre à la nouvelle <personne...
M. Boulet :
...en
état d'entretien pour permettre à la nouvelle >personne d'y accéder.
Les DEP en électricité, c'est intéressant
parce que, de façon concomitante à l'instauration des attestations d'études
professionnelles, on a accru la capacité d'accueil en électricité puis en
plomberie, puis ça a donné des résultats. Moi, les centres de formation
professionnelle où je suis allé, ça a donné d'excellents résultats. Puis il y a
des cohortes, d'ailleurs, qui sont complètement paritaires. Il y a une cohorte
que j'ai visitée en électricité, 11 gars puis 11 filles, puis ça
s'adonne que c'était chez nous, à Trois-Rivières, puis j'étais particulièrement
fier de ça. Et vous référiez à des cohortes en région. Avez-vous des exemples
où il y a eu des enjeux, des cohortes qui n'ont pas démarré parce qu'on était
en région, où il n'y avait pas assez... j'imagine, parce qu'il n'y avait pas
assez de monde, hein?
Mme Senécal (Julie) : En
fait, le problème, c'est qu'il n'y a pas de cohortes, en région. C'est-à-dire,
si le DEP en électricité n'est pas offert en Gaspésie, mais seulement qu'à Rimouski,
bien, le jeune en Gaspésie, il n'ira pas déménager à Rimouski, parce qu'il n'y
en a pas, de logement, à Rimouski. Donc, ce qu'il va faire, c'est qu'il va
choisir une autre formation offerte dans sa région, mais... ce qui fait en
sorte que l'expertise ou les métiers en électricité ou en plomberie qui ne sont
pas offerts dans une région donnée, bien, on devient en déficit de main-d'œuvre
qualifiée pour cette région-là. Donc, c'est important de s'assurer de
l'accessibilité aux DEP les plus en demande partout au Québec.
M. Boulet : Puis je sais
que notre collègue à l'Éducation travaille très fort là-dessus parce que c'est
constamment une demande qui est faite, là, par les centres régionaux. Je sais
qu'il y a eu des avancées qui ont été faites, mais il y a du progrès à faire,
particulièrement en électricité, là, et les métiers couverts par vos deux
corporations.
Vous référiez aussi à... Bon, vous avez de
la formation continue obligatoire. Comment ça s'exprime, là? C'est imposé par
vos deux corporations à tous vos membres?
Mme Senécal (Julie) : Effectivement,
ce sont des règlements adoptés en vertu de nos lois constitutives, donc
règlements en vertu de la Loi sur les maîtres électriciens et de la Loi sur les
maîtres mécaniciens en tuyauterie. Donc, les membres, par leur... le biais de
leur répondant en exécution de travaux, doivent suivre un certain nombre
d'heures de formation, 16 ou 24, ou même 32 si on combine plusieurs licences,
par période de référence de deux ans pour maintenir leurs connaissances à jour.
C'est juste normal. Quand il y a un changement de code, par exemple, le code
d'électricité change, bien, c'est normal que ceux qui exécutent les travaux,
bien, se mettent à jour. Donc, c'est cette obligation-là qu'on trouverait
normale. Un plombier ou un électricien qui ne connaît pas son code, ce n'est
pas rassurant pour la sécurité du public et ce n'est pas productif non plus
parce que l'employeur est obligé, vraiment, là, de suivre ses gens. Et ce qu'on
constate, c'est que même si on a un fonds de formation, même s'il y a des
incitatifs, même si les formations sont gratuites, il y a très peu de
compagnons et d'apprentis qui vont se former volontairement. Donc, la moyenne,
c'est 11 %, puis même pour les compagnons, c'est 3 % qui se forment
volontairement. Donc, aussi, ça prend une certaine... ce n'est pas
nécessairement la même... le même mécanisme, ça peut être un mécanisme
différent, mais ça prend un mécanisme qui forme... qui oblige les travailleurs
à maintenir leurs compétences à jour. Ça, c'est très important pour nous.
M. Boulanger (Steve) : Puis
j'ajouterai, si vous permettez, cette idée-là, c'est à même notre mission, de
développer la compétence et l'habileté de nos membres, mais cette idée-là, de
formation continue obligatoire, elle a germé dans la tête des entrepreneurs
d'abord et avant tout, qui ont dit : On va se prendre en main, parce
qu'ils parlaient déjà de formation de travailleurs, et on s'est dit :
Prêchons par l'exemple, donnons-nous des obligations, à titre de répondants de
licences nous-mêmes, pour pouvoir superviser les travailleurs. Alors, on a déjà
fait le premier pas au niveau des deux corporations pour les entrepreneurs en
plomberie et en chauffage et en électricité. Et donc, on se projette dans le
futur puis on se dit : Bien, ce sera au tour des travailleurs, aussi, de
faire leur part. Ils en font déjà, de la formation. Il s'agit d'augmenter la
fréquence puis de mieux l'encadrer.
Mme Senécal (Julie) : Et
aussi, on travaille en collaboration avec la Régie du bâtiment du Québec, évidemment,
dans ce dossier-là, qui, elle aussi, impose de la formation continue à
certaines sous-catégories de licences d'entrepreneur général.
• (17 heures) •
M. Boulet : OK. Super.
Puis ne sous-estimez pas l'exemplarité que ça impose dans tout le secteur de la
construction. Puis vous référez, notamment, à l'alternance travail-études, et
il y a des travaux importants qui se font actuellement, la Commission de la
construction du Québec, le ministère de l'Éducation, le ministère de l'Emploi,
le ministère du Travail, et c'est une formule qui est intéressante parce qu'on
référait souvent aux jeunes de 18 à 29 ans qui ne sont ni en emploi ni aux
études, ni en formation, c'est une industrie qui a besoin d'améliorer son image,
d'être mieux perçue, et si on veut...
17 h (version révisée)
M. Boulet : ...et qui a besoin
d'améliorer son image, d'être mieux perçu. Et, si on veut être attractifs puis
retenir, ça passe notamment par des formules alternatives comme ça. Puis quelqu'un
qui... qui n'a pas d'avenir et qui veut avoir l'ambition d'être un électricien
ou un tuyauteur, bien... puis qui sait qu'il peut bénéficier de l'alternance
travail-études avec un incitatif financier, bien, c'est des bénéfices pour
toute la société québécoise.
M. Boulanger (Steve) : Oui.
Puis j'ajouterai, si vous le permettez, j'ajouterai un point. Vous allez
entendre beaucoup de positions opposées dans le cadre de cette commission, mais,
s'il y a un point de convergence patronal-syndical, c'est l'importance de la
formation professionnelle, d'y aller de façon innovante avec, entre autres, de
l'alternance travail-études, donc de nouvelles façons pour permettre aux gens
de se former puis d'intégrer notre industrie. C'est un point de convergence qu'on
devrait travailler tous ensemble.
M. Boulet : Tout à fait. Et c'est
la raison pour laquelle tous les partenaires impliqués dans la formation
professionnelle sont à pied d'œuvre et travaillent intensément à ce que... à ce
qu'on redéfinisse aussi les programmes qui mènent à des diplômes d'études
professionnelles, là, au DEP. Puis, bon, je pense qu'on est tous conscients que
l'avenir de l'industrie réside beaucoup là-dedans. Puis améliorer notre bilan
lésionnel, là, parce qu'en termes d'accidents de travail, maladies
professionnelles, on est... on a des records, puis en termes de décès,
malheureusement, on a des records.
Donc, moi, c'est à peu près complet. Les
retards de paiement, est-ce qu'il y avait, au-delà de me... de m'utiliser comme
messager, Steve? Je comprends l'importance que les paiements soient faits dans
des délais raisonnables puis que les travaux soient planifiés. Puis je redis qu'on
s'intéresse, dans cette loi-là, aussi à l'accès. Vous avez vu les mesures qui
vont permettre une meilleure diversité, ça, ça va nous permettre d'accroître la
main-d'oeuvre dont on a besoin dans tous les métiers. Et, bon, la polyvalence,
on en a parlé, la mobilité, la gouvernance de la Commission de la construction
du Québec, la confirmation de sa mission et le régime de négociation, parce que
vous êtes aussi partenaires importants au conseil d'administration. Alors,
merci beaucoup. Je ne sais pas si vous aviez un autre commentaire à faire,
Steve?
M. Boulanger (Steve) : ...sur
les délais de paiement, on profite de l'occasion, effectivement. Mais le
gouvernement a mis en place une volonté gouvernementale. Par le projet de loi
n° 12 au printemps 2022, on a introduit des pouvoirs réglementaires dans
la LCOP, la Loi sur les contrats des organismes publics, pour mettre en place
cette réglementation-là. Alors, nous, ce qu'on dit, c'est votre collègue du
secrétariat du Conseil du trésor, la présidente du conseil... du secrétariat du
Conseil du trésor qui a ça entre les mains, on espère que ça aboutisse. Mais je
veux vous dire que les travaux se sont très bien déroulés. On a fait ça de la
bonne façon. Ça a été plus long, mais je pense qu'on l'a fait de la bonne façon.
On a fait un projet pilote, on a testé la marchandise, on a proposé des
éléments d'amélioration, et puis ça fonctionne.
Et c'est... Je veux... je veux rappeler
aux parlementaires, ce n'est pas de payer pour des travaux qui sont mal faits.
C'est de payer pour des travaux qui ont été faits en temps raisonnable, ce qui
est prévu contractuellement, ce qui n'est pas le cas présentement. Alors, si on
veut attirer de nouveaux entrepreneurs qui ont le savoir-faire, mais qui n'ont
pas nécessairement tous les leviers financiers, bien, il faut s'attaquer à
cette problématique-là.
M. Boulet : Oui, tout à fait,
puis j'en suis conscient. Puis notre collègue au Trésor travaille fort. Puis la
LCOP fait constamment l'objet de révision. Ne négligeons pas non plus l'intégration
des nouvelles technologies, au-delà de la formation, le BIM, la planification
des travaux. Notre projet de loi, c'est un élément du casse-tête global de la
modernisation qui va faire de notre industrie une qui est performante, qui est
distinctive et attractive. Merci beaucoup de votre présence et de votre
présentation.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup, M. le ministre. Maintenant, je cède la parole à la députée de Bourassa-Sauvé.
Mme Cadet : ...merci,
Messieurs, madame, donc, de votre... de votre présentation. Je commencerais
avec, donc, le premier élément que vous abordez, donc, dans votre mémoire,
donc, soit la question de la rétroactivité. Donc, vous énoncez, donc, très
clairement qu'évidemment vous n'êtes pas impliqués, donc, directement, donc,
dans... dans la question des relations de travail, mais pour vous c'est
important de vous prononcer sur l'introduction de la possibilité de négocier le
versement d'un ajustement salarial rétroactif et la création du fonds de
rétroactivité.
D'abord, donc, sur le versement de... de l'ajustement
salarial rétroactif, donc, pour vous, donc, quel est... quel est, donc, le
premier motif, là, qui... qui vous pousse à vous dire que c'est... ça... ce
serait une mauvaise idée pour... pour l'industrie?
M. Boulanger (Steve) : Je
pense qu'il y a un équilibre dans l'industrie. On n'est pas partie à la table
de <négociations...
M. Boulanger (Steve) :
...je
pense qu'il y a un équilibre dans l'industrie. On n'est pas partie à la table
de >négociations, mais les parties se sont toujours entendues, du moins,
dans les dernières années, relativement calmement, puis des ententes qui ont
été signées de bonne foi par tout le monde, là. Alors, je ne verrais pas
pourquoi on devrait s'attaquer à un problème qui ne semble pas exister. Et il
ne faut pas oublier que l'industrie de la construction, c'est une industrie particulière,
c'est une des seules industries où il y a une syndicalisation obligatoire. Il
ne faut pas perdre ça de vue, il y a un cadre de régime de relations de travail
qui est différent du reste des industries, comme je le disais tantôt.
Donc, la rétroactivité, il faut quand même
que les... c'est très difficilement applicable dans notre secteur où les
travailleurs sont mobiles. Ils passent de chantier en chantier, d'employeur en
employeur et de secteur en secteur. C'est ce qui complexifie l'affaire. Puis c'est
pour ça qu'on pense que c'est inconciliable avec le régime actuel des relations
de travail.
Mme Cadet : Puis vous dites
que, si elle devait être conservée comme mesure, elle devrait être clairement
balisée dans R-20. Donc, pour vous, à quoi ressemblerait, donc, le type de
balise nécessaire?
M. Boulanger (Steve) : Bien,
en fait, c'est... on... les associations pourront préciser des choses, mais,
nous, ce qu'on ne voulait pas, c'est que ce soit balisé dans la réglementation
uniquement. On pense qu'il doit y avoir des guides qui sont dans la loi pour
permettre, si jamais on va vers une réglementation, un encadrement. Par
exemple, ça pourrait être une durée de temps qui pourrait être intégrée dans la
loi pour permettre aux partis d'avoir une bonne négociation, mais de dire :
Bien, on n'étirera pas ça pendant huit mois pour avoir une rétroactivité qu'on
sera incapables d'appliquer. C'est ce genre de balises là à la... auxquelles on
pense, mais on pense que ça devrait être fait à l'intérieur même de la loi pour
donner un cadre bien précis.
Mme Cadet : ...donc, je
comprends, donc, que c'est vraiment, donc, sur la création du fonds de
rétroactivité. Donc, on a entendu plusieurs intervenants avant vous nous dire,
donc, qu'il s'agissait donc d'un mode plutôt complexe, introduire la notion de
rétroactivité dans le projet de loi.
M. Boulanger (Steve) : Tout à
fait.
Mme Cadet : Puis j'imagine
aussi, donc, quand je vous lis sur, bon, la complexité, l'alourdissement, donc
tout ce que vous nous disiez, donc ça fait un peu contrepoids à l'objectif
initial, qui est vraiment de rendre l'industrie plus productive. C'est
l'objectif d'introduire le projet de loi. Donc, on... c'est un peu un frein à
cet objectif ici aussi, là, de parler de rétroactivité du fonds.
M. Boulanger (Steve) : On y
va à ce moment-là, on ne toucherait pas à la productivité des travailleurs et
des entrepreneurs. C'est plus un alourdissement administratif de la machine qui
devra être géré par la Commission de la construction du Québec. Et ultimement
il y a une augmentation des coûts qui est associée à ça, et c'est nous tous,
comme citoyens, qui, en bout de piste, devrons les assumer.
Mme Cadet : Puis sur la
question, justement, donc, de la productivité, tu sais, encore une fois, donc,
je fais... je fais ce pas en arrière. Parce que le... on nous présente, donc,
ce projet de loi en nous disant, donc, qu'on a, donc, des avancées qui
devraient donc aller dans ce sens. Donc, pour vous, donc, comment le projet
permet de bâtir mieux, plus vite et à moindre coût?
M. Boulanger (Steve) : Bien,
d'abord, c'est un pas en avant. Les métiers sont extrêmement cloisonnés. Il y a
une exclusion pour nos métiers. Alors, c'est difficile pour nous de se
prononcer, parce qu'au quotidien, puis on questionnait nos entrepreneurs, ça ne
changera pas grand-chose pour les métiers mécaniques et électriques. Mais on
est conscients que c'est un pas en avant. Il pourrait y avoir des applications
très ponctuelles qui pourraient nous aider. Alors, oui, ça pourrait, dans
certains cas.
Mme Cadet : Puis, en fait, comment
l'améliorer pour que ça aille en ce sens? Je pense que c'est surtout... oui, comment
améliorer le projet de loi? Donc, nous, comme législateurs, donc, comment
est-ce qu'on pourrait, donc, présenter différents amendements, donc, pour nous
assurer qu'on continue d'aller... en fait, qu'on... qu'on aille, donc, dans le sens,
donc, de l'amélioration de la productivité dans l'étude du projet de loi?
M. Boulanger (Steve) : ...la
polyvalence, ça nous semble correct, ce qui est dans le projet de loi, là.
Mais, comme je vous dis, comme ça ne s'applique pas à nos métiers, on n'est
peut-être pas les mieux placés pour commenter cet aspect-là précis de la
polyvalence.
Mme Cadet : Je comprends. Un
autre aspect, là, qui fait débat, donc, c'est aussi, donc, la question de
l'impact du projet de loi sur... sur le secteur résidentiel, sur la crise de
l'habitation. Selon vous, avec le pas de recul que vous... que vous avez,
est-ce que vous pensez que le projet de loi qui est présenté ici, donc, devrait
avoir, donc, une contribution substantielle à cet égard?
M. Boulanger (Steve) : Au
niveau de nos métiers, je vous dirais non, encore une fois, en raison de
l'exclusion. Pour d'autres métiers, possiblement, qu'il pourra... Si on... si
on met de la flexibilité, bien, on accroît la productivité.
• (17 h 10) •
Maintenant, j'ai entendu les questions qui
ont été soulevées devant cette commission sur l'augmentation des mises en
chantier, comment résorber la crise du logement. On est ici, quand même, dans
une loi de relations de travail. Alors, c'est un ensemble, c'est une
problématique qui est très vaste. Il y a la façon de construire, il y a
l'environnement social, les municipalités ont un rôle à jouer... Donc, <c'est
un...
M. Boulanger (Steve) :
...il
y a l'environnement social, les municipalités ont un rôle à jouer... Donc, >c'est
un... c'est un... on... on ne peut pas régler le problème de la crise du
logement à l'intérieur de la loi R-20.
Mme Cadet : ...ça, c'est
clair.
M. Boulanger (Steve) : Certainement
pas.
Mme Cadet : Sur le... et pas
dans le budget non plus. Sur la question de la polyvalence, donc, pour vous,
donc, le mode... le... les définitions, donc, qui sont incluses, donc, vous
êtes... vous êtes... bon, vous êtes en accord avec la manière, donc, dont c'est
libellé. Ceci dit, pour vous, est-ce que c'est suffisamment défini?
Puis je pose ma question, donc, puisque
vous vous prononcez, donc, sur l'article 72, donc sur les risques de
judiciarisation qui pourraient venir avec cette définition. Donc, est-ce qu'on
a assez d'éléments? Je comprends, donc, qu'on... on risquerait d'être sclérosés,
donc, avec une définition de tâche donc très précise, parce que ça nous
amènerait... ça ne donnerait pas la flexibilité nécessaire, donc, pour... donc,
pour permettre, donc, cette polyvalence, justement, mais est-ce qu'on a assez
d'éléments pour éviter un recul, justement, en matière, donc, de productivité?
Parce que, bon, les parties risqueraient, donc, de se poser des questions sur,
bon, est-ce que ça, c'est de courte durée, ça, ce ne l'est pas. Qu'est-ce qu'on
fait avec ça?
M. Boulanger (Steve) : C'est
un équilibre qui est très difficile à atteindre, j'en conviens. Cependant, il a
été... L'exercice de prévoir des tâches partagées avec chacun des métiers a été
tenté et il s'est soldé par un échec. Nommons les choses, les syndicats étant
constitués... des syndicats de métier, bien, chacun tient à l'exercice de ses
tâches, et je peux le comprendre. Donc, cet exercice-là n'a pas fonctionné.
Alors, il restait une autre alternative,
qui est d'avoir un concept. Maintenant, on a fait un concept, on a mis des
balises. Effectivement, il pourrait y avoir une... judiciarisation, mais ce
qu'il faut comprendre, c'est que ça existe dans plusieurs lois, là, de définir
un principe, de le baliser, puis les parties fonctionnent à l'intérieur. Donc,
je pense qu'il va y avoir une adaptation, mais on a mis quand même trois
critères relativement... moi, je pense, qui guident... qui nous guident
relativement bien pour savoir en quoi consiste, là, la polyvalence.
Tu sais, c'est quand même assez restrictif,
là, quand on lit les trois conditions, qui sont cumulatives, bien, ça ne
permettra pas n'importe quoi. Ça ne permettra pas à l'entrepreneur, au
tuyauteur d'aller effectuer des travaux de peinture. On n'est pas là du tout,
ce n'est pas lié au métier, ce n'est pas nécessaire à l'avancement. Alors, il y
a quand même des balises qui sont... qui nous apparaissent assez claires, et
c'est un pas, hein, de voir comment l'industrie va réagir. Pour une première
fois, on essaie d'y mettre un peu plus de flexibilité. C'est ça qu'on
reconnaît, nous, le principe d'atteindre une meilleure productivité par une
flexibilité, mais en ayant quand même des balises. Puis, on l'a dit, la
santé-sécurité des travailleurs et des utilisateurs des bâtiments doit être
impérativement respectée.
Mme Cadet : Oui, puis ça nous
permettrait... vous souhaitez en fait, qu'on... que le projet de loi puisse
aussi encadrer la notion des travaux connexes?
M. Boulanger (Steve) : Oui,
les travaux connexes, c'est prévu dans la Loi sur le bâtiment, dans son <i>règlement
sur la qualification professionnelle, les entrepreneurs ont des licences, et
c'est découpé en sous-catégories. Par exemple, un entrepreneur en plomberie a
une licence 15.5, et on détermine les travaux de plomberie qu'il peut
faire. Et on dit : «Les travaux... il peut faire également les travaux
connexes.» Or, le règlement nous dit, les travaux connexes, ça doit être
compris... ça doit être exécuté lors de travaux compris dans la sous-catégorie,
et les travaux connexes ne peuvent pas être faits non plus dans le domaine
électrique ou en plomberie, ça, c'est clair aussi. C'est pour ça que le corpus
législatif est... est cohérent là-dessus.
Cependant, il y a des... d'autres
conditions qui ont été... qui sont hors règlement, dont une interprétation de
la Régie du bâtiment<i>. Donc, les travaux connexes doivent être
nécessaires à la réalisation de l'objet du contrat. Et il y a des... troisième
critère qui a été émis par la jurisprudence, où on est venus dire : Ça
doit présenter un lien étroit avec les travaux.
Donc, c'est un peu difficile pour
l'entrepreneur de s'y retrouver, donc c'est pour ça qu'on propose... notre
recommandation est double, finalement, d'abord encadrer les travaux connexes au
niveau des licences d'entrepreneur, d'une part, et d'autre part, s'assurer de
son arrimage avec le principe de polyvalence qu'on intègre... qu'on veut
intégrer dans la loi R-20.
La Présidente (Mme D'Amours) :
...
Mme Cadet : ...merci. En
terminant... sur la question, donc, de la formation, vous avez bien raison, je
pense que tout le monde s'entend là-dessus, sur cette importance-là, pour
améliorer la productivité des travailleurs. Les régions... pas de DEP, donc en
Gaspésie, donc, souvent les gens s'en vont au Nouveau-Brunswick pour se...
La Présidente (Mme D'Amours) : ...que
nous avions, je suis désolée.
Mme Cadet : C'était trop long.
La Présidente (Mme D'Amours) : Je
cède maintenant la parole au député d'Hochelaga-Maisonneuve. La parole est à
vous, M. le député.
M. Leduc : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour à vous quatre. Contents de vous avoir ici. Je veux parler
un peu de la rétro, c'est intéressant votre perspective. Je suis d'accord avec
vous sur une partie puis... mais je n'atterris pas nécessairement à la même
place que vous.
Là où je vous rejoins, c'est que c'est
compliqué ce qui est dans le projet de loi, qui nous est présenté par le... par
le ministre. Moi, je le qualifie, la proposition du <ministre...
M. Leduc :
...dans
le projet de loi, qui nous est présenté par le... par le ministre. Moi, je le
qualifie, la proposition du >ministre, d'une fausse bonne idée, dans le
sens où il part d'une bonne intention, mais ce qu'il nous soumet, ouf!, ça va
être difficile à gérer.
Par contre, je ne suis pas sûr que
j'atterris à la même place que vous, dans le sens où... Est-ce que vous, vous
concluez qu'il faut juste ne rien faire sur la rétroactivité, ou vous dites :
Il faut faire autre chose que le ministre propose?
M. Boulanger (Steve) : ...on
pense que c'est un principe qui ne pas être introduit, je... On va être clairs,
là, on ne pense pas que la rétroactivité est applicable dans le domaine de la
construction. Les entrepreneurs, là, doivent soumissionner pour des années à
l'avance, des fois, au niveau des contrats. Comment, de quelle façon on va
prévoir s'il va y avoir une rétroactivité ou pas au niveau des coûts? Alors, on
pense que c'est un principe qui n'est pas conciliable avec le régime actuel des
relations de travail, et je suis persuadé que les associations d'employeurs qui
négocient les conventions vont être mieux à même d'éclairer les parlementaires
à ce sujet.
M. Leduc : ...je suis
convaincu qu'ils vont être contre, quand ils vont venir nous parler, ça, il n'y
a pas de grosse surprise là. Mais il faut comprendre la mécanique, c'est
qu'actuellement, si vous avez la loi telle qu'elle, il y a un... il y a un
avantage pécunier objectif pour les patrons de stâler, en bon français, la
négociation le plus longtemps possible au-delà de l'échéance de la convention
collective. Ils économisent, objectivement, des milliers, des millions de
dollars à chaque jour gagné. Et, de l'autre côté, il y a un objectif clair du
syndicat, qui, à chaque jour perdu de salaire, bien, il est aussi bien de
déclencher la grève le plus vite possible pour que ça... pour ne pas que ça
s'étale... ça s'étale pendant des jours et des mois. Ça fait que cette
mécanique-là, elle est malsaine et elle génère du conflit. Alors, il faut qu'on
trouve une solution à ça.
Est-ce que c'est compliqué? C'est une
évidence que c'est compliqué, mais il y a bien des affaires, dans la vie, que
c'est compliqué. La <i>loi sur l'impôt, c'est très compliqué, pourtant,
on fait tous nos impôts à chaque année. C'est le temps, d'ailleurs, si vous
n'avez pas commencé, moi, c'est fait. Mais c'est compliqué, mais je ne peux pas
croire que, si on laisse les parties avec une possibilité ouverte de le faire...
qu'ils ne peuvent pas trouver des solutions.
M. Boulanger (Steve) : ...à
l'inverse, quel est l'incitatif pour les syndicats de régler rapidement,
sachant qu'il y a rétroactivité? Alors, tu sais, ça va des deux côtés.
Présentement, c'est absent, puis, si on le met, bien, ce n'est pas plus un
incitatif à régler. Et, dans le passé, puis comme je vous dis, je n'étais pas
aux tables de négociation, d'habitude, ce n'est pas les employeurs qui veulent
économiser, parce qu'ils n'économisent pas, dans le sens où ils ont
soumissionné les contrats avant la négociation, ceux qui se poursuivent, alors
ce n'est pas... ils ne chargent pas plus cher aux clients, ils n'engrangent pas
plus de dollars, là. Ils paient le salarié au salaire puis ils chargent ce
qu'il faut aux clients. Alors, il n'y a pas d'économie sur le dos des
travailleurs.
M. Leduc : Vous n'êtes pas en
train de me dire qu'il n'y a jamais des dépassements de coûts dans les contrats
non plus?
M. Boulanger (Steve) : ...pas
dit ça.
M. Leduc : Bon. Il peut y
avoir des dépassements de coûts, s'il y a de la rétro à payer, éventuellement,
ce n'est pas impossible.
M. Boulanger (Steve) : Sur
les dépassements de coûts, un des... une des façons, puis ça, les... nos
partenaires syndicaux l'ont dit, il faut s'attaquer, si on veut avoir une
meilleure productivité dans l'industrie à une meilleure planification des
travaux.
M. Leduc : On est d'accord.
M. Boulanger (Steve) : On est
d'accord avec eux, une meilleure gestion des chantiers de construction, une
meilleure préparation des plans, des devis, identifier des besoins...
identification des besoins, etc. C'est une foule de facteurs.
M. Leduc : Merci beaucoup.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
C'est tout le temps que nous avions. Je cède maintenant la parole au député de
Jean... Jean-Talon. La parole est à vous, M. le député.
M. Paradis : Bonjour. Merci
beaucoup. Merci pour le mémoire. Merci d'être avec nous aujourd'hui. Vous...
C'est intéressant, parce que vous dites : Nous, les métiers qu'on
représente, le projet de loi ne viendra pas changer grand-chose sur la question
de la polyvalence, mais on est conscients que le décloisonnement, c'est un
besoin, parce que ça va vraiment contribuer à plus d'efficience dans les travaux.
Puis, ensuite, vous dites, il y a un point de convergence patronal-syndical,
c'est l'importance de la formation professionnelle, mais là vous dites :
Il est primordial de poursuivre dans la voie des formations de courte durée
menant à une attestation d'études professionnelles, si j'ai bien suivi votre
mémoire. Non?
Mme Senécal (Julie) : Ce
n'est pas... non, en fait, nous... pour nous, la voie d'entrée à l'industrie,
c'est vraiment le DEP. L'attestation d'études professionnelles, c'est autre
chose. Je pense que ce fut une mesure temporaire pour régler la problématique
de ceux qui rentrent par bassins, qui n'ont aucune formation.
M. Paradis : Très bien.
Mme Senécal (Julie) : Donc,
ce n'est pas la voie de l'avenir, pour nous, là, c'est clair.
M. Paradis : Donc, je vais
revenir juste sur le décloisonnement, parce que, justement, une de vos... une
de vos... la mission, en fait, c'est d'augmenter la compétence et l'habileté de
vos membres. Là, on a reçu beaucoup de mémoires qui nous disent : Bien, le
décloisonnement, en réalité, c'est un danger pour la qualité de la formation
puis la qualité des travaux. C'est pour ça que j'aurais particulièrement aimé
vous entendre, vous, sur cette question-là, compte tenu, justement, de votre
position privilégiée, que vous n'êtes pas directement concernés par la question.
• (17 h 20) •
M. Boulanger (Steve) : On a
étudié la question pour savoir... Évidemment, les métiers qui sont prévus ne
pourront pas exécuter des tâches qui sont réservées aux électriciens puis aux
plombiers. Cependant, un tuyauteur pourra, lui, remplir les critères de
polyvalence pour faire certains autres travaux. Ça ne s'applique à peu près
pas, peut-être un peu de <calorifugeage...
M. Boulanger (Steve) :
...polyvalence
pour faire certains autres travaux. Ça ne s'applique à peu près pas, peut-être
un peu de >calorifugeage, donc d'isolation de tuyauterie sur des... pour
permettre d'avancer les travaux, parce que l'entrepreneur en calorifugeage a
quitté le chantier, puis il y a un petit bout qui a été oublié. Mais pour nous,
là, ça ne changera pas l'essence du métier de tuyauteur, qui est bien encadré,
sur lequel... Il n'y a pas un enjeu de qualité de travaux dans notre... dans
notre métier. Et, pour les autres métiers, je ne me prononcerai pas, mais il
faut quand même se le dire, il y a des métiers qui sont quand même moins à
risque que d'autres au niveau de la sécurité des occupants.
M. Paradis : OK. Donc,
ce que... ce que vous dites, c'est qu'il n'y a pas... vous ne voyez pas de
risque de diminution de la qualité des travaux par... en conséquence du
décloisonnement.
M. Boulanger (Steve) : Pas
dans nos métiers.
M. Paradis : Pas dans
vos métiers.
M. Boulanger (Steve) : Non.
La Présidente (Mme D'Amours) : ...c'est
tout le temps que nous avions. M. Beauchamp, Me Boulanger,
Me Sénécal et M. Kingsbury, merci infiniment pour votre contribution
à nos travaux de la commission.
Je suspends les travaux quelques instants
afin de permettre aux prochains invités de prendre place.
(Suspension de la séance à 17 h 21)
(Reprise à 17 h 27)
La Présidente (Mme D'Amours) : Nous
reprenons nos travaux, et je souhaite maintenant la bienvenue à <i>l'association
des constructeurs de routes et de grands travaux du Québec. Je vous rappelle
que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé. Puis nous commencerons
la période d'échange. Je vous invite donc à vous présenter et à nous présenter
votre exposé, s'il vous plaît.
M. Joncas (Marc) : Merci. Je
me présente, Marc Joncas, président du conseil d'administration de l'Association
des constructeurs de routes et grands travaux du Québec. Je suis accompagné
ici, à ma droite, de monsieur... Maître Christian Tétreault, directeur des
relations de travail, juridique au sein de l'association.
Bon, je tiens premièrement à vous
remercier, Mme la Présidente, M. le... M. le ministre, de nous donner
l'opportunité de nous exprimer, exprimer notre point de vue de l'association,
les constructeurs de grandes routes et travaux du Québec, sur le projet de la
loi 51. Nous représentons aujourd'hui 2 600 employeurs actifs au
sein de l'industrie du secteur génie civil et voirie, qui emploient plus de 44 000 salariés
ayant accumulé plus de 30 millions... 39 millions d'heures en 2022.
Je vais quand même laisser le soin à Me
Christian Tétreault de vous résumer l'ensemble de notre mémoire. Je reste
évidemment disponible pour les questions et je tiens quand même à saluer le
courage du ministre de faire des modifications au projet de loi... avec le
projet de loi n° 51.
M. Tétreault (Christian) : Merci,
M. le Président. D'abord, d'entrée de jeu, j'ai envie de vous dire que
probablement que la présentation qu'on va faire devant vous va avoir pas mal de
dissonance par rapport à ce que vous avez entendu, jusqu'à présent, de la part
de mes partenaires, des partenaires syndicaux l'industrie de la construction.
Alors donc, d'entrée de jeu, puisque la... j'ai une courte période de temps qui
m'est allouée pour présenter notre mémoire, nous allons limiter les
commentaires aux trois principaux thèmes du projet de loi, à savoir la
polyvalence, la mobilité et la rétroactivité. Évidemment, on aborde d'autres
thèmes dans notre mémoire, mais compte tenu du temps restreint qu'on avait, on
voulait surtout concentrer nos commentaires sur ces trois éléments-là, qui sont
les trois éléments principaux.
Mais, avant d'aborder ces thèmes, vous
avez probablement observé que notre mémoire contient plusieurs recommandations
qui visent les occupations. Vous vous posez probablement la question :
Pourquoi l'ACRGTQ fait-elle autant de recommandations en rapport avec cette
catégorie de main-d'œuvre? Il y a deux raisons principales. D'abord, cette
main-d'œuvre est omniprésente sur nos chantiers de construction. Elle
représente 42 % des heures réalisées dans le secteur.
• (17 h 30) •
Et deuxièmement, c'est une main-d'œuvre
qui réalise des travaux qui sont particulièrement névralgiques et stratégiques
dans le secteur. Ce sont... ce sont ces travailleurs-là qui... qui pavent nos
routes, ce sont ces travailleurs-là qui réalisent des travaux
d'infrastructures...
17 h 30 (version révisée)
M. Tétreault (Christian) : ...nos
routes, ce sont ces travailleurs-là qui réalisent des travaux d'infrastructure,
c'est-à-dire quand on parle... souterraines... quand on parle d'infrastructures
souterraines, on parle des... du réseau d'égouts, d'aqueduc. Ce sont eux qui
construisent le réseau de transport, d'énergie électrique ou de distribution d'énergie
électrique... puis là je ne vais pas vous lister tout ce qu'ils font, mais
le... qui font la... le... le dynamitage, le forage, etc. Alors, c'est une main-d'œuvre
particulièrement sensible dans notre secteur d'activité.
Ce qui m'amène maintenant à vous parler de
la polyvalence, à aborder le thème de la polyvalence. Nous sommes globalement d'accord
avec les orientations privilégiées dans le projet de loi.
D'une part, le législateur a pris la sage
décision de ne pas dénaturer les métiers tels qu'ils existent depuis des
dizaines d'années. D'ailleurs, la structure des entreprises est également
orientée en fonction de l'existence de ces métiers.
D'autre part, le législateur identifie
trois conditions permettant le déploiement de la polyvalence. Le cumul de ces
conditions d'application font en sorte que ce ne sera pas un «bar ouvert», pour
employer l'expression qui a été utilisée par le ministre à quelques reprises
depuis le début de la commission parlementaire, où tout un chacun va pouvoir
réaliser à sa guise du travail qui ne relève pas expressément du certificat de
compétence dont il est titulaire. La polyvalence, ça va demeurer exceptionnel.
La règle, c'est quand vous allez avoir des travaux à réaliser qui relèvent d'un
certificat de compétence d'un métier, ça va demeurer le métier qui va avoir la
responsabilité d'exécuter les travaux.
Nous sommes cependant en désaccord avec le
fait que le projet de loi exclut... et là, vous l'aurez compris, pourquoi j'ai
fait un préambule sur l'importance des titres occupationnels dans le secteur
génie civil et voirie. Alors, le projet de loi exclut de l'application du
principe de polyvalence les titres occupationnels. Si le gouvernement veut
atteindre la cible visant à améliorer la productivité sur les chantiers de
génie civil, il est nécessaire que cette catégorie de main-d'œuvre soit
assujettie à la règle de la polyvalence. Et, à cet égard, on a produit un
texte, un libellé de texte qu'on vous propose, qui est reproduit à la page huit
du mémoire de l'ACRGTQ.
Toujours en ce qui concerne le thème de la
polyvalence, nous avons présenté deux autres recommandations. D'abord, nous
souhaitons apporter une précision en lien avec l'exception relative aux travaux
de structure. Cette expression est large et ambiguë et elle pourrait même
entraîner l'inapplicabilité de... de la polyvalence dans le secteur génie civil
et voirie, puisqu'en définitive l'essence de ce secteur-là, c'est effectivement
d'exécuter des travaux de structure. Une route est une structure, un pont est
une structure, un chemin de fer est une structure, etc.
Ce qu'on souhaite, c'est... c'est de...
que cette expression soit définie de manière à ce qu'elle vise les travaux
relatifs à la stabilité et à la capacité portante des ouvrages ou des bâtiments.
Ce qui me semble d'ailleurs être en ligne droite avec le fait qu'on vise à
protéger les... la sécurité du public puis qu'on vise aussi à s'assurer que les...
que ce soient les... les travailleurs compétents qui vont réaliser ces
travaux-là, qui... qui concernent la stabilité des bâtiments et qui concernent
la... la capacité portante des ouvrages de génie civil.
Autre recommandation pour accroître la
polyvalence dans le secteur génie civil et voirie : on demande de modifier
l'article 23 du règlement sur la délivrance des certificats de compétence
afin de permettre qu'un titulaire de certificat de compétence occupation puisse
débuter l'apprentissage d'un métier sans devoir renoncer à son certificat de
compétence occupation. Alors, au moment où on se parle, dès le moment où un
salarié veut se lancer dans une... dans l'apprentissage d'un métier, l'article 23
l'oblige à remettre à la commission son certificat de compétence, ce qui fait
en sorte que, quand il se présente sur le chantier, il ne peut plus réaliser
les tâches pour lesquelles il a développé pourtant une expertise pendant une
longue période de temps. Alors, ça crée un... une situation un peu insensée.
Ce qui m'amène maintenant à vous parler de
la mobilité. Je vais passer rapidement sur le thème de la mobilité, parce que
nous avons, dans la convention collective du secteur génie civil et voirie, une
règle qui offre beaucoup plus d'agilité et de... de flexibilité pour la
mobilité que ce qui est prévu au règlement. En fait, pour plusieurs métiers et
la quasi-totalité des occupations, c'est la pleine mobilité sans restriction
quant au lieu de résidence du travailleur depuis près de 25 ans, là. Ce n'est
pas nouveau. On n'a pas négocié ça hier. Ça... ça fait longtemps que ça existe
dans nos conventions collectives. Cette... cette clause de mobilité, bon, bien,
que ça... ça concerne, le ministre l'a mentionné, là, 13 métiers et des
occupations, bien, en fait, <ça...
M. Tétreault (Christian) :
...bon, bien que ça... ça concerne, le ministre l'a mentionné, là,
13 métiers et des occupations, bien, en fait, >ça représente quand
même et ça couvre quand même 80 % des travaux qui sont réalisés dans le secteur
génie civil et voirie. L'introduction de cette clause de mobilité sans
restriction a permis aux employeurs du secteur de récupérer la pleine faculté
de sélection de la main-d'œuvre. Cette clause a aussi pour effet de respecter
l'enseignement de la Cour suprême<i> dans l'affaire Godbout contre ville
de Longueuil, où la Cour suprême<i> indique qu'une restriction empêchant
un travailleur d'avoir accès à un emploi en raison de son lieu de résidence
porte atteinte à la vie privée et à la liberté. Mais il y a encore... il y a
encore quand même 20... plus ou moins 20 % des travaux qui sont assujettis
à la convention collective où c'est la... c'est le règlement sur la mobilité
qui s'applique.
Pour les raisons plus amplement discutées
dans le mémoire, l'ACRGTQ considère qu'il faut dépoussiérer ce vieux règlement
adopté dans les années 70 dans un contexte social, économique,
démographique et juridique qui n'a aucun écho avec le Québec d'aujourd'hui.
Pour l'ACRGTQ, nous devons privilégier la libre circulation des ressources
humaines et abolir les restrictions relatives à la mobilité en respect des
droits garantis par les chartes. Dans l'hypothèse où le législateur allait de
l'avant avec les règles telles qui sont proposées, encore une fois, on fait une...
une recommandation concernant les titres occupationnels, on veut que ces... les
titres occupationnels soient également assujettis à la règle qui permette de...
de bénéficier de la pleine mobilité dès lors qu'il a accumulé
15 000 heures au rapport mensuel de la CCQ, alors que cette règle-là,
actuellement, en fonction de ce qui est écrit dans le projet de loi, est
réservée exclusivement aux compagnons.
La Présidente (Mme D'Amours) : ...Il
vous reste 10 secondes.
M. Tétreault (Christian) : En
terminant? Bon. Alors, il reste 10 secondes, vous dites?
La Présidente (Mme D'Amours) : Oui.
M. Tétreault (Christian) : Bon,
je vais sauter. Mon Dieu! j'avais fait l'exercice chez moi, ça avait pris neuf
minutes.
La Présidente (Mme D'Amours) : Donc,
je cède... Nous allons... passer à la période d'échange. M. le ministre, la
parole est à vous.
M. Boulet : C'est
souvent le cas quand on prépare des plaidoiries, hein, Christian? Merci, Mme la
Présidente. Merci, M. Joncas. Merci, Me Tétreault. C'est un excellent
mémoire qui... qui est écrit de manière articulée, bien structurée et qui
démontre l'importance de l'équilibre, hein, parce qu'effectivement sur les
trois sujets principaux qui vous concernent, la polyvalence, la mobilité et la
rétroactivité, vous poussez le cursus un peu plus pour la polyvalence. Pour la
mobilité, vous êtes pour la pleine circulation des ressources humaines. Et pour
la rétroactivité, on pourra en reparler, là. Mais la polyvalence,
effectivement, ce n'est pas un bar ouvert. Elle doit être contrôlée. Puis la
santé, sécurité, vous m'avez souvent entendu en parler, elle est fondamentale.
Ce que vous aimeriez... Puis j'aimerais ça vous entendre sur la polyvalence,
vous aimeriez que ce même principe là de polyvalence s'applique pour les
détenteurs de certificat compétence occupation. Est-ce que c'est bien ça?
M. Tétreault (Christian) : Vous
avez tout à fait compris. En fait, là, on parle... On fait abstraction du fait
qu'on vous demande de... de mettre en place... en fait, de retirer les
dispositions qui sont dans le règlement sur la... l'embauche et la mobilité de
la main-d'œuvre qui restreint la mobilité. Mais si on devait maintenir les
règles telles qu'elles sont proposées actuellement dans le projet de loi, ce
qu'on vous demande, c'est que les... la règle selon laquelle quelqu'un qui
atteint 15 000 heures enregistrées à la CCQ puisse bénéficier de la
mobilité provinciale s'applique également au titre occupationnel.
M. Boulet : Aussi. Donc...
OK. On va revenir à la mobilité puis la polyvalence. Donc, aussi pour les
occupations, vous jugez que ça engendrerait une réduction des délais et des
coûts, ultimement.
M. Tétreault (Christian) : Tout
à fait, tout à fait.
M. Joncas (Marc) : On a
un exemple, justement, je pense qu'il est dans le mémoire.
M. Boulet : Oui, le... J'allais
vous demander ça, l'installation d'un coffrage rudimentaire. Est-ce que c'est
ça?
M. Joncas (Marc) : Oui,
ça... ça existe beaucoup maintenant, surtout dans les... les projets
d'assainissement dans les... bien, surtout dans les grandes villes. C'est des
gros conduits qu'il n'y a pas nécessairement des pièces déjà fabriquées
d'avance. Donc, on nous demande de faire un... ce qu'ils appellent un... un
jargon, un bloc joint. C'est un coffrage en béton, on vient couler le béton, on
met de l'acier d'armature. C'est... c'est d'une durée de moins d'une journée.
Et comme Christian disait, c'est un journalier, souvent, qui est... qui est
affairé à... aux travaux d'égouts. Et souvent on est obligés d'arrêter. Le
chantier doit arrêter, rentrer une personne qui pose l'armature, rentrer un
charpentier-menuisier pour faire <le...
M. Joncas (Marc) :
...rentrer
une personne qui pose l'armature, rentrer un charpentier-menuisier pour faire >le
coffrage...
• (17 h 40) •
M. Boulet : Incroyable.
M. Joncas (Marc) : ...et
ça, ça... ça affecte la productivité et les coûts. Et ça, on est habitués à ça,
ça fait qu'on... on le met dans les coûts. Mais c'est sûr que, si on veut
trouver les moyens de... d'être plus productifs, ça en fait partie.
M. Boulet : Donc, ce qui
serait souhaitable, c'est que le détenteur du certificat compétence occupation,
le journalier, en l'occurrence, ou manoeuvre, là, vous appelez ça «occupation
journalier», il pourrait faire le travail. Si c'était planifié en début de
journée, il pourrait faire le travail que quelqu'un qui fait l'armature et
quelqu'un qui fait la menuiserie doivent faire.
M. Joncas (Marc) : Oui,
parce que c'est... c'est des travaux peu compliqués. Et la... la première chose,
on est... on est d'accord avec tout le monde là-dessus, qui est passé ici, la
priorité, c'est la santé et sécurité des travailleurs. Il ne faut pas que ça...
ça mette le... le travailleur en... en danger. Puis ça, ça en est, un cas,
qu'il n'y a aucun problème là-dessus, là. C'est... c'est des gens manuels, ce
n'est pas des travaux compliqués, ça se fait très bien.
M. Boulet : Super. Je
comprends très bien. OK. Ça fait que ça me rassure. Puis je trouve que c'est
une idée intéressante. Évidemment, on va travailler en étude détaillée, après
les consultations particulières, mais je trouve ça intéressant. Puis,
Christian, vous connaissez aussi, cependant... Les détenteurs de certificat
compétence occupation peuvent faire des tâches résiduelles des 25 métiers,
mais ça n'a pas la même portée.
M. Tétreault (Christian) : Exact,
tout à fait. En fait, la catégorie des titres occupationnels, ça... ça comprend
toutes les tâches qui n'appartiennent pas nécessairement à un métier.
M. Boulet : Exact.
M. Tétreault (Christian) : Mais
il faut avoir à l'esprit que, dans le secteur génie civil et voirie, les titres
occupationnels, ça côtoie principalement des opérateurs de machinerie lourde et
des opérateurs de pelle, et ça côtoie... Parce que les opérateurs de machinerie
lourde et les opérateurs de pelle, ça représente 30 % des... des heures
déclarées dans notre secteur, et ça travaille aussi de concert avec des
charpentiers-menuisiers et des ferrailleurs, essentiellement. Alors, les... les
titres occupationnels qui sont présents sur le chantier côtoient... bien,
quotidiennement, peut-être pas, mais régulièrement, c'est les... les
charpentiers-menuisiers et les... les ferrailleurs, ça fait que... Alors, ils
ont une connaissance de ce qui se fait, ils apprennent un peu, en côtoyant ces
gens-là, sur les mécanismes qui peuvent être mis en place.
M. Boulet : Bien oui,
bien oui. Je comprends.
M. Joncas (Marc) : Je
peux peut-être vous donner un exemple concret sur ça, sur des métiers qu'un
charpentier-menuisier fait du... pourrait faire du... de la finition de béton
dans les trottoirs, vous voyez, partout où on construit des trottoirs en béton,
partout au Québec. Et la pratique est qu'on coffre le matin, c'est des... ça
prend des charpentiers-menuisiers qui font le coffrage, et l'après-midi on
coule les trottoirs. Ça prend des finisseurs. Donc, aujourd'hui, souvent, on
est obligés de grossir l'équipe parce qu'on... on ne peut pas attitrer tout le
temps un... un charpentier-menuisier. L'après-midi, il ne peut pas travailler
ou il faut qu'il fasse d'autres choses, il ne peut pas agir comme finisseur.
Puis d'ailleurs, c'est une demande que ça...
ça fait très longtemps, c'est un vieux métier, et ça vient plutôt des
travailleurs qu'on doit... qu'on a pris par habitude de coffrer le matin et de
couler l'après-midi, parce que c'est un métier très difficile, très pénible. Et
les travailleurs, c'est un peu, un peu... C'est moins dur pour eux de couler
l'après-midi parce que le... la partie coffrage est... est quand même très
pénible pour le travailleur. Ça fait que c'est une pratique qu'on... qu'on a
toujours fait, mais ça... on est obligés d'ajouter des gens dans l'équipe à
cause de ce... inflexibilité-là. Ça, c'est au courant de la journée, là, ce
n'est pas...
M. Boulet : Les délais,
les coûts, oui, dans le respect des balises, des trois balises qui apparaissent
au projet de loi 51, à l'article 72. OK. Ça me va. C'est un autre bel
exemple, M. Joncas. Puis il y en a des exemples à répétition, des
avantages de la polyvalence sur les délais et les coûts.
Je voyais, maintenant, en ce qui concerne
la mobilité, puis Me Tétreault, vous y faisiez référence, beaucoup de
métiers, moi, je répète tout le temps 13 métiers en génie civil et voirie
qui bénéficiaient de la pleine mobilité. Parfois, bon, vous avez entendu
d'autres groupes venir faire des représentations devant nous, la mobilité, ça a
des effets négatifs. J'aimerais ça qu'avec ce que vous vivez pour les
13 métiers, vous nous parliez des conséquences que ça peut avoir sur,
notamment, l'employabilité des travailleurs, travailleuses et leur conciliation
travail-famille. Ça fait que c'est une question assez large, mais j'aimerais ça
vous écouter.
M. Tétreault (Christian) : Bien,
en fait, j'entends depuis un certain temps mes... les... mes partenaires
syndicaux dire qu'il fallait trouver une façon d'améliorer la rétention de la
main-d'œuvre. Alors, moi, je pense que le <fait...
M. Tétreault (Christian) :
...qu'il
fallait trouver une façon d'améliorer la rétention de la main-d'œuvre. Alors,
moi, je pense que le >fait que quelqu'un puisse effectivement être
assigné sur tous les chantiers que l'employeur obtient, indépendamment de la
région administrative où ces chantiers-là sont réalisés, bien, ça favorise le
maintien à l'emploi de cet individu-là, parce qu'il va pouvoir suivre,
effectivement, les contrats que son employeur va obtenir.
M. Boulet : Bien oui.
M. Tétreault (Christian) : Et...
et ce faisant, bien, ça améliore ses revenus, ça améliore, ça... Puis... puis
en même temps, si on permet aussi à quelqu'un de développer des compétences
parallèles, en lui permettant notamment d'exécuter des tâches dans certaines
circonstances qui correspondent à la polyvalence, bien, je pense que ça va
stimuler l'intérêt des gens de demeurer dans l'industrie. Il n'y a rien de pire
chez les jeunes aujourd'hui de les consigner à des tâches routinières et sans
possibilité de pouvoir développer des compétences parallèles, ou autres. Alors,
moi... c'est... ça fait... Si on veut améliorer la... la rétention dans l'industrie
de la construction, je ne vous dis pas que c'est les seuls éléments qui doivent
être mis en place, mais ça participe certainement à l'atteinte de cet
objectif-là, effectivement.
M. Boulet : C'est très,
très clair. OK. Et évidemment, c'est important de redire que la mobilité, ce
n'est pas une obligation. C'est un droit.
M. Tétreault (Christian) : Tout
à fait.
M. Boulet : C'est une
faculté.
M. Tétreault (Christian) : Voilà.
M. Boulet : Et que la
priorité d'embauche régionale demeure quand il y a des besoins d'embauche pour
l'exécution d'un contrat dans une région.
Autre question que je trouve intéressante :
travaux de structure. Bon, comme vous avez vu, on fait exception à la
polyvalence d'un certain nombre de métiers qui sont plus à risque, comme les
électriciens, tuyauteurs, mécaniciens d'ascenseur, les frigoristes, puis on
fait référence aux travaux de structure puis les opérations de grues. J'aurai le...
évidemment le temps de le préciser, mais c'est véritablement en ce qui concerne
l'intégrité structurante des bâtisses, puis j'ai écrit ce que vous avez
mentionné, la capacité portante ou la stabilité des bâtiments. C'est ce qui est
visé, parce que ça aussi, ça a une incidence sur la sécurité de la structure
prise dans son ensemble, et c'est comme ça que ça doit être compris. Puis si
besoin en est, on aura une définition plus précise, mais l'intention que le
législateur a, c'est vraiment compatible avec le propos que vous avez tenu.
M. Tétreault (Christian) : Sans
vous... sans vouloir vous interrompre, M. le ministre, on a proposé
effectivement une définition de travaux... En fait, on a employé l'expression
«travaux structurels» plutôt que «travaux de structure». «Travaux structurels»
m'apparaît mieux adapté à... à la réalité ou aux objectifs que vous... que vous
venez d'identifier, là.
M. Boulet : OK. Moi,
j'aime bien dire les vrais mots. Puis l'intégrité structurale ou la capacité
portante, là, on verra à ce que ce soit clair, que ce soit le moins ambigu
possible. Puis j'aime bien quand vous dites que les trois conditions sont...
puis votre prédécesseur l'avait mentionné, sont simples, faciles à comprendre.
Quand on veut compliquer, on peut, mais quand on veut simplifier, on peut aussi.
M. Tétreault (Christian) : J'ajouterais,
si vous me permettez, ce n'est pas nouveau ces trois paramètres-là, hein?
M. Boulet : Bien non.
Bien non.
M. Tétreault (Christian) : On
voit que le législateur s'est largement inspiré de ce qui résulte de... de la
jurisprudence, là, concernant l'application de l'article 24 de la
loi R-20, notamment en ce qui concerne... Parce qu'on avait... on avait
confié la responsabilité au Tribunal administratif du travail de régler tous
les conflits de... les litiges relatifs aux conflits de juridiction de métier
en lui donnant la responsabilité de... de tenir compte dans ses décisions de
l'efficience sur l'organisation du travail. Et, dans le cadre de
l'interprétation de cette notion-là, c'est précisément les trois paramètres qui
ont été utilisés par le Tribunal administratif du travail pour permettre,
effectivement, dans certaines circonstances de... que quelqu'un puisse exercer
une tâche qui ne relève pas nécessairement de son certificat de compétence.
M. Boulet : Non, c'est
ça, pour déterminer si la tâche x faisait partie du métier a ou du métier b.
C'était la juridiction qui était conférée au Tribunal administratif du travail en
vertu de l'article 24. Tout à fait d'accord. Je ne sais pas combien de
temps il reste.
La Présidente (Mme D'Amours) : Il
vous reste quatre minutes.
M. Boulet : Quatre
minutes. J'aimerais vous entendre aussi, pour finir, sur la mobilité, puis
peut-être qu'on parlera de rétroactivité, là. Mais mobilité, ce que vous dites
aussi pour les détenteurs de certificats... compétence occupation, après avoir
complété 15 000 heures, ils pourraient être mobiles pour... peu
importe l'identité de l'employeur.
M. Tétreault (Christian) : Exact.
M. Boulet : OK. Parfait.
M. Tétreault (Christian) : En
fait, actuellement, en vertu de la convention collective, la quasi-totalité des
titres occupationnels bénéficie de la pleine mobilité. Il y a quelques titres
occupationnels qui sont assujettis à la règle du... de la mobilité qui est
prévue au règlement, et c'est ces... ces tâches-là <qu'on...
M. Tétreault (Christian) :
...qui sont assujettis à la règle du... de la mobilité qui est
prévue au règlement, et c'est ces... ces tâches-là >qu'on souhaite...
• (17 h 50) •
M. Boulet : Bien oui,
bien oui. Puis ce serait la même règle applicable à tout le monde.
M. Tétreault (Christian) : Tout
le monde.
M. Boulet : C'est ça qui
est notamment visé, plutôt que l'asymétrie à laquelle je réfère souvent.
J'aimerais vous entendre sur la rétroactivité.
M. Tétreault (Christian) : Oui,
bien, en fait...
M. Boulet : Qu'est-ce
que vous en pensez?
M. Tétreault (Christian) : ...j'ai
envie de... de poursuivre ce que j'avais... ce que j'avais commencé à... à vous
lire.
La Présidente (Mme D'Amours) : ...
M. Tétreault (Christian) : Il
me reste combien de temps, vous dites?
La Présidente (Mme D'Amours) : ...
M. Tétreault (Christian) : Trois
minutes. Je vais avoir le temps.
M. Boulet : Je vous
laisse mes... les dernières minutes, Me Tétreault.
M. Tétreault (Christian) : Alors,
écoutez, je... j'allais vous... vous lire que, d'entrée de jeu, l'ACRGTQ
endosse l'analyse du juge Pérodeau dans sa... dans sa décision du 6 décembre
2022. C'est une décision qu'on a produite en annexe de notre mémoire. Dans le
cadre de cette décision, portant notamment sur la validité de l'article 48
interdisant la rétroactivité, la Cour supérieure<i> fait deux constats
importants, puis je veux les reprendre, parce que c'est... quant à moi, c'est
des mises en garde qui... de... que vous devriez avoir à votre esprit quand
vous allez analyser l'introduction des... du mécanisme de rétroactivité.
Alors, d'abord, la cour, après avoir
souligné les caractéristiques de l'emploi dans l'industrie de la construction,
conclut que «l'absence de rétroactivité n'est pas un oubli du législateur,
c'est le fruit d'une mûre réflexion pour la mise en place d'un équilibre au
niveau du rapport de force». Important de retenir ça, là, c'est un juge de la Cour
supérieure<i> qui a entendu une preuve, une longue preuve, qui vient dire...
le fait qu'il n'y a pas de rétroactivité, ça s'inscrit dans un contexte où on
cherche à équilibrer le rapport de force entre les parties. «De plus, la cour a
reconnu que le régime actuel n'empêchait pas les partenaires de l'industrie de
faire preuve de créativité et de négocier une forme de compensation qui tient
compte du délai écoulé entre l'échéance de la convention collective et la
signature de l'entente de principe, sans nécessairement parler formellement
d'un concept de rétroactivité.»
Alors, les partenaires de l'industrie de
la construction peuvent négocier quelque chose qui vise à compenser sans
imposer le... le concept de... de rétroactivité, sans générer la lourde charge
qui va résulter de l'application de la rétroactivité, puis ça enlève tous les
effets pervers aussi par rapport à l'introduction de la... de la rétroactivité.
Parce que, nous, on anticipe qu'en mettant de la rétroactivité, ça risque
d'avoir un impact sur la célérité du processus. On pense que les choses
risquent de traîner et que dans... en matière de relations de travail, tout ce
qui traîne finit par avoir des conséquences sur le climat de travail. Alors, si
on veut mettre en place une mécanique qui vise à favoriser le plus rapidement
possible les ententes entre les partenaires de l'industrie, ce n'est assurément
pas une bonne idée que d'introduire le... le... la rétroactivité.
M. Boulet : Donc, ça
peut... vous référez à une compensation, ou ça pourrait être un montant
forfaitaire.
M. Tétreault (Christian) : Le
juge a fait référence à... à la question...
M. Boulet : La
compensation.
M. Tétreault (Christian) : ...d'un
montant forfaitaire, mais ça... ça peut être autre chose aussi. Écoutez, moi,
j'ai fait les neuf rondes de négociation dans l'industrie de la construction,
puis on a toujours consenti des augmentations de salaire qui étaient au-delà de...
de la... de l'inflation, sauf la dernière ronde de négociation, parce qu'on a
été pris un peu au dépourvu, hein, on a négocié en 2021, puis, après ça,
l'inflation s'est mis à monter en flèche. Mais faisons abstraction de la
dernière période d'application de la convention collective, toutes les autres,
on a toujours consenti des... des augmentations de salaire qui visaient
justement à enrichir le pouvoir d'achat des... des travailleurs de la construction,
et, justement, en ayant à l'esprit que ça a pu prendre un mois ou deux mois
pour... pour négocier.
M. Boulet : Je comprends
très bien.
La Présidente (Mme D'Amours) : ...
M. Boulet : Eh! merci
beaucoup, M. Joncas, Me Tétreault. C'était une excellente présentation...
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Maintenant, je cède la parole à la députée de Bourassa-Sauvé.
Mme Cadet : Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Bonjour, messieurs, merci d'être avec nous cet
après-midi. Encore une fois, j'irais dans l'ordre de votre mémoire puis je
commencerais donc avec la question, donc, évidemment, donc, de... du certificat
de... de compétence occupation, qui, selon vous, devrait également être révisé
par le mécanisme de la polyvalence. Je pense que j'ai bien entendu votre
argumentaire, puis si vous étiez plus tôt...
M. Tétreault (Christian) : Excusez-moi,
je ne vous entends pas très bien, je suis...
Mme Cadet : Ah! je suis très
loin du micro. Est-ce que c'est mieux?
M. Tétreault (Christian) : Oui.
Là, c'est mieux.
Mme Cadet : Parfait.
Donc, je... je poursuis. Donc, je vais... je vais y aller, donc, avec votre
première recommandation, à l'effet, là, que les... que les titulaires de
certificats de compétence occupation devraient être visés par le mécanisme de
la polyvalence. Je pense que vous avez expliqué, donc, le... le poids de ces salariés-là
dans votre secteur. Question rapide, ici, donc, on parle, donc, de combien de
salariés par année, donc, en... de... en termes effectifs, des titulaires d'un
certificat...
M. Tétreault (Christian) : Eh
mon Dieu! Je ne sais pas précisément ces statistiques-là, <je...
Mme Cadet :
...des
titulaires d'un certificat...
M. Tétreault (Christian) :
Eh mon Dieu! Je ne sais pas précisément ces statistiques-là, >je...
M. Joncas (Marc) : Total
de...
M. Tétreault (Christian) : Oui.
En fait, dans le mémoire, je peux vous dire que, par exemple en 2023, il y a eu
39,633 millions d'heures qui ont été... J'ai ça au tableau, là, à la page 7
du mémoire...
Mme Cadet : Oui, oui,
oui, je le vois, oui.
M. Tétreault (Christian) : ...qui
ont été exécutées, globalement, dans le secteur génie civil et voirie. Il y a
eu...
M. Joncas (Marc) : C'est
44 000 salariés.
M. Tétreault (Christian) : Oui,
il y a 44 000 salariés.
Mme Cadet : 44 000
salariés. Donc, c'est...
M. Tétreault (Christian) : Dans...
Mais dans le secteur génie civil et... et voirie, ça comprend les opérateurs,
les titres occupationnels et l'ensemble des... des autres métiers.
Mme Cadet : Voilà. Donc,
c'est ça. Donc, on parle quand même, donc, d'un nombre substantiel ici, donc...
donc, votre recommandation, donc, aura un impact, là, assez... assez direct,
là, sur... sur la productivité du secteur, donc, de permettre que ces... ces
titulaires-là, donc, aient un accès au mécanisme de polyvalence qui est prévu
au projet de loi.
M. Tétreault (Christian) : Tout
à fait.
Mme Cadet : Puis je me
posais cette question en termes de nombre de salariés puis aussi en termes de...
de... bon, de... on a les heures totales, mais de... du nombre d'heures par...
par année par salarié, parce qu'un peu plus tôt, donc, on... on a parlé, donc,
du... de la sous-utilisation, donc, de certains salariés. Est-ce que c'est
quelque chose qui... que vous voyez dans votre secteur aussi?
M. Tétreault (Christian) : Bien,
écoutez, moi, je le... je ne comprends pas vraiment le... le... ce à quoi on
fait référence quand on parle de sous-utilisation des travailleurs de la
construction. Moi, c'est plus... mon vécu, là, c'est plutôt l'inverse...
Mme Cadet : C'est ça,
dans votre secteur, c'est autre...
M. Tétreault (Christian) : ...qui
se passe actuellement, c'est-à-dire que les employeurs sont même prêts à se
tourner vers les programmes de travailleurs étrangers pour aller chercher des...
des... pour essayer de trouver de la main-d'œuvre pour réaliser leurs travaux.
J'imagine que, s'il y avait des travailleurs qui étaient sous-utilisés au
Québec, on aurait d'abord pensé à... à embaucher ces travailleurs-là pour
réaliser nos travaux. Maintenant, c'est sûr que, nous, on a... on... on est
saisonniers, essentiellement, là, OK? On commence à travailler au mois d'avril
puis on cesse nos activités à toutes fins pratiques au mois de décembre.
M. Joncas (Marc) : Oui,
ça, c'est... Effectivement, c'est le gros problème de notre secteur, génie
civil et voirie. Contrairement au bâtiment, on travaille pratiquement en
urgence environ six mois par année, donc tout se passe en même temps. C'est de
là que vous voyez l'explosion de cônes apparaître en période estivale. Et,
malheureusement, on demande depuis longtemps au gouvernement d'étaler ces
travaux, on est très d'accord avec les syndicats de ce côté-là, d'être plus...
Mme Cadet : Sur la planification.
M. Joncas (Marc) : ...avoir
plus de prévision, d'étaler les travaux au maximum. On sait que, déjà, on voit...
La température, les dernières années, est beaucoup plus clémente, déjà en
avril, qui nous permettrait de travailler. Mais, si on n'a pas les appels
d'offres... Au Québec, 60... en tout cas, en génie civil, voirie, 75 % des
appels d'offres se font en mars, avril, mai. Donc, si... si on n'a pas déposé
nos prix, et les chantiers ne décollent jamais avant juin, juillet, on perd
énormément de temps.
Mme Cadet : Donc, il y a...
il y a quand même une réalité saisonnière, donc, dans votre secteur, d'où le...
aussi, donc, votre recommandation 3, au niveau du... du cumul, là, des...
des certificats de compétence occupation. Donc, il pourrait débuter
l'apprentissage d'un métier sans renoncer à son certificat, puis... je
comprends ici, donc, on est quand même dans une... dans une perspective de... vous
me disiez, donc, «apprentissage»... vous dites «apprentissage d'un métier». Donc,
on... donc, la personne pourrait poursuivre sa formation puis elle ne serait
pas... elle n'aurait pas besoin de renoncer à son... à son certificat de... de
compétence occupation, là.
M. Tétreault (Christian) : Voilà.
Exact.
Mme Cadet : Puis...
M. Tétreault (Christian) : Évidemment,
ça favorise la polyvalence, là. Tu sais, c'est une règle simple qui n'est pas
compliquée à appliquer. Si vous avez quelqu'un qui peut à la fois exécuter des
tâches qui relèvent de son certificat de compétence occupation et à la fois des
tâches qui relèvent d'un certificat de compétence apprenti, bien, ça... ça
correspond à ce qu'on peut considérer être de la polyvalence.
Mme Cadet : Voilà, comme
on le voit dans... du côté des métiers, là, qu'un compagnon, donc, peut débuter
l'apprentissage d'un autre métier puis d'avoir un certificat apprenti.
M. Joncas (Marc) : D'ailleurs,
c'est un... c'est un non-sens. En plus, il baisse de salaire pour...
Mme Cadet : C'est ça.
Donc, ses... ses compétences seraient reconnues dans ce contexte-là.
M. Joncas (Marc) : C'est
comme... Oui, pour une période.
Mme Cadet : Au niveau de...
bien, de la rétroactivité, donc, on... je vous ai bien entendus. Pour vous...
Donc, vous parlez, donc, de l'équilibre, là, puis vous avez parlé, donc, de la
décision du juge Pérodeau là-dessus. Pour vous, quelles seraient les
conséquences de... d'un... d'un tel réaménagement des... des composantes de la
structure des négociations?
M. Tétreault (Christian) : Vous
voulez dire par l'introduction du mécanisme de rétroactivité?
Mme Cadet : Oui.
• (18 heures) •
M. Tétreault (Christian) : Bien,
écoutez, c'est sûr que ça peut avoir plusieurs impacts. D'abord, le juge
Pérodeau a précisé que ça aurait un impact sur le rapport de force, l'équilibre.
Ensuite, s'il y avait de la... un mécanisme de... de rétroactivité...
D'ailleurs, mon... mes collègues qui nous ont précédés des... les corporations
vous l'ont bien expliqué, là, les caractéristiques de l'emploi dans l'industrie
de la construction puis de la lourdeur administrative que ça pourrait générer
si on devait appliquer le mécanisme de rétroactivité. Donc, ça... ça crée ce...
le... ce phénomène de lourdeur administrative là...
Mme Cadet : Vous parliez
plus tôt...
M. Tétreault (Christian) :
Je vous l'ai mentionné d'entrée de jeu...
18 h (version révisée)
M. Tétreault (Christian) : ...administrative
là, je vous l'ai mentionné d'entrée de jeu que ça pouvait avoir un impact sur
la célérité de la négociation.
J'ai envie de vous dire que, dans le cadre
des dernières rondes de négociations, particulièrement 2017-2021, moi, j'ai
assisté à une nouvelle stratégie syndicale de solidarité intersectorielle, c'est-à-dire
qu'à la table du secteur génie civil et voirie on avait l'impression que nos...
nos... l'avancement de nos discutons... de nos discussions était retardé parce
qu'il y avait des difficultés à d'autres tables de négociations.
Et ça, ce n'est pas juste une impression,
moi, j'ai déjà été, dans le cadre d'un contexte de négociation, à attendre,
passer des nuits à attendre avec les syndicats pour voir qu'est-ce qui se... s'il
y avait du développement aux autres tables. Puis là, s'il y avait eu du
développement, bien, on aurait signé, mais vu qu'il n'y a pas de développement,
on ne signe pas.
Alors, si on met de la rétroactivité,
bien, vous allez renforcer cette... cette stratégie de solidarité
intersyndicale au détriment du principe de la négociation sectorielle.
Mme Cadet : Donc, ça a un
impact. Vous parliez donc de la célérité, mais j'imagine qu'il y a aussi... il
y a aussi une question de coût aussi.
M. Tétreault (Christian) : Tout
à fait.
Mme Cadet : Là, ce que vous
disiez tantôt, là, que vous avez... que vous avez fait neuf rondes de
négociations, puis, à chaque fois, donc, le pouvoir d'achat des travailleurs,
là, n'a jamais été... ça ne s'est jamais fait au détriment du pouvoir d'achat
des travailleurs. Donc, ça a toujours été maintenu, donc, au-delà de l'inflation.
M. Tétreault (Christian) : Absolument.
Mme Cadet : Mais le cas... Dans
le contexte, donc, d'un fonds de rétroactivité, est-ce que vous pensez que ça
aurait un impact sur le coût? Bien, en fait, le coût de la construction, là, est-ce
que ce serait incorporé à...
M. Tétreault (Christian) : Tout
à fait. Oui. Que ce soit de la rétroactivité pure, c'est-à-dire comme on
reconnaît dans les autres secteurs d'activité, ou que ce soit par l'intermédiaire
d'un fonds, c'est sûr que ça va avoir un impact sur les coûts.
Mme Cadet : Le coût des
soumissions?
M. Tétreault (Christian) : Des
soumissions. Puis ça va générer aussi, puis ça, c'est un élément qu'on n'a pas
vraiment discuté, mais ça va générer de l'incertitude par rapport à la
prévisibilité des coûts de main-d'œuvre quand les employeurs font leurs
soumissions.
Mme Cadet : Merci. Vous avez
une section sur l'accès à l'industrie de la construction, mais on vous entend
peut-être un peu moins sur la question de la rétention.
On a beaucoup parlé de formation aujourd'hui
de la part de toutes les parties. Donc, au niveau donc de la rétention, puis de
son impact sur la productivité du secteur de la construction, puis, encore une
fois, de la possibilité de construire à moindre coût plus rapidement, peut-être,
vous entendre si vous avez des... un avis sur cet aspect.
M. Tétreault (Christian) : En
fait, j'ai envie de dire que c'est l'ensemble des... des propositions qu'on a
formulées qui vont nous permettre effectivement de... de faire une meilleure
utilisation de nos ressources humaines qui sont disponibles. Ça va aussi
améliorer définitivement les délais de... de livraison des travaux.
Puis, en même temps, si j'avais la
solution pour... pour... magique pour dire : Bien, on va mettre en place
des mécanismes puis on va accélérer les... les chantiers de construction, là,
je ne serais pas ici devant vous pour... en train de convaincre les employeurs
de mettre ça en place. Alors, c'est une question qui est difficile à répondre.
Mais c'est sûr qu'à partir du moment où on
introduit de la polyvalence, de la mobilité, qu'on essaie de... d'améliorer le
sentiment d'appartenance à l'employeur puis qu'on... c'est sûr qu'il va falloir
aussi qu'on s'attaque à la formation. Ça, on est là-dessus, on rejoint les
propos qui ont été tenus par tout le monde, là.
C'est clair que si on veut améliorer le
bilan de la rétention, il faut qu'on réussisse à trouver une façon d'avoir une
adéquation entre l'offre de formation qui mène à un DEP et les besoins
quantitatifs de main-d'œuvre de l'industrie de la construction.
Actuellement, là, si les gens entrent par
voie de bassin, c'est parce que les centres de formation professionnelle ne
répondent pas aux besoins quantitatifs des employeurs. Si on réussissait à
répondre par l'intermédiaire des gens qui sont diplômés, les employeurs
embaucheraient en priorité les gens qui sortent des écoles. C'est bien mieux de
faire...
Mme Cadet : Puis en terminant.
M. Tétreault (Christian) : C'est
bien...
Mme Cadet : En terminant,
parce que je n'ai pas beaucoup de temps, sur la question de la machinerie de
production.
Donc, je comprends que vous souhaitez que
les travaux de machinerie de production soient assujettis comme on l'a entendu
un peu plus tôt?
M. Tétreault (Christian) : Bien,
en fait, je n'irais pas jusqu'à dire qu'on souhaite que ce soit toute la
machinerie de production qui soit assujettie à l'industrie de la construction.
En fait, cette démarche-là a été initiée
quelque temps avant qu'on se présente devant les commissions parlementaires par
une association qui s'appelle l'Association des entrepreneurs en mécanique
industrielle du Québec, l'AEMIQ, que j'ai rencontré à deux reprises. Et on a d'ailleurs
discuté avec des... les donneurs d'ouvrage. On a eu... Tu sais, on est... il y
a quand même... ça a quand même fait l'objet d'un consensus. C'est...
La Présidente (Mme D'Amours) : ...que
nous avions. Je suis désolée, je dois passer la parole au député d'Hochelaga-Maisonneuve.
La parole est à vous, M. le <député...
La Présidente (Mme D'Amours) :
...député d'Hochelaga-Maisonneuve. La parole est à vous, M. le >député.
M. Leduc : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour à vous deux. Content de vous entendre aujourd'hui.
Je dois vous avouer, je suis quand même un
peu surpris des propos que vous tenez, là, sur la rétroactivité. C'est parce
que, des fois, quand j'entends les réticences que vous nous soumettez, c'est
comme si j'avais l'impression qu'on arrivait à quelque chose de nouveau dans le
domaine du droit du travail, de la rétroactivité, puis qu'on vous demandait
d'être les cobayes d'un nouveau concept. Bien, la rétroactivité, là, ça existe
dans beaucoup de conventions collectives dans à peu près tous les secteurs
économiques du Québec. Mais j'entends comme si... la construction, c'était
tellement spécial et unique que ça méritait une exception par rapport à
l'entièreté du reste des travailleurs et travailleuses du Québec. Parce que
maintenant, vous le savez sûrement, les juridictions fédérales vont être
assujetties, là, j'imagine, d'un mois à l'autre, à cette... à cette
obligation-là. Donc, pourquoi on... Pourquoi la construction est si spéciale
que ça par rapport aux autres? Pourquoi il n'y a pas d'innovation?
Parce que ce qu'on comprend, c'est que
c'est peut-être un peu compliqué. Puis, là-dessus, on est d'accord, ce que le
ministre dépose, c'est un peu compliqué. Moi aussi, je trouve que c'est un peu
compliqué, mais pourquoi on ne peut pas juste faire confiance aux parties,
comme dans tous les autres secteurs, pour dire : Trouvez une façon pour
que ça fonctionne?
Vous, vous voulez maintenir l'interdiction,
c'est ça que je comprends?
M. Tétreault (Christian) : Exact.
Oui.
M. Leduc : Vous n'êtes pas
capables d'innover avec vos partenaires syndicaux pour trouver une manière...
M. Tétreault (Christian) : On
est capables de faire preuve de créativité, puis je vous l'ai dit d'entrée de
jeu quand j'ai présenté le mémoire.
En fait, il faut... il faut justement
laisser place à la créativité des partenaires de l'industrie pour trouver des
façons de compenser les délais qui sont mis en place.
Maintenant, il faut avoir à l'esprit, quand
vous me dites «ce n'est pas nouveau», ce n'est pas nouveau dans les autres
secteurs d'activité, mais c'est nouveau dans le secteur de la construction, par
ailleurs, hein?
M. Leduc : Oui. Je comprends
une réticence, mais vous... On n'invente pas le bouton à quatre trous, là,
aujourd'hui.
M. Tétreault (Christian) : Mais...
mais on est tellement particuliers qu'il y a une loi qui vise à... à régir
toutes les relations de travail dans l'industrie de la construction.
Si on était semblables aux autres secteurs
d'activités, on n'aurait pas besoin de cette loi-là, on serait assujettis au Code
du travail, puis ce serait réglé, mais on a un système, un régime particulier
qui a été échafaudé pendant plusieurs années pour arriver à une situation où
les partenaires qui se présentent aux tables de négociation ont un rapport de
force qui est équilibré.
Alors, avant d'introduire des concepts qui
risquent de déstabiliser ce rapport de force là, bien, moi, je... je pense, ce
n'est pas utile, pour les raisons que je vous ai expliquées.
Mais, de surcroît, je dois vous dire,
comme je vous l'ai mentionné, ça fait neuf rondes de négociation qu'on fait, là,
le bilan au chapitre de la table de négociation ou du résultat des négociations
est excellent, là.
Vous n'avez pas entendu beaucoup parler de
conflits dans l'industrie de la construction depuis 1995. Il y a eu six
conventions... il y a eu... en fait, on a eu neuf conventions collectives, six
ont été signées sans aucun conflit de travail, sans intervention du
gouvernement, deux ont été signées avant que... l'échéance de la convention
collective.
Il y a eu trois conventions collectives
qui ont... qui ont généré... en fait, trois périodes de négociation qui ont
généré en conflit de travail. Et il y a... il y a... le conflit travail n'a pas
été long, là, une semaine, puis, au bout d'une semaine, les partenaires s'étant...
s'étaient entendus.
M. Leduc : Je connais... je
connais les chiffres, en effet.
M. Tétreault (Christian) : La
seule...
M. Leduc : Est-ce que... J'aurais
une autre question.
Une voix : ...
M. Leduc : Oui, c'est ça.
Est-ce que l'exceptionnalisme de la construction, c'est faire en sorte qu'il
n'y aurait pas de loi antiscabs non plus dans la construction?
M. Tétreault (Christian) : Bien,
dans notre... dans notre secteur, moi, je vais vous dire que quand les... quand
les...
La Présidente (Mme D'Amours) : ...Je
vais maintenant céder la parole au député de Jean-Talon. La parole est à vous,
M. le député.
M. Paradis : Merci beaucoup.
J'aimerais parler de... Merci pour votre mémoire. Merci pour votre présence
avec nous aujourd'hui.
J'aimerais parler de... des pages 10
et 11 de votre mémoire au sujet de la mobilité. Vous abordez...
C'est intéressant parce que vous, vous
dites : Bien, on veut abolir les articles, là, 35, 35.1, etc., qui
encadrent la question de la mobilité. Et vous dites : Bien, nous, dans
notre secteur, on a déjà ça en génie puis en voirie, puis... beaucoup de
flexibilité, de polyvalence, puis ça n'a pas eu d'impact significatif sur le
développement régional. Et là vous parlez d'un certain nombre de critères qui fait
en sorte que ça a protégé quand même l'intérêt des régions. Est-ce que vous
pourriez développer sur cette... sur cette partie-là, mais en réfléchissant de
la perspective...
Parce qu'une des choses qu'on entend
souvent dans d'autres mémoires, c'est : Oui, mais ça, c'est les plus
grands entrepreneurs des villes qui nous disent ça, puis quand on est un petit
entrepreneur en région, c'est différent pour nous, ce n'est pas... ce n'est pas
pareil.
Est-ce que vous pourriez élaborer, là, sur
cette partie-là de votre mémoire, mais sous cette perspective-là?
M. Tétreault (Christian) : En
fait, je ne suis pas certain d'avoir compris la question. Je suis désolé.
• (18 h 10) •
M. Paradis : La question de
la capacité des plus petits entrepreneurs, et donc des travailleurs qui
appartiennent à des plus <petites...
M. Paradis :
...des
plus petits entrepreneurs, et donc des travailleurs qui appartiennent à des
plus >petites unités, à faire face à d'éventuels plus grands
entrepreneurs qui viennent des villes puis qui vont... qui profiteraient de la
plus grande flexibilité, et qui ferait en sorte que donc ça serait à l'avantage
de certains mais au désavantage d'autres.
M. Tétreault (Christian) : Bon,
écoutez, d'abord, il faut avoir à l'esprit qu'il y a un frein économique ou...
à la mobilité de la... de la main-d'oeuvre.
Dans nos conventions collectives, on a
d'importants frais de déplacement : 159 $ par jour travaillé. Alors,
ça, ça a pour effet d'augmenter considérablement les coûts de main-d'oeuvre.
Et si l'employeur veut obtenir... qu'on
soit gros ou petit, veut obtenir le contrat en vertu de la règle du plus bas
soumissionnaire, il n'a pas le choix de s'assurer qu'il va faire un... un juste
équilibre entre ses besoins de main-d'oeuvre qui vont être... qui sont ses
travailleurs, son noyau de travailleurs, son ADN, et les travailleurs locaux.
Dans le fond, ce que je suis en train de
vous dire, c'est que le marché a fait en sorte que, sur les chantiers de génie
civil et voirie, il y a un juste équilibre qui s'est imposé entre l'embauche
des travailleurs régionaux, de par les frais de déplacement notamment, et les...
les travailleurs qui sont... qui constituent le noyau des... des travailleurs
de l'entreprise.
La Présidente (Mme D'Amours) : C'est
tout le temps que nous avions. Donc, Me Tétreault et M. Joncas, je
vous remercie pour votre contribution à nos travaux de la commission.
La commission ajourne travaux jusqu'à
demain 14 heures, où elle poursuivra son mandat. Merci beaucoup, tout le
monde.
(Fin de la séance à 18 h 12)